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1
s. p.
A MADAME LA COMTESSE DE BREGY
Début :
MADAME, Je prens la liberté de vous ofrir un Livre [...]
Mots clefs :
Livre, Lecture, Plaire
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA COMTESSE DE BREGY
LA COMTESSE
ï
• >
E P I S T R E.
W°p de préfbmption, puis quelle vous renouvellera, ce que
'vous entende^ publierpartout
Itvec plaifir a la, gloire de Son
Altesse Royale. Ainfi,
MADAME, ce que j aurais defefieré d'obtenir du peu
d'ornemens que fay eflé capable de préfler aux Nouvelles
dontfay à vous entretenir, je
l attens de la dignité de la matière, (ÿ je ne puis m'empefcher
de vous les ofrir avec confiance, quandje voy qu'une des plus
importantesregarde ce qui vous
interefie leplus, fe ne confédéré
en cela ny mafoibleffepour une
figrande entreprife, ny ces lu-
>
J
>
I
E P I S T R E..
mieres merveilleufaes qui vous
font dppercevoir des defauts
dans ce qu'on donne au Public
de plus achevé. Ily d des chofaes
qui ne facauroient jamais efire
mal dites s il ne faut que les
bienfaçavoiry pour en faire un
récit qui produife l admiration
qui leur efl deuë ; & les termes
les moins relevczyie lespeuvent
affaiblir, pourveu qu
’
on faut
fidelle dans le dénombrement de
leurs circonftances. Tellesfant
les grandes Actions de MONSIEUR; êlles n'ont befaoin
ny diune éloquence étudiée qui
contribue d les faire paroiftrè
dansleurjour, nyd une exâge-
, E P I S T R E.
ration artificieufi quileurprête i
ce qu'elles n auraientpas déliés- j
mejmes. Ilfafile de dire Simplement de quelle maniéré elles
fifontpafiecs,pour efire afin .
de ne rien dire que de furprenants &fila hante réputation
que cegrandPrince s eftacquife
parfincourage &parfia valeur,
rend toutle mondefinfibleàfis
avantages, que ne dois-jepoint
attendre de Vous qui luy asvez^
confieré une tendrefie qui ne
s efi jamais démentie, & qui
a^ve^ touioursregardéJagloire ■
comme la chofie du monde la
plus capable de vous toucher? '
<fi!fi> CMADAME, fi. cette
<
1
EPISTRE.
mon Livre trouverait un accès
’j favorable auprès de ce Prince,
’t fi vous daigniez Iny ™ f^e
e
Z
P
5
»
^tendre(fie ne pouvait avoir un
flus'noble objet, elle efi glo-
^rieufement récompenfée par les
^témoignages deftime & de conhfiderationparticulière que vous
^receve^tous les jours de Son
'«Altesse Royale. Ceft par
li là que jepourrais niajfurer que
I
j favorable auprès de ce Prince,
r
paroiflre quelque fatisficîion.
Il efi fiperfuadéde vojlrejufie
difcernement pour toutes chofes, que ce qui a eu vofire approbation luy femble toujours
digne de lafienne. C efi unejustice qu il aime àvous rendre, &
epistre.
j.KC toute la France vous rend
avecluy ■ mais, MADAME,
je ne veux
fentimens, & U ne feroit pas
jufte queje chercha(D l'A^hur
pourroit commettre la vofire.
Quel que puijje eflre le fuccés'
de cet Ouvrage} ilfera toujours
avantageuxpour moy3 fivous
ave^ U bonté de le recevoir
comme unç marque de l'ardente
faffion aveclaquellejefuis,
madame, Vostre tres-humble & tres-obeissant Serviteur, D
ï
• >
E P I S T R E.
W°p de préfbmption, puis quelle vous renouvellera, ce que
'vous entende^ publierpartout
Itvec plaifir a la, gloire de Son
Altesse Royale. Ainfi,
MADAME, ce que j aurais defefieré d'obtenir du peu
d'ornemens que fay eflé capable de préfler aux Nouvelles
dontfay à vous entretenir, je
l attens de la dignité de la matière, (ÿ je ne puis m'empefcher
de vous les ofrir avec confiance, quandje voy qu'une des plus
importantesregarde ce qui vous
interefie leplus, fe ne confédéré
en cela ny mafoibleffepour une
figrande entreprife, ny ces lu-
>
J
>
I
E P I S T R E..
mieres merveilleufaes qui vous
font dppercevoir des defauts
dans ce qu'on donne au Public
de plus achevé. Ily d des chofaes
qui ne facauroient jamais efire
mal dites s il ne faut que les
bienfaçavoiry pour en faire un
récit qui produife l admiration
qui leur efl deuë ; & les termes
les moins relevczyie lespeuvent
affaiblir, pourveu qu
’
on faut
fidelle dans le dénombrement de
leurs circonftances. Tellesfant
les grandes Actions de MONSIEUR; êlles n'ont befaoin
ny diune éloquence étudiée qui
contribue d les faire paroiftrè
dansleurjour, nyd une exâge-
, E P I S T R E.
ration artificieufi quileurprête i
ce qu'elles n auraientpas déliés- j
mejmes. Ilfafile de dire Simplement de quelle maniéré elles
fifontpafiecs,pour efire afin .
de ne rien dire que de furprenants &fila hante réputation
que cegrandPrince s eftacquife
parfincourage &parfia valeur,
rend toutle mondefinfibleàfis
avantages, que ne dois-jepoint
attendre de Vous qui luy asvez^
confieré une tendrefie qui ne
s efi jamais démentie, & qui
a^ve^ touioursregardéJagloire ■
comme la chofie du monde la
plus capable de vous toucher? '
<fi!fi> CMADAME, fi. cette
<
1
EPISTRE.
mon Livre trouverait un accès
’j favorable auprès de ce Prince,
’t fi vous daigniez Iny ™ f^e
e
Z
P
5
»
^tendre(fie ne pouvait avoir un
flus'noble objet, elle efi glo-
^rieufement récompenfée par les
^témoignages deftime & de conhfiderationparticulière que vous
^receve^tous les jours de Son
'«Altesse Royale. Ceft par
li là que jepourrais niajfurer que
I
j favorable auprès de ce Prince,
r
paroiflre quelque fatisficîion.
Il efi fiperfuadéde vojlrejufie
difcernement pour toutes chofes, que ce qui a eu vofire approbation luy femble toujours
digne de lafienne. C efi unejustice qu il aime àvous rendre, &
epistre.
j.KC toute la France vous rend
avecluy ■ mais, MADAME,
je ne veux
fentimens, & U ne feroit pas
jufte queje chercha(D l'A^hur
pourroit commettre la vofire.
Quel que puijje eflre le fuccés'
de cet Ouvrage} ilfera toujours
avantageuxpour moy3 fivous
ave^ U bonté de le recevoir
comme unç marque de l'ardente
faffion aveclaquellejefuis,
madame, Vostre tres-humble & tres-obeissant Serviteur, D
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Résumé : A MADAME LA COMTESSE DE BREGY
L'auteur adresse une épître à une comtesse, exprimant son souhait de publier des nouvelles sur les actions remarquables d'un grand prince. Il souligne que les exploits de ce prince sont suffisamment impressionnants pour être admirés sans besoin d'éloquence. L'auteur espère que son livre sera bien accueilli par le prince et par la comtesse, connue pour son soutien constant. Il mentionne que le prince reconnaît la sagesse et le discernement de la comtesse, sentiments partagés par toute la France. L'auteur conclut en affirmant sa dévotion et son humilité, espérant que la comtesse verra son ouvrage comme une marque de son ardente affection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
s. p.
A MONSEIGNEUR LE DUC DE St AIGNAN, PAIR DE FRANCE.
Début :
Monseigneur, C'est estre bien hardy de vous adresser une Epistre [...]
Mots clefs :
Épître, Mercure, Matières, Réception, Récit, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE DUC DE St AIGNAN, PAIR DE FRANCE.
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DEST. AIGNAN
PAIR DE FRANCE.
M
ONSEIGNEUR,
C'est estre bien hardy de vous adrefferune Epiſtre àvous quifai
tes tous les jours des Lettres admirables , &qui écrivez avec une délicateſſe dontfipeude Perſonnes peuvent approcher. Cen'est point auſſi comme beleſprit que jeprens cette liberté. Les matieres dont
traitele Mercureluy ontdéjadonnéentrée preſque dans toutes les Cours de l'Europe. Ie cherche àl'y fairerecevoiragreablement , &je n'enpuis trouver un moyen plus
粉
EPITRE.
feur, quede luy faireportervostre Illustre Nom. Ce Nom est connu
par tout,MONSEIGNEUR , iln'y apoint de lieu , quelque reculéqu'il ſoit où l'on demande qui vous éſtes,
&je nepuis douter quele Mercure n'y trouve une tres-favorable rece- ption , ſi vous mepermettez depu- blier que le deſſein vous en aplû;
quefalecture vous a diverty, &
que c'est particulierementſurvo- tre approbation que je mesuis en- hardyàlepoursuivre.Dequelpoids nefera- t-ellepoint aupresdes Cri- tiques, cette glorieuse approbation dontvousfouffrez queje meflate?
Dira-t'on quevous manquezde lu- mieres pour juger ſainement des chofes , Vous , MONSEIGNEUR ,
qui estes reconnu de tout le monde pourun esprit tout éclairé,quipof- Sedez éminemment ce qu'il y ade plus belles Connoiſſances , & dont les jugemens reglent ſi ſouvent ceuxde l'AcademieFrançoise,éta-
EPITRE.
blie pour mettre la Languedansſa
plus exacte pureté? Ne croyezpas ,
MONSEIGNEUR , quecejuſte témoignage que je rends de vous à la verité ,ſoit un commencement des loüanges queje meprepare à vous
donner. La matiere eſt un peu trop
ample , &de quelque coſté que je me tournaſſe je m'en trouverois bien- tost accabié. En effet , que
n'aurois-jepoint àdire de cette inSigne Valeur dont vous avez tant
defois donné deſi éclatantes mar.
ques ? Elleparoiſtra afſſez ailleurs
dans le ſimple Récit queje me re- Serveàfaire de vos grandes Acti- ons , &j'adjoûterayſeulement icy qu'elle ne vous estpas moins unbien hereditaire, que cette merveilleuse
adreſſe de corps que vous avez
toûjours euë en partage. Nous le
voyonspar la Charge de Mestre
de Campde la Cavalerie Legere
qui ne s'est jamais donnée qu'aux
vrais Braves , &dans laquelle
EPITRE.
feuMonsieurle Cote de S.Aignan voſtre Pere s'acquit autrefois une
fi haute reputation ; & du co- ſté de l'adreſſe , nefut-ilpaslefe- condAffaillant sousle Princede Conty au grand Carouſel de Loüis XIII , comme vous l'avez esté Sous leRoy àceluy dont ilplût àSa Majesté deſe donner le magnifi- que Divertiſſement. Avec quel avantagen'yparustes-vouspas,&
quelsyeux manquâtes-vous d'at- tirer dans une occasion fi propre àfaire voir la grace touteparti- culiere que vous avez dans ces no- bles Exercices qui font ſi ne- ceffaires aux Perſonnes de vostre rang , &dont ily a eu mesme des Filsde Roisqui n'ont pas quelque
fois dédaigné devenirprendre des Leçosſoûs nos meilleurs Maistres .
Yen a t-il aucun où vousn'excelbiez ?ouplutôt,MONSEIGNEVR,
nepeut-on pas direque vous estes
universel , & que la Galanterie
EPITRE.
est tellement née avec vous, que
vous n'ignorez riede ce qui lapeut rendre confiderable? Ilne voussuf fit pas desçavoir executer. Combiende Spectacles inventez en un
momentpourle Roy, où vous avez fait admirerà toute la Cour la
promptevivacitéde ce merveilleux Génie qu'on nesçauroit aſſez estimer On s'yfouvient
plaisirde celuydel'ifle Enchantea encor avecTRBADE OF
voir fans Yo Spectacle Spectacle qu'on n'a pû furprise,&dont l'invention nedemandoitpas moins une Ame toute guerriere , qu'un efprit veritable- ment galant. Mais àquoy mar.
restay-je,MONSEIGNEVR ? L'estime & la confiance dont le Roy vous a toûjours honoré, nefont-el- lespaslamarque laplus indubi- tablede cemerite extraordinaire
quiparleſi avantageusementpour
vous. En vous confiant laPlace dont
il vous a fait Gouverneur , ilvous amisentre les mains unedes Clefs
EPITRE.
deſon Royaume ; &ce grand Dépostne justifie- t-ilpas avec toute la gloire qui vous est devë combien vos longs ſervices l'ont persuadé fortement de voštrefidelité ? Voila
beaucoup de chofes , MONSEIG- NEVR , qui feroient un long Pa- negyrique pour un autre ; onferoit aſſurément épuisé , &fi onadjoû- toit en finiſſant qu'on en auroit encor bien d'autres àdire,ceſeroit uneflaterie quiferviroit d'embel- liſſement àla Lettre , &ces au- tres choses ne seroient que ce qui auroit esté déja dit ; maisiln'en est pas ainſi de vous, &le Mercu- revafaire voirpar l'Article qui vous regarde , que si j'ay fait icy une legere ébauchede vostre Por- trait , ç'a esté Seulement pour prendre l'occaſion de faire connoi- Stre àtout le monde avec combien
de paſſion &de reſpest jeſuis ,
ONSEIGNEUR,
Voſtre tres-humble & tres- obeïffant Serviteur. D
LE DUC
DEST. AIGNAN
PAIR DE FRANCE.
M
ONSEIGNEUR,
C'est estre bien hardy de vous adrefferune Epiſtre àvous quifai
tes tous les jours des Lettres admirables , &qui écrivez avec une délicateſſe dontfipeude Perſonnes peuvent approcher. Cen'est point auſſi comme beleſprit que jeprens cette liberté. Les matieres dont
traitele Mercureluy ontdéjadonnéentrée preſque dans toutes les Cours de l'Europe. Ie cherche àl'y fairerecevoiragreablement , &je n'enpuis trouver un moyen plus
粉
EPITRE.
feur, quede luy faireportervostre Illustre Nom. Ce Nom est connu
par tout,MONSEIGNEUR , iln'y apoint de lieu , quelque reculéqu'il ſoit où l'on demande qui vous éſtes,
&je nepuis douter quele Mercure n'y trouve une tres-favorable rece- ption , ſi vous mepermettez depu- blier que le deſſein vous en aplû;
quefalecture vous a diverty, &
que c'est particulierementſurvo- tre approbation que je mesuis en- hardyàlepoursuivre.Dequelpoids nefera- t-ellepoint aupresdes Cri- tiques, cette glorieuse approbation dontvousfouffrez queje meflate?
Dira-t'on quevous manquezde lu- mieres pour juger ſainement des chofes , Vous , MONSEIGNEUR ,
qui estes reconnu de tout le monde pourun esprit tout éclairé,quipof- Sedez éminemment ce qu'il y ade plus belles Connoiſſances , & dont les jugemens reglent ſi ſouvent ceuxde l'AcademieFrançoise,éta-
EPITRE.
blie pour mettre la Languedansſa
plus exacte pureté? Ne croyezpas ,
MONSEIGNEUR , quecejuſte témoignage que je rends de vous à la verité ,ſoit un commencement des loüanges queje meprepare à vous
donner. La matiere eſt un peu trop
ample , &de quelque coſté que je me tournaſſe je m'en trouverois bien- tost accabié. En effet , que
n'aurois-jepoint àdire de cette inSigne Valeur dont vous avez tant
defois donné deſi éclatantes mar.
ques ? Elleparoiſtra afſſez ailleurs
dans le ſimple Récit queje me re- Serveàfaire de vos grandes Acti- ons , &j'adjoûterayſeulement icy qu'elle ne vous estpas moins unbien hereditaire, que cette merveilleuse
adreſſe de corps que vous avez
toûjours euë en partage. Nous le
voyonspar la Charge de Mestre
de Campde la Cavalerie Legere
qui ne s'est jamais donnée qu'aux
vrais Braves , &dans laquelle
EPITRE.
feuMonsieurle Cote de S.Aignan voſtre Pere s'acquit autrefois une
fi haute reputation ; & du co- ſté de l'adreſſe , nefut-ilpaslefe- condAffaillant sousle Princede Conty au grand Carouſel de Loüis XIII , comme vous l'avez esté Sous leRoy àceluy dont ilplût àSa Majesté deſe donner le magnifi- que Divertiſſement. Avec quel avantagen'yparustes-vouspas,&
quelsyeux manquâtes-vous d'at- tirer dans une occasion fi propre àfaire voir la grace touteparti- culiere que vous avez dans ces no- bles Exercices qui font ſi ne- ceffaires aux Perſonnes de vostre rang , &dont ily a eu mesme des Filsde Roisqui n'ont pas quelque
fois dédaigné devenirprendre des Leçosſoûs nos meilleurs Maistres .
Yen a t-il aucun où vousn'excelbiez ?ouplutôt,MONSEIGNEVR,
nepeut-on pas direque vous estes
universel , & que la Galanterie
EPITRE.
est tellement née avec vous, que
vous n'ignorez riede ce qui lapeut rendre confiderable? Ilne voussuf fit pas desçavoir executer. Combiende Spectacles inventez en un
momentpourle Roy, où vous avez fait admirerà toute la Cour la
promptevivacitéde ce merveilleux Génie qu'on nesçauroit aſſez estimer On s'yfouvient
plaisirde celuydel'ifle Enchantea encor avecTRBADE OF
voir fans Yo Spectacle Spectacle qu'on n'a pû furprise,&dont l'invention nedemandoitpas moins une Ame toute guerriere , qu'un efprit veritable- ment galant. Mais àquoy mar.
restay-je,MONSEIGNEVR ? L'estime & la confiance dont le Roy vous a toûjours honoré, nefont-el- lespaslamarque laplus indubi- tablede cemerite extraordinaire
quiparleſi avantageusementpour
vous. En vous confiant laPlace dont
il vous a fait Gouverneur , ilvous amisentre les mains unedes Clefs
EPITRE.
deſon Royaume ; &ce grand Dépostne justifie- t-ilpas avec toute la gloire qui vous est devë combien vos longs ſervices l'ont persuadé fortement de voštrefidelité ? Voila
beaucoup de chofes , MONSEIG- NEVR , qui feroient un long Pa- negyrique pour un autre ; onferoit aſſurément épuisé , &fi onadjoû- toit en finiſſant qu'on en auroit encor bien d'autres àdire,ceſeroit uneflaterie quiferviroit d'embel- liſſement àla Lettre , &ces au- tres choses ne seroient que ce qui auroit esté déja dit ; maisiln'en est pas ainſi de vous, &le Mercu- revafaire voirpar l'Article qui vous regarde , que si j'ay fait icy une legere ébauchede vostre Por- trait , ç'a esté Seulement pour prendre l'occaſion de faire connoi- Stre àtout le monde avec combien
de paſſion &de reſpest jeſuis ,
ONSEIGNEUR,
Voſtre tres-humble & tres- obeïffant Serviteur. D
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE DUC DE St AIGNAN, PAIR DE FRANCE.
L'épître est adressée à Monseigneur le Duc d'Aignan, pair de France. L'auteur s'excuse de son audace à écrire à une personne reconnue pour rédiger des lettres admirables et avec une grande délicatesse. Il mentionne que les sujets traités dans le Mercure de France ont déjà gagné une entrée dans presque toutes les cours d'Europe et espère obtenir une réception favorable en associant le nom illustre du Duc d'Aignan. L'auteur souligne la reconnaissance mondiale du nom du Duc et son espoir que le Mercure trouvera une réception favorable grâce à l'approbation du Duc. L'auteur loue les lumières et les connaissances éminentes du Duc, ainsi que ses jugements qui régissent souvent ceux de l'Académie française. Il mentionne la valeur et les grandes actions du Duc, héritées de son père, et son adresse exceptionnelle, notamment dans des charges militaires prestigieuses. Le Duc est également reconnu pour son excellence dans les exercices nobles et sa capacité à inventer des spectacles pour le roi. L'épître se conclut par une expression de respect et de passion de l'auteur envers le Duc, soulignant que le Mercure présentera une ébauche de son portrait pour faire connaître au monde entier son admiration et son respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
s. p.
A MADAME LA MARQUISE DE THIANGE.
Début :
Madame, Ce n'est point dans l'esperance de vous faire [...]
Mots clefs :
Présent, Offrir, Postérité, Mercure galant, Protection
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA MARQUISE DE THIANGE.
A MADAME
LA MARQUISE
DE THIANGE.
MADAME,
Cen'estpoint dans l'esperance de vous
faire un present digne de Vous ,que je
prens la liberté de vous offrir cet On- vrage. C'est à quoy les plus délicates Plumes auroient peine àréüſſir ; &je Suis trop persuadé de mafoibleſſe ,pour mesouffrirun sentimentſipréſomptueux.
Mais enfin ,MADAME,le Mercure
Galant vapar tout , vous estes connuë
par tout ,&je ne puis plus resister à
l'impatience que j'ay de faire sçavoir à
tout le monde qu'il n'y a perfonne qui vous regarde avec plus d'estime & plus de refpect que je fais. Lecœur est quel- quefois plus àconfiderer que l'ofrande
&fi vous me daignez rendre quelque in- ſtice de ce costé-là,peut-estre ne defa
EPISTRE.
prouverez- vous pastout-à-fait la teme- rité de mon entreprise. Je sçay , MA- DAME, que n'eſtant pas moins diftin guée dureste du mondeparce merveil- leuxEspritqui vousfait juger detoutes choſes avec le plusjuste discernement, que vous l'estes parune naiſſance qui ne vous laiſſe voir que nos Maistres au deſſus de Kous, on ne vous devroit rien offrir que d'achevé : Mais jen'ignore pas auſſi que vous n'avez pas moins de bonté,que de ces belles lumieresque ceux qui ont l'honnour de vous approcher trouvent tous les jours fuiet d'admirer en Vous.. Et c'est de cette bonté,MADAME,& non
pas dumerite de mon Ouvrage que j'os.
ſe attendre la protection que ic vous demande pour lux. Elle est digne de cette Ame genereuſe qui vous éleve fi fort au dessus de celles de vêtre sexe,
dont les plus folides avantages ne confi.
ſtentordinairement que dans la Beauté..
Ien'ofevous parler de l'heureuxpartageque la Nature vous en fait, C'est un endroit que les Peintres du Siecle fa feront un honneur de conſerver àlaPo
Perité. Plût an Ciel ,MADAME
EPISTRE..
queieuſſe autant de bon- beur qu'eux ,&
qu'en faisant vivre vostre Nom aprés Vous, il me fuſt poſſible d'empeſcher le mien de mourir ! C'est une gloire dont 'aurois fans doute à me flater,ſi cette Posterité connoiſſant messentimens, pou- voit apprendre que mes Ouvrages ne vous euſſent pas déplû. Du moins elle demeurera d'accord dune chose , qui est
que i'ay eul'avantage devous connoistre
parfaitement,quoy que ie ne vous aye presque venë que de loin. On lovera
quelque iour mon goust,comme on se rapporte auiourd'huy au voſtreſur ce qui eft estimé de plus parfait , & ienepuis m'empescher de croire que nos Neveux auront quelque confideration pour moy,
quand ils sçauront qu'une de mes plus ardentes paffions a esté d'obtenir de
Lapermiffion de me dire ,
MADAME
LYON
Vous1790
Voſtre tres humble & tresobrillant Serviteur DB V.
a i
LA MARQUISE
DE THIANGE.
MADAME,
Cen'estpoint dans l'esperance de vous
faire un present digne de Vous ,que je
prens la liberté de vous offrir cet On- vrage. C'est à quoy les plus délicates Plumes auroient peine àréüſſir ; &je Suis trop persuadé de mafoibleſſe ,pour mesouffrirun sentimentſipréſomptueux.
Mais enfin ,MADAME,le Mercure
Galant vapar tout , vous estes connuë
par tout ,&je ne puis plus resister à
l'impatience que j'ay de faire sçavoir à
tout le monde qu'il n'y a perfonne qui vous regarde avec plus d'estime & plus de refpect que je fais. Lecœur est quel- quefois plus àconfiderer que l'ofrande
&fi vous me daignez rendre quelque in- ſtice de ce costé-là,peut-estre ne defa
EPISTRE.
prouverez- vous pastout-à-fait la teme- rité de mon entreprise. Je sçay , MA- DAME, que n'eſtant pas moins diftin guée dureste du mondeparce merveil- leuxEspritqui vousfait juger detoutes choſes avec le plusjuste discernement, que vous l'estes parune naiſſance qui ne vous laiſſe voir que nos Maistres au deſſus de Kous, on ne vous devroit rien offrir que d'achevé : Mais jen'ignore pas auſſi que vous n'avez pas moins de bonté,que de ces belles lumieresque ceux qui ont l'honnour de vous approcher trouvent tous les jours fuiet d'admirer en Vous.. Et c'est de cette bonté,MADAME,& non
pas dumerite de mon Ouvrage que j'os.
ſe attendre la protection que ic vous demande pour lux. Elle est digne de cette Ame genereuſe qui vous éleve fi fort au dessus de celles de vêtre sexe,
dont les plus folides avantages ne confi.
ſtentordinairement que dans la Beauté..
