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1
p. 118-120
M. l'Abbé du Plessis est sacré Evesque de Xaintes. [titre d'après la table]
Début :
Quelque estat de vie qu'on ait embrassé, il est [...]
Mots clefs :
Église de Xaintes, Évêque, Abbé du Plessis
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texteReconnaissance textuelle : M. l'Abbé du Plessis est sacré Evesque de Xaintes. [titre d'après la table]
Quelque eftat de viequ'on ait embraffe , il eſt toûjours bon d'avoir une gran- de exactitude à s'aquiterdes de- voirs qu'il nous impoſe. Nous en voyons la récompenſe enla Perfonne de Monfieur l'Abbé
du Pleffis de Geſté de la Broutiere,dont la longue application à remplir toutes les obligations de fon caractere , luy a fait me
GALANT9 riter le choixque le Roy a fait de luy pour luy confier la con- duite de l'Egliſe de Xaintes dont il fut facré Eveſque ces derniers jours. S'il fuccede àun grand Prelat qui fut fort aimé dans ce Dioceſe , ſa doctrine &ſa piete,
jointes àfon humeur honneſte &obligeante, ne luygagneront pas moins les cœurs des Peu- ples qu'on luy a commis. Il y
avoit quinze ans qu'il eſtoit Grand Vicaire de Paris. Il eſt
Docteurde Sorbonne , &d'une tres-Illuftre Famille d'Anjou.'
du Pleffis de Geſté de la Broutiere,dont la longue application à remplir toutes les obligations de fon caractere , luy a fait me
GALANT9 riter le choixque le Roy a fait de luy pour luy confier la con- duite de l'Egliſe de Xaintes dont il fut facré Eveſque ces derniers jours. S'il fuccede àun grand Prelat qui fut fort aimé dans ce Dioceſe , ſa doctrine &ſa piete,
jointes àfon humeur honneſte &obligeante, ne luygagneront pas moins les cœurs des Peu- ples qu'on luy a commis. Il y
avoit quinze ans qu'il eſtoit Grand Vicaire de Paris. Il eſt
Docteurde Sorbonne , &d'une tres-Illuftre Famille d'Anjou.'
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Résumé : M. l'Abbé du Plessis est sacré Evesque de Xaintes. [titre d'après la table]
L'Abbé du Pleffis de Gesté de la Brouetiere, récompensé pour son dévouement, a été nommé évêque de Saintes par le roi. Grand Vicaire de Paris depuis quinze ans et Docteur de Sorbonne, il succède à un prélat apprécié. Sa doctrine, piété et honnêteté devraient lui gagner l'affection des habitants. Il est issu d'une famille illustre d'Anjou.
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2
p. 132-136
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. du dernier mois, Mr. le Comte de Creange, l'un [...]
Mots clefs :
Comte de Créange, Seigneur, Maladie, Abjuration, Hérésie de Luther, Conversions, Religion prétendue réformée, Évêque, Conseiller du Parlement, Cérémonie, Hérésie de Calvin, Mademoiselle , Prières
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le 7. du dernier mois,
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
En Lorraine, le 7 du dernier mois, le Comte de Creange, un puissant seigneur, abjura l'hérésie de Luther après une grave maladie. Sa conversion fut célébrée, car elle influencerait celle de ses sujets. Deux jours plus tard, Monsieur de Streff, capitaine de cavalerie, quitta également la Réforme et fit abjuration devant l'évêque de Metz, en présence d'un conseiller du Parlement de Metz, à Montigny-lès-Metz. Le 21 du même mois, Mademoiselle d'Iloire, du duché d'Aumale, abjura l'hérésie de Calvin à l'église Saint-Eustache. Quinze jours auparavant, elle avait discuté avec M. Claude, ministre, sans obtenir satisfaction. Mademoiselle Loir, initialement opposée aux conversions, avait elle-même abjuré cinq ans plus tôt.
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3
p. 22-26
Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque, Duc de Laon, & Pair de France, ayant fait [...]
Mots clefs :
Évêque, Duc de Laon, Conversion, Hérétiques, Zèle, Succès, Discours, Nouveaux catholiques, Ténèbres, Erreurs, Vérités, Lumière, Église, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
M' l'Evesque, Duc de
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
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Résumé : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Le duc de Laon, pair de France, a pris possession de sa ville épiscopale et a commencé à convertir les hérétiques. Sept jours après son arrivée, dix personnes ont abjuré leurs croyances hérétiques. L'évêque a exprimé sa joie de débuter son ministère par cette conversion, affirmant que leur expérience passée les rendrait aptes à promouvoir la vérité. Il a décrit les caractéristiques de la véritable Église, son unité et son universalité, de manière claire et sublime. Les convertis pourraient ainsi instruire les opposants. L'évêque a encouragé les nouveaux catholiques à adopter des principes moraux élevés et à bénéficier de la protection royale, qui garantissait leur sécurité et offrait des récompenses pour leur soumission à l'Église. Ce discours a été bien accueilli et bénéfique pour tous les auditeurs.
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4
p. 156-157
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Si j'ay manqué une fois à dire la verité sur un Article [...]
Mots clefs :
Mademoiselle , Religion de Calvin, Cérémonie, Abjuration, Évêque
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Si j'ay manqué une fois à
dire la verité fur un Article
de cette naturé , vous devez
eftre affurée que je vous donne
aujourd'huy une
velle certaine , en vous apprenant
que Mademoiſelle
Charlote de Leviſton a abjuré
depuis peu de temps la
Religion de Calvin. La ceGALANT.
157
rémonie de cette Abjuration
fe fit à Angers, dans l'Eglife
des Peres Capucins , entre
les mains de M' l'Evefque.
dire la verité fur un Article
de cette naturé , vous devez
eftre affurée que je vous donne
aujourd'huy une
velle certaine , en vous apprenant
que Mademoiſelle
Charlote de Leviſton a abjuré
depuis peu de temps la
Religion de Calvin. La ceGALANT.
157
rémonie de cette Abjuration
fe fit à Angers, dans l'Eglife
des Peres Capucins , entre
les mains de M' l'Evefque.
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5
p. 350
Abjuration, [titre d'après la table]
Début :
Les deux Filles de feu Mr le Marquis d'Ardenay, qui [...]
Mots clefs :
Filles, Oncle, Religion catholique, Marquis d'Ardenay, Abjurations, Hérésie, Calvin, Évêque, Cérémonie de baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration, [titre d'après la table]
Les deux Filles de feu M'le
Marquis d'Ardenay, qui ont eſté
élevez dans noſtre Religion par
les foins de Mr le Marquis de
Cognée leur Oncle , ayant eſté
amenées au Chaſteau - du - Loir
chez Madame le Maçon deTré.
ves , l'Aînée abjura l'Héreſie de
Calvin le 10. de ce mois entre les
mains de Mel'Eveſque du Mans,
qui a pris des foins extraordinaires
pour ſon inſtruction ; & la
Cadete réçeut du meſme Prélat
la cerémonie du Bapteſime , en
attendant un âge plus avancé
pour ſon abjuration
Marquis d'Ardenay, qui ont eſté
élevez dans noſtre Religion par
les foins de Mr le Marquis de
Cognée leur Oncle , ayant eſté
amenées au Chaſteau - du - Loir
chez Madame le Maçon deTré.
ves , l'Aînée abjura l'Héreſie de
Calvin le 10. de ce mois entre les
mains de Mel'Eveſque du Mans,
qui a pris des foins extraordinaires
pour ſon inſtruction ; & la
Cadete réçeut du meſme Prélat
la cerémonie du Bapteſime , en
attendant un âge plus avancé
pour ſon abjuration
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6
p. 15-18
Abjuration de trente-deux Personnes, [titre d'après la table]
Début :
Le Motet finy, Mr l'Evesque dit plusieurs Oraisons, & benit la [...]
Mots clefs :
Évêque, Oraison, Abjurations, Vérité, Erreurs, Famille, Hérésie, Fausse religion, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration de trente-deux Personnes, [titre d'après la table]
Le Motet finy , M'I'Evefque
dit plufieurs Oraifons
, & benit la Croix qu'il
encenfa
; apres quoy
apres quoy il s'affit
fur un Fauteuil qu'on luy
avoit préparé, pour recevoir
l'Abjuration de trente- deux
Perfonnes que la connoif
fance de la Verité faifoit renoncer
à leurs erreurs . M
Gauteron, Avocat en la Cour
des Aydes de Montpellier,
fut le premier qui fe préſenta.
leftoit en Robe. Si- toft qu'il
parut devant ce Prélat , il fe
mit à genoux , comme pour
16 MERCURE
faire reparation à la Croix
des irréverences qu'il avoit
commiſes contr'elle , & demanda
pardon à Dieu publiquement
d'avoir perſiſté ſi
longtemps dans l'Heréfic .
Apres qu'il l'eut abjurée avec
cinq de fes Enfans , M'I'Eveſque
luy dit que l'ordre de
l'Eglife eftoit d'impofer une
penitence à ceux qui avoient
vefcu dans une fauffe Religion
, mais qu'il ne lajugeoit
pas neceffaire à fon égard,
parce que l'humilité avec la
quelle il venoit de faire reparation
en préſence de tout
GALANT. 17
le tour Royal,
un grand Peuple , luy tenoit
lieu des plus fortes penitences
. Ce Prélat reçeut encore
l'abjuration de quelques Perſonnes,
& remit les autres apres
les Vêpres . On acheva lá
Proceffion
par
& quand la Benédiction Epif
copale eut efté donnée dans
l'Eglife de S. Pierre, la Compagnie
de M's les Penitens,
qui font toûjours pleins de
zele , voulant témoigner
la
joye qu'elle avoit de voir
triompher la Croix dans un
Lieu , où l'Heréſie avoit regné
fi longtemps avec tant
"Juillet 1683.
B
18 MERCURE
d'empire , s'y rendit tout de
nouveau, & y chanta un Motet
particulier.
dit plufieurs Oraifons
, & benit la Croix qu'il
encenfa
; apres quoy
apres quoy il s'affit
fur un Fauteuil qu'on luy
avoit préparé, pour recevoir
l'Abjuration de trente- deux
Perfonnes que la connoif
fance de la Verité faifoit renoncer
à leurs erreurs . M
Gauteron, Avocat en la Cour
des Aydes de Montpellier,
fut le premier qui fe préſenta.
leftoit en Robe. Si- toft qu'il
parut devant ce Prélat , il fe
mit à genoux , comme pour
16 MERCURE
faire reparation à la Croix
des irréverences qu'il avoit
commiſes contr'elle , & demanda
pardon à Dieu publiquement
d'avoir perſiſté ſi
longtemps dans l'Heréfic .
Apres qu'il l'eut abjurée avec
cinq de fes Enfans , M'I'Eveſque
luy dit que l'ordre de
l'Eglife eftoit d'impofer une
penitence à ceux qui avoient
vefcu dans une fauffe Religion
, mais qu'il ne lajugeoit
pas neceffaire à fon égard,
parce que l'humilité avec la
quelle il venoit de faire reparation
en préſence de tout
GALANT. 17
le tour Royal,
un grand Peuple , luy tenoit
lieu des plus fortes penitences
. Ce Prélat reçeut encore
l'abjuration de quelques Perſonnes,
& remit les autres apres
les Vêpres . On acheva lá
Proceffion
par
& quand la Benédiction Epif
copale eut efté donnée dans
l'Eglife de S. Pierre, la Compagnie
de M's les Penitens,
qui font toûjours pleins de
zele , voulant témoigner
la
joye qu'elle avoit de voir
triompher la Croix dans un
Lieu , où l'Heréſie avoit regné
fi longtemps avec tant
"Juillet 1683.
B
18 MERCURE
d'empire , s'y rendit tout de
nouveau, & y chanta un Motet
particulier.
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Résumé : Abjuration de trente-deux Personnes, [titre d'après la table]
En juillet 1683, une cérémonie religieuse dirigée par un évêque a vu trente-deux personnes abjurer leurs erreurs hérétiques. La cérémonie débuta par un motet et la bénédiction de la croix par l'évêque. Maître Gauteron, avocat à la Cour des Aides de Montpellier, fut le premier à abjurer. Il se présenta en robe, s'agenouilla et demanda pardon pour ses irrévérences envers la croix et sa persistance dans l'hérésie. Accompagné de cinq de ses enfants, son humilité et sa réparation publique furent jugées suffisantes par l'évêque, rendant toute pénitence supplémentaire inutile. D'autres personnes abjurèrent également leurs erreurs, certaines après les vêpres. La procession se conclut par une bénédiction épiscopale dans l'église de Saint-Pierre. La compagnie des Pénitents exprima sa joie en chantant un motet, célébrant la victoire de la croix dans un lieu autrefois dominé par l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 13-15
Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
Début :
Sur la fin du mesme mois, Mademoiselle Merlat, Fille [...]
Mots clefs :
Mademoiselle , Abjuration, Évêque, Erreurs, Religion chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
Sur la fin, dumesme mois,
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
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Résumé : Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
À la fin du mois, Madame Merlat, fille de l'ancien maître de Xaintes et veuve de Monsieur d'Aunis, a abjuré à Xaintes. La cérémonie a été supervisée par l'évêque du Plessis-Brienne. Les exhortations de ce dernier et les explications de Monsieur de Bonfonds, conseiller de la ville, ainsi que celles de Monsieur Chard, curé de Médis, ont éclairé Madame Merlat sur ses erreurs religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 50-60
SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Ma Lettre du 9 de ce mois vous à [...]
Mots clefs :
Religion, Église, Évêque, Convertis, Prédication, Abjuration, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
SECONDE LETTRE.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Le 20 décembre 1684, une lettre de Grenoble rapporte l'abjuration de Monsieur Vignes, ancien ministre de la Religion Prétendue Réformée, qui a eu lieu le dimanche précédent. Vignes s'était préparé à cette abjuration en se retirant. La cérémonie s'est déroulée dans la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, en présence d'une grande foule. Monsieur l'Évêque a prononcé un sermon sur la mission de Saint Jean-Baptiste, soulignant son humilité et sa déférence. Il a ensuite comparé les missions des évêques catholiques à celles des ministres protestants, critiquant ces derniers pour leur manque de légitimité apostolique. Après le sermon, Vignes a fait son abjuration avec une grande présence d'esprit et de confiance. Il a ensuite reçu le sacrement de confirmation, avec Monsieur de Saint-André et Madame la Comtesse de Clermont comme parrain et marraine. La cérémonie s'est conclue par le chant du Te Deum et des embrassades. Le lendemain, au temple, les psaumes ont été chantés lamentablement, reflétant la tristesse des réformés face à la perte de leur pasteur. Le ministre Railly a tenté de les réconforter, mais sans succès. Les réformés de Grenoble ont accusé Vignes de s'être converti par intérêt temporel, oubliant les éloges qu'ils lui avaient autrefois adressés. La lettre mentionne également l'envoi prochain d'une lettre et d'un livre écrits par Vignes, contenant des preuves des vérités de la religion catholique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 304
Autres conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le 22. de ce mois, Madame de Boisguillaume, d'une [...]
Mots clefs :
Conversions, Hérésie, Madame, Évêque, Abjuration, Calvin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres conversions, [titre d'après la table]
Le
22. de
ce
mois
, Madame
de
Boifguillaume
, d'une
des
meilleures
Maifons
du
Païs
du
Maine
Madame la
Marquife de Soucelles fa Fille
, qui demeure en Anjou , &
M' Tadourneau , firent Abjuration
de l'Herefie de Calvin
, entre les mains de M
T'Evefque d'Angers , au Château
de Soucelles , ou ce Prefat
fit un Difcours trés éloquent
fur ce fujet.
22. de
ce
mois
, Madame
de
Boifguillaume
, d'une
des
meilleures
Maifons
du
Païs
du
Maine
Madame la
Marquife de Soucelles fa Fille
, qui demeure en Anjou , &
M' Tadourneau , firent Abjuration
de l'Herefie de Calvin
, entre les mains de M
T'Evefque d'Angers , au Château
de Soucelles , ou ce Prefat
fit un Difcours trés éloquent
fur ce fujet.
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10
p. 235-239
Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Miromesnil Maistre des Requestes, President au [...]
Mots clefs :
M. Miromesnil, Président du conseil, Intendant, Mademoiselle , M. de Saint-Martin, Cérémonie, Évêque, Invités, Maison de Miromesnil, Nobles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Mª de Miromeſnil Maiſtre
des Requeſtes , Prefident au
GrandConſeil , Intendant en
la Province de Champagne,
&dont les Anceſtres ont poffedé
depuis pluſieurs fiecles
Vij
236 MERCURE :
les premieres dignitez du
Parlement de Roüen , a
épousé Mademoiselle Blan
che de Bar de Saint Martin,.
Fille de M de Saint Martin,
ancien Préſident au Préfidial
de Chalons . La Ceremonie
du Mariage fut faite le 14. de
ce mois par Meffire Loüis
Antoine de Noailles Pair de
France , Evefque & Comte
de Châlons , dans la Chapel
lede ſon Chaſteau de Sarry,
en préſence de Madame la
Ducheffe & Mademoiselle
de Noailles , & de pluſieurs
autres Perſonnes de qualité.
GALANT. 237
La Maiſon de M. de Miro
meſnilreſt des meilleures &
des plus anciennes de la Ro
be , diftinguée par des Am
baſſades , & par d'autres
grands emplois , & alliée aux
Maiſons de Chanvalon , du
Chaſteler , de Clermont, de
du Perron , de Briçonnet,
Courtin , de Mefmes ,Beau
molet, &pluſieurs autres du
Conſeil , & du Parlements
tant de Paris que de Norman
die. Celle de la Mariée eft
auſſi des plus anciennes &
des plus confiderables de la
Province. Jean de Bar fon fi
)
238 MERCURE
xiéme ou ſeptiéme Ayeul,s'é
tant trouvé avec les autres
Nobles de Champagne à la
Bataille d'Azincour , où l'Arriereban
eſtoit convoqué , fut
un de ceux qui s'y diftinguérent.
La Maiſon de Bar eft
alliée à celles de Neuville,
Lambeſſon, Godet, Ramcou,
Cochon - Verſanay
coſté maternel à celles de
Talon, Voifin, Perigny,Ponchartrain
, Dagueffeau ,Tu.
beuf& Hebert. Cette nouvelle
Mariée est belle & bien
faite. Elle a de l'eſprit,& ſçait
joindre à la Science de la
د
& du
Je
GALANT. 239
Cour l'innocence de la Province.
des Requeſtes , Prefident au
GrandConſeil , Intendant en
la Province de Champagne,
&dont les Anceſtres ont poffedé
depuis pluſieurs fiecles
Vij
236 MERCURE :
les premieres dignitez du
Parlement de Roüen , a
épousé Mademoiselle Blan
che de Bar de Saint Martin,.
Fille de M de Saint Martin,
ancien Préſident au Préfidial
de Chalons . La Ceremonie
du Mariage fut faite le 14. de
ce mois par Meffire Loüis
Antoine de Noailles Pair de
France , Evefque & Comte
de Châlons , dans la Chapel
lede ſon Chaſteau de Sarry,
en préſence de Madame la
Ducheffe & Mademoiselle
de Noailles , & de pluſieurs
autres Perſonnes de qualité.
GALANT. 237
La Maiſon de M. de Miro
meſnilreſt des meilleures &
des plus anciennes de la Ro
be , diftinguée par des Am
baſſades , & par d'autres
grands emplois , & alliée aux
Maiſons de Chanvalon , du
Chaſteler , de Clermont, de
du Perron , de Briçonnet,
Courtin , de Mefmes ,Beau
molet, &pluſieurs autres du
Conſeil , & du Parlements
tant de Paris que de Norman
die. Celle de la Mariée eft
auſſi des plus anciennes &
des plus confiderables de la
Province. Jean de Bar fon fi
)
238 MERCURE
xiéme ou ſeptiéme Ayeul,s'é
tant trouvé avec les autres
Nobles de Champagne à la
Bataille d'Azincour , où l'Arriereban
eſtoit convoqué , fut
un de ceux qui s'y diftinguérent.
La Maiſon de Bar eft
alliée à celles de Neuville,
Lambeſſon, Godet, Ramcou,
Cochon - Verſanay
coſté maternel à celles de
Talon, Voifin, Perigny,Ponchartrain
, Dagueffeau ,Tu.
beuf& Hebert. Cette nouvelle
Mariée est belle & bien
faite. Elle a de l'eſprit,& ſçait
joindre à la Science de la
د
& du
Je
GALANT. 239
Cour l'innocence de la Province.
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Résumé : Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Mª de Miromesnil, Maître des Requêtes, Président au Grand Conseil et Intendant de la Province de Champagne, provient d'une famille distinguée au Parlement de Rouen et alliée à plusieurs maisons illustres. Il a épousé Mademoiselle Blanche de Bar de Saint Martin, fille de M. de Saint Martin, ancien Président au Présidial de Chalons. Leur mariage a été célébré le 14 du mois par Monseigneur Louis Antoine de Noailles, Pair de France, Évêque et Comte de Châlons, dans la chapelle du château de Sarry, en présence de personnalités notables. La famille de Miromesnil est reconnue pour ses ambassades et autres hautes fonctions. La famille de la mariée est également ancienne et respectée en Champagne. Jean de Bar, ancêtre de la mariée, s'est distingué à la bataille d'Azincourt. La mariée est décrite comme belle, bien faite, spirituelle et cultivée, combinant innocence provinciale et grâce de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 280-282
Benéfices donnez par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ne voulant s'occuper le jour de Pasques qu'à [...]
Mots clefs :
Religion, Abbayes, Abbé, Décès, Évêque, Diocèse, Démission, Bénéfices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benéfices donnez par le Roy, [titre d'après la table]
Le Roy ne voulant s'occuper
le jour de Paſques qu'à
des chofes qui regardent, la
Religion , donna pluſieurs
Abbayes . M l'Abbé de la
Chaftre,Neveu de Madame
la Mareſchale de Humieres,
fut nommé à celle de Saint
Sever , vacante par la mort de
M' l'Eveſque d'Aire . Cette
Abbaye eſt dans le meſme
Eveſché. L'Abbaye de Saint
Victor de Caux Diocéſe de
Roüen, fut donnée àM l'Abbé
de Beauvau , Fils de M' le
Marquis duRivau. Elle estoit
vacante par la démiſſionvo.
4
GALANT 281
lontaire de M'le Comte de
Clere,&M-l'Abbé de la Motte,
Chanoine , & Archidiacte
de l'Eglife de Paris,& frere de
Medela Motte Intendant des
Bâtimens de fa Majesté , cut
l'Abbaye de Maffay Dioceſe
de Bourges , vacante par la
mortdeM' l'Abbé Bourdelot.
Ce premier s'eftoit démis de
I'Abbaye de Vertus Diocéſe
deChalons en Champagne,
que Sa Majefté a donnée à
MF'Abbé de Lufancy , Do-
Steur de la Maiſon de Sorbonne,
& Frere de M de
Lifancy , qui a cité Capitai
Avril 168 Aa
•
28 MERCURE
ne aux Gardes. Quelques
jours auparavant Madame
de Vaudetar avoit efté pour
veue de l'Abbaye de Saint
Leger de Preaux , Ordre de
Saint Benoift , Diocéſe de Li
fieux , vacante par la démis
fion de Madame Olivier de
Neuville.
le jour de Paſques qu'à
des chofes qui regardent, la
Religion , donna pluſieurs
Abbayes . M l'Abbé de la
Chaftre,Neveu de Madame
la Mareſchale de Humieres,
fut nommé à celle de Saint
Sever , vacante par la mort de
M' l'Eveſque d'Aire . Cette
Abbaye eſt dans le meſme
Eveſché. L'Abbaye de Saint
Victor de Caux Diocéſe de
Roüen, fut donnée àM l'Abbé
de Beauvau , Fils de M' le
Marquis duRivau. Elle estoit
vacante par la démiſſionvo.
4
GALANT 281
lontaire de M'le Comte de
Clere,&M-l'Abbé de la Motte,
Chanoine , & Archidiacte
de l'Eglife de Paris,& frere de
Medela Motte Intendant des
Bâtimens de fa Majesté , cut
l'Abbaye de Maffay Dioceſe
de Bourges , vacante par la
mortdeM' l'Abbé Bourdelot.
Ce premier s'eftoit démis de
I'Abbaye de Vertus Diocéſe
deChalons en Champagne,
que Sa Majefté a donnée à
MF'Abbé de Lufancy , Do-
Steur de la Maiſon de Sorbonne,
& Frere de M de
Lifancy , qui a cité Capitai
Avril 168 Aa
•
28 MERCURE
ne aux Gardes. Quelques
jours auparavant Madame
de Vaudetar avoit efté pour
veue de l'Abbaye de Saint
Leger de Preaux , Ordre de
Saint Benoift , Diocéſe de Li
fieux , vacante par la démis
fion de Madame Olivier de
Neuville.
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Résumé : Benéfices donnez par le Roy, [titre d'après la table]
Le roi a attribué plusieurs abbayes à l'occasion de Pâques. L'abbé de la Chaître, neveu de la Maréchale de Humières, a été nommé à l'abbaye de Saint-Sever, vacante après le décès de l'Évêque d'Aire, dans le même diocèse. L'abbaye de Saint-Victor de Caux, située dans le diocèse de Rouen, a été donnée à l'abbé de Beauvau, fils du Marquis du Rivau. L'abbaye de Massay, dans le diocèse de Bourges, a été attribuée à l'abbé de la Motte, chanoine et archidiacre de l'Église de Paris, frère de Médaille Motte, intendant des Bâtiments du Roi. Cette abbaye était vacante après la mort de l'abbé Bourdelot, qui avait démissionné de l'abbaye de Vertus, dans le diocèse de Chalons en Champagne. Cette dernière a été donnée à l'abbé de Lufancy, docteur de la Maison de Sorbonne et frère du capitaine de Lifancy aux Gardes. Quelques jours plus tôt, Madame de Vaudetar avait reçu l'abbaye de Saint-Léger de Préaux, ordre de Saint Benoît, dans le diocèse de Lisieux, vacante après la démission de Madame Olivier de Neuville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 7-23
Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Début :
Ce sont Abjurations de toutes parts, & vous serez sans doute [...]
Mots clefs :
Abjurations, Conversions, Religion prétendue réformée, Béarn, Roi, Édit, Déclarations, Temples, Religionnaires, Province, Erreur, Calvinisme, Ministres, Religion romaine, Missionnaires, Évêque, Hérésie, Familles, Auguste monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Ce font Abjurations
de toutes parts , & vous ferez
fans doute furpriſe du grand
nombre de Converfions qui
fe font faites en Bearn , depuis
commencement de Mars
dernier , juſques à la fin du
mois de May. Cette Province
eftant celle du Royaume ,
où la Religion Prétendue
Reformée avoit pris de plus
profondes racines , avoit be
foin d'un zele auffi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper. C'eſt à quoy Sa Majefté
a travaillé tres utile
ment , en donnant un Edit
"
$
A
iiij
8 MERCURE
au mois de Fevrier dernier,
par lequel aprés avoir meurement
examiné les differentes
Ufurpations que les Prétendus
Reformez avoient
faites , en fe fervant du malheur
des temps pour étendre
injuftement ce qui leur
avoit efté accordé par les Déclarations
qui leur eftoient
les plus favorables , Elle orles
lieux d'exercidonna
que
ce de cette
Religion
qui
eftoient
au nombre
de vingt
dans le Bearn
, y feroient
réduits
à cinq . Cét Edit ayant
efté donné , M' Foucault
GALANT.
9
Maistre des Requeftes , Commiffaire
départy dans le
Bearn , fut commis pour faire
abattre les quinze Temples
dont la démolition eftoit
ordonnée , & elle fut faite en
moins de quinze jours , par
les Religionnaires meſmes,
aufquels il eftoit enjoint de
la faire dans un mois. Les Miniftres
des cinq Temples reftans
, ayant commis plufieurs
contraventions aux Edits
& Déclarations de Sa
Majefté , il fut décerné contre
eux tous , des Decrets de
prife de corps par le Parle
>
10 MERCURE
ment de Navarre & Bearn,
dont les Habitans Catholi
ques qui avoient eſté con .
traints du temps de la Reyne
Jeanne , de luy payer vingt
livres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meffe
hors du Pays , fe font veus.
enfin délivrez de l'exercice
public de la Religion Prétendue
Reformée. Ces avantages.
remportez par la veritable Religion
, difpoferent les Prétendus
Reformez de cette Province
à ouvrir lesyeuxfur leurs
erreurs, & en détacherent un
grand nombre qui firent leurs
GALANT. II
Abjurations entre les mains
des Curezdes lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Ville de
+
Pau. C'eft ce qui obligea M
Foucault de prier les Evefques
de Bearn , d'envoyer des Milfionnaires
dans les lieux où il
y avoit quelque apparence
qu'on voudroit fe convertir.
La Ville de Maflac du Diocefe
de Lefcar , commença d'abord
à donner l'exemple aux
autres . M ' l'Evefque de Lef
car , & M Foucault , qui s'y
tranfporterent le premier
d'Avril avec les Peres Jefuites
, curent la fatisfaction de
•
12 MERCURE
voir rentrer dans l'Eglife plus
de foixante Familles delaVille
& des environs, pendant trois
jours qu'ils y demeurerent , à
quoy les foins & la vigilance
de M' l'Abbe d'Arboucave ,
Archipreftre de Maflac , contribuerent
beaucoup . Ces
heureux commencemens obligerent
ce mefme Prélat &
M'Foucaultde fe rendre le 24 .
du meſme mois au Bourg de
Garlin , où le Miniftre avoit
efté nouvellement decreté
M' Fou- par le Parlement.
cault ayant fait affembler les
Habitans de la Religion PréGALANT.
13
tenduë Reformée fous la Halle
, leur fit entendre que le
Roy eftant bien informé que
leurs Miniftres leur avoient
jufques alors déguifé les veritables
fentimens de la Religion
Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont
elle eftoit fort éloignée , l'amour
que Sa Majesté avoit
pour tous les Peuples , & fon
zele à procurer leur falut,
l'engageoient à fe fervir de
toutes fortes de moyens pour
rappeller à l'Eglife ceux qui
avoient le malheur de s'en
eftre feparez, & que pour ce14
MERCURE
>
la Elle defiroit qu'ils fe fiffent
inftruire par les Miffionnaires
qui venoient leur annoncer
la pureté de l'Evangile ,
aprés quoy un Pere Capucin
ayant monté en Chaire , leur
fit l'expofition de la Foy Catholique
, en expliqua les
Miſtéres , & réfuta en peu de
paroles les erreurs de la Religion
Prétendue Reformée.
M' l'Evefque de Leſcar leur
ayant enfuite demandé fi
quelques uns d'eux avoient
des doutes à luy propoſer, un
des principaux entrà en difpute
, & aprés avoir marqué
GALANT.
15
tout ce qui luy faifoit peine
dans la Religion Catholique,
ce Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de
l'Eglife . Tous les autres convaincus
ainfi que luy , l'y fuivirent,
& ils y receurent l'Abfolution
de leur Heréfie au
nombre de plus de trois cens.
Le lendemain le mefme Evef
que & M Foucault monterent
à Cheval à la pointe du
jour, & allerent dans les Villages
voifins , où il y eut en
core beaucoup de Chefs de
Famille qui les fuivirent à
Garlin pour faire abjuration,
1
16 MERCURE
Plus de quatre cens Perſonnes
fe convertirent
ce mefme
jour , & entr'autres
le Diacre
qui avoit beaucoup
de credit
parmy les Religionnaires
, &
dont la Converfion
a donné
un grand mouvement
à celles
qui fe font faites depuis , n'y
ayant pas prefentement
à
Garlin , & aux environs
quatre
Familles
de la Religion
Prétendue
Reformée
. Le
nombre
de ceux qui l'ont
quittée monte à prés de douze
cens Perfonnes
, les Enfans
compris . Les Capucins
qui y font actuellement
pour
GALANT. 17
inftruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger
tout ce Canton de Religionnaires
, & ils travaillent mef
me tres-utilement pour la réformation
des moeurs des Catholiques.
Le 17. de May M'Foucault
fe tranſporta avec M' l'Evêque
de Tarbes, & les Miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produifit
à l'Eglife le retour de foixante
& dix Familles , entre lef
quelles eft M ' de Caſtelņau ,
Gentilhomme d'une naiffance
fort confidérable. La
Juin 1685.
B
18 MERCURE
Nouvelle de ces Converfions
s'eftant répandue dans tous
les endroits de cette Province
, le Bourg de Pardics , où
il y avoit plus de quatrevingt
Familles de Prétendus
Reformez , changea entiérement
en deux jours , & il n'y
reite préfentement qu'un feul
Homme de cette Religion ,,
toute la Famille s'eftant faite
Catholique. Le troifiéme
jour il y eut une Proceffion ,
à laquelle affiftérent plus de
quatre mille Perfonnes de
quatre à cinq lieuës aux en
virons , qui furent extréme ,
E
GALANT. 19
ment édifiées de la devotion
de ces nouveaux Catholi
ques. Le 21. du mefme mois ,
M'Foucault fe rendit auBourg,
de Lagor , qui eft à une demy-
lieuë de Pardies , & il n'y
fut pas plûtoft arrivé , que
plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eftre receus à l'Eglife . Le
lendemain if alla dans toutes :
les Maiſons , pour tâcher
d'attirer les autres , qui fe
convertirent prefque tous le
mefme jour , en forte que de
cent trente & une Familles :
de Prétendus Reformez qu'il
1:4
Bij
20 MERCURE
y avoit à Lagor , & aux en
virons , il n'en refte plus que
fix , qui ont demandé du
temps pour le faire inftruire
par les Capucins qui font la
Miffion dans le Bourg.
Toutes ces Converfions
fe font faites fans aucune violence
. Il est évident que tout
l'honneur en eft deu au zéle
de noftre auguſte Monarque,
puis que l'on a remarqué que
le changement des plus obftinez
eft venu de la reflexion
qu'ils ont faite fur les
foins & fur l'application de
Sa Majeſté à faire revenir les
GALANT. 21
Peuples à l'Eglife Romaine.
Ils ne peuvent fe perfuader
qu'un Prince auffi vertueux
& auffi éclairé qu'il eft , puft
marcher dans la mauvaiſe
voye , & que Dieu vouluft
permettre qu'il y cuſt attiré
un nombre infiny d'Ames
qui ont abjuré le Calvinisme
depuis plufieurs années qu'il
travaille à en fapper les fondemens
dans fon Royaume.
Ce qui a achevé de les perfuader,
c'eſt la diférence qu'ils
trouvent entre les moyens
vrayment paternels & remsplis
de charité , dont Sa Ma22
MERCURE
a
"
jeſté ſe ſert pour les rappeller
à l'Eglife , & ceux que la
Reyne Jeanne employa pour
contraindre fes Sujets Catho
liques à embraffer la Reli
gion Prétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de fuivre
, par la faifie de leurs
Biens , & par le maſſacre des
Preftres Seculiers, & des Religieux.
Depuis ce temps - là on a
eu nouvelle , qu'il s'eft encore
converty dans la Ville
de Maflac , foixante Familles,
& qu'il n'y en refte plus préfentement
que huit de la Re
GALANT. 23
3
eligion Prétendue Reformée .
Ce qui s'en eft converty dans
le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens foixante
Familles qui font plus
de quatre mille Perfonnes.
de toutes parts , & vous ferez
fans doute furpriſe du grand
nombre de Converfions qui
fe font faites en Bearn , depuis
commencement de Mars
dernier , juſques à la fin du
mois de May. Cette Province
eftant celle du Royaume ,
où la Religion Prétendue
Reformée avoit pris de plus
profondes racines , avoit be
foin d'un zele auffi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper. C'eſt à quoy Sa Majefté
a travaillé tres utile
ment , en donnant un Edit
"
$
A
iiij
8 MERCURE
au mois de Fevrier dernier,
par lequel aprés avoir meurement
examiné les differentes
Ufurpations que les Prétendus
Reformez avoient
faites , en fe fervant du malheur
des temps pour étendre
injuftement ce qui leur
avoit efté accordé par les Déclarations
qui leur eftoient
les plus favorables , Elle orles
lieux d'exercidonna
que
ce de cette
Religion
qui
eftoient
au nombre
de vingt
dans le Bearn
, y feroient
réduits
à cinq . Cét Edit ayant
efté donné , M' Foucault
GALANT.
9
Maistre des Requeftes , Commiffaire
départy dans le
Bearn , fut commis pour faire
abattre les quinze Temples
dont la démolition eftoit
ordonnée , & elle fut faite en
moins de quinze jours , par
les Religionnaires meſmes,
aufquels il eftoit enjoint de
la faire dans un mois. Les Miniftres
des cinq Temples reftans
, ayant commis plufieurs
contraventions aux Edits
& Déclarations de Sa
Majefté , il fut décerné contre
eux tous , des Decrets de
prife de corps par le Parle
>
10 MERCURE
ment de Navarre & Bearn,
dont les Habitans Catholi
ques qui avoient eſté con .
traints du temps de la Reyne
Jeanne , de luy payer vingt
livres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meffe
hors du Pays , fe font veus.
enfin délivrez de l'exercice
public de la Religion Prétendue
Reformée. Ces avantages.
remportez par la veritable Religion
, difpoferent les Prétendus
Reformez de cette Province
à ouvrir lesyeuxfur leurs
erreurs, & en détacherent un
grand nombre qui firent leurs
GALANT. II
Abjurations entre les mains
des Curezdes lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Ville de
+
Pau. C'eft ce qui obligea M
Foucault de prier les Evefques
de Bearn , d'envoyer des Milfionnaires
dans les lieux où il
y avoit quelque apparence
qu'on voudroit fe convertir.
La Ville de Maflac du Diocefe
de Lefcar , commença d'abord
à donner l'exemple aux
autres . M ' l'Evefque de Lef
car , & M Foucault , qui s'y
tranfporterent le premier
d'Avril avec les Peres Jefuites
, curent la fatisfaction de
•
12 MERCURE
voir rentrer dans l'Eglife plus
de foixante Familles delaVille
& des environs, pendant trois
jours qu'ils y demeurerent , à
quoy les foins & la vigilance
de M' l'Abbe d'Arboucave ,
Archipreftre de Maflac , contribuerent
beaucoup . Ces
heureux commencemens obligerent
ce mefme Prélat &
M'Foucaultde fe rendre le 24 .
du meſme mois au Bourg de
Garlin , où le Miniftre avoit
efté nouvellement decreté
M' Fou- par le Parlement.
cault ayant fait affembler les
Habitans de la Religion PréGALANT.
13
tenduë Reformée fous la Halle
, leur fit entendre que le
Roy eftant bien informé que
leurs Miniftres leur avoient
jufques alors déguifé les veritables
fentimens de la Religion
Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont
elle eftoit fort éloignée , l'amour
que Sa Majesté avoit
pour tous les Peuples , & fon
zele à procurer leur falut,
l'engageoient à fe fervir de
toutes fortes de moyens pour
rappeller à l'Eglife ceux qui
avoient le malheur de s'en
eftre feparez, & que pour ce14
MERCURE
>
la Elle defiroit qu'ils fe fiffent
inftruire par les Miffionnaires
qui venoient leur annoncer
la pureté de l'Evangile ,
aprés quoy un Pere Capucin
ayant monté en Chaire , leur
fit l'expofition de la Foy Catholique
, en expliqua les
Miſtéres , & réfuta en peu de
paroles les erreurs de la Religion
Prétendue Reformée.
M' l'Evefque de Leſcar leur
ayant enfuite demandé fi
quelques uns d'eux avoient
des doutes à luy propoſer, un
des principaux entrà en difpute
, & aprés avoir marqué
GALANT.
15
tout ce qui luy faifoit peine
dans la Religion Catholique,
ce Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de
l'Eglife . Tous les autres convaincus
ainfi que luy , l'y fuivirent,
& ils y receurent l'Abfolution
de leur Heréfie au
nombre de plus de trois cens.
Le lendemain le mefme Evef
que & M Foucault monterent
à Cheval à la pointe du
jour, & allerent dans les Villages
voifins , où il y eut en
core beaucoup de Chefs de
Famille qui les fuivirent à
Garlin pour faire abjuration,
1
16 MERCURE
Plus de quatre cens Perſonnes
fe convertirent
ce mefme
jour , & entr'autres
le Diacre
qui avoit beaucoup
de credit
parmy les Religionnaires
, &
dont la Converfion
a donné
un grand mouvement
à celles
qui fe font faites depuis , n'y
ayant pas prefentement
à
Garlin , & aux environs
quatre
Familles
de la Religion
Prétendue
Reformée
. Le
nombre
de ceux qui l'ont
quittée monte à prés de douze
cens Perfonnes
, les Enfans
compris . Les Capucins
qui y font actuellement
pour
GALANT. 17
inftruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger
tout ce Canton de Religionnaires
, & ils travaillent mef
me tres-utilement pour la réformation
des moeurs des Catholiques.
Le 17. de May M'Foucault
fe tranſporta avec M' l'Evêque
de Tarbes, & les Miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produifit
à l'Eglife le retour de foixante
& dix Familles , entre lef
quelles eft M ' de Caſtelņau ,
Gentilhomme d'une naiffance
fort confidérable. La
Juin 1685.
B
18 MERCURE
Nouvelle de ces Converfions
s'eftant répandue dans tous
les endroits de cette Province
, le Bourg de Pardics , où
il y avoit plus de quatrevingt
Familles de Prétendus
Reformez , changea entiérement
en deux jours , & il n'y
reite préfentement qu'un feul
Homme de cette Religion ,,
toute la Famille s'eftant faite
Catholique. Le troifiéme
jour il y eut une Proceffion ,
à laquelle affiftérent plus de
quatre mille Perfonnes de
quatre à cinq lieuës aux en
virons , qui furent extréme ,
E
GALANT. 19
ment édifiées de la devotion
de ces nouveaux Catholi
ques. Le 21. du mefme mois ,
M'Foucault fe rendit auBourg,
de Lagor , qui eft à une demy-
lieuë de Pardies , & il n'y
fut pas plûtoft arrivé , que
plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eftre receus à l'Eglife . Le
lendemain if alla dans toutes :
les Maiſons , pour tâcher
d'attirer les autres , qui fe
convertirent prefque tous le
mefme jour , en forte que de
cent trente & une Familles :
de Prétendus Reformez qu'il
1:4
Bij
20 MERCURE
y avoit à Lagor , & aux en
virons , il n'en refte plus que
fix , qui ont demandé du
temps pour le faire inftruire
par les Capucins qui font la
Miffion dans le Bourg.
