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1
p. 168-187
« Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Début :
Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...]
Mots clefs :
Bretonne, Étranger, Jalousie, Belles, Rivales, Qu'en dira-t-on, Vertu, Plaisirs, Mari, Opéra, Divertissement, Rendez-vous, Tête à tête
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texteReconnaissance textuelle : « Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Une Marquiſe du plus haut rang ( il en eft de toutesles ſor- tes ) mariée depuis fix ans àun des Principaux Officiers d'un fortgrandPrince , auroit d'affez méchantes heures à paffer par les frequens ſujets qu'il luydon- nede jalousie , fi elle n'avoit la prudence d'accommoder fon cœur à laneceffité deſa fortune.
Ce n'eſt pas qu'il n'
dreffe
'ait de laten-
&une confideration
toute particuliere pour elle ,
mais il ſe laiffe entraîner à un
penchant coquetqu'il ne ſcau- roit'vaincre , & quoy qu'il ne foit pas fort jeune, il est telle- ment ne avec la Galanterie ,
qu'il n'a pu s'en défaire par le Sacrement. Il fautqu'ilvoye les
GALANT. III
Belles. H les régale , les mene à
la Comédie & à l'Opéra , leur donnedes rétes ; &la fage маг- quife , qui ſçait combien l'éclat eſtdangereux avec un mary fur ces fortes de commerces , na
point trouvé de meilleur party à
prendre que celuydien plaifanı ter,&de ſe divertir de ſes Rivales, quandelle en peutdécou- vrir l'intrigue. Le Marquis, qui commence déja à grifonner , a
fait habitude depuis peu avec
tune aimable Bretonne , qui eft venue icy poursuivreun Procés avecſonMary. LaBelle est une de ces Femmes qui ne veulent point eſtre aimées àpetit bruit,
qui trouvent dela gloiredans le fracas , &qui aiment mieux en- tendre dire unpeu de mal d'el les ,quede n'enpoint faire par- ler. Elle n'est pas la ſeulede ce
W
112 LE MERCVRE
caractere , & nous en voyons .
tous les jours quiſemettent peu en peine du Qu'en dira-t-on pourveu qu'elles ſe puiſſent ju- ſtifier àelles-même du coſté de
leur vertu. Les apparences ſont contreelles tant qu'il vous plai- na,l'innocencedeleurs intrigues eſt untémoignage qui les fatis- fait , &n'ayant riende honteux àfe reprocher, ellespretendent que c'eſt une folie de s'aſſujet tir à vivre ſelon le caprice des Sots , qui fans vouloir penetrer les chofes, ne conſultent que leurmalignité dans le jugement qu'ils en font. Voilà l'humeur
delabelleBretonne. Le faſteluy plaift , & elle ne haït pas les Connoiſſancesd'éclat on abeau
en médire , il ſuffit qu'elle foir contented'elle-meſme,pourne pas renoncer aux plaiſirs qu'elle
GALANT. 113
5
J
s'en fait. Vne Viſite du grand
air la rejoüit ; &comme leMar- quis fait affez bonne figure à la Cour , elle s'accommoderoit
fortdes fiennes , fi enles faiſant
trop longues , il ne rompoit pas les meſures qu'elle prend pour ménager trois ou quatreProte- ſtans dont elle aime àſe divertir. Elle en a un Conſeiller , un
autrede profeffion de Bel Efprit (car il luy faut de tout ) & elle trouve moyen de rendre leurs pretentions comptables avec les foins d'unEtranger,dontla fina- ce &l'équipage luy font quel- quefois d'un fortgrand fecours.
LeMary n'y trouve rien àdire.Il aun Procés,qui luy tient plus an cœur que ſa Femme. Les fortes
Sollicitations font des abondan -
ces de Droit , qui ne ſe doivent
jamais negliger ; & de quelque
114 LE MERCVRE maniere que ce puiſſe eſtre,
quandonades lugesàfaire voir,
il est bon de ſe faire desAmis.
Le Marquis n'eut pas veutrois fois la Belle Bretonne , que la Marquiſeſa femme en fut aver- tie. Elle voulutvoir fi elle eſtoir
dignedes affiduitez defonMary,
ſe la fit montrer à l'Eglife , luy trouva de la Beauté ,&jugeant par les agrémens de ſa perſonne que l'attachement du Marquis pourroit avoir de la fuite,elle ne fongea plus qu'à sinformer à
fondde l'efprit &de la condui- te de fa nouvelle Rivale. Elle
'n'eut pas de peine à découvrir ſes habitudes. On luy nommma fur tout l'Etranger,qui luy eſtoit déja connu par la grande dé- penfe , qu'on luy voyoit faire.
Cet éclairciſſement ne luy fuffit pas. Elle pratiqua des Eſpions,
14
-
GALANT. τις qui la ſervirent fi fidellement,
qu'il ne ſe paſſoit plus rien chez la belle Bretonne,dont elle n'eût auſſi-tôt avis. Elle ſcavoit toutes les Viſites que luy rendoit fon Mary,les heures qu'elle mé- nageoit pour le Confeiller,& les teſte-à-teſte que l'Etranger en obtenoit. Sur ces lumieres elle
mouroitd'enviede trouver cette
Rivale en lieu où feignantdene la point connoiſtre , elle puſt luy rendre une partie du cha- grin qu'elle luy cauſoit. L'occa- fion s'en offrit parune rencon- tre fort inopinée. LaMarquiſe ſçavoit que fon Mary avoit re- tenu la Loge du Roy à l'Opéra,
quand ſes Efpions luy viennent dire que la belle Bretonne y al- loit auſſi ,ſans qu'ils euſſent pû découvrir avec qui. La Loge loüée par le Marquisneluyper
116 LE MERCURE
met point de douterque ce ne foit elle qu'il y mene. Elleveut eſtre témoin de ſes manieres
avec elle pendantce Divertiſſe -
ment. La choſe ne luy eſt pas difficile. Elle prendunhabit ne- gligé ;&avecuneſeule ſuivan- te ,elle fe fait ouvrir les troiſie- mes Loges , oppoſées àcelle ou devoit eſtre ſon Mary.. Elle y
trouve un Laquais qui gardoit desPlaces , reconnoiſt ſa livrée;
& s'imaginant qu'il y avoit de l'Avanture,parce que la précau- tionde les faire retenir au troifiéme rang,eſtoit une marque de Rédez-vous,elle prend les fien- nes ſurle méme Banc,&obferve
avecgrand foin ceux qui vien
nent unmoment apres occuper les autres. C'eſtoit l'Etranger avec une Dame , qui ayant ofté deux ou trois fois ſonLoup,tant
GALAN T. 117
E
1
acauſe de l'obſcurité du lieu ,
que dans la penſée qu'elle eût que rien ne luy devoit eſtre ſuſ- pect aux troiſiemes Loges , fit connoiſtre àlaMarquiſe.qu'elle avoit auprésd'elle cette meſme Bretonne , pour quielle croyoit que ſon Mary eût fait garder la Loge du Roy. L'occaſion eſtoit trop favorable pour n'en pas profiter. La Marquiſe demeure maſquée, les laifle joüir quelque moment du teſte-à-teſte , &fe
metenfin adroitemet dela converſation furdes matieres indifferentes. On commenced'allumer les chandelles , on ouvre
la Loge du Roy, le Marquisy
entre avec des Dames qu'il fait placer ; & l'Etranger l'ayant nommé d'abord , & adjoûte qu'il falloit qu'il fuſt toûjours avec les Belles , la Marquiſe
118 LE MERCVRE.
prend la parole , &dit qu'il y .
auroit dequoy faire unVolume de ſes differentes intriguesd'A- mour, fi on les ſçavoit auſſi par- ticulierement qu'elle. En mef- me temps elle commence l'Hi- ſtoire de deux ou trois Femmes, que labelle Bretonne n'é- toit pas fâchée d'écouter , s'i- maginant qu'elle ne viendroit pasjuſqu'àelle,ou que du moins elle ne parleroit que de quel- ques Viſites , qui ne devoient pas avoir fait grand bruit dans le monde. Cependant laMar- quiſe qui avoit ſon but , la vo- yant rire de quelque Avantu- re de fon Mary: ce qu'il ya de plaifant , pourſuit-elle , c'eſt que le bon Marquis , qui donne à
tout,aquité la Cour pourla Pro- vince ; c'eſt àdire qu'il fait pre- fentemet ſon quartier chezMa-
GALANT. : 419
10
16
dame de ***. C'eſt une Bretonne qui a des Amans de toute eſpece , qui les ménage tous àla fois , & qui entr'autres fait fa Dupe d'un Etranger , qu'on tient d'ailleurs honneſte Hom
me , & qui merireroit biende ne pas mettre , comme il fait , ſa tendreſſe à fonds perdu avec uneBelle , qui en aimant d'au- tres queluy,nele confidereque pourla dépenſe qu'il faitauprés d'elle. La Bretonne deſeſperée de ce commencement interrompt la marquiſe , &tâche à
tourner lediſcours ſur l'Opéra.
Mais elle a beau faire, l'Etranger qui eſt bien-aiſedes'éclaircirde cequile regarde,la priede con- tinuer , & malgré les interru- ptions de ſaRivale, la marquiſe informée de toute ſa conduite
par ſes Eſpions , n'oublie rien
د
420 LE MERCVRE
decequiluy eſt arrivé. L'Etran gerconnoîtparlàque quand el- le a quelquefois refusé de paf- ſer l'apreſdînée avec luy , c'eſt parce qu'elle l'avoit déja promi- ſe àunautre, &qu'elle neluy eſt venuë parler depuis huit jours dans ſon Anti-chambre, d'où elle avoitgrandhaſte de le conge- dier, que pour l'empeſcher de voir qu'elle dînoit teſte-à-teſte avec le marquis en l'abſence de ſon Mary. Toutes ces particula- ritez mettent la Bretonne dans
la derniere ſurpriſe , elle croit que le lieu où ils font , donne l'eſprit de Prophetie ou de Re- velation ; & l'Opéra commen- çant , elle feint de l'écouter ,
mais apparemment elle n'eſtoit pas fort en eftat de juger de la bonté de la muſique. La Mar- quiſe fort contente du rôle qu'- elle
i GALANT. 2
3
-
elle avoit joué , s'échapa avant la fin du cinquiéme Acte. Il eſt à croire que l'Etranger,qui étoit demeuré fort réveurdepuisl'ine ſtruction qu'il avoit reçeu,ditde bonnes choſes à la Bretonne
aprés le départ de la marquiſe.
On a ſçeu depuis, qu'ils avoient rompu enſemble , & voila com-- me quelquefois un Rendez- vous de teſte à teſte produn des effets tous contraires à cequ'on s'en promet
Ce n'eſt pas qu'il n'
dreffe
'ait de laten-
&une confideration
toute particuliere pour elle ,
mais il ſe laiffe entraîner à un
penchant coquetqu'il ne ſcau- roit'vaincre , & quoy qu'il ne foit pas fort jeune, il est telle- ment ne avec la Galanterie ,
qu'il n'a pu s'en défaire par le Sacrement. Il fautqu'ilvoye les
GALANT. III
Belles. H les régale , les mene à
la Comédie & à l'Opéra , leur donnedes rétes ; &la fage маг- quife , qui ſçait combien l'éclat eſtdangereux avec un mary fur ces fortes de commerces , na
point trouvé de meilleur party à
prendre que celuydien plaifanı ter,&de ſe divertir de ſes Rivales, quandelle en peutdécou- vrir l'intrigue. Le Marquis, qui commence déja à grifonner , a
fait habitude depuis peu avec
tune aimable Bretonne , qui eft venue icy poursuivreun Procés avecſonMary. LaBelle est une de ces Femmes qui ne veulent point eſtre aimées àpetit bruit,
qui trouvent dela gloiredans le fracas , &qui aiment mieux en- tendre dire unpeu de mal d'el les ,quede n'enpoint faire par- ler. Elle n'est pas la ſeulede ce
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112 LE MERCVRE
caractere , & nous en voyons .
tous les jours quiſemettent peu en peine du Qu'en dira-t-on pourveu qu'elles ſe puiſſent ju- ſtifier àelles-même du coſté de
leur vertu. Les apparences ſont contreelles tant qu'il vous plai- na,l'innocencedeleurs intrigues eſt untémoignage qui les fatis- fait , &n'ayant riende honteux àfe reprocher, ellespretendent que c'eſt une folie de s'aſſujet tir à vivre ſelon le caprice des Sots , qui fans vouloir penetrer les chofes, ne conſultent que leurmalignité dans le jugement qu'ils en font. Voilà l'humeur
delabelleBretonne. Le faſteluy plaift , & elle ne haït pas les Connoiſſancesd'éclat on abeau
en médire , il ſuffit qu'elle foir contented'elle-meſme,pourne pas renoncer aux plaiſirs qu'elle
GALANT. 113
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s'en fait. Vne Viſite du grand
air la rejoüit ; &comme leMar- quis fait affez bonne figure à la Cour , elle s'accommoderoit
fortdes fiennes , fi enles faiſant
trop longues , il ne rompoit pas les meſures qu'elle prend pour ménager trois ou quatreProte- ſtans dont elle aime àſe divertir. Elle en a un Conſeiller , un
autrede profeffion de Bel Efprit (car il luy faut de tout ) & elle trouve moyen de rendre leurs pretentions comptables avec les foins d'unEtranger,dontla fina- ce &l'équipage luy font quel- quefois d'un fortgrand fecours.
LeMary n'y trouve rien àdire.Il aun Procés,qui luy tient plus an cœur que ſa Femme. Les fortes
Sollicitations font des abondan -
ces de Droit , qui ne ſe doivent
jamais negliger ; & de quelque
114 LE MERCVRE maniere que ce puiſſe eſtre,
quandonades lugesàfaire voir,
il est bon de ſe faire desAmis.
Le Marquis n'eut pas veutrois fois la Belle Bretonne , que la Marquiſeſa femme en fut aver- tie. Elle voulutvoir fi elle eſtoir
dignedes affiduitez defonMary,
ſe la fit montrer à l'Eglife , luy trouva de la Beauté ,&jugeant par les agrémens de ſa perſonne que l'attachement du Marquis pourroit avoir de la fuite,elle ne fongea plus qu'à sinformer à
fondde l'efprit &de la condui- te de fa nouvelle Rivale. Elle
'n'eut pas de peine à découvrir ſes habitudes. On luy nommma fur tout l'Etranger,qui luy eſtoit déja connu par la grande dé- penfe , qu'on luy voyoit faire.
Cet éclairciſſement ne luy fuffit pas. Elle pratiqua des Eſpions,
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GALANT. τις qui la ſervirent fi fidellement,
qu'il ne ſe paſſoit plus rien chez la belle Bretonne,dont elle n'eût auſſi-tôt avis. Elle ſcavoit toutes les Viſites que luy rendoit fon Mary,les heures qu'elle mé- nageoit pour le Confeiller,& les teſte-à-teſte que l'Etranger en obtenoit. Sur ces lumieres elle
mouroitd'enviede trouver cette
Rivale en lieu où feignantdene la point connoiſtre , elle puſt luy rendre une partie du cha- grin qu'elle luy cauſoit. L'occa- fion s'en offrit parune rencon- tre fort inopinée. LaMarquiſe ſçavoit que fon Mary avoit re- tenu la Loge du Roy à l'Opéra,
quand ſes Efpions luy viennent dire que la belle Bretonne y al- loit auſſi ,ſans qu'ils euſſent pû découvrir avec qui. La Loge loüée par le Marquisneluyper
116 LE MERCURE
met point de douterque ce ne foit elle qu'il y mene. Elleveut eſtre témoin de ſes manieres
avec elle pendantce Divertiſſe -
ment. La choſe ne luy eſt pas difficile. Elle prendunhabit ne- gligé ;&avecuneſeule ſuivan- te ,elle fe fait ouvrir les troiſie- mes Loges , oppoſées àcelle ou devoit eſtre ſon Mary.. Elle y
trouve un Laquais qui gardoit desPlaces , reconnoiſt ſa livrée;
& s'imaginant qu'il y avoit de l'Avanture,parce que la précau- tionde les faire retenir au troifiéme rang,eſtoit une marque de Rédez-vous,elle prend les fien- nes ſurle méme Banc,&obferve
avecgrand foin ceux qui vien
nent unmoment apres occuper les autres. C'eſtoit l'Etranger avec une Dame , qui ayant ofté deux ou trois fois ſonLoup,tant
GALAN T. 117
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acauſe de l'obſcurité du lieu ,
que dans la penſée qu'elle eût que rien ne luy devoit eſtre ſuſ- pect aux troiſiemes Loges , fit connoiſtre àlaMarquiſe.qu'elle avoit auprésd'elle cette meſme Bretonne , pour quielle croyoit que ſon Mary eût fait garder la Loge du Roy. L'occaſion eſtoit trop favorable pour n'en pas profiter. La Marquiſe demeure maſquée, les laifle joüir quelque moment du teſte-à-teſte , &fe
metenfin adroitemet dela converſation furdes matieres indifferentes. On commenced'allumer les chandelles , on ouvre
la Loge du Roy, le Marquisy
entre avec des Dames qu'il fait placer ; & l'Etranger l'ayant nommé d'abord , & adjoûte qu'il falloit qu'il fuſt toûjours avec les Belles , la Marquiſe
118 LE MERCVRE.
prend la parole , &dit qu'il y .
auroit dequoy faire unVolume de ſes differentes intriguesd'A- mour, fi on les ſçavoit auſſi par- ticulierement qu'elle. En mef- me temps elle commence l'Hi- ſtoire de deux ou trois Femmes, que labelle Bretonne n'é- toit pas fâchée d'écouter , s'i- maginant qu'elle ne viendroit pasjuſqu'àelle,ou que du moins elle ne parleroit que de quel- ques Viſites , qui ne devoient pas avoir fait grand bruit dans le monde. Cependant laMar- quiſe qui avoit ſon but , la vo- yant rire de quelque Avantu- re de fon Mary: ce qu'il ya de plaifant , pourſuit-elle , c'eſt que le bon Marquis , qui donne à
tout,aquité la Cour pourla Pro- vince ; c'eſt àdire qu'il fait pre- fentemet ſon quartier chezMa-
GALANT. : 419
10
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dame de ***. C'eſt une Bretonne qui a des Amans de toute eſpece , qui les ménage tous àla fois , & qui entr'autres fait fa Dupe d'un Etranger , qu'on tient d'ailleurs honneſte Hom
me , & qui merireroit biende ne pas mettre , comme il fait , ſa tendreſſe à fonds perdu avec uneBelle , qui en aimant d'au- tres queluy,nele confidereque pourla dépenſe qu'il faitauprés d'elle. La Bretonne deſeſperée de ce commencement interrompt la marquiſe , &tâche à
tourner lediſcours ſur l'Opéra.
Mais elle a beau faire, l'Etranger qui eſt bien-aiſedes'éclaircirde cequile regarde,la priede con- tinuer , & malgré les interru- ptions de ſaRivale, la marquiſe informée de toute ſa conduite
par ſes Eſpions , n'oublie rien
د
420 LE MERCVRE
decequiluy eſt arrivé. L'Etran gerconnoîtparlàque quand el- le a quelquefois refusé de paf- ſer l'apreſdînée avec luy , c'eſt parce qu'elle l'avoit déja promi- ſe àunautre, &qu'elle neluy eſt venuë parler depuis huit jours dans ſon Anti-chambre, d'où elle avoitgrandhaſte de le conge- dier, que pour l'empeſcher de voir qu'elle dînoit teſte-à-teſte avec le marquis en l'abſence de ſon Mary. Toutes ces particula- ritez mettent la Bretonne dans
la derniere ſurpriſe , elle croit que le lieu où ils font , donne l'eſprit de Prophetie ou de Re- velation ; & l'Opéra commen- çant , elle feint de l'écouter ,
mais apparemment elle n'eſtoit pas fort en eftat de juger de la bonté de la muſique. La Mar- quiſe fort contente du rôle qu'- elle
i GALANT. 2
3
-
elle avoit joué , s'échapa avant la fin du cinquiéme Acte. Il eſt à croire que l'Etranger,qui étoit demeuré fort réveurdepuisl'ine ſtruction qu'il avoit reçeu,ditde bonnes choſes à la Bretonne
aprés le départ de la marquiſe.
On a ſçeu depuis, qu'ils avoient rompu enſemble , & voila com-- me quelquefois un Rendez- vous de teſte à teſte produn des effets tous contraires à cequ'on s'en promet
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Résumé : « Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Le texte raconte l'histoire d'une marquise mariée depuis six ans à un officier principal d'un grand prince. Bien que son mari lui porte affection, il est souvent sujet à des accès de jalousie en raison de son penchant pour la galanterie. La marquise, consciente des dangers de l'éclat dans de tels commerces, décide de se divertir de ses rivales lorsqu'elle en découvre l'intrigue. Le mari de la marquise, le marquis, entretient une relation avec une belle Bretonne venue à la cour pour un procès. Cette femme, qui aime l'éclat et la gloire, ne se soucie pas du qu'en-dira-t-on tant qu'elle peut se justifier à ses propres yeux. Elle fréquente plusieurs amants, dont un conseiller, un bel esprit, et un étranger fortuné. Informée de cette liaison par des espions, la marquise cherche à se venger. Elle découvre que la Bretonne assistera à l'opéra dans la loge du roi, retenue par son mari. Déguisée, elle se place dans une loge opposée et observe la Bretonne en compagnie de l'étranger. Lors de l'entracte, elle engage la conversation et révèle publiquement les infidélités de la Bretonne, mettant en lumière ses différentes liaisons. La Bretonne, désespérée, tente de changer de sujet, mais l'étranger insiste pour en savoir plus. La marquise, bien informée par ses espions, détaille les aventures de la Bretonne, qui finit par être profondément humiliée. La marquise quitte l'opéra avant la fin de la représentation, laissant la Bretonne et l'étranger dans l'embarras.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 207-208
POUR MADAME LA MARESCHALE DE CLEREMBAUT.
Début :
Mareschale de Clerembaut, [...]
Mots clefs :
Vertu, Maréchale de Clérembaut, Amour, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR MADAME LA MARESCHALE DE CLEREMBAUT.
POVR MADAME
MARESCHALE
CLEREMBAUT..
MArefchale deClerembaut,
Vous portez la vertu fi baut ,
Quel Amouren est en colere.
Ils'en plaignit l'autrejour àſa
Mere,
Elle luy dit ; mon Fils , chacun a
Son defaut,
Cette vertu pourtant afait tombersur elle
L'heureux cho'x dont la gloire estoit deuë àfonZele,
Choix qui mit en ses mains le Charmede la Cour ,
CettePrinceſſeſansſeconde ,
Dont les yeuxpourront bien un
jour
Niij
10 LE MERCVRE
Tefoûmettre le Fils duplus grand Roydumonde.
QuantàlaMareſchale, en vain
dela toucher
Tu crois l'avantagepoßible..
Son cœur est un rocher
Qui fut toûjours inacceßible.
L'Amour à cediscours luy répondit; Et bien
Ie consens qu'ellesoit inſenſible à
ma flame ,
Mais qu'elle aille du tout au rië,
Iene le puisfouffrir;tout au moins quefon ame Soit tendre àla pitié,
Puis qu'on le peutfans blâme.. Leſuis de fon avis , &j'espere ,
Madame,
Quej'auray furcepie Quelquepartà vostre amitié.
MARESCHALE
CLEREMBAUT..
MArefchale deClerembaut,
Vous portez la vertu fi baut ,
Quel Amouren est en colere.
Ils'en plaignit l'autrejour àſa
Mere,
Elle luy dit ; mon Fils , chacun a
Son defaut,
Cette vertu pourtant afait tombersur elle
L'heureux cho'x dont la gloire estoit deuë àfonZele,
Choix qui mit en ses mains le Charmede la Cour ,
CettePrinceſſeſansſeconde ,
Dont les yeuxpourront bien un
jour
Niij
10 LE MERCVRE
Tefoûmettre le Fils duplus grand Roydumonde.
QuantàlaMareſchale, en vain
dela toucher
Tu crois l'avantagepoßible..
Son cœur est un rocher
Qui fut toûjours inacceßible.
L'Amour à cediscours luy répondit; Et bien
Ie consens qu'ellesoit inſenſible à
ma flame ,
Mais qu'elle aille du tout au rië,
Iene le puisfouffrir;tout au moins quefon ame Soit tendre àla pitié,
Puis qu'on le peutfans blâme.. Leſuis de fon avis , &j'espere ,
Madame,
Quej'auray furcepie Quelquepartà vostre amitié.
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Résumé : POUR MADAME LA MARESCHALE DE CLEREMBAUT.
Une lettre poétique à Madame de Clerembaut évoque l'amour et la vertu. La maréchale, inaccessible, est louée pour sa vertu et son influence à la cour. L'amour, en colère, demande de la pitié sans blâme, espérant ainsi son amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 44-50
A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Début :
Comme les Charges & les grands Emplois font plutost honte / N'Est-il point fait cet Armement [...]
Mots clefs :
Amour, Guerre, Louis, Muses, Trésor, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Comme les Charges & les grands Emplois font plutoſt honte qu'honneur ſi on ne les foûtient par le merite , heureux qui eneft liberalement partagé.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
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Résumé : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
L'auteur d'une lettre adressée au Duc de Saint-Aignan discute de la valeur des charges et des emplois basée sur le mérite plutôt que sur l'apparence. Il mentionne une épître de Monsieur Petit qui loue le duc et son style libre. Cette épître critique l'obsession actuelle pour les armes et les conquêtes militaires, soulignant la tristesse que cela provoque chez les femmes. Elle appelle le roi Louis XIV à privilégier l'amour et la paix, affirmant que cela favoriserait la naissance de sujets fidèles et bienveillants. L'auteur soutient que l'amour est plus plaisant et bénéfique que la guerre, et encourage le duc à chanter les louanges du roi et les douceurs de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 131-161
Description de la Galerie de S. Cloud, peinte par M. Mignard de Rome, [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay le Mois passé de la Feste de [...]
Mots clefs :
Saint-Cloud, Tableau, Amour, Apollon, Soleil, Flore, Vertu, Fleurs, Galerie, Nuée, Terre, Figures, Saisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie de S. Cloud, peinte par M. Mignard de Rome, [titre d'après la table]
uandjevousparlay leMois
paffé de la Feſte de S. Cloud ,
donnée au Roy , & à toute la
CourparSonAlteſſe Royale, je
vous promis une deſcription de
la Galerie de cette délicieufe
Maiſon,peinteparMonfieurMi
gnarddeRome.L'empreſſement
aveclequel vous medemandez
deseffetsde ma parole ne me
furprend point , puis qu'on par
le de ce grand Chef-d'œuvre
1
danstoute l'Europe, &qu'il ne
vientpointd'Etrangers enFran
ee qui ne foient furpris de ſa
beauté. Ilnefuffit pas de ſçavoir
bien toucher le Pinceau , pour
entre
GALANT. 93
entreprendre un pareilOuvrage.
Il faut que l'eſprit, & la teſtedes
grands Peintres , agiſſent avant
leurmain. Il fautunſujetgene
ral qui enfourniſſe pluſieurs au
tres pourles divers endroits qui
doivent eſtre remplis , & que
ces morceaux , quoyqueſepa
rez , ayent entr'euxdelaliaiſon.
L'Histoire eſt en celad'un moin
dre travail , puis qu'oneſt rare
mentaſſujety à décrire lesHa
bitsquionteſtéenuſagedansle
1
fiecle dont on raconteles évene
mens, & qu'elle neperdriende
ce quiluy eſt eſſentiel,dénüée
de ces fortes de circonstances;
mais danslaPeinture,ilfauttout
marquer. Ainfi il eſtdel'adreſſe
d'unhabilePeintredebien choi
fir ſes ſujets , pour entirer ce
qu'il croitluy devoir eftre leplus
avantageux,ſoit pourleshabille
mens,
MERCURE
94
mens, ſoit pour beaucoup d'a
tions qui donnent lieuàde bel
les attitudes. Il fautqu'il connoif
ſe cequi eſtà éviter cequine
fait point de beautez dans ce
grandArt, &cequi peut en faire
paroiſtre. Enun mot, il fautqu'il
ſcache parfaitement l'Antiquité,
qu'il ait l'imagination vive, qu'il
rencheriſſe ſurle ſujet qu'il en
treprenddetraiter,ſans pourtant
rienmettrequiluyſoitcontraire;
qu'avant qu'on admire ſa pein
ture,on aitſujet d'admirer fon
choix, ſon bongouſt, ſoninven
tion , & lefeu de ſon eſprit , &
qu'on voyequ'il ſçaitautre choſe
quemanierle Pinceau, qui dans
cesoccafions n'eſt qu'une partie
del'ouvrage.C'eſt enquoyon ne
peuttrop donnerde loüanges à
Monfieur Mignard , car quoy
qu'ilfaſſedu fien tout ceque l'on
peut
GALANT. 95
peut attendre d'achevé ,&que
la délicateſſe ,& la force paroif
ſent dansſes Tableaux , on peut
dire que jamaisHomme nepof
ſedamieux l'antiquité , & qu'il
nerepréſenterienfansfairecon
noiſtre en toutes manieres le
tempsdont il eſt tiré.
En entrantdans laGaleriede
S. Cloud, il eſt impoſſibleden'e
ſtre pas ébloüy des diférentes
beautez qui s'offrent de toutes
parts , &dont chacunedeman
deroitunlong examen,ſi onpou
voit s'empeſcherdeles regarder
d'abord toutes à lafois. Legrand
Platfond repreſente le Soleil le
vant que l'on voit fortirde ſon
Palais. Les Heures dujourſont
à ſes coſtez , & femblent pouf
fer &ouvrir la vapeurqui fai
ſoit l'obſcurité. Devant luyeſtun
EnfantquiporteunCornetrem
ply
MERCURE
96
plyde Fleurs. L'Abondance eſt
fignifiée par ceCornet. Plusbas
il y a de petits Zéphirs qui ver
ſentla roſéedumatin, envoyant
briller les premiersrayons de ce
belAftre. L'Aurore paroiſt dans
ſonChar avec unAmour volant
devant elle , & femant des
Fleurs. Une desHeuresdujour
fait la meſme choſe. Au deſſus,
&un peu devant l'Amour,eſt
l'Etoile dumatin. Elleeſt figurée
parun jeune Homme bienfait
quiporte l'Etoile ſur ſa teſte , &
quidans ſamain tientune ver
ge,aveclaquelleilchaſſe laNuit,
&toutes les Conſtellations.Un
peudevant luyvoleuneHiron
delle. Vous ſçavez que cetOy
ſeau chanteavatlepointdujour.
LaNuit ſe voitdans l'exttrémité
duTableau en attitude rapide,
tirant à deux mains ſes Voiles.
Elle
GALANT. 97
Elle est accompagnéedeſesEn
fans qui repréſentent le ſom
meil de la vie ,&leſommeilde
lamort.
Il y aquatre petits Tableaux
autour de la Voûte. Des deux
qui fontaux coſtez,celuy quieſt
ſur la droite vers legrand Plat
fond , fait voirClimene préſen
tant Phaeton à Apollon,afin qu'
il l'avoüe pour eſtre ſon Fils. Sur
la gauche paroiſt le meſime A
pollon volant dansles airs. La
Vertu eſt aſſiſe enbas ſur des
nüées , & ceDieu luymontre
/
fon Siege toutlumineux,comme
le lieuoù il veutluydonnerpla
ce. L'Amourdela Vertu eſt au
pres , affis ainſi qu'elle fur des
nüées , & tenant de grandes
branchesde Laurier qui ne fer
ventquepour ornerleTableau.
Ce ſujetn'eſt pointtiréde laFa
E
Juin 1680.
MERCURE
98
ble.C'eſt une licencedu Peintre,
fondée ſur ce qu'il aleûdansle
Cavalier Marin, oudans le Taf
ſe,qu'Apollon s'eſtoit unjour re
penty du défordreque ſes paſſios
avoientcauſe ſurla Terre,& que
pouren reparer l'emportement,
il avoit promis àJupiter de fui
vrele party de la Vertu. Dans
l'un des bouts du Platfond, on
voitCircé Fille du Soleil , aſſiſe
ſur des nüées. UnAmour quieſt
aupres , luy donne des herbes
pour faire ſesCharmes. Icare eft
repréſentédansl'autre bout,avec
ſes aiflesdont la cire adéjacom
mencédeſefondre. Il eſt en at
titude d'un Homme effrayé,
qui ne ſepouvant plus ſoûtenir
en l'air , voit ſa cheûte inévi
table.
Il neſepeutrien adjoûteràla
beauté des Tableaux qui font
paroî
DE LA
9DON E
GALANT.
paroître les quatre Saifons.
BIBLI
Printemps eſt figuré par les Fer
tes , dont le Mariage de Zéphi
re & de Flore fournit leſujet.
Cette Déeſſe eſtaſſiſeſurun Lit.
Zéphire aupres d'elle, la carreſſe
d'unemain , &tend l'autre vers
des Fleurs qu'une des Heures
dujour apportedans un Cornet
d'abondance. Cette action mar
que le deſſein qu'il a d'en jeter
fur Flore. C'eſt ce que fait un
Amourqui en prenddans une
Corbeille qu'un autre Amour
tient , & qui eneſt toutepleine.
Un autreeſt aſſis aupres d'une
autre Corbeille,&faitdesGuir
landespourla couronner.Au cô
té gauchede Flore , on voittrois
autres Amours. L'unperce une
peaude Bouc furlaquelle il eſt
mõte, &enfaitſortir duVinque
lesdeux autresreçoivet. Ily en a
Eij
100
MERCURE
un qui tendune Taſſed'or , &
l'autre eſt aſſis plusbas tenantun
Vaſe entre ſes jambes. C'eſt dans
ce Vaſe que tombe le Vinen
Arcade, & avecimpetuoſité. Au
coſté droit de la meſme Flore,
paroiſt un Amouravec la Tor
cheallumée. Il repreſente l'Hy
men. Unautre ſejoüe avecun
petit Oyſeau qu'il laiſſe voler.
SurledevantduTableau,eſtune
Figure qui cuëille des Fleurs
pourles préſenter à Flore,&une
autre qui n'eſt veuë que par le
dos , en prendd'unemain dans
une Corbeille , & de l'autre en
répand ſur le Lit de la Déefſſe.
Aupres ſont repréſentez des
Vaſes, avec une Table fur la
quelle on voit la Collation ſer
vie. L'ancienne figure du Sely
eſt employée.Comme elle eſtoit
danstous lesRepas , elle eſt icy,
en
GALANT. 10I
enforme d'unepetite Pyramide,
avec des Gafteaux , & diférens
Fruits. Au fondduTableau ſont
de petites Figures dans le loin
tain , repréſentantdes Bacchan
tes avec des Satyres , qui ſe
viennent réjoüir aux Feſtes de
Flore.
Dans leTableau de l'Eté,ſont
les Festes de Céres. Les Vier--
S
コ
gesquiont accoûtumédeporter
cette Déeſſe parmy les Bleds
pour obtenir la fertilité de la
Terre , yparoiffentarreſtées , a
presqu'elles ontpoſé leur Tre
pié , &menéles Victimes qui
eſtoient la Truye & la Brebis.
Tout eſtdiſposé pourle Sacrifi
ce. La Figurede devant qu'on
nevoitque parderriere , repré
ſente le Boutipe. C'eſtle nom
qu'avoit le Sacrificateur. Il tient
leCoûteaudela maindroite, &
E iij
102
MERCURE
tout preſt à égorger la Victime,
il ſemble n'attendre que la fin
de quelques parolesquelaPref
treffe doitprononcer , & qui font
dansdesTabletesqu'ellea.Dans
ce moment , une de cellesqui
l'accompagnent dans fon mini
ſtere , répanddu Lait&du Vin
fur le feu duTrepié , que l'on
voit fumer. Les Vierges ſont
ſuiviesdeBacchantesavecquel
ques Inſtrumens antiques , &
quand le Sacrifice ſe fait , les
Moiffonneurs viennent fe met
tre à genoux,pour adorer la Sta
tuë de Céres que les Vierges
portent ſur leurs épaules. Il y en
ad'autres qui luy préſententdes
Gerbes de Bled. Le Peintre,
pour faire connoiſtre l'extréme
chaleurdelaSaiſon, areprefen
té la Canicule dans une Nüée.
Cette Canicule eſt un Chien
alteré
GALANT. 103
alteré qui regarde le Soleil
Les Bacchanales fontle ſujet
duTableau qui repréſentel'Au
tomne. Bacchus revenant des
Indes, trouvaAriane inconfola
bledela fuitede Théſée qui a
voit laiſſé cette Princeſſe dans
l'ifle de Naxe. LePeintre faitpa
roiſtre ce Dieu au milieude fon
Tableau. Ariane eſt dans ſon
Char, tiré pardesPantheresque
gouvernent deux Amours. Ces
Amours témoignentpar leurac
tion partagerlajoye qu'elledoit
ſentir,de ſe voiraupresd'unDieu
ſi puiſſant. Une marchedeFau
nes & de Bacchantes qui vont
enordre leTirſe à la main, eſt
repréſentéedansceTableau.Une
d'entr'elles ſonne du Tambour
deBaſque, &ſembles'étredéta
chée dela Marche pourdanſer
devantleChar. Une autreporte
E iiij
104 MERCURE
unpanierdeRaiſins. Cetteder
niere , marque parſon air riant
le plaiſir qu'elle a de voir deux-petits Enfans , l'un endormy par
la forcede laVendange , &l'au
trequiſe ritdeluy. CetteTrou
pecouronnéede feüillesde Vi
gne , &deLierre , eſt ſuiviedu
Pere Silene , porté pardes Fau
nes. Le fonddu Tableaufait voir
12Mer fur lagauche , avec un
petitVaiſſeau en éloignement.
Ariane montre ce Vaiſſeau à
Bacchus comme celuyqui em
mene ſonPerfide. Surla droite
font des Arbres chargez des
Fruits de l'Automne. Des Maf
ques , des Tambours de Baſque,
&des PeauxdeTygres , fontat
tachezà ces Arbres.Ons'en fer
voit dans les Feſtes de Bac
chus.
Le Vent Borée eſt la princi
pale
GALANT. 105
pale Figuredu Tableaude l'Hy
ver. Il eſt ſur une groſſe Nüée,
fon Manteau entortillé dans ſon
bras gauche; volant &fouflantla
neige& la grefle. Zéthés &Ca
laïs ſes deuxFils, volentavec luy,
&vont chaffer le Soleil,quipa
roift preſque offuſqué par une
épaiſſe nüéequi lecouvre.Der
riere Borée ſont ſept Pleiades;
tant en Figures humaines qu'en
Etoilles , qui en ſe fondant en
eau, la verſentpar des Vaſesan
tiques. La Terre qui implore
l'aſſiſtance du Soleil, eſt ſur le
devant duTableau. Vulcain luy
vient offrir ſonſecours , comme
eſtant le ſeul qui luy en puiſſe
donner. On voitunFleuvedans
l'éloignement. Il eſt ſous une
Groteavec ſon Urne , & l'eau
quien fort eſt touteglacée. Le
fond du Tableau fait découvrir
1
E
V
MERCURE
106
une Mer pleine debouraſques,
où quelques Vaiſſeaux font en
péril.Le rivage de cette Mer eſt
glacé, &il ya furles bordsplu
ſieurs Oyſeaux aquatiques.
CommelaGalerie quejevous
décris eſt nommée la Galerie
d'Apollon, elle a un Tableau où
l'on voitce Dieuſurle Parnaſſe.
Il montre un Roffignol , per
ché ſurlabranche d'un Laurier,
comme le Symbole delaMufi
que. LaMuſe quilarepréſente,
écoute tousles tons decet Oy
feau ,&lesnote. Il yadeux En
fans fur le devant du Tableau.
L'un frape d'un Marteau ſurune
Enclume , & l'autre paroiſt en
vouloir prendre undansdesBa
lances afin de fraper auſſi, Cela
marquela Meſure , &les Balan
ces qui fontaubas de l'Enclume
furleterrain marquentlaJuſteſſe.
On
GALANT. 107
Onvoit desCignes ſurlecoſté
gauche. La Voixdes Poëtes eſt
repréſentée par eux.
Il fautvous parlerdes huit bas
Reliefs. Ils font dansdegrandes
Bordures rondes,rehaufféesd'or.
Le premierquieſtſur la droite
dela Galerie en y entrant ,
voir Apollon avec ſon Tre
fait
pié devant le Portique de fon
Temple. Sa Sibille eſt à genoux,
&luy montre une poignée de
ſable dans ſa main , comme le
priant de la faire vivre autant
d'années qu'elle en tient de
grains. Sur la gauche , Apol
lon affis fur une Terraſſe , a le
DieuEſculape ſon Fils à genoux
aupres de luy. Ce Fils s'apuye
ſurun grand Livre qui eſt ſur les
genoux d'Apollon. On voitde
vant eux quantité de Plantes
dont ceDieu,quiveut enſeigner
la
108
MERCURE
la MedecineàEfculape,ſemble
luy apprendrela vertu.
Les deux autres bas Reliefs
qui ſuiventjuſqu'à la moitié de
laGalerie , font plusgrands que
ces premiers. Dans l'un paroiſt
Marſias,difputant àApollon l'a
vantage de mieux joüer de la
Flûte. Midasqu'ils ontprispour
Juge , eſt peint aupres d'eux.
L'autre bas Reliefquieſt vis à
vis , fait voir ce meſime Satyre,
qu'Apollon punit en le faiſant
écorcher.
L'autre moitié de la Galerie
eſtauſſi ornée dequatrebas Re
liefs. Les deux plus grandsre
préſentent le changement de
Daphne enArbre, &celuyde
Coronis en Oyſeau ; &les deux
autres quifontauboutdelaGa
leric , aux deux coſtez du Ta
bleau du Parnaſſe, font voir la
méta
GALANT. 109
métamorphoſe de Cypariſſe en
|.
:
Ciprés , & celle de Clytie en
Tournefol.
Il nereſte plusqu'à expliquer
le Tableau qui eſt ſur la Porte.
Onyvoitla naiſſance d'Apollon
&de Diane. Ovide nousdit,que
Latone n'eut pas plûtoſt mis au
monde ces deuxnouvelles Di
vinitez , que la haine de Junon
l'obligea de fuïr, & de les em
porterhorsde l'iſle de Délos où
elleavoitaccouché. Apresavoir
marché fort longtemps pen
dant les grandes chaleurs , el
le vintdans la Lycie, avec une
foif qu'elle voulut appaiſer en
prenant de l'eaudansun Eſtang;
maisles Payſans troublerent cet
te eaupour l'enempefcher;&fi
rent monter au deſſus la fange
dufond. Jupiterpunit cesinfa
mesPayſans enles changeanten
Gre
MERCURE
110
Grenoüilles , & c'eſt le ſujet de
ce Tableau. Ce Maiſtre des
Dieux y eſt noblementreprefen
téſur unenuë,commepreſt àfai
re éclater ſon reſſentiment. Pour
ne pas rendre leſujet hydeux,le
Peintrenemontrequ'undesPaï
fans changeż. Onne voitdeluy
que ſa teſte de Grenoüille ; mais
ce qui paſſe pour l'expreſſion la
plus vigoureuſe, c'eſt laſurpriſe
d'unautre , devoir ſon Camara
de metamorphofé. Il y en aun
baiſſe qui trouble l'eau , afinque
Latone ne puiſſe boire , & un
autre luy faitla moüe enla me
naçant. Les autres Figures ne
font que pour l'embelliſſement
duTableau.On envoitunecou
chée qui dort & deux au
,
tres d'une petite Payſane,&d'un
petitPayſan Cettepremieretient
unNid deCanes, & le dernier
une
GALANT. III
une Flûte. Le fond du Tableau
repreſente l'Iſle de Délos , avec
une Mer &unegrande Foreft.
Jenedoutepoint,Madame,que
cette deſcription nevous en faf
ſe ſouhaiterde pareilles , de tous
les grands Ouvrages de Mr Mi
gnard. Ilne me fera peut-eſtre
pasmal aifédevousfatisfaire là
deſſus ; mais ces fortes d'Articles
demandent dutemps.
paffé de la Feſte de S. Cloud ,
donnée au Roy , & à toute la
CourparSonAlteſſe Royale, je
vous promis une deſcription de
la Galerie de cette délicieufe
Maiſon,peinteparMonfieurMi
gnarddeRome.L'empreſſement
aveclequel vous medemandez
deseffetsde ma parole ne me
furprend point , puis qu'on par
le de ce grand Chef-d'œuvre
1
danstoute l'Europe, &qu'il ne
vientpointd'Etrangers enFran
ee qui ne foient furpris de ſa
beauté. Ilnefuffit pas de ſçavoir
bien toucher le Pinceau , pour
entre
GALANT. 93
entreprendre un pareilOuvrage.
Il faut que l'eſprit, & la teſtedes
grands Peintres , agiſſent avant
leurmain. Il fautunſujetgene
ral qui enfourniſſe pluſieurs au
tres pourles divers endroits qui
doivent eſtre remplis , & que
ces morceaux , quoyqueſepa
rez , ayent entr'euxdelaliaiſon.
L'Histoire eſt en celad'un moin
dre travail , puis qu'oneſt rare
mentaſſujety à décrire lesHa
bitsquionteſtéenuſagedansle
1
fiecle dont on raconteles évene
mens, & qu'elle neperdriende
ce quiluy eſt eſſentiel,dénüée
de ces fortes de circonstances;
mais danslaPeinture,ilfauttout
marquer. Ainfi il eſtdel'adreſſe
d'unhabilePeintredebien choi
fir ſes ſujets , pour entirer ce
qu'il croitluy devoir eftre leplus
avantageux,ſoit pourleshabille
mens,
MERCURE
94
mens, ſoit pour beaucoup d'a
tions qui donnent lieuàde bel
les attitudes. Il fautqu'il connoif
ſe cequi eſtà éviter cequine
fait point de beautez dans ce
grandArt, &cequi peut en faire
paroiſtre. Enun mot, il fautqu'il
ſcache parfaitement l'Antiquité,
qu'il ait l'imagination vive, qu'il
rencheriſſe ſurle ſujet qu'il en
treprenddetraiter,ſans pourtant
rienmettrequiluyſoitcontraire;
qu'avant qu'on admire ſa pein
ture,on aitſujet d'admirer fon
choix, ſon bongouſt, ſoninven
tion , & lefeu de ſon eſprit , &
qu'on voyequ'il ſçaitautre choſe
quemanierle Pinceau, qui dans
cesoccafions n'eſt qu'une partie
del'ouvrage.C'eſt enquoyon ne
peuttrop donnerde loüanges à
Monfieur Mignard , car quoy
qu'ilfaſſedu fien tout ceque l'on
peut
GALANT. 95
peut attendre d'achevé ,&que
la délicateſſe ,& la force paroif
ſent dansſes Tableaux , on peut
dire que jamaisHomme nepof
ſedamieux l'antiquité , & qu'il
nerepréſenterienfansfairecon
noiſtre en toutes manieres le
tempsdont il eſt tiré.
En entrantdans laGaleriede
S. Cloud, il eſt impoſſibleden'e
ſtre pas ébloüy des diférentes
beautez qui s'offrent de toutes
parts , &dont chacunedeman
deroitunlong examen,ſi onpou
voit s'empeſcherdeles regarder
d'abord toutes à lafois. Legrand
Platfond repreſente le Soleil le
vant que l'on voit fortirde ſon
Palais. Les Heures dujourſont
à ſes coſtez , & femblent pouf
fer &ouvrir la vapeurqui fai
ſoit l'obſcurité. Devant luyeſtun
EnfantquiporteunCornetrem
ply
MERCURE
96
plyde Fleurs. L'Abondance eſt
fignifiée par ceCornet. Plusbas
il y a de petits Zéphirs qui ver
ſentla roſéedumatin, envoyant
briller les premiersrayons de ce
belAftre. L'Aurore paroiſt dans
ſonChar avec unAmour volant
devant elle , & femant des
Fleurs. Une desHeuresdujour
fait la meſme choſe. Au deſſus,
&un peu devant l'Amour,eſt
l'Etoile dumatin. Elleeſt figurée
parun jeune Homme bienfait
quiporte l'Etoile ſur ſa teſte , &
quidans ſamain tientune ver
ge,aveclaquelleilchaſſe laNuit,
&toutes les Conſtellations.Un
peudevant luyvoleuneHiron
delle. Vous ſçavez que cetOy
ſeau chanteavatlepointdujour.
LaNuit ſe voitdans l'exttrémité
duTableau en attitude rapide,
tirant à deux mains ſes Voiles.
Elle
GALANT. 97
Elle est accompagnéedeſesEn
fans qui repréſentent le ſom
meil de la vie ,&leſommeilde
lamort.
Il y aquatre petits Tableaux
autour de la Voûte. Des deux
qui fontaux coſtez,celuy quieſt
ſur la droite vers legrand Plat
fond , fait voirClimene préſen
tant Phaeton à Apollon,afin qu'
il l'avoüe pour eſtre ſon Fils. Sur
la gauche paroiſt le meſime A
pollon volant dansles airs. La
Vertu eſt aſſiſe enbas ſur des
nüées , & ceDieu luymontre
/
fon Siege toutlumineux,comme
le lieuoù il veutluydonnerpla
ce. L'Amourdela Vertu eſt au
pres , affis ainſi qu'elle fur des
nüées , & tenant de grandes
branchesde Laurier qui ne fer
ventquepour ornerleTableau.
Ce ſujetn'eſt pointtiréde laFa
E
Juin 1680.
MERCURE
98
ble.C'eſt une licencedu Peintre,
fondée ſur ce qu'il aleûdansle
Cavalier Marin, oudans le Taf
ſe,qu'Apollon s'eſtoit unjour re
penty du défordreque ſes paſſios
avoientcauſe ſurla Terre,& que
pouren reparer l'emportement,
il avoit promis àJupiter de fui
vrele party de la Vertu. Dans
l'un des bouts du Platfond, on
voitCircé Fille du Soleil , aſſiſe
ſur des nüées. UnAmour quieſt
aupres , luy donne des herbes
pour faire ſesCharmes. Icare eft
repréſentédansl'autre bout,avec
ſes aiflesdont la cire adéjacom
mencédeſefondre. Il eſt en at
titude d'un Homme effrayé,
qui ne ſepouvant plus ſoûtenir
en l'air , voit ſa cheûte inévi
table.
Il neſepeutrien adjoûteràla
beauté des Tableaux qui font
paroî
DE LA
9DON E
GALANT.
paroître les quatre Saifons.
BIBLI
Printemps eſt figuré par les Fer
tes , dont le Mariage de Zéphi
re & de Flore fournit leſujet.
Cette Déeſſe eſtaſſiſeſurun Lit.
Zéphire aupres d'elle, la carreſſe
d'unemain , &tend l'autre vers
des Fleurs qu'une des Heures
dujour apportedans un Cornet
d'abondance. Cette action mar
que le deſſein qu'il a d'en jeter
fur Flore. C'eſt ce que fait un
Amourqui en prenddans une
Corbeille qu'un autre Amour
tient , & qui eneſt toutepleine.
Un autreeſt aſſis aupres d'une
autre Corbeille,&faitdesGuir
landespourla couronner.Au cô
té gauchede Flore , on voittrois
autres Amours. L'unperce une
peaude Bouc furlaquelle il eſt
mõte, &enfaitſortir duVinque
lesdeux autresreçoivet. Ily en a
Eij
100
MERCURE
un qui tendune Taſſed'or , &
l'autre eſt aſſis plusbas tenantun
Vaſe entre ſes jambes. C'eſt dans
ce Vaſe que tombe le Vinen
Arcade, & avecimpetuoſité. Au
coſté droit de la meſme Flore,
paroiſt un Amouravec la Tor
cheallumée. Il repreſente l'Hy
men. Unautre ſejoüe avecun
petit Oyſeau qu'il laiſſe voler.
SurledevantduTableau,eſtune
Figure qui cuëille des Fleurs
pourles préſenter à Flore,&une
autre qui n'eſt veuë que par le
dos , en prendd'unemain dans
une Corbeille , & de l'autre en
répand ſur le Lit de la Déefſſe.
Aupres ſont repréſentez des
Vaſes, avec une Table fur la
quelle on voit la Collation ſer
vie. L'ancienne figure du Sely
eſt employée.Comme elle eſtoit
danstous lesRepas , elle eſt icy,
en
GALANT. 10I
enforme d'unepetite Pyramide,
avec des Gafteaux , & diférens
Fruits. Au fondduTableau ſont
de petites Figures dans le loin
tain , repréſentantdes Bacchan
tes avec des Satyres , qui ſe
viennent réjoüir aux Feſtes de
Flore.
Dans leTableau de l'Eté,ſont
les Festes de Céres. Les Vier--
S
コ
gesquiont accoûtumédeporter
cette Déeſſe parmy les Bleds
pour obtenir la fertilité de la
Terre , yparoiffentarreſtées , a
presqu'elles ontpoſé leur Tre
pié , &menéles Victimes qui
eſtoient la Truye & la Brebis.
Tout eſtdiſposé pourle Sacrifi
ce. La Figurede devant qu'on
nevoitque parderriere , repré
ſente le Boutipe. C'eſtle nom
qu'avoit le Sacrificateur. Il tient
leCoûteaudela maindroite, &
E iij
102
MERCURE
tout preſt à égorger la Victime,
il ſemble n'attendre que la fin
de quelques parolesquelaPref
treffe doitprononcer , & qui font
dansdesTabletesqu'ellea.Dans
ce moment , une de cellesqui
l'accompagnent dans fon mini
ſtere , répanddu Lait&du Vin
fur le feu duTrepié , que l'on
voit fumer. Les Vierges ſont
ſuiviesdeBacchantesavecquel
ques Inſtrumens antiques , &
quand le Sacrifice ſe fait , les
Moiffonneurs viennent fe met
tre à genoux,pour adorer la Sta
tuë de Céres que les Vierges
portent ſur leurs épaules. Il y en
ad'autres qui luy préſententdes
Gerbes de Bled. Le Peintre,
pour faire connoiſtre l'extréme
chaleurdelaSaiſon, areprefen
té la Canicule dans une Nüée.
Cette Canicule eſt un Chien
alteré
GALANT. 103
alteré qui regarde le Soleil
Les Bacchanales fontle ſujet
duTableau qui repréſentel'Au
tomne. Bacchus revenant des
Indes, trouvaAriane inconfola
bledela fuitede Théſée qui a
voit laiſſé cette Princeſſe dans
l'ifle de Naxe. LePeintre faitpa
roiſtre ce Dieu au milieude fon
Tableau. Ariane eſt dans ſon
Char, tiré pardesPantheresque
gouvernent deux Amours. Ces
Amours témoignentpar leurac
tion partagerlajoye qu'elledoit
ſentir,de ſe voiraupresd'unDieu
ſi puiſſant. Une marchedeFau
nes & de Bacchantes qui vont
enordre leTirſe à la main, eſt
repréſentéedansceTableau.Une
d'entr'elles ſonne du Tambour
deBaſque, &ſembles'étredéta
chée dela Marche pourdanſer
devantleChar. Une autreporte
E iiij
104 MERCURE
unpanierdeRaiſins. Cetteder
niere , marque parſon air riant
le plaiſir qu'elle a de voir deux-petits Enfans , l'un endormy par
la forcede laVendange , &l'au
trequiſe ritdeluy. CetteTrou
pecouronnéede feüillesde Vi
gne , &deLierre , eſt ſuiviedu
Pere Silene , porté pardes Fau
nes. Le fonddu Tableaufait voir
12Mer fur lagauche , avec un
petitVaiſſeau en éloignement.
Ariane montre ce Vaiſſeau à
Bacchus comme celuyqui em
mene ſonPerfide. Surla droite
font des Arbres chargez des
Fruits de l'Automne. Des Maf
ques , des Tambours de Baſque,
&des PeauxdeTygres , fontat
tachezà ces Arbres.Ons'en fer
voit dans les Feſtes de Bac
chus.
Le Vent Borée eſt la princi
pale
GALANT. 105
pale Figuredu Tableaude l'Hy
ver. Il eſt ſur une groſſe Nüée,
fon Manteau entortillé dans ſon
bras gauche; volant &fouflantla
neige& la grefle. Zéthés &Ca
laïs ſes deuxFils, volentavec luy,
&vont chaffer le Soleil,quipa
roift preſque offuſqué par une
épaiſſe nüéequi lecouvre.Der
riere Borée ſont ſept Pleiades;
tant en Figures humaines qu'en
Etoilles , qui en ſe fondant en
eau, la verſentpar des Vaſesan
tiques. La Terre qui implore
l'aſſiſtance du Soleil, eſt ſur le
devant duTableau. Vulcain luy
vient offrir ſonſecours , comme
eſtant le ſeul qui luy en puiſſe
donner. On voitunFleuvedans
l'éloignement. Il eſt ſous une
Groteavec ſon Urne , & l'eau
quien fort eſt touteglacée. Le
fond du Tableau fait découvrir
1
E
V
MERCURE
106
une Mer pleine debouraſques,
où quelques Vaiſſeaux font en
péril.Le rivage de cette Mer eſt
glacé, &il ya furles bordsplu
ſieurs Oyſeaux aquatiques.
CommelaGalerie quejevous
décris eſt nommée la Galerie
d'Apollon, elle a un Tableau où
l'on voitce Dieuſurle Parnaſſe.
Il montre un Roffignol , per
ché ſurlabranche d'un Laurier,
comme le Symbole delaMufi
que. LaMuſe quilarepréſente,
écoute tousles tons decet Oy
feau ,&lesnote. Il yadeux En
fans fur le devant du Tableau.
L'un frape d'un Marteau ſurune
Enclume , & l'autre paroiſt en
vouloir prendre undansdesBa
lances afin de fraper auſſi, Cela
marquela Meſure , &les Balan
ces qui fontaubas de l'Enclume
furleterrain marquentlaJuſteſſe.
On
GALANT. 107
Onvoit desCignes ſurlecoſté
gauche. La Voixdes Poëtes eſt
repréſentée par eux.
Il fautvous parlerdes huit bas
Reliefs. Ils font dansdegrandes
Bordures rondes,rehaufféesd'or.
Le premierquieſtſur la droite
dela Galerie en y entrant ,
voir Apollon avec ſon Tre
fait
pié devant le Portique de fon
Temple. Sa Sibille eſt à genoux,
&luy montre une poignée de
ſable dans ſa main , comme le
priant de la faire vivre autant
d'années qu'elle en tient de
grains. Sur la gauche , Apol
lon affis fur une Terraſſe , a le
DieuEſculape ſon Fils à genoux
aupres de luy. Ce Fils s'apuye
ſurun grand Livre qui eſt ſur les
genoux d'Apollon. On voitde
vant eux quantité de Plantes
dont ceDieu,quiveut enſeigner
la
108
MERCURE
la MedecineàEfculape,ſemble
luy apprendrela vertu.
Les deux autres bas Reliefs
qui ſuiventjuſqu'à la moitié de
laGalerie , font plusgrands que
ces premiers. Dans l'un paroiſt
Marſias,difputant àApollon l'a
vantage de mieux joüer de la
Flûte. Midasqu'ils ontprispour
Juge , eſt peint aupres d'eux.
L'autre bas Reliefquieſt vis à
vis , fait voir ce meſime Satyre,
qu'Apollon punit en le faiſant
écorcher.
L'autre moitié de la Galerie
eſtauſſi ornée dequatrebas Re
liefs. Les deux plus grandsre
préſentent le changement de
Daphne enArbre, &celuyde
Coronis en Oyſeau ; &les deux
autres quifontauboutdelaGa
leric , aux deux coſtez du Ta
bleau du Parnaſſe, font voir la
méta
GALANT. 109
métamorphoſe de Cypariſſe en
|.
:
Ciprés , & celle de Clytie en
Tournefol.
Il nereſte plusqu'à expliquer
le Tableau qui eſt ſur la Porte.
Onyvoitla naiſſance d'Apollon
&de Diane. Ovide nousdit,que
Latone n'eut pas plûtoſt mis au
monde ces deuxnouvelles Di
vinitez , que la haine de Junon
l'obligea de fuïr, & de les em
porterhorsde l'iſle de Délos où
elleavoitaccouché. Apresavoir
marché fort longtemps pen
dant les grandes chaleurs , el
le vintdans la Lycie, avec une
foif qu'elle voulut appaiſer en
prenant de l'eaudansun Eſtang;
maisles Payſans troublerent cet
te eaupour l'enempefcher;&fi
rent monter au deſſus la fange
dufond. Jupiterpunit cesinfa
mesPayſans enles changeanten
Gre
MERCURE
110
Grenoüilles , & c'eſt le ſujet de
ce Tableau. Ce Maiſtre des
Dieux y eſt noblementreprefen
téſur unenuë,commepreſt àfai
re éclater ſon reſſentiment. Pour
ne pas rendre leſujet hydeux,le
Peintrenemontrequ'undesPaï
fans changeż. Onne voitdeluy
que ſa teſte de Grenoüille ; mais
ce qui paſſe pour l'expreſſion la
plus vigoureuſe, c'eſt laſurpriſe
d'unautre , devoir ſon Camara
de metamorphofé. Il y en aun
baiſſe qui trouble l'eau , afinque
Latone ne puiſſe boire , & un
autre luy faitla moüe enla me
naçant. Les autres Figures ne
font que pour l'embelliſſement
duTableau.On envoitunecou
chée qui dort & deux au
,
tres d'une petite Payſane,&d'un
petitPayſan Cettepremieretient
unNid deCanes, & le dernier
une
GALANT. III
une Flûte. Le fond du Tableau
repreſente l'Iſle de Délos , avec
une Mer &unegrande Foreft.
Jenedoutepoint,Madame,que
cette deſcription nevous en faf
ſe ſouhaiterde pareilles , de tous
les grands Ouvrages de Mr Mi
gnard. Ilne me fera peut-eſtre
pasmal aifédevousfatisfaire là
deſſus ; mais ces fortes d'Articles
demandent dutemps.
Fermer
5
p. 92-112
DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
Début :
Messieurs de l'Académie Royale d'Arles ont fait depuis / Messieurs, Comme c'est le prix & le merite [...]
Mots clefs :
Mérite, Académie royale d'Arles, Sciences, Ouvrages, Honneur, Savants, Vertu, Moeurs, Religion, Hérésie, Ignorance
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles ont fait depuis
peu une une acquifition tresconfidérable
, en recevant
M ' Magnin dans leur Corps .
Son mérite vous eft connu
par tant d'Ouvrages que je .
vous ay envoyez de luy, qu'il
me feroit inutile de vous en
parler. Voicy le Remerci
ment qu'il leur a fait.
GALANT. 93
SSSS SSS2 Ssess 522
DISCOURS
DE M MAGNINI
A MESSIEURS
Ꭰ Ꭼ .
L'ACADEMIE ROYALE
M
D'ARLE S...
ESSIEURS,
Comme c'est le prix & le merite
des graces , qui regle la mefure&
le degré de la reconnoiffance
, celle
que je dois avoir de
l'honneur que vous m'avez fait,
م ت
94 MERCURE
en m'accordant une place parmy.
Vous , ne sçauroit avoir , ny plus
defenfibilité, ny plus d'étendue;
mais fi c'est auffi par ce mefme
prix qu'on doit juger de la diffi
culté qu'il y a d'en faire un jufte
Remerciment , vous vous perfuaderezfans
peine , que je n'ayrien
entrepris de ma vie de fi difficile à
bien executer, que celuy que j'ofe
& que je dois vous faire aujourd'huy
. Le Titre glorieux d'Academicien
Royal , étonne mes idées
au lieu d'élever mon efprit , &
me met dans un jour dont la furprife
m'éblouit , au lieu de m'éclairer.
GALANT.
9 ནྡ
di-
Vous le fçavez par vous - mefmes
, Meffieurs , vous le fçavez;
ilfuppofe un meriteſolide &
fingué , un génie heureux , une
fçavante fine politeſſe ,
mille autres talens que je reconnois
, que je revere , & que tout
le monde admire en chacun de
vous .
Comment pourrois- je donc ,
quand je ne fens & ne puis fairs
remarquer aucun de ces avanta
ges en moy , me perfuader que
jauray celuy de foutenir dignement
un Titre dont on doit avoir
une idée fi noble & fi élevée ?
Que je ferois heureux , Mef
96 MERCURE
fieurs , que je ferois heureux , fi
dans une occafion fi effencielle à
mon devoir, à ma reputation,
je pouvois de bonne foy & fans
Supercherie , me dispenfer de vous
faire un aveu fi propre
propre à vous
donner un jufte repentir du choix
que vous venez de faire ! Que
je ferois heureux encore unefois
fije pouvois me flater un moment
que cette déclaration ſi honteuse
& fi fincere toutefois , paſſera
pour une de ces figures ingenieufes
qui fervent à faire valoir le
merite à force de le defavoüer ,
& quirehauffent la réputation de
l'esprit par celle de la modeftie!
Mais
GALANT.
97
Mais quand je confidere à
quoy je suis engagé par le Titre
d'Académicien Royal dans cette
premiere action ; quand je meſu
re mes pensées & mes expreſſions
à la hauteur des merveilles que
j'entrevois , & qui devroient entrer
dans monfujet, fi j'avois l'adreffe
de les ranger , je ſens bien
que je n'auray dit que trop vray,
que le prétexte de l'Art , &
de la Figure ne fera rien à mon
avantage.
Diſpenſez-moy donc , Meffieurs
, difpenfez-moy de la néceffité
que le Titre que vous m'avezfait
l'honneurde me donner,
Fevrier
1685. I
98 MERCURE
femble m'impofer , de repafferfur
tant de beaux traits , qui rehauf
fent le merite & la gloire de
l'Academie Royale , dans mille
circonftances toutes plus avanta
geuſes l'une que l'autre , & qui
la ménent à l'immortalité , par la
mefme route & par le mefme
l'Academie Françoiſe
voeu que
qui la reconnoît
pour fa Fille
atnée
, eft depuis
fi long- temps
en
droit d'y afpirer
. Qu'ajouterois
-je
à tout ce que ceux qui m'ont
de
vancé
, vous
ont dit de riche
, de
fçavant
& de poly ,fur la dignité
du Titre
Royal
que vous
portez
?
Nefçait- on pas que fi les Noms
GALANT. 99
que le Créateur voulut impofer à
fes Ouvrages , exprimoient les
qualitez la nature des chofes
nommées , Louis LE GRAND
dont la conduite eft une Image fi
wifible de la Sageffe du Tout-
Puiffant , n'a donné le furnom de
Royale à l'Academie d'Arles,
que pour exprimer par ce beau
Titre l'excellence des foins , aufquels
il l'a deftinée , &parce
la Gloire & les Merveilles
de for Regne le plus floriffant
le plus augufte qui fut jamais
, devoient eftre l'objet de fes
veilles , de fes études , & de fes
ouvrages?
que
$21
I ij
Too MERCURE
Certes , ce grand Roy qui con
noift fi diftinctement , & ce qui a
manqué aux Regnesprécedens,
ce qui peut fervir à la gloire du
fien , apres avoir par des Con
questes qui ont étonné l'Univers
par la force invincible de leur rapidité,
étendu & affure fes Fron
tieres , a bien jugé que le repose
le bon-heur de fes Etats & de
fes Sujets , dépendoit de l'établiſfement
des Sciences , & de la
Culture des beaux Arts , & remontant
par l'esprit de cette Sa
geffe , qui voit & penetre tout
dans unfi bel ordre , juſques à la
fource de l'Herefie , dont l'extir
GALANT. IOI
n'a
pation fait le plus cher, le plus
conftant, & le plus affidu de tous
fesfoins , il s'eft bien aperceu que
cette Cangréne fi maligne dans
fon origine , & fifunefte dansfon
progrez, ne s'eft introduite
pris racine dans fes Etats , qu'à la
faveur de l'ignorance , & pour
combatre un malfidangereux &*
fi opiniâtre par un reméde conve
nable , il ménage , il foûtient , it
protége les Sciences par des établiffemens
commodes ,
beralitez genereuſes & néceſſaires
, & les a mifes , enfin en état
de triompher par tout des piéges
des fuites de l'erreur & du
des li-
I iij
102 MERCURE
"
menfonge & de faire comprendre
à tout ce qui n'a pas abandonné
le party de la raison & du
bon fens , que celuy de l'Herefie
n'a plus que l'obstination pour
toute défenſe.
Apres que les Sciences auront
fecondé les pieufes intentions de
Louis LE GRAND , en
foutenant les Droits Sacrez de la
Religion & de l'Eglife ,qui n'aja
mais eu , n'aura jamais de plus.
ferme appuy que fon Fils aîné,
ellesferviront encore avantageufement
au deffein qu'il a d'infpirer
à tous fes Sujets , l'amour &
la pratique des vertus morales,
GALANT. 103
& des moeurs honneftes . Elles
forment le coeur en éclairant l'efprit.
La lumiere du Soleil dans
l'ordre naturel précede la cha
leur, & les connoiffances doivent
difpofer l'ame à l'amour , & à la
poursuite du bien; c'eft pourquoy
Dieu qui en est la fource immenfe
, ne sçauroit eftre fouveraine
ment aimé , comme parle faint
Denis , qu'il ne foit parfaitement
aimé.
Que vous concevez bien ,
Meffeurs , le merite , la grandeur
& l'excellence de vos foins,
& de vos applications , & dans
leur principe , dans leur objet !
د ن ن ز
I
104 MERCURE
"
Vous n'étes pas à la Cour & fous
la vue augufte & Royale de
LOUIS LE GRAND , mais Louis
vous ne laiffez pas de reffentir les
effets glorieux de fes foins & de
fafageffe. Le Soleil produit les
plus riches Metaux, au delà de la
portée de fes rayons , fes vertus
s'infinüent où fa lumiere ne penetre
pas ; ce Monarque Augufte
, le Soleil non feulement de
fes Etats , mais de plufieurs Mondes
s'il y en avoit , fait fentir les
influences de fa fageffe par tout.
Elle eft immenfe dans fes foins ,
dansfes operations , comme fa
puiffance eft invincible dans fes
entrepriſes.
GALANT. 105
ques
Il fçait que les Sciences font
dans Arles comme dans leur centre,
qu'elles yfont naturalifées depuis
plufieurs Siécles . Les Obelifles
Arénes , les Amphitéatres
, & tant d'autres Antiquitez
dont elle mõtre encore aujourd'huy
les magnifiques monumens , font
affez connoistre de quelle confideration
elle a efté dans tous les
tems . Qui voudroit remonterjufques
aux plus anciens & moins
connus , découvriroit fans doute
que la politeffe y régnoit , avant
mefme que les Romains y euffent
élevé tant de marques , de la
magnificence de leur Empire ,
106 MERCURE
de l'eftime qu'ils faifoient de fon
Sejour; qu'aparemment la Co
lonie des Grecs qui vint aborder à
Marſeille , & qui vint àpropos
pour polir les moeurs des premiers
Gaulois , eut fes premiers établiffemens
dans la Ville d' Arles ; &
LOUIS LE GRAND qui recherche
jufques à la fource les femences
des beaux Arts, n'y afans
doute étably l' Academie Royale ,
que parce qu'il a jugé que
dans un
air , où les Sciences font en commerce
depuis fi long- temps , elles
ne manqueroient pas de faire un
progrés éclatant , & digne de la
glaire de fon Regne.