Ien'ofevous parler de l'heureuxpartageque la Nature vous en fait, C'est un endroit que les Peintres du Siecle fa feront un honneur de conſerver àlaPo
Perité. Plût an Ciel ,MADAME
EPISTRE..
queieuſſe autant de bon- beur qu'eux ,&
qu'en faisant vivre vostre Nom aprés Vous, il me fuſt poſſible d'empeſcher le mien de mourir ! C'est une gloire dont 'aurois fans doute à me flater,ſi cette Posterité connoiſſant messentimens, pou- voit apprendre que mes Ouvrages ne vous euſſent pas déplû. Du moins elle demeurera d'accord dune chose , qui est
que i'ay eul'avantage devous connoistre
parfaitement,quoy que ie ne vous aye presque venë que de loin. On lovera
quelque iour mon goust,comme on se rapporte auiourd'huy au voſtreſur ce qui eft estimé de plus parfait , & ienepuis m'empescher de croire que nos Neveux auront quelque confideration pour moy,
quand ils sçauront qu'une de mes plus ardentes paffions a esté d'obtenir de
Lapermiffion de me dire ,
MADAME
LYON
Vous1790
Voſtre tres humble & tresobrillant Serviteur DB V.
a i
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Résumé : A MADAME LA MARQUISE DE THIANGE.
L'épître est adressée à Madame la Marquise de Thiange. L'auteur exprime son admiration et son respect, tout en reconnaissant l'inadéquation de son présent. Il souligne que la marquise est connue pour son esprit merveilleux et son discernement, et espère que sa bonté lui permettra de pardonner l'audace de son offre. L'auteur admire également la beauté et la noblesse de la marquise, comparant son âme généreuse à celles de son sexe. Il souhaite que ses œuvres puissent un jour être appréciées par la postérité, tout comme le nom de la marquise est admiré. L'auteur conclut en exprimant son désir d'être reconnu pour avoir connu et admiré la marquise, même de loin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 31-35
EPISTRE AU ROY.
Début :
Sire je l'avouëray, la Gloire a bien des charmes: [...]
Mots clefs :
Guerriers, Gloire, Héros, Hommage, Roi
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texteReconnaissance textuelle : EPISTRE AU ROY.
EPISTRE AV ROY.
SIRE l'avoüeray , laGloire a
biendecharmes :
Il est beau de vous voir au milieu des
allarmes.
Voler àses côtez ; &triomphant tou
jours.
20 LE MERCVRE
Conter par vos Exploits le nombrede
vosjours.
Il est beau de vous voir ſacrifier pour
elle
Tout ce qu'on peutjamais attendre d'un
grandzele :
Mais pardonnez-moy , SIRE , &ne
murmurez pas.
Sije crainspour mon Royſes dangereux
appas.
Quand jeſonge auxperils, oùpour luy rendre hommage Voftre intrepide cœuràtoutebeure s'engage;
Carsi j'ofe aujourd'huy m'expliquer
avecvous,
LeSceptre , ny les Lys n'exemptent pointdes coups.
Cerangde Souverain , qui vous metfur nostestes ,
Nemet point vos beaux jours à l'abry des tempestes.
Le Canon , fi fatal aux plus braves
Guerriers ,
N'ajamais des Heros reſpecté les Lanriers ,
GALAN T. 21
น
!
t
J
Etceux,dont voſtrefront s'estfait une Couronne,
N'en garantiffent point voſtre Auguste Personne.
Ilnefautqu'un malheur .... Dieux!jen'oseypenser,
Ieſens à ce discours tout monsangse
glacer.
Ah, SIRE , c'en est trop , venezre- voir la Seine,
Voulez-vous à Madrid aller tout d'une
haleine ,
Et toûjous oublier ce qu'éloigné d'icy ;
ATherese , àl'Etat , vous caufez de foucy?
Vous avez en un mois mis trois Villes
en poudre,
Vostre cœur au repos nepeut-il ſe ré- -Soudre ;
Et ces fruits que la gloire a refervez
pourvous,
Lesgoûtantdans lecalme, enferont-ils moins doux?
Voussçavez qu'autrefois un Herosdont
l'Histoire
Confervera toûjourslapõpeuſe memoire,
22 LE MERCVRE
Aprés avoirfiny de moins nobles travaux.
Fit voir qu'on peut donner des bornes
auxHéros.
Quesi la noble ardeur de vostre ame
guerriere ,
Nepeutse retenirqu'au bout de lacarriere;
Sipourvous arreſter , vous voulezvoir
foûmis Tout ce qui peut encor vousrester d'Ennemis ,
Contentez-vous au moins de ces foins
politiques,
Qui fontplus que lefer fleurir les Re- publiques,
Inſtruisez vos Guerriers àmarcher fur
vospas,
Marquez l'heure , le temps , disposer des Combats.
Et fongez qu'un Grand Roy , qui fut nomméle Sage,
Fit deſon Cabinet trembler ſon voiſinage,
Tandis qu'en ſeureté , paisible danssa
Cour,
A
GALANT. 23
4
1
fut
Ildonnoitquelquefoisdesheures àl'A.
mour.
SIRE l'avoüeray , laGloire a
biendecharmes :
Il est beau de vous voir au milieu des
allarmes.
Voler àses côtez ; &triomphant tou
jours.
20 LE MERCVRE
Conter par vos Exploits le nombrede
vosjours.
Il est beau de vous voir ſacrifier pour
elle
Tout ce qu'on peutjamais attendre d'un
grandzele :
Mais pardonnez-moy , SIRE , &ne
murmurez pas.
Sije crainspour mon Royſes dangereux
appas.
Quand jeſonge auxperils, oùpour luy rendre hommage Voftre intrepide cœuràtoutebeure s'engage;
Carsi j'ofe aujourd'huy m'expliquer
avecvous,
LeSceptre , ny les Lys n'exemptent pointdes coups.
Cerangde Souverain , qui vous metfur nostestes ,
Nemet point vos beaux jours à l'abry des tempestes.
Le Canon , fi fatal aux plus braves
Guerriers ,
N'ajamais des Heros reſpecté les Lanriers ,
GALAN T. 21
น
!
t
J
Etceux,dont voſtrefront s'estfait une Couronne,
N'en garantiffent point voſtre Auguste Personne.
Ilnefautqu'un malheur .... Dieux!jen'oseypenser,
Ieſens à ce discours tout monsangse
glacer.
Ah, SIRE , c'en est trop , venezre- voir la Seine,
Voulez-vous à Madrid aller tout d'une
haleine ,
Et toûjous oublier ce qu'éloigné d'icy ;
ATherese , àl'Etat , vous caufez de foucy?
Vous avez en un mois mis trois Villes
en poudre,
Vostre cœur au repos nepeut-il ſe ré- -Soudre ;
Et ces fruits que la gloire a refervez
pourvous,
Lesgoûtantdans lecalme, enferont-ils moins doux?
Voussçavez qu'autrefois un Herosdont
l'Histoire
Confervera toûjourslapõpeuſe memoire,
22 LE MERCVRE
Aprés avoirfiny de moins nobles travaux.
Fit voir qu'on peut donner des bornes
auxHéros.
Quesi la noble ardeur de vostre ame
guerriere ,
Nepeutse retenirqu'au bout de lacarriere;
Sipourvous arreſter , vous voulezvoir
foûmis Tout ce qui peut encor vousrester d'Ennemis ,
Contentez-vous au moins de ces foins
politiques,
Qui fontplus que lefer fleurir les Re- publiques,
Inſtruisez vos Guerriers àmarcher fur
vospas,
Marquez l'heure , le temps , disposer des Combats.
Et fongez qu'un Grand Roy , qui fut nomméle Sage,
Fit deſon Cabinet trembler ſon voiſinage,
Tandis qu'en ſeureté , paisible danssa
Cour,
A
GALANT. 23
4
1
fut
Ildonnoitquelquefoisdesheures àl'A.
mour.
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Résumé : EPISTRE AU ROY.
L'épître au roi loue ses exploits et ses sacrifices pour la renommée, tout en exprimant des inquiétudes pour sa sécurité. L'auteur souligne que le sceptre et les lys ne le protègent pas des dangers, notamment les canons et les batailles. Il mentionne les récentes conquêtes du roi, comme la prise de trois villes en un mois, et suggère qu'il serait judicieux de profiter de la paix et de la gloire acquise. L'auteur cite l'exemple d'un héros historique qui sut se modérer après ses exploits. Il conseille au roi de se concentrer sur des actions politiques et stratégiques, telles que l'instruction de ses guerriers et la planification des combats, plutôt que de s'engager constamment dans des batailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 93-100
A MONSIEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
Début :
On ne peut douter que Sa Majesté n'ait exposé sa / Au lieu de jeûner le Carsme, [...]
Mots clefs :
Bonheur, Monsieur de Breteüil, Carnage, Conquérants, Canons, Louis, Rhin, Boulet
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
On ne peut douterque Sa Majeſtén'ait exposé fa Perſon- ne àbien des perils , puis qu'il nes'eft rien fait où l'on n'ait
marqué les alarmes de la France pour cet Auguſte Monar- que.Voyez-le encor,Madame,
das cette Lettre de M.de Ramboüillet àM le Prince deMarfillac Grand-Maître de laGar-
70 LE MERCVRE derobe. Monfieur de Breteüil
l'a leuë au Roy , àqui elle n'a pas déplû , & je croirois vous dérober un plaifir, fi je negli- geois à vousl'envoyer.
A MONSIEUR LE PRINCE
DE MARSILLAC.
EPISTRE.
Vlieu de jeûner le Careſme,
D'estre avec un visage
blême ,
Afaire vos Devotions,
Etvacqueràvos Stations ,
Tout ce temps vous avez fait rage Parmy lefang &le carnage ,
Vousn'avez malgréles hazards,
Songéqu'àforcer des Ramparts;
Kous avezpris trois grades Villes,
DesFlamans lesplusfeurs aziles
GALANT. 71 Mesmevous avezfait périr Ceuxquivenoient lesfecourir,
Puny leur audace infolente ,
DansuneBatailleſanglante ,
Ceque lesplusgrands Conquerans Apeine euffentfait enquatre ans.
Louis, l'amede ces merveilles
Quin' eurentjamais depareilles,
Trouve maintenant à propos
Queles corps prennent du repos ,
Ilabienvoulu leurpermettre
QuelqueSéjour pourſe remettre.
Luy cependantfait mille tours ,
L'ame veille, elle agit toûjours,
Etrepaſſefur toute chose,
Pendant que le corpsserepose.
Maisondit quedanspeu de teps Vous allezvor remettreaux chaps;
Où Diable allez-vousdonc encore?
Eft-ce auNort,est-cevers l'Aurore?
Voulez-vous vous mettrefurl'eau,
Et paſſerla Merfans Vaiſſeau?
LesDauphinsdelaMerBaltique,
7.2 LE MERCVRE
LesBaleines du Pole Arctique ,
(Mafoy vo n'aurezqu'àvouloir)
Viendront vos ordres recevoir,
Etfurle Zalandois rivage,
Vous mettront Canon &Bagage.
Cen'est passigrand chose enfin,
Vous avezbienpasséle Rhin,
Cette barriere fiterrible ,
Dontlepaſſage estsipénible,
QueRomemaiſtreſſe de tout ,
Apeine en vint jadis à bout.
Ayant Loirs àvoſtre teſte ,
Vousn'aurezrienqui vous arrefte,
Ace Héros tout réußit ,
Tout luyfuccede, tout luy rit.
C'estparlàque ceux dot les veuës
Nefontpasassezétenduës ,
Exaltent autantfon bonheur ,
QueSaprudence&Savaleur ,
Maiscequ'ils diſent , bagatelles.
Lors que les Miniſtres fidelles,
Bontavecfoin on afaitchoix,
Sont
GALANT. 73
Sort au deſſus de leurs Emplois ,
Qu'avec justice on diſpenſe ,
Et lapeine &la récompense :
Qu'onSçait toutes chofesprévoir.
Atous les accidenspourvoir,
Et que jamais on ne viole LeDonfacrédeſa parole,
Avec ces talens merveilleux ,
Il est bien aiséd'estre heureux.
Cependatpourtrop entreprëdre,
Vous pourriez plus perdre que prendre :
Il est vray qu'ilfaut quechacun Contribué au bonheur commun.
On doit facrifierſavie A la gloire defa Patrie.
Ainsi, Seigneur,malgré les coups Quele Rhin vit tomberſur Vous,
Tous lesjours une ardeur nouvelle Vousfait expoſer de plus belle .
Mais il est bon de regarder ,
Qu'il nefautpas tout hazarder,
G
74 LE MERCVRE
,
Et que les Teftes couronnées
Doivent au moins estre épargnées.
Comment fouffrez-vous que le Roy (Ien'y penſepointſans effroy)
Soit à toute heure aux mouſquetades ,
Toûjours en bute aux canonades?
Vous,Seigneur, qui matin &foir
Avezle bonheur de le voir ,
Voussçavez, &devez luy dire (Quoy que desDieux sõsåg il tire,
Diilfoitleplus graddesHéros,)
Qiil estpourtatde chair &d'os,
Etqu'il a besoin d'une armure Lamieux trempée laplus dure.
Si PHILIPPE n'eneût pointmis,
Iln'eûtpasſurſes ennemis Dans cette Bataillefameuse Remporté laVictoire heureuse .
Etnousverrions dans la douleur,
Madame qui rit de bon cœur.
L'armure pourtant la meilleure,
N'empêchepas qu'on n'y demeure.
GALANT. 75
LeCanon eft encorplusfort ,
Turenne en afenty l'effort ,
Et Loürsſçait mieuxque persone,
Que tout cede où le bouletdonne.
Ainſi vous deveztout ofer Pour l'empefcher de s'expofer.
Quidoit toûjours eftre leMaistre,
En ce poinct ne doit jamais l'estre.
Leplusfeur estde revenir,
Rienn'adroit devous reten'r
Lors que des Beautez defolées,
D'ennuis loin de vous accablées,
Nelesfiniront que le jour Qu'elles vous verront de retour.
marqué les alarmes de la France pour cet Auguſte Monar- que.Voyez-le encor,Madame,
das cette Lettre de M.de Ramboüillet àM le Prince deMarfillac Grand-Maître de laGar-
70 LE MERCVRE derobe. Monfieur de Breteüil
l'a leuë au Roy , àqui elle n'a pas déplû , & je croirois vous dérober un plaifir, fi je negli- geois à vousl'envoyer.
A MONSIEUR LE PRINCE
DE MARSILLAC.
EPISTRE.
Vlieu de jeûner le Careſme,
D'estre avec un visage
blême ,
Afaire vos Devotions,
Etvacqueràvos Stations ,
Tout ce temps vous avez fait rage Parmy lefang &le carnage ,
Vousn'avez malgréles hazards,
Songéqu'àforcer des Ramparts;
Kous avezpris trois grades Villes,
DesFlamans lesplusfeurs aziles
GALANT. 71 Mesmevous avezfait périr Ceuxquivenoient lesfecourir,
Puny leur audace infolente ,
DansuneBatailleſanglante ,
Ceque lesplusgrands Conquerans Apeine euffentfait enquatre ans.
Louis, l'amede ces merveilles
Quin' eurentjamais depareilles,
Trouve maintenant à propos
Queles corps prennent du repos ,
Ilabienvoulu leurpermettre
QuelqueSéjour pourſe remettre.
Luy cependantfait mille tours ,
L'ame veille, elle agit toûjours,
Etrepaſſefur toute chose,
Pendant que le corpsserepose.
Maisondit quedanspeu de teps Vous allezvor remettreaux chaps;
Où Diable allez-vousdonc encore?
Eft-ce auNort,est-cevers l'Aurore?
Voulez-vous vous mettrefurl'eau,
Et paſſerla Merfans Vaiſſeau?
LesDauphinsdelaMerBaltique,
7.2 LE MERCVRE
LesBaleines du Pole Arctique ,
(Mafoy vo n'aurezqu'àvouloir)
Viendront vos ordres recevoir,
Etfurle Zalandois rivage,
Vous mettront Canon &Bagage.
Cen'est passigrand chose enfin,
Vous avezbienpasséle Rhin,
Cette barriere fiterrible ,
Dontlepaſſage estsipénible,
QueRomemaiſtreſſe de tout ,
Apeine en vint jadis à bout.
Ayant Loirs àvoſtre teſte ,
Vousn'aurezrienqui vous arrefte,
Ace Héros tout réußit ,
Tout luyfuccede, tout luy rit.
C'estparlàque ceux dot les veuës
Nefontpasassezétenduës ,
Exaltent autantfon bonheur ,
QueSaprudence&Savaleur ,
Maiscequ'ils diſent , bagatelles.
Lors que les Miniſtres fidelles,
Bontavecfoin on afaitchoix,
Sont
GALANT. 73
Sort au deſſus de leurs Emplois ,
Qu'avec justice on diſpenſe ,
Et lapeine &la récompense :
Qu'onSçait toutes chofesprévoir.
Atous les accidenspourvoir,
Et que jamais on ne viole LeDonfacrédeſa parole,
Avec ces talens merveilleux ,
Il est bien aiséd'estre heureux.
Cependatpourtrop entreprëdre,
Vous pourriez plus perdre que prendre :
Il est vray qu'ilfaut quechacun Contribué au bonheur commun.
On doit facrifierſavie A la gloire defa Patrie.
Ainsi, Seigneur,malgré les coups Quele Rhin vit tomberſur Vous,
Tous lesjours une ardeur nouvelle Vousfait expoſer de plus belle .
Mais il est bon de regarder ,
Qu'il nefautpas tout hazarder,
G
74 LE MERCVRE
,
Et que les Teftes couronnées
Doivent au moins estre épargnées.
Comment fouffrez-vous que le Roy (Ien'y penſepointſans effroy)
Soit à toute heure aux mouſquetades ,
Toûjours en bute aux canonades?
Vous,Seigneur, qui matin &foir
Avezle bonheur de le voir ,
Voussçavez, &devez luy dire (Quoy que desDieux sõsåg il tire,
Diilfoitleplus graddesHéros,)
Qiil estpourtatde chair &d'os,
Etqu'il a besoin d'une armure Lamieux trempée laplus dure.
Si PHILIPPE n'eneût pointmis,
Iln'eûtpasſurſes ennemis Dans cette Bataillefameuse Remporté laVictoire heureuse .
Etnousverrions dans la douleur,
Madame qui rit de bon cœur.
L'armure pourtant la meilleure,
N'empêchepas qu'on n'y demeure.
GALANT. 75
LeCanon eft encorplusfort ,
Turenne en afenty l'effort ,
Et Loürsſçait mieuxque persone,
Que tout cede où le bouletdonne.
Ainſi vous deveztout ofer Pour l'empefcher de s'expofer.
Quidoit toûjours eftre leMaistre,
En ce poinct ne doit jamais l'estre.
Leplusfeur estde revenir,
Rienn'adroit devous reten'r
Lors que des Beautez defolées,
D'ennuis loin de vous accablées,
Nelesfiniront que le jour Qu'elles vous verront de retour.
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Résumé : A MONSIEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
La lettre et l'épître adressées à Monsieur le Prince de Marsillac, Grand-Maître de la Garde, mettent en lumière les périls auxquels Sa Majesté s'est exposée pour la France. Une lettre de M. de Rambouillet, lue au roi et appréciée par ce dernier, illustre ces dangers. L'épître décrit les exploits militaires du roi Louis, notamment la prise de trois villes flamandes et une victoire dans une bataille sanglante. Malgré sa fatigue, le roi continue de planifier et d'agir, tandis que son corps se repose. Le texte évoque également les futures campagnes militaires du roi, peut-être vers le Nord ou l'Aurore, et ses succès passés, comme le franchissement du Rhin. Il met en garde contre les dangers excessifs et souligne l'importance de protéger le roi. Le texte compare le roi à Philippe, qui dut porter une armure pour survivre à une bataille. Il conclut en insistant sur la nécessité de protéger le roi des dangers constants des combats.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 133-142
A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
Début :
Vous voulez bien, Madame, que de Montpellier je vous ramene / Au lieu de jeûner le Carème, [...]
Mots clefs :
Carême, Carnage, Prise de Valenciennes, Louis, Vainqueurs, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
Vous voulez bien , Madame que deMontpellierje vous ramene à la Cour , & que je vous faſſe encor une fois part de l'Epitre qui fut envoyée par Monfieurr de Ramboüillet àMonfieur le Prince de Marfillac aprés les dernieres Con- queſtes du Roy. Il manquoit beaucoup de Vers à la Copie qui estoit dans ma derniere
Lettre , vous le pourrez faci- lement connoiftre en lifant
94 LE MERCVRE celle-cy , où vous trouverez des agrémens qui n'eſtoient pas dans la premiere..
A MONSEIGNEUR
LE PRINCE
DE MARSILLAC.
A
EPISTRE.
Ulieu de jeûner le Carême,
D'estre avec un visage blême,
Afaire vos Devotions,
Et vacquer à vos Stations ;
Tout ce temps vous avez fait rage Parmyleſang &le carnage;
Vous n'avezmalgré les hazards Songéqu'àforcer des Remparts,
Vous avezpris trois grandes Villes,
Des Flamans les plus ſeurs aziles,
Mesme vous avezfait périr Ceux qui venoient les ſecourir.
GALANT. 95
L
و
Puny leur audace infolente ,
Dans une Bataille ſanglante ,
Ceque les plus grands Conquerans N'auroient jamais fait en quatre ans.
Je ne sçay ce que le Saint Pere Aura jugé de cette affaire ,
Mais jamais chez lesplus pieux -Carême neſe paſſa mieux.
Laprise de Valencienne ,
Eftune action fort Chrêtienne ,
Violer quandonfut dedans,
Sembloit estre du Droitdes Gens.
Leplus moderé, le plusfage,
Brûlealors ,met tout au pillage.
Vos Soldats mieux difciplinez ,
Parla feule gloire menez,
Dansune Placeainſi conquiſe,
Entrent comme dans une Eglife,
DesDémonsquad ils font aux mains,
Et quand ils font Vainqueurs , des Saints.
Loüis,l'ame de ces merveilles,
Qui n'eurent jamais de pareilles ,
Trouve maintenant àpropos Que les Corpsprennent durepos.
Il a bien voulu leur permettre
Quelques Sejours pour se remestre:
:
96 LE MERCVRE
Luy cependantfait mille tours ,
L'ame veille , elle agit toûjours,
Etrepaffe fur toute chofe ,
Pendantque le corps serepose.
Mais on ditque danspeude temps,
Vous allez vous remettre aux champs.
Où Diable allez-vous donc encore ?
Est-ce au Nord?est-ce vers l'Aurore
Voulez-vous vous mettre ſur l'eau,
Etpaffer la Merfans Vaiſſeau ?
Les Dauphins de la Mor Baltique Les Baloines du Pôle Arctique ,
Mafoy , vous n'aurez qu'àvouloir,
Viendrontvos ordres recevoir,
Et fur le Zelandeis rivage
Vous porter Canons &Bagage.
Cen'est pas si grand chose , enfin Vous avez bien pafse le Rhin,
Cette Barriere si terrible ,
Dontle paſſage eft fi penible,
QueRome maîtreſſe de tout ,
Apeine en vint jadis à bout.
Ayant Loüis àvostre teste ,
Vous n'aurez rien quivous arreste
Ases Armes tout réussit ,
Tout luyfuccede,tout luy rit.
D'oùvient que ceuxde qui les venës
GALANT. 97 Nefontpas assez étenduës ,
Exaltent autantfon bonheur,
Quefa prudence. &fa valeur ?
Mais quand on sçait estrefevere,
Sans ceffer toutefois de plaire ,
Lorsqu'onsçait inspirer aux cœurs Lesdefirs qui font les Vainqueurs,
Lemépris des Parques cruelles ,
Etque les Miniſtres fidelles,
Dont avecſoin on a fait choix,
Sont au deſſus de leurs Emplois,
Qu'avec justice on diſpenſe Et la peine &la récompense,
Qu'onfçait toutes choses prévoir,
Atous les accidens pourvoir,
Etque jamais on ne viole Le Don facré de ſaparole,
Avecfes talens merveilleux ,
Il est bien aisé d'eſtre heureux.
Cependantpar trop entreprendre ,
Vouspourriezplus perdre que predre :
Ilestvray qu'ilfaut que chacun Contribue au bonheur commun.
On doit facrifierſa vie
Ala gloire defa Patrie.
Ainsi, Seigneur, malgré les coups Quele Rhinvit tomberſur vous ,
98 LE MERCURE Tous les jours une ardeur nouvelle Vousfait expofer de plus belle.
Mais il est bon de regarder Qu'ilnefautpas tout hazarder ,
Etque les Teftes couronnées ,
Doivent au moins estre épargnées.
Commentfouffrez- vous que le Roy ,
(Je n'y pense pointsans effroy)
Soitàtoute heure aux mousquetades,
-Toujours en butte aux cannonades ,
Vous , Seigneur , quiſoir &matin Le voyeznud comme la main ?
Voz sçavez &devez luy dire ,
Quoyque des Dieux ſon ſangil tire,
Encore qu'ilsoit un Héros,
Qu'il estpourtant de chair &d'os,
Etqu'il abesoin d'une Armure La mieux trempée &laplus dure.
Sifon Frere n'en eûtpoint mis ,
Il n'auroit pas des Ennemis Dans cetteBataille fameuse Eu la Victoire glorieuse ,
Etnousverrions dans la douleur
Madamequi rit de bon cœur.
L'Armure pourtant la meilleure N'empesche pasqu'on n'y demeure,
Le Canon est encore plus fort ,
Turenne
رو .GALANT
7
Turenne afuby son effort ,
Et les Rois dont il est lafoudre , Peuvent en estre mis en poudre :
Ainsi vous deveztout ofer Pour l'empeſcher de s'expoſer ;
Qui doit toûjours estre le Maistre.
Encepoint nedoit jamais l'estre.
Le plusfeur est de revenir,
Rienn'a droit de vous retenir;
Lors que des Beautez defolées Sont par vostre absence accablées D'ennuis &de vives douleurs ,
Et leurs beaux yeux noyez de pleurs,
Rienn'est préferable àces Belles ,
Et laGloire est moins belle qu'elles.
Leur Carême est un peu trop long,
Et leur Jubilé hors deſaiſon.
Pourtant quoy que la Bulle dife,
Et tous les Canons de l'Eglisé ,
Ils nefiniront que le jour Qu'elles vous verront de retour.