Toutes ces Converfions
fe font faites fans aucune violence
. Il est évident que tout
l'honneur en eft deu au zéle
de noftre auguſte Monarque,
puis que l'on a remarqué que
le changement des plus obftinez
eft venu de la reflexion
qu'ils ont faite fur les
foins & fur l'application de
Sa Majeſté à faire revenir les
GALANT. 21
Peuples à l'Eglife Romaine.
Ils ne peuvent fe perfuader
qu'un Prince auffi vertueux
& auffi éclairé qu'il eft , puft
marcher dans la mauvaiſe
voye , & que Dieu vouluft
permettre qu'il y cuſt attiré
un nombre infiny d'Ames
qui ont abjuré le Calvinisme
depuis plufieurs années qu'il
travaille à en fapper les fondemens
dans fon Royaume.
Ce qui a achevé de les perfuader,
c'eſt la diférence qu'ils
trouvent entre les moyens
vrayment paternels & remsplis
de charité , dont Sa Ma22
MERCURE
a
"
jeſté ſe ſert pour les rappeller
à l'Eglife , & ceux que la
Reyne Jeanne employa pour
contraindre fes Sujets Catho
liques à embraffer la Reli
gion Prétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de fuivre
, par la faifie de leurs
Biens , & par le maſſacre des
Preftres Seculiers, & des Religieux.
Depuis ce temps - là on a
eu nouvelle , qu'il s'eft encore
converty dans la Ville
de Maflac , foixante Familles,
& qu'il n'y en refte plus préfentement
que huit de la Re
GALANT. 23
3
eligion Prétendue Reformée .
Ce qui s'en eft converty dans
le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens foixante
Familles qui font plus
de quatre mille Perfonnes.
Fermer
Résumé : Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Entre mars et mai, une vague de conversions au catholicisme a eu lieu en Béarn, une région traditionnellement réformée. En février, le roi avait publié un édit réduisant les lieux de culte réformés de vingt à cinq. Maître Foucault Galant, commissaire royal, a supervisé la démolition des temples non autorisés et l'arrestation de plusieurs ministres réformés. Cette répression a encouragé de nombreux réformés à se convertir au catholicisme, soutenus par des missionnaires jésuites et capucins. Par exemple, à Maslac, plus de soixante familles se sont converties en trois jours, et à Garlin, plus de trois cents personnes après une dispute théologique avec l'évêque de Lescar. Le mouvement s'est intensifié, atteignant près de douze cents conversions, incluant des enfants. Des conversions massives ont également été observées à Pontac et Pardic. À Lagor, plus de cinquante chefs de familles ont demandé à rejoindre l'Église catholique, entraînant la conversion de 131 familles sur 137. Six familles ont souhaité être instruites par les Capucins avant de se convertir. Ces conversions se sont faites sans violence, attribuées au zèle du monarque, dont la vertu et l'éclat ont convaincu les plus réticents. Les habitants ont comparé favorablement les méthodes du roi aux méthodes coercitives de la reine Jeanne, qui avait imposé la religion réformée par la force. En trois mois, 660 familles, soit plus de quatre mille personnes, se sont converties au catholicisme dans le Béarn.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 37-42
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelles que depuis ce que je vous manday [...]
Mots clefs :
Convertis, Abjurations, Province, Religion catholique, Béarn, Famille, Languedoc, Gentilhomme, Parlements, Enfants, Erreurs, Vérités catholiques, Prédication, Nouveau Testament, Obstacles, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
On a eu nouvelles que
depuis ce que je vous manday
le dernier mois , du
grand nombre de Converfions
qui s'eftoient faites
dans le Bearn , plus de cinq
mille Perſonnes y ont encore
abjuré. M. Foucault
Intendant dans cette Province
, a grande part à tous
cès heureux progrez de la
Religion Catholique . Je
vous en feray un détail fi
delle , lors qu'on m'en au38
MERCURE
ra appris les circonftances.
Cependant
je croy que
vous ne ferez pas fâchée que
je vous faffe fçavoir celles de
la Converfion
de M. de
Moncalm de Goufon , Seigneur
de Saint Vairan, dont
la Famille eft des plus Illuftres
du Languedoc
.
jeune Gentilhomme eft Fils
aîné de Meffire Louis de
Montcalm , Baron de Saint
Victor , Seigneur de Guabriac
& de S. Julien dans les
Cevenes , & de feuë Dame
Judith de Vallat de Guabriac.
Deux de fes Oncles
Ce
GALANT. 39
font morts au fervice de Sa
Majefté , l'un Capitaine
dans les Cuiraffiers du Roy,
& l'autre dans le Regiment
du Maine. Il en a un autre
connu fous le nom de M. de
Puiol , premier Capitaine
dans le Regiment de Condé
, & un quatriéme Confeiller
au Parlement de Touloufe.
Les grands biens de
ce dernier qui n'a point
d'Enfans mailes , font fubftituez
au jeune Gentilhomme
, qui a fait Abjuration
depuis peu de temps. Le
commencement de cette
40 MERCURE
action eft deu à un éloquent
Difcours que fit M. l'Eveſ
que de Grenoble , le jour
que M. Vigne fameux Miniftre
, dont je vous ay parlé
dans l'une de mes dernieres
Lettres , fit Profeffion des
Veritez Catholiques. M. de
Saint Vairan , dont on avoit
tâché de remplir l'efprit d'une
infinité de fauffes idées
touchant nos Miſteres ,
ayant oüy le recit qu'un Capucin
faifoit de cette admirabłe
Prédication , & retenu
les preuves tirées des écrits
mefmes des Fondateurs de la
GALANT. 4F
Religion Prétendue Réformée
s'obftina à vouloir
contefter ces preuves , &
comme il a infiniment de
l'efprit , il voulut le faire
avec fuccez. Il confulta fes
Miniftres , & revenant à la
Conféréce particuliereavec
le Religieux , il en fut fi : fa
tisfait , qu'en ayant eu plu
fieurs autres avec luy , il de
meura convaincu dans la
derniere. Ses préjugez,beau
coup de penétration , la
feience du Nouveau Tefta
ment qu'il poffède à: fond , &:
fur tout la crainte de déplai-
Juillet 1685.
Ꭰ
42 MERCURE
re à M. fon Pere , eftoient
de puiffans obftacles , mais
la Grace les a furmontez.
On peut dire qu'à l'âge de
dix-huit ans , il a des qualitez
pour l'efprit & pour les
moeurs qui le rendent extraordinaire
. Il n'a rien oublié
pour s'inftruire pleinement
du nouveau party qu'il vou
loit prendre , & en l'abſence
de M. l'Evefque de Grenoble
, occupé alors à la vifite
de fon Dioceſe , il a abjuré
dans l'Eglife des Capucins ,
entre les mains de celuy
dont Dieu s'eftoit fervy pour
le convertir.
depuis ce que je vous manday
le dernier mois , du
grand nombre de Converfions
qui s'eftoient faites
dans le Bearn , plus de cinq
mille Perſonnes y ont encore
abjuré. M. Foucault
Intendant dans cette Province
, a grande part à tous
cès heureux progrez de la
Religion Catholique . Je
vous en feray un détail fi
delle , lors qu'on m'en au38
MERCURE
ra appris les circonftances.
Cependant
je croy que
vous ne ferez pas fâchée que
je vous faffe fçavoir celles de
la Converfion
de M. de
Moncalm de Goufon , Seigneur
de Saint Vairan, dont
la Famille eft des plus Illuftres
du Languedoc
.
jeune Gentilhomme eft Fils
aîné de Meffire Louis de
Montcalm , Baron de Saint
Victor , Seigneur de Guabriac
& de S. Julien dans les
Cevenes , & de feuë Dame
Judith de Vallat de Guabriac.
Deux de fes Oncles
Ce
GALANT. 39
font morts au fervice de Sa
Majefté , l'un Capitaine
dans les Cuiraffiers du Roy,
& l'autre dans le Regiment
du Maine. Il en a un autre
connu fous le nom de M. de
Puiol , premier Capitaine
dans le Regiment de Condé
, & un quatriéme Confeiller
au Parlement de Touloufe.
Les grands biens de
ce dernier qui n'a point
d'Enfans mailes , font fubftituez
au jeune Gentilhomme
, qui a fait Abjuration
depuis peu de temps. Le
commencement de cette
40 MERCURE
action eft deu à un éloquent
Difcours que fit M. l'Eveſ
que de Grenoble , le jour
que M. Vigne fameux Miniftre
, dont je vous ay parlé
dans l'une de mes dernieres
Lettres , fit Profeffion des
Veritez Catholiques. M. de
Saint Vairan , dont on avoit
tâché de remplir l'efprit d'une
infinité de fauffes idées
touchant nos Miſteres ,
ayant oüy le recit qu'un Capucin
faifoit de cette admirabłe
Prédication , & retenu
les preuves tirées des écrits
mefmes des Fondateurs de la
GALANT. 4F
Religion Prétendue Réformée
s'obftina à vouloir
contefter ces preuves , &
comme il a infiniment de
l'efprit , il voulut le faire
avec fuccez. Il confulta fes
Miniftres , & revenant à la
Conféréce particuliereavec
le Religieux , il en fut fi : fa
tisfait , qu'en ayant eu plu
fieurs autres avec luy , il de
meura convaincu dans la
derniere. Ses préjugez,beau
coup de penétration , la
feience du Nouveau Tefta
ment qu'il poffède à: fond , &:
fur tout la crainte de déplai-
Juillet 1685.
Ꭰ
42 MERCURE
re à M. fon Pere , eftoient
de puiffans obftacles , mais
la Grace les a furmontez.
On peut dire qu'à l'âge de
dix-huit ans , il a des qualitez
pour l'efprit & pour les
moeurs qui le rendent extraordinaire
. Il n'a rien oublié
pour s'inftruire pleinement
du nouveau party qu'il vou
loit prendre , & en l'abſence
de M. l'Evefque de Grenoble
, occupé alors à la vifite
de fon Dioceſe , il a abjuré
dans l'Eglife des Capucins ,
entre les mains de celuy
dont Dieu s'eftoit fervy pour
le convertir.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Dans le Béarn, plus de cinq mille personnes ont abjuré leur foi. M. Foucault, intendant de la province, est loué pour son rôle dans ces conversions au catholicisme. Parmi les conversions notables figure celle de M. de Montcalm de Goulson, seigneur de Saint Vairan, issu d'une famille illustre du Languedoc. Fils aîné de Louis de Montcalm, baron de Saint Victor, et de Judith de Vallat de Goulson, il a deux oncles morts au service du roi, un autre premier capitaine dans le régiment de Condé, et un quatrième conseiller au Parlement de Toulouse. La conversion de M. de Saint Vairan a été influencée par un discours de l'évêque de Grenoble et des conférences avec un capucin. Sa décision a été motivée par sa compréhension des mystères catholiques, sa connaissance du Nouveau Testament et la crainte de déplaire à son père. À dix-huit ans, il possède des qualités remarquables d'esprit et de mœurs. Il a abjuré dans l'église des Capucins en l'absence de l'évêque de Grenoble.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 345-352
Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour 15. qui fut Mécredy dernier 25. de Juillet [...]
Mots clefs :
Évêque, Échafaud, Puritain, Calviniste, Religion anglicane, Ministres, Femmes, Milord, Vicomte, Mariage, Coutumes, Envoyé extraordinaire, Rebelles, Roi Jacques II
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
Le mefme jour 15. qui fut “
Mécredy dernier 25. de Juil
let felon nous , il eut la tefte
coupée dans la place appellée
Fovver-Hill, qui veut di- b
reChamp de la Tour.L'Evef
que d'Ely & un autre Eveſ.
que l'affifterent fur l'Echa
fault mais il ne les écouta
pas , cftant mort Puritain , I
346 MERCURE
c'eft à dire Prefbyterien ou
Calvinifte épuré, ce qui n'eft
pas la Religion Anglicane ,
qui a des Evefques. Les Pu
ritains les condamnent , di̟-
fant qu'ils ne doivent eſtre
que fimples Miniftres . Il eſt
mort fans fermeté craignant
, ne pouvant fe foûtenir
ny parler , ce qui fut
caufe qu'il recût cing coups.
Il a declaré qu'il avoit elté
forcé par le feu Roy d'époufer
fa premiere Femme, & en
fuite infpiré d'en prendre.
une autre. Ce mot d'inspiré
eft le terme des Puritains,
GALANT. 347
Cette autre Femme que l'on
appelle Henriette Neuf,
vvort , eftoit la Maiftreffe
d'un Milord , auquel il l'a
voit oftée. Le Duc de Monmouth
, par les intrigues du
feuComte de Salfbury, avoit
fait declarer le Duc d'York
inhabile à fucceder à la Cou
ronne , & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres . Non
feulement il avoit efté cauſe
de l'emprisonnement des
Milords Catholiques , & de
la mort du Vicomte Stafford,
dont la memoire a efté reha
bilitée par Acte du Parle
348 MERCURE
ment ; mais il avoit confpiré
contre la vie du feu Roy fon
Pere , qui avoit eu la bonté
de luy donner une Abolition
fcellée du grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il cut
appris fa mort , il ne fongea
qu'à prendre les armes, couvrant
fon ambition de deux
pretextes , l'un du Mariage
fuppofé du feu Roy avec la
Mere , ce qui luy faifoit dire
que la Couronne luy appartenoit
, & l'autre du nom de
Protecteur de la Religion
Proteftante d'Angleterre
,
dont les Sectateurs font apGALANT
349
UPT
pellez Puritains & Prefbyte
riens . Ils fe difent illuminez,
& pretendent avoir tous le
Saint Eſprit . Ce party eſt entierement
oppofé à la Religion
Anglicane , qui , comme
je l'ay déja dit , a des E-
511 1100 £12
vefques. Il avoit pourtant
efté élevé dans la Religion
Catholique par les Peres de
l'Oratoire de Jully , à fept
lieues de Paris . Il a efté executé
fuivant le Jugement du
Parlement, qui l'avoit declaré
Rebelle. L'Allemand qui
Ta découvert , & qui eftoit
luy , eft un homme qui
350 MERCURE
ayant deferté deux fois les
Troupes de Brandebourg
, y
a efté condamné
à eftre pendu
. On n'a pas executé Milord
Grey , à cauſe que
elést
Juges ordinaires avoient dé
ja fait fon procez par Contu
mace ; & comme ils font en
Vacance jufques à la S. Michel
, ce procez ne fçauroit
eftre reveu qu'en ce teps - là.
C'eft la coûtume
en Angle
terre, de revoir les procez de
tous ceux que les Juges ordinaires
ont jugez par cótumace
, quand on tient les Cri
minels ; ce qu'on ne fait pas
GALANT. 35r
dans les procez jugez par le
Parlement. Le Roy a retenu
à fon fervice les fix Regimés
Anglois & Ecoffois que les
Eftats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices.
ont efté congediées, & l'Armée,
c'eſt à dire les Troupes
reglées , demeurera encore.
quelque temps dans les Provinces
de Dorfet & de Sommerfet
, où les Revoltez ont
paru .
Milord Prefton , Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre,
a fait faire icy des feux
352 MERCURE
de joye devant fon Hoſtel ,
pour la Victoire remportée
par le Roy Jacques II. con
tre les Rebelles. Je vous en
voyeray le mois prochain
&
une ample Relations de cets
te réjouiffance , duffi - bien
que de celle que Milord Staf
ford a fait faire pendant trois
jours devant la
porte
de fon
Hoftel ,
pour
pour
cette
meſme
Victoire.
Mécredy dernier 25. de Juil
let felon nous , il eut la tefte
coupée dans la place appellée
Fovver-Hill, qui veut di- b
reChamp de la Tour.L'Evef
que d'Ely & un autre Eveſ.
que l'affifterent fur l'Echa
fault mais il ne les écouta
pas , cftant mort Puritain , I
346 MERCURE
c'eft à dire Prefbyterien ou
Calvinifte épuré, ce qui n'eft
pas la Religion Anglicane ,
qui a des Evefques. Les Pu
ritains les condamnent , di̟-
fant qu'ils ne doivent eſtre
que fimples Miniftres . Il eſt
mort fans fermeté craignant
, ne pouvant fe foûtenir
ny parler , ce qui fut
caufe qu'il recût cing coups.
Il a declaré qu'il avoit elté
forcé par le feu Roy d'époufer
fa premiere Femme, & en
fuite infpiré d'en prendre.
une autre. Ce mot d'inspiré
eft le terme des Puritains,
GALANT. 347
Cette autre Femme que l'on
appelle Henriette Neuf,
vvort , eftoit la Maiftreffe
d'un Milord , auquel il l'a
voit oftée. Le Duc de Monmouth
, par les intrigues du
feuComte de Salfbury, avoit
fait declarer le Duc d'York
inhabile à fucceder à la Cou
ronne , & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres . Non
feulement il avoit efté cauſe
de l'emprisonnement des
Milords Catholiques , & de
la mort du Vicomte Stafford,
dont la memoire a efté reha
bilitée par Acte du Parle
348 MERCURE
ment ; mais il avoit confpiré
contre la vie du feu Roy fon
Pere , qui avoit eu la bonté
de luy donner une Abolition
fcellée du grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il cut
appris fa mort , il ne fongea
qu'à prendre les armes, couvrant
fon ambition de deux
pretextes , l'un du Mariage
fuppofé du feu Roy avec la
Mere , ce qui luy faifoit dire
que la Couronne luy appartenoit
, & l'autre du nom de
Protecteur de la Religion
Proteftante d'Angleterre
,
dont les Sectateurs font apGALANT
349
UPT
pellez Puritains & Prefbyte
riens . Ils fe difent illuminez,
& pretendent avoir tous le
Saint Eſprit . Ce party eſt entierement
oppofé à la Religion
Anglicane , qui , comme
je l'ay déja dit , a des E-
511 1100 £12
vefques. Il avoit pourtant
efté élevé dans la Religion
Catholique par les Peres de
l'Oratoire de Jully , à fept
lieues de Paris . Il a efté executé
fuivant le Jugement du
Parlement, qui l'avoit declaré
Rebelle. L'Allemand qui
Ta découvert , & qui eftoit
luy , eft un homme qui
350 MERCURE
ayant deferté deux fois les
Troupes de Brandebourg
, y
a efté condamné
à eftre pendu
. On n'a pas executé Milord
Grey , à cauſe que
elést
Juges ordinaires avoient dé
ja fait fon procez par Contu
mace ; & comme ils font en
Vacance jufques à la S. Michel
, ce procez ne fçauroit
eftre reveu qu'en ce teps - là.
C'eft la coûtume
en Angle
terre, de revoir les procez de
tous ceux que les Juges ordinaires
ont jugez par cótumace
, quand on tient les Cri
minels ; ce qu'on ne fait pas
GALANT. 35r
dans les procez jugez par le
Parlement. Le Roy a retenu
à fon fervice les fix Regimés
Anglois & Ecoffois que les
Eftats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices.
ont efté congediées, & l'Armée,
c'eſt à dire les Troupes
reglées , demeurera encore.
quelque temps dans les Provinces
de Dorfet & de Sommerfet
, où les Revoltez ont
paru .
Milord Prefton , Envoyé
Extraordinaire d'Angleterre,
a fait faire icy des feux
352 MERCURE
de joye devant fon Hoſtel ,
pour la Victoire remportée
par le Roy Jacques II. con
tre les Rebelles. Je vous en
voyeray le mois prochain
&
une ample Relations de cets
te réjouiffance , duffi - bien
que de celle que Milord Staf
ford a fait faire pendant trois
jours devant la
porte
de fon
Hoftel ,
pour
pour
cette
meſme
Victoire.
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Résumé : Execution du Duc de Montmouth, [titre d'après la table]
En juillet, un puritain opposé à l'anglicanisme a été exécuté après avoir refusé les conseils des évêques et dénoncé le roi pour l'avoir forcé à répudier sa première femme. Le duc de Monmouth, manipulé par le comte de Salisbury, avait tenté de déclarer le duc d'York inapte au trône et orchestré des actions contre des lords catholiques. Après la mort du roi, Monmouth s'est rebellé, se proclamant héritier légitime et protecteur du protestantisme, avant d'être exécuté pour trahison. Un déserteur allemand a également été condamné à mort. Milord Grey a échappé à l'exécution en raison de la vacance judiciaire. Le roi a gardé six régiments anglais et écossais envoyés par les États de Hollande et maintenu l'armée dans les provinces de Dorset et de Somerset pour prévenir les révoltes. Milord Preston, représentant anglais, a célébré la victoire du roi Jacques II contre les rebelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 42-43
Bout de l'an de feuë Madame la Princesse Palatine. [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudy 9. de ce mois, on fit un Service solemnel du [...]
Mots clefs :
Service solennel, Princesse palatine, Église, Couvent, Duchesse, Duc, Évêque, Oraison funèbre, Éloquence, Pompe funèbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bout de l'an de feuë Madame la Princesse Palatine. [titre d'après la table]
Le Jeudy 9. de ce mois, on
fit un Service folemnel du
bout de l'an pour Madame la
Princeffe Palatine . Il fut fait
dans l'Eglife des Carmelites
du grand Convent du Fauxbourg
Saint Jacques, en prefence
de Monfieur le Duc ,
de Madame la Ducheffe , &
de Monfieur le Duc de Bourbon.
Je ne parle point de
quantité d'autres Perſonnes
de tres-grande qualité qui
s'y trouverent. M. l'Evefque
de Meaux prononça l'OraiGALANT.
43
fon Funebre, avec un fuccés
qui ne furprit point, puiſque
l'éloquence luy eſt naturelle
, & qu'il eft prefque im
poffible d'aller au delà de
ce qu'il fait. Tout ce qui
concernoit la Pompe Funebre
, eftoit tres - bien entendu
; & l'on peut dire qu'il
y avoit de la beauté dans le
tuifte éclat de cette lugubre
magnificence,
fit un Service folemnel du
bout de l'an pour Madame la
Princeffe Palatine . Il fut fait
dans l'Eglife des Carmelites
du grand Convent du Fauxbourg
Saint Jacques, en prefence
de Monfieur le Duc ,
de Madame la Ducheffe , &
de Monfieur le Duc de Bourbon.
Je ne parle point de
quantité d'autres Perſonnes
de tres-grande qualité qui
s'y trouverent. M. l'Evefque
de Meaux prononça l'OraiGALANT.
43
fon Funebre, avec un fuccés
qui ne furprit point, puiſque
l'éloquence luy eſt naturelle
, & qu'il eft prefque im
poffible d'aller au delà de
ce qu'il fait. Tout ce qui
concernoit la Pompe Funebre
, eftoit tres - bien entendu
; & l'on peut dire qu'il
y avoit de la beauté dans le
tuifte éclat de cette lugubre
magnificence,
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Résumé : Bout de l'an de feuë Madame la Princesse Palatine. [titre d'après la table]
Le 9 du mois, un service funèbre pour Madame la Princesse Palatine a eu lieu à l'église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques. Présents : Monsieur le Duc, Madame la Duchesse, Monsieur le Duc de Bourbon et d'autres personnalités. L'évêque de Meaux a prononcé une oraison funèbre acclamée. La cérémonie était marquée par une grande magnificence.
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16
p. 252-256
Survivance accordée par le Roy à Mr de Maupeou. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a accordé à Mr de Maupeou, Conseiller en la Quatriéme [...]
Mots clefs :
Conseiller, Parlement, Évêque, Famille, Capitaine, Procession, Fonctions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Survivance accordée par le Roy à Mr de Maupeou. [titre d'après la table]
Le Roy a accordé à M
de Maupeou , Confeiller en
la
Quatrième des Enqueftes
du Parlement, la furvivance
de la Charge de Prefident en
la
Premiere des
Enqueftes
,.
dont Mr fon Pere eft pourGALANT.
253
veu. Sa Majefté avoit déja
accordé la mefme grace
Mr de Maupeou fon Frere ,
aujourd'huy Evefque de Caftres
, dans le temps qu'il eftoit
Avocat General au Grád
Confeil
. Toutes les graces
que Sa Majefté fait à cette
Famille , font fingulieres ;
auffi peut - on dire qu'elles
font deues au zele & à la fi
delité dont M le Prefident
de Maupeou a donné tant de
glorieuſes marques depuis
cinquante ans , & aux fervi
ces de quatre de ſes Freres
Capitaines aux Gardes , dont
254 MERCURE
le dernier eftoit Gouverneur
d'Ath. Ce qu'il y a de fort remarquable
, c'eft qu'il femble
qu'ils naiffent tous également
propres à toutes fortes
de Profeffions , lors qu'il s'agit
de fervir le Roy. Le Fils
aifné eftoit pourveu de la
Charge d'Avocat General au
Grand Confeil , qu'il a exercée
pendant fix ans , avec
l'approbation du Public ; &
aprés ſa mort , le ſecond qui
eftoit Docteur de Sorbonne ,
& qui a efté fait Evefque de
Caftres, prit la meſme Charge
, & s'en acquitta avec le
GALANT 255
mefme fuccés que s'il n'avoit
jamais embraſſé une autre
profeffion. Celuy qui eft
prefentement Confeiller, eftoit
auparavant Chevalier
de Malte , & en cette qualité
il a fait fes Caravanes.
Son Cadet , qui eftoit Sous-
Lieutenant aux Gardes dés
l'âge de dix-fept ans , ayant
efté tué dans le fervice, il luy
fucceda en cet Employ; mais
eftant reftéfeul dans le ionde,
Sa Majefté luy permit de
changer d'eſtat , & de prendre
la Robe. Si cette Famille
eft Illuftre du cofté de M
256 MERCURE
le Preſident , elle ne l'eft pas
moins du cofté de Madame
la Prefidente , qui eft Soeur
de M' Doujat Confeiller de
la Grand' Chambre .
de Maupeou , Confeiller en
la
Quatrième des Enqueftes
du Parlement, la furvivance
de la Charge de Prefident en
la
Premiere des
Enqueftes
,.
dont Mr fon Pere eft pourGALANT.
253
veu. Sa Majefté avoit déja
accordé la mefme grace
Mr de Maupeou fon Frere ,
aujourd'huy Evefque de Caftres
, dans le temps qu'il eftoit
Avocat General au Grád
Confeil
. Toutes les graces
que Sa Majefté fait à cette
Famille , font fingulieres ;
auffi peut - on dire qu'elles
font deues au zele & à la fi
delité dont M le Prefident
de Maupeou a donné tant de
glorieuſes marques depuis
cinquante ans , & aux fervi
ces de quatre de ſes Freres
Capitaines aux Gardes , dont
254 MERCURE
le dernier eftoit Gouverneur
d'Ath. Ce qu'il y a de fort remarquable
, c'eft qu'il femble
qu'ils naiffent tous également
propres à toutes fortes
de Profeffions , lors qu'il s'agit
de fervir le Roy. Le Fils
aifné eftoit pourveu de la
Charge d'Avocat General au
Grand Confeil , qu'il a exercée
pendant fix ans , avec
l'approbation du Public ; &
aprés ſa mort , le ſecond qui
eftoit Docteur de Sorbonne ,
& qui a efté fait Evefque de
Caftres, prit la meſme Charge
, & s'en acquitta avec le
GALANT 255
mefme fuccés que s'il n'avoit
jamais embraſſé une autre
profeffion. Celuy qui eft
prefentement Confeiller, eftoit
auparavant Chevalier
de Malte , & en cette qualité
il a fait fes Caravanes.
Son Cadet , qui eftoit Sous-
Lieutenant aux Gardes dés
l'âge de dix-fept ans , ayant
efté tué dans le fervice, il luy
fucceda en cet Employ; mais
eftant reftéfeul dans le ionde,
Sa Majefté luy permit de
changer d'eſtat , & de prendre
la Robe. Si cette Famille
eft Illuftre du cofté de M
256 MERCURE
le Preſident , elle ne l'eft pas
moins du cofté de Madame
la Prefidente , qui eft Soeur
de M' Doujat Confeiller de
la Grand' Chambre .
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Résumé : Survivance accordée par le Roy à Mr de Maupeou. [titre d'après la table]
Le roi a accordé à M. de Maupeou, conseiller à la Quatrième des Enquêtes du Parlement, la survivance de la charge de Président à la Première des Enquêtes, détenue par son père. Cette faveur avait déjà été accordée à son frère, ancien Avocat Général au Grand Conseil et actuel Évêque de Castres. Les faveurs royales envers la famille de Maupeou soulignent le zèle et la fidélité de M. le Président de Maupeou, ainsi que les services de quatre de ses frères, tous capitaines aux Gardes. Le fils aîné avait exercé la charge d'Avocat Général au Grand Conseil pendant six ans. Après sa mort, le second frère, docteur de Sorbonne et Évêque de Castres, a repris cette charge avec succès. Le conseiller actuel était auparavant chevalier de Malte. Leur cadet, sous-lieutenant aux Gardes, a été tué en service. Un autre frère, après une vie mondaine, a obtenu la permission royale de devenir avocat. La famille est également illustre du côté de Madame la Présidente, sœur de M. Doujat, conseiller à la Grand' Chambre.
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17
p. 257-265
Etats de Bretagne. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point parlé des Etats de Bretagne, [...]
Mots clefs :
États de Bretagne, Province, Duc, Évêque, Prélat, Garnison, Gouverneur, Honneurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Etats de Bretagne. [titre d'après la table]
Je ne vous ay point par--
lé des Etats de Bretagne,,
qui fe fonr tenus depuis peu..
Tout s'eft paffé à l'ordinaire,,
c'eft à dire , à la fatisfaction?
du Roy & de la Province..
Vous fçavez que pendant :
qu'ils durent , chacun s'ef
force à l'envy de faire paroî--
Septembre 1685,
Y
258 MERCURE
tre fa magnificence
. M¹ le
Duc de Chaunes a toûjours
tenu deux Tables , qui ont
efté fervies avec beaucoup
d'abondance
& de propreté.
La mefme choſe a efté
de toutes les autres Tables
, & fur tout de celle de
M' l'Evefque de Saint Malo .
Il y avoit fort fouvent juf
qu'à cinquante Perſonnes .
M de Chaunes voulut un
-jour regaler toutes les Dames
, & il leur donna un
fouper tres magnifique. Le
Sieur Dumény dont la voix
s eft fait long-temps admiGALANT.
259)
rer à l'Opera, a fait differens
Concerts qui ont eſté extrémement
applaudis , & les
Etats luy ont fait une gra
tification digne de leur
liberalité , & de la generofi
té de Mr le Duc de Chaunes.
Aprés qu'ils furent finis
à Dinan , M l'Evefque
de Saint Malo traita à Saint
Malo M de Fieubet
, premier
Commiffaire
du Roy
pour la Province . Ce Prelat
& M de Guemadeu allerent
au devant de luy avec toute
leur Maifon qui eft fort
nombreufe. En arrivant furs
Y ip
260 MERCURE
>
la Gréve à la portée du Canon
, la Ville le falüa de
cinquante volées de fon Artillerie
& tout le Peuple.
accourut en foule en criant
Vive le Roy. La Garniſon de
la Ville eftoit fous les armes,
& il fut conduit à l'Eveſché,
où tous les Corps le compli
menterent. On luy fervit
enfuite un magnifique dîner
en Poiffon , ce qui le furprit
d'autant plus que ce jour là
le temps eftoit fort mal propre
pour la pefche. Les Tambours
& les Violons ne cefferent
point de jouer pen
GALANT. 261
dant le repas . Au fortir de
Table , on trouva fix Carroffes
à fix Chevaux que
l'on avoit préparez , & dans
lefquels l'on fit une promenade
fur la Gréve . On entra
enfuite dans plufieurs petits
Bâteaux , qui allerent joindre
un grand Vaiffeau. Mr
de Fieubet y fut receu avec
les Tambours , les Trompettes
, & les Violons , &
l'on y fervit une tres fuperbe
Collation. On prodigua
les Liqueurs ; les Matelots
ne manquerent point de
vin, & il y eut une infinité de
262 MERCURE
coups de Canon tirez , qui
n'effrayerent point les Dames.
Lors qu'on retourna
dans la Ville , on trouva encore
la Garnifon fous les
armes . Le Gouverneur fit la:
civilité à Mr de Fieubet de
luy demander l'ordre . Aprés
le foupé qui fut fomptueux
, il y eut Comedie &
Mufique ; puis on paffa dans
une grande Sale qui avoit
efté preparée pour le Bal , &
qui eftoit magniquement
ornée , & enrichie de plus
fieurs Tableaux de grand
prix . On fervit pendant le
GALANT. 263
Bal une tres, galante Collation
, avec quantité de liqueurs
rafraiſchiffantes , &
l'on ne fe fepara qu'aprés
avoir fait media noche . Ce der
nier régale fut donné fans
que perfonne s'y fuſt attendu.
Le lendemain les Tambours
, les Violons & les
Haut- Bois fe trouverent au
lever de M' le Commiflaire
duRoy.Mr de S.Malo alla enfuite
le prendre pour le mener
à la Meffe , où cét Evef
que luy fit tous les honneurs
qu'il pouvoit luy faire. Il y
eut Mufique pendát la Mef264
MERCURE
fe, & l'on difna au fortir de
là , parce que M de Fieubet
eftoit preffe de partir. A l'if--
fue du difner Meffieurs de :
Ville prirent congé de luy,.
& en receurent mille honneftetez.
On tira encore cinquante
ou foixante volées
de Canon lors qu'il fortit de
Saint Malo , d'où M¹ l'Evef
que le conduifit jufqu'à
Chafteau-neuf. Vous voyez,,
Madame , qu'on ne peut
rien ajoûter à l'éclat de ma
gnificence & de grandeur,
avec lequel ce Prelat vient
à boutde tout ce qu'il entreprend..
GALANT. 265
prend. La belle voix du
Sieur Dumény ne donna pas
moins de plaifir dans ces divertiffemens
quelle avoit
fait aux Etats.
lé des Etats de Bretagne,,
qui fe fonr tenus depuis peu..
Tout s'eft paffé à l'ordinaire,,
c'eft à dire , à la fatisfaction?
du Roy & de la Province..
Vous fçavez que pendant :
qu'ils durent , chacun s'ef
force à l'envy de faire paroî--
Septembre 1685,
Y
258 MERCURE
tre fa magnificence
. M¹ le
Duc de Chaunes a toûjours
tenu deux Tables , qui ont
efté fervies avec beaucoup
d'abondance
& de propreté.
La mefme choſe a efté
de toutes les autres Tables
, & fur tout de celle de
M' l'Evefque de Saint Malo .
Il y avoit fort fouvent juf
qu'à cinquante Perſonnes .
M de Chaunes voulut un
-jour regaler toutes les Dames
, & il leur donna un
fouper tres magnifique. Le
Sieur Dumény dont la voix
s eft fait long-temps admiGALANT.
259)
rer à l'Opera, a fait differens
Concerts qui ont eſté extrémement
applaudis , & les
Etats luy ont fait une gra
tification digne de leur
liberalité , & de la generofi
té de Mr le Duc de Chaunes.
Aprés qu'ils furent finis
à Dinan , M l'Evefque
de Saint Malo traita à Saint
Malo M de Fieubet
, premier
Commiffaire
du Roy
pour la Province . Ce Prelat
& M de Guemadeu allerent
au devant de luy avec toute
leur Maifon qui eft fort
nombreufe. En arrivant furs
Y ip
260 MERCURE
>
la Gréve à la portée du Canon
, la Ville le falüa de
cinquante volées de fon Artillerie
& tout le Peuple.
accourut en foule en criant
Vive le Roy. La Garniſon de
la Ville eftoit fous les armes,
& il fut conduit à l'Eveſché,
où tous les Corps le compli
menterent. On luy fervit
enfuite un magnifique dîner
en Poiffon , ce qui le furprit
d'autant plus que ce jour là
le temps eftoit fort mal propre
pour la pefche. Les Tambours
& les Violons ne cefferent
point de jouer pen
GALANT. 261
dant le repas . Au fortir de
Table , on trouva fix Carroffes
à fix Chevaux que
l'on avoit préparez , & dans
lefquels l'on fit une promenade
fur la Gréve . On entra
enfuite dans plufieurs petits
Bâteaux , qui allerent joindre
un grand Vaiffeau. Mr
de Fieubet y fut receu avec
les Tambours , les Trompettes
, & les Violons , &
l'on y fervit une tres fuperbe
Collation. On prodigua
les Liqueurs ; les Matelots
ne manquerent point de
vin, & il y eut une infinité de
262 MERCURE
coups de Canon tirez , qui
n'effrayerent point les Dames.
Lors qu'on retourna
dans la Ville , on trouva encore
la Garnifon fous les
armes . Le Gouverneur fit la:
civilité à Mr de Fieubet de
luy demander l'ordre . Aprés
le foupé qui fut fomptueux
, il y eut Comedie &
Mufique ; puis on paffa dans
une grande Sale qui avoit
efté preparée pour le Bal , &
qui eftoit magniquement
ornée , & enrichie de plus
fieurs Tableaux de grand
prix . On fervit pendant le
GALANT. 263
Bal une tres, galante Collation
, avec quantité de liqueurs
rafraiſchiffantes , &
l'on ne fe fepara qu'aprés
avoir fait media noche . Ce der
nier régale fut donné fans
que perfonne s'y fuſt attendu.
Le lendemain les Tambours
, les Violons & les
Haut- Bois fe trouverent au
lever de M' le Commiflaire
duRoy.Mr de S.Malo alla enfuite
le prendre pour le mener
à la Meffe , où cét Evef
que luy fit tous les honneurs
qu'il pouvoit luy faire. Il y
eut Mufique pendát la Mef264
MERCURE
fe, & l'on difna au fortir de
là , parce que M de Fieubet
eftoit preffe de partir. A l'if--
fue du difner Meffieurs de :
Ville prirent congé de luy,.
& en receurent mille honneftetez.
On tira encore cinquante
ou foixante volées
de Canon lors qu'il fortit de
Saint Malo , d'où M¹ l'Evef
que le conduifit jufqu'à
Chafteau-neuf. Vous voyez,,
Madame , qu'on ne peut
rien ajoûter à l'éclat de ma
gnificence & de grandeur,
avec lequel ce Prelat vient
à boutde tout ce qu'il entreprend..
GALANT. 265
prend. La belle voix du
Sieur Dumény ne donna pas
moins de plaifir dans ces divertiffemens
quelle avoit
fait aux Etats.
Fermer
Résumé : Etats de Bretagne. [titre d'après la table]
Les États de Bretagne se sont déroulés à la satisfaction du roi et de la province. Chaque participant a rivalisé de magnificence. Le duc de Chaulnes a offert deux tables abondantes et propres, tandis que l'évêque de Saint-Malo a accueilli jusqu'à cinquante personnes à sa table. Le duc de Chaulnes a également organisé un souper somptueux pour les dames, et le sieur Dumény a donné des concerts acclamés, recevant une gratification des États. Après la clôture des États à Dinan, l'évêque de Saint-Malo a reçu M. de Fieubet, premier commissaire du roi, à Saint-Malo. La réception incluait des salves d'artillerie, une procession, un dîner en poisson malgré le mauvais temps, et une promenade en carrosse suivie d'une collation sur un vaisseau. Des divertissements comme une comédie et un bal ont suivi, prolongés par des collations et des liqueurs jusqu'au milieu de la nuit. Le lendemain, après une messe et un dîner, M. de Fieubet a quitté Saint-Malo, escorté par l'évêque jusqu'à Châteauneuf. La voix du sieur Dumény a également enchanté les festivités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 298-305
Morts. [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous nommer encore plusieurs Personnes, dont la mort [...]
Mots clefs :
Décès, Seigneur, Chevalier, Dame, Maître, Lieutenant, Père Raimond de Rostagny, Évêque, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
J'ay à vous nommer encore
plufieurs Perfonnes,
dont la mort eft arrivée ce
mois cy. Ce font
Mr du Houffet Seigneur du
Houffet, Chancelier deMonfieur,
& cy-devant Intendant
des Finances. Il eſt mort âgé
de foixante & dix - neuf ans.
Mr Ferary , Chevalier de
GALANT 299
l'Ordre du Roy , Maiftre
d'Hoftel
ordinaire
de Sa
Majefté
, Seigneur
de Gagny
-la-Marcelle
, & Lieutenant
des Chaffes
des Forefts
de Liury & Bondy.
Madame de l'Hôpital
Da
me de Chambourcy
, veuve
de M de Villers la Faye,
Marquis
de Nauvilly
, Maré
chal des Camps
& Armées
du Roy , Capitaine
Lieunant
de la Compagnie
des
Gensdarmes
de fon Alteffe
Sereniffime
Monfieur
le
Prince .
鼎
Mr de Bailleul , Seigneur
200 MERCURE
du Pleffis - Briart , Courte
Couronne , Chavane &
Chande , Moufquetaire du
Roy en la premiere Compagnie.
Il eft mort âgé de vingt
deux ans , il eftoit Fils de M
de Bailleul Capitaine aux
Gardes , & Grand Louvetier
de France. Je vous ay appris
la mort de Madame de
Bailleul fa Mere dans cette
mefme Lettre .
Mr le Maiſtre de Ferriere
Seigneur de Perfaque & Belfot
, Confeiller en la Grand'
Chambre.
Mr Doüilly Receveur Ge
GALANT :
301
néral de Poitou .
Mr de Carnavalet Gouverneur
de Broüage , cy - devant
Lieutenant des Gardes
du Corps. Il a paffé une partie
de fa vie à la Cour , où il
eftoit dans une tres-grande
eftime .
On à eu avis de Luc en
Provence , que le Pere Raimond
de Roftagny , Docteur
de Sorbonne , & Pro
vincial des Carmes , y eftoit
mort en odeur de Sainteté
le 20. du dernier mois. Il é
toit âgé de 66 ans . Lors qu'on
l'enterra , il fut impoffible
302 MERCURE
d'empefcher que le Peuple
qui eftoit accouru en foule,
ne déchiraft les manches de
fa robe , pour les conferver
comme des Reliques. Il prit
l'Habit de fon propre mouvement,
n'ayant encore que
neuf ans. Ses Prieres , fes
Méditations , & fes lectures
affiduës , l'obligeoient à une
grande retraite , & fon plaifir
eftoit de mener une vie
cachée. Il a refufé d'eftre Evefque
, & il fallut le menacer
de
l'excommunier
, pour
luy faire accepter la Charge
de Provincial. Son grand
GALANT. 303
Oncle qui portoit le mefme
nom , & dont la memoire eft
fort reverée,fut trois foisProvincial
dans le mefme Ordre.