GALANT. 107
Jouiffez, Meffieurs , jouiſſez
des beaux jours qu'enfantent aux
deffeins de vos veilles , des aufpices
fi heureux , fi conftans & fi
magnifiques. Vous vivez , graces
auxfoins & à la faveur du
plusparfait des Roys ; vous vivez
d'une vie glorieufe & fpirituelle,
dont unfeuljour vaut mieux que
les plus longues années de l'ignorance.
Vous aprenez au Monde
tout ce qu'il y a de plus curieux à
fçavoir , des moeurs , de la Police
de la Religion des Anciens.
Vous tirez des ruines qui vous
environnent , mille monumens
d'antiquité, propres àfaire admi108
MERCURE
que
rer la penetration fçavante de
vos recherches. Que n'avez- vous
pas dit de curieux , fur la verité
de cette belle & fameufe Statue
Diane & Venus ont difpu.
tée fi long- temps , & d'une mamiere
fi fine & fi fpirituelle , &
qui enfin fous le nom de Venus,
doit eftre placée avec tant d'autres
, qui font venuës de tous les
endroits du Monde , pour rendre
hommage à Louis Le Grand,
dans la Galerie de Verfailles ?
Vivez , Meffieurs , vivez heureux
dans le noble foin qui vous
occupe. Vousfervez aux deffeins
d'un Monarque qui vient renouGALANT.
10g
veler la face du Monde , &
finir tous ces grands deffeins, que
ceux qui l'ont précedé n'ont fait
qu'ébaucher. Afpirez à la gloire
immortelle qu'il vous propoſe ; rien
ne vous manque pour y arriver.
Vous avez de fa main , & par
fon choix , un Protecteur, illuftre
par fa naiffance , diftingué parfa
faveur , recommandable parfon
merite , qui fçait allier avec tant
d'art & tant d'agrément, la plus
douce , la plus fine , & la plus
fçavante delicateffe des Mufes,
avec la fiere intrepidité de Mars,
en qui l'on voit la belle ame , le
bel efprit , & la grandeur de
110 MERCURE
courage , dans un fi noble & fe
doux accord, que les Sçavans &
les Guerriers peuvent également
y trouver un modéle pour fefor
mer l'esprit & le coeur.
Que je trouverois , tout foible
que je fuis , Meffieurs , que je
trouverois de chofes à repreſenter,
s'il m'étoit permis de m'abandonner
à tout ce qui vient s'offrir à
mes idées , & fi je pouvois ou
blier , que ne pouvant vous donner
des marques d'érudition &
d'efprit , je dois au moins vous
en donner de ma retenuë ! Ge
fera , Meffieurs , en étudiant
me formerfur voftre merite , &
GALANT. III
Jur tant de nobles & avantageufes
qualitez , qui vous diftin.
guent parmy les Sçavans , que je
puis efperer d'aprendre àfurmonter
une partie des defaurs qui me
rendent indigne de l'honneur que
vous m'avezfait , & cette rudeffe
que je fens mieux dans mes
expreffions , que je ne lafçay corriger.
le méditerayfur la beauté
de vos Ouvrages , pour m'inftruire
àpolir les miens ; & comme
ceux qui marchent au Soleil
font colorezfans qu'ils y penfent,
je fortifieray mes connoiffances à
force de ftre éclairépar vos lumie-
Dans la paffion que j'ay
res.
112. MERCURE
toûjours euë, & que j'auray tant
que je vivray , de faire diftinguer
ma voix parmy tant d'autres , qui
chantent & fans ceffe, & fi bien
la gloire , les vertus , les tra
vaux de Louis LE GRAND ,
j'eſſayeray de regler mes tons fur
vos doux accens , d'adoucir mes
Chalumeaux , en étudiant les ac
cordsfçavans de vos Luts ; &ne
pouvant meriter l'honneur de
voftre aprobation par aucune production
d'efprit, jeferayfoigneux
de meriter celuy de vos bonnes graces
, & de vostre eftime , par le
respect & la fincere foumifsion
que j'auray toûjourspour vous.
Royale d'Arles ont fait depuis
peu une une acquifition tresconfidérable
, en recevant
M ' Magnin dans leur Corps .
Son mérite vous eft connu
par tant d'Ouvrages que je .
vous ay envoyez de luy, qu'il
me feroit inutile de vous en
parler. Voicy le Remerci
ment qu'il leur a fait.
GALANT. 93
SSSS SSS2 Ssess 522
DISCOURS
DE M MAGNINI
A MESSIEURS
Ꭰ Ꭼ .
L'ACADEMIE ROYALE
M
D'ARLE S...
ESSIEURS,
Comme c'est le prix & le merite
des graces , qui regle la mefure&
le degré de la reconnoiffance
, celle
que je dois avoir de
l'honneur que vous m'avez fait,
م ت
94 MERCURE
en m'accordant une place parmy.
Vous , ne sçauroit avoir , ny plus
defenfibilité, ny plus d'étendue;
mais fi c'est auffi par ce mefme
prix qu'on doit juger de la diffi
culté qu'il y a d'en faire un jufte
Remerciment , vous vous perfuaderezfans
peine , que je n'ayrien
entrepris de ma vie de fi difficile à
bien executer, que celuy que j'ofe
& que je dois vous faire aujourd'huy
. Le Titre glorieux d'Academicien
Royal , étonne mes idées
au lieu d'élever mon efprit , &
me met dans un jour dont la furprife
m'éblouit , au lieu de m'éclairer.
GALANT.
9 ནྡ
di-
Vous le fçavez par vous - mefmes
, Meffieurs , vous le fçavez;
ilfuppofe un meriteſolide &
fingué , un génie heureux , une
fçavante fine politeſſe ,
mille autres talens que je reconnois
, que je revere , & que tout
le monde admire en chacun de
vous .
Comment pourrois- je donc ,
quand je ne fens & ne puis fairs
remarquer aucun de ces avanta
ges en moy , me perfuader que
jauray celuy de foutenir dignement
un Titre dont on doit avoir
une idée fi noble & fi élevée ?
Que je ferois heureux , Mef
96 MERCURE
fieurs , que je ferois heureux , fi
dans une occafion fi effencielle à
mon devoir, à ma reputation,
je pouvois de bonne foy & fans
Supercherie , me dispenfer de vous
faire un aveu fi propre
propre à vous
donner un jufte repentir du choix
que vous venez de faire ! Que
je ferois heureux encore unefois
fije pouvois me flater un moment
que cette déclaration ſi honteuse
& fi fincere toutefois , paſſera
pour une de ces figures ingenieufes
qui fervent à faire valoir le
merite à force de le defavoüer ,
& quirehauffent la réputation de
l'esprit par celle de la modeftie!
Mais
GALANT.
97
Mais quand je confidere à
quoy je suis engagé par le Titre
d'Académicien Royal dans cette
premiere action ; quand je meſu
re mes pensées & mes expreſſions
à la hauteur des merveilles que
j'entrevois , & qui devroient entrer
dans monfujet, fi j'avois l'adreffe
de les ranger , je ſens bien
que je n'auray dit que trop vray,
que le prétexte de l'Art , &
de la Figure ne fera rien à mon
avantage.
Diſpenſez-moy donc , Meffieurs
, difpenfez-moy de la néceffité
que le Titre que vous m'avezfait
l'honneurde me donner,
Fevrier
1685. I
98 MERCURE
femble m'impofer , de repafferfur
tant de beaux traits , qui rehauf
fent le merite & la gloire de
l'Academie Royale , dans mille
circonftances toutes plus avanta
geuſes l'une que l'autre , & qui
la ménent à l'immortalité , par la
mefme route & par le mefme
l'Academie Françoiſe
voeu que
qui la reconnoît
pour fa Fille
atnée
, eft depuis
fi long- temps
en
droit d'y afpirer
. Qu'ajouterois
-je
à tout ce que ceux qui m'ont
de
vancé
, vous
ont dit de riche
, de
fçavant
& de poly ,fur la dignité
du Titre
Royal
que vous
portez
?
Nefçait- on pas que fi les Noms
GALANT. 99
que le Créateur voulut impofer à
fes Ouvrages , exprimoient les
qualitez la nature des chofes
nommées , Louis LE GRAND
dont la conduite eft une Image fi
wifible de la Sageffe du Tout-
Puiffant , n'a donné le furnom de
Royale à l'Academie d'Arles,
que pour exprimer par ce beau
Titre l'excellence des foins , aufquels
il l'a deftinée , &parce
la Gloire & les Merveilles
de for Regne le plus floriffant
le plus augufte qui fut jamais
, devoient eftre l'objet de fes
veilles , de fes études , & de fes
ouvrages?
que
$21
I ij
Too MERCURE
Certes , ce grand Roy qui con
noift fi diftinctement , & ce qui a
manqué aux Regnesprécedens,
ce qui peut fervir à la gloire du
fien , apres avoir par des Con
questes qui ont étonné l'Univers
par la force invincible de leur rapidité,
étendu & affure fes Fron
tieres , a bien jugé que le repose
le bon-heur de fes Etats & de
fes Sujets , dépendoit de l'établiſfement
des Sciences , & de la
Culture des beaux Arts , & remontant
par l'esprit de cette Sa
geffe , qui voit & penetre tout
dans unfi bel ordre , juſques à la
fource de l'Herefie , dont l'extir
GALANT. IOI
n'a
pation fait le plus cher, le plus
conftant, & le plus affidu de tous
fesfoins , il s'eft bien aperceu que
cette Cangréne fi maligne dans
fon origine , & fifunefte dansfon
progrez, ne s'eft introduite
pris racine dans fes Etats , qu'à la
faveur de l'ignorance , & pour
combatre un malfidangereux &*
fi opiniâtre par un reméde conve
nable , il ménage , il foûtient , it
protége les Sciences par des établiffemens
commodes ,
beralitez genereuſes & néceſſaires
, & les a mifes , enfin en état
de triompher par tout des piéges
des fuites de l'erreur & du
des li-
I iij
102 MERCURE
"
menfonge & de faire comprendre
à tout ce qui n'a pas abandonné
le party de la raison & du
bon fens , que celuy de l'Herefie
n'a plus que l'obstination pour
toute défenſe.
Apres que les Sciences auront
fecondé les pieufes intentions de
Louis LE GRAND , en
foutenant les Droits Sacrez de la
Religion & de l'Eglife ,qui n'aja
mais eu , n'aura jamais de plus.
ferme appuy que fon Fils aîné,
ellesferviront encore avantageufement
au deffein qu'il a d'infpirer
à tous fes Sujets , l'amour &
la pratique des vertus morales,
GALANT. 103
& des moeurs honneftes . Elles
forment le coeur en éclairant l'efprit.
La lumiere du Soleil dans
l'ordre naturel précede la cha
leur, & les connoiffances doivent
difpofer l'ame à l'amour , & à la
poursuite du bien; c'eft pourquoy
Dieu qui en est la fource immenfe
, ne sçauroit eftre fouveraine
ment aimé , comme parle faint
Denis , qu'il ne foit parfaitement
aimé.
Que vous concevez bien ,
Meffeurs , le merite , la grandeur
& l'excellence de vos foins,
& de vos applications , & dans
leur principe , dans leur objet !
د ن ن ز
I
104 MERCURE
"
Vous n'étes pas à la Cour & fous
la vue augufte & Royale de
LOUIS LE GRAND , mais Louis
vous ne laiffez pas de reffentir les
effets glorieux de fes foins & de
fafageffe. Le Soleil produit les
plus riches Metaux, au delà de la
portée de fes rayons , fes vertus
s'infinüent où fa lumiere ne penetre
pas ; ce Monarque Augufte
, le Soleil non feulement de
fes Etats , mais de plufieurs Mondes
s'il y en avoit , fait fentir les
influences de fa fageffe par tout.
Elle eft immenfe dans fes foins ,
dansfes operations , comme fa
puiffance eft invincible dans fes
entrepriſes.
GALANT. 105
ques
Il fçait que les Sciences font
dans Arles comme dans leur centre,
qu'elles yfont naturalifées depuis
plufieurs Siécles . Les Obelifles
Arénes , les Amphitéatres
, & tant d'autres Antiquitez
dont elle mõtre encore aujourd'huy
les magnifiques monumens , font
affez connoistre de quelle confideration
elle a efté dans tous les
tems . Qui voudroit remonterjufques
aux plus anciens & moins
connus , découvriroit fans doute
que la politeffe y régnoit , avant
mefme que les Romains y euffent
élevé tant de marques , de la
magnificence de leur Empire ,
106 MERCURE
de l'eftime qu'ils faifoient de fon
Sejour; qu'aparemment la Co
lonie des Grecs qui vint aborder à
Marſeille , & qui vint àpropos
pour polir les moeurs des premiers
Gaulois , eut fes premiers établiffemens
dans la Ville d' Arles ; &
LOUIS LE GRAND qui recherche
jufques à la fource les femences
des beaux Arts, n'y afans
doute étably l' Academie Royale ,
que parce qu'il a jugé que
dans un
air , où les Sciences font en commerce
depuis fi long- temps , elles
ne manqueroient pas de faire un
progrés éclatant , & digne de la
glaire de fon Regne.
GALANT. 107
Jouiffez, Meffieurs , jouiſſez
des beaux jours qu'enfantent aux
deffeins de vos veilles , des aufpices
fi heureux , fi conftans & fi
magnifiques. Vous vivez , graces
auxfoins & à la faveur du
plusparfait des Roys ; vous vivez
d'une vie glorieufe & fpirituelle,
dont unfeuljour vaut mieux que
les plus longues années de l'ignorance.
Vous aprenez au Monde
tout ce qu'il y a de plus curieux à
fçavoir , des moeurs , de la Police
de la Religion des Anciens.
Vous tirez des ruines qui vous
environnent , mille monumens
d'antiquité, propres àfaire admi108
MERCURE
que
rer la penetration fçavante de
vos recherches. Que n'avez- vous
pas dit de curieux , fur la verité
de cette belle & fameufe Statue
Diane & Venus ont difpu.
tée fi long- temps , & d'une mamiere
fi fine & fi fpirituelle , &
qui enfin fous le nom de Venus,
doit eftre placée avec tant d'autres
, qui font venuës de tous les
endroits du Monde , pour rendre
hommage à Louis Le Grand,
dans la Galerie de Verfailles ?
Vivez , Meffieurs , vivez heureux
dans le noble foin qui vous
occupe. Vousfervez aux deffeins
d'un Monarque qui vient renouGALANT.
10g
veler la face du Monde , &
finir tous ces grands deffeins, que
ceux qui l'ont précedé n'ont fait
qu'ébaucher. Afpirez à la gloire
immortelle qu'il vous propoſe ; rien
ne vous manque pour y arriver.
Vous avez de fa main , & par
fon choix , un Protecteur, illuftre
par fa naiffance , diftingué parfa
faveur , recommandable parfon
merite , qui fçait allier avec tant
d'art & tant d'agrément, la plus
douce , la plus fine , & la plus
fçavante delicateffe des Mufes,
avec la fiere intrepidité de Mars,
en qui l'on voit la belle ame , le
bel efprit , & la grandeur de
110 MERCURE
courage , dans un fi noble & fe
doux accord, que les Sçavans &
les Guerriers peuvent également
y trouver un modéle pour fefor
mer l'esprit & le coeur.
Que je trouverois , tout foible
que je fuis , Meffieurs , que je
trouverois de chofes à repreſenter,
s'il m'étoit permis de m'abandonner
à tout ce qui vient s'offrir à
mes idées , & fi je pouvois ou
blier , que ne pouvant vous donner
des marques d'érudition &
d'efprit , je dois au moins vous
en donner de ma retenuë ! Ge
fera , Meffieurs , en étudiant
me formerfur voftre merite , &
GALANT. III
Jur tant de nobles & avantageufes
qualitez , qui vous diftin.
guent parmy les Sçavans , que je
puis efperer d'aprendre àfurmonter
une partie des defaurs qui me
rendent indigne de l'honneur que
vous m'avezfait , & cette rudeffe
que je fens mieux dans mes
expreffions , que je ne lafçay corriger.
le méditerayfur la beauté
de vos Ouvrages , pour m'inftruire
àpolir les miens ; & comme
ceux qui marchent au Soleil
font colorezfans qu'ils y penfent,
je fortifieray mes connoiffances à
force de ftre éclairépar vos lumie-
Dans la paffion que j'ay
res.
112. MERCURE
toûjours euë, & que j'auray tant
que je vivray , de faire diftinguer
ma voix parmy tant d'autres , qui
chantent & fans ceffe, & fi bien
la gloire , les vertus , les tra
vaux de Louis LE GRAND ,
j'eſſayeray de regler mes tons fur
vos doux accens , d'adoucir mes
Chalumeaux , en étudiant les ac
cordsfçavans de vos Luts ; &ne
pouvant meriter l'honneur de
voftre aprobation par aucune production
d'efprit, jeferayfoigneux
de meriter celuy de vos bonnes graces
, & de vostre eftime , par le
respect & la fincere foumifsion
que j'auray toûjourspour vous.
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Résumé : DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
M. Magnin adresse un discours de remerciement à l'Académie Royale d'Arles pour son admission. Il exprime son honneur et son humilité face à cette distinction, reconnaissant la difficulté de rendre justice à un tel honneur. Magnin souligne que le titre d'Académicien Royal implique des qualités telles que le mérite solide, le génie et la politesse savante, qu'il admire chez les membres de l'Académie. Il mentionne également la grandeur de Louis le Grand, qui a fondé l'Académie pour promouvoir les sciences et les arts, et pour combattre l'hérésie par l'éducation et la culture. Magnin loue Arles pour son riche passé et ses contributions aux arts et aux sciences. Il conclut en exprimant son désir de s'améliorer et de mériter l'honneur qui lui a été accordé, en étudiant et en admirant les œuvres des membres de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 316-319
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Dame Aimée Eleonor de Plas, mourut en Auvergne le 28 du dernier [...]
Mots clefs :
Décès, Dame, Vertu, Pauvres, Ministre, Maisons, Curé, Abbé, Conseiller, Grand Chambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Dame Aimée Eleonor de
Plas , mourut en Auvergne
le 28. du dernier mois , aprés
avoir donné durant la vie &
GALANT. 317
à fa mort des marques folides
d'une vertu , & d'une
pieté confommée . Elle eſt
regretée de toute cette Province
, & fur tout des Pauvres
, à qui elle a toujours
fervy de mere. Elle eftoit
Femme de M. le Comte de
Rouffille - Fontanges , dont
l'antiquité de la Maiſon eft
affez connuë.
M. le Pelletier Miniftre
d'Eftat , & Controlleur general
des Finances , a perdu
un de Ms fes Fils au commencement
de ce mois. Il
eftoit dans une tres grande
Ddiij
218 MERCURE
devotion, & vouloit entierement
renoncer au monde ,
en fe confacrant à Dieu, dans
une des Maiſons les plus aufteres
qu'il y ait en France.
Peu de jours aprés mourut
Meffire Nicolas Mazure,
ancien Curé de l'Eglife de
Saint Paul, Docteur &Doyen
de la Faculté de Theologie
de Paris. Il eftoit Abbé de
Saint Jean en Vallée deChartres,
& avoit efte grand Maitre
de l'Oratoire de Sa Majetté.
M. Perrot de la Malmaifon
, Confeiller de la Grand'
GALANT. 319
Chambre , eſt mort dans ce
mefme temps en ſa 76 année.
Il eftoit Beaupere de
M. Barentin , premier Prefident
du Grand Confeil .
Plas , mourut en Auvergne
le 28. du dernier mois , aprés
avoir donné durant la vie &
GALANT. 317
à fa mort des marques folides
d'une vertu , & d'une
pieté confommée . Elle eſt
regretée de toute cette Province
, & fur tout des Pauvres
, à qui elle a toujours
fervy de mere. Elle eftoit
Femme de M. le Comte de
Rouffille - Fontanges , dont
l'antiquité de la Maiſon eft
affez connuë.
M. le Pelletier Miniftre
d'Eftat , & Controlleur general
des Finances , a perdu
un de Ms fes Fils au commencement
de ce mois. Il
eftoit dans une tres grande
Ddiij
218 MERCURE
devotion, & vouloit entierement
renoncer au monde ,
en fe confacrant à Dieu, dans
une des Maiſons les plus aufteres
qu'il y ait en France.
Peu de jours aprés mourut
Meffire Nicolas Mazure,
ancien Curé de l'Eglife de
Saint Paul, Docteur &Doyen
de la Faculté de Theologie
de Paris. Il eftoit Abbé de
Saint Jean en Vallée deChartres,
& avoit efte grand Maitre
de l'Oratoire de Sa Majetté.
M. Perrot de la Malmaifon
, Confeiller de la Grand'
GALANT. 319
Chambre , eſt mort dans ce
mefme temps en ſa 76 année.
Il eftoit Beaupere de
M. Barentin , premier Prefident
du Grand Confeil .
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès notables. Dame Aimée Eleonor de Plas, épouse du Comte de Rouffille-Fontanges, est décédée en Auvergne le 28 du dernier mois. Elle était reconnue pour sa vertu et sa piété, et était particulièrement appréciée des pauvres qu'elle considérait comme ses enfants. M. le Pelletier, Ministre d'État et Contrôleur général des Finances, a perdu un de ses fils au début du mois. Ce fils était très dévot et souhaitait se retirer dans une maison austère en France pour se consacrer à Dieu. Par ailleurs, Meffire Nicolas Mazure, ancien curé de l'Église de Saint-Paul, Docteur et Doyen de la Faculté de Théologie de Paris, est également décédé. Il occupait les fonctions d'Abbé de Saint-Jean-en-Vallée de Chartres et de grand Maître de l'Oratoire de Sa Majesté. Enfin, M. Perrot de la Malmaison, Conseiller à la Grand' Chambre, est mort à l'âge de 76 ans. Il était le beau-père de M. Barentin, premier Président du Grand Conseil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 181-195
Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. du dernier mois, Dame Elisabeth Gabrielle Françoise Rouxel [...]
Mots clefs :
Dame de Médavy, Serment, Parlement, Dignité, Abbaye de Remiremont, Assemblée, Fille, Baron, Princesse, Abbesse, Audiences, Érudition, Chapitre, Esprit, Vertu, Archevêque, Comte, Chanoinesses, Établissement, Doyenne, Habillement, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23. du dernier mois , Dame
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
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Résumé : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23 août 1685, Élisabeth Gabrielle Françoise Rouxel de Médavy a prêté serment au Parlement de Metz pour devenir Secrétaire ou Sacristine de l'Illustre Collège, Chapitre et Abbaye de Remiremont. Elle avait été élue lors de l'assemblée du 16 juillet précédent, suite à un arrêt du Parlement. Cette élection faisait suite au décès de Dame Anne de Malin de Luz, dernière Secrétaire, survenu en avril 1684 après 48 ans de service. La succession a été marquée par des conflits, notamment entre Madame la Princesse de Salm, abbesse de Remiremont, qui soutenait Madame Christine de Salm, sa nièce, et le Chapitre de Remiremont, qui avait élu Madame de Médavy. Après plusieurs audiences et plaidoiries, le procureur général Corberon a conclu en faveur de Madame de Médavy. Une nouvelle élection a été ordonnée le 15 septembre 1685, confirmant son élection. Madame de Médavy est issue d'une famille illustre, fille de Guillaume de Rouxel de Médavy, Comte de Marey, et de Marie d'Achey. L'Abbaye de Remiremont, fondée par Romaric au début du septième siècle, compte plus de cinquante dames de haute qualité. Le texte décrit également les vêtements et pratiques des dignitaires féminines, comme l'Abbesse, la Doyenne et la Secrétaire, qui portent des manteaux et des couvre-chefs spécifiques. Lors de la fête de l'Invention de Saint Étienne, les dames d'église participent à une procession vers la cathédrale Saint-Étienne de Metz, chantant un motet et suivant un ordre précis. Lors de la dernière procession, une grosse cloche est tombée, endommageant deux planchers et une voûte.
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8
p. 33-41
ELEGIE.
Début :
La Piece qui suit, renferme de nouveaux Eloges de Sa Majesté. / Affligé de ma peine, & du bien qui me suit, [...]
Mots clefs :
Éloges, Monarque, Repentir, Seigneurs, Peine, Blâmer, Esprit, Fortune, Soleil, Auguste, Louis le Grand, Bonheur, Vertu, Piété, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
La Piece qui fuit , renfer
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une pièce intitulée 'La Pièce qui fuit' écrite par M. de Cantenac, théologal de Seez. L'auteur exprime son regret de n'avoir pas dédié toute sa vie au service du roi, contrairement à ses actions antérieures où il servait des grands seigneurs. Il déplore sa situation actuelle, qualifiant sa vie de longue nuit de tristesse et de malheurs, qu'il attribue à son imprudence plutôt qu'à la fortune. L'auteur utilise une métaphore maritime pour illustrer la gestion de sa vie, regrettant de ne pas avoir suivi une voie plus sage. Il admire profondément le roi Louis XIV, soulignant ses victoires militaires et sa grandeur. Le roi est décrit comme un monarque puissant et juste, ayant soumis de nombreux peuples et établi son empire grâce à sa valeur et sa piété. Sa réputation inspire respect et admiration à travers le monde. L'auteur exprime également son désir ardent de servir le roi pour échapper à sa misère actuelle, affirmant que servir fidèlement son roi est la clé du bonheur et de la gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
s. p.
A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
Début :
MONSIEUR, Je croy que personne ne s'étonnera de voir [...]
Mots clefs :
Âge, Roi, Temps, Sang, Naissance, Jeune, Actions, Apprendre, Vertu, Duc de Beauvillier, Saint-Aignan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
A MONSIEUR
LE COMTE
DES.AIGNAN.
M
ONSIEUR
Je croy que perſonne ne
s'étonnera de voir voſtre
a ij
EPISTRE.
Nom à la teſte de cet Ouvrage.
Le Nom de S. Aignan
est trop fameux dans
l'Empire des Lettres , pour
ne ne se pas attirer l'hommage
de tous ceux qui en
font profeſſion. Vous fortés
d'un fangfameux par luymesme
, comme il l'est par
les plus grandes Alliances;
Vous comptés des Souverains
dans vostre Maiſon ,
& le Portugal , & la Savoye
font de grands témoins
de cette éclatante
EPISTRE.
verité. Quoy que vous
Soyez encore fort jeune ,
j'ay beaucoup à vous dire,
les perſonnes de vostre qualite
ont presques toûjours
l'esprit au- deſſus de leur
âge , parce que l'on trouve
moyen de leur apprendre
dés le berceau des choses
qui demanderoient un âge
plus avancê. Auffi Monfieur
l'on ne peut douter que
vos lumieres ne devancent
bien- toft vos années , &je
croy qu'il m'est permis de
EPISTRE.
vous dire que ſi en entrant
dans le monde , vous voulez
vous proposer degrands
exemples à fuiure , vous
devez d'abord jetter les
yeuxfurvostreAyeul LHiſtoire
vous apprendra qu'il
estoit Mestre de Camp
General de toute la Cavalerie
Legere de France , &
t'un des premiers aiſſallans
du fameux Carrousel , qui
futfait à la Place Royale
en réjouiſſance du mariage
de Louis XIII. Apres a-ه
EPISTRE.
(
voir examiné toutes ses actions
qui vous le feront
paroître aussi brave que
galant , fuivez la route
glorieuse que vous trouveres
tracée par vostre fang,
& regardez celuy dont
vous tenés la naiſſance
vous verrez qu'il a merité
parluy-mefme , autant que
parce qu'il doit àses illuftres
Ayeux , le haut rang
où il est élevé , & l'estime
d'un Monarque qui ne la
prodigue pas , & qu'il y
EPISTRE.
eft parvenu par tous les
degrés qui conduifent dans
le chemin de la gloire. Il
s'est signalé aux Combats
de Steimbrug , & de Vaudrevanges
, & à la retraite
de Mayence , où il fit des
chofes dignes d'immortaliferfon
nom. Il s'est trouvé
aux Sieges de Château
Porcien , de fainte Merehou
, & de Montmedy ; il
a triomphé devant Bourges
, pris le Fort de Baugy,
& confervé le Berry au
EPISTRE
Roy. Toutes ces actionsle
firent nommer Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté, & peu de
temps apres LieutenantGeneral
; &la mesme année
au fortir de dix Campagnes
, qu'il venoit d'achever
glorieusement , il amena
quatre cent Gentilshommes
au Roy , tous refolus
à repandre leur fang pour
ce Prince , à l'exemple de
leur Conducteur , qui dans
les temps difficiles leur as
EPISTRE
voit inspiré ce sentiment.
Il avoit alors la mesme a-
Etivité en courant aux dangers
pour lefervice de fon
Roy , qu'il en a fait paroître
pour ſes plaiſirs dansſes
Feftes galantes , & dans
fes Carrousels , &la même
ardeur pour les belles
Lettres qu'il a toûjours protegees
. La place qu'il tient
dans l'Academie Françoife,
& dans cellede Padouë ,
en est une marque auffibien
que le nom de ProteEPISTRE.
Eteur qu'il soutient avec
tant degloiredans l'Acade
mie Royale d'Arles. Je ne
dis rien icy deſon inviolable
fidelité pour le Roy. Elle a
paru dans toute la pureté
que l'on en pouvoit attendre
, puiſque rien n'a esté
capable de l'ébranler un
moment , dans un temps
qu'on nesçauroit croire aujourd'huy
qu'il ait eſté.
Lorsque vous aurez examiné
la glorieuse vie de
celuy dont vous devez imiEPISTRE.
fer toutes les actions , jettez
les yeux fur les modeſtes
vertusde celle dont vous
tenés une partie du fang
qui vous a formé. Vous
la verrez briller par ces
feuls endroits,fuirla pompe
de la Courfans la mépriſer,
nes'attacherqu'aux
Autels,& ne regarder que
L'illustre Epoux que le Ciel
luy a donné. Comme les
exemplesqui nous doivent
toucher , ont beaucoup de
force pour porter à la vertu
EPISTRE.
tu , fi vous voulez, Mon
fieur, devenir parfaitement
honneste homme , & vous
acquerir une estime generale
, regardés , examinés.
& imités Monsieur le
Duc de Beauviliers . On
vous dira que dans un
âge fait pour les plaisirs ,
environné de toute la jeune
Noblesse de la Cour
dont l'exemple pouvoit eſtre
dangereux , il s'est toujours
distingué par sa moderation
, parsa vertu ,&par
:
1
EPISTRE
une ſageſſe qui luy a fait
meriter des Emplois , qui
avoient juſques icy paru
au- deſſus des personnes de
fon âge. Je ne doute point,
Monsieur , qu'avec de pareilsfecours,
vous nefaffiez
compter vosvertus bien plûtoft
que vos années. Ce
qu'on voit faire de glorieux
au sang dont on a l'avantage
defortir,frape beaucoup,&
perfuade plus que
Les vertus étrangeres. Vous
avez d'ailleurs le bonheur
L
EPISTRE .
d'estre né dans un temps
où les vertus du Roy l'ont
élevé dans un fi haut degre
de gloire , qu'à peine la
peut- on concevoir , & comme
vostre naiſſance vous
doit acquerir le Privilege
d'eſtre ſouvent témoin des
actions qui luyferoient chaque
jour meriter le furnom
de Grand , fi toute la terre
ne le luy avoit pas déja
donné , la justice qu'il rend
vous apprendra à tous
و
que vostre qualité ne vous
é ij
EPISTRE
doit pas empecher de la
rendre à tous ceux à qui
vous la devrez , fa prudence
vous fera connoître
que rien n'est plus neceffaire
aux hommes que cette
vertu dans quelque élevation
qu'ils foient , la ma
niere dont il garde ſon fe
2 cret , & celuy des autres
vous fera voir de quelle utilité
le fecret est dans la
vie , lors qu'on le garde
pourses propres affaires, &
que celuy d'autruy n'est
EPISTRE
point à nous , puisqu'un fi
grandRoy nerevellejamais
les fecrets qu'il a souhaité
desçavoir. La clemence de
ce Monarque vous apprendra
à pardonner , fa douceur
à estre humain , & à
n'avoir jamais d'emportement
, fa bonté à excufer
les defauts d'autruy ,fa-vigilance
à ne vous point
laiſſer ſurprendre , fa libe
ralité à n'eſtre point avare
, & à faire du bien,fa
fermeté à ne vous étonner
é ij
EPISTRE.
de rien quand la justice
fera pour vous , &sa pietéàvivre
en honneste homme
, & en vray Chrétien .
Pendant que vous verrez
pratiquer ces vertus, au
Roy , voſtre âge ,& vostre
naiſſance vous permettent
on meſme temps de voir de
pres de quelle maniere une
grande Princeffe , dont l'ef
prit est aussi élevé que sa
naiſſance &fon rang , t
dont le goût est d'une juf
teffe admirable,lesfait inEPISTRE
!
Sinuer à Monseigneur te
Duc de Bourgogne. Il est
vray que ce jeune Prince
n'est pas encore non plus
que vous en âge de lespratiquer,
mais il en retient du
moins quelques - unes , qui
avec le temps ferant encore
plus d'impreffion fur fon
ofprit. Cependant voyez le
tout remply de la boüillante
, & genereuse ardeur
qu'il tient de fon fang ,ne
respirer que le bruit de la
Guerre,faire faire l'ExerEPISTRE
cice , & nommer les Offi
ciers aux Gardes par leur
nom , ce qui fait voir que
la plus grande partie luy
en est déja connuë . Profités
, Monsieur , de tant de
choſes avantageuses. Vous
avez deja donné desmarques
que vous ne manquerez
pas du coſté du coeurs
à peinesçaviez - vous prononcer
quelques paroles,
qu'ayant vu saigner Madame
la Ducheffe vostre
mere , vous vous fentites
EPISTRE. 4
ausfi- toſt émů de colere à
la veuë de fon sang , &
cherchâtes vostre epée pour
punir celuy qui l'avoit fait
couler. Ainsi, Monsieur
je n'ay rien à dire du cofté
de la valeur ; & l'on
connoît affez par ces genereux
commencemens , que
vous ne laiſſerés pas v ſtre
épée inutile ; du reste attachés
vous ſouvent à regarder
les exemples que
vous fourniſſent vos Maiftres,&
vostre fang;faites
EPISTRE.
2
en ſouvent une étude particuliere
, &foyez perfuadé
qu'en les ſuivant , vous
remplirés dignement , &
avec éclat la carriere où
vous entrerés bien- toft. Ce
fera alors que vous me
fournirés de grands fujets
de parler de vous , & de
vous marquer ſouvent que
jefuis ,
MONSIEVR,
Vottretres-humble & tres -obeïſſant
Serviteur , DEVIZE .
LE COMTE
DES.AIGNAN.
M
ONSIEUR
Je croy que perſonne ne
s'étonnera de voir voſtre
a ij
EPISTRE.
Nom à la teſte de cet Ouvrage.
Le Nom de S. Aignan
est trop fameux dans
l'Empire des Lettres , pour
ne ne se pas attirer l'hommage
de tous ceux qui en
font profeſſion. Vous fortés
d'un fangfameux par luymesme
, comme il l'est par
les plus grandes Alliances;
Vous comptés des Souverains
dans vostre Maiſon ,
& le Portugal , & la Savoye
font de grands témoins
de cette éclatante
EPISTRE.
verité. Quoy que vous
Soyez encore fort jeune ,
j'ay beaucoup à vous dire,
les perſonnes de vostre qualite
ont presques toûjours
l'esprit au- deſſus de leur
âge , parce que l'on trouve
moyen de leur apprendre
dés le berceau des choses
qui demanderoient un âge
plus avancê. Auffi Monfieur
l'on ne peut douter que
vos lumieres ne devancent
bien- toft vos années , &je
croy qu'il m'est permis de
EPISTRE.
vous dire que ſi en entrant
dans le monde , vous voulez
vous proposer degrands
exemples à fuiure , vous
devez d'abord jetter les
yeuxfurvostreAyeul LHiſtoire
vous apprendra qu'il
estoit Mestre de Camp
General de toute la Cavalerie
Legere de France , &
t'un des premiers aiſſallans
du fameux Carrousel , qui
futfait à la Place Royale
en réjouiſſance du mariage
de Louis XIII. Apres a-ه
EPISTRE.
(
voir examiné toutes ses actions
qui vous le feront
paroître aussi brave que
galant , fuivez la route
glorieuse que vous trouveres
tracée par vostre fang,
& regardez celuy dont
vous tenés la naiſſance
vous verrez qu'il a merité
parluy-mefme , autant que
parce qu'il doit àses illuftres
Ayeux , le haut rang
où il est élevé , & l'estime
d'un Monarque qui ne la
prodigue pas , & qu'il y
EPISTRE.
eft parvenu par tous les
degrés qui conduifent dans
le chemin de la gloire. Il
s'est signalé aux Combats
de Steimbrug , & de Vaudrevanges
, & à la retraite
de Mayence , où il fit des
chofes dignes d'immortaliferfon
nom. Il s'est trouvé
aux Sieges de Château
Porcien , de fainte Merehou
, & de Montmedy ; il
a triomphé devant Bourges
, pris le Fort de Baugy,
& confervé le Berry au
EPISTRE
Roy. Toutes ces actionsle
firent nommer Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté, & peu de
temps apres LieutenantGeneral
; &la mesme année
au fortir de dix Campagnes
, qu'il venoit d'achever
glorieusement , il amena
quatre cent Gentilshommes
au Roy , tous refolus
à repandre leur fang pour
ce Prince , à l'exemple de
leur Conducteur , qui dans
les temps difficiles leur as
EPISTRE
voit inspiré ce sentiment.
Il avoit alors la mesme a-
Etivité en courant aux dangers
pour lefervice de fon
Roy , qu'il en a fait paroître
pour ſes plaiſirs dansſes
Feftes galantes , & dans
fes Carrousels , &la même
ardeur pour les belles
Lettres qu'il a toûjours protegees
. La place qu'il tient
dans l'Academie Françoife,
& dans cellede Padouë ,
en est une marque auffibien
que le nom de ProteEPISTRE.
Eteur qu'il soutient avec
tant degloiredans l'Acade
mie Royale d'Arles. Je ne
dis rien icy deſon inviolable
fidelité pour le Roy. Elle a
paru dans toute la pureté
que l'on en pouvoit attendre
, puiſque rien n'a esté
capable de l'ébranler un
moment , dans un temps
qu'on nesçauroit croire aujourd'huy
qu'il ait eſté.
Lorsque vous aurez examiné
la glorieuse vie de
celuy dont vous devez imiEPISTRE.
fer toutes les actions , jettez
les yeux fur les modeſtes
vertusde celle dont vous
tenés une partie du fang
qui vous a formé. Vous
la verrez briller par ces
feuls endroits,fuirla pompe
de la Courfans la mépriſer,
nes'attacherqu'aux
Autels,& ne regarder que
L'illustre Epoux que le Ciel
luy a donné. Comme les
exemplesqui nous doivent
toucher , ont beaucoup de
force pour porter à la vertu
EPISTRE.
tu , fi vous voulez, Mon
fieur, devenir parfaitement
honneste homme , & vous
acquerir une estime generale
, regardés , examinés.
& imités Monsieur le
Duc de Beauviliers . On
vous dira que dans un
âge fait pour les plaisirs ,
environné de toute la jeune
Noblesse de la Cour
dont l'exemple pouvoit eſtre
dangereux , il s'est toujours
distingué par sa moderation
, parsa vertu ,&par
:
1
EPISTRE
une ſageſſe qui luy a fait
meriter des Emplois , qui
avoient juſques icy paru
au- deſſus des personnes de
fon âge. Je ne doute point,
Monsieur , qu'avec de pareilsfecours,
vous nefaffiez
compter vosvertus bien plûtoft
que vos années. Ce
qu'on voit faire de glorieux
au sang dont on a l'avantage
defortir,frape beaucoup,&
perfuade plus que
Les vertus étrangeres. Vous
avez d'ailleurs le bonheur
L
EPISTRE .
d'estre né dans un temps
où les vertus du Roy l'ont
élevé dans un fi haut degre
de gloire , qu'à peine la
peut- on concevoir , & comme
vostre naiſſance vous
doit acquerir le Privilege
d'eſtre ſouvent témoin des
actions qui luyferoient chaque
jour meriter le furnom
de Grand , fi toute la terre
ne le luy avoit pas déja
donné , la justice qu'il rend
vous apprendra à tous
و
que vostre qualité ne vous
é ij
EPISTRE
doit pas empecher de la
rendre à tous ceux à qui
vous la devrez , fa prudence
vous fera connoître
que rien n'est plus neceffaire
aux hommes que cette
vertu dans quelque élevation
qu'ils foient , la ma
niere dont il garde ſon fe
2 cret , & celuy des autres
vous fera voir de quelle utilité
le fecret est dans la
vie , lors qu'on le garde
pourses propres affaires, &
que celuy d'autruy n'est
EPISTRE
point à nous , puisqu'un fi
grandRoy nerevellejamais
les fecrets qu'il a souhaité
desçavoir. La clemence de
ce Monarque vous apprendra
à pardonner , fa douceur
à estre humain , & à
n'avoir jamais d'emportement
, fa bonté à excufer
les defauts d'autruy ,fa-vigilance
à ne vous point
laiſſer ſurprendre , fa libe
ralité à n'eſtre point avare
, & à faire du bien,fa
fermeté à ne vous étonner
é ij
EPISTRE.
de rien quand la justice
fera pour vous , &sa pietéàvivre
en honneste homme
, & en vray Chrétien .
Pendant que vous verrez
pratiquer ces vertus, au
Roy , voſtre âge ,& vostre
naiſſance vous permettent
on meſme temps de voir de
pres de quelle maniere une
grande Princeffe , dont l'ef
prit est aussi élevé que sa
naiſſance &fon rang , t
dont le goût est d'une juf
teffe admirable,lesfait inEPISTRE
!
Sinuer à Monseigneur te
Duc de Bourgogne. Il est
vray que ce jeune Prince
n'est pas encore non plus
que vous en âge de lespratiquer,
mais il en retient du
moins quelques - unes , qui
avec le temps ferant encore
plus d'impreffion fur fon
ofprit. Cependant voyez le
tout remply de la boüillante
, & genereuse ardeur
qu'il tient de fon fang ,ne
respirer que le bruit de la
Guerre,faire faire l'ExerEPISTRE
cice , & nommer les Offi
ciers aux Gardes par leur
nom , ce qui fait voir que
la plus grande partie luy
en est déja connuë . Profités
, Monsieur , de tant de
choſes avantageuses. Vous
avez deja donné desmarques
que vous ne manquerez
pas du coſté du coeurs
à peinesçaviez - vous prononcer
quelques paroles,
qu'ayant vu saigner Madame
la Ducheffe vostre
mere , vous vous fentites
EPISTRE. 4
ausfi- toſt émů de colere à
la veuë de fon sang , &
cherchâtes vostre epée pour
punir celuy qui l'avoit fait
couler. Ainsi, Monsieur
je n'ay rien à dire du cofté
de la valeur ; & l'on
connoît affez par ces genereux
commencemens , que
vous ne laiſſerés pas v ſtre
épée inutile ; du reste attachés
vous ſouvent à regarder
les exemples que
vous fourniſſent vos Maiftres,&
vostre fang;faites
EPISTRE.
2
en ſouvent une étude particuliere
, &foyez perfuadé
qu'en les ſuivant , vous
remplirés dignement , &
avec éclat la carriere où
vous entrerés bien- toft. Ce
fera alors que vous me
fournirés de grands fujets
de parler de vous , & de
vous marquer ſouvent que
jefuis ,
MONSIEVR,
Vottretres-humble & tres -obeïſſant
Serviteur , DEVIZE .
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Résumé : A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
L'épître est adressée à Monsieur le Comte des Aignan et exprime l'admiration de l'auteur pour la renommée littéraire et les alliances prestigieuses de la famille du Comte. L'auteur reconnaît la jeunesse du Comte tout en soulignant son esprit mature et ses lumières précoces. Il encourage le Comte à suivre l'exemple de son aïeul, qui fut Maître de Camp Général de la Cavalerie Légère de France et participa au célèbre Carrousel de la Place Royale pour le mariage de Louis XIII. L'aïeul se distingua par sa bravoure et sa galanterie lors des combats de Steimbrug, de Vaudrevanges, et de la retraite de Mayence, ainsi que lors des sièges de Château Porcien, Sainte Mèrehou, et Montmedy. Après dix campagnes glorieuses, il fut nommé Maréchal des Camps et Armées du Roi et Lieutenant Général. L'aïeul était également connu pour sa fidélité inviolable envers le Roi et son engagement dans les lettres, ayant des places à l'Académie Française et à celle de Padoue. L'épître invite le Comte à imiter les vertus de ses ancêtres et à suivre les exemples de modération, de vertu, et de sagesse du Duc de Beauvilliers. Elle met en avant les vertus du Roi, telles que la justice, la prudence, la clémence, la douceur, la bonté, la vigilance, la libéralité, la fermeté, et la piété, que le Comte peut observer et imiter. Enfin, l'auteur encourage le Comte à profiter de son environnement et de son éducation pour devenir un homme vertueux et honorable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 49-75
EPITRE à Madame D**** sur le veritable Amour.
Début :
Du faux encens dédaigneuse ennemie, [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Vertu, Paix, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à Madame D**** sur le veritable Amour.
EPITRE
à Madame D ****
fur le veritable Amour.
Dufaux encens dédaigneuſe
ennemie
Qui dans le vray par l'e.
xemple affermic ,
Sçavez fi bien de tout éloge
plat ,
Diftinguer l'art d'un pinceau
délicat :
Sage Uranie , en qui le don
de plaire ,
Février 1711. Bb
50 PIECES
Eft joint au don de hair le
vulgaire ,
De démêler , libre en vos
fentimens ,
Les préjugez de fes faux
jugemens ;
Et d'abhorrer ces loüanges
guindées ,
Qui n'ont d'appuy que fes
folles idées :
Si quelqu'Auteur pour vous
faire fa cour ,
S'imaginant avoir pris un
beau tour
Vous décrivoit dans fes
peintures feiches ,
" Le Dieu d'Amour , fon carFUGITIVES.
St
quois , & fes fléches :
De la raifon ennemy
langoureux
,
Et de nos fens enchanteur
doucereux ,
Vous déploiant ces lieux
communs poftiches ,
Dont l'Opera brode fes
hemiſtiches :
Sur ce tableau frivolement
conceù ,
Probablement il feroit mal
receu ,
De vous chanter en rimes
indifcretes ,
Que cet Amour ne fe plaît
qu'où vous cftes ;
Bb ij
52 PIECES
Qu'il regne en vous , qu'il
fuit par tout vos pas ,
Et qu'il languit où l'on ne
vous voit pas.
Mais fi quelqu'un plus fage
& plus habile
Vous dépeignoit d'un
crayon moins fterile
Le même Amour
, non tel
qu'on l'avoit feint
Mais en effet , tel qu'il doit
eftre peint
:
Tel qu'autrefois l'ont vŷ
nos premiers fages ,
Lors qu'au Parnaffe attirang
leurs hommages ,
FUGITIVES . 53
cux de guirlan- Le Dieu
par
des orné ,
Fût dans la Grece en triomphe
amené ;
Si pourfuivant cette noble
peinture >
Il vous traçoit d'une main
libre & feure ,
Ces vifs rayons , ces fublimes
ardeurs
Ce feu divin qu'il répand
dans les coeurs ,
Dont la fplendeur les éclaire
& les guide
Dans les fentiers de la vertu
folide :
Vous faifant voir affis à fon
côté Bb iij
54
PIECES
L'Honneur , la Paix , la Vertu
, l'Equité ;
Peut -être alors à le bannir
moins prompte
Vous fouffririez , fans rougeur
, & fans honte ,
Que ce Dieu vint embellir
vôtre Cour :
Connoiffez donc ce que c'eſt
que l'Amour ;
Et deformais l'ame débarafféc
Des préjugez d'une troupe
infenfée ,
Qui ne l'a peint que fous de
faux portraits
;
Gardons nous bien d'en
FUGITIVES .
juger fur leurs traits
De le confondre avec ce
Dieu frivole ,
De qui l'erreur nous a fait
une Idole
Et qui n'épand que des feux
criminels.
Ces deux rivaux ennemis
érernels ,
L'un fils du Ciel ; l'autre né
de la Terre ,
Se font entre eux une immortelle
guerre ;
Plus fignalez en leur divifion
,
Que les Heros de Grece ,
& d'llion.
Bb iiij
66 PIECES
Quelqu'un peut - eftre à ce
début miſtique ,
Va me traiter de cerveau
fanatique
Et me voyant monter fur
ce haut ton >
Traiter l'Amour en ftile de
Platon ,
M'objectera qu'une jeune
Heroïne ,
Mériteroit un peu moins
de doctrine .
Mais fans répondre à ce
langage vain
Laiffons - le en paix fon
Cyrus à la main :
De nos raifons l'ame peu
combatue
,
FUGITIVES . 7
Du Dieu d'Amour encen
fer la ftatuë ,
Et poursuivons nos propos
commencez .
Jadis fans choix les humains
difperfez ,
Troupe feroce & nourrie au
carnage ,
Du feul inftinct fuivoient
la loy fauvage:
Se renfermoient dans les
autres cachez ;
Et des forêts par la faim
arrachez ,
Alloient errans au gré de la
nature
Avec les Ours difputer la
pâture.
58 PIECES
De ce cahos l'Amour répara
teur
Fût de leurs loix le premier
fondateur.
Il fçait fléchir leurs humeurs
indociles..
Les réunit dans l'enceinte
des Villes.
Leur enfeigna le fecours- des
moiffons
,
Des premiers arts leur donna
des leçons ,
Chez eux logea l'amitié fecourable
,
Avec la paix fa foeur infeparable:
› Et
devant tout dans les
terreftres
lieux
FUGITIVES
. 59
Fit refpecter
l'autorité
des
Dieux .
Tel fut ici le fiecle de Ci
belle
;
Mais à ce Dieu la Terre enfin
rebelle
Se rebuta d'une fi douce
Loy ,
Et de fes mains voulut fe
faire un Roy.
Tout auffi toft , évoqué par
la haine ;
Sort de fes flancs un montre
àforme humaine ,
Refte dernier de ces affreux
Tiphons ,
Jadis formé dans des gouffres
profonds ;
PIECES
D'un foible
enfant il a le
front
timide ,
Dans fes
yeux
brille une
douceur
perfide ,
Nouveau
Prothée à
toute
heure , en
tous lieux ,
Sous un
faux
mafque il a
bufe nos
yeux.
Dabord
voilé
d'une
crainte
ingenuë ,
Humble ,
captif, il
tremble,
il
s'infinuë ,
Puis tout à
coup
imperieux
vainqueur
Porte le
trouble &
l'effroy
dans le
coeur ;
Les
trahifons , la
noire tirannie
,
FUGITIVES. GE
Le
defefpoir , la peur , l'i
gnominic ,
Et le tumulte au regard effaré
Suivent fon char de foupçons
entouré.
Ce fut fur lui que la Terre
ennemic
De fa revolte appuya l'infamic
,
Bientoft feduits par les trom
peurs appas
Les fols humains marcherent
fur fes pas.
L'Amour par lui dépouillé
de puiffance
Remonte au Ciel ſéjour de
fa naiffance ,
62
PIECES
Et las de voir l'homme
fourd à fa voix ,
Il l'abandonne à fon malheureux
choix .
Alors enflé d'une nouvelle
audace ,
L'ufurpateur prend fon
nom & fa place :
Et fous ce nom l'erreur de
toutes parts
Fait ici bas , voler fes Etendarts
.
C'eft de ce temps que nous
vîmes éclore
Tous les malheurs envoyez
par Pandore ,
La jaloufic allumant fes flambeaux
FUGITIVES. 63
Creufa dés lors mille horribles
tombeaux ;
Et des forfaits de plus d'une
Medée
Plus d'un climat vit fa rive
innondée .
Un fiecle à l'autre enviant
Les furcurs
Imagina de nouvelles horreurs
;
Chaque âge vit augmen
ter fes miferes ,
Et nos ayeux plus méchans
que leurs peres ,
Nous firent naiſtre encor
plus méchans qu'eux ,
Bientoft fuivis par de pires
neveux.
64
-PIECES
Enfin le Ciel touché de nos
difgraces
Se réfolut d'en effacer les
traces ,
Et tous les Dieux convinrent
que l'Amour
Fut renvoyé dans ce mortel
fejour :
Chacun s'en forme un agreable
augure
,
Le feul Amour,l'Amour ſcul
en murmure.
Qu'a t- il commis, pourquoi
feul immolé
D'entre les Dieux fera t- il
exilé ?
Quittera til ces demeures
heureuſes,
FUGITIVES . 65
Ces regions pures & lumineufes
,
Sejour brillant de gloire &
de clarté ,
Lieux confacrez à la felicité,
Aux doux plaiſirs enfans de
l'innocence ,
Plaifirs qu'échauffe & nourrit
fa prefence ,
Vifs fans tumulte , éternels
fans ennuy
,
Et que les Dieux ne tiennent
que de lui ?
Quoi , difoit- il , de la troupe
celefte ,
J'irai defcendre en un ſejour
funeſte ?
Février
1711.
Cc
66 PIECES
Où l'impudence étale un
front ferain ,
Où les mortels au vifage
d'airain ,
De mon fantôme eſcortant
les bannieres ,
De
l'innocence ont
rompu
les barrieres ;
Et qui d'entr'eux voudra
fuivre mes pas ?
Amour , amour ne vous allarmez
pas
Venez à moi , je connois un
azile ,
Dont les vertus ont fait leur
domicile :
Un feur rempart , un lieu de
qui jamais
FUGITIVES. 67
Nos ennemis ne troubleront
la
paix .
Celui qui regne en ce ſejour
propice ,
En a banny le coupable artifice
,
La perfidie au coup d'oeil
emprunté ,
Et la malice au rire concerté
:
Amour dit vrai, candeur hereditaire
,
Dés le berceau marqua fon
caractere ,
!
Nourry formé
par
doctes foeurs ;
les neuf
Ainfi des arts épris de leurs
douceurs Ccij
68 PIECES
Le Dieu du Pinde & la fage
Minerve ,
De leurs trefors l'ont comblé
fans referve ;
Dans ce réduit des Mufes
habité
Prefide encore une divinité :
Car la beauté dont les Dieux'
l'ont formée,
D'un moindre nom feroit
trop prohanée.
Un doux accueil , un modefte
enjouëment {
Préte à fes traits un nouvel
agrément ;
D'Enfans aîlez une troupe
fidelle ,
FUGITIVES. 69
JPlaifirs
, Amours voltigent
autour d'elle ,
Et fans effort prés d'elle
retenus ,
Pour la fervir ont oublié
Venus.
Non , non Amour ce n'eft
point à Cithere ,
Ny dans les bois qu'Amatonthe
révere ,
Qu'il faut chercher & les
jeux & les ris ? 7
Si vous voulez de vos freres
cheris ;
Revoir un jour la troupe
réünic ,
N'hefitez point , volez chez
Uranic.
70 PIECES
Mais à qui vais - je étaler ces
propos ,
Puis -je penfer qu'un Dicu
qui du cahos ,
Débarafla cette machine
ronde >
Qui voit , qui meut tous les
eftres du monde ,
De fes refforts & l'ame &
l'inftrument
Puiffe ignorer fon plus bel
ornement !
Déja porté fur les ailes
d'Eole
,
Du haut des Cieux je le vois
qui s'envole ,
Plus glorieux d'obéïr en ſa
cour >
FUGITIVES. 71
Que de regner au celefte
féjour .
Confervez bien genereufe
Uranic ,
Ce Dieu puiffant ce celeſte
genie ,
Ame du monde , Auteur
de tous les biens ,
Par qui brifant les terreftres
liens ,
D'un vol hardi nos ames
élancées ,
Jufques au Ciel élévent leurs
penſées
;
Sans fa beauté, fans fes dons
precieux ,
La vertu même eft moins
belle ànos yeux
72 PIECES
Ila produit fous d'heureux
caracteres ,
La dépouillant de fes rides
feveres ,
De qui l'afpest effrayant
les mortels ,
Leur fait fouvent deferter
fes Autels ,
De fon flambeau les flammes
immortelles ,
Jettent en nous ces vives
éteincelles
,
Dont autrefois les Heros
embrafez ,
Malgré la mort fe font
éternifez
;
Cette chaleur fi promte & fi
rapide ,
Sceut
FUGITIVES 7
Sceut échauffer un Thefée ,
un Alcide ,
Arma leurs bras pour calmer
l'Univers ,
Et pour vanger l'équité
mife aux fers .
Telle eft l'ardeur dont ce
Dieu nous enflame .
Tel eft le feu qu'il alluma
dans l'ame ,
De ce Heros aux triomphes
inftruit
>
Dont vous tenez la clarté
qui vous luit ;
}
C'est cet amour impatient
de gloire ,
Février 1711 Dd
44 PIECES
Qui tant de fois affûra la
memoire
,
Luy fic braver les feux & le
trépas ,
Luy fit chercher la guerre
& les combats :
De Jupiter allumant le tonnere
,
Brifer l'orgueil des enfans
de la terre
,
Contre leur rage armer nos
boulevarts ,
Er foudroyer leurs plus fermės
remparts.
Puiffe-t- il voir les nombreu .
ſes années
Toûjours de gloire &
d'honneurs couronnées ,
FUGITIVES 7
Et quand la Paix reviendra
parmi nous,
Se confacrer à des travaux
plus doux:
Non moins heureux fous
l'Empire de Rhée
Que quand la terre à Bellonne
eft livrée.
à Madame D ****
fur le veritable Amour.
Dufaux encens dédaigneuſe
ennemie
Qui dans le vray par l'e.
xemple affermic ,
Sçavez fi bien de tout éloge
plat ,
Diftinguer l'art d'un pinceau
délicat :
Sage Uranie , en qui le don
de plaire ,
Février 1711. Bb
50 PIECES
Eft joint au don de hair le
vulgaire ,
De démêler , libre en vos
fentimens ,
Les préjugez de fes faux
jugemens ;
Et d'abhorrer ces loüanges
guindées ,
Qui n'ont d'appuy que fes
folles idées :
Si quelqu'Auteur pour vous
faire fa cour ,
S'imaginant avoir pris un
beau tour
Vous décrivoit dans fes
peintures feiches ,
" Le Dieu d'Amour , fon carFUGITIVES.
St
quois , & fes fléches :
De la raifon ennemy
langoureux
,
Et de nos fens enchanteur
doucereux ,
Vous déploiant ces lieux
communs poftiches ,
Dont l'Opera brode fes
hemiſtiches :
Sur ce tableau frivolement
conceù ,
Probablement il feroit mal
receu ,
De vous chanter en rimes
indifcretes ,
Que cet Amour ne fe plaît
qu'où vous cftes ;
Bb ij
52 PIECES
Qu'il regne en vous , qu'il
fuit par tout vos pas ,
Et qu'il languit où l'on ne
vous voit pas.
Mais fi quelqu'un plus fage
& plus habile
Vous dépeignoit d'un
crayon moins fterile
Le même Amour
, non tel
qu'on l'avoit feint
Mais en effet , tel qu'il doit
eftre peint
:
Tel qu'autrefois l'ont vŷ
nos premiers fages ,
Lors qu'au Parnaffe attirang
leurs hommages ,
FUGITIVES . 53
cux de guirlan- Le Dieu
par
des orné ,
Fût dans la Grece en triomphe
amené ;
Si pourfuivant cette noble
peinture >
Il vous traçoit d'une main
libre & feure ,
Ces vifs rayons , ces fublimes
ardeurs
Ce feu divin qu'il répand
dans les coeurs ,
Dont la fplendeur les éclaire
& les guide
Dans les fentiers de la vertu
folide :
Vous faifant voir affis à fon
côté Bb iij
54
PIECES
L'Honneur , la Paix , la Vertu
, l'Equité ;
Peut -être alors à le bannir
moins prompte
Vous fouffririez , fans rougeur
, & fans honte ,
Que ce Dieu vint embellir
vôtre Cour :
Connoiffez donc ce que c'eſt
que l'Amour ;
Et deformais l'ame débarafféc
Des préjugez d'une troupe
infenfée ,
Qui ne l'a peint que fous de
faux portraits
;
Gardons nous bien d'en
FUGITIVES .
juger fur leurs traits
De le confondre avec ce
Dieu frivole ,
De qui l'erreur nous a fait
une Idole
Et qui n'épand que des feux
criminels.
Ces deux rivaux ennemis
érernels ,
L'un fils du Ciel ; l'autre né
de la Terre ,
Se font entre eux une immortelle
guerre ;
Plus fignalez en leur divifion
,
Que les Heros de Grece ,
& d'llion.
Bb iiij
66 PIECES
Quelqu'un peut - eftre à ce
début miſtique ,
Va me traiter de cerveau
fanatique
Et me voyant monter fur
ce haut ton >
Traiter l'Amour en ftile de
Platon ,
M'objectera qu'une jeune
Heroïne ,
Mériteroit un peu moins
de doctrine .
Mais fans répondre à ce
langage vain
Laiffons - le en paix fon
Cyrus à la main :
De nos raifons l'ame peu
combatue
,
FUGITIVES . 7
Du Dieu d'Amour encen
fer la ftatuë ,
Et poursuivons nos propos
commencez .
Jadis fans choix les humains
difperfez ,
Troupe feroce & nourrie au
carnage ,
Du feul inftinct fuivoient
la loy fauvage:
Se renfermoient dans les
autres cachez ;
Et des forêts par la faim
arrachez ,
Alloient errans au gré de la
nature
Avec les Ours difputer la
pâture.
58 PIECES
De ce cahos l'Amour répara
teur
Fût de leurs loix le premier
fondateur.
Il fçait fléchir leurs humeurs
indociles..
Les réunit dans l'enceinte
des Villes.
Leur enfeigna le fecours- des
moiffons
,
Des premiers arts leur donna
des leçons ,
Chez eux logea l'amitié fecourable
,
Avec la paix fa foeur infeparable:
› Et
devant tout dans les
terreftres
lieux
FUGITIVES
. 59
Fit refpecter
l'autorité
des
Dieux .
Tel fut ici le fiecle de Ci
belle
;
Mais à ce Dieu la Terre enfin
rebelle
Se rebuta d'une fi douce
Loy ,
Et de fes mains voulut fe
faire un Roy.
Tout auffi toft , évoqué par
la haine ;
Sort de fes flancs un montre
àforme humaine ,
Refte dernier de ces affreux
Tiphons ,
Jadis formé dans des gouffres
profonds ;
PIECES
D'un foible
enfant il a le
front
timide ,
Dans fes
yeux
brille une
douceur
perfide ,
Nouveau
Prothée à
toute
heure , en
tous lieux ,
Sous un
faux
mafque il a
bufe nos
yeux.
Dabord
voilé
d'une
crainte
ingenuë ,
Humble ,
captif, il
tremble,
il
s'infinuë ,
Puis tout à
coup
imperieux
vainqueur
Porte le
trouble &
l'effroy
dans le
coeur ;
Les
trahifons , la
noire tirannie
,
FUGITIVES. GE
Le
defefpoir , la peur , l'i
gnominic ,
Et le tumulte au regard effaré
Suivent fon char de foupçons
entouré.
Ce fut fur lui que la Terre
ennemic
De fa revolte appuya l'infamic
,
Bientoft feduits par les trom
peurs appas
Les fols humains marcherent
fur fes pas.
L'Amour par lui dépouillé
de puiffance
Remonte au Ciel ſéjour de
fa naiffance ,
62
PIECES
Et las de voir l'homme
fourd à fa voix ,
Il l'abandonne à fon malheureux
choix .
Alors enflé d'une nouvelle
audace ,
L'ufurpateur prend fon
nom & fa place :
Et fous ce nom l'erreur de
toutes parts
Fait ici bas , voler fes Etendarts
.
C'eft de ce temps que nous
vîmes éclore
Tous les malheurs envoyez
par Pandore ,
La jaloufic allumant fes flambeaux
FUGITIVES. 63
Creufa dés lors mille horribles
tombeaux ;
Et des forfaits de plus d'une
Medée
Plus d'un climat vit fa rive
innondée .
Un fiecle à l'autre enviant
Les furcurs
Imagina de nouvelles horreurs
;
Chaque âge vit augmen
ter fes miferes ,
Et nos ayeux plus méchans
que leurs peres ,
Nous firent naiſtre encor
plus méchans qu'eux ,
Bientoft fuivis par de pires
neveux.
64
-PIECES
Enfin le Ciel touché de nos
difgraces
Se réfolut d'en effacer les
traces ,
Et tous les Dieux convinrent
que l'Amour
Fut renvoyé dans ce mortel
fejour :
Chacun s'en forme un agreable
augure
,
Le feul Amour,l'Amour ſcul
en murmure.
Qu'a t- il commis, pourquoi
feul immolé
D'entre les Dieux fera t- il
exilé ?
Quittera til ces demeures
heureuſes,
FUGITIVES . 65
Ces regions pures & lumineufes
,
Sejour brillant de gloire &
de clarté ,
Lieux confacrez à la felicité,
Aux doux plaiſirs enfans de
l'innocence ,
Plaifirs qu'échauffe & nourrit
fa prefence ,
Vifs fans tumulte , éternels
fans ennuy
,
Et que les Dieux ne tiennent
que de lui ?
Quoi , difoit- il , de la troupe
celefte ,
J'irai defcendre en un ſejour
funeſte ?
Février
1711.
Cc
66 PIECES
Où l'impudence étale un
front ferain ,
Où les mortels au vifage
d'airain ,
De mon fantôme eſcortant
les bannieres ,
De
l'innocence ont
rompu
les barrieres ;
Et qui d'entr'eux voudra
fuivre mes pas ?
Amour , amour ne vous allarmez
pas
Venez à moi , je connois un
azile ,
Dont les vertus ont fait leur
domicile :
Un feur rempart , un lieu de
qui jamais
FUGITIVES. 67
Nos ennemis ne troubleront
la
paix .
Celui qui regne en ce ſejour
propice ,
En a banny le coupable artifice
,
La perfidie au coup d'oeil
emprunté ,
Et la malice au rire concerté
:
Amour dit vrai, candeur hereditaire
,
Dés le berceau marqua fon
caractere ,
!
Nourry formé
par
doctes foeurs ;
les neuf
Ainfi des arts épris de leurs
douceurs Ccij
68 PIECES
Le Dieu du Pinde & la fage
Minerve ,
De leurs trefors l'ont comblé
fans referve ;
Dans ce réduit des Mufes
habité
Prefide encore une divinité :
Car la beauté dont les Dieux'
l'ont formée,
D'un moindre nom feroit
trop prohanée.
Un doux accueil , un modefte
enjouëment {
Préte à fes traits un nouvel
agrément ;
D'Enfans aîlez une troupe
fidelle ,
FUGITIVES. 69
JPlaifirs
, Amours voltigent
autour d'elle ,
Et fans effort prés d'elle
retenus ,
Pour la fervir ont oublié
Venus.
Non , non Amour ce n'eft
point à Cithere ,
Ny dans les bois qu'Amatonthe
révere ,
Qu'il faut chercher & les
jeux & les ris ? 7
Si vous voulez de vos freres
cheris ;
Revoir un jour la troupe
réünic ,
N'hefitez point , volez chez
Uranic.
70 PIECES
Mais à qui vais - je étaler ces
propos ,
Puis -je penfer qu'un Dicu
qui du cahos ,
Débarafla cette machine
ronde >
Qui voit , qui meut tous les
eftres du monde ,
De fes refforts & l'ame &
l'inftrument
Puiffe ignorer fon plus bel
ornement !
Déja porté fur les ailes
d'Eole
,
Du haut des Cieux je le vois
qui s'envole ,
Plus glorieux d'obéïr en ſa
cour >
FUGITIVES. 71
Que de regner au celefte
féjour .
Confervez bien genereufe
Uranic ,
Ce Dieu puiffant ce celeſte
genie ,
Ame du monde , Auteur
de tous les biens ,
Par qui brifant les terreftres
liens ,
D'un vol hardi nos ames
élancées ,
Jufques au Ciel élévent leurs
penſées
;
Sans fa beauté, fans fes dons
precieux ,
La vertu même eft moins
belle ànos yeux
72 PIECES
Ila produit fous d'heureux
caracteres ,
La dépouillant de fes rides
feveres ,
De qui l'afpest effrayant
les mortels ,
Leur fait fouvent deferter
fes Autels ,
De fon flambeau les flammes
immortelles ,
Jettent en nous ces vives
éteincelles
,
Dont autrefois les Heros
embrafez ,
Malgré la mort fe font
éternifez
;
Cette chaleur fi promte & fi
rapide ,
Sceut
FUGITIVES 7
Sceut échauffer un Thefée ,
un Alcide ,
Arma leurs bras pour calmer
l'Univers ,
Et pour vanger l'équité
mife aux fers .
Telle eft l'ardeur dont ce
Dieu nous enflame .
Tel eft le feu qu'il alluma
dans l'ame ,
De ce Heros aux triomphes
inftruit
>
Dont vous tenez la clarté
qui vous luit ;
}
C'est cet amour impatient
de gloire ,
Février 1711 Dd
44 PIECES
Qui tant de fois affûra la
memoire
,
Luy fic braver les feux & le
trépas ,
Luy fit chercher la guerre
& les combats :
De Jupiter allumant le tonnere
,
Brifer l'orgueil des enfans
de la terre
,
Contre leur rage armer nos
boulevarts ,
Er foudroyer leurs plus fermės
remparts.
Puiffe-t- il voir les nombreu .
ſes années
Toûjours de gloire &
d'honneurs couronnées ,
FUGITIVES 7
Et quand la Paix reviendra
parmi nous,
Se confacrer à des travaux
plus doux:
Non moins heureux fous
l'Empire de Rhée
Que quand la terre à Bellonne
eft livrée.
Fermer
Résumé : EPITRE à Madame D**** sur le veritable Amour.
L'épître est adressée à Madame D ****, en louant son discernement et sa sagesse dans la compréhension de l'amour véritable. L'auteur dénonce les représentations superficielles et trompeuses de l'amour, souvent décrit comme un dieu langoureux et capricieux. Il oppose ce faux amour à une vision noble et vertueuse, inspirée par les anciens sages qui voyaient en l'amour un guide vers la vertu, l'honneur et la paix. L'épître retrace l'histoire de l'amour, d'abord réparateur et civilisateur, puis corrompu par la Terre, qui engendra un amour tyrannique et destructeur. Ce faux amour provoqua des malheurs et des forfaits, menant à une dégradation morale des générations. Touchés par ces disgrâces, les Dieux décidèrent de renvoyer l'amour véritable sur Terre. L'auteur invite l'amour à se réfugier auprès de Madame D ****, dont la cour est un sanctuaire de vertu et de beauté. Il loue ses qualités, soutenues par les Muses et les arts, et la décrit comme un havre de paix et de candeur. L'épître se conclut par une célébration de l'amour véritable, source de gloire et de vertu, capable d'inspirer les héros et de guider les âmes vers le bien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 75-90
ODE à Monsieur le Marquis de la F**.
Début :
Dans la route que je me trace, [...]
Mots clefs :
Homme, Vertu, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE à Monsieur le Marquis de la F**.
O DE
à Monfieur le Marquis
de la F ** .
Dans la route que je me
trace
La Fare , daigne m'éclairer ,
Dd ij
76
PIECES
Toy qui dans le fentier
d'Horace
Marches fans jamais t'égarer
,
Qui par les leçons d'Arif..
tippe ,
De la fageffe de Chrifippe ,
As fçcû corriger l'âpreté :
Et qui celle qu'au temps
d'Aftrée ,
Nous montres la vertu parée
Des attraits de la volupté.