Lettre , vous le pourrez faci- lement connoiftre en lifant
94 LE MERCVRE celle-cy , où vous trouverez des agrémens qui n'eſtoient pas dans la premiere..
A MONSEIGNEUR
LE PRINCE
DE MARSILLAC.
A
EPISTRE.
Ulieu de jeûner le Carême,
D'estre avec un visage blême,
Afaire vos Devotions,
Et vacquer à vos Stations ;
Tout ce temps vous avez fait rage Parmyleſang &le carnage;
Vous n'avezmalgré les hazards Songéqu'àforcer des Remparts,
Vous avezpris trois grandes Villes,
Des Flamans les plus ſeurs aziles,
Mesme vous avezfait périr Ceux qui venoient les ſecourir.
GALANT. 95
L
و
Puny leur audace infolente ,
Dans une Bataille ſanglante ,
Ceque les plus grands Conquerans N'auroient jamais fait en quatre ans.
Je ne sçay ce que le Saint Pere Aura jugé de cette affaire ,
Mais jamais chez lesplus pieux -Carême neſe paſſa mieux.
Laprise de Valencienne ,
Eftune action fort Chrêtienne ,
Violer quandonfut dedans,
Sembloit estre du Droitdes Gens.
Leplus moderé, le plusfage,
Brûlealors ,met tout au pillage.
Vos Soldats mieux difciplinez ,
Parla feule gloire menez,
Dansune Placeainſi conquiſe,
Entrent comme dans une Eglife,
DesDémonsquad ils font aux mains,
Et quand ils font Vainqueurs , des Saints.
Loüis,l'ame de ces merveilles,
Qui n'eurent jamais de pareilles ,
Trouve maintenant àpropos Que les Corpsprennent durepos.
Il a bien voulu leur permettre
Quelques Sejours pour se remestre:
:
96 LE MERCVRE
Luy cependantfait mille tours ,
L'ame veille , elle agit toûjours,
Etrepaffe fur toute chofe ,
Pendantque le corps serepose.
Mais on ditque danspeude temps,
Vous allez vous remettre aux champs.
Où Diable allez-vous donc encore ?
Est-ce au Nord?est-ce vers l'Aurore
Voulez-vous vous mettre ſur l'eau,
Etpaffer la Merfans Vaiſſeau ?
Les Dauphins de la Mor Baltique Les Baloines du Pôle Arctique ,
Mafoy , vous n'aurez qu'àvouloir,
Viendrontvos ordres recevoir,
Et fur le Zelandeis rivage
Vous porter Canons &Bagage.
Cen'est pas si grand chose , enfin Vous avez bien pafse le Rhin,
Cette Barriere si terrible ,
Dontle paſſage eft fi penible,
QueRome maîtreſſe de tout ,
Apeine en vint jadis à bout.
Ayant Loüis àvostre teste ,
Vous n'aurez rien quivous arreste
Ases Armes tout réussit ,
Tout luyfuccede,tout luy rit.
D'oùvient que ceuxde qui les venës
GALANT. 97 Nefontpas assez étenduës ,
Exaltent autantfon bonheur,
Quefa prudence. &fa valeur ?
Mais quand on sçait estrefevere,
Sans ceffer toutefois de plaire ,
Lorsqu'onsçait inspirer aux cœurs Lesdefirs qui font les Vainqueurs,
Lemépris des Parques cruelles ,
Etque les Miniſtres fidelles,
Dont avecſoin on a fait choix,
Sont au deſſus de leurs Emplois,
Qu'avec justice on diſpenſe Et la peine &la récompense,
Qu'onfçait toutes choses prévoir,
Atous les accidens pourvoir,
Etque jamais on ne viole Le Don facré de ſaparole,
Avecfes talens merveilleux ,
Il est bien aisé d'eſtre heureux.
Cependantpar trop entreprendre ,
Vouspourriezplus perdre que predre :
Ilestvray qu'ilfaut que chacun Contribue au bonheur commun.
On doit facrifierſa vie
Ala gloire defa Patrie.
Ainsi, Seigneur, malgré les coups Quele Rhinvit tomberſur vous ,
98 LE MERCURE Tous les jours une ardeur nouvelle Vousfait expofer de plus belle.
Mais il est bon de regarder Qu'ilnefautpas tout hazarder ,
Etque les Teftes couronnées ,
Doivent au moins estre épargnées.
Commentfouffrez- vous que le Roy ,
(Je n'y pense pointsans effroy)
Soitàtoute heure aux mousquetades,
-Toujours en butte aux cannonades ,
Vous , Seigneur , quiſoir &matin Le voyeznud comme la main ?
Voz sçavez &devez luy dire ,
Quoyque des Dieux ſon ſangil tire,
Encore qu'ilsoit un Héros,
Qu'il estpourtant de chair &d'os,
Etqu'il abesoin d'une Armure La mieux trempée &laplus dure.
Sifon Frere n'en eûtpoint mis ,
Il n'auroit pas des Ennemis Dans cetteBataille fameuse Eu la Victoire glorieuse ,
Etnousverrions dans la douleur
Madamequi rit de bon cœur.
L'Armure pourtant la meilleure N'empesche pasqu'on n'y demeure,
Le Canon est encore plus fort ,
Turenne
رو .GALANT
7
Turenne afuby son effort ,
Et les Rois dont il est lafoudre , Peuvent en estre mis en poudre :
Ainsi vous deveztout ofer Pour l'empeſcher de s'expoſer ;
Qui doit toûjours estre le Maistre.
Encepoint nedoit jamais l'estre.
Le plusfeur est de revenir,
Rienn'a droit de vous retenir;
Lors que des Beautez defolées Sont par vostre absence accablées D'ennuis &de vives douleurs ,
Et leurs beaux yeux noyez de pleurs,
Rienn'est préferable àces Belles ,
Et laGloire est moins belle qu'elles.
Leur Carême est un peu trop long,
Et leur Jubilé hors deſaiſon.
Pourtant quoy que la Bulle dife,
Et tous les Canons de l'Eglisé ,
Ils nefiniront que le jour Qu'elles vous verront de retour.
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
Le document est une lettre adressée à Madame de Montpellier, accompagnée d'une épître dédiée au Prince de Marsillac. L'épître célèbre les récentes conquêtes du roi, mettant en avant la prise de trois grandes villes et la victoire contre les Flamands. L'auteur exalte la discipline et la piété des soldats, comparant leurs actions à des actes saints. Il souligne les talents exceptionnels du roi Louis, qui allie prudence et valeur, et dont les actions sont toujours couronnées de succès. Cependant, l'auteur exprime une inquiétude concernant les dangers auxquels le roi s'expose, notamment lors des batailles, et recommande de prendre des précautions pour éviter les risques inutiles. Il conclut en soulignant l'importance de revenir auprès des beautés accablées par l'absence du prince, suggérant que la gloire est moins précieuse que l'amour.
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7
s. p.
A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER.
Début :
MONSEIGNEUR, Il ne me suffit pas que le Mercure [...]
Mots clefs :
Mercure, Conseils, Département de la guerre, Zèle
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER.
A MONSEIGNEUR
L E
Il ne me faffit pas que le
Mercure ait déjà pris foin de
publier avec quelle joye tout
le monde a veu vosgrands Services récompenfe\ par le nou~
âij
E P I ST RE.
•veau Titre d'honneur que'vous
venez. d'acquérirj Jeprens la
liberté de m'adrcjjèr aujourd'hui a Kous-mefine, &de méfier ma voix aux acclamations
de toute la Erance, dontlesfouhaits vous avaient placé dans
le Rang illufire que vous occupe7xy dés le moment quil a deû
efire remply. Ce fentiment,
MO NSE IG HEV R, a efié
figeneral, quil ne s'efl offert
aucune occafion de Texpliquer,
qu on ne l'ait avidement embraffée. Toutes les Harangues
quifie fontfaites à l Ouverture
des Cours Souveraines, n
’ont
eu pour objet que ce rare mé-
E P I S T R. E.
rite qui a fait tomberfur Vous
le choix de noftre Augufie Monarquepour lapremiers Charge
de l Etat. Comme il ny en a
point de plus importantes , elle
demandait un Homme extraordinaire, en qui une longue expérience jointe à la plus haute
capacité 3 ne laijfafi àf'ouhaiter
aucune des éminentes Qualité^
quiJe doivent rencontrer dans
un grand ëÿfiage Minifire 3 &
a qui la confier plus juflement
qu
’à Vous , M 0 N S E IG NEZl R, qui aveyfil dignement foutenu tous les Emplois
qui peuvent fervir de degre^
a l élévation où tous efies?
a jy
E P I S T R E.
Cette continuelle application â
niflere 3 cette prudence contout ce qui a efié de vofire Miinfyiüible le fuccés de tout ce
du Grand Prince qui a daigné ,
JeJervir de vos Confeils 3 enfin
toutes les Allions de vofire Vie
les écouter pour vous trouver
digne de la gloire quevot.s recevez Elle efl lafuite, ou plutôt la confirmation de cette
entière confiance que Sa Ma-
Ennemis ïeftoientà celuyd'Arras ? Comme ilnous efiait d une
très-grande importance de le
confieraer, ilfallait y fiire entrer du Secours. Vofire Corn-
epistre.
mifflon efioit ample pour tout
ce que vousjugeriez necefaire
au bien de l Etat, & vous pourveuves avec tant de ponctualité &deprudence auxprejfans
befoins des Ajfiege^ &des Generaux de l Armée, que la Place
futfecouru'è & les Ennemis défaits. On ne pouvaitmoins attendre de vojl e vple apres les
grandsfervices que vous aviet^
déjà rendus aufeu Ry, qui en
commença la récompenfe en
vous faifant revenir d'Italie,
pour vousfaire Secrétaire d’Etat. Je ne parle point, MONSE1GNEVR, de ces maniérés
honnefles & obligeantes qui
FMHS
blement cette neufiéme Partie
—
gnere^pas de recevoirfavorablement cette neufiéme Partie
du Mercure} &que vous autres.
E P I S T R E.
la bonté de foufrir que je me
dije mec autantde zele que de
MONSEIGNEUR,
Vcftre très.humble & trèsobeïffant Serviteur,
D
L E
Il ne me faffit pas que le
Mercure ait déjà pris foin de
publier avec quelle joye tout
le monde a veu vosgrands Services récompenfe\ par le nou~
âij
E P I ST RE.
•veau Titre d'honneur que'vous
venez. d'acquérirj Jeprens la
liberté de m'adrcjjèr aujourd'hui a Kous-mefine, &de méfier ma voix aux acclamations
de toute la Erance, dontlesfouhaits vous avaient placé dans
le Rang illufire que vous occupe7xy dés le moment quil a deû
efire remply. Ce fentiment,
MO NSE IG HEV R, a efié
figeneral, quil ne s'efl offert
aucune occafion de Texpliquer,
qu on ne l'ait avidement embraffée. Toutes les Harangues
quifie fontfaites à l Ouverture
des Cours Souveraines, n
’ont
eu pour objet que ce rare mé-
E P I S T R. E.
rite qui a fait tomberfur Vous
le choix de noftre Augufie Monarquepour lapremiers Charge
de l Etat. Comme il ny en a
point de plus importantes , elle
demandait un Homme extraordinaire, en qui une longue expérience jointe à la plus haute
capacité 3 ne laijfafi àf'ouhaiter
aucune des éminentes Qualité^
quiJe doivent rencontrer dans
un grand ëÿfiage Minifire 3 &
a qui la confier plus juflement
qu
’à Vous , M 0 N S E IG NEZl R, qui aveyfil dignement foutenu tous les Emplois
qui peuvent fervir de degre^
a l élévation où tous efies?
a jy
E P I S T R E.
Cette continuelle application â
niflere 3 cette prudence contout ce qui a efié de vofire Miinfyiüible le fuccés de tout ce
du Grand Prince qui a daigné ,
JeJervir de vos Confeils 3 enfin
toutes les Allions de vofire Vie
les écouter pour vous trouver
digne de la gloire quevot.s recevez Elle efl lafuite, ou plutôt la confirmation de cette
entière confiance que Sa Ma-
Ennemis ïeftoientà celuyd'Arras ? Comme ilnous efiait d une
très-grande importance de le
confieraer, ilfallait y fiire entrer du Secours. Vofire Corn-
epistre.
mifflon efioit ample pour tout
ce que vousjugeriez necefaire
au bien de l Etat, & vous pourveuves avec tant de ponctualité &deprudence auxprejfans
befoins des Ajfiege^ &des Generaux de l Armée, que la Place
futfecouru'è & les Ennemis défaits. On ne pouvaitmoins attendre de vojl e vple apres les
grandsfervices que vous aviet^
déjà rendus aufeu Ry, qui en
commença la récompenfe en
vous faifant revenir d'Italie,
pour vousfaire Secrétaire d’Etat. Je ne parle point, MONSE1GNEVR, de ces maniérés
honnefles & obligeantes qui
FMHS
blement cette neufiéme Partie
—
gnere^pas de recevoirfavorablement cette neufiéme Partie
du Mercure} &que vous autres.
E P I S T R E.
la bonté de foufrir que je me
dije mec autantde zele que de
MONSEIGNEUR,
Vcftre très.humble & trèsobeïffant Serviteur,
D
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER.
La lettre célèbre l'obtention d'un nouveau titre d'honneur par un dignitaire. L'auteur exprime la joie de toute la France pour les services rendus par le destinataire, qui a été récompensé pour son mérite exceptionnel. Ce titre était attendu et avait été mentionné lors des ouvertures des cours souveraines. Le destinataire a été choisi pour la première charge de l'État, une position cruciale nécessitant une grande expérience et capacité. L'auteur loue sa prudence et son application, notamment dans la défense d'Arras contre les ennemis. Il rappelle également ses services passés, comme la réorganisation de l'armée et la nomination à des postes clés. La lettre se termine par une expression de dévouement et de respect.
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8
p. 193-201
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, AU ROY.
Début :
Je viens au Voyage que l'opiniâtreté des Espagnols a / Pourquoy chercher une nouvelle gloire ? [...]
Mots clefs :
Gloire, Lauriers, Exploits, Conquérants, Guerre, Paix
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, AU ROY.
Je viens au Voyage que
l'opiniâtreté des Efpagnols a
forcé le Royde faire en Flandre. Je vay vous en donner
un détail , non pas des couchées & du fejour de Sa Majeſté en chaque lieu, mais de
tout ce qui s'est fait pendant
ce Voyage, & des Nouvelles
que ce Monarque a reçeuës
May 1684.
R
1
194 MERCURE
de fes Armées de terre & de
mer, & de fes Ambaffadeurs
dans les Cours Etrangeres,
avec une exacte defcription
de fes Camps. En mefme
temps qu'on apprit que fon
départ eftoit réfolu , on vit
paroiftre des Vers qui méritentbien voftre curiofité. En
voicy de Madame des Houlieres. Son nom fuffit pour
vous préparer à une lecture
des plus agréables.
GALANT. 195
25525-522555:25252
EPITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
AU ROY.
Ourquoy chercher une nouvelle
gloire?
Po
vos Lauriers goûtez un doux Sousves
reposi
"Affez d'Exploits d'immortelle mémoire
Vousfontpafferles antiques Héros.
Pourvous, grand Roy, pour le bien
dela France,
Que refte-t-ilencore àfouhaiter?
Vosfoins chez elle ont remis l'abondance;
1
Rij
196 MERCURE
Voftre valeur qui pourroit tout dome
pter,
La rend terrible aux Nations étrang
ges,
Et quelque loin qu'on porte les
Louanges,
Iln'en eftpaint qui vous puiſſent
flater.
$2
Avous chanter nos voixfont tou-
• jours preftes;
Maisquand nos Vers àla Postérité
Pourroient vous peindre auſſi grand
que vous eftes,
Quand de vos Loix ils diroient l'é
quité,
De voftre Bras les rapides conqueftes,
De voftre Esprit la noble activité,
De voſtreabordle charme inévitable,
Quelle enferoitpour vous l'utilité?
GALANT. 197
Lors que le vray paroiſt peu vraySemblable,
Iln'afurnous que peu d'autorité.
22
Ces Conquérans qu'eurent Rome &
la Gréce,
Ccs Demy. Dieuxfur centLyres chantez,
Onteu le fortque trop de gloire laiffe,
On les a crusfervilementflatez.
Tantde vertus qu'en eux l'Hiftoire
affemble,
Eff, difoit- on, leprix de leurs bienfaits;
Etfi vousfentfous qui l'Univers tremble,
N'euffiezplusfait qu'ils n'ontfait
tousenſemble
On douteroit encor de leurs hauts
Faits
Rüj
198 MERCURE
SS
Deleur valeurlavostre nous affure,
Vous la rendez croyable en l'ifaçants
Unvelfecours chez la Racefuture
Sera pour vous unfecours impuif
Sant..
Quelques efforts que la Naturefaffe
Pour les Héros quefa mainformera,
Loin d'en trouver quelqu'un qui
vous efface,
Famais aucun ne vous égalera.
22
N'allez doncplus expofer une vie
D'où le bonheurde l'Univers dépends
Voyezla Paix, de tous les biensfui
vie,
Quidans lesbras des Plaifirs vom
attend;"
Epargnez-nous de mortelles allar
mess
GALANT: 19.
Oùcourez-vousparla Gloire animé
Si la Victoire apour vous tant de
charmes,
Vouspouvez vaincre icyfans eftre
; armé.
N'appellez point une indigne foibleſſe
Quelques momens donnez à la tendreffe;
Les plus grands Cœurs n'ont pas le
moins aimé.
S2
Mais aux trævaux de la fiere BelLonne,
F'oppoſe en vain le repos le plus
doux.
Les faux plaifirs que l'oifiveté
donne,
Nefontpas faits pour un Roy comme
vem,
Rij
200 MERCURE
Inftruit de tout, appliquéfans relâche,
Et toûjoursgranddans les moindres
Lorsprojets.
que la Paix aux périls vous
arrache,
Une autre gloire àſon tour vou
attache,
Et vous immole au bien de vos
Sujets.
Se
Ainfi l'on voit le Maistre du Tonnerre,
Diverſement occupé dans les Cieux;
Tantoft vainqueur dans l'infolente
Guerre
Quifitpérir lesTitansfuricux;
Tantoft veillant au bonheur de la
Terre,
Porterpartout un regard curieux,
Y rétablir le calme, l'innocence,
GALANT. 201
Eftredetous la crainte, l'eſpérance,
Etleplusgrand, &le meilleur des
Dieux.
SS
Craint, adoré..... Mais j'entens la
Victoire
Qui vous appelle à des Exploits
nouveaux.
Que de hauts Faits vont groffir
voftre Hiftoire!
Partez, courez à des deftins fi beaux.
Je voy l'Eſpagne aux Traitez infidelle
DefesPaispayerfesattentats;
Je voy vos coups détruire les Etats
Dufier Voifin quifoûtientfa querelle;
Etje vous voy vainqueur en cent
Combats,
Donner la Paix, & la rendre eter
netle.
l'opiniâtreté des Efpagnols a
forcé le Royde faire en Flandre. Je vay vous en donner
un détail , non pas des couchées & du fejour de Sa Majeſté en chaque lieu, mais de
tout ce qui s'est fait pendant
ce Voyage, & des Nouvelles
que ce Monarque a reçeuës
May 1684.
R
1
194 MERCURE
de fes Armées de terre & de
mer, & de fes Ambaffadeurs
dans les Cours Etrangeres,
avec une exacte defcription
de fes Camps. En mefme
temps qu'on apprit que fon
départ eftoit réfolu , on vit
paroiftre des Vers qui méritentbien voftre curiofité. En
voicy de Madame des Houlieres. Son nom fuffit pour
vous préparer à une lecture
des plus agréables.
GALANT. 195
25525-522555:25252
EPITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
AU ROY.
Ourquoy chercher une nouvelle
gloire?
Po
vos Lauriers goûtez un doux Sousves
reposi
"Affez d'Exploits d'immortelle mémoire
Vousfontpafferles antiques Héros.
Pourvous, grand Roy, pour le bien
dela France,
Que refte-t-ilencore àfouhaiter?
Vosfoins chez elle ont remis l'abondance;
1
Rij
196 MERCURE
Voftre valeur qui pourroit tout dome
pter,
La rend terrible aux Nations étrang
ges,
Et quelque loin qu'on porte les
Louanges,
Iln'en eftpaint qui vous puiſſent
flater.
$2
Avous chanter nos voixfont tou-
• jours preftes;
Maisquand nos Vers àla Postérité
Pourroient vous peindre auſſi grand
que vous eftes,
Quand de vos Loix ils diroient l'é
quité,
De voftre Bras les rapides conqueftes,
De voftre Esprit la noble activité,
De voſtreabordle charme inévitable,
Quelle enferoitpour vous l'utilité?
GALANT. 197
Lors que le vray paroiſt peu vraySemblable,
Iln'afurnous que peu d'autorité.
22
Ces Conquérans qu'eurent Rome &
la Gréce,
Ccs Demy. Dieuxfur centLyres chantez,
Onteu le fortque trop de gloire laiffe,
On les a crusfervilementflatez.
Tantde vertus qu'en eux l'Hiftoire
affemble,
Eff, difoit- on, leprix de leurs bienfaits;
Etfi vousfentfous qui l'Univers tremble,
N'euffiezplusfait qu'ils n'ontfait
tousenſemble
On douteroit encor de leurs hauts
Faits
Rüj
198 MERCURE
SS
Deleur valeurlavostre nous affure,
Vous la rendez croyable en l'ifaçants
Unvelfecours chez la Racefuture
Sera pour vous unfecours impuif
Sant..
Quelques efforts que la Naturefaffe
Pour les Héros quefa mainformera,
Loin d'en trouver quelqu'un qui
vous efface,
Famais aucun ne vous égalera.
22
N'allez doncplus expofer une vie
D'où le bonheurde l'Univers dépends
Voyezla Paix, de tous les biensfui
vie,
Quidans lesbras des Plaifirs vom
attend;"
Epargnez-nous de mortelles allar
mess
GALANT: 19.
Oùcourez-vousparla Gloire animé
Si la Victoire apour vous tant de
charmes,
Vouspouvez vaincre icyfans eftre
; armé.
N'appellez point une indigne foibleſſe
Quelques momens donnez à la tendreffe;
Les plus grands Cœurs n'ont pas le
moins aimé.
S2
Mais aux trævaux de la fiere BelLonne,
F'oppoſe en vain le repos le plus
doux.
Les faux plaifirs que l'oifiveté
donne,
Nefontpas faits pour un Roy comme
vem,
Rij
200 MERCURE
Inftruit de tout, appliquéfans relâche,
Et toûjoursgranddans les moindres
Lorsprojets.
que la Paix aux périls vous
arrache,
Une autre gloire àſon tour vou
attache,
Et vous immole au bien de vos
Sujets.
Se
Ainfi l'on voit le Maistre du Tonnerre,
Diverſement occupé dans les Cieux;
Tantoft vainqueur dans l'infolente
Guerre
Quifitpérir lesTitansfuricux;
Tantoft veillant au bonheur de la
Terre,
Porterpartout un regard curieux,
Y rétablir le calme, l'innocence,
GALANT. 201
Eftredetous la crainte, l'eſpérance,
Etleplusgrand, &le meilleur des
Dieux.
SS
Craint, adoré..... Mais j'entens la
Victoire
Qui vous appelle à des Exploits
nouveaux.
Que de hauts Faits vont groffir
voftre Hiftoire!
Partez, courez à des deftins fi beaux.
Je voy l'Eſpagne aux Traitez infidelle
DefesPaispayerfesattentats;
Je voy vos coups détruire les Etats
Dufier Voifin quifoûtientfa querelle;
Etje vous voy vainqueur en cent
Combats,
Donner la Paix, & la rendre eter
netle.
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, AU ROY.
En mai 1684, le roi entreprit un voyage en Flandre, motivé par la résistance des Espagnols. Le texte détaille les événements et les nouvelles reçues par le monarque durant ce mois. Il mentionne les armées de terre et de mer, ainsi que les ambassadeurs présents dans les cours étrangères. Une description précise des camps est également fournie. À l'annonce du départ du roi, plusieurs vers furent publiés, dont une épître de Madame des Houlières adressée au roi. Cette épître célèbre les exploits du roi, sa bravoure et les bienfaits qu'il apporte à la France. Elle exprime le souhait que le roi trouve un repos mérité après ses conquêtes et souligne que ses actions rendent la France prospère et redoutable pour les nations étrangères. Madame des Houlières reconnaît la difficulté de décrire pleinement la grandeur du roi et compare ses exploits à ceux des anciens héros. Elle encourage le roi à apprécier la paix et les plaisirs, tout en reconnaissant que ses devoirs l'appellent à de nouveaux exploits. L'épître conclut en évoquant la victoire du roi sur l'Espagne et ses ennemis, ainsi que sa capacité à établir une paix durable.
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9
p. 168-173
A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
Début :
De quel bonheur, d'Arbaud, le Ciel te favorise ! [...]
Mots clefs :
Monsieur d'Arbaud, Hérésie, Abjuration, Église, Erreurs, Calvin, Foi, Ciel, Sainte vérité, Fortune
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texteReconnaissance textuelle : A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
A M
D'ARBAUD ,
SUR SON ABJURATION
de l'Herefie.
DE
E quel bonheur , d'Arbaud , le
Ciel te favorife!
Te voilà revenu dans le fein de l'Eglife
;
Tu n'as plus ce Bandeau qui te cou
vroit les yeux ,
Qui caufa le malheur de tes derniers
Ayeux.
Eux
GALANT. 169
Eux feuls dans noftre noble & fidele
Patrie ,
De l'erreur de Calvin eurent l'ame
flétrie ,
Contraints de fuivre ailleurs leur
malheureufe erreur,
Ils furent entrainez par ce Torrent
trompeur.
