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p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 52-68
DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Début :
Je vous envoye un Dialogue qui a receu icy de grands / A vous voir & à vous entendre, les Hommes [...]
Mots clefs :
Divinité, Éloquence, Louis d'or, Temple, Fils de la Terre, Soleil, Astres, Gloire, Fortune, Mérite, République, Palais, Privilèges, Coeur, Orateurs, Scélérats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
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Résumé : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Le texte décrit un dialogue entre 'L'Éloquence' et 'Le Louis d'Or'. L'Éloquence soutient qu'elle mérite un temple car elle émane de l'entendement et du cœur humain. Le Louis d'Or, fils du Soleil et des astres, possède déjà un temple et préfère être honoré dans le cœur des hommes. Il souligne que les trahisons et les crimes peuvent également naître de l'entendement et du cœur. L'Éloquence rétorque que le Louis d'Or plaît par des agréments superficiels. Le Louis d'Or insiste sur son pouvoir de séduire et d'imposer, affirmant que sa solidité et son éclat embellissent la vérité. L'Éloquence revendique son rôle de rassembleuse des peuples et fondatrice des républiques. Le Louis d'Or se présente comme le nerf des États et les délices des jeunes et des vieillards. Ils discutent de leur influence respective dans les palais royaux et sur le cœur des hommes. Le Louis d'Or souligne son efficacité à consoler les malheureux et à transformer les individus. Le dialogue se termine par une réflexion sur leur destin respectif. Le Louis d'Or compare sa situation à celle des écrits cachés dans les boutiques des libraires. L'Éloquence déplore le sort du Louis d'Or, souvent à la merci de faux monnayeurs ou dévoré par des souris. Le Louis d'Or répond qu'il est bien accueilli à la cour et porte la santé avec lui. L'Éloquence mentionne aussi que le Louis d'Or peut être volé par des scélérats mais reste agréable entre les mains des innocents. Certains philosophes le condamnent en public mais l'approuvent en privé lorsqu'il est dans leur bourse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 3-10
A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
Début :
Que d'autres chantent ces Princes Qui peu maîtres de leur cœur, [...]
Mots clefs :
Ode, Louange, Guerrier, Bonté, Justice, Paix, Divinité, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
A S. A. ELECTORALE
Monseigneur le Duc
de Baviere.
ODE.
UE d'autres chantent
ces Princes
- Qui peu maîtres de 1ç{3rsoeur,
Ne ravagent des Provinces
Que pour un frivole honneur:
Je cherche uncoeurmagnnime
Qui s'attire nôtre estime
Sans troubler nôtre repos.
UnDieubrillantde lumière
Me découvre dans Baviere
Ce vericable Héros.
Bien que terrible à la guerre
Sa valeur arme son bras,
C'est malgré lui que la terre
Voit la furent des combai*.
Aussî fage qu'intrepide,
De l'équité qui le guide Iln'écoute que la voix;
Sa bonté prévient l'orage,
Et ne cede à son courage Que , pour défendre ses
droits.
Animé du plus beau zele,
Affable
J
humain
, genereux,
Par tout où le sort l'appelle
Il fait des hommes heureux.
Plus élevé par lui même
Qu'il n'est par son rang filprême,
Sa grandeurest sans fierté.
Quiconque le voir, l'admire,
Et ne connoît son empire
Qu'aux charmes de sa bonté.
,
Qu'on vante tadevinée
De ce Tite fortuné
Qui cïtïr perdrela jo, urnée
Quand il n'avait rien donné.
Prince, ta main libérale
Ne souffre point d'intervale
Qui te dérobe un seul jour.
Merveille au siecle où nous sommes
!
Digne du respect des hommes,
Tu neveux que leuramour.
Vainement d'intelligence
Avec l'orgueil des Cesars,
Le sort tromcpa tea vai,llan- Et quitta tes écendars.
Au dessus de ses caprices,
Tu soûtins ses injustices
Sans perdre ta fermeté.
Quels bienfaits tu vas répandre,
Aujourd'hui qu'il va te r-endre
Plus qu'il ne t'avoit Até.
Je vois le Dieu de la Seine
Ates (peaac les pompeux.
Tour Paris est dans Surêne
Où tu rassembles les jeux.
Un monde qui t'environne
Vole autour de ta personne,
Te suit du coeur & des yeux.
Les Muses t'y font hommage:
Par ta presence unvillage
Devient le séjour des Dieux.
Là ranimant les delices
Dont Mars émoussoit les
,
traits,
Par d'agreables premices
,
Tu nous fais goûter la paix.
Dans cette heureuse concrée
Je la vois avec Astrée
Suivre un genereux guerrier
La rivale de Beilonne
Elle même te couronne, Et joint l'olive au laurier.
Que rAllemagne persiste
A ce disputer tes droits,
Est il plus rien qui resiste
Au plus grand de tous les
Rois?
Le Ciel prend foin de sa
gloire;
Denain a vû la victoire
Retourner fous nos drapeaux.
Germains, craignez sa puissance,
- Et n'appellez point la France
A des triomphes nouveaux.
Monseigneur le Duc
de Baviere.
ODE.
UE d'autres chantent
ces Princes
- Qui peu maîtres de 1ç{3rsoeur,
Ne ravagent des Provinces
Que pour un frivole honneur:
Je cherche uncoeurmagnnime
Qui s'attire nôtre estime
Sans troubler nôtre repos.
UnDieubrillantde lumière
Me découvre dans Baviere
Ce vericable Héros.
Bien que terrible à la guerre
Sa valeur arme son bras,
C'est malgré lui que la terre
Voit la furent des combai*.
Aussî fage qu'intrepide,
De l'équité qui le guide Iln'écoute que la voix;
Sa bonté prévient l'orage,
Et ne cede à son courage Que , pour défendre ses
droits.
Animé du plus beau zele,
Affable
J
humain
, genereux,
Par tout où le sort l'appelle
Il fait des hommes heureux.
Plus élevé par lui même
Qu'il n'est par son rang filprême,
Sa grandeurest sans fierté.
Quiconque le voir, l'admire,
Et ne connoît son empire
Qu'aux charmes de sa bonté.
,
Qu'on vante tadevinée
De ce Tite fortuné
Qui cïtïr perdrela jo, urnée
Quand il n'avait rien donné.
Prince, ta main libérale
Ne souffre point d'intervale
Qui te dérobe un seul jour.
Merveille au siecle où nous sommes
!
Digne du respect des hommes,
Tu neveux que leuramour.
Vainement d'intelligence
Avec l'orgueil des Cesars,
Le sort tromcpa tea vai,llan- Et quitta tes écendars.
Au dessus de ses caprices,
Tu soûtins ses injustices
Sans perdre ta fermeté.
Quels bienfaits tu vas répandre,
Aujourd'hui qu'il va te r-endre
Plus qu'il ne t'avoit Até.
Je vois le Dieu de la Seine
Ates (peaac les pompeux.
Tour Paris est dans Surêne
Où tu rassembles les jeux.
Un monde qui t'environne
Vole autour de ta personne,
Te suit du coeur & des yeux.
Les Muses t'y font hommage:
Par ta presence unvillage
Devient le séjour des Dieux.
Là ranimant les delices
Dont Mars émoussoit les
,
traits,
Par d'agreables premices
,
Tu nous fais goûter la paix.
Dans cette heureuse concrée
Je la vois avec Astrée
Suivre un genereux guerrier
La rivale de Beilonne
Elle même te couronne, Et joint l'olive au laurier.
Que rAllemagne persiste
A ce disputer tes droits,
Est il plus rien qui resiste
Au plus grand de tous les
Rois?
Le Ciel prend foin de sa
gloire;
Denain a vû la victoire
Retourner fous nos drapeaux.
Germains, craignez sa puissance,
- Et n'appellez point la France
A des triomphes nouveaux.
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Résumé : A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
Le texte est une ode dédiée à un prince électeur, probablement le Duc de Bavière. L'auteur loue les qualités du prince, le décrivant comme un héros vertueux, brave et juste, dont la bonté prévient les conflits. Le prince est présenté comme un leader humain et généreux, qui élève les hommes autour de lui sans arrogance. Sa libéralité et sa fermeté face aux injustices sont soulignées, ainsi que sa capacité à inspirer admiration et amour. Le poème mentionne des événements spécifiques, comme des jeux et des rassemblements à Paris, où le prince est acclamé. Les Muses lui rendent hommage, et la paix est célébrée à travers des festivités. La victoire de Denain est citée comme un exemple de la puissance du prince, mettant en garde les Allemands contre toute tentative de contester ses droits. L'auteur conclut en affirmant que le Ciel protège la gloire du prince, et que sa victoire est incontestable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 134-143
Traduction d'un Poëme Anglois, Sur le Bal que M. le D** d** a donné à Londres le 17. Août 1713.
Début :
Pour connoître les moeurs, les goûts, les habitudes [...]
Mots clefs :
Mœurs , Habitudes , Peuples, Voyage, Palais, Dieux, Héros, Beauté, Festin, Divinité
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texteReconnaissance textuelle : Traduction d'un Poëme Anglois, Sur le Bal que M. le D** d** a donné à Londres le 17. Août 1713.