Ce feu facré que Promethée,
Ola dérober dans les Cieux,
La raifon à l'homme apportée
,
FUGITIVES 77
Le tend prefque femblable
aux Dieux ;
Se pourroit - il fage la Fare ,
Qu'un prefent fi noble , &
fi rare
,
De nos maux devint l'inftrument
!
Et qu'une lumiere divine
Put jamais eftre l'origine ,
D'un déplorable aveuglement.
Lorsqu'à l'Epoux de Penes
lope
Minerve accorde fon fe
cours ,
Les Leftrigons , & le Cy
clope , Dd iij
78 PIECES
Envain s'arment contre fes
jours ;
Aidé de cette intelligence ,
Il triomphe de la vengeance
De Neptune en vain courroucé
;
Par elle il brave les careffes
Des Sirennes enchantereffes ,
Et le breuvage de Circé .
De la vertu qui nous conferve
C'eft le fymbolique tableau,
Chaque mortela faMinerve,
Qui doit lui fervir de flam .
beau ;
Mais cette Deité propice
Marchoit toûjours devant
FUGITIVES
Uliffe ,
Lui fervant de guide & d'appuy
Au lieu que par l'homme
conduite
,
Elle ne va plus qu'à fa fuite,
Et fe précipite avec lui .
Loin que la Raifon nous éclaire
,
Et conduife nos actions ,
Nous avons trouvé l'art d'en
faire
L'Orateur de mes paffions ;
C'eft un Sophifte qui nous
jouë ,
Un vil complaifant qui nous
loue , Dd iiij .
80 PIECES
A tous les fons de l'Univers
;
Qui s'habillant du nom de
fages ,
La tiennent fans ceffe à leurs
gages ,
Pour autorifer leurs travers.
C'est elle qui nous fait
accroire ,
Que tout cede à noftre pouvoir
:
Qui nourrit noftre folle
gloire:
De l'yvreffe d'un faux fçavoir
:
Qui par cent nouveaux
Atratagêmes ,
FUGITIVES &
請
Nous maſquant fans ceffe à
nous mêmes ,
Parmi les vices nous endort:
Du furieux fait un Achille ,
Du fourbe un politique ha
bile ,
Et de l'athée un efprit fort.
Mais vous mortels qui dans
le monde ,
Croyant tenir les premiers
rangs ,
Plaignez l'ignorance profonde
De tant de Peuples differenss
Qui confondez avec la
Brutte
82 PIECES
LcHuron caché dans fa hute
Au feul inftinct prefque réduir
,
Parlez quel eft le moins
barbare ,
D'une raiſon qui nous égare,
Ou de l'instinct qui les con
duit ?
La nature en trésors fertile
Lui fait abondamment
trouver
Tout ce qui lui peut eftre
utile ,
Soigneufe de le conferver ;
Content du partage modefte
Qu'il tient de la bonté Ccleſte
›
FUGITIVES 83
Il vit fans trouble , & fans
ennuy
Et fi fon climat lui refuſe
Quelques biens dont l'Europe
abuſe ;
++
Cene font plus des biens
lic pour lui.
Couché dans un antre ruftique
,
Du Nord il brave la rigueur,
Et noftre luxe afiatique
N'a point enervé fa vigueur;
Il ne regrette point la perte
De ces arts dont la décou
verte
A l'homme a couté tant de
foins
84
PIECES
Er qui devenus néceffaires ;
N'ont fait
qu'augmenter
nos miferes ,
En multipliant nos beſoins .
&
Il méprife la vaine étude
D'un Philoſophe pointilleux
,
Qui nâgeant dans l'incer
titude
,
Vante fon fçavoir merveil
feux ;
Il ne veut d'autre connoif
fance
Que ce que la Toute- puif
fance
A bien voulu nous en don
ner ;
FUGITIVES 85
Il fçait qu'il a crée les fages
Pour profiter de fes ouvrages
,
Et non pour les examiner .
Ainfi d'une erreur dangereuſe
,
Il n'avale point le poifon
Et noftre clarreté tenebreufe
N'a point offufqué faraifon;
Il ne fe tend point à lui .
même
Le piege d'un adroit lyftème
Pour le cacher la verité :
Le crime à fes yeux paroist
crime ,
Et jamais rien d'illegitime ,
86 PIECES
Chez lui n'a pris l'air d'équité.
Maintenantfertiles contrées,
· Sages mortels , Peuples heureux
Des Nations hyperborées
Plaignez l'aveuglement af
freux ;
Vous qui dans la vaine Nobleffe
,
Dans les honneurs , dans la
moleffe,
Mettez la gloire , & les plaifirs
:
Vous de qui l'infame avarice
,
FUGITIVES
87
Promene au gré de fon caprice
,
Les infatiables defirs .
Ouy c'eft toy monftre dé
teſtable !
Fatal ennemy des humains
Qui feul du bonheur veritable
,
Al'homme asfermé les chemins
;
Pour appaiſer ſa foifardente
La Terre en tréfors abondante
Feroit germer l'or fous fes
pas ,
Il brûle d'un feu fans remede
&S PIECES
Moins riche de ce qu'il pof
fede ,
Que pauvre de ce qu'il n'a
pas.
Ahi fi d'une pauvreté dure
Nous cherchons à nous affernchir
,
Raprochons nous de la
Nature
Qui feul peut nous enrichir
;
Forçons de funeftes obſtacles
,
Refervons pour nos Tabernacles
,
Det or, ces rubis , ces métaux.
FUGITIVES 84
Où dans le fein des mers a
vides ,
Jettons ces richeffes per fides,
L'unique inftrument de nos
maux.
Ce font là les vrais facrifices
Far qui nous pouvons étouffer
Les femences de tous les vices
Qu'on voit ici bas triompher.
Otez l'intereft de la Terre ,
Vous en exilerez la Guerre,
L'honneur rentrera dans fes
droits ,
Février 1711 Ec
50 PIECES
Et plus juftes que nous ne
fommes ,
Nous verrons regner fur les
hommes
Les moeurs à la place des
Loix.
Sur tout réprimons les faillies
De noftre curiofité , in I
Source de toutes nos folies ,
Mere de noltre vanité ;
Nous errons dans d'épaiffes
Pombres, hom
Où fouvent nos lumieres
fombres
Ne fervent qu'à nous éblouir
;
à Monfieur le Marquis
de la F ** .
Dans la route que je me
trace
La Fare , daigne m'éclairer ,
Dd ij
76
PIECES
Toy qui dans le fentier
d'Horace
Marches fans jamais t'égarer
,
Qui par les leçons d'Arif..
tippe ,
De la fageffe de Chrifippe ,
As fçcû corriger l'âpreté :
Et qui celle qu'au temps
d'Aftrée ,
Nous montres la vertu parée
Des attraits de la volupté.
Ce feu facré que Promethée,
Ola dérober dans les Cieux,
La raifon à l'homme apportée
,
FUGITIVES 77
Le tend prefque femblable
aux Dieux ;
Se pourroit - il fage la Fare ,
Qu'un prefent fi noble , &
fi rare
,
De nos maux devint l'inftrument
!
Et qu'une lumiere divine
Put jamais eftre l'origine ,
D'un déplorable aveuglement.
Lorsqu'à l'Epoux de Penes
lope
Minerve accorde fon fe
cours ,
Les Leftrigons , & le Cy
clope , Dd iij
78 PIECES
Envain s'arment contre fes
jours ;
Aidé de cette intelligence ,
Il triomphe de la vengeance
De Neptune en vain courroucé
;
Par elle il brave les careffes
Des Sirennes enchantereffes ,
Et le breuvage de Circé .
De la vertu qui nous conferve
C'eft le fymbolique tableau,
Chaque mortela faMinerve,
Qui doit lui fervir de flam .
beau ;
Mais cette Deité propice
Marchoit toûjours devant
FUGITIVES
Uliffe ,
Lui fervant de guide & d'appuy
Au lieu que par l'homme
conduite
,
Elle ne va plus qu'à fa fuite,
Et fe précipite avec lui .
Loin que la Raifon nous éclaire
,
Et conduife nos actions ,
Nous avons trouvé l'art d'en
faire
L'Orateur de mes paffions ;
C'eft un Sophifte qui nous
jouë ,
Un vil complaifant qui nous
loue , Dd iiij .
80 PIECES
A tous les fons de l'Univers
;
Qui s'habillant du nom de
fages ,
La tiennent fans ceffe à leurs
gages ,
Pour autorifer leurs travers.
C'est elle qui nous fait
accroire ,
Que tout cede à noftre pouvoir
:
Qui nourrit noftre folle
gloire:
De l'yvreffe d'un faux fçavoir
:
Qui par cent nouveaux
Atratagêmes ,
FUGITIVES &
請
Nous maſquant fans ceffe à
nous mêmes ,
Parmi les vices nous endort:
Du furieux fait un Achille ,
Du fourbe un politique ha
bile ,
Et de l'athée un efprit fort.
Mais vous mortels qui dans
le monde ,
Croyant tenir les premiers
rangs ,
Plaignez l'ignorance profonde
De tant de Peuples differenss
Qui confondez avec la
Brutte
82 PIECES
LcHuron caché dans fa hute
Au feul inftinct prefque réduir
,
Parlez quel eft le moins
barbare ,
D'une raiſon qui nous égare,
Ou de l'instinct qui les con
duit ?
La nature en trésors fertile
Lui fait abondamment
trouver
Tout ce qui lui peut eftre
utile ,
Soigneufe de le conferver ;
Content du partage modefte
Qu'il tient de la bonté Ccleſte
›
FUGITIVES 83
Il vit fans trouble , & fans
ennuy
Et fi fon climat lui refuſe
Quelques biens dont l'Europe
abuſe ;
++
Cene font plus des biens
lic pour lui.
Couché dans un antre ruftique
,
Du Nord il brave la rigueur,
Et noftre luxe afiatique
N'a point enervé fa vigueur;
Il ne regrette point la perte
De ces arts dont la décou
verte
A l'homme a couté tant de
foins
84
PIECES
Er qui devenus néceffaires ;
N'ont fait
qu'augmenter
nos miferes ,
En multipliant nos beſoins .
&
Il méprife la vaine étude
D'un Philoſophe pointilleux
,
Qui nâgeant dans l'incer
titude
,
Vante fon fçavoir merveil
feux ;
Il ne veut d'autre connoif
fance
Que ce que la Toute- puif
fance
A bien voulu nous en don
ner ;
FUGITIVES 85
Il fçait qu'il a crée les fages
Pour profiter de fes ouvrages
,
Et non pour les examiner .
Ainfi d'une erreur dangereuſe
,
Il n'avale point le poifon
Et noftre clarreté tenebreufe
N'a point offufqué faraifon;
Il ne fe tend point à lui .
même
Le piege d'un adroit lyftème
Pour le cacher la verité :
Le crime à fes yeux paroist
crime ,
Et jamais rien d'illegitime ,
86 PIECES
Chez lui n'a pris l'air d'équité.
Maintenantfertiles contrées,
· Sages mortels , Peuples heureux
Des Nations hyperborées
Plaignez l'aveuglement af
freux ;
Vous qui dans la vaine Nobleffe
,
Dans les honneurs , dans la
moleffe,
Mettez la gloire , & les plaifirs
:
Vous de qui l'infame avarice
,
FUGITIVES
87
Promene au gré de fon caprice
,
Les infatiables defirs .
Ouy c'eft toy monftre dé
teſtable !
Fatal ennemy des humains
Qui feul du bonheur veritable
,
Al'homme asfermé les chemins
;
Pour appaiſer ſa foifardente
La Terre en tréfors abondante
Feroit germer l'or fous fes
pas ,
Il brûle d'un feu fans remede
&S PIECES
Moins riche de ce qu'il pof
fede ,
Que pauvre de ce qu'il n'a
pas.
Ahi fi d'une pauvreté dure
Nous cherchons à nous affernchir
,
Raprochons nous de la
Nature
Qui feul peut nous enrichir
;
Forçons de funeftes obſtacles
,
Refervons pour nos Tabernacles
,
Det or, ces rubis , ces métaux.
FUGITIVES 84
Où dans le fein des mers a
vides ,
Jettons ces richeffes per fides,
L'unique inftrument de nos
maux.
Ce font là les vrais facrifices
Far qui nous pouvons étouffer
Les femences de tous les vices
Qu'on voit ici bas triompher.
Otez l'intereft de la Terre ,
Vous en exilerez la Guerre,
L'honneur rentrera dans fes
droits ,
Février 1711 Ec
50 PIECES
Et plus juftes que nous ne
fommes ,
Nous verrons regner fur les
hommes
Les moeurs à la place des
Loix.
Sur tout réprimons les faillies
De noftre curiofité , in I
Source de toutes nos folies ,
Mere de noltre vanité ;
Nous errons dans d'épaiffes
Pombres, hom
Où fouvent nos lumieres
fombres
Ne fervent qu'à nous éblouir
;
Fermer
Résumé : ODE à Monsieur le Marquis de la F**.
Dans une lettre adressée au Marquis de la F**, l'auteur exprime son admiration pour la sagesse et la vertu, en s'inspirant de figures mythologiques et historiques. Il compare la raison au feu sacré apporté par Prométhée, se demandant si elle peut devenir un instrument de malheur. L'auteur critique la société qui utilise la raison pour justifier ses passions et ses vices, transformant ainsi la sagesse en complaisance. Il oppose les peuples civilisés, égarés par la raison, aux peuples naturels comme les Hurons, qui vivent en harmonie avec la nature et sont contents de leur sort. Ces derniers ne sont pas corrompus par les arts et les connaissances, qui ont augmenté les misères humaines. L'auteur déplore l'aveuglement des sociétés modernes, obsédées par la richesse et les honneurs, et propose de revenir à une vie plus simple et naturelle pour échapper aux vices et aux guerres. Il conclut en appelant à réprimer la curiosité, source de toutes les folies et de la vanité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
s. p.
REFLEXIONS DE M** Sur la Tragedie de Rhadamiste & de Zenobie.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, une Critique exacte de la Tragedie [...]
Mots clefs :
Spectateur, Amour, Caractère, Théâtre, Vertu, Scène, Auteur, Crimes, Horreur, Sentiments, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS DE M** Sur la Tragedie de Rhadamiste & de Zenobie.
REFLEXIONS
DEM **
SurlaTragedie de Rhadamiste&
deZenobie.
Vous me demandez ,
Monficur
, une Critique
exaéte de la Tragedie de
Rhadamiste* j'ay fait en la
lisant quelques Reflexions
dont j'espere quevous voudrez
bien vous contenter.
L'exposition du sujet
me paroist tres simple
pour la quantité de faits
dont elle est necessaire-
-
ment chargée
,
le recit
de Zenobie ne larenferme
pas toute entiere
Rhadamiste , vient l'achever
au sécond Aéte
,
dans le
rccit qu'il fait à Hieron
de quelques circonstances
que Zenobie ne peut pas
sçavoir :
il estoit bien
difficile d'éviter l'inconvenient
des répetitions,
en introduisant sur la
Scene deux personnes qui
racontent les mêmes faits:
l'Autcury a merveilleusement
réüssi. Rhadamiste
ne par le qu'en passant de
ceux donc Zenobie a déja
instruit sa Considence, &
seulement pour entrer avec
nettetédans ce que le Spectateur
ne sçait pas encore s'il
a donné dans cette occasion
une marque de sonhabileté,
sa délicatesse ne me paroist
pas moins grande dans le
récit qu'il fait faire à Zenobie
descruautez de Rhadamiste;
cette-Princesse garde
tous les ménagemens qu'elle
doit aux manes de son
époux ,&quand l'ordrede
son Di scours la conduit àce
moment horrible de sa vie,
où aprés avoir esté poignardée
,
elle fut jettée dans
l'Araxe; on diroit qu'elle
l'interrompt exprés pour
laisser ignorer à sa Considente
que son époux est l'Auteur
ducoup le plus barbare
que l'Histoire ait jamais
raporté; je ne sçay si ces sinesses
de l'art ont également
rciiffi dans tous les tfprKs ;
mais j'ay cru y trouver la
main de maistre.
A 'peine Zenobie a fini
son récit, qu'Arsameparoist
sur le Theatre: ce Prince
amoureux de Zenobie ne
peut plus supporter son
absence
,
&sans l'ordre
de Pharasmane son pere il
arrive dans sa Cour : Pharasmane
également charmé
de la Princesse la furprcnd
avec son fils: c'est-là que
son caractere commence à
se découvrir, peu arraché à
sesenfans par les sentimens
de la nature, rival pour eux
aussi dangereux que le plus
cruel ennemy ,
grand d'ailleurs
par son courage
, par son ambition
, & par -Ces
succés contre les Romains,
dont il n'est pas moins cnncmy
que Mithridate ,c'estce
me semble un fort beau
caractere,j'auroisvoulu seulement,
le trouver dans son
intrigue aussi fourbe ,&
aussiperside qu'il l'est dans rHIHoire;cnessèt l'artifice
n'est pas un des moindres
traits qui l'y caracterisenr,
& c'est à cetrait si négligé
dans la pieçequePharasmanme
deveoit lna coiureonn.e d'Ar-
Le second ACtc est ouvert
par Rhadamiste qui
arrive à la Cour de son
perc donc il se flatequ'il
ne sera pas. reconnu;chargé
des volontez du Senat il
vient de sa part deffendreà
Pharasmane d'aspirer à la
Couronne d'Armenie, il
opofe en fort beaux termes
les motifs qui ont engagé
les Romains à le nommer
leur A01baffadeur,&.
lesraisons qui l'ont porté à
demander cet honneur:
on y voit cette haine si violence
contre son pere , cet
amour furieux pour objet un qu'il desespere de
revoir jamais; c'est-là que
paroissent ces projets affreux
de vangeance, ces remords
pour des crimes passez
,
l'ardeur qui l'entraîne à des
crimes nouveaux: en un
mot on y trouve déja tout
son caractere qui doit se
développer par les circonstances
ou l'Auteur le place
dans le cours de la Tragédie.
C'est sur ce caractère que
je doit insister davantage,
c'est dans le contraste qu'il
fait avec celuy de Zenobie,
que l'Auteur a pris les plus
grandes beautezde sa Piece,
& sij'y trouve quelle dcffaut,
c'est sur tout dans ce
caractere que je les auray
cherchez
:
il mérite donc
une attention particuliers
que je luy donneray après
des reflexions plus generales.
Me voicy maintenant à la
Scene de l'Ambassade, elle
est bien digne d'un Ambassadeur
Romain,& Corneille
n'a pasce me femblc
fait parler Flaminius à Nicomede
avec plus de noblesse
& de dignité ; la manière
dont Pharasmane reçoit cet
Ambassadeur ne céde en
rien àcelle dont Nicomede
reçoitFlaminius: il en beau )de voir Pharasmane reprimer
l'orgueil des Romains,
jurqu'à traiter de fanfarons
ces Maistres du monde;
quel domageque l'Ambassadeurd'Armenie
rompe un
Discours qui ne finit pas à
l'honneur du Senat, on
attend une Sceneoù la grandeur
des Romains & celle
de Pharasmane soit soutenue
par les differens traits
qui les caraéterisent, & le
Spectateur ne peut souffrir
qu'un homme tel quHicron,
luy ostele plaisir d'entendre
deux Héros qui contcftent
de la grandeur, &
qui l'établissen0t sur l'opposition
de leurs interests, & de
leurs maximes: c'estencela
sur tout que la Scene entre
Nicomede & Flaminius est
admirable, en tâchant à
l'envy de diminuer la grandeur
l'un de l'autre: ils
se montrent tous deux si
grands que la Scene finit
sans que le Speétareur puisse
decider lequell'emporte ,si
l'Ambassadeurd'Arménie
estoitnecessaire icy comme
on le prétend, c'est une
necessité bien fatale à cette
Scene si digne d'une plus
belle fin.
Dans le troisiémeActe
Arsame quineconnoist pas
Rhadamistepour son frere,
vient luy demander son secours
pour Zenobie contre
les fureurs de Pharafmane , l'amour qu'il a pour cette
Princesse fait faire à ce
Prince vertueux & fidelle,
une démarche qui paroist
estre un peu contre son devoir
, le plaisir que Rhadamistesepropose
derenverfer
les projets d'amour d'un
pere qu'il deteste
, & sans
doute son penchant à prendre
des partis extrêmes,lui
font accepter avec transport
les propositions de son frere;
la haine qu'il aconçeuë contre
Pharafmane
, va jusqu'à
vouloir soustraire à son autorité
Ar same que les sentimens
de la nature &de laprobiré
ornent aux dépens de
toute sa famille. Un projet si
dénaturé révol te cette amc
si bien née, & l'exemple de
vertu que donne Arfame cn5
cette occasion, réveille des
remords dans le coeur du
plus grand des scelerats
c'est ainsi qu'en détestant
l'horrible caractere de Rhadamiste
, on admire celuy
d'Arsame qui feroit de plus
vives impressions dans le
coeur des Spéculateurs, s'ils
n'estoient pas accoutûmez
par les horreurs de son frère
à des mouvemens d'un autre
ordre.
Je passe à la Scene de la
reconnoinance, c'estàmon
avis la situation du monde
a plus interessante, ces deux
personnes
personnes autrefois si chercs
l'une à l'autre, & que l'action
la plus affreuse avoit
séparez, sont par leur réünion
un Spectacle bien
touchant à toute l'Assemblée.
Zenobie à qui la vertu
ne permet pas de méconnoistre
son époux, & dont
le bon coeur sent même du
plaisir à le retrouver ,excite
les transports de Rhadamille
; illuy promet d'effacer
tous ses forfaits à force
de vertus; les promesses
accompagnées de larmes
& de transports trouvent
grace devant le Spectateur
qui croit aux sermens de
Rhadai-nifle,&qui souhaite
de les luy voir observer;
parce que ceux en qui il
place son interest ne doivent
ny ne peuvent luy est suspeas
; si le Spectateur est
dans la suite la dupe de
ces sermens,c'est qu'en effet
il n'y a personne quinefut
trompé aux sentimens tendres,&
délicats que Rhadamiste
y fait paroistre : en
s'interessant pour luy on
0a fait que suivre le coeur
deZenobie qui s'attendrit
au Discours de son époux
tout barbare qu'elle le connoist
: je ne sçaurois trop
dire combien cette Scene
m'a paru belle Lorsque
Rhadamiste exagere l'horreur
de ses crimes à Zenobie
qui les luy pardonne, il
marque qu'illent bien vivement
une generosité si heroïque
,
il ne se trouve dans
ce moment si coupable que
parce qu'il est plus sensible à
la vertu de Zenobie
,
lorsqu'il
prétend en diminuer
l'horreur en les rapportant
tous à son amour excessif
les dispositions sont dans,
cet instant si contraires à
celles d'un scelerat qu'il ne
croit même pas qu'on ait
pu lettreautantqu'il l'a été,
le Spectateur touché de
tant de délicatesse
,
cesse de
lui imputer ses fortfaits,&
commence à les regarder
c?
comme des circonstances
malheureuses qui serviront
à son Heroîme : voilà l'efset
de cet espece de délicatesse
raisonée: elle est d'autant
plusaudessus de la simplevivacité,
quel'esprit &
le coeur en partagent également
le plaisir. >
Dans le quatrièmeActe,
Arsame vient chercher
Zenobie, allarmé de sa froideur
il s'en plaint à elle en
en amant respecteux , Zenobie
qui croit devoir du
moins payer son amour par
un aveu necessaireàson repos
luiaprend qu'elleest Zenobic,
& que l'Ambassadeur
Romain est son époux
, c'est un trait de generosité,
bien digne de cette Princesse
mais si malreçu de Rhadamiste
qu'ilestprêtd'éclater
contre elle,& contre son
frere ; le Spectateur se repent
alors de s'être interessépourlui,
il envisage de
continuels malheurs pour
Zenobie ; & fâché de voir
tant de vertus livrées à des
fureurs qu'il n'espere plus
de voir finir, il retracte
pour ainsi dire la joye que
lui a donné sa reconnaissance
, & souhaite quequelque
heureuse circonstance les separe
pour toujours, la vertu
deZenobie tire un merveilleux
lustred'une circonstancc
si désagrable d'ailleurs
pour clic; sa fermeté
,
son
courage&l'amourdu devoir
éclate dans le parti qu'elle
prend de suivre son époux.
Ils partent enfin, & Pharasmane
bien-tost averti de
leur fuite, court&s'en van;..
ge dans le fang de Rhadamiste,
qui vient rendre son
dernier soupir entre les bras
de Zenobie au milieu de toute
sa famille, Pharafmanc
qui le reconnaît fremit du
coup qu'illuy a porté; l'ignorance
ne diminuë point
assez à son gré l'horreur de
son crime, & il paraît ce
me semble bien touché d'une
mort qu'il avait autrefois
ordonnée avec tant de
barbarie; il cft bien Pere
en ce moment pour ne l'avoir
encore jamais été
, &
cet homme sur qui lanature
avoit eu jusques làsipeu
de pouvoir me paraît du
moins se démentir un peu: Quant à Rhadamiste il
meurt comme il a vécu, d'abord
il craint de répandre
le fang de son pere, & préféréla
mort à l'horreur du
parricide, c'était son, bon
intervalle qui ne dure pas
long-temps, un moment
après il accable la douleur
de son Pere loin de la respecter
, on ne devinerait
pas qu'un Fils qui craint
moins la mort que le parricide
,deust outrager un Pere
qui semontre tel pour la
premiere fois, dans ces derniers
moments où la nature
& la vertu se produisent.
plus que dans tous les ail*
très.
Un pareil caractere est
bien plein de bizarrerie, c'est
ici le lieu d'examiner s'il
convient au Theatre, Rhadamistefait
lui même son
portrait en ces termes :
Et que (fay
- je Hieron
J
furieux
,
incertain,
Criminelsans penchant
, vertueuxsans
dessein.
Jouet infortuné de ma douleur
extrême,
Dans l'état oùjefuismeconnais-
jemoi même
Mon coeur de soinsdiverssans
cesse combatu,
Ennemi duforfaitsans aimer
la vertu,
D'un amour malheureux déplorablevictime
S'abandonne au remord sans
renoncer au crime ;
Je cede au repentir, mais sans
en profiter
Et je ne me connois que pour
me detefler,cec.
S'il est vray que Rhadamisteest
criminel sans penchant,
Zenobie le connaît
mal, ou ne lui rend pas justicc
quand elle dit.
Je l'avouerai
,
sensible à sa
tcndrcjje extrême,
Je mefis un devoird'yreport«•
dre de même,
Ignorantqu'en effetsous des dehors
heureux
On peut cacher au crime un
penchant dangereux.
D'ailleurs ses crimes sont
trop noirs& en trop grand
nombre pour les rapporter
tous à sa jalousie ou aux circonstances
où il s'est trouvé;
il me semble que la fureur
qui l'anime contre son pere,
& qui peut le conduire jusqu'au
parricide, marque
un scelerat bien déterminé.
Quoi qu'il en foit la continuité
& l'uniformité de ses
remords m'étonnent; je ne
puis comprendre qu'il soit
si peu fait au crime
,
après
en avoir fait de si noirs.
Que les plus fameux criminelsayant
eu quelque fois
des retours je n'en fuis pas
surpris, ils ne franchissent
point de certaines bornes,
sans quelque effort qu'ils
doivent sentir ; mais qu'ils
detestent uniformement les
crimes dont ils ont une longue
habitude, de telle sorte
que les remords les caracterisent;
c'est ce qui me paroist
incroyable.
J avoue que les remords
que l'Auteur donne à son
Heros fondent l'interêt
que nous prenons à la Scene
de la reconnaissance ; mais
celle de la jalousie qui la
suit de près n'apprent elle
pas au Spectateur que Rhadamiste
en un phrenetique
dangereux qui a successivement
de bons & de mauvais
intervalles,avec lequel il
faut perpétuellement de
compter, qui ne merite ny
attention ny creance ny
iDtcrefi) était-ce la peine
de bâtirpourdétruire si
promptement; & ne valoiril
pas mieux réduire le mcrite
de la reconnoissance au
merveilleux de la furprifc
que fait naître larencontre
impreveüe de deux person-
- nes que de grands interests
unissent ouséparent ,il faloit
donc ou faire voir les fruits
de tant de remords,ou en
retrancher le principe, on
auroit sçeu à quoys'en tenir
avec Rhadamiste & nous
l'aurions aimé ou haï sans
risquer d'en estre un moment
la dupe: Cleoparre
ne s'estoit pas signalée par
plus de forfaits que Rhadamiste,
leur ressamblance est
assez grande en ce point,
Corneille n'a eu garde de
luy donner des remords qui
ne pouvant estre le fruit
d'une vertu qu'elle avoit
absolument étouffée,n'auroit
esté que foiblesse dans
sonesprit & qu'inconstance
dans son coeur; loinqu'ils
eussent adouci son caractère
par raport au Spectateur;ils
luy auroient osté le merveilleux
attaché aux grands
crimes : cette détestable
constance qui brave les loix
est d'autant plus grande au
Theatre qu'elle inspire plus
d'horreur.
C'est pour cela que les remords
Infructueux de Rhadamiste
rendent son caractere
petit & peu digne du
Theatre, un homme qu'on
me represente le joüet des
plus noires fureurs, & des
plus beaux sentimens, qui
n'a pas la force de secouër
l'un ou l'autre joug, un
pareil caraétere est-il digne
de l'attention publique, &
n'estil pas aussi méprisable
dans ses remords, qu'il est
detestable dans ses crimes.
Jugez, Monsieur, par
ce que je viens de vous dire
combien le caraé1;ere de
Zenobie doit briller par
opposition à celuy de Rhadamiste
: on ne peut mettre
sur le Theatre plus de generosité
,
plus de constance,
& plus de toutes ces qualitez
qui forment une Heroïne,
j'aurais seulement souhaité
que son amour pour Arfame
eut esté plus vif, sa gloire
auroit esté plus grande à
le surmonter
, ce caractère
c11 d'ailleurs plein des plus
grandes beautez : j'admire
sur tout l'aveu qu'elle fait
de son amour pour Arsame
en presence de son époux:
j'aime avoir un Auteur de
nostre siecle faire revivre la
fage hardiesse du grand
Corneille,& sij'estime beaucoup
ce qu'il a fait, j'admire
encore plus ce qu'il est capable
de faire.
DEM **
SurlaTragedie de Rhadamiste&
deZenobie.
Vous me demandez ,
Monficur
, une Critique
exaéte de la Tragedie de
Rhadamiste* j'ay fait en la
lisant quelques Reflexions
dont j'espere quevous voudrez
bien vous contenter.
L'exposition du sujet
me paroist tres simple
pour la quantité de faits
dont elle est necessaire-
-
ment chargée
,
le recit
de Zenobie ne larenferme
pas toute entiere
Rhadamiste , vient l'achever
au sécond Aéte
,
dans le
rccit qu'il fait à Hieron
de quelques circonstances
que Zenobie ne peut pas
sçavoir :
il estoit bien
difficile d'éviter l'inconvenient
des répetitions,
en introduisant sur la
Scene deux personnes qui
racontent les mêmes faits:
l'Autcury a merveilleusement
réüssi. Rhadamiste
ne par le qu'en passant de
ceux donc Zenobie a déja
instruit sa Considence, &
seulement pour entrer avec
nettetédans ce que le Spectateur
ne sçait pas encore s'il
a donné dans cette occasion
une marque de sonhabileté,
sa délicatesse ne me paroist
pas moins grande dans le
récit qu'il fait faire à Zenobie
descruautez de Rhadamiste;
cette-Princesse garde
tous les ménagemens qu'elle
doit aux manes de son
époux ,&quand l'ordrede
son Di scours la conduit àce
moment horrible de sa vie,
où aprés avoir esté poignardée
,
elle fut jettée dans
l'Araxe; on diroit qu'elle
l'interrompt exprés pour
laisser ignorer à sa Considente
que son époux est l'Auteur
ducoup le plus barbare
que l'Histoire ait jamais
raporté; je ne sçay si ces sinesses
de l'art ont également
rciiffi dans tous les tfprKs ;
mais j'ay cru y trouver la
main de maistre.
A 'peine Zenobie a fini
son récit, qu'Arsameparoist
sur le Theatre: ce Prince
amoureux de Zenobie ne
peut plus supporter son
absence
,
&sans l'ordre
de Pharasmane son pere il
arrive dans sa Cour : Pharasmane
également charmé
de la Princesse la furprcnd
avec son fils: c'est-là que
son caractere commence à
se découvrir, peu arraché à
sesenfans par les sentimens
de la nature, rival pour eux
aussi dangereux que le plus
cruel ennemy ,
grand d'ailleurs
par son courage
, par son ambition
, & par -Ces
succés contre les Romains,
dont il n'est pas moins cnncmy
que Mithridate ,c'estce
me semble un fort beau
caractere,j'auroisvoulu seulement,
le trouver dans son
intrigue aussi fourbe ,&
aussiperside qu'il l'est dans rHIHoire;cnessèt l'artifice
n'est pas un des moindres
traits qui l'y caracterisenr,
& c'est à cetrait si négligé
dans la pieçequePharasmanme
deveoit lna coiureonn.e d'Ar-
Le second ACtc est ouvert
par Rhadamiste qui
arrive à la Cour de son
perc donc il se flatequ'il
ne sera pas. reconnu;chargé
des volontez du Senat il
vient de sa part deffendreà
Pharasmane d'aspirer à la
Couronne d'Armenie, il
opofe en fort beaux termes
les motifs qui ont engagé
les Romains à le nommer
leur A01baffadeur,&.
lesraisons qui l'ont porté à
demander cet honneur:
on y voit cette haine si violence
contre son pere , cet
amour furieux pour objet un qu'il desespere de
revoir jamais; c'est-là que
paroissent ces projets affreux
de vangeance, ces remords
pour des crimes passez
,
l'ardeur qui l'entraîne à des
crimes nouveaux: en un
mot on y trouve déja tout
son caractere qui doit se
développer par les circonstances
ou l'Auteur le place
dans le cours de la Tragédie.
C'est sur ce caractère que
je doit insister davantage,
c'est dans le contraste qu'il
fait avec celuy de Zenobie,
que l'Auteur a pris les plus
grandes beautezde sa Piece,
& sij'y trouve quelle dcffaut,
c'est sur tout dans ce
caractere que je les auray
cherchez
:
il mérite donc
une attention particuliers
que je luy donneray après
des reflexions plus generales.
Me voicy maintenant à la
Scene de l'Ambassade, elle
est bien digne d'un Ambassadeur
Romain,& Corneille
n'a pasce me femblc
fait parler Flaminius à Nicomede
avec plus de noblesse
& de dignité ; la manière
dont Pharasmane reçoit cet
Ambassadeur ne céde en
rien àcelle dont Nicomede
reçoitFlaminius: il en beau )de voir Pharasmane reprimer
l'orgueil des Romains,
jurqu'à traiter de fanfarons
ces Maistres du monde;
quel domageque l'Ambassadeurd'Armenie
rompe un
Discours qui ne finit pas à
l'honneur du Senat, on
attend une Sceneoù la grandeur
des Romains & celle
de Pharasmane soit soutenue
par les differens traits
qui les caraéterisent, & le
Spectateur ne peut souffrir
qu'un homme tel quHicron,
luy ostele plaisir d'entendre
deux Héros qui contcftent
de la grandeur, &
qui l'établissen0t sur l'opposition
de leurs interests, & de
leurs maximes: c'estencela
sur tout que la Scene entre
Nicomede & Flaminius est
admirable, en tâchant à
l'envy de diminuer la grandeur
l'un de l'autre: ils
se montrent tous deux si
grands que la Scene finit
sans que le Speétareur puisse
decider lequell'emporte ,si
l'Ambassadeurd'Arménie
estoitnecessaire icy comme
on le prétend, c'est une
necessité bien fatale à cette
Scene si digne d'une plus
belle fin.
Dans le troisiémeActe
Arsame quineconnoist pas
Rhadamistepour son frere,
vient luy demander son secours
pour Zenobie contre
les fureurs de Pharafmane , l'amour qu'il a pour cette
Princesse fait faire à ce
Prince vertueux & fidelle,
une démarche qui paroist
estre un peu contre son devoir
, le plaisir que Rhadamistesepropose
derenverfer
les projets d'amour d'un
pere qu'il deteste
, & sans
doute son penchant à prendre
des partis extrêmes,lui
font accepter avec transport
les propositions de son frere;
la haine qu'il aconçeuë contre
Pharafmane
, va jusqu'à
vouloir soustraire à son autorité
Ar same que les sentimens
de la nature &de laprobiré
ornent aux dépens de
toute sa famille. Un projet si
dénaturé révol te cette amc
si bien née, & l'exemple de
vertu que donne Arfame cn5
cette occasion, réveille des
remords dans le coeur du
plus grand des scelerats
c'est ainsi qu'en détestant
l'horrible caractere de Rhadamiste
, on admire celuy
d'Arsame qui feroit de plus
vives impressions dans le
coeur des Spéculateurs, s'ils
n'estoient pas accoutûmez
par les horreurs de son frère
à des mouvemens d'un autre
ordre.
Je passe à la Scene de la
reconnoinance, c'estàmon
avis la situation du monde
a plus interessante, ces deux
personnes
personnes autrefois si chercs
l'une à l'autre, & que l'action
la plus affreuse avoit
séparez, sont par leur réünion
un Spectacle bien
touchant à toute l'Assemblée.
Zenobie à qui la vertu
ne permet pas de méconnoistre
son époux, & dont
le bon coeur sent même du
plaisir à le retrouver ,excite
les transports de Rhadamille
; illuy promet d'effacer
tous ses forfaits à force
de vertus; les promesses
accompagnées de larmes
& de transports trouvent
grace devant le Spectateur
qui croit aux sermens de
Rhadai-nifle,&qui souhaite
de les luy voir observer;
parce que ceux en qui il
place son interest ne doivent
ny ne peuvent luy est suspeas
; si le Spectateur est
dans la suite la dupe de
ces sermens,c'est qu'en effet
il n'y a personne quinefut
trompé aux sentimens tendres,&
délicats que Rhadamiste
y fait paroistre : en
s'interessant pour luy on
0a fait que suivre le coeur
deZenobie qui s'attendrit
au Discours de son époux
tout barbare qu'elle le connoist
: je ne sçaurois trop
dire combien cette Scene
m'a paru belle Lorsque
Rhadamiste exagere l'horreur
de ses crimes à Zenobie
qui les luy pardonne, il
marque qu'illent bien vivement
une generosité si heroïque
,
il ne se trouve dans
ce moment si coupable que
parce qu'il est plus sensible à
la vertu de Zenobie
,
lorsqu'il
prétend en diminuer
l'horreur en les rapportant
tous à son amour excessif
les dispositions sont dans,
cet instant si contraires à
celles d'un scelerat qu'il ne
croit même pas qu'on ait
pu lettreautantqu'il l'a été,
le Spectateur touché de
tant de délicatesse
,
cesse de
lui imputer ses fortfaits,&
commence à les regarder
c?
comme des circonstances
malheureuses qui serviront
à son Heroîme : voilà l'efset
de cet espece de délicatesse
raisonée: elle est d'autant
plusaudessus de la simplevivacité,
quel'esprit &
le coeur en partagent également
le plaisir. >
Dans le quatrièmeActe,
Arsame vient chercher
Zenobie, allarmé de sa froideur
il s'en plaint à elle en
en amant respecteux , Zenobie
qui croit devoir du
moins payer son amour par
un aveu necessaireàson repos
luiaprend qu'elleest Zenobic,
& que l'Ambassadeur
Romain est son époux
, c'est un trait de generosité,
bien digne de cette Princesse
mais si malreçu de Rhadamiste
qu'ilestprêtd'éclater
contre elle,& contre son
frere ; le Spectateur se repent
alors de s'être interessépourlui,
il envisage de
continuels malheurs pour
Zenobie ; & fâché de voir
tant de vertus livrées à des
fureurs qu'il n'espere plus
de voir finir, il retracte
pour ainsi dire la joye que
lui a donné sa reconnaissance
, & souhaite quequelque
heureuse circonstance les separe
pour toujours, la vertu
deZenobie tire un merveilleux
lustred'une circonstancc
si désagrable d'ailleurs
pour clic; sa fermeté
,
son
courage&l'amourdu devoir
éclate dans le parti qu'elle
prend de suivre son époux.
Ils partent enfin, & Pharasmane
bien-tost averti de
leur fuite, court&s'en van;..
ge dans le fang de Rhadamiste,
qui vient rendre son
dernier soupir entre les bras
de Zenobie au milieu de toute
sa famille, Pharafmanc
qui le reconnaît fremit du
coup qu'illuy a porté; l'ignorance
ne diminuë point
assez à son gré l'horreur de
son crime, & il paraît ce
me semble bien touché d'une
mort qu'il avait autrefois
ordonnée avec tant de
barbarie; il cft bien Pere
en ce moment pour ne l'avoir
encore jamais été
, &
cet homme sur qui lanature
avoit eu jusques làsipeu
de pouvoir me paraît du
moins se démentir un peu: Quant à Rhadamiste il
meurt comme il a vécu, d'abord
il craint de répandre
le fang de son pere, & préféréla
mort à l'horreur du
parricide, c'était son, bon
intervalle qui ne dure pas
long-temps, un moment
après il accable la douleur
de son Pere loin de la respecter
, on ne devinerait
pas qu'un Fils qui craint
moins la mort que le parricide
,deust outrager un Pere
qui semontre tel pour la
premiere fois, dans ces derniers
moments où la nature
& la vertu se produisent.
plus que dans tous les ail*
très.
Un pareil caractere est
bien plein de bizarrerie, c'est
ici le lieu d'examiner s'il
convient au Theatre, Rhadamistefait
lui même son
portrait en ces termes :
Et que (fay
- je Hieron
J
furieux
,
incertain,
Criminelsans penchant
, vertueuxsans
dessein.
Jouet infortuné de ma douleur
extrême,
Dans l'état oùjefuismeconnais-
jemoi même
Mon coeur de soinsdiverssans
cesse combatu,
Ennemi duforfaitsans aimer
la vertu,
D'un amour malheureux déplorablevictime
S'abandonne au remord sans
renoncer au crime ;
Je cede au repentir, mais sans
en profiter
Et je ne me connois que pour
me detefler,cec.
S'il est vray que Rhadamisteest
criminel sans penchant,
Zenobie le connaît
mal, ou ne lui rend pas justicc
quand elle dit.
Je l'avouerai
,
sensible à sa
tcndrcjje extrême,
Je mefis un devoird'yreport«•
dre de même,
Ignorantqu'en effetsous des dehors
heureux
On peut cacher au crime un
penchant dangereux.
D'ailleurs ses crimes sont
trop noirs& en trop grand
nombre pour les rapporter
tous à sa jalousie ou aux circonstances
où il s'est trouvé;
il me semble que la fureur
qui l'anime contre son pere,
& qui peut le conduire jusqu'au
parricide, marque
un scelerat bien déterminé.
Quoi qu'il en foit la continuité
& l'uniformité de ses
remords m'étonnent; je ne
puis comprendre qu'il soit
si peu fait au crime
,
après
en avoir fait de si noirs.
Que les plus fameux criminelsayant
eu quelque fois
des retours je n'en fuis pas
surpris, ils ne franchissent
point de certaines bornes,
sans quelque effort qu'ils
doivent sentir ; mais qu'ils
detestent uniformement les
crimes dont ils ont une longue
habitude, de telle sorte
que les remords les caracterisent;
c'est ce qui me paroist
incroyable.
J avoue que les remords
que l'Auteur donne à son
Heros fondent l'interêt
que nous prenons à la Scene
de la reconnaissance ; mais
celle de la jalousie qui la
suit de près n'apprent elle
pas au Spectateur que Rhadamiste
en un phrenetique
dangereux qui a successivement
de bons & de mauvais
intervalles,avec lequel il
faut perpétuellement de
compter, qui ne merite ny
attention ny creance ny
iDtcrefi) était-ce la peine
de bâtirpourdétruire si
promptement; & ne valoiril
pas mieux réduire le mcrite
de la reconnoissance au
merveilleux de la furprifc
que fait naître larencontre
impreveüe de deux person-
- nes que de grands interests
unissent ouséparent ,il faloit
donc ou faire voir les fruits
de tant de remords,ou en
retrancher le principe, on
auroit sçeu à quoys'en tenir
avec Rhadamiste & nous
l'aurions aimé ou haï sans
risquer d'en estre un moment
la dupe: Cleoparre
ne s'estoit pas signalée par
plus de forfaits que Rhadamiste,
leur ressamblance est
assez grande en ce point,
Corneille n'a eu garde de
luy donner des remords qui
ne pouvant estre le fruit
d'une vertu qu'elle avoit
absolument étouffée,n'auroit
esté que foiblesse dans
sonesprit & qu'inconstance
dans son coeur; loinqu'ils
eussent adouci son caractère
par raport au Spectateur;ils
luy auroient osté le merveilleux
attaché aux grands
crimes : cette détestable
constance qui brave les loix
est d'autant plus grande au
Theatre qu'elle inspire plus
d'horreur.
C'est pour cela que les remords
Infructueux de Rhadamiste
rendent son caractere
petit & peu digne du
Theatre, un homme qu'on
me represente le joüet des
plus noires fureurs, & des
plus beaux sentimens, qui
n'a pas la force de secouër
l'un ou l'autre joug, un
pareil caraétere est-il digne
de l'attention publique, &
n'estil pas aussi méprisable
dans ses remords, qu'il est
detestable dans ses crimes.
Jugez, Monsieur, par
ce que je viens de vous dire
combien le caraé1;ere de
Zenobie doit briller par
opposition à celuy de Rhadamiste
: on ne peut mettre
sur le Theatre plus de generosité
,
plus de constance,
& plus de toutes ces qualitez
qui forment une Heroïne,
j'aurais seulement souhaité
que son amour pour Arfame
eut esté plus vif, sa gloire
auroit esté plus grande à
le surmonter
, ce caractère
c11 d'ailleurs plein des plus
grandes beautez : j'admire
sur tout l'aveu qu'elle fait
de son amour pour Arsame
en presence de son époux:
j'aime avoir un Auteur de
nostre siecle faire revivre la
fage hardiesse du grand
Corneille,& sij'estime beaucoup
ce qu'il a fait, j'admire
encore plus ce qu'il est capable
de faire.
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Résumé : REFLEXIONS DE M** Sur la Tragedie de Rhadamiste & de Zenobie.
Le texte est une critique de la tragédie 'Rhadamiste et Zénobie'. L'auteur admire la simplicité de l'exposition du sujet malgré la complexité des faits à traiter. Il apprécie l'évitation des répétitions grâce à l'introduction de personnages relatant les mêmes événements sous différents angles. La délicatesse avec laquelle Rhadamiste et Zénobie racontent leurs histoires est soulignée, notamment la manière dont Zénobie mentionne la cruauté de Rhadamiste avec ménagement. Le caractère de Pharasmane, le père d'Arsame, se révèle progressivement, bien que l'auteur regrette que Pharasmane ne soit pas aussi fourbe et perspicace dans la pièce qu'il l'est dans l'histoire. Le second acte commence avec Rhadamiste arrivant à la cour de son père en se dissimulant. Il est chargé par le Sénat romain de défendre les droits de Pharasmane sur la couronne d'Arménie. Rhadamiste exprime sa haine pour son père et son amour désespéré pour Zénobie, révélant ainsi son caractère complexe et ses projets de vengeance. L'auteur critique la scène de l'ambassade romaine, qu'il trouve digne mais interrompue de manière regrettable par l'ambassadeur arménien. Il admire la scène où Arsame demande de l'aide pour Zénobie contre Pharasmane, soulignant la vertu et la fidélité d'Arsame. La scène de la reconnaissance entre Rhadamiste et Zénobie est particulièrement touchante. Zénobie pardonne à Rhadamiste malgré ses crimes, émouvant le spectateur par cette générosité. Cependant, Rhadamiste retombe rapidement dans sa jalousie et sa fureur, décevant le spectateur. Dans le quatrième acte, Arsame découvre la véritable identité de l'ambassadeur romain, qui est Rhadamiste. Pharasmane, informé de la fuite de Rhadamiste et Zénobie, les poursuit et trouve Rhadamiste mourant. Pharasmane est touché par cette mort, contrairement à Rhadamiste qui, dans ses derniers moments, montre une bizarrerie de caractère en oscillant entre la crainte du parricide et l'outrage envers son père. L'auteur critique le caractère de Rhadamiste, le trouvant plein de bizarrerie et d'incohérence. Il juge les remords constants de Rhadamiste incroyables pour un criminel de son envergure, suggérant que la pièce aurait gagné en cohérence en montrant les fruits de ces remords ou en les supprimant complètement. Le texte souligne également que la faiblesse et l'inconstance d'un personnage ne le rendent pas admirable sur scène, car elles enlèvent le caractère extraordinaire des grands crimes. La constance dans le mal est plus impressionnante au théâtre car elle inspire l'horreur. Les remords infructueux de Rhadamiste sont critiqués car ils le rendent petit et indigne du théâtre, incapable de surmonter ses passions ou ses crimes. En opposition, le caractère de Zénobie est loué pour sa générosité, sa constance et ses qualités héroïques. L'auteur regrette seulement que son amour pour Arsame ne soit pas plus intense, ce qui aurait accru sa gloire en le surmontant. Zénobie est admirée pour son aveu d'amour en présence de son époux, une audace comparée à celle de Corneille. L'auteur apprécie l'œuvre et admire le potentiel de l'auteur pour de futures créations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
s. p.
« Zenobie à Tiridates qu'il avoit engagé dans son parti ; [...] »
Début :
Zenobie à Tiridates qu'il avoit engagé dans son parti ; [...]
Mots clefs :
Théâtre, Vertu, Auteur, Scène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Zenobie à Tiridates qu'il avoit engagé dans son parti ; [...] »
Zenobie àTiridates qu'il
avoit engagé dans son
parti;qu'ilsestoiententrezensemble
dans les
Etats de Mithridate;
que Mithridate indigné
entre son frere
, avoir
fait retombersur lefils le
crime dupere;que Mithridate
voulant détacher -
Tiridate du parti de
Pharasmane, avoit offert
à ce
Parthesafille deja
promije à Rhadamiste;
que cet Amant indigné
à
âfin tour avoit achevé
de défiler les Etats de
Mithridate qu'il en avoit
chaJJé; qu'enfùjrt
ayant forcéPollion a
luy livrer le malheureux
MithridAte, il l3avoit
faitmourir dans le temps
qu'ilpromettoitàZenovie
de la rétablir sur son
Throne pourvû qu'elle
voulutl'épouser
,
quelle
y avoit consenti dans cette
esperance ,
r/eftantpoint
instruite de ce meurtre,
qu'ensuite Rhadamiste
poursuivi de PharasmaneavoitpoignardeZenobie
~&l'avoit jettée dans
l'Araxe,~& avoitensuite
luy
-
même esté immolé
à la fureur de son pere
ce n'est pas tout ila
salu encoreque l'Auteur
aprit comment Zenobie
&Rhadamisteseretrouventenviechacunde
leur icossé& comment
Zenobie prise sur les
JHedes par Arsame a
este oemenéeien-lberit^
Voilà les faits qui
fondent laFable; voyons à prc[enrlci\in'téreft qui
doivent faire agir les
Personnages
j
Zenobie
aime ArjÁmt, elle hait
Pharafinane,tilt a un
refit depitiépour Rhadamific
,
elle alamort de
son pere àvanger. , la
memoire d)un époux: qui
l'apoignardéeà respecter
vuÀ,deteficr\ ilfaut où
quelle épouse Pharasmane
9
où quelle s'expose à
fort couroux,ellecraint
que Pharasmane ne Je
venged'ellesurson amant
elleà deplus des pretentionssur
l'Arménie, voi- *
là bien desaffaires pour
cette Princesse & pour le
spéctateur,cependant à
peine Rhadamiste paroît-
il sur la Scenequ'il
faut encore s'interesser à
la reconnaissance du ma-
~ry&de lafemme, à celle
du pere & dufils, & à
celle des deux freres. Il
n'y a point de fçayanc
Critique qui tenant son
Aristote en main n'eust
prédit lachute d'un Poimesicompliqué
;c'est cependant
cette multiplicité
d'interests qui fournit
tant de belles situations
ausquelles l'Aureur
doit succés extraordinaire
desa Piece.
J'admire avec quel arc
il a débrouillé son cahos;
en jettant tout l'embaras
de son sujet prefquc dans
un seulrécit;mais lecoup
de Maistre,c'estd'avoir
rendu ses plus belles Scenrs
presque indépendantes
de cous ces faits necessaires
seulement pour
fonder laPiece,maisdont
le Spectateur n'a pas befoin
pour en goûter les
beautés:parexemple dans
la Scene de la reconnoissance
,
dés qu'on [çait
que Rhad. a poignardé
sa femme
,
'& qu'ils se
croyent morts réciproquement,
cela suffit pour
goûter la beauté de cc
moment de surprise qui
fait unsi grand plaisir:
c'estainsi que par lafïm-f
plicité de chaque Scène
en particulier
,
il a Mrantilapiecedutortque
luy pouvoit faire un sujet
trop composé.
L'Auteur qui s'est bien
doutéqu'on ne trouveroit
pas vrai-semblable
que Rhadamiste fut inconnu
à Pharasimante &c
à Arsame,n'a pas épargné
l'art pour fonder cette
vrai-semblance; mais
elle ne s'apperçoit pas du
premier coup d'oeil, &
c'est un deffaut.
Rhadamiste, Arfame,
& Hieron,arrivent de
trois Provinces differentes
presque à la même
heure, dans le Palais de
Pharasmane où est Zenobie.
Cette rencontre
tient un peu du Roman.
Il y manque une espèce
de vrai-semblance, mais
si-tost qu'on voit tous
ces personnages en ac,"
tion ,il font tant de plai-
LÍir qu'ilsnoustransportentau-
dessusdesRcflexions,
Se quand on se
fent entraîner par le merveilleux
on regrette peu
levrai-semblable. u'~:•
- L'Auteur fait joüer à
merveille les quatre principaux
caracteres, de sa
piece, car quoy que celuy
de Rhadamiste ait
quelque affinité avec celui
de Pharasmane, en ce
qu'ils sont tous deux vicieux.
La différence des
leurs vices est aussi (ensible
, que celle qu'on remarque
entre la vertu de
Zenobie & celled'Arsanie,&
quand il oppose les
vices de Rhadamiste à la
vertu de Zenobie
,
& la
barbarie du pere à la vertu
du fils, c'est un contrafle
nouveau presque à
chaque Scene.
Jepense sur l'excellent
caractere deZenobie tout
ce qu'en a dit M** dans
sa reflexions. Quelques
personnes ont trouvé sa
vertu trop outree mais
comment en juger ?Personne
n'apûreglerencore
le point d'élévation
des vertus de Theatte,
Voudroit on une vertu
ordinaire qui, pour ainsî
dire, tenant encore à la
nature, fust toujours aux
prises avec la foiblesse humaine
? Cette sorte de
vertu est plus touchante;
mais une vertu surnaturelle
estplus admirable,
choisissez entre Racine
& Corneille.
<rç;J. M**aparfaitement
prouve que le caractere
de Rhadamiste n'efi:
point propre auTheatre,
parcequ'il est bizarement
composé de grands remords
& de grands crimes,
j'avoüë qu'on ne
peut s'interesser à un
tel homme, mais peutestre
que sans ses remords,
Rhadamiste eust
esté trop odieux pour
le Theatre, l'Autheur
sans doute
,
luy en a
donné, pour suspendre
de temps en temps la
haine& l'horreur que
son caractere inspire;mais
ces remords ne nous doivent
point interesser pour
luy, puisque la plûpart
font moins des retours de
vertuque les effets de son
amour pour Zenobie, &
loin de tenir compte à un
scelerat de ces fortes de
remords, on ne devroit
pasmême luy sçavoirgré
d'une belle action que
l'amour seul luy seroit
entreprendre, comme on
que l'Autheurmoins hati
dy qu'à son ordinaire,
n'aitosé franchir la bienseance
des moeurs paternelles
, pour achever ce
fier caractere comme il
l'avoit commencé.
Le caractere d'Arsame
ne paroistpas sibeau
dans sa première scene
que dans lasuite ,
l'amour
ne sçauroitl'excufer
d'avoir, abandonné
les lieuxcommis à ion
devoir.Dans la démarche
qu'il fait ensuite contre
son pere, l'amour affoiblit
encore sa yerir, mais
elle reprend vigueur dans
son entrevûë avec Rhadamiste,
il en fort plus
vertueux qu'il n'y étoit
entre.
Je suis charmé comme.
M** de la Scene de
l'Ambassade, & fâché
comme luy qu'Hieron
l'interrompe
,
d'autant
plus que Pharasmane
grand politique ne doit
pas donner Audience à
deux Ambassadeurs en
présencel'un de l'autre.
La Scenede la Jalousie
qui est encore plus belle
à mon gré, finit aucontraire
mieux qu'elle ne
commence, car Rhadamiste
ne doit point être
si étonné detrouver Arsame
avec Zenobie, il
ne doit être jaloux qu'au
moment qu'il voit son
secret revelé par sa femme.
Tout ce qu'elle dit
dans cette Scene me paroist
admirable d'un bout
à l'autre,& sur tout cet
endroit Vous ne connois
Jez> pas l'Epoux de Zenobie.
Quelle fait bien
sentir en ce moment!que
Rhadamisteest capable
de la poignarder une féconde
fois, qu'elle le
connoist pour tel, &
qu'envisageant tout le
peril, elle s'y expose par
devoir & par vertu; c'est
ce qui prepare parfa itement
ce beau Vers par
où elle finit: Maisj'ay
trop de vertu pour craindre
mon Epoux.
Quelques-uns de ceux
même qui ont admiré ce
grand trait, ontentendu
par le mot de vertu, Sagesse,
Fidelité conjugale;
peut-être parceque le mot
de vertu dansla bouche
d'une femme nous porte
d'abord àcette idée,mais
il est clair que le mot de
Vertu signifie en cet endroit,
courage & resolution
,
&: que le Vers où
il est placé n'est si beau
que parce qu'il renferme
toute l'idée que l'Auteur
nous a donné du caractere
de Zenobie.
Lorsque dans le V.
Acte on vient avertir
Pharasmane qu'on enleve
sa Maîtresse. Il ne devroit
point s'arrester à
parlerà Arsame, il doit
courir après leravisseur
:
c'est le premier mouvement
qu'il doit avoir
,
comme celuy d'Arsame
doit être de l'avertir qu'il
vatuerson fils.
-
A l'égard du dénouement,
il doit faire plaisir
en délivrant Zenobie
d'un jaloux furieux,&en
nous laissant entrevoir
qu'Arfame fera quelque
jour heureux.
Comme je ne me fuis
poinrengagé à faire une
Dissertation completce,
je passe encore plusieurs
beautez & peut - estre
quelques deffauts.
On en doit beaucoup
pardonner en faveur des
beauxvers, des pensees
vives, & des grands lèntimens,
& sur tout en
faveur de la difficulté des
Pieces de Theatre, dont
la plus parfaite efi, toujours
tres-defectueuse,
c'est dans ce genre d'écrire
qu'on ne doitpoint
chicaner un Auteur qui
a bien fait, sur ce qu'il
auroit pû mieux faire.
Je rapporte icy, non
comme une louange,
mais comme un simple
fait historique, à mettre
dans les registres du Parnaise,
qu'ily a eu deux
éditions de cctte Tragédieen
huitjours& que
sesrepresentations ayant
commencé long-temps
avant le Carnaval, elle
a franchi avec vigueur le
Carême entier, aparemment
qu'aprés Pâques,
nous ne la verrons expirer
que par le départ des
Officiers.
avoit engagé dans son
parti;qu'ilsestoiententrezensemble
dans les
Etats de Mithridate;
que Mithridate indigné
entre son frere
, avoir
fait retombersur lefils le
crime dupere;que Mithridate
voulant détacher -
Tiridate du parti de
Pharasmane, avoit offert
à ce
Parthesafille deja
promije à Rhadamiste;
que cet Amant indigné
à
âfin tour avoit achevé
de défiler les Etats de
Mithridate qu'il en avoit
chaJJé; qu'enfùjrt
ayant forcéPollion a
luy livrer le malheureux
MithridAte, il l3avoit
faitmourir dans le temps
qu'ilpromettoitàZenovie
de la rétablir sur son
Throne pourvû qu'elle
voulutl'épouser
,
quelle
y avoit consenti dans cette
esperance ,
r/eftantpoint
instruite de ce meurtre,
qu'ensuite Rhadamiste
poursuivi de PharasmaneavoitpoignardeZenobie
~&l'avoit jettée dans
l'Araxe,~& avoitensuite
luy
-
même esté immolé
à la fureur de son pere
ce n'est pas tout ila
salu encoreque l'Auteur
aprit comment Zenobie
&Rhadamisteseretrouventenviechacunde
leur icossé& comment
Zenobie prise sur les
JHedes par Arsame a
este oemenéeien-lberit^
Voilà les faits qui
fondent laFable; voyons à prc[enrlci\in'téreft qui
doivent faire agir les
Personnages
j
Zenobie
aime ArjÁmt, elle hait
Pharafinane,tilt a un
refit depitiépour Rhadamific
,
elle alamort de
son pere àvanger. , la
memoire d)un époux: qui
l'apoignardéeà respecter
vuÀ,deteficr\ ilfaut où
quelle épouse Pharasmane
9
où quelle s'expose à
fort couroux,ellecraint
que Pharasmane ne Je
venged'ellesurson amant
elleà deplus des pretentionssur
l'Arménie, voi- *
là bien desaffaires pour
cette Princesse & pour le
spéctateur,cependant à
peine Rhadamiste paroît-
il sur la Scenequ'il
faut encore s'interesser à
la reconnaissance du ma-
~ry&de lafemme, à celle
du pere & dufils, & à
celle des deux freres. Il
n'y a point de fçayanc
Critique qui tenant son
Aristote en main n'eust
prédit lachute d'un Poimesicompliqué
;c'est cependant
cette multiplicité
d'interests qui fournit
tant de belles situations
ausquelles l'Aureur
doit succés extraordinaire
desa Piece.
J'admire avec quel arc
il a débrouillé son cahos;
en jettant tout l'embaras
de son sujet prefquc dans
un seulrécit;mais lecoup
de Maistre,c'estd'avoir
rendu ses plus belles Scenrs
presque indépendantes
de cous ces faits necessaires
seulement pour
fonder laPiece,maisdont
le Spectateur n'a pas befoin
pour en goûter les
beautés:parexemple dans
la Scene de la reconnoissance
,
dés qu'on [çait
que Rhad. a poignardé
sa femme
,
'& qu'ils se
croyent morts réciproquement,
cela suffit pour
goûter la beauté de cc
moment de surprise qui
fait unsi grand plaisir:
c'estainsi que par lafïm-f
plicité de chaque Scène
en particulier
,
il a Mrantilapiecedutortque
luy pouvoit faire un sujet
trop composé.
L'Auteur qui s'est bien
doutéqu'on ne trouveroit
pas vrai-semblable
que Rhadamiste fut inconnu
à Pharasimante &c
à Arsame,n'a pas épargné
l'art pour fonder cette
vrai-semblance; mais
elle ne s'apperçoit pas du
premier coup d'oeil, &
c'est un deffaut.
Rhadamiste, Arfame,
& Hieron,arrivent de
trois Provinces differentes
presque à la même
heure, dans le Palais de
Pharasmane où est Zenobie.
Cette rencontre
tient un peu du Roman.
Il y manque une espèce
de vrai-semblance, mais
si-tost qu'on voit tous
ces personnages en ac,"
tion ,il font tant de plai-
LÍir qu'ilsnoustransportentau-
dessusdesRcflexions,
Se quand on se
fent entraîner par le merveilleux
on regrette peu
levrai-semblable. u'~:•
- L'Auteur fait joüer à
merveille les quatre principaux
caracteres, de sa
piece, car quoy que celuy
de Rhadamiste ait
quelque affinité avec celui
de Pharasmane, en ce
qu'ils sont tous deux vicieux.
La différence des
leurs vices est aussi (ensible
, que celle qu'on remarque
entre la vertu de
Zenobie & celled'Arsanie,&
quand il oppose les
vices de Rhadamiste à la
vertu de Zenobie
,
& la
barbarie du pere à la vertu
du fils, c'est un contrafle
nouveau presque à
chaque Scene.
Jepense sur l'excellent
caractere deZenobie tout
ce qu'en a dit M** dans
sa reflexions. Quelques
personnes ont trouvé sa
vertu trop outree mais
comment en juger ?Personne
n'apûreglerencore
le point d'élévation
des vertus de Theatte,
Voudroit on une vertu
ordinaire qui, pour ainsî
dire, tenant encore à la
nature, fust toujours aux
prises avec la foiblesse humaine
? Cette sorte de
vertu est plus touchante;
mais une vertu surnaturelle
estplus admirable,
choisissez entre Racine
& Corneille.
<rç;J. M**aparfaitement
prouve que le caractere
de Rhadamiste n'efi:
point propre auTheatre,
parcequ'il est bizarement
composé de grands remords
& de grands crimes,
j'avoüë qu'on ne
peut s'interesser à un
tel homme, mais peutestre
que sans ses remords,
Rhadamiste eust
esté trop odieux pour
le Theatre, l'Autheur
sans doute
,
luy en a
donné, pour suspendre
de temps en temps la
haine& l'horreur que
son caractere inspire;mais
ces remords ne nous doivent
point interesser pour
luy, puisque la plûpart
font moins des retours de
vertuque les effets de son
amour pour Zenobie, &
loin de tenir compte à un
scelerat de ces fortes de
remords, on ne devroit
pasmême luy sçavoirgré
d'une belle action que
l'amour seul luy seroit
entreprendre, comme on
que l'Autheurmoins hati
dy qu'à son ordinaire,
n'aitosé franchir la bienseance
des moeurs paternelles
, pour achever ce
fier caractere comme il
l'avoit commencé.
Le caractere d'Arsame
ne paroistpas sibeau
dans sa première scene
que dans lasuite ,
l'amour
ne sçauroitl'excufer
d'avoir, abandonné
les lieuxcommis à ion
devoir.Dans la démarche
qu'il fait ensuite contre
son pere, l'amour affoiblit
encore sa yerir, mais
elle reprend vigueur dans
son entrevûë avec Rhadamiste,
il en fort plus
vertueux qu'il n'y étoit
entre.
Je suis charmé comme.
M** de la Scene de
l'Ambassade, & fâché
comme luy qu'Hieron
l'interrompe
,
d'autant
plus que Pharasmane
grand politique ne doit
pas donner Audience à
deux Ambassadeurs en
présencel'un de l'autre.
La Scenede la Jalousie
qui est encore plus belle
à mon gré, finit aucontraire
mieux qu'elle ne
commence, car Rhadamiste
ne doit point être
si étonné detrouver Arsame
avec Zenobie, il
ne doit être jaloux qu'au
moment qu'il voit son
secret revelé par sa femme.
Tout ce qu'elle dit
dans cette Scene me paroist
admirable d'un bout
à l'autre,& sur tout cet
endroit Vous ne connois
Jez> pas l'Epoux de Zenobie.
Quelle fait bien
sentir en ce moment!que
Rhadamisteest capable
de la poignarder une féconde
fois, qu'elle le
connoist pour tel, &
qu'envisageant tout le
peril, elle s'y expose par
devoir & par vertu; c'est
ce qui prepare parfa itement
ce beau Vers par
où elle finit: Maisj'ay
trop de vertu pour craindre
mon Epoux.
Quelques-uns de ceux
même qui ont admiré ce
grand trait, ontentendu
par le mot de vertu, Sagesse,
Fidelité conjugale;
peut-être parceque le mot
de vertu dansla bouche
d'une femme nous porte
d'abord àcette idée,mais
il est clair que le mot de
Vertu signifie en cet endroit,
courage & resolution
,
&: que le Vers où
il est placé n'est si beau
que parce qu'il renferme
toute l'idée que l'Auteur
nous a donné du caractere
de Zenobie.
Lorsque dans le V.
Acte on vient avertir
Pharasmane qu'on enleve
sa Maîtresse. Il ne devroit
point s'arrester à
parlerà Arsame, il doit
courir après leravisseur
:
c'est le premier mouvement
qu'il doit avoir
,
comme celuy d'Arsame
doit être de l'avertir qu'il
vatuerson fils.
-
A l'égard du dénouement,
il doit faire plaisir
en délivrant Zenobie
d'un jaloux furieux,&en
nous laissant entrevoir
qu'Arfame fera quelque
jour heureux.
Comme je ne me fuis
poinrengagé à faire une
Dissertation completce,
je passe encore plusieurs
beautez & peut - estre
quelques deffauts.
On en doit beaucoup
pardonner en faveur des
beauxvers, des pensees
vives, & des grands lèntimens,
& sur tout en
faveur de la difficulté des
Pieces de Theatre, dont
la plus parfaite efi, toujours
tres-defectueuse,
c'est dans ce genre d'écrire
qu'on ne doitpoint
chicaner un Auteur qui
a bien fait, sur ce qu'il
auroit pû mieux faire.
Je rapporte icy, non
comme une louange,
mais comme un simple
fait historique, à mettre
dans les registres du Parnaise,
qu'ily a eu deux
éditions de cctte Tragédieen
huitjours& que
sesrepresentations ayant
commencé long-temps
avant le Carnaval, elle
a franchi avec vigueur le
Carême entier, aparemment
qu'aprés Pâques,
nous ne la verrons expirer
que par le départ des
Officiers.
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Résumé : « Zenobie à Tiridates qu'il avoit engagé dans son parti ; [...] »
Le texte relate une série d'événements historiques et politiques impliquant plusieurs personnages clés, notamment Zenobie, Tiridates, Mithridate, Pharasmane et Rhadamiste. Zenobie, initialement engagée par Tiridates, se retrouve impliquée dans les affaires de Mithridate. Ce dernier, indigné par les actions de son frère, accuse son propre fils du crime. Pour éloigner Tiridates de Pharasmane, Mithridate offre sa fille, déjà promise à Rhadamiste, aux Parthes. Rhadamiste, furieux, défait les États de Mithridate et le force à se rendre avant de le tuer. Zenobie, espérant retrouver son trône, accepte d'épouser Rhadamiste, ignorant qu'il a assassiné Mithridate. Plus tard, Rhadamiste, poursuivi par Pharasmane, poignarde Zenobie et la jette dans l'Araxe, avant d'être tué par son père. Le texte mentionne également que Zenobie et Rhadamiste survivent et que Zenobie est capturée par Arsame et emmenée en Ibérie. Les personnages ont des motivations et des sentiments complexes. Zenobie aime Arjánt, déteste Pharasmane et souhaite venger la mort de son père. Rhadamiste est poursuivi par Pharasmane. L'auteur admire la manière dont les situations complexes sont résolues et les scènes rendues indépendantes des faits nécessaires pour fonder la pièce. Cependant, certaines situations, comme la rencontre des personnages au palais de Pharasmane, sont difficiles à rendre crédibles. Les caractères des personnages principaux sont bien joués, avec des contrastes marqués entre les vices et les vertus. Zenobie est particulièrement admirée pour son courage et sa résolution, bien que certains trouvent sa vertu excessive. Le dénouement libère Zenobie d'un jaloux furieux et laisse entrevoir un avenir heureux avec Arsame. La tragédie a connu un succès notable, avec deux éditions en huit jours et des représentations prolongées jusqu'après Pâques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 193-248
HISTORIETTE presque toute veritable.