Plufieurs grands Prelats
ont porté auffi le nom
de Roftagny , & font morts
dans la mefme odeur de
Sainteté. Il y a eu deuxArchevefques
d'Arles , un Archevefque
d'Aix , un Evefque
de Nice , un de Riez , & deux
de Toulon , fans parler de
quatre Abbez de la celébre
Abbaye de Lerins en Provence
, dont l'un qui vivoit
en 1188. eft reputé bien heu
304 MERCURE
1
reux dans l'Ordre de Saint
Benoilt. Le P. Raimond de
Roftagny dont je vous apprens
la mort , eftoit Oncle
de Mr de Roftagny , Medecin
de S. A. R. Madame
de Guife , qui a donné depuis
peu au Public un Livre
intitulé , La Fille de Calvin
démafquée. Il l'appelle ainſi,
à caufe que l'on y voit l'explication
mife par Beze dans
les Livres de la Religion
Prétendue Reformée
, pour
en eftre l'emblême . On y
voit auffi plufieurs Lettres a
des Perfonnes confiderables
GALANT
305
de cette mefme Religion ,,
ou qui en onteſté. Ce Livre
fe. vend chez le Sieur Barbin
& l'Autheur y traite
les Controverfes en Vers,
d'une maniere inftructive,,
ce que Perfonne n'a fait
avant luy , la matiere ne s'accommodant
pas aifément à
la Poëfie.
plufieurs Perfonnes,
dont la mort eft arrivée ce
mois cy. Ce font
Mr du Houffet Seigneur du
Houffet, Chancelier deMonfieur,
& cy-devant Intendant
des Finances. Il eſt mort âgé
de foixante & dix - neuf ans.
Mr Ferary , Chevalier de
GALANT 299
l'Ordre du Roy , Maiftre
d'Hoftel
ordinaire
de Sa
Majefté
, Seigneur
de Gagny
-la-Marcelle
, & Lieutenant
des Chaffes
des Forefts
de Liury & Bondy.
Madame de l'Hôpital
Da
me de Chambourcy
, veuve
de M de Villers la Faye,
Marquis
de Nauvilly
, Maré
chal des Camps
& Armées
du Roy , Capitaine
Lieunant
de la Compagnie
des
Gensdarmes
de fon Alteffe
Sereniffime
Monfieur
le
Prince .
鼎
Mr de Bailleul , Seigneur
200 MERCURE
du Pleffis - Briart , Courte
Couronne , Chavane &
Chande , Moufquetaire du
Roy en la premiere Compagnie.
Il eft mort âgé de vingt
deux ans , il eftoit Fils de M
de Bailleul Capitaine aux
Gardes , & Grand Louvetier
de France. Je vous ay appris
la mort de Madame de
Bailleul fa Mere dans cette
mefme Lettre .
Mr le Maiſtre de Ferriere
Seigneur de Perfaque & Belfot
, Confeiller en la Grand'
Chambre.
Mr Doüilly Receveur Ge
GALANT :
301
néral de Poitou .
Mr de Carnavalet Gouverneur
de Broüage , cy - devant
Lieutenant des Gardes
du Corps. Il a paffé une partie
de fa vie à la Cour , où il
eftoit dans une tres-grande
eftime .
On à eu avis de Luc en
Provence , que le Pere Raimond
de Roftagny , Docteur
de Sorbonne , & Pro
vincial des Carmes , y eftoit
mort en odeur de Sainteté
le 20. du dernier mois. Il é
toit âgé de 66 ans . Lors qu'on
l'enterra , il fut impoffible
302 MERCURE
d'empefcher que le Peuple
qui eftoit accouru en foule,
ne déchiraft les manches de
fa robe , pour les conferver
comme des Reliques. Il prit
l'Habit de fon propre mouvement,
n'ayant encore que
neuf ans. Ses Prieres , fes
Méditations , & fes lectures
affiduës , l'obligeoient à une
grande retraite , & fon plaifir
eftoit de mener une vie
cachée. Il a refufé d'eftre Evefque
, & il fallut le menacer
de
l'excommunier
, pour
luy faire accepter la Charge
de Provincial. Son grand
GALANT. 303
Oncle qui portoit le mefme
nom , & dont la memoire eft
fort reverée,fut trois foisProvincial
dans le mefme Ordre.
Plufieurs grands Prelats
ont porté auffi le nom
de Roftagny , & font morts
dans la mefme odeur de
Sainteté. Il y a eu deuxArchevefques
d'Arles , un Archevefque
d'Aix , un Evefque
de Nice , un de Riez , & deux
de Toulon , fans parler de
quatre Abbez de la celébre
Abbaye de Lerins en Provence
, dont l'un qui vivoit
en 1188. eft reputé bien heu
304 MERCURE
1
reux dans l'Ordre de Saint
Benoilt. Le P. Raimond de
Roftagny dont je vous apprens
la mort , eftoit Oncle
de Mr de Roftagny , Medecin
de S. A. R. Madame
de Guife , qui a donné depuis
peu au Public un Livre
intitulé , La Fille de Calvin
démafquée. Il l'appelle ainſi,
à caufe que l'on y voit l'explication
mife par Beze dans
les Livres de la Religion
Prétendue Reformée
, pour
en eftre l'emblême . On y
voit auffi plufieurs Lettres a
des Perfonnes confiderables
GALANT
305
de cette mefme Religion ,,
ou qui en onteſté. Ce Livre
fe. vend chez le Sieur Barbin
& l'Autheur y traite
les Controverfes en Vers,
d'une maniere inftructive,,
ce que Perfonne n'a fait
avant luy , la matiere ne s'accommodant
pas aifément à
la Poëfie.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Au cours du mois, plusieurs personnalités notables sont décédées. Monsieur du Houffet, Seigneur du Houffet, Chancelier de Monfieur et ancien Intendant des Finances, est mort à soixante-neuf ans. Monsieur Ferary, Chevalier de l'Ordre du Roi, Maître d'Hôtel ordinaire de Sa Majesté, Seigneur de Gagny-la-Marcelle, et Lieutenant des Chasses des Forêts de Livry et Bondy, a également péri. Madame de l'Hôpital, Dame de Chambourcy, veuve de Monsieur de Villers la Faye, Marquis de Nauvilly, Maréchal des Camps et Armées du Roi, est décédée. Monsieur de Bailleul, Seigneur du Plessis-Briart, Mousquetaire du Roi, est mort à vingt-deux ans. Sa mère, Madame de Bailleul, est également décédée. Parmi les autres défunts figurent Monsieur le Maître de Ferrière, Seigneur de Persac et Belfort, Conseiller en la Grand' Chambre, Monsieur Douilly, Receveur Général de Poitou, et Monsieur de Carnavalet, Gouverneur de Broüage et ancien Lieutenant des Gardes du Corps. Le Père Raimond de Rostagny, Docteur de Sorbonne et Provincial des Carmes, est mort en Provence à soixante-six ans, après avoir refusé plusieurs charges ecclésiastiques, dont celle d'Évêque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 192-215
Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Début :
Pour continuer le grand Article qui regarde la Religion, & [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Évêque, Prétendus réformés, Erreurs, Bénédiction, Ecclésiastique, Religionnaires, Conversions, Abjurations, Zèle, Nouveaux convertis, Discours, Procession, Missions, Controverse, Cérémonie, Hérésie, Piété, Famille, Opiniâtreté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
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Résumé : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
En novembre 1685, l'évêque de Rennes se rendit à Vitré pour encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Il visita les notables protestants, leur parla avec fermeté et douceur, et bénit les fidèles dans la grande église chaque soir jusqu'à la fin du mois. Accompagné de son grand vicaire et du Père Bruant jésuite, il poursuivit ses visites, y compris dans les maisons de campagne. Le 22 février 1686, des lettres du duc de Chaulnes expliquèrent les intentions du roi, et les magistrats rassemblèrent les protestants pour les exhorter à se convertir. Deux jours plus tard, un avocat prit la parole au nom des protestants. Le 27 février, une cérémonie d'abjuration eut lieu dans le chœur des Bénédictins, où l'évêque exhorta les nouveaux convertis à travailler pour leur salut. En huit jours, seuls cinquante protestants restèrent, dont quarante-cinq femmes et cinq hommes, qui se convertirent peu après. Le Père Bruant continua ses discours jusqu'à Noël. Le 27 décembre, l'évêque revint à Vitré et entonna le Te Deum en présence du duc de Chaulnes. À Alençon, les jésuites menèrent une mission similaire. À Arras, Dame Suzanne de Vez et Mademoiselle Saquier abjurèrent après des éclaircissements d'un capucin. À Rosoy, M. le Vasseur reçut la profession de foi de quatorze religionnaires. À Metz, Mademoiselle Dorte et Mademoiselle de Montigny abjurèrent entre les mains de l'évêque. À Paris, plusieurs personnes se convertirent, notamment M. Muiffon et sa famille, ainsi que le comte de Madailan de Lesparre, dont la conversion influença d'autres personnes. Le texte souligne que très peu de protestants restent à Paris. L'auteur affirme l'unicité de l'Église catholique comme voie de salut, convainquant même les plus opiniâtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 59-110
« Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Début :
Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Siam, Éléphants, Constantin Phaulkon, Mandarins, Audience, Manière, Royaume, Pères, Palais, Évêque, Chine, Pagode, Éléphant, Argent, Ballons, Lettre, Maison, Hommes, Présent, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Cette Harangue fur interpretée
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
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Résumé : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Le texte relate un voyage au Siam (actuelle Thaïlande) et les interactions avec le roi de Siam et les dignitaires locaux. Un ambassadeur français est reçu en audience par le roi de Siam, qui accepte une lettre du roi de France après un moment de tension. Le roi de Siam, âgé de cinquante-cinq ans, est décrit comme un monarque courageux, politique, magnifique et libéral. Il est vêtu richement, portant une couronne de diamants et des vêtements ornés d'or et de pierres précieuses. L'audience se déroule dans une salle richement décorée, avec des mandarins prosternés. L'ambassadeur visite ensuite le palais, y voyant des éléphants et des objets précieux, et reçoit des présents conformément à la coutume locale. Le roi de Siam s'intéresse aux nouvelles de la cour de France et aux récentes conquêtes, notamment celle du Luxembourg. Il exprime sa satisfaction des victoires françaises et de la paix en Europe. L'ambassadeur assiste à divers événements, y compris des combats d'éléphants, des visites de pagodes et des réjouissances pour l'avènement du roi de Portugal. Il participe également à un festin organisé par Monsieur Conftans, où des spectacles de théâtre et de marionnettes sont présentés. Le roi de Siam visite une pagode, accompagné d'une procession en barques décorées. Le texte décrit également une cérémonie où le roi du Siam, accompagné de 140 bateaux dorés, chacun avec 185 rameurs, change de bateau et offre un prix au bateau arrivant premier au palais. La rivière est remplie de bateaux de particuliers venus voir le roi. Le soir, un feu d'artifice célèbre le couronnement du roi d'Angleterre, suivi de tirs de canon toute la journée. Le roi se rend ensuite à Louvo, une maison de plaisance, où le narrateur assiste à un combat d'éléphants. Le roi offre des sabres et des chaînes en or aux capitaines français Vaudricourt et Joyeuse en signe de distinction. Le narrateur reçoit un vase d'or appelé Boffette, une marque d'honneur équivalente au Cordon bleu en France. Il reçoit également des porcelaines, des paravents, des tapis, et un crucifix en or et en tambacq. Le roi du Siam demande au narrateur de visiter les fortifications et de proposer des améliorations. Le narrateur rencontre des jésuites, dont les pères Fontenay, Tachart, et Gerbillon, qui sont chargés de faire des observations mathématiques en Chine. Le roi, impressionné par leurs compétences, leur offre des présents et propose de construire des observatoires et des églises. Le texte mentionne également les difficultés rencontrées par certains compagnons du narrateur lors de leur retour en bateau.
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21
p. 113-114
Conversions. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, aprés une exacte recherche de la verité, [...]
Mots clefs :
Marquis, Religion catholique, Erreurs, Abjuration, Doutes, Évêque
22
p. 306-313
Conversions faites à Mets. [titre d'après la table]
Début :
Toutes les Conversions ont esté enfin achevées à Mets, [...]
Mots clefs :
Conversions, Instructions, Évêque, Procession, Parlement, Ursulines, Couvent, Protestants, Abjuration
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites à Mets. [titre d'après la table]
Toutes les Conversxion
ont elle enfin achevées
Mets, & a pres de longue;
Instrudtions quiont elle données
dans la Cathedrale par
les soins de Mr l'Evefsue
qui a fait êclaircir pleine.
ment tous les points contra
verrez, la reunion s'est trouvée
entiere au commence.
mentdumoispassé.On en a
rendu graces à Dieu par ur
Te Deun au retour d'une Pro
cession generale. Mr. rEvêt:
que de Mets l'entonna, &i
fut chanté par la Musique
Le Parlement & les autre,
Corps y assisterent avec tout
l'EstaMajor.On a formé depuis
ce tempslà une efpecede
Mission. Elle fut ouverte par
ce Prelat, qui parla du Sacrisice
de la Messe avec autant
de nerreté & d'éloquence,
que d'érudition&d'énergie
en presence de toutcequ'il y
a de plus considerable dans
la Ville, d'un peuple infiny,
& d'un tres-crand nombre
de nouveaux Catholiques,
- qui continuent de venir
entendre la parole de Dieuà
l'Eglise tous les Lundis,Nler.
credis & Vendredis. LvS
femmes & les filles que l'on
avoitmises dans les maisons
Religieuses, y ont presques
toutes abjuré en fort peu dCj
tem ps, & il y ena plu sieurs
de si véritablement changées,
qu'elles marquent un
em pressementextraordinaire
re pour leCloistre. Les Da-:
mes Ursulines meritent sur
tout d'estredistinguées par:
le fruit qu'ellesont fait. On
leur a donné plusieurs sois
des femmes de la Religion
prerehdue reforméeàinsxtruire,&
en- plus grand nom- iC' bre qu'aux autres Gonvcnts^i
.1
& il n'en est sorty aucune dechezelles,
dont le changement
n'ait paru considerable.
Le plus remarquable à.
esté celu y de Madame de
Blair. Elleest femmede Mr
de Blair de Fayoles, President
au Mortier dans leParlement
de Mets, Homme
d'un profond sçavoir,d'une
intégrité. singuliere, d'une
application toute, extraordinaite,
d'une sublime vertu,&
d'unemodestie encore plus
grande. Il a esté. de laReligion
Protestante, & l'ayant
abandonnée,depuis quelques
années avec connoissance
decause,commeonle
peut voir par les motifs de sa
Conversion,qu'ila presentez
à Sa Majesté, & donnez au
public; il n'a épargné ny peines
ny foins pourconvertir
Madame sa Femme, sur tout
apres qu'elle fut entrée chez
les Dames Ursulines. Il la
voyoir à toute heure, & luy
écrivoit souventde la manie-
-, re la plus engageante & la
plus forte. Il l'avoit mesme
reduite à luy avouer que son
esprit estoit convaincu, mais
elleajoûtoitenmesme temps
que son coeur ne l'estoit pas,, cestàdirequececceurinclinoit
toujours pour le party
dans lequel elle estoit née.
Il falloit l'en détacher. Ce
coup importantn'apartenoit
qu'à Dieu seul, qui en est venu
à bout d'une maniere si
parfaite,que Mr. de Blair qui
vient de l'amener à Paris
pour quelque temps, apres
"luy avoir vu faire abjuration
entre les mains de M l'Eves-
- que de Mets, seloüe fort des
{oins qui ontsi bien fecondé
l'esfiens, & en marque saretonnoiflànce
à la Supérieure
decette maisondans laquelle
on peut direque les membres
sont dignes du chef,puisqu'-
on ytrouvedesDameségalement.
recommandables par
la grandeur de leur nalffance,,
par la forcede leur esprit,par
la solidité de leurs initru£h6.S'
& par la sainteté de leur vie.
Celle qui est presentement à
leur telle,possedeavec avantage
tantes ces bellesqualitez.
Elle est Niece de M le
Prince deFurstemberg Evesx
que de Strasbourg,& Cardial
de la derniere promotion.
Elle pense,parle,& écrit avec
beaucoupbeaucoup
de delicatesse, &
sa pieté surpasse encore tout
cela.
ont elle enfin achevées
Mets, & a pres de longue;
Instrudtions quiont elle données
dans la Cathedrale par
les soins de Mr l'Evefsue
qui a fait êclaircir pleine.
ment tous les points contra
verrez, la reunion s'est trouvée
entiere au commence.
mentdumoispassé.On en a
rendu graces à Dieu par ur
Te Deun au retour d'une Pro
cession generale. Mr. rEvêt:
que de Mets l'entonna, &i
fut chanté par la Musique
Le Parlement & les autre,
Corps y assisterent avec tout
l'EstaMajor.On a formé depuis
ce tempslà une efpecede
Mission. Elle fut ouverte par
ce Prelat, qui parla du Sacrisice
de la Messe avec autant
de nerreté & d'éloquence,
que d'érudition&d'énergie
en presence de toutcequ'il y
a de plus considerable dans
la Ville, d'un peuple infiny,
& d'un tres-crand nombre
de nouveaux Catholiques,
- qui continuent de venir
entendre la parole de Dieuà
l'Eglise tous les Lundis,Nler.
credis & Vendredis. LvS
femmes & les filles que l'on
avoitmises dans les maisons
Religieuses, y ont presques
toutes abjuré en fort peu dCj
tem ps, & il y ena plu sieurs
de si véritablement changées,
qu'elles marquent un
em pressementextraordinaire
re pour leCloistre. Les Da-:
mes Ursulines meritent sur
tout d'estredistinguées par:
le fruit qu'ellesont fait. On
leur a donné plusieurs sois
des femmes de la Religion
prerehdue reforméeàinsxtruire,&
en- plus grand nom- iC' bre qu'aux autres Gonvcnts^i
.1
& il n'en est sorty aucune dechezelles,
dont le changement
n'ait paru considerable.
Le plus remarquable à.
esté celu y de Madame de
Blair. Elleest femmede Mr
de Blair de Fayoles, President
au Mortier dans leParlement
de Mets, Homme
d'un profond sçavoir,d'une
intégrité. singuliere, d'une
application toute, extraordinaite,
d'une sublime vertu,&
d'unemodestie encore plus
grande. Il a esté. de laReligion
Protestante, & l'ayant
abandonnée,depuis quelques
années avec connoissance
decause,commeonle
peut voir par les motifs de sa
Conversion,qu'ila presentez
à Sa Majesté, & donnez au
public; il n'a épargné ny peines
ny foins pourconvertir
Madame sa Femme, sur tout
apres qu'elle fut entrée chez
les Dames Ursulines. Il la
voyoir à toute heure, & luy
écrivoit souventde la manie-
-, re la plus engageante & la
plus forte. Il l'avoit mesme
reduite à luy avouer que son
esprit estoit convaincu, mais
elleajoûtoitenmesme temps
que son coeur ne l'estoit pas,, cestàdirequececceurinclinoit
toujours pour le party
dans lequel elle estoit née.
Il falloit l'en détacher. Ce
coup importantn'apartenoit
qu'à Dieu seul, qui en est venu
à bout d'une maniere si
parfaite,que Mr. de Blair qui
vient de l'amener à Paris
pour quelque temps, apres
"luy avoir vu faire abjuration
entre les mains de M l'Eves-
- que de Mets, seloüe fort des
{oins qui ontsi bien fecondé
l'esfiens, & en marque saretonnoiflànce
à la Supérieure
decette maisondans laquelle
on peut direque les membres
sont dignes du chef,puisqu'-
on ytrouvedesDameségalement.
recommandables par
la grandeur de leur nalffance,,
par la forcede leur esprit,par
la solidité de leurs initru£h6.S'
& par la sainteté de leur vie.
Celle qui est presentement à
leur telle,possedeavec avantage
tantes ces bellesqualitez.
Elle est Niece de M le
Prince deFurstemberg Evesx
que de Strasbourg,& Cardial
de la derniere promotion.
Elle pense,parle,& écrit avec
beaucoupbeaucoup
de delicatesse, &
sa pieté surpasse encore tout
cela.
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Résumé : Conversions faites à Mets. [titre d'après la table]
À Metz, les conversions religieuses ont été conclues sous la supervision de l'évêque local. Une procession et un Te Deum ont célébré cet événement, en présence du Parlement et d'autres autorités. Une mission a été lancée, inaugurée par le prélat qui a discuté avec éloquence du sacrifice de la messe. Des réunions de sermons ont lieu les lundis, mercredis et vendredis, attirant de nombreux nouveaux catholiques. Plusieurs femmes et jeunes filles, autrefois dans des maisons religieuses, ont renié leur foi protestante et exprimé le souhait de rejoindre un cloître. Les Dames Ursulines se sont particulièrement distinguées dans ce processus de conversion. Madame de Blair, épouse du Président du Parlement de Metz, Monsieur de Blair de Fayoles, a également abjuré après une longue persuasion de son mari et une intervention divine. Elle a ensuite été conduite à Paris. La supérieure des Ursulines, nièce du Prince de Furstemberg et du Cardinal de Strasbourg, a été félicitée pour ses qualités spirituelles et intellectuelles.
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23
p. 199-207
S. Omer. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le 24. coucher à S. Omer. Il est en Artois sur [...]
Mots clefs :
Saint-Omer, Ville, Évêque, Raouffet, Roi, Bataille, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : S. Omer. [titre d'après la table]
Ils allerent le 24. coucher
à S. Omer. Il eſt en Artois fur
la Riviere de l'Aa que la Ville
a d'un côté avee des Marais .
Elle a de l'autre un Côteau ,
défendu par un Château avec
de bons Baſtions , & des foffez
fort profonds & larges.
Monfieur la prit en 1677. aprés
avoir gagné la Bataille deCaffel.
S. Omer , l'Evêque de
R iiij
200 III P. du Voyage
Theroüane la fit bâtir en 660.
& Baudoüin II . dit le Chauve ,
Comte de Flandre , acheva de
l'entourer de murailles en902 .
ce que Fouques , Abbé de S.
Bertin , avoit commencé de
faire en 880. On démolit Theroüane
dans le dernier Siécle,
& on en fonda deux Evêchez,
celuy de Bologne , & celuy de
S. Omer. Ce dernier eſt Suffragant
deCambray. M² de Marcin
, Lieutenant Colonel des
Cravates du Roy , alla au devant
des Ambaſſadeurs avec
deux Efcadrons , & en approchant
de la Ville , ils trouvedes
Amb. de Siam. 20t
د
rent hors la porte M Raouffet
, Lieutenant de Roy de la
Place , qui les reçût ,& leur fit
compliment. Ils entrerent au
bruit du Canon , & au travers
de la Garniſon ſous les
armes & allerent à l'Hôtel
de Ville que M Raouffet avoit
fait meubler magnifiquement
, & dans lequel ils devoient
loger. Ils y receurent
les complimens , & les Prefens
de la Ville , & de pluſieurs
Corps , apres quoy ils
virent defiler toutes les Troupes
tant Cavalerie qu'Infanterie
, qu'ils trouverent magni
202 III. P. du Voyage
fiques , & qui leur parurent
tres bonnes. M Raouffet leur
demanda enfuite le Mot , &
ils donnerent , à l'action on connoiſt
le ſang , par raport à la
Bataille de Caffel gagnée par
Monfieur , & à la priſe de S.
Omer par ce meſme Prince ,
dont ils s'étoient entretenus
dans le Caroſſe avec M Torf,
preſque depuis Aire juſqu'à S.
Omer.Comme ils avoient conceu
une haute eſtime pour
Monfieur , & que les manieres
obligeantes & affables leur
avoient penetré le coeur , ils
lui donnerent de grands éloges.
1
des Amb. de Siam. 203
&dirent qu'il étoit égalemet magnifique
, galant , & brave , &
qu'ilſembloit que le Roy eût pris
plaisir àfefervir de fa grandour,
pour donner moyen àson Alteſſe
Royale , d'acquerir de la gloire ,
en luy envoyant des Troupes ,
comme Sa Majesté avoit fait ,
afin qu'il triomphât des Ennemis
de l'Etat.
Le coucours des Dames fur
grand le foir à leur ſoupé. La
Ville envoya des Violons qui
joüerent pendant tout le Repas
,& il y eût Bal ſi toſt que
l'on fut forty de table. Me l'Evêque
deS. Omer les vintvoic
204 III. P. du Voyage
le lendemain accompagné de
M l'Evêque d'Ipres. Ils furent
ravis de l'honneur qu'ils recevoient
de la viſite d'un home
de ce caractere. Ils eurent auffi
quantité de viſites des principales
perſonnes dela Ville. On
leur propoſa d'aller voir l'Egliſe
Cathedrale. L'Ambaffadeur
demanda fi elle estoit belle. On
luy repondit que c'eſtoit une
Eglife ancienne qui n'avoit rien
d'extraordinaire. Il s'informa fi
M l'Evêque yseroit. M Torf
luy répondit qu'il ne manque.
roit aſſurement pas des'y trouver
, s'il eſtoit aſſuré qu'il y
des Amb. de Siam 205
dût aller. I'y veux bien aller ,
répondit l'Ambaſſadeur , &fi
Mr l'Evêque s'y trouve, l'Eglise
me paroiſtra belle. Il y alla , &
y fut receu par tout le Clergé
en Corps , & par ce Prelat.
On fit voir aux Ambaſſadeurs
ce que cette Eglife contenoit
de plus digne de leur curiofité.
Ils allerent auſſi à la fameuſe
Abbaye de S. Bertin , où le
Prieur leur fit compliment.
La grandeur de ce Monaftere
les ſurprit. C'eſt un des plus
vaſtes Bâtimens qu'on puiſſe
voir de cette nature . Ils firent
le meſme jour le tour de la
206 III . P. du Voyage
Place , & virent les Arcenaux ;
& comme ils trouverent par
tout des Ouvriers , & de nouvaux
travaux , on peut dire
que leur ſurpriſe redoubla par
tout. M Raouſſet leur donna
un dîner fort magnifique , où
il y avoit pluſieurs Dames ; ils
furent tellement fatisfaits de
luy qu'ils luy firent mille proteſtations
d'amitié. Les Jeſuites
leur dõnerent une collation où
la propreté répondit à l'abondance
de tout ce qui yfut fervy
: elle fut accompagnée d'un
grand Concert d'Inſtrumens .
Le Major ayant eſté le ſoir
des Amb. de Siam. 207
leur demander le Mot , ils
donnerent, Magnifique en tout.
L'explication de ce mot n'eſt
pas difficile à trouver aprés la
magnificence du Repas de M
Raouffet , qui d'ailleurs leur avoit
paru d'une maniere à
pouvoir faire croire que ce mot
luy convenoit. Les chofcs ſe
paſſerent à l'ordinaire au Soupé
, il y eut grande affluence
de monde. Le lendemain
grands remerciemens, &grand
bruit d'Artillerie à leur fortie .
La Garniſon ſe trouva encore
ſous les armes.
à S. Omer. Il eſt en Artois fur
la Riviere de l'Aa que la Ville
a d'un côté avee des Marais .
Elle a de l'autre un Côteau ,
défendu par un Château avec
de bons Baſtions , & des foffez
fort profonds & larges.
Monfieur la prit en 1677. aprés
avoir gagné la Bataille deCaffel.
S. Omer , l'Evêque de
R iiij
200 III P. du Voyage
Theroüane la fit bâtir en 660.
& Baudoüin II . dit le Chauve ,
Comte de Flandre , acheva de
l'entourer de murailles en902 .
ce que Fouques , Abbé de S.
Bertin , avoit commencé de
faire en 880. On démolit Theroüane
dans le dernier Siécle,
& on en fonda deux Evêchez,
celuy de Bologne , & celuy de
S. Omer. Ce dernier eſt Suffragant
deCambray. M² de Marcin
, Lieutenant Colonel des
Cravates du Roy , alla au devant
des Ambaſſadeurs avec
deux Efcadrons , & en approchant
de la Ville , ils trouvedes
Amb. de Siam. 20t
د
rent hors la porte M Raouffet
, Lieutenant de Roy de la
Place , qui les reçût ,& leur fit
compliment. Ils entrerent au
bruit du Canon , & au travers
de la Garniſon ſous les
armes & allerent à l'Hôtel
de Ville que M Raouffet avoit
fait meubler magnifiquement
, & dans lequel ils devoient
loger. Ils y receurent
les complimens , & les Prefens
de la Ville , & de pluſieurs
Corps , apres quoy ils
virent defiler toutes les Troupes
tant Cavalerie qu'Infanterie
, qu'ils trouverent magni
202 III. P. du Voyage
fiques , & qui leur parurent
tres bonnes. M Raouffet leur
demanda enfuite le Mot , &
ils donnerent , à l'action on connoiſt
le ſang , par raport à la
Bataille de Caffel gagnée par
Monfieur , & à la priſe de S.
Omer par ce meſme Prince ,
dont ils s'étoient entretenus
dans le Caroſſe avec M Torf,
preſque depuis Aire juſqu'à S.
Omer.Comme ils avoient conceu
une haute eſtime pour
Monfieur , & que les manieres
obligeantes & affables leur
avoient penetré le coeur , ils
lui donnerent de grands éloges.
1
des Amb. de Siam. 203
&dirent qu'il étoit égalemet magnifique
, galant , & brave , &
qu'ilſembloit que le Roy eût pris
plaisir àfefervir de fa grandour,
pour donner moyen àson Alteſſe
Royale , d'acquerir de la gloire ,
en luy envoyant des Troupes ,
comme Sa Majesté avoit fait ,
afin qu'il triomphât des Ennemis
de l'Etat.
Le coucours des Dames fur
grand le foir à leur ſoupé. La
Ville envoya des Violons qui
joüerent pendant tout le Repas
,& il y eût Bal ſi toſt que
l'on fut forty de table. Me l'Evêque
deS. Omer les vintvoic
204 III. P. du Voyage
le lendemain accompagné de
M l'Evêque d'Ipres. Ils furent
ravis de l'honneur qu'ils recevoient
de la viſite d'un home
de ce caractere. Ils eurent auffi
quantité de viſites des principales
perſonnes dela Ville. On
leur propoſa d'aller voir l'Egliſe
Cathedrale. L'Ambaffadeur
demanda fi elle estoit belle. On
luy repondit que c'eſtoit une
Eglife ancienne qui n'avoit rien
d'extraordinaire. Il s'informa fi
M l'Evêque yseroit. M Torf
luy répondit qu'il ne manque.
roit aſſurement pas des'y trouver
, s'il eſtoit aſſuré qu'il y
des Amb. de Siam 205
dût aller. I'y veux bien aller ,
répondit l'Ambaſſadeur , &fi
Mr l'Evêque s'y trouve, l'Eglise
me paroiſtra belle. Il y alla , &
y fut receu par tout le Clergé
en Corps , & par ce Prelat.
On fit voir aux Ambaſſadeurs
ce que cette Eglife contenoit
de plus digne de leur curiofité.
Ils allerent auſſi à la fameuſe
Abbaye de S. Bertin , où le
Prieur leur fit compliment.
La grandeur de ce Monaftere
les ſurprit. C'eſt un des plus
vaſtes Bâtimens qu'on puiſſe
voir de cette nature . Ils firent
le meſme jour le tour de la
206 III . P. du Voyage
Place , & virent les Arcenaux ;
& comme ils trouverent par
tout des Ouvriers , & de nouvaux
travaux , on peut dire
que leur ſurpriſe redoubla par
tout. M Raouſſet leur donna
un dîner fort magnifique , où
il y avoit pluſieurs Dames ; ils
furent tellement fatisfaits de
luy qu'ils luy firent mille proteſtations
d'amitié. Les Jeſuites
leur dõnerent une collation où
la propreté répondit à l'abondance
de tout ce qui yfut fervy
: elle fut accompagnée d'un
grand Concert d'Inſtrumens .
Le Major ayant eſté le ſoir
des Amb. de Siam. 207
leur demander le Mot , ils
donnerent, Magnifique en tout.
L'explication de ce mot n'eſt
pas difficile à trouver aprés la
magnificence du Repas de M
Raouffet , qui d'ailleurs leur avoit
paru d'une maniere à
pouvoir faire croire que ce mot
luy convenoit. Les chofcs ſe
paſſerent à l'ordinaire au Soupé
, il y eut grande affluence
de monde. Le lendemain
grands remerciemens, &grand
bruit d'Artillerie à leur fortie .
La Garniſon ſe trouva encore
ſous les armes.
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Résumé : S. Omer. [titre d'après la table]
En 1677, des ambassadeurs de Siam visitèrent la ville de Saint-Omer, située en Artois sur la rivière de l'Aa. Cette ville est protégée par des marais d'un côté et un coteau défendu par un château fortifié avec des bastions et des fossés. Saint-Omer fut prise par Monsieur après la bataille de Cassel. La ville fut fondée par Théroüane en 660 et entourée de murailles par Baudouin II en 902. Au siècle précédent, Théroüane fut détruite et deux évêchés furent créés, dont celui de Saint-Omer, suffragant de Cambrai. Les ambassadeurs furent accueillis par M. Raouffet, lieutenant du roi, et reçus avec des honneurs militaires. Ils visitèrent l'église cathédrale et l'abbaye de Saint-Bertin, impressionnés par la grandeur des lieux. Ils furent également reçus par l'évêque de Saint-Omer et l'évêque d'Ipres. La visite se conclut par des dîners magnifiques et des concerts, les ambassadeurs exprimant leur satisfaction et leur admiration pour la magnificence et la bravoure de Monsieur.
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24
p. 182-185
Brefs du Pape envoyez à M. l'Abbe de Lionne. [titre d'après la table]
Début :
On peut dire que le merite de M. l'Abbé de Lionne est [...]
Mots clefs :
Abbé de Lionne, Artus de Lionne, Évêque, Brefs, Pape, Siam, Vicariat apostolique de Siam, Idolâtrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Brefs du Pape envoyez à M. l'Abbe de Lionne. [titre d'après la table]
On peur dire que le merite
de Mr l'Abbé de Lionne est
connu dans l'un & dans l'autre
Monde. Jamais homme n'a
fait voir une modestie plus
grande & plus égale, que celle
dont il a donné des marques
depuis qu'il a renoncé à *
l'éclatavec lequel vous sçavez
qu'il pouvoit vivre. Son
zele pour le salut des Amesa : toûjours esté extraordinaire, 53
& quand il a fallu passer & repasser
les plus vastes Mers#
-
leurétenduë, les incommoditez
qu'on y sOüffre, &le
peril qu'on y court, n'ont
point esté capables de ralentir
l'ardeurqui le porte à vouloir
faire connoistre le vray
Dieu à des Peu ples nourris
dans l'Idolatrie. Ce zele sidigne
de nos loüanges est connu
à Rome, & c'est pour ce la
qu'il en arrivaicy un Courrier
le 7. du mois passé avec
trois Brefs. L'un marque la
nominationde cet Abbé à
l'Evesché de Rofala fous l'Archevesché
de Raguse, dans la
partie de la Dalmatie qu'occupent
les Turcs. L'autre l'établie
Coad juteur de Mr l'Evesque
deMetellopolis dans
le VicariatApostoliquede
Siam, comme futurâ succesjione;
ôc le troisiemelu y donne
pouvoirde se faire sacrer
en France, en consequence
de quoy il a pieu à Sa Majesté
d'envoyer une Lettre de
Cachet à Ivr: l'Evesque. de
Léon, porrant permission avec
agrément de sacrer Mr *
l'Abbé de Lionne sur de fimples
Brefs, sans Bulles, contre
l'usage de France.Tout
ce a a elle porte à Brest; mais
"-"
comme il estoit surle point
de s'embarquer pour retour
nerà Siam, & que le vent
estoit favorable, il n'y a pas ;
eu assezde temps pourle ia«i
crer avant son embarquement
, parce qu'on ne peut
sacrer un Evesque que leDi
manche, oule jour de la Feste
d'un Apostre) & qu'il ny
en a pointeu depuis l'arrivée
duCourrierjusqu'à son deparr..
de Mr l'Abbé de Lionne est
connu dans l'un & dans l'autre
Monde. Jamais homme n'a
fait voir une modestie plus
grande & plus égale, que celle
dont il a donné des marques
depuis qu'il a renoncé à *
l'éclatavec lequel vous sçavez
qu'il pouvoit vivre. Son
zele pour le salut des Amesa : toûjours esté extraordinaire, 53
& quand il a fallu passer & repasser
les plus vastes Mers#
-
leurétenduë, les incommoditez
qu'on y sOüffre, &le
peril qu'on y court, n'ont
point esté capables de ralentir
l'ardeurqui le porte à vouloir
faire connoistre le vray
Dieu à des Peu ples nourris
dans l'Idolatrie. Ce zele sidigne
de nos loüanges est connu
à Rome, & c'est pour ce la
qu'il en arrivaicy un Courrier
le 7. du mois passé avec
trois Brefs. L'un marque la
nominationde cet Abbé à
l'Evesché de Rofala fous l'Archevesché
de Raguse, dans la
partie de la Dalmatie qu'occupent
les Turcs. L'autre l'établie
Coad juteur de Mr l'Evesque
deMetellopolis dans
le VicariatApostoliquede
Siam, comme futurâ succesjione;
ôc le troisiemelu y donne
pouvoirde se faire sacrer
en France, en consequence
de quoy il a pieu à Sa Majesté
d'envoyer une Lettre de
Cachet à Ivr: l'Evesque. de
Léon, porrant permission avec
agrément de sacrer Mr *
l'Abbé de Lionne sur de fimples
Brefs, sans Bulles, contre
l'usage de France.Tout
ce a a elle porte à Brest; mais
"-"
comme il estoit surle point
de s'embarquer pour retour
nerà Siam, & que le vent
estoit favorable, il n'y a pas ;
eu assezde temps pourle ia«i
crer avant son embarquement
, parce qu'on ne peut
sacrer un Evesque que leDi
manche, oule jour de la Feste
d'un Apostre) & qu'il ny
en a pointeu depuis l'arrivée
duCourrierjusqu'à son deparr..
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Résumé : Brefs du Pape envoyez à M. l'Abbe de Lionne. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lionne est reconnu mondialement pour son mérite et sa modestie. Après avoir renoncé à une vie éclatante, il a démontré une grande modestie et un zèle exceptionnel pour le salut des âmes. Son ardeur pour convertir les peuples idolâtres l'a conduit à traverser des mers vastes et dangereuses. À Rome, trois brefs ont été envoyés pour reconnaître son zèle. Le premier le nomme à l'évêché de Rofala sous l'archevêché de Raguse, en Dalmatie occupée par les Turcs. Le second le désigne comme coadjuteur de l'évêque de Metellopolis dans le vicariat apostolique de Siam, en tant que futur successeur. Le troisième lui accorde le pouvoir de se faire sacrer en France. Une lettre de cachet a été envoyée à l'évêque de Léon pour permettre cette consécration, malgré les usages habituels. Cependant, en raison de son départ imminent pour le Siam et des contraintes liturgiques, l'Abbé de Lionne n'a pas pu être sacré avant son embarquement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 1-337
JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Début :
Je vous l'ay promis, Madame. Il faut vous satisfaire [...]
Mots clefs :
Roi, Luxembourg, Sa Majesté, Prince, Place, Voyage, Ville, Cour, Gardes, Église, Verdun, François-Henri de Montmorency-Bouteville, Maison, Duc de Luxembourg, Honneur, Bonté, Paris, Comte, Fortifications, Troupes, Officiers, Évêché, Abbé, Versailles, France, Médailles, Corps, Personnes, Messe, Châlons-en-Champagne, Évêque, Marquis, Lieux, Régiment, Champagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
JOURNAL
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
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Résumé : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Le roi entreprit un voyage à Luxembourg pour inspecter la place forte, suscitant des inquiétudes en Europe. Il assura qu'il n'avait pas l'intention de rompre la paix et ordonna à son ministre, le Marquis de Croissy Colbert, d'écrire au Cardinal Ranuzzi pour rassurer les États voisins et l'Empereur. La lettre, datée du 4 avril, expliquait que le voyage était motivé par la curiosité du roi et qu'il serait de retour dans trois semaines. Le roi voyagea à petites journées, accompagné de quelques membres de la cour et de ses fils, les Ducs du Maine et de Toulouse, avec une sécurité assurée par les Gardes du Corps, les Mousquetaires et l'Infanterie. Le départ du roi de Versailles fut marqué par la présence de ministres étrangers et de personnalités distinguées. Le voyage, initialement prévu pour le 2 mai, fut reporté au 10 mai en raison de la rougeole de la Duchesse. Le roi quitta Versailles après la messe, accompagné d'une partie des troupes et de personnes de distinction. À Paris, le peuple acclama le roi, qui passa par la Place des Victoires et examina la statue dorée à son effigie. Il traversa ensuite les rues de Paris, où il fut acclamé, et se rendit au village de Bondy. Il dîna avec plusieurs dames de la cour et tint conseil à Claye. La cour se déplaça ensuite à Monceaux, puis à Montmirel en raison du mauvais temps. Le roi visita plusieurs villes, dont Châlons et Verdun, où il fut reçu par les autorités locales et participa à des cérémonies religieuses. Le texte mentionne également plusieurs décès, dont ceux de Mademoiselle de Simiane et de l'Évêque d'Amiens. Le roi inspecta les fortifications de Verdun et des régiments, exprimant sa satisfaction envers le marquis de Vaubecour, gouverneur de Châlons. Il visita également Estain et Longwy, une place forte récemment construite pour faciliter la prise de Luxembourg. À Longwy, il inspecta des troupes et des fortifications, exprimant sa satisfaction quant à leur état et leur discipline. Le roi entreprit des travaux de fortification dans plusieurs villes, notamment à l'extrémité du plan de lapins, où une source fournira de l'eau à la ville. Les fortifications incluent des bastions et des redoutes pour défendre le passage de la rivière. Les travaux avancent rapidement avec sept bataillons et d'autres troupes, suscitant l'étonnement et l'admiration. Le roi compare ses efforts à ceux des Chinois avec leur muraille, soulignant que la France est protégée par deux rangs de places fortes construites selon sa volonté. Louvois, ministre du roi, inspecta plusieurs places fortes telles que Sarrelouis, Thionville et Luxembourg, et trouva les troupes et les fortifications en excellent état. Il reçut des compliments de divers magistrats et gouverneurs. Le roi et sa cour participèrent à des cérémonies religieuses à Verdun et Sainte-Menehould, où ils assistèrent à des messes, des processions et des saluts chantés en musique. Le roi fit preuve de générosité envers les curés, les capucins et les musiciens. Le roi visita Étoges, admirant la vertu et la piété des habitants. Informé de la maladie de la princesse de Conti, il ordonna son transfert à Montmirail. Le texte mentionne également la galerie du château d'Étoges, contenant les portraits de grands hommes européens, et la simplicité de bon goût qui y règne. Le roi quitta Étoges pour Montmirail, où la princesse de Conti était alitée en raison de sa maladie. Le texte relate ensuite les derniers jours du voyage royal et le retour du roi à Versailles. La cour commença à quitter le lieu de séjour, et plusieurs messes furent célébrées. Le Dauphin partit rejoindre la Dauphine à Versailles. Le roi, informé de la maladie de la princesse de Conti, ordonna la préparation de messes et d'une procession. Le roi et sa suite continuèrent leur voyage, s'arrêtant à divers endroits comme Vieu-Maison et Caye, où ils furent accueillis par des dignitaires locaux. Ils arrivèrent finalement au château de Livry, où le roi fut reçu par la famille Sanguin. Un dîner somptueux fut servi, et le roi exprima sa satisfaction. Le roi passa l'après-midi à Paris avant de retourner à Versailles, où il fut accueilli par de nombreuses personnalités. Il visita les jardins et les nouvelles constructions du palais. À son retour, le roi récompensa ses médecins et chirurgiens pour leurs soins et organisa un repas en l'honneur des dames ayant participé au voyage. Le comte de Toulouse et la princesse de Conti rejoignirent la cour, apportant de la joie à l'ensemble des courtisans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 202-222
Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
Début :
La Reine d'Angleterre qui ne fait aucun voyage à Paris [...]