Tu vois le Precipice où te menoit fa
courfe;
La quitant tu reviens à ta premiere
Source.
Quel Chant n'éclate point dans nos
Temples fameux,
Lors que ton coeur foûmis y fait de
nouveaux Voeux ;
Et quel eft ton plaifir , adorant nos
Misteres,
D'offrir le mefme Encens qu'avoient
offert tes Peres !
Tu n'es plus aveuglé , tu connois aujourd'huy
Quelle étoit ton erreur, & quelfut
fon apuy.
Janvier 1685 .
H
170 MERCURE
D'Arbaud , tu te fouviens que la
France en furie
Apuya lâchement la naifante Herefie
;
Qu'un Peuple mutiné contre fespropres
Roys,
Abatit les Autels , & renverfa la
Croix i
Tu découvres enfin par la Foy qui te
guide,
Qu'un nouveau Reformé fut un nouveau
perfide ;
Que la fedition,le carnage & l'horreur,
Avançoient les progrés d'un faux
Legislateur ;
du jufte Ciel le pouvoir le-
Et
que
gitime
Ne s'établit jamais par lefang ny le
crime .
Eclairé de la Foy , ce Celeste Flambeau,
Tu connois l'Herefie , & quel fut fon
Berceau.
GALANT. 171
Pour foûtenir l'éclat de fa nouvelle
gloire ,
Eut - elle un Auguftin, un Ambroise,
un Grégoire ?
Elle eut pour Fondateurs , d'illuftres
Scelerats ,
De fçavans Libertins , de fameux
Apoftats.
Chrétiens infortuneZ, de qui l'ame
abufée
Souffrit ce joug trompeur d'une Reforme
aifée ,
Qui prefchoit le plaifir & le relachement
,
Je ne m'étonne pas de vostre aven
glement ;
Je ne m'étonne pas qu'au milieu da
tumulte
Vous avez malgré vous fuivy vostre
faux Culte.
Le defordre & le bruit ne ferviront
jamais
A trouver le bonheur
que
donne un
Dieu de Paix.
H 2
172 MERCURE
Mais je m'étonne enfin , que le plus
grand des Princes ,
Qui travaille au repos de toutes fes
Provinces ,
Qui rend par fa douceur fes Peuples
fortunez ,
Trouve encor parmy vous tant de
coeurs obftinez.
Je fçay bien que la Foy ne fouffre
point de Maiftre ;
Que le pouvoir humain ne la fait
pas connoiftre ;
Que ce divin Rayon qui deffille nos
yeux ,
Eft un prétieux Don qui ne vient
que
des Cieux.
Sans tumulte & fans bruit , Chrêtiens
dans la Priere
Nous devons demander cette vive
lumiere.
Tout eft calme à préfent ; LOUIS
a tout foûmis ;
Demandez cette Foy , qui nous doit
rendre unis ;
GALANT.
1173
Employezle repos que donne l'a Victoire
,
A chercher le chemin d'une éternelle
Gloire.
D'arbaud , fans diférer tu cherchois
ce bonheur ;
Le Ciel vient de remplir ton efprit
& ton coeur ;
La fainte Verité jointe à l'ardeur
Sublime
2
Par fes Celeftes feux, & t'éclaire,&
t'anime ;
Sans fuivre les motifs qu'ont les
tâches Mortels ,
Tu viens pur & fincere au pied de
nos Autels ;
Eloigné de la Cour , dont l'éclat
t'importune
,
Tu cherche ton falut , fans chercher
la Fortune.
D'ARBAUD ,
SUR SON ABJURATION
de l'Herefie.
DE
E quel bonheur , d'Arbaud , le
Ciel te favorife!
Te voilà revenu dans le fein de l'Eglife
;
Tu n'as plus ce Bandeau qui te cou
vroit les yeux ,
Qui caufa le malheur de tes derniers
Ayeux.
Eux
GALANT. 169
Eux feuls dans noftre noble & fidele
Patrie ,
De l'erreur de Calvin eurent l'ame
flétrie ,
Contraints de fuivre ailleurs leur
malheureufe erreur,
Ils furent entrainez par ce Torrent
trompeur.
Tu vois le Precipice où te menoit fa
courfe;
La quitant tu reviens à ta premiere
Source.
Quel Chant n'éclate point dans nos
Temples fameux,
Lors que ton coeur foûmis y fait de
nouveaux Voeux ;
Et quel eft ton plaifir , adorant nos
Misteres,
D'offrir le mefme Encens qu'avoient
offert tes Peres !
Tu n'es plus aveuglé , tu connois aujourd'huy
Quelle étoit ton erreur, & quelfut
fon apuy.
Janvier 1685 .
H
170 MERCURE
D'Arbaud , tu te fouviens que la
France en furie
Apuya lâchement la naifante Herefie
;
Qu'un Peuple mutiné contre fespropres
Roys,
Abatit les Autels , & renverfa la
Croix i
Tu découvres enfin par la Foy qui te
guide,
Qu'un nouveau Reformé fut un nouveau
perfide ;
Que la fedition,le carnage & l'horreur,
Avançoient les progrés d'un faux
Legislateur ;
du jufte Ciel le pouvoir le-
Et
que
gitime
Ne s'établit jamais par lefang ny le
crime .
Eclairé de la Foy , ce Celeste Flambeau,
Tu connois l'Herefie , & quel fut fon
Berceau.
GALANT. 171
Pour foûtenir l'éclat de fa nouvelle
gloire ,
Eut - elle un Auguftin, un Ambroise,
un Grégoire ?
Elle eut pour Fondateurs , d'illuftres
Scelerats ,
De fçavans Libertins , de fameux
Apoftats.
Chrétiens infortuneZ, de qui l'ame
abufée
Souffrit ce joug trompeur d'une Reforme
aifée ,
Qui prefchoit le plaifir & le relachement
,
Je ne m'étonne pas de vostre aven
glement ;
Je ne m'étonne pas qu'au milieu da
tumulte
Vous avez malgré vous fuivy vostre
faux Culte.
Le defordre & le bruit ne ferviront
jamais
A trouver le bonheur
que
donne un
Dieu de Paix.
H 2
172 MERCURE
Mais je m'étonne enfin , que le plus
grand des Princes ,
Qui travaille au repos de toutes fes
Provinces ,
Qui rend par fa douceur fes Peuples
fortunez ,
Trouve encor parmy vous tant de
coeurs obftinez.
Je fçay bien que la Foy ne fouffre
point de Maiftre ;
Que le pouvoir humain ne la fait
pas connoiftre ;
Que ce divin Rayon qui deffille nos
yeux ,
Eft un prétieux Don qui ne vient
que
des Cieux.
Sans tumulte & fans bruit , Chrêtiens
dans la Priere
Nous devons demander cette vive
lumiere.
Tout eft calme à préfent ; LOUIS
a tout foûmis ;
Demandez cette Foy , qui nous doit
rendre unis ;
GALANT.
1173
Employezle repos que donne l'a Victoire
,
A chercher le chemin d'une éternelle
Gloire.
D'arbaud , fans diférer tu cherchois
ce bonheur ;
Le Ciel vient de remplir ton efprit
& ton coeur ;
La fainte Verité jointe à l'ardeur
Sublime
2
Par fes Celeftes feux, & t'éclaire,&
t'anime ;
Sans fuivre les motifs qu'ont les
tâches Mortels ,
Tu viens pur & fincere au pied de
nos Autels ;
Eloigné de la Cour , dont l'éclat
t'importune
,
Tu cherche ton falut , fans chercher
la Fortune.
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Résumé : A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
Le texte décrit l'abjuration de l'hérésie par un individu nommé d'Arbaud, qui exprime sa joie de revenir dans le sein de l'Église. Il reconnaît avoir abandonné l'erreur calviniste, qui avait causé le malheur de ses ancêtres contraints de fuir leur patrie. D'Arbaud exprime son plaisir de retrouver la foi de ses pères et offre des vœux dans les temples. Le texte évoque les troubles religieux en France, où l'hérésie protestante avait été soutenue par un peuple mutiné contre ses rois, abattant les autels et renversant la croix. D'Arbaud découvre que la réforme protestante a été portée par des scélérats et des libertins, et reconnaît que le désordre ne mène pas au bonheur. Malgré les efforts du roi Louis pour apporter le repos à ses provinces, il trouve encore des cœurs obstinés parmi les chrétiens. Le texte insiste sur le fait que la foi ne souffre pas de maître humain et encourage les chrétiens à prier pour être unis et chercher une gloire éternelle. D'Arbaud, éclairé par la sainte vérité, se présente pur et sincère aux autels, éloigné des motifs terrestres.
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10
s. p.
A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
Début :
MONSEIGNEUR, Quoy que l'usage soit de renfermer toutes les [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Altesse sérénissime, Roi, Siam
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texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
A SON ALTESSE
SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE DUC
ONSEIGNEUR,
Quy que l'usage foit
de renfermer toutes les plus
a ij
EPISTRE.
belles Actions des Princes
à qui on dédie un Livre,
dans l'Epiſtre qu'on met à
la teſte , il me seroit impoßible
en vous offrant cette
Relation, d'imiter ceux
qui ont fait de ces Eloges,
puisqu'ilfaudroit que l'Epiſtre
fust plus longue que
l'Ouvrage ; außi ne me
fuis- je proposé de prendre
pourſuj't de celle- cy , que
la Conve fation que Vos-
TRE ALTESSE SERENISSIME
a eue avec les Ambaf
EPISTR E.
fadeurs du Roy de Siam.
Elle n'a pas duré une heure,
&fi je voulois m'éten
dreſur tout ce que vous avez
dit enſi peu de temps,
J'aurois dequoy faire un
Panegyrique entier. Fay
eu l'avantage , MONSEIGNEUR,
d'en eftre
témoin, avec cent Per-
Sonnes de marque , qui ne
pouvant retenir les loüanges
qui vous estoient deuës,
les firent éclater pendant
l'Audience. F'entendis
EPISTRE .
mesme une voix qui dit,
Que les Ambaſſadeurs ,
quijuſque - là ne vous avoient
crû qu'unHomme ,
me,
ppoouurrrrooiieenntt vous prendre
pour quelque choſe de
plus , tant vous leur faifiez
paroiſtre d'efprit.
Vostre A. S. a fait voir
en moins d'une heure la
parfaiteintelligencequ Elle
a dans le mſter de la
Guerre, & qui eft herediditaire
à la Maifon de
Condé. Vous avez apris
EPISTRE.
'à ceux qui ont eu l'honneur
de vous écouter, comment
des Armées doivent
Secamper pour vaincre, 5
pour Soutenir les plus vigoureuſes
Attaques. Vous
avez marqué les inconveniens
qu'il y avoit à ſe
mettre en batailleSelon l'ordre
qu' obfervent les Siamois,
& vous avezpar là
donné des leçons aux Indiens
, à qui de Siecle en
Siecle leurs Ancestres doivent
avoir apris de quelle
EPISTRE .
maniere Alexandre combattoit.
Ainsi , ΜΟΝ-
SEIGNEUR, vous avez
montré par cette Converſation
, non ſeulement
que l' Art de la Guerre n'a
rien d'inconnu pour vous,
mais encore que vous ne
Sçavez pas moins bien la
Situation es les Coustumes
des Païs les plus éloignez ;
que dans les Histoires étrangeres
rien n'échape aux
vives lumieres de vostre
esprit ; que cet esprit est
EPISTRE.
univerſel , es qu' il n'y a
que vos bontez qui l'égalent.
Apres cela, MONSEIGNEVR,
ne peutan
pas dire qu' en moins
d'une heure de temps , V
A S. a fait bonneur à la
Francepar tous les endroits
qui font le grand & l'hon
neste Homme, puisque tou
tes ces choses estant rap--
portées au Royde Siam,
luy feront concevoir la plus
haute idée de tous les Prin
ces du Sang de Bourbon ?
EPISTRE.
Le bruit s'en répandra dans
les Indes, & vous n'yferez
pas moins connu que vous
l'estes dans toute l'Europe.
Pendant que ceux qui ont
eſté témoins de toutes ces
chofes , comme moy,les ont
publiées, j'ay crû, MONSEIGNEUR
, non seulement
les devoir écrire,
mais außi que c'estoit pour
moy une obligation indifpensable
de vous dédier un
Livre auquel l'entretien
que vous avez eu avec les
EPISTRE .
Ambaſſadeurs du Roy de
Siam, vous donne une part
fi glorieuse. Fe l'offre à V.
A. S. avec d'autant plus
de zele & de plasfir, que
jesçay que le Mercure &
les Ouvrages qui en dépendent
font traduits en plufieurs
Langues , & imprimez
chez les Nations étrangeres
, & que plusieurs
Relations dignes defoy af-
Seurent qu'ils se sont ou
vert un paffage , juſques
aux Indes poury aprendre
EPISTRE.
Xes merveilles de la Vie dis
Roy. Amfij auray l'avantage
de faire connoistre
dans les Païs les plus reculez
, le profond respect
avec lequel je ſuis,
MONSEIGNEUR,
De Vostre Altesse Seren ſſime,
Le tres-humble, tres- obeiſſant
& tres-fidele Serviteur ,
DEVIZE.
SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE DUC
ONSEIGNEUR,
Quy que l'usage foit
de renfermer toutes les plus
a ij
EPISTRE.
belles Actions des Princes
à qui on dédie un Livre,
dans l'Epiſtre qu'on met à
la teſte , il me seroit impoßible
en vous offrant cette
Relation, d'imiter ceux
qui ont fait de ces Eloges,
puisqu'ilfaudroit que l'Epiſtre
fust plus longue que
l'Ouvrage ; außi ne me
fuis- je proposé de prendre
pourſuj't de celle- cy , que
la Conve fation que Vos-
TRE ALTESSE SERENISSIME
a eue avec les Ambaf
EPISTR E.
fadeurs du Roy de Siam.
Elle n'a pas duré une heure,
&fi je voulois m'éten
dreſur tout ce que vous avez
dit enſi peu de temps,
J'aurois dequoy faire un
Panegyrique entier. Fay
eu l'avantage , MONSEIGNEUR,
d'en eftre
témoin, avec cent Per-
Sonnes de marque , qui ne
pouvant retenir les loüanges
qui vous estoient deuës,
les firent éclater pendant
l'Audience. F'entendis
EPISTRE .
mesme une voix qui dit,
Que les Ambaſſadeurs ,
quijuſque - là ne vous avoient
crû qu'unHomme ,
me,
ppoouurrrrooiieenntt vous prendre
pour quelque choſe de
plus , tant vous leur faifiez
paroiſtre d'efprit.
Vostre A. S. a fait voir
en moins d'une heure la
parfaiteintelligencequ Elle
a dans le mſter de la
Guerre, & qui eft herediditaire
à la Maifon de
Condé. Vous avez apris
EPISTRE.
'à ceux qui ont eu l'honneur
de vous écouter, comment
des Armées doivent
Secamper pour vaincre, 5
pour Soutenir les plus vigoureuſes
Attaques. Vous
avez marqué les inconveniens
qu'il y avoit à ſe
mettre en batailleSelon l'ordre
qu' obfervent les Siamois,
& vous avezpar là
donné des leçons aux Indiens
, à qui de Siecle en
Siecle leurs Ancestres doivent
avoir apris de quelle
EPISTRE .
maniere Alexandre combattoit.
Ainsi , ΜΟΝ-
SEIGNEUR, vous avez
montré par cette Converſation
, non ſeulement
que l' Art de la Guerre n'a
rien d'inconnu pour vous,
mais encore que vous ne
Sçavez pas moins bien la
Situation es les Coustumes
des Païs les plus éloignez ;
que dans les Histoires étrangeres
rien n'échape aux
vives lumieres de vostre
esprit ; que cet esprit est
EPISTRE.
univerſel , es qu' il n'y a
que vos bontez qui l'égalent.
Apres cela, MONSEIGNEVR,
ne peutan
pas dire qu' en moins
d'une heure de temps , V
A S. a fait bonneur à la
Francepar tous les endroits
qui font le grand & l'hon
neste Homme, puisque tou
tes ces choses estant rap--
portées au Royde Siam,
luy feront concevoir la plus
haute idée de tous les Prin
ces du Sang de Bourbon ?
EPISTRE.
Le bruit s'en répandra dans
les Indes, & vous n'yferez
pas moins connu que vous
l'estes dans toute l'Europe.
Pendant que ceux qui ont
eſté témoins de toutes ces
chofes , comme moy,les ont
publiées, j'ay crû, MONSEIGNEUR
, non seulement
les devoir écrire,
mais außi que c'estoit pour
moy une obligation indifpensable
de vous dédier un
Livre auquel l'entretien
que vous avez eu avec les
EPISTRE .
Ambaſſadeurs du Roy de
Siam, vous donne une part
fi glorieuse. Fe l'offre à V.
A. S. avec d'autant plus
de zele & de plasfir, que
jesçay que le Mercure &
les Ouvrages qui en dépendent
font traduits en plufieurs
Langues , & imprimez
chez les Nations étrangeres
, & que plusieurs
Relations dignes defoy af-
Seurent qu'ils se sont ou
vert un paffage , juſques
aux Indes poury aprendre
EPISTRE.
Xes merveilles de la Vie dis
Roy. Amfij auray l'avantage
de faire connoistre
dans les Païs les plus reculez
, le profond respect
avec lequel je ſuis,
MONSEIGNEUR,
De Vostre Altesse Seren ſſime,
Le tres-humble, tres- obeiſſant
& tres-fidele Serviteur ,
DEVIZE.
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Résumé : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
L'auteur adresse une épître à un duc, louant une conversation d'une heure entre le duc et les ambassadeurs du roi de Siam. Cette discussion a impressionné les témoins par la maîtrise du duc en art de la guerre et en stratégies militaires, comparant même les tactiques des Siamois à celles d'Alexandre le Grand. Le duc a également démontré une connaissance des coutumes et des situations des pays éloignés, ainsi qu'une intelligence des histoires étrangères. Cette performance a honoré la France et renforcé la réputation du duc en Europe et dans les Indes. L'épître se conclut par l'offrande d'un livre à Sa Sérénissime Altesse, destiné à être traduit et lu dans diverses langues et nations, contribuant ainsi à la renommée du duc.
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11
s. p.
A MONSEIGNEUR / MONSEIGNEUR LE COMTE DE THOULOUSE, GRAND ADMIRAL D[E] FRANCE.
Début :
MONSEIGNEUR, Entre les merveilles que les Ambassadeurs de Siam ont [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Comte de Toulouse, Sang, Monde, Admiration, Rang, Éclat
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR / MONSEIGNEUR LE COMTE DE THOULOUSE, GRAND ADMIRAL D[E] FRANCE.
A MONSEIGNEUR
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE
THOULOUSE ,
* GRAND ADMIRAL
M
DE FRANCE.
ONSEIGNEUR ,
Entre les merveilles que les Ambas-
Sadeurs de Siam ont vûës en France',
rien ne les a Surpris davantage que
a ij
EPITRE.
V. A. Apeine furent ils arrivez à
Clagny , où ils devoient loger pendant
leur séjour à Versailles , que leur cu
riofité les porta dans le fardin. Vous
vous y promeniez , MONSEIGNEUR ,
ils vous virent ,& demeurerent dans
une admiration qu'ilferoit difficile de
bien exprimer. Ils ne sçavoien: point
que vous fortiez da plus auguste ,
du plus beau Sang du monde ; mais
vous ne laiſſâtes pas d'imprimer dans
leurs coeurs la veneration qui luy eft
deuë. S'estant ensuite avancez vers
V. A. ils furent d'abord frapezde certains
traits vifs qui les charmerent.
Ils vous prirent presque pour un Dieu
&une crainte reſpectueuse les empescha
de vous aborder. Mais comme ils
curent lieu de mieux remarquer toute
voſtre Personne , parce qu'ils estoient
alors plus prés de V. A. vostre beauté
leur caufa une nouvelle ſurpriſe , dont
ils ne fortirent qu'après avoirſceuvô
EPITRE .
t
5
د
S
tre Naiſſance. Ils se Sceurent bon gré
d'avoir cru que vous ne pouviez estre
- forty que d'un Sang dont l'éclat a cau
s ſe de l'admiration à toute la terre ,&
demanderent qu'il leur fust permis d'avoir
l'honneur de vous faluër ; mais
leur furprise augmenta pour la troifié.
me fois , lors qu'avec un air de grandeur
qui brilloit parmy les traits d'une
vive jeunesse , & toute la beautéde
l'Amour, ils trouverent un esprit beauf
coup au deſſus de vos années , avec des
manieres toutes engageantes , quoy que
- foûtenues de cette noble fierté qui fied
- fi bien à tous ceux de vostre rang. Il
t
s
S
S
4
S
e
est impoſſible d'entrer affez dans les
- fentimens que V.A.leur inspira. Ils mirent
tous leurs yeux & toute leur atten
tion à vous confiderer , toutes les forces
de leur imagination à bien concevoir ce
é qu'ils voyoient,& tout leur eſprit àvous
admirer.Ainsi tout agiſſant eneux avec
- force,& en même temps, ils auroient es
t
t
EPITRE.
beaucoup de peine àdire eux-mêmes ce
qu'ils pensoient en ce moment , parce
qu'ils estoient trop remplis de tout ce
qu'ils trouvoient digned'admiration en
V.A.Vous n'avez qu'à croiſtre , MONSEIGNEUR
, & nous entendrons parler
de vous d'une maniere qui fera biendu
bruit dans le monde. Vous ne jetterez
pas seulement de l'effroy dans les coeurs
des Ennemis de Sa Majesté , les Belles
craindront , les Maris trembleront, &
les Armans auront grand peur. Combien
alors de jaloux au deſeſpoir ! mais vOUS
ne joüirez qu'imparfaitement du plai
fir de la victoire , estant certain que
quand mesme vous auriez tous les Rois
du monde pour Rivaux , il n'y en auroit
arcun qui ofaft vous l'avoüer. Afin que
vous fuffiez tout- à-fait heureux, il fe
roit à fouhaiter qu'ils se déclaraſſent ,
puis que vous auriez la ſenſiblefatisfaction
den triompher de toutes manie
res. Tout se trouve dans vostre Sang
EPITRE.
5
5
S
e
Lanaiſſance,la beauté,la valeur& l'efprit
,&pardeſſus toutes ces chofes , une
éducation digne de ce que vous estes
né , & de la Perſonne qui en prend
foin , met le comble à tout ce que la
Nature vous a liberalement donné..
Vous voyez dans ce mesme Sang tout
ce qu'ily a de plus grand au monde ;
Vous y remarquez le bon & le grand
goust,& le juste discernement pourtout
ce qui en demande , & tout cela joint à
une pieté d'autant plus veritable , que
l'Hypocrifie n'y ayant aucune part ,
n'a rien de l'austerité qui la rendroit
ridicule , & pen pratiquable à la Cour.
Vous voyez tout ce qu'un rang élevé
demande de magnificence , tout ceque
la generosité & la parfaite connoisfancede
toutes choses , exigent pour la
faire briller , tout l'esprit qu'il faut
avoir pourſoûtenir avec dignité l'éclat
d'un rang si baut &fi glorieux;& en
fin toutce qui fait l'accomplisſſement dus
elle
a iij
EPITRE..
vray merite. Tout ce que je vous dis ,
MONSEIGNEUR , vous doit faire affez
connoistre que je ne parle que d'une
partie du Sang qui vous aformé,puis
que l'autre n'est pas moins au deſſus
des loüanges,qu'elle est au deſſus de tous
les Souverains de la Terre. Jefçay que
je n'aurois pas à craindre de 'vous en
nuyer , ſi j'ofois me hazarder à vous en
entretenir , mais ce n'estpas icy le lien
d'entrer dans une matiere si vaste
Comme on ne la peut quitter quand
on en a une fois commencé l'ébauche ,
elle m'empefcheroit trop long-temps de
vous affeurer que je suis avec un tresprofond
respect
MONSEIGNEUR ,
De V. A.
Le tres-humble& tres-
> obeiffant Serviteur ..
DEVIZE
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE
THOULOUSE ,
* GRAND ADMIRAL
M
DE FRANCE.
ONSEIGNEUR ,
Entre les merveilles que les Ambas-
Sadeurs de Siam ont vûës en France',
rien ne les a Surpris davantage que
a ij
EPITRE.
V. A. Apeine furent ils arrivez à
Clagny , où ils devoient loger pendant
leur séjour à Versailles , que leur cu
riofité les porta dans le fardin. Vous
vous y promeniez , MONSEIGNEUR ,
ils vous virent ,& demeurerent dans
une admiration qu'ilferoit difficile de
bien exprimer. Ils ne sçavoien: point
que vous fortiez da plus auguste ,
du plus beau Sang du monde ; mais
vous ne laiſſâtes pas d'imprimer dans
leurs coeurs la veneration qui luy eft
deuë. S'estant ensuite avancez vers
V. A. ils furent d'abord frapezde certains
traits vifs qui les charmerent.