Traduction d'unPoëme
Anglois,
Sur le Bal que M. le n**'d**
a donnéà Londres le17.
:' , £" :, ,4 U I?IJ. ,"",'-;.\1 ï;'Aout>1713.>;
P our conoître les moeurs,
les goûts, les habitudes
De cent & cent peuples di-
~\W\*Â\V-,\ ^crs,* ,',' "',
iVU grédeleurs inquietudes
Les mortelsinconstans parcourent
l'univers: 9 Pourmoy, libre des foins
qu'entraînent les voyages
,
Loin de vouloir braver les
flots capricieux, 1
Et sans m'exposer aux orages,
Ici je satisfais mes desirs curieux.
Daumont dans son Palais
represente à nos yeux
Les Heros & les mêmes
Dieux
Dont autrefois dansleurs
ouvrages
Les Poëtes ingenieux
J Ne tracerent quelesimages.
Par-toutvous yvoyezer, rans
Les habitans du ciel, de la
terre & de l'onde,
Ettous les hommes differens
Dont les Dieux ont peuplé
tous les climats du
monde.
Suivi de sa brillante cour
Jqupuitierttpéour s'y rendre a l'empirée;
Alecton fort du noir séjour
Avec sa cohorte effarée;
Des humides Tritons Amphitrite
entourée
Reçoit
Reçoit les voeux du Dieu
dont elle est ado-
-
rée,
Et l'on voit errer à l'entour
Les jeunes filles de Nerée.
Mars aux genoux de Citerée
Se laisse dérober ses armes
par l'Amour;
Dans le sein de Thetis le
brillant Dieu du
jour
Fixe sa course mesurée.
Là Dianeparoît artifte-,
: ment parée, -i *v4
L'Amour n'est plusfon ennemi;
Et si j'en croisles soins où
je la voislivrée,
Sa fiere vertumoderée
Cherche un Endimion qui
soit moins endormi.
»
A chaque beauté qui s'avance
Mercure offreà l'instant
des secours seduccteurs,
Par des traits galans & flateurs
Ilsignaleson éloquence.
De toutes parts sont répandus
Princes,Dieux, Rois, mêlez
& confondus
Avec Démons, Bergers,
Nymphes, Geans,
Pigmées.
-
<
L'implacable Nocher des
ondes enflamees*
Soûrit à des objets & plus
doux & plus beaux;
Les Morts suiventses pasy
couverts de leurs
lambeaux.
Ici c'estle Hibou, là c'est
l'Aigle iraraor-•
- iC lierai.*-• J'
On voit le Corbeau, trop
fidele, SJ
D'un noir plumage revê-
,
tu,
Et les oiseaux par leur ramage
.PPoouurrlleessbbeelllleessffoonnttuunnpprreé--
,: ,- sage --,q
De la chûte de leur ver-
,.' tu.
On y voit folâtrer des No-
,- nes peu severes,
Sans reliques Çc sans rosaires.
r Le grave senateur prend
un air gracieux,
De l'austere Themis ou,
bliant le langage,
De son art desormais il ne
veut faire usage
Qu'au tribunal de deux
beaux yeux.
Le triste Medecin déguise
sa presence
Sous un appareil affecp
té.
Le luxe avec la volupté
Empruntent un habit de
pieuse apparence.
Ici cette jeune beauté,
Qui de mille galans tour
a tour est maîtrèfle.-,
Affeâcla(implicite t 1 D'unevertueule Koacresse.
On-voit dans le Palais chacunse
transfor-
.,>; mer,
Daumont seul n'y prend
point une formeem-
*
pruntée.
Quelleautre lui seroit prêtée,
Qui? G: bienquela sienne
eût le don de char- -* mefï1'*
Ainsi dans un festin quand
laTroupe immorîtelle^
Autour de Jupiter se range
avec splendeur,
Il se déguise point sa forme
naturelle;
Ce Dieu s'offre dans sa
grandeur:
Mais lorsque fous le tendre
empire
Dequelque mortelle beauté
Ce Souverain des Dieux
soûpire,
Il voile sa Divinité.
Anglois,
Sur le Bal que M. le n**'d**
a donnéà Londres le17.
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P our conoître les moeurs,
les goûts, les habitudes
De cent & cent peuples di-
~\W\*Â\V-,\ ^crs,* ,',' "',
iVU grédeleurs inquietudes
Les mortelsinconstans parcourent
l'univers: 9 Pourmoy, libre des foins
qu'entraînent les voyages
,
Loin de vouloir braver les
flots capricieux, 1
Et sans m'exposer aux orages,
Ici je satisfais mes desirs curieux.
Daumont dans son Palais
represente à nos yeux
Les Heros & les mêmes
Dieux
Dont autrefois dansleurs
ouvrages
Les Poëtes ingenieux
J Ne tracerent quelesimages.
Par-toutvous yvoyezer, rans
Les habitans du ciel, de la
terre & de l'onde,
Ettous les hommes differens
Dont les Dieux ont peuplé
tous les climats du
monde.
Suivi de sa brillante cour
Jqupuitierttpéour s'y rendre a l'empirée;
Alecton fort du noir séjour
Avec sa cohorte effarée;
Des humides Tritons Amphitrite
entourée
Reçoit
Reçoit les voeux du Dieu
dont elle est ado-
-
rée,
Et l'on voit errer à l'entour
Les jeunes filles de Nerée.
Mars aux genoux de Citerée
Se laisse dérober ses armes
par l'Amour;
Dans le sein de Thetis le
brillant Dieu du
jour
Fixe sa course mesurée.
Là Dianeparoît artifte-,
: ment parée, -i *v4
L'Amour n'est plusfon ennemi;
Et si j'en croisles soins où
je la voislivrée,
Sa fiere vertumoderée
Cherche un Endimion qui
soit moins endormi.
»
A chaque beauté qui s'avance
Mercure offreà l'instant
des secours seduccteurs,
Par des traits galans & flateurs
Ilsignaleson éloquence.
De toutes parts sont répandus
Princes,Dieux, Rois, mêlez
& confondus
Avec Démons, Bergers,
Nymphes, Geans,
Pigmées.
-
<
L'implacable Nocher des
ondes enflamees*
Soûrit à des objets & plus
doux & plus beaux;
Les Morts suiventses pasy
couverts de leurs
lambeaux.
Ici c'estle Hibou, là c'est
l'Aigle iraraor-•
- iC lierai.*-• J'
On voit le Corbeau, trop
fidele, SJ
D'un noir plumage revê-
,
tu,
Et les oiseaux par leur ramage
.PPoouurrlleessbbeelllleessffoonnttuunnpprreé--
,: ,- sage --,q
De la chûte de leur ver-
,.' tu.
On y voit folâtrer des No-
,- nes peu severes,
Sans reliques Çc sans rosaires.
r Le grave senateur prend
un air gracieux,
De l'austere Themis ou,
bliant le langage,
De son art desormais il ne
veut faire usage
Qu'au tribunal de deux
beaux yeux.
Le triste Medecin déguise
sa presence
Sous un appareil affecp
té.
Le luxe avec la volupté
Empruntent un habit de
pieuse apparence.
Ici cette jeune beauté,
Qui de mille galans tour
a tour est maîtrèfle.-,
Affeâcla(implicite t 1 D'unevertueule Koacresse.
On-voit dans le Palais chacunse
transfor-
.,>; mer,
Daumont seul n'y prend
point une formeem-
*
pruntée.
Quelleautre lui seroit prêtée,
Qui? G: bienquela sienne
eût le don de char- -* mefï1'*
Ainsi dans un festin quand
laTroupe immorîtelle^
Autour de Jupiter se range
avec splendeur,
Il se déguise point sa forme
naturelle;
Ce Dieu s'offre dans sa
grandeur:
Mais lorsque fous le tendre
empire
Dequelque mortelle beauté
Ce Souverain des Dieux
soûpire,
Il voile sa Divinité.
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Résumé : Traduction d'un Poëme Anglois, Sur le Bal que M. le D** d** a donné à Londres le 17. Août 1713.
Le texte est une traduction d'un poème anglais décrivant un bal organisé par un noble à Londres le 17 août 1713. Le poète souhaite découvrir les mœurs et les habitudes de divers peuples sans voyager. Le bal se déroule au palais de Daumont, où sont représentés des héros, des dieux, ainsi que des habitants du ciel, de la terre et des mers. Le poème mentionne plusieurs personnages mythologiques et divins, tels que Jupiter, Alecton, les Tritons, Amphitrite, Mars, Thétis, Diane et l'Amour. Mercure offre son éloquence à chaque beauté présente. Le bal rassemble princes, dieux, rois, démons, bergers, nymphes, géants et pygmées. Les invités, comme le sénateur, le médecin et une jeune beauté, adoptent des comportements et des apparences différents. Daumont, quant à lui, ne change pas d'apparence, contrairement à Jupiter qui se déguise sous l'empire d'une mortelle beauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 50-92
Erudition sur le vin.