Début :
Dans une Ville de Province, deux Dames voisines se haïssoient [...]
Mots clefs :
Femme, Vertu, Voisines, Cavalier, Mari, Veuve
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texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE presque toute veritable.
HISTORIETTE
presque toute veritable.
Dans
une Ville de
Province, deux Dames
voisines se haîffoient)
parce que leurs caracteres
estoientopposez.L'une
que j'appelleray Cephise,
estoitjeune, enjouée
,
tres-vertueuse
mais trop vive , pour s'ajf
sujettir aux bienseances
qui doivent accompagner
la vertu.
,
L'autre Dame avoit
au contraire tant de delicatesse
sur ces bienfeait
ces,qu'elle eut, en un
besoin, sacrifié la vertu
même à la vanité de paroistre
plus scrupuleuse
que les voisines. C'estoit
en médisantde leur conduite
qu'elle donnoit de
l'éclat à la tienne, &
Cephise estoit celle de les
voisines qu'elle attaquoit
le plus cruellement par
sess medisances.
Cephise avoit épousé
depuis peu de temps un
fort galant homme, qui
charmé de son enjouement
,&Cperliiadé de sa
vertu, ne la contraignoit
en rien: maisDorimene
qui dominoit dans toutes
les maifbm où l'on
vouloit bien la souffrir
faisoit des remontrances
sèveres non-seulement
à la femme sur les petites
imprudences qui luy échappoient,
mais encore
au mary sur ce qu'il donnoit
trop de liberté à sa
femme.
Les remontrances que
Dorimenefaisoit à cette
jeune personne la piquoient
encore plus que
tout le mal qu'elle pouvoit
dire d'elle. Unjour
elle pensoit à s'en venger
, lorsquune Couturièrequi
les habilloittoutes
deux vint luy conter
pour la réjouir une nouvveelllleeintrigue
d'un Cavalierarrivé
dans la Ville
depuis quelques jours.
Lisette
)
c'estoit le nom
de la Couturiere, ne
manquoit pas d'esprit
& elle estoit à peu prés
de l'humeur de Cephise.
Cellede Dorimeneluy
déplaisoit fort. Dorimene
payoit avec chagrin,
& <jueïeloit volontiers
ses ouvrières:deplus.,
elle avoit souvent ennuyé
Lisette du recit de
les bonnes avions
,
elle
en faisoitl'élogeà ses donieftiques-
ii-iefi-ilc,quand
elle ne sçavoit plus à qui
les conter.
Dorimene estoit veuvedepuis
unan,&assez
richepouravoir plû à un
jeune Avanturier , qui
avoit feint pour elle une
belle passion. Cette severeveuve
l'avoit rebuté
pendant quelques jours,
mais enfin le trouvant à
son gré elle luyavoit fait
eipqrerquelle l'epouse
-JOit quand les deux années
de fou veuvage femoient
accomplies:cependantelle
ne vouloit
paspermettre qu'il la vit
ayant ce temps- là à
moins que ce ne fut
tres-secretement.
-
CCfat,a peu preset
que Lisette raconta àCeptriCb
ellevenoit de rapprendre
d'une femme
qui avoit ménagé chez
„nHeJila campagne cette
avanture au Cavalier. --
Cephise mena promener
Lisette avec elle
pour avoir le loisir de le
faire redire vingt fois la
mesme croie ; elle ne
pouvoit se lasser de l'entendre,
ni croirecequ'elle
entendoit. Mais lorsqu'elle
en fut bien persuadée,
elle ne respira
plus que le plaisir de [e
venger en se rejoüissant.
Cette jeune folatre imagine
cent plaisanteries à
faire sur l'intrigue de la
veuve,ilfalloitensçavoir
des circonstances plus
particulières ,&CLifctte
à qui Cephise fit esperer
recompense, promit
de suivre de prés cette
affaire.Ellesétoient dans
un jardin ouvert pour
les honnestes gens de la
Ville, elles [e promenoient
dans une allée détournée,
Cephise estoit
veituë tres -
négligemment
,
& enveloppée
dans une echarpe noire
;Lisètte qui estoit
ce jour-là fort ajustée,
luy dit en riant,Madame,
si tout le monde
ne se connoissoit pas
dans une petite Ville,
son me seroit peut-estre
l'honneur de me prendre
pour vostreMaistres
se. Cephise ne fit point
d'attention à ce discours,
parce qu'elle examinoit
un jeune homme fort
bienfait qu'elle ne connoissoit
point pourestre
de la Ville. Lisetteestoit
trés-jolie. Ce Cavalier
qui cherchoit avanture,
avoit envie de l'aborder.
Dés que Cephise l'eut
fait remarquer à Lisette,
t:llc le. reconnut pour
l'Amant de Dorimene,
-carelle l'avoit vu entrer
un jour chez cette Dame
,comme elle en sortoit.
Cephise qui avoit
l'imagination vive,forma
son projet dans le
moment ,
elle le communique
à Lisette qui
enchérit encore sur l'idée
de Cephise : enfin
aprés avoir fait quelques
tours d'allée tousjours
suivies de l'Avanturier,
elles se placèrent sur un
banc,où il vintaussitost
s'asseoir à cofté de Lisette.
Après quelques regards
de part & d'autre,
leCavalier luy adres
sa la parole: la fortune,
luy dit-il, m'est bien favorable
!quel bonheurà
un hommeestranger
dans cette Ville, d'y
trouver d'abord cequ'il
y a de plus aimable. Lisette
répondit à cette galanterie
d'une maniéré à
s'en attirer une seconde
& la conversation dura,
autant qu'il fallut pour
faire consentir Lisette
avec bienseance à l'offre
qu'il luy fit de la remener
à son logis, ce quelle
n'auroit pas souffert,
disoit-elle, si son mary
n'eust pas esté absent :
elle luy fit ensuite le portrait
d'un mary haïssable.
Elle prit enfin avec
luy le nom & le rôlle de
Cephise
,
pendant que
Çephise la suivoit respectueusementcommeune
fille de chambre
,
& ils
arrivèrent ainsi au logis
de Cephise. Le Cavalier
tout occupé des charmes
de celle qu'il conduisoit,
arriva à la porte sans s'estre
encor apperçu qu'il
citait dans la ruë de Dorimene;
il fut estonné de
se trouver à portéed'en
direvû, mais heureusement
il estoit fort tart.
Il avoit demandé permission
à Lisette de la
venir voir le lendemain:
elle luy permit, à condition
qu'il y viendrait
à la mesme heure sur la
brune, car, disoit-elle,
j'ay une voiline trés-médisante,
& je ferois perduë
si elle voyoit entrer
un jeune homme chez
moyen l'absencedemon
mary. Vous jugez bien
que cette précaution de
Lisetteplus fort au Cavalier.
Il estoit ravi de
faire connoissanceavec
cette jeune beautépour
se dédommager de sa
complaisance interessée
pour la veuve, maisil.
estoit dangereux de la
rendre jalouse. Il fut
donc charméde l'air mysterieux
stericux dont Lisettè
commençoit à lier merce; com- il 111crce ; il la ttrroouuvvooiitt
charmante, il en avoit
esté bien reçu. Elle pouvoit
à la verité luy parroistre
suspecte ducofté
de la regularité, mais
celle de Dorimene estoit
si triste, qu'un tel contraste
leréjoüissoit; il aimoit
la varieté.Enfinil
sseerreetitriaracchheezzlluuyyfoforrtt
content de sa soirée.
Dés qu'il fut parti ;
Cephise éclata derire.
N'ay-je pas bien jolie
mon rôle,luy dit Lisette
; à merveille repartit
Cephise. Tu coucheras
icy ce [air, il ne manquera
pas demain de revenir;
tu prendras mon
plus bel habit, & moy
qui luis pour luy ta fille
de chambre, je l'introduiray
dans mon appartement
où tu le recevras.
Mon mary ne reviendra
que dans deuxjours, Se
pour lors nostre projet
ièra en estat de pouvoir
luy estre communiquée.
Cephise avoit sa vengeance
en teste, &C de
plus ces fortes d'amusements
estoient du goust
d'une jeune folastre
qui sans faire , aucune reflexion
surlaconsequence
des choses, se reposoit
sur l'innocence de les intentions.
Nostre Galand ne manqua
pas de revenir le lendemain,
enveloppe dans
unmanteau,de peurque
Dorimene ne put le reconnoistre
en cas qu'elle
l'apperçeust
,
& il ne
pouvoit pas manquer
d'estre apperçu de celle
dont la plus agreable occupationestoit
d'expier
les actions de sa voisine.
L'heure de la visite,
la circonstance du mary
absent
,
&C l'air mysterieux
dont on introduisit
sans lumiere nostre
homme à bonne fortune
luyfirent croire que ce
Galand estoit pour Cephise.
Elle en eut autant
de joye que si ç'eutesté
pourelle.Que! plaisirde
pouvoir perdre de réputation
sa voisine
,
quand
il luy en prendroit fantaisse.
A l'égard de nostre
Amant, il fut surpris de
voir Lisette 11 richement
vestuë, & dans un appartement
magnifique.
Elle ajousta à cela une
fierté si adroitement ménagée,
qu'elle le rendit
des ce soir-là veritablement
amoureux,&c'est
ce qu'on vouloit pour
tirer de luy des particularitez
qui puisent prouver
la galanterie de la
veuve. Toute l'entrevûë
du lendemain fut employée
par Lisette à faire
esperer des faveurs au
Galant s'il vouloit sacrifier
Dorimene. On luy
permettoit bien ce feindre
de l'aimer
,
& ., de
donner ses soins à celle
qui pouvoit faire sa fortune
,
mais on vouloit
avoir le coeur & la confiance.
En un mot Lisette
fit tant que le Cavalier
promit dapporterle lendemain
des Lettres passionnées
de Dorimene;
c'est tout ce qu'on souhaitoit.
On ne vouloit
disoit-on, , que les lire &
les luy rendre dans le
moment.
Les choses en estoient
là lorsqu'un contre-tems
fascheux pensa tout gaster.
Le mary enarrivant
de la campagne estoit
descendu decarossechez
un amyquil'yavoit mené.
Il revenoit seul chez
luylorsqu'il vit un jeune
homme entrer sous une
porte, prendre dans le
plus beau tems du monde
un manteau que luy
apportoit un Laquais,
& oster un plumet qui
estoit
estoit à ion chapeau.
Cet air de mystere à
l'heure qu'ilestoit, donna
de la curiosité au
mary ; il fuit de loin;
il observe, & voyant
qu'on entre dans sa ruë,
qui estoit aussi celle de
Dorimene
,
il pense
d'abord à elle; ce feroit
une plaisante avanture
,
disoit-il en luymesme,
si ce Galand-cy
estoit sur le conte de nostrevoisine.
Quellesur-
2prise, quand il voit qu'il
estsurlesien. On entre
chez sa femme ; ilapperçoit,
malgrél'obscurité,
une espece de fille de
chambre qui introduit
le Cavalier &referme la
porte. Il l'ouvre doucement
avec son passe-partout;
le Galand a déja
gagné un petit degré; il
le fuit au bruit; monte
aprés luy jusqu'à une
garderobe de l'appar-
-tement de sa femme.
Il a avoüé depuis que
malgré la confiance qu'il
avoit en elle, il fut si vivement
frappé de jalousie
qu'il ne se possedoit
plus. Cephise en habit
de fille de chambre aprés
avoir fait entrer le Cavalier
dans le cabinet
où l'attendoit Lisette
, entendit marcher derriere
elle. Elle court au
bruit & repousse rudement
son mary sans feavoirquic'estoit.
Ilvoyoit
à la lueur des bougies
qui étoient dans ce cabinet
dont la porte estoit
restée entrouverte: que
voyoit-il, justeciel, celle
qu'il croyoit sa femme
par l'habit, se laissoit baiserlamain
par ce Cavalier.
Il estoit si troublé
qu'il crut encore voir
plus qu'il ne voyoit. Il
resta immobile d'estonnement
& de douleur,
car ce n'estoit pas un
mary emporté. Sa femme
qui le reconnut dans
ce moment, fit un éclat
de rirecomme une petite
fole quelle estoit ;
elle l'elnbraife en luy disant
tout bas de ne pas
faire de bruit. Il commence
à lareconnoistre,
& cela redouble son
embarras. Sa femme
l'embrasse d'uncosté,il
croit la voir de l'autre
avec celuy qui le deshonore
: enfin elle l'entraisne
dehors en achevant
de le détromper
& folaftrant tousjours
avec luy
, ne sçauriezvous,
luy dit-elle, voir
tranquillement vostre
femmeavec sonGaland?
je vous ay pris en flagrant
delit de jalousie,
jene vous pardonneray
qu'àune condition,c'est
que vousm'aiderez àme
venger des aigres remontrances
que Dorimene
me fait tous les
jours, je veux luyen faire
de mieuxfondées.
Elle luy explique son
projet où le mary charmé
de s'estre trompé,
entra de tout son coeur.
Elle luy dit que lisette
devoit tirer ce incline
soir du Cavalier
,
des
Lettres de la veuve ,
& -
qu'ellealloitvoir à quoy
en estoient les choses,
Pendant ce temps-là,
continua-t-elle
,
allez
disposesDorimene a venùtantost
souperavec
nous. Allez
, je vous envoyeray
avertir quand
nostre Avantuiersera
parti : maisgardez-vous
derientémoignerencore
a Dorimene , ce a- table queje veux me ré:
jouir,enbûvant à sesinclinations
,
& nous la
confondronsau dessert,
en presence de quelques,
amies qui depuis vostre.
départ viennent tous les,
loirs.fouper-,avec moy
pour me consoler de v«
stre absence.
Lemaryalla dans ce
moment chezDorimene
qui fut ravie de le
voir de retour. Après les
premiers compliments,
la conversation devint
agreable; raillerie fine
de part & d'autre, chacun
avoit son point de
veuë;l'unestoit fort par
tout ce qu'ilsçavoit, &
l'autresorte aussi par les
choses
;
qu'elle croyoit
sçavoir elle attaque le
mary sur la confiance
1
aveugle quil avoit en la
femme; effectivement
luy disoit-elle d'un ton
doucereux & malin,il
est des vertus si solides
qu'elles se conservent
mesme au milieu de la
coquetterielaplus enjouée
; comme il en est,
repliqua-t-il, desi fragiles
qu'ellesne peuvent le
conserverà l'abri de la
prudence laplus austere.
Aprés plusieurs traits
dont les derniersestoient
tousjours les plusvifs, il
en échapa au mary quelqu'un
si piquant, que la
veuve pour ss'eenn venger
lascha un mot sur ce
qu'elleavoit vû en son
absence.Le mary feignit
d'en estre allarmé? &C la
conjura trés-serieusementdesexpliquer.
La
prude feignant de son
costé d'estre fafchée d'en
avoir trop dit, je vous
tairois le reste, continuat-
elle
,
si je pouvoisen
conscience vous cacher
un desordre que vous
pourrez empescher. Plus
la charitable veuve taschoit
de prouver aumary
son deshonneur,plus
il feignoit d'entreren fureur
contre sa femme
y il imagina sur l'heure
ce que vous allez, voir,
&commençaain/î fOli
jeu. Ah Madame! s'écria-
t-il tout-à-coup
,
comme s'ileust esté penetré
de douleur, ne
m'abandonnez pas en
cette occasion, vous venez
de merendre un service
de véritable amie,
enm'apprenant que je
fuis le plus malheureux
hommedumonde, achevez
la bonne oeuvre que
vous avez commencé, il
s'agit de corriger ma
semis-le., de la convertir
& non pas de la perdre,
je ne veux point éclatet,
je ne me possederoispas
allez II j'allois seul luy
parler, suivez-moy Madame,
ayez la charité de
me suivre
,
& de luy
faire pour moy une correction
si terrible, que
lahonte&: le dépit qu'elle
en aura la rende sage
à l'avenir,il est sur qu'elle
vous craint plus que
moy, vous la verrez joumise
&confonduë par la
haute idée qu'elle a de
vostre caractère.
-
La veuve charmée de
se voir tant d'autorité sur
son ennemie triomphoit
par avance, & suivit
nostre faux jaloux qui
l'amena chez luy dans le
moment. Il entra le premier
, la priant de rester
dans une salle baffe, &C
courut avertir sa femme
du nouveau desseinqu'il
avoit conceu.Deuxmots
la mirent au fait, & il
revint aussi-tost vers Dorimene
, comme troublé
, comme agité d'une
rage qu'il vouloit modérer
par raison. Ah ma
2r;j
chere Dame, s'écriat-
il en l'embrassant presque
, ayez pitié de moy,
le Galand estlà haut avec
ma femme. Il reste
un rrîoment comme eltourdy
du coup, & feignant
ensuite de reprendre
courage: mais
,
luy
dit-il, le Ciel fait tout
pour le mieux ; c'est
peut-estre un bien pour
moyde pouvoir surprendre
ainsi ma femme,
pour l'humilierdavantage,
tage , pour la convaincre
, pour la confondre ;
montons par ce petit degré.
Ils montèrent ensemble
dans la garderobe
dont nous avons parlé,
& d'où la bonne Dame
apperçutd'abord ion
Amant. Elle crut le
tromper le mary la tenant
par le bras l'entrainoit
tousjours vers la
chambre où estoit la lumiere.
Elle reconnoift le
traistre un frisson la
prend; elle reste immobile.
Le hazard fit
encore pour l'accabler
davantage, que le Cavalier
voulant enfin tirer
de Lisette les faveurs
quelleluylaissoit esperer,
redoubloit à haute
voix ses ferments d'amour
pour elle, & de
mépris pour sa veuve.
Oüy
,
disoit-il d'un ton
passionné
,
oiiy
,
charmante
Cephise, je meprise
allez Dorimene
pour ne la jamais voir sielle
ne me faisoit pas ma
fortune. Cependant le
mary malin luy disoit:il
n'aime que ma femme
,
vous l'entendez: ne fuisje
pas le plus malheureux
de tous les maris. Il
l'entrainoit
'-;
tousjours
vers la chambre
,
Dorimenemalgré
sa douteux
, ne laissoit pas d'estre
un peu consolée pan
celle du mary, & par la
confufîou qu'allait avoir
son ennemie : mais cette
petite consolation s'évanoüit
dés qu'elle eut apperçu
la Couturière dans
les habits de Cephisè, &
Cephile elle-mesme entrer
avec deux ou trois
amies. Le Cavalier gagnela
porte, &laveuve
reste accablée de honte
& de douleur: à peine
a-t-elle la force defuir;le
mary ,
la femme & les,
amies la reconduisirent
chez elle avec les railleries
les plus piquantes,
luy conseillant de ne se
niellerjamais de faire
des reprimandes à plus
sage qu'elle.
On dit que la veuve
n'en fut pasquitte pour
cette avanie,&que TAvanturier
tousjours aimable,
quoyqu'infidele,
trouva le moyen de se
raccommoder. Elle eust
la foiblesse de l'épouser
dans une autre Ville, où
elle fut contrainte d'aller
habiter, parce que
les railleries & les vaudevilles
la chasserent de
celle où cette Histoire
s'est passé. On dit mesme
quece jeune ingrat
l'ayant fort maltraitée
aprés quelques mois
-
de
mariage, elle plaide encore
à present pour parvenir
à séparation.
presque toute veritable.
Dans
une Ville de
Province, deux Dames
voisines se haîffoient)
parce que leurs caracteres
estoientopposez.L'une
que j'appelleray Cephise,
estoitjeune, enjouée
,
tres-vertueuse
mais trop vive , pour s'ajf
sujettir aux bienseances
qui doivent accompagner
la vertu.
,
L'autre Dame avoit
au contraire tant de delicatesse
sur ces bienfeait
ces,qu'elle eut, en un
besoin, sacrifié la vertu
même à la vanité de paroistre
plus scrupuleuse
que les voisines. C'estoit
en médisantde leur conduite
qu'elle donnoit de
l'éclat à la tienne, &
Cephise estoit celle de les
voisines qu'elle attaquoit
le plus cruellement par
sess medisances.
Cephise avoit épousé
depuis peu de temps un
fort galant homme, qui
charmé de son enjouement
,&Cperliiadé de sa
vertu, ne la contraignoit
en rien: maisDorimene
qui dominoit dans toutes
les maifbm où l'on
vouloit bien la souffrir
faisoit des remontrances
sèveres non-seulement
à la femme sur les petites
imprudences qui luy échappoient,
mais encore
au mary sur ce qu'il donnoit
trop de liberté à sa
femme.
Les remontrances que
Dorimenefaisoit à cette
jeune personne la piquoient
encore plus que
tout le mal qu'elle pouvoit
dire d'elle. Unjour
elle pensoit à s'en venger
, lorsquune Couturièrequi
les habilloittoutes
deux vint luy conter
pour la réjouir une nouvveelllleeintrigue
d'un Cavalierarrivé
dans la Ville
depuis quelques jours.
Lisette
)
c'estoit le nom
de la Couturiere, ne
manquoit pas d'esprit
& elle estoit à peu prés
de l'humeur de Cephise.
Cellede Dorimeneluy
déplaisoit fort. Dorimene
payoit avec chagrin,
& <jueïeloit volontiers
ses ouvrières:deplus.,
elle avoit souvent ennuyé
Lisette du recit de
les bonnes avions
,
elle
en faisoitl'élogeà ses donieftiques-
ii-iefi-ilc,quand
elle ne sçavoit plus à qui
les conter.
Dorimene estoit veuvedepuis
unan,&assez
richepouravoir plû à un
jeune Avanturier , qui
avoit feint pour elle une
belle passion. Cette severeveuve
l'avoit rebuté
pendant quelques jours,
mais enfin le trouvant à
son gré elle luyavoit fait
eipqrerquelle l'epouse
-JOit quand les deux années
de fou veuvage femoient
accomplies:cependantelle
ne vouloit
paspermettre qu'il la vit
ayant ce temps- là à
moins que ce ne fut
tres-secretement.
-
CCfat,a peu preset
que Lisette raconta àCeptriCb
ellevenoit de rapprendre
d'une femme
qui avoit ménagé chez
„nHeJila campagne cette
avanture au Cavalier. --
Cephise mena promener
Lisette avec elle
pour avoir le loisir de le
faire redire vingt fois la
mesme croie ; elle ne
pouvoit se lasser de l'entendre,
ni croirecequ'elle
entendoit. Mais lorsqu'elle
en fut bien persuadée,
elle ne respira
plus que le plaisir de [e
venger en se rejoüissant.
Cette jeune folatre imagine
cent plaisanteries à
faire sur l'intrigue de la
veuve,ilfalloitensçavoir
des circonstances plus
particulières ,&CLifctte
à qui Cephise fit esperer
recompense, promit
de suivre de prés cette
affaire.Ellesétoient dans
un jardin ouvert pour
les honnestes gens de la
Ville, elles [e promenoient
dans une allée détournée,
Cephise estoit
veituë tres -
négligemment
,
& enveloppée
dans une echarpe noire
;Lisètte qui estoit
ce jour-là fort ajustée,
luy dit en riant,Madame,
si tout le monde
ne se connoissoit pas
dans une petite Ville,
son me seroit peut-estre
l'honneur de me prendre
pour vostreMaistres
se. Cephise ne fit point
d'attention à ce discours,
parce qu'elle examinoit
un jeune homme fort
bienfait qu'elle ne connoissoit
point pourestre
de la Ville. Lisetteestoit
trés-jolie. Ce Cavalier
qui cherchoit avanture,
avoit envie de l'aborder.
Dés que Cephise l'eut
fait remarquer à Lisette,
t:llc le. reconnut pour
l'Amant de Dorimene,
-carelle l'avoit vu entrer
un jour chez cette Dame
,comme elle en sortoit.
Cephise qui avoit
l'imagination vive,forma
son projet dans le
moment ,
elle le communique
à Lisette qui
enchérit encore sur l'idée
de Cephise : enfin
aprés avoir fait quelques
tours d'allée tousjours
suivies de l'Avanturier,
elles se placèrent sur un
banc,où il vintaussitost
s'asseoir à cofté de Lisette.
Après quelques regards
de part & d'autre,
leCavalier luy adres
sa la parole: la fortune,
luy dit-il, m'est bien favorable
!quel bonheurà
un hommeestranger
dans cette Ville, d'y
trouver d'abord cequ'il
y a de plus aimable. Lisette
répondit à cette galanterie
d'une maniéré à
s'en attirer une seconde
& la conversation dura,
autant qu'il fallut pour
faire consentir Lisette
avec bienseance à l'offre
qu'il luy fit de la remener
à son logis, ce quelle
n'auroit pas souffert,
disoit-elle, si son mary
n'eust pas esté absent :
elle luy fit ensuite le portrait
d'un mary haïssable.
Elle prit enfin avec
luy le nom & le rôlle de
Cephise
,
pendant que
Çephise la suivoit respectueusementcommeune
fille de chambre
,
& ils
arrivèrent ainsi au logis
de Cephise. Le Cavalier
tout occupé des charmes
de celle qu'il conduisoit,
arriva à la porte sans s'estre
encor apperçu qu'il
citait dans la ruë de Dorimene;
il fut estonné de
se trouver à portéed'en
direvû, mais heureusement
il estoit fort tart.
Il avoit demandé permission
à Lisette de la
venir voir le lendemain:
elle luy permit, à condition
qu'il y viendrait
à la mesme heure sur la
brune, car, disoit-elle,
j'ay une voiline trés-médisante,
& je ferois perduë
si elle voyoit entrer
un jeune homme chez
moyen l'absencedemon
mary. Vous jugez bien
que cette précaution de
Lisetteplus fort au Cavalier.
Il estoit ravi de
faire connoissanceavec
cette jeune beautépour
se dédommager de sa
complaisance interessée
pour la veuve, maisil.
estoit dangereux de la
rendre jalouse. Il fut
donc charméde l'air mysterieux
stericux dont Lisettè
commençoit à lier merce; com- il 111crce ; il la ttrroouuvvooiitt
charmante, il en avoit
esté bien reçu. Elle pouvoit
à la verité luy parroistre
suspecte ducofté
de la regularité, mais
celle de Dorimene estoit
si triste, qu'un tel contraste
leréjoüissoit; il aimoit
la varieté.Enfinil
sseerreetitriaracchheezzlluuyyfoforrtt
content de sa soirée.
Dés qu'il fut parti ;
Cephise éclata derire.
N'ay-je pas bien jolie
mon rôle,luy dit Lisette
; à merveille repartit
Cephise. Tu coucheras
icy ce [air, il ne manquera
pas demain de revenir;
tu prendras mon
plus bel habit, & moy
qui luis pour luy ta fille
de chambre, je l'introduiray
dans mon appartement
où tu le recevras.
Mon mary ne reviendra
que dans deuxjours, Se
pour lors nostre projet
ièra en estat de pouvoir
luy estre communiquée.
Cephise avoit sa vengeance
en teste, &C de
plus ces fortes d'amusements
estoient du goust
d'une jeune folastre
qui sans faire , aucune reflexion
surlaconsequence
des choses, se reposoit
sur l'innocence de les intentions.
Nostre Galand ne manqua
pas de revenir le lendemain,
enveloppe dans
unmanteau,de peurque
Dorimene ne put le reconnoistre
en cas qu'elle
l'apperçeust
,
& il ne
pouvoit pas manquer
d'estre apperçu de celle
dont la plus agreable occupationestoit
d'expier
les actions de sa voisine.
L'heure de la visite,
la circonstance du mary
absent
,
&C l'air mysterieux
dont on introduisit
sans lumiere nostre
homme à bonne fortune
luyfirent croire que ce
Galand estoit pour Cephise.
Elle en eut autant
de joye que si ç'eutesté
pourelle.Que! plaisirde
pouvoir perdre de réputation
sa voisine
,
quand
il luy en prendroit fantaisse.
A l'égard de nostre
Amant, il fut surpris de
voir Lisette 11 richement
vestuë, & dans un appartement
magnifique.
Elle ajousta à cela une
fierté si adroitement ménagée,
qu'elle le rendit
des ce soir-là veritablement
amoureux,&c'est
ce qu'on vouloit pour
tirer de luy des particularitez
qui puisent prouver
la galanterie de la
veuve. Toute l'entrevûë
du lendemain fut employée
par Lisette à faire
esperer des faveurs au
Galant s'il vouloit sacrifier
Dorimene. On luy
permettoit bien ce feindre
de l'aimer
,
& ., de
donner ses soins à celle
qui pouvoit faire sa fortune
,
mais on vouloit
avoir le coeur & la confiance.
En un mot Lisette
fit tant que le Cavalier
promit dapporterle lendemain
des Lettres passionnées
de Dorimene;
c'est tout ce qu'on souhaitoit.
On ne vouloit
disoit-on, , que les lire &
les luy rendre dans le
moment.
Les choses en estoient
là lorsqu'un contre-tems
fascheux pensa tout gaster.
Le mary enarrivant
de la campagne estoit
descendu decarossechez
un amyquil'yavoit mené.
Il revenoit seul chez
luylorsqu'il vit un jeune
homme entrer sous une
porte, prendre dans le
plus beau tems du monde
un manteau que luy
apportoit un Laquais,
& oster un plumet qui
estoit
estoit à ion chapeau.
Cet air de mystere à
l'heure qu'ilestoit, donna
de la curiosité au
mary ; il fuit de loin;
il observe, & voyant
qu'on entre dans sa ruë,
qui estoit aussi celle de
Dorimene
,
il pense
d'abord à elle; ce feroit
une plaisante avanture
,
disoit-il en luymesme,
si ce Galand-cy
estoit sur le conte de nostrevoisine.
Quellesur-
2prise, quand il voit qu'il
estsurlesien. On entre
chez sa femme ; ilapperçoit,
malgrél'obscurité,
une espece de fille de
chambre qui introduit
le Cavalier &referme la
porte. Il l'ouvre doucement
avec son passe-partout;
le Galand a déja
gagné un petit degré; il
le fuit au bruit; monte
aprés luy jusqu'à une
garderobe de l'appar-
-tement de sa femme.
Il a avoüé depuis que
malgré la confiance qu'il
avoit en elle, il fut si vivement
frappé de jalousie
qu'il ne se possedoit
plus. Cephise en habit
de fille de chambre aprés
avoir fait entrer le Cavalier
dans le cabinet
où l'attendoit Lisette
, entendit marcher derriere
elle. Elle court au
bruit & repousse rudement
son mary sans feavoirquic'estoit.
Ilvoyoit
à la lueur des bougies
qui étoient dans ce cabinet
dont la porte estoit
restée entrouverte: que
voyoit-il, justeciel, celle
qu'il croyoit sa femme
par l'habit, se laissoit baiserlamain
par ce Cavalier.
Il estoit si troublé
qu'il crut encore voir
plus qu'il ne voyoit. Il
resta immobile d'estonnement
& de douleur,
car ce n'estoit pas un
mary emporté. Sa femme
qui le reconnut dans
ce moment, fit un éclat
de rirecomme une petite
fole quelle estoit ;
elle l'elnbraife en luy disant
tout bas de ne pas
faire de bruit. Il commence
à lareconnoistre,
& cela redouble son
embarras. Sa femme
l'embrasse d'uncosté,il
croit la voir de l'autre
avec celuy qui le deshonore
: enfin elle l'entraisne
dehors en achevant
de le détromper
& folaftrant tousjours
avec luy
, ne sçauriezvous,
luy dit-elle, voir
tranquillement vostre
femmeavec sonGaland?
je vous ay pris en flagrant
delit de jalousie,
jene vous pardonneray
qu'àune condition,c'est
que vousm'aiderez àme
venger des aigres remontrances
que Dorimene
me fait tous les
jours, je veux luyen faire
de mieuxfondées.
Elle luy explique son
projet où le mary charmé
de s'estre trompé,
entra de tout son coeur.
Elle luy dit que lisette
devoit tirer ce incline
soir du Cavalier
,
des
Lettres de la veuve ,
& -
qu'ellealloitvoir à quoy
en estoient les choses,
Pendant ce temps-là,
continua-t-elle
,
allez
disposesDorimene a venùtantost
souperavec
nous. Allez
, je vous envoyeray
avertir quand
nostre Avantuiersera
parti : maisgardez-vous
derientémoignerencore
a Dorimene , ce a- table queje veux me ré:
jouir,enbûvant à sesinclinations
,
& nous la
confondronsau dessert,
en presence de quelques,
amies qui depuis vostre.
départ viennent tous les,
loirs.fouper-,avec moy
pour me consoler de v«
stre absence.
Lemaryalla dans ce
moment chezDorimene
qui fut ravie de le
voir de retour. Après les
premiers compliments,
la conversation devint
agreable; raillerie fine
de part & d'autre, chacun
avoit son point de
veuë;l'unestoit fort par
tout ce qu'ilsçavoit, &
l'autresorte aussi par les
choses
;
qu'elle croyoit
sçavoir elle attaque le
mary sur la confiance
1
aveugle quil avoit en la
femme; effectivement
luy disoit-elle d'un ton
doucereux & malin,il
est des vertus si solides
qu'elles se conservent
mesme au milieu de la
coquetterielaplus enjouée
; comme il en est,
repliqua-t-il, desi fragiles
qu'ellesne peuvent le
conserverà l'abri de la
prudence laplus austere.
Aprés plusieurs traits
dont les derniersestoient
tousjours les plusvifs, il
en échapa au mary quelqu'un
si piquant, que la
veuve pour ss'eenn venger
lascha un mot sur ce
qu'elleavoit vû en son
absence.Le mary feignit
d'en estre allarmé? &C la
conjura trés-serieusementdesexpliquer.
La
prude feignant de son
costé d'estre fafchée d'en
avoir trop dit, je vous
tairois le reste, continuat-
elle
,
si je pouvoisen
conscience vous cacher
un desordre que vous
pourrez empescher. Plus
la charitable veuve taschoit
de prouver aumary
son deshonneur,plus
il feignoit d'entreren fureur
contre sa femme
y il imagina sur l'heure
ce que vous allez, voir,
&commençaain/î fOli
jeu. Ah Madame! s'écria-
t-il tout-à-coup
,
comme s'ileust esté penetré
de douleur, ne
m'abandonnez pas en
cette occasion, vous venez
de merendre un service
de véritable amie,
enm'apprenant que je
fuis le plus malheureux
hommedumonde, achevez
la bonne oeuvre que
vous avez commencé, il
s'agit de corriger ma
semis-le., de la convertir
& non pas de la perdre,
je ne veux point éclatet,
je ne me possederoispas
allez II j'allois seul luy
parler, suivez-moy Madame,
ayez la charité de
me suivre
,
& de luy
faire pour moy une correction
si terrible, que
lahonte&: le dépit qu'elle
en aura la rende sage
à l'avenir,il est sur qu'elle
vous craint plus que
moy, vous la verrez joumise
&confonduë par la
haute idée qu'elle a de
vostre caractère.
-
La veuve charmée de
se voir tant d'autorité sur
son ennemie triomphoit
par avance, & suivit
nostre faux jaloux qui
l'amena chez luy dans le
moment. Il entra le premier
, la priant de rester
dans une salle baffe, &C
courut avertir sa femme
du nouveau desseinqu'il
avoit conceu.Deuxmots
la mirent au fait, & il
revint aussi-tost vers Dorimene
, comme troublé
, comme agité d'une
rage qu'il vouloit modérer
par raison. Ah ma
2r;j
chere Dame, s'écriat-
il en l'embrassant presque
, ayez pitié de moy,
le Galand estlà haut avec
ma femme. Il reste
un rrîoment comme eltourdy
du coup, & feignant
ensuite de reprendre
courage: mais
,
luy
dit-il, le Ciel fait tout
pour le mieux ; c'est
peut-estre un bien pour
moyde pouvoir surprendre
ainsi ma femme,
pour l'humilierdavantage,
tage , pour la convaincre
, pour la confondre ;
montons par ce petit degré.
Ils montèrent ensemble
dans la garderobe
dont nous avons parlé,
& d'où la bonne Dame
apperçutd'abord ion
Amant. Elle crut le
tromper le mary la tenant
par le bras l'entrainoit
tousjours vers la
chambre où estoit la lumiere.
Elle reconnoift le
traistre un frisson la
prend; elle reste immobile.
Le hazard fit
encore pour l'accabler
davantage, que le Cavalier
voulant enfin tirer
de Lisette les faveurs
quelleluylaissoit esperer,
redoubloit à haute
voix ses ferments d'amour
pour elle, & de
mépris pour sa veuve.
Oüy
,
disoit-il d'un ton
passionné
,
oiiy
,
charmante
Cephise, je meprise
allez Dorimene
pour ne la jamais voir sielle
ne me faisoit pas ma
fortune. Cependant le
mary malin luy disoit:il
n'aime que ma femme
,
vous l'entendez: ne fuisje
pas le plus malheureux
de tous les maris. Il
l'entrainoit
'-;
tousjours
vers la chambre
,
Dorimenemalgré
sa douteux
, ne laissoit pas d'estre
un peu consolée pan
celle du mary, & par la
confufîou qu'allait avoir
son ennemie : mais cette
petite consolation s'évanoüit
dés qu'elle eut apperçu
la Couturière dans
les habits de Cephisè, &
Cephile elle-mesme entrer
avec deux ou trois
amies. Le Cavalier gagnela
porte, &laveuve
reste accablée de honte
& de douleur: à peine
a-t-elle la force defuir;le
mary ,
la femme & les,
amies la reconduisirent
chez elle avec les railleries
les plus piquantes,
luy conseillant de ne se
niellerjamais de faire
des reprimandes à plus
sage qu'elle.
On dit que la veuve
n'en fut pasquitte pour
cette avanie,&que TAvanturier
tousjours aimable,
quoyqu'infidele,
trouva le moyen de se
raccommoder. Elle eust
la foiblesse de l'épouser
dans une autre Ville, où
elle fut contrainte d'aller
habiter, parce que
les railleries & les vaudevilles
la chasserent de
celle où cette Histoire
s'est passé. On dit mesme
quece jeune ingrat
l'ayant fort maltraitée
aprés quelques mois
-
de
mariage, elle plaide encore
à present pour parvenir
à séparation.
Fermer
Résumé : HISTORIETTE presque toute veritable.
L'historiette se déroule dans une ville de province où deux voisines, Cephise et Dorimene, se haïssent en raison de leurs caractères opposés. Cephise, jeune et enjouée, est vertueuse mais trop vive. Dorimene, quant à elle, sacrifie la vertu à la vanité de paraître scrupuleuse et médit constamment de Cephise, qui a récemment épousé un homme charmant et tolérant. Dorimene fait des remontrances sévères à Cephise et à son mari sur la liberté accordée à la jeune femme. Un jour, la couturière Lisette, qui habille les deux dames, raconte à Cephise une intrigue impliquant un cavalier récemment arrivé en ville. Cephise voit là une opportunité de se venger de Dorimene. Elle imagine une plaisanterie et, avec l'aide de Lisette, tend un piège au cavalier. Ce dernier, croyant courtiser Cephise, se rend chez elle et est accueilli par Lisette déguisée en Cephise. Le mari de Cephise, de retour inattendu, surprend la scène et croit voir sa femme avec un amant. Cephise, déguisée en fille de chambre, le rassure et lui explique son plan de vengeance contre Dorimene. Le mari, charmé par la ruse, accepte de l'aider. Ils invitent Dorimene à souper et, au dessert, révèlent la supercherie en présence d'amies de Dorimene. Le mari de Cephise, feignant la colère, demande des explications à Dorimene sur les médisances qu'elle a faites en son absence. Dorimene, cherchant à se venger, laisse échapper un mot compromettant, mais le mari et Cephise réussissent à la confondre. Parallèlement, un homme jaloux et malheureux demande à une amie de l'aider à corriger sa femme, qu'il accuse d'infidélité. Il souhaite que cette amie, respectée et crainte par sa femme, lui fasse une sévère réprimande. L'amie accepte et suit l'homme dans sa maison. L'homme informe ensuite sa femme de la présence de l'amie et de son intention de surprendre sa femme en flagrant délit d'infidélité. La femme, accompagnée de l'amie, découvre son amant en compagnie de la servante Lisette, déguisée en Cephise. La situation devient embarrassante lorsque l'amant exprime publiquement son mépris pour la veuve Dorimene. La veuve, accablée de honte et de douleur, est finalement reconduite chez elle par le mari, la femme et leurs amies, qui la raillent et la conseillent de ne plus se mêler des affaires des autres. Après cette avanie, la veuve se réconcilie avec l'aventurier infidèle et l'épouse dans une autre ville pour échapper aux railleries. Cependant, après quelques mois de mariage, elle est maltraitée et cherche actuellement à obtenir une séparation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 23-39
EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
Début :
MONSIEUR, Le consentement unanime de vos suffrages vous a fait [...]
Mots clefs :
Académie française, Amour, Vertu, Ennemis, Hommes, Despréaux, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
EXTRAIT
De la Réponseque fit à
ce Discours Monsieur
de Valincour
,
Secretaire
General de la Marine,
alors Chancelier
de l'Academie.
MONSIEUR,
Le consentement unanime
de njos fufJra(es vous afait
ajJeZ voir combien nous estJeZ,
desiré, & avec quel
plaisir l' AcademieFrançoise
IVa pourlaseconde fois écrire
dans Ilof fastes
, un nom dont
elles'honore depuis tant d'années.
Quelles terres, quelles
mers quelles guerres, quelles
negociation s & pour
parler de ce qui nous convientparticulièrement,
quelles
académies peut-on citer
aujourd'huyoù l'on nftrvUve
des traces delagloire de
ce nom illustre? Qujl amour
pour lesLettres dans tous ceux
qui le portent, &qu'ils ont
Sçu joindre à tant àaéhons
éclatantes &a tant deservices
tanins à l'Etat?
§l*el
Quel exemple plus propre
à confondreégalement & la
grojjieretè barbare qui mé..
prise l'amour des Lettres,
comme indigne des Grands
Hommes, fY lA delicatesse
oisive,qui n'y cherche qu'un
amusement, frivole, ou une
vaine reputation.
N'a-t on pas vû vôtre
illustre pere donner encore
à la lecture des bons livres,
les plus doux momens
de son loisir,dansunevieillejîe
echapée à tant de combats
qu'aavoit rendusfunestesà
nos ennemis. J'ay vû ce
Frere, qui vous est sicher
adoucir les ennuisd'une lono-
ue navigation, tantôt avec
ce Poëte qui fut l'amy de Sri*
pion, tantôt avec celuy qui
fit lesdelices SAugujle *•
& à la veille d'un grand
combat étudiertranquillement
dans les Heros des terris
pastr des actions deconduite
& de valeur dont il alloit
lui-même donner de nou-
'VeAUX exemples.
Et quel honneur n'apoint
fait*uk Lettres, ce grand
Cardinaly Doyen del'Academie,
lorflue joignantà la
force d'un genie superieur,
toutes les graces & toutes
les lumieres qu'on trouve
dans le commerce des Muses,
il regnoit par la parole dans
toutes les Cours de l'Europe,
Maître dans l'art de persuader,
dont il pouvoit donner
des preceptes comme Aristote,
(IF des exemples comme
Demostenes, il rassuroit nos
A¡lteZ' incertains, dissipoit
les Irgues de nos ennemis,
(§£> jjLtjoit ceder aux seuLs
forces de la raison, ceux qui
étoient en état de rellff,r
aux plus puissantes armées.
Quidenousen levoyant
aujourd'hui dans ce noble repos
aquis partant de travaux
celebres, ne croit voir ce
Nestor d'Homere, qui par
les charmes desonéloquence,
&par lasagesse deses conseils
, avoit modéré si longtemps
les passions des Princes
& des Republiques,& qui
avoit esté l'amy & le compagnon
fidele des Heros de
trois âges? & dans quels
Agesy & dans quels siecles
cet illustreCardinal ne paroist-
ilpointavoirvécu?&..
Puisquenous sommes pri'
VeZ duplaisir de le oir à
nos exercices, c'est à VOUS,
Monsieur, d'en remplir la
place,tl,ujJi bien que celle de
l'excellent hommeà quivous
JucceàeXj, faites-nous part
de ces richesses qui 'VOU$ font
naturelles, & de celles que
'UOIU aveZ acquises par vos
grandsemplois dans les Païs
étrangers; montrez-nous en
quoy la Langue Franfoife
peut estre comparable
, ou
même préferée à tant d'autres
Langues qui vous sont sifamilieres.
Que l'Academie, en
vous voyant, croye voir
son illustre Doyen, & l'illustre
confrere qu'elle a
perdu. .4
Je ne crains point,Messieurs
, que l'amitié me
rende suspect sur le sujet
de MonsieurDESPREAUX..
quel éloge en puis je faire
que vous n'ayiez déja prévenu?
J'ose attester, Messieurs
,
le jugement que
tant de fois vous en avez
porté vous-mêmes ,
j'atteste
celui de tous les Peuples
de l'Europe. L'approbation
universelle
, ,
cft le plusgrand éloge
que les homimes puissent
donner à un écrivain, &
en même temps la marque
la plus certaine de la
perfection des ouvrages;
par quel heureuxsecret
peut-on acquérir cette
approbation. Monsieur
Despreaux nous l'aappris
lui-même, c'est par l'amour
du vray.
En t/Jet, ce rirft que dans
levrayfeulement que tous les
hommes je jéumjjtnt, différens
d'ailleurs dans leurs
moeurs, dans leurs prejugeT9
dans leurmaniere depenser,
d'ecrire, cV- dejuger de ceux
quiecrivent; des que le vray
paroît clairementàleursyeux,
il enleve toujours leurconsentement&
leuradmiration.
Monsieur Despreaux
avoit puisé dans la nature
même, ce Vrayqu'on ne
peut voir qu'enelle, mais
qu'elle ne laiiIè voir qu'à
les favoris.
Mais c'eiten vain qu'un
auteur choisitle vraypour
modele
,
il est toûjours sujetas'égarer,
s'il ne prend
.auLIJ laraifon pour guide:
elle apprit a Monsieur
Despréaux à éviter les excez
de Juven.al,& d'Hora- - cemême,qui avoient atta--
que les vices de leur temps
avec des armes qui faisoient
rougir la vertu. Il
osa le premier faire voir
aux hommes une satyre
fage & modeste , & renédit
sacvierausisi pturse qu.e ses .;}
Incapablededéguisement
,
dansses moeurs, comme d'affectation
dans ses ouvrages, il S'elf toûjours montré tel
qu'ilestoit, aimant mieux,
dzjoit-it> laisser voir de veritables
deffautsque de les
couvrir par de fausses vertus.
Tout ce qui choquoit la
raison oulaverité
,
excitoit
en luy-même un chagrin,
dont il n'etoit pas lemaistre,
& auquel peut estre sommes
nous redevables de ses p us
ingenieusescompositions:mais
en attaquant ce déffaut des
Ecrivains,ila toujours épargné
l urs personnes.
il croyoit permu à tout
homme qui sçait parler ou
écrire de censurer publiquementde
mauvais livres:mais
il ne regardoit qu'avec horreur
ces dangereux ennemis
du genre humain, qui sans
respectpour l'amitié,pour la
véritémême, déchirent indifféremment
tout ce qui s'offre
à leur imagination
,
(9i
qluesi du fonds des tenebrts qui
dérobent à la rigueur des
JLoix^sefont un jeu cruel de
publier les fautes les plus cac/;
éts,& de noircir les actions
lesplus innocentes.
M. Despreaux s'animoit
sur tout contre ces genres
de poësies
,
où la Religion
luy paroissoitoffensée &.
Heureux d'avoir pûd'une
même main imprimer un
oprobre éternel à des ouvrages
si contraires aux bonnes
moeurs,& donner à ],:r.vertu,
enlapersonnede notre Auguste
Monarque, des louan
ges qui nepérirontjamais.
Souvenons- nous que
nôtre siecle fera regardé
un jour du même point
d'éloignement d'où nous
regardons maintenant celuy
d'Auguste.
On ne voit que foiblement
sa gloire dans les
arcs de triomphes, médailles
& autres monumens
que ce temps a détruits
ou alterez : mais quand
on le contemple dans les
vers de Virgile & d'Horace
soûtenant luy seul tout
le poids des affaires du
monde,vainqueur de ses
1\ * ennemis, & toujours pere
de ses sujets,banissant le
vice par ses Loix, enseignant
la vertu par ses
exemples,&.
Alors les coeurs & les
esprits sereünissent pourformer
un noHveau çenctrt de
louanges. On bénit le Ciel
d'avoir donne aux hommes
un si bon Maijlre, & l'on
souhaite que tous ceux qui
viendront Aprés luy puijjtnt
luy ressembler.
N'en d,),,,tonspoint,Monsieur,
tel & plus grand encore
la posterité verra tÀuguste
Loüis dans les ouvrages
de M. Despreaux, é..
& dans ceux decette illustre
Compagnie.
PurjJt t-il encore durant
nn grand nombre d'années
préparer aux siecles à venir
-
de nouveauxsujets d'admiration;&
puisse une longue (ST
heureuse paix le mettre bientost
en estat de procureràses
peuples un bonheur qui fait
le plus cher objet deses desirs
&qui fera la consommation
desa gloire
De la Réponseque fit à
ce Discours Monsieur
de Valincour
,
Secretaire
General de la Marine,
alors Chancelier
de l'Academie.
MONSIEUR,
Le consentement unanime
de njos fufJra(es vous afait
ajJeZ voir combien nous estJeZ,
desiré, & avec quel
plaisir l' AcademieFrançoise
IVa pourlaseconde fois écrire
dans Ilof fastes
, un nom dont
elles'honore depuis tant d'années.
Quelles terres, quelles
mers quelles guerres, quelles
negociation s & pour
parler de ce qui nous convientparticulièrement,
quelles
académies peut-on citer
aujourd'huyoù l'on nftrvUve
des traces delagloire de
ce nom illustre? Qujl amour
pour lesLettres dans tous ceux
qui le portent, &qu'ils ont
Sçu joindre à tant àaéhons
éclatantes &a tant deservices
tanins à l'Etat?
§l*el
Quel exemple plus propre
à confondreégalement & la
grojjieretè barbare qui mé..
prise l'amour des Lettres,
comme indigne des Grands
Hommes, fY lA delicatesse
oisive,qui n'y cherche qu'un
amusement, frivole, ou une
vaine reputation.
N'a-t on pas vû vôtre
illustre pere donner encore
à la lecture des bons livres,
les plus doux momens
de son loisir,dansunevieillejîe
echapée à tant de combats
qu'aavoit rendusfunestesà
nos ennemis. J'ay vû ce
Frere, qui vous est sicher
adoucir les ennuisd'une lono-
ue navigation, tantôt avec
ce Poëte qui fut l'amy de Sri*
pion, tantôt avec celuy qui
fit lesdelices SAugujle *•
& à la veille d'un grand
combat étudiertranquillement
dans les Heros des terris
pastr des actions deconduite
& de valeur dont il alloit
lui-même donner de nou-
'VeAUX exemples.
Et quel honneur n'apoint
fait*uk Lettres, ce grand
Cardinaly Doyen del'Academie,
lorflue joignantà la
force d'un genie superieur,
toutes les graces & toutes
les lumieres qu'on trouve
dans le commerce des Muses,
il regnoit par la parole dans
toutes les Cours de l'Europe,
Maître dans l'art de persuader,
dont il pouvoit donner
des preceptes comme Aristote,
(IF des exemples comme
Demostenes, il rassuroit nos
A¡lteZ' incertains, dissipoit
les Irgues de nos ennemis,
(§£> jjLtjoit ceder aux seuLs
forces de la raison, ceux qui
étoient en état de rellff,r
aux plus puissantes armées.
Quidenousen levoyant
aujourd'hui dans ce noble repos
aquis partant de travaux
celebres, ne croit voir ce
Nestor d'Homere, qui par
les charmes desonéloquence,
&par lasagesse deses conseils
, avoit modéré si longtemps
les passions des Princes
& des Republiques,& qui
avoit esté l'amy & le compagnon
fidele des Heros de
trois âges? & dans quels
Agesy & dans quels siecles
cet illustreCardinal ne paroist-
ilpointavoirvécu?&..
Puisquenous sommes pri'
VeZ duplaisir de le oir à
nos exercices, c'est à VOUS,
Monsieur, d'en remplir la
place,tl,ujJi bien que celle de
l'excellent hommeà quivous
JucceàeXj, faites-nous part
de ces richesses qui 'VOU$ font
naturelles, & de celles que
'UOIU aveZ acquises par vos
grandsemplois dans les Païs
étrangers; montrez-nous en
quoy la Langue Franfoife
peut estre comparable
, ou
même préferée à tant d'autres
Langues qui vous sont sifamilieres.
Que l'Academie, en
vous voyant, croye voir
son illustre Doyen, & l'illustre
confrere qu'elle a
perdu. .4
Je ne crains point,Messieurs
, que l'amitié me
rende suspect sur le sujet
de MonsieurDESPREAUX..
quel éloge en puis je faire
que vous n'ayiez déja prévenu?
J'ose attester, Messieurs
,
le jugement que
tant de fois vous en avez
porté vous-mêmes ,
j'atteste
celui de tous les Peuples
de l'Europe. L'approbation
universelle
, ,
cft le plusgrand éloge
que les homimes puissent
donner à un écrivain, &
en même temps la marque
la plus certaine de la
perfection des ouvrages;
par quel heureuxsecret
peut-on acquérir cette
approbation. Monsieur
Despreaux nous l'aappris
lui-même, c'est par l'amour
du vray.
En t/Jet, ce rirft que dans
levrayfeulement que tous les
hommes je jéumjjtnt, différens
d'ailleurs dans leurs
moeurs, dans leurs prejugeT9
dans leurmaniere depenser,
d'ecrire, cV- dejuger de ceux
quiecrivent; des que le vray
paroît clairementàleursyeux,
il enleve toujours leurconsentement&
leuradmiration.
Monsieur Despreaux
avoit puisé dans la nature
même, ce Vrayqu'on ne
peut voir qu'enelle, mais
qu'elle ne laiiIè voir qu'à
les favoris.
Mais c'eiten vain qu'un
auteur choisitle vraypour
modele
,
il est toûjours sujetas'égarer,
s'il ne prend
.auLIJ laraifon pour guide:
elle apprit a Monsieur
Despréaux à éviter les excez
de Juven.al,& d'Hora- - cemême,qui avoient atta--
que les vices de leur temps
avec des armes qui faisoient
rougir la vertu. Il
osa le premier faire voir
aux hommes une satyre
fage & modeste , & renédit
sacvierausisi pturse qu.e ses .;}
Incapablededéguisement
,
dansses moeurs, comme d'affectation
dans ses ouvrages, il S'elf toûjours montré tel
qu'ilestoit, aimant mieux,
dzjoit-it> laisser voir de veritables
deffautsque de les
couvrir par de fausses vertus.
Tout ce qui choquoit la
raison oulaverité
,
excitoit
en luy-même un chagrin,
dont il n'etoit pas lemaistre,
& auquel peut estre sommes
nous redevables de ses p us
ingenieusescompositions:mais
en attaquant ce déffaut des
Ecrivains,ila toujours épargné
l urs personnes.
il croyoit permu à tout
homme qui sçait parler ou
écrire de censurer publiquementde
mauvais livres:mais
il ne regardoit qu'avec horreur
ces dangereux ennemis
du genre humain, qui sans
respectpour l'amitié,pour la
véritémême, déchirent indifféremment
tout ce qui s'offre
à leur imagination
,
(9i
qluesi du fonds des tenebrts qui
dérobent à la rigueur des
JLoix^sefont un jeu cruel de
publier les fautes les plus cac/;
éts,& de noircir les actions
lesplus innocentes.
M. Despreaux s'animoit
sur tout contre ces genres
de poësies
,
où la Religion
luy paroissoitoffensée &.
Heureux d'avoir pûd'une
même main imprimer un
oprobre éternel à des ouvrages
si contraires aux bonnes
moeurs,& donner à ],:r.vertu,
enlapersonnede notre Auguste
Monarque, des louan
ges qui nepérirontjamais.
Souvenons- nous que
nôtre siecle fera regardé
un jour du même point
d'éloignement d'où nous
regardons maintenant celuy
d'Auguste.
On ne voit que foiblement
sa gloire dans les
arcs de triomphes, médailles
& autres monumens
que ce temps a détruits
ou alterez : mais quand
on le contemple dans les
vers de Virgile & d'Horace
soûtenant luy seul tout
le poids des affaires du
monde,vainqueur de ses
1\ * ennemis, & toujours pere
de ses sujets,banissant le
vice par ses Loix, enseignant
la vertu par ses
exemples,&.
Alors les coeurs & les
esprits sereünissent pourformer
un noHveau çenctrt de
louanges. On bénit le Ciel
d'avoir donne aux hommes
un si bon Maijlre, & l'on
souhaite que tous ceux qui
viendront Aprés luy puijjtnt
luy ressembler.
N'en d,),,,tonspoint,Monsieur,
tel & plus grand encore
la posterité verra tÀuguste
Loüis dans les ouvrages
de M. Despreaux, é..
& dans ceux decette illustre
Compagnie.
PurjJt t-il encore durant
nn grand nombre d'années
préparer aux siecles à venir
-
de nouveauxsujets d'admiration;&
puisse une longue (ST
heureuse paix le mettre bientost
en estat de procureràses
peuples un bonheur qui fait
le plus cher objet deses desirs
&qui fera la consommation
desa gloire
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Résumé : EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
Monsieur de Valincour, Secrétaire Général de la Marine et Chancelier de l'Académie, répond à un discours en exprimant la joie de l'Académie d'honorer à nouveau un nom illustre. Il souligne les nombreuses contributions de cette personne dans divers domaines, notamment les lettres, les guerres et les négociations. Valincour mentionne l'amour des lettres partagé par tous ceux qui portent ce nom, citant des exemples de membres éminents comme le père de l'interlocuteur et le Cardinal Doyen de l'Académie, qui ont combiné des talents littéraires et des actions héroïques. Valincour loue également Monsieur Despreaux, dont l'œuvre a reçu une approbation universelle en Europe. Despreaux est salué pour son attachement à la vérité et à la raison, évitant les excès et les affectations. Il est reconnu pour ses compositions ingénieuses et son engagement à censurer les mauvais livres sans attaquer les personnes. Despreaux est particulièrement admiré pour avoir défendu la religion et les bonnes mœurs, et pour avoir célébré la vertu du monarque. Valincour conclut en espérant que la postérité verra le roi Auguste Louis à travers les œuvres de Despreaux et de l'Académie. Il souhaite également une longue et heureuse paix pour le bonheur des peuples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 1-64
SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Début :
LEONORE arriva bien-tost dans l'Isle de Gade sans [...]
Mots clefs :
Prince, Grenade, Amour, Temps, Seigneur, Fortune, Père, Sujets, Amant, Douleur, Vaisseau, Princesse, Inconnue, Pouvoir, Andalousie, Malheur, Coeur, Ciel, Bonheur, Homme, Mort, Vertu, Souverain, Soeur, Duc, Usurpateur, Mariage, Doute, Perfidie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
AM~USE-ME~NS. SUITE
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
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Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Le texte relate les aventures de Léonore et du Prince de Murcie, séparés par des circonstances tragiques. Léonore arrive sur l'île de Gade, où elle est accablée par l'absence du Prince et les discours moralisateurs de sa tante, sœur du Duc d'Andalousie. Elle y rencontre Elvire, une jeune femme également triste, qui lui raconte son histoire : promise à un prince, elle dut épouser Dom Garcie après la mort de son père. Elvire parvint à s'échapper et se retrouva sur l'île de Gade. Pendant ce temps, le Prince de Murcie, désespéré par l'absence de Léonore, décide de se rendre en Andalousie malgré les dangers. Sur le rivage, il rencontre Dom Pedre, le frère d'Elvire, qui lui révèle que le Duc de Grenade est mort et que Dom Garcie, un traître, s'apprête à usurper le trône de Dom Juan. Ils s'allient pour chasser Dom Garcie et restaurer Dom Juan sur le trône de Grenade. Dom Pedre rallie les habitants contre Dom Garcie, qui s'enfuit. Dom Juan, informé de la mort de son père, rencontre Dom Garcie, qui le persuade que le Prince de Murcie a usurpé ses États. Dom Juan décide de se venger et se rend chez le Duc d'Andalousie, un allié. En mer, une tempête éclate et Dom Juan sauve Léonore, qui est troublée par les révélations sur la perfidie du Prince de Murcie. Le Duc d'Andalousie décide de marier Léonore à Dom Juan, malgré la tristesse de la jeune femme. Léonore, obligée d'obéir à son père, se prépare à épouser Dom Juan. Le Prince de Murcie, après avoir assuré la tranquillité du Duché de Grenade, est dominé par sa passion pour Léonore. Il se retrouve sur l'île de Gade et apprend de manière fortuite que Léonore a épousé Dom Juan huit jours plus tôt. À cette nouvelle, il s'évanouit.
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18
p. 285-290
PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
Début :
Je fus jadis une Nymphe assez belle [...]
Mots clefs :
Nymphe, Violette, Berger, Amour, Amant, Vertu, Séduire
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texteReconnaissance textuelle : PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
PIECE NOUVELLE
LA VIOLETTE.
JE. fus jadis une Nymphe
affez belle
Pour charmer Apollon &
n'attirer les vœux : ... ^.
Mais aux loix du devoir je
fus affez fidelle
Pourdemeurer toûjours infenfible aà fes feux..
Exilé du fejour celefte
Il paiffoit les troupeaux du
riche époux d'Alceſte.
Comme Berger , l'Amour
286 MERCURE
eut des droits fur fon
cœur;
Et comme Dieu , fon rang
& fa naiffance
Lui donnoient trop de confiance
Pour cacher long- temps
tofonardeur.
'Aux champs Theffaliens fi
j'allois chercher Flore,
Je n'y trouvois que lui :
Je le fuis dans les bois , Dia
ne que j'implore
Y devient mon appui.
Evitez , me dit-elle , évitez
·les montagnes ,
Evitez les vaftes campa
gnes,
GALANT. 287
Ces lieux font trop ouverts
aux regards d'Apollon.
A ces mots tremblante ,
certaine ,
inJe croyois me cacher au
bord d'une fontaine ,
Dans unbuiffon épais, dans
le creux d'un vallon ,
Afiles fûrs , s'il eût été pof
fible
D'en trouver contre un tel
Amant ,
De l'un de ſes tranſports
portant le châtiment ,
Periffent les attraits qui
l'ont rendu fenfible ,
M'écriai- je , Diane , exauce
288 MERCURE
mes fouhaits ,
Je quitte fans regret ma
blancheur éclatante ,
D'un voile prefque noir
j'obfcurcis mesattraits ,
Et modefte & rampante
Je tombe vers la terre , &
deviens une fleur.f
ADiane j'en fuis plus chere,,
Lavertu dont je garde en
cor le caractere
M'a confervé ma douce
odeur ::
C'eft à ce titre que j'efpere
Chez toy, fage Uranie, un
favorable accueil.
Simodefte aumilieu de tout
ces
GALANT. 289
ce qui peut faire
Le fujet du plus juſte orgüeil ,
Aux applaudiffemens ton
cœur fçait fe fouftraire ;
Sil'Amour te trouva moins.
fevere que moy,
C'eſt que la vertu même
en demandant ta foy,
Anima les ardeurs de qui
vouloit te plaire...!
Mais à tes côtez j'apperçoy
L'Amant qui cauſe ma colere :
Que dis-je ? ce n'eſt plus le
Berger temeraire ,
C'eft le Dieu tutelaire
May1712.
Bb
190 MERCURE
Des fages , des fçavans qu'il
range fous taloy.
Il ne cherche plus à feduire
Quiconque voudra l'écou
ter ;
S'il veut charmer, c'eft pour
inftruire ,
De tes fages leçons il a fçû
profiter.
LA VIOLETTE.
JE. fus jadis une Nymphe
affez belle
Pour charmer Apollon &
n'attirer les vœux : ... ^.
Mais aux loix du devoir je
fus affez fidelle
Pourdemeurer toûjours infenfible aà fes feux..
Exilé du fejour celefte
Il paiffoit les troupeaux du
riche époux d'Alceſte.
Comme Berger , l'Amour
286 MERCURE
eut des droits fur fon
cœur;
Et comme Dieu , fon rang
& fa naiffance
Lui donnoient trop de confiance
Pour cacher long- temps
tofonardeur.
'Aux champs Theffaliens fi
j'allois chercher Flore,
Je n'y trouvois que lui :
Je le fuis dans les bois , Dia
ne que j'implore
Y devient mon appui.
Evitez , me dit-elle , évitez
·les montagnes ,
Evitez les vaftes campa
gnes,
GALANT. 287
Ces lieux font trop ouverts
aux regards d'Apollon.
A ces mots tremblante ,
certaine ,
inJe croyois me cacher au
bord d'une fontaine ,
Dans unbuiffon épais, dans
le creux d'un vallon ,
Afiles fûrs , s'il eût été pof
fible
D'en trouver contre un tel
Amant ,
De l'un de ſes tranſports
portant le châtiment ,
Periffent les attraits qui
l'ont rendu fenfible ,
M'écriai- je , Diane , exauce
288 MERCURE
mes fouhaits ,
Je quitte fans regret ma
blancheur éclatante ,
D'un voile prefque noir
j'obfcurcis mesattraits ,
Et modefte & rampante
Je tombe vers la terre , &
deviens une fleur.f
ADiane j'en fuis plus chere,,
Lavertu dont je garde en
cor le caractere
M'a confervé ma douce
odeur ::
C'eft à ce titre que j'efpere
Chez toy, fage Uranie, un
favorable accueil.
Simodefte aumilieu de tout
ces
GALANT. 289
ce qui peut faire
Le fujet du plus juſte orgüeil ,
Aux applaudiffemens ton
cœur fçait fe fouftraire ;
Sil'Amour te trouva moins.
fevere que moy,
C'eſt que la vertu même
en demandant ta foy,
Anima les ardeurs de qui
vouloit te plaire...!
Mais à tes côtez j'apperçoy
L'Amant qui cauſe ma colere :
Que dis-je ? ce n'eſt plus le
Berger temeraire ,
C'eft le Dieu tutelaire
May1712.
Bb
190 MERCURE
Des fages , des fçavans qu'il
range fous taloy.
Il ne cherche plus à feduire
Quiconque voudra l'écou
ter ;
S'il veut charmer, c'eft pour
inftruire ,
De tes fages leçons il a fçû
profiter.
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Résumé : PIECE NOUVELLE. LA VIOLETTE.
La pièce 'La Violette' narre l'histoire d'une nymphe autrefois belle et aimée. Par fidélité à son devoir, elle repousse les avances d'Apollon et est exilée, devenant bergère. Elle rencontre l'Amour, qui la séduit. Pour échapper à l'Amour, elle se réfugie dans les bois et implore Diane. Diane lui conseille d'éviter les lieux ouverts aux regards d'Apollon. Désespérée, la nymphe souhaite perdre sa beauté. Diane exauce son vœu, et elle se transforme en violette, conservant une douce odeur. La violette espère l'accueil favorable de la sage Uranie, malgré la présence de l'Amour, désormais protecteur des sages et des savants, cherchant à instruire plutôt qu'à séduire.
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19
p. 73-86
LE SOUVERAIN, ODE.
Début :
Heros, qui vous vantez de l'estre, [...]
Mots clefs :
Héros, Gloire, Vertu, Autels, Histoire, Valeur, Vainqueur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SOUVERAIN, ODE.
LE SOUVERAIN,
0 DE.
HEros,qui
vous vantez de l'estre,
Pour donner des Loix
aux Mortels,
Par vos vertus faites connoistre
Que nous vous devons
des Autels.
OUi, nous l'avoüons
,
nous ne sommes
Devant vous que de lim..
ples hommes
:
Mais estes-vous des Demidieux ?
Apprenez que la seule
Gloire,
Qui peut vous placer
dans l'Histoire,
N'éleve pas jusques aux
Cieux.
Voussçavez lancer le
Tonnerre,
Et vous brillez dans les
assauts
:
Mais cette valeur dans la
Guerre
Nous cache-telle vos
défauts?
Au retour des champs
de Bellone,
Cet éclat qui vous environne
S'évanoüit dans le repos.
Prompts à vous rendre à
la molefle,
Nous voyons que vostre
foiblesse
Efface à l'instant le Heros.
Loin d'icy ce meslange énorme
De superbe & de volupté
:
C'est la pure vertu qui
forme
Le grand Homme tant
respecté.
Sans elle
,
avec tout ce
,
faux lustre
A nos yeux ce phantosme illustre.,
Ce prétendu Heros n'est
rien.
Celuy. la ternit sa me-
moire
Qui pour aimer trop la
victoire
,
Neglige d'estre homme
de bien.
L'Héroïsmeseroitfacile
Si par de belliqueux ex-
, ploits,
Ou par quelque vertu
sterile
Vousmeritiez d'estre nos
Rois.
Ce César & cet Ale- -
xandre
N'eurent le droit de nous
surprendre
Que par des triomphes
nombreux
:
Je doute que dans la disgrace
, Ainsique CHARLE, avec
audace
Ils sceuffent estre malheureux.
En vain cette valeur
brillante
Fait valoir un heureux
Vainqueur;
Son mérite nous épouvante,
S'il n'est scellé par nostre cœur.
Loince Héros qui par
vengeance
Ofefaire une indigne
offense
A la gloire de (on Rival.
Souvent les Dieux dans
leur colere,
Pour nous plonger dans
la misere
, Nous font un present si
fatal.
Le vrai Héros est tousjours fage;
S'il triomphe, c'est pour
la Paix;
Elle estl'objet de son
courage ;
Nous le sommes de les
bienfaits.
Occupé de nostre fortune
,
Jamais Mortel ne l'importune ;
Il nous consacre les projets:
On le revere, on le con-
.,
tcmple>*v
Il sçait faire par son exemple
De vrais Héros de les
sujets.
Tout est sacré pour sa
grande ame,
Ses Loix,ses mœurs &
son honneur;
Et si quelque desir l'enflâme,
C'est de faire nostre bonheur.
Inviolable en sa parole,
Mille fois son grandcœur
s'immole
Au denousla tenir.
Du malheureux il est
l'asyle;
Chacun, en ses foyers
tranquille)
Est seur d'un heureux
avenir.
Son cœur au dessus du
vulgaire
o Rempli d'une noble
fierté)
N'eil: pas si grand quand
il prospere,
Qu'au comble de l'adverfité.
C'est alors que par sa
confiance,
Satisfait de sa conscience,
Il fait trembler ses ennemis
,
Et que par une vertu
ferme
Il reproche au Destin le
terme
Ou son injustice l'a mis.
C'est donc à
ces illuf-
très marques
, Héros qui voulez impofer,
Que je vous reconnois
Monarques;
Non à l'ardeur de tout
oser.
Le triomphe devient car- *•
nage
Lorsque rien ne nous dédommage
D'estrefournis à vostre
fort.
Point de Héros si l'on
ne l'aime,
S'il ne sçait se vaincre
luy
-
mesme,
S'il ne ressemble au Roy
du Nord.
L'exemple que je vous
propose
Est un prodige à runivers:
Jamais ce Prince ne repose
Dans l'éclat, ny dans les
revers.
C'est peu pour ce Héros
terrible
Qu'ilose tenter l'impôt
sible,
Quil ait vaillamment
combattu;
Malgré tous les traits de
l'Envie,
Il sçait pendant sa belle
vie
Joindre la Gloire à la
Vertu
0 DE.
HEros,qui
vous vantez de l'estre,
Pour donner des Loix
aux Mortels,
Par vos vertus faites connoistre
Que nous vous devons
des Autels.