Ils vous prirent presque pour un Dieu
&une crainte reſpectueuse les empescha
de vous aborder. Mais comme ils
curent lieu de mieux remarquer toute
voſtre Personne , parce qu'ils estoient
alors plus prés de V. A. vostre beauté
leur caufa une nouvelle ſurpriſe , dont
ils ne fortirent qu'après avoirſceuvô
EPITRE .
t
5
د
S
tre Naiſſance. Ils se Sceurent bon gré
d'avoir cru que vous ne pouviez estre
- forty que d'un Sang dont l'éclat a cau
s ſe de l'admiration à toute la terre ,&
demanderent qu'il leur fust permis d'avoir
l'honneur de vous faluër ; mais
leur furprise augmenta pour la troifié.
me fois , lors qu'avec un air de grandeur
qui brilloit parmy les traits d'une
vive jeunesse , & toute la beautéde
l'Amour, ils trouverent un esprit beauf
coup au deſſus de vos années , avec des
manieres toutes engageantes , quoy que
- foûtenues de cette noble fierté qui fied
- fi bien à tous ceux de vostre rang. Il
t
s
S
S
4
S
e
est impoſſible d'entrer affez dans les
- fentimens que V.A.leur inspira. Ils mirent
tous leurs yeux & toute leur atten
tion à vous confiderer , toutes les forces
de leur imagination à bien concevoir ce
é qu'ils voyoient,& tout leur eſprit àvous
admirer.Ainsi tout agiſſant eneux avec
- force,& en même temps, ils auroient es
t
t
EPITRE.
beaucoup de peine àdire eux-mêmes ce
qu'ils pensoient en ce moment , parce
qu'ils estoient trop remplis de tout ce
qu'ils trouvoient digned'admiration en
V.A.Vous n'avez qu'à croiſtre , MONSEIGNEUR
, & nous entendrons parler
de vous d'une maniere qui fera biendu
bruit dans le monde. Vous ne jetterez
pas seulement de l'effroy dans les coeurs
des Ennemis de Sa Majesté , les Belles
craindront , les Maris trembleront, &
les Armans auront grand peur. Combien
alors de jaloux au deſeſpoir ! mais vOUS
ne joüirez qu'imparfaitement du plai
fir de la victoire , estant certain que
quand mesme vous auriez tous les Rois
du monde pour Rivaux , il n'y en auroit
arcun qui ofaft vous l'avoüer. Afin que
vous fuffiez tout- à-fait heureux, il fe
roit à fouhaiter qu'ils se déclaraſſent ,
puis que vous auriez la ſenſiblefatisfaction
den triompher de toutes manie
res. Tout se trouve dans vostre Sang
EPITRE.
5
5
S
e
Lanaiſſance,la beauté,la valeur& l'efprit
,&pardeſſus toutes ces chofes , une
éducation digne de ce que vous estes
né , & de la Perſonne qui en prend
foin , met le comble à tout ce que la
Nature vous a liberalement donné..
Vous voyez dans ce mesme Sang tout
ce qu'ily a de plus grand au monde ;
Vous y remarquez le bon & le grand
goust,& le juste discernement pourtout
ce qui en demande , & tout cela joint à
une pieté d'autant plus veritable , que
l'Hypocrifie n'y ayant aucune part ,
n'a rien de l'austerité qui la rendroit
ridicule , & pen pratiquable à la Cour.
Vous voyez tout ce qu'un rang élevé
demande de magnificence , tout ceque
la generosité & la parfaite connoisfancede
toutes choses , exigent pour la
faire briller , tout l'esprit qu'il faut
avoir pourſoûtenir avec dignité l'éclat
d'un rang si baut &fi glorieux;& en
fin toutce qui fait l'accomplisſſement dus
elle
a iij
EPITRE..
vray merite. Tout ce que je vous dis ,
MONSEIGNEUR , vous doit faire affez
connoistre que je ne parle que d'une
partie du Sang qui vous aformé,puis
que l'autre n'est pas moins au deſſus
des loüanges,qu'elle est au deſſus de tous
les Souverains de la Terre. Jefçay que
je n'aurois pas à craindre de 'vous en
nuyer , ſi j'ofois me hazarder à vous en
entretenir , mais ce n'estpas icy le lien
d'entrer dans une matiere si vaste
Comme on ne la peut quitter quand
on en a une fois commencé l'ébauche ,
elle m'empefcheroit trop long-temps de
vous affeurer que je suis avec un tresprofond
respect
MONSEIGNEUR ,
De V. A.
Le tres-humble& tres-
> obeiffant Serviteur ..
DEVIZE
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Résumé : A MONSEIGNEUR / MONSEIGNEUR LE COMTE DE THOULOUSE, GRAND ADMIRAL D[E] FRANCE.
Le texte est une épître adressée à Monseigneur le Comte de Thoulouse, Grand Admiral de France. Lors de leur séjour à Clagny et à Versailles, les ambassadeurs de Siam sont profondément impressionnés par Monseigneur. Ils le voient se promener et sont frappés par sa majesté et sa beauté, le prenant presque pour un dieu. Les ambassadeurs admirent sa naissance illustre, sa beauté, son esprit et ses manières engageantes. Monseigneur est décrit comme ayant une éducation digne de son rang et de la personne qui en prend soin. Son sang est loué pour réunir la naissance, la beauté, la valeur, l'esprit et une piété véritable. Le texte souligne également sa magnificence, sa générosité et son discernement. L'auteur exprime son admiration pour Monseigneur et son sang, tout en reconnaissant que l'autre partie de son sang est également au-dessus des louanges et des souverains de la Terre. L'épître se conclut par une assurance de respect profond.
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12
s. p.
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
Début :
MONSEIGNEUR, S'il n'y a rien de plus difficile [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Roi, Siège, Prince, Ennemis, Place, Vie, Temps, Ordres, Âge, Lieux, Monarque, Places, Guerre, Troupes, Combat, Reine, Admiration, Actions, Attaque
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texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
ASON ALTESSE ROYALE
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
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Résumé : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
L'épître est adressée à Monseigneur le Duc d'Orléans, frère unique du roi, et met en lumière les vertus et les exploits du Duc. L'auteur reconnaît la difficulté de décrire une vie aussi glorieuse et vertueuse, tout en soulignant que les bonnes inclinations d'un prince peuvent se manifester dès l'enfance, bien que l'histoire offre des exemples contraires. Le Duc d'Orléans est loué pour son respect et sa tendresse envers la reine, sa mère, ainsi que pour son attachement au roi. Il a souvent préféré la compagnie de la reine aux plaisirs habituels de son âge, et son chagrin était visible lorsqu'il croyait lui avoir déplu. La reine souhaitait qu'il se rapproche du roi, ce qui fut réalisé. Leur relation est marquée par une respectueuse amitié et une parfaite intelligence, renforcée par des divertissements et des spectacles où ils brillaient ensemble. Lors des divertissements martiaux, le Duc et le roi se distinguaient dans les carrousels et les fêtes guerrières. Leur union a été admirée par le roi de Siam, qui y voyait une clé du bonheur et de la prospérité de l'État français. L'épître détaille également les exploits militaires du Duc, notamment lors de la guerre contre une puissance inférieure. Le Duc a joué un rôle crucial dans la prise de plusieurs places fortes, comme Orsoy, Zutphen, et Bouchain, montrant un courage et une détermination exceptionnels, souvent au péril de sa vie. Il a également participé à la bataille de Cassel, où il a mené les troupes avec ardeur et stratégie. Sa conduite sage et brave a été saluée par tous. Enfin, l'épître souligne la magnificence du Duc, visible dans ses bâtiments superbes, ses meubles magnifiques, et la richesse de ses pierreries, tout en notant que ces richesses n'entravent pas sa noblesse et sa générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
s. p.
A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
Début :
MONSIEUR, Je croy que personne ne s'étonnera de voir [...]
Mots clefs :
Âge, Roi, Temps, Sang, Naissance, Jeune, Actions, Apprendre, Vertu, Duc de Beauvillier, Saint-Aignan
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
A MONSIEUR
LE COMTE
DES.AIGNAN.
M
ONSIEUR
Je croy que perſonne ne
s'étonnera de voir voſtre
a ij
EPISTRE.
Nom à la teſte de cet Ouvrage.
Le Nom de S. Aignan
est trop fameux dans
l'Empire des Lettres , pour
ne ne se pas attirer l'hommage
de tous ceux qui en
font profeſſion. Vous fortés
d'un fangfameux par luymesme
, comme il l'est par
les plus grandes Alliances;
Vous comptés des Souverains
dans vostre Maiſon ,
& le Portugal , & la Savoye
font de grands témoins
de cette éclatante
EPISTRE.
verité. Quoy que vous
Soyez encore fort jeune ,
j'ay beaucoup à vous dire,
les perſonnes de vostre qualite
ont presques toûjours
l'esprit au- deſſus de leur
âge , parce que l'on trouve
moyen de leur apprendre
dés le berceau des choses
qui demanderoient un âge
plus avancê. Auffi Monfieur
l'on ne peut douter que
vos lumieres ne devancent
bien- toft vos années , &je
croy qu'il m'est permis de
EPISTRE.
vous dire que ſi en entrant
dans le monde , vous voulez
vous proposer degrands
exemples à fuiure , vous
devez d'abord jetter les
yeuxfurvostreAyeul LHiſtoire
vous apprendra qu'il
estoit Mestre de Camp
General de toute la Cavalerie
Legere de France , &
t'un des premiers aiſſallans
du fameux Carrousel , qui
futfait à la Place Royale
en réjouiſſance du mariage
de Louis XIII. Apres a-ه
EPISTRE.
(
voir examiné toutes ses actions
qui vous le feront
paroître aussi brave que
galant , fuivez la route
glorieuse que vous trouveres
tracée par vostre fang,
& regardez celuy dont
vous tenés la naiſſance
vous verrez qu'il a merité
parluy-mefme , autant que
parce qu'il doit àses illuftres
Ayeux , le haut rang
où il est élevé , & l'estime
d'un Monarque qui ne la
prodigue pas , & qu'il y
EPISTRE.
eft parvenu par tous les
degrés qui conduifent dans
le chemin de la gloire. Il
s'est signalé aux Combats
de Steimbrug , & de Vaudrevanges
, & à la retraite
de Mayence , où il fit des
chofes dignes d'immortaliferfon
nom. Il s'est trouvé
aux Sieges de Château
Porcien , de fainte Merehou
, & de Montmedy ; il
a triomphé devant Bourges
, pris le Fort de Baugy,
& confervé le Berry au
EPISTRE
Roy. Toutes ces actionsle
firent nommer Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté, & peu de
temps apres LieutenantGeneral
; &la mesme année
au fortir de dix Campagnes
, qu'il venoit d'achever
glorieusement , il amena
quatre cent Gentilshommes
au Roy , tous refolus
à repandre leur fang pour
ce Prince , à l'exemple de
leur Conducteur , qui dans
les temps difficiles leur as
EPISTRE
voit inspiré ce sentiment.
Il avoit alors la mesme a-
Etivité en courant aux dangers
pour lefervice de fon
Roy , qu'il en a fait paroître
pour ſes plaiſirs dansſes
Feftes galantes , & dans
fes Carrousels , &la même
ardeur pour les belles
Lettres qu'il a toûjours protegees
. La place qu'il tient
dans l'Academie Françoife,
& dans cellede Padouë ,
en est une marque auffibien
que le nom de ProteEPISTRE.
Eteur qu'il soutient avec
tant degloiredans l'Acade
mie Royale d'Arles. Je ne
dis rien icy deſon inviolable
fidelité pour le Roy. Elle a
paru dans toute la pureté
que l'on en pouvoit attendre
, puiſque rien n'a esté
capable de l'ébranler un
moment , dans un temps
qu'on nesçauroit croire aujourd'huy
qu'il ait eſté.
Lorsque vous aurez examiné
la glorieuse vie de
celuy dont vous devez imiEPISTRE.
fer toutes les actions , jettez
les yeux fur les modeſtes
vertusde celle dont vous
tenés une partie du fang
qui vous a formé. Vous
la verrez briller par ces
feuls endroits,fuirla pompe
de la Courfans la mépriſer,
nes'attacherqu'aux
Autels,& ne regarder que
L'illustre Epoux que le Ciel
luy a donné. Comme les
exemplesqui nous doivent
toucher , ont beaucoup de
force pour porter à la vertu
EPISTRE.
tu , fi vous voulez, Mon
fieur, devenir parfaitement
honneste homme , & vous
acquerir une estime generale
, regardés , examinés.
& imités Monsieur le
Duc de Beauviliers . On
vous dira que dans un
âge fait pour les plaisirs ,
environné de toute la jeune
Noblesse de la Cour
dont l'exemple pouvoit eſtre
dangereux , il s'est toujours
distingué par sa moderation
, parsa vertu ,&par
:
1
EPISTRE
une ſageſſe qui luy a fait
meriter des Emplois , qui
avoient juſques icy paru
au- deſſus des personnes de
fon âge. Je ne doute point,
Monsieur , qu'avec de pareilsfecours,
vous nefaffiez
compter vosvertus bien plûtoft
que vos années. Ce
qu'on voit faire de glorieux
au sang dont on a l'avantage
defortir,frape beaucoup,&
perfuade plus que
Les vertus étrangeres. Vous
avez d'ailleurs le bonheur
L
EPISTRE .
d'estre né dans un temps
où les vertus du Roy l'ont
élevé dans un fi haut degre
de gloire , qu'à peine la
peut- on concevoir , & comme
vostre naiſſance vous
doit acquerir le Privilege
d'eſtre ſouvent témoin des
actions qui luyferoient chaque
jour meriter le furnom
de Grand , fi toute la terre
ne le luy avoit pas déja
donné , la justice qu'il rend
vous apprendra à tous
و
que vostre qualité ne vous
é ij
EPISTRE
doit pas empecher de la
rendre à tous ceux à qui
vous la devrez , fa prudence
vous fera connoître
que rien n'est plus neceffaire
aux hommes que cette
vertu dans quelque élevation
qu'ils foient , la ma
niere dont il garde ſon fe
2 cret , & celuy des autres
vous fera voir de quelle utilité
le fecret est dans la
vie , lors qu'on le garde
pourses propres affaires, &
que celuy d'autruy n'est
EPISTRE
point à nous , puisqu'un fi
grandRoy nerevellejamais
les fecrets qu'il a souhaité
desçavoir. La clemence de
ce Monarque vous apprendra
à pardonner , fa douceur
à estre humain , & à
n'avoir jamais d'emportement
, fa bonté à excufer
les defauts d'autruy ,fa-vigilance
à ne vous point
laiſſer ſurprendre , fa libe
ralité à n'eſtre point avare
, & à faire du bien,fa
fermeté à ne vous étonner
é ij
EPISTRE.
de rien quand la justice
fera pour vous , &sa pietéàvivre
en honneste homme
, & en vray Chrétien .
Pendant que vous verrez
pratiquer ces vertus, au
Roy , voſtre âge ,& vostre
naiſſance vous permettent
on meſme temps de voir de
pres de quelle maniere une
grande Princeffe , dont l'ef
prit est aussi élevé que sa
naiſſance &fon rang , t
dont le goût est d'une juf
teffe admirable,lesfait inEPISTRE
!
Sinuer à Monseigneur te
Duc de Bourgogne. Il est
vray que ce jeune Prince
n'est pas encore non plus
que vous en âge de lespratiquer,
mais il en retient du
moins quelques - unes , qui
avec le temps ferant encore
plus d'impreffion fur fon
ofprit. Cependant voyez le
tout remply de la boüillante
, & genereuse ardeur
qu'il tient de fon fang ,ne
respirer que le bruit de la
Guerre,faire faire l'ExerEPISTRE
cice , & nommer les Offi
ciers aux Gardes par leur
nom , ce qui fait voir que
la plus grande partie luy
en est déja connuë . Profités
, Monsieur , de tant de
choſes avantageuses. Vous
avez deja donné desmarques
que vous ne manquerez
pas du coſté du coeurs
à peinesçaviez - vous prononcer
quelques paroles,
qu'ayant vu saigner Madame
la Ducheffe vostre
mere , vous vous fentites
EPISTRE. 4
ausfi- toſt émů de colere à
la veuë de fon sang , &
cherchâtes vostre epée pour
punir celuy qui l'avoit fait
couler. Ainsi, Monsieur
je n'ay rien à dire du cofté
de la valeur ; & l'on
connoît affez par ces genereux
commencemens , que
vous ne laiſſerés pas v ſtre
épée inutile ; du reste attachés
vous ſouvent à regarder
les exemples que
vous fourniſſent vos Maiftres,&
vostre fang;faites
EPISTRE.
2
en ſouvent une étude particuliere
, &foyez perfuadé
qu'en les ſuivant , vous
remplirés dignement , &
avec éclat la carriere où
vous entrerés bien- toft. Ce
fera alors que vous me
fournirés de grands fujets
de parler de vous , & de
vous marquer ſouvent que
jefuis ,
MONSIEVR,
Vottretres-humble & tres -obeïſſant
Serviteur , DEVIZE .
LE COMTE
DES.AIGNAN.
M
ONSIEUR
Je croy que perſonne ne
s'étonnera de voir voſtre
a ij
EPISTRE.
Nom à la teſte de cet Ouvrage.
Le Nom de S. Aignan
est trop fameux dans
l'Empire des Lettres , pour
ne ne se pas attirer l'hommage
de tous ceux qui en
font profeſſion. Vous fortés
d'un fangfameux par luymesme
, comme il l'est par
les plus grandes Alliances;
Vous comptés des Souverains
dans vostre Maiſon ,
& le Portugal , & la Savoye
font de grands témoins
de cette éclatante
EPISTRE.
verité. Quoy que vous
Soyez encore fort jeune ,
j'ay beaucoup à vous dire,
les perſonnes de vostre qualite
ont presques toûjours
l'esprit au- deſſus de leur
âge , parce que l'on trouve
moyen de leur apprendre
dés le berceau des choses
qui demanderoient un âge
plus avancê. Auffi Monfieur
l'on ne peut douter que
vos lumieres ne devancent
bien- toft vos années , &je
croy qu'il m'est permis de
EPISTRE.
vous dire que ſi en entrant
dans le monde , vous voulez
vous proposer degrands
exemples à fuiure , vous
devez d'abord jetter les
yeuxfurvostreAyeul LHiſtoire
vous apprendra qu'il
estoit Mestre de Camp
General de toute la Cavalerie
Legere de France , &
t'un des premiers aiſſallans
du fameux Carrousel , qui
futfait à la Place Royale
en réjouiſſance du mariage
de Louis XIII. Apres a-ه
EPISTRE.
(
voir examiné toutes ses actions
qui vous le feront
paroître aussi brave que
galant , fuivez la route
glorieuse que vous trouveres
tracée par vostre fang,
& regardez celuy dont
vous tenés la naiſſance
vous verrez qu'il a merité
parluy-mefme , autant que
parce qu'il doit àses illuftres
Ayeux , le haut rang
où il est élevé , & l'estime
d'un Monarque qui ne la
prodigue pas , & qu'il y
EPISTRE.
eft parvenu par tous les
degrés qui conduifent dans
le chemin de la gloire. Il
s'est signalé aux Combats
de Steimbrug , & de Vaudrevanges
, & à la retraite
de Mayence , où il fit des
chofes dignes d'immortaliferfon
nom. Il s'est trouvé
aux Sieges de Château
Porcien , de fainte Merehou
, & de Montmedy ; il
a triomphé devant Bourges
, pris le Fort de Baugy,
& confervé le Berry au
EPISTRE
Roy. Toutes ces actionsle
firent nommer Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté, & peu de
temps apres LieutenantGeneral
; &la mesme année
au fortir de dix Campagnes
, qu'il venoit d'achever
glorieusement , il amena
quatre cent Gentilshommes
au Roy , tous refolus
à repandre leur fang pour
ce Prince , à l'exemple de
leur Conducteur , qui dans
les temps difficiles leur as
EPISTRE
voit inspiré ce sentiment.
Il avoit alors la mesme a-
Etivité en courant aux dangers
pour lefervice de fon
Roy , qu'il en a fait paroître
pour ſes plaiſirs dansſes
Feftes galantes , & dans
fes Carrousels , &la même
ardeur pour les belles
Lettres qu'il a toûjours protegees
. La place qu'il tient
dans l'Academie Françoife,
& dans cellede Padouë ,
en est une marque auffibien
que le nom de ProteEPISTRE.
Eteur qu'il soutient avec
tant degloiredans l'Acade
mie Royale d'Arles. Je ne
dis rien icy deſon inviolable
fidelité pour le Roy. Elle a
paru dans toute la pureté
que l'on en pouvoit attendre
, puiſque rien n'a esté
capable de l'ébranler un
moment , dans un temps
qu'on nesçauroit croire aujourd'huy
qu'il ait eſté.
Lorsque vous aurez examiné
la glorieuse vie de
celuy dont vous devez imiEPISTRE.
fer toutes les actions , jettez
les yeux fur les modeſtes
vertusde celle dont vous
tenés une partie du fang
qui vous a formé. Vous
la verrez briller par ces
feuls endroits,fuirla pompe
de la Courfans la mépriſer,
nes'attacherqu'aux
Autels,& ne regarder que
L'illustre Epoux que le Ciel
luy a donné. Comme les
exemplesqui nous doivent
toucher , ont beaucoup de
force pour porter à la vertu
EPISTRE.
tu , fi vous voulez, Mon
fieur, devenir parfaitement
honneste homme , & vous
acquerir une estime generale
, regardés , examinés.
& imités Monsieur le
Duc de Beauviliers . On
vous dira que dans un
âge fait pour les plaisirs ,
environné de toute la jeune
Noblesse de la Cour
dont l'exemple pouvoit eſtre
dangereux , il s'est toujours
distingué par sa moderation
, parsa vertu ,&par
:
1
EPISTRE
une ſageſſe qui luy a fait
meriter des Emplois , qui
avoient juſques icy paru
au- deſſus des personnes de
fon âge. Je ne doute point,
Monsieur , qu'avec de pareilsfecours,
vous nefaffiez
compter vosvertus bien plûtoft
que vos années. Ce
qu'on voit faire de glorieux
au sang dont on a l'avantage
defortir,frape beaucoup,&
perfuade plus que
Les vertus étrangeres. Vous
avez d'ailleurs le bonheur
L
EPISTRE .
d'estre né dans un temps
où les vertus du Roy l'ont
élevé dans un fi haut degre
de gloire , qu'à peine la
peut- on concevoir , & comme
vostre naiſſance vous
doit acquerir le Privilege
d'eſtre ſouvent témoin des
actions qui luyferoient chaque
jour meriter le furnom
de Grand , fi toute la terre
ne le luy avoit pas déja
donné , la justice qu'il rend
vous apprendra à tous
و
que vostre qualité ne vous
é ij
EPISTRE
doit pas empecher de la
rendre à tous ceux à qui
vous la devrez , fa prudence
vous fera connoître
que rien n'est plus neceffaire
aux hommes que cette
vertu dans quelque élevation
qu'ils foient , la ma
niere dont il garde ſon fe
2 cret , & celuy des autres
vous fera voir de quelle utilité
le fecret est dans la
vie , lors qu'on le garde
pourses propres affaires, &
que celuy d'autruy n'est
EPISTRE
point à nous , puisqu'un fi
grandRoy nerevellejamais
les fecrets qu'il a souhaité
desçavoir. La clemence de
ce Monarque vous apprendra
à pardonner , fa douceur
à estre humain , & à
n'avoir jamais d'emportement
, fa bonté à excufer
les defauts d'autruy ,fa-vigilance
à ne vous point
laiſſer ſurprendre , fa libe
ralité à n'eſtre point avare
, & à faire du bien,fa
fermeté à ne vous étonner
é ij
EPISTRE.
de rien quand la justice
fera pour vous , &sa pietéàvivre
en honneste homme
, & en vray Chrétien .
Pendant que vous verrez
pratiquer ces vertus, au
Roy , voſtre âge ,& vostre
naiſſance vous permettent
on meſme temps de voir de
pres de quelle maniere une
grande Princeffe , dont l'ef
prit est aussi élevé que sa
naiſſance &fon rang , t
dont le goût est d'une juf
teffe admirable,lesfait inEPISTRE
!
Sinuer à Monseigneur te
Duc de Bourgogne. Il est
vray que ce jeune Prince
n'est pas encore non plus
que vous en âge de lespratiquer,
mais il en retient du
moins quelques - unes , qui
avec le temps ferant encore
plus d'impreffion fur fon
ofprit. Cependant voyez le
tout remply de la boüillante
, & genereuse ardeur
qu'il tient de fon fang ,ne
respirer que le bruit de la
Guerre,faire faire l'ExerEPISTRE
cice , & nommer les Offi
ciers aux Gardes par leur
nom , ce qui fait voir que
la plus grande partie luy
en est déja connuë . Profités
, Monsieur , de tant de
choſes avantageuses. Vous
avez deja donné desmarques
que vous ne manquerez
pas du coſté du coeurs
à peinesçaviez - vous prononcer
quelques paroles,
qu'ayant vu saigner Madame
la Ducheffe vostre
mere , vous vous fentites
EPISTRE. 4
ausfi- toſt émů de colere à
la veuë de fon sang , &
cherchâtes vostre epée pour
punir celuy qui l'avoit fait
couler. Ainsi, Monsieur
je n'ay rien à dire du cofté
de la valeur ; & l'on
connoît affez par ces genereux
commencemens , que
vous ne laiſſerés pas v ſtre
épée inutile ; du reste attachés
vous ſouvent à regarder
les exemples que
vous fourniſſent vos Maiftres,&
vostre fang;faites
EPISTRE.
2
en ſouvent une étude particuliere
, &foyez perfuadé
qu'en les ſuivant , vous
remplirés dignement , &
avec éclat la carriere où
vous entrerés bien- toft. Ce
fera alors que vous me
fournirés de grands fujets
de parler de vous , & de
vous marquer ſouvent que
jefuis ,
MONSIEVR,
Vottretres-humble & tres -obeïſſant
Serviteur , DEVIZE .