Début :
Que le vin soit l'appas le plus doux de la vie, [...]
Mots clefs :
Vin, Chagrin, Esprit, Courage, Joie, Amour, Santé, Médecine, Compagnon, Festivités, Société, Divinité, Poésie, Guerre, Alcool, Humeur, Vieillesse, Guérison, Mélancolie, Nature
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texteReconnaissance textuelle : Erudition sur le vin.
Eruditionsur le vin.
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
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Résumé : Erudition sur le vin.
Le texte 'Eruditionsur le vin' met en avant les nombreux bienfaits du vin. Il est décrit comme un remède contre l'ennui et le chagrin, capable d'enchanter les esprits et de charmer le cœur humain. Le vin est présenté comme un moyen de fournir du courage et de la joie, et de dissiper les rigoureux ennuis. Il est également loué pour ses vertus médicinales, aidant à traiter diverses maladies telles que les douleurs de colique, les rhumatismes, et les affections du foie. Le vin est considéré comme un lien social, charmant auteur d'allégresse, et grand sceau des mariages. Il est également vu comme un ennemi du divorce et des divisions, et un moteur puissant de l'âme. Le vin est recommandé pour les convalescents, les personnes mélancoliques, et ceux souffrant de paralysie. Il est également vanté pour ses effets bénéfiques sur les arts libéraux et l'éloquence. Cependant, le texte avertit contre les dangers de l'abus du vin, notamment chez les personnes à l'esprit faible ou les jeunes furieux. Malgré ces mises en garde, le vin est globalement présenté comme une chose très bonne, capable de dissiper les misères et les chagrins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 97-144
Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Début :
Les effets du feu son si admirables & si terribles, / Il y a si peu de choses qui puissent passer pour certaines [...]
Mots clefs :
Feu, Incendie, Corps, Auteur, Eau, Nature, Chaleur, Esprits, Vertu, Dieu, Terre, Froid, Avantages, Traité, Principes, Force, Divinité, Substance, Couleur, Grandeur, Soleil, Physique, Entretiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
admirables & si terribles,
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
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Résumé : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Le texte explore la nature et l'importance du feu, qu'il considère comme l'élément le plus noble et utile, supérieur à l'eau. Il s'appuie sur des références à des poètes et philosophes tels que Pindare et Plutarque, ainsi que sur des divinités associées au feu. Le feu est essentiel pour cuire les aliments, préparer des remèdes et accomplir diverses tâches quotidiennes. Il symbolise la lumière, la vie et la puissance, et est utilisé dans les cérémonies religieuses. Le texte distingue différents types de feux, vifs ou morts, et note que le feu terrestre tend vers le centre de la Terre. Des expériences montrent que le feu contient des particules pesantes. L'auteur aborde la chaleur terrestre et la génération de nouvelles substances par combustion. Il explique que les substances inanimées sont composées de corpuscules spécifiques dont l'arrangement détermine la forme. Des expériences avec le vitriol illustrent cette théorie. Le texte discute également des propriétés du feu et de la chaleur, affirmant que le feu modifie les qualités des matières sans en créer de nouvelles. La chaleur est vue comme une substance composée d'esprits ignés, tandis que le froid est constitué d'esprits froids glacés. De plus, le texte décrit un phénomène naturel où une fermentation excessive entraîne la sortie d'un fluide des veines, identifiant deux effets distincts résultant de cette cause. L'auteur rejette l'idée que le froid d'une montagne ou les propriétés d'une pierre puissent être expliqués par autre chose que des exhalaisons froides, qui inhibent l'action et le mouvement des esprits chauds.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 141-189
DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Début :
Ne me perdez pas de veuë, Madame, un de mes amis / IRIS. Hola, Mercure, hola je desesperois presque de ce [...]
Mots clefs :
Mercure, Dieux, Iris, Modernes, Poète, Poème, Aristote, Iliade, Diane, Jupiter, Vérité, Anciens, Junon, Mains, Esprit, Père, Règles, Divinité, Combat, Divin, Académicien, Saturne, Oreille, Achille, Héros, Homme, Invention , Homère, Poème épique, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Ne me perdez pas deveuë ,
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Fermer
8
p. 151-153
A MADEMOISELLE *** Sur une extinction de voix pour laquelle elle avoit inutilement pris le bain pendant neuf jours. PAR M. THAVENOT.
Début :
Cloris, vôtre interêt m'inspire [...]
Mots clefs :
Empire, Amour, Divinité, Amant, Belle, Immortel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE *** Sur une extinction de voix pour laquelle elle avoit inutilement pris le bain pendant neuf jours. PAR M. THAVENOT.
A MADEMOISELLE ***
Sur une extinction de voix pour laquelle
elle avoit inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT.
Loris, votre interêt m'inspire
Les Vers que je vous trace ici ;
Amour, dont vous ornès l'Empire ,
Le tendre Amour m'inspire auſſi :
-Gardés- vous bien d'être rebelle
152 LE MERCURE
A l'utile leçon que je vais vous donner ;
Ce n'est pas afſés d'être Belle ,
Par de prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au pié des Hêtres ,
Vous chanfonniés n'aguére en un bois
consacré
A des Divinités champêtres ,
Si que par vos accen Pan lui-même attiré,
Laiſſa tomber sa Flute & ne pûtſe défendre
D'abandonner pour vous entendre
Driades un peu bruſquement :
(Déeffes ainsi que Mortelles
Pardonnent rarement aux Belles
Qui leur enlévent un Amant )
Votre voix avoit fait le crime
Qui les irrita contre vous ;
Elle est aujourd'huy la Victime
Sur qui s'épuise leur courroux..
Clorss vous êtes Belle & Sage :
Mais cependant, vous vites à regret ,
La perte d'un tel avantage;
Et pour en recouvrer l'usage,
Aux Déeſſes des Eaux allâtes en ſecret
Offrir des voeux &faire une Neuvaine
:
Celles - cy ,loin d'alléger votre peins,
Craignant pour elles même fort
DE SEPTEMRE.
153
Qu'avoient éprouvé les Dryade:;
Et que Tritons pour vous ne quittaſſent
Nayades ,
Rejetterent vos vaux , & n'eurent pas
grand tort :
Avec des Traits que rien n'égale,
Et cette voix don : Panfut enchanté,
Quand vous voudrés ,il n'est point de
Beaute
Dont vous ne deveniés Rivale :
Or donc , fi m'en croyés, Cloris, changés
d'Autels ,
Essayés àl'Amourde faireine Neuvaine,
Il estleplus puffant de tous les Immortels ;
Votre offrande ne fera vaine ,
Ou je me trompe fort ; vos triomphans
appas
Ont aſſes de nos jours augmentéſon Domaine
,
Pour qu'il ne vous refuse pas:
Pourvû qu'à ses Viſſaux ceffiez d'être
inhumaine ;
Carce Dien Tout- tuffant , Cloris, véut
du retour ;
Or donc , fi m'en croyez ,
àl'Amour.
Sur une extinction de voix pour laquelle
elle avoit inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT.
Loris, votre interêt m'inspire
Les Vers que je vous trace ici ;
Amour, dont vous ornès l'Empire ,
Le tendre Amour m'inspire auſſi :
-Gardés- vous bien d'être rebelle
152 LE MERCURE
A l'utile leçon que je vais vous donner ;
Ce n'est pas afſés d'être Belle ,
Par de prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au pié des Hêtres ,
Vous chanfonniés n'aguére en un bois
consacré
A des Divinités champêtres ,
Si que par vos accen Pan lui-même attiré,
Laiſſa tomber sa Flute & ne pûtſe défendre
D'abandonner pour vous entendre
Driades un peu bruſquement :
(Déeffes ainsi que Mortelles
Pardonnent rarement aux Belles
Qui leur enlévent un Amant )
Votre voix avoit fait le crime
Qui les irrita contre vous ;
Elle est aujourd'huy la Victime
Sur qui s'épuise leur courroux..
Clorss vous êtes Belle & Sage :
Mais cependant, vous vites à regret ,
La perte d'un tel avantage;
Et pour en recouvrer l'usage,
Aux Déeſſes des Eaux allâtes en ſecret
Offrir des voeux &faire une Neuvaine
:
Celles - cy ,loin d'alléger votre peins,
Craignant pour elles même fort
DE SEPTEMRE.
153
Qu'avoient éprouvé les Dryade:;
Et que Tritons pour vous ne quittaſſent
Nayades ,
Rejetterent vos vaux , & n'eurent pas
grand tort :
Avec des Traits que rien n'égale,
Et cette voix don : Panfut enchanté,
Quand vous voudrés ,il n'est point de
Beaute
Dont vous ne deveniés Rivale :
Or donc , fi m'en croyés, Cloris, changés
d'Autels ,
Essayés àl'Amourde faireine Neuvaine,
Il estleplus puffant de tous les Immortels ;
Votre offrande ne fera vaine ,
Ou je me trompe fort ; vos triomphans
appas
Ont aſſes de nos jours augmentéſon Domaine
,
Pour qu'il ne vous refuse pas:
Pourvû qu'à ses Viſſaux ceffiez d'être
inhumaine ;
Carce Dien Tout- tuffant , Cloris, véut
du retour ;
Or donc , fi m'en croyez ,
àl'Amour.