Mots clefs :
Reine d'Angleterre, Marie II, Évêque, Saint Thomas, Abbaye de Saint-Victor, Compliment, Royaume, Paris, Prieur, Vicaire, Mr de Bourges, Innocent XI, Missionnaire apostolique, Siam, Cochinchine, Évêque de Béryte, Évêque de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
La Reine d'Angleterre qui
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
La reine d'Angleterre se rendit à Paris le 19 du mois précédent pour participer à une cérémonie de salut au monastère des Dames religieuses anglaises. Cette visite visait à prier pour la protection du roi et des majestés britanniques, ainsi que pour le succès de leurs armées. La reine était familière avec l'histoire de Louis VII, qui avait accordé l'asile en France à Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et chancelier d'Angleterre, persécuté en Angleterre. Lors de sa visite, la reine fut impressionnée par la piété et la foi des religieuses. Elle apprit également l'histoire de Thomas, prieur de l'abbaye de Saint-Victor et vicaire général de l'évêque de Paris, qui avait été assassiné pour avoir défendu les droits de l'Église. Cet événement lui rappela la générosité de Louis VII et la sainteté de Thomas Becket. Le texte mentionne également un évêque de Berite qui, après des voyages en Inde, Siam, Chine et Tonquin, revint en Europe et partagea ses récits avec le roi de France et le pape. Il retourna ensuite au Tonquin, où il mourut. Le texte décrit en détail la vie et la mort de Thomas, prieur de Saint-Victor, connu pour son zèle apostolique et son opposition aux abus ecclésiastiques. Il fut assassiné par des ennemis qui exploitaient les exactions sur les prêtres et les curés. Cet assassinat eut lieu un dimanche, alors qu'il était entre les bras de son évêque, sans respect pour la sainteté du jour ni pour la présence du prélat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 263-282
« De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Début :
De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...]
Mots clefs :
Roi, Duc, Lieutenant, Abbaye, Extraordinaire, Marquis, Audience, Évêque, Échevins, Duc de Lorraine, Famille royale, Parlement, Fête, Princesse, Paris, Versailles, Madrid, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
DeParule
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
Fermer
Résumé : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Le document relate divers événements survenus entre juin et août. Le 18 juin, Mlle de Rohan a épousé le Prince de Bergh. Le 20 juin, des lettres de Bayonne ont annoncé l'arrivée d'une flûte hollandaise chargée de sucre, d'indigo, de cacao et d'autres marchandises, estimées à cent mille écus. Le 24 juin, le Cardinal de Noailles a été reçu Doyen d'Honneur de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. En Espagne, le 16 juin, le roi a envoyé des officiers prendre des villes et des convois. Le 30 juin, l'Archevêque d'Alby a été reçu à l'Académie Française. Le 6 juillet, le Baron de Huart a pris la ville de Naval. La nuit du 7 au 8 juillet, Don Juan de Montenegro a pris la ville de Miranda de Duero. Le 26 juillet, le roi a nommé Monsieur de Brindelet Lieutenant Général de ses Armées. Le 18 juillet, Jean le Camus, Maître des Requestes, est décédé à l'âge de 74 ans. Le 6 août, Alamanno Salviati, Nonce Extraordinaire du Pape, a eu son audience de congé. Le même jour, Creffer, nommé Envoyé en Angleterre, est mort d'apoplexie. Le 9 août, le Duc d'Harcourt a été reçu Pair de France. Le 12 août, le Marquis de Lamberti, Envoyé Extraordinaire du Duc de Lorraine, a eu sa première audience publique. Le 13 août, les députés des États de Languedoc ont été reçus par le roi. Le 15 août, une procession a eu lieu pour la fête de l'Assomption de la Vierge. Le 17 août, le roi a attribué plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques. Le 18 août, les nouveaux échevins ont prêté serment. Le 19 août, Agostino Cusani, Nonce ordinaire du Pape, et le Marquis de Lamberti ont eu leurs audiences de congé. Le 20 août, Charles Bernardin Gigault, Marquis de Bessons, est décédé. Le 25 août, les académies française, des sciences et des médailles et inscriptions ont célébré la fête de Saint Louis.
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28
p. 77-83
Assemblée du Clergé.
Début :
Le 15. Juin, l'ouverture de l'Assemblée extraordinaire [...]
Mots clefs :
Clergé, Roi, Abbé, Archevêque, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée du Clergé.
e,,,AIfemf.!ée du Clergé.
!.. Le 15.Juin,l'ouverture
de l'Assemblée extraordinaire
du-Clerzé
se fie avec les mêmeceremonies
dont on a donné
le détail lorsque la precedente
Assamblées'est teneuë.
Voicy la Lifte des
Deputez du premier & du
second rang de chaque
Province.
Province de Paris.,
Monsieur le Cardinal
de Noailles
,
Archevêque
de Paris.
Province'de Vienne.'
Mr l'Archevêque,d,e
Vienne. *
Mr l'Abbé Champier.
Province de Reims.
,
Mr l'Archevêque de
Reims.
Mr l'Abbé deBusanval.
MProvinrce,decBordleaucx.
Bordeaux.
Mr l'AbbédeLucinge.
Provinced'Alby.
Mr l'Archevêque d'Alby.
Mrl'Abbé Crouzet.
Province de Toulouse.
Mr l'fcvêqiie deLavaur.
Mr l'Abbé de Grandmont
de Lanta.
Province à*Aix.
Mrl'Evêque de Riez.
Mr l'Abbé de Valbelle.
Province d'Embrun.
Mr l'Evêque de Vence.
Mr l'Abbé Viala.
Province de Tours.
Mrl'Evesque de Leon.
Mrl'Abbé de Tressan.
Province de Narbonne.
Mr l'Evesque d'Agde.
Mrl'Abbé Trudene.
Province de Sens.
Mr l'Evesque d'Auxerre.
Mr l'Abbé de Visnic-h.
Province de Bourges.
Mr l'Evesque de Liînoges.
,"., Mrl'AbbéBrossard.
ProvinceàAMch.
, Mrl'Evesque de Coru
serans
Mr l'AbbéleMazuyer.
Province de Rouen.
Mr l'Evesque de Seez.
Mr l'Abbé de Bouville.
Province de Lyon.
Mr l'Evesque d'Autun.
Mr l'AbbédeChemé.
Province d'Arles.
Mrl'Archevesque d'ArlesMrl'AbbédeS.
Andiol
,
Prcfident
Monsieur le Cardinal de
Noailles.
Promoteur.
Mr l'Abbé de Broglie.
Secrjt.urt.
Mrl'Abî^e.1nCaa.bour.
Le 17. Al les Dipuriz
allerent (ilixr le Roy. à
Marlv. Ils furentconduits
par Mr des Granges Maistre
des Ceremonies
,
&
presentez par Mr le Comte
de Ponrchartrain Secrerairÿ<
fErar. MrleCarchfrâTde
Noailles porta
la parole;Voicyun Extrait
du Discours que Son
Eminence fit à Sa Majesté
à Mr le Dauphin &àMe
la Dauphine.
!.. Le 15.Juin,l'ouverture
de l'Assemblée extraordinaire
du-Clerzé
se fie avec les mêmeceremonies
dont on a donné
le détail lorsque la precedente
Assamblées'est teneuë.
Voicy la Lifte des
Deputez du premier & du
second rang de chaque
Province.
Province de Paris.,
Monsieur le Cardinal
de Noailles
,
Archevêque
de Paris.
Province'de Vienne.'
Mr l'Archevêque,d,e
Vienne. *
Mr l'Abbé Champier.
Province de Reims.
,
Mr l'Archevêque de
Reims.
Mr l'Abbé deBusanval.
MProvinrce,decBordleaucx.
Bordeaux.
Mr l'AbbédeLucinge.
Provinced'Alby.
Mr l'Archevêque d'Alby.
Mrl'Abbé Crouzet.
Province de Toulouse.
Mr l'fcvêqiie deLavaur.
Mr l'Abbé de Grandmont
de Lanta.
Province à*Aix.
Mrl'Evêque de Riez.
Mr l'Abbé de Valbelle.
Province d'Embrun.
Mr l'Evêque de Vence.
Mr l'Abbé Viala.
Province de Tours.
Mrl'Evesque de Leon.
Mrl'Abbé de Tressan.
Province de Narbonne.
Mr l'Evesque d'Agde.
Mrl'Abbé Trudene.
Province de Sens.
Mr l'Evesque d'Auxerre.
Mr l'Abbé de Visnic-h.
Province de Bourges.
Mr l'Evesque de Liînoges.
,"., Mrl'AbbéBrossard.
ProvinceàAMch.
, Mrl'Evesque de Coru
serans
Mr l'AbbéleMazuyer.
Province de Rouen.
Mr l'Evesque de Seez.
Mr l'Abbé de Bouville.
Province de Lyon.
Mr l'Evesque d'Autun.
Mr l'AbbédeChemé.
Province d'Arles.
Mrl'Archevesque d'ArlesMrl'AbbédeS.
Andiol
,
Prcfident
Monsieur le Cardinal de
Noailles.
Promoteur.
Mr l'Abbé de Broglie.
Secrjt.urt.
Mrl'Abî^e.1nCaa.bour.
Le 17. Al les Dipuriz
allerent (ilixr le Roy. à
Marlv. Ils furentconduits
par Mr des Granges Maistre
des Ceremonies
,
&
presentez par Mr le Comte
de Ponrchartrain Secrerairÿ<
fErar. MrleCarchfrâTde
Noailles porta
la parole;Voicyun Extrait
du Discours que Son
Eminence fit à Sa Majesté
à Mr le Dauphin &àMe
la Dauphine.
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Résumé : Assemblée du Clergé.
Le 15 juin, l'Assemblée extraordinaire du Clergé s'est ouverte avec les mêmes cérémonies que la précédente. La liste des députés du premier et du second rang de chaque province a été publiée. Parmi les notables, le Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris, représentait la Province de Paris. D'autres provinces ont également désigné leurs représentants, comme l'Archevêque de Vienne et l'Abbé Champier pour la Province de Vienne, et l'Archevêque de Reims et l'Abbé de Busanval pour la Province de Reims. Le 17 juin, les députés se sont rendus auprès du Roi à Marly. Ils ont été conduits par Monsieur des Granges, Maître des Cérémonies, et présentés par le Comte de Pontchartrain, Secrétaire d'État. Le Cardinal de Noailles a prononcé un discours en présence du Roi, du Dauphin et de la Dauphine.
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29
p. 133-136
DEDICACE d'une Eglise.
Début :
L'Eglise que M. l'Abbé le Moyne, Docteur de [...]
Mots clefs :
Église, Dédicace, Temple, Évêque
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texteReconnaissance textuelle : DEDICACE d'une Eglise.
EDICACE
d'uneEglise.
- L'EglisequeM.l'Abbé
le Moyne, Docteur de
Sorbonne, & Seigneur de
$elle-Ifle ,y afait bâtir,
étant achevée
,
M. l'Evêque
de Châlons fit la ceremonie
de la Dédicace le
6. Septembre. Ce Prélat
pour s'y préparer jeûna la
veille, ainsi que tous. les
habitans, aulquels il Se le
jour mêmeundiscours pastoral
sur le Sacrement de
Confirmation, qu'il administraensuite
pour faireal.
lusson de la consécration
desTemples vivansà celle
d'unTemple matériel.
1
Le soir on fit la Translation
de S. Peregrin, premier
Evêque d'Auxerre,
de S.Eustache & de S. Simplicie,
Martyrs, donnez
par les Religieux de Saint
Denis.
LeDimanche dés le point
du jour,M.FEvëque alla à
rEglife d'où l'on avoit ôté
tous les bancs. Il y fit allumer
les 12 cierges qui étoient
devant les 12 croix
des piliers, une à chacun,
après quoi il y laissa un Diacre
seul
,
qui en ferma les
portes. Il continua ensuite
laCeremonie par plusieurs
Procenions au dehors &
au dedans
y par plufieurs
enceniemens,parle chant
de plusieurs hymnes, de
cantiques, de Pseaumes,
par differens Exorcismes,
des Benedidions,desLustrations,
des Onctions
d'eau Grégorienne,d'huîle
des Carhecumenes, de
S.Crême,des Prostrations,
par le scel des tombeaux
des Martyrs, par la formation
des Alphabets grec &
latin sur la cendre étenduë
en forme de Croixde S.
André,par l'Eloge du Fondateur,
les devoirs des paroissiens, & par une Messe
Solemnelle.
d'uneEglise.
- L'EglisequeM.l'Abbé
le Moyne, Docteur de
Sorbonne, & Seigneur de
$elle-Ifle ,y afait bâtir,
étant achevée
,
M. l'Evêque
de Châlons fit la ceremonie
de la Dédicace le
6. Septembre. Ce Prélat
pour s'y préparer jeûna la
veille, ainsi que tous. les
habitans, aulquels il Se le
jour mêmeundiscours pastoral
sur le Sacrement de
Confirmation, qu'il administraensuite
pour faireal.
lusson de la consécration
desTemples vivansà celle
d'unTemple matériel.
1
Le soir on fit la Translation
de S. Peregrin, premier
Evêque d'Auxerre,
de S.Eustache & de S. Simplicie,
Martyrs, donnez
par les Religieux de Saint
Denis.
LeDimanche dés le point
du jour,M.FEvëque alla à
rEglife d'où l'on avoit ôté
tous les bancs. Il y fit allumer
les 12 cierges qui étoient
devant les 12 croix
des piliers, une à chacun,
après quoi il y laissa un Diacre
seul
,
qui en ferma les
portes. Il continua ensuite
laCeremonie par plusieurs
Procenions au dehors &
au dedans
y par plufieurs
enceniemens,parle chant
de plusieurs hymnes, de
cantiques, de Pseaumes,
par differens Exorcismes,
des Benedidions,desLustrations,
des Onctions
d'eau Grégorienne,d'huîle
des Carhecumenes, de
S.Crême,des Prostrations,
par le scel des tombeaux
des Martyrs, par la formation
des Alphabets grec &
latin sur la cendre étenduë
en forme de Croixde S.
André,par l'Eloge du Fondateur,
les devoirs des paroissiens, & par une Messe
Solemnelle.
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Résumé : DEDICACE d'une Eglise.
Le texte relate la dédicace d'une église construite par M. l'Abbé le Moyne, Docteur de Sorbonne et Seigneur de Celle-Ifle. La cérémonie, présidée par M. l'Évêque de Châlons, s'est déroulée le 6 septembre. La veille, l'évêque et les habitants ont jeûné. L'évêque a prononcé un discours sur le sacrement de Confirmation, qu'il a ensuite administré. Les reliques de Saint Pérégrin, Saint Eustache et Saint Simplicie ont été translatées depuis les Religieux de Saint Denis. Le dimanche, dès l'aube, l'évêque a allumé douze cierges devant les croix des piliers et a laissé un diacre fermer les portes. La cérémonie a inclus plusieurs processions, encensements, chants, exorcismes, bénédictions, lustrations, onctions et prosternations. L'évêque a rendu hommage au fondateur et rappelé les devoirs des paroissiens avant de célébrer une messe solennelle.
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30
p. 265-278
BENEFICES.
Début :
Le Roy a nommé à l'Evesché de Châlons sur Saone [...]
Mots clefs :
Évêque, Ordre, Diocèses, Chalon-sur-Saône
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES.
BENEFICES.
Le Royanomme à l'Evesché de Châlons furSaonc
Messire François Madot,
Evesque de Bellay.
L'Eglise Epifcopalc de
Châlons n'a que sa feule
antiquité de remarquable,
& rien de beau que ses deux
clochers au dessus du Portail,ses Cloîtres,& quelques
tombeaux des anciens Comtes de Châlons. Cette Eglise
autre fois de Sainr Estienne,
& aujourd'huy de Saint Vin-
cent, a
son Chapitre compote de vingt-cinq Chanoines parmy lesquels il y a
sept dignicez;le Doyen, le
Chancre, le Tresorier, &
quatre Archidiacres. Le
Dioceserenferme deux cens
quatre Paroisses partagées
en cinq Archiprestrez qui
font ceux de Montigny
, Migny, Bresle, Tornus
-, Ouches, avec six Abbayes.
L'Evesché en suffragantde
Lyon: Saint Marcel qui vinc
prêcher la Foy à Châlons,
l'an 179. accompagné de
Saint Valerin ou Valaien
„
fous l' Empereur Antonius
Verus,& qui y
souffrit le
Martyre par la Sentence de
Pritcus, Chef de la Justice
pour les Romains, en est
reconnu l'A pôtre. StSylveste sur fait: Evesque de
Châlons aprés le Bienheureux Jean vers l'an 45)o.
& ilmourut l'an 531. ou
553. S. Agricole, dit S-iint
Aregle Evesque du lieu,
mourutTan580. ilavoit
succedé à S. Sylvester. Saint
Grat futEvesquede Chalons
en 640. aptes Gelion successeur de S. Lou p.
Il y a
cû un Concile à
Chalons sur Saone; la dixhuitiémeannée de Gontran,
c'est- dire. en 5;'9. c'està où Sa
-
dire en 575?. ou Salonius Evesque d'Ambrun
& Sagittaire Evesque de
Cap, furent deposez. On
en peut voir les particularirez dans l'histoire Ecclesiastique de Monsieur Fleury
Tome 7. page 6oS/ri'
Sa Majestéadonné l'Abbaye de Maizieres,Ordre de
Cisteaux, Diocese de Chalons,à Mr l'Abbé dEgvilly.
Elle vacquoit par la more
deMsfiire Henry Felixde
..-.,. ,¿.
-
Tassy
,
dernier Evesque de
Chalons.
Celle de la Pièce, , Ordre de
Ç,Iflcaux,Diocese de Troyes
à Don Fitz Herbert.
Celle de Pralons, à Me
de Bussy Rabutin. Cette Abbaye de Eilles est de l'Ordre
de Saint Benoist, & dans 1g
Diocese de Langres.
Celle deNôtre-Dame des
Anges, aussi de Fllles, à
Me Carbonel de Canisi.
Elle est de l'Ordre de Saine
Benoist & du Diocese de
Coutances.
Celle d'Aumale
,
dite
aussi Saint Martind'Acy,
Ordre de Saine Benolit,
Diocese de Coutances, à
Mr l'Abbé Colbert, Chanoine & Grand Vicaire de
Tournay.
.,'
-
La VilledAumale: est
dans le païs de Caux, en
Normandie. Elle est fiiuéc
sur le penchant d'une colline
bornée d'unePrairie quiarrose la Bresle, & éloignée
dequatorzé leuës de Roüen,
de cinq de Neuchatel & de
Blangy,& de huit d'Amiens.
Il y a une Paroisse qui porte
letitre de Saint Pierre, &
une autre sous celuy de
Sainte Marguerite hors la
Ville, prés de l'Abbayede
saint Martin de l'Ordre de
lîaint Benoist. Les batimens
de cette Abbaye qui n'étoit
autrefois qu'un Prieuré conventuel dependant de saint
Lucien de Beauvais
,
étant,
tombez en ruine, & n'y
ayant plus qu'un Religieux,
Mr l'Abbé de l'Epinne,
Conseiller, Clerc au Parlement de Roüen, ancien
Chanoine de la Cathedrale,
homme d'esprit & de merire & qui mourut au mois
de Decembre 1711,y introduit la reforme des
Benedictins de la Congregation de saint Maur au commencement de l'année1704
Aumale où l'on trouve encore un Convent de Pcnitens & un de Dominicaines,
a Baillage,Vicomté, Maîtrise des Eaux & Forests,
Lieutenant de Police,
Maire, quatre Echevins &
autres Officiers de Ville.Son
commerce principal consiste
en Serges appellées Serges
d' Aumale, & qui font fore
recherchées. Cette Ville
etoic anciennement assez
bien fortisiée; mais on n'entretient plus ny les murailles
ny les fossez Elle a eu des
Comtes particuliers. Eudes
II. fils d'Henry dit,Etienne.,
Comte de Troyes & de
Meaux, épousa une sœur
uterine de Guillaume le Bâtard Duc. de Normandie,
& Roy d'Anglettrre, qui le
fie Comte d'Aumale. Ce
Comté entra depuis dans la
Maison de Ponthieu,& ensuite dans celle de Lorraine,
par le mariage de Marie
d'Harcourt, fille de Jean
VIII. Comte d'Aumale,
avec Antoine de Lorraine.
L'un de ces Comtes ayant
fondé l'Abbaye d'Aumale,
la Comtesse Ais ou Adclis
y
fit venir des Religieux de
faine Lucien de Beauvais,
& le Comte Etienne son
fils confirma l'an I I ij. tout
ce qui avoir été fait touchant la fondation de cette
Abbaye. La Ville d'Aumale
fut erigée en Duché l'an
1547.par leRoy Henry II.
en faveur de François de
Lorraine, fils ainé de Claude
de Lorraine Duc de Guise,
qui ceda ce Duché d'Aumale à Claude son frere
:
Ce dernier entrautres en-,
sans eut Claude de Lorraine
pere deCharles Duc d',Au..
ipalc*; -• •-
Sa-Maielle a
aussi donné
la Coadjutorerie de rAb..
baye de filles deVigniogou
Ordre de Cisteaux,1 Diocese
de Montpellier
,
à Me de
Bernis.
.Le Prieuré de Nôtre D,nne
QU Puy Chevrier, dit d'Entresin,vacquant par la more deMrl'AbbéPetitdeVilleneuve, ConseillerauParle-
mène, à Monsieur l'Abbé
Normande Docteur en
Theologie. Ce Prieuré est
du Diocese de Poitiers, 6c
de l'Ordre de Grammon.
Saint Estienne de Muret,
Comte de Thier, commença la fondation & la
reforme de cet Ordre dans
son propre païs : mais pour
se derober davantage au
monde, il alla choisir dans
le Diocese de Limoges, un
desert presque inaccessible,
entre Monime & Razés;
où il fit l'établissement qui
dure encore. Les Rois d'An-
gleterre, pour lors Maistres
de l'Aquitaine & du Limouzin
,
contribuerent à
cet établisement, & les
Seigneurs de Monime n'y
contribuerent pas moins,
& de pereen fils ils ont
continué dans tous les tems
de faire de grands dons à
cette Abbaye:leurs tombeaux y
sont aussi
; cette
Maisonest éteinte
,
leur
nom de famille étoit Razés.
Le 17. du mois paflTé
,
Monseigneur l'Evesque de
Grafie donna les premices
de son Episcopat à l'Eglise
Paroissiale de S. Jean l'Evangeliste du Cardinalle Moine
il ychanta le matin la gran de
Messe polit]ifcalcnient., & le :
foir il prêcha dans la mesme
Eglise d'une maniere fore
pathetique ,Mr Leulier
GrandMaistre du College
& Curé, n'oublia rien pour
rendre la ceremonie celebre.
Le Royanomme à l'Evesché de Châlons furSaonc
Messire François Madot,
Evesque de Bellay.
L'Eglise Epifcopalc de
Châlons n'a que sa feule
antiquité de remarquable,
& rien de beau que ses deux
clochers au dessus du Portail,ses Cloîtres,& quelques
tombeaux des anciens Comtes de Châlons. Cette Eglise
autre fois de Sainr Estienne,
& aujourd'huy de Saint Vin-
cent, a
son Chapitre compote de vingt-cinq Chanoines parmy lesquels il y a
sept dignicez;le Doyen, le
Chancre, le Tresorier, &
quatre Archidiacres. Le
Dioceserenferme deux cens
quatre Paroisses partagées
en cinq Archiprestrez qui
font ceux de Montigny
, Migny, Bresle, Tornus
-, Ouches, avec six Abbayes.
L'Evesché en suffragantde
Lyon: Saint Marcel qui vinc
prêcher la Foy à Châlons,
l'an 179. accompagné de
Saint Valerin ou Valaien
„
fous l' Empereur Antonius
Verus,& qui y
souffrit le
Martyre par la Sentence de
Pritcus, Chef de la Justice
pour les Romains, en est
reconnu l'A pôtre. StSylveste sur fait: Evesque de
Châlons aprés le Bienheureux Jean vers l'an 45)o.
& ilmourut l'an 531. ou
553. S. Agricole, dit S-iint
Aregle Evesque du lieu,
mourutTan580. ilavoit
succedé à S. Sylvester. Saint
Grat futEvesquede Chalons
en 640. aptes Gelion successeur de S. Lou p.
Il y a
cû un Concile à
Chalons sur Saone; la dixhuitiémeannée de Gontran,
c'est- dire. en 5;'9. c'està où Sa
-
dire en 575?. ou Salonius Evesque d'Ambrun
& Sagittaire Evesque de
Cap, furent deposez. On
en peut voir les particularirez dans l'histoire Ecclesiastique de Monsieur Fleury
Tome 7. page 6oS/ri'
Sa Majestéadonné l'Abbaye de Maizieres,Ordre de
Cisteaux, Diocese de Chalons,à Mr l'Abbé dEgvilly.
Elle vacquoit par la more
deMsfiire Henry Felixde
..-.,. ,¿.
-
Tassy
,
dernier Evesque de
Chalons.
Celle de la Pièce, , Ordre de
Ç,Iflcaux,Diocese de Troyes
à Don Fitz Herbert.
Celle de Pralons, à Me
de Bussy Rabutin. Cette Abbaye de Eilles est de l'Ordre
de Saint Benoist, & dans 1g
Diocese de Langres.
Celle deNôtre-Dame des
Anges, aussi de Fllles, à
Me Carbonel de Canisi.
Elle est de l'Ordre de Saine
Benoist & du Diocese de
Coutances.
Celle d'Aumale
,
dite
aussi Saint Martind'Acy,
Ordre de Saine Benolit,
Diocese de Coutances, à
Mr l'Abbé Colbert, Chanoine & Grand Vicaire de
Tournay.
.,'
-
La VilledAumale: est
dans le païs de Caux, en
Normandie. Elle est fiiuéc
sur le penchant d'une colline
bornée d'unePrairie quiarrose la Bresle, & éloignée
dequatorzé leuës de Roüen,
de cinq de Neuchatel & de
Blangy,& de huit d'Amiens.
Il y a une Paroisse qui porte
letitre de Saint Pierre, &
une autre sous celuy de
Sainte Marguerite hors la
Ville, prés de l'Abbayede
saint Martin de l'Ordre de
lîaint Benoist. Les batimens
de cette Abbaye qui n'étoit
autrefois qu'un Prieuré conventuel dependant de saint
Lucien de Beauvais
,
étant,
tombez en ruine, & n'y
ayant plus qu'un Religieux,
Mr l'Abbé de l'Epinne,
Conseiller, Clerc au Parlement de Roüen, ancien
Chanoine de la Cathedrale,
homme d'esprit & de merire & qui mourut au mois
de Decembre 1711,y introduit la reforme des
Benedictins de la Congregation de saint Maur au commencement de l'année1704
Aumale où l'on trouve encore un Convent de Pcnitens & un de Dominicaines,
a Baillage,Vicomté, Maîtrise des Eaux & Forests,
Lieutenant de Police,
Maire, quatre Echevins &
autres Officiers de Ville.Son
commerce principal consiste
en Serges appellées Serges
d' Aumale, & qui font fore
recherchées. Cette Ville
etoic anciennement assez
bien fortisiée; mais on n'entretient plus ny les murailles
ny les fossez Elle a eu des
Comtes particuliers. Eudes
II. fils d'Henry dit,Etienne.,
Comte de Troyes & de
Meaux, épousa une sœur
uterine de Guillaume le Bâtard Duc. de Normandie,
& Roy d'Anglettrre, qui le
fie Comte d'Aumale. Ce
Comté entra depuis dans la
Maison de Ponthieu,& ensuite dans celle de Lorraine,
par le mariage de Marie
d'Harcourt, fille de Jean
VIII. Comte d'Aumale,
avec Antoine de Lorraine.
L'un de ces Comtes ayant
fondé l'Abbaye d'Aumale,
la Comtesse Ais ou Adclis
y
fit venir des Religieux de
faine Lucien de Beauvais,
& le Comte Etienne son
fils confirma l'an I I ij. tout
ce qui avoir été fait touchant la fondation de cette
Abbaye. La Ville d'Aumale
fut erigée en Duché l'an
1547.par leRoy Henry II.
en faveur de François de
Lorraine, fils ainé de Claude
de Lorraine Duc de Guise,
qui ceda ce Duché d'Aumale à Claude son frere
:
Ce dernier entrautres en-,
sans eut Claude de Lorraine
pere deCharles Duc d',Au..
ipalc*; -• •-
Sa-Maielle a
aussi donné
la Coadjutorerie de rAb..
baye de filles deVigniogou
Ordre de Cisteaux,1 Diocese
de Montpellier
,
à Me de
Bernis.
.Le Prieuré de Nôtre D,nne
QU Puy Chevrier, dit d'Entresin,vacquant par la more deMrl'AbbéPetitdeVilleneuve, ConseillerauParle-
mène, à Monsieur l'Abbé
Normande Docteur en
Theologie. Ce Prieuré est
du Diocese de Poitiers, 6c
de l'Ordre de Grammon.
Saint Estienne de Muret,
Comte de Thier, commença la fondation & la
reforme de cet Ordre dans
son propre païs : mais pour
se derober davantage au
monde, il alla choisir dans
le Diocese de Limoges, un
desert presque inaccessible,
entre Monime & Razés;
où il fit l'établissement qui
dure encore. Les Rois d'An-
gleterre, pour lors Maistres
de l'Aquitaine & du Limouzin
,
contribuerent à
cet établisement, & les
Seigneurs de Monime n'y
contribuerent pas moins,
& de pereen fils ils ont
continué dans tous les tems
de faire de grands dons à
cette Abbaye:leurs tombeaux y
sont aussi
; cette
Maisonest éteinte
,
leur
nom de famille étoit Razés.
Le 17. du mois paflTé
,
Monseigneur l'Evesque de
Grafie donna les premices
de son Episcopat à l'Eglise
Paroissiale de S. Jean l'Evangeliste du Cardinalle Moine
il ychanta le matin la gran de
Messe polit]ifcalcnient., & le :
foir il prêcha dans la mesme
Eglise d'une maniere fore
pathetique ,Mr Leulier
GrandMaistre du College
& Curé, n'oublia rien pour
rendre la ceremonie celebre.
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Résumé : BENEFICES.
Le texte traite de l'Evêché de Châlons-sur-Saône et de diverses abbayes et prieurés. L'église épiscopale de Châlons-sur-Saône, dédiée à Saint Vincent, est notable pour son antiquité et ses deux clochers au-dessus du portail, ses cloîtres et les tombeaux des anciens comtes de Châlons. Elle possède un chapitre composé de vingt-cinq chanoines, incluant sept dignités : le Doyen, le Chancelier, le Trésorier et quatre Archidiacres. Le diocèse comprend deux cent quatre paroisses réparties en cinq archiprêtrés et six abbayes. L'Evêché est suffragant de Lyon et reconnaît Saint Marcel comme apôtre, qui a prêché la foi à Châlons en 179 avec Saint Valérien sous l'empereur Antonius Verus. Plusieurs évêques notables sont mentionnés, tels que Saint Sylvestre, Saint Agricole et Saint Grat. Un concile s'est tenu à Châlons-sur-Saône en 575, où Salonius et Sagittaire furent déposés. Le roi a attribué diverses abbayes à des personnalités, comme l'abbaye de Maizières à l'Abbé d'Egvilly et l'abbaye de Pralons à M. de Bussy Rabutin. Le texte décrit également la ville d'Aumale en Normandie, avec ses paroisses, ses bâtiments religieux et son histoire, notamment son érection en duché en 1547 par le roi Henri II en faveur de François de Lorraine. Des donations royales sont mentionnées, comme la coadjutorerie de l'abbaye de Vigniogoul et le prieuré de Notre-Dame du Puy Chevrier. Enfin, il est noté que Monseigneur l'Évêque de Grafie a célébré les prémices de son épiscopat à l'église paroissiale de Saint Jean l'Évangéliste.
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31
p. 326-331
D'UTRECHT. A son Excellence MYLORD EVESQUE DE BRISTOL. Traduction nouvelle.
Début :
Honneur des Campagnes liquides, [...]
Mots clefs :
Utrecht, Bristol, Évêque, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'UTRECHT. A son Excellence MYLORD EVESQUE DE BRISTOL. Traduction nouvelle.
D'UTRECHT,
ASon Excellence
MYLORD
EVESQUE DE BRISTOL.
Traduction nouvelle.
Honneur des Gampagnes liquides,
Enfant de quelque Bois
•fatre,
Brillant Spectacle aux
Nereides,
BeauVaiffeau, qu'à l'en
vi l'or &l'art ontparé;
GALANT. 327
Que ta charge fied bien à
ta magnificence!
De l'Europe en fufpens
tu conduis le Deftin ,
Du monde gemiẞant tu
portes dans tonfein
La derniere efperance 3
Tuferas àjamais fefté
par nos neveux,
Le Peuple ira danfant te
rendrefes hommages,
Nos filles Jur tes pants
inventant millejeux,
Deguirlandes defleurs ,
orneront tes cordages.
326 MERCURE
Dieux des Mers qui
veillezfurcettenation,
(Si vous daignez encore
proteger cet Empire)
Conduifez avec Join ce
precieux Navire,
L'aimablePaixle monte,
affe noftre Albion ,
Dufangde cent Heros,
qu'en vainla terre admire,
Acheta pour autruy de
fertiles Etats ;
Je vous attefte affreux
combats.
GALANT. 327
Et vous Palmes enfanglantées
Qu'à regret , par lesfiens,
Londres vit remportées.
L'Univers defolé demande le reposs
Le Dieu Mars eft luymême afſouvi de carmonage,
Pallas arenvoyéla cruelle Attropos
UneMajeftédouce écla
te enfon vifage
D'ANNE, elle emprunte
l'air! ofortunéprefage,
Février 1712.
Ee
328 MERCURE
L'olive eft dansfa main,
au lieu dejavelots.
PRELAT, dont la vertu
respectée & cherie
Eft le plus ferme appuy
des Etats chancelans ,
Pour lagloire de ta Patrie
On te voit oublier ton repos & tesans,
Ton aspect venerable »
aux caprices de l'onde
Doit impoferunFrein,
Etles Dieux que tufers,
pour le bonheurdu monde
GALANT. 329
T'ontfoumis le Deftin.
Des Peuples s'arme en
vainlafunefte manie,
Les bancs en vain cache
fousles flotsfurieux
Ofent trompertesyeux;
L'Ennemi de la Paix, le
ventde Germanie
En vain renverfe tout de
fonfoufle odieuxe
Sinous avonspour nous ,
nos Dieux & ton Genie
Neptune vient déja te
foumettre lesflots
Defon trident luy- méme
Ecij
330 MERCURE
ilfouleve tapoupe
Sesagiles Tritonsfervent
tes Matelots ,
Tupars augré de l'onde,
&leurjoyeufe troupe
Fait d'un long chant de
Paixretentir les échos.
Infenfez que l'erreur,&
la difcorde anime.
( De qui pour vous fauver il faut rompre les
vœux )
Quatre Luftres entiers
vousfûtesfa victime,
Etje vois dans voscœurs
renouvellerfesfeux;
GALANT 3 3º
Arreſtez , d'un autre œil
les Dieux on vûlaterre,
Fatigue depunirils quit.
tent le Tonnerre;
Craigne deréveiller leur
courroux dangereux ;
Les ventsfontenchaînez
dans leurs grottes profondes ,
Voyez lesflots domptez:
&des vents , & des
ondes,
بون
Apprenez à calmer vos
confeils trop mutins ,
Etceffez de lutter contre Anne & les Destins.
ASon Excellence
MYLORD
EVESQUE DE BRISTOL.
Traduction nouvelle.
Honneur des Gampagnes liquides,
Enfant de quelque Bois
•fatre,
Brillant Spectacle aux
Nereides,
BeauVaiffeau, qu'à l'en
vi l'or &l'art ontparé;
GALANT. 327
Que ta charge fied bien à
ta magnificence!
De l'Europe en fufpens
tu conduis le Deftin ,
Du monde gemiẞant tu
portes dans tonfein
La derniere efperance 3
Tuferas àjamais fefté
par nos neveux,
Le Peuple ira danfant te
rendrefes hommages,
Nos filles Jur tes pants
inventant millejeux,
Deguirlandes defleurs ,
orneront tes cordages.
326 MERCURE
Dieux des Mers qui
veillezfurcettenation,
(Si vous daignez encore
proteger cet Empire)
Conduifez avec Join ce
precieux Navire,
L'aimablePaixle monte,
affe noftre Albion ,
Dufangde cent Heros,
qu'en vainla terre admire,
Acheta pour autruy de
fertiles Etats ;
Je vous attefte affreux
combats.
GALANT. 327
Et vous Palmes enfanglantées
Qu'à regret , par lesfiens,
Londres vit remportées.
L'Univers defolé demande le reposs
Le Dieu Mars eft luymême afſouvi de carmonage,
Pallas arenvoyéla cruelle Attropos
UneMajeftédouce écla
te enfon vifage
D'ANNE, elle emprunte
l'air! ofortunéprefage,
Février 1712.
Ee
328 MERCURE
L'olive eft dansfa main,
au lieu dejavelots.
PRELAT, dont la vertu
respectée & cherie
Eft le plus ferme appuy
des Etats chancelans ,
Pour lagloire de ta Patrie
On te voit oublier ton repos & tesans,
Ton aspect venerable »
aux caprices de l'onde
Doit impoferunFrein,
Etles Dieux que tufers,
pour le bonheurdu monde
GALANT. 329
T'ontfoumis le Deftin.
Des Peuples s'arme en
vainlafunefte manie,
Les bancs en vain cache
fousles flotsfurieux
Ofent trompertesyeux;
L'Ennemi de la Paix, le
ventde Germanie
En vain renverfe tout de
fonfoufle odieuxe
Sinous avonspour nous ,
nos Dieux & ton Genie
Neptune vient déja te
foumettre lesflots
Defon trident luy- méme
Ecij
330 MERCURE
ilfouleve tapoupe
Sesagiles Tritonsfervent
tes Matelots ,
Tupars augré de l'onde,
&leurjoyeufe troupe
Fait d'un long chant de
Paixretentir les échos.
Infenfez que l'erreur,&
la difcorde anime.
( De qui pour vous fauver il faut rompre les
vœux )
Quatre Luftres entiers
vousfûtesfa victime,
Etje vois dans voscœurs
renouvellerfesfeux;
GALANT 3 3º
Arreſtez , d'un autre œil
les Dieux on vûlaterre,
Fatigue depunirils quit.
tent le Tonnerre;
Craigne deréveiller leur
courroux dangereux ;
Les ventsfontenchaînez
dans leurs grottes profondes ,
Voyez lesflots domptez:
&des vents , & des
ondes,
بون
Apprenez à calmer vos
confeils trop mutins ,
Etceffez de lutter contre Anne & les Destins.
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Résumé : D'UTRECHT. A son Excellence MYLORD EVESQUE DE BRISTOL. Traduction nouvelle.
Le poème est adressé à Son Excellence Mylord, l'évêque de Bristol, et célèbre un navire porteur d'espoir et de paix. Ce navire, magnifique et protégé par des dieux, doit apporter la paix en Albion. Anne, représentée avec une olive symbolisant la paix, contraste avec les armes de guerre. Le prélat est respecté pour sa vertu et est appelé à maîtriser les caprices de la mer et à soumettre le destin pour le bonheur du monde. Les peuples sont invités à déposer leurs armes et à calmer leurs conflits, soutenus par les dieux et le génie de Neptune. Les vents et les flots sont domptés, et les lecteurs sont exhortés à cesser de lutter contre Anne et les destins. Le poème se conclut par un appel à la paix et à la soumission aux forces divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 300-303
Nouvelles de Paris.
Début :
Le vingt-deux de ce mois l'Abbé Fagon fut sacré [...]
Mots clefs :
Paris, Évêque, Rhin, Dauphin, Dauphiné
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris.
Nouvelles de Paris.
Le vingt-deux de ce
mois l'Abbé Fagon fut
facré Evefque de Lombez dans la Chapelle de
l'Archevefché , par le
Cardinal de Noailles ,
Archevefque de Paris ,
GALANT. 301
qui eut pour Affiftans
l'ancien Evefque de
Condom , & l'Evefque
de Saint Omer.