OUi, nous l'avoüons
,
nous ne sommes
Devant vous que de lim..
ples hommes
:
Mais estes-vous des Demidieux ?
Apprenez que la seule
Gloire,
Qui peut vous placer
dans l'Histoire,
N'éleve pas jusques aux
Cieux.
Voussçavez lancer le
Tonnerre,
Et vous brillez dans les
assauts
:
Mais cette valeur dans la
Guerre
Nous cache-telle vos
défauts?
Au retour des champs
de Bellone,
Cet éclat qui vous environne
S'évanoüit dans le repos.
Prompts à vous rendre à
la molefle,
Nous voyons que vostre
foiblesse
Efface à l'instant le Heros.
Loin d'icy ce meslange énorme
De superbe & de volupté
:
C'est la pure vertu qui
forme
Le grand Homme tant
respecté.
Sans elle
,
avec tout ce
,
faux lustre
A nos yeux ce phantosme illustre.,
Ce prétendu Heros n'est
rien.
Celuy. la ternit sa me-
moire
Qui pour aimer trop la
victoire
,
Neglige d'estre homme
de bien.
L'Héroïsmeseroitfacile
Si par de belliqueux ex-
, ploits,
Ou par quelque vertu
sterile
Vousmeritiez d'estre nos
Rois.
Ce César & cet Ale- -
xandre
N'eurent le droit de nous
surprendre
Que par des triomphes
nombreux
:
Je doute que dans la disgrace
, Ainsique CHARLE, avec
audace
Ils sceuffent estre malheureux.
En vain cette valeur
brillante
Fait valoir un heureux
Vainqueur;
Son mérite nous épouvante,
S'il n'est scellé par nostre cœur.
Loince Héros qui par
vengeance
Ofefaire une indigne
offense
A la gloire de (on Rival.
Souvent les Dieux dans
leur colere,
Pour nous plonger dans
la misere
, Nous font un present si
fatal.
Le vrai Héros est tousjours fage;
S'il triomphe, c'est pour
la Paix;
Elle estl'objet de son
courage ;
Nous le sommes de les
bienfaits.
Occupé de nostre fortune
,
Jamais Mortel ne l'importune ;
Il nous consacre les projets:
On le revere, on le con-
.,
tcmple>*v
Il sçait faire par son exemple
De vrais Héros de les
sujets.
Tout est sacré pour sa
grande ame,
Ses Loix,ses mœurs &
son honneur;
Et si quelque desir l'enflâme,
C'est de faire nostre bonheur.
Inviolable en sa parole,
Mille fois son grandcœur
s'immole
Au denousla tenir.
Du malheureux il est
l'asyle;
Chacun, en ses foyers
tranquille)
Est seur d'un heureux
avenir.
Son cœur au dessus du
vulgaire
o Rempli d'une noble
fierté)
N'eil: pas si grand quand
il prospere,
Qu'au comble de l'adverfité.
C'est alors que par sa
confiance,
Satisfait de sa conscience,
Il fait trembler ses ennemis
,
Et que par une vertu
ferme
Il reproche au Destin le
terme
Ou son injustice l'a mis.
C'est donc à
ces illuf-
très marques
, Héros qui voulez impofer,
Que je vous reconnois
Monarques;
Non à l'ardeur de tout
oser.
Le triomphe devient car- *•
nage
Lorsque rien ne nous dédommage
D'estrefournis à vostre
fort.
Point de Héros si l'on
ne l'aime,
S'il ne sçait se vaincre
luy
-
mesme,
S'il ne ressemble au Roy
du Nord.
L'exemple que je vous
propose
Est un prodige à runivers:
Jamais ce Prince ne repose
Dans l'éclat, ny dans les
revers.
C'est peu pour ce Héros
terrible
Qu'ilose tenter l'impôt
sible,
Quil ait vaillamment
combattu;
Malgré tous les traits de
l'Envie,
Il sçait pendant sa belle
vie
Joindre la Gloire à la
Vertu
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Résumé : LE SOUVERAIN, ODE.
Le texte explore la véritable nature de l'héroïsme et de la royauté. Il met en garde contre les souverains qui se vantent de leurs exploits guerriers, soulignant que la valeur et les victoires ne suffisent pas à garantir le respect. La pure vertu est essentielle pour former un grand homme respecté. Le texte critique les héros qui privilégient la victoire à la vertu, citant César et Alexandre comme exemples de triomphes nombreux mais douteux en termes de véritable valeur. Le vrai héros est sage, cherche la paix et consacre ses projets au bien-être de ses sujets. Il est fidèle à sa parole, protecteur des malheureux et montre sa grandeur dans l'adversité. Les monarques doivent être reconnus non par leur audace, mais par leur capacité à se vaincre eux-mêmes et à incarner la vertu et la gloire, à l'image du roi du Nord.
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20
p. 10-19
APOLOGUE, OU CONTE NOUVEAU. LES TOURTERELLES & le Renard. Par Madame de ***
Début :
UN Renard dégoûté de poule & de poulet, [...]
Mots clefs :
Apologue, Renard, Tourterelles, Morale, Fidélité, Honneur, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOLOGUE, OU CONTE NOUVEAU. LES TOURTERELLES & le Renard. Par Madame de ***
APOLOGUE,
ov
CONTENOUVEAU.
LES TOURTERELLES
&leRenard.
Par Madame de***- UN Renard débouté
de poule & depoulet,
Vouluttâter.de chair nou-
'Vclle.
C'estunragoût,dit-on.
Un jaur prés d'un
volet
11 étoit à l'afu de quelque
tourterelle
:
A lafin fatigué degarder
lemulet, Ilpassasonmuseau parle
trou delaporte,
Etsi mit à prêcher la timi de cohorte.
On dit qu'au scelerat qui
fait l'homme de bien
La morale ne coûte rien.
Il en débita de très-fine:
Il n'ep rien
,
leur dit-il,
plus trompeur que
la mines
crel que vous tYJe voyez,,
je fii's le protectur
De l'innccen,ce& de l'honneur :
Sij'ai croquéparfois quelque jeune poulettey
C'étoit pour la punir Savoir été J.coqettey
Si je la croque,helas! ce
n'est qu'avec douleur:
Monfotblefut toujours la
tendresse de cœur;
Mais l'horreur que J'ai
pour le vice,
Et mon zele pour la jtlr
tice9
ji changéma complexion.
Pour faire la correction
J'ai dugrand Jupiter de
nouvelles patentes,
Et J'en ai deplus obtenu
Pour recompenser la vertu.
O tourterellesinnocentes,
Aiodeles de pudicité,
Je veux recompenser votre fidélité;
Venez donc dans cette
avenue
Devantmoy passerenrevue
Je prendrai vos noms f0
surnoms,
Pour vous citer dans mes
sermons.
Quandjecite une femme,
ouneme veutplus
crOIre:
Mais par moy vous aureZj lagloire
Ifêtre données à la fofterite
Pour modèles de chasteté.
Par ce discoursflateur le
Renardse pt croire:
De sortir il fut question,
Chacune fit reflexion
Quesagesse cfi choseéquivoquei
Chacune craint qu'on ne
la croque.
Ho bo, dit leRenard,
vous vous faites
prier;
Ma foy jevaisvous décrier.
Toujours on a
cité les
chastes tourterelles:
Vous ne servirez plus
aux femmes de modeles.
Nôtre honneur efrperdu>
disoient-elles tout bas:
Sors la premiere toy. Je
ne sortirai pas.
Aioj, disoit celle-ci, je
sortirais sans peine:
Mais je crois que faila
migraine.
Aieyjeserois déja dehors,
Ditl'autre: maisjecrains
une prise de corps
,
certain billet échu. Bref
chacune *exeuse,
AVcf#nt dire auelle reu
Prfe
) Et
Et croit que fin honneur
ne periclite pa*.
Voyant les autres dans le
cas,
Uneenfin par orgüeil à
tout risquer s'engage:
Oui, dit
-
elle, on verra
que je suis la plus
{age)
Oui seule je m'exposeraI,
Ouiseule je triompherai.
Pendant que pour sortir
elleétendoitsesailes,
Les autres impromptu
tinrent conseil entr'elles,
Et conclurent que seule
ainsije distinguer,
C'étoit les Accuser, les
honnir: les morguer;
Contr'elle un arrêt prononcerent,
Sur elle AU/fitôt s'élancerent,
Et malgré sa vertu,
sans pitié, sans
refpeéî
L'assommerent à coups de
bec.
C'est ainsique les femmes
assommentà coups de
becycejt à dire à coups
de langue,celles qui veulentse distinguer, st) faire
voirpar une conduite singuliere qu'elles n'approuvent pas celle
ov
CONTENOUVEAU.
LES TOURTERELLES
&leRenard.
Par Madame de***- UN Renard débouté
de poule & depoulet,
Vouluttâter.de chair nou-
'Vclle.
C'estunragoût,dit-on.
Un jaur prés d'un
volet
11 étoit à l'afu de quelque
tourterelle
:
A lafin fatigué degarder
lemulet, Ilpassasonmuseau parle
trou delaporte,
Etsi mit à prêcher la timi de cohorte.
On dit qu'au scelerat qui
fait l'homme de bien
La morale ne coûte rien.
Il en débita de très-fine:
Il n'ep rien
,
leur dit-il,
plus trompeur que
la mines
crel que vous tYJe voyez,,
je fii's le protectur
De l'innccen,ce& de l'honneur :
Sij'ai croquéparfois quelque jeune poulettey
C'étoit pour la punir Savoir été J.coqettey
Si je la croque,helas! ce
n'est qu'avec douleur:
Monfotblefut toujours la
tendresse de cœur;
Mais l'horreur que J'ai
pour le vice,
Et mon zele pour la jtlr
tice9
ji changéma complexion.
Pour faire la correction
J'ai dugrand Jupiter de
nouvelles patentes,
Et J'en ai deplus obtenu
Pour recompenser la vertu.
O tourterellesinnocentes,
Aiodeles de pudicité,
Je veux recompenser votre fidélité;
Venez donc dans cette
avenue
Devantmoy passerenrevue
Je prendrai vos noms f0
surnoms,
Pour vous citer dans mes
sermons.
Quandjecite une femme,
ouneme veutplus
crOIre:
Mais par moy vous aureZj lagloire
Ifêtre données à la fofterite
Pour modèles de chasteté.
Par ce discoursflateur le
Renardse pt croire:
De sortir il fut question,
Chacune fit reflexion
Quesagesse cfi choseéquivoquei
Chacune craint qu'on ne
la croque.
Ho bo, dit leRenard,
vous vous faites
prier;
Ma foy jevaisvous décrier.
Toujours on a
cité les
chastes tourterelles:
Vous ne servirez plus
aux femmes de modeles.
Nôtre honneur efrperdu>
disoient-elles tout bas:
Sors la premiere toy. Je
ne sortirai pas.
Aioj, disoit celle-ci, je
sortirais sans peine:
Mais je crois que faila
migraine.
Aieyjeserois déja dehors,
Ditl'autre: maisjecrains
une prise de corps
,
certain billet échu. Bref
chacune *exeuse,
AVcf#nt dire auelle reu
Prfe
) Et
Et croit que fin honneur
ne periclite pa*.
Voyant les autres dans le
cas,
Uneenfin par orgüeil à
tout risquer s'engage:
Oui, dit
-
elle, on verra
que je suis la plus
{age)
Oui seule je m'exposeraI,
Ouiseule je triompherai.
Pendant que pour sortir
elleétendoitsesailes,
Les autres impromptu
tinrent conseil entr'elles,
Et conclurent que seule
ainsije distinguer,
C'étoit les Accuser, les
honnir: les morguer;
Contr'elle un arrêt prononcerent,
Sur elle AU/fitôt s'élancerent,
Et malgré sa vertu,
sans pitié, sans
refpeéî
L'assommerent à coups de
bec.
C'est ainsique les femmes
assommentà coups de
becycejt à dire à coups
de langue,celles qui veulentse distinguer, st) faire
voirpar une conduite singuliere qu'elles n'approuvent pas celle
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Résumé : APOLOGUE, OU CONTE NOUVEAU. LES TOURTERELLES & le Renard. Par Madame de ***
L'apologue 'Les Tourterelles et le Renard' relate l'histoire d'un renard affamé qui, après avoir échoué à capturer des poules, tente de séduire des tourterelles. Il se présente comme un défenseur de l'innocence et de l'honneur, justifiant ses actions passées par la justice. Il promet de récompenser la fidélité des tourterelles et de les citer comme modèles de chasteté. Les tourterelles, méfiantes, hésitent à sortir. Une d'elles finit par accepter, mais les autres, jalouses, la frappent à coups de bec dès qu'elle s'expose. Cette histoire illustre comment les femmes peuvent critiquer et attaquer celles qui cherchent à se distinguer par une conduite singulière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 139-141
MORT.
Début :
Le 4. de ce mois M. de Sainctot, âgé de [...]
Mots clefs :
Sainctot, Décès, Vertu, Piété, Maître, Cérémonies, Ambassadeurs, Ancêtres
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texteReconnaissance textuelle : MORT.
Le4. de
ce mois M. de
~Sainctot,agé de 81. an, mou-
~ut en cette ville, fort re-
~gretté pour son merire, sa
xrtu & sa pieté, qui lui
voient acquis une eftimc
~universelle. Il avoit été cilevantmaître
des Ceremodes
de France, & ensuite
ntroducteur des Ambas-
~sadeurs. Dans l'une & l'autre
deces Charges il s'e'toitl
distingué par son applicaJ
tion & son sçavoir. Il croiq
dans les Ceremonies dés
avant le Sacre du Roy, &.
il avoit succedé à son perc|
&à un de ses grands-onclesr|
à la Charge de Maître des
Céremonies. |
Il paroît par des actes def;
foy & hommage rendus ã.
Paris à la Chambre de*;
Comptes
, pour des terres*;
considérables que ses ance-*
tres avoient en Champa.,
gne, que dés le temps dqp
Charles VI. ses ancetrefy
~voient des Charges prinipales
& distinguées dans
~a
Maison des Rois. Ils les
~ont successivement l'un à
autre conservées jusqu'à
Henry fecond. Quelque
~emps aprés ces Messieurs
me rentrez à la Cour au
~servicedes Rois.
ce mois M. de
~Sainctot,agé de 81. an, mou-
~ut en cette ville, fort re-
~gretté pour son merire, sa
xrtu & sa pieté, qui lui
voient acquis une eftimc
~universelle. Il avoit été cilevantmaître
des Ceremodes
de France, & ensuite
ntroducteur des Ambas-
~sadeurs. Dans l'une & l'autre
deces Charges il s'e'toitl
distingué par son applicaJ
tion & son sçavoir. Il croiq
dans les Ceremonies dés
avant le Sacre du Roy, &.
il avoit succedé à son perc|
&à un de ses grands-onclesr|
à la Charge de Maître des
Céremonies. |
Il paroît par des actes def;
foy & hommage rendus ã.
Paris à la Chambre de*;
Comptes
, pour des terres*;
considérables que ses ance-*
tres avoient en Champa.,
gne, que dés le temps dqp
Charles VI. ses ancetrefy
~voient des Charges prinipales
& distinguées dans
~a
Maison des Rois. Ils les
~ont successivement l'un à
autre conservées jusqu'à
Henry fecond. Quelque
~emps aprés ces Messieurs
me rentrez à la Cour au
~servicedes Rois.
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Résumé : MORT.
Le 4 du mois, M. de Sainctot, 81 ans, décéda, honoré pour son mérite, son honneur et sa piété. Maître des Cérémonies de France et introducteur des Ambassadeurs, il avait succédé à son père et à un grand-oncle. Ses ancêtres possédaient des terres en Champagne depuis Charles VI et occupaient des charges principales à la cour jusqu'à Henri II.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 97-144
Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Début :
Les effets du feu son si admirables & si terribles, / Il y a si peu de choses qui puissent passer pour certaines [...]
Mots clefs :
Feu, Incendie, Corps, Auteur, Eau, Nature, Chaleur, Esprits, Vertu, Dieu, Terre, Froid, Avantages, Traité, Principes, Force, Divinité, Substance, Couleur, Grandeur, Soleil, Physique, Entretiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
admirables & si terribles,
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
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Résumé : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Le texte explore la nature et l'importance du feu, qu'il considère comme l'élément le plus noble et utile, supérieur à l'eau. Il s'appuie sur des références à des poètes et philosophes tels que Pindare et Plutarque, ainsi que sur des divinités associées au feu. Le feu est essentiel pour cuire les aliments, préparer des remèdes et accomplir diverses tâches quotidiennes. Il symbolise la lumière, la vie et la puissance, et est utilisé dans les cérémonies religieuses. Le texte distingue différents types de feux, vifs ou morts, et note que le feu terrestre tend vers le centre de la Terre. Des expériences montrent que le feu contient des particules pesantes. L'auteur aborde la chaleur terrestre et la génération de nouvelles substances par combustion. Il explique que les substances inanimées sont composées de corpuscules spécifiques dont l'arrangement détermine la forme. Des expériences avec le vitriol illustrent cette théorie. Le texte discute également des propriétés du feu et de la chaleur, affirmant que le feu modifie les qualités des matières sans en créer de nouvelles. La chaleur est vue comme une substance composée d'esprits ignés, tandis que le froid est constitué d'esprits froids glacés. De plus, le texte décrit un phénomène naturel où une fermentation excessive entraîne la sortie d'un fluide des veines, identifiant deux effets distincts résultant de cette cause. L'auteur rejette l'idée que le froid d'une montagne ou les propriétés d'une pierre puissent être expliqués par autre chose que des exhalaisons froides, qui inhibent l'action et le mouvement des esprits chauds.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 267-270
Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Début :
J'ay dit à peu prés le quart de ce que j'ai osé sur ces trois [...]
Mots clefs :
Honneur, Livre, Vertu, Mercure galant
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texteReconnaissance textuelle : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Jay dità peu prés le quart de
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
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Résumé : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception critique de l'ouvrage 'Mathanafius'. L'auteur s'étonne de l'enthousiasme suscité par ce livre à Paris, même parmi ceux qui ne maîtrisent pas le grec ou le latin, langues dans lesquelles il est probablement écrit. Il critique les éloges superficiels, estimant que la véritable reconnaissance doit provenir de critiques constructives. L'auteur déplore également la manière dont 'Mathanafius' traite le 'Mercure Galant', lui attribuant des qualités prématurées et utilisant un langage offensant. Il se questionne sur la connaissance que l'auteur de 'Mathanafius' a de son identité, concluant que cette connaissance lui ferait grand honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 286-305
Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Début :
Je ne suis pas le maistre de satisfaire l'empressement que / [...]
Mots clefs :
Avocat, Homme, Esprit, Probité, Justice, Vertu, Vérité, Lumières, Ennemis, Confiance, Paix, Qualités, Honnête homme, Orateur, Éloquence, Qualités du coeur, Avocat, Avocat du roi au Châtelet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Je ne fuis pas le maiſtrede
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
Fermer
Résumé : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Le Mercure Galant de décembre 1714 mentionne deux discours récents. Le premier, prononcé par Monsieur Chauvelin au Parlement le 26 novembre précédent, n'est pas détaillé. Le second, tenu par Monsieur Hérault, Avocat du Roi au Châtelet, lors de la rentrée du Châtelet, souligne la supériorité des qualités du cœur sur celles de l'esprit pour un avocat. Hérault met en avant la nécessité de la probité, considérant l'éloquence comme un simple accessoire. Un avocat honnête et probe aide les magistrats à démêler la vérité et à rendre justice, tandis qu'un avocat habile mais sans probité peut être dangereux en utilisant son éloquence pour tromper. Le texte insiste sur le rôle crucial de l'avocat honnête dans la société, qui défend la justice. Il doit comprendre et parler le langage des passions humaines, car la raison seule ne suffit pas. L'avocat honnête sert la vérité et la justice, même contre le pouvoir souverain. Sa probité est essentielle pour les clients, les parties et l'État, qui combat des ennemis intérieurs plus dangereux que les menaces extérieures. L'avocat, par sa probité et sa compétence, attire la confiance et devient un refuge pour les innocents et les opprimés. Même après avoir quitté le barreau, il continue de servir la République en étant un modèle de vertu et de probité. Le texte souligne également l'importance de la probité des procureurs, qui ne peut être compensée par la science ou la vertu des juges. La probité est essentielle pour maintenir la dignité de l'avocat et constitue la plus grande qualité du procureur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 60-127
PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Début :
Je vous promis le mois passé un examen de la Tragedie / Vous vous plaignez, Mylord, fort vivement, que M. [...]
Mots clefs :
Tragédie, César, Amour, Rome, Théâtre, Vertu, Coeur, Troupes, Liberté, Auteur, Scènes, Paix, Pompée, Poème, Poètes, Romains, Dieux, Sentiments, Public, Corneille, Reine, Parallèle, Mépris, Homme, Ambition, Hymen, Aristote, Père, Frère, Princesse, Théâtre anglais, Théâtre français, Parthes, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Je vous promis le mois paffé
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
Fermer
26
p. 81-89
La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
Début :
Aux yeux de l'ignorant vulgaire [...]
Mots clefs :
Vertu, Noblesse, Prince, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
La veritable Nobleße confifte
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
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27
p. 204-206
« Aprés avoir proposé des Questions, des Bouts rimez à remplir [...] »
Début :
Aprés avoir proposé des Questions, des Bouts rimez à remplir [...]
Mots clefs :
Vertu, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés avoir proposé des Questions, des Bouts rimez à remplir [...] »
Apres avoir proposé des
Qrellions, des Bouts rimez à
remplir,& des Enigmes à devinerje
priele Lecteur de ne
pas trouver mauvais que je luy
rasse un deffy. La choie cil
très-importante d'elle- même.
il s'agir de deffendre l'innocence
d'une belle Princessecalomnieusement
soupçonnée
, &
presque convaincuë du crime j
dadultere. Il n'est qu'un
, mortel aumonde qui puisse
justisier sa vertu outragée ;
mais de vastes Royaumesle
épargnede cette illustre&
malheureusePrincesse,il faut
l'arracher du sein de les Etais,
il faut le déterminer à venir
au nom de cette belle infortunée,
luy donnertous les secoursque
sa vertu attend de
sots courage;& mêmede l'amour
dont il a inutilement
biûlé pour elle; en un mot il
faut loy écrire une Lettre si
touchante, si persusive,si tendre
en même temps, qu'elle
l'oblige à femetrreen campagne
aussitost la preleme reçûe,
Voilà le fait afffz bien
circonstancié, voicy unabrégéde
THiOoire dontlaLettre
qu'on demande doit faire un
des principaux non ornements , il faudra que son Auteur
la laisse imparfaite ,jusqu'à ce
que des temps plus heureux &
& plusféconds mettent ce
,
fC2U à l'excellence de son
ouvrage.
Qrellions, des Bouts rimez à
remplir,& des Enigmes à devinerje
priele Lecteur de ne
pas trouver mauvais que je luy
rasse un deffy. La choie cil
très-importante d'elle- même.
il s'agir de deffendre l'innocence
d'une belle Princessecalomnieusement
soupçonnée
, &
presque convaincuë du crime j
dadultere. Il n'est qu'un
, mortel aumonde qui puisse
justisier sa vertu outragée ;
mais de vastes Royaumesle
épargnede cette illustre&
malheureusePrincesse,il faut
l'arracher du sein de les Etais,
il faut le déterminer à venir
au nom de cette belle infortunée,
luy donnertous les secoursque
sa vertu attend de
sots courage;& mêmede l'amour
dont il a inutilement
biûlé pour elle; en un mot il
faut loy écrire une Lettre si
touchante, si persusive,si tendre
en même temps, qu'elle
l'oblige à femetrreen campagne
aussitost la preleme reçûe,
Voilà le fait afffz bien
circonstancié, voicy unabrégéde
THiOoire dontlaLettre
qu'on demande doit faire un
des principaux non ornements , il faudra que son Auteur
la laisse imparfaite ,jusqu'à ce
que des temps plus heureux &
& plusféconds mettent ce
,
fC2U à l'excellence de son
ouvrage.
Fermer
28
p. 194-197
Justification de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
La liberté qu'on a de m'en imposer, tant qu'on veut, dans [...]
Mots clefs :
Vertu, Vérité, Homme, Conséquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Justification de l'Auteur. [titre d'après la table]
ubLa liberté qu'on arde m'en
impoſer , tant qu'on veut, dans
les Memoires qu'on m'envoye,
fans qu'il me foit poflible
de demefler la verité ;fur tout
lorfque la confequence des
évenemens qu'on m'écrit , ne
peut pas m'être fenfible , faute
de connoiftre les gens dont on
me parle , m'expofe quelquefois
au malheur de publier des
chofes defagréables & fauffes,
m'eft par exemple as-
&e
qui
ar
GALANT. 195
rivé trés innocemment dans le
Mercure du mois dernier , &
je dois au merite & à la vertu
de Mademoiſelle Yma une réparation
autentique ; on avoit
malicieufement prêté à cetre
Demoiselle une Avanture qui
ne luy eftpoint arrivée , & des
gens mal intentionnez pour
elle , ont fuppofé qu'elle avoit
fait une démarche hardie , à
Jaquelle elle n'a jamais efté capable
de penfer. Voicy la verité
du fait telle que je l'ay apprife,
aprés m'en cftre informé
avec la derniere exactitude.
Mademoiſelle Yma accabléc
·
Rij
196 MERCURE
des importunitez d'un homme
pour lequel par les plus puiflantes
raifons du monde elle doit
avoir une parfaite indiff.rence,
aprés avoir mis en uſage tous
les expedients que la vertu la
plus exacte & la plus rigide
preferit en pareilles occafions ,
fe déroba le 4. du mois paffé
aux violentes & honteufes
pourfuites de cet homme pour
s'aller jetter dans un Couvent,
& y chercher un afyle où elle
pût mettre fa vertu à couvert
de tant d'injuftes perfecutions:
cette précaution pleine de fageffe
a donné lieu aux mauGALANT.
197
vais contes que j'en ay fait
dans le dernier Mercure , parce
que j'ay crû le pouvoir faire
fans que cela tirat à aucune
confequence , & que Mademoiſelle
Yma étoit un nom
-purement inventé , & dont l'avanture
n'avoit pas plus de
fondement
que le nom . J'ay
depuis découvert clairement
la tromperie que l'on m'avoit
faite , & je luy rends aujour
d'huy , autant qu'il eft en mon
pouvoir , toute la justice que
je dois à fa vertu , digne cer-
Gainement d'un parfait éloge
impoſer , tant qu'on veut, dans
les Memoires qu'on m'envoye,
fans qu'il me foit poflible
de demefler la verité ;fur tout
lorfque la confequence des
évenemens qu'on m'écrit , ne
peut pas m'être fenfible , faute
de connoiftre les gens dont on
me parle , m'expofe quelquefois
au malheur de publier des
chofes defagréables & fauffes,
m'eft par exemple as-
&e
qui
ar
GALANT. 195
rivé trés innocemment dans le
Mercure du mois dernier , &
je dois au merite & à la vertu
de Mademoiſelle Yma une réparation
autentique ; on avoit
malicieufement prêté à cetre
Demoiselle une Avanture qui
ne luy eftpoint arrivée , & des
gens mal intentionnez pour
elle , ont fuppofé qu'elle avoit
fait une démarche hardie , à
Jaquelle elle n'a jamais efté capable
de penfer. Voicy la verité
du fait telle que je l'ay apprife,
aprés m'en cftre informé
avec la derniere exactitude.
Mademoiſelle Yma accabléc
·
Rij
196 MERCURE
des importunitez d'un homme
pour lequel par les plus puiflantes
raifons du monde elle doit
avoir une parfaite indiff.rence,
aprés avoir mis en uſage tous
les expedients que la vertu la
plus exacte & la plus rigide
preferit en pareilles occafions ,
fe déroba le 4. du mois paffé
aux violentes & honteufes
pourfuites de cet homme pour
s'aller jetter dans un Couvent,
& y chercher un afyle où elle
pût mettre fa vertu à couvert
de tant d'injuftes perfecutions:
cette précaution pleine de fageffe
a donné lieu aux mauGALANT.
197
vais contes que j'en ay fait
dans le dernier Mercure , parce
que j'ay crû le pouvoir faire
fans que cela tirat à aucune
confequence , & que Mademoiſelle
Yma étoit un nom
-purement inventé , & dont l'avanture
n'avoit pas plus de
fondement
que le nom . J'ay
depuis découvert clairement
la tromperie que l'on m'avoit
faite , & je luy rends aujour
d'huy , autant qu'il eft en mon
pouvoir , toute la justice que
je dois à fa vertu , digne cer-
Gainement d'un parfait éloge
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29
p. 209-297
Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
Début :
La Tragedie de Marius qu'on represente encore avec / Le 15. de ce mois on joua pour la première fois la Tragedie [...]
Mots clefs :
Roi, Père, Scène, Fils, Seigneur, Marius, Sylla, Princesse, Romains, Péril, Sénat, Mort, Force, Demande, Pouvoir, Fuite , Devoir, Honte, Douleur, Vengeance, Tragédie, Théâtre, Mains, Yeux, Horreur, Crime, Extrait, Auteur, Protection, Conseils, Ennemi, Assassin, Malheur, Protection, Patrie, Vertu, Tribun, Sang, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
La Tragedie de Marius
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
Fermer
30
p. 284-285
Autre Sonnet à la même, sur sa beauté & sa vertu.
Début :
Une jeune beauté me tient dans l'esclavage, [...]
Mots clefs :
Yeux, Beauté, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Sonnet à la même, sur sa beauté & sa vertu.
Autre Sonnet à la même ,
fur ſa beauté & fa vertu .
Unejeunebeauté me tientdans
l'esclavage ,
Jamais moncoeurnefutfi vivement
épris ,
Son air fin ,ſes beaux yeux enchantent
mes efprits ;
Contre ces doux écücils qui ne
feroit n'aufrage?
Nuit &jour à mes yeux j'en
retrace l'Image ,
Je repaße en ſecret ſes
infinis ,
charmes
Au milieu de ſa Cour laDéeffe
des ris,
GALANT. 285.
Ne sçauroit triompher avecplus
d'avantage.
d'avan
Chacun à ſes attraits doit offrirdes
tributs ,
Mais qui ne connoift point fes
brillantes vertus ,
N'a vû de fon Portrait qu'une
ébauche legere.
Rien ne peut égaler ce Chefd'oeuvre
des Dieux.
Il n'en est pas un seul fous ca
vaste hemisphere,
Et s'il en eft quelqu'un ce n'est
que dans les Cieux.
D. F.
fur ſa beauté & fa vertu .
Unejeunebeauté me tientdans
l'esclavage ,
Jamais moncoeurnefutfi vivement
épris ,
Son air fin ,ſes beaux yeux enchantent
mes efprits ;
Contre ces doux écücils qui ne
feroit n'aufrage?
Nuit &jour à mes yeux j'en
retrace l'Image ,
Je repaße en ſecret ſes
infinis ,
charmes
Au milieu de ſa Cour laDéeffe
des ris,
GALANT. 285.
Ne sçauroit triompher avecplus
d'avantage.
d'avan
Chacun à ſes attraits doit offrirdes
tributs ,
Mais qui ne connoift point fes
brillantes vertus ,
N'a vû de fon Portrait qu'une
ébauche legere.
Rien ne peut égaler ce Chefd'oeuvre
des Dieux.
Il n'en est pas un seul fous ca
vaste hemisphere,
Et s'il en eft quelqu'un ce n'est
que dans les Cieux.
D. F.
Fermer
31
p. 123-137
LES TISONS.
Début :
L'Auteur de la Piéce des Pincettes a crée de nouveau, / Puisque des vents du Nord, la cohorte incivile, [...]
Mots clefs :
Cohortes, Foyers, Tisons, Soleil, Couleurs, Esprit, Passion, Vertu, Vérité, Censeur, Jalousie, Stoïque, Amour, Morale, Histoire, Réflexions, Inquiétude, Ingratitude, Savants, Précaution, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES TISONS.
L'Auteur de la Piéce des Pincettes
a crée de nouveau , le Poë
me fuivant des TISONS. Quel
feu d'imagination ! Quelle fécondité
fur une matiere auffi ingrate , où
la plupart de nos Verfificateurs
ne verroit que des Tifons , & ne
produiroit tout au plus que de
La fumée , fans lumiere ; au lieu
Lij
104 LE NOUVEAU
•
que celui - ci , par un art qui
lui eft fingulier , fçait tirer des fujets
les plus fimples , & qui préfentent
le moins d'idées , de petits
miracles de Poëfie .
Non fumum ex fulgore ,fed ex
fumo dare lucem
Cogitat , ut fpeciofa dehinc miracula
promat
. *
LES TISONS.
PUifque
des vents du Nord , la
cohorte incivile ,
Sortant de fes froides prifons ,
Vient encore infefter la Campagne ,
& la Ville ;
Cherchons en nos foyers , contre
eux , un für azile ,
Et revenons à nos Tifons.
Chers Tifons , on a tort de vous
quitter fans peine ,
Aux premieres lueurs de la belle
faifon ;
* Art. Poët. d'Hor.
MERCURE. 125
Un rayon de Soleil échapé dans
la Plaine ,
Fait à tous vos -clients déferter la
maifon.
Chacun vous abandonne , on fort,
on fe promene ,
On foule l'herbe , & le gazon ;
Ce n'est que le froid feul , qui
vers vous , nous rameine ,
Ce devroit être la raison.
Je reconnois que rien n'égale
le vif éclat de ces couleurs ,
Que fur l'émail brillant des fleurs
Un Printemps naiffant nous étale.
L'ame s'épanouit au tendre &
doux effort ,
Que pour rendre aux forefts leur
premiere verdure ,
Fait à chaque inftant la Nature.
Tout germe par les foins , tout repouffe
, tout fort ;
Mais il faut l'avouer , ce riche éclat
m'allarme ,
Il débauche nos fens , & flate notre
orgueil ;
Et comme j'en connois le charme
'Liij.
126 LE NOUVEAU
J'en connois auffi tout l'écueil.
Bientôt l'efprit s'éveille , & l'hom.
me fe diffipe.
Adieu fages réflexions ;
Le coeur s'échape & s'émancipe ,
Entraîné par fes paffions ;
Il fuit Efclave volontaire ,
Un penchant long- tems combatu ;
Tifons , que vous aurez à faire ,
Pour rendre l'homme à fa vertu !
Travaillez-y , c'eft votre ouvrage.
Employez ces moyens infinuants &
doux ,
Que felon les fujets , les eſprits &
les goûts,
Quand & comme il vous plaît, vous
mettez en ufage.
Que j'entends bien votre langage!
Que j'y remarque de douceur ;
Et que vous fçavez bien vous ouvrir
un paffage ,
Jufques dans le fond de mon coeur !
Par d'utiles leçons que j'écoute &
que j'aime ,
Vous me ramenez à moi -même ;
On badine avec vous & tout en
badinant ,
>
La véritéTe fait entendre;
MERCURE. 127
Vous blamez ma conduite , & loin
de la défendre ,
Je la condamne incontinent :
Que quelque autre Cenfeur eût ofé
me reprendre ,
Pour m'excufer peut -être , auroisje
fait effort ,
Mais fans peine avec vous je conviens
, que j'ay tort.
Vous m'aprenez & mieux qu'un
Livre .
Ce qu'il faut éviter ou ſuivre ;
Et je m'inftruis plus avec vous
Que je ne le ferois même avec ce
Seneque ,
Qui de nos entretiens jaloux
Se morfond dans un coin de ma
Bibliotheque ,
Et peut-être tour bas , murmure
contre nous,
Qu'il murmure , s'il veut , c'est tout
ce que fçait faire
Ce doucereux Atrabilaire ,
Sous qui, le Stoïciſme à jadis triomphé.
Philofophe bien étoffé ,
Au milieu d'une Cour délicate &
brillante ,
128 LE NOUVEAU
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronté
,
Avec un million de rente ,
En termes tous fleuris , préchoir la
pauvreté .
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithéfes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemie .
N'eft qu'une vertu de Chimie ;
Loin d'aimer à la fuivre, on la craint,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fecrets je tire plus de
fruit
,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
'Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre.
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plus
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire.
D'ailleurs , que difent-ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe paffe fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
128 NOUVEAU LE
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronré
,
Avec un million de rente
En termes tous fleuris , préchoit la
pauvreté.
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithefes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemic.
N'est qu'une vertu de Chimie;
Loin d'aimer à la fuivre , on la craint ,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fécrets je tire plus de
fruit ,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
1
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre,
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plu
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire .
D'ailleurs , que difent - ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe pafle fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
130 LE NOUVEAU
Et c'est ce qu'avec vous je m'oc
cupe à déduire.
Peut-être ici quelqu'un qui n'en fait
pas femblant ,
Prête déja l'oreille , & croit qu'à
baffe note ,
Je vais en vous ravitaillant ,
Déveloper quelque Anecdote.
Quiqu'il foit, il nous conoîtpeu:
Ni vous , ni moi , Tifons , nous ne
nous niêlons guéres ,
De vouloir au hazard , fans guide ,
fans aveu ,
Pénétrer des fecrets,qui pour nous
font myſtéres.
Pourquoi fait - on ceci ? Que ne
fait -on cela ?
Je laiffe aux Cerveauxfrénétiques
De nos fainéants Politiques.
A fonder ces abîmes-là.
Tandis que le Navire flote ,
J'ignore jufques au danger,
Et me remets de tout , tranquille
paffager ,
A la fageffe du Pilote.
A quoi donc nous occupons nous,
Quand vous & moi , Tifons , nous
MERCURE. 131
fommes têre à tête ?
Le grand Livre du monde , ou les
fages , les fous ›
Egalement figurent tous ,
A nos refléxions de lui - même fe
prête.
Ce que j'ai vu le jour , fe retrace
je foir ,
Dans mon efprit , comme dans
un miroir.
Le fracas d'une grande Ville :
Ou chez les petits & les
grands
Les paffions font le premier
mobile ;
Tous ces gens occupez d'interefts
differents
,
Qui pleins de leurs projets , occupez
de leurs veûës ,
Toujours preffez, toujours courants
,
Roulent de toutes parts , ainſi que
des Torrents ,
Et viennent inonder les rues . , .
A juger d'eux en ce moment,
Par leur activité , par leur empreffement
,
132
LE NOUVEAU
'
Vous croiriez qu'ils n'ont qu'une
affaire ,
Et que tout leur bonheur dépend
uniquement ,
De ce qu'en ce jour ils vont faire.
La nuit enfin les chaffe , ils rentrent
au logis :
Rentrent-ils plus contents , qu'ils
n'en étoient fortis.
Helas ! plus accablez cent fois d'inquiétude
,
Qu'ils ne l'étoient , en fortant le
matin ,
Ils n'ont trouvé dans leur chemin
Que dureté , qu'ingratitude :
Occupez à ronger leur frein
Ils fe font de leurs maux une triſte
habitude ,
Et malgré la rigueur d'un fort trop
inhumain ,
Victimes de leur fervitude ,
Ils recommenceront encor le lendemain.
La coûtume en effet les condamne
à ces peines ;
Sans murmurer contre elle il faut
baiffer les bras ;
C'eft
MERCURE. 135
C'eft agir , travailler , que
ter ces chaînes ,
de por-
Et l'on eft fainéant , fi l'on ne le fait
pas.
Ainfi le conçut dans Athénes
Ce Cinique fameux qui par un
trait nouveau ,
Pour n'être feul oifif, remuoit fon
tonneau.
Il faifoit bien , j'en fais de même,
Et fondé comme lui , fur de bonnes
raifons.
J'entre autant que je peux dans le
commun Syfteme ,
En remuant & tournant mesTifons .
Arbitre de leur fort , fans craindre
de reproche ,
Je les tourne
retourne
entr'eux les rangs ,
& régle
Je les écarte , ou les rapproche ,
Je les hauffe , les baiffe , ainfi que
je l'entends:
Mais que me revient-il des peines
que je prends ?
Eh que vous revient-il des vôtres,
Gens importants , Gens affairez ,
Qui dupes de vos foins , & tous
M
$34
LE NOUVEAU
les jours leurrez
Vous croyez cependant plus fages
que les autres ?
Avoüez - le de bonne foi ,
Vous tifonnez tous comme moi.
Nous fuivons en cela l'exemple de,
nos Peres :
Ils ont tifonné tous , ainfi que nos
Ayeux ,
De même dans leur temps en feront
nos neveux :
Je fuis donc Tifonneur & ne m'en
cache gueres ;
Mais du moins , eit-il vray que j'ay
bien des Confreres.
J'en ay dans tous les rangs , &
dans tous les états .
Et tel eft du mêtier , qui ne le pen-
Le pas
.
Ce Sçavant par exemple , attaché
fur fon Livre ,
Mais qui n'invente rien , ne dit rien
de nouveau ,
Des Auteurs qu'il regrate, & qu'il
vend à la livre ,
Croit égaler la gloire , & que fon
nom doit vivre ,
MERCURE.- 135
Comme le leur au delà du tombeau
;
Il fe flate , Dieu lui pardonne ;
Mais il eft mon Confrere , & comme
moi , tifonne .
D'autres en font autant , qu'on pour
roit blafonner ;
Et plus on voit de prés les affaires
des hommes ,
Plus on eft convaincu que tous
tant que nous fommes ,
Nous ne faifons que tifonner.
Ici le champ eft vaite , & la matiere
est belle ,
Mais fans autre détail , bornonsnous
à ces traits :
Dans fa malignité cauftique & criminelle
,
Le Lecteur a l'ame cruelle ,
Et voudroit portraits fur portraits ;
C'eft par-là que chez nous profpere
Le venin dangereux de ces Livres
parlants ,
Où fous des traits à peu près reſ
femblants,
On croit de fon prochain trouver le
Mij
336 LE NOUVEAU
·
caractére .
On ne nomme point dira - t'on:
Tandis ; le plus fouvent il vaudroit
mieux le faire ,
Et faute de fixer le lecteur par un
nom ,
A droite , à gauche , il fonde , il
devine , il foupçonne
Et c'est en nommer cent que ne
nommer perfonne .
Pour nous qui fommes feuls , & qui
parlons tout bas ,
Tifons , de mes difcours & de tous
mes myiteres
Uniques confidents , & fûrs dépofitaires
,
Cette précaution ne nous regarde
pas .
Avec d'autres que vous je fuis fur
la réferve,
J'écoute tout , j'approfondis ,
Et péfe affez ce que je dis ;
Mais fans crainte avec vous je me
livre à ma verve.
Je vous ouvre mon coeur , je vous
dis mes fécréts ,
Et dans les vôtres je fçai lire :
MERCURE 137
C'eft peu de chofe , & même on
n'en feroit que rire ;
Mais n'importe , Tifons , foyons
toujours difcrets ,
Et gardons-nous de les redire.
a crée de nouveau , le Poë
me fuivant des TISONS. Quel
feu d'imagination ! Quelle fécondité
fur une matiere auffi ingrate , où
la plupart de nos Verfificateurs
ne verroit que des Tifons , & ne
produiroit tout au plus que de
La fumée , fans lumiere ; au lieu
Lij
104 LE NOUVEAU
•
que celui - ci , par un art qui
lui eft fingulier , fçait tirer des fujets
les plus fimples , & qui préfentent
le moins d'idées , de petits
miracles de Poëfie .
Non fumum ex fulgore ,fed ex
fumo dare lucem
Cogitat , ut fpeciofa dehinc miracula
promat
. *
LES TISONS.
PUifque
des vents du Nord , la
cohorte incivile ,
Sortant de fes froides prifons ,
Vient encore infefter la Campagne ,
& la Ville ;
Cherchons en nos foyers , contre
eux , un für azile ,
Et revenons à nos Tifons.
Chers Tifons , on a tort de vous
quitter fans peine ,
Aux premieres lueurs de la belle
faifon ;
* Art. Poët. d'Hor.
MERCURE. 125
Un rayon de Soleil échapé dans
la Plaine ,
Fait à tous vos -clients déferter la
maifon.
Chacun vous abandonne , on fort,
on fe promene ,
On foule l'herbe , & le gazon ;
Ce n'est que le froid feul , qui
vers vous , nous rameine ,
Ce devroit être la raison.
Je reconnois que rien n'égale
le vif éclat de ces couleurs ,
Que fur l'émail brillant des fleurs
Un Printemps naiffant nous étale.
L'ame s'épanouit au tendre &
doux effort ,
Que pour rendre aux forefts leur
premiere verdure ,
Fait à chaque inftant la Nature.
Tout germe par les foins , tout repouffe
, tout fort ;
Mais il faut l'avouer , ce riche éclat
m'allarme ,
Il débauche nos fens , & flate notre
orgueil ;
Et comme j'en connois le charme
'Liij.
126 LE NOUVEAU
J'en connois auffi tout l'écueil.
Bientôt l'efprit s'éveille , & l'hom.
me fe diffipe.
Adieu fages réflexions ;
Le coeur s'échape & s'émancipe ,
Entraîné par fes paffions ;
Il fuit Efclave volontaire ,
Un penchant long- tems combatu ;
Tifons , que vous aurez à faire ,
Pour rendre l'homme à fa vertu !
Travaillez-y , c'eft votre ouvrage.
Employez ces moyens infinuants &
doux ,
Que felon les fujets , les eſprits &
les goûts,
Quand & comme il vous plaît, vous
mettez en ufage.
Que j'entends bien votre langage!
Que j'y remarque de douceur ;
Et que vous fçavez bien vous ouvrir
un paffage ,
Jufques dans le fond de mon coeur !
Par d'utiles leçons que j'écoute &
que j'aime ,
Vous me ramenez à moi -même ;
On badine avec vous & tout en
badinant ,
>
La véritéTe fait entendre;
MERCURE. 127
Vous blamez ma conduite , & loin
de la défendre ,
Je la condamne incontinent :
Que quelque autre Cenfeur eût ofé
me reprendre ,
Pour m'excufer peut -être , auroisje
fait effort ,
Mais fans peine avec vous je conviens
, que j'ay tort.
Vous m'aprenez & mieux qu'un
Livre .
Ce qu'il faut éviter ou ſuivre ;
Et je m'inftruis plus avec vous
Que je ne le ferois même avec ce
Seneque ,
Qui de nos entretiens jaloux
Se morfond dans un coin de ma
Bibliotheque ,
Et peut-être tour bas , murmure
contre nous,
Qu'il murmure , s'il veut , c'est tout
ce que fçait faire
Ce doucereux Atrabilaire ,
Sous qui, le Stoïciſme à jadis triomphé.
Philofophe bien étoffé ,
Au milieu d'une Cour délicate &
brillante ,
128 LE NOUVEAU
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronté
,
Avec un million de rente ,
En termes tous fleuris , préchoir la
pauvreté .
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithéfes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemie .
N'eft qu'une vertu de Chimie ;
Loin d'aimer à la fuivre, on la craint,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fecrets je tire plus de
fruit
,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
'Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre.
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plus
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire.
D'ailleurs , que difent-ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe paffe fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
128 NOUVEAU LE
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronré
,
Avec un million de rente
En termes tous fleuris , préchoit la
pauvreté.
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithefes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemic.
N'est qu'une vertu de Chimie;
Loin d'aimer à la fuivre , on la craint ,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fécrets je tire plus de
fruit ,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
1
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre,
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plu
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire .
D'ailleurs , que difent - ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe pafle fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
130 LE NOUVEAU
Et c'est ce qu'avec vous je m'oc
cupe à déduire.
Peut-être ici quelqu'un qui n'en fait
pas femblant ,
Prête déja l'oreille , & croit qu'à
baffe note ,
Je vais en vous ravitaillant ,
Déveloper quelque Anecdote.
Quiqu'il foit, il nous conoîtpeu:
Ni vous , ni moi , Tifons , nous ne
nous niêlons guéres ,
De vouloir au hazard , fans guide ,
fans aveu ,
Pénétrer des fecrets,qui pour nous
font myſtéres.
Pourquoi fait - on ceci ? Que ne
fait -on cela ?
Je laiffe aux Cerveauxfrénétiques
De nos fainéants Politiques.
A fonder ces abîmes-là.
Tandis que le Navire flote ,
J'ignore jufques au danger,
Et me remets de tout , tranquille
paffager ,
A la fageffe du Pilote.
A quoi donc nous occupons nous,
Quand vous & moi , Tifons , nous
MERCURE. 131
fommes têre à tête ?
Le grand Livre du monde , ou les
fages , les fous ›
Egalement figurent tous ,
A nos refléxions de lui - même fe
prête.
Ce que j'ai vu le jour , fe retrace
je foir ,
Dans mon efprit , comme dans
un miroir.
Le fracas d'une grande Ville :
Ou chez les petits & les
grands
Les paffions font le premier
mobile ;
Tous ces gens occupez d'interefts
differents
,
Qui pleins de leurs projets , occupez
de leurs veûës ,
Toujours preffez, toujours courants
,
Roulent de toutes parts , ainſi que
des Torrents ,
Et viennent inonder les rues . , .
A juger d'eux en ce moment,
Par leur activité , par leur empreffement
,
132
LE NOUVEAU
'
Vous croiriez qu'ils n'ont qu'une
affaire ,
Et que tout leur bonheur dépend
uniquement ,
De ce qu'en ce jour ils vont faire.
La nuit enfin les chaffe , ils rentrent
au logis :
Rentrent-ils plus contents , qu'ils
n'en étoient fortis.
Helas ! plus accablez cent fois d'inquiétude
,
Qu'ils ne l'étoient , en fortant le
matin ,
Ils n'ont trouvé dans leur chemin
Que dureté , qu'ingratitude :
Occupez à ronger leur frein
Ils fe font de leurs maux une triſte
habitude ,
Et malgré la rigueur d'un fort trop
inhumain ,
Victimes de leur fervitude ,
Ils recommenceront encor le lendemain.
La coûtume en effet les condamne
à ces peines ;
Sans murmurer contre elle il faut
baiffer les bras ;
C'eft
MERCURE. 135
C'eft agir , travailler , que
ter ces chaînes ,
de por-
Et l'on eft fainéant , fi l'on ne le fait
pas.
Ainfi le conçut dans Athénes
Ce Cinique fameux qui par un
trait nouveau ,
Pour n'être feul oifif, remuoit fon
tonneau.
Il faifoit bien , j'en fais de même,
Et fondé comme lui , fur de bonnes
raifons.
J'entre autant que je peux dans le
commun Syfteme ,
En remuant & tournant mesTifons .
Arbitre de leur fort , fans craindre
de reproche ,
Je les tourne
retourne
entr'eux les rangs ,
& régle
Je les écarte , ou les rapproche ,
Je les hauffe , les baiffe , ainfi que
je l'entends:
Mais que me revient-il des peines
que je prends ?
Eh que vous revient-il des vôtres,
Gens importants , Gens affairez ,
Qui dupes de vos foins , & tous
M
$34
LE NOUVEAU
les jours leurrez
Vous croyez cependant plus fages
que les autres ?
Avoüez - le de bonne foi ,
Vous tifonnez tous comme moi.
Nous fuivons en cela l'exemple de,
nos Peres :
Ils ont tifonné tous , ainfi que nos
Ayeux ,
De même dans leur temps en feront
nos neveux :
Je fuis donc Tifonneur & ne m'en
cache gueres ;
Mais du moins , eit-il vray que j'ay
bien des Confreres.
J'en ay dans tous les rangs , &
dans tous les états .
Et tel eft du mêtier , qui ne le pen-
Le pas
.
Ce Sçavant par exemple , attaché
fur fon Livre ,
Mais qui n'invente rien , ne dit rien
de nouveau ,
Des Auteurs qu'il regrate, & qu'il
vend à la livre ,
Croit égaler la gloire , & que fon
nom doit vivre ,
MERCURE.- 135
Comme le leur au delà du tombeau
;
Il fe flate , Dieu lui pardonne ;
Mais il eft mon Confrere , & comme
moi , tifonne .
D'autres en font autant , qu'on pour
roit blafonner ;
Et plus on voit de prés les affaires
des hommes ,
Plus on eft convaincu que tous
tant que nous fommes ,
Nous ne faifons que tifonner.
Ici le champ eft vaite , & la matiere
est belle ,
Mais fans autre détail , bornonsnous
à ces traits :
Dans fa malignité cauftique & criminelle
,
Le Lecteur a l'ame cruelle ,
Et voudroit portraits fur portraits ;
C'eft par-là que chez nous profpere
Le venin dangereux de ces Livres
parlants ,
Où fous des traits à peu près reſ
femblants,
On croit de fon prochain trouver le
Mij
336 LE NOUVEAU
·
caractére .
On ne nomme point dira - t'on:
Tandis ; le plus fouvent il vaudroit
mieux le faire ,
Et faute de fixer le lecteur par un
nom ,
A droite , à gauche , il fonde , il
devine , il foupçonne
Et c'est en nommer cent que ne
nommer perfonne .
Pour nous qui fommes feuls , & qui
parlons tout bas ,
Tifons , de mes difcours & de tous
mes myiteres
Uniques confidents , & fûrs dépofitaires
,
Cette précaution ne nous regarde
pas .
Avec d'autres que vous je fuis fur
la réferve,
J'écoute tout , j'approfondis ,
Et péfe affez ce que je dis ;
Mais fans crainte avec vous je me
livre à ma verve.
Je vous ouvre mon coeur , je vous
dis mes fécréts ,
Et dans les vôtres je fçai lire :
MERCURE 137
C'eft peu de chofe , & même on
n'en feroit que rire ;
Mais n'importe , Tifons , foyons
toujours difcrets ,
Et gardons-nous de les redire.
Fermer
32
p. 159-167
Suite des Nouvelles de Paris.
Début :
Le 12. le Roy donna à Mr l'Abbé de Beringhen, le Prieuré [...]
Mots clefs :
Abbesse, Cordeliers, Cour, Avocat, Charge, Procédure, Statuts, Chevalier, Plaidoirie, Évêque, Parlement, Duchesse, Applaudissements, Sagesse, Raison, Rétablissement, Lettres patentes, Ambassadrices, Éloge, Vertu, Serment, Aumônier, Chancelier, Conseil, Navires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Paris.
Suite des Nouvelles de Paris.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Fermer
33
p. 73
SUR UN USURIER DEVOT.
Début :
Bigot, supposé qu'on te croye [...]
Mots clefs :
Bigot, Vertu, Monnaie, Chapelet, Paradis, Diable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UN USURIER DEVOT.
SUR UN USURIER DEVOT; }
Bigot ,Supposé qu'on te croye
Homme de bien & de vertu :
Tefuffit-il & penfes-tu
Payer Dieu de cette monnoye ?
Un Ufurier tel que tu l'es ,
A beau rouler des Chapelets ,
Gagner tous les Pardonsgagnables ,
Et jeuner tous les Vendredis ;
Il court en pofte à tous les Diables
Par le chemin de Paradis.
Bigot ,Supposé qu'on te croye
Homme de bien & de vertu :
Tefuffit-il & penfes-tu
Payer Dieu de cette monnoye ?
Un Ufurier tel que tu l'es ,
A beau rouler des Chapelets ,
Gagner tous les Pardonsgagnables ,
Et jeuner tous les Vendredis ;
Il court en pofte à tous les Diables
Par le chemin de Paradis.
Fermer
34
p. 197-203
STANCES PRESENTEES AU ROY, SUR LES CEREMONIES DU BAPTÊME DE SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE COMTE DE CLERMONT
Début :
Voici des Stances que M. de Martineau Seigneur de Solleyne, a présentées / Quel pieux appareil ! Quel mystere à nos yeux ? [...]
Mots clefs :
Clarté, Serment, Vertu, Cérémonie, Maison Clermont, Voeux, Diadème, Enfer, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES PRESENTEES AU ROY, SUR LES CEREMONIES DU BAPTÊME DE SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE COMTE DE CLERMONT
Oici des Stances que M. de Martineau
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
Fermer
35
p. 69-73
A. M. L. D. D. N. P. M. V.
Début :
Je ne rêve que Campagne : [...]
Mots clefs :
Campagne, Château, Chimère, Seigneur, Ornement, Magnificence, Richesses, Moisson, Vertu, Volupté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. M. L. D. D. N. P. M. V.
A. M. L. D. D. N.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
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36
p. 238-249
DISCOURS sur la probité de l'Avocat, prononcé par M. Gaulliere, ensuite de celui de M. Maillard, à l'ouverture de la Conference publique des Avocats.
Début :
Entre les vertus qui relevent le merite personnel de l'homme, il n'en [...]
Mots clefs :
Probité, Avocat, Public, Vertu, Confiance, Actions, Conseils, Justice, Loi, Passions, Conférence publique des avocats, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur la probité de l'Avocat, prononcé par M. Gaulliere, ensuite de celui de M. Maillard, à l'ouverture de la Conference publique des Avocats.
DIS COV RS fur la probité de l'^4-
vocat >t prononcé par M. Gaulliere , en
suite de celui de M. Maillard , a Pou-*
verture de la Conférence publique des
Avocats, , ■ f
ENtre les vertus qui relèvent le mé
rite períbnnel de l'homme , il n'en?
est point cìe plus convenable que la pro
bité ; elle doit régler ses pensées & di
riger ses actions. Elle feule peut lui ap
prendre quelle est là nature de fes de
voirs , quel est son engagement , & com
ment il doit y satisfaire. Survient il dans
Pexecution des difficultés & des peines ?„
la probité lui donne les moyens de les
surmonter ; s'y trouve-t'il du danger ?
elle lui inspire assez de précaution SC
de prudence pour Tévirer , ou du moins
elle y suppléer.
La conduite de l'homme ne peut donc
jamais être régulière fans la probité;
ainsi dequoi PAvocat feroit-il capable
fans elle^ Formons-nous , Meilleurs , Pi»
dêç
FEVRIER. T73âr; ï}f
de'e de l'Avocat le plus digne de l'estime
&c de la confiance du public ; donnons
lui les talens d'un heureux naturel ,
qu'il possédé éminement l'art de la pa
role , qu'il sçac'he les Loix tant ancien
nes que nouvelles , qu'il en comprenne
les plus abstraites dispositions , qu'il er*
explique les plus grandes difficultés ,
qu'il est applique à propos les principes ,-
qu'il sçache démêler tous les tours cmbarassans-
dans lesquels se tache le monsrre
de la chicane , qu'il fe dévoué" à ses
fonctions par un travail pénible & assi
du ; donnons lui enfin en partage tou
tes les qualités extérieures qui lui font
nécessaires pout faire briller son élo
quence ; talens admirables , perfections
louables , à la vérité > mais en mêmetems
, dons pernicieux de la Nature Sc
de l'Art , s'ils ne sont accompagnés d'une
probité à toute épreuve. Il faut donc la
ïegarder , cette Vertu , comme k prin
cipale qualicé de l'Avocat dans routes
les occasions , où son ministère est né
cessaire.
Par elle l'homme est naturellement
porté à rendre service à l'homme ; il ne
fait ni ne pense rien qu'il ne puisse pu
blier hardiment & avec confiance , il m
s-'engage dans aucune entreprise sujette
à reproche > quoiqu'il soit suc que peu»
sonne
*?4<»! MËRCÛRË DË FRAttCÊ.
fbnrtè n'en empêchera la réussite $ son in
térêt ne le porte jamais à rien dire de
Contraire à la vérité » à accuser personne
sens sujet , à ne prendre que ce qui lui:
appartient, & à user de surprise pour par
venir à ses finsi Si l'Avoeat plaide , fans-
1a probité il dégénère en déclàmateur ,
H déguise ou il exagère les faits , il épou
se les passions de ses parties, il' n'a pas
honte d'entreprendre des causes injustes,-
quoiqu'il les connoiííe pour telles. >
S'il est consulté , sans la probité ce
ri'est pas pour lui un ctime de donner
conseil pour favoriser les surprises , d'u
ser de tous les détours imaginables pour
rendre les procès éternels , d'alrerer le
sens des Loix , des Coutumes 8i des Or
donnances pour en imposer aux Juges ,
enfin d'abandonner la juste deffense du
pauvre pour pallier les in justes prétentions
du riche.
Avec la probité , au contraire , le b»uc
de l'Avoeat est de sacrifier ses veilles , &
de se donner tóut entier au Public ; son
Unique attention est de soulager les peiile's
de ses patries , d'être tout pour les
autres-, & presque rien pour lui-même.
Son coeur immole à la Justice tòutes
passions , tout plaisir1, tout intérêt í
ainsi chaque jour, chaque heure , cha-
«jue instant lui fournis les occasions de
^EV R I?ÉR'. f /f* 2*'if
lùi faire pendant route la vie de nouveau»»
sacrifices.
Assiégé de routes parts , demandé enJ
tous lieux , la fin d'une affaire le sou
met au commencement d'une autre , le
dernier des malheureux a droit fut tous
les momens de son loisir.
Il se refuse jusqu'à la jouissance de sespropres
biens , & il n'á d'autre soin que
d'assurer ceux des Qiens qui implorent'
son secours.
Cet esclavage, ou sous un titre fpe-~
cieux on renonce à fa liberté pour deffendre
celle des autres , paroît bien dur; •
mais qu'il est glorieux pour le véritable-
Avocat ! c'est avec ces sentirnens qu'ilse
préfente au Barreau , ce sont eux qui '
font son principal mérite.
li n'á pas besoin de faire briHet son
éloquence par des discours pompeux qui;
ppurroient séduire'; il la fait consister*
dans le récit simple & véritable des faits.
II ne lui est pas nécessaire pour donner'
des preuves de son érudition d'employer
des citations ennuyeuses, & souvent étran
gères à la matière qu'il traire*; une juste ;
application des Loix , leur interprétationnaturelle
composent toute la deffense de
ses-parries;
Sa probité , fa sincérité lui tiennent-
Heu de tout ; fa parole vaut le ferment
*4* MEKCURÉ ÒÈ FRANCÊ.
le plus autentique , & c'est ainsi qu'il
s'attire toute l'estime & toute la con
fiance du public. Que dis- je? Messieurs,
les Rois même n'ont pas dédaigné d'hcríiorer
l'Avocat de la kttr.
En effet , il est dit dans l'Ordonnance
de i JI7- que lorsque dans la plaidoyerie
il y adroit contestation fur des faits,
les Avocats en seroienr crûs à leur fer
ment ; & ('Histoire nous rapporte en
cent endroits les avantages inséparables
de la probité de l'Avoeat.
M. de Montholori acquit par elle une
si grande confiance, que quand il s'agiffoit
de la lecture d'une piéce , les Juges
l'en dispensoient -, & ce fut cette même
probité qui l'éleva au suprême degré de
ta Magistrature.
Sans la probité , aii corítráife j l'Ávocat
feroit en proye à toutes sortes de
passions. Tantôt il feroit asseâ malheu
reux pour ne consulter que lui-même ;
on le verroit rarement marcher la ba
lance à la main , ardent en apparence à
firoscrire le vice & à protéger la vertu ;
a veuve Sc l'orphelin sembleroient être
les objets de fa compassion ; grand en
maximes , fastueux en paroles ; on croitoit
qu'il ne respire que la Justice ;
rhais si on fondoit les secrets replis de son
coeur > si on le suivoit pas à pas dans lés
sentiers
FEVRIER. í73fó. 2+î
sentiers détournés ou le conduiroicnt its
fausses lumières , si on pesoit ses actions
au poids du sanctuaire , on pourroit dé
mêler au milieu de ces vains phantômes
de vertu qui l'environnent , les charmes
féduisans de la volupté > entraîné pat
son penchant naturel au plaisir , il s'y
livreroit de -plus en plus , & il seroit
à craindre que la Justice ne fut la pre
mière victime qu'il immolerok à Tidole
de ses plaisirs.
Tantôt se trouvant dans les occasions
dangereuses de contenter un intérêt qui
exckerok fa cupidité , Tardcur d'acqué
rir 8c de poíTeder , qui est naturelle k
l'homme , ne lui permettroit pas de dis
tinguer le juste de l'ínjuste j rien ne se*
roir capable de servir de contrepoids a
fa passion ; elle lui suggereroit les moyens
d'anéantir la Loi par la Loi même.
Que d'explications forcées , mais en
même-tems captieuses.ne lui fourniroientelles
point pour faire parler à cette Loi
le langage de fa cupidité ? charmes de
Péloquence , connoiffance des Loix , il
mettroit tout à profit pour surprendre »
pour séduire } peut-être même abuseroit-
il du secret & de la confiance de
fes parties , s'il n'étoit retenu par l'integrité.
Sans cile la haine , la jalousie , ou
\ quelr
244 MERCURE DÊ FRANCE:
quelqu'autre passion l'agiteroit fanscéíïey
obscurcirok fa raison , 6c la rendroit fu
rieuse ; & à l'onibre de ces monstres ,
tantôt ea ennemi secret 8c implacable ,
il attaqueroit ceux qui sont l'objet de
ion aversion & de sa Plaine ; tantôt les
yeux blessés de la gloire importune d'un
Rival qui l'ofFufque , que ne tenteroitil
point pour détruire cet ennemi de son
orgueil & de son ambition ?
En proye successivement & quelque
fois en même-rems à toutes ces passions
qui l'agiteroient , la Justice auroit beau
se présenter , il seroit sourd à sa voix ,
elle seroit toujours- proscrire de son coeur
& sur les ruines du Tribunal dé la con
science il éleveroit un Tr-ône à ses pas
sions favorites , ce seroit elles qui lui
donneroient la Loi',. & ce seroit à elles
seules qu'U rendroit compte de ses ac
tiorir , trop content de leur avoir mé
nagé les marquîS" extérieures de la: vertu.
On ne ttouve point heureusement de
ces vices dans le véritable Avocat ; aussi
n'y a t'il rien à soupçonner dans ses dé
marches. Les Puissances ont elles be
soin de son ministère ? incapable de se
laiíîer corrompre par lés pteícns , il voit
avec indignation Demofthenc accepter lacoupe
d' Fía ?pains ; insensible aux mefia-
Cteí >; il íuivroit Papinieit fur Téchafaut,
FEVRIER. 173*. Í45
plutôt que d'excuser un Empereur cou
pable d'un fratricide.
S'agit-il de l'interêt de ses Conci*
toyens ? on ne le voit jamais examiner
une affaire qu'avec une attention scru
puleuse , & conduire un Clienr qu'avec?
prudence ; il ne jette un oeil de compas
sion que sut les objets qui la méritent «
ôc ne donne ses foins & ses conseils aux
riches qu'après avoir secouru les mal-;
heureux.
li né~ repousse l'in jure que par les ar
mes que l'e'quité , la raison & les Loix
lui administrent i il ne fait consister son
plaisir que dans un délassement honnête,
3c souvent même dans le travail y iítrouve
ses peines récompensées plutôt
ar la gloire de les avoir prises que par
utilité qu'il en retire.
S'il apperçoit dans un de ses Confire»
tes des talens supérieurs aux siens , loictd'en
concevoir une indigne jalousie , ils
fie fervent au contraire qu'à lui inspirer
une noble émulation ; enfin ses démar
ches, ses actions ont pour but la vertu
plutôt que fa propre utilité. Par là ses'
conseils font admirés , ses décisions font
regardées comme des Oracles , fa con
duite sert d'exemple à tout homme de
bien , & il se captive la bienveillance de
ffes.Confrercs , l'estime des Magistrats &
Ï4S- MERCURE -DE FRANCÈ*
la confiance du Public.
Mais est-ce dans cette idée feule qué
l'Avocat doit être n pur dans ses pensées*
si réservé dans ses diicours3si intègre dans
ses actions , dont il doit compte même à
soi-même ?
Plus l' Avocat a de talens , plus il est
responsable de sa conduite ; plus il a de
qualités éminentes , plus il doit être en
garde contre les charmes séducteurs des
passions de l'homme.
En effet , que lui servlroifil d'être ap
plaudi à l'oecasion de son éloquence , íî
ses moeurs ne tondoient pas à la perfec
tion ? Seroít-on persuadé de la sagesse de
ses conseils , s'il suivoit lui-même d'autres
routes ?
Qu'il fortifie donc de jour éri jour dans
son coeur les sentimens de la droiture &
de la prob'iré j qu'il s'empresse à pronon
cer par son propre exemple la prejniere
condamnation contre les vices.
Ce font ces sentimens , Messieurs , que
Vous avez reconnus dans les dispositions
de votre digne bienfacteur\ ce fut ainsi
qu'il s'acquit l'estime de tous ses amis ,
la considération de nôtre Ordre & la
confiance du Public. i
La noblesse de fa naissance ne lui pa-j
íut qu'un nouveau degré digne d'être joint
à notre profession ; il s'appliqua fans peine
FEVRIER. l7$o. n.7
ì U. connoissance des Lojx les plus diffi
ciles ; son esprit naturellement pene'trant
en donna facilement les solutions ; à
íe fit respecter même de tous ses enne
mis & de ses envieux ; fa vertu lui donna
pour amis tous les Cliens que fa répu
tation lui addressoit 5 la prudence de ses
conseils détermina souvent les opinions
des Magistrats > utile à tout le monde ,
il fe Uvroit fans cesse à tous > le Publiç
trouvoir des secours infinis dans ses talens
, & les pauvres des ressources iné?
puisables dans fa charité ; ceux qui le
connoissoient se le proposoient pour mor
dele de sçavoir , de modestie , de désin
téressement & de candeur, La mort enfin
s'approcha fans le surprendre ; il l'avoie
prévenue par un sage testament qui
pattageoit ses biens entre les pauvres ,
íes parens , ses amis & notre Ordre j
ses Livres & ses Manuscrits nous seronc
à jamais précieux aussi bien que fa mér
moire. Rappelions nous donc fans cesse
íe mérite de ce grand homme.
Mais fi d'un côté nous avons lieu de
regretter M. de Riparfons , nous avons
de l'autre occasion de nous consoler de
sa perte , puisque nous la trouvons re^
parée par l'illustre Confrère * qui. veut
* Voyex. le 1. Vol, d» Mereun át Dtcembr*
fut-il entré dans la carrière , qu'il
MERCURE DE FRANCE,
bien présider à nos travaux 5 en se faiiant
une gloire d'exécuter les intentions
«le notre bienfaiteur il a Ja meilleure
.part à fa .fondation > il sacrifie son tenu
à nous découvrir des trésors qui fans lui
nous íeroient inconnus -, quels avanta
ges ne trouvons<no«s pas dans ses íçavantes
instructions ? pénétrés de reconnoidance
, faifons-nous donc un mérite
de marcher fur fes traces , & si nous ne
pouvons parvenir au même dégré de
science que lui , donnons-lui du moins
îa satisfaction d'imiter fes vertus»
Animés par de si beaux & de si grands
exemples , nous ferons toujours disposés
à détester l'ufurpatjon , & à repousser 1a
■violence , toujours ptéts à defrendre la
Veuve & l'Otphelin , à soutenir l'inno-
.cence que l'en voudra opprimer , &
poursuivant la punition du 'crime , nous
jae travaillerons pas moins à la fureté
publique qu'à -la conservation des parti
culiers.