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9
p. 437-452
EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Début :
Monseigneur, L'accüeil dont V.A.S. m'a honoré à mon [...]
Mots clefs :
Médaille antique, Carausius, Tutele, Figure, Légende, Cote, Divinité, Empereur, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
EXPLICATION d'une Medaille
antique très singuliere de Carausius ,
Empereur des anciens Bretons , au temps de Diocletien et de Maximien-Hercule ,
adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine,
Prince Souverain de Dombes , &c. Par
M. Genebrier , Docteur en Medecine.
MONSEIGNEUR,
L'accueil dont V. A. S. m'a honoré à
mon retour d'Angleterre , la maniere distinguée dont elle a b en voulu me communiquer elle-même , et à Versailles et
Bij à
38 MERCURE DE FRANCE
à Sceaux , ses differens Cabinets de Mé,
dailles antiques , et la permission qu'elle
m'a accordée de décrire celles qui pou
voient entrer dans mes vûës Litteraires
sont des effets d'unebonté digne deV.A.S
mais trop marquez pour moi , pour ne
pas rechercher l'occasion de les publier.
' ose donc mefatter , Monseigneur , que
V. A. S. ne trouvera pas mauvais que je
fasse paroître cet Ecrit sous vos auspices.
Je l'ai composé au sujet d'une Médaille
antique du Héros bes Bretons , dont j'ai
déja eu l'honneur d'entretenir V. A, S.
Cette Médaille interesse particulierement
la gloire d'une de nos plus anciennes
Villes de France , Ville autrefois et encore aujourd'hui très celebre , et qui
étant la Capitale du Gouvernement de
Monseigneur le Comte d'Eu , Prince qui
marche si dignement sur vos traces , doit
aussi interesser V. A. S.
Cette Médaille est de petit bronze et
assez bien conservée , elle est d'un Métail jaune , qui est rare dans les Médailles
de ce temps- là . Je la croyois d'abord unique , mais M. l'Abbé de Rothelin en a
trouvé depuis peu une autre qui n'est que
de cuivre rouge. Elle représente d'un côté
la tête de l'Empereur Carausius , couronnée de rayons , avec la Légende ordinaire.
Imp
MARS J
es
1-
de
ui
E.AE
fé
lles
uni
en a
que
côté
гоп
aire
Imp.
>
. 1732 439
Imp. Carausius P. F. Aug. Et au revers
pour Legende , Tutela Aug. La Tutele
d'Auguste. Pour Type la figure d'une
femme debout , tournée du côté droit
vétuë d'une robe longue abbattue , don't
ún bout ramené du côté droit par devant et retroussé sur le bras gauche , va
encore descendre jusqu'aux pieds. Certe
figure tient de la main droite une patere
sur un Autel où il y a du feu , et de la
gauche elle soutient par le bas une Corne
d'abondance , couchée sur le bras du mê- me côté.
Parmi beaucoup de Médailles antiques
que j'ai vûës dans un assez grand nombre de Cabinets en differens Royaumes,
par ordre et sous les auspices de S. A. R.
feuë Madame , et que j'ai décrites , je
n'en ai jamais trouvé que deux differentes du haut Empire , avec la Legende
TVTELA , &C.
La premiere est une Médaille de Vespasien , et la seconde de Nerva.
Au revers de la Médaille de Vespasien , il y a pour Legende Tutela Augusti S. C. et pour Type , la figure d'une
femme assise , tournée du côté droit , qui
impose la main droite sur la tête de Tite,
qui est devant elle au côté droit , ayant
fe bras gauche négligemment appuyé sur
Biij les
440 MERCURE DE FRANCE
les épaules de Domitien , qui est aussi
debout de l'autre côté , la face tournée
differemment. Ce qui nous marque que
ces deux jeunes Princes s'étoient , pour ainsi dire voüés à cette Divinité Tutele
et qu'ils s'étoient mis sous sa protection.
3
Au revers de la Médaille de Nerva ,
il y a pour Legende Tutela Italia S. C.
La Tutele de l'Italie. Pour Type , la figure de l'Empereur assis , de gauche à
droite , sur une Chaise Curule , qui tend
la main droite à deux petits enfans , garçon et fille , qui sont debout à ses pieds ,
et qui lui sont présentez par l'Italie personifiée sous la figure d'une femme aussi
debout derriere eux , pour faire entendre
que ce Prince s'étoit déclaré le Pere et le
Protecteur des enfans orphelins de l'un
et l'autre Sexe, C'est ce qui paroît confirmé par un Passage de Xiphilin , * qui
rapporte que ce Prince assigna des Terres
estimées quinze cent mille dragmes pour
la subsistance des Citoyens qui étoient
dans la necessité.
A l'égard de la Médaille de Carausius,
il- y a pour Legende au revers , Tutela
Aug. à peu près comme dans la Médaille de Vespasien , et non pas Tutela
Italia , comme dans celle de Nerva ; mais
* Dans la Vie de Nerva.
au
MARS. 17321 441
e
|-
ai
es
ur
at
is,
ela
éela
ais
au
au lieu que sur la Médaille de Vespasien,
on y voit trois figures représentées , et
que sur celle de Nerva , on en voit quatre,
il ne se trouve qu'une seule figure sur
la Médaille de Carausius , comme je l'ai
décrite au commencement; ce qui forme
un troisiéme Type different sur les Médailles de ce genre.
Boissart , dans le troisiéme Tome de
ses Antiquitez , nous a donné la figure
de la Déesse Tutilina , sous l'habit d'une
venerable Matrone debout , le derriere
de la tête voilé , dont la robe descend
jusques aux pieds. On voit au côté droit
auprès d'elle un tronc d'arbre qu'un Serpent entortille ; et au-dessous de la figure est écrit en gros caractere , TVTILINAE. S, ce qui nous apprend que la figure qui est représentée sur ce bas- relief,
avoit été consacrée à la Tutiline sous ce
Type. *
Cette Divinité avoit un Autel à Rome
sur le Mont Aventin , comme Varron le
remarque dans sa Ménippée. Cette der-
* S. Augustin , dans le 4. Livre de la Cité de
Dieu , Chap. 8. fait mention de la Déesse Tutiline , comme de la Sur- Intendante des Grains
après la récolte. Frumentis vero collectis atque reconditis , ut tutò servarentur Deam Tutilinam praposuerunt.
B iiij niere
442 MERCURE DE FRANCE
niere figure est encore differente de celle
qui est représentée sur notre Médaille de
Carausius , elle ne ressemble point non
plus à la figure de la Tutele qui est sur
la Médaille de Vespasien , où cette Divinité est assise dans une attitude majestueuse , ayant deux jeunes Princes debout à ses côtez.
Pour ce qui regarde la Médaille de
Nerva, ce n'est point la Divinité Tutele
qui est représentée sur son revers ; c'est
l'Empereur Nerva lui- même qui y est
appellé la Tutele de l'Italie , et avec jus- tice , pour les raisons que nous avons rapportées plus haut.
Ainsi le Type de la Médaille de Carausius avec TVTELA AVG..ne revient à aucun de tous ces Types. C'est , comme on
l'a dit , une figure toute particuliere. Elle
sacrifie sur un Autel , où il y a du feu ,
sur lequel elle répand une Patere pleine
de quelque liqueur propre au Sacrifice ,
tenant de la main gauche une Corne d'abondance.
Ne seroit- ce point là , Monseigneur
le Génie Tutelaire de la Ville et du Port
de Boulogne sur l'Ocean , ou bien celui
de la Ville et du Port de Bourdeaux ?
Ce sont , comme V.A.S. le sçait, deux
Ports et deux Villes qui ont été autrefois
MARS. 17320 443
fois très- considerables , soit par leur propre situation , soit par les grands Evenemens qui y sont arrivez du temps des Romains.
•
La premiere est aujourd'hui la Capitale
du Boulonnois , Peuple qu'on appelloit
autrefois les Morins.
La seconde est la Capitale de la Guyen:
ne , Province que Ptolomée appelle Aqui
tania.
Par rapport à Boulogne , j'ai prouvé dans le corps de mon Ouvrage sur Carausius , que cette Ville fût d'abord comme le Magazin general et l'Arcenal de
cet Empereur, et qu'il en fit une des plus
fortes Places qu'il eûr sur les Côtes Maritimes des Gaules , et qu'elle soutint un
Siege presqu'aussi long que le fut le fameux Siege de Troye.