On a eu avis que le
Capitaine Bournonville
ayant paffé le Rhin avco
deux cent cinquante
hommesdes compagnies
franches du Brigadier
la Croix , étoit tombé la
nuitdu trente Avrildans
la Vveteravie , fur le
quartier de cinqe regimensde l'Archiduc, qu'il
302 MERCURE
avoit mis en un trésgrand defordre , y en
ayant eudans la ſurpriſe
pluſieurs tuez & bleſſez ;
& qu'il s'étoit retiré avec environ · foixante
chevaux , avec une perte peu confiderable ,
n'ayant eu en cette occaſion qu'un homme tué
& quelques bleffez.
Le vingt- quatre on
celebra un Service folemnel à la Sainte Chapelle du Palais pour
GALANT. 303,
Monſeigneur le Dauphin & Madamela Dauphine. L'Abbé de Champigny , Treſorier decette Eglife , officia pontificalement. Le Pere de
la RueJefuite prononçar
l'Oraifon funebre. La
Chambre des Comptes.
y affifta en Corps.
Le vingt-deux de ce
mois l'Abbé Fagon fut
facré Evefque de Lombez dans la Chapelle de
l'Archevefché , par le
Cardinal de Noailles ,
Archevefque de Paris ,
GALANT. 301
qui eut pour Affiftans
l'ancien Evefque de
Condom , & l'Evefque
de Saint Omer.
On a eu avis que le
Capitaine Bournonville
ayant paffé le Rhin avco
deux cent cinquante
hommesdes compagnies
franches du Brigadier
la Croix , étoit tombé la
nuitdu trente Avrildans
la Vveteravie , fur le
quartier de cinqe regimensde l'Archiduc, qu'il
302 MERCURE
avoit mis en un trésgrand defordre , y en
ayant eudans la ſurpriſe
pluſieurs tuez & bleſſez ;
& qu'il s'étoit retiré avec environ · foixante
chevaux , avec une perte peu confiderable ,
n'ayant eu en cette occaſion qu'un homme tué
& quelques bleffez.
Le vingt- quatre on
celebra un Service folemnel à la Sainte Chapelle du Palais pour
GALANT. 303,
Monſeigneur le Dauphin & Madamela Dauphine. L'Abbé de Champigny , Treſorier decette Eglife , officia pontificalement. Le Pere de
la RueJefuite prononçar
l'Oraifon funebre. La
Chambre des Comptes.
y affifta en Corps.
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Résumé : Nouvelles de Paris.
Le 22 avril, l'Abbé Fagon fut nommé évêque de Lombez par le Cardinal de Noailles, archevêque de Paris, en présence de l'ancien évêque de Condom et de l'évêque de Saint Omer. Le 30 avril, le capitaine Bournonville, à la tête de 250 hommes des compagnies franches du Brigadier la Croix, traversa le Rhin et attaqua le quartier de cinq régiments de l'Archiduc, causant un grand désordre et plusieurs pertes parmi les ennemis. Bournonville se retira avec environ soixante chevaux, subissant une perte minime avec un homme tué et quelques blessés. Le 24 avril, un service solennel fut célébré à la Sainte-Chapelle du Palais en mémoire du Dauphin et de la Dauphine. L'Abbé de Champigny officia et le Père de la Rue, jésuite, prononça l'oraison funèbre. La Chambre des Comptes assista à cette cérémonie.
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33
p. 84-86
Pompe Funebre.
Début :
Le dix huit Février, on fit dans l'Eglise de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Abbaye, Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine, Évêque, Chappe, Premier pair de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pompe Funebre.
Pompe Funebre.
Le dix huit Février, on
fit dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis
le - Service ftflenneîj
du bout de l'an pour Monseigneur
le Dauphin ôc
Madame la Dauphine.
L'Evesque de Merz Premier
Aumosnier du Roy,
célébra la Méfie
,
qui fut
chantée par la Musique de
SaMajesté, les Religieux..
estant tous revestus de
chappes. Monseigneur le
Duc de Berry y affilia
avec les Princes & Princestes
qui y avoient etc invitez
par le Marquis de
Dreux,Grand Maistre des
Ceremonies
, & qui estoienc
Monsieur le Duc
d'Orléans, le Duc d'Anguien,
leComte de Charolois
& le Prince de
Conti: le Duc du Maine,
& le Comte de Toulouse
la Duchesse d'Anguien
Mademoiselle de Bourbon
, Mademoiselle de
Charolois, Mademoiselle
de Conti, & Mademoifelle
de la Rochefuryon.
Les Officiers de feu.Mon;
seigneur le Daupkm,ceux
de Madame la Dauphi.'
ne, & les Dames du Pa-;
lais y assistèrent pareille-;
ment.
M. François de Mailly
Archevesque Duc de
Reims) prit Seance au
Parlement le 21. Fevrier
,
1713. en qualité de Premier
Pair de France.
Le dix huit Février, on
fit dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis
le - Service ftflenneîj
du bout de l'an pour Monseigneur
le Dauphin ôc
Madame la Dauphine.
L'Evesque de Merz Premier
Aumosnier du Roy,
célébra la Méfie
,
qui fut
chantée par la Musique de
SaMajesté, les Religieux..
estant tous revestus de
chappes. Monseigneur le
Duc de Berry y affilia
avec les Princes & Princestes
qui y avoient etc invitez
par le Marquis de
Dreux,Grand Maistre des
Ceremonies
, & qui estoienc
Monsieur le Duc
d'Orléans, le Duc d'Anguien,
leComte de Charolois
& le Prince de
Conti: le Duc du Maine,
& le Comte de Toulouse
la Duchesse d'Anguien
Mademoiselle de Bourbon
, Mademoiselle de
Charolois, Mademoiselle
de Conti, & Mademoifelle
de la Rochefuryon.
Les Officiers de feu.Mon;
seigneur le Daupkm,ceux
de Madame la Dauphi.'
ne, & les Dames du Pa-;
lais y assistèrent pareille-;
ment.
M. François de Mailly
Archevesque Duc de
Reims) prit Seance au
Parlement le 21. Fevrier
,
1713. en qualité de Premier
Pair de France.
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Résumé : Pompe Funebre.
Le 18 février, une cérémonie funéraire fut organisée en l'église de l'Abbaye Royale de Saint-Denis en mémoire du Dauphin et de la Dauphine. L'évêque de Metz, Premier Aumônier du Roi, célébra la messe, accompagnée par la musique royale et les religieux en chapes. Le duc de Berry, plusieurs princes et princesses, dont le duc d'Orléans, le duc d'Angoulême, le comte de Charolais, le prince de Conti, le duc du Maine, le comte de Toulouse, la duchesse d'Angoulême, Mademoiselle de Bourbon, Mademoiselle de Charolais, Mademoiselle de Conti et Mademoiselle de La Rochefuryon, assistèrent à la cérémonie. Les officiers du défunt Dauphin, ceux de la Dauphine et les dames du Palais étaient également présents. Le 21 février 1713, M. François de Mailly, archevêque et duc de Reims, prit séance au Parlement en qualité de Premier Pair de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 145-151
Copie de la Lettre de Mr de Pontchartrain au sujet du present du Portrait du Roy d'Espagne.
Début :
MONSIEUR, Le Roy d'Espagne informé de la generosité avec laquelle vous avez [...]
Mots clefs :
Évêque, Espagne, Illuminations, Académie royale des inscriptions et médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie de la Lettre de Mr de Pontchartrain au sujet du present du Portrait du Roy d'Espagne.
Copie de la Lettre de Mr de
Pontchartrain au sújet du
present du Portrait du Roy
d'Espagne.
MONSIEUR,
Le Roy d'Espagne informé
de la generosité avec
laquelle vous avez refusé le
present de douze mille piaftrès
d'une part, & vingtcinq
mille d'autre que la
Reine son Epouse vous avoit
envoyées à Vigo en
reconnoissance du service
important que vous luy
avez rendu ôca son Royaume
en ramenant la flotte
de la nouvelle Espagne,
s'est creu obligé de vous
donner une marque éclatante
de la reconnoissance
qu'elle conferve de ce fervice,
& a prié le Roy de
souffrir qu'il vous fit un
present de son Portrait enrichi
de diamants d'une
grande valeur. Elle l'amesme
envoyé en France,dans
la confianceque Sa Majesté
ne luy refuferoit pas
cette grâce. Je l'ay presenté
a Sa MMaa)jceRstéé, & Elle m'a
fait l'honneur deme dire
devous renvoyer, & de
vous écrire de sa part, que
non feulement Elle a agrée
que vous le prissiez) mais
mesme qu'Elle vous l'ordonnoit)
&c.
LaFamille de Rousselet
Chasteau
-
Renaud est des
plus anciennes du Royaume.
Il y a plusieurs siecles
que le nom de Rousselec
est marqué entre les noms
dont laNoblesseestoit Militaire.
Jean &Geoffroy de
, Rousselet Chevaliers) furent
du nombre de ces cele
bres Assaillansqui fc fignalerent
au combat des
Trente en Bretagne l'an
1350. On trouve dans les
aétcs desannées 1381.1390.
& 1401. Gervais de Roufseles
Escuyer
,
Albert de
Rousselet seigneur de la
Cardive, de Lilli,des Abbâtis.
LeMarquis de Chasteau
Regnand, fut nomme
au baptcfme parAlbert de
Gondy son oncle, Comte
de Retz. Il fut envoyé auprés
de Marie de Gondy (a
tante Comtesse de Pancalier
qui le donna au Duc
Charles Emmanuel de Savoye.
Ce Prince le fie élever)
le pourveut ensuite de
la Charge de Gentilhomme
de sa Chambre,
& cela en consideration
de ce qu'ilestoit iffii de
noble & ancienne Maison,
& à cause des services
qu'il avoit rendus pendant
qu'ilavoic eslé nourri auprès
de luy. Lorsqu'il fut
de retour en France il fut
fait Chevalier de l'Ordre
du Roy, Gentilhomme or:
dinaire de sa Chambre, Ca.
vpitainc de cinquante hommes
d'armes de les Ordonnances,
Conseillerau Conseild'Estac
& Privé, &
Gouverneur des villes &
Chafteaux de Machecoul
& de Belleisle.
Le Roy qui ne laisse pasfer
aucunecccafion de témoigner
au D.cdeNoailles
i'citinie & la bonté qu'il
a pour luy, luy a fait l'honneur
de tenir sur les fonts
le Comte d'Ayen son fils. Ilachoisi Madame pour
le tenir avec luy, l'a nommé
Louis
,
& a félicité
Mr le Cardinal de Noailles
sur la nainance decet
héritier de sa Maison. Ce
baptesme aesté celebré le
18. Avril 1713. par l'Evesque
de Mets premier Aumosnier.
Le Mardy 25. Avrill'Académie
Royalle des Inscriptions&
Medailles reprit
ses exercices.
Mrde Fanieres commença
la seance par un discours
sur l'usage du feu&
des illuminations dans les
Festes sactees.
Pontchartrain au sújet du
present du Portrait du Roy
d'Espagne.
MONSIEUR,
Le Roy d'Espagne informé
de la generosité avec
laquelle vous avez refusé le
present de douze mille piaftrès
d'une part, & vingtcinq
mille d'autre que la
Reine son Epouse vous avoit
envoyées à Vigo en
reconnoissance du service
important que vous luy
avez rendu ôca son Royaume
en ramenant la flotte
de la nouvelle Espagne,
s'est creu obligé de vous
donner une marque éclatante
de la reconnoissance
qu'elle conferve de ce fervice,
& a prié le Roy de
souffrir qu'il vous fit un
present de son Portrait enrichi
de diamants d'une
grande valeur. Elle l'amesme
envoyé en France,dans
la confianceque Sa Majesté
ne luy refuferoit pas
cette grâce. Je l'ay presenté
a Sa MMaa)jceRstéé, & Elle m'a
fait l'honneur deme dire
devous renvoyer, & de
vous écrire de sa part, que
non feulement Elle a agrée
que vous le prissiez) mais
mesme qu'Elle vous l'ordonnoit)
&c.
LaFamille de Rousselet
Chasteau
-
Renaud est des
plus anciennes du Royaume.
Il y a plusieurs siecles
que le nom de Rousselec
est marqué entre les noms
dont laNoblesseestoit Militaire.
Jean &Geoffroy de
, Rousselet Chevaliers) furent
du nombre de ces cele
bres Assaillansqui fc fignalerent
au combat des
Trente en Bretagne l'an
1350. On trouve dans les
aétcs desannées 1381.1390.
& 1401. Gervais de Roufseles
Escuyer
,
Albert de
Rousselet seigneur de la
Cardive, de Lilli,des Abbâtis.
LeMarquis de Chasteau
Regnand, fut nomme
au baptcfme parAlbert de
Gondy son oncle, Comte
de Retz. Il fut envoyé auprés
de Marie de Gondy (a
tante Comtesse de Pancalier
qui le donna au Duc
Charles Emmanuel de Savoye.
Ce Prince le fie élever)
le pourveut ensuite de
la Charge de Gentilhomme
de sa Chambre,
& cela en consideration
de ce qu'ilestoit iffii de
noble & ancienne Maison,
& à cause des services
qu'il avoit rendus pendant
qu'ilavoic eslé nourri auprès
de luy. Lorsqu'il fut
de retour en France il fut
fait Chevalier de l'Ordre
du Roy, Gentilhomme or:
dinaire de sa Chambre, Ca.
vpitainc de cinquante hommes
d'armes de les Ordonnances,
Conseillerau Conseild'Estac
& Privé, &
Gouverneur des villes &
Chafteaux de Machecoul
& de Belleisle.
Le Roy qui ne laisse pasfer
aucunecccafion de témoigner
au D.cdeNoailles
i'citinie & la bonté qu'il
a pour luy, luy a fait l'honneur
de tenir sur les fonts
le Comte d'Ayen son fils. Ilachoisi Madame pour
le tenir avec luy, l'a nommé
Louis
,
& a félicité
Mr le Cardinal de Noailles
sur la nainance decet
héritier de sa Maison. Ce
baptesme aesté celebré le
18. Avril 1713. par l'Evesque
de Mets premier Aumosnier.
Le Mardy 25. Avrill'Académie
Royalle des Inscriptions&
Medailles reprit
ses exercices.
Mrde Fanieres commença
la seance par un discours
sur l'usage du feu&
des illuminations dans les
Festes sactees.
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Résumé : Copie de la Lettre de Mr de Pontchartrain au sujet du present du Portrait du Roy d'Espagne.
La lettre de Monsieur de Pontchartrain relate un présent offert par le roi d'Espagne à une personne non nommée, en reconnaissance de son service en ramenant la flotte de la Nouvelle Espagne. Après avoir refusé des présents financiers de la reine d'Espagne, cette personne a accepté un portrait enrichi de diamants. Le roi de France a ordonné à cette personne de recevoir le présent. Le texte évoque également la famille Rousselet-Chasteau, soulignant ses origines anciennes et son implication militaire, notamment lors du combat des Trente en Bretagne en 1350. Le Marquis de Chasteau-Renault a été élevé par le Duc Charles Emmanuel de Savoie et a occupé diverses charges honorifiques en France, y compris celle de Chevalier de l'Ordre du Roy et de Gouverneur des villes de Machecoul et de Belleisle. Le roi de France a témoigné de son affection pour la famille Noailles en tenant sur les fonts baptismaux le Comte d'Ayen, fils du Cardinal de Noailles, le 18 avril 1713. L'Académie Royale des Inscriptions et Médailles a repris ses exercices le 25 avril, avec un discours de Monsieur de Fanieres sur l'usage du feu et des illuminations dans les fêtes sacrées.
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35
p. 72
DONS DU ROY.
Début :
Le Roy a nommé l'Evêque de Tournay à l'Archevêché de Toulouse. [...]
Mots clefs :
Dons, Toulouse, Évêque, Archevêque, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DUROY.
Le Roy a nomme 1'Evcque
de Tournay a rArchevêche
de Toulouse.
L'Evêque de Riez à 1'Ar--
chevêche d'Auch.
On a promis pour Ie:
ttiois prochain des memoir
res sur ces familIes.
Le Roy a nomme 1'Evcque
de Tournay a rArchevêche
de Toulouse.
L'Evêque de Riez à 1'Ar--
chevêche d'Auch.
On a promis pour Ie:
ttiois prochain des memoir
res sur ces familIes.
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36
p. 87-94
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Ce jour-là même le Roy a donné l'Archevêché de [...]
Mots clefs :
Lyon, Roi, Diocèse, Abbaye, Maréchal, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Ce jour-là même le Roy
a donnél'Archevêché de
Lyon, vacant par la more
de Messire Claude de Saint
Georges, à Messire Fran
çois-Paul de Neuqvilled
Villeroy,Abbéde Fescam
fils deM. le Maréchal Du
de Villeroy,Gouverneur d
Lyon, & des Provinces.d
Lyonnois, Foretz &Beau
jollois, & petit-neveud
MessireCamille de Neuf
ville de Villeroy,aussiAr
chevêque de Lyon, mo~
en 1695 & auquel feu M
de S. Georgesavoit succe
dé.L'Archevêquede Lyoi
se qualifie Primat des Gau
les, & Comre de Lyon..
L'Evêchéde Lizreux, va
can
cant par tamorede Mf.LeonorGoyon
de Matignon, àM. l'Abbé deBrancas, J
Aumônier du Roy, frère
de M. le Marquis de Brancas,
Lieutenant generaldes
armées du Roy, ci- devant
Ambasadeur en Espagne,
de la Maison de Brancas,
originaire du Royaumede
Naples, où elle subsiste en- coreavecéclat. La branche
deCereste,de laquelleest
M. l'Evêque deLizieux,est
l'aînée
,
& apour cadette
celle de Ducs de Villars.
Bufile de Brancas,Chevalier
Comted'Agnano, Maréchal
de l'Eglise Romaine,
transplanta sa famille en
Provence vers l'an 1390. &
après sa mort,arrivée l'an
1416. il fut enterré dans l'Eglise
des Freres Prêcheurs
d'Avignon, & dansla eha.
pelle construite par Nicolas
de Brancas son frere
Cardinal, Evêque d'Albano,
qui l'avoit suivi, & qui
fut aussienterré dans la me
me Chapelle.
-
L'Evêché de Lizieux er
Normandie est suffragant
de Roüen; l' Evêque est Seigneur
de la ville, le Diocese
est divisé en quatre
Archidiaconez, & contient
580. Paroisses.
L'Abbaye de Lessay,Ordre
de S. Benoît,Diocese de
Coutances
, vacante par la
mort de feu M. l'Evêque de
Lizieux,àM.l'Abbé de Matignonson
neveu, fils de ~[.
le Maréchal de Matignon.
L'Abbaye de S. Julien de
Tours, Ordre de S Benoît,
Congregation deS. Maur,
àM.de la Croix, Chapelain
du Roy.
L'Abbaye de Sauvelade à
M. deFenayConseillerau
Parlementde Pau.
L'Abbaye deNôstreDairiè
de Torigny, Ordre de
Cîteaux, dans le bourgde
Torigny, au Diocesede
Bayeux, à M. de laChataigneraye.
': L'Abbaye deVilledieuà
M.d'Esquilles.
L'Abbaye de Nôtre-Dame
de Josaphat, Ordre de
S. Benoît, dans le Diocese
& àune lieuë de Chartres,
à M. de Barriere.
L'Abbaye de Bonaigues,
Ordre de Cîteaux, dans le
Diocese de Limoges ,
)om Robert Pascal. ;i¡¡.,'{
L'Abbayed'Estival,Or-
Ire de S. Augustin, dans la
-
Forêt de Charny, au Dior
_:
cese du Mans, à Madame
lePezé, dunom de Cogr..,,,
arvel, d'une noblesseancienne&
distinguée du
MainejOÙeftfïtuéelaTer.-ç
re de Courtarvel. )' :':
-
L'Abbaye Royaled'Issy,
Ordrede Cîreaux, Diocese
deParis, à Madame de 1^
Force, del'illustreMaison
de Caumont enGuyenne.
L'Abbaye de Vernonà
Madame Turgot, d'un
famille ancienne & distir
guée dans la Robe, orig
naire de Normandie
a donnél'Archevêché de
Lyon, vacant par la more
de Messire Claude de Saint
Georges, à Messire Fran
çois-Paul de Neuqvilled
Villeroy,Abbéde Fescam
fils deM. le Maréchal Du
de Villeroy,Gouverneur d
Lyon, & des Provinces.d
Lyonnois, Foretz &Beau
jollois, & petit-neveud
MessireCamille de Neuf
ville de Villeroy,aussiAr
chevêque de Lyon, mo~
en 1695 & auquel feu M
de S. Georgesavoit succe
dé.L'Archevêquede Lyoi
se qualifie Primat des Gau
les, & Comre de Lyon..
L'Evêchéde Lizreux, va
can
cant par tamorede Mf.LeonorGoyon
de Matignon, àM. l'Abbé deBrancas, J
Aumônier du Roy, frère
de M. le Marquis de Brancas,
Lieutenant generaldes
armées du Roy, ci- devant
Ambasadeur en Espagne,
de la Maison de Brancas,
originaire du Royaumede
Naples, où elle subsiste en- coreavecéclat. La branche
deCereste,de laquelleest
M. l'Evêque deLizieux,est
l'aînée
,
& apour cadette
celle de Ducs de Villars.
Bufile de Brancas,Chevalier
Comted'Agnano, Maréchal
de l'Eglise Romaine,
transplanta sa famille en
Provence vers l'an 1390. &
après sa mort,arrivée l'an
1416. il fut enterré dans l'Eglise
des Freres Prêcheurs
d'Avignon, & dansla eha.
pelle construite par Nicolas
de Brancas son frere
Cardinal, Evêque d'Albano,
qui l'avoit suivi, & qui
fut aussienterré dans la me
me Chapelle.
-
L'Evêché de Lizieux er
Normandie est suffragant
de Roüen; l' Evêque est Seigneur
de la ville, le Diocese
est divisé en quatre
Archidiaconez, & contient
580. Paroisses.
L'Abbaye de Lessay,Ordre
de S. Benoît,Diocese de
Coutances
, vacante par la
mort de feu M. l'Evêque de
Lizieux,àM.l'Abbé de Matignonson
neveu, fils de ~[.
le Maréchal de Matignon.
L'Abbaye de S. Julien de
Tours, Ordre de S Benoît,
Congregation deS. Maur,
àM.de la Croix, Chapelain
du Roy.
L'Abbaye de Sauvelade à
M. deFenayConseillerau
Parlementde Pau.
L'Abbaye deNôstreDairiè
de Torigny, Ordre de
Cîteaux, dans le bourgde
Torigny, au Diocesede
Bayeux, à M. de laChataigneraye.
': L'Abbaye deVilledieuà
M.d'Esquilles.
L'Abbaye de Nôtre-Dame
de Josaphat, Ordre de
S. Benoît, dans le Diocese
& àune lieuë de Chartres,
à M. de Barriere.
L'Abbaye de Bonaigues,
Ordre de Cîteaux, dans le
Diocese de Limoges ,
)om Robert Pascal. ;i¡¡.,'{
L'Abbayed'Estival,Or-
Ire de S. Augustin, dans la
-
Forêt de Charny, au Dior
_:
cese du Mans, à Madame
lePezé, dunom de Cogr..,,,
arvel, d'une noblesseancienne&
distinguée du
MainejOÙeftfïtuéelaTer.-ç
re de Courtarvel. )' :':
-
L'Abbaye Royaled'Issy,
Ordrede Cîreaux, Diocese
deParis, à Madame de 1^
Force, del'illustreMaison
de Caumont enGuyenne.
L'Abbaye de Vernonà
Madame Turgot, d'un
famille ancienne & distir
guée dans la Robe, orig
naire de Normandie
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Résumé : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs nominations et successions dans des fonctions ecclésiastiques et abbatiales. Le roi a attribué l'Archevêché de Lyon, vacant après la mort de Messire Claude de Saint-Georges, à Messire François-Paul de Neuville de Villeroy, abbé de Fescamp et fils du maréchal de Villeroy. L'Archevêché de Lyon est qualifié de Primat des Gaules et Comte de Lyon. L'Évêché de Lisieux, vacant après la mort de Messire Léonor Goyon de Matignon, a été attribué à l'abbé de Brancas, aumônier du roi et frère du marquis de Brancas, lieutenant général des armées du roi et ancien ambassadeur en Espagne. La famille Brancas est originaire du royaume de Naples et possède des branches notables, dont celle de Cereste, aînée de la famille. L'Évêché de Lisieux en Normandie est suffragant de Rouen et comprend 580 paroisses. Plusieurs abbayes ont également été attribuées, notamment l'Abbaye de Lessay à l'abbé de Matignon, neveu de l'ancien évêque de Lisieux, et l'Abbaye de Saint-Julien de Tours à M. de la Croix, chapelain du roi. D'autres abbayes, comme celles de Sauvelade, Notre-Dame de Torigny, Villedieu, Notre-Dame de Josaphat, Bonaigues, Estival, Issy, et Vernon, ont été attribuées à des conseillers parlementaires, des nobles et des familles distinguées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 156-168
Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Début :
Je serois fort embarrassé du choix de mes termes / La misericorde de Dieu, justement irritée des crimes [...]
Mots clefs :
Royaume de Naples, Pape, Miracle avéré, Miracle, Église, Clergé, Évêque, Peuple, Isernia, Larmes, Vierge, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Je ſerois fort embaraffé
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
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Résumé : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
En octobre 1714, à Icernia, une ville du Royaume de Naples, un miracle s'est produit dans un monastère de religieuses suivant la règle de sainte Claire. Une petite image de cire de la Vierge Marie, conservée dans une châsse, a pleuré abondamment pendant que les religieuses priaient pour mettre fin aux pluies continues et aux maladies contagieuses qui affligeaient la région. Ce phénomène a suscité frayeur et émerveillement parmi les religieuses, qui ont intensifié leurs prières et dévotions. Le lundi suivant, l'image était mouillée de sueur, et les religieuses ont continué leurs prières avec ferveur. Le mardi, l'évêque et le clergé, informés du miracle, se sont rendus à l'église et ont constaté les larmes et la sueur de l'image. L'évêque a appelé la population à la pénitence et a organisé des processions solennelles. Cependant, le jour suivant, un violent tremblement de terre a frappé la ville. En réponse, l'évêque a déplacé l'image sacrée dans une châsse de cristal ornée de pierres précieuses et a mené une procession à travers la ville, après quoi les tremblements ont cessé. L'image reste exposée pour permettre aux fidèles de manifester leur piété. Par ailleurs, le texte mentionne brièvement une action militaire où le Chevalier de Langon a affronté et vaincu un vaisseau algérien près des îles de Sainte-Marguerite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 121-138
Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Reprenons maintenant, s'il vous plaît, Messieurs, la suite du [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Voyage, Madrid, Roi, Prince, Princesse, Palais, Sa Majesté, Officiers, Feu d'artifice, Dames, Carosses, Évêque, Balcons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Reprenons maintenant,
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
Fermer
Résumé : Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage de la Reine d'Espagne depuis Bayonne jusqu'à Madrid, en passant par plusieurs étapes significatives. Le 4, la Reine quitta Bayonne pour Saint-Jean-Pied-de-Port, où elle fut accueillie par le Prince de Castiglione, Viceroy de Pampelune. Elle continua ensuite vers Roncevaux, accompagnée par des dignitaires navarrais. À Roncevaux, elle reçut un joyau du Roi et le bâton de commandement du Prince de Castiglione, qu'elle lui rendit par la suite. La Reine séjourna à Subiry dans un palais somptueux, mais choisit de dormir sur de la paille. Elle arriva à Pampelune le lendemain, où elle fut accueillie par le Conseil Royal et des festivités, incluant des feux d'artifice et une course de taureaux. Le 15, elle quitta Pampelune après avoir distribué des aumônes. En parallèle, le Roi et le Prince se rendirent à Notre-Dame d'Atocha, puis à Alcalá et Guadalajara, malgré des conditions météorologiques difficiles. Le Patriarche des Indes célébra leur mariage en présence des Grands d'Espagne. Le 26, le Roi et la Reine arrivèrent à Alcalá, et le 27, ils entrèrent à Madrid sous les acclamations du peuple. Ils assistèrent au Te Deum à Notre-Dame d'Atocha avant de se rendre au Palais. Les jours suivants, ils visitèrent le Buen Retiro et reçurent les hommages des dignitaires. Le Roi nomma Don Francisco Valero y Losada à l'archevêché de Tolède. À Xadraquez, la Reine rencontra la Princesse des Ursins et ordonna son renvoi en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
p. 194-207
DONS DU ROY.
Début :
Messire François Elie de Voyer d'Argenson, cy-devant Evêque de [...]
Mots clefs :
Dons, Roi, Abbaye, Évêque, Abbé, Archevêque, Évêché, Mort, Aumônier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DU ROY,
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
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Résumé : DONS DU ROY.
Le document décrit plusieurs nominations ecclésiastiques réalisées par le roi. François Elie de Voyerd'Argenson a été nommé archevêque d'Ambrun en Dauphiné. Jean Louis du Bouchet de Sourches a été désigné évêque de Dol en Bretagne. Messire Languet de Cergy a été nommé évêque de Soissons, et Messire de Castelane, issu d'une noble famille provençale, a été nommé évêque de Fréjus. Henry Pontus de Thiard a été nommé abbé de Saint-Germain-des-Prés. Monsieur de Meaux, ancien évêque de Toul, a refusé l'archevêché de Bordeaux, illustrant ainsi son désintéressement et sa charité pendant les années de famine. L'abbé de Guimenc, fils du prince de Guimenc de la maison de Rohan, a été nommé abbé de l'abbaye du Gard. L'abbé Desmarets, fils du ministre Desmarets, a été nommé abbé de l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois. Antoine Hercule de Fleury a été nommé abbé de Saint-Basle. L'abbé de Valence a été nommé abbé de la Sainte-Trinité de Mauléon, et l'abbé Ponrac a été nommé abbé de la Palisse. Le roi a également nommé Madame d'Alègre à l'abbaye de Saint-Georges de Rennes et Madame de Goesbriand à l'abbaye de Kerlot. Parmi les figures féminines notables, Madame d'Alègre, de la Maison d'Auvergne, anciennement nommée Tourzel, Madame de Mongon, nouvelle abbesse de l'Abbaye des Échasses, issue de la famille Beauverger, et Madame de Clerc, associée à l'Abbaye de Saint-Georges, sont mentionnées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 3-169
JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Début :
Je vous entends, Messieurs, raisonner tous les jours les jours [...]
Mots clefs :
Journal historique, Roi, Ambassadeur de Perse, Enfant, Arméniens, Évêque, Seigneurs, Femmes, Logis, Roi de Perse, Fille, Mains, Corps, Hommes, Honneur, Cheval, Religion, Ambassadeur, Mort, Femme, Époux, Europe, Peuple, Qualité, Officiers, Cérémonie, Audience, Ville, Lettres, Empereur, Enfants, Baptême, Garçon, Constantinople, Marchands, Voyage, Yeux, Sultan, Commerce, Palais, Mahométans, Mosquée, Prince, Marbre, Vin, Discours, Chevaux, Arménie, Bruit, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
JOURNAL
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Fermer
41
p. 118-148
Nouvelles de Versailles, ou plûtôt, Journal historique de ce qui s'est passé à la Cour ce mois-cy & l'autre. [titre d'après la table]
Début :
L'abondance de la matiere ne me permit pas ce mois dernier [...]
Mots clefs :
Duchesse, Roi, Duchesse de Berry, Duc d'Orléans, Cardinal, Aumônier, Abbé, Chapelle, Musique, Sermon, Dauphin, Évêque, Princes, Marquis, Cardinal de Rohan, Prince de Dombes, Dames, Versailles, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Versailles, ou plûtôt, Journal historique de ce qui s'est passé à la Cour ce mois-cy & l'autre. [titre d'après la table]
L'abondance de la matiere
1
GALANT. tig
-
ne mepermitpaste mois der
nier de vous faire le détail de
cequi s'eſt pafféàla Courpendant
la Semaine Sainte ; c'eft
neanmoins undes plus importanschapitres
qui puifle jamais
entrer dans un Journal ,&le
zele, & la picté du Roy qui
font toûjours l'admiration de
tout lemonde , feront certai
nement auſſi l'article le plus
intereſſantde ce volume.
S.Moa entendu tous lesDi
manches,lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
deM. l'Evêque d'Angers ; les
Lundys& les Jeudys elle a été
?
120 MERCURE
àla chaffe din Cerf , accompa
gnéede Madame la Ducheffe
de Berry , des Princeffes ,&
des autres Dames de faCour
Le 6. d'Avril , le Roy fit la
revue des Gardes Françoiſes ,
&Suifles , M. le Duc de Gui
che marchoit à la têtedes premiers
, & M. le Duc du Mai
ne&M. le Prince de Dombes
àla tête des ſeconds. On for
ma de chaque Regiment un
Bataillon compoſé de mille
hommes chacun , choiſis fur
le tout. M. le Prince Royal de
Pologne ,& M. le Prince Ra-
* gotzki ſe trouverent à cette
revûë.. Lc
GALANTI
Le 10. M. l'Ambaſſadeur
de Sicile cut AudianceduRoy
à qui il annonça la mort deM.
lePrince de Piedmont , il l'eut
enfuite deM. le Dauphin ,de
Madame la DuchefledeBerry,
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
cut Audiance de congé du
Roy; c'eſtun homme grand ,
bien fait,&tres poly pour un
Afriquain, voicy endeux mots
fon Compliment que l'Interprete
expliqua au Roy. Je
fouhaite , Sire ,que vous viviez
long temps ;&que chaque jour
qui vous reste à vivre ,ſe multi-
May 1715 . L
122 MERCURE
pliepar mille. Il étoit venu pour
faire des excuſes au Roy , de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoit pris un Vaiſſeau François
que le Bey a renvoyé à Tou
lon , aprés avoir fait couper
la tête auCapitaine qui l'avoir
pris い
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Pied
mont.
On a expoſé dans les Appattements
deux pieces de
Tapiſſeries faites aux Gobelins
dontl'unerepreſente N. Sau
Feſtin de Simon le Pharifien ,
& la Magdelaine proſternée à
GALANT. 123
fes pieds; cette piece eft copiéc
fur l'original de Jouvener.
L'autre picce repreſente la
conſternation d'Athalie, lorf
que le Grand Prêtre rétablic
Joas fur le Trône de ſes peres ,
M. Coypel en a fait l'original.
CesTapiſſeries ont preſqu'au
tant de force que la Peinture ,
tous les perſonnages en font
parlans. anom
Le Dimanche des Rameaux
leRoyſe rendit à laChapelle,
accompagné de Madame la
Ducheſſe de Berry ; de M. la
Duc d'Orleans , de Madame
la Ducheffe , & de tous les
1
Lij
124 MERCURE
Princes& Princeffes , pour y
entendre la grande Meffe. S.
M. y retourna à deux heures
&demie accompagnée demê
me pour le Sermon , & les
Veſpres qui furent chantées
par la Muſique. Le Roy étoit
affis fur ſon fauteüil , ayant
d'un côtéMadamela Ducheffe
de Berry , Madame la Ducheffe
, Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côté étoit
MileDuc d'Orleans,M.leDuc,
M. le Comte de Charollois ,
M. lePrince de Dombes,M. le
Comte d'Eu ,& M. le Comte
de Toulouze. Sur la droite
7
GALANT 125
Sur
du Roy auprés du Prié Dieu ,
étoit M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , M l'Abbé
de Sourches , & M. l'Abbé
d'Argentré ,Aumoniers.
la gauche M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Abbé de
Caftres , & M. l'Abbé deRougetAumôniers
de Madame la
Duchefle de Berry ; Madame
laMarquiſedeMontſoreau fit
cojour-là la queſte. Le Vendredy
Saint le Roy ſe rendir à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompagné
de Madame la Duchefle
deBerry, de Madame ,
Liij
726 MERCURE
1
L
de M. le Duc , & de Madame
la Duchefle d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être affis. Sur ladroite du Roy
M. le Cardinal de Rohan ,
Grand Aumônier , M. l'Abbé
de Sourches , Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers. Sur la gauche
, M. le Cardinal de Polignac
, M. l'Abbé de Caftres , &
M. l'Abbé de Rouget , Aumôniers
de Madame la Du
cheſſe de Berry. M. l'Abbé de
Magnas ,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
RoyM. le Duc de Charoſt ,
CapitainedesGardes duCorps.
GALANT 127
Derriere Madame la Ducheffe
de Berry M. le Marquis de
Coëtenfau , fon Chevalier
d'Honneur. Derriere Madame
M. le Marquis deMortagne ,
fon premier Eſcuyer. Derriere
M. le Duc d'Orleans M. le
Marquis d'Estampes , fon CapitainedesGardes/
da
LeJeudy Saint leRoyallaà
neut heures & demie du mal
tin,accompagné deM. leDau
phin, de M. le Duc d Orleans,
&de tous les Princes , dans la
Salle des Gardes , où l'on avoit
dreſſe une Chaire pour le Prel
dicatuur . Ily trouva 13. petits
Liiij
128 MERCURE
enfants couverts d'un drap
rougeavecun grand linge qui
leurs pendoit au col M. le
Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier , en Habits Pontificaux.
La Scene fut prêchée par
M. l'Abbé Foiſſard , dont le
Sermon fut tres - applaudy ,
fur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
à la ceremonie du jour , & àce
qu'il venoit de prêcher ; ayant
prouvé dans les deux parties de
fon Diſcours l'abaiſlement
de J C. combattu par la rair
fon humaine , & la raiſon humaine
confondue par l'abauſeCALANT.
129
ment de J. C. dans cette cere
monic. A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire ,
ayant la Mitre ſur la tête & la
Croſſe à la main. Les Chantres
commencerent d'entonner
l'Antienne Intret.M. leGrand
Aumônier ayant dit les Orai
ſons accoûtumées , donna
l'Abfoute ,& le Roy alla incontinent
laver les pieds des
Apoſtres , ayant verſé de l'eau
deffus,& effuyé avecunlinge,
il les leur baiſa. Cette ceremo
nie finie, on fervit les pauvres
dans cet ordre. M. Defgran
gest Maistre des Ceremonies,
$30 MERCURE
precedé d'un Huiffier , ſuivy
de M. le Marquis deDreux
Grand Maistre des Ceremo
nies , de 3.Maistres d'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
7
Commandement , de M. le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hôtel , qui portoit
aufli ſon Bâton , de M. le Duc,
grand Maiſtre de la Maiſondu
Roy, portant un Bâton parfe
mé de fleurs de lys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
marchoient les premiers,& en
paffant devant S. M. farfoient
une reverence ; enſuitevenoit
M. le Dauphin , portant un
GALANT. 131
plat debois ſur lequel étoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orleans
portant un platde même ſur
lequel eſtoitune cruche pleine
de vin avecune coupe par deffus
, le tout de bois ; M. le
Comte de Charollois , M. le
Prince de Conty , M le Prince
de Dombes , M. le Comte
d'Eu , & M. le Comte de Toulouſe
portant chacun un plat
de poiſſon , de legumes , de
confitures , oude fruits , ſuivis
dugrand Echanſon , du grand
Pannetier ,&des Gentilshommes
ſervans qui faifoient en
1
32 MERCURE
tout treize qui portoient auffi
des plats de bois ornez de
Acurs. En arrivantdevant S.M.
ils failoient une reverence en
luy preſentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
auxpauvres. Cette ceremonie
commença juſqu'à 13. fois
dans le même ordre , parce
qu'on ſert 13. plats à chaque
pauvre qui estoient treize. Il
faut remarquer qu'on alloit
prendre ces plats dans une autre
Salle affez floignée , & que
M. le Dauphin fit 13. fois le
voyage , comme les autres
Princes , matchant avec beau-
プラ
GALANT. 135
coup de fermeté , & portant
fon plat avec beaucoup d'adieſſe,
ſuivy toûjours de Madame
de Ventadour ſa Gou
vernante. La ceremonie finie ,
leRoyalla unmoment dans ſa
chambre ,& ſe rendit enſuite
à la Chapelle accompagné de
Madame laDucheffedeBerry,
de M. le Duc d'Orleans , de
M. le Duc , de Madame laDucheſſe
, de tous les Princes &
Princeſſes , pour y entendre la
Meſſe qui fut chantée par la
Muſique , à la fin de laquelle
on diſtribua les Cierges ,&
la Proceffion commença : cn
134 MERCURE
Voicy l'ordre : M l'Abbé de
Juliac qui avoit dit la Melle ,
portoit le S. Sacrement , M.le
Comte de Toulouſe , M. le
Comte d'Eu , M. le Prince de
Dombes , M. le Prince deConty
, M. le Comte de Charollois
, M le Duc , M le Duc
d'Orleans , ayant à ſa droite
M. l'Abbé de Tristan fon premier
Aumônier , marchoient
devant le Roy , qui avoit à ſa
droite M. le Cardinal de Rop
han, grand Aumônier , &à la
gauche M. l'Abbé de Sour
ches Aumônier auſſi , avec M.
le Cardinal de Polignac ; imGALANT
13
mediatement apres le Roy ,
marchoit Madame la Ducheffe
de Berry.Madame la Duchefſe
, Madame la Duchefle du
Maine , & Mademoiſelle de
Charollois venoient enſuite.
On pofa le S. Sacrement dans
la Chapelle de ſaint Loüis qui
avoit eſté preparée pour cela
cette ceremonie ne finit qu'à
uneheure. Madame d'Eſpinay
fit la queſte ce jour- là ; & à
deux heures &demie S. M. ſe
rendit à la Tribune de la Chapelle
accompagnée de même
quele jour precedent , poury
entendre les Tenebres , où
436 MERCURE
1
L'on chantale Pfeaume Quare
fremuerunt Gentes , & leMifefere
en Muſique. A onzeheures
aprés ſoupé , le Roy retourna
à la Chapelle vis à vis
celle de faint Louis , pour y
Jadorer le Saint Sacrement. Le
Vendrcay
Vendredy Saint le Roy alla à
la Chapelle à 10. heures du
matin , accompagné de même
que les jours precedents ,
pour y entendre le Sermon
de la Paſſion que M. l'Evêque
d'Angers prêcha avec
fon éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois parties
de ſon discours , que le Sau
yeur
IGALANT. 137
veur avoir été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gemir , une Victime de la
cruauté qui l'a fait ſouffrir ,
&une Victime de l'injuftice
qui l'a fait mourir. On dit
enfuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adoration de la Croix.