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Résumé : A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
L'épître est adressée à Monsieur le Comte des Aignan et exprime l'admiration de l'auteur pour la renommée littéraire et les alliances prestigieuses de la famille du Comte. L'auteur reconnaît la jeunesse du Comte tout en soulignant son esprit mature et ses lumières précoces. Il encourage le Comte à suivre l'exemple de son aïeul, qui fut Maître de Camp Général de la Cavalerie Légère de France et participa au célèbre Carrousel de la Place Royale pour le mariage de Louis XIII. L'aïeul se distingua par sa bravoure et sa galanterie lors des combats de Steimbrug, de Vaudrevanges, et de la retraite de Mayence, ainsi que lors des sièges de Château Porcien, Sainte Mèrehou, et Montmedy. Après dix campagnes glorieuses, il fut nommé Maréchal des Camps et Armées du Roi et Lieutenant Général. L'aïeul était également connu pour sa fidélité inviolable envers le Roi et son engagement dans les lettres, ayant des places à l'Académie Française et à celle de Padoue. L'épître invite le Comte à imiter les vertus de ses ancêtres et à suivre les exemples de modération, de vertu, et de sagesse du Duc de Beauvilliers. Elle met en avant les vertus du Roi, telles que la justice, la prudence, la clémence, la douceur, la bonté, la vigilance, la libéralité, la fermeté, et la piété, que le Comte peut observer et imiter. Enfin, l'auteur encourage le Comte à profiter de son environnement et de son éducation pour devenir un homme vertueux et honorable.
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14
s. p.
AU ROY.
Début :
SIRE, Quoy que l'usage de renfermer toutes les plus [...]
Mots clefs :
Roi, Actions, France, Épître, Voyage, Soleil, Abondance, Ordonnances, Dieu, Église
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
AV ROY.
11
fej- IRE,
Quoy quel*Hfagederenfermer
toutes les plus belles
actions de ceux a qui l'oit
adresse des Epitres dela nature
de celle que j'ose Attjourd'huypresenteraVostre
Majesté, parcifje ftd{[,
presque de tout temps ,
il
est néanmoins atfoinmeut
impossiblede le f ivre
dans celles oue Vousavez,
la bontéde vouloirbien recevoir.
Ledétailde la moindre
de Vosactions pourroit
remplirdesVolumes,quand
toute la vie des autres ne
fiattrait fournir qnoe pente
lesujet d'uneseule Epitre,
Monzelem'en afait entreprendreplusieurs,
maistoutesensembleneforment
qu'-
une très-imparfaiteébauche
de quelques unes des
actions de Vostre Majefiéy
&comme en de pareilles occasions
on a toujourslieu de
craindre dese trouveraccablépar
l'abondance de la
matiere
,
je ne parleray en
celle-cy
, que des fuj-ts de
loüange que vous a'veZdonnez
dans <voftretinnief
Voyage. Vn autre que
Vous, SIRE,n'en auroit
fournyaucun dans le cours
borné d'une simple promenade.
Cependantce quesay
à dire me paroist sivaee
que)eness.tiroispoint,sije
cherchoisà l'étendre.Vojlre
Maiesté fit paroistre sa
bonté avant son départ9
lors quillujplutderasseurer
l'Europeinquiette, à laquelle
on vouloitpersuader
que Vous nepouvituortir
de Versaillessansporteratteinteàson
repos. C,eflun
marii,ie,SIRE,qite Vous
aveZj mis !a France dans
un haut degré de vieire,
que Vousrendue
bien/edoutabie^queVous
ne iettezpasmoins de
crainte dans les coeurs des
jaloux de vostre puissance,
que Vous eaufeT^jCamour,
& d'admiration dans tous
les autres. Vostre Voyage
n'a point allumélaguerre
qu'ilsseignoient de craindre,
&vouloienàeex.
citer pour leurs interests
particuliers. Vous n'estes
pointparty avec laterreur.
Vous n'avez point paru
comme un Mars soudroyant,
quilaisse la desolation
par tout ou il passe ,
maiscommeunSoleilbienfaisant
qui cause lafecondité
dans tous les lieux où
il jettesesregards.Ilflmble
que Fousriajez^quitte'
le delicieux sejour de Versailles
que pour aller porter
labondance dans ces heu-*
reuses Provinces que Vous
ave^ traversees. Vous arueZ
J.o/ic partout dequoy
ornerlesAutels,&embelli
1 r-' r,'" Ir ,"s 11''ilUs.Y''OS 'J"C":
putssefontlur^r^ent i-epandus
sur tous les Pau-
D?es , & ce qui iu/ques icy
n'avoit pointeu d'exemple,
on peut dire que vous a-
*ueZj renchery sur ceux d;e
Soleil. Il ne rend nos terres
secondesqu'unefoisl'année,
&vos L) 1;tetsoutctrouvéa
vostreretour,lesm ; ,. ¡',
beralitez dont ils avoient
senty les effets peu auparavant
, de maniere qu'ils en
ont estécombles.Si les Eglises,
& les Pauvres ont
eu pendantvostre Voyage
de si grandes marques de
vosbontez, la Noblesse detous
les lieux oùVofire
Maiesté a passé>ena recets
desensibles& d'éclatantes
qui seront eternellement
gravées dans tous les coeurs
de leurs Descendans, f0 ils
les estimerontinfiniment
Ol/lus que tous les titres de
leurMaison,parmy lesquels
la posterité les conserï*
vera* Dansquelleconsideration
ne seront-ils point,
quand onsçauraqu'ilssevont
formez, du sang de
,-::euxquj auront eu l'honneur
dese voir à la table de leur
JRoy ! mais quel Roy , le
Monarque quiaura estéla
erreur, l'amour, & l'admiration
detoute la terre,
vnfin LO VIS LE
ZrRAND-Voilà>SJRE>
ce que Vojfre Maiefiê a
produit,enfaisantmanger
àsa tableplusieurspersonnes
de distinction qui onteu
l'honneur de l'avoir pour
Jrfoflre.Si lesouvenir en est :
eternellementgardé dansles
Famillessurlesquelles cette *
insignefaveur est tombée,
avec quelle veneration ne'!J
conservera-t -on point la4
mémoire des Ordonnances
quevous avez faitrendrez
par un celebre Chapilreolt
pourl'augmentationau culz:
st de Dieu
, & de quelle
utilité ne seront point les
exemples de pieté que Vous
avez* donnez aux peuples,
qui en ont esté témoins
v.ouJaveZ!u foin, SIRE,
que Dieusust tous lesiours
servy& honorépartoute 14
Cour, &partoutevostre
Maison,& pendant lasemairie
de l'année qui demande
leplus d'exercices de
devotion
, & la feule ou
sl'oEigrlsisàeecshtanotcecrulpeéselotouuasngleess
du Seigneur, non seulement
VostreMaiesté n'a
pas manquédyassister,&
deseprosternerauxpieds des
Autels en descendant de
Carosse au lieu d'allercher.
cher du repos;mais EUea
evoulu que le Service fuji
célébré avec beaucoup plus
d'éclat
, que nepermettoit
l'estat des lieux, st) lepeude
tempsqu'on avoitpoursy1
préparer.Je passe pardessus,
tout ce quiVous a fait ad-*•
mirer dans Luxembourg*
ma Relation en est remplie;
maisje ne puis mempescher
de dire que la France ne
Vous est pas seule obligée
des nouvelles Fortifications
que VOUIY avez, faitfaire,
& de la nouvelle Forteresse
que Vousfaites élever,pour
couvrirvosfrontières ;toute
l'Europe Vousest autant
redevable que la France,
puisque ces nouveauxRamparts
ostant aux jaloux de
vostre gloire ,la pensée
qnils pourrotent avoir de
Vousattaquer, metient"Vos
Sujets à couvert de toute
tnfulte, & empeschentque
la tranquillité de L' turope
ne soit troublée. En effet,
S1RE ,
yeus ne pourriez,
estre attaqué sans qu'elle
jfufta-issï-tolftoute en firmes.
Quiauroitcru,SIRE,
que vojîreMajefiéeuji
*pùsefaire admirerpartant
d'endroits pendant un si
court voyage j ou plûtost
qui auroit pû en douter,
futfqttElie rte fait aucun
pas quine serve à l'accroissement
desagloire? Person
ne ne lesçait mieux que
moy qui me suis imposé le
glorieux employ de receuillirtoute
les actions de Votre
Majesté pour les apprendre
à tout l':Vni'vers*
Je ne pouvois choisir un
travail qui puft me donner
plus de plaisir
, & qui
me procuraitplus d'honneur
,
puisqu'il me donne
Lku quelquefois d'approcher
de Vostre Sacrée Per-*
Jonne.Iefuis avec le plus
profond refpeff,
1
1 SIRE,
DE VOSTREMAJESTE
$<Ctics-humble & tres-obeissant
Serviteur&Sujcc3
L~
DIVIZ.I',
11
fej- IRE,
Quoy quel*Hfagederenfermer
toutes les plus belles
actions de ceux a qui l'oit
adresse des Epitres dela nature
de celle que j'ose Attjourd'huypresenteraVostre
Majesté, parcifje ftd{[,
presque de tout temps ,
il
est néanmoins atfoinmeut
impossiblede le f ivre
dans celles oue Vousavez,
la bontéde vouloirbien recevoir.
Ledétailde la moindre
de Vosactions pourroit
remplirdesVolumes,quand
toute la vie des autres ne
fiattrait fournir qnoe pente
lesujet d'uneseule Epitre,
Monzelem'en afait entreprendreplusieurs,
maistoutesensembleneforment
qu'-
une très-imparfaiteébauche
de quelques unes des
actions de Vostre Majefiéy
&comme en de pareilles occasions
on a toujourslieu de
craindre dese trouveraccablépar
l'abondance de la
matiere
,
je ne parleray en
celle-cy
, que des fuj-ts de
loüange que vous a'veZdonnez
dans <voftretinnief
Voyage. Vn autre que
Vous, SIRE,n'en auroit
fournyaucun dans le cours
borné d'une simple promenade.
Cependantce quesay
à dire me paroist sivaee
que)eness.tiroispoint,sije
cherchoisà l'étendre.Vojlre
Maiesté fit paroistre sa
bonté avant son départ9
lors quillujplutderasseurer
l'Europeinquiette, à laquelle
on vouloitpersuader
que Vous nepouvituortir
de Versaillessansporteratteinteàson
repos. C,eflun
marii,ie,SIRE,qite Vous
aveZj mis !a France dans
un haut degré de vieire,
que Vousrendue
bien/edoutabie^queVous
ne iettezpasmoins de
crainte dans les coeurs des
jaloux de vostre puissance,
que Vous eaufeT^jCamour,
& d'admiration dans tous
les autres. Vostre Voyage
n'a point allumélaguerre
qu'ilsseignoient de craindre,
&vouloienàeex.
citer pour leurs interests
particuliers. Vous n'estes
pointparty avec laterreur.
Vous n'avez point paru
comme un Mars soudroyant,
quilaisse la desolation
par tout ou il passe ,
maiscommeunSoleilbienfaisant
qui cause lafecondité
dans tous les lieux où
il jettesesregards.Ilflmble
que Fousriajez^quitte'
le delicieux sejour de Versailles
que pour aller porter
labondance dans ces heu-*
reuses Provinces que Vous
ave^ traversees. Vous arueZ
J.o/ic partout dequoy
ornerlesAutels,&embelli
1 r-' r,'" Ir ,"s 11''ilUs.Y''OS 'J"C":
putssefontlur^r^ent i-epandus
sur tous les Pau-
D?es , & ce qui iu/ques icy
n'avoit pointeu d'exemple,
on peut dire que vous a-
*ueZj renchery sur ceux d;e
Soleil. Il ne rend nos terres
secondesqu'unefoisl'année,
&vos L) 1;tetsoutctrouvéa
vostreretour,lesm ; ,. ¡',
beralitez dont ils avoient
senty les effets peu auparavant
, de maniere qu'ils en
ont estécombles.Si les Eglises,
& les Pauvres ont
eu pendantvostre Voyage
de si grandes marques de
vosbontez, la Noblesse detous
les lieux oùVofire
Maiesté a passé>ena recets
desensibles& d'éclatantes
qui seront eternellement
gravées dans tous les coeurs
de leurs Descendans, f0 ils
les estimerontinfiniment
Ol/lus que tous les titres de
leurMaison,parmy lesquels
la posterité les conserï*
vera* Dansquelleconsideration
ne seront-ils point,
quand onsçauraqu'ilssevont
formez, du sang de
,-::euxquj auront eu l'honneur
dese voir à la table de leur
JRoy ! mais quel Roy , le
Monarque quiaura estéla
erreur, l'amour, & l'admiration
detoute la terre,
vnfin LO VIS LE
ZrRAND-Voilà>SJRE>
ce que Vojfre Maiefiê a
produit,enfaisantmanger
àsa tableplusieurspersonnes
de distinction qui onteu
l'honneur de l'avoir pour
Jrfoflre.Si lesouvenir en est :
eternellementgardé dansles
Famillessurlesquelles cette *
insignefaveur est tombée,
avec quelle veneration ne'!J
conservera-t -on point la4
mémoire des Ordonnances
quevous avez faitrendrez
par un celebre Chapilreolt
pourl'augmentationau culz:
st de Dieu
, & de quelle
utilité ne seront point les
exemples de pieté que Vous
avez* donnez aux peuples,
qui en ont esté témoins
v.ouJaveZ!u foin, SIRE,
que Dieusust tous lesiours
servy& honorépartoute 14
Cour, &partoutevostre
Maison,& pendant lasemairie
de l'année qui demande
leplus d'exercices de
devotion
, & la feule ou
sl'oEigrlsisàeecshtanotcecrulpeéselotouuasngleess
du Seigneur, non seulement
VostreMaiesté n'a
pas manquédyassister,&
deseprosternerauxpieds des
Autels en descendant de
Carosse au lieu d'allercher.
cher du repos;mais EUea
evoulu que le Service fuji
célébré avec beaucoup plus
d'éclat
, que nepermettoit
l'estat des lieux, st) lepeude
tempsqu'on avoitpoursy1
préparer.Je passe pardessus,
tout ce quiVous a fait ad-*•
mirer dans Luxembourg*
ma Relation en est remplie;
maisje ne puis mempescher
de dire que la France ne
Vous est pas seule obligée
des nouvelles Fortifications
que VOUIY avez, faitfaire,
& de la nouvelle Forteresse
que Vousfaites élever,pour
couvrirvosfrontières ;toute
l'Europe Vousest autant
redevable que la France,
puisque ces nouveauxRamparts
ostant aux jaloux de
vostre gloire ,la pensée
qnils pourrotent avoir de
Vousattaquer, metient"Vos
Sujets à couvert de toute
tnfulte, & empeschentque
la tranquillité de L' turope
ne soit troublée. En effet,
S1RE ,
yeus ne pourriez,
estre attaqué sans qu'elle
jfufta-issï-tolftoute en firmes.
Quiauroitcru,SIRE,
que vojîreMajefiéeuji
*pùsefaire admirerpartant
d'endroits pendant un si
court voyage j ou plûtost
qui auroit pû en douter,
futfqttElie rte fait aucun
pas quine serve à l'accroissement
desagloire? Person
ne ne lesçait mieux que
moy qui me suis imposé le
glorieux employ de receuillirtoute
les actions de Votre
Majesté pour les apprendre
à tout l':Vni'vers*
Je ne pouvois choisir un
travail qui puft me donner
plus de plaisir
, & qui
me procuraitplus d'honneur
,
puisqu'il me donne
Lku quelquefois d'approcher
de Vostre Sacrée Per-*
Jonne.Iefuis avec le plus
profond refpeff,
1
1 SIRE,
DE VOSTREMAJESTE
$<Ctics-humble & tres-obeissant
Serviteur&Sujcc3
L~
DIVIZ.I',
Fermer
Résumé : AU ROY.
L'auteur adresse une lettre à un roi, probablement Louis XIV, pour louer ses actions et vertus. Il souligne l'impossibilité de résumer toutes les actions royales en raison de leur abondance et grandeur. Même les moindres actions du roi mériteraient des volumes, contrairement à la vie d'autres personnes qui ne fournirait que le sujet d'une épître. La lettre met en avant la générosité du roi, notamment l'honneur accordé à certaines personnes en les invitant à sa table, et les ordonnances pour augmenter le culte de Dieu. Le roi est également loué pour sa piété et dévotion, notamment pendant le carême, où il a assisté aux services religieux avec éclat. L'auteur mentionne les fortifications et nouvelles forteresses construites par le roi pour protéger les frontières et assurer la tranquillité de l'Europe. Il exprime son admiration pour les actions du roi et son honneur de les recueillir pour les partager avec l'univers. La lettre se termine par une expression de profond respect et loyauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 13-24
A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Début :
Il y a long-temps qu'on a fait parler les Animaux, mais [...]
Mots clefs :
Siam, Fontevraud, Levraut, Siamois, Doux, Animaux, Transmigration des âmes, Orient
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Il y a long-temps qu'on a
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
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16
p. 30-38
EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
Début :
Le Dieu couronné de pavots [...]
Mots clefs :
Gloire, Apollon, Philisbourg, Louis, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
EPITRE.
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
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Résumé : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
L'épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Montaufier célèbre les exploits militaires du duc, en particulier la prise de Philisbourg. Madame des Houlières décrit une vision où Apollon lui apparaît pour lui demander de chanter les glorieux exploits du duc. Elle exprime son admiration pour le jeune héros dont les lois seront suivies par tous. Le duc est comparé à Louis XIV, et ses actions sont décrites comme surhumaines, rappelant celles d'Achille. Madame des Houlières loue également la bravoure et la sagesse du duc, soulignant qu'il a su conquérir de nombreux États en peu de temps. Elle mentionne les villes conquises, telles que Philisbourg, Frankendal, Mayence et Trèves, et exprime sa joie et son admiration pour ses victoires. Elle conclut en affirmant que son amitié et son estime pour le duc sont profondes et partagées par toute la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 25-35
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Début :
L'Illustre Madame des Houlieres qui ne suit jamais / Fille des plaisirs, triste Goutte, [...]
Mots clefs :
Goutte, Santé, Louis, Guerriers, Héros, Camp de Namur, Ennemis, Plaisir, Victorieux, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Le poème est dédié à Madame des Houlières et célèbre son talent poétique ainsi que son courage face aux dangers auxquels le roi Louis XIV est confronté. Il commence par louer Madame des Houlières pour son génie et sa bravoure, soulignant les périls que le roi affronte, notamment lors du siège de Namur. Le texte exprime une admiration profonde pour l'intrépidité du roi malgré les risques qu'il encourt. Le poème aborde également la maladie du roi, la 'Goutte', et exprime le souhait qu'elle ne revienne pas afin de permettre au roi de poursuivre ses exploits militaires. La 'Goutte' est personnifiée et implorée de ne pas revenir, afin que le roi puisse rester en bonne santé et continuer à triompher sur le champ de bataille. Le texte se termine par une expression d'espoir que la 'Goutte' ne revienne jamais, permettant ainsi au roi de rester victorieux et d'inspirer admiration et respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 181-190
A MONSIEUR LE PELLETIER DE SOUZI.
Début :
Je ne vous diray point, pour vous engager à lire l'Ouvrage / Je ne sçaurois m'en empêcher, [...]
Mots clefs :
Amour, Raison, Nature, Querelle, Louis, Seigneur, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE PELLETIER DE SOUZI.
Je ne vous diray point,
pour vous engager à lire l'Ouvrage qui fuit, sur quelle ma*
tiercil aesté fait.vousdiray feulement qu'il eftdcrillustre Madame desHoulierer.,
-- "'ï-"- - Pourriezvousaprès cela .,. n'a-
voir pas d'cmprcflémeotpouf
cccte lecture?
-
AMOSIEUR
LIL EÉr rE-LXJLXIE& -- -,
it
1DEs0uI.
JEnefçaurois m'enempêcher*
Il faut, Seigneur, que jevoùs
gronde.
Jevous cherche avec foin maisfty
beau vùus chercher
, Je
ne jçaaroistous approcher3
j9~<? lors que r»ftre porte ouverte 4
toutlf monde
'Uemrjle avec les gens qu'on Aime
*
dépefeber. ,
Quelque réflexion profonde
Quefajfe là.*de(fus mon ejprit alarme,
Je ne devine point sur qitoycela fc
fonde,
Mtjeriay pas accoutumé
Que dans lafoule onmeconfonde.
Si vous p:JuvleZ ffavoir les affligeansdifeours
..f<!!e me tient en secret le plus insurmontable,
Le plus dangereux de; amourst
Vousferk^moins impraticable.
Vous esses etonm
,
Seigieur,
Mais cjuevoflre cfpritse rassure,
Jcriafpire pointaChonneur
D'aucune galante évanture.
L'amour dont je vous parle à luy~
mefmç efl borné»
Ilsaisi d'un peu d'encens toute si
nourriture.
La raison
,
laJagejp>e* vain font
condamné,
Avec nous cet amour tjl néy
Autant quenouscetamourdure.
C'eftun foible, il ejîvray
,
maistout examiné, -
C'ejf un foible qxe la Nature
Aux plusgrands hommes a
donné,
Terfonne nîejtassiz, PIlCtrt
pour avouer, comme je fais,
Tout ce que faitfoujfrirïamourprù*
pre en colere.
L'un dit, jenen aypoint> l'autre,je
nen ay gutre.
Si detelsdifeours ejfoient vrais,
Les Dames craindroient moins qu'oit
les vist négligées,
De n'avoir plUdorm)ftroiint moinÀ
aflfigées,
Ztn'emprunteraient jointdAt- traits.
Les Amans, les Guerriers ne vontproientjoint la tejîe
De leurbonnefortune,&de tous leurs
hautsfaits.
MtjfitNrs les beaux espritsseferoient
moins de frjleJ
Et quand,ce qu'ilsfont eflmauvais,
Ilsfouffriroientdu moinsenfaix
^u'onfftde leur ouvrage une critique honneste.
Mais que fais-je,& pourquoy dans
ma Lettre entasser
Bagatellesur bagatelle?
Seigneur, en la lisant vous font)en
Uspatfet,
Revenons à noflre querelle.
Comme vojtre bonté jointe a
voftrc
pouvoir
J beaucoupdimportunstous leslu"
vous expoJet
feut-efire crojc^vous queje ne veux,
vous voir,
jguc pour demanderquelquechofe*
En ce cas, ctjlbienfat d'avoirfit
porte close.
Dans un temps de befiins ri d'/1M.
haras tiffk>
Demandeur» quel quilJoitt dottefire
malreceu.
Mais, SeigllCM", un Portier, doit-il
efire barbare,
j^uand on vient pourremercier,
Et d'uncompliment aussi rare,
Doit-on fipeu.sisoucier ?
Ne dtmt'On pas a mentendre
Jgue le malheur du tempsfixe vojbç
bonté» 1
J$*t fourles mmx dautruy vous
devenez moins tendre,
Et tfuun remsrciment'doitfarsa rareté
Agnablementvous furprevdre?
Ah !Ji comme chacun ade difftrens
goufts,
Les rarctex*pouvaientvousflaire,
Ilfaudroitfourvousfattsfaire,
Vous faire voirdesgens qllisi flaU
gnent de vous.
Maisoù les rencontrer, quand chacun
vus honore,
J>)uand de tous cofiez, on n'en..
tend
Jt>ue des gens que l'excès de vos bon-
»
u\,surprend,
J>)uisedifint,per/onne en vain ne
les implore,
Par tout il fait de cœurs une riche
moiffini
Et quoy qui'lserve bien, on ne voie
point encore
De malheureux de sa sason?
Que cet eloge eftgrAnd,Seigneur!
touteId gloire
^uau milieu desfangUns combats
Donne une célébré vtâoire,
A beaucoup prés ne le vaut pas.
D'un siprécieux caraUete
OnA vu 14 nAture Avare en tous les
temps, --
Et mesme dans le cour* des emplois
éclatans,
Un si beau naturel m se confervt
guere.
Cependant>
moy qu'onneverra>
Ny juger brusquement d'une chose
j
future,
Ny mettre volontiers mon bien a Cavanturea 1
Je gageraj ce qu'on voudtd,
.%me lors que de LOVIS
toutepure
Vous placera,Seigneur, augré de mes
Jauhaits»
L'abondance de ftsbitllfAils,
Vontleparfait mérité efi toujours
la mesure,
-
En vous ne corromprajamais
Ce qita mis de bon la nature 7
£t it x*Ç#eray ma rareure>
Eu*attendant cet heureux jour,
Ou par une conduite habile, jujle à"
fige)
Vous ramenerez ce bel âge
tûu le monde naissant, du bien & de
l'amour
--
Fdifoit un innocent usage,
D,nlltZ ordre) Seigneur
>
qu'on ne
me diseplus
,
- Ce qu'en saceouturnea me dire]]
Souffrez, que faille enfin dans v
momensperdus j
pf/Ajflr vojîre ejprit de tout Vennui
qu'attire I
Unpénible travail&desfoins a[j'h
dus•,
-
àmsyfeule«
Je nemenfiemypointàmoy filllt'
drjepense-i
Jguavec ,~_ 4vec moyOJ jeJt vous meneray llJelleYIIJ
Desgens de vostre conuoiJJajtie, si
Horace, Virgile, Terences
Et peut-efîre avec eux je vous antH*
efray.
pour vous engager à lire l'Ouvrage qui fuit, sur quelle ma*
tiercil aesté fait.vousdiray feulement qu'il eftdcrillustre Madame desHoulierer.,
-- "'ï-"- - Pourriezvousaprès cela .,. n'a-
voir pas d'cmprcflémeotpouf
cccte lecture?
-
AMOSIEUR
LIL EÉr rE-LXJLXIE& -- -,
it
1DEs0uI.
JEnefçaurois m'enempêcher*
Il faut, Seigneur, que jevoùs
gronde.
Jevous cherche avec foin maisfty
beau vùus chercher
, Je
ne jçaaroistous approcher3
j9~<? lors que r»ftre porte ouverte 4
toutlf monde
'Uemrjle avec les gens qu'on Aime
*
dépefeber. ,
Quelque réflexion profonde
Quefajfe là.*de(fus mon ejprit alarme,
Je ne devine point sur qitoycela fc
fonde,
Mtjeriay pas accoutumé
Que dans lafoule onmeconfonde.