Le Génie Tutelaire en ce sens sur les
Médailles de Carausius , ne conviendroit
peut-être pas mal à Boulogne ; cet Autel,
ces Parfums , cette Paterre , désigneroient
les Sacrifices qui furent faits dans cette
Ville pour la prosperité des Armes , et
pour l'heureux succès de la Flotte de cet
Empereur.LaCorne d'abondance que tient
cette Figure , marqueroit la quantité suffisante de toutes les munitions necessaires
pour la deffense et pour la sureté de cette
Place. Les Tours dont elle paroît couronBv néc
444 MERCURE DE FRANCE
née , désigneroient la force de ses murailles , qui devoient être bien considérables ,
puisque le Rhéteur Euménius ( a) , dans
un de ses Panégyriques en fait mention ;
en les appellant Gessoriacenses muros , les
Murs de Gessoriac , parce que cette Ville
a aussi été appellée , Gessoriacum navale
à cause de la renommée de son Port , que
je prétends être le fameux Por.us Iccius
des Anciens.
Pour revenir à notre Médaille. Pline le
jeune en parlant des Sacrifices qui furenţ
faits à la proclamation de Nerva , nous
fournit un passage qui semble l'expliquer
encore dans un sens qui ne seroit point
incompatible à quelque Ville qu'on voulut la donner. Diem , dit-il , in quem
Tutela Generis humani felicissima successione translata est debita religione celebravimus, commendantes Diis Imperii Authoribus , et vota publica et gaudia.
C'est peut être , Monseigneur , ce que
les Monetaires nous auroient voulu faire
entendre par ce Type et par cette Légende , par cet Autel et par ces Sacrifices.
Pour marquer à la posterité qu'à son
avenement à l'Empire , les Gaulois et les
Bretons de son parti , s'étoient religieu-
(a) Panegyr. à Constantius César , chap. 4.
sement
MARS. 1732. 445
sement acquittez d'un devoir essentiel
envers Carausius , qu'ils venoient de reconnoître pour Empereur , et qu'ils regardoient comme l'objet de leurs vœux et
la Tutele du genre humain , dans le mê
me sens qu'Horace,dans une de ses Odes*,
donne ce titre à Auguste.
OTutela prasens
Italia, Dominaque Roma.
C'est dans la même pensée que Nerva
est appellé , Tutela Italia sur la Médaille ,
dont nous avons déja décrit le revers , et
dont la Légende est tirée de ces deux Vers
d'Horace.
Mais la Médaille de Carausius , avec
Tutela Aug.au revers , accompagnée d'un
Type nouveau , et jusques icy inconnu ;
paroît nous marquer encore quelque chose de plus , et elle pourroit s'entendre
d'une Divinité Topique , et propre à un
lieu particulier.
L'Autel , sur ce revers nous marque
que la Tutele avoit aussi ses Autels , ses
Temples et ses Sacrifices particuliers du
temps de Carausius , et que le culte de la
Tutele , étant Romain d'origine , s'étoit
* Ode 14. Carmin. lib. 4.
B vj ré
446 MERCURE DE FRANCE.
répandu dans l'étendue de ses Etats , dans
la grande Bretagne , dans nos Gaules et
dans d'autres Provinces, comme celui des
autres Dieux , dont V. A. S. sçait que le
culte s'étendoit , à mesure que les Romains avançoient leurs conquêtes.
Pour venir à la Ville de Bourdeaux
l'Inscription antique qui y fut trouvée ,
et que voici , prouve invinciblement
le culte de la Tutele y étoit établi,
TVTELÆ
AVG.
LASCIVOS CANIL:
EX VOTO
L. D. EX. D. D.
que
C'est l'accomplissement d'un vœu solemnel , fait à la Turele d'Auguste , par
un particulier, nommé Lascivus Canilius.
Les dernieres Lettres initiales de cette
Inscription , L. D. EX. D. D. signifient
que le Sol lui en avoit été assigné par un
Décret exprès des Décurions de la Ville.
Locus datus ex Decreto Decurionum. Ce
qui fait voir en passant que Bourdeaux
joüissoit pour lors du droit de Colonie
Romaine, et qu'elle avoit adopté le culte
de cette Divinité. Elle y avoit un Temple
MARS. 1732 447
܂ܐ
>
ple des plus superbes , dans lequel cette
Inscription fut trouvée , selon Tristan.
Ce Temple subsistoit encore presqu'en
son entier en 1700.avant que Louis XIV.
de glorieuse mémoire , l'eut fait détruire
pour en faire une Esplanade devant le
Château Trompette. C'étoit un Péristyle,
à quatre Angles droits , long de 87 pieds,
et large de 62. selon Elie Vinet , ou de
63 , selon Merula , dans sa Géographie
page 426. Ce Temple avoit six Colonnes
en face dans sa largeur, et huit Colonnes
à chaque côté dans sa longueur ; ce qui
faisoit en tout une colonnade de 24 Colonnes , de l'Ordre Corinthien , dont il
en restoit encore 18 sur pied , dans le
temps que Vinet publia ses Notes sur Ausone. Les Colonnes de ce Temple étoient
d'une hauteur si considérable qu'elles do
minoient sur tous les plus hauts Edifices
de la Ville ; ce qui peut avoir été en partie cause de sa destruction. Au dessous de
ce Temple il y avoit des Voutes et des
Caves qui étoient d'un ouvrage aussi ancien. On s'en servoit pour y conserver du
Vin , selon quelques Auteurs.
La démolition d'un monument si superbe et si respectable par son anciennete , ne laissa pas d'exciter les regrets de
quelques amateurs de l'Antiquité , gens
qui
448 MERCURE DE FRANCE
qui ne s'embarassent guere de politique.
Ces regrets furent même accompagnez
des larmes d'un des plus sçavans Antiquaires (a) de ce temps- là. Ce qui donna
occasion aux Vers , qui furent imprimez
dans le Mercurede Mars 1702.que V.A.S.
ne sera peut-être pas fâchée de voir icy.
99
55
Pourquoi démolit-on ces Colomnes des
Dieux ?
Ouvrage des Césars , Monument Tutclaire ,
Depuis plus de mille ans , que le temps les re- vére ,
Elles s'élevoient jusqu'aux Cieux.
»Il faut que leur orgueil , cede à la Forteresse
» Où Mars pour nous veille sans cesse.
Son redoutable Mur , Edifice Royal ,
Ne doit point souffrir de Rival.
Ainsi il ne nous reste plus aujourd'hui
aucun vestige de ce fameux Temple de
la Tutele, qu'un triste souvenir de sa ruine..
Mais que dis- je, Monseigneur, ce Temple n'est pas entierement détruit , et l'idée de ce superbe Edifice ne sera jamais tout à-fait effacée de la mémoire des hommes. Le même Vinet nous en a heureusement conservé le Dessein. C'est dans ses
sçavantes Notes sur Ausone , où j'ai eu
( a ) M. Spon.
la
MARS. 1732. 449
ul
de
ne,
cm.
l'imais
ɔmceu5 ses
eu
la 1
la satisfaction de le voir représenté sous
le nom de Palais ou de Piliers de Tutele,
C'est ainsi qu'on l'appelloit vulgairement , à cause de sa magnificence égale à
celle des Palais des Rois. C'étoit , sans
doute , non un Palais , mais un Temple
consacré à la Tutele , ou au Genie Tutelaire de la Ville et du Port de Bourdeaux,
comme l'Inscription antique , que nous
venons de rapporter plus haut , et qui y
fut trouvée , le prouve invinciblement.
Quoique tous les Dieux pussent être
Dieux Tuteles , soit male , ou femelle ,
V. A. S. sçait cependant que chaque Nation ou Peuplade s'en choisissoit un particulier , qu'elle invoquoit comme son
Génie , son Protecteur , et son Dieu Tutele. Chaque Vaisseau avoit aussi son Dieu
Tutele particulier.
Or c'est du Dieu Tutele de la Ville de
Bourdeaux que je crois qu'on doit entendre l'Inscription : Tutela Aug. & c. qui y
fut trouvée.
C'est de Bourdeaux que je crois aussi
qu'il faut entendre la Légende : Tutela
Aug. qui est sur la Médaille de Carausius;
et il est beaucoup plus à présumer , que
la figure qui esr sur notre Médaille, peut
être la mêmequi étoit adorée dans ceTemple
450 MERCURE DE FRANCE
ple de Bourdeaux , et que c'étoit- là la
Divinité Tutele de la Ville.
En effet , Carausius étant Maître de la
Mer, comme il l'étoit , je ne fais aucun
doute , qu'il ne se fut aussi emparé de la
Ville et du Port de Bourdeaux. Cette
Ville , aussi-bien que Boulogne , lui étoit
de trop grande importance pour la négliger. Son Port , qui étoit autrefois au
milieu de la Ville , étoit aussi un des plus
superbes , suivant ces Vers d'Ausone :
"Per mediumque Urbis Fontani fluminis al veum
Quem Pater Oceanus refluo quum impleverit astu.
» Adlabi totum spectabis classibus aquor.
Carausius avoit en ces deux Villes deux
clefs pour sortir et pour entrer dans les
Gaules , suivant que ses affaires tourneroient , bien ou mal ; dans l'expédition
qu'il projettoit de la grande Bretagne.