Adeux heures &demie, S. M.
ſe renditàlaTribune , accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre les
Tenebres.On chantale Pleaume
Exaltabo te Domine ,& le
Benedictus en Muſique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroffe à onze heures ,où il
May1715. M
138 MERCURE
communiau par les mains de
M. le Cardinal Grand Aumônier.
Les coins de la nappe
furent tenusdu coſté de l'Autel
par M. l'Abbéde Sourches
& par M. l'Abbé d'Argentré
Aumoſniers ,du coſté duRoy
par M. le Prince de Dombes.
A fon retour de la Paroiſſe
il toucha prés de 1400. malades
,& le ſoir à fix heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Paſques le
Roy fitrendre à la Paroſſe de
Verfailles le Pain Beny , par
M. l'Abbé d'Argentré fon
Aumoſnier ,precedé de douze
JGALANT. 135
des cent Suilles qui portoient
fix Pains Benisavec des Banderolles
aux Armes de France
precedez des Tambours , Fi
fres&Trompettes. Le même
jour S. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelle
entendre la grande Meffe
celebrée par M. l'Evêque de,
Senlis; àdeux heures &demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M. l'Evêque
d'Angers , qui fit voir que la
Reſurection de J C. étoit le
Triomphe de l'incredulité ,
pour nous faire connoiſtre la
foy , & le triomphe de l'ini
Mij
140 MERCURE
quité pour nous apprendre à
nous reffufciter nous-mêmes.
CePrelatprie congé , & fit un
compliment à S. M. dans la
quel il fit un abregé de l'hiſtoire
de ſavie ,& finit en fou,
haitant que le Seigneur pro
longeât ſes jours pour le con.
duireſeurement, mais lentement
àla gloire éternelle ; il parla auſſi
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit enſuite les Veſpres qui
furent chantées par la Mufi.
que , M.la Marquiſe de Chatillon
fit la queſte ce jour là ,
le Roy donne chaque fois
CADANT.
vingt Louis d'or ; fe reno
dit enfuite à fix heures du ſoir
à la Tribune , pour y enten
dre to Salut! mmtigmap
Le Lundy de Paſques Ma
dame la Ducheffe de Berry
communia par les mains de
M. l'AbbédeCaſtres ſon Premier
Aumoſnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un
cofté par Monfieur l'Abbé
de Rouget , & par Madame
la Ducheffe de S. Aignan ; de
l'autre par le R. P. Confef
feur & par Madame la Dus
cheffe de Chautnes.ld nolly
ar Le Dimanche de Quafimo
142 MERCURE
doM le Dauphin fit rendre
le PainBeni à la Parole de
Verſailles , par M. l'Abbé
de Sourches Aumoſnier du
Roy , nommé à l'Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
dedouze des cent Suiſſes dela
Garde qui portoient les fix
Pains Benis ornez deBanderolles
auxArmes duDauphin, des
Tambours , Timbales , Fifres,
Hautbois , & Trompettes
des plaiſirs du Roy. Madame
preſenta le ſoir aprés foupé
M. le PrincedeHeſſeDarmſtat
à SoMa akob ofte h
Le premier de May , les
CALANT. 143
ام
Hautbois& Baffons joüerent
dans l'antichambre pendant
le levé du Roy , & pendant
le diné les 24 Violons avec
les Buffes de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly , &trouva auprés du
ParcM leGrand qui luy preſentales
fix Chevaux d'Eſpagne
qu'elle envoye au Roy de
Pologne , qui font d'une
beauté extraordinaire . Ils ont
chacunune belle houffe, &des
faux foureaux depiſtolets couvetts
d'une double broderie
d'or ou d'argent , avec une
2444 MERCURE
frange de même ſur du ve
lours ; chaque harnois eſtant
de differente couleur. Les pif.
tolets font d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ils
coûtent mille écus la paire ; los
mords , & les étriers ne font
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Ducheffe
de Berry alla à Marly ,
Madame la Ducheſſe de S. Simon
, Meſdames les Ducheffes
de Chaulnes , & Louvigny
eſtoient fur le devant dans ſon
Carroffe , & Mesdames les
Marquiſes de S. Germain& de
Clermont aux deux portieres.
&
GADANILNAS
S
GeCarroffe eſtoit ſuivide deux
Jautres de cette Princeffe remplis
des Dames de laCour. Le
jour de l'Eclipse ,le Roy &
toutes les Dames eſtoient levées
avant huit heures pour la
voir. M. Caffiny , de l'Obfervatoire
, s'y eſtoit rendu avec
des Lunettes d'approche , &
des miroirs , pour la faire obſerver
à S. M. plus commodement;
elle dura plus de deux
heures ,& on voyoit les Etoiles
ſans le ſecours des Lunettes
. On a expoſée pendant 15.
joursdans les Appartemensun
Tableau deM. Coypel qui re-
May 1715 . N
146 MERCURE
preſente l'hiſtoire de Tobie ;
c'eſt une des plus belles pieces
que l'on puiffe voir ; la tête de
Tobie & de ſa femme ſont
impayables ; les attitudes en
font d'une juſteſle admirable :
on doit porter ce Tableau
aux Gobelins pour eſtre copié
entapilferie. Le cinq de ce mois
Madame la Duchefl'e de Berry
fit rendre lePain Beny à la Patoffe
de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget , un de ſes
Aumôniers ; cet Abbé eſtoit
precedé de douze des Cent-
Suiffes de la Garde de cetre
Princeffe qui portoient fix
T
GALANT. 47
S
1
Pains Benis , ornez de Banderolles
aux Armes de Berry ,
&d'Orleans , les Tambours ,
Fifres , Timbales , Hautbois ,
& Trompettes des plaifirs
marchoient à la teſte ; Madame
la Ducheffe d'Orleans , &
Madame la Duchefſe , ſont
reſtées toutes les deux à Verfailles
, eftant indiſpoſées.
Le 4. de ce mois fut celebré
l'Anniverſaire de M. le
Duc de Berry , à S. Denis . Et
le 14. l'Anniverſaire du Roy
Louis XIII . dans la même
Eglife
L'Evêque de Marseille y
Nij
148 MERCURE
celebra le Meſſe qui fut chantée
par la Muſique du Roy.
1
GALANT. tig
-
ne mepermitpaste mois der
nier de vous faire le détail de
cequi s'eſt pafféàla Courpendant
la Semaine Sainte ; c'eft
neanmoins undes plus importanschapitres
qui puifle jamais
entrer dans un Journal ,&le
zele, & la picté du Roy qui
font toûjours l'admiration de
tout lemonde , feront certai
nement auſſi l'article le plus
intereſſantde ce volume.
S.Moa entendu tous lesDi
manches,lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
deM. l'Evêque d'Angers ; les
Lundys& les Jeudys elle a été
?
120 MERCURE
àla chaffe din Cerf , accompa
gnéede Madame la Ducheffe
de Berry , des Princeffes ,&
des autres Dames de faCour
Le 6. d'Avril , le Roy fit la
revue des Gardes Françoiſes ,
&Suifles , M. le Duc de Gui
che marchoit à la têtedes premiers
, & M. le Duc du Mai
ne&M. le Prince de Dombes
àla tête des ſeconds. On for
ma de chaque Regiment un
Bataillon compoſé de mille
hommes chacun , choiſis fur
le tout. M. le Prince Royal de
Pologne ,& M. le Prince Ra-
* gotzki ſe trouverent à cette
revûë.. Lc
GALANTI
Le 10. M. l'Ambaſſadeur
de Sicile cut AudianceduRoy
à qui il annonça la mort deM.
lePrince de Piedmont , il l'eut
enfuite deM. le Dauphin ,de
Madame la DuchefledeBerry,
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
cut Audiance de congé du
Roy; c'eſtun homme grand ,
bien fait,&tres poly pour un
Afriquain, voicy endeux mots
fon Compliment que l'Interprete
expliqua au Roy. Je
fouhaite , Sire ,que vous viviez
long temps ;&que chaque jour
qui vous reste à vivre ,ſe multi-
May 1715 . L
122 MERCURE
pliepar mille. Il étoit venu pour
faire des excuſes au Roy , de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoit pris un Vaiſſeau François
que le Bey a renvoyé à Tou
lon , aprés avoir fait couper
la tête auCapitaine qui l'avoir
pris い
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Pied
mont.
On a expoſé dans les Appattements
deux pieces de
Tapiſſeries faites aux Gobelins
dontl'unerepreſente N. Sau
Feſtin de Simon le Pharifien ,
& la Magdelaine proſternée à
GALANT. 123
fes pieds; cette piece eft copiéc
fur l'original de Jouvener.
L'autre picce repreſente la
conſternation d'Athalie, lorf
que le Grand Prêtre rétablic
Joas fur le Trône de ſes peres ,
M. Coypel en a fait l'original.
CesTapiſſeries ont preſqu'au
tant de force que la Peinture ,
tous les perſonnages en font
parlans. anom
Le Dimanche des Rameaux
leRoyſe rendit à laChapelle,
accompagné de Madame la
Ducheſſe de Berry ; de M. la
Duc d'Orleans , de Madame
la Ducheffe , & de tous les
1
Lij
124 MERCURE
Princes& Princeffes , pour y
entendre la grande Meffe. S.
M. y retourna à deux heures
&demie accompagnée demê
me pour le Sermon , & les
Veſpres qui furent chantées
par la Muſique. Le Roy étoit
affis fur ſon fauteüil , ayant
d'un côtéMadamela Ducheffe
de Berry , Madame la Ducheffe
, Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côté étoit
MileDuc d'Orleans,M.leDuc,
M. le Comte de Charollois ,
M. lePrince de Dombes,M. le
Comte d'Eu ,& M. le Comte
de Toulouze. Sur la droite
7
GALANT 125
Sur
du Roy auprés du Prié Dieu ,
étoit M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , M l'Abbé
de Sourches , & M. l'Abbé
d'Argentré ,Aumoniers.
la gauche M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Abbé de
Caftres , & M. l'Abbé deRougetAumôniers
de Madame la
Duchefle de Berry ; Madame
laMarquiſedeMontſoreau fit
cojour-là la queſte. Le Vendredy
Saint le Roy ſe rendir à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompagné
de Madame la Duchefle
deBerry, de Madame ,
Liij
726 MERCURE
1
L
de M. le Duc , & de Madame
la Duchefle d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être affis. Sur ladroite du Roy
M. le Cardinal de Rohan ,
Grand Aumônier , M. l'Abbé
de Sourches , Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers. Sur la gauche
, M. le Cardinal de Polignac
, M. l'Abbé de Caftres , &
M. l'Abbé de Rouget , Aumôniers
de Madame la Du
cheſſe de Berry. M. l'Abbé de
Magnas ,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
RoyM. le Duc de Charoſt ,
CapitainedesGardes duCorps.
GALANT 127
Derriere Madame la Ducheffe
de Berry M. le Marquis de
Coëtenfau , fon Chevalier
d'Honneur. Derriere Madame
M. le Marquis deMortagne ,
fon premier Eſcuyer. Derriere
M. le Duc d'Orleans M. le
Marquis d'Estampes , fon CapitainedesGardes/
da
LeJeudy Saint leRoyallaà
neut heures & demie du mal
tin,accompagné deM. leDau
phin, de M. le Duc d Orleans,
&de tous les Princes , dans la
Salle des Gardes , où l'on avoit
dreſſe une Chaire pour le Prel
dicatuur . Ily trouva 13. petits
Liiij
128 MERCURE
enfants couverts d'un drap
rougeavecun grand linge qui
leurs pendoit au col M. le
Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier , en Habits Pontificaux.
La Scene fut prêchée par
M. l'Abbé Foiſſard , dont le
Sermon fut tres - applaudy ,
fur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
à la ceremonie du jour , & àce
qu'il venoit de prêcher ; ayant
prouvé dans les deux parties de
fon Diſcours l'abaiſlement
de J C. combattu par la rair
fon humaine , & la raiſon humaine
confondue par l'abauſeCALANT.
129
ment de J. C. dans cette cere
monic. A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire ,
ayant la Mitre ſur la tête & la
Croſſe à la main. Les Chantres
commencerent d'entonner
l'Antienne Intret.M. leGrand
Aumônier ayant dit les Orai
ſons accoûtumées , donna
l'Abfoute ,& le Roy alla incontinent
laver les pieds des
Apoſtres , ayant verſé de l'eau
deffus,& effuyé avecunlinge,
il les leur baiſa. Cette ceremo
nie finie, on fervit les pauvres
dans cet ordre. M. Defgran
gest Maistre des Ceremonies,
$30 MERCURE
precedé d'un Huiffier , ſuivy
de M. le Marquis deDreux
Grand Maistre des Ceremo
nies , de 3.Maistres d'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
7
Commandement , de M. le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hôtel , qui portoit
aufli ſon Bâton , de M. le Duc,
grand Maiſtre de la Maiſondu
Roy, portant un Bâton parfe
mé de fleurs de lys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
marchoient les premiers,& en
paffant devant S. M. farfoient
une reverence ; enſuitevenoit
M. le Dauphin , portant un
GALANT. 131
plat debois ſur lequel étoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orleans
portant un platde même ſur
lequel eſtoitune cruche pleine
de vin avecune coupe par deffus
, le tout de bois ; M. le
Comte de Charollois , M. le
Prince de Conty , M le Prince
de Dombes , M. le Comte
d'Eu , & M. le Comte de Toulouſe
portant chacun un plat
de poiſſon , de legumes , de
confitures , oude fruits , ſuivis
dugrand Echanſon , du grand
Pannetier ,&des Gentilshommes
ſervans qui faifoient en
1
32 MERCURE
tout treize qui portoient auffi
des plats de bois ornez de
Acurs. En arrivantdevant S.M.
ils failoient une reverence en
luy preſentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
auxpauvres. Cette ceremonie
commença juſqu'à 13. fois
dans le même ordre , parce
qu'on ſert 13. plats à chaque
pauvre qui estoient treize. Il
faut remarquer qu'on alloit
prendre ces plats dans une autre
Salle affez floignée , & que
M. le Dauphin fit 13. fois le
voyage , comme les autres
Princes , matchant avec beau-
プラ
GALANT. 135
coup de fermeté , & portant
fon plat avec beaucoup d'adieſſe,
ſuivy toûjours de Madame
de Ventadour ſa Gou
vernante. La ceremonie finie ,
leRoyalla unmoment dans ſa
chambre ,& ſe rendit enſuite
à la Chapelle accompagné de
Madame laDucheffedeBerry,
de M. le Duc d'Orleans , de
M. le Duc , de Madame laDucheſſe
, de tous les Princes &
Princeſſes , pour y entendre la
Meſſe qui fut chantée par la
Muſique , à la fin de laquelle
on diſtribua les Cierges ,&
la Proceffion commença : cn
134 MERCURE
Voicy l'ordre : M l'Abbé de
Juliac qui avoit dit la Melle ,
portoit le S. Sacrement , M.le
Comte de Toulouſe , M. le
Comte d'Eu , M. le Prince de
Dombes , M. le Prince deConty
, M. le Comte de Charollois
, M le Duc , M le Duc
d'Orleans , ayant à ſa droite
M. l'Abbé de Tristan fon premier
Aumônier , marchoient
devant le Roy , qui avoit à ſa
droite M. le Cardinal de Rop
han, grand Aumônier , &à la
gauche M. l'Abbé de Sour
ches Aumônier auſſi , avec M.
le Cardinal de Polignac ; imGALANT
13
mediatement apres le Roy ,
marchoit Madame la Ducheffe
de Berry.Madame la Duchefſe
, Madame la Duchefle du
Maine , & Mademoiſelle de
Charollois venoient enſuite.
On pofa le S. Sacrement dans
la Chapelle de ſaint Loüis qui
avoit eſté preparée pour cela
cette ceremonie ne finit qu'à
uneheure. Madame d'Eſpinay
fit la queſte ce jour- là ; & à
deux heures &demie S. M. ſe
rendit à la Tribune de la Chapelle
accompagnée de même
quele jour precedent , poury
entendre les Tenebres , où
436 MERCURE
1
L'on chantale Pfeaume Quare
fremuerunt Gentes , & leMifefere
en Muſique. A onzeheures
aprés ſoupé , le Roy retourna
à la Chapelle vis à vis
celle de faint Louis , pour y
Jadorer le Saint Sacrement. Le
Vendrcay
Vendredy Saint le Roy alla à
la Chapelle à 10. heures du
matin , accompagné de même
que les jours precedents ,
pour y entendre le Sermon
de la Paſſion que M. l'Evêque
d'Angers prêcha avec
fon éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois parties
de ſon discours , que le Sau
yeur
IGALANT. 137
veur avoir été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gemir , une Victime de la
cruauté qui l'a fait ſouffrir ,
&une Victime de l'injuftice
qui l'a fait mourir. On dit
enfuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adoration de la Croix.
Adeux heures &demie, S. M.
ſe renditàlaTribune , accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre les
Tenebres.On chantale Pleaume
Exaltabo te Domine ,& le
Benedictus en Muſique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroffe à onze heures ,où il
May1715. M
138 MERCURE
communiau par les mains de
M. le Cardinal Grand Aumônier.
Les coins de la nappe
furent tenusdu coſté de l'Autel
par M. l'Abbéde Sourches
& par M. l'Abbé d'Argentré
Aumoſniers ,du coſté duRoy
par M. le Prince de Dombes.
A fon retour de la Paroiſſe
il toucha prés de 1400. malades
,& le ſoir à fix heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Paſques le
Roy fitrendre à la Paroſſe de
Verfailles le Pain Beny , par
M. l'Abbé d'Argentré fon
Aumoſnier ,precedé de douze
JGALANT. 135
des cent Suilles qui portoient
fix Pains Benisavec des Banderolles
aux Armes de France
precedez des Tambours , Fi
fres&Trompettes. Le même
jour S. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelle
entendre la grande Meffe
celebrée par M. l'Evêque de,
Senlis; àdeux heures &demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M. l'Evêque
d'Angers , qui fit voir que la
Reſurection de J C. étoit le
Triomphe de l'incredulité ,
pour nous faire connoiſtre la
foy , & le triomphe de l'ini
Mij
140 MERCURE
quité pour nous apprendre à
nous reffufciter nous-mêmes.
CePrelatprie congé , & fit un
compliment à S. M. dans la
quel il fit un abregé de l'hiſtoire
de ſavie ,& finit en fou,
haitant que le Seigneur pro
longeât ſes jours pour le con.
duireſeurement, mais lentement
àla gloire éternelle ; il parla auſſi
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit enſuite les Veſpres qui
furent chantées par la Mufi.
que , M.la Marquiſe de Chatillon
fit la queſte ce jour là ,
le Roy donne chaque fois
CADANT.
vingt Louis d'or ; fe reno
dit enfuite à fix heures du ſoir
à la Tribune , pour y enten
dre to Salut! mmtigmap
Le Lundy de Paſques Ma
dame la Ducheffe de Berry
communia par les mains de
M. l'AbbédeCaſtres ſon Premier
Aumoſnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un
cofté par Monfieur l'Abbé
de Rouget , & par Madame
la Ducheffe de S. Aignan ; de
l'autre par le R. P. Confef
feur & par Madame la Dus
cheffe de Chautnes.ld nolly
ar Le Dimanche de Quafimo
142 MERCURE
doM le Dauphin fit rendre
le PainBeni à la Parole de
Verſailles , par M. l'Abbé
de Sourches Aumoſnier du
Roy , nommé à l'Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
dedouze des cent Suiſſes dela
Garde qui portoient les fix
Pains Benis ornez deBanderolles
auxArmes duDauphin, des
Tambours , Timbales , Fifres,
Hautbois , & Trompettes
des plaiſirs du Roy. Madame
preſenta le ſoir aprés foupé
M. le PrincedeHeſſeDarmſtat
à SoMa akob ofte h
Le premier de May , les
CALANT. 143
ام
Hautbois& Baffons joüerent
dans l'antichambre pendant
le levé du Roy , & pendant
le diné les 24 Violons avec
les Buffes de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly , &trouva auprés du
ParcM leGrand qui luy preſentales
fix Chevaux d'Eſpagne
qu'elle envoye au Roy de
Pologne , qui font d'une
beauté extraordinaire . Ils ont
chacunune belle houffe, &des
faux foureaux depiſtolets couvetts
d'une double broderie
d'or ou d'argent , avec une
2444 MERCURE
frange de même ſur du ve
lours ; chaque harnois eſtant
de differente couleur. Les pif.
tolets font d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ils
coûtent mille écus la paire ; los
mords , & les étriers ne font
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Ducheffe
de Berry alla à Marly ,
Madame la Ducheſſe de S. Simon
, Meſdames les Ducheffes
de Chaulnes , & Louvigny
eſtoient fur le devant dans ſon
Carroffe , & Mesdames les
Marquiſes de S. Germain& de
Clermont aux deux portieres.
&
GADANILNAS
S
GeCarroffe eſtoit ſuivide deux
Jautres de cette Princeffe remplis
des Dames de laCour. Le
jour de l'Eclipse ,le Roy &
toutes les Dames eſtoient levées
avant huit heures pour la
voir. M. Caffiny , de l'Obfervatoire
, s'y eſtoit rendu avec
des Lunettes d'approche , &
des miroirs , pour la faire obſerver
à S. M. plus commodement;
elle dura plus de deux
heures ,& on voyoit les Etoiles
ſans le ſecours des Lunettes
. On a expoſée pendant 15.
joursdans les Appartemensun
Tableau deM. Coypel qui re-
May 1715 . N
146 MERCURE
preſente l'hiſtoire de Tobie ;
c'eſt une des plus belles pieces
que l'on puiffe voir ; la tête de
Tobie & de ſa femme ſont
impayables ; les attitudes en
font d'une juſteſle admirable :
on doit porter ce Tableau
aux Gobelins pour eſtre copié
entapilferie. Le cinq de ce mois
Madame la Duchefl'e de Berry
fit rendre lePain Beny à la Patoffe
de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget , un de ſes
Aumôniers ; cet Abbé eſtoit
precedé de douze des Cent-
Suiffes de la Garde de cetre
Princeffe qui portoient fix
T
GALANT. 47
S
1
Pains Benis , ornez de Banderolles
aux Armes de Berry ,
&d'Orleans , les Tambours ,
Fifres , Timbales , Hautbois ,
& Trompettes des plaifirs
marchoient à la teſte ; Madame
la Ducheffe d'Orleans , &
Madame la Duchefſe , ſont
reſtées toutes les deux à Verfailles
, eftant indiſpoſées.
Le 4. de ce mois fut celebré
l'Anniverſaire de M. le
Duc de Berry , à S. Denis . Et
le 14. l'Anniverſaire du Roy
Louis XIII . dans la même
Eglife
L'Evêque de Marseille y
Nij
148 MERCURE
celebra le Meſſe qui fut chantée
par la Muſique du Roy.
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42
p. 260-263
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Avançons, Mademoiselle, ne laissons point ici languir la narration, la [...]
Mots clefs :
Abbé, Gouvernement, Évêque, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Avançons,Mademoiselle,
ne iailTons point ici languir la
narration lamatière estbelle.
Il s'agit de parler un moment
des bontez du Roy; quandil
vivroic encore milleans&
plus, on n'auroit jamaisrien
de meilleurà dire. Sa Majesté
toûjours attentive au choix
des sujets qu'clle honore de
ses graces, a donné les deux
Charges d'Aumônier que poC:
sedoient M. l'Abbé de Sourches
àpresent Evêque de Dol,
& M.l'AbbédeBrancasàpresent
Evêque de Lizieux
,
l'une
à M. l'Abbé de Froulay, Chanoine
& Comte de Lyon,&
l'autre àM.l'Abbé de Rochebonne,
aussiChanoine&Com
te de Lyon; & à M. le Marquis
d'Arpajon,Chevalierde
l'Ordre dela Toison d'or & de
Saint Lu$> & Maréchal de
Camp, son agrément pour le
Gouvernement de la Province
du Berry qu'il a acheté cent
milécusdeM.leDucdeNoailles.
Sa Majesté a ajoûré à cette
grâce un brevet de retenue de
deux cens mil livres Elle a ac
compagne ce present de rous
les agréments imaginables
pour M. le Mirquis dArpajon
, &lui a fait sentirqu'elle
se souvenoit avec ~phifir de Ces:
derniers services en France,&;
de ceux qu'il aenle bonheur
de rendre en Espagne à Sa Majette
Catholique, qui l'a pour
cette consideration honoré de
l'Ordre de laToison d'or.
Le Gouvernement de Berry
ne vaut à present que vingt mil
livres de revenu, autrefois il
en valoir trente- six ; mais il c11
un des plus considerables du
Royaume,&il a toujours été
possedé par desPrinces duSang,
& des plus grands Seigneurs.
ne iailTons point ici languir la
narration lamatière estbelle.
Il s'agit de parler un moment
des bontez du Roy; quandil
vivroic encore milleans&
plus, on n'auroit jamaisrien
de meilleurà dire. Sa Majesté
toûjours attentive au choix
des sujets qu'clle honore de
ses graces, a donné les deux
Charges d'Aumônier que poC:
sedoient M. l'Abbé de Sourches
àpresent Evêque de Dol,
& M.l'AbbédeBrancasàpresent
Evêque de Lizieux
,
l'une
à M. l'Abbé de Froulay, Chanoine
& Comte de Lyon,&
l'autre àM.l'Abbé de Rochebonne,
aussiChanoine&Com
te de Lyon; & à M. le Marquis
d'Arpajon,Chevalierde
l'Ordre dela Toison d'or & de
Saint Lu$> & Maréchal de
Camp, son agrément pour le
Gouvernement de la Province
du Berry qu'il a acheté cent
milécusdeM.leDucdeNoailles.
Sa Majesté a ajoûré à cette
grâce un brevet de retenue de
deux cens mil livres Elle a ac
compagne ce present de rous
les agréments imaginables
pour M. le Mirquis dArpajon
, &lui a fait sentirqu'elle
se souvenoit avec ~phifir de Ces:
derniers services en France,&;
de ceux qu'il aenle bonheur
de rendre en Espagne à Sa Majette
Catholique, qui l'a pour
cette consideration honoré de
l'Ordre de laToison d'or.
Le Gouvernement de Berry
ne vaut à present que vingt mil
livres de revenu, autrefois il
en valoir trente- six ; mais il c11
un des plus considerables du
Royaume,&il a toujours été
possedé par desPrinces duSang,
& des plus grands Seigneurs.
Fermer
43
p. 237-242
Audience donnée aux Députez de Bretagne.
Début :
Le 18. les Députés des Etats de Bretagne eût [...]
Mots clefs :
Duchesse, Bretagne, Comte, Évêque, Cérémonie, Marquis, Gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée aux Députez de Bretagne.
Audience donnée aux Députez
de Bretagne.
Le 18. les Députés des Etats
de Bretagnecûrentu Adiance du
138 LE NOUVEAU
Roy à midy. Ils furent prefentez
par M. le Comte de Touloufe,
Gouverneur de la Province .
La Députation étoit compofée
de l'Evêque de S. Brieux pour le
Clergé, du Duc de la Tremoille
pour la Nobleffe , du Sieur de
la Gacherie Sénéchal de Nantes
pour le Tiers état.
Le 21 de ce mois , le Roy
alla au Palais du Luxembourg ,
rendre vifite à Madame Ducheffe
de Berry. S. M. étoit
accompagnée de Mr le Duc
du Maine , de Mr le Prince de-
Dombes de Mr le Comte
d'Eu , du Prince Charles , de
Mde la Ducheffe de Vantadour
La Gouvernante , & du refte de
MERCURE. 239
fa Maiſon. Elle avoit été précédée
d'un détachement de fes
Gardes du Corps & de les Cent-
Suiffes. A fon arrivée , S. M.
trouva Mr le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des
Gardes , qui la reçût à l'entrée
de la Salle des Gardes ; Mdẹ
la Marquise de Pons Dame
d'Atour à l'entrée de l'Anti
Chambre & M Ducheffe
de Berry à l'entrée de fa Cham,
bre. La vifite fe paſſa de bout ,
& S M. fut reconduite de
même qu'Elle avoit été reçûë.
le même jour à fix heures du
foir , les Etats de Bretagne fe
rendirent aufli au Palais du
Luxembourg , ayant à leur tête
Mr.l'Evêque de S. Brieu , qui
•
240 LE NOUVEAU
harangua cette Princeffe avec
beaucoup d'éloquence . Son difcours
fut trés applaudi : Mr le
Duc de la Tremoille étoit
auffi à la tête des Etats qui
furent préfentez par Mr le Marquis
de Dreux Grand Maître
des Cérémonies & > par Mr
Defgranges Maître des Cérémonies.
Le 27 , on fut tout à coup
furprit de voir une Belande ,
qui remontoit la riviere de Seine
à pleines voiles , ayant toutes
fes banderoles au vent. Elle jetta
l'ancre fur les onze heures
du matin , vis-à-vis le gros Pavillon
des Thuilleries . En arrivant
, elle fit trois décharges
confécutives de fon Artillerie .
C'eft
MERCURE. 241
C'est le fieur Pierre Rhofnay ,
Marchand négociant à Rouen ,
qui l'a conduite à Paris . Elle
porte deux petites piéces de canon
, & quatre pierriers , avec
cinq hommes d'Equipage . Elle
eft chargée de huit milliers de
morue & de quelques fromages.
Elle eft partie de Honfleur le
dix -fept de Janvier , a paffé à
Rouen le vingt - un , & eft
arrivée à Paris le vingt - fept .
Elle n'a qu'un mas & une vergue
, portant Pavillon de differentes
Nations , pour la décoration
feulement.
Belande ou Belandre cft un
petit Batiment de Mer , qui eſt
fort plat de varangue , qui a
fou appareil de mats & de voi-
Fanvier 1717.
Y
242 LE NOUVEAU
#
les ,femblable à celui d'un Heu-
& dont la couverte ou le Tillac
s'élève de prouë à poupe
d'un demi pied plufque le plat
bord. Les plus grandes qui
font de So tonneaux , fe peuvent
conduire par trois ou quatre
hommes. On s'en fert principalement
dans la baffe Flandre
, pour aller fur les canaux
& fur les rivieres,
de Bretagne.
Le 18. les Députés des Etats
de Bretagnecûrentu Adiance du
138 LE NOUVEAU
Roy à midy. Ils furent prefentez
par M. le Comte de Touloufe,
Gouverneur de la Province .
La Députation étoit compofée
de l'Evêque de S. Brieux pour le
Clergé, du Duc de la Tremoille
pour la Nobleffe , du Sieur de
la Gacherie Sénéchal de Nantes
pour le Tiers état.
Le 21 de ce mois , le Roy
alla au Palais du Luxembourg ,
rendre vifite à Madame Ducheffe
de Berry. S. M. étoit
accompagnée de Mr le Duc
du Maine , de Mr le Prince de-
Dombes de Mr le Comte
d'Eu , du Prince Charles , de
Mde la Ducheffe de Vantadour
La Gouvernante , & du refte de
MERCURE. 239
fa Maiſon. Elle avoit été précédée
d'un détachement de fes
Gardes du Corps & de les Cent-
Suiffes. A fon arrivée , S. M.
trouva Mr le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des
Gardes , qui la reçût à l'entrée
de la Salle des Gardes ; Mdẹ
la Marquise de Pons Dame
d'Atour à l'entrée de l'Anti
Chambre & M Ducheffe
de Berry à l'entrée de fa Cham,
bre. La vifite fe paſſa de bout ,
& S M. fut reconduite de
même qu'Elle avoit été reçûë.
le même jour à fix heures du
foir , les Etats de Bretagne fe
rendirent aufli au Palais du
Luxembourg , ayant à leur tête
Mr.l'Evêque de S. Brieu , qui
•
240 LE NOUVEAU
harangua cette Princeffe avec
beaucoup d'éloquence . Son difcours
fut trés applaudi : Mr le
Duc de la Tremoille étoit
auffi à la tête des Etats qui
furent préfentez par Mr le Marquis
de Dreux Grand Maître
des Cérémonies & > par Mr
Defgranges Maître des Cérémonies.
Le 27 , on fut tout à coup
furprit de voir une Belande ,
qui remontoit la riviere de Seine
à pleines voiles , ayant toutes
fes banderoles au vent. Elle jetta
l'ancre fur les onze heures
du matin , vis-à-vis le gros Pavillon
des Thuilleries . En arrivant
, elle fit trois décharges
confécutives de fon Artillerie .
C'eft
MERCURE. 241
C'est le fieur Pierre Rhofnay ,
Marchand négociant à Rouen ,
qui l'a conduite à Paris . Elle
porte deux petites piéces de canon
, & quatre pierriers , avec
cinq hommes d'Equipage . Elle
eft chargée de huit milliers de
morue & de quelques fromages.
Elle eft partie de Honfleur le
dix -fept de Janvier , a paffé à
Rouen le vingt - un , & eft
arrivée à Paris le vingt - fept .
Elle n'a qu'un mas & une vergue
, portant Pavillon de differentes
Nations , pour la décoration
feulement.
Belande ou Belandre cft un
petit Batiment de Mer , qui eſt
fort plat de varangue , qui a
fou appareil de mats & de voi-
Fanvier 1717.
Y
242 LE NOUVEAU
#
les ,femblable à celui d'un Heu-
& dont la couverte ou le Tillac
s'élève de prouë à poupe
d'un demi pied plufque le plat
bord. Les plus grandes qui
font de So tonneaux , fe peuvent
conduire par trois ou quatre
hommes. On s'en fert principalement
dans la baffe Flandre
, pour aller fur les canaux
& fur les rivieres,
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44
p. 175-178
Analise du Discours prononcé en Latin par le R. P. Poirée, Professeur d'Eloquence, [titre d'après la table]
Début :
Le 24 de ce mois le R. P. Poirée Professeur d'Eloquence, au College [...]
Mots clefs :
Professeur, Discours, Éloquence, Latin, Soleil, Passion, Moeurs, Amusements, Duchesses, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Analise du Discours prononcé en Latin par le R. P. Poirée, Professeur d'Eloquence, [titre d'après la table]
Le 24 de ce mois le R. P. Poirée
Profefleur d'Eloquence , au College
de Louis le Grand " prononça un
Difcours Latin , dans lequel il traita
la queftion .
S'il eft permis de s'appuyer des
moeurs dont le germe ſe montre dans
le premier âge des Princes , pour au
gurer leur grandeur future .
176 LE NOUVEAU
L'Orateur commença fonDiſcours
par cette grande Image . Le Soleil
dans les Cieux , les Roys fur la Terre
, offrent un grand fpectacle. Ce
fut là pour ainfi dire fon Texte. Il
divifa fon difcours en deux Parties .
Dans la premiére , l'Orateur fit voir
que dés la plus tendre enfance , la nature
produifoit des fignes favorab'es
ou finiftres du futur caractere des
Princes , que dans le choix de leurs
amuſements même, on pouvoit preffentir
leurs affections dominantes .
Il alla plus loin : il prétendit que
le caractere de l'âme étoit pour l'ordinaire
imprimé dans le vifage , que
les paffions & les moeurs fe montroient
dans les yeux de l'homme .
Enfin il fit fentir combien ces paroles
naïves que la nature hazarde dans
un âge où elle n'eft fufpecte d'aucune
diffimulation , combien dis - je
ces paroles doivent entrer en confideration
dans le Jugement qu'on
ofe porter des jeunes Souverains.
Cela étoit foutenu du fpectacle interzellant
des inclinations naillantes de.
MERCURE. 177
Sa Majefté , de fes amulements favo
ris , de plufieurs difcours où fon ame
fe montre fans déguiſement , qui
furent prefentéz comme autant d'oracles
qui préfageoient un Regne
illuftre .
Dans la feconde partie , l'Orateur
établit que tant d'augures favorables
qui avoient fondés nos efperances
dans fa prémiére partie , ne fuffifoient
pas encore pour établir une
ferme confiance ; & que les dons
de la nature devoient être cultivés
dans les enfans par une heureuſe
éducation : Il examina l'éducation
à, differents égards ; Par la nature
des preceptes , & des Leçons qu'on
prefente au Prince ; par les exemples
dont on foûtient ces Leçons ,
& par le caractere des perfonnes
aufquelles le Prince eft confié.
Cela donna lieu à l'Orateur de
faire de magnifiques éloges de Mgr.
le Duc du Maine , de M. le Maréchal
de Villeroy , de Mde la Ducheffe
de Vantadour , de M. de
Fleury , ancien Evêque de Frejus,
#78 LE NOUVEAU
Le mois prochain nous donne
rons un extrait plus étendu de cet
éloquent Difcours , qui receut les applaudiffements
d'une affemblée Illuftre
, compofée des Cardinaux de
Rohan , de Polignac & de Biffy ,
de plus de trente Evêques , de grand
nombre de Magiftrats & autres per
fonnes diftinguées de tous les ordres.
Profefleur d'Eloquence , au College
de Louis le Grand " prononça un
Difcours Latin , dans lequel il traita
la queftion .
S'il eft permis de s'appuyer des
moeurs dont le germe ſe montre dans
le premier âge des Princes , pour au
gurer leur grandeur future .
176 LE NOUVEAU
L'Orateur commença fonDiſcours
par cette grande Image . Le Soleil
dans les Cieux , les Roys fur la Terre
, offrent un grand fpectacle. Ce
fut là pour ainfi dire fon Texte. Il
divifa fon difcours en deux Parties .
Dans la premiére , l'Orateur fit voir
que dés la plus tendre enfance , la nature
produifoit des fignes favorab'es
ou finiftres du futur caractere des
Princes , que dans le choix de leurs
amuſements même, on pouvoit preffentir
leurs affections dominantes .
Il alla plus loin : il prétendit que
le caractere de l'âme étoit pour l'ordinaire
imprimé dans le vifage , que
les paffions & les moeurs fe montroient
dans les yeux de l'homme .
Enfin il fit fentir combien ces paroles
naïves que la nature hazarde dans
un âge où elle n'eft fufpecte d'aucune
diffimulation , combien dis - je
ces paroles doivent entrer en confideration
dans le Jugement qu'on
ofe porter des jeunes Souverains.
Cela étoit foutenu du fpectacle interzellant
des inclinations naillantes de.
MERCURE. 177
Sa Majefté , de fes amulements favo
ris , de plufieurs difcours où fon ame
fe montre fans déguiſement , qui
furent prefentéz comme autant d'oracles
qui préfageoient un Regne
illuftre .
Dans la feconde partie , l'Orateur
établit que tant d'augures favorables
qui avoient fondés nos efperances
dans fa prémiére partie , ne fuffifoient
pas encore pour établir une
ferme confiance ; & que les dons
de la nature devoient être cultivés
dans les enfans par une heureuſe
éducation : Il examina l'éducation
à, differents égards ; Par la nature
des preceptes , & des Leçons qu'on
prefente au Prince ; par les exemples
dont on foûtient ces Leçons ,
& par le caractere des perfonnes
aufquelles le Prince eft confié.
Cela donna lieu à l'Orateur de
faire de magnifiques éloges de Mgr.
le Duc du Maine , de M. le Maréchal
de Villeroy , de Mde la Ducheffe
de Vantadour , de M. de
Fleury , ancien Evêque de Frejus,
#78 LE NOUVEAU
Le mois prochain nous donne
rons un extrait plus étendu de cet
éloquent Difcours , qui receut les applaudiffements
d'une affemblée Illuftre
, compofée des Cardinaux de
Rohan , de Polignac & de Biffy ,
de plus de trente Evêques , de grand
nombre de Magiftrats & autres per
fonnes diftinguées de tous les ordres.
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45
p. 159-167
Suite des Nouvelles de Paris.
Début :
Le 12. le Roy donna à Mr l'Abbé de Beringhen, le Prieuré [...]
Mots clefs :
Abbesse, Cordeliers, Cour, Avocat, Charge, Procédure, Statuts, Chevalier, Plaidoirie, Évêque, Parlement, Duchesse, Applaudissements, Sagesse, Raison, Rétablissement, Lettres patentes, Ambassadrices, Éloge, Vertu, Serment, Aumônier, Chancelier, Conseil, Navires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Paris.
Suite des Nouvelles de Paris.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Fermer
46
p. 180-185
Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Début :
Le Sermon fini. Mr l'Evêque de Rennes monta en chaire, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sermon, Roi de France, Apôtres, Cérémonie, Duc, Estampes, Gentilhommes, Pâques, Jésus, Zèle, Innocence, Amour, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Le Sermon fini . Mr l'Evêque de
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Fermer
47
p. 151-174
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 29 du passé, le Roy donna à M. le Comte d'Assy [...]
Mots clefs :
Régent, Duc, Comte, Royaume, Régent, Abbaye, Disputes, Déclarations, Marquis, Évêque, Oncle, Réflexions, Chevalier, Cardinal, Gouvernement, Monseigneur, Sentiments, Mémoires, Honneur, Contestations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
Fermer
48
p. 138-139
Italie.
Début :
Le 20. du mois passé le Pape tint un Consistoire, dans lequel S. S. proposa [...]
Mots clefs :
Abbé, Évêque, Cardinal, Pape, Consistoire, Évêché, Archevêché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Italie.
Italie.
LE 2p. du mois pafle le Pape tint mt
Consistoire , dans lequel S. S. pro
posa l'Archevêché de Camhray pour l'Êvêque
de Laon ; le Cardinal Ottoboni ,
Protecteur des affaires de France, pro
posa l'Evêché d* Autun , pour l'Abbé de
Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire
de Besançon. il préconisa ensuite l'Evêque
de Nantes, Premier Aumônier de
feu Monsieur le Duc d'Orleans , pouf
l'Archevêché de Rouen j l'Evêque de
S. Papoul , pour .1'Eyêché de Mende ;
l'Abbé de Froulay , Comte de Lion , 8c
Aumônier du Roy , pour l'Evêché du;
Mans; l'Abbé Boucaud, pour l'Evêché
d'AIet i l'Abbé de Bussi.Rabutin , pour
celui de LuçonJ l'Evêque d'Alais , pour
l'Abbaye de Montebourg ; l'Abbé d'Harcourt
Beuvron, peur celle de Signi, 8c
l'Abbé d'Alegre , pour celle de Bourgueil.