Si vous p:JuvleZ ffavoir les affligeansdifeours
..f<!!e me tient en secret le plus insurmontable,
Le plus dangereux de; amourst
Vousferk^moins impraticable.
Vous esses etonm
,
Seigieur,
Mais cjuevoflre cfpritse rassure,
Jcriafpire pointaChonneur
D'aucune galante évanture.
L'amour dont je vous parle à luy~
mefmç efl borné»
Ilsaisi d'un peu d'encens toute si
nourriture.
La raison
,
laJagejp>e* vain font
condamné,
Avec nous cet amour tjl néy
Autant quenouscetamourdure.
C'eftun foible, il ejîvray
,
maistout examiné, -
C'ejf un foible qxe la Nature
Aux plusgrands hommes a
donné,
Terfonne nîejtassiz, PIlCtrt
pour avouer, comme je fais,
Tout ce que faitfoujfrirïamourprù*
pre en colere.
L'un dit, jenen aypoint> l'autre,je
nen ay gutre.
Si detelsdifeours ejfoient vrais,
Les Dames craindroient moins qu'oit
les vist négligées,
De n'avoir plUdorm)ftroiint moinÀ
aflfigées,
Ztn'emprunteraient jointdAt- traits.
Les Amans, les Guerriers ne vontproientjoint la tejîe
De leurbonnefortune,&de tous leurs
hautsfaits.
MtjfitNrs les beaux espritsseferoient
moins de frjleJ
Et quand,ce qu'ilsfont eflmauvais,
Ilsfouffriroientdu moinsenfaix
^u'onfftde leur ouvrage une critique honneste.
Mais que fais-je,& pourquoy dans
ma Lettre entasser
Bagatellesur bagatelle?
Seigneur, en la lisant vous font)en
Uspatfet,
Revenons à noflre querelle.
Comme vojtre bonté jointe a
voftrc
pouvoir
J beaucoupdimportunstous leslu"
vous expoJet
feut-efire crojc^vous queje ne veux,
vous voir,
jguc pour demanderquelquechofe*
En ce cas, ctjlbienfat d'avoirfit
porte close.
Dans un temps de befiins ri d'/1M.
haras tiffk>
Demandeur» quel quilJoitt dottefire
malreceu.
Mais, SeigllCM", un Portier, doit-il
efire barbare,
j^uand on vient pourremercier,
Et d'uncompliment aussi rare,
Doit-on fipeu.sisoucier ?
Ne dtmt'On pas a mentendre
Jgue le malheur du tempsfixe vojbç
bonté» 1
J$*t fourles mmx dautruy vous
devenez moins tendre,
Et tfuun remsrciment'doitfarsa rareté
Agnablementvous furprevdre?
Ah !Ji comme chacun ade difftrens
goufts,
Les rarctex*pouvaientvousflaire,
Ilfaudroitfourvousfattsfaire,
Vous faire voirdesgens qllisi flaU
gnent de vous.
Maisoù les rencontrer, quand chacun
vus honore,
J>)uand de tous cofiez, on n'en..
tend
Jt>ue des gens que l'excès de vos bon-
»
u\,surprend,
J>)uisedifint,per/onne en vain ne
les implore,
Par tout il fait de cœurs une riche
moiffini
Et quoy qui'lserve bien, on ne voie
point encore
De malheureux de sa sason?
Que cet eloge eftgrAnd,Seigneur!
touteId gloire
^uau milieu desfangUns combats
Donne une célébré vtâoire,
A beaucoup prés ne le vaut pas.
D'un siprécieux caraUete
OnA vu 14 nAture Avare en tous les
temps, --
Et mesme dans le cour* des emplois
éclatans,
Un si beau naturel m se confervt
guere.
Cependant>
moy qu'onneverra>
Ny juger brusquement d'une chose
j
future,
Ny mettre volontiers mon bien a Cavanturea 1
Je gageraj ce qu'on voudtd,
.%me lors que de LOVIS
toutepure
Vous placera,Seigneur, augré de mes
Jauhaits»
L'abondance de ftsbitllfAils,
Vontleparfait mérité efi toujours
la mesure,
-
En vous ne corromprajamais
Ce qita mis de bon la nature 7
£t it x*Ç#eray ma rareure>
Eu*attendant cet heureux jour,
Ou par une conduite habile, jujle à"
fige)
Vous ramenerez ce bel âge
tûu le monde naissant, du bien & de
l'amour
--
Fdifoit un innocent usage,
D,nlltZ ordre) Seigneur
>
qu'on ne
me diseplus
,
- Ce qu'en saceouturnea me dire]]
Souffrez, que faille enfin dans v
momensperdus j
pf/Ajflr vojîre ejprit de tout Vennui
qu'attire I
Unpénible travail&desfoins a[j'h
dus•,
-
àmsyfeule«
Je nemenfiemypointàmoy filllt'
drjepense-i
Jguavec ,~_ 4vec moyOJ jeJt vous meneray llJelleYIIJ
Desgens de vostre conuoiJJajtie, si
Horace, Virgile, Terences
Et peut-efîre avec eux je vous antH*
efray.
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Résumé : A MONSIEUR LE PELLETIER DE SOUZI.
L'auteur d'une lettre exprime son désir de rencontrer un seigneur à qui elle est adressée. Il mentionne que son ouvrage est dédié à Madame des Houlières. Il reconnaît la difficulté de se rapprocher du seigneur, malgré l'ouverture de sa porte à tous. L'auteur parle d'un amour secret et insurmontable, partagé par tous les hommes, décrit comme un faible naturel présent même chez les plus grands. L'auteur s'étonne de la fermeture de la porte du seigneur, malgré sa bonté et son pouvoir. Il se plaint de la rudesse du portier et de l'indifférence générale face aux malheurs des autres. Il loue les qualités du seigneur, soulignant que sa bonté et son mérite sont reconnus par tous. Il espère que, lorsque le seigneur sera placé par le roi Louis, il conservera ses qualités naturelles. Enfin, l'auteur demande au seigneur de lui accorder un moment pour discuter, malgré les occupations du seigneur. Il promet de lui faire découvrir des auteurs classiques comme Horace, Virgile et Térence, et de l'accompagner dans ses pensées et ses travaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 133-141
EPISTRE.
Début :
Je vous envoye des Vers de Madame des Houlieres, & / Aprés que tous les Elemens, [...]
Mots clefs :
Génie, Mr Arnaud, Fermier général, Vin, Esculape, Café, Satyre, Louis, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE.
Je vous envoye des Vers
de Madame des Houlieres, &,
non feulement ce font des
Vers dignes d'elle , ce qui doit
vous en donner la plus grande
idée , mais vous les admirerez
d'autant plus , que quoy qu'ils
foient faits fur une matiere
qui femble fterile , elle y a
meflé les penfées du monde
134 MERCURE
les plus agreables, & en fort
grand nombre; mais que ne
peut pas un genie auffi élevé
& auffi beau que le fien ! Elle
fe plaignoit du mauvais Vin
de l'année derniere , & M
Arnaud , Fermier General,
toujours genereux pour les
Amis , & ne negligeant aucune occafion de les obliger,
luy en envoya un muid avec
du Caffe. C'est pour l'en re
mercier que Madame des
Houlieres a fait les Vers que
vous allez lire.
GALANT. 135
EPISTRE.
APrésque tousles Elemens,
Par d'horribles dereglemens ,
Nous ont fait une longue guerre,
Lors qu'ilfemble que le Soleil
N'eft plus amoureux de la Terre ,
Par quel charme ay-je à mon réveil
Une piece de vin pareil
Au précieux Nectar du Maistre du
Tonnerre?
R
Quelgenereux Mortel peut avoir
pris ce foin,
Dontnos modernes Efculapes
S'avifent de trouver que j'ay tant de
befoin,
Quand on n'a tiréde nos grapes
Qu'un Vin, qui froid & vert du
Verjus n'eſt pas loin?
136 MERCURE
Čenepeut eftre que Timandre ;
A cegouft de n'épargner rien
Quand on trouve un fervice à
rendre ,
Et de faire toujours du bien,
On ne sçauroit pas fe méprendres
Peudecœurs là- deffus font faits comme lefien.
S
Ouy , Timandre , c'est vous , & de
Pilluftre Race
Dont le Ciel vous afait fortir,
Vous fuivez pas à pas la glorieufe
trace.
On ne voit rien en vous qui puiſſe
démentir
La pictè , la noble audace ,
Lagenerofité, l'éclat
De ces Arcs- boutans de l'Etat,
Nydeces Heros de la Grace ;
Quipour les Concerts du Parnaffe.
GALANT. 137.
Euvent toujours un gouft fi fin , fi
delicat.
S
C'est à ce doux panchant qu'ils ont
eu pour les Mafes,
Qui d'eux a paſsé juſqu'à vous,
Que je dois l'amitié qui fe forme
entre nous ,
Et qui vous fait chercher tant d'agreables rufes ,
Pourfaire que chez moy l'on trouve
tous les jours
DeCaffe , de liqueurs une pleine abondance;
Et de ce vin dont l'excellence >
Pour mafanté , dit - on , fera d'un
grandfecours.
S
Quoy que l'Hiftoire en puiffe dire,
Le vin qui jadis dans Tibur
D'Horace égayoit la Satyre,
Octobre i 693. M
138 MERCURE
Le vin qu'Anacreon celebroit furfa
Lyre,
N'eftoit nyfi beau , ny fi pur.
A des rubisfondus fa couleur eftfem
blable,
Il tient ce que promet ſa brillante 1 couleur.
Vue utile & douce chaleur
Fait qu'on penfe au fortir de table,
Avoir pris de cet orpotable,
Qui triomphe des ans , qui chaffe la
douleur ,
Qui fait tout, & qui par malheur
N'ajamais efté qu'une Fable.
S
Cependant quelque precieux
Que foit un tel breuvage , un Zele
ardent & tendre
Pour le Public le fait répandre ,
Quand LOVIS eft victorieux.
GALANT. 179
Les muids font défoncez dans les
brillantes Feftes ,
ойpour luy l'on rend grace aux
Et tandis
Cieux ;
que le bruit de fes grandes
conqueftes,
Troublefes Ennemis de fa gloire envieux ,
Voftre excellent vin dans ces lieux
Trouble un nombre infini de teftes.
2
Qui l'auroit pu penfer! moy, qui dés
le berceau
Suis en habitude de boire
Avec les Filles de Memoire,
Et de m'enyorerde cette eau ,
Qui des tencbres du tombe au
A le donde fauver la gloire,
Enfin , moy, qnijufqu'aujourd'huy
·N'avois avec Bacchus prefque point
de commerce,
Mij
140 MERCURE
Fay fait connoillance avecluy.
Heureufe fi ceDieu peut diffiperl'en
nuy
Du maudit fort qui me traverſe,
Et d'une fanté foible eftre le ferme
appuy.
S
Quand je fonge pourtant en perSonne fensée
A voſtre preſent merveilleux,
A ne vous rien cacher , il me vient
en pensée
Qu'il peut, tout beau qu'il eft , eftre
un peu dangereux.
On(ne pourroitpas mieux s'y pren
dre
Pour faire une galante & douce trabifon.
Quelque force qu'ait la raison,
Helas . contre le vin peut-elle fe
défendre ?
GALANT. 141
Non, &fouventl' Amour mele pour
nous furprendre ,
Dans le vinfonfubril poison ;
Mais par bonheur pour moy,
mandre,
Ti
Vous eftes plus fage que tendre,
Et d'ailleurs, jefuis loin de la belle
faifon,
Où les pieges font bons à tendré.
de Madame des Houlieres, &,
non feulement ce font des
Vers dignes d'elle , ce qui doit
vous en donner la plus grande
idée , mais vous les admirerez
d'autant plus , que quoy qu'ils
foient faits fur une matiere
qui femble fterile , elle y a
meflé les penfées du monde
134 MERCURE
les plus agreables, & en fort
grand nombre; mais que ne
peut pas un genie auffi élevé
& auffi beau que le fien ! Elle
fe plaignoit du mauvais Vin
de l'année derniere , & M
Arnaud , Fermier General,
toujours genereux pour les
Amis , & ne negligeant aucune occafion de les obliger,
luy en envoya un muid avec
du Caffe. C'est pour l'en re
mercier que Madame des
Houlieres a fait les Vers que
vous allez lire.
GALANT. 135
EPISTRE.
APrésque tousles Elemens,
Par d'horribles dereglemens ,
Nous ont fait une longue guerre,
Lors qu'ilfemble que le Soleil
N'eft plus amoureux de la Terre ,
Par quel charme ay-je à mon réveil
Une piece de vin pareil
Au précieux Nectar du Maistre du
Tonnerre?
R
Quelgenereux Mortel peut avoir
pris ce foin,
Dontnos modernes Efculapes
S'avifent de trouver que j'ay tant de
befoin,
Quand on n'a tiréde nos grapes
Qu'un Vin, qui froid & vert du
Verjus n'eſt pas loin?
136 MERCURE
Čenepeut eftre que Timandre ;
A cegouft de n'épargner rien
Quand on trouve un fervice à
rendre ,
Et de faire toujours du bien,
On ne sçauroit pas fe méprendres
Peudecœurs là- deffus font faits comme lefien.
S
Ouy , Timandre , c'est vous , & de
Pilluftre Race
Dont le Ciel vous afait fortir,
Vous fuivez pas à pas la glorieufe
trace.
On ne voit rien en vous qui puiſſe
démentir
La pictè , la noble audace ,
Lagenerofité, l'éclat
De ces Arcs- boutans de l'Etat,
Nydeces Heros de la Grace ;
Quipour les Concerts du Parnaffe.
GALANT. 137.
Euvent toujours un gouft fi fin , fi
delicat.
S
C'est à ce doux panchant qu'ils ont
eu pour les Mafes,
Qui d'eux a paſsé juſqu'à vous,
Que je dois l'amitié qui fe forme
entre nous ,
Et qui vous fait chercher tant d'agreables rufes ,
Pourfaire que chez moy l'on trouve
tous les jours
DeCaffe , de liqueurs une pleine abondance;
Et de ce vin dont l'excellence >
Pour mafanté , dit - on , fera d'un
grandfecours.
S
Quoy que l'Hiftoire en puiffe dire,
Le vin qui jadis dans Tibur
D'Horace égayoit la Satyre,
Octobre i 693. M
138 MERCURE
Le vin qu'Anacreon celebroit furfa
Lyre,
N'eftoit nyfi beau , ny fi pur.
A des rubisfondus fa couleur eftfem
blable,
Il tient ce que promet ſa brillante 1 couleur.
Vue utile & douce chaleur
Fait qu'on penfe au fortir de table,
Avoir pris de cet orpotable,
Qui triomphe des ans , qui chaffe la
douleur ,
Qui fait tout, & qui par malheur
N'ajamais efté qu'une Fable.
S
Cependant quelque precieux
Que foit un tel breuvage , un Zele
ardent & tendre
Pour le Public le fait répandre ,
Quand LOVIS eft victorieux.
GALANT. 179
Les muids font défoncez dans les
brillantes Feftes ,
ойpour luy l'on rend grace aux
Et tandis
Cieux ;
que le bruit de fes grandes
conqueftes,
Troublefes Ennemis de fa gloire envieux ,
Voftre excellent vin dans ces lieux
Trouble un nombre infini de teftes.
2
Qui l'auroit pu penfer! moy, qui dés
le berceau
Suis en habitude de boire
Avec les Filles de Memoire,
Et de m'enyorerde cette eau ,
Qui des tencbres du tombe au
A le donde fauver la gloire,
Enfin , moy, qnijufqu'aujourd'huy
·N'avois avec Bacchus prefque point
de commerce,
Mij
140 MERCURE
Fay fait connoillance avecluy.
Heureufe fi ceDieu peut diffiperl'en
nuy
Du maudit fort qui me traverſe,
Et d'une fanté foible eftre le ferme
appuy.
S
Quand je fonge pourtant en perSonne fensée
A voſtre preſent merveilleux,
A ne vous rien cacher , il me vient
en pensée
Qu'il peut, tout beau qu'il eft , eftre
un peu dangereux.
On(ne pourroitpas mieux s'y pren
dre
Pour faire une galante & douce trabifon.
Quelque force qu'ait la raison,
Helas . contre le vin peut-elle fe
défendre ?
GALANT. 141
Non, &fouventl' Amour mele pour
nous furprendre ,
Dans le vinfonfubril poison ;
Mais par bonheur pour moy,
mandre,
Ti
Vous eftes plus fage que tendre,
Et d'ailleurs, jefuis loin de la belle
faifon,
Où les pieges font bons à tendré.
Fermer
Résumé : EPISTRE.
Madame des Houlières adresse une lettre à Monsieur Arnaud, Fermier Général, pour exprimer sa gratitude pour un muid de vin et du café qu'il lui a envoyés. Elle se plaint du mauvais vin de l'année précédente et admire la générosité de Monsieur Arnaud. Les vers intitulés 'Épître' accompagnant la lettre commencent par une réflexion sur les éléments naturels et la guerre qu'ils ont menée. Madame des Houlières exprime sa surprise et sa joie de recevoir un vin de qualité, qu'elle compare au nectar des dieux. Elle identifie Timandre, pseudonyme de Monsieur Arnaud, comme un homme généreux et noble, louant sa générosité et son esprit délicat. Elle mentionne également l'abondance de café et de liqueurs chez elle, grâce à l'amitié partagée. Les vers continuent en comparant le vin reçu à ceux célèbres dans l'histoire, comme ceux d'Horace et d'Anacréon, soulignant sa qualité et ses bienfaits. Madame des Houlières conclut en exprimant son inquiétude quant aux dangers potentiels du vin, tout en reconnaissant sa force et son pouvoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 244-251
A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Début :
Vous avez raison, Madame, d'estre inquiete de la santé / Non, charmante Iris, dans ma Lettre, [...]
Mots clefs :
Iris, Inde, Teint, Éclat, Beauté, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
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Résumé : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Madame des Houlières est vivante malgré des rumeurs de décès. Elle souffre d'un mal préoccupant, mais ses amis espèrent sa guérison grâce à des soins médicaux. La lettre inclut une épître demandée par la destinataire, qui est une réponse à la Comtesse d'Alegre. Dans cette épître, Madame des Houlières explique qu'elle réserve les trésors de l'Inde pour décrire la beauté de la Comtesse. Elle compare divers éléments naturels et précieux aux qualités de la Comtesse, tels que son teint, ses cheveux blonds et sa bouche. Cependant, elle souligne qu'il manque encore un esprit fort, agréable et élevé, ainsi qu'un cœur généreux et tendre, pour compléter le portrait de la Comtesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 40-48
EPITRE A Monsieur le Comte d'Ayen.
Début :
Comte, pour qui terminant tout procés [...]
Mots clefs :
Comte d'Ayen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Monsieur le Comte d'Ayen.
EPITRE
A Monfieur le Comte
d'Ayen.
Comte , pour qui terminant
tout procés
Avec voftre Vertu Fortune
a fait la paix ;
Jaçoit qu'en vous gloire &
haute naiffance
Soit alliée à titres & puif
fance ,
Que de fplendeurs & d'honneurs
meritez ;
Si toutesfois ne font- ce ces
bluettes
FUGITIVES. 41
Qui vous ont mis en l'eftime
où vous êtes ;
Car ce n'eft pas l'or qui fur
Vous reluit
Qui vous acquiert renommée
& bon bruit ;
Que j'aye un livre où femblable
écriture
,
Il ne me chaut de belle
couverture ,
Riches fermoirs & dehorsnon
communs ,
Si le dedans font difcours
importuns ,
Vil pot pourri de Profe dé
labrée ,
Février 1711. Aa
42 PIECES
Oeuvre de Pic, ou telle autre
denrée.
Donc , qui met l'homme en
richeffe & credit ?
Richeffe d'ame & culture :
d'efprit.
Puis joignez y revenus honorables
,
Biens de fortune , titres admirables
;
Je le veux bien , cela ne fait :
nul mal ;
Mais le premier & le point
capital ,
C'eft luy fans plus ; & c'cft
par là , beau Sire ,
Que moy chetif, vous prife
& vous admire.
FUGITIVES. 43
En vous ay vû par un mer-
• veilleux cas ,
Unis & joints Virgile & Mecenas
;
De l'un , avez la grace & la
faconde ;
De l'autre , accueil & douceur
fans feconde ,
En Profe , en Vers , eftes
paffé Docteur ,
Et recitez trop mieux qu'un
Orateur..
C'en est le tout , car en chang
harmonique ,
Non moins primez qu'en '
rime
poëtique ,
Et avec los de bon harmo
niqueur, Aaij
44
PIECES
1
Auffi l'avez de bon Poëtiqueurs
Toûjours chez vous abonde
compagnie
D'efprits divins , de fuivans
d'Uranic .
Toujours y font Ciftres me--
lodieux ,
Gentils Harpeurs , & Mc
neftrels joyeux ,
Et de leur art bien fçavez les
rubriques ;
Même on m'a dit qu'aux rives
Sequaniques ,
N'a pas longtemps ,
telle chanfon ,
fonnicz
Qu'hoftes des Bois accouru
rent au fon ,
FUGITIVES . *
Si qu'cuffiez vû fauter blans
ches Dryades
,
Et de leurs lits fortir belles
Nayades.
Et fe difoient : Oh ! qu'il
chantonne bien.
Seroit - ce point Apollon
Delphien !
Venez , voyez , tant a beau
le vifage ,
Doux fes regards , & noble
le corfage ,
C'eft il, fans faute ; & Nim-
*phes d'admirer ,
Et les Silvains entr'eux de
murmurer..
Cetuy cy vient pour nos
Nimphes féduire,
46 PIECES
Se difoient ils , il les
pourroit
induire
A quelque mal avec fon
chant mignon ;
Freres , jettons en l'eau le
compagnon.
Lors le Dieu Pan fecouant
fes narines ,
Cria tout haut , des montagnes
voifines ,
De fon Ami voyant le mau
vais pas :
Ventre de bouc , qu'ay - je´
entendu là bas ?
Rentrez, coquins ; les Forêts
en tremblerent ,
Faunes cornus vers leurs
trouss'envolerent ,,
FUGITIVES . 4
Où tous tremblans furent
fe retirer ,
Et du depuis n'ont ofé fe
montrer.
Voilà comment , digne fang
de Noailles ,
Fûtes fauvé des mains de ces
canailles.
Nimphes & Dieux fur vous
veillent ici ,
Bien fçavent- ils & le fçavons
auffi ,
Que vôtre vie acquife &
confervée
Eft pour le bien des Mora
tels refervée ;
Non des mortels de meriteindigens
,
48 FUGITIVES.
Mais des mortels de vertus
refulgens.
Or rempliffez vos hautes
deftinées
,
Que tous vos ans foient bril
lantes années ;
Et cependant nous autres
gens de bien
A nôtre employ ne manquerons
en rien ,
Vous
admirans non pas
dans le filence ,
Mais par beaux vers & pieces
d'Eloquence ,
Tant que puiffions une oeúvrè
concevoir
Digne de vous & de vôtre
vouloir
A Monfieur le Comte
d'Ayen.
Comte , pour qui terminant
tout procés
Avec voftre Vertu Fortune
a fait la paix ;
Jaçoit qu'en vous gloire &
haute naiffance
Soit alliée à titres & puif
fance ,
Que de fplendeurs & d'honneurs
meritez ;
Si toutesfois ne font- ce ces
bluettes
FUGITIVES. 41
Qui vous ont mis en l'eftime
où vous êtes ;
Car ce n'eft pas l'or qui fur
Vous reluit
Qui vous acquiert renommée
& bon bruit ;
Que j'aye un livre où femblable
écriture
,
Il ne me chaut de belle
couverture ,
Riches fermoirs & dehorsnon
communs ,
Si le dedans font difcours
importuns ,
Vil pot pourri de Profe dé
labrée ,
Février 1711. Aa
42 PIECES
Oeuvre de Pic, ou telle autre
denrée.
Donc , qui met l'homme en
richeffe & credit ?
Richeffe d'ame & culture :
d'efprit.
Puis joignez y revenus honorables
,
Biens de fortune , titres admirables
;
Je le veux bien , cela ne fait :
nul mal ;
Mais le premier & le point
capital ,
C'eft luy fans plus ; & c'cft
par là , beau Sire ,
Que moy chetif, vous prife
& vous admire.
FUGITIVES. 43
En vous ay vû par un mer-
• veilleux cas ,
Unis & joints Virgile & Mecenas
;
De l'un , avez la grace & la
faconde ;
De l'autre , accueil & douceur
fans feconde ,
En Profe , en Vers , eftes
paffé Docteur ,
Et recitez trop mieux qu'un
Orateur..
C'en est le tout , car en chang
harmonique ,
Non moins primez qu'en '
rime
poëtique ,
Et avec los de bon harmo
niqueur, Aaij
44
PIECES
1
Auffi l'avez de bon Poëtiqueurs
Toûjours chez vous abonde
compagnie
D'efprits divins , de fuivans
d'Uranic .
Toujours y font Ciftres me--
lodieux ,
Gentils Harpeurs , & Mc
neftrels joyeux ,
Et de leur art bien fçavez les
rubriques ;
Même on m'a dit qu'aux rives
Sequaniques ,
N'a pas longtemps ,
telle chanfon ,
fonnicz
Qu'hoftes des Bois accouru
rent au fon ,
FUGITIVES . *
Si qu'cuffiez vû fauter blans
ches Dryades
,
Et de leurs lits fortir belles
Nayades.
Et fe difoient : Oh ! qu'il
chantonne bien.
Seroit - ce point Apollon
Delphien !
Venez , voyez , tant a beau
le vifage ,
Doux fes regards , & noble
le corfage ,
C'eft il, fans faute ; & Nim-
*phes d'admirer ,
Et les Silvains entr'eux de
murmurer..