Nous sommes les premiers organes
«le la Justice , & même en quelque forte
•les maîtres des droits de nos parties ;
chaque instant de notre vie nous mec
«levant les yeux l'obligation indispensa
ble de ménager leurs intérêts , & d', ~
Cifer leur animosité. En nous faisant
nn.au de leur serviï de patrons , de
peicr
FEVRIER. 1730. 24$
fères & de protecteur* , rions nous four
viendrons encore qu'associés , pour ain$
dire , à la Magistrature , nous sommes
les enfans & les Ministres de la Justice ,
& que nous ne luj devons pas moins:
d'inregrké , de bonne foi & de sincérité
que de foin , de vigilance & de zèle pour
les affaires qui nous font commises. Nous
renoncerons à toute forte de déguisement,
la vérité régnera toujours dans nos dis
cours , & nous oe chercherons jamais des
ces ornemcns capables de surprendre la
Religion des Juges.
Fondés fur les principes de la probité,
notre ministère fera soutenu de courage
& de fermeté fans orgueil , de charité
fans foiblefle, d'une íeverité juste , utile
& nécessaire íans dureté , d'une connoissance
compatissante de la misère de l'horame
sans lâche complaisance , 8c répon
dant à Ir haute idée que l'on a de notre
profession , nous annoncerons par la fa.
gefc de nos conseils les oracles de la
Justice.
vocat >t prononcé par M. Gaulliere , en
suite de celui de M. Maillard , a Pou-*
verture de la Conférence publique des
Avocats, , ■ f
ENtre les vertus qui relèvent le mé
rite períbnnel de l'homme , il n'en?
est point cìe plus convenable que la pro
bité ; elle doit régler ses pensées & di
riger ses actions. Elle feule peut lui ap
prendre quelle est là nature de fes de
voirs , quel est son engagement , & com
ment il doit y satisfaire. Survient il dans
Pexecution des difficultés & des peines ?„
la probité lui donne les moyens de les
surmonter ; s'y trouve-t'il du danger ?
elle lui inspire assez de précaution SC
de prudence pour Tévirer , ou du moins
elle y suppléer.
La conduite de l'homme ne peut donc
jamais être régulière fans la probité;
ainsi dequoi PAvocat feroit-il capable
fans elle^ Formons-nous , Meilleurs , Pi»
dêç
FEVRIER. T73âr; ï}f
de'e de l'Avocat le plus digne de l'estime
&c de la confiance du public ; donnons
lui les talens d'un heureux naturel ,
qu'il possédé éminement l'art de la pa
role , qu'il sçac'he les Loix tant ancien
nes que nouvelles , qu'il en comprenne
les plus abstraites dispositions , qu'il er*
explique les plus grandes difficultés ,
qu'il est applique à propos les principes ,-
qu'il sçache démêler tous les tours cmbarassans-
dans lesquels se tache le monsrre
de la chicane , qu'il fe dévoué" à ses
fonctions par un travail pénible & assi
du ; donnons lui enfin en partage tou
tes les qualités extérieures qui lui font
nécessaires pout faire briller son élo
quence ; talens admirables , perfections
louables , à la vérité > mais en mêmetems
, dons pernicieux de la Nature Sc
de l'Art , s'ils ne sont accompagnés d'une
probité à toute épreuve. Il faut donc la
ïegarder , cette Vertu , comme k prin
cipale qualicé de l'Avocat dans routes
les occasions , où son ministère est né
cessaire.
Par elle l'homme est naturellement
porté à rendre service à l'homme ; il ne
fait ni ne pense rien qu'il ne puisse pu
blier hardiment & avec confiance , il m
s-'engage dans aucune entreprise sujette
à reproche > quoiqu'il soit suc que peu»
sonne
*?4<»! MËRCÛRË DË FRAttCÊ.
fbnrtè n'en empêchera la réussite $ son in
térêt ne le porte jamais à rien dire de
Contraire à la vérité » à accuser personne
sens sujet , à ne prendre que ce qui lui:
appartient, & à user de surprise pour par
venir à ses finsi Si l'Avoeat plaide , fans-
1a probité il dégénère en déclàmateur ,
H déguise ou il exagère les faits , il épou
se les passions de ses parties, il' n'a pas
honte d'entreprendre des causes injustes,-
quoiqu'il les connoiííe pour telles. >
S'il est consulté , sans la probité ce
ri'est pas pour lui un ctime de donner
conseil pour favoriser les surprises , d'u
ser de tous les détours imaginables pour
rendre les procès éternels , d'alrerer le
sens des Loix , des Coutumes 8i des Or
donnances pour en imposer aux Juges ,
enfin d'abandonner la juste deffense du
pauvre pour pallier les in justes prétentions
du riche.
Avec la probité , au contraire , le b»uc
de l'Avoeat est de sacrifier ses veilles , &
de se donner tóut entier au Public ; son
Unique attention est de soulager les peiile's
de ses patries , d'être tout pour les
autres-, & presque rien pour lui-même.
Son coeur immole à la Justice tòutes
passions , tout plaisir1, tout intérêt í
ainsi chaque jour, chaque heure , cha-
«jue instant lui fournis les occasions de
^EV R I?ÉR'. f /f* 2*'if
lùi faire pendant route la vie de nouveau»»
sacrifices.
Assiégé de routes parts , demandé enJ
tous lieux , la fin d'une affaire le sou
met au commencement d'une autre , le
dernier des malheureux a droit fut tous
les momens de son loisir.
Il se refuse jusqu'à la jouissance de sespropres
biens , & il n'á d'autre soin que
d'assurer ceux des Qiens qui implorent'
son secours.
Cet esclavage, ou sous un titre fpe-~
cieux on renonce à fa liberté pour deffendre
celle des autres , paroît bien dur; •
mais qu'il est glorieux pour le véritable-
Avocat ! c'est avec ces sentirnens qu'ilse
préfente au Barreau , ce sont eux qui '
font son principal mérite.
li n'á pas besoin de faire briHet son
éloquence par des discours pompeux qui;
ppurroient séduire'; il la fait consister*
dans le récit simple & véritable des faits.
II ne lui est pas nécessaire pour donner'
des preuves de son érudition d'employer
des citations ennuyeuses, & souvent étran
gères à la matière qu'il traire*; une juste ;
application des Loix , leur interprétationnaturelle
composent toute la deffense de
ses-parries;
Sa probité , fa sincérité lui tiennent-
Heu de tout ; fa parole vaut le ferment
*4* MEKCURÉ ÒÈ FRANCÊ.
le plus autentique , & c'est ainsi qu'il
s'attire toute l'estime & toute la con
fiance du public. Que dis- je? Messieurs,
les Rois même n'ont pas dédaigné d'hcríiorer
l'Avocat de la kttr.
En effet , il est dit dans l'Ordonnance
de i JI7- que lorsque dans la plaidoyerie
il y adroit contestation fur des faits,
les Avocats en seroienr crûs à leur fer
ment ; & ('Histoire nous rapporte en
cent endroits les avantages inséparables
de la probité de l'Avoeat.
M. de Montholori acquit par elle une
si grande confiance, que quand il s'agiffoit
de la lecture d'une piéce , les Juges
l'en dispensoient -, & ce fut cette même
probité qui l'éleva au suprême degré de
ta Magistrature.
Sans la probité , aii corítráife j l'Ávocat
feroit en proye à toutes sortes de
passions. Tantôt il feroit asseâ malheu
reux pour ne consulter que lui-même ;
on le verroit rarement marcher la ba
lance à la main , ardent en apparence à
firoscrire le vice & à protéger la vertu ;
a veuve Sc l'orphelin sembleroient être
les objets de fa compassion ; grand en
maximes , fastueux en paroles ; on croitoit
qu'il ne respire que la Justice ;
rhais si on fondoit les secrets replis de son
coeur > si on le suivoit pas à pas dans lés
sentiers
FEVRIER. í73fó. 2+î
sentiers détournés ou le conduiroicnt its
fausses lumières , si on pesoit ses actions
au poids du sanctuaire , on pourroit dé
mêler au milieu de ces vains phantômes
de vertu qui l'environnent , les charmes
féduisans de la volupté > entraîné pat
son penchant naturel au plaisir , il s'y
livreroit de -plus en plus , & il seroit
à craindre que la Justice ne fut la pre
mière victime qu'il immolerok à Tidole
de ses plaisirs.
Tantôt se trouvant dans les occasions
dangereuses de contenter un intérêt qui
exckerok fa cupidité , Tardcur d'acqué
rir 8c de poíTeder , qui est naturelle k
l'homme , ne lui permettroit pas de dis
tinguer le juste de l'ínjuste j rien ne se*
roir capable de servir de contrepoids a
fa passion ; elle lui suggereroit les moyens
d'anéantir la Loi par la Loi même.
Que d'explications forcées , mais en
même-tems captieuses.ne lui fourniroientelles
point pour faire parler à cette Loi
le langage de fa cupidité ? charmes de
Péloquence , connoiffance des Loix , il
mettroit tout à profit pour surprendre »
pour séduire } peut-être même abuseroit-
il du secret & de la confiance de
fes parties , s'il n'étoit retenu par l'integrité.
Sans cile la haine , la jalousie , ou
\ quelr
244 MERCURE DÊ FRANCE:
quelqu'autre passion l'agiteroit fanscéíïey
obscurcirok fa raison , 6c la rendroit fu
rieuse ; & à l'onibre de ces monstres ,
tantôt ea ennemi secret 8c implacable ,
il attaqueroit ceux qui sont l'objet de
ion aversion & de sa Plaine ; tantôt les
yeux blessés de la gloire importune d'un
Rival qui l'ofFufque , que ne tenteroitil
point pour détruire cet ennemi de son
orgueil & de son ambition ?
En proye successivement & quelque
fois en même-rems à toutes ces passions
qui l'agiteroient , la Justice auroit beau
se présenter , il seroit sourd à sa voix ,
elle seroit toujours- proscrire de son coeur
& sur les ruines du Tribunal dé la con
science il éleveroit un Tr-ône à ses pas
sions favorites , ce seroit elles qui lui
donneroient la Loi',. & ce seroit à elles
seules qu'U rendroit compte de ses ac
tiorir , trop content de leur avoir mé
nagé les marquîS" extérieures de la: vertu.
On ne ttouve point heureusement de
ces vices dans le véritable Avocat ; aussi
n'y a t'il rien à soupçonner dans ses dé
marches. Les Puissances ont elles be
soin de son ministère ? incapable de se
laiíîer corrompre par lés pteícns , il voit
avec indignation Demofthenc accepter lacoupe
d' Fía ?pains ; insensible aux mefia-
Cteí >; il íuivroit Papinieit fur Téchafaut,
FEVRIER. 173*. Í45
plutôt que d'excuser un Empereur cou
pable d'un fratricide.
S'agit-il de l'interêt de ses Conci*
toyens ? on ne le voit jamais examiner
une affaire qu'avec une attention scru
puleuse , & conduire un Clienr qu'avec?
prudence ; il ne jette un oeil de compas
sion que sut les objets qui la méritent «
ôc ne donne ses foins & ses conseils aux
riches qu'après avoir secouru les mal-;
heureux.
li né~ repousse l'in jure que par les ar
mes que l'e'quité , la raison & les Loix
lui administrent i il ne fait consister son
plaisir que dans un délassement honnête,
3c souvent même dans le travail y iítrouve
ses peines récompensées plutôt
ar la gloire de les avoir prises que par
utilité qu'il en retire.
S'il apperçoit dans un de ses Confire»
tes des talens supérieurs aux siens , loictd'en
concevoir une indigne jalousie , ils
fie fervent au contraire qu'à lui inspirer
une noble émulation ; enfin ses démar
ches, ses actions ont pour but la vertu
plutôt que fa propre utilité. Par là ses'
conseils font admirés , ses décisions font
regardées comme des Oracles , fa con
duite sert d'exemple à tout homme de
bien , & il se captive la bienveillance de
ffes.Confrercs , l'estime des Magistrats &
Ï4S- MERCURE -DE FRANCÈ*
la confiance du Public.
Mais est-ce dans cette idée feule qué
l'Avocat doit être n pur dans ses pensées*
si réservé dans ses diicours3si intègre dans
ses actions , dont il doit compte même à
soi-même ?
Plus l' Avocat a de talens , plus il est
responsable de sa conduite ; plus il a de
qualités éminentes , plus il doit être en
garde contre les charmes séducteurs des
passions de l'homme.
En effet , que lui servlroifil d'être ap
plaudi à l'oecasion de son éloquence , íî
ses moeurs ne tondoient pas à la perfec
tion ? Seroít-on persuadé de la sagesse de
ses conseils , s'il suivoit lui-même d'autres
routes ?
Qu'il fortifie donc de jour éri jour dans
son coeur les sentimens de la droiture &
de la prob'iré j qu'il s'empresse à pronon
cer par son propre exemple la prejniere
condamnation contre les vices.
Ce font ces sentimens , Messieurs , que
Vous avez reconnus dans les dispositions
de votre digne bienfacteur\ ce fut ainsi
qu'il s'acquit l'estime de tous ses amis ,
la considération de nôtre Ordre & la
confiance du Public. i
La noblesse de fa naissance ne lui pa-j
íut qu'un nouveau degré digne d'être joint
à notre profession ; il s'appliqua fans peine
FEVRIER. l7$o. n.7
ì U. connoissance des Lojx les plus diffi
ciles ; son esprit naturellement pene'trant
en donna facilement les solutions ; à
íe fit respecter même de tous ses enne
mis & de ses envieux ; fa vertu lui donna
pour amis tous les Cliens que fa répu
tation lui addressoit 5 la prudence de ses
conseils détermina souvent les opinions
des Magistrats > utile à tout le monde ,
il fe Uvroit fans cesse à tous > le Publiç
trouvoir des secours infinis dans ses talens
, & les pauvres des ressources iné?
puisables dans fa charité ; ceux qui le
connoissoient se le proposoient pour mor
dele de sçavoir , de modestie , de désin
téressement & de candeur, La mort enfin
s'approcha fans le surprendre ; il l'avoie
prévenue par un sage testament qui
pattageoit ses biens entre les pauvres ,
íes parens , ses amis & notre Ordre j
ses Livres & ses Manuscrits nous seronc
à jamais précieux aussi bien que fa mér
moire. Rappelions nous donc fans cesse
íe mérite de ce grand homme.
Mais fi d'un côté nous avons lieu de
regretter M. de Riparfons , nous avons
de l'autre occasion de nous consoler de
sa perte , puisque nous la trouvons re^
parée par l'illustre Confrère * qui. veut
* Voyex. le 1. Vol, d» Mereun át Dtcembr*
fut-il entré dans la carrière , qu'il
MERCURE DE FRANCE,
bien présider à nos travaux 5 en se faiiant
une gloire d'exécuter les intentions
«le notre bienfaiteur il a Ja meilleure
.part à fa .fondation > il sacrifie son tenu
à nous découvrir des trésors qui fans lui
nous íeroient inconnus -, quels avanta
ges ne trouvons<no«s pas dans ses íçavantes
instructions ? pénétrés de reconnoidance
, faifons-nous donc un mérite
de marcher fur fes traces , & si nous ne
pouvons parvenir au même dégré de
science que lui , donnons-lui du moins
îa satisfaction d'imiter fes vertus»
Animés par de si beaux & de si grands
exemples , nous ferons toujours disposés
à détester l'ufurpatjon , & à repousser 1a
■violence , toujours ptéts à defrendre la
Veuve & l'Otphelin , à soutenir l'inno-
.cence que l'en voudra opprimer , &
poursuivant la punition du 'crime , nous
jae travaillerons pas moins à la fureté
publique qu'à -la conservation des parti
culiers.
Nous sommes les premiers organes
«le la Justice , & même en quelque forte
•les maîtres des droits de nos parties ;
chaque instant de notre vie nous mec
«levant les yeux l'obligation indispensa
ble de ménager leurs intérêts , & d', ~
Cifer leur animosité. En nous faisant
nn.au de leur serviï de patrons , de
peicr
FEVRIER. 1730. 24$
fères & de protecteur* , rions nous four
viendrons encore qu'associés , pour ain$
dire , à la Magistrature , nous sommes
les enfans & les Ministres de la Justice ,
& que nous ne luj devons pas moins:
d'inregrké , de bonne foi & de sincérité
que de foin , de vigilance & de zèle pour
les affaires qui nous font commises. Nous
renoncerons à toute forte de déguisement,
la vérité régnera toujours dans nos dis
cours , & nous oe chercherons jamais des
ces ornemcns capables de surprendre la
Religion des Juges.
Fondés fur les principes de la probité,
notre ministère fera soutenu de courage
& de fermeté fans orgueil , de charité
fans foiblefle, d'une íeverité juste , utile
& nécessaire íans dureté , d'une connoissance
compatissante de la misère de l'horame
sans lâche complaisance , 8c répon
dant à Ir haute idée que l'on a de notre
profession , nous annoncerons par la fa.
gefc de nos conseils les oracles de la
Justice.
Fermer
Résumé : DISCOURS sur la probité de l'Avocat, prononcé par M. Gaulliere, ensuite de celui de M. Maillard, à l'ouverture de la Conference publique des Avocats.
M. Gaulliere, lors de l'ouverture de la Conférence publique des Avocats, a souligné l'importance cruciale de la probité dans la profession d'avocat. La probité est décrite comme la vertu fondamentale qui doit guider les pensées et les actions des avocats. Elle permet de surmonter les difficultés et les dangers, et d'éviter les tentations de la corruption et des passions. Un avocat dépourvu de probité risque de se transformer en simple déclamateur, de déformer les faits et de favoriser des causes injustes. À l'inverse, un avocat probe se consacre entièrement à ses fonctions, sacrifiant ses intérêts personnels pour servir la justice et soulager les peines de ses clients. Il est intègre dans ses démarches, refuse la corruption et se distingue par sa sincérité et son dévouement. Le discours met également en garde contre les dangers des passions, telles que la cupidité, la haine et la jalousie, qui peuvent obscurcir la raison et conduire à des actions contraires à la justice. Les puissances et les citoyens peuvent compter sur l'avocat probe pour défendre la vérité et protéger les faibles. Par ailleurs, le texte traite des responsabilités et des devoirs des magistrats. Ils doivent constamment protéger les intérêts des parties impliquées et éviter toute animosité. En tant que frères et protecteurs, ils sont associés à la magistrature et doivent incarner la justice avec intégrité, bonne foi et sincérité. Leur ministère doit être marqué par le courage, la fermeté, la charité, la vérité et la compassion, sans orgueil, faiblesse ou dureté. Ils doivent renoncer à toute forme de déguisement et chercher la vérité dans leurs discours, évitant de surprendre la religion des juges. Leur rôle est de conseiller avec sagesse et de répondre à l'idée élevée que l'on a de leur profession, en annonçant les oracles de la justice. Le discours se conclut par un appel à imiter les vertus des grands hommes, tels que M. de Ripafons, et à se consacrer à la défense de la justice et de l'innocence. Les avocats sont invités à suivre l'exemple de probité et de dévouement pour mériter l'estime et la confiance du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 266-284
EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
Début :
Le 17. Janvier, l'Abbé Seguy, nommé par le Roi à l'Abbaye de Genlis, [...]
Mots clefs :
Église, Peuple, Saint Sulpice, Dieu, Vertu, Chrétiens, Cour, Évêque, Dignité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
EXTR AIT dit Panégyriquede
S. Sulpice-
LE 1 7. Janvier , P Abbé Seguy , nom
mé par le Roi à- P Abbaye de Gcnlis ,
prononça ce Discoucs dans l'Eglise Parói.'
îul; de S. Suldce, avec uli applau»
diíse.neat universel. Jamais réputation
a'*
FE V R ÏE R. 17% o.
í'k été plus prompte que celle de ce non»
vel Orateur , dont le premier succès a et©'
assez éclatant pour être honoré de Pattendon
8c des récompenses de la Cour^
Le Public échauffé fur ion compte , at- -
tendoit avec impatience ce second Dis
cours » qui a mis , pour ainsi dire , le sceau1
à sa réputation , & avec d'autant plus de
Ì'ustice que son sujet , bien moins favora-
>le que 1c premier, ne pàroiffoit point
susceptible des traits vifs & grands qu'il
lui a prêtez. L'Extrait du Panégyrique d©'
S. Louis a fait? tant de plaisir , qu'on a'
fort souhaité voir aussi celui du Panégy
rique de S.Sulpice, Se nous avons enfin;
obtenu le consentement de M. l'Abbé Se--
guy pour faire usage du secours des Co-j
pistes qui lui ont enlevé son Discours.
-L'Orateur a pris pour Texte ces paroles
de l'Ecclesiastique : Fattum est illi fungi
facerdotin , . .& habere lait ier)* in nomine;
ejus. Voici l'Exorde , à quelques lignes^
près>
Si l'on fçait à travers les expressions
les plus simples pénétrer le sens le plus
élevé , quelles grandes idées se présentent
à ces mots ! Voilà , Chrétiens , un
Eloge digne d'Àaron , qui en est l'ob'jet
& pour dire encore plus , digne de l'Esprit
Saint qui en est l'Auteur. En effet:
loiier un homme d'avoir mérité le Sacer
doce
MERCÙRE Ï>È FÍIANCÉ.
doce & U plénitude du Sacerdoce , qtíî
«st le Pontificat , n'est-ce pas le rôties
d'avoir mérité le plus sublime de rous le»
Ministères, celui de Pacificateur , de Mé
diateur entre Dieu & son Peuple , & quelle
louange pourroit, ce semble , égaler celle
îà , si ce qui suit n'y mettoit le comble
en ajoutant que ce Ministère si auguste^
Aaron l'exerça avec gloire en Israël ,
FaSinm est Mi fungi facerdotio .... &
habere laudem ih nomme ejuù
Cette idée , toute grande qu'elle est y
Chrétiens Auditeurs , l'est-elle trop pour
k sujet qui nous assemble .... Par tout
l'Histoite de fa vie ( de S. Sulpice) m'a
présenté un homme visiblement destinés
pour entrer en part du gouvernement de
l'Eglise ; un homme que la Grâce de Jé
sus- Christ prit soin de préparer dès soit
enfance à la dignité de Pasteur dans l'E
glise; Un homme élevé d'une commune
voix à ce comble d'honneur pour l'édiSfication
& pour l'utilité de PEglise.
C'est à ce point de vûë que m'ont paru se
íapporter toutes les faces sous lesquelles
on peut l'envifager quand j'entre
prends de vous retracer une si belle vie,-
c'est ou comme la préparation la plusparfaite
à la dignité Episcopale , ou com
me l'accomplissement le plus entier des
ieyoiis qui y sont attachez ; car voici et»
FEVRIER. 1730. ìSf
in deux mots le Plan du Discours que je
consacre à la gloire de S. Sulpice. II mé
rita d'être élevé à l'honneur suprême de
l'Episcopar , & il soutint glorieusement
le poids immense de ''Episcopat. FaElum
eft illi fungi Sacerdotio .... & habere
Uudem in nornine ejus.
Dieu immortel , qui n'aliénez jamais»
votre gloire,c'est à vous que se rapportent
fes louanges de vos Saints , & c'est à vous
aussi que se rapporteroient celles d'un
de vos plus dignesMinistres qui m'écoute..
dans ce saint Temple , dont la construc--
fion n'etoit possible qu'à lui seul. Avec
quel zelc vous prépare-t-il une demeure,
pendant qu'un autre Serviteur fidèle que
tous vous êtes choisi dans fa maison , tra
vaille sans relâche à votre gloire j Pon-i
tifc & deffenscur illustre de votre Reli
gion sacrée. Ainsi Moyse executoit le Pla»
de votre auguste Tabernacle, tandis qu'ho
noré du Pontificat, Aaron son frère préíîdoit
à votre culte divin ... Je rentre
dans mon sujet , mais je sens que je n'enpuis
soutenir le poids si Marie ne s'intefefle
à^'entreprise.
Le comprenons-nous ce que c'est que
d'être un des Pasteurs préposez au gou
vernement de l'Eglise que J.C. a acquise
j»ar son Sang ? nous formons-nous une
aslez haute idée de la grandeur de ce Mi
nistère
t7ò MËRCÚRE DE FRANGÉ; .
«istere ? L'Episcopat , Chrétiens , l'Epìs»
copat n'est rien moins que le Tribunal
irréprochable de cette foi , fans laquelle
on ne peut être sauvé ; la succession non
interrompue du pouvoir &é des fonctions
des Apôtres, le complément, la plénitu
de surabondante du caractère conféré aux
autres Ministres de l' Autel , l'autorité dtf
droit ..divin fur les Fidèles & Air les Pré*
tres qui les conduisent , le gage sensible
de l'union de J. C avec son Eglise , la
participation immédiate de la puissance du
Fils de Dieu lui-même, la íourec primi-*
tive du pouvoir de Her & dé délier suc
la Terre , de conférer la Grâce & de la
suspendre* de rendre présente la Victime
adorable ôc de l'immolct!, Quelle dignité
que celle qui réunit en soi de si grandes
choses , mais aussi de la part de notre
Saint, quelle vertu, quelle capacité à
tous égards , quelle répugnance à aceep.
ter tant de grandeur.Pen rendirent digne l
trois principaux chefs dont je fais tout le
fond de cette première Parrîe. Reprenons.
U semble, Chrétiens, que Sulpice ne
pouvoit naturellement échapper au mon»
de,si son cceiK n'eût été spécialement desti
né de Dieu pour être à lui. La Cour , où sa
naissance Cappella dès ses premières an
nées- la Cour est-elle l'ecole ordinaire de
í* vcítu- > Cet âge même où lc coeur tout
m
FEVRIER. 1730. t7t
m bute aux passions , à peine Ce trouva
libre , est peut-être moins dangereux , 8ç
foubliois presque de vous dire que Sul
pice fut au Seigneur dès le point du jour,
itomme parle le Prophète , dès fa jeunesse,
parce que j'ai quelque chose de plus glo
rieux pour lui à vous dire ; c'est qu'il fut
au Seigneur dans des lieux, the'atre uni
versel desfoiblesses & des vanitez humai
nes , à la Cour. Ce n'est donc pas ici ,
Chrétiens 4 une vertu à l'abri des dangers
du siécle ; c'est une vertu à l'épreuvc des
charmes & des engagemens du monde le
plus séduisant, que l'on appelle le grand
monde , une vertu constamment sollicitée
& constamment victorieuse. . . .
L'Abbé Seguy , après avoir mis dans
tout son jour la vertu de S. Sulpice au
milieu des dangers de la Cour , le repré
sente dans fa Retraire domestique , &
voici comment il en parle.
Il quitte donc cette Cour, où il ne
voit aucun des vrais biens qu'il aime,
où font réunis ensemble tous les faus
biens qu'il n'aime pas j il se fait de sa
maison une retraite particulière aussi inr
accessible aux attaques des folles passions
que le fut jamais celle des Hilarions 8c
des Antoines. La solitude Chrétienne ,
mes frères , ne pensez pas qu'il faille ab
solument l'aller cherchée dans l'ornbre
>7* MERCURE DE FRANCE. ...^
-du Cloitre ou dans l'horreur des Déserts.'
,Un coeur tumultueux , plein des ide'es
des engagemens du siécle ne feroit pas
seul dans les Antres profonds de la Thé-
.baïde même. La vraye solitude est souyent
dans un genre de vie retirée , quoiqu'au
milieu du monde , dans les senti-» ,
.mens qui y font conformes dans le coeur,
L'Orateur , en parlant de l'humble
•résistance de S. Sulpice , lorsque son Evo
que voulut l'ordonner Prêrre, dit: T'
Malgte' un attrait naturel pour cet état ,
3e Serviteur de Dieu, par un effet de cette
íhurnilké qui met le comble à sa vertu re
fuse de repondre à un dessein qu'a fait
jiaître sa vertu même, & pour le fairô
passer de l'état laïque à la Cléricature,
de la Cléricature au Sacerdoce , il faut
que le saint Evêque engage les Princes à
íe joindre à lui. C'est ainsi que la mo
destie des Saints leur cache quelquefois
la volonté divine qu'ils adorent , & que
le Ciel fait exécuter fur eux fa volonté
fans rien faire perdre à leur modestie.
Vous résistiez donc en vain , digne Disci
ple de J. C. yous en deviez être le Prêrre ,
parce que vous en fûtes la Victime. Il étoit,
il étoit convenable que vous pussiez osfric
à l'Autel l'Agneau sans tache , vous qui
pouviez vous offrir avec lui. Vous sçaveát .
É?éja ce qu'il fut dans la vie scculkre,Chré.
liens
FEVRIER. 1730. *73
{tiens Auditeurs , jugez de ce qu'il fut dans,
le Sacerdoce. . . Sa vie inspire, persuade
la vertu que respirent tous ses discours 4
íes exemples font citez dans les familles ,
son simple aspect est une leçon , son seul
nom rappelle une idée salutaire. De'ja se
répand le bruit de sa sainteté dans les Pro
vinces voisines. La Cour l'entendir, & le
Prince Religieux qui commandoit alors
à nos Ancêtres , Clotaire II. jetta les yeux
fur le Serviteur de J. C. pour le charger
d'un emploi plus honorable encore par !»
sainteté de ses fonctions , que considérable
par l'accès & le crédit qu'il donnoit au
près du Monarque . • . Mais il s'agissoit
d'engager l'Homme de Dieu à l'accepter
& son Evêque fut intéressé pour cela ; car
Comme ce Prélat n'eût jamais pû fans le
Prince , forcer l'humilité de Sulpice à re
cevoir le Sacerdoce , le Prince n'eut aust|
jamais pû fans lui,forcer la vertu du Saint
à rentrer dans le grand monde. On l'y sic
rentrer. Sulpice reparoît à la Cour & il
l'édisie de nouveau. La Cour , quelques
passions qui y règnent s n'en est pas moins
pleine d'estime pour la vertu , & fans la.
pratiquer mieux que le peuple , elle fçaic
& la connoître mieux & la respecter dar
vantage.
Rien n'est plus beau & plus délicat que
1c Porcraic que fait V dateur de son Saint;
úm
*74 MERCURE DE FRANCE. - "
áans le crédit que lui donnoient fa Char»
,ge de Grand- Aumônier & l 'amitié de Clo-
,«aire.
Clotaire , dit-il , qui lui doit la conser
vation de ses jours , veut qu'il ait aux
affaires une part considérable , qui ne fut
jamaisl'objet de ses voeux... Je reconnois
ici , ô mon Dieu ! un grand exemple de
;la conduite que vous tenez quelquefois
^ur ceux qui vous aiment ; quoiqu'ordinairement
jaloux de les cacher dans le
secret de votre face, cependant pour lc
bien de leurs frères , pour l'honneur mêjne
de la vertu , vous les menez de temps
jcn temps comme par la main fur la Scène
changeante du monde , vous leur faites
trouver grâce devant les Dieux de la
Terre & toujours fur de leur coeur , vous
les prêtez pour récompense aux bons Rois,
À qui ils font nécessaires.
Ensuite l'Abbé Seguy fait voir S. S ulice
attentif dans fa faveur à ménager pou r
a timide vertu la protection du Monar
que , charmé de pouvoir prêter la voix
aux larmes des malheureux , se rendant
cher à sa Nation , comme un autre M ardochée
, & par le charme d'une douceur
toute Chrétienne , trouvant lc secret de
ne mécontenter personne, malgré l'impuissance
, de procurer des grâces à tous,
conduisant & exécutant tout ce qu'il se
propose
t
FEVRIER; 1730. 171
propose par une nouvelle sorte de politi
que., la droiture & la sincérités agissanc
afec zele & avec zele sçlon la science
dans tout ce qui a rapport à la Religion ,
& qui demande l'appui de l'autorité Roya
le pour l'Eglise ; enfin dans une situation
où d'autres sacrifieroient leur ame , ayant
aux yeux des hommes mêmes le mérite
de ne sacrifier que son repos : tel & plus
grand encore par le saint usage de son cré
dit étoit Sulpice, Chr. Aud. & s'il n'est pa»
le seul1 que son Portrait vous représente,
c'est une heureuse ressemblance qui honore
notre siécle. Au reste , il est bon pour votre
instruction , mes Frères , que vous remar
quiez la cause du saint usage que fit Sulpice
de sa faveur à la Cour, & la raison du bon
heur qu'il eut d'y conserver sa vertu dans
tous les temps. Dieu l'y avoit appelle ; &
parce qu'il l'y avoit appelle , il le sauva,
des écueils dangereux contre lesquels onc
brisés mille autres ; parce qu'il l'y avoit
appelle , il le mit au-dessus des foiblesses
ordinaires du sang , il lui fît oublier le
soin de l'élevation des siens & de leur
fortune particulière ; parce qu'il l'y avoie
appelle , bien loin de l'abandonner à l'amour
du plaisir qui y règne , il se servit
de lui pour y confondre les voluptueux
par son exemple ; parce qu'il l'y avoit
a^pellé, il fit faire en lui la voix de la
g cupidit4
íT6 MERCURE DE FRANCeI^I
cupidité , il lui donna ce détachement ÍÎ
nécellâire à qui peut obtenir tout ce qu'il
désire ; parce qu'il l'y avoit appelle , il
lui conserva au milieu de la pompe &c du
luxe de la Cour , un gout constant pour
la simplicité la plus modeste 3, parce qu'il
l'y avoit appellé , il l'entretint au centre
même du grand monde dans un esprit de
retraite qui l'engageoit à se dérober de
temps en temps à la Cour , pour donner
au loin de recueillir son coeur tous les
momens dont il étoit le maître ; parce
qu'il l'y avoit appellé , il justifia fa voca
tion. Ceux que Dieu lui-même expose,,
sont dans le monde fans appartenir au
monde -, Dieu est avec eux , mais aussi
ceux qui s'exposent sans son aveu, y pensent-
ils sérieusement ....
Si Sulpice y eût été porté par ses pro
pres conseils , il y auroit fait infaillible
ment naufrage. La Providence qui veut
peut-êtte tel d'entre vous loin du tumulte
du monde, le voulut long-temps lui au
rnilieu des dangers du siécle , & elle avoit
ses raisons. Ce n'étoit pas fans dessein,
qu'elle l'avoit fait naître avec les avan
tages des richesses & du rang , qu'elle lui
fit passer plusieurs années parmi les déli
ces & les vaihes pompes contre lesquelles
il étoit obligé de se deffendre. Elle le des.
«inpit à remplir dan&son Eglise une place
fEVRIER. 1730. 277:
^ni pour erre sainte , sacrée, de droit di
vin , n'en expose pás moins aux périls in
séparables des grandes places , une place
qu'une vertu à l'épreuve des tentation»
de la grandeur & de l'abondance , est feule
digne de remplir.Car depuis que les Chrér
tiens , trop indignes de leurs premier*
Ancêtres , ont renoncé à cette heureuse
pauvreté qui fut comme le berceau de leuc
Religion , depuis que l'amour des abbaifiemens
a fait place chez eux aux fatales
chimères de l'orgueil, il a fallu appuyer
l'autorité Episcopale de tout ce que l'ofmlence
, le rang ont de plus imposant à
eurs yeux. Sulpice avoit donc beloin d'u
ne vertu, éminente > éprouvée., pour ré
pondre dignement aux desseins de Dieu
fur lui , & vous avez vû si la sienne ne
fut pas telle, in integritate\ mais la vertu
feule n'eût pas suífi sans une capacité pro
portionnée à fa destination , in doftrina...
Il l'avoit , & si vous me demandez com
ment parmi les distractions & tumulte du
siécle il trouva le temps de l'acquerir , je
vous répondrai qu'il le trouva 3 force
d'attention à saisir & à employer des momens
qu'un autre auroit perdus en amufemens
frivoles ou criminels , je vous fe
rai ressouvenir de cette Retraite domcstN
que de plusieurs années où tout son temp»
jgtoit partagé entre Dieu & une étude re-
P i) glce
' ' '
*78 MERCURE D£ FRANCE; .
glée qui avoic rapporc à lui. Lorsqu'il so
faisoit ainsi par principe d'occupation un
fond de saintes connoissances , il ne prêt
voyoit pas qu'il dût un jour par état les
communiquer aux autres ... U n'e'toit pas
moins propre à annoncer les veritez Evan
géliques aux Grands, qu'à instruise les
petits & à cathéchiser les Habitans des
Campagnes , il éclaircuìoit les doutes des
âmes timorées , il assermissoit la foi des
ames foibles , il étoit utile à son Evêque
Blême qui le consultoit. .....
Voilà ce que c'étoit que les lumières
de Sulpice, Chrétiens Auditeurs, elles
ne faisoient point peut-être cette science
si étendue, li variée, de beaucoup de Sçavans
de nos jours , mais elles faisoient
une science utile à son prochain , à luimême
, & sur tout sobre, modeste , s'arrêtant
où elle devoit ; & plut à Dieu que
plusieurs de nos frères n'en eussent point
d'autre , qu'ils fussent & bien plus hum
bles ôc moins curieux, & par là moins
sujets à des égaremens déplorables. Car ,
ô Ciel ! vous confondez le téméraire re
gard qui veut s'élever jusqu'à la hauteuç
inaccessible des trésors de votre sagesse*
Rendez- nous l'heureuse simplicité des pre
miers temps de l'Eglise.'On ne sçavoit pas
disputer, ah I mais on sçavoit obéïr. . . . ,
L'Orateur , après avoir pafl[é avec un
«P*
FEVRIER. i7?ò. if9
írt infini au troisième Chef de sa subdi-,
vision , continue :
Ici, Chrétiens, s'offre un nouveau spec-i
tacle. C'est une aíTemble'e d'esprits violens
& factieux , qui se calme au seul nom de
Sulpice. Le Siège Episcopal e'toit vacant
& le peuple, alors maître du choix de son
Evêque.étok divisé en plusieurs partis qui
«n alloient venir aux mains , si une voix
sortie du milieu de tant de clameurs, n'eût
tout-à-coUp nommé Sulpice. A un nom
si respecté les troubles cessent, les esprits
font d'accord , & cette Assemblée tumul
tueuse , dont les cris differens étoient la
voix de mille passions différentes , devient
eh un moment par la réunion inespérés
de ses suffrages, l'Infcrprete du choix de
Dieu-même. Mais voici un spectacle plus
grand encore } c'est Sulpice qui refuse
d'accepter la dignité sacrée qu'on lui dé
fère ; on le presse & il résiste pour la pre
mière fois à la volonté de son Dieu , mais
remarquez qu'il y résiste dans une occa
sion où il est beau , j'ose le dire , de la
méconnoître .... c'est mériter l'Episcopat
que d'avoir la pieté , la science né
cessaire pour en exercer avec fruit les
fonctions augustes ; le refuser toutefois
par Religion , c'est avoir un mérite aufli
éminent que la place même. .. .
La résistance de Sulpice aux empréssemens
du peuple , venoit de son profond[
*8a MERCURE DE FRANCE,
respect pour la dignité sacrée qu'il mt*
ritoit si parfaitement, il regardok l'Episcopat
comme le caractère le plus auguste, le
plus élevé dont un Chrétien puisse être
revêtu ici bas. Il avoir toujours été parti
culièrement recommandable par son res
pect pour les premiers Oints duSeigneur,
& il vivoit dans un siécle où des discours»
injurieux à leur gloire , étoient un crime
presque inconnu. >
L'Abbé Seguy termine cette première
Partie pat une morale forte & convena
ble., & passe à son second Point , où it
fait voir S. Sulpice soutenant dignement
le poids immense de l'Episcopat»
La plus grande idée qu'on puisse don
ner d'un Ministre du Seigneur, n'ëst pas;
de dire qu'il mérita d'être honoré du ca
ractère Episcopal ; non , quelque grand
que soit un, tel éloge : mais dire qu'ayant
ïeçû ce caractère sacré , il le mérita tou
jours , est la suprême louange. Il y a
Chrétiens entre la gloire d'être élevé pas
fes vertus à une dignité éminente &c celle
d'en remplk parfaitement les devoirs, une
différence qu'il est aisé de sentir.pour peu
qu'on y réfléchisse . ... Audi parmi rant
d'hommes que les suffrages des peuples
élevèrent 3ux places les plus augustes ;
combien en a-t'on vû qui en auroient
toujours paru dignes s'ils ne les eussent
jamais occupées. Sulpice digne de l'Egifç
i
Ê E VRIER. 1730. M
-tèçat y ôc avant d'y parvenir , & après
y êtrcparvenUjjustifia pleinement le choix
de son peuple, & cela par Pesprit de son
gouvernement , par ses travaux , par se*
succès mêmes. '
L'Abbé Seguy, dans le premier mem
bre de cette subdivision , fait voir Pesprit
du gouvernement du S. Evêque comme
nn esprit de bonté , de fermeté, de sagesse,
& il en rapporte entr'autres exemples un
trait de ce S. Pasteur à Poccasion des ve
xations inoiiies & des cruautez qu'exerçoient
certains exacteurs d'un impôt trop
fort qui mettoit le comble à la misère du)
peuple. 1
Sulpice én est témoin', dit Phabile Pa--
-ft-egyriste , & ses entrailles paternelles en
font émues. Il s'adresse avec douceur aux
barbares Officiers , il leur fait la plus tou
chante peinture de Pétat déplorable de
son peuple, il les conjure au nom du Dieu
■ée bonté de cesser d'indignes poursuites,:
qui auiïì bien ne servent qu'à réduire au
plus affreux desespoir une partie de sort
troupeau, & sans doure il leur auroit ins
piré des fentimens plus humains, si de tels
coeurs en eussent été capables. Eh bien ,
cruels ! je me fuis inutilement abbaiffé
jusqu'à la prière -, il ne me reste qu'à vous
lancer les foudres spirituels qui m'ont été
confies. A Dieu ne plaise , que je m'op-
D iiij pose
*#* MERCURE DE FRANCÈ
pose aux ordres du Prince ; ce n'est páS
a vos pareils qu'il est donné de lui être
plus soumis & plus attachez qu'un Evê
que. Mon Rot n'ignore pas mon zele , il
n'ignore que vos cruautez. Je lui écris-,
il nous fera fçavoir sa volonté souverai
ne... Je vous abandonnerai , s'il l'exige,
& le Troupeau & le Pasteur même ; mars
en attendant n'espérez pas que je souffre
votre barbarie 5 je ne verrai point écraser
ainsi mon peuple , dont lés cris me dé
chirent ; percez plutôt ce coeur qui ne peut
vous abandonner.
Fermeté héroïque, Chrétiens Auditeurs,
qui fans une prudence infinie auroit eu-,
je l'avoue , ses dangers ; mais l'esprit de
sagesse égak toûjours en Sulpice l'esprit
de force. Spiritus fortitudinis , fpiritus fa~
■pievtì* & intelleSius. Tandis que par la
vigueur de fa conduite il arrête les per
sécutions des Publicains barbares , il ex
horte d'un autre côté les riches à leur
payer le nouveau tribut , il recommande
vivement au peuple les sentimens d'atta
chement 8c d'obéissance qu'il doit à son
Souverain , il paraît prêt à accabler da
poids de son indignation quiconque óferoit
s'en écarter, & cependant il conjure
celui qui tient en ses mains les coeurs des
Rois-, de lui rendre favorable Dagobert ,
qui avoit succédé à Clouirc.
L'ait
FEVRIER. 1730. igj
L'art avec lequel l'Oratcur entre dans
la seconde partie de sa subdivision, & la
manière dont il décrit les travaux Aposto
liques du saint Evêque , auroient ici leur
place , si on pouvoit abréger cet endroit
sans le gâter. . . .
Que vous dirai-je de plus ? aussi infa
tigable , aussi prompt que plein de zelc ,
occupé sans relâche , íans altération , il
ne l'est que des intérêts du Ciel & du foin
de son Diocèse. U ne tient d'une main qu'à
ses Ouailles & de l'autre qu'à son Dieu.
L'article des succès du saint Evêque est
traité avec la même dignité & le même
feu. La conversion des Juifs de Bourges
faite par son ministère , n'y est pas ou
bliée , & l'Orateur pour relever ce grand
succès , parlant de ['obstination des Juifs
dit ... . malheureuse race , ton aveugle
ment est la peine de tes ingratitudes. C'est'
du trésor de la colère qu'est sortie ton
obstination insensée ; terrible exemple des
vengeances du Seigneur , tu portes im
primez fur toi les signes les plus marquezde
fa colère , & toi feule ne les reconnòfs
pas ; tu gardes chèrement les Livres saints
où fe lit ta condamnation manifeste , &
toi feule ne l'y trouves pas ; tu fers au
monde entier de témoin contre toi-même
& toi feule ne t'en apperçois pas ; & fi
par une eípece de prodige la vérité puis-
, v ; D v saute
i84< MERCURE DE FRANCE;
íante arrache à quelques-uns des tiens le*
fatal bandeau , ne les voit-on pas presquo
toûjours lui enlever peu de temps après
fa victoire ,& lui voiier une haine plus
cruelle que jamais ; ainsi se justifient les
oracles de tesProphetes par qui a été pre'dk
ton endurciflemenr déplorable. \4ais,Chrétiens,
Sulpice devoir avoir la gloire de
triompher de tant d'obstination. Il prêche
donc J. O crucifié à des infortunez qui le
regardent comme un sujet de scandale , iÈ
lutte contre leurs opiniâtres préjugez Sc
il en triomphe. Ce ne font plus ces enne
mis irréconciliables de rHomme-Dieu ;
ce font des vaincus, qui trop contens de
l'être, baignent de larmes de joye les ar
mes qu'ils remettent au vainqueur. Que
j'aime á les voir gémir amoureusement au
pied de>Ja Croix , ils en font le glorieux
& nouveau trophée. Plus de différence:
de culte dans la même Ville. Les enfans
de Sara Sc d'Agar se font réunis. Que les
Esprits Célestes en soient transportez de
joye , que l'Eglise en faíse retenrir ses
Temples de Chanrs d'allegreíse , que la
Îostcrité de ces Esclaves devenus libres en
. Chemise à jamais ta mémoire du siint:
Pasteur lonr Di u s'est íervi pour renou-
Tcller fur letirs pères Sc fur eux ses an
ciennes miséricordes.
S. Sulpice-
LE 1 7. Janvier , P Abbé Seguy , nom
mé par le Roi à- P Abbaye de Gcnlis ,
prononça ce Discoucs dans l'Eglise Parói.'
îul; de S. Suldce, avec uli applau»
diíse.neat universel. Jamais réputation
a'*
FE V R ÏE R. 17% o.
í'k été plus prompte que celle de ce non»
vel Orateur , dont le premier succès a et©'
assez éclatant pour être honoré de Pattendon
8c des récompenses de la Cour^
Le Public échauffé fur ion compte , at- -
tendoit avec impatience ce second Dis
cours » qui a mis , pour ainsi dire , le sceau1
à sa réputation , & avec d'autant plus de
Ì'ustice que son sujet , bien moins favora-
>le que 1c premier, ne pàroiffoit point
susceptible des traits vifs & grands qu'il
lui a prêtez. L'Extrait du Panégyrique d©'
S. Louis a fait? tant de plaisir , qu'on a'
fort souhaité voir aussi celui du Panégy
rique de S.Sulpice, Se nous avons enfin;
obtenu le consentement de M. l'Abbé Se--
guy pour faire usage du secours des Co-j
pistes qui lui ont enlevé son Discours.
-L'Orateur a pris pour Texte ces paroles
de l'Ecclesiastique : Fattum est illi fungi
facerdotin , . .& habere lait ier)* in nomine;
ejus. Voici l'Exorde , à quelques lignes^
près>
Si l'on fçait à travers les expressions
les plus simples pénétrer le sens le plus
élevé , quelles grandes idées se présentent
à ces mots ! Voilà , Chrétiens , un
Eloge digne d'Àaron , qui en est l'ob'jet
& pour dire encore plus , digne de l'Esprit
Saint qui en est l'Auteur. En effet:
loiier un homme d'avoir mérité le Sacer
doce
MERCÙRE Ï>È FÍIANCÉ.
doce & U plénitude du Sacerdoce , qtíî
«st le Pontificat , n'est-ce pas le rôties
d'avoir mérité le plus sublime de rous le»
Ministères, celui de Pacificateur , de Mé
diateur entre Dieu & son Peuple , & quelle
louange pourroit, ce semble , égaler celle
îà , si ce qui suit n'y mettoit le comble
en ajoutant que ce Ministère si auguste^
Aaron l'exerça avec gloire en Israël ,
FaSinm est Mi fungi facerdotio .... &
habere laudem ih nomme ejuù
Cette idée , toute grande qu'elle est y
Chrétiens Auditeurs , l'est-elle trop pour
k sujet qui nous assemble .... Par tout
l'Histoite de fa vie ( de S. Sulpice) m'a
présenté un homme visiblement destinés
pour entrer en part du gouvernement de
l'Eglise ; un homme que la Grâce de Jé
sus- Christ prit soin de préparer dès soit
enfance à la dignité de Pasteur dans l'E
glise; Un homme élevé d'une commune
voix à ce comble d'honneur pour l'édiSfication
& pour l'utilité de PEglise.
C'est à ce point de vûë que m'ont paru se
íapporter toutes les faces sous lesquelles
on peut l'envifager quand j'entre
prends de vous retracer une si belle vie,-
c'est ou comme la préparation la plusparfaite
à la dignité Episcopale , ou com
me l'accomplissement le plus entier des
ieyoiis qui y sont attachez ; car voici et»
FEVRIER. 1730. ìSf
in deux mots le Plan du Discours que je
consacre à la gloire de S. Sulpice. II mé
rita d'être élevé à l'honneur suprême de
l'Episcopar , & il soutint glorieusement
le poids immense de ''Episcopat. FaElum
eft illi fungi Sacerdotio .... & habere
Uudem in nornine ejus.
Dieu immortel , qui n'aliénez jamais»
votre gloire,c'est à vous que se rapportent
fes louanges de vos Saints , & c'est à vous
aussi que se rapporteroient celles d'un
de vos plus dignesMinistres qui m'écoute..
dans ce saint Temple , dont la construc--
fion n'etoit possible qu'à lui seul. Avec
quel zelc vous prépare-t-il une demeure,
pendant qu'un autre Serviteur fidèle que
tous vous êtes choisi dans fa maison , tra
vaille sans relâche à votre gloire j Pon-i
tifc & deffenscur illustre de votre Reli
gion sacrée. Ainsi Moyse executoit le Pla»
de votre auguste Tabernacle, tandis qu'ho
noré du Pontificat, Aaron son frère préíîdoit
à votre culte divin ... Je rentre
dans mon sujet , mais je sens que je n'enpuis
soutenir le poids si Marie ne s'intefefle
à^'entreprise.
Le comprenons-nous ce que c'est que
d'être un des Pasteurs préposez au gou
vernement de l'Eglise que J.C. a acquise
j»ar son Sang ? nous formons-nous une
aslez haute idée de la grandeur de ce Mi
nistère
t7ò MËRCÚRE DE FRANGÉ; .
«istere ? L'Episcopat , Chrétiens , l'Epìs»
copat n'est rien moins que le Tribunal
irréprochable de cette foi , fans laquelle
on ne peut être sauvé ; la succession non
interrompue du pouvoir &é des fonctions
des Apôtres, le complément, la plénitu
de surabondante du caractère conféré aux
autres Ministres de l' Autel , l'autorité dtf
droit ..divin fur les Fidèles & Air les Pré*
tres qui les conduisent , le gage sensible
de l'union de J. C avec son Eglise , la
participation immédiate de la puissance du
Fils de Dieu lui-même, la íourec primi-*
tive du pouvoir de Her & dé délier suc
la Terre , de conférer la Grâce & de la
suspendre* de rendre présente la Victime
adorable ôc de l'immolct!, Quelle dignité
que celle qui réunit en soi de si grandes
choses , mais aussi de la part de notre
Saint, quelle vertu, quelle capacité à
tous égards , quelle répugnance à aceep.
ter tant de grandeur.Pen rendirent digne l
trois principaux chefs dont je fais tout le
fond de cette première Parrîe. Reprenons.
U semble, Chrétiens, que Sulpice ne
pouvoit naturellement échapper au mon»
de,si son cceiK n'eût été spécialement desti
né de Dieu pour être à lui. La Cour , où sa
naissance Cappella dès ses premières an
nées- la Cour est-elle l'ecole ordinaire de
í* vcítu- > Cet âge même où lc coeur tout
m
FEVRIER. 1730. t7t
m bute aux passions , à peine Ce trouva
libre , est peut-être moins dangereux , 8ç
foubliois presque de vous dire que Sul
pice fut au Seigneur dès le point du jour,
itomme parle le Prophète , dès fa jeunesse,
parce que j'ai quelque chose de plus glo
rieux pour lui à vous dire ; c'est qu'il fut
au Seigneur dans des lieux, the'atre uni
versel desfoiblesses & des vanitez humai
nes , à la Cour. Ce n'est donc pas ici ,
Chrétiens 4 une vertu à l'abri des dangers
du siécle ; c'est une vertu à l'épreuvc des
charmes & des engagemens du monde le
plus séduisant, que l'on appelle le grand
monde , une vertu constamment sollicitée
& constamment victorieuse. . . .
L'Abbé Seguy , après avoir mis dans
tout son jour la vertu de S. Sulpice au
milieu des dangers de la Cour , le repré
sente dans fa Retraire domestique , &
voici comment il en parle.
Il quitte donc cette Cour, où il ne
voit aucun des vrais biens qu'il aime,
où font réunis ensemble tous les faus
biens qu'il n'aime pas j il se fait de sa
maison une retraite particulière aussi inr
accessible aux attaques des folles passions
que le fut jamais celle des Hilarions 8c
des Antoines. La solitude Chrétienne ,
mes frères , ne pensez pas qu'il faille ab
solument l'aller cherchée dans l'ornbre
>7* MERCURE DE FRANCE. ...^
-du Cloitre ou dans l'horreur des Déserts.'
,Un coeur tumultueux , plein des ide'es
des engagemens du siécle ne feroit pas
seul dans les Antres profonds de la Thé-
.baïde même. La vraye solitude est souyent
dans un genre de vie retirée , quoiqu'au
milieu du monde , dans les senti-» ,
.mens qui y font conformes dans le coeur,
L'Orateur , en parlant de l'humble
•résistance de S. Sulpice , lorsque son Evo
que voulut l'ordonner Prêrre, dit: T'
Malgte' un attrait naturel pour cet état ,
3e Serviteur de Dieu, par un effet de cette
íhurnilké qui met le comble à sa vertu re
fuse de repondre à un dessein qu'a fait
jiaître sa vertu même, & pour le fairô
passer de l'état laïque à la Cléricature,
de la Cléricature au Sacerdoce , il faut
que le saint Evêque engage les Princes à
íe joindre à lui. C'est ainsi que la mo
destie des Saints leur cache quelquefois
la volonté divine qu'ils adorent , & que
le Ciel fait exécuter fur eux fa volonté
fans rien faire perdre à leur modestie.
Vous résistiez donc en vain , digne Disci
ple de J. C. yous en deviez être le Prêrre ,
parce que vous en fûtes la Victime. Il étoit,
il étoit convenable que vous pussiez osfric
à l'Autel l'Agneau sans tache , vous qui
pouviez vous offrir avec lui. Vous sçaveát .
É?éja ce qu'il fut dans la vie scculkre,Chré.
liens
FEVRIER. 1730. *73
{tiens Auditeurs , jugez de ce qu'il fut dans,
le Sacerdoce. . . Sa vie inspire, persuade
la vertu que respirent tous ses discours 4
íes exemples font citez dans les familles ,
son simple aspect est une leçon , son seul
nom rappelle une idée salutaire. De'ja se
répand le bruit de sa sainteté dans les Pro
vinces voisines. La Cour l'entendir, & le
Prince Religieux qui commandoit alors
à nos Ancêtres , Clotaire II. jetta les yeux
fur le Serviteur de J. C. pour le charger
d'un emploi plus honorable encore par !»
sainteté de ses fonctions , que considérable
par l'accès & le crédit qu'il donnoit au
près du Monarque . • . Mais il s'agissoit
d'engager l'Homme de Dieu à l'accepter
& son Evêque fut intéressé pour cela ; car
Comme ce Prélat n'eût jamais pû fans le
Prince , forcer l'humilité de Sulpice à re
cevoir le Sacerdoce , le Prince n'eut aust|
jamais pû fans lui,forcer la vertu du Saint
à rentrer dans le grand monde. On l'y sic
rentrer. Sulpice reparoît à la Cour & il
l'édisie de nouveau. La Cour , quelques
passions qui y règnent s n'en est pas moins
pleine d'estime pour la vertu , & fans la.
pratiquer mieux que le peuple , elle fçaic
& la connoître mieux & la respecter dar
vantage.
Rien n'est plus beau & plus délicat que
1c Porcraic que fait V dateur de son Saint;
úm
*74 MERCURE DE FRANCE. - "
áans le crédit que lui donnoient fa Char»
,ge de Grand- Aumônier & l 'amitié de Clo-
,«aire.
Clotaire , dit-il , qui lui doit la conser
vation de ses jours , veut qu'il ait aux
affaires une part considérable , qui ne fut
jamaisl'objet de ses voeux... Je reconnois
ici , ô mon Dieu ! un grand exemple de
;la conduite que vous tenez quelquefois
^ur ceux qui vous aiment ; quoiqu'ordinairement
jaloux de les cacher dans le
secret de votre face, cependant pour lc
bien de leurs frères , pour l'honneur mêjne
de la vertu , vous les menez de temps
jcn temps comme par la main fur la Scène
changeante du monde , vous leur faites
trouver grâce devant les Dieux de la
Terre & toujours fur de leur coeur , vous
les prêtez pour récompense aux bons Rois,
À qui ils font nécessaires.
Ensuite l'Abbé Seguy fait voir S. S ulice
attentif dans fa faveur à ménager pou r
a timide vertu la protection du Monar
que , charmé de pouvoir prêter la voix
aux larmes des malheureux , se rendant
cher à sa Nation , comme un autre M ardochée
, & par le charme d'une douceur
toute Chrétienne , trouvant lc secret de
ne mécontenter personne, malgré l'impuissance
, de procurer des grâces à tous,
conduisant & exécutant tout ce qu'il se
propose
t
FEVRIER; 1730. 171
propose par une nouvelle sorte de politi
que., la droiture & la sincérités agissanc
afec zele & avec zele sçlon la science
dans tout ce qui a rapport à la Religion ,
& qui demande l'appui de l'autorité Roya
le pour l'Eglise ; enfin dans une situation
où d'autres sacrifieroient leur ame , ayant
aux yeux des hommes mêmes le mérite
de ne sacrifier que son repos : tel & plus
grand encore par le saint usage de son cré
dit étoit Sulpice, Chr. Aud. & s'il n'est pa»
le seul1 que son Portrait vous représente,
c'est une heureuse ressemblance qui honore
notre siécle. Au reste , il est bon pour votre
instruction , mes Frères , que vous remar
quiez la cause du saint usage que fit Sulpice
de sa faveur à la Cour, & la raison du bon
heur qu'il eut d'y conserver sa vertu dans
tous les temps. Dieu l'y avoit appelle ; &
parce qu'il l'y avoit appelle , il le sauva,
des écueils dangereux contre lesquels onc
brisés mille autres ; parce qu'il l'y avoit
appelle , il le mit au-dessus des foiblesses
ordinaires du sang , il lui fît oublier le
soin de l'élevation des siens & de leur
fortune particulière ; parce qu'il l'y avoie
appelle , bien loin de l'abandonner à l'amour
du plaisir qui y règne , il se servit
de lui pour y confondre les voluptueux
par son exemple ; parce qu'il l'y avoit
a^pellé, il fit faire en lui la voix de la
g cupidit4
íT6 MERCURE DE FRANCeI^I
cupidité , il lui donna ce détachement ÍÎ
nécellâire à qui peut obtenir tout ce qu'il
désire ; parce qu'il l'y avoit appelle , il
lui conserva au milieu de la pompe &c du
luxe de la Cour , un gout constant pour
la simplicité la plus modeste 3, parce qu'il
l'y avoit appellé , il l'entretint au centre
même du grand monde dans un esprit de
retraite qui l'engageoit à se dérober de
temps en temps à la Cour , pour donner
au loin de recueillir son coeur tous les
momens dont il étoit le maître ; parce
qu'il l'y avoit appellé , il justifia fa voca
tion. Ceux que Dieu lui-même expose,,
sont dans le monde fans appartenir au
monde -, Dieu est avec eux , mais aussi
ceux qui s'exposent sans son aveu, y pensent-
ils sérieusement ....
Si Sulpice y eût été porté par ses pro
pres conseils , il y auroit fait infaillible
ment naufrage. La Providence qui veut
peut-êtte tel d'entre vous loin du tumulte
du monde, le voulut long-temps lui au
rnilieu des dangers du siécle , & elle avoit
ses raisons. Ce n'étoit pas fans dessein,
qu'elle l'avoit fait naître avec les avan
tages des richesses & du rang , qu'elle lui
fit passer plusieurs années parmi les déli
ces & les vaihes pompes contre lesquelles
il étoit obligé de se deffendre. Elle le des.
«inpit à remplir dan&son Eglise une place
fEVRIER. 1730. 277:
^ni pour erre sainte , sacrée, de droit di
vin , n'en expose pás moins aux périls in
séparables des grandes places , une place
qu'une vertu à l'épreuve des tentation»
de la grandeur & de l'abondance , est feule
digne de remplir.Car depuis que les Chrér
tiens , trop indignes de leurs premier*
Ancêtres , ont renoncé à cette heureuse
pauvreté qui fut comme le berceau de leuc
Religion , depuis que l'amour des abbaifiemens
a fait place chez eux aux fatales
chimères de l'orgueil, il a fallu appuyer
l'autorité Episcopale de tout ce que l'ofmlence
, le rang ont de plus imposant à
eurs yeux. Sulpice avoit donc beloin d'u
ne vertu, éminente > éprouvée., pour ré
pondre dignement aux desseins de Dieu
fur lui , & vous avez vû si la sienne ne
fut pas telle, in integritate\ mais la vertu
feule n'eût pas suífi sans une capacité pro
portionnée à fa destination , in doftrina...
Il l'avoit , & si vous me demandez com
ment parmi les distractions & tumulte du
siécle il trouva le temps de l'acquerir , je
vous répondrai qu'il le trouva 3 force
d'attention à saisir & à employer des momens
qu'un autre auroit perdus en amufemens
frivoles ou criminels , je vous fe
rai ressouvenir de cette Retraite domcstN
que de plusieurs années où tout son temp»
jgtoit partagé entre Dieu & une étude re-
P i) glce
' ' '
*78 MERCURE D£ FRANCE; .
glée qui avoic rapporc à lui. Lorsqu'il so
faisoit ainsi par principe d'occupation un
fond de saintes connoissances , il ne prêt
voyoit pas qu'il dût un jour par état les
communiquer aux autres ... U n'e'toit pas
moins propre à annoncer les veritez Evan
géliques aux Grands, qu'à instruise les
petits & à cathéchiser les Habitans des
Campagnes , il éclaircuìoit les doutes des
âmes timorées , il assermissoit la foi des
ames foibles , il étoit utile à son Evêque
Blême qui le consultoit. .....
Voilà ce que c'étoit que les lumières
de Sulpice, Chrétiens Auditeurs, elles
ne faisoient point peut-être cette science
si étendue, li variée, de beaucoup de Sçavans
de nos jours , mais elles faisoient
une science utile à son prochain , à luimême
, & sur tout sobre, modeste , s'arrêtant
où elle devoit ; & plut à Dieu que
plusieurs de nos frères n'en eussent point
d'autre , qu'ils fussent & bien plus hum
bles ôc moins curieux, & par là moins
sujets à des égaremens déplorables. Car ,
ô Ciel ! vous confondez le téméraire re
gard qui veut s'élever jusqu'à la hauteuç
inaccessible des trésors de votre sagesse*
Rendez- nous l'heureuse simplicité des pre
miers temps de l'Eglise.'On ne sçavoit pas
disputer, ah I mais on sçavoit obéïr. . . . ,
L'Orateur , après avoir pafl[é avec un
«P*
FEVRIER. i7?ò. if9
írt infini au troisième Chef de sa subdi-,
vision , continue :
Ici, Chrétiens, s'offre un nouveau spec-i
tacle. C'est une aíTemble'e d'esprits violens
& factieux , qui se calme au seul nom de
Sulpice. Le Siège Episcopal e'toit vacant
& le peuple, alors maître du choix de son
Evêque.étok divisé en plusieurs partis qui
«n alloient venir aux mains , si une voix
sortie du milieu de tant de clameurs, n'eût
tout-à-coUp nommé Sulpice. A un nom
si respecté les troubles cessent, les esprits
font d'accord , & cette Assemblée tumul
tueuse , dont les cris differens étoient la
voix de mille passions différentes , devient
eh un moment par la réunion inespérés
de ses suffrages, l'Infcrprete du choix de
Dieu-même. Mais voici un spectacle plus
grand encore } c'est Sulpice qui refuse
d'accepter la dignité sacrée qu'on lui dé
fère ; on le presse & il résiste pour la pre
mière fois à la volonté de son Dieu , mais
remarquez qu'il y résiste dans une occa
sion où il est beau , j'ose le dire , de la
méconnoître .... c'est mériter l'Episcopat
que d'avoir la pieté , la science né
cessaire pour en exercer avec fruit les
fonctions augustes ; le refuser toutefois
par Religion , c'est avoir un mérite aufli
éminent que la place même. .. .
La résistance de Sulpice aux empréssemens
du peuple , venoit de son profond[
*8a MERCURE DE FRANCE,
respect pour la dignité sacrée qu'il mt*
ritoit si parfaitement, il regardok l'Episcopat
comme le caractère le plus auguste, le
plus élevé dont un Chrétien puisse être
revêtu ici bas. Il avoir toujours été parti
culièrement recommandable par son res
pect pour les premiers Oints duSeigneur,
& il vivoit dans un siécle où des discours»
injurieux à leur gloire , étoient un crime
presque inconnu. >
L'Abbé Seguy termine cette première
Partie pat une morale forte & convena
ble., & passe à son second Point , où it
fait voir S. Sulpice soutenant dignement
le poids immense de l'Episcopat»
La plus grande idée qu'on puisse don
ner d'un Ministre du Seigneur, n'ëst pas;
de dire qu'il mérita d'être honoré du ca
ractère Episcopal ; non , quelque grand
que soit un, tel éloge : mais dire qu'ayant
ïeçû ce caractère sacré , il le mérita tou
jours , est la suprême louange. Il y a
Chrétiens entre la gloire d'être élevé pas
fes vertus à une dignité éminente &c celle
d'en remplk parfaitement les devoirs, une
différence qu'il est aisé de sentir.pour peu
qu'on y réfléchisse . ... Audi parmi rant
d'hommes que les suffrages des peuples
élevèrent 3ux places les plus augustes ;
combien en a-t'on vû qui en auroient
toujours paru dignes s'ils ne les eussent
jamais occupées. Sulpice digne de l'Egifç
i
Ê E VRIER. 1730. M
-tèçat y ôc avant d'y parvenir , & après
y êtrcparvenUjjustifia pleinement le choix
de son peuple, & cela par Pesprit de son
gouvernement , par ses travaux , par se*
succès mêmes. '
L'Abbé Seguy, dans le premier mem
bre de cette subdivision , fait voir Pesprit
du gouvernement du S. Evêque comme
nn esprit de bonté , de fermeté, de sagesse,
& il en rapporte entr'autres exemples un
trait de ce S. Pasteur à Poccasion des ve
xations inoiiies & des cruautez qu'exerçoient
certains exacteurs d'un impôt trop
fort qui mettoit le comble à la misère du)
peuple. 1
Sulpice én est témoin', dit Phabile Pa--
-ft-egyriste , & ses entrailles paternelles en
font émues. Il s'adresse avec douceur aux
barbares Officiers , il leur fait la plus tou
chante peinture de Pétat déplorable de
son peuple, il les conjure au nom du Dieu
■ée bonté de cesser d'indignes poursuites,:
qui auiïì bien ne servent qu'à réduire au
plus affreux desespoir une partie de sort
troupeau, & sans doure il leur auroit ins
piré des fentimens plus humains, si de tels
coeurs en eussent été capables. Eh bien ,
cruels ! je me fuis inutilement abbaiffé
jusqu'à la prière -, il ne me reste qu'à vous
lancer les foudres spirituels qui m'ont été
confies. A Dieu ne plaise , que je m'op-
D iiij pose
*#* MERCURE DE FRANCÈ
pose aux ordres du Prince ; ce n'est páS
a vos pareils qu'il est donné de lui être
plus soumis & plus attachez qu'un Evê
que. Mon Rot n'ignore pas mon zele , il
n'ignore que vos cruautez. Je lui écris-,
il nous fera fçavoir sa volonté souverai
ne... Je vous abandonnerai , s'il l'exige,
& le Troupeau & le Pasteur même ; mars
en attendant n'espérez pas que je souffre
votre barbarie 5 je ne verrai point écraser
ainsi mon peuple , dont lés cris me dé
chirent ; percez plutôt ce coeur qui ne peut
vous abandonner.
Fermeté héroïque, Chrétiens Auditeurs,
qui fans une prudence infinie auroit eu-,
je l'avoue , ses dangers ; mais l'esprit de
sagesse égak toûjours en Sulpice l'esprit
de force. Spiritus fortitudinis , fpiritus fa~
■pievtì* & intelleSius. Tandis que par la
vigueur de fa conduite il arrête les per
sécutions des Publicains barbares , il ex
horte d'un autre côté les riches à leur
payer le nouveau tribut , il recommande
vivement au peuple les sentimens d'atta
chement 8c d'obéissance qu'il doit à son
Souverain , il paraît prêt à accabler da
poids de son indignation quiconque óferoit
s'en écarter, & cependant il conjure
celui qui tient en ses mains les coeurs des
Rois-, de lui rendre favorable Dagobert ,
qui avoit succédé à Clouirc.
L'ait
FEVRIER. 1730. igj
L'art avec lequel l'Oratcur entre dans
la seconde partie de sa subdivision, & la
manière dont il décrit les travaux Aposto
liques du saint Evêque , auroient ici leur
place , si on pouvoit abréger cet endroit
sans le gâter. . . .
Que vous dirai-je de plus ? aussi infa
tigable , aussi prompt que plein de zelc ,
occupé sans relâche , íans altération , il
ne l'est que des intérêts du Ciel & du foin
de son Diocèse. U ne tient d'une main qu'à
ses Ouailles & de l'autre qu'à son Dieu.
L'article des succès du saint Evêque est
traité avec la même dignité & le même
feu. La conversion des Juifs de Bourges
faite par son ministère , n'y est pas ou
bliée , & l'Orateur pour relever ce grand
succès , parlant de ['obstination des Juifs
dit ... . malheureuse race , ton aveugle
ment est la peine de tes ingratitudes. C'est'
du trésor de la colère qu'est sortie ton
obstination insensée ; terrible exemple des
vengeances du Seigneur , tu portes im
primez fur toi les signes les plus marquezde
fa colère , & toi feule ne les reconnòfs
pas ; tu gardes chèrement les Livres saints
où fe lit ta condamnation manifeste , &
toi feule ne l'y trouves pas ; tu fers au
monde entier de témoin contre toi-même
& toi feule ne t'en apperçois pas ; & fi
par une eípece de prodige la vérité puis-
, v ; D v saute
i84< MERCURE DE FRANCE;
íante arrache à quelques-uns des tiens le*
fatal bandeau , ne les voit-on pas presquo
toûjours lui enlever peu de temps après
fa victoire ,& lui voiier une haine plus
cruelle que jamais ; ainsi se justifient les
oracles de tesProphetes par qui a été pre'dk
ton endurciflemenr déplorable. \4ais,Chrétiens,
Sulpice devoir avoir la gloire de
triompher de tant d'obstination. Il prêche
donc J. O crucifié à des infortunez qui le
regardent comme un sujet de scandale , iÈ
lutte contre leurs opiniâtres préjugez Sc
il en triomphe. Ce ne font plus ces enne
mis irréconciliables de rHomme-Dieu ;
ce font des vaincus, qui trop contens de
l'être, baignent de larmes de joye les ar
mes qu'ils remettent au vainqueur. Que
j'aime á les voir gémir amoureusement au
pied de>Ja Croix , ils en font le glorieux
& nouveau trophée. Plus de différence:
de culte dans la même Ville. Les enfans
de Sara Sc d'Agar se font réunis. Que les
Esprits Célestes en soient transportez de
joye , que l'Eglise en faíse retenrir ses
Temples de Chanrs d'allegreíse , que la
Îostcrité de ces Esclaves devenus libres en
. Chemise à jamais ta mémoire du siint:
Pasteur lonr Di u s'est íervi pour renou-
Tcller fur letirs pères Sc fur eux ses an
ciennes miséricordes.