C'est de Bourdeaux et de ses Citoyens
que je pense qu'il faut entendre en partie
un Passage d'Eumenius , où il est dit que
Carausius emmena avec lui , en la grande
Bretagne , plusieurs Marchands des GauIes. Contractis ad Dilectum Mercatoribus
*
Galli
MAR S.. 1732.
450
S
n
je
le
He
us
Gallicanis;parce que cette Ville a toujours
été en grand commerce , sur tout avec
ces Insulaires.
Enfin Bourdeaux est la Ville où je crois
que notre Médaillea pû avoir été frappée,
les raisons que nous venons d'en raporter.
par
Peut- être cette Ville, puissante comme
elle étoit,et parTerre et par Mer,à l'exemple de Boulogne, fut- elle une des premieres à saisir cette occasion , pour secoüer
le joug des deux autres Empereurs Romains. V. A. S. sçait qu'il n'y avoit pas
long- temps que la Ville de Bourdeaux
s'étoit soustraite à l'obéïssance de Gallien,
et que du Gouverneur de la Province
dont elle étoit la Capitale , elle avoit fait
un Empereur , nommé Tetricus , qui prit
la Pourpre à Bourdeaux , où il faisoit sa
résidence ordinaire.
On voit encore à Bourdeaux , parmi les
autres Antiquitez, les ruines d'un Amphithéatre , nommé vulgairement , le Palais
de Gallien , qui pouvoit y avoir fait quelque séjour avant la révolte de Tétricus.
Cela fait voir le rang distingué que tenoit autrefois cette Ville Maritime de la
Province d'Aquitaine , ou de la Guienne,
comme on l'appelle aujourd'hui.
Cette Ville ancienne ne s'étoit pas seu
lement
452 MERCURE DE FRANCE
lement renduë recommandable par son
commerce dans les extrémitez des Mers ,
même du temps d'Auguste , comme Strabon , qui vivoit sous ce Prince, nous l'assure. Elle s'est encore rendue celebre par
le grand nombre de Sçavans qui y ont
fleuri , comme on le peut voir dans les
Vers d'Ausone. Mais ce n'est point icy le
lieu d'en parler.
Ce que j'ai dit , Monseigneur, en faveur
de cette Ville , paroît suffire pour l'expliIcation de notre Médaille de Carausius
avec la Légende , Tutela Aug. ,
Légende inconnue jusques icy dans les
Médailles du bas Empire , et dont le Type n'est pas moins singulier , ni moins
digne de l'attention des Antiquaires.
Ce sont- là , Monseigneur , les conjectures que j'ai crû pouvoir hazarder , et
que je soûmets entierement à votre décision. Je ne sçai si V. A. S. les trouvera
assez solidement appuyées ; mais elles serviront du moins à exciter la curiosité
des Sçavans sur ce sujet , et elles seront
un témoignage public de la Protection
jose dire , de la Tutele particuliere , dont vous honorez les Sciences et les Gens de
Lettres , ainsi que du profond respect et
de la reconnoissance parfaite avec laquelle
je serai toute ma vie , &c.
A Paris , ce 15 Février 1732.
antique très singuliere de Carausius ,
Empereur des anciens Bretons , au temps de Diocletien et de Maximien-Hercule ,
adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine,
Prince Souverain de Dombes , &c. Par
M. Genebrier , Docteur en Medecine.
MONSEIGNEUR,
L'accueil dont V. A. S. m'a honoré à
mon retour d'Angleterre , la maniere distinguée dont elle a b en voulu me communiquer elle-même , et à Versailles et
Bij à
38 MERCURE DE FRANCE
à Sceaux , ses differens Cabinets de Mé,
dailles antiques , et la permission qu'elle
m'a accordée de décrire celles qui pou
voient entrer dans mes vûës Litteraires
sont des effets d'unebonté digne deV.A.S
mais trop marquez pour moi , pour ne
pas rechercher l'occasion de les publier.
' ose donc mefatter , Monseigneur , que
V. A. S. ne trouvera pas mauvais que je
fasse paroître cet Ecrit sous vos auspices.
Je l'ai composé au sujet d'une Médaille
antique du Héros bes Bretons , dont j'ai
déja eu l'honneur d'entretenir V. A, S.
Cette Médaille interesse particulierement
la gloire d'une de nos plus anciennes
Villes de France , Ville autrefois et encore aujourd'hui très celebre , et qui
étant la Capitale du Gouvernement de
Monseigneur le Comte d'Eu , Prince qui
marche si dignement sur vos traces , doit
aussi interesser V. A. S.
Cette Médaille est de petit bronze et
assez bien conservée , elle est d'un Métail jaune , qui est rare dans les Médailles
de ce temps- là . Je la croyois d'abord unique , mais M. l'Abbé de Rothelin en a
trouvé depuis peu une autre qui n'est que
de cuivre rouge. Elle représente d'un côté
la tête de l'Empereur Carausius , couronnée de rayons , avec la Légende ordinaire.
Imp
MARS J
es
1-
de
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E.AE
fé
lles
uni
en a
que
côté
гоп
aire
Imp.
>
. 1732 439
Imp. Carausius P. F. Aug. Et au revers
pour Legende , Tutela Aug. La Tutele
d'Auguste. Pour Type la figure d'une
femme debout , tournée du côté droit
vétuë d'une robe longue abbattue , don't
ún bout ramené du côté droit par devant et retroussé sur le bras gauche , va
encore descendre jusqu'aux pieds. Certe
figure tient de la main droite une patere
sur un Autel où il y a du feu , et de la
gauche elle soutient par le bas une Corne
d'abondance , couchée sur le bras du mê- me côté.
Parmi beaucoup de Médailles antiques
que j'ai vûës dans un assez grand nombre de Cabinets en differens Royaumes,
par ordre et sous les auspices de S. A. R.
feuë Madame , et que j'ai décrites , je
n'en ai jamais trouvé que deux differentes du haut Empire , avec la Legende
TVTELA , &C.
La premiere est une Médaille de Vespasien , et la seconde de Nerva.
Au revers de la Médaille de Vespasien , il y a pour Legende Tutela Augusti S. C. et pour Type , la figure d'une
femme assise , tournée du côté droit , qui
impose la main droite sur la tête de Tite,
qui est devant elle au côté droit , ayant
fe bras gauche négligemment appuyé sur
Biij les
440 MERCURE DE FRANCE
les épaules de Domitien , qui est aussi
debout de l'autre côté , la face tournée
differemment. Ce qui nous marque que
ces deux jeunes Princes s'étoient , pour ainsi dire voüés à cette Divinité Tutele
et qu'ils s'étoient mis sous sa protection.
3
Au revers de la Médaille de Nerva ,
il y a pour Legende Tutela Italia S. C.
La Tutele de l'Italie. Pour Type , la figure de l'Empereur assis , de gauche à
droite , sur une Chaise Curule , qui tend
la main droite à deux petits enfans , garçon et fille , qui sont debout à ses pieds ,
et qui lui sont présentez par l'Italie personifiée sous la figure d'une femme aussi
debout derriere eux , pour faire entendre
que ce Prince s'étoit déclaré le Pere et le
Protecteur des enfans orphelins de l'un
et l'autre Sexe, C'est ce qui paroît confirmé par un Passage de Xiphilin , * qui
rapporte que ce Prince assigna des Terres
estimées quinze cent mille dragmes pour
la subsistance des Citoyens qui étoient
dans la necessité.
A l'égard de la Médaille de Carausius,
il- y a pour Legende au revers , Tutela
Aug. à peu près comme dans la Médaille de Vespasien , et non pas Tutela
Italia , comme dans celle de Nerva ; mais
* Dans la Vie de Nerva.
au
MARS. 17321 441
e
|-
ai
es
ur
at
is,
ela
éela
ais
au
au lieu que sur la Médaille de Vespasien,
on y voit trois figures représentées , et
que sur celle de Nerva , on en voit quatre,
il ne se trouve qu'une seule figure sur
la Médaille de Carausius , comme je l'ai
décrite au commencement; ce qui forme
un troisiéme Type different sur les Médailles de ce genre.
Boissart , dans le troisiéme Tome de
ses Antiquitez , nous a donné la figure
de la Déesse Tutilina , sous l'habit d'une
venerable Matrone debout , le derriere
de la tête voilé , dont la robe descend
jusques aux pieds. On voit au côté droit
auprès d'elle un tronc d'arbre qu'un Serpent entortille ; et au-dessous de la figure est écrit en gros caractere , TVTILINAE. S, ce qui nous apprend que la figure qui est représentée sur ce bas- relief,
avoit été consacrée à la Tutiline sous ce
Type. *
Cette Divinité avoit un Autel à Rome
sur le Mont Aventin , comme Varron le
remarque dans sa Ménippée. Cette der-
* S. Augustin , dans le 4. Livre de la Cité de
Dieu , Chap. 8. fait mention de la Déesse Tutiline , comme de la Sur- Intendante des Grains
après la récolte. Frumentis vero collectis atque reconditis , ut tutò servarentur Deam Tutilinam praposuerunt.