A la fin du Consistoire , le Pape de
clara au Sacré College, qu'ayant fait
exami7
A N V I E R í7i4. 15,
examiner l'a'íFaire du Cardinal Alberoni,
. elle avoic donné un Bref pour fa déchar
ge. Le Cardinal Oli vieri rida lecture de
ce Bref, qui fut generalement approuve-
Le 16. de l'autre mois ie feu prit à
Milan, au Bureau de la Secretairerie de
la Guerre , lequel fut entierement con
sumé , ainsi que la íalle d'audience des
Ministres Etrangers , & quelques autres
appartenons du <Palais Ducal. Trois
hommes ont peri dans cet incendie r 8c
plusieursautres períonnesont étébleííées.
la Comtesse de Colloredo fut contrainte
de se sauver chez laPrincelIè Triv,ulce,
avec ses pierreries, & tout ce qu'elle
.avoit de plus précieux.
L'Ambassadeur de Venise , M. Pierre
.Capello fit íòn entrée publique à Rome
.1e 28. du mois passé , accompagné de plus
de cent carosses. Le Cardinal Ottoboni
;le conduisit à l'audience du Pape ayec
les ceremonies accoutumées.
Le jour de Noël le Pape fit la ceremo
nie ordinaire de benir l'Estoc & l'Epée
que les Pontifes ont coutume d'envoyer
au x Princes qui font la guerre contre les
infideles.
LE 2p. du mois pafle le Pape tint mt
Consistoire , dans lequel S. S. pro
posa l'Archevêché de Camhray pour l'Êvêque
de Laon ; le Cardinal Ottoboni ,
Protecteur des affaires de France, pro
posa l'Evêché d* Autun , pour l'Abbé de
Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire
de Besançon. il préconisa ensuite l'Evêque
de Nantes, Premier Aumônier de
feu Monsieur le Duc d'Orleans , pouf
l'Archevêché de Rouen j l'Evêque de
S. Papoul , pour .1'Eyêché de Mende ;
l'Abbé de Froulay , Comte de Lion , 8c
Aumônier du Roy , pour l'Evêché du;
Mans; l'Abbé Boucaud, pour l'Evêché
d'AIet i l'Abbé de Bussi.Rabutin , pour
celui de LuçonJ l'Evêque d'Alais , pour
l'Abbaye de Montebourg ; l'Abbé d'Harcourt
Beuvron, peur celle de Signi, 8c
l'Abbé d'Alegre , pour celle de Bourgueil.
A la fin du Consistoire , le Pape de
clara au Sacré College, qu'ayant fait
exami7
A N V I E R í7i4. 15,
examiner l'a'íFaire du Cardinal Alberoni,
. elle avoic donné un Bref pour fa déchar
ge. Le Cardinal Oli vieri rida lecture de
ce Bref, qui fut generalement approuve-
Le 16. de l'autre mois ie feu prit à
Milan, au Bureau de la Secretairerie de
la Guerre , lequel fut entierement con
sumé , ainsi que la íalle d'audience des
Ministres Etrangers , & quelques autres
appartenons du <Palais Ducal. Trois
hommes ont peri dans cet incendie r 8c
plusieursautres períonnesont étébleííées.
la Comtesse de Colloredo fut contrainte
de se sauver chez laPrincelIè Triv,ulce,
avec ses pierreries, & tout ce qu'elle
.avoit de plus précieux.
L'Ambassadeur de Venise , M. Pierre
.Capello fit íòn entrée publique à Rome
.1e 28. du mois passé , accompagné de plus
de cent carosses. Le Cardinal Ottoboni
;le conduisit à l'audience du Pape ayec
les ceremonies accoutumées.
Le jour de Noël le Pape fit la ceremo
nie ordinaire de benir l'Estoc & l'Epée
que les Pontifes ont coutume d'envoyer
au x Princes qui font la guerre contre les
infideles.
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Résumé : Italie.
En Italie, le 2 du mois, le Pape organisa un consistoire au cours duquel plusieurs nominations ecclésiastiques furent proposées. Le Cardinal Ottoboni suggéra l'Évêché d'Autun pour l'Abbé de Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire de Besançon. D'autres nominations inclurent l'Archevêché de Rouen pour l'Évêque de Nantes et l'Évêché de Mende pour l'Évêque de S. Papoul, ainsi que plusieurs autres postes en France. Le Pape annonça également qu'il avait examiné l'affaire du Cardinal Alberoni et émis un bref pour sa décharge, approuvé par le Cardinal Olivieri. Le 16 du mois suivant, un incendie à Milan détruisit le Bureau de la Secretairerie de la Guerre et d'autres parties du Palais Ducal, causant trois morts et plusieurs blessés. La Comtesse de Colloredo dut se réfugier chez la Princesse Trivulce. Le 28 du mois précédent, l'Ambassadeur de Venise, M. Pierre Capello, fit une entrée publique à Rome, accompagné de plus de cent carrosses et conduit à l'audience du Pape par le Cardinal Ottoboni. Le jour de Noël, le Pape bénit l'Estoc et l'Épée destinés aux Princes combattant les infidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 266-284
EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
Début :
Le 17. Janvier, l'Abbé Seguy, nommé par le Roi à l'Abbaye de Genlis, [...]
Mots clefs :
Église, Peuple, Saint Sulpice, Dieu, Vertu, Chrétiens, Cour, Évêque, Dignité
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
EXTR AIT dit Panégyriquede
S. Sulpice-
LE 1 7. Janvier , P Abbé Seguy , nom
mé par le Roi à- P Abbaye de Gcnlis ,
prononça ce Discoucs dans l'Eglise Parói.'
îul; de S. Suldce, avec uli applau»
diíse.neat universel. Jamais réputation
a'*
FE V R ÏE R. 17% o.
í'k été plus prompte que celle de ce non»
vel Orateur , dont le premier succès a et©'
assez éclatant pour être honoré de Pattendon
8c des récompenses de la Cour^
Le Public échauffé fur ion compte , at- -
tendoit avec impatience ce second Dis
cours » qui a mis , pour ainsi dire , le sceau1
à sa réputation , & avec d'autant plus de
Ì'ustice que son sujet , bien moins favora-
>le que 1c premier, ne pàroiffoit point
susceptible des traits vifs & grands qu'il
lui a prêtez. L'Extrait du Panégyrique d©'
S. Louis a fait? tant de plaisir , qu'on a'
fort souhaité voir aussi celui du Panégy
rique de S.Sulpice, Se nous avons enfin;
obtenu le consentement de M. l'Abbé Se--
guy pour faire usage du secours des Co-j
pistes qui lui ont enlevé son Discours.
-L'Orateur a pris pour Texte ces paroles
de l'Ecclesiastique : Fattum est illi fungi
facerdotin , . .& habere lait ier)* in nomine;
ejus. Voici l'Exorde , à quelques lignes^
près>
Si l'on fçait à travers les expressions
les plus simples pénétrer le sens le plus
élevé , quelles grandes idées se présentent
à ces mots ! Voilà , Chrétiens , un
Eloge digne d'Àaron , qui en est l'ob'jet
& pour dire encore plus , digne de l'Esprit
Saint qui en est l'Auteur. En effet:
loiier un homme d'avoir mérité le Sacer
doce
MERCÙRE Ï>È FÍIANCÉ.
doce & U plénitude du Sacerdoce , qtíî
«st le Pontificat , n'est-ce pas le rôties
d'avoir mérité le plus sublime de rous le»
Ministères, celui de Pacificateur , de Mé
diateur entre Dieu & son Peuple , & quelle
louange pourroit, ce semble , égaler celle
îà , si ce qui suit n'y mettoit le comble
en ajoutant que ce Ministère si auguste^
Aaron l'exerça avec gloire en Israël ,
FaSinm est Mi fungi facerdotio .... &
habere laudem ih nomme ejuù
Cette idée , toute grande qu'elle est y
Chrétiens Auditeurs , l'est-elle trop pour
k sujet qui nous assemble .... Par tout
l'Histoite de fa vie ( de S. Sulpice) m'a
présenté un homme visiblement destinés
pour entrer en part du gouvernement de
l'Eglise ; un homme que la Grâce de Jé
sus- Christ prit soin de préparer dès soit
enfance à la dignité de Pasteur dans l'E
glise; Un homme élevé d'une commune
voix à ce comble d'honneur pour l'édiSfication
& pour l'utilité de PEglise.
C'est à ce point de vûë que m'ont paru se
íapporter toutes les faces sous lesquelles
on peut l'envifager quand j'entre
prends de vous retracer une si belle vie,-
c'est ou comme la préparation la plusparfaite
à la dignité Episcopale , ou com
me l'accomplissement le plus entier des
ieyoiis qui y sont attachez ; car voici et»
FEVRIER. 1730. ìSf
in deux mots le Plan du Discours que je
consacre à la gloire de S. Sulpice. II mé
rita d'être élevé à l'honneur suprême de
l'Episcopar , & il soutint glorieusement
le poids immense de ''Episcopat. FaElum
eft illi fungi Sacerdotio .... & habere
Uudem in nornine ejus.
Dieu immortel , qui n'aliénez jamais»
votre gloire,c'est à vous que se rapportent
fes louanges de vos Saints , & c'est à vous
aussi que se rapporteroient celles d'un
de vos plus dignesMinistres qui m'écoute..
dans ce saint Temple , dont la construc--
fion n'etoit possible qu'à lui seul. Avec
quel zelc vous prépare-t-il une demeure,
pendant qu'un autre Serviteur fidèle que
tous vous êtes choisi dans fa maison , tra
vaille sans relâche à votre gloire j Pon-i
tifc & deffenscur illustre de votre Reli
gion sacrée. Ainsi Moyse executoit le Pla»
de votre auguste Tabernacle, tandis qu'ho
noré du Pontificat, Aaron son frère préíîdoit
à votre culte divin ... Je rentre
dans mon sujet , mais je sens que je n'enpuis
soutenir le poids si Marie ne s'intefefle
à^'entreprise.
Le comprenons-nous ce que c'est que
d'être un des Pasteurs préposez au gou
vernement de l'Eglise que J.C. a acquise
j»ar son Sang ? nous formons-nous une
aslez haute idée de la grandeur de ce Mi
nistère
t7ò MËRCÚRE DE FRANGÉ; .
«istere ? L'Episcopat , Chrétiens , l'Epìs»
copat n'est rien moins que le Tribunal
irréprochable de cette foi , fans laquelle
on ne peut être sauvé ; la succession non
interrompue du pouvoir &é des fonctions
des Apôtres, le complément, la plénitu
de surabondante du caractère conféré aux
autres Ministres de l' Autel , l'autorité dtf
droit ..divin fur les Fidèles & Air les Pré*
tres qui les conduisent , le gage sensible
de l'union de J. C avec son Eglise , la
participation immédiate de la puissance du
Fils de Dieu lui-même, la íourec primi-*
tive du pouvoir de Her & dé délier suc
la Terre , de conférer la Grâce & de la
suspendre* de rendre présente la Victime
adorable ôc de l'immolct!, Quelle dignité
que celle qui réunit en soi de si grandes
choses , mais aussi de la part de notre
Saint, quelle vertu, quelle capacité à
tous égards , quelle répugnance à aceep.
ter tant de grandeur.Pen rendirent digne l
trois principaux chefs dont je fais tout le
fond de cette première Parrîe. Reprenons.
U semble, Chrétiens, que Sulpice ne
pouvoit naturellement échapper au mon»
de,si son cceiK n'eût été spécialement desti
né de Dieu pour être à lui. La Cour , où sa
naissance Cappella dès ses premières an
nées- la Cour est-elle l'ecole ordinaire de
í* vcítu- > Cet âge même où lc coeur tout
m
FEVRIER. 1730. t7t
m bute aux passions , à peine Ce trouva
libre , est peut-être moins dangereux , 8ç
foubliois presque de vous dire que Sul
pice fut au Seigneur dès le point du jour,
itomme parle le Prophète , dès fa jeunesse,
parce que j'ai quelque chose de plus glo
rieux pour lui à vous dire ; c'est qu'il fut
au Seigneur dans des lieux, the'atre uni
versel desfoiblesses & des vanitez humai
nes , à la Cour. Ce n'est donc pas ici ,
Chrétiens 4 une vertu à l'abri des dangers
du siécle ; c'est une vertu à l'épreuvc des
charmes & des engagemens du monde le
plus séduisant, que l'on appelle le grand
monde , une vertu constamment sollicitée
& constamment victorieuse. . . .
L'Abbé Seguy , après avoir mis dans
tout son jour la vertu de S. Sulpice au
milieu des dangers de la Cour , le repré
sente dans fa Retraire domestique , &
voici comment il en parle.
Il quitte donc cette Cour, où il ne
voit aucun des vrais biens qu'il aime,
où font réunis ensemble tous les faus
biens qu'il n'aime pas j il se fait de sa
maison une retraite particulière aussi inr
accessible aux attaques des folles passions
que le fut jamais celle des Hilarions 8c
des Antoines. La solitude Chrétienne ,
mes frères , ne pensez pas qu'il faille ab
solument l'aller cherchée dans l'ornbre
>7* MERCURE DE FRANCE. ...^
-du Cloitre ou dans l'horreur des Déserts.'
,Un coeur tumultueux , plein des ide'es
des engagemens du siécle ne feroit pas
seul dans les Antres profonds de la Thé-
.baïde même. La vraye solitude est souyent
dans un genre de vie retirée , quoiqu'au
milieu du monde , dans les senti-» ,
.mens qui y font conformes dans le coeur,
L'Orateur , en parlant de l'humble
•résistance de S. Sulpice , lorsque son Evo
que voulut l'ordonner Prêrre, dit: T'
Malgte' un attrait naturel pour cet état ,
3e Serviteur de Dieu, par un effet de cette
íhurnilké qui met le comble à sa vertu re
fuse de repondre à un dessein qu'a fait
jiaître sa vertu même, & pour le fairô
passer de l'état laïque à la Cléricature,
de la Cléricature au Sacerdoce , il faut
que le saint Evêque engage les Princes à
íe joindre à lui. C'est ainsi que la mo
destie des Saints leur cache quelquefois
la volonté divine qu'ils adorent , & que
le Ciel fait exécuter fur eux fa volonté
fans rien faire perdre à leur modestie.
Vous résistiez donc en vain , digne Disci
ple de J. C. yous en deviez être le Prêrre ,
parce que vous en fûtes la Victime. Il étoit,
il étoit convenable que vous pussiez osfric
à l'Autel l'Agneau sans tache , vous qui
pouviez vous offrir avec lui. Vous sçaveát .
É?éja ce qu'il fut dans la vie scculkre,Chré.
liens
FEVRIER. 1730. *73
{tiens Auditeurs , jugez de ce qu'il fut dans,
le Sacerdoce. . . Sa vie inspire, persuade
la vertu que respirent tous ses discours 4
íes exemples font citez dans les familles ,
son simple aspect est une leçon , son seul
nom rappelle une idée salutaire. De'ja se
répand le bruit de sa sainteté dans les Pro
vinces voisines. La Cour l'entendir, & le
Prince Religieux qui commandoit alors
à nos Ancêtres , Clotaire II. jetta les yeux
fur le Serviteur de J. C. pour le charger
d'un emploi plus honorable encore par !»
sainteté de ses fonctions , que considérable
par l'accès & le crédit qu'il donnoit au
près du Monarque . • . Mais il s'agissoit
d'engager l'Homme de Dieu à l'accepter
& son Evêque fut intéressé pour cela ; car
Comme ce Prélat n'eût jamais pû fans le
Prince , forcer l'humilité de Sulpice à re
cevoir le Sacerdoce , le Prince n'eut aust|
jamais pû fans lui,forcer la vertu du Saint
à rentrer dans le grand monde. On l'y sic
rentrer. Sulpice reparoît à la Cour & il
l'édisie de nouveau. La Cour , quelques
passions qui y règnent s n'en est pas moins
pleine d'estime pour la vertu , & fans la.
pratiquer mieux que le peuple , elle fçaic
& la connoître mieux & la respecter dar
vantage.
Rien n'est plus beau & plus délicat que
1c Porcraic que fait V dateur de son Saint;
úm
*74 MERCURE DE FRANCE. - "
áans le crédit que lui donnoient fa Char»
,ge de Grand- Aumônier & l 'amitié de Clo-
,«aire.
Clotaire , dit-il , qui lui doit la conser
vation de ses jours , veut qu'il ait aux
affaires une part considérable , qui ne fut
jamaisl'objet de ses voeux... Je reconnois
ici , ô mon Dieu ! un grand exemple de
;la conduite que vous tenez quelquefois
^ur ceux qui vous aiment ; quoiqu'ordinairement
jaloux de les cacher dans le
secret de votre face, cependant pour lc
bien de leurs frères , pour l'honneur mêjne
de la vertu , vous les menez de temps
jcn temps comme par la main fur la Scène
changeante du monde , vous leur faites
trouver grâce devant les Dieux de la
Terre & toujours fur de leur coeur , vous
les prêtez pour récompense aux bons Rois,
À qui ils font nécessaires.
Ensuite l'Abbé Seguy fait voir S. S ulice
attentif dans fa faveur à ménager pou r
a timide vertu la protection du Monar
que , charmé de pouvoir prêter la voix
aux larmes des malheureux , se rendant
cher à sa Nation , comme un autre M ardochée
, & par le charme d'une douceur
toute Chrétienne , trouvant lc secret de
ne mécontenter personne, malgré l'impuissance
, de procurer des grâces à tous,
conduisant & exécutant tout ce qu'il se
propose
t
FEVRIER; 1730. 171
propose par une nouvelle sorte de politi
que., la droiture & la sincérités agissanc
afec zele & avec zele sçlon la science
dans tout ce qui a rapport à la Religion ,
& qui demande l'appui de l'autorité Roya
le pour l'Eglise ; enfin dans une situation
où d'autres sacrifieroient leur ame , ayant
aux yeux des hommes mêmes le mérite
de ne sacrifier que son repos : tel & plus
grand encore par le saint usage de son cré
dit étoit Sulpice, Chr. Aud. & s'il n'est pa»
le seul1 que son Portrait vous représente,
c'est une heureuse ressemblance qui honore
notre siécle. Au reste , il est bon pour votre
instruction , mes Frères , que vous remar
quiez la cause du saint usage que fit Sulpice
de sa faveur à la Cour, & la raison du bon
heur qu'il eut d'y conserver sa vertu dans
tous les temps. Dieu l'y avoit appelle ; &
parce qu'il l'y avoit appelle , il le sauva,
des écueils dangereux contre lesquels onc
brisés mille autres ; parce qu'il l'y avoit
appelle , il le mit au-dessus des foiblesses
ordinaires du sang , il lui fît oublier le
soin de l'élevation des siens & de leur
fortune particulière ; parce qu'il l'y avoie
appelle , bien loin de l'abandonner à l'amour
du plaisir qui y règne , il se servit
de lui pour y confondre les voluptueux
par son exemple ; parce qu'il l'y avoit
a^pellé, il fit faire en lui la voix de la
g cupidit4
íT6 MERCURE DE FRANCeI^I
cupidité , il lui donna ce détachement ÍÎ
nécellâire à qui peut obtenir tout ce qu'il
désire ; parce qu'il l'y avoit appelle , il
lui conserva au milieu de la pompe &c du
luxe de la Cour , un gout constant pour
la simplicité la plus modeste 3, parce qu'il
l'y avoit appellé , il l'entretint au centre
même du grand monde dans un esprit de
retraite qui l'engageoit à se dérober de
temps en temps à la Cour , pour donner
au loin de recueillir son coeur tous les
momens dont il étoit le maître ; parce
qu'il l'y avoit appellé , il justifia fa voca
tion. Ceux que Dieu lui-même expose,,
sont dans le monde fans appartenir au
monde -, Dieu est avec eux , mais aussi
ceux qui s'exposent sans son aveu, y pensent-
ils sérieusement ....
Si Sulpice y eût été porté par ses pro
pres conseils , il y auroit fait infaillible
ment naufrage. La Providence qui veut
peut-êtte tel d'entre vous loin du tumulte
du monde, le voulut long-temps lui au
rnilieu des dangers du siécle , & elle avoit
ses raisons. Ce n'étoit pas fans dessein,
qu'elle l'avoit fait naître avec les avan
tages des richesses & du rang , qu'elle lui
fit passer plusieurs années parmi les déli
ces & les vaihes pompes contre lesquelles
il étoit obligé de se deffendre. Elle le des.
«inpit à remplir dan&son Eglise une place
fEVRIER. 1730. 277:
^ni pour erre sainte , sacrée, de droit di
vin , n'en expose pás moins aux périls in
séparables des grandes places , une place
qu'une vertu à l'épreuve des tentation»
de la grandeur & de l'abondance , est feule
digne de remplir.Car depuis que les Chrér
tiens , trop indignes de leurs premier*
Ancêtres , ont renoncé à cette heureuse
pauvreté qui fut comme le berceau de leuc
Religion , depuis que l'amour des abbaifiemens
a fait place chez eux aux fatales
chimères de l'orgueil, il a fallu appuyer
l'autorité Episcopale de tout ce que l'ofmlence
, le rang ont de plus imposant à
eurs yeux. Sulpice avoit donc beloin d'u
ne vertu, éminente > éprouvée., pour ré
pondre dignement aux desseins de Dieu
fur lui , & vous avez vû si la sienne ne
fut pas telle, in integritate\ mais la vertu
feule n'eût pas suífi sans une capacité pro
portionnée à fa destination , in doftrina...
Il l'avoit , & si vous me demandez com
ment parmi les distractions & tumulte du
siécle il trouva le temps de l'acquerir , je
vous répondrai qu'il le trouva 3 force
d'attention à saisir & à employer des momens
qu'un autre auroit perdus en amufemens
frivoles ou criminels , je vous fe
rai ressouvenir de cette Retraite domcstN
que de plusieurs années où tout son temp»
jgtoit partagé entre Dieu & une étude re-
P i) glce
' ' '
*78 MERCURE D£ FRANCE; .
glée qui avoic rapporc à lui. Lorsqu'il so
faisoit ainsi par principe d'occupation un
fond de saintes connoissances , il ne prêt
voyoit pas qu'il dût un jour par état les
communiquer aux autres ... U n'e'toit pas
moins propre à annoncer les veritez Evan
géliques aux Grands, qu'à instruise les
petits & à cathéchiser les Habitans des
Campagnes , il éclaircuìoit les doutes des
âmes timorées , il assermissoit la foi des
ames foibles , il étoit utile à son Evêque
Blême qui le consultoit. .....
Voilà ce que c'étoit que les lumières
de Sulpice, Chrétiens Auditeurs, elles
ne faisoient point peut-être cette science
si étendue, li variée, de beaucoup de Sçavans
de nos jours , mais elles faisoient
une science utile à son prochain , à luimême
, & sur tout sobre, modeste , s'arrêtant
où elle devoit ; & plut à Dieu que
plusieurs de nos frères n'en eussent point
d'autre , qu'ils fussent & bien plus hum
bles ôc moins curieux, & par là moins
sujets à des égaremens déplorables. Car ,
ô Ciel ! vous confondez le téméraire re
gard qui veut s'élever jusqu'à la hauteuç
inaccessible des trésors de votre sagesse*
Rendez- nous l'heureuse simplicité des pre
miers temps de l'Eglise.'On ne sçavoit pas
disputer, ah I mais on sçavoit obéïr. . . . ,
L'Orateur , après avoir pafl[é avec un
«P*
FEVRIER. i7?ò. if9
írt infini au troisième Chef de sa subdi-,
vision , continue :
Ici, Chrétiens, s'offre un nouveau spec-i
tacle. C'est une aíTemble'e d'esprits violens
& factieux , qui se calme au seul nom de
Sulpice. Le Siège Episcopal e'toit vacant
& le peuple, alors maître du choix de son
Evêque.étok divisé en plusieurs partis qui
«n alloient venir aux mains , si une voix
sortie du milieu de tant de clameurs, n'eût
tout-à-coUp nommé Sulpice. A un nom
si respecté les troubles cessent, les esprits
font d'accord , & cette Assemblée tumul
tueuse , dont les cris differens étoient la
voix de mille passions différentes , devient
eh un moment par la réunion inespérés
de ses suffrages, l'Infcrprete du choix de
Dieu-même. Mais voici un spectacle plus
grand encore } c'est Sulpice qui refuse
d'accepter la dignité sacrée qu'on lui dé
fère ; on le presse & il résiste pour la pre
mière fois à la volonté de son Dieu , mais
remarquez qu'il y résiste dans une occa
sion où il est beau , j'ose le dire , de la
méconnoître .... c'est mériter l'Episcopat
que d'avoir la pieté , la science né
cessaire pour en exercer avec fruit les
fonctions augustes ; le refuser toutefois
par Religion , c'est avoir un mérite aufli
éminent que la place même. .. .
La résistance de Sulpice aux empréssemens
du peuple , venoit de son profond[
*8a MERCURE DE FRANCE,
respect pour la dignité sacrée qu'il mt*
ritoit si parfaitement, il regardok l'Episcopat
comme le caractère le plus auguste, le
plus élevé dont un Chrétien puisse être
revêtu ici bas. Il avoir toujours été parti
culièrement recommandable par son res
pect pour les premiers Oints duSeigneur,
& il vivoit dans un siécle où des discours»
injurieux à leur gloire , étoient un crime
presque inconnu. >
L'Abbé Seguy termine cette première
Partie pat une morale forte & convena
ble., & passe à son second Point , où it
fait voir S. Sulpice soutenant dignement
le poids immense de l'Episcopat»
La plus grande idée qu'on puisse don
ner d'un Ministre du Seigneur, n'ëst pas;
de dire qu'il mérita d'être honoré du ca
ractère Episcopal ; non , quelque grand
que soit un, tel éloge : mais dire qu'ayant
ïeçû ce caractère sacré , il le mérita tou
jours , est la suprême louange. Il y a
Chrétiens entre la gloire d'être élevé pas
fes vertus à une dignité éminente &c celle
d'en remplk parfaitement les devoirs, une
différence qu'il est aisé de sentir.pour peu
qu'on y réfléchisse . ... Audi parmi rant
d'hommes que les suffrages des peuples
élevèrent 3ux places les plus augustes ;
combien en a-t'on vû qui en auroient
toujours paru dignes s'ils ne les eussent
jamais occupées. Sulpice digne de l'Egifç
i
Ê E VRIER. 1730. M
-tèçat y ôc avant d'y parvenir , & après
y êtrcparvenUjjustifia pleinement le choix
de son peuple, & cela par Pesprit de son
gouvernement , par ses travaux , par se*
succès mêmes. '
L'Abbé Seguy, dans le premier mem
bre de cette subdivision , fait voir Pesprit
du gouvernement du S. Evêque comme
nn esprit de bonté , de fermeté, de sagesse,
& il en rapporte entr'autres exemples un
trait de ce S. Pasteur à Poccasion des ve
xations inoiiies & des cruautez qu'exerçoient
certains exacteurs d'un impôt trop
fort qui mettoit le comble à la misère du)
peuple. 1
Sulpice én est témoin', dit Phabile Pa--
-ft-egyriste , & ses entrailles paternelles en
font émues. Il s'adresse avec douceur aux
barbares Officiers , il leur fait la plus tou
chante peinture de Pétat déplorable de
son peuple, il les conjure au nom du Dieu
■ée bonté de cesser d'indignes poursuites,:
qui auiïì bien ne servent qu'à réduire au
plus affreux desespoir une partie de sort
troupeau, & sans doure il leur auroit ins
piré des fentimens plus humains, si de tels
coeurs en eussent été capables. Eh bien ,
cruels ! je me fuis inutilement abbaiffé
jusqu'à la prière -, il ne me reste qu'à vous
lancer les foudres spirituels qui m'ont été
confies. A Dieu ne plaise , que je m'op-
D iiij pose
*#* MERCURE DE FRANCÈ
pose aux ordres du Prince ; ce n'est páS
a vos pareils qu'il est donné de lui être
plus soumis & plus attachez qu'un Evê
que. Mon Rot n'ignore pas mon zele , il
n'ignore que vos cruautez. Je lui écris-,
il nous fera fçavoir sa volonté souverai
ne... Je vous abandonnerai , s'il l'exige,
& le Troupeau & le Pasteur même ; mars
en attendant n'espérez pas que je souffre
votre barbarie 5 je ne verrai point écraser
ainsi mon peuple , dont lés cris me dé
chirent ; percez plutôt ce coeur qui ne peut
vous abandonner.
Fermeté héroïque, Chrétiens Auditeurs,
qui fans une prudence infinie auroit eu-,
je l'avoue , ses dangers ; mais l'esprit de
sagesse égak toûjours en Sulpice l'esprit
de force. Spiritus fortitudinis , fpiritus fa~
■pievtì* & intelleSius. Tandis que par la
vigueur de fa conduite il arrête les per
sécutions des Publicains barbares , il ex
horte d'un autre côté les riches à leur
payer le nouveau tribut , il recommande
vivement au peuple les sentimens d'atta
chement 8c d'obéissance qu'il doit à son
Souverain , il paraît prêt à accabler da
poids de son indignation quiconque óferoit
s'en écarter, & cependant il conjure
celui qui tient en ses mains les coeurs des
Rois-, de lui rendre favorable Dagobert ,
qui avoit succédé à Clouirc.
L'ait
FEVRIER. 1730. igj
L'art avec lequel l'Oratcur entre dans
la seconde partie de sa subdivision, & la
manière dont il décrit les travaux Aposto
liques du saint Evêque , auroient ici leur
place , si on pouvoit abréger cet endroit
sans le gâter. . . .
Que vous dirai-je de plus ? aussi infa
tigable , aussi prompt que plein de zelc ,
occupé sans relâche , íans altération , il
ne l'est que des intérêts du Ciel & du foin
de son Diocèse. U ne tient d'une main qu'à
ses Ouailles & de l'autre qu'à son Dieu.
L'article des succès du saint Evêque est
traité avec la même dignité & le même
feu. La conversion des Juifs de Bourges
faite par son ministère , n'y est pas ou
bliée , & l'Orateur pour relever ce grand
succès , parlant de ['obstination des Juifs
dit ... . malheureuse race , ton aveugle
ment est la peine de tes ingratitudes. C'est'
du trésor de la colère qu'est sortie ton
obstination insensée ; terrible exemple des
vengeances du Seigneur , tu portes im
primez fur toi les signes les plus marquezde
fa colère , & toi feule ne les reconnòfs
pas ; tu gardes chèrement les Livres saints
où fe lit ta condamnation manifeste , &
toi feule ne l'y trouves pas ; tu fers au
monde entier de témoin contre toi-même
& toi feule ne t'en apperçois pas ; & fi
par une eípece de prodige la vérité puis-
, v ; D v saute
i84< MERCURE DE FRANCE;
íante arrache à quelques-uns des tiens le*
fatal bandeau , ne les voit-on pas presquo
toûjours lui enlever peu de temps après
fa victoire ,& lui voiier une haine plus
cruelle que jamais ; ainsi se justifient les
oracles de tesProphetes par qui a été pre'dk
ton endurciflemenr déplorable. \4ais,Chrétiens,
Sulpice devoir avoir la gloire de
triompher de tant d'obstination. Il prêche
donc J. O crucifié à des infortunez qui le
regardent comme un sujet de scandale , iÈ
lutte contre leurs opiniâtres préjugez Sc
il en triomphe. Ce ne font plus ces enne
mis irréconciliables de rHomme-Dieu ;
ce font des vaincus, qui trop contens de
l'être, baignent de larmes de joye les ar
mes qu'ils remettent au vainqueur. Que
j'aime á les voir gémir amoureusement au
pied de>Ja Croix , ils en font le glorieux
& nouveau trophée. Plus de différence:
de culte dans la même Ville. Les enfans
de Sara Sc d'Agar se font réunis. Que les
Esprits Célestes en soient transportez de
joye , que l'Eglise en faíse retenrir ses
Temples de Chanrs d'allegreíse , que la
Îostcrité de ces Esclaves devenus libres en
. Chemise à jamais ta mémoire du siint:
Pasteur lonr Di u s'est íervi pour renou-
Tcller fur letirs pères Sc fur eux ses an
ciennes miséricordes.
S. Sulpice-
LE 1 7. Janvier , P Abbé Seguy , nom
mé par le Roi à- P Abbaye de Gcnlis ,
prononça ce Discoucs dans l'Eglise Parói.'
îul; de S. Suldce, avec uli applau»
diíse.neat universel. Jamais réputation
a'*
FE V R ÏE R. 17% o.
í'k été plus prompte que celle de ce non»
vel Orateur , dont le premier succès a et©'
assez éclatant pour être honoré de Pattendon
8c des récompenses de la Cour^
Le Public échauffé fur ion compte , at- -
tendoit avec impatience ce second Dis
cours » qui a mis , pour ainsi dire , le sceau1
à sa réputation , & avec d'autant plus de
Ì'ustice que son sujet , bien moins favora-
>le que 1c premier, ne pàroiffoit point
susceptible des traits vifs & grands qu'il
lui a prêtez. L'Extrait du Panégyrique d©'
S. Louis a fait? tant de plaisir , qu'on a'
fort souhaité voir aussi celui du Panégy
rique de S.Sulpice, Se nous avons enfin;
obtenu le consentement de M. l'Abbé Se--
guy pour faire usage du secours des Co-j
pistes qui lui ont enlevé son Discours.
-L'Orateur a pris pour Texte ces paroles
de l'Ecclesiastique : Fattum est illi fungi
facerdotin , . .& habere lait ier)* in nomine;
ejus. Voici l'Exorde , à quelques lignes^
près>
Si l'on fçait à travers les expressions
les plus simples pénétrer le sens le plus
élevé , quelles grandes idées se présentent
à ces mots ! Voilà , Chrétiens , un
Eloge digne d'Àaron , qui en est l'ob'jet
& pour dire encore plus , digne de l'Esprit
Saint qui en est l'Auteur. En effet:
loiier un homme d'avoir mérité le Sacer
doce
MERCÙRE Ï>È FÍIANCÉ.
doce & U plénitude du Sacerdoce , qtíî
«st le Pontificat , n'est-ce pas le rôties
d'avoir mérité le plus sublime de rous le»
Ministères, celui de Pacificateur , de Mé
diateur entre Dieu & son Peuple , & quelle
louange pourroit, ce semble , égaler celle
îà , si ce qui suit n'y mettoit le comble
en ajoutant que ce Ministère si auguste^
Aaron l'exerça avec gloire en Israël ,
FaSinm est Mi fungi facerdotio .... &
habere laudem ih nomme ejuù
Cette idée , toute grande qu'elle est y
Chrétiens Auditeurs , l'est-elle trop pour
k sujet qui nous assemble .... Par tout
l'Histoite de fa vie ( de S. Sulpice) m'a
présenté un homme visiblement destinés
pour entrer en part du gouvernement de
l'Eglise ; un homme que la Grâce de Jé
sus- Christ prit soin de préparer dès soit
enfance à la dignité de Pasteur dans l'E
glise; Un homme élevé d'une commune
voix à ce comble d'honneur pour l'édiSfication
& pour l'utilité de PEglise.
C'est à ce point de vûë que m'ont paru se
íapporter toutes les faces sous lesquelles
on peut l'envifager quand j'entre
prends de vous retracer une si belle vie,-
c'est ou comme la préparation la plusparfaite
à la dignité Episcopale , ou com
me l'accomplissement le plus entier des
ieyoiis qui y sont attachez ; car voici et»
FEVRIER. 1730. ìSf
in deux mots le Plan du Discours que je
consacre à la gloire de S. Sulpice. II mé
rita d'être élevé à l'honneur suprême de
l'Episcopar , & il soutint glorieusement
le poids immense de ''Episcopat. FaElum
eft illi fungi Sacerdotio .... & habere
Uudem in nornine ejus.
Dieu immortel , qui n'aliénez jamais»
votre gloire,c'est à vous que se rapportent
fes louanges de vos Saints , & c'est à vous
aussi que se rapporteroient celles d'un
de vos plus dignesMinistres qui m'écoute..
dans ce saint Temple , dont la construc--
fion n'etoit possible qu'à lui seul. Avec
quel zelc vous prépare-t-il une demeure,
pendant qu'un autre Serviteur fidèle que
tous vous êtes choisi dans fa maison , tra
vaille sans relâche à votre gloire j Pon-i
tifc & deffenscur illustre de votre Reli
gion sacrée. Ainsi Moyse executoit le Pla»
de votre auguste Tabernacle, tandis qu'ho
noré du Pontificat, Aaron son frère préíîdoit
à votre culte divin ... Je rentre
dans mon sujet , mais je sens que je n'enpuis
soutenir le poids si Marie ne s'intefefle
à^'entreprise.
Le comprenons-nous ce que c'est que
d'être un des Pasteurs préposez au gou
vernement de l'Eglise que J.C. a acquise
j»ar son Sang ? nous formons-nous une
aslez haute idée de la grandeur de ce Mi
nistère
t7ò MËRCÚRE DE FRANGÉ; .
«istere ? L'Episcopat , Chrétiens , l'Epìs»
copat n'est rien moins que le Tribunal
irréprochable de cette foi , fans laquelle
on ne peut être sauvé ; la succession non
interrompue du pouvoir &é des fonctions
des Apôtres, le complément, la plénitu
de surabondante du caractère conféré aux
autres Ministres de l' Autel , l'autorité dtf
droit ..divin fur les Fidèles & Air les Pré*
tres qui les conduisent , le gage sensible
de l'union de J. C avec son Eglise , la
participation immédiate de la puissance du
Fils de Dieu lui-même, la íourec primi-*
tive du pouvoir de Her & dé délier suc
la Terre , de conférer la Grâce & de la
suspendre* de rendre présente la Victime
adorable ôc de l'immolct!, Quelle dignité
que celle qui réunit en soi de si grandes
choses , mais aussi de la part de notre
Saint, quelle vertu, quelle capacité à
tous égards , quelle répugnance à aceep.
ter tant de grandeur.Pen rendirent digne l
trois principaux chefs dont je fais tout le
fond de cette première Parrîe. Reprenons.
U semble, Chrétiens, que Sulpice ne
pouvoit naturellement échapper au mon»
de,si son cceiK n'eût été spécialement desti
né de Dieu pour être à lui. La Cour , où sa
naissance Cappella dès ses premières an
nées- la Cour est-elle l'ecole ordinaire de
í* vcítu- > Cet âge même où lc coeur tout
m
FEVRIER. 1730. t7t
m bute aux passions , à peine Ce trouva
libre , est peut-être moins dangereux , 8ç
foubliois presque de vous dire que Sul
pice fut au Seigneur dès le point du jour,
itomme parle le Prophète , dès fa jeunesse,
parce que j'ai quelque chose de plus glo
rieux pour lui à vous dire ; c'est qu'il fut
au Seigneur dans des lieux, the'atre uni
versel desfoiblesses & des vanitez humai
nes , à la Cour. Ce n'est donc pas ici ,
Chrétiens 4 une vertu à l'abri des dangers
du siécle ; c'est une vertu à l'épreuvc des
charmes & des engagemens du monde le
plus séduisant, que l'on appelle le grand
monde , une vertu constamment sollicitée
& constamment victorieuse. . . .
L'Abbé Seguy , après avoir mis dans
tout son jour la vertu de S. Sulpice au
milieu des dangers de la Cour , le repré
sente dans fa Retraire domestique , &
voici comment il en parle.
Il quitte donc cette Cour, où il ne
voit aucun des vrais biens qu'il aime,
où font réunis ensemble tous les faus
biens qu'il n'aime pas j il se fait de sa
maison une retraite particulière aussi inr
accessible aux attaques des folles passions
que le fut jamais celle des Hilarions 8c
des Antoines. La solitude Chrétienne ,
mes frères , ne pensez pas qu'il faille ab
solument l'aller cherchée dans l'ornbre
>7* MERCURE DE FRANCE. ...^
-du Cloitre ou dans l'horreur des Déserts.'
,Un coeur tumultueux , plein des ide'es
des engagemens du siécle ne feroit pas
seul dans les Antres profonds de la Thé-
.baïde même. La vraye solitude est souyent
dans un genre de vie retirée , quoiqu'au
milieu du monde , dans les senti-» ,
.mens qui y font conformes dans le coeur,
L'Orateur , en parlant de l'humble
•résistance de S. Sulpice , lorsque son Evo
que voulut l'ordonner Prêrre, dit: T'
Malgte' un attrait naturel pour cet état ,
3e Serviteur de Dieu, par un effet de cette
íhurnilké qui met le comble à sa vertu re
fuse de repondre à un dessein qu'a fait
jiaître sa vertu même, & pour le fairô
passer de l'état laïque à la Cléricature,
de la Cléricature au Sacerdoce , il faut
que le saint Evêque engage les Princes à
íe joindre à lui. C'est ainsi que la mo
destie des Saints leur cache quelquefois
la volonté divine qu'ils adorent , & que
le Ciel fait exécuter fur eux fa volonté
fans rien faire perdre à leur modestie.
Vous résistiez donc en vain , digne Disci
ple de J. C. yous en deviez être le Prêrre ,
parce que vous en fûtes la Victime. Il étoit,
il étoit convenable que vous pussiez osfric
à l'Autel l'Agneau sans tache , vous qui
pouviez vous offrir avec lui. Vous sçaveát .
É?éja ce qu'il fut dans la vie scculkre,Chré.
liens
FEVRIER. 1730. *73
{tiens Auditeurs , jugez de ce qu'il fut dans,
le Sacerdoce. . . Sa vie inspire, persuade
la vertu que respirent tous ses discours 4
íes exemples font citez dans les familles ,
son simple aspect est une leçon , son seul
nom rappelle une idée salutaire. De'ja se
répand le bruit de sa sainteté dans les Pro
vinces voisines. La Cour l'entendir, & le
Prince Religieux qui commandoit alors
à nos Ancêtres , Clotaire II. jetta les yeux
fur le Serviteur de J. C. pour le charger
d'un emploi plus honorable encore par !»
sainteté de ses fonctions , que considérable
par l'accès & le crédit qu'il donnoit au
près du Monarque . • . Mais il s'agissoit
d'engager l'Homme de Dieu à l'accepter
& son Evêque fut intéressé pour cela ; car
Comme ce Prélat n'eût jamais pû fans le
Prince , forcer l'humilité de Sulpice à re
cevoir le Sacerdoce , le Prince n'eut aust|
jamais pû fans lui,forcer la vertu du Saint
à rentrer dans le grand monde. On l'y sic
rentrer. Sulpice reparoît à la Cour & il
l'édisie de nouveau. La Cour , quelques
passions qui y règnent s n'en est pas moins
pleine d'estime pour la vertu , & fans la.
pratiquer mieux que le peuple , elle fçaic
& la connoître mieux & la respecter dar
vantage.