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Résumé : EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
Le 17 janvier 1730, l'abbé Seguy, nommé par le roi à l'abbaye de Genlis, prononça un discours panégyrique de Saint Sulpice dans l'église paroissiale de Saint Sulpice, suscitant une admiration universelle. Ce discours confirma sa réputation, déjà établie par un précédent succès. L'extrait du panégyrique de Saint Louis ayant été bien accueilli, le public attendait avec impatience celui de Saint Sulpice. L'abbé Seguy accepta de partager son discours, qui fut publié dans le Mercure de France. L'orateur choisit comme texte les paroles de l'Ecclésiastique : 'Il lui fut donné de remplir l'office de prêtre, et de louer son nom.' Il souligna que louer un homme ayant mérité le sacerdoce et la plénitude du pontificat est le plus sublime des ministères, celui de pacificateur et médiateur entre Dieu et son peuple. Saint Sulpice fut présenté comme un homme destiné au gouvernement de l'Église, préparé dès son enfance à la dignité de pasteur. Le discours se structura autour de deux axes principaux : la préparation parfaite de Saint Sulpice à la dignité épiscopale et l'accomplissement entier des devoirs attachés à cette fonction. L'orateur insista sur la grandeur du ministère épiscopal, qui est le tribunal irréprochable de la foi, la succession des Apôtres, et l'autorité divine sur les fidèles. Saint Sulpice, malgré les dangers et les séductions de la cour, resta fidèle à sa vocation. Il quitta la cour pour une retraite domestique, refusant les honneurs et les passions mondaines. Son évêque et le prince Clotaire II durent insister pour qu'il accepte le sacerdoce et des responsabilités plus importantes. À la cour, il se distingua par sa vertu, son humilité et son zèle pour la religion. L'abbé Seguy conclut en soulignant que Saint Sulpice, appelé par Dieu à la cour, y conserva sa vertu grâce à la protection divine. Il utilisa son crédit pour le bien de l'Église et des malheureux, restant toujours humble et détaché des plaisirs mondains. Le texte traite également de la vie et des vertus de Sulpice, un homme d'Église ayant occupé une place éminente dans son diocèse. Sulpice a passé plusieurs années à se défendre contre les délices et les vaines pompes, tout en remplissant une fonction sacrée et divine dans son Église. Sa vertu, éprouvée par les tentations de la grandeur et de l'abondance, était nécessaire pour répondre aux desseins de Dieu. Sulpice a acquis une capacité proportionnée à sa destination grâce à une attention constante et à une retraite domestique dédiée à l'étude et à la prière. Lorsqu'il a été nommé évêque, Sulpice a refusé la dignité sacrée par humilité, mais il a finalement accepté pour répondre à la volonté divine. Son gouvernement épiscopal était marqué par la bonté, la fermeté et la sagesse. Il a protégé son peuple contre les cruautés des exacteurs d'impôts et a exhorté les riches à payer leurs tributs tout en recommandant l'obéissance au souverain. Sulpice a également mené des travaux apostoliques infatigables, convertissant notamment les Juifs de Bourges. Sa vie et son œuvre ont été marquées par une science utile, sobre et modeste, toujours au service de son prochain et de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 1402-1427
Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Début :
Le 27. Juin, l'Opera Comique fit l'ouverture de son Theatre à la Foire [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Foire Saint-Laurent, Comédie, Vaudeville, Vizir, Sagesse, Prince, Jardin, Amants, Amour, Vertu, Fille, Sagesse, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27. Juin , P'Opera Comique fir
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
Fermer
Résumé : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27 juin, l'Opéra Comique ouvre son théâtre à la Foire Saint-Laurent avec deux pièces en vaudeville : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Ces pièces sont précédées d'un prologue intitulé 'L'Industrie', orné de divertissements et de danses. La scène du prologue se déroule devant le Palais de l'Industrie, dont la moitié du bâtiment est gothique et l'autre moitié moderne. Pierrot et Jacot descendent dans un char, et Jacot exprime son inconfort face à la hauteur. Pierrot lui rappelle qu'ils doivent endurer les mêmes corvées que les divinités de l'Opéra. Pierrot et Jacot discutent ensuite du Palais de la Nouveauté, que Pierrot décrit comme le refuge de la nouveauté nécessaire à leur théâtre. Ils rencontrent l'Antiquité, qui parle gaulois et frappe Pierrot avec sa béquille. La Chronologie apparaît ensuite, reprochant à Pierrot de ne pas respecter l'Antiquité. Pierrot, impatient, la chasse et rencontre l'Industrie, qu'il prend d'abord pour la Nouveauté. L'Industrie explique qu'elle est la copie de la Nouveauté et présente deux drames : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Dans 'Zemine & Almanfor', Pierrot, confident d'Almanfor, et Lira, suivante de Zemine, discutent de leur bonheur imminent. Zemine arrive, inquiète de la prophétie d'une devineresse. Timurcan, le roi d'Astracan, révèle qu'Almanfor est son fils et que Zemine est la fille de l'Emir Abenazar. La pièce se termine par une fête champêtre. 'Les Routes du Monde' est une pièce allégorique et morale, composée de scènes détachées. Elle représente les jardins d'Hébé et trois portiques symbolisant les chemins que prennent les hommes en sortant de la jeunesse. Le premier portique, étroit et couvert de ronces, est dédié à la Vertu. Le second, orné de symboles de richesse et d'honneurs, est appelé 'Le chemin de la Fortune'. Le troisième, intitulé 'Le chemin de la Volupté', est associé aux plaisirs, au jeu, à l'amour et à Bacchus. Leandre, guidé par le Temps, exprime son aversion pour le chemin de la Vertu et son attirance pour celui de la Volupté. Le Temps lui explique les dangers de la Débauche, qui peut se déguiser en Galanterie. Leandre décide de chercher Angélique, qu'il aime, malgré l'opposition de son tuteur. La Débauche, déguisée en Galanterie, tente de séduire Leandre. Araminte, une mère coquette, essaie de convaincre sa fille Lolotte de suivre le chemin de la Vertu, mais échoue et finit par la conduire vers les plaisirs. La Sageffe et la Richeffe, représentant la vertu et la fortune, tentent d'attirer des followers. Thérèse, une jeune fille, refuse les offres de la Richeffe et suit la Sageffe. La Débauche et la Richeffe tentent ensuite de corrompre un jeune héritier et Guillot Payfan, ce dernier étant finalement conduit vers la fortune. Angélique, aimée de Leandre, est confrontée à un choix de mariage par son tuteur. L'Amour intervient pour les réunir, malgré l'opposition de la Débauche et des plaisirs libertins. La Sageffe et les plaisirs innocents finissent par chasser les plaisirs libertins, permettant à Leandre et Angélique de suivre le chemin de la Vertu. La pièce se termine par un appel à suivre l'innocence et à se méfier des désirs et des plaisirs trompeurs, soulignant l'importance de la vertu et de la sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 2142-2147
EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
Début :
De tout encens ennemi declaré, [...]
Mots clefs :
Mortels, Vertu, Innocence, Fleurs, Yeux, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
EPITRE
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
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Résumé : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
L'épître est destinée à l'Évêque de Grenoble et commence par l'expression de la réticence de l'auteur à louer le prélat, motivée par la modestie et le respect. L'auteur reconnaît les nombreuses vertus de l'évêque, notamment sa charité envers les pauvres et les faibles, sa sagesse, et son influence bénéfique sur le peuple. Pour illustrer ces qualités, l'auteur compare l'évêque à Pallas (Athéna), la déesse de la sagesse et de la vertu, qui descend sur terre pour enseigner la vertu aux hommes. Pallas est accompagnée des Grâces, des Vertus, des Plaisirs et des Muses, symbolisant respectivement la beauté, la joie et l'harmonie. L'épître met en avant les bienfaits de la vertu et condamne les vices tels que la flatterie, l'ambition et la haine. En conclusion, l'auteur établit une comparaison directe entre l'évêque et Pallas, soulignant que le prélat incarne la vérité et la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 2631-2641
DISCOURS sur ces paroles : Le vice lui-même est forcé de rendre hommage à la vertu.
Début :
Il est si beau d'être vertueux, & la droite raison trouve la vertu si conforme [...]
Mots clefs :
Vice, Vertu, Hommes, Mérite, Force, Vertueux, Ennemi, Hommage, Sentiments, Aveugle, Yeux
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur ces paroles : Le vice lui-même est forcé de rendre hommage à la vertu.
DISCOURS fur ces paroles Le
vice lui-même eft forcé de rendre hom
à la vertu.
mage
Left fi beau d'être vertueux , & la
I droite raifon trouve la vertu fi conforme
à fes premieres idées , qu'il n'y a
pas de quoi s'étonner fi les hommes dans
Tous les âges ont, à l'envi , fouhaité ou affecté
d'être vertueux , & s'ils ont accor
dé à la vertu les plus grands éloges..
L'amour de l'eftime & de la gloire, qui
remue avec tant d'empire & de fuccès les
refforts du coeur de l'homme , l'a toujours
déterminé à chercher fa véritable
grandeur dans le fein de la vertu , où
d'un Phantôme qu'il a pris pour elle.
Dvj Peut I.Vol
2632 MERCURE DE FRANCE
Peut- être que ces hommages confondus
avec les intérêts de l'amour propre , ne:
furent pas affez purs ; mais quoique la
vertu pût en reprouver les intentions
& les motifs , ils ont fervi à publier &
à étendre fa gloire.
i
L'Univers entier a confpiré à relever
fon excellence ; & ceux qui ont ignoré
Dieu même , fe font fait un merite de
la connoître & de la pratiquer.
Les Sages , les Philofophes , les Poë
tes , les Orateurs , les Guerriers & les Politiques
, tous ont voulu être du nombre
de fes amis. Les Arts & les Sciences ont
épuisé leurs talens , ont employé leurs
plus belles couleurs pour la peindre dans
tout fon éclat . Au milieu de tant de
gloire & d'honneur acquis à la vertu , ce
qui la diſtingue effentiellement , c'eſt de
n'avoir jamais trouvé d'autre ennemi que
le vice. Soit envie , chagrin , ou confufion
de la part de cet ennemi , l'oppofi
tion qui regne entre l'aimable vertu , &
ce monftre hydeux fera toujours une
fource de guerre : mais telle eft la fin de
Piniquité , elle fe dément elle- même , &
les traits injurieux du vice ne fervent
qu'à relever la vertu. C'eft ainfi que
contre fon intention il forme , façonne ,
embélit de ces propres mains la Cou
ronne dont il doit ceindre fa tête . Plus-
1. Vola il
DECEMBRE. 1730 : 3633
tâche à la déprifer , plus il la rend aimable
& précieufe , fes fatyres , & fes
dédains font pour elle un Panégyrique.
Ecoutons- le parler , pénétrons fes fentimens
, étudions fes démarches , nous le
verrons par tout forcé de rendre hom
mage à la vertu..
Il n'y a qu'à fe déprévenir , qu'à fixer
le veritable fens , & la valeur des expreffions
dont le vice fe fert pour dégrader
la vertu : Si nous les examinons de près ,
nous trouverons qu'au fond ces vaines
déclamations ne portent que fur l'erreur
& l'aveuglement , qui eft l'apanage du
vice. Ingénieux à fe féduire , il fe forme:
de foles chimeres qu'il prend plaifir à
combattre ; ainfi rehauffe t- il d'autant
plus l'éclatde la veritable vertu , qu'il s'ef
force de groffir les traits dont il peint ces
monftres difformes , qu'il voudroit con--
fondre avec elle. Aveugle , s'il ne peut entierement
fe cacher à fa vive lumiere , il
en détourne ce refte de vûë ; & cherchant
ailleurs les feules apparences de la vertu ,
il penfe triompher , s'il en montre le
vuide. Funefte illufion ! Que n'eft- il per--
mis à l'humble vertu de vaincre fa mo
deftie , elle triompheróit bien glorieufement
à fon tour de cet ennemi obſtiné
à lui nuire : mais il eft une victoire , qui
lui eft plus chere. Bien - tôt cet ennemi
Is-Kobo avouera
1634 MERCURE DE FRANCE
;
avouëra fa défaite, & fera forcé de préparer
le fuperbe Triomphe où il fera traîné
captif. En effet , il fe combat lui -même
& releve la vertu par où il femble voufoir
la détruire.
Il n'apperçoit pas , dit- il , de vraie vertu,
ce ne font que des apparences vaines, une
imitation frivole , un foible crayon qu'il
découvre , au lieu de ce parfait original ;
de cette réalité effective qu'il fe croyoit
en droit de trouver. Qu'if combatte tant
qu'il voudra ces apparences frivoles, qu'il
démafque cette imitation hipocrite , qu'il
confonde ce crayon imparfait. Qu'a- t'elle
à craindre , l'innocente vertu ou plutôt
qu'elle gloire pour elle ; que fon ennemi
apprenne aux hommes à reconnoître fes
véritables traits : & à la diftinguer de ces
phantômes qui ne lui reflemblent que
pour la trahir ! Non le vice ne l'attaque
point ouvertement ; il y auroit trop à
perdre pour lui , & trop de honte à ´effuyer
, de combatre à vifage découvert
contre la vertu , elle qui eft feule aimable
, & qui merite d'être adorée de toute
la terre.
Les combats qu'il lui livre font bien
differens des combats ordinaires. C'eft
par fes éloges qu'il l'attaque , c'est par
les portraits outrez & chimériques qu'il
en fait , qu'il veut l'élever au deffus de la
I. Vol
portée
DECEMBRE. 1730. 2635
portée des hommes , & dégouter ainfi de
fa fuivre fes amis les plus paffionez.
Envain cette fille du ciel vient- elle habiter
parmi les hommes : envain ſe montre-
t- elle avec cette majefté , cette grandeur
, cette nobleffe qui lui eft propre::
envain vient elle étaler aux yeux des
mortels , cette heureufe fimplicité, cette
innocence pure , ce défintereffement genereux
, toutes les qualitez qui forment
fon caractere ; fi elle ne paroît feule , le
vice , par les impoftures , s'atttibuë tout
fon mérite ,
, pour faire difparoitre à nos
yeux fes attraits raviffans.
Ne craignons pas pourtant qu'il lui
faffe du tort ; il ne la méconnoit qu'à
force d'en relever le mérite , & d'en concevoir
de brillantes idées. Conduite , à la
verité , injurieuſe à l'homme vertueux ,
mais toujours glorieufe à la vertu ; il veut
qu'elle foit fans deffaut , qu'elle brille de
toutes parts ,fans obfcurité , fans nuage ;
c'eft peut-être le feul endroit , par où le
vice entretient encore quelque commerce
avec la verité & la lumiere. Il a fauvé du
naufrage de toutes les idées du jufte & du
vrai la feule notion de l'integrité de la
vertu ; refte bien honorable pour elle.
Livrons lui donc fans crainte les
deffauts des hommes vertueux ; avouons
lui , s'il le faut , que malgré leurs efforts,
I.Vol.
ils
2636 MERCURE DE FRANCE
Ils ne peuvent point fe garantir de quelqu'une
de fes atteintes. Nous fçaurons
Bien-tôt les deffendré de ces réproches ;
mais qu'il foit forcé , ce perfécuteur in
jufte , de rendre hommage à la vraie
vertu , dont les deffauts des hommes ne
fçauroient jamais ternir l'éclat nila beauté.
Que dis-je , ne le rend- il pas cet hom-.
mage ? & puifque par tout où il recon →
noit fon empire , il dédaigne de retrouver
la vertu . N'avoue- t-il pas qu'elle lui
eft toujours contraire , & que l'augufte'
privilege dont elle joüit , c'eſt de ne pouvoir
jamais fouffrir aucun commerce , ni
aucune liaiſon avec lui.
Pénétrons encore'fes fentimens en faveur
de la vertu ; ils vont plus loin que
fes paroles ; & cet hommage , tout muet
qu'il eft , ne releve pas ſeulement la verta ,
il honore encore infiniment les hommes
vertueux .
Faifons au vice , pour un inftant , la
plus grande grace que nous puiffions lui
faire ; donnons- lui un peu de bonne foi
& de candeur. Qu'il mette au jour fes
fentimens les plus intimes. Amateurs de
la vertu , voici votre éloge , & un éloge
qui n'eft point flaté . Déja j'apperçois au
fond de fon coeur ce fentiment gravé en¹
caracteres inéfaçables : VOUS ESTES PLUS
JUSTE QUE MOY. La haine , le dépit , l'en--
J. Volo vie
DECEMBRE. 1730. 2637
vie , la jaloufie , n'ont pû étouffer ce cri
interieur. Qu'il eft doux à la vertu & à
fes Partifans , de trouver dans le fein du
vice , de quoi le faire rougir , & fans infulter
à fon impuiffante malice , de quoi
le confondre par un fimple regard.
,
Telle eft cependant la fituation du vice
& de fes efclaves , ils ont beau affecter une
contenance affurée un air content &
tranquille ; on les approfondit , & plus
on les penetre, plus on découvre que s'ils
font capables de tromper, ils ne trompent
pas long- temps , leur gêne & leur contrainte
les trahit.
Paroiffes ici , hommes vicieux , & fouf
frez qu'on voye ce qui fe paffe dans le
fond de votre ame. Eft -il vrai que vous
n'eftimés pas la vertu , & que fes Amateurs
font l'objet de vos mépris , comme
ils le font quelquefois
de vos railleries &
de vos infultes Sçavez -vous bien accor
der vos fentimens
avec vos difcours ?
Quelle contradiction
étrange ! Ils fe fati
guent , ils fuent , ils s'expofent , fe facrifient
pour leurs paffions ; fouvent tout les
contredit , & jamais rien ne les rebute ;
chargés de mille chaînes qui les captivent,
ils perdentleur liberté : n'importe ; habiles
à charmer leur aveugle fureur , ils lui
donnent les noms les plus honorables
;
habileté , grandeur d'ame , nobleffe de
I Vol . coeur
2638 MERCURE DE FRANCÉ
coeur ; eft-il rien qui l'égale ! Mais qu'it
eft douloureux pour eux de ne pouvoir
faire taire une voix importune & fecrete
qui leur rappelle les charmes de l'aima-
Ble vertu, de cette précieuſe indépendan→
ce que la feule vertu donne ! On peut
s'agiter , s'étourdir , détourner les yeux
de ce port , d'où l'on s'eft éloigné par
une fole & aveugle conduite ; mais malgré
foy le coeur y rappelle : tels que dans
ces torrens rapides qui ravagent tout ce
qui s'oppofe à leur courſe , on voit fe
former des tourbillons , où les eaux fe
tournant vers leur fource , femblent fe
repentir de leur violence & porter envie
à la noble tranquillité de ces Fleuves bien
faifants & paifibles , qui répandent par
tout & la fertilité & l'abondance.
L'ambitieux , efclave de fa fortune , facrifie
inutilemment à cette Divinité inconſtante
& aveugle , fon repos & fa vie .
Que ne va-t'il chercher dans la modération
de la vertu , un bonheur qu'il cherche
vainement ailleurs ? bonheur qu'il
apperçoit , qu'il eftime , qu'il honore &
qu'il ne peut fe déterminer de gouter en
paix.
Trifte condition de l'homme vicieux !
toujours contraint de fe fuir lui- même,
d'être toujours en guerre avec fa propre
confcience , & de n'en pouvoir fouf-
I. Vol. frir
DECEMBRE. 1730. 2639
frir le regard critique. C'eft l'hommage
le plus honorable que le vice puiffe fendre
à la vertu , qui en tout bien differente
de lui , s'enveloppe de fon propre mérite ,
& fans courir de dangers , ni effuyer de
fatigues , fans traverſer les mers , ni franchir
les montagnes pour acquerir du relief
, pour fixer fur elle les regards des
hommes , fçait captiver leur eftime ; &
par la même force le vice à fe revêtir
du moins de fes apparences pour fe fau
ver de l'opprobre qui lui eft dû.
Hommage public & intereffant pour
elle. Oui , le vice dont le pouvoir eſt ſi
étendu & fi defpotique , emprunte les
dehors & les démarches de la vertu pour
affermir fon empire.
Ici naît le penible embarras où nous
nous trouvons , lorfqu'il s'agit de diftin
guer au vrai la vertu folide du vice tra
vefti. Tout est égal à nos yeux dans l'un
& dans l'autre. La vertu ne fçauroit faire
un gefte que le vice ne prétende fe rendre
propre, & qu'il ne fçache imiter . Pourroit-
il mieux faire connoître qu'il en fent
le mérite , que de n'ofer fe produire que
fous ces dehors empruntez.
Ne diſons rien de ces Monftres d'iniquité
que le vice met au jour , Monſtres
dont il rougit & qu'il defavoûë ; laiffons
part ces horribles, forfaits que le Soà
I. Vol leil
2640 MERCURE DE FRANCE
leil n'éclaire qu'à regret. Il eft un autre
vice , pour ainfi dire , civilifé , qu'on ne
diftingue de la vertu que par l'intention
qui le fait agir & par les projets qui l'occupent
, c'eft ce vice ainfi déguifé qui
tend hommage à la vertu en fe cachant
fous la vettu même.
Voyez-vous cet homme affable , gracieux
, prévenant ; remarquez cet air em
preffé à vous fervir , cette modeftie dans
fes prétentions , ce dégagement de fes
propres interêts. Ne diriez-vous pas que
c'eft la feule vertu qui le guide ? Non , on
ne s'y trompe plus ; on le laiffe faire , H
cherche à s'élever en fe rabaiffant ; bientôt
, fi la fortune le favorife , il fçait fe
dédommager de tous les facrifices que fa
paffion lui coûte , & on le voit confacrer
au vice les récompenfes de la vertu.
Tout le monde le fçait , & le vice ne
l'ignore pas . La feule vertu a droit de
plaire , elle feule mérite d'être avoiiée de
l'homme né pour être vertueux. Ainfi à
quelque prix que ce foit il faut être vertueux
ou le paroître , fi l'on cherche à
regner dans l'efprit & le coeur des hommes.
Et qui eft- ce qui ne le cherche pas ?
Neceffité indifpenfable aux vicieux mêmes
, & de- là cet hommage forcé que le
vice rend à la vertu ; mais en eft- il moins
glorieux pour elle ?
I. Vol:
DECEMBRE . 1730. 2641
Il n'eft donc plus de prétexte qui autorife
l'homme à ne pas fe ranger du parti de
la vertu . Mille raifons concourent à
prouver fon mérite . Son feul ennemi . le
vice eft forcé de lui rendre hommage. Les
difcours , les fentimens , les oeuvres de
cet ennemi dépofent en fa faveur . Pourquoi
faut-il que nous méconnoiffions nos
vrais interêts ? notre veritable bonheur?
notre folide gloire ?
Videbunt recti & lætabuntur & omnis
iniquitas oppilabit os fuum, Pfal . 106. v. 429
vice lui-même eft forcé de rendre hom
à la vertu.
mage
Left fi beau d'être vertueux , & la
I droite raifon trouve la vertu fi conforme
à fes premieres idées , qu'il n'y a
pas de quoi s'étonner fi les hommes dans
Tous les âges ont, à l'envi , fouhaité ou affecté
d'être vertueux , & s'ils ont accor
dé à la vertu les plus grands éloges..
L'amour de l'eftime & de la gloire, qui
remue avec tant d'empire & de fuccès les
refforts du coeur de l'homme , l'a toujours
déterminé à chercher fa véritable
grandeur dans le fein de la vertu , où
d'un Phantôme qu'il a pris pour elle.
Dvj Peut I.Vol
2632 MERCURE DE FRANCE
Peut- être que ces hommages confondus
avec les intérêts de l'amour propre , ne:
furent pas affez purs ; mais quoique la
vertu pût en reprouver les intentions
& les motifs , ils ont fervi à publier &
à étendre fa gloire.
i
L'Univers entier a confpiré à relever
fon excellence ; & ceux qui ont ignoré
Dieu même , fe font fait un merite de
la connoître & de la pratiquer.
Les Sages , les Philofophes , les Poë
tes , les Orateurs , les Guerriers & les Politiques
, tous ont voulu être du nombre
de fes amis. Les Arts & les Sciences ont
épuisé leurs talens , ont employé leurs
plus belles couleurs pour la peindre dans
tout fon éclat . Au milieu de tant de
gloire & d'honneur acquis à la vertu , ce
qui la diſtingue effentiellement , c'eſt de
n'avoir jamais trouvé d'autre ennemi que
le vice. Soit envie , chagrin , ou confufion
de la part de cet ennemi , l'oppofi
tion qui regne entre l'aimable vertu , &
ce monftre hydeux fera toujours une
fource de guerre : mais telle eft la fin de
Piniquité , elle fe dément elle- même , &
les traits injurieux du vice ne fervent
qu'à relever la vertu. C'eft ainfi que
contre fon intention il forme , façonne ,
embélit de ces propres mains la Cou
ronne dont il doit ceindre fa tête . Plus-
1. Vola il
DECEMBRE. 1730 : 3633
tâche à la déprifer , plus il la rend aimable
& précieufe , fes fatyres , & fes
dédains font pour elle un Panégyrique.
Ecoutons- le parler , pénétrons fes fentimens
, étudions fes démarches , nous le
verrons par tout forcé de rendre hom
mage à la vertu..
Il n'y a qu'à fe déprévenir , qu'à fixer
le veritable fens , & la valeur des expreffions
dont le vice fe fert pour dégrader
la vertu : Si nous les examinons de près ,
nous trouverons qu'au fond ces vaines
déclamations ne portent que fur l'erreur
& l'aveuglement , qui eft l'apanage du
vice. Ingénieux à fe féduire , il fe forme:
de foles chimeres qu'il prend plaifir à
combattre ; ainfi rehauffe t- il d'autant
plus l'éclatde la veritable vertu , qu'il s'ef
force de groffir les traits dont il peint ces
monftres difformes , qu'il voudroit con--
fondre avec elle. Aveugle , s'il ne peut entierement
fe cacher à fa vive lumiere , il
en détourne ce refte de vûë ; & cherchant
ailleurs les feules apparences de la vertu ,
il penfe triompher , s'il en montre le
vuide. Funefte illufion ! Que n'eft- il per--
mis à l'humble vertu de vaincre fa mo
deftie , elle triompheróit bien glorieufement
à fon tour de cet ennemi obſtiné
à lui nuire : mais il eft une victoire , qui
lui eft plus chere. Bien - tôt cet ennemi
Is-Kobo avouera
1634 MERCURE DE FRANCE
;
avouëra fa défaite, & fera forcé de préparer
le fuperbe Triomphe où il fera traîné
captif. En effet , il fe combat lui -même
& releve la vertu par où il femble voufoir
la détruire.
Il n'apperçoit pas , dit- il , de vraie vertu,
ce ne font que des apparences vaines, une
imitation frivole , un foible crayon qu'il
découvre , au lieu de ce parfait original ;
de cette réalité effective qu'il fe croyoit
en droit de trouver. Qu'if combatte tant
qu'il voudra ces apparences frivoles, qu'il
démafque cette imitation hipocrite , qu'il
confonde ce crayon imparfait. Qu'a- t'elle
à craindre , l'innocente vertu ou plutôt
qu'elle gloire pour elle ; que fon ennemi
apprenne aux hommes à reconnoître fes
véritables traits : & à la diftinguer de ces
phantômes qui ne lui reflemblent que
pour la trahir ! Non le vice ne l'attaque
point ouvertement ; il y auroit trop à
perdre pour lui , & trop de honte à ´effuyer
, de combatre à vifage découvert
contre la vertu , elle qui eft feule aimable
, & qui merite d'être adorée de toute
la terre.
Les combats qu'il lui livre font bien
differens des combats ordinaires. C'eft
par fes éloges qu'il l'attaque , c'est par
les portraits outrez & chimériques qu'il
en fait , qu'il veut l'élever au deffus de la
I. Vol
portée
DECEMBRE. 1730. 2635
portée des hommes , & dégouter ainfi de
fa fuivre fes amis les plus paffionez.
Envain cette fille du ciel vient- elle habiter
parmi les hommes : envain ſe montre-
t- elle avec cette majefté , cette grandeur
, cette nobleffe qui lui eft propre::
envain vient elle étaler aux yeux des
mortels , cette heureufe fimplicité, cette
innocence pure , ce défintereffement genereux
, toutes les qualitez qui forment
fon caractere ; fi elle ne paroît feule , le
vice , par les impoftures , s'atttibuë tout
fon mérite ,
, pour faire difparoitre à nos
yeux fes attraits raviffans.
Ne craignons pas pourtant qu'il lui
faffe du tort ; il ne la méconnoit qu'à
force d'en relever le mérite , & d'en concevoir
de brillantes idées. Conduite , à la
verité , injurieuſe à l'homme vertueux ,
mais toujours glorieufe à la vertu ; il veut
qu'elle foit fans deffaut , qu'elle brille de
toutes parts ,fans obfcurité , fans nuage ;
c'eft peut-être le feul endroit , par où le
vice entretient encore quelque commerce
avec la verité & la lumiere. Il a fauvé du
naufrage de toutes les idées du jufte & du
vrai la feule notion de l'integrité de la
vertu ; refte bien honorable pour elle.
Livrons lui donc fans crainte les
deffauts des hommes vertueux ; avouons
lui , s'il le faut , que malgré leurs efforts,
I.Vol.
ils
2636 MERCURE DE FRANCE
Ils ne peuvent point fe garantir de quelqu'une
de fes atteintes. Nous fçaurons
Bien-tôt les deffendré de ces réproches ;
mais qu'il foit forcé , ce perfécuteur in
jufte , de rendre hommage à la vraie
vertu , dont les deffauts des hommes ne
fçauroient jamais ternir l'éclat nila beauté.
Que dis-je , ne le rend- il pas cet hom-.
mage ? & puifque par tout où il recon →
noit fon empire , il dédaigne de retrouver
la vertu . N'avoue- t-il pas qu'elle lui
eft toujours contraire , & que l'augufte'
privilege dont elle joüit , c'eſt de ne pouvoir
jamais fouffrir aucun commerce , ni
aucune liaiſon avec lui.
Pénétrons encore'fes fentimens en faveur
de la vertu ; ils vont plus loin que
fes paroles ; & cet hommage , tout muet
qu'il eft , ne releve pas ſeulement la verta ,
il honore encore infiniment les hommes
vertueux .
Faifons au vice , pour un inftant , la
plus grande grace que nous puiffions lui
faire ; donnons- lui un peu de bonne foi
& de candeur. Qu'il mette au jour fes
fentimens les plus intimes. Amateurs de
la vertu , voici votre éloge , & un éloge
qui n'eft point flaté . Déja j'apperçois au
fond de fon coeur ce fentiment gravé en¹
caracteres inéfaçables : VOUS ESTES PLUS
JUSTE QUE MOY. La haine , le dépit , l'en--
J. Volo vie
DECEMBRE. 1730. 2637
vie , la jaloufie , n'ont pû étouffer ce cri
interieur. Qu'il eft doux à la vertu & à
fes Partifans , de trouver dans le fein du
vice , de quoi le faire rougir , & fans infulter
à fon impuiffante malice , de quoi
le confondre par un fimple regard.
,
Telle eft cependant la fituation du vice
& de fes efclaves , ils ont beau affecter une
contenance affurée un air content &
tranquille ; on les approfondit , & plus
on les penetre, plus on découvre que s'ils
font capables de tromper, ils ne trompent
pas long- temps , leur gêne & leur contrainte
les trahit.
Paroiffes ici , hommes vicieux , & fouf
frez qu'on voye ce qui fe paffe dans le
fond de votre ame. Eft -il vrai que vous
n'eftimés pas la vertu , & que fes Amateurs
font l'objet de vos mépris , comme
ils le font quelquefois
de vos railleries &
de vos infultes Sçavez -vous bien accor
der vos fentimens
avec vos difcours ?
Quelle contradiction
étrange ! Ils fe fati
guent , ils fuent , ils s'expofent , fe facrifient
pour leurs paffions ; fouvent tout les
contredit , & jamais rien ne les rebute ;
chargés de mille chaînes qui les captivent,
ils perdentleur liberté : n'importe ; habiles
à charmer leur aveugle fureur , ils lui
donnent les noms les plus honorables
;
habileté , grandeur d'ame , nobleffe de
I Vol . coeur
2638 MERCURE DE FRANCÉ
coeur ; eft-il rien qui l'égale ! Mais qu'it
eft douloureux pour eux de ne pouvoir
faire taire une voix importune & fecrete
qui leur rappelle les charmes de l'aima-
Ble vertu, de cette précieuſe indépendan→
ce que la feule vertu donne ! On peut
s'agiter , s'étourdir , détourner les yeux
de ce port , d'où l'on s'eft éloigné par
une fole & aveugle conduite ; mais malgré
foy le coeur y rappelle : tels que dans
ces torrens rapides qui ravagent tout ce
qui s'oppofe à leur courſe , on voit fe
former des tourbillons , où les eaux fe
tournant vers leur fource , femblent fe
repentir de leur violence & porter envie
à la noble tranquillité de ces Fleuves bien
faifants & paifibles , qui répandent par
tout & la fertilité & l'abondance.
L'ambitieux , efclave de fa fortune , facrifie
inutilemment à cette Divinité inconſtante
& aveugle , fon repos & fa vie .
Que ne va-t'il chercher dans la modération
de la vertu , un bonheur qu'il cherche
vainement ailleurs ? bonheur qu'il
apperçoit , qu'il eftime , qu'il honore &
qu'il ne peut fe déterminer de gouter en
paix.
Trifte condition de l'homme vicieux !
toujours contraint de fe fuir lui- même,
d'être toujours en guerre avec fa propre
confcience , & de n'en pouvoir fouf-
I. Vol. frir
DECEMBRE. 1730. 2639
frir le regard critique. C'eft l'hommage
le plus honorable que le vice puiffe fendre
à la vertu , qui en tout bien differente
de lui , s'enveloppe de fon propre mérite ,
& fans courir de dangers , ni effuyer de
fatigues , fans traverſer les mers , ni franchir
les montagnes pour acquerir du relief
, pour fixer fur elle les regards des
hommes , fçait captiver leur eftime ; &
par la même force le vice à fe revêtir
du moins de fes apparences pour fe fau
ver de l'opprobre qui lui eft dû.
Hommage public & intereffant pour
elle. Oui , le vice dont le pouvoir eſt ſi
étendu & fi defpotique , emprunte les
dehors & les démarches de la vertu pour
affermir fon empire.
Ici naît le penible embarras où nous
nous trouvons , lorfqu'il s'agit de diftin
guer au vrai la vertu folide du vice tra
vefti. Tout est égal à nos yeux dans l'un
& dans l'autre. La vertu ne fçauroit faire
un gefte que le vice ne prétende fe rendre
propre, & qu'il ne fçache imiter . Pourroit-
il mieux faire connoître qu'il en fent
le mérite , que de n'ofer fe produire que
fous ces dehors empruntez.
Ne diſons rien de ces Monftres d'iniquité
que le vice met au jour , Monſtres
dont il rougit & qu'il defavoûë ; laiffons
part ces horribles, forfaits que le Soà
I. Vol leil
2640 MERCURE DE FRANCE
leil n'éclaire qu'à regret. Il eft un autre
vice , pour ainfi dire , civilifé , qu'on ne
diftingue de la vertu que par l'intention
qui le fait agir & par les projets qui l'occupent
, c'eft ce vice ainfi déguifé qui
tend hommage à la vertu en fe cachant
fous la vettu même.
Voyez-vous cet homme affable , gracieux
, prévenant ; remarquez cet air em
preffé à vous fervir , cette modeftie dans
fes prétentions , ce dégagement de fes
propres interêts. Ne diriez-vous pas que
c'eft la feule vertu qui le guide ? Non , on
ne s'y trompe plus ; on le laiffe faire , H
cherche à s'élever en fe rabaiffant ; bientôt
, fi la fortune le favorife , il fçait fe
dédommager de tous les facrifices que fa
paffion lui coûte , & on le voit confacrer
au vice les récompenfes de la vertu.
Tout le monde le fçait , & le vice ne
l'ignore pas . La feule vertu a droit de
plaire , elle feule mérite d'être avoiiée de
l'homme né pour être vertueux. Ainfi à
quelque prix que ce foit il faut être vertueux
ou le paroître , fi l'on cherche à
regner dans l'efprit & le coeur des hommes.
Et qui eft- ce qui ne le cherche pas ?
Neceffité indifpenfable aux vicieux mêmes
, & de- là cet hommage forcé que le
vice rend à la vertu ; mais en eft- il moins
glorieux pour elle ?
I. Vol:
DECEMBRE . 1730. 2641
Il n'eft donc plus de prétexte qui autorife
l'homme à ne pas fe ranger du parti de
la vertu . Mille raifons concourent à
prouver fon mérite . Son feul ennemi . le
vice eft forcé de lui rendre hommage. Les
difcours , les fentimens , les oeuvres de
cet ennemi dépofent en fa faveur . Pourquoi
faut-il que nous méconnoiffions nos
vrais interêts ? notre veritable bonheur?
notre folide gloire ?
Videbunt recti & lætabuntur & omnis
iniquitas oppilabit os fuum, Pfal . 106. v. 429
Fermer
Résumé : DISCOURS sur ces paroles : Le vice lui-même est forcé de rendre hommage à la vertu.
Le discours met en avant la supériorité de la vertu sur le vice. La vertu est décrite comme intrinsèquement belle et conforme à la raison, ce qui explique pourquoi elle a été aspirée et louée par les hommes de tous les âges. L'amour de l'estime et de la gloire pousse les individus à rechercher la véritable grandeur dans la vertu, bien que leurs motivations puissent parfois être mêlées à l'amour-propre. Le vice, malgré ses tentatives de dénigrer la vertu, ne fait que la magnifier. Les arts, les sciences, les sages, les philosophes, les poètes, les orateurs, les guerriers et les politiques ont tous célébré la vertu. En s'opposant à la vertu, le vice ne fait que renforcer son éclat. Les attaques du vice contre la vertu se retournent contre lui-même, car elles mettent en lumière les qualités de la vertu. Le vice, aveuglé par son propre aveuglement, ne peut cacher la lumière de la vertu. Il est forcé de reconnaître la supériorité de la vertu, même s'il essaie de la déprécier. Les hommes vicieux, malgré leurs efforts pour se déguiser en vertueux, finissent par révéler leur véritable nature. La vertu, par sa simplicité et son innocence, reste inébranlable et mérite d'être adorée. Le texte conclut en affirmant que la vertu est indispensable pour le bonheur et la gloire des hommes. Même le vice, malgré ses efforts pour la dénigrer, est forcé de lui rendre hommage. Il n'y a donc aucune excuse pour ne pas embrasser la vertu, car elle est la seule voie vers le véritable bonheur et la gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 2887-2900
Elegies de M. L. B. C. avec un Discours sur ce genre de Poesie, & quelques autres Piéces, &c. [titre d'après la table]
Début :
ELEGIES de M. L. B. C. avec un Discours sur ce genre de Poësie & quelques [...]
Mots clefs :
Élégie, Amour, Poésie, Tendresse, Coeur, Femmes, Auteur, Vertu, Hommes, Crime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Elegies de M. L. B. C. avec un Discours sur ce genre de Poesie, & quelques autres Piéces, &c. [titre d'après la table]
ELEGIES de M. L. B. C. avec un
Difcours fur ce genre de Poëfie & quelques
autres Pieces du même Auteur. A
Paris , chez Chaubert , à l'entrée du Quay
des Auguftins , 1731. in 12. de 163. pages.
Cet Ouvrage eft de M. le Blanc , de la
Societé Académique des Arts , déja con-
II Vol.
F nu .
2888 MERCURE DE FRANCE
nu par plufieurs petites Pieces , tant en
Prole qu'en Vers , imprimées dans nos
Mercures , dans le Journal des Sçavans , les
Memoires de Litterature & autres femblables
Recueils , qui depuis long- temps
avoient donné lieu au Public d'attendre
de l'Auteur ce qui en paroît aujourd'hui.
Comme cet Ouvrage eft tout à fait nouveau
, & que d'ailleurs il eft tout autre
chofe que ce que le titre femble
tre , nous ne pouvons nous difpenfer ,
attendu fa fingularité , d'en donner l'Extrait,
& nous pouvons affurer par avance
qu'il feroit très-injufte de le juger fur
l'Affiche . On connoît bien des Elegies
, mais on ne connoît pas celles - cy ;
elles font prefque toutes ennuyeufes , &
celles-cy ne le font pas.
promet-
Il n'y a qu'une voix parmi les gens de
Lettre fur le Difcours ; tous l'ont approuvé:
il eft du nombre de ceux dont on
ne peut guere faire l'Extrait qu'en les
défigurant , & qu'on eft obligé de copier
pour en donner l'idée . On démêle fans
peine les beautez qui fe trouvent noïées
dans un Ouvrage , quand il eft fait avec
art , on craint toujours d'en perdre quelqu'une.
M. le Blanc commence par juftifier le
deffein qu'il a pris de traiter de l'Elegie
par la neceffité où il eft de faire voir l'in
-
II. Vol.
justice
DECEMBRE . 1730. 288 9.
juftice du mépris que quelques-uns ont
eu jufqu'ici pour ce Poëme. Par fa nature
elle n'eft autre chofe que la plainte d'un
amour mécontent.
Grand fond pour la Poëfie , la plainte
étant fi naturelle à l'homme . Et une plainte
amoureuſe ne peut qu'être interreffante.
Le IV. Livre de Virgile , le Monologue
d'Amarillis dans le Paftor Fido ,
Berenice , toutes nos Tragedies enfin en
font de fûrs garants. Un homme malheureux
dans fon amour , dit l'Auteur , une
femme traversée dans fa paſſion , ſçauront
toujours nous attendrir , pourvû qu'ils fçachent
fe plaindre. Tout le monde s'intereffe
au fort des malheureux , fouvent même de
ceux qui méritent de l'être , & c. Nous n'aimonspas,
continue-il , qu'un autre nous vante
fon bonheur, parce qu'il fe met , pour ainfi
dire, au-deffus de nous nous nous plaifons
à lui entendre raconter fes infortunes , parce
qu'il femble par-là reconnoître notre fuperiorité.
Il nous prend pour Juges entre le fort
& lui. Voilà comme notre amour propre eft
la caufe de tous nos mouvemens & la ſource
de tous nos plaifirs . Mais quand on eft malbeureux
fans l'avoir merité , on eft für d'être
plaint , d'être aimé , fouvent même d'être admiré.
Je dirois volontiers que pour un honnête
homme , c'est une espece de bonheur que
d'être malheureux . Voilà , felon l'Auteur ,
II. Vol. се
Fij
2890 MERCURE DE FRANCE
ce qui caufe l'interêt que l'on prend à
la Tragédie, & ce qui par confequent doit
caufer celui de l'Elegie.
M. le Blanc explique enfuite les condi
tions qu'elle doit avoir pour produire ces
effets. Il exige fur tout qu'elle foit naturelle
& remplie de fentimens, & rejette
tous les ornemens frivoles dont la Poëfic
eft quelquefois fufceptible , & où l'efprit
a plus de part que le coeur. Il faut ,
dit- il , de la tendreffe & non de la fadeur,
de la délicateffe & non de l'affectation.
Il faut que le coeur feul parle dans l'Elegie.
Après cela l'Auteur expofe les fujets
dont elle eft fufceptible , & paffe tout
de fuite à l'examen des Auteurs Elegiaques
, tant anciens que modernes. Après
avoir rendu juſtice aux Elegiaques Latins ,
Tibulle , Properce , Ovide , il cherche
la caufe du peu de fuccès des Auteurs
François en ce genre ; & la raifon qu'il
en donne , c'est que les veritables Poëtes ne
font des Elegies que lorfqu'ils ne font encore
qu'écoliers , & que ceux qui ne le font pas
Je flatent trop aifément d'y réuffir. Les uns
la regardent comme le Rudiment de la Poëfie,
les autres comme l'Alphabet ; mais
les uns les autres fe trompent & l'aviliffent
, &c.
L'Auteur prévient enfuite l'accufation
11. Vol. qu'on
DECEMBRE. 1730. 2891
qu'on pourroit lui faire de la témericé
qu'il y a de courir une carrière ſi funeſte
à tant d'autres. Leurs fautes , dit-il , m'ont
tenu lieu d'inftruction . Du moins , continuë-
t'il , je me fuis flaté qu'on me tiendroit
quelque compte de ce qu'en peignant les
paffions amoureuses , je ne l'ai pas fait d'une
maniere quifut capable deféduire . On écoute
volontiers les leçons des Poëtes : ils ne font
nififeveres que les Théologiens,ni fi fecs que
Les Philofophes. Enfin les hommes ne veulent
point de Maîtres & les Poëtes le font
fans le paroître. Il ajoûte à cela plufieurs
autres réfléxions auffi folides qu'ingenieuſes.
Comme dans les Elegies le ftile & le
fond , tout eft nouveau , il dit les taifons
qui l'ont porté à peindre les violence's
de l'amour plutôt que fes douleurs. Le
veritable but de la Poëfie , de quelque efpece
qu'elle foit , dit M. le Blanc , doit tendre à
corriger les hommes. Un Poëte doit faire refpecter
& aimer la vertu , hair & fuir le
vice , plaindre& appréhender les foibleffes :
& des Elegies doucereufes , qui feroient
affez bonnes pour fe faire lire , opéreroient
tout le contraire. L'amour eft tel qu'on ne
peut en parler fans l'infpirer , ou fans le faire
craindre. Qu'on nous le reprefente dans fa
naiffance , ce n'est que jeu , que badinage ,
que plaifir ; quoi de plus féduifant ? Dan's
II. Vol. Fiij fes
2892 MERCURE DE FRANCE
fes excès ce n'eft que pleurs , qu'ennuis , que
defefpoirs quoi de plus terrible !
....
Il n'a fait parler que des femmes dans
fes Elegies, & voici pourquoi : Le langage
de l'amourfied bien mieux dans leur bouche
Et elles en pouffent la délicateſſe &
les violences à un plus haut point que nous.
C'est ce qu'un Poëte doit obferver dans fes
Ouvrages. Et delà vient que Corneille , de
même que Virgile , donne plutôt les excès
d'amour aux femmes qu'aux hommes , de
peur de dégrader fes Heros , & c.
Quoiqu'il n'y ait pas de Livre où l'on
n'ait parlé de l'Amour & des femmes &
que la matiere paroiffe devoir être épuifée
, le Difcours de M. le Blanc contient
des chofes fi neuves & fi fenfées , que
nous ne pouvons nous empêcher d'en
copier ici quelques morceaux.
Elles ont tant de peine , dit-il , à avoйer
qu'elles aiment , que fouvent elles en donnent
des marques avant que d'en convenir. Mais
une femme qui fait tant que d'aimer & de
de le dire , veut abfolument être aimée , &
quand même elle vous aimeroit fans votre
confentement , c'est un crime envers elles que
de n'avoir pas du retour .
Enfin l'honneur qui leur deffend l'amour,
leur doit encor infpirer desfentimens pluo vifs:
ce n'est que le retourqu'on a pour leur tendreffe
qui peut les raffurerfur ce point.... Une femme
II. Vol.
me
DECEMBRE. 1730. 2893 "
qui n'aime pas un homme dont elle eft aimée ,
croit qu'elle ne fait que fondevoir. En aimet-
elle un autre & fans trouverdu retouric'eft un
affront , c'est une injustice , c'est un crime
qui merite la mort. Manque -t-elle de foi
envers fon Amant ? qu'il s'en confole. En
manque-t'il envers elle ? qu'il prenne garde
à lui. Le Sexe alors quitte toute fa foibleffe
& devient intrépide : fa haine eft irréconciliable
& fa vengeance à craindre.
Les premieres impreffions que les femmes
reçoivent , ce font les defirs ; elles en ontlors
même qu'elles en ignorent encore le but
& bientôt après ellespeuvent êtrefans Amans
mais non pas fans amour. Enfin toutes les
femmes n'aiment pas , mais toutes aiment a
aimer: & quand elles n'auroient pas reçu de
la Nature ce penchant à la tendreffe , l'éducation
& l'habitude le leur inspireroient.
L'amourfait leur unique occupation dés leur
tendre enfance , car envain teur deffend-on
d'aimer en leur apprenant les moyens deplaire
, & c.
Nous fommes obligez malgré nous de
rous en tenir là pour parler des Elegies
mêmes . Elles font au nombre de douze
d'environ cent Vers chacune ; & malgré
des bornes fi étroites , toutes très- intereffantes
, on les pourroit à bon droit nommer
des Monologes de Tragedie. Le Lecteur
en jugera par les deux dont nous
II. Vol.
F iiij allons
2894 MERCURE DE FRANCE
allons faire l'Extrait : le choix , au refte ,
nous a fort embarraffez & nous avons
prefque été contraints de nous en remettre
au hazard.
Fulvie , qui eft la IV. eft une Amante
qui fe plaint de la trahison de fon Amant,
qu'elle vient de furprendre dans le tems
qu'il engageoit fa foi à une autre. Elle
commence ainſi :
Où fuis -je ? Dieux , pourquoi me rendez - vous
la vie !
De quels nouveaux tourmens fera-t'elle fuivie
Après le coup affreux qui vient de m'accabler,
A la vie , aux douleurs . Pourquoi me rappeller,
Ah ! perfide Créon , &c.
Voici comme elle continue fes plaintes.
Aux pieds de ma Rivale, oui, c'eft là que le traître,
Lui juroit une foi dont il n'étoit plus maître ,
Lui promettoit de vivre à jamais fous fa Loi ,
De ne me plus revoir , de renoncer à moi ;
Et lorfque j'aurois dû par la mort la plus promte
Effacer dans fon fang & fon crime & ma honte ,
Ma force m'abandonne. Helas ! mon foible coeur,
Au lieu de fe venger, fuccombe à ſon malheur,&c.
Delà elle paffe à des Projets de fa vengeance
que fa tendreffe lui empêche toujours
d'executer : elle veut lui pardonner,
mais enfin la fureur l'emporte fur la foiblefle.
Qüi ,
DECEMBRE. 1730. 2895
Oui , je veux que ma main à tous les deux fatale
Immole entre tes bras mon indigne Rivale ,
Pour lui donner ton coeur tu fçûs me l'arracher ,
Ingrat , c'eft dans le tien que je l'irai chercher
, &c.
On y trouve de tems en tems des morceaux
de la plus grande force ; le Lecteur
en jugera par celui - cy.
Mon fexe dangereux , quoique foible & timide,
Outré dans fon amour fut toûjours intrépide ;
Les meurtres , les poiſons , mille crimes divers
N'ont que trop par nos mains effrayé l'Univers.
3
Fulvie continue & termine cette Elegie
fur le ton qu'elle l'a commencée , c'est - àdire,
par des emportemens qui ne fieroient
pas mal dans la bouche même d'Hermione
, & que Racine peut-être n'auroit pas
defavoüés.
Déja par les fureurs où mon ame s'emporte ,
La haine dans mon coeur fe montre la plus forte
La pitié , les remords lui font place à leur tour ,
Et je fens à la fin que je n'ai plus d'amour .
Où du moins fi. c'eſt lui , qui malgré moi m'entraîne
,
C'est un amour cent fois plus cruel que là haîner
Moi -même en cet inftant, il me glace d'horreur
Ah ! cet excès d'amour en eft un de fureur.
II. Vol. C'cx F v
2896 MERCURE DE FRANCE
C'en eft fait . Livrons - nous aux tranſports de ma
rage ,
Et c'eft peu du trépas de celle qui m'outrage ,
Il faut punir l'ingrat qui vient de me trahir ,
Du moins de ce qu'envain je voudrois le haïr ,
L'un pour l'autre ils ont beau ſe
vivre ,
promettre de
Ils mourront , & contente auffi- tôt de les fuivre ,
Moi-même de mes jours je romprai le lien ,
Pour punir leur amour & contenter le mien .
On voit par ce morceau feul que des
Elégies de cette elpece doivent produire
toute autre chofe que l'ennui , & que
par l'interêt que le coeur y prend & la
chaleur dont elles font écrites , elles pourroient
bien plutôt operer l'infomnie.
M. le Blanc qui a intitulé Thamire la
onziéme Elegie , y reprefente une femme
extrémement aimable , & éperdument
amoureuſe de fon époux , qui après avoir
paffé trois ans avec elle dans une union
& une joye parfaite , a été obligé de la
quitter pour fuivre la gloire & fervir fon
Roi. Il y a long- tems qu'elle n'a reçû
de fes nouvelles uniquement occupée à
le regretter , elle fait un fonge qui l'effraye
, c'eft dans cette fituation qu'elle
lui écrit. Nous paffons mille chofes trèstouchantes
& très - patéthiques , comme
la Relation du fonge , les marques de
II. Vola tendreffe
DECEMBRE. 1730. 2897
tendreffe qu'elle lui donne , pour donner
tout entier un morceau où le Poëte
exprime avec tant de force les avantages
de l'amour conjugal .
Non ce n'eft qu'un lien fi faint , fi légitime ,
Qui peut nous rendre heareux . Que procure le
crime ?
Des momens de plaifir courts & tumultueux :
Le vrai bonheur eſt fait pour les coeurs vertueux.
L'Amour qui joint deux coeurs également fideles,
Reçoit de la vertu mille graces nouvelles ,
Qui nous charment toujours , ne nous laffent
jamais.
L'innocence peut feule en conferver la paix ;
Rien ne l'altere alors . L'objet que l'on poffede
Ne refroidit qu'autant qu'un autre lui fuccede ;
Les defirs fatisfaits tariffent les plaifirs ,
*
Mais tant qu'on s'aime on a toujours mille
defirs.
La plainte que Thamire ajoûte fur ce
que la gloire , fon unique Rivale , lui a
enlevé fon époux , ne font pas moins
touchantes . Delà elle paffe à des Refićxions
fur la valeur de fon époux , fur
le péril qu'il court , fur le fort des armes,
elle lui rappelle la tendreffe de leurs
adieux , qui font du moins auffi touchans
que ceux d'Hector & d'Andromaque ;
enfin elle finit en le priant de ne pas
II. Vol. F vj tarder
2898 MERCURE DE FRANCE
tarder à lui donner de fes nouvelles.
Ce Tableau fi touchant de la tendreffe
conjugale , n'eft pas la feule Piece accomplie
de ce Recueil . La XII. Elegie eft encore
une espece de chef-d'oeuvre en ce
genre. C'eft la plainte d'une fille que fes
parens ont faite Religieufe avant que l'â
ge lui eût donné le tems de connoître le
monde. L'Amour vient la troubler au
' fond de fa retraite , les combats qui fe
livrent dans fon coeur , entre la vertu &
la paffion , la déchirent de mille remords ;
mais enfin la vertu triomphe & calme le
defordre de fon ame. Ce fujet , tout délicat
qu'il paroît , eft très heureuſement
manié , les moeurs y font obfervées & la
Religion même n'en devient que plus ref
pectable.
Les autres Elegies & les Poëfies diverfes
qui font à la fuite , contiennent beaucoup
d'autres beautez que nous ne pouvons
renfermer dans les bornes d'un Extrait
; ainfi nous laifferons au Public la
fatisfaction de les voir & de les examinier
dans leur veritable place. Il y a
long- tems qu'on n'a imprimé de Livre de
Poëlie dont le titre promît moins de fuccès,
& qui en doive avoir un plus grand.
Il est dédié à S. A. S. Monfeigneur le
Comte de Clermont , & on ne fera pas
fâché de voir ici les Vers que M. le Blane
II. Vol.
cut
DECEMBRE. 1730. 2899
eut l'honneur de lire à S. A. S. le jour
qu'il lui préfenta fon Ouvrage , d'autant
plus qu'ils ne font imprimez nulle
>
>
part..
Jeune fur les bords du Permeffe ,
J'ai chanté des Sujets divers ,
Et ce font aujourd'hui ces Vers ,
Que je confacre à Votre Alteffe ;
Mais mes efforts font impuiffans
GRAND PRINCE , quand je veux décrire
Tant de vertus qu'en vous j'admire ,
Et qui méritent notre encens ;
Au fen que mon zele m'inſpire
Ma Mufe ne fçauroit fuffire :
Rien n'exprime ce que je fens..
Ainfi déplorant ma foibleffe ,
Je ne m'en prens qu'à ma jeuneffe ,.
Et telle eft notre vanité ;
Oui, PRINCE , fur tout à mon âge ,
Tout paroît manquer de courage ,
Et même l'incapacité.
Peut être d'un orgueil extrême ,.
Pourrois-je encore être repris ,
Et c'eft paroître trop furpris ,
De ma foibleffe & de moi-même..
Car enfin Virgile autrefois ,
Avant que de chanter d'Augufte ,.
Et les Vertus & les Exploits,
II. Vol
2990 MERCURE DE FRANCE
"
A Coridon prêta ſa voix ,
Et fouvent fous un tendre Arbufte ,
Chanta les Bergers & leurs Loix.
•
Devois- je montrer plus d'audace ?
Toutes fois fi quelque fuccès ,
Couronnoit mes foibles Effais ,
Si moi- même fur le Parnaſſe ,
J'obtenois un jour une place ,
Prince , je n'y chanterois plus ,
Que vos bienfaits & vos Vertus.
Difcours fur ce genre de Poëfie & quelques
autres Pieces du même Auteur. A
Paris , chez Chaubert , à l'entrée du Quay
des Auguftins , 1731. in 12. de 163. pages.
Cet Ouvrage eft de M. le Blanc , de la
Societé Académique des Arts , déja con-
II Vol.
F nu .
2888 MERCURE DE FRANCE
nu par plufieurs petites Pieces , tant en
Prole qu'en Vers , imprimées dans nos
Mercures , dans le Journal des Sçavans , les
Memoires de Litterature & autres femblables
Recueils , qui depuis long- temps
avoient donné lieu au Public d'attendre
de l'Auteur ce qui en paroît aujourd'hui.
Comme cet Ouvrage eft tout à fait nouveau
, & que d'ailleurs il eft tout autre
chofe que ce que le titre femble
tre , nous ne pouvons nous difpenfer ,
attendu fa fingularité , d'en donner l'Extrait,
& nous pouvons affurer par avance
qu'il feroit très-injufte de le juger fur
l'Affiche . On connoît bien des Elegies
, mais on ne connoît pas celles - cy ;
elles font prefque toutes ennuyeufes , &
celles-cy ne le font pas.
promet-
Il n'y a qu'une voix parmi les gens de
Lettre fur le Difcours ; tous l'ont approuvé:
il eft du nombre de ceux dont on
ne peut guere faire l'Extrait qu'en les
défigurant , & qu'on eft obligé de copier
pour en donner l'idée . On démêle fans
peine les beautez qui fe trouvent noïées
dans un Ouvrage , quand il eft fait avec
art , on craint toujours d'en perdre quelqu'une.
M. le Blanc commence par juftifier le
deffein qu'il a pris de traiter de l'Elegie
par la neceffité où il eft de faire voir l'in
-
II. Vol.
justice
DECEMBRE . 1730. 288 9.
juftice du mépris que quelques-uns ont
eu jufqu'ici pour ce Poëme. Par fa nature
elle n'eft autre chofe que la plainte d'un
amour mécontent.
Grand fond pour la Poëfie , la plainte
étant fi naturelle à l'homme . Et une plainte
amoureuſe ne peut qu'être interreffante.
Le IV. Livre de Virgile , le Monologue
d'Amarillis dans le Paftor Fido ,
Berenice , toutes nos Tragedies enfin en
font de fûrs garants. Un homme malheureux
dans fon amour , dit l'Auteur , une
femme traversée dans fa paſſion , ſçauront
toujours nous attendrir , pourvû qu'ils fçachent
fe plaindre. Tout le monde s'intereffe
au fort des malheureux , fouvent même de
ceux qui méritent de l'être , & c. Nous n'aimonspas,
continue-il , qu'un autre nous vante
fon bonheur, parce qu'il fe met , pour ainfi
dire, au-deffus de nous nous nous plaifons
à lui entendre raconter fes infortunes , parce
qu'il femble par-là reconnoître notre fuperiorité.
Il nous prend pour Juges entre le fort
& lui. Voilà comme notre amour propre eft
la caufe de tous nos mouvemens & la ſource
de tous nos plaifirs . Mais quand on eft malbeureux
fans l'avoir merité , on eft für d'être
plaint , d'être aimé , fouvent même d'être admiré.
Je dirois volontiers que pour un honnête
homme , c'est une espece de bonheur que
d'être malheureux . Voilà , felon l'Auteur ,
II. Vol. се
Fij
2890 MERCURE DE FRANCE
ce qui caufe l'interêt que l'on prend à
la Tragédie, & ce qui par confequent doit
caufer celui de l'Elegie.
M. le Blanc explique enfuite les condi
tions qu'elle doit avoir pour produire ces
effets. Il exige fur tout qu'elle foit naturelle
& remplie de fentimens, & rejette
tous les ornemens frivoles dont la Poëfic
eft quelquefois fufceptible , & où l'efprit
a plus de part que le coeur. Il faut ,
dit- il , de la tendreffe & non de la fadeur,
de la délicateffe & non de l'affectation.
Il faut que le coeur feul parle dans l'Elegie.
Après cela l'Auteur expofe les fujets
dont elle eft fufceptible , & paffe tout
de fuite à l'examen des Auteurs Elegiaques
, tant anciens que modernes. Après
avoir rendu juſtice aux Elegiaques Latins ,
Tibulle , Properce , Ovide , il cherche
la caufe du peu de fuccès des Auteurs
François en ce genre ; & la raifon qu'il
en donne , c'est que les veritables Poëtes ne
font des Elegies que lorfqu'ils ne font encore
qu'écoliers , & que ceux qui ne le font pas
Je flatent trop aifément d'y réuffir. Les uns
la regardent comme le Rudiment de la Poëfie,
les autres comme l'Alphabet ; mais
les uns les autres fe trompent & l'aviliffent
, &c.
L'Auteur prévient enfuite l'accufation
11. Vol. qu'on
DECEMBRE. 1730. 2891
qu'on pourroit lui faire de la témericé
qu'il y a de courir une carrière ſi funeſte
à tant d'autres. Leurs fautes , dit-il , m'ont
tenu lieu d'inftruction . Du moins , continuë-
t'il , je me fuis flaté qu'on me tiendroit
quelque compte de ce qu'en peignant les
paffions amoureuses , je ne l'ai pas fait d'une
maniere quifut capable deféduire . On écoute
volontiers les leçons des Poëtes : ils ne font
nififeveres que les Théologiens,ni fi fecs que
Les Philofophes. Enfin les hommes ne veulent
point de Maîtres & les Poëtes le font
fans le paroître. Il ajoûte à cela plufieurs
autres réfléxions auffi folides qu'ingenieuſes.
Comme dans les Elegies le ftile & le
fond , tout eft nouveau , il dit les taifons
qui l'ont porté à peindre les violence's
de l'amour plutôt que fes douleurs. Le
veritable but de la Poëfie , de quelque efpece
qu'elle foit , dit M. le Blanc , doit tendre à
corriger les hommes. Un Poëte doit faire refpecter
& aimer la vertu , hair & fuir le
vice , plaindre& appréhender les foibleffes :
& des Elegies doucereufes , qui feroient
affez bonnes pour fe faire lire , opéreroient
tout le contraire. L'amour eft tel qu'on ne
peut en parler fans l'infpirer , ou fans le faire
craindre. Qu'on nous le reprefente dans fa
naiffance , ce n'est que jeu , que badinage ,
que plaifir ; quoi de plus féduifant ? Dan's
II. Vol. Fiij fes
2892 MERCURE DE FRANCE
fes excès ce n'eft que pleurs , qu'ennuis , que
defefpoirs quoi de plus terrible !
....
Il n'a fait parler que des femmes dans
fes Elegies, & voici pourquoi : Le langage
de l'amourfied bien mieux dans leur bouche
Et elles en pouffent la délicateſſe &
les violences à un plus haut point que nous.
C'est ce qu'un Poëte doit obferver dans fes
Ouvrages. Et delà vient que Corneille , de
même que Virgile , donne plutôt les excès
d'amour aux femmes qu'aux hommes , de
peur de dégrader fes Heros , & c.
Quoiqu'il n'y ait pas de Livre où l'on
n'ait parlé de l'Amour & des femmes &
que la matiere paroiffe devoir être épuifée
, le Difcours de M. le Blanc contient
des chofes fi neuves & fi fenfées , que
nous ne pouvons nous empêcher d'en
copier ici quelques morceaux.
Elles ont tant de peine , dit-il , à avoйer
qu'elles aiment , que fouvent elles en donnent
des marques avant que d'en convenir. Mais
une femme qui fait tant que d'aimer & de
de le dire , veut abfolument être aimée , &
quand même elle vous aimeroit fans votre
confentement , c'est un crime envers elles que
de n'avoir pas du retour .
Enfin l'honneur qui leur deffend l'amour,
leur doit encor infpirer desfentimens pluo vifs:
ce n'est que le retourqu'on a pour leur tendreffe
qui peut les raffurerfur ce point.... Une femme
II. Vol.
me
DECEMBRE. 1730. 2893 "
qui n'aime pas un homme dont elle eft aimée ,
croit qu'elle ne fait que fondevoir. En aimet-
elle un autre & fans trouverdu retouric'eft un
affront , c'est une injustice , c'est un crime
qui merite la mort. Manque -t-elle de foi
envers fon Amant ? qu'il s'en confole. En
manque-t'il envers elle ? qu'il prenne garde
à lui. Le Sexe alors quitte toute fa foibleffe
& devient intrépide : fa haine eft irréconciliable
& fa vengeance à craindre.
Les premieres impreffions que les femmes
reçoivent , ce font les defirs ; elles en ontlors
même qu'elles en ignorent encore le but
& bientôt après ellespeuvent êtrefans Amans
mais non pas fans amour. Enfin toutes les
femmes n'aiment pas , mais toutes aiment a
aimer: & quand elles n'auroient pas reçu de
la Nature ce penchant à la tendreffe , l'éducation
& l'habitude le leur inspireroient.
L'amourfait leur unique occupation dés leur
tendre enfance , car envain teur deffend-on
d'aimer en leur apprenant les moyens deplaire
, & c.
Nous fommes obligez malgré nous de
rous en tenir là pour parler des Elegies
mêmes . Elles font au nombre de douze
d'environ cent Vers chacune ; & malgré
des bornes fi étroites , toutes très- intereffantes
, on les pourroit à bon droit nommer
des Monologes de Tragedie. Le Lecteur
en jugera par les deux dont nous
II. Vol.
F iiij allons
2894 MERCURE DE FRANCE
allons faire l'Extrait : le choix , au refte ,
nous a fort embarraffez & nous avons
prefque été contraints de nous en remettre
au hazard.
Fulvie , qui eft la IV. eft une Amante
qui fe plaint de la trahison de fon Amant,
qu'elle vient de furprendre dans le tems
qu'il engageoit fa foi à une autre. Elle
commence ainſi :
Où fuis -je ? Dieux , pourquoi me rendez - vous
la vie !
De quels nouveaux tourmens fera-t'elle fuivie
Après le coup affreux qui vient de m'accabler,
A la vie , aux douleurs . Pourquoi me rappeller,
Ah ! perfide Créon , &c.
Voici comme elle continue fes plaintes.
Aux pieds de ma Rivale, oui, c'eft là que le traître,
Lui juroit une foi dont il n'étoit plus maître ,
Lui promettoit de vivre à jamais fous fa Loi ,
De ne me plus revoir , de renoncer à moi ;
Et lorfque j'aurois dû par la mort la plus promte
Effacer dans fon fang & fon crime & ma honte ,
Ma force m'abandonne. Helas ! mon foible coeur,
Au lieu de fe venger, fuccombe à ſon malheur,&c.
Delà elle paffe à des Projets de fa vengeance
que fa tendreffe lui empêche toujours
d'executer : elle veut lui pardonner,
mais enfin la fureur l'emporte fur la foiblefle.
Qüi ,
DECEMBRE. 1730. 2895
Oui , je veux que ma main à tous les deux fatale
Immole entre tes bras mon indigne Rivale ,
Pour lui donner ton coeur tu fçûs me l'arracher ,
Ingrat , c'eft dans le tien que je l'irai chercher
, &c.
On y trouve de tems en tems des morceaux
de la plus grande force ; le Lecteur
en jugera par celui - cy.
Mon fexe dangereux , quoique foible & timide,
Outré dans fon amour fut toûjours intrépide ;
Les meurtres , les poiſons , mille crimes divers
N'ont que trop par nos mains effrayé l'Univers.
3
Fulvie continue & termine cette Elegie
fur le ton qu'elle l'a commencée , c'est - àdire,
par des emportemens qui ne fieroient
pas mal dans la bouche même d'Hermione
, & que Racine peut-être n'auroit pas
defavoüés.
Déja par les fureurs où mon ame s'emporte ,
La haine dans mon coeur fe montre la plus forte
La pitié , les remords lui font place à leur tour ,
Et je fens à la fin que je n'ai plus d'amour .
Où du moins fi. c'eſt lui , qui malgré moi m'entraîne
,
C'est un amour cent fois plus cruel que là haîner
Moi -même en cet inftant, il me glace d'horreur
Ah ! cet excès d'amour en eft un de fureur.
II. Vol. C'cx F v
2896 MERCURE DE FRANCE
C'en eft fait . Livrons - nous aux tranſports de ma
rage ,
Et c'eft peu du trépas de celle qui m'outrage ,
Il faut punir l'ingrat qui vient de me trahir ,
Du moins de ce qu'envain je voudrois le haïr ,
L'un pour l'autre ils ont beau ſe
vivre ,
promettre de
Ils mourront , & contente auffi- tôt de les fuivre ,
Moi-même de mes jours je romprai le lien ,
Pour punir leur amour & contenter le mien .
On voit par ce morceau feul que des
Elégies de cette elpece doivent produire
toute autre chofe que l'ennui , & que
par l'interêt que le coeur y prend & la
chaleur dont elles font écrites , elles pourroient
bien plutôt operer l'infomnie.
M. le Blanc qui a intitulé Thamire la
onziéme Elegie , y reprefente une femme
extrémement aimable , & éperdument
amoureuſe de fon époux , qui après avoir
paffé trois ans avec elle dans une union
& une joye parfaite , a été obligé de la
quitter pour fuivre la gloire & fervir fon
Roi. Il y a long- tems qu'elle n'a reçû
de fes nouvelles uniquement occupée à
le regretter , elle fait un fonge qui l'effraye
, c'eft dans cette fituation qu'elle
lui écrit. Nous paffons mille chofes trèstouchantes
& très - patéthiques , comme
la Relation du fonge , les marques de
II. Vola tendreffe
DECEMBRE. 1730. 2897
tendreffe qu'elle lui donne , pour donner
tout entier un morceau où le Poëte
exprime avec tant de force les avantages
de l'amour conjugal .