B iiij niere
442 MERCURE DE FRANCE
niere figure est encore differente de celle
qui est représentée sur notre Médaille de
Carausius , elle ne ressemble point non
plus à la figure de la Tutele qui est sur
la Médaille de Vespasien , où cette Divinité est assise dans une attitude majestueuse , ayant deux jeunes Princes debout à ses côtez.
Pour ce qui regarde la Médaille de
Nerva, ce n'est point la Divinité Tutele
qui est représentée sur son revers ; c'est
l'Empereur Nerva lui- même qui y est
appellé la Tutele de l'Italie , et avec jus- tice , pour les raisons que nous avons rapportées plus haut.
Ainsi le Type de la Médaille de Carausius avec TVTELA AVG..ne revient à aucun de tous ces Types. C'est , comme on
l'a dit , une figure toute particuliere. Elle
sacrifie sur un Autel , où il y a du feu ,
sur lequel elle répand une Patere pleine
de quelque liqueur propre au Sacrifice ,
tenant de la main gauche une Corne d'abondance.
Ne seroit- ce point là , Monseigneur
le Génie Tutelaire de la Ville et du Port
de Boulogne sur l'Ocean , ou bien celui
de la Ville et du Port de Bourdeaux ?
Ce sont , comme V.A.S. le sçait, deux
Ports et deux Villes qui ont été autrefois
MARS. 17320 443
fois très- considerables , soit par leur propre situation , soit par les grands Evenemens qui y sont arrivez du temps des Romains.
•
La premiere est aujourd'hui la Capitale
du Boulonnois , Peuple qu'on appelloit
autrefois les Morins.
La seconde est la Capitale de la Guyen:
ne , Province que Ptolomée appelle Aqui
tania.
Par rapport à Boulogne , j'ai prouvé dans le corps de mon Ouvrage sur Carausius , que cette Ville fût d'abord comme le Magazin general et l'Arcenal de
cet Empereur, et qu'il en fit une des plus
fortes Places qu'il eûr sur les Côtes Maritimes des Gaules , et qu'elle soutint un
Siege presqu'aussi long que le fut le fameux Siege de Troye.
Le Génie Tutelaire en ce sens sur les
Médailles de Carausius , ne conviendroit
peut-être pas mal à Boulogne ; cet Autel,
ces Parfums , cette Paterre , désigneroient
les Sacrifices qui furent faits dans cette
Ville pour la prosperité des Armes , et
pour l'heureux succès de la Flotte de cet
Empereur.LaCorne d'abondance que tient
cette Figure , marqueroit la quantité suffisante de toutes les munitions necessaires
pour la deffense et pour la sureté de cette
Place. Les Tours dont elle paroît couronBv néc
444 MERCURE DE FRANCE
née , désigneroient la force de ses murailles , qui devoient être bien considérables ,
puisque le Rhéteur Euménius ( a) , dans
un de ses Panégyriques en fait mention ;
en les appellant Gessoriacenses muros , les
Murs de Gessoriac , parce que cette Ville
a aussi été appellée , Gessoriacum navale
à cause de la renommée de son Port , que
je prétends être le fameux Por.us Iccius
des Anciens.
Pour revenir à notre Médaille. Pline le
jeune en parlant des Sacrifices qui furenţ
faits à la proclamation de Nerva , nous
fournit un passage qui semble l'expliquer
encore dans un sens qui ne seroit point
incompatible à quelque Ville qu'on voulut la donner. Diem , dit-il , in quem
Tutela Generis humani felicissima successione translata est debita religione celebravimus, commendantes Diis Imperii Authoribus , et vota publica et gaudia.
C'est peut être , Monseigneur , ce que
les Monetaires nous auroient voulu faire
entendre par ce Type et par cette Légende , par cet Autel et par ces Sacrifices.
Pour marquer à la posterité qu'à son
avenement à l'Empire , les Gaulois et les
Bretons de son parti , s'étoient religieu-
(a) Panegyr. à Constantius César , chap. 4.
sement
MARS. 1732. 445
sement acquittez d'un devoir essentiel
envers Carausius , qu'ils venoient de reconnoître pour Empereur , et qu'ils regardoient comme l'objet de leurs vœux et
la Tutele du genre humain , dans le mê
me sens qu'Horace,dans une de ses Odes*,
donne ce titre à Auguste.
OTutela prasens
Italia, Dominaque Roma.
C'est dans la même pensée que Nerva
est appellé , Tutela Italia sur la Médaille ,
dont nous avons déja décrit le revers , et
dont la Légende est tirée de ces deux Vers
d'Horace.
Mais la Médaille de Carausius , avec
Tutela Aug.au revers , accompagnée d'un
Type nouveau , et jusques icy inconnu ;
paroît nous marquer encore quelque chose de plus , et elle pourroit s'entendre
d'une Divinité Topique , et propre à un
lieu particulier.
L'Autel , sur ce revers nous marque
que la Tutele avoit aussi ses Autels , ses
Temples et ses Sacrifices particuliers du
temps de Carausius , et que le culte de la
Tutele , étant Romain d'origine , s'étoit
* Ode 14. Carmin. lib. 4.
B vj ré
446 MERCURE DE FRANCE.
répandu dans l'étendue de ses Etats , dans
la grande Bretagne , dans nos Gaules et
dans d'autres Provinces, comme celui des
autres Dieux , dont V. A. S. sçait que le
culte s'étendoit , à mesure que les Romains avançoient leurs conquêtes.
Pour venir à la Ville de Bourdeaux
l'Inscription antique qui y fut trouvée ,
et que voici , prouve invinciblement
le culte de la Tutele y étoit établi,
TVTELÆ
AVG.
LASCIVOS CANIL:
EX VOTO
L. D. EX. D. D.
que
C'est l'accomplissement d'un vœu solemnel , fait à la Turele d'Auguste , par
un particulier, nommé Lascivus Canilius.
Les dernieres Lettres initiales de cette
Inscription , L. D. EX. D. D. signifient
que le Sol lui en avoit été assigné par un
Décret exprès des Décurions de la Ville.
Locus datus ex Decreto Decurionum. Ce
qui fait voir en passant que Bourdeaux
joüissoit pour lors du droit de Colonie
Romaine, et qu'elle avoit adopté le culte
de cette Divinité. Elle y avoit un Temple
MARS. 1732 447
܂ܐ
>
ple des plus superbes , dans lequel cette
Inscription fut trouvée , selon Tristan.
Ce Temple subsistoit encore presqu'en
son entier en 1700.avant que Louis XIV.
de glorieuse mémoire , l'eut fait détruire
pour en faire une Esplanade devant le
Château Trompette. C'étoit un Péristyle,
à quatre Angles droits , long de 87 pieds,
et large de 62. selon Elie Vinet , ou de
63 , selon Merula , dans sa Géographie
page 426. Ce Temple avoit six Colonnes
en face dans sa largeur, et huit Colonnes
à chaque côté dans sa longueur ; ce qui
faisoit en tout une colonnade de 24 Colonnes , de l'Ordre Corinthien , dont il
en restoit encore 18 sur pied , dans le
temps que Vinet publia ses Notes sur Ausone. Les Colonnes de ce Temple étoient
d'une hauteur si considérable qu'elles do
minoient sur tous les plus hauts Edifices
de la Ville ; ce qui peut avoir été en partie cause de sa destruction. Au dessous de
ce Temple il y avoit des Voutes et des
Caves qui étoient d'un ouvrage aussi ancien. On s'en servoit pour y conserver du
Vin , selon quelques Auteurs.
La démolition d'un monument si superbe et si respectable par son anciennete , ne laissa pas d'exciter les regrets de
quelques amateurs de l'Antiquité , gens
qui
448 MERCURE DE FRANCE
qui ne s'embarassent guere de politique.
Ces regrets furent même accompagnez
des larmes d'un des plus sçavans Antiquaires (a) de ce temps- là. Ce qui donna
occasion aux Vers , qui furent imprimez
dans le Mercurede Mars 1702.que V.A.S.
ne sera peut-être pas fâchée de voir icy.
99
55
Pourquoi démolit-on ces Colomnes des
Dieux ?
Ouvrage des Césars , Monument Tutclaire ,
Depuis plus de mille ans , que le temps les re- vére ,
Elles s'élevoient jusqu'aux Cieux.
»Il faut que leur orgueil , cede à la Forteresse
» Où Mars pour nous veille sans cesse.
Son redoutable Mur , Edifice Royal ,
Ne doit point souffrir de Rival.
Ainsi il ne nous reste plus aujourd'hui
aucun vestige de ce fameux Temple de
la Tutele, qu'un triste souvenir de sa ruine..