Rien n'est plus beau & plus délicat que
1c Porcraic que fait V dateur de son Saint;
úm
*74 MERCURE DE FRANCE. - "
áans le crédit que lui donnoient fa Char»
,ge de Grand- Aumônier & l 'amitié de Clo-
,«aire.
Clotaire , dit-il , qui lui doit la conser
vation de ses jours , veut qu'il ait aux
affaires une part considérable , qui ne fut
jamaisl'objet de ses voeux... Je reconnois
ici , ô mon Dieu ! un grand exemple de
;la conduite que vous tenez quelquefois
^ur ceux qui vous aiment ; quoiqu'ordinairement
jaloux de les cacher dans le
secret de votre face, cependant pour lc
bien de leurs frères , pour l'honneur mêjne
de la vertu , vous les menez de temps
jcn temps comme par la main fur la Scène
changeante du monde , vous leur faites
trouver grâce devant les Dieux de la
Terre & toujours fur de leur coeur , vous
les prêtez pour récompense aux bons Rois,
À qui ils font nécessaires.
Ensuite l'Abbé Seguy fait voir S. S ulice
attentif dans fa faveur à ménager pou r
a timide vertu la protection du Monar
que , charmé de pouvoir prêter la voix
aux larmes des malheureux , se rendant
cher à sa Nation , comme un autre M ardochée
, & par le charme d'une douceur
toute Chrétienne , trouvant lc secret de
ne mécontenter personne, malgré l'impuissance
, de procurer des grâces à tous,
conduisant & exécutant tout ce qu'il se
propose
t
FEVRIER; 1730. 171
propose par une nouvelle sorte de politi
que., la droiture & la sincérités agissanc
afec zele & avec zele sçlon la science
dans tout ce qui a rapport à la Religion ,
& qui demande l'appui de l'autorité Roya
le pour l'Eglise ; enfin dans une situation
où d'autres sacrifieroient leur ame , ayant
aux yeux des hommes mêmes le mérite
de ne sacrifier que son repos : tel & plus
grand encore par le saint usage de son cré
dit étoit Sulpice, Chr. Aud. & s'il n'est pa»
le seul1 que son Portrait vous représente,
c'est une heureuse ressemblance qui honore
notre siécle. Au reste , il est bon pour votre
instruction , mes Frères , que vous remar
quiez la cause du saint usage que fit Sulpice
de sa faveur à la Cour, & la raison du bon
heur qu'il eut d'y conserver sa vertu dans
tous les temps. Dieu l'y avoit appelle ; &
parce qu'il l'y avoit appelle , il le sauva,
des écueils dangereux contre lesquels onc
brisés mille autres ; parce qu'il l'y avoit
appelle , il le mit au-dessus des foiblesses
ordinaires du sang , il lui fît oublier le
soin de l'élevation des siens & de leur
fortune particulière ; parce qu'il l'y avoie
appelle , bien loin de l'abandonner à l'amour
du plaisir qui y règne , il se servit
de lui pour y confondre les voluptueux
par son exemple ; parce qu'il l'y avoit
a^pellé, il fit faire en lui la voix de la
g cupidit4
íT6 MERCURE DE FRANCeI^I
cupidité , il lui donna ce détachement ÍÎ
nécellâire à qui peut obtenir tout ce qu'il
désire ; parce qu'il l'y avoit appelle , il
lui conserva au milieu de la pompe &c du
luxe de la Cour , un gout constant pour
la simplicité la plus modeste 3, parce qu'il
l'y avoit appellé , il l'entretint au centre
même du grand monde dans un esprit de
retraite qui l'engageoit à se dérober de
temps en temps à la Cour , pour donner
au loin de recueillir son coeur tous les
momens dont il étoit le maître ; parce
qu'il l'y avoit appellé , il justifia fa voca
tion. Ceux que Dieu lui-même expose,,
sont dans le monde fans appartenir au
monde -, Dieu est avec eux , mais aussi
ceux qui s'exposent sans son aveu, y pensent-
ils sérieusement ....
Si Sulpice y eût été porté par ses pro
pres conseils , il y auroit fait infaillible
ment naufrage. La Providence qui veut
peut-êtte tel d'entre vous loin du tumulte
du monde, le voulut long-temps lui au
rnilieu des dangers du siécle , & elle avoit
ses raisons. Ce n'étoit pas fans dessein,
qu'elle l'avoit fait naître avec les avan
tages des richesses & du rang , qu'elle lui
fit passer plusieurs années parmi les déli
ces & les vaihes pompes contre lesquelles
il étoit obligé de se deffendre. Elle le des.
«inpit à remplir dan&son Eglise une place
fEVRIER. 1730. 277:
^ni pour erre sainte , sacrée, de droit di
vin , n'en expose pás moins aux périls in
séparables des grandes places , une place
qu'une vertu à l'épreuve des tentation»
de la grandeur & de l'abondance , est feule
digne de remplir.Car depuis que les Chrér
tiens , trop indignes de leurs premier*
Ancêtres , ont renoncé à cette heureuse
pauvreté qui fut comme le berceau de leuc
Religion , depuis que l'amour des abbaifiemens
a fait place chez eux aux fatales
chimères de l'orgueil, il a fallu appuyer
l'autorité Episcopale de tout ce que l'ofmlence
, le rang ont de plus imposant à
eurs yeux. Sulpice avoit donc beloin d'u
ne vertu, éminente > éprouvée., pour ré
pondre dignement aux desseins de Dieu
fur lui , & vous avez vû si la sienne ne
fut pas telle, in integritate\ mais la vertu
feule n'eût pas suífi sans une capacité pro
portionnée à fa destination , in doftrina...
Il l'avoit , & si vous me demandez com
ment parmi les distractions & tumulte du
siécle il trouva le temps de l'acquerir , je
vous répondrai qu'il le trouva 3 force
d'attention à saisir & à employer des momens
qu'un autre auroit perdus en amufemens
frivoles ou criminels , je vous fe
rai ressouvenir de cette Retraite domcstN
que de plusieurs années où tout son temp»
jgtoit partagé entre Dieu & une étude re-
P i) glce
' ' '
*78 MERCURE D£ FRANCE; .
glée qui avoic rapporc à lui. Lorsqu'il so
faisoit ainsi par principe d'occupation un
fond de saintes connoissances , il ne prêt
voyoit pas qu'il dût un jour par état les
communiquer aux autres ... U n'e'toit pas
moins propre à annoncer les veritez Evan
géliques aux Grands, qu'à instruise les
petits & à cathéchiser les Habitans des
Campagnes , il éclaircuìoit les doutes des
âmes timorées , il assermissoit la foi des
ames foibles , il étoit utile à son Evêque
Blême qui le consultoit. .....
Voilà ce que c'étoit que les lumières
de Sulpice, Chrétiens Auditeurs, elles
ne faisoient point peut-être cette science
si étendue, li variée, de beaucoup de Sçavans
de nos jours , mais elles faisoient
une science utile à son prochain , à luimême
, & sur tout sobre, modeste , s'arrêtant
où elle devoit ; & plut à Dieu que
plusieurs de nos frères n'en eussent point
d'autre , qu'ils fussent & bien plus hum
bles ôc moins curieux, & par là moins
sujets à des égaremens déplorables. Car ,
ô Ciel ! vous confondez le téméraire re
gard qui veut s'élever jusqu'à la hauteuç
inaccessible des trésors de votre sagesse*
Rendez- nous l'heureuse simplicité des pre
miers temps de l'Eglise.'On ne sçavoit pas
disputer, ah I mais on sçavoit obéïr. . . . ,
L'Orateur , après avoir pafl[é avec un
«P*
FEVRIER. i7?ò. if9
írt infini au troisième Chef de sa subdi-,
vision , continue :
Ici, Chrétiens, s'offre un nouveau spec-i
tacle. C'est une aíTemble'e d'esprits violens
& factieux , qui se calme au seul nom de
Sulpice. Le Siège Episcopal e'toit vacant
& le peuple, alors maître du choix de son
Evêque.étok divisé en plusieurs partis qui
«n alloient venir aux mains , si une voix
sortie du milieu de tant de clameurs, n'eût
tout-à-coUp nommé Sulpice. A un nom
si respecté les troubles cessent, les esprits
font d'accord , & cette Assemblée tumul
tueuse , dont les cris differens étoient la
voix de mille passions différentes , devient
eh un moment par la réunion inespérés
de ses suffrages, l'Infcrprete du choix de
Dieu-même. Mais voici un spectacle plus
grand encore } c'est Sulpice qui refuse
d'accepter la dignité sacrée qu'on lui dé
fère ; on le presse & il résiste pour la pre
mière fois à la volonté de son Dieu , mais
remarquez qu'il y résiste dans une occa
sion où il est beau , j'ose le dire , de la
méconnoître .... c'est mériter l'Episcopat
que d'avoir la pieté , la science né
cessaire pour en exercer avec fruit les
fonctions augustes ; le refuser toutefois
par Religion , c'est avoir un mérite aufli
éminent que la place même. .. .
La résistance de Sulpice aux empréssemens
du peuple , venoit de son profond[
*8a MERCURE DE FRANCE,
respect pour la dignité sacrée qu'il mt*
ritoit si parfaitement, il regardok l'Episcopat
comme le caractère le plus auguste, le
plus élevé dont un Chrétien puisse être
revêtu ici bas. Il avoir toujours été parti
culièrement recommandable par son res
pect pour les premiers Oints duSeigneur,
& il vivoit dans un siécle où des discours»
injurieux à leur gloire , étoient un crime
presque inconnu. >
L'Abbé Seguy termine cette première
Partie pat une morale forte & convena
ble., & passe à son second Point , où it
fait voir S. Sulpice soutenant dignement
le poids immense de l'Episcopat»
La plus grande idée qu'on puisse don
ner d'un Ministre du Seigneur, n'ëst pas;
de dire qu'il mérita d'être honoré du ca
ractère Episcopal ; non , quelque grand
que soit un, tel éloge : mais dire qu'ayant
ïeçû ce caractère sacré , il le mérita tou
jours , est la suprême louange. Il y a
Chrétiens entre la gloire d'être élevé pas
fes vertus à une dignité éminente &c celle
d'en remplk parfaitement les devoirs, une
différence qu'il est aisé de sentir.pour peu
qu'on y réfléchisse . ... Audi parmi rant
d'hommes que les suffrages des peuples
élevèrent 3ux places les plus augustes ;
combien en a-t'on vû qui en auroient
toujours paru dignes s'ils ne les eussent
jamais occupées. Sulpice digne de l'Egifç
i
Ê E VRIER. 1730. M
-tèçat y ôc avant d'y parvenir , & après
y êtrcparvenUjjustifia pleinement le choix
de son peuple, & cela par Pesprit de son
gouvernement , par ses travaux , par se*
succès mêmes. '
L'Abbé Seguy, dans le premier mem
bre de cette subdivision , fait voir Pesprit
du gouvernement du S. Evêque comme
nn esprit de bonté , de fermeté, de sagesse,
& il en rapporte entr'autres exemples un
trait de ce S. Pasteur à Poccasion des ve
xations inoiiies & des cruautez qu'exerçoient
certains exacteurs d'un impôt trop
fort qui mettoit le comble à la misère du)
peuple. 1
Sulpice én est témoin', dit Phabile Pa--
-ft-egyriste , & ses entrailles paternelles en
font émues. Il s'adresse avec douceur aux
barbares Officiers , il leur fait la plus tou
chante peinture de Pétat déplorable de
son peuple, il les conjure au nom du Dieu
■ée bonté de cesser d'indignes poursuites,:
qui auiïì bien ne servent qu'à réduire au
plus affreux desespoir une partie de sort
troupeau, & sans doure il leur auroit ins
piré des fentimens plus humains, si de tels
coeurs en eussent été capables. Eh bien ,
cruels ! je me fuis inutilement abbaiffé
jusqu'à la prière -, il ne me reste qu'à vous
lancer les foudres spirituels qui m'ont été
confies. A Dieu ne plaise , que je m'op-
D iiij pose
*#* MERCURE DE FRANCÈ
pose aux ordres du Prince ; ce n'est páS
a vos pareils qu'il est donné de lui être
plus soumis & plus attachez qu'un Evê
que. Mon Rot n'ignore pas mon zele , il
n'ignore que vos cruautez. Je lui écris-,
il nous fera fçavoir sa volonté souverai
ne... Je vous abandonnerai , s'il l'exige,
& le Troupeau & le Pasteur même ; mars
en attendant n'espérez pas que je souffre
votre barbarie 5 je ne verrai point écraser
ainsi mon peuple , dont lés cris me dé
chirent ; percez plutôt ce coeur qui ne peut
vous abandonner.
Fermeté héroïque, Chrétiens Auditeurs,
qui fans une prudence infinie auroit eu-,
je l'avoue , ses dangers ; mais l'esprit de
sagesse égak toûjours en Sulpice l'esprit
de force. Spiritus fortitudinis , fpiritus fa~
■pievtì* & intelleSius. Tandis que par la
vigueur de fa conduite il arrête les per
sécutions des Publicains barbares , il ex
horte d'un autre côté les riches à leur
payer le nouveau tribut , il recommande
vivement au peuple les sentimens d'atta
chement 8c d'obéissance qu'il doit à son
Souverain , il paraît prêt à accabler da
poids de son indignation quiconque óferoit
s'en écarter, & cependant il conjure
celui qui tient en ses mains les coeurs des
Rois-, de lui rendre favorable Dagobert ,
qui avoit succédé à Clouirc.
L'ait
FEVRIER. 1730. igj
L'art avec lequel l'Oratcur entre dans
la seconde partie de sa subdivision, & la
manière dont il décrit les travaux Aposto
liques du saint Evêque , auroient ici leur
place , si on pouvoit abréger cet endroit
sans le gâter. . . .
Que vous dirai-je de plus ? aussi infa
tigable , aussi prompt que plein de zelc ,
occupé sans relâche , íans altération , il
ne l'est que des intérêts du Ciel & du foin
de son Diocèse. U ne tient d'une main qu'à
ses Ouailles & de l'autre qu'à son Dieu.
L'article des succès du saint Evêque est
traité avec la même dignité & le même
feu. La conversion des Juifs de Bourges
faite par son ministère , n'y est pas ou
bliée , & l'Orateur pour relever ce grand
succès , parlant de ['obstination des Juifs
dit ... . malheureuse race , ton aveugle
ment est la peine de tes ingratitudes. C'est'
du trésor de la colère qu'est sortie ton
obstination insensée ; terrible exemple des
vengeances du Seigneur , tu portes im
primez fur toi les signes les plus marquezde
fa colère , & toi feule ne les reconnòfs
pas ; tu gardes chèrement les Livres saints
où fe lit ta condamnation manifeste , &
toi feule ne l'y trouves pas ; tu fers au
monde entier de témoin contre toi-même
& toi feule ne t'en apperçois pas ; & fi
par une eípece de prodige la vérité puis-
, v ; D v saute
i84< MERCURE DE FRANCE;
íante arrache à quelques-uns des tiens le*
fatal bandeau , ne les voit-on pas presquo
toûjours lui enlever peu de temps après
fa victoire ,& lui voiier une haine plus
cruelle que jamais ; ainsi se justifient les
oracles de tesProphetes par qui a été pre'dk
ton endurciflemenr déplorable. \4ais,Chrétiens,
Sulpice devoir avoir la gloire de
triompher de tant d'obstination. Il prêche
donc J. O crucifié à des infortunez qui le
regardent comme un sujet de scandale , iÈ
lutte contre leurs opiniâtres préjugez Sc
il en triomphe. Ce ne font plus ces enne
mis irréconciliables de rHomme-Dieu ;
ce font des vaincus, qui trop contens de
l'être, baignent de larmes de joye les ar
mes qu'ils remettent au vainqueur. Que
j'aime á les voir gémir amoureusement au
pied de>Ja Croix , ils en font le glorieux
& nouveau trophée. Plus de différence:
de culte dans la même Ville. Les enfans
de Sara Sc d'Agar se font réunis. Que les
Esprits Célestes en soient transportez de
joye , que l'Eglise en faíse retenrir ses
Temples de Chanrs d'allegreíse , que la
Îostcrité de ces Esclaves devenus libres en
. Chemise à jamais ta mémoire du siint:
Pasteur lonr Di u s'est íervi pour renou-
Tcller fur letirs pères Sc fur eux ses an
ciennes miséricordes.
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Résumé : EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
Le 17 janvier 1730, l'abbé Seguy, nommé par le roi à l'abbaye de Genlis, prononça un discours panégyrique de Saint Sulpice dans l'église paroissiale de Saint Sulpice, suscitant une admiration universelle. Ce discours confirma sa réputation, déjà établie par un précédent succès. L'extrait du panégyrique de Saint Louis ayant été bien accueilli, le public attendait avec impatience celui de Saint Sulpice. L'abbé Seguy accepta de partager son discours, qui fut publié dans le Mercure de France. L'orateur choisit comme texte les paroles de l'Ecclésiastique : 'Il lui fut donné de remplir l'office de prêtre, et de louer son nom.' Il souligna que louer un homme ayant mérité le sacerdoce et la plénitude du pontificat est le plus sublime des ministères, celui de pacificateur et médiateur entre Dieu et son peuple. Saint Sulpice fut présenté comme un homme destiné au gouvernement de l'Église, préparé dès son enfance à la dignité de pasteur. Le discours se structura autour de deux axes principaux : la préparation parfaite de Saint Sulpice à la dignité épiscopale et l'accomplissement entier des devoirs attachés à cette fonction. L'orateur insista sur la grandeur du ministère épiscopal, qui est le tribunal irréprochable de la foi, la succession des Apôtres, et l'autorité divine sur les fidèles. Saint Sulpice, malgré les dangers et les séductions de la cour, resta fidèle à sa vocation. Il quitta la cour pour une retraite domestique, refusant les honneurs et les passions mondaines. Son évêque et le prince Clotaire II durent insister pour qu'il accepte le sacerdoce et des responsabilités plus importantes. À la cour, il se distingua par sa vertu, son humilité et son zèle pour la religion. L'abbé Seguy conclut en soulignant que Saint Sulpice, appelé par Dieu à la cour, y conserva sa vertu grâce à la protection divine. Il utilisa son crédit pour le bien de l'Église et des malheureux, restant toujours humble et détaché des plaisirs mondains. Le texte traite également de la vie et des vertus de Sulpice, un homme d'Église ayant occupé une place éminente dans son diocèse. Sulpice a passé plusieurs années à se défendre contre les délices et les vaines pompes, tout en remplissant une fonction sacrée et divine dans son Église. Sa vertu, éprouvée par les tentations de la grandeur et de l'abondance, était nécessaire pour répondre aux desseins de Dieu. Sulpice a acquis une capacité proportionnée à sa destination grâce à une attention constante et à une retraite domestique dédiée à l'étude et à la prière. Lorsqu'il a été nommé évêque, Sulpice a refusé la dignité sacrée par humilité, mais il a finalement accepté pour répondre à la volonté divine. Son gouvernement épiscopal était marqué par la bonté, la fermeté et la sagesse. Il a protégé son peuple contre les cruautés des exacteurs d'impôts et a exhorté les riches à payer leurs tributs tout en recommandant l'obéissance au souverain. Sulpice a également mené des travaux apostoliques infatigables, convertissant notamment les Juifs de Bourges. Sa vie et son œuvre ont été marquées par une science utile, sobre et modeste, toujours au service de son prochain et de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 439-446
REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
Début :
Le nom d'Oudard, Monsieur, sur lequel on écrit de Beauvais la Lettre [...]
Mots clefs :
Saint-Oudard, Saint, Évêque, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
REPONSE d'un Chanoine d'A***
à la demande proposée par un Cha
noine de Beauvais fur Saint Oudard.
Lenom ifutle
E nom d'Oudard , Monfieur , fur le
tre qui a été rendue publique dans le fe
cond Volume du Mercure de Decembre
dernier
440 MERCURE DE FRANCE
3
dernier , n'eft point à ce qu'il me parole
une chofe fort difficile à éclaircir . Il
n'eft pas neceffaire d'aller chercher le
fondement où l'origine de ce nom dans
le Pays de Liege , ni dans le Languedoc ,
ce n'eft ni S. Theodart , Evêque de Maftrech
, mort au 7. fiecle , & qui eft nommé
vulgairement S. Dodard , ni le faing
Evêque de Narbonne du même nom ,
mort au 9. qui ont fait naître le nom
fur lequel il paroît qu'on eft en peine.
Ce dernier eft celébre fur tout à Mon
tauban où il déceda. On prononce for
nom en deux fyllabes , & on dit S. Tho
dard , que quelques- uns écrivent mal
Saint Audard. Certe derniere maniere
d'écrire le nom du faint Evêque de Narbonne
, pourroit faire croire que celui
d'Oudard en auroit été formé ; mais
quoiqu'on ait des exemples de noms dont
les peuples ont limé les premieres lettres
& même dans des noms commençans
comme celui de Theodard , je fuis pers
fuadé qu'Oudard ne vient point de Theodard
, inais d'Odon , que c'en eft un derivé
, une espece d'allongement ou d'extenfion
affez femblable à celle des diminutifs
fi ufitez en Italie. La preuve que
je veux en rapporter à la fatisfaction de
M. le Feron , Chanoine de Beauvais ,
fera affez fimple ; je la tire d'un Hiftorien
MARS. 1730 441
rien de Tournay , nommé Heriman , qui
écrivoit au 12. fiecle. Cet Auteur parlant
du celebre Odon , Evêque de Cambray
, mort en l'an 1113. dit que lorfqu'il
étoit encore jeune Profeffeur de Dialectique
dans le Clergé de Tournay , i
compofa quelques Ouvrages , dans lefquels
il ne fe nommoit point Odon ,
quoique ce fut fon veritable nom
mais Odoard ou Odard , fuivant que
tout le monde l'appelloit. Non fe Odonem
, fed ficut tunc ab omnibus vocaba
tur , nominabat Odardum. T. 12. Spicil
p. 361. Ce trait d'Hiftoire nous apprend
qu'il étoit dès-lors de l'ufage vulgaire
de transformer le nom d'Odon , en ce
lui d'Odoard ou Odard . Ce fameux Odon
natif d'Orleans , premierement Profei
feur ou Maître à Toul en Lorraine , &
delà à Tournay , ne dédaigna point de
fe conformer au nom que le peuple lui
avoit donné ; il le conferva fi bien
que Heriman , fon Hiſtorien , l'appelle
prefqu'auffi fouvent Magifter Odardus
que Domnus Odo . Au fond cependant ,
c'étoit un nom qui n'étoit pas rare alors,
& fi cet Ecolâtre de Tournay , depuis
fait Evêque de Cambray , avoit un patron
à honorer dans le nom qu'il por
toit , il pouvoit s'acquitter de ce devoir
envers S. Odon , Abbé de Cluni , mort
plus
442 MERCURE DE FRANCE.
paplus
de cent foixante ans auparavant ,
& qu'on honoroit comme Saint depuis
fort long- tems. C'eft pourquoi , fi M. le
Feron ne juge pas à propos de regarder
le Venerable Odon de Cambray comme
Saint , il peut fe donner la peine de jetter
la vûë fur le jour dont il a datté la
Lettre qu'il vous a écrite ; c'eſt le 18 .
Novembre , propre jour du decès & de
la Fête du grand Saint Odon , Abbé de
Cluny. Voilà , felon moi , fon faint
tron primitif & principal , parceque c'eft
le premier Saint connu du nom d'Odon,
duquel celui d'Odoard n'eft qu'une fimple
modification. C'eft un Saint que tous
ceux qui le mêlent de Plain - chant ou
de Mufique ne devroient pas balancer de
prendre pour leur patron , au lieu d'une
fainte Cecile de quatre jours après , laquelle
ne fut jamais Muficienne , & qui
felon même les Actes qu'on en produit,
avoit une espece d'averfion , ou au moins
une grande indifference pour la Mufique
& les Muficiens , au lieu que S. Odon
étoit veritablement Muficien , grand connoiffeur
en Chant , Infignis Muficus ,
dont on a des Pieces de chant & des Traités
fur le chant. Je n'exclus pas , au refte ,
du Catalogue des Bienheureux l'illuftre
Odon ou Odoard de Cambray , que Molanus
, Docteur de Louvain , a mis dans
lc
·
MARS. 1730 443
le rang des Saints des Pays-Bas ( a ) &
le Pere Mabillon après lui ( b ) difant
qu'on le croit Saint à Cambray ; ce qui
a été fuivi par M. Chaſtelain , Chanoine
de Notre- Dame de Paris qui l'a placé
au 19. Juin dans fon Martyrologe univerfel.
Ceux qui auront la dévotion de
l'invoquer comme Saint , fçauront donc
que fon decès arriva le 19. Juin 113 .
dans l'Abbaye d'Anfchin , proche Douay,
au Diocéſe d'Arras , qu'il y fut inhumé,
& qu'il y repofe encore. Ordinairement
les Chroniques font un peu feches &
arides ; mais celle du Moine Heriman ne
paroît pas avoir ce deffaut . Permettez que
je vous invite à y lire l'Hiftoire de la converfion
de ce celebre perfonnage , Odon , ou
Odoard d'Orleans ; vous y verrez avec
plaifir qu'elle fut operée à l'occafion d'un
Manufcrit des Traités de S. Auguftin
de libero arbitrio , qu'un de fes Ecoliers
avoit apporté en Claffe , qu'il acheta
par pure curiofité , qu'il ouvrit par hazard
au bout d'un certain tems , voulant
faire une explication du quatriéme Livre
de Boece ; qu'en ayant lû deux ou
trois pages , l'éloquence du Saint Docteur
le charma & lui infpira le dégoût
( a ) Natal, Belg
(b ) Annal. Bened. F. S : P• 486,
de
444 MERCURE DE FRANCE.
"
du fiecle, auquel il renonça fi efficacement
qu'il devint le premier Abbé de l'Eglife
de Saint Martin de Tournay dont il avoit
été le reftaurateur. Si Meffieurs Hennequin
viennent de Flandres , ils peuvent
aifément en avoir apporté le nom d'Odoard.
J'ai trouvé le nom d'Odard Hennequin
dans mes collections parmi les
Archidiacres de Puifaye en l'Eglife d'Auxerre.
Jean Baillet , Evêque , decedé en
1513. reçut fon ferment de fidelité ; un
Acte relatif à cette Cerémonie l'appelle
Odardus. Il porte auffi le même nom à
la tête du grand Recueil de Statuts fynodaux
du Diocèle de Troyes qu'il fit
imprimer en 1530. à Troyes , en étant
devenu Evêque après l'avoir été de Senlis.
Et peut être eft- ce par le moyen de
ce perfonnage que le nom d'Oudard a
penetré jufques dans ces pays- ci où quelques
perfonnes le portent encore. ( a )
Ce n'eft pas le feul exemple qu'on a de
noms dont la terminaiſon eft plus ou
moins étendue fuivant la bizarrerie de
l'ufage . On voit à Autun une Eglife ,
& les Reliques d'un faint Evêque de Bâle
& d'Augt , qui eft appellé dans plufieurs
titres Racho , & dans d'autres Rachnasharius
ou Ragnacharius . S. Ouën de
>
( a) à Stignelay bei
Roüen
MARS. 1730. 445
Rouen a été appellé dès fon vivant Dado
& Audoënus . S. Faron de Meaux
Fare & Burgundofaro . Remi d'Auxerre a
été dit tantôt Raimo , & tantôt Remigius.
Ainfi il ne doit pas paroître étonnant
qu'un même perfonnage ait été appellé
par les uns Odo , & par les autres Odoardus.
Peut -être que le Bienheureux Odon
de Cambray étoit de petite ftature ; ce
qui lui auroit fait donner ce nom d'Ou̟-
dard par maniere de diminutif , comme
on dit à Rome S. Carlin , pour fignifier
S. Charles le petit , S. Paulin
pour le petit Saint Paul , S. Antonin
pour le petit S. Antoine , S. Cyprianin ,
pour le petit S. Cyprien , & S. Ambrofin
, pour dire le petit S. Ambroife.
Après tout , quand même ce ne feroit
pas le nom de S. Odon qu'on dut envifager
comme voilé , & caché fous celui
d'Odoard , il n'y auroit pas de difficulté
d'accorder que ceux qui portent
le nom d'Odoard ou bien d'Oudard
n'ont point encore de Saint canonifé pour
patron , & cela ne leur feroit pas fingu
lier. Celui de Ferric que tant d'hommes
illuftres portoient il y a deux & trois
cens ans , fur quel Saint étoit - il fondé
J'en dis de même de ceux de Triftan ,
d'Almaric , Petrarque , Palamedes , Hector
, & même de celui d'Armand . J'ai
?
prouvé
446 MERCURE DE FRANCE:
prouvé il y a quelques années que le nom
latin Armandus , fi on veut le faire venir
de quelque Saint , n'eft autre que
celui de Hartmannus , defiguré par un
Latiniſme venu après coup . ( a ) J'ignorois
alors qu'il y eut en France une Eglife
dediée fous l'invocation de ce Saint.
Mais quoiqu'on affure que le fait foit
réel , cela ne détruit point ma penſée.
J'ai appris que c'eft l'Eglife des Capucins
de Tarafcon en Provence . On y lit ,
à la verité , fur une pierre au dehors
qu'elle eft dediée fub invocatione S. Armandi
; ce fut le Cardinal de Richelieu
qui étant relevé d'une groffe maladie
qu'il avoit euë à Tarafcon , y fit cette
Dédicace. Mais un Curieux qui y paffa
quelques années après , ayant demandé
aux Religieux en quel jour ils faifoient
la Fête de ce Saint , & qui il étoit
ils répondirent qu'ils ne le connoiffoient
pas , qu'ils n'en celébroient aucune Fête,
& qu'ils ne faifoient que celle de la Dédicace
le 3 1.Août. Vous pouvez vous infor
mer fi ce Saint eft plus connu & honoré
en Sorbonne , au Frontifpice de laquelle
fon nom est écrit en gros caracteres ;
J'en doute fort , & je fuis cependant ,
Monfieur , votre & c.
Ce 7. Fevrier 1730:
( a ) Mercure de Fr. Novem. 1795•
à la demande proposée par un Cha
noine de Beauvais fur Saint Oudard.
Lenom ifutle
E nom d'Oudard , Monfieur , fur le
tre qui a été rendue publique dans le fe
cond Volume du Mercure de Decembre
dernier
440 MERCURE DE FRANCE
3
dernier , n'eft point à ce qu'il me parole
une chofe fort difficile à éclaircir . Il
n'eft pas neceffaire d'aller chercher le
fondement où l'origine de ce nom dans
le Pays de Liege , ni dans le Languedoc ,
ce n'eft ni S. Theodart , Evêque de Maftrech
, mort au 7. fiecle , & qui eft nommé
vulgairement S. Dodard , ni le faing
Evêque de Narbonne du même nom ,
mort au 9. qui ont fait naître le nom
fur lequel il paroît qu'on eft en peine.
Ce dernier eft celébre fur tout à Mon
tauban où il déceda. On prononce for
nom en deux fyllabes , & on dit S. Tho
dard , que quelques- uns écrivent mal
Saint Audard. Certe derniere maniere
d'écrire le nom du faint Evêque de Narbonne
, pourroit faire croire que celui
d'Oudard en auroit été formé ; mais
quoiqu'on ait des exemples de noms dont
les peuples ont limé les premieres lettres
& même dans des noms commençans
comme celui de Theodard , je fuis pers
fuadé qu'Oudard ne vient point de Theodard
, inais d'Odon , que c'en eft un derivé
, une espece d'allongement ou d'extenfion
affez femblable à celle des diminutifs
fi ufitez en Italie. La preuve que
je veux en rapporter à la fatisfaction de
M. le Feron , Chanoine de Beauvais ,
fera affez fimple ; je la tire d'un Hiftorien
MARS. 1730 441
rien de Tournay , nommé Heriman , qui
écrivoit au 12. fiecle. Cet Auteur parlant
du celebre Odon , Evêque de Cambray
, mort en l'an 1113. dit que lorfqu'il
étoit encore jeune Profeffeur de Dialectique
dans le Clergé de Tournay , i
compofa quelques Ouvrages , dans lefquels
il ne fe nommoit point Odon ,
quoique ce fut fon veritable nom
mais Odoard ou Odard , fuivant que
tout le monde l'appelloit. Non fe Odonem
, fed ficut tunc ab omnibus vocaba
tur , nominabat Odardum. T. 12. Spicil
p. 361. Ce trait d'Hiftoire nous apprend
qu'il étoit dès-lors de l'ufage vulgaire
de transformer le nom d'Odon , en ce
lui d'Odoard ou Odard . Ce fameux Odon
natif d'Orleans , premierement Profei
feur ou Maître à Toul en Lorraine , &
delà à Tournay , ne dédaigna point de
fe conformer au nom que le peuple lui
avoit donné ; il le conferva fi bien
que Heriman , fon Hiſtorien , l'appelle
prefqu'auffi fouvent Magifter Odardus
que Domnus Odo . Au fond cependant ,
c'étoit un nom qui n'étoit pas rare alors,
& fi cet Ecolâtre de Tournay , depuis
fait Evêque de Cambray , avoit un patron
à honorer dans le nom qu'il por
toit , il pouvoit s'acquitter de ce devoir
envers S. Odon , Abbé de Cluni , mort
plus
442 MERCURE DE FRANCE.
paplus
de cent foixante ans auparavant ,
& qu'on honoroit comme Saint depuis
fort long- tems. C'eft pourquoi , fi M. le
Feron ne juge pas à propos de regarder
le Venerable Odon de Cambray comme
Saint , il peut fe donner la peine de jetter
la vûë fur le jour dont il a datté la
Lettre qu'il vous a écrite ; c'eſt le 18 .
Novembre , propre jour du decès & de
la Fête du grand Saint Odon , Abbé de
Cluny. Voilà , felon moi , fon faint
tron primitif & principal , parceque c'eft
le premier Saint connu du nom d'Odon,
duquel celui d'Odoard n'eft qu'une fimple
modification. C'eft un Saint que tous
ceux qui le mêlent de Plain - chant ou
de Mufique ne devroient pas balancer de
prendre pour leur patron , au lieu d'une
fainte Cecile de quatre jours après , laquelle
ne fut jamais Muficienne , & qui
felon même les Actes qu'on en produit,
avoit une espece d'averfion , ou au moins
une grande indifference pour la Mufique
& les Muficiens , au lieu que S. Odon
étoit veritablement Muficien , grand connoiffeur
en Chant , Infignis Muficus ,
dont on a des Pieces de chant & des Traités
fur le chant. Je n'exclus pas , au refte ,
du Catalogue des Bienheureux l'illuftre
Odon ou Odoard de Cambray , que Molanus
, Docteur de Louvain , a mis dans
lc
·
MARS. 1730 443
le rang des Saints des Pays-Bas ( a ) &
le Pere Mabillon après lui ( b ) difant
qu'on le croit Saint à Cambray ; ce qui
a été fuivi par M. Chaſtelain , Chanoine
de Notre- Dame de Paris qui l'a placé
au 19. Juin dans fon Martyrologe univerfel.
Ceux qui auront la dévotion de
l'invoquer comme Saint , fçauront donc
que fon decès arriva le 19. Juin 113 .
dans l'Abbaye d'Anfchin , proche Douay,
au Diocéſe d'Arras , qu'il y fut inhumé,
& qu'il y repofe encore. Ordinairement
les Chroniques font un peu feches &
arides ; mais celle du Moine Heriman ne
paroît pas avoir ce deffaut . Permettez que
je vous invite à y lire l'Hiftoire de la converfion
de ce celebre perfonnage , Odon , ou
Odoard d'Orleans ; vous y verrez avec
plaifir qu'elle fut operée à l'occafion d'un
Manufcrit des Traités de S. Auguftin
de libero arbitrio , qu'un de fes Ecoliers
avoit apporté en Claffe , qu'il acheta
par pure curiofité , qu'il ouvrit par hazard
au bout d'un certain tems , voulant
faire une explication du quatriéme Livre
de Boece ; qu'en ayant lû deux ou
trois pages , l'éloquence du Saint Docteur
le charma & lui infpira le dégoût
( a ) Natal, Belg
(b ) Annal. Bened. F. S : P• 486,
de
444 MERCURE DE FRANCE.
"
du fiecle, auquel il renonça fi efficacement
qu'il devint le premier Abbé de l'Eglife
de Saint Martin de Tournay dont il avoit
été le reftaurateur. Si Meffieurs Hennequin
viennent de Flandres , ils peuvent
aifément en avoir apporté le nom d'Odoard.
J'ai trouvé le nom d'Odard Hennequin
dans mes collections parmi les
Archidiacres de Puifaye en l'Eglife d'Auxerre.
Jean Baillet , Evêque , decedé en
1513. reçut fon ferment de fidelité ; un
Acte relatif à cette Cerémonie l'appelle
Odardus. Il porte auffi le même nom à
la tête du grand Recueil de Statuts fynodaux
du Diocèle de Troyes qu'il fit
imprimer en 1530. à Troyes , en étant
devenu Evêque après l'avoir été de Senlis.
Et peut être eft- ce par le moyen de
ce perfonnage que le nom d'Oudard a
penetré jufques dans ces pays- ci où quelques
perfonnes le portent encore. ( a )
Ce n'eft pas le feul exemple qu'on a de
noms dont la terminaiſon eft plus ou
moins étendue fuivant la bizarrerie de
l'ufage . On voit à Autun une Eglife ,
& les Reliques d'un faint Evêque de Bâle
& d'Augt , qui eft appellé dans plufieurs
titres Racho , & dans d'autres Rachnasharius
ou Ragnacharius . S. Ouën de
>
( a) à Stignelay bei
Roüen
MARS. 1730. 445
Rouen a été appellé dès fon vivant Dado
& Audoënus . S. Faron de Meaux
Fare & Burgundofaro . Remi d'Auxerre a
été dit tantôt Raimo , & tantôt Remigius.
Ainfi il ne doit pas paroître étonnant
qu'un même perfonnage ait été appellé
par les uns Odo , & par les autres Odoardus.
Peut -être que le Bienheureux Odon
de Cambray étoit de petite ftature ; ce
qui lui auroit fait donner ce nom d'Ou̟-
dard par maniere de diminutif , comme
on dit à Rome S. Carlin , pour fignifier
S. Charles le petit , S. Paulin
pour le petit Saint Paul , S. Antonin
pour le petit S. Antoine , S. Cyprianin ,
pour le petit S. Cyprien , & S. Ambrofin
, pour dire le petit S. Ambroife.
Après tout , quand même ce ne feroit
pas le nom de S. Odon qu'on dut envifager
comme voilé , & caché fous celui
d'Odoard , il n'y auroit pas de difficulté
d'accorder que ceux qui portent
le nom d'Odoard ou bien d'Oudard
n'ont point encore de Saint canonifé pour
patron , & cela ne leur feroit pas fingu
lier. Celui de Ferric que tant d'hommes
illuftres portoient il y a deux & trois
cens ans , fur quel Saint étoit - il fondé
J'en dis de même de ceux de Triftan ,
d'Almaric , Petrarque , Palamedes , Hector
, & même de celui d'Armand . J'ai
?
prouvé
446 MERCURE DE FRANCE:
prouvé il y a quelques années que le nom
latin Armandus , fi on veut le faire venir
de quelque Saint , n'eft autre que
celui de Hartmannus , defiguré par un
Latiniſme venu après coup . ( a ) J'ignorois
alors qu'il y eut en France une Eglife
dediée fous l'invocation de ce Saint.
Mais quoiqu'on affure que le fait foit
réel , cela ne détruit point ma penſée.
J'ai appris que c'eft l'Eglife des Capucins
de Tarafcon en Provence . On y lit ,
à la verité , fur une pierre au dehors
qu'elle eft dediée fub invocatione S. Armandi
; ce fut le Cardinal de Richelieu
qui étant relevé d'une groffe maladie
qu'il avoit euë à Tarafcon , y fit cette
Dédicace. Mais un Curieux qui y paffa
quelques années après , ayant demandé
aux Religieux en quel jour ils faifoient
la Fête de ce Saint , & qui il étoit
ils répondirent qu'ils ne le connoiffoient
pas , qu'ils n'en celébroient aucune Fête,
& qu'ils ne faifoient que celle de la Dédicace
le 3 1.Août. Vous pouvez vous infor
mer fi ce Saint eft plus connu & honoré
en Sorbonne , au Frontifpice de laquelle
fon nom est écrit en gros caracteres ;
J'en doute fort , & je fuis cependant ,
Monfieur , votre & c.
Ce 7. Fevrier 1730:
( a ) Mercure de Fr. Novem. 1795•
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Résumé : REPONSE d'un Chanoine d' A*** à la demande proposée par un Chanoine de Beauvais sur Saint Oudard.
Le texte est une réponse d'un chanoine d'A*** à une demande d'un chanoine de Beauvais concernant l'origine du nom 'Oudard'. L'auteur affirme que ce nom n'est pas difficile à éclaircir et ne provient ni du Pays de Liège ni du Languedoc. Il n'est pas non plus lié à Saint Theodart, évêque de Maestricht, ni à l'évêque de Narbonne du même nom. Selon l'auteur, le nom 'Oudard' dérive plutôt d'Odon, un dérivé ou une extension similaire aux diminutifs italiens. Cette conclusion est appuyée par un historien de Tournay, Heriman, qui écrivait au XIIe siècle. Heriman mentionne qu'Odon, évêque de Cambray, était souvent appelé Odoard ou Odard par le peuple. Odon, natif d'Orléans, utilisait ce nom sans le rejeter, et son historien le nommait fréquemment 'Magister Odardus'. Le texte souligne également que le nom 'Oudard' pourrait avoir été introduit en France par des personnes venues de Flandres, comme les Hennequin. L'auteur cite plusieurs exemples de noms dont la terminaison varie selon l'usage, comme Saint Racho ou Saint Ouën. Il conclut en affirmant que les personnes portant le nom 'Oudard' n'ont pas de saint canonisé comme patron, et que cela n'est pas exceptionnel, citant d'autres noms similaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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