Non ce n'eft qu'un lien fi faint , fi légitime ,
Qui peut nous rendre heareux . Que procure le
crime ?
Des momens de plaifir courts & tumultueux :
Le vrai bonheur eſt fait pour les coeurs vertueux.
L'Amour qui joint deux coeurs également fideles,
Reçoit de la vertu mille graces nouvelles ,
Qui nous charment toujours , ne nous laffent
jamais.
L'innocence peut feule en conferver la paix ;
Rien ne l'altere alors . L'objet que l'on poffede
Ne refroidit qu'autant qu'un autre lui fuccede ;
Les defirs fatisfaits tariffent les plaifirs ,
*
Mais tant qu'on s'aime on a toujours mille
defirs.
La plainte que Thamire ajoûte fur ce
que la gloire , fon unique Rivale , lui a
enlevé fon époux , ne font pas moins
touchantes . Delà elle paffe à des Refićxions
fur la valeur de fon époux , fur
le péril qu'il court , fur le fort des armes,
elle lui rappelle la tendreffe de leurs
adieux , qui font du moins auffi touchans
que ceux d'Hector & d'Andromaque ;
enfin elle finit en le priant de ne pas
II. Vol. F vj tarder
2898 MERCURE DE FRANCE
tarder à lui donner de fes nouvelles.
Ce Tableau fi touchant de la tendreffe
conjugale , n'eft pas la feule Piece accomplie
de ce Recueil . La XII. Elegie eft encore
une espece de chef-d'oeuvre en ce
genre. C'eft la plainte d'une fille que fes
parens ont faite Religieufe avant que l'â
ge lui eût donné le tems de connoître le
monde. L'Amour vient la troubler au
' fond de fa retraite , les combats qui fe
livrent dans fon coeur , entre la vertu &
la paffion , la déchirent de mille remords ;
mais enfin la vertu triomphe & calme le
defordre de fon ame. Ce fujet , tout délicat
qu'il paroît , eft très heureuſement
manié , les moeurs y font obfervées & la
Religion même n'en devient que plus ref
pectable.
Les autres Elegies & les Poëfies diverfes
qui font à la fuite , contiennent beaucoup
d'autres beautez que nous ne pouvons
renfermer dans les bornes d'un Extrait
; ainfi nous laifferons au Public la
fatisfaction de les voir & de les examinier
dans leur veritable place. Il y a
long- tems qu'on n'a imprimé de Livre de
Poëlie dont le titre promît moins de fuccès,
& qui en doive avoir un plus grand.
Il est dédié à S. A. S. Monfeigneur le
Comte de Clermont , & on ne fera pas
fâché de voir ici les Vers que M. le Blane
II. Vol.
cut
DECEMBRE. 1730. 2899
eut l'honneur de lire à S. A. S. le jour
qu'il lui préfenta fon Ouvrage , d'autant
plus qu'ils ne font imprimez nulle
>
>
part..
Jeune fur les bords du Permeffe ,
J'ai chanté des Sujets divers ,
Et ce font aujourd'hui ces Vers ,
Que je confacre à Votre Alteffe ;
Mais mes efforts font impuiffans
GRAND PRINCE , quand je veux décrire
Tant de vertus qu'en vous j'admire ,
Et qui méritent notre encens ;
Au fen que mon zele m'inſpire
Ma Mufe ne fçauroit fuffire :
Rien n'exprime ce que je fens..
Ainfi déplorant ma foibleffe ,
Je ne m'en prens qu'à ma jeuneffe ,.
Et telle eft notre vanité ;
Oui, PRINCE , fur tout à mon âge ,
Tout paroît manquer de courage ,
Et même l'incapacité.
Peut être d'un orgueil extrême ,.
Pourrois-je encore être repris ,
Et c'eft paroître trop furpris ,
De ma foibleffe & de moi-même..
Car enfin Virgile autrefois ,
Avant que de chanter d'Augufte ,.
Et les Vertus & les Exploits,
II. Vol
2990 MERCURE DE FRANCE
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A Coridon prêta ſa voix ,
Et fouvent fous un tendre Arbufte ,
Chanta les Bergers & leurs Loix.
•
Devois- je montrer plus d'audace ?
Toutes fois fi quelque fuccès ,
Couronnoit mes foibles Effais ,
Si moi- même fur le Parnaſſe ,
J'obtenois un jour une place ,
Prince , je n'y chanterois plus ,
Que vos bienfaits & vos Vertus.
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Résumé : Elegies de M. L. B. C. avec un Discours sur ce genre de Poesie, & quelques autres Piéces, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Élégies' de M. le Blanc, membre de la Société Académique des Arts, a été publié à Paris en 1731. Il comprend un discours sur le genre de la poésie élégiaque et plusieurs pièces de l'auteur. Contrairement aux élégies habituellement ennuyeuses, celles-ci ne le sont pas. Le discours de M. le Blanc sur l'élégie a été unanimement approuvé par les gens de lettres. Il justifie le mépris souvent réservé à ce genre de poésie, qu'il définit comme la plainte d'un amour mécontent. Il souligne que la plainte est naturelle à l'homme et qu'une plainte amoureuse est toujours intéressante, citant des exemples comme le IVe Livre de Virgile et le 'Pastor Fido'. M. le Blanc explique que l'élégie doit être naturelle et remplie de sentiments, rejetant les ornements frivoles. Il rend hommage aux élégiaques latins comme Tibulle, Properce et Ovide, et critique les auteurs français qui ne réussissent pas dans ce genre, souvent parce qu'ils le considèrent comme un rudiment de la poésie. L'auteur affirme que les erreurs des autres lui ont servi d'instruction et que le véritable but de la poésie est de corriger les hommes et de faire respecter la vertu. Les élégies de M. le Blanc se distinguent par leur style et leur fond nouveaux. Il choisit de peindre les violences de l'amour plutôt que ses douleurs, estimant que l'amour doit inspirer soit l'amour, soit la crainte. Il fait parler uniquement des femmes dans ses élégies, car le langage de l'amour convient mieux à leur bouche. L'ouvrage contient douze élégies, chacune d'environ cent vers, qualifiées de 'monologues de tragédie'. Deux extraits sont présentés : l'élégie 'Fulvie', où une amante se plaint de la trahison de son amant, et l'élégie 'Thamire', où une femme exprime son amour pour son époux parti à la guerre. Ces élégies sont marquées par des sentiments forts et des réflexions profondes sur l'amour et la vertu. Le recueil contient également d'autres élégies et poèmes divers, riches en beautés. Il est dédié à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Comte de Clermont. Le poète exprime son admiration et son incapacité à décrire les vertus du prince, comparant son propre manque de courage à sa jeunesse. Il mentionne que Virgile, avant de chanter les exploits d'Auguste, avait chanté les bergers et leurs lois, suggérant humblement qu'il espère un jour pouvoir chanter les bienfaits et les vertus du prince s'il obtient du succès.
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42
p. 427-428
SUR UNE GAGEURE.
Début :
En voyant mille attraits parer votre visage, [...]
Mots clefs :
Gageure, Mariage, Victoire, Beauté, Hyménée , Vertu, Destinée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UNE GAGEURE.
SUR UNE GAGEURE..
EN voyant mille attraits parer votre visage ,
Et mille Amans à vos genoux ;
Je gageai que le mariage ,
Etoit , belle Caton , à quatre pas de vous :
Et qu'avant la fin de l'année ,
Le charmant Dieu de l'Hymenée ,
Formant pour vous les noeuds les plus beaux ,
plus doux ,
Uniroit votre destinée
Au plus fortuné des Epoux.
Vous fûtes assez témeraire ,
Four oser gager le contraire
Et vous l'emportez cependant ;
Ce jour où l'on se renouvelle ,
Vous trouve encore Demoiselle ,.
Vous avez gagné , je me rends.
Je sçavois bien que la victoire ,
De vous suivre en tous lieux faisoit profession }
Mais aussi qui n'auroit du croire ,
Qu'elle vous manqueroit en cette occasion ?
Vainement s'excuseroit- elle ,
Sur sa longue habitude à marcher sur vos pas ,
Ce n'étoit point ici le cas ,
De vous paroître si fidele ;
?
less
Et
428 MERCURE DE FRANCE.
Et j'ai peine à lui pardonner ,
Une si grossiere méprise ,
Car en votre personne il n'est rien qui ne dise,
Que je méritois de gagner.
On y trouve un beau caractère.
Un coeur grand , genereux , sincere ,
La vertu , l'esprit , la beauté ,
Les graces et la majesté ,
Les agrémens de la jeunesse ,
Les traits de la délicatesse ,
J'en dirois cent fois plus que j'en dirois trop peų;
Mais enfin plus je considere ,
Moins je vois comment j'ai pû faire ,
Pour perdre avec un si beau jeu.
EN voyant mille attraits parer votre visage ,
Et mille Amans à vos genoux ;
Je gageai que le mariage ,
Etoit , belle Caton , à quatre pas de vous :
Et qu'avant la fin de l'année ,
Le charmant Dieu de l'Hymenée ,
Formant pour vous les noeuds les plus beaux ,
plus doux ,
Uniroit votre destinée
Au plus fortuné des Epoux.
Vous fûtes assez témeraire ,
Four oser gager le contraire
Et vous l'emportez cependant ;
Ce jour où l'on se renouvelle ,
Vous trouve encore Demoiselle ,.
Vous avez gagné , je me rends.
Je sçavois bien que la victoire ,
De vous suivre en tous lieux faisoit profession }
Mais aussi qui n'auroit du croire ,
Qu'elle vous manqueroit en cette occasion ?
Vainement s'excuseroit- elle ,
Sur sa longue habitude à marcher sur vos pas ,
Ce n'étoit point ici le cas ,
De vous paroître si fidele ;
?
less
Et
428 MERCURE DE FRANCE.
Et j'ai peine à lui pardonner ,
Une si grossiere méprise ,
Car en votre personne il n'est rien qui ne dise,
Que je méritois de gagner.
On y trouve un beau caractère.
Un coeur grand , genereux , sincere ,
La vertu , l'esprit , la beauté ,
Les graces et la majesté ,
Les agrémens de la jeunesse ,
Les traits de la délicatesse ,
J'en dirois cent fois plus que j'en dirois trop peų;
Mais enfin plus je considere ,
Moins je vois comment j'ai pû faire ,
Pour perdre avec un si beau jeu.
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Résumé : SUR UNE GAGEURE.
Le texte décrit une gageure entre deux individus concernant le mariage de Caton. Le narrateur parie que Caton se mariera avant la fin de l'année, tandis que Caton parie le contraire. À la fin de l'année, Caton reste célibataire, remportant ainsi la gageure. Le narrateur reconnaît sa défaite et exprime son étonnement. Il souligne les nombreuses qualités admirables de Caton, telles qu'un beau caractère, un cœur généreux, de la sincérité, de la vertu, de l'esprit, de la beauté, des grâces, de la majesté, des agréments de jeunesse et des traits de délicatesse. Il se demande comment il a pu perdre la gageure malgré ces qualités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 805-806
A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
Début :
Au milieu des travaux, où brille ta prudence, [...]
Mots clefs :
Lynx, Prudence, Simplicité, Vertu, Larcins, Vice, Sphynx, Vigilance , Équité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
A M. HERAULT,
CONSEILLER D'ETAT ,
ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE
LE LYNX. Fable.
Au milieu des travaux , où brille ta prudence ,
Herault , je te demande un instant d'audiance ;
Daigne me l'accorder , et souffre que ma voix ,
Loin du monde et du bruit t'appelle dans les bois ;
D'autres pour acquerir l'honneur de ton estime ,
Pourront avec éclat prendre un essor sublime ,
Mon style manque d'art , mais sa simplicité ,
Sçait rendre à la vertu ce qu'elle a merité.
Certaine Chronique rapporte ,
Que dans une Forêt pleine d'Oiseaux divers
Et d'animaux de toute sorte ,
Entra jadis l'esprit pervers :
Aussi- tôt les larcins , les meurtres ,
Les trahisons , le brigandage ,
le
carnage ,
Y vinrent déployer leurs coupables fureurs ;
La
806 MERCURE DE FRANCE
La raison du plus fort emportoit la balance ,
Le vice triomphoit , la timide innocence ,
Perdoit ses soupirs et ses pleurs :
Sultan Lyon , dont l'ame genereuse ,
Souffroit avec chagrin de pareils attentats »»
Résolut d'extirper du sein de ses Etats ,
Cette licence dangereuse ;
Pour remplir un projet si beau ,
Il se servit du ministere
D'un Lynx qui suivoit le flambeau ,
De l'Equité la plus austere..
A son aspect les crimes confondus ,
Chercherent en vain un azile
Sa vigilance et ses soins assidus.
Rendirent la Forêt tranquille ;
Le Pigeon du Vautour méprisa la fureur ,
Et l'innocent Agneau vit le Loup sans terreur.
Sage Magistrat , cette Fable ,
N'a point l'obscurité des Enigmes du Sphynx ,
Paris de son repos à tes soins redevable ,
Verra facilement que ma Muse équitable ,
Ne songeoit qu'à toi seul en dépeignant le Lynx
I Par M.de Gastera..
CONSEILLER D'ETAT ,
ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE
LE LYNX. Fable.
Au milieu des travaux , où brille ta prudence ,
Herault , je te demande un instant d'audiance ;
Daigne me l'accorder , et souffre que ma voix ,
Loin du monde et du bruit t'appelle dans les bois ;
D'autres pour acquerir l'honneur de ton estime ,
Pourront avec éclat prendre un essor sublime ,
Mon style manque d'art , mais sa simplicité ,
Sçait rendre à la vertu ce qu'elle a merité.
Certaine Chronique rapporte ,
Que dans une Forêt pleine d'Oiseaux divers
Et d'animaux de toute sorte ,
Entra jadis l'esprit pervers :
Aussi- tôt les larcins , les meurtres ,
Les trahisons , le brigandage ,
le
carnage ,
Y vinrent déployer leurs coupables fureurs ;
La
806 MERCURE DE FRANCE
La raison du plus fort emportoit la balance ,
Le vice triomphoit , la timide innocence ,
Perdoit ses soupirs et ses pleurs :
Sultan Lyon , dont l'ame genereuse ,
Souffroit avec chagrin de pareils attentats »»
Résolut d'extirper du sein de ses Etats ,
Cette licence dangereuse ;
Pour remplir un projet si beau ,
Il se servit du ministere
D'un Lynx qui suivoit le flambeau ,
De l'Equité la plus austere..
A son aspect les crimes confondus ,
Chercherent en vain un azile
Sa vigilance et ses soins assidus.
Rendirent la Forêt tranquille ;
Le Pigeon du Vautour méprisa la fureur ,
Et l'innocent Agneau vit le Loup sans terreur.
Sage Magistrat , cette Fable ,
N'a point l'obscurité des Enigmes du Sphynx ,
Paris de son repos à tes soins redevable ,
Verra facilement que ma Muse équitable ,
Ne songeoit qu'à toi seul en dépeignant le Lynx
I Par M.de Gastera..
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Résumé : A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
Le texte est une fable dédiée à M. Hérault, conseiller d'État et lieutenant général de police. L'auteur sollicite son attention pour lui présenter une fable. Cette fable relate comment une forêt, autrefois paisible, fut perturbée par le vice, entraînant des larcins, des meurtres, des trahisons et des brigandages. Indigné par ces actes, le sultan Lyon décida d'y mettre fin. Il choisit un lynx, symbole de vigilance et d'équité, pour rétablir l'ordre. Grâce à la vigilance du lynx, la forêt retrouva la tranquillité, permettant aux animaux innocents de vivre sans crainte. L'auteur compare Hérault au lynx, soulignant que, comme ce dernier, Hérault veille sur Paris et y maintient l'ordre et la justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 1533-1535
Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Début :
LE THEATRE DES PASSIONS ET DE LA FORTUNE, ou les Aventures surprenantes [...]
Mots clefs :
Aventures, Peinture des passions, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
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Résumé : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Le texte présente deux ouvrages littéraires. Le premier, 'Le Théâtre des Passions et de la Fortune, ou les Aventures surprenantes de Rosamidor et de Théoglaphyre', est une histoire australe écrite par M. de Castera et publiée à Paris en 1731. Ce livre relate des aventures nouvelles et vise à dépeindre les passions humaines les plus intenses et leurs conséquences. L'auteur oppose le vice à divers caractères de vertu pour souligner les comportements à imiter et à éviter. Bien que présenté comme un recueil d'événements véridiques, les principaux faits sont tirés de l'histoire anecdotique du quinzième siècle, mais sont narrés sous des noms grecs et latins pour les déguiser. Par exemple, Charles Quint est nommé Laocrator, et le corsaire Barberousse est appelé Rufopogon. Cette méthode de nomination suit les exemples de Thomas Morus et Barclay. Le style de l'ouvrage est poétique, car il s'agit d'une narration faite par un philosophe indien à un jeune roi. Le second ouvrage mentionné est 'Éloge de l'Amour, dédié à Cupidon', écrit par M. A. C ** et publié à Paris en 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. [2483]-2487
EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Début :
A des Grands sans vertus, un Auteur qui veut plaire, [...]
Mots clefs :
Maréchal, Vertu, Aïeux , Trône de Louis, Vœux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Des Grands sans vertus,un Auteur
qui veut plaire ,
Les comble en les louant , d'une
gloire étrangere ,
Mais ce n'est point ainsi , puis qu'il faut l'avouer,
VILLARS , que l'on s'y prend lorsqu'on veut te
loüer ;
A ij Ta
2484 MERCURE DE FRANCE.
Ta vie offre à notre Art une riche matiere .
Je te vois tout brillant de ta propre lumiere ,
$
Tu nous suffis toi seul , et pour être vanté ,
Ton nom n'a pas besoin d'un éclat emprunté ;
Ce noble amas de faits , cette vertu suprême ,
Sans les chercher ailleurs , on les trouve en toimême.
Laissons-là tes emplois , ton rang et tes Ayeux ;
C'est par d'autres endroits que tu plaîs à nos yeux .
Depuis que le ciseau de la Parque inhumaine
Nous cut ravi Condé, Luxembourg et Turenne ,
On vit bien dans l'effroi qui courut nous glacer ,
Qu'il n'étoit que toi seul qui pût les remplacer.
Qüi , c'est toi dont l'effort repoussa ce grand
Homme , (*)
Plus outré contre nous , qu'Annibal contre Rome.
Par ta rare prudence et ton activité ,
Vingt fois dans ses desseins il fut déconcerté ;
Et chassant lesGuerriers qui couvroient nos Fromtieres
,
Tu sçus de cet Etar reculer les Barrières ; (6)
Aussi par mille Exploits non moins prompts
qu'inoüis ,
Ta valeur rassura le Trône de Louis.
Dès que son juste choix t'eut confié sa gloire ,
On te vit à grands pas courir à la victoire ;
Elle exauça tes voeux , et sensible à nos maux ,
(a) Le Prince Eugene.
(b) Lignes de Stoloffen.
Soudais
NOVEMBRE . 1731. 2485
Soudain en ta faveur revint sous nos Drapeaux.
C'est alors qu'appuyé de sa main foudroyante ,
Chez tous nos ennemis tu portas l'épouvante ;
Le Danube , la Sambre et l'Escaut et le Rhin ,
Te virent sur leurs bords paroitre en Souverain.
Quelqu'obstacle assez grand que t'oppose leur
rage ,
Rien ne peut t'arrêter , tout cede à ton courage ;
Tu voles sans fremir où l'honneur te conduit.
Quel air ! quels coups ! ton bras par tout se reproduit
,
Et cueillant à ton gré les Palmes les plus grandes.
Execute en Soldat ce qu'en Chef tu commandes.
Mais c'est peu que ta gloire éclate au Champ de
Mars :
Pour comble de bonheur tu chéris les beaux
Arts , (a)
Toûjours prêt à chercher quiconque a du merite
,
A de nouveaux efforts ta bonté les excite ,
Par les soins glorieux d'un Sénat d'Apollons ,
Déja nos beaux efprits sont comblez de tes
Dons , (6)
C'est ainsi que jadis banissant l'ignorance ,
FRANÇOIS (c ) dans nos climats fit fleurir la
Science , •
(a) Il est un des 40rde l'Académie Françoise:
(b) ll fournit tous les ans un Prix à l'Académie
de Marseille.
(c)François I. fut appellé le Pere des Sçavans
A iij
Aux
2496 MERCURE DE FRANCE
Aux Doctes de son siecle il prêta son appui ;
Ce Roi fit tout pour eux , ils firent tout pour lui;
Sous son Regne charmant jamais aucun Poëte ,
N'éprouva les rigueurs d'une affreuse disette ;
Mais si- tôt que la mort l'eut mit dans le cercueil,
Le Pinde consterné demeura dans le deüil.
Enfin le sort changea , les Muses affligées ,
D'Armand et de Seguier , se virent protegées ;
Et sur elles bien- tôt répandant ses bienfaits.
Le plus grand des Bourbons leur ouvrit son Palais,
Ta l'imites , VILLARS , et sur un tel exemple ,
Dans Marseille (4) aujourd'hui tu leur dresses un
Temple.
C'est-là que desormais mille Auteurs dans leurs
Vers,
Chanteront le bonheur de tes Exploits divers ,
Du Belge à ton aspect les troupes allarmées,
L'Empire jusqu'à Vienne ouvert à nos armées ,
Les Bataves domptez , leurs projets démentis ,
Et cent murs abattus aussi- tôt qu'investis.
Ton amour pour la Paix , (b) ton zele pour la
France ,
Tes moeurs , ton équité , ta vaste intelligence ,
Cet air noblé et riant qui sçait nous enchanter ,
Sont autant de sujets que leur main va traiter.
(a) Il est Protecteur de l'Académie de Marseille.
(b) Il conclud la Paix à Rastad.
Pour
NOVEMBRE . 1731. 2487
Pour moi , qui là- dessus brule souvent d'écrire ,
Je crains d'en dire moins , qu'il ne m'en faudroit
dire ,
Si-tôt que mon esprit vent peindre ta grandeur ,
Je ressens que ma force est moindre que mon
coeur ;
Toutesfois sur tes faits mes Muses attentives ,
Cherchent pour les tracer les couleurs les plus
vives ;
Heureux si dans l'ardeur qui me vient enflamer
Par de beaux traits enfin , je puis les exprimer !
Mais que dis -je , exprimer ! la chose est difficile ;
Je n'oserois tenter l'Eloge d'un Achile ;
VILLARS , je me connois , et ne vois pas comment,
Je pourrois par des Vers te louer dignement ;
Ainsi donc retenu par mon peu d'éloquence
Content de t'admirer , je garde le silence.
MANUEL , de la Doctrine Chrétienne,
qui veut plaire ,
Les comble en les louant , d'une
gloire étrangere ,
Mais ce n'est point ainsi , puis qu'il faut l'avouer,
VILLARS , que l'on s'y prend lorsqu'on veut te
loüer ;
A ij Ta
2484 MERCURE DE FRANCE.
Ta vie offre à notre Art une riche matiere .
Je te vois tout brillant de ta propre lumiere ,
$
Tu nous suffis toi seul , et pour être vanté ,
Ton nom n'a pas besoin d'un éclat emprunté ;
Ce noble amas de faits , cette vertu suprême ,
Sans les chercher ailleurs , on les trouve en toimême.
Laissons-là tes emplois , ton rang et tes Ayeux ;
C'est par d'autres endroits que tu plaîs à nos yeux .
Depuis que le ciseau de la Parque inhumaine
Nous cut ravi Condé, Luxembourg et Turenne ,
On vit bien dans l'effroi qui courut nous glacer ,
Qu'il n'étoit que toi seul qui pût les remplacer.
Qüi , c'est toi dont l'effort repoussa ce grand
Homme , (*)
Plus outré contre nous , qu'Annibal contre Rome.
Par ta rare prudence et ton activité ,
Vingt fois dans ses desseins il fut déconcerté ;
Et chassant lesGuerriers qui couvroient nos Fromtieres
,
Tu sçus de cet Etar reculer les Barrières ; (6)
Aussi par mille Exploits non moins prompts
qu'inoüis ,
Ta valeur rassura le Trône de Louis.
Dès que son juste choix t'eut confié sa gloire ,
On te vit à grands pas courir à la victoire ;
Elle exauça tes voeux , et sensible à nos maux ,
(a) Le Prince Eugene.
(b) Lignes de Stoloffen.
Soudais
NOVEMBRE . 1731. 2485
Soudain en ta faveur revint sous nos Drapeaux.
C'est alors qu'appuyé de sa main foudroyante ,
Chez tous nos ennemis tu portas l'épouvante ;
Le Danube , la Sambre et l'Escaut et le Rhin ,
Te virent sur leurs bords paroitre en Souverain.
Quelqu'obstacle assez grand que t'oppose leur
rage ,
Rien ne peut t'arrêter , tout cede à ton courage ;
Tu voles sans fremir où l'honneur te conduit.
Quel air ! quels coups ! ton bras par tout se reproduit
,
Et cueillant à ton gré les Palmes les plus grandes.
Execute en Soldat ce qu'en Chef tu commandes.
Mais c'est peu que ta gloire éclate au Champ de
Mars :
Pour comble de bonheur tu chéris les beaux
Arts , (a)
Toûjours prêt à chercher quiconque a du merite
,
A de nouveaux efforts ta bonté les excite ,
Par les soins glorieux d'un Sénat d'Apollons ,
Déja nos beaux efprits sont comblez de tes
Dons , (6)
C'est ainsi que jadis banissant l'ignorance ,
FRANÇOIS (c ) dans nos climats fit fleurir la
Science , •
(a) Il est un des 40rde l'Académie Françoise:
(b) ll fournit tous les ans un Prix à l'Académie
de Marseille.
(c)François I. fut appellé le Pere des Sçavans
A iij
Aux
2496 MERCURE DE FRANCE
Aux Doctes de son siecle il prêta son appui ;
Ce Roi fit tout pour eux , ils firent tout pour lui;
Sous son Regne charmant jamais aucun Poëte ,
N'éprouva les rigueurs d'une affreuse disette ;
Mais si- tôt que la mort l'eut mit dans le cercueil,
Le Pinde consterné demeura dans le deüil.
Enfin le sort changea , les Muses affligées ,
D'Armand et de Seguier , se virent protegées ;
Et sur elles bien- tôt répandant ses bienfaits.
Le plus grand des Bourbons leur ouvrit son Palais,
Ta l'imites , VILLARS , et sur un tel exemple ,
Dans Marseille (4) aujourd'hui tu leur dresses un
Temple.
C'est-là que desormais mille Auteurs dans leurs
Vers,
Chanteront le bonheur de tes Exploits divers ,
Du Belge à ton aspect les troupes allarmées,
L'Empire jusqu'à Vienne ouvert à nos armées ,
Les Bataves domptez , leurs projets démentis ,
Et cent murs abattus aussi- tôt qu'investis.
Ton amour pour la Paix , (b) ton zele pour la
France ,
Tes moeurs , ton équité , ta vaste intelligence ,
Cet air noblé et riant qui sçait nous enchanter ,
Sont autant de sujets que leur main va traiter.
(a) Il est Protecteur de l'Académie de Marseille.
(b) Il conclud la Paix à Rastad.
Pour
NOVEMBRE . 1731. 2487
Pour moi , qui là- dessus brule souvent d'écrire ,
Je crains d'en dire moins , qu'il ne m'en faudroit
dire ,
Si-tôt que mon esprit vent peindre ta grandeur ,
Je ressens que ma force est moindre que mon
coeur ;
Toutesfois sur tes faits mes Muses attentives ,
Cherchent pour les tracer les couleurs les plus
vives ;
Heureux si dans l'ardeur qui me vient enflamer
Par de beaux traits enfin , je puis les exprimer !
Mais que dis -je , exprimer ! la chose est difficile ;
Je n'oserois tenter l'Eloge d'un Achile ;
VILLARS , je me connois , et ne vois pas comment,
Je pourrois par des Vers te louer dignement ;
Ainsi donc retenu par mon peu d'éloquence
Content de t'admirer , je garde le silence.
MANUEL , de la Doctrine Chrétienne,
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Résumé : EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Le texte est un éloge du maréchal de Villars, mettant en avant ses qualités et ses exploits militaires. L'auteur critique ceux qui louent les grands en utilisant des gloires étrangères, affirmant que Villars n'a pas besoin de cela pour être reconnu. Il souligne que la vie de Villars offre une riche matière pour l'art poétique et que ses qualités intrinsèques suffisent à le louer. Le texte rappelle les grandes figures militaires françaises disparues, telles que Condé, Luxembourg et Turenne, et souligne que Villars a su les remplacer. Il décrit ses victoires contre des ennemis puissants, notamment le prince Eugène, et ses exploits militaires qui ont rassuré le trône de Louis XIV. Villars est également loué pour son soutien aux arts et aux lettres, comparé à François Ier, protecteur des savants et des poètes. L'auteur mentionne les contributions de Villars à l'Académie de Marseille et son rôle dans la conclusion de la paix à Rastatt. Il exprime son admiration pour Villars, tout en reconnaissant son incapacité à le louer dignement en raison de son manque d'éloquence.
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46
p. [2627]-2634
La réunion des Amours, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont donné au commencement de ce mois, la [...]
Mots clefs :
Cupidon, Amour, Vertu, Minerve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La réunion des Amours, [titre d'après la table]
SPECTACLE S.
L
Es Comédiens François ont donné
au commencement de ce mois , la
Réunion des Amours , Comédie Heroïque,
en un Acte en Prose , qui est fort bien
représentée et fort applaudie. Elle est
bien écrite et avec beaucoup d'esprits
ornée de traits fins et délicats . Nous allons
tâcher de mettre le Lecteur en état
d'en juger.
Personnages.
le sieur Granval.
L'Amour
la Dille Gossin.
Cupidon ,
la Dille d'Angeville.
Apollon ,
Mercure
Plutus .
Minerve ;
La Verité .
La Vertu ,
le sieur Armand.
le sieur Duchemin.
la Dil Baron.
la De La Motte.
La Dile Labat.
Le sujet de cette Comédie est purement
allegorique ; on voit bien que l'Auteur ne
Gij l'a
2628 MERCURE DE FRANCE
pas
l'avoit d'abord traité comme on l'a
vû représenter , et qu'il ne fait que mettre
en hypothese ce qui en faisoit l'action
principale. Deux sortes d'Amours , dont
Fun s'appelle le Dieu de la tendresse ,
et l'autre Cupidon , ouvrent la Scene ; ils
se reprochent réciproquement leurs deffauts
; le Dieu de la tendresse traite son
Rival de libertin , et Cupidon le traite
de benest. Le premier expose le sujet pas
çes mots :
Allez , petit libertin que vous êtes , votre
audace ne m'offense point , et votre Empire
touche peut-être à sa fin. Jupiter au
jourd'huy fait assembler tous les Dieux ; il
veut que chacun d'eux fasse un don an Fils
d'un grand Roy qu'il aime ; je suis invité à
Assemblée ; Tremblez des suites que peut
avoir cette avanture.
Cupidon un peu étonné d'une Convo
cation generale , à laquelle il n'est pas
invité , veut s'éclaircir de cet oubli avec
Mercure qu'il voit venir. Mercure lui
apprend qu'il avoit une deffense expresse
de le mettre dans la Liste , et que cette.
deffense venoit de Minerve ; Plutus et
Apollon entrent dans cette Scene , mais
ils n'y sont pas absolument nécessaires
pour l'intelligence du Sujet , ainsi nous
pouvons nous dispenser de les faire
parler
Minerve
NOVEMBRE 1731 . 2629
Minerve vient entendre le Plaidoyer
des deux Amours ; elle ne juge pas à propos
de prononcer entre eux ; elle veut
qu'ils plaident encore devant la Vertu
Personnage Episodique , auquel on a
trouvé Minerve auroit bien pû supque
pléer.
-même
La Vertu vient entendre le Demandeur
et le Deffendeur ; ils lui font tous deux
une déclaration d'amour ; mais celle de
Cupidon est si vive , que la vertu même
est contrainte de s'en garantir par la fuite.
Minerve vient enfin leur prononcer
l'Arrêt irrevocable du Conseil des Dieux ;
voici comme elle s'explique Cupidon
la Vertu décidoit contre vous , et moy -
j'allois être de son sentiment , si Jupiter
n'eûtjugé à propos de vous réunir , en vous
corrigeant , pour former le coeur du Prince,
avec vôtre Confrere , il est vray , l'Ame est
trop tendres mais avec vous elle est trop libertine
; il fait souvent des coeurs ridicules ,
mais vous n'en faites que de méprisables ;
il égare l'esprit , mais vous ruinez les moeurs ;
il n'a que des défauts , mais vous avez des
vices. Unissez- vous tous deux ; rendez- le
plus vif et plus passionné , et qu'il vous rende
plus tendre et plus raisonnable , et vens
serez sans reproche. Au reste , ce n'est pas
un Conseil que je vous donne , c'est un ordre
de Jupiter que je vous annonce.
G iij
"
La
2630 MERCURE DE FRANCE
2
La Piece finit par cette courte réponse
de Cupidon , c'est - à -dire de , l'Amour libertin's
Allons, mon Camarade , je le veux
bien ; embrassons- nous ; je vous apprendray
àn'être plus si sot , et vous m'apprendrez à
être plus sage.
❤
On doit juger par ce petit Extrait
qu'on auroit fait un très joli Dialogue
ou un Prologue de cette Piece simplifice ,
et sans y parler du grand Prince , qui en
est l'objer. Le Public nous sçaura gré
d'inserer ici quelques fragments de cette
aimable Allegorie : Nous les reduirons
aux Plaidoyers et aux Déclarations d'Amour,
Devant Minerve , l'Amour s'exprime
ainsi.
Qui êtes- vous , pour oser me disputer quel-
•que chose ? vous qui n'avez pour attribist
que le vice , digne heritage d'une origine
aussi impure que la vôtre ? Divinité scanda-
Jense , dont le culte est un crime à qui la
seule corruption des hommes a dressé des
Autels ? Vous à qui les devoirs les plus sa-
Brez servent de victimes ? Vous qu'on ne
peut bonorer sans immolér la Vertu ? Funeste
Auteur des plus hanteuses flêtrissures , qui ,
・pour récompense à ceux qui vous suivent
ne leur laissez que le déshonneur , repentir
, et la misere en partage ? osez - vous
vons comparer à moy ? An Dien de la plits
noble
le
NOVEMBRE 1731 2639
moble , de la plus estimable , de la plus tendre
des passions , et , j'ose dive , de la plus
feconde en Héros ?
Cupidon.
Bon , des Héros ! nous voilà bien riches ;
est-ce que vous croyez que la Terre ne se
passeroit pas bien de ces Messieurs là ?
Alle ; ils sont plus curieux à voir que
nécessaires ; leur gloire a trop d'attirail ; si
Fon rabbatoit tous les frais qu'il en coûte
pourles avoir on verroit qu'on les achette
plus qu'ils ne valent. On est bien dupe de
les admirer , puisqu'on en paye lafaçon. Il
faui que les hommes vivent un peu plus uniment
les uns avec les autres , pour être en
repos vos Héros sortent du niveau et ne
font que du tintamarre : Poursuivons & e...
2
L'Amour.
J
Qu'est-ce que c'étoit autrefoisque l'Amour 3
Je l'appellois tout à l'heure une passion ; c'étoit
une veriu , Déesse ; c'étoit du moins l'origine
de toutes les vertus , &c. De mon temps
La Pudeur étoit la plus aimable des graces.
Cupidon-
Eh bien , il ne faut pas faire tant de bruit,
c'est encore de même ; je n'en connois point de
si piquante , moi , que la pudeur;je l'adore
O iiij et
2632 MERCURE DE FRANCE
La
et mes sujets aussi . Ils la trouvent si charmante
qu'ils la poursniventpar tout où ils la tronvent.
Je m'appelle l'Amour ; mon mêtier n'est
pas d'avoir soin d'elle , il y a le respect ,
sagesse , l'honneur qui sont commis à sa garde
, voilà ses Officiers ; c'est à eux à la deffendre
du danger qu'elle court , et ce dangèr
' est moi , &c.
Voici comme parle l'Amour à la Vertu .
Je vous dirai, Madame , que mon respect
a réduit mes sentimens à se taire . Ils n'ont osé
se produire que dans mes timides regards ;
mais il n'estplus temps defeindre,ni de vous
dérober votre victime , je sçais tout ce que je
risque à vous déclarer ma flamme , vos rigueurs
vont punir món audace , vous allez
accabler un temeraire ; mais , Madame , aw
milieu du courroux qui va vous saisir , souvenez
- vous du moins que ma témerité n'a
jamais passéjusqu'à l'esperance , et que ma
respectueuse ardeur..
Cupidon.
Encore du respect ! voilà mes vapeurs qui
me reprennent , &c... Non , Déesse adorable
, ne m'exposez point à vous dire que je
vous aime. Vous regardez ceci comme une
feinte
NOVEMBRE. 1737. 2633
feinte , mais vous êtes trop aimable , et mon
• coeur pourroit s'y méprendre. Je vous dis la
verité ; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous
me touche ; je me connois aux charmes , ni
sur la terre , ni dans les cieux,je ne vois rien
qui ne le cede aux vôtres. Combien de fois
n'ai-je pas êté tenté de me jetter à vos genoux
? Quelles délices pour moi que d'aimer
la vertu , sije pouvois être aimé d'elle . Eh!
pourquoi ne m'aimeriez- vous pas ? Que veut
dire ce penchant qui me porte à vous , s'il
n'annonce que vous y serez sensible ? Je sens
que tout mon coeur vous est dû , n'avez- vous
pas quelque repugnance à me refuser le vôtre?
Aimable vertu , me fuirez - vous toujours ,
regardez-moi , vous ne me connoissez pas :
c'est l'amour à vos genoux qui vous parle
essayez de le voir , il est soumis , il ne veut
que vous flechir je vous aime je vous le dis ,
vous m'entendez ; mais vos yeux ne me rassurent
pas , un regard acheveroit mon bonheur.
Un regard ? Ah ! quel plaisir ! vous
me l'accordez,chere main que j'idolatre , recevez
mes transports . Voici leplus heureux ins
tant qui me soit échu en partage.
J: 1
Cette vivacité de stile , secondée de la
légéreté et de la grace que la Die Dangeville
a naturellement à s'énoncer, a charmé
également la Cour et la Ville ; et nous
Gv
2634 MERCURE DE FRANCE
ne doutons point que nos Lecteurs ne
conviennent que la reunion des Amours ,
est un ouvrage à faire beaucoup d'honneur
à son ingénieux Auteur. Au reste les Dlles
Dangeville et Gossin , qui sont deux jeunes
et aimables personnes, remplies d'heureux
talens pour la déclamation , satisfont
également l'esprit et les regards avides
des Spectateurs , charmez de leurs agrémens
personnels , sous cet heureux et
riant déguisement.
Là- dessus une Muse , délicatement ba
dine , s'est exercée en cette maniere.
L
Es Comédiens François ont donné
au commencement de ce mois , la
Réunion des Amours , Comédie Heroïque,
en un Acte en Prose , qui est fort bien
représentée et fort applaudie. Elle est
bien écrite et avec beaucoup d'esprits
ornée de traits fins et délicats . Nous allons
tâcher de mettre le Lecteur en état
d'en juger.
Personnages.
le sieur Granval.
L'Amour
la Dille Gossin.
Cupidon ,
la Dille d'Angeville.
Apollon ,
Mercure
Plutus .
Minerve ;
La Verité .
La Vertu ,
le sieur Armand.
le sieur Duchemin.
la Dil Baron.
la De La Motte.
La Dile Labat.
Le sujet de cette Comédie est purement
allegorique ; on voit bien que l'Auteur ne
Gij l'a
2628 MERCURE DE FRANCE
pas
l'avoit d'abord traité comme on l'a
vû représenter , et qu'il ne fait que mettre
en hypothese ce qui en faisoit l'action
principale. Deux sortes d'Amours , dont
Fun s'appelle le Dieu de la tendresse ,
et l'autre Cupidon , ouvrent la Scene ; ils
se reprochent réciproquement leurs deffauts
; le Dieu de la tendresse traite son
Rival de libertin , et Cupidon le traite
de benest. Le premier expose le sujet pas
çes mots :
Allez , petit libertin que vous êtes , votre
audace ne m'offense point , et votre Empire
touche peut-être à sa fin. Jupiter au
jourd'huy fait assembler tous les Dieux ; il
veut que chacun d'eux fasse un don an Fils
d'un grand Roy qu'il aime ; je suis invité à
Assemblée ; Tremblez des suites que peut
avoir cette avanture.
Cupidon un peu étonné d'une Convo
cation generale , à laquelle il n'est pas
invité , veut s'éclaircir de cet oubli avec
Mercure qu'il voit venir. Mercure lui
apprend qu'il avoit une deffense expresse
de le mettre dans la Liste , et que cette.
deffense venoit de Minerve ; Plutus et
Apollon entrent dans cette Scene , mais
ils n'y sont pas absolument nécessaires
pour l'intelligence du Sujet , ainsi nous
pouvons nous dispenser de les faire
parler
Minerve
NOVEMBRE 1731 . 2629
Minerve vient entendre le Plaidoyer
des deux Amours ; elle ne juge pas à propos
de prononcer entre eux ; elle veut
qu'ils plaident encore devant la Vertu
Personnage Episodique , auquel on a
trouvé Minerve auroit bien pû supque
pléer.
-même
La Vertu vient entendre le Demandeur
et le Deffendeur ; ils lui font tous deux
une déclaration d'amour ; mais celle de
Cupidon est si vive , que la vertu même
est contrainte de s'en garantir par la fuite.
Minerve vient enfin leur prononcer
l'Arrêt irrevocable du Conseil des Dieux ;
voici comme elle s'explique Cupidon
la Vertu décidoit contre vous , et moy -
j'allois être de son sentiment , si Jupiter
n'eûtjugé à propos de vous réunir , en vous
corrigeant , pour former le coeur du Prince,
avec vôtre Confrere , il est vray , l'Ame est
trop tendres mais avec vous elle est trop libertine
; il fait souvent des coeurs ridicules ,
mais vous n'en faites que de méprisables ;
il égare l'esprit , mais vous ruinez les moeurs ;
il n'a que des défauts , mais vous avez des
vices. Unissez- vous tous deux ; rendez- le
plus vif et plus passionné , et qu'il vous rende
plus tendre et plus raisonnable , et vens
serez sans reproche. Au reste , ce n'est pas
un Conseil que je vous donne , c'est un ordre
de Jupiter que je vous annonce.
G iij
"
La
2630 MERCURE DE FRANCE
2
La Piece finit par cette courte réponse
de Cupidon , c'est - à -dire de , l'Amour libertin's
Allons, mon Camarade , je le veux
bien ; embrassons- nous ; je vous apprendray
àn'être plus si sot , et vous m'apprendrez à
être plus sage.
❤
On doit juger par ce petit Extrait
qu'on auroit fait un très joli Dialogue
ou un Prologue de cette Piece simplifice ,
et sans y parler du grand Prince , qui en
est l'objer. Le Public nous sçaura gré
d'inserer ici quelques fragments de cette
aimable Allegorie : Nous les reduirons
aux Plaidoyers et aux Déclarations d'Amour,
Devant Minerve , l'Amour s'exprime
ainsi.
Qui êtes- vous , pour oser me disputer quel-
•que chose ? vous qui n'avez pour attribist
que le vice , digne heritage d'une origine
aussi impure que la vôtre ? Divinité scanda-
Jense , dont le culte est un crime à qui la
seule corruption des hommes a dressé des
Autels ? Vous à qui les devoirs les plus sa-
Brez servent de victimes ? Vous qu'on ne
peut bonorer sans immolér la Vertu ? Funeste
Auteur des plus hanteuses flêtrissures , qui ,
・pour récompense à ceux qui vous suivent
ne leur laissez que le déshonneur , repentir
, et la misere en partage ? osez - vous
vons comparer à moy ? An Dien de la plits
noble
le
NOVEMBRE 1731 2639
moble , de la plus estimable , de la plus tendre
des passions , et , j'ose dive , de la plus
feconde en Héros ?
Cupidon.
Bon , des Héros ! nous voilà bien riches ;
est-ce que vous croyez que la Terre ne se
passeroit pas bien de ces Messieurs là ?
Alle ; ils sont plus curieux à voir que
nécessaires ; leur gloire a trop d'attirail ; si
Fon rabbatoit tous les frais qu'il en coûte
pourles avoir on verroit qu'on les achette
plus qu'ils ne valent. On est bien dupe de
les admirer , puisqu'on en paye lafaçon. Il
faui que les hommes vivent un peu plus uniment
les uns avec les autres , pour être en
repos vos Héros sortent du niveau et ne
font que du tintamarre : Poursuivons & e...
2
L'Amour.
J
Qu'est-ce que c'étoit autrefoisque l'Amour 3
Je l'appellois tout à l'heure une passion ; c'étoit
une veriu , Déesse ; c'étoit du moins l'origine
de toutes les vertus , &c. De mon temps
La Pudeur étoit la plus aimable des graces.
Cupidon-
Eh bien , il ne faut pas faire tant de bruit,
c'est encore de même ; je n'en connois point de
si piquante , moi , que la pudeur;je l'adore
O iiij et
2632 MERCURE DE FRANCE
La
et mes sujets aussi . Ils la trouvent si charmante
qu'ils la poursniventpar tout où ils la tronvent.
Je m'appelle l'Amour ; mon mêtier n'est
pas d'avoir soin d'elle , il y a le respect ,
sagesse , l'honneur qui sont commis à sa garde
, voilà ses Officiers ; c'est à eux à la deffendre
du danger qu'elle court , et ce dangèr
' est moi , &c.
Voici comme parle l'Amour à la Vertu .
Je vous dirai, Madame , que mon respect
a réduit mes sentimens à se taire . Ils n'ont osé
se produire que dans mes timides regards ;
mais il n'estplus temps defeindre,ni de vous
dérober votre victime , je sçais tout ce que je
risque à vous déclarer ma flamme , vos rigueurs
vont punir món audace , vous allez
accabler un temeraire ; mais , Madame , aw
milieu du courroux qui va vous saisir , souvenez
- vous du moins que ma témerité n'a
jamais passéjusqu'à l'esperance , et que ma
respectueuse ardeur..
Cupidon.
Encore du respect ! voilà mes vapeurs qui
me reprennent , &c... Non , Déesse adorable
, ne m'exposez point à vous dire que je
vous aime. Vous regardez ceci comme une
feinte
NOVEMBRE. 1737. 2633
feinte , mais vous êtes trop aimable , et mon
• coeur pourroit s'y méprendre. Je vous dis la
verité ; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous
me touche ; je me connois aux charmes , ni
sur la terre , ni dans les cieux,je ne vois rien
qui ne le cede aux vôtres. Combien de fois
n'ai-je pas êté tenté de me jetter à vos genoux
? Quelles délices pour moi que d'aimer
la vertu , sije pouvois être aimé d'elle . Eh!
pourquoi ne m'aimeriez- vous pas ? Que veut
dire ce penchant qui me porte à vous , s'il
n'annonce que vous y serez sensible ? Je sens
que tout mon coeur vous est dû , n'avez- vous
pas quelque repugnance à me refuser le vôtre?
Aimable vertu , me fuirez - vous toujours ,
regardez-moi , vous ne me connoissez pas :
c'est l'amour à vos genoux qui vous parle
essayez de le voir , il est soumis , il ne veut
que vous flechir je vous aime je vous le dis ,
vous m'entendez ; mais vos yeux ne me rassurent
pas , un regard acheveroit mon bonheur.
Un regard ? Ah ! quel plaisir ! vous
me l'accordez,chere main que j'idolatre , recevez
mes transports . Voici leplus heureux ins
tant qui me soit échu en partage.
J: 1
Cette vivacité de stile , secondée de la
légéreté et de la grace que la Die Dangeville
a naturellement à s'énoncer, a charmé
également la Cour et la Ville ; et nous
Gv
2634 MERCURE DE FRANCE
ne doutons point que nos Lecteurs ne
conviennent que la reunion des Amours ,
est un ouvrage à faire beaucoup d'honneur
à son ingénieux Auteur. Au reste les Dlles
Dangeville et Gossin , qui sont deux jeunes
et aimables personnes, remplies d'heureux
talens pour la déclamation , satisfont
également l'esprit et les regards avides
des Spectateurs , charmez de leurs agrémens
personnels , sous cet heureux et
riant déguisement.
Là- dessus une Muse , délicatement ba
dine , s'est exercée en cette maniere.
Fermer
Résumé : La réunion des Amours, [titre d'après la table]
La pièce 'La Réunion des Amours' a été représentée par les Comédiens Français au début du mois de novembre 1731. Cette comédie héroïque en un acte en prose a été bien accueillie pour son écriture spirituelle et ses traits fins et délicats. L'intrigue est allégorique et met en scène deux types d'Amours : le Dieu de la tendresse et Cupidon. Ces personnages se reprochent mutuellement leurs défauts, le premier traitant Cupidon de libertin et Cupidon le traitant de benêt. Le sujet principal est une assemblée des dieux convoquée par Jupiter, où chaque dieu doit faire un don au fils d'un grand roi. Cupidon, étonné de ne pas être invité, apprend de Mercure que Minerve s'y oppose. Minerve, après avoir entendu les plaidoyers des deux Amours, décide de les renvoyer devant la Vertu. Cupidon, par sa déclaration d'amour, contraint la Vertu à fuir. Minerve prononce finalement l'arrêt de Jupiter, ordonnant aux deux Amours de se réunir pour former un cœur équilibré, ni trop tendre ni trop libertin. La pièce se termine par l'acceptation de Cupidon de cette union. Les acteurs, notamment les demoiselles Dangeville et Gossin, ont été salués pour leur talent et leur grâce, charmant à la fois la cour et la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
47
p. 605-611
EPITRE A URANIE, Contre les Impies.
Début :
Vous voulez donc, sage Uranie, [...]
Mots clefs :
Impies, Dieu, Orgueil, Punition, Vertu, Foi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A URANIE, Contre les Impies.
EPITRE A URANIE
Contre les Impies..
Vous voulez donc , sage Uranie ,
Que je m'érige en Apôtre nouveau
Contre l'Impiété . qui d'une voix hardie
S'expliquant sans détour , sans voile , sans ban deau ,
Nous offre l'horrible tableau
Des fureurs dont elle est remplie ·
Maudit orgueil ! fausse Philosophie!
Que servent tes Leçons à l'aspect du tombeau
Quand on n'a point pensé qu'il est une autre,
vie ,
Et que l'on n'a suivi que l'empire des sens ş
I ij Dans
1
26 MERCURE DE FRANCE
Dans ses derniers momens , l'incrédule prophane ,
Gémit , peut- être tard , de ses égaremens.
Tout l'intimide et le condamne.
Heureux qui sur soi - même attentif, scrupuleux ,
Ne connoît que la foy , quand il voit un Mys- tere ,
Marchant d'un pas respectueux
Dans le chemin qui mene au Sanctuaire
Du Dieu mort sur la Croix , que le monde ré- vere.
Ce Dieu Tout- puissant laisse en une affreuse nuit ,
L'orgueilleux et le temeraire.
Implorons son secours , sa bonté nous conduit.
Gémissons et prions , sa grace nous éclaire ;
Les cœurs ingrats en font un Dieu sévere
Mais nous-mêmes plutôt nous devons nous haïr,
Nous , que le péché seul a rendus misérables
Nous seuls , qui devenus coupables
Sentons le droit qu'il a de nous punir.
Nous , enfin , qui, créés à lui-même semblables
Nous éloignons de lui , pour nous mieux ayilir.
On déshonore son Image,
;
Les crimes redoublez , chassent le repentir,
Et le plus grand des maux est de ne pas sentir
Que cet Etre indulgent , pour sauver son Qurage
Par
MARS. 1732 607
$
Par mille doux bienfaits ; cherche à nous pré
venir.
Les hommes ont armé leur fareur meurtriere
De la Religion sappé les fondemens ,
Ils devoient tous périr en même-temps se
Mais la bonté de Dieu , sauve des habitans
Pour instruire la Terre entiere ,
De la punition de ses déréglemens.
Le Déluge causa d'utiles changemens.
La Race qui devoit bien- tôt voir la lumiere
Sur des exemples innocens ,
Auroit dû de son cœur , regler les mouvemens.
Mais l'homme oublie encor qu'il est cendre et
poussiere ,
La Révolte , l'Orgueil , produisent des Titans
Qui dans leurs noirs forfaits , dans leurs empor
temens ,
Surpassent les horreurs de la Race premiere.
Dieu , loin de retirer ses bienfaits éclatans ,
Et par des châtimens sévéres;
Contre ces cœurs ingrats , armer les Elemens.
OO! prodige de grace !! ô8 Tendresse! ô Mysteres!!
Ce qu'il avoit promis à la foy de leurs Peres
Fidele en sa parole , il l'accorde aux Enfans.
Quand sonpeuple devient volage ,
Amateur insensé des superstitions
Il l'abandonne à l'esclavage ,
Ile rend le mépris des autres Nations ,
3
I iij Mais
608 MERCURE DE FRANCE
Mais aux yeux du Sauveur , qui montre sa Puis- sance ,
Tous les cœurs ne sont pas criminels , odieux :
Dans les Flancs d'une Vierge , il vient prendre
. naissance ,
La lumiere qui doit briller à tous les yeux
Se découvre déja sous les traits de l'enfance
Dans l'Etable de Betléhem.
Il fait de notre bien , son plus doux exercice
Mais , ô comble d'horreur ! l'ingrat Iduméen ,
Prépare au Saint des Saints , le plus honteux supplice !
Le Sang d'un Dieu coule pour nous.
Quelle victime , et plus noble et plus rare !
Tremblez, cœurs endurcis, et redoutez les coups,
Que sa justice vous prépare.
Dieu veut mourir pour le salut de tous.
Votre incrédulité , rend sa mort inutile,
Avez-vous mérité sa clémence facile ,
Vous qui n'êtes qu'objets de haine et de cou roux ?
Vous courez vous plonger en d'éternels abîmes
veut vous en tirer à force de bienfaits. ·
Peuple sans foy , lui seul peut compter tous vos crimes ,
Vous n'avez pas compté les biens qu'il vous a
faits.
Ce Dieu vous abandonne en sa juste colere ,
Mais, ( ce qu'il a promis à notre premier Pere)
Le
MARS. 1732. вод
Le salut va passer à cent Peuples divers.
La Vérité détruira le mensonge ,
Dieu dissipe la nuit où le crime les plonge ,
L'Evangile et la Grace éclairent l'Univers.
Amerique , vastes contrées ;
Peuples que Dieu fit naître aux portes du So- leil ,
Vous , Nations hyperborées ,
Qui languites long- temps dans un profond som : merl ,
De toutes vos erreurs , vous serez délivrées ,
Vous ouvrirez les yeux , apprenant qu'autrefois
Dieu daigna se faire Homme , aux plaines Idu-- mées ,
Vous ne rougirez point , le voyant sur la Croix ,
Et vous reconnoîtrez à cette digne Image ,
Le Dieu que l'on doit adorer.
Vous chercherez à l'honorer
Par un culte assidu , par un pieux hommage :..
Ce Vainqueur de la mort , entend du haut des Cieux ,
Une voix plaintive et sincere ;
Ouy, l'incrédulité peut seule lui déplaire ,
L'Impie est seul exécrable à ses yeux.
Qui ne connoîtra pas son Sauveur et son Pere ,
Ne méritera pas d'en être connu mieux.
Quels objets éclatans , viennent frapper ma vûë?
Je vois le CHRIST puissant et glorieux ,
Auprès de lui , dans une nuë ,
I j
Sa
ro MERCURE DE FRANCE..
Sa Croix se découvre à mes yeux ;
Sous ses pieds triomphans , la mort est abbatuë ,
Des Portes de l'Enfer , il sort victorieux,
Son regne est annoncé par la foy des Oracles ;
Son Trône est cimenté par le Sang des Martyrs ;
Tous les pas de ses Saints , sont autant de Miracles;
Il leur promet des biens plus grands que leurs désirs.
Ses Exemples sont saints , sa Morale est divine }
Il console en secret les cœurs qu'il illumine,
Par d'inexprimables plaisirs ;
Sa Sagesse éternelle a fondé sa doctrine ,
t
Nul n'est heureux , ni sage que par
Vous voyez pourtant , Uranic ,
Qu'on tâche d'obscurcir la sainte verité ,
lui.
Mais quel pouvoir , quel effort , quel génie ,
Détruira ja mais sa beauté ? も
Le Tres-haut a parlé; sa Lumiere immortelle
Eclaire , frappe, allume au fond de notre cœur
Pour le vrai Culte , une ardeur naturelle.
La foy , l'humilité , la bonté , la douceur ,
Habiteront sa demeure éternelle.
Devant son Trône , en tout temps , en toys.
lieux ,
Le cœur du Juste est précieux..
Il nous a déclaré qu'une ame charitable ,
Trouve toujours grace à ses yeux ,
Mais il hait l'orgueilleux , le cœur impitoyable ,
Et
MARS. 611 1732.
Et le superbe ambitieux.
Pour le prix de son sang , est-ce trop qu'on l'im
plore?
Ce Dieu que la vertu , que la foy seule honore :
Il régit l'Univers , et ses soins assidus ,
Daignent le conserver malgré nos injustices. "
Adorons ses bontez , offrons-lui des vertus ;
C'est le plus éloquent de tous les Sacrifices.
Contre les Impies..
Vous voulez donc , sage Uranie ,
Que je m'érige en Apôtre nouveau
Contre l'Impiété . qui d'une voix hardie
S'expliquant sans détour , sans voile , sans ban deau ,
Nous offre l'horrible tableau
Des fureurs dont elle est remplie ·
Maudit orgueil ! fausse Philosophie!
Que servent tes Leçons à l'aspect du tombeau
Quand on n'a point pensé qu'il est une autre,
vie ,
Et que l'on n'a suivi que l'empire des sens ş
I ij Dans
1
26 MERCURE DE FRANCE
Dans ses derniers momens , l'incrédule prophane ,
Gémit , peut- être tard , de ses égaremens.
Tout l'intimide et le condamne.
Heureux qui sur soi - même attentif, scrupuleux ,
Ne connoît que la foy , quand il voit un Mys- tere ,
Marchant d'un pas respectueux
Dans le chemin qui mene au Sanctuaire
Du Dieu mort sur la Croix , que le monde ré- vere.
Ce Dieu Tout- puissant laisse en une affreuse nuit ,
L'orgueilleux et le temeraire.
Implorons son secours , sa bonté nous conduit.
Gémissons et prions , sa grace nous éclaire ;
Les cœurs ingrats en font un Dieu sévere
Mais nous-mêmes plutôt nous devons nous haïr,
Nous , que le péché seul a rendus misérables
Nous seuls , qui devenus coupables
Sentons le droit qu'il a de nous punir.
Nous , enfin , qui, créés à lui-même semblables
Nous éloignons de lui , pour nous mieux ayilir.
On déshonore son Image,
;
Les crimes redoublez , chassent le repentir,
Et le plus grand des maux est de ne pas sentir
Que cet Etre indulgent , pour sauver son Qurage
Par
MARS. 1732 607
$
Par mille doux bienfaits ; cherche à nous pré
venir.
Les hommes ont armé leur fareur meurtriere
De la Religion sappé les fondemens ,
Ils devoient tous périr en même-temps se
Mais la bonté de Dieu , sauve des habitans
Pour instruire la Terre entiere ,
De la punition de ses déréglemens.
Le Déluge causa d'utiles changemens.
La Race qui devoit bien- tôt voir la lumiere
Sur des exemples innocens ,
Auroit dû de son cœur , regler les mouvemens.
Mais l'homme oublie encor qu'il est cendre et
poussiere ,
La Révolte , l'Orgueil , produisent des Titans
Qui dans leurs noirs forfaits , dans leurs empor
temens ,
Surpassent les horreurs de la Race premiere.
Dieu , loin de retirer ses bienfaits éclatans ,
Et par des châtimens sévéres;
Contre ces cœurs ingrats , armer les Elemens.
OO! prodige de grace !! ô8 Tendresse! ô Mysteres!!
Ce qu'il avoit promis à la foy de leurs Peres
Fidele en sa parole , il l'accorde aux Enfans.
Quand sonpeuple devient volage ,
Amateur insensé des superstitions
Il l'abandonne à l'esclavage ,
Ile rend le mépris des autres Nations ,
3
I iij Mais
608 MERCURE DE FRANCE
Mais aux yeux du Sauveur , qui montre sa Puis- sance ,
Tous les cœurs ne sont pas criminels , odieux :
Dans les Flancs d'une Vierge , il vient prendre
. naissance ,
La lumiere qui doit briller à tous les yeux
Se découvre déja sous les traits de l'enfance
Dans l'Etable de Betléhem.
Il fait de notre bien , son plus doux exercice
Mais , ô comble d'horreur ! l'ingrat Iduméen ,
Prépare au Saint des Saints , le plus honteux supplice !
Le Sang d'un Dieu coule pour nous.
Quelle victime , et plus noble et plus rare !
Tremblez, cœurs endurcis, et redoutez les coups,
Que sa justice vous prépare.
Dieu veut mourir pour le salut de tous.
Votre incrédulité , rend sa mort inutile,
Avez-vous mérité sa clémence facile ,
Vous qui n'êtes qu'objets de haine et de cou roux ?
Vous courez vous plonger en d'éternels abîmes
veut vous en tirer à force de bienfaits. ·
Peuple sans foy , lui seul peut compter tous vos crimes ,
Vous n'avez pas compté les biens qu'il vous a
faits.
Ce Dieu vous abandonne en sa juste colere ,
Mais, ( ce qu'il a promis à notre premier Pere)
Le
MARS. 1732. вод
Le salut va passer à cent Peuples divers.
La Vérité détruira le mensonge ,
Dieu dissipe la nuit où le crime les plonge ,
L'Evangile et la Grace éclairent l'Univers.
Amerique , vastes contrées ;
Peuples que Dieu fit naître aux portes du So- leil ,
Vous , Nations hyperborées ,
Qui languites long- temps dans un profond som : merl ,
De toutes vos erreurs , vous serez délivrées ,
Vous ouvrirez les yeux , apprenant qu'autrefois
Dieu daigna se faire Homme , aux plaines Idu-- mées ,
Vous ne rougirez point , le voyant sur la Croix ,
Et vous reconnoîtrez à cette digne Image ,
Le Dieu que l'on doit adorer.
Vous chercherez à l'honorer
Par un culte assidu , par un pieux hommage :..
Ce Vainqueur de la mort , entend du haut des Cieux ,
Une voix plaintive et sincere ;
Ouy, l'incrédulité peut seule lui déplaire ,
L'Impie est seul exécrable à ses yeux.
Qui ne connoîtra pas son Sauveur et son Pere ,
Ne méritera pas d'en être connu mieux.
Quels objets éclatans , viennent frapper ma vûë?
Je vois le CHRIST puissant et glorieux ,
Auprès de lui , dans une nuë ,
I j
Sa
ro MERCURE DE FRANCE..
Sa Croix se découvre à mes yeux ;
Sous ses pieds triomphans , la mort est abbatuë ,
Des Portes de l'Enfer , il sort victorieux,
Son regne est annoncé par la foy des Oracles ;
Son Trône est cimenté par le Sang des Martyrs ;
Tous les pas de ses Saints , sont autant de Miracles;
Il leur promet des biens plus grands que leurs désirs.
Ses Exemples sont saints , sa Morale est divine }
Il console en secret les cœurs qu'il illumine,
Par d'inexprimables plaisirs ;
Sa Sagesse éternelle a fondé sa doctrine ,
t
Nul n'est heureux , ni sage que par
Vous voyez pourtant , Uranic ,
Qu'on tâche d'obscurcir la sainte verité ,
lui.
Mais quel pouvoir , quel effort , quel génie ,
Détruira ja mais sa beauté ? も
Le Tres-haut a parlé; sa Lumiere immortelle
Eclaire , frappe, allume au fond de notre cœur
Pour le vrai Culte , une ardeur naturelle.
La foy , l'humilité , la bonté , la douceur ,
Habiteront sa demeure éternelle.
Devant son Trône , en tout temps , en toys.
lieux ,
Le cœur du Juste est précieux..
Il nous a déclaré qu'une ame charitable ,
Trouve toujours grace à ses yeux ,
Mais il hait l'orgueilleux , le cœur impitoyable ,
Et
MARS. 611 1732.
Et le superbe ambitieux.
Pour le prix de son sang , est-ce trop qu'on l'im
plore?
Ce Dieu que la vertu , que la foy seule honore :
Il régit l'Univers , et ses soins assidus ,
Daignent le conserver malgré nos injustices. "
Adorons ses bontez , offrons-lui des vertus ;
C'est le plus éloquent de tous les Sacrifices.
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Résumé : EPITRE A URANIE, Contre les Impies.
L'épître à Uranie critique l'impiété et l'orgueil, qualifiés de 'fausse Philosophie', qui conduisent à l'égarement et à la souffrance. Le texte met en garde contre les dangers de se fier uniquement aux sens sans considérer l'au-delà. Il souligne que même les incrédules peuvent regretter leurs erreurs à la fin de leur vie. Le bonheur est réservé à ceux qui respectent les mystères divins et suivent la foi chrétienne. Le texte évoque la miséricorde de Dieu, qui sauve les hommes malgré leurs péchés, et les avertit des conséquences de leurs actions. Il rappelle les châtiments divins, comme le Déluge, et la nécessité du repentir. La naissance et le sacrifice du Christ sont présentés comme des actes de salut pour l'humanité. Le texte appelle à la reconnaissance des bienfaits divins et à l'abandon de l'incrédulité. Il mentionne également la diffusion de la foi chrétienne à travers le monde, y compris en Amérique et chez les Nations hyperborées, invitant tous les peuples à adorer Dieu. Le Christ est décrit comme victorieux de la mort, son règne étant fondé sur la foi et le sang des martyrs. Le texte se termine par un appel à la foi, à l'humilité, à la bonté et à la douceur, et à l'adoration des bontés divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
s. p.
L'AMBITION. ODE.
Début :
Ambition, funeste Idole, [...]
Mots clefs :
Ambition, Trahison, Barbare, Héros, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : L'AMBITION. ODE.
L'AMBITION.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
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Résumé : L'AMBITION. ODE.
Le texte 'L'Ambition' critique les ravages de l'ambition dévorante. L'auteur dépeint des hommes esclaves d'un espoir futile, la vérité alarmée et Thémis désarmée face aux puissants. Les crimes les plus noirs engendrent des victimes tragiques, sacrifiées par la fureur, l'imposture et la trahison. L'innocence succombe à la barbarie, et la malice triomphante se moque d'un avenir heureux. L'ambition, comparée à un torrent dévastateur, ravage tout sur son passage, entraînant la guerre et les malheurs humains. Les rois, maîtres de la paix et de la guerre, sont accusés de remplir leurs fastes d'exploits cruels et odieux. L'auteur évoque un passé où l'homme était heureux, aimant Dieu et vivant en paix. Il critique les grands insatiables, comparés à un hydropique dont la soif ne peut être étanchée. Alexandre, par exemple, ne se contente pas de conquérir la Grèce mais veut soumettre l'univers entier. Un roi guidé par l'ambition est décrit comme un furieux, un homicide, l'horreur des nations, comparable à un tigre ou un lion enragé. L'ambition est présentée comme un assemblage monstrueux de vice, de crime et de rage, produit par Dieu pour punir les hommes.
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49
p. 2804-2805
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
Début :
Des métaux estimez qu'enserre [...]
Mots clefs :
Imitation, Argent, Avarice, Amour, Vertu, Bassesse, Horace
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par ces mots : Nullus
argento color est , &c.
A M. F. Avocat à Saint Sauveur
le-Vicomte.
DEs métaux estimez qu'enserre
Le centre avare de la terre
Ennemi toujours déclaré ,
Crispe , l'argent aux yeux du Sage
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un cœur moderé.
諾
Les cent voix de la Nymphe aîlée
Far tout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses freres ,
Rendra son honneur éternel.
Çelui , qui maître de son ame
En bannit l'avarice infâme ,
Fégne plus souverainement ,
Que si de ses loix redoutées ,
II. Vol. L'Eu
DECEMBRE. 1732 2805
L'Europe et l'Affrique domptées
Portoient le joug docilement.
Envain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en bûvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.
諾
Phraate est remis sur le Trône;
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix .
Bien differente du vulgaire
Pour ce bonheur imaginaire
N'aurajamais que du mépris.
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours intégre elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüez de sagesse
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indiférens.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Nullus
argento color est , &c.
A M. F. Avocat à Saint Sauveur
le-Vicomte.
DEs métaux estimez qu'enserre
Le centre avare de la terre
Ennemi toujours déclaré ,
Crispe , l'argent aux yeux du Sage
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un cœur moderé.
諾
Les cent voix de la Nymphe aîlée
Far tout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses freres ,
Rendra son honneur éternel.
Çelui , qui maître de son ame
En bannit l'avarice infâme ,
Fégne plus souverainement ,
Que si de ses loix redoutées ,
II. Vol. L'Eu
DECEMBRE. 1732 2805
L'Europe et l'Affrique domptées
Portoient le joug docilement.
Envain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en bûvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.
諾
Phraate est remis sur le Trône;
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix .
Bien differente du vulgaire
Pour ce bonheur imaginaire
N'aurajamais que du mépris.
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours intégre elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüez de sagesse
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indiférens.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace dédiée à M. F., avocat à Saint-Sauveur-le-Vicomte. Il explore la valeur des métaux précieux et la sagesse dans leur usage. L'argent, bien que précieux, ne brille que par l'usage modéré qu'en fait un cœur sage. La vertu et l'amour paternel sont loués, comme dans le cas de Proculée, qui a montré un amour fraternel dans l'adversité. Le texte met en garde contre l'avarice, comparant l'hydropique qui boit sans cesse à celui qui cherche vainement à apaiser sa soif d'argent. Phraate, remis sur le trône, ne se laisse pas aveugler par l'éclat de sa position et connaît la véritable valeur de la vertu. La vertu, libre de toute bassesse, accorde les vrais honneurs à ceux qui, doués de sagesse, considèrent la richesse avec indifférence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 1934
EPIGRAMME.
Début :
Un mien ami me disoit l'autre jour, [...]
Mots clefs :
Vertu
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME.
EPIGRAM M E..
UN mien ami me disoit l'autre jour ,.
Que pour vertu se sentoit de l'amour .
Lors je lui dis : Va- t'en voir Marguerite ;;
Te paroîtra si rare son mérite ,
Que pour vertu la prendras sûrement :
Mais quand auras déclaré ton tourment ,
Seras surpris , er diras en toi-même :
à la Vertu bien ressemble vrayment ,
Fors enun point; car Vertu quiert qu'on l'aime 3.
Elle au rebours ne peut souffrir d'Amant.
UN mien ami me disoit l'autre jour ,.
Que pour vertu se sentoit de l'amour .
Lors je lui dis : Va- t'en voir Marguerite ;;
Te paroîtra si rare son mérite ,
Que pour vertu la prendras sûrement :
Mais quand auras déclaré ton tourment ,
Seras surpris , er diras en toi-même :
à la Vertu bien ressemble vrayment ,
Fors enun point; car Vertu quiert qu'on l'aime 3.
Elle au rebours ne peut souffrir d'Amant.
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