Mais que dis- je, Monseigneur, ce Temple n'est pas entierement détruit , et l'idée de ce superbe Edifice ne sera jamais tout à-fait effacée de la mémoire des hommes. Le même Vinet nous en a heureusement conservé le Dessein. C'est dans ses
sçavantes Notes sur Ausone , où j'ai eu
( a ) M. Spon.
la
MARS. 1732. 449
ul
de
ne,
cm.
l'imais
ɔmceu5 ses
eu
la 1
la satisfaction de le voir représenté sous
le nom de Palais ou de Piliers de Tutele,
C'est ainsi qu'on l'appelloit vulgairement , à cause de sa magnificence égale à
celle des Palais des Rois. C'étoit , sans
doute , non un Palais , mais un Temple
consacré à la Tutele , ou au Genie Tutelaire de la Ville et du Port de Bourdeaux,
comme l'Inscription antique , que nous
venons de rapporter plus haut , et qui y
fut trouvée , le prouve invinciblement.
Quoique tous les Dieux pussent être
Dieux Tuteles , soit male , ou femelle ,
V. A. S. sçait cependant que chaque Nation ou Peuplade s'en choisissoit un particulier , qu'elle invoquoit comme son
Génie , son Protecteur , et son Dieu Tutele. Chaque Vaisseau avoit aussi son Dieu
Tutele particulier.
Or c'est du Dieu Tutele de la Ville de
Bourdeaux que je crois qu'on doit entendre l'Inscription : Tutela Aug. & c. qui y
fut trouvée.
C'est de Bourdeaux que je crois aussi
qu'il faut entendre la Légende : Tutela
Aug. qui est sur la Médaille de Carausius;
et il est beaucoup plus à présumer , que
la figure qui esr sur notre Médaille, peut
être la mêmequi étoit adorée dans ceTemple
450 MERCURE DE FRANCE
ple de Bourdeaux , et que c'étoit- là la
Divinité Tutele de la Ville.
En effet , Carausius étant Maître de la
Mer, comme il l'étoit , je ne fais aucun
doute , qu'il ne se fut aussi emparé de la
Ville et du Port de Bourdeaux. Cette
Ville , aussi-bien que Boulogne , lui étoit
de trop grande importance pour la négliger. Son Port , qui étoit autrefois au
milieu de la Ville , étoit aussi un des plus
superbes , suivant ces Vers d'Ausone :
"Per mediumque Urbis Fontani fluminis al veum
Quem Pater Oceanus refluo quum impleverit astu.
» Adlabi totum spectabis classibus aquor.
Carausius avoit en ces deux Villes deux
clefs pour sortir et pour entrer dans les
Gaules , suivant que ses affaires tourneroient , bien ou mal ; dans l'expédition
qu'il projettoit de la grande Bretagne.
C'est de Bourdeaux et de ses Citoyens
que je pense qu'il faut entendre en partie
un Passage d'Eumenius , où il est dit que
Carausius emmena avec lui , en la grande
Bretagne , plusieurs Marchands des GauIes. Contractis ad Dilectum Mercatoribus
*
Galli
MAR S.. 1732.
450
S
n
je
le
He
us
Gallicanis;parce que cette Ville a toujours
été en grand commerce , sur tout avec
ces Insulaires.
Enfin Bourdeaux est la Ville où je crois
que notre Médaillea pû avoir été frappée,
les raisons que nous venons d'en raporter.
par
Peut- être cette Ville, puissante comme
elle étoit,et parTerre et par Mer,à l'exemple de Boulogne, fut- elle une des premieres à saisir cette occasion , pour secoüer
le joug des deux autres Empereurs Romains. V. A. S. sçait qu'il n'y avoit pas
long- temps que la Ville de Bourdeaux
s'étoit soustraite à l'obéïssance de Gallien,
et que du Gouverneur de la Province
dont elle étoit la Capitale , elle avoit fait
un Empereur , nommé Tetricus , qui prit
la Pourpre à Bourdeaux , où il faisoit sa
résidence ordinaire.
On voit encore à Bourdeaux , parmi les
autres Antiquitez, les ruines d'un Amphithéatre , nommé vulgairement , le Palais
de Gallien , qui pouvoit y avoir fait quelque séjour avant la révolte de Tétricus.
Cela fait voir le rang distingué que tenoit autrefois cette Ville Maritime de la
Province d'Aquitaine , ou de la Guienne,
comme on l'appelle aujourd'hui.
Cette Ville ancienne ne s'étoit pas seu
lement
452 MERCURE DE FRANCE
lement renduë recommandable par son
commerce dans les extrémitez des Mers ,
même du temps d'Auguste , comme Strabon , qui vivoit sous ce Prince, nous l'assure. Elle s'est encore rendue celebre par
le grand nombre de Sçavans qui y ont
fleuri , comme on le peut voir dans les
Vers d'Ausone. Mais ce n'est point icy le
lieu d'en parler.
Ce que j'ai dit , Monseigneur, en faveur
de cette Ville , paroît suffire pour l'expliIcation de notre Médaille de Carausius
avec la Légende , Tutela Aug. ,
Légende inconnue jusques icy dans les
Médailles du bas Empire , et dont le Type n'est pas moins singulier , ni moins
digne de l'attention des Antiquaires.
Ce sont- là , Monseigneur , les conjectures que j'ai crû pouvoir hazarder , et
que je soûmets entierement à votre décision. Je ne sçai si V. A. S. les trouvera
assez solidement appuyées ; mais elles serviront du moins à exciter la curiosité
des Sçavans sur ce sujet , et elles seront
un témoignage public de la Protection
jose dire , de la Tutele particuliere , dont vous honorez les Sciences et les Gens de
Lettres , ainsi que du profond respect et
de la reconnoissance parfaite avec laquelle
je serai toute ma vie , &c.
A Paris , ce 15 Février 1732.
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Résumé : EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Le texte, rédigé par M. Genebrier, Docteur en Médecine, présente une médaille antique en bronze dédiée à Carausius, Empereur des anciens Bretons. Cette médaille, unique en son genre, représente Carausius couronné de rayons au recto, avec la légende 'Imp. Carausius P. F. Aug.' et au verso, une femme debout tenant une patère et une corne d'abondance, accompagnée de la légende 'Tutela Aug.' Cette médaille se distingue des autres médailles antiques connues, comme celles de Vespasien et Nerva, qui portent également la légende 'Tutela'. La médaille de Carausius pourrait être liée à Boulogne-sur-Mer ou Bordeaux, deux villes importantes à l'époque romaine. Boulogne-sur-Mer était un arsenal et une place forte de Carausius, tandis que Bordeaux possédait un temple dédié à la Tutele, comme le montre une inscription antique. La médaille pourrait symboliser le génie tutélaire de l'une de ces villes, représentant les sacrifices et les abondances nécessaires à leur défense et prospérité. Le texte mentionne également des détails sur les autres médailles antiques et les divinités tutélaires, soulignant l'importance historique et culturelle de ces objets. La médaille de Carausius, portant l'inscription 'Tutela Aug.', est probablement liée à Bordeaux, ville stratégique pour Carausius en raison de son port et de son importance commerciale. Bordeaux a également été un centre de rébellion contre les empereurs romains, avec l'ascension de Tetricus. La ville est riche en antiquités, comme les ruines d'un amphithéâtre, et a été célèbre pour son commerce et ses savants, notamment Ausone. Le texte conclut en soumettant ces conjectures à l'appréciation de son destinataire, soulignant l'importance historique et culturelle de Bordeaux.
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10
s. p.
LE TRAVAIL. ODE.
Début :
Travail, qui sous un front sévére, [...]
Mots clefs :
Travail, Délivrance, Libre, Divinité, Héros, Repos, Patrie
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texteReconnaissance textuelle : LE TRAVAIL. ODE.
LE TRAVAIL.
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
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Résumé : LE TRAVAIL. ODE.
Le poème 'Le Travail', publié dans le Mercure de France en décembre 1732, célèbre les vertus du travail, le présentant comme un puissant consolateur et un destructeur des vices. Le travail est décrit comme un soutien essentiel des républiques et comme l'auteur de succès héroïques, tant en temps de guerre qu'en temps de paix. Il permet de polir l'image du travail et de rendre hommage à ses attraits. Les dieux récompensent la noble persévérance, et l'homme doit au travail sa délivrance de nombreux maux. Les champs, fertilisés par le travail, comblent les désirs humains, offrant liberté et abondance. Cependant, la richesse et le crédit peuvent être éphémères et trompeurs, souvent sources de vices et d'ennuis. Le travail est comparé à une divinité capable de surmonter la dureté du fer et des roches, méritant des temples dédiés aux héros dont les exemples inspirent. La véritable gloire est acquise par un travail assidu et non par l'indolence. Les humains sont souvent attirés par le nom du travail sans en apprécier les efforts réels, vivant comme Épicure tout en raisonnant comme Zénon. Le poème met en garde contre la mollesse et l'incapacité à exécuter les projets, illustrant cela par l'exemple d'Hercule. Il encourage à utiliser la vigueur des jeunes années pour éviter les remords et la pauvreté, soulignant que l'oisiveté mène à un sort tragique.
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11
p. 29
VERS de D.... à sa Maîtresse.
Début :
Tu crains que le destin, ô ma Divinité ! [...]
Mots clefs :
Destin, Divinité, Amant, Immortalité
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texteReconnaissance textuelle : VERS de D.... à sa Maîtresse.
VERS de D.... à fa Maîtreffe.
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
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