Cetuy cy vient pour nos
Nimphes féduire,
46 PIECES
Se difoient ils , il les
pourroit
induire
A quelque mal avec fon
chant mignon ;
Freres , jettons en l'eau le
compagnon.
Lors le Dieu Pan fecouant
fes narines ,
Cria tout haut , des montagnes
voifines ,
De fon Ami voyant le mau
vais pas :
Ventre de bouc , qu'ay - je´
entendu là bas ?
Rentrez, coquins ; les Forêts
en tremblerent ,
Faunes cornus vers leurs
trouss'envolerent ,,
FUGITIVES . 4
Où tous tremblans furent
fe retirer ,
Et du depuis n'ont ofé fe
montrer.
Voilà comment , digne fang
de Noailles ,
Fûtes fauvé des mains de ces
canailles.
Nimphes & Dieux fur vous
veillent ici ,
Bien fçavent- ils & le fçavons
auffi ,
Que vôtre vie acquife &
confervée
Eft pour le bien des Mora
tels refervée ;
Non des mortels de meriteindigens
,
48 FUGITIVES.
Mais des mortels de vertus
refulgens.
Or rempliffez vos hautes
deftinées
,
Que tous vos ans foient bril
lantes années ;
Et cependant nous autres
gens de bien
A nôtre employ ne manquerons
en rien ,
Vous
admirans non pas
dans le filence ,
Mais par beaux vers & pieces
d'Eloquence ,
Tant que puiffions une oeúvrè
concevoir
Digne de vous & de vôtre
vouloir
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Résumé : EPITRE A Monsieur le Comte d'Ayen.
L'épître est adressée au Comte d'Ayen, loué pour avoir allié vertu et fortune. L'auteur insiste sur le fait que les honneurs et les titres sont éphémères, et que la véritable renommée découle de la richesse de l'âme et de la culture de l'esprit. Le Comte est comparé à Virgile et à Mécène, réunissant grâce, éloquence, accueil et douceur. Il excelle en prose et en vers, ainsi qu'en musique. Une scène décrit des Dryades et des Nymphes, séduites par le chant du Comte, tentant de le séduire, mais arrêtées par le dieu Pan. Cette intervention divine protège le Comte, soulignant que sa vie est préservée pour le bien des mortels vertueux. L'auteur exprime son admiration et promet de célébrer les hautes destinées du Comte à travers des œuvres dignes de lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 49-75
EPITRE à Madame D**** sur le veritable Amour.
Début :
Du faux encens dédaigneuse ennemie, [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Vertu, Paix, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à Madame D**** sur le veritable Amour.
EPITRE
à Madame D ****
fur le veritable Amour.
Dufaux encens dédaigneuſe
ennemie
Qui dans le vray par l'e.
xemple affermic ,
Sçavez fi bien de tout éloge
plat ,
Diftinguer l'art d'un pinceau
délicat :
Sage Uranie , en qui le don
de plaire ,
Février 1711. Bb
50 PIECES
Eft joint au don de hair le
vulgaire ,
De démêler , libre en vos
fentimens ,
Les préjugez de fes faux
jugemens ;
Et d'abhorrer ces loüanges
guindées ,
Qui n'ont d'appuy que fes
folles idées :
Si quelqu'Auteur pour vous
faire fa cour ,
S'imaginant avoir pris un
beau tour
Vous décrivoit dans fes
peintures feiches ,
" Le Dieu d'Amour , fon carFUGITIVES.
St
quois , & fes fléches :
De la raifon ennemy
langoureux
,
Et de nos fens enchanteur
doucereux ,
Vous déploiant ces lieux
communs poftiches ,
Dont l'Opera brode fes
hemiſtiches :
Sur ce tableau frivolement
conceù ,
Probablement il feroit mal
receu ,
De vous chanter en rimes
indifcretes ,
Que cet Amour ne fe plaît
qu'où vous cftes ;
Bb ij
52 PIECES
Qu'il regne en vous , qu'il
fuit par tout vos pas ,
Et qu'il languit où l'on ne
vous voit pas.
Mais fi quelqu'un plus fage
& plus habile
Vous dépeignoit d'un
crayon moins fterile
Le même Amour
, non tel
qu'on l'avoit feint
Mais en effet , tel qu'il doit
eftre peint
:
Tel qu'autrefois l'ont vŷ
nos premiers fages ,
Lors qu'au Parnaffe attirang
leurs hommages ,
FUGITIVES . 53
cux de guirlan- Le Dieu
par
des orné ,
Fût dans la Grece en triomphe
amené ;
Si pourfuivant cette noble
peinture >
Il vous traçoit d'une main
libre & feure ,
Ces vifs rayons , ces fublimes
ardeurs
Ce feu divin qu'il répand
dans les coeurs ,
Dont la fplendeur les éclaire
& les guide
Dans les fentiers de la vertu
folide :
Vous faifant voir affis à fon
côté Bb iij
54
PIECES
L'Honneur , la Paix , la Vertu
, l'Equité ;
Peut -être alors à le bannir
moins prompte
Vous fouffririez , fans rougeur
, & fans honte ,
Que ce Dieu vint embellir
vôtre Cour :
Connoiffez donc ce que c'eſt
que l'Amour ;
Et deformais l'ame débarafféc
Des préjugez d'une troupe
infenfée ,
Qui ne l'a peint que fous de
faux portraits
;
Gardons nous bien d'en
FUGITIVES .
juger fur leurs traits
De le confondre avec ce
Dieu frivole ,
De qui l'erreur nous a fait
une Idole
Et qui n'épand que des feux
criminels.
Ces deux rivaux ennemis
érernels ,
L'un fils du Ciel ; l'autre né
de la Terre ,
Se font entre eux une immortelle
guerre ;
Plus fignalez en leur divifion
,
Que les Heros de Grece ,
& d'llion.
Bb iiij
66 PIECES
Quelqu'un peut - eftre à ce
début miſtique ,
Va me traiter de cerveau
fanatique
Et me voyant monter fur
ce haut ton >
Traiter l'Amour en ftile de
Platon ,
M'objectera qu'une jeune
Heroïne ,
Mériteroit un peu moins
de doctrine .
Mais fans répondre à ce
langage vain
Laiffons - le en paix fon
Cyrus à la main :
De nos raifons l'ame peu
combatue
,
FUGITIVES . 7
Du Dieu d'Amour encen
fer la ftatuë ,
Et poursuivons nos propos
commencez .
Jadis fans choix les humains
difperfez ,
Troupe feroce & nourrie au
carnage ,
Du feul inftinct fuivoient
la loy fauvage:
Se renfermoient dans les
autres cachez ;
Et des forêts par la faim
arrachez ,
Alloient errans au gré de la
nature
Avec les Ours difputer la
pâture.
58 PIECES
De ce cahos l'Amour répara
teur
Fût de leurs loix le premier
fondateur.
Il fçait fléchir leurs humeurs
indociles..
Les réunit dans l'enceinte
des Villes.
Leur enfeigna le fecours- des
moiffons
,
Des premiers arts leur donna
des leçons ,
Chez eux logea l'amitié fecourable
,
Avec la paix fa foeur infeparable:
› Et
devant tout dans les
terreftres
lieux
FUGITIVES
. 59
Fit refpecter
l'autorité
des
Dieux .
Tel fut ici le fiecle de Ci
belle
;
Mais à ce Dieu la Terre enfin
rebelle
Se rebuta d'une fi douce
Loy ,
Et de fes mains voulut fe
faire un Roy.
Tout auffi toft , évoqué par
la haine ;
Sort de fes flancs un montre
àforme humaine ,
Refte dernier de ces affreux
Tiphons ,
Jadis formé dans des gouffres
profonds ;
PIECES
D'un foible
enfant il a le
front
timide ,
Dans fes
yeux
brille une
douceur
perfide ,
Nouveau
Prothée à
toute
heure , en
tous lieux ,
Sous un
faux
mafque il a
bufe nos
yeux.
Dabord
voilé
d'une
crainte
ingenuë ,
Humble ,
captif, il
tremble,
il
s'infinuë ,
Puis tout à
coup
imperieux
vainqueur
Porte le
trouble &
l'effroy
dans le
coeur ;
Les
trahifons , la
noire tirannie
,
FUGITIVES. GE
Le
defefpoir , la peur , l'i
gnominic ,
Et le tumulte au regard effaré
Suivent fon char de foupçons
entouré.
Ce fut fur lui que la Terre
ennemic
De fa revolte appuya l'infamic
,
Bientoft feduits par les trom
peurs appas
Les fols humains marcherent
fur fes pas.
L'Amour par lui dépouillé
de puiffance
Remonte au Ciel ſéjour de
fa naiffance ,
62
PIECES
Et las de voir l'homme
fourd à fa voix ,
Il l'abandonne à fon malheureux
choix .
Alors enflé d'une nouvelle
audace ,
L'ufurpateur prend fon
nom & fa place :
Et fous ce nom l'erreur de
toutes parts
Fait ici bas , voler fes Etendarts
.
C'eft de ce temps que nous
vîmes éclore
Tous les malheurs envoyez
par Pandore ,
La jaloufic allumant fes flambeaux
FUGITIVES. 63
Creufa dés lors mille horribles
tombeaux ;
Et des forfaits de plus d'une
Medée
Plus d'un climat vit fa rive
innondée .
Un fiecle à l'autre enviant
Les furcurs
Imagina de nouvelles horreurs
;
Chaque âge vit augmen
ter fes miferes ,
Et nos ayeux plus méchans
que leurs peres ,
Nous firent naiſtre encor
plus méchans qu'eux ,
Bientoft fuivis par de pires
neveux.
64
-PIECES
Enfin le Ciel touché de nos
difgraces
Se réfolut d'en effacer les
traces ,
Et tous les Dieux convinrent
que l'Amour
Fut renvoyé dans ce mortel
fejour :
Chacun s'en forme un agreable
augure
,
Le feul Amour,l'Amour ſcul
en murmure.
Qu'a t- il commis, pourquoi
feul immolé
D'entre les Dieux fera t- il
exilé ?
Quittera til ces demeures
heureuſes,
FUGITIVES . 65
Ces regions pures & lumineufes
,
Sejour brillant de gloire &
de clarté ,
Lieux confacrez à la felicité,
Aux doux plaiſirs enfans de
l'innocence ,
Plaifirs qu'échauffe & nourrit
fa prefence ,
Vifs fans tumulte , éternels
fans ennuy
,
Et que les Dieux ne tiennent
que de lui ?
Quoi , difoit- il , de la troupe
celefte ,
J'irai defcendre en un ſejour
funeſte ?
Février
1711.
Cc
66 PIECES
Où l'impudence étale un
front ferain ,
Où les mortels au vifage
d'airain ,
De mon fantôme eſcortant
les bannieres ,
De
l'innocence ont
rompu
les barrieres ;
Et qui d'entr'eux voudra
fuivre mes pas ?
Amour , amour ne vous allarmez
pas
Venez à moi , je connois un
azile ,
Dont les vertus ont fait leur
domicile :
Un feur rempart , un lieu de
qui jamais
FUGITIVES. 67
Nos ennemis ne troubleront
la
paix .
Celui qui regne en ce ſejour
propice ,
En a banny le coupable artifice
,
La perfidie au coup d'oeil
emprunté ,
Et la malice au rire concerté
:
Amour dit vrai, candeur hereditaire
,
Dés le berceau marqua fon
caractere ,
!
Nourry formé
par
doctes foeurs ;
les neuf
Ainfi des arts épris de leurs
douceurs Ccij
68 PIECES
Le Dieu du Pinde & la fage
Minerve ,
De leurs trefors l'ont comblé
fans referve ;
Dans ce réduit des Mufes
habité
Prefide encore une divinité :
Car la beauté dont les Dieux'
l'ont formée,
D'un moindre nom feroit
trop prohanée.
Un doux accueil , un modefte
enjouëment {
Préte à fes traits un nouvel
agrément ;
D'Enfans aîlez une troupe
fidelle ,
FUGITIVES. 69
JPlaifirs
, Amours voltigent
autour d'elle ,
Et fans effort prés d'elle
retenus ,
Pour la fervir ont oublié
Venus.
Non , non Amour ce n'eft
point à Cithere ,
Ny dans les bois qu'Amatonthe
révere ,
Qu'il faut chercher & les
jeux & les ris ? 7
Si vous voulez de vos freres
cheris ;
Revoir un jour la troupe
réünic ,
N'hefitez point , volez chez
Uranic.
70 PIECES
Mais à qui vais - je étaler ces
propos ,
Puis -je penfer qu'un Dicu
qui du cahos ,
Débarafla cette machine
ronde >
Qui voit , qui meut tous les
eftres du monde ,
De fes refforts & l'ame &
l'inftrument
Puiffe ignorer fon plus bel
ornement !
Déja porté fur les ailes
d'Eole
,
Du haut des Cieux je le vois
qui s'envole ,
Plus glorieux d'obéïr en ſa
cour >
FUGITIVES. 71
Que de regner au celefte
féjour .
Confervez bien genereufe
Uranic ,
Ce Dieu puiffant ce celeſte
genie ,
Ame du monde , Auteur
de tous les biens ,
Par qui brifant les terreftres
liens ,
D'un vol hardi nos ames
élancées ,
Jufques au Ciel élévent leurs
penſées
;
Sans fa beauté, fans fes dons
precieux ,
La vertu même eft moins
belle ànos yeux
72 PIECES
Ila produit fous d'heureux
caracteres ,
La dépouillant de fes rides
feveres ,
De qui l'afpest effrayant
les mortels ,
Leur fait fouvent deferter
fes Autels ,
De fon flambeau les flammes
immortelles ,
Jettent en nous ces vives
éteincelles
,
Dont autrefois les Heros
embrafez ,
Malgré la mort fe font
éternifez
;
Cette chaleur fi promte & fi
rapide ,
Sceut
FUGITIVES 7
Sceut échauffer un Thefée ,
un Alcide ,
Arma leurs bras pour calmer
l'Univers ,
Et pour vanger l'équité
mife aux fers .
Telle eft l'ardeur dont ce
Dieu nous enflame .
Tel eft le feu qu'il alluma
dans l'ame ,
De ce Heros aux triomphes
inftruit
>
Dont vous tenez la clarté
qui vous luit ;
}
C'est cet amour impatient
de gloire ,
Février 1711 Dd
44 PIECES
Qui tant de fois affûra la
memoire
,
Luy fic braver les feux & le
trépas ,
Luy fit chercher la guerre
& les combats :
De Jupiter allumant le tonnere
,
Brifer l'orgueil des enfans
de la terre
,
Contre leur rage armer nos
boulevarts ,
Er foudroyer leurs plus fermės
remparts.
Puiffe-t- il voir les nombreu .
ſes années
Toûjours de gloire &
d'honneurs couronnées ,
FUGITIVES 7
Et quand la Paix reviendra
parmi nous,
Se confacrer à des travaux
plus doux:
Non moins heureux fous
l'Empire de Rhée
Que quand la terre à Bellonne
eft livrée.
à Madame D ****
fur le veritable Amour.
Dufaux encens dédaigneuſe
ennemie
Qui dans le vray par l'e.
xemple affermic ,
Sçavez fi bien de tout éloge
plat ,
Diftinguer l'art d'un pinceau
délicat :
Sage Uranie , en qui le don
de plaire ,
Février 1711. Bb
50 PIECES
Eft joint au don de hair le
vulgaire ,
De démêler , libre en vos
fentimens ,
Les préjugez de fes faux
jugemens ;
Et d'abhorrer ces loüanges
guindées ,
Qui n'ont d'appuy que fes
folles idées :
Si quelqu'Auteur pour vous
faire fa cour ,
S'imaginant avoir pris un
beau tour
Vous décrivoit dans fes
peintures feiches ,
" Le Dieu d'Amour , fon carFUGITIVES.
St
quois , & fes fléches :
De la raifon ennemy
langoureux
,
Et de nos fens enchanteur
doucereux ,
Vous déploiant ces lieux
communs poftiches ,
Dont l'Opera brode fes
hemiſtiches :
Sur ce tableau frivolement
conceù ,
Probablement il feroit mal
receu ,
De vous chanter en rimes
indifcretes ,
Que cet Amour ne fe plaît
qu'où vous cftes ;
Bb ij
52 PIECES
Qu'il regne en vous , qu'il
fuit par tout vos pas ,
Et qu'il languit où l'on ne
vous voit pas.
Mais fi quelqu'un plus fage
& plus habile
Vous dépeignoit d'un
crayon moins fterile
Le même Amour
, non tel
qu'on l'avoit feint
Mais en effet , tel qu'il doit
eftre peint
:
Tel qu'autrefois l'ont vŷ
nos premiers fages ,
Lors qu'au Parnaffe attirang
leurs hommages ,
FUGITIVES . 53
cux de guirlan- Le Dieu
par
des orné ,
Fût dans la Grece en triomphe
amené ;
Si pourfuivant cette noble
peinture >
Il vous traçoit d'une main
libre & feure ,
Ces vifs rayons , ces fublimes
ardeurs
Ce feu divin qu'il répand
dans les coeurs ,
Dont la fplendeur les éclaire
& les guide
Dans les fentiers de la vertu
folide :
Vous faifant voir affis à fon
côté Bb iij
54
PIECES
L'Honneur , la Paix , la Vertu
, l'Equité ;
Peut -être alors à le bannir
moins prompte
Vous fouffririez , fans rougeur
, & fans honte ,
Que ce Dieu vint embellir
vôtre Cour :
Connoiffez donc ce que c'eſt
que l'Amour ;
Et deformais l'ame débarafféc
Des préjugez d'une troupe
infenfée ,
Qui ne l'a peint que fous de
faux portraits
;
Gardons nous bien d'en
FUGITIVES .
juger fur leurs traits
De le confondre avec ce
Dieu frivole ,
De qui l'erreur nous a fait
une Idole
Et qui n'épand que des feux
criminels.
Ces deux rivaux ennemis
érernels ,
L'un fils du Ciel ; l'autre né
de la Terre ,
Se font entre eux une immortelle
guerre ;
Plus fignalez en leur divifion
,
Que les Heros de Grece ,
& d'llion.
Bb iiij
66 PIECES
Quelqu'un peut - eftre à ce
début miſtique ,
Va me traiter de cerveau
fanatique
Et me voyant monter fur
ce haut ton >
Traiter l'Amour en ftile de
Platon ,
M'objectera qu'une jeune
Heroïne ,
Mériteroit un peu moins
de doctrine .
Mais fans répondre à ce
langage vain
Laiffons - le en paix fon
Cyrus à la main :
De nos raifons l'ame peu
combatue
,
FUGITIVES . 7
Du Dieu d'Amour encen
fer la ftatuë ,
Et poursuivons nos propos
commencez .
Jadis fans choix les humains
difperfez ,
Troupe feroce & nourrie au
carnage ,
Du feul inftinct fuivoient
la loy fauvage:
Se renfermoient dans les
autres cachez ;
Et des forêts par la faim
arrachez ,
Alloient errans au gré de la
nature
Avec les Ours difputer la
pâture.
58 PIECES
De ce cahos l'Amour répara
teur
Fût de leurs loix le premier
fondateur.
Il fçait fléchir leurs humeurs
indociles..
Les réunit dans l'enceinte
des Villes.
Leur enfeigna le fecours- des
moiffons
,
Des premiers arts leur donna
des leçons ,
Chez eux logea l'amitié fecourable
,
Avec la paix fa foeur infeparable:
› Et
devant tout dans les
terreftres
lieux
FUGITIVES
. 59
Fit refpecter
l'autorité
des
Dieux .
Tel fut ici le fiecle de Ci
belle
;
Mais à ce Dieu la Terre enfin
rebelle
Se rebuta d'une fi douce
Loy ,
Et de fes mains voulut fe
faire un Roy.
Tout auffi toft , évoqué par
la haine ;
Sort de fes flancs un montre
àforme humaine ,
Refte dernier de ces affreux
Tiphons ,
Jadis formé dans des gouffres
profonds ;
PIECES
D'un foible
enfant il a le
front
timide ,
Dans fes
yeux
brille une
douceur
perfide ,
Nouveau
Prothée à
toute
heure , en
tous lieux ,
Sous un
faux
mafque il a
bufe nos
yeux.
Dabord
voilé
d'une
crainte
ingenuë ,
Humble ,
captif, il
tremble,
il
s'infinuë ,
Puis tout à
coup
imperieux
vainqueur
Porte le
trouble &
l'effroy
dans le
coeur ;
Les
trahifons , la
noire tirannie
,
FUGITIVES. GE
Le
defefpoir , la peur , l'i
gnominic ,
Et le tumulte au regard effaré
Suivent fon char de foupçons
entouré.
Ce fut fur lui que la Terre
ennemic
De fa revolte appuya l'infamic
,
Bientoft feduits par les trom
peurs appas
Les fols humains marcherent
fur fes pas.
L'Amour par lui dépouillé
de puiffance
Remonte au Ciel ſéjour de
fa naiffance ,
62
PIECES
Et las de voir l'homme
fourd à fa voix ,
Il l'abandonne à fon malheureux
choix .
Alors enflé d'une nouvelle
audace ,
L'ufurpateur prend fon
nom & fa place :
Et fous ce nom l'erreur de
toutes parts
Fait ici bas , voler fes Etendarts
.
C'eft de ce temps que nous
vîmes éclore
Tous les malheurs envoyez
par Pandore ,
La jaloufic allumant fes flambeaux
FUGITIVES. 63
Creufa dés lors mille horribles
tombeaux ;
Et des forfaits de plus d'une
Medée
Plus d'un climat vit fa rive
innondée .
Un fiecle à l'autre enviant
Les furcurs
Imagina de nouvelles horreurs
;
Chaque âge vit augmen
ter fes miferes ,
Et nos ayeux plus méchans
que leurs peres ,
Nous firent naiſtre encor
plus méchans qu'eux ,
Bientoft fuivis par de pires
neveux.
64
-PIECES
Enfin le Ciel touché de nos
difgraces
Se réfolut d'en effacer les
traces ,
Et tous les Dieux convinrent
que l'Amour
Fut renvoyé dans ce mortel
fejour :
Chacun s'en forme un agreable
augure
,
Le feul Amour,l'Amour ſcul
en murmure.
Qu'a t- il commis, pourquoi
feul immolé
D'entre les Dieux fera t- il
exilé ?
Quittera til ces demeures
heureuſes,
FUGITIVES . 65
Ces regions pures & lumineufes
,
Sejour brillant de gloire &
de clarté ,
Lieux confacrez à la felicité,
Aux doux plaiſirs enfans de
l'innocence ,
Plaifirs qu'échauffe & nourrit
fa prefence ,
Vifs fans tumulte , éternels
fans ennuy
,
Et que les Dieux ne tiennent
que de lui ?
Quoi , difoit- il , de la troupe
celefte ,
J'irai defcendre en un ſejour
funeſte ?
Février
1711.
Cc
66 PIECES
Où l'impudence étale un
front ferain ,
Où les mortels au vifage
d'airain ,
De mon fantôme eſcortant
les bannieres ,
De
l'innocence ont
rompu
les barrieres ;
Et qui d'entr'eux voudra
fuivre mes pas ?
Amour , amour ne vous allarmez
pas
Venez à moi , je connois un
azile ,
Dont les vertus ont fait leur
domicile :
Un feur rempart , un lieu de
qui jamais
FUGITIVES. 67
Nos ennemis ne troubleront
la
paix .
Celui qui regne en ce ſejour
propice ,
En a banny le coupable artifice
,
La perfidie au coup d'oeil
emprunté ,
Et la malice au rire concerté
:
Amour dit vrai, candeur hereditaire
,
Dés le berceau marqua fon
caractere ,
!
Nourry formé
par
doctes foeurs ;
les neuf
Ainfi des arts épris de leurs
douceurs Ccij
68 PIECES
Le Dieu du Pinde & la fage
Minerve ,
De leurs trefors l'ont comblé
fans referve ;
Dans ce réduit des Mufes
habité
Prefide encore une divinité :
Car la beauté dont les Dieux'
l'ont formée,
D'un moindre nom feroit
trop prohanée.
Un doux accueil , un modefte
enjouëment {
Préte à fes traits un nouvel
agrément ;
D'Enfans aîlez une troupe
fidelle ,
FUGITIVES. 69
JPlaifirs
, Amours voltigent
autour d'elle ,
Et fans effort prés d'elle
retenus ,
Pour la fervir ont oublié
Venus.
Non , non Amour ce n'eft
point à Cithere ,
Ny dans les bois qu'Amatonthe
révere ,
Qu'il faut chercher & les
jeux & les ris ? 7
Si vous voulez de vos freres
cheris ;
Revoir un jour la troupe
réünic ,
N'hefitez point , volez chez
Uranic.
70 PIECES
Mais à qui vais - je étaler ces
propos ,
Puis -je penfer qu'un Dicu
qui du cahos ,
Débarafla cette machine
ronde >
Qui voit , qui meut tous les
eftres du monde ,
De fes refforts & l'ame &
l'inftrument
Puiffe ignorer fon plus bel
ornement !
Déja porté fur les ailes
d'Eole
,
Du haut des Cieux je le vois
qui s'envole ,
Plus glorieux d'obéïr en ſa
cour >
FUGITIVES. 71
Que de regner au celefte
féjour .
Confervez bien genereufe
Uranic ,
Ce Dieu puiffant ce celeſte
genie ,
Ame du monde , Auteur
de tous les biens ,
Par qui brifant les terreftres
liens ,
D'un vol hardi nos ames
élancées ,
Jufques au Ciel élévent leurs
penſées
;
Sans fa beauté, fans fes dons
precieux ,
La vertu même eft moins
belle ànos yeux
72 PIECES
Ila produit fous d'heureux
caracteres ,
La dépouillant de fes rides
feveres ,
De qui l'afpest effrayant
les mortels ,
Leur fait fouvent deferter
fes Autels ,
De fon flambeau les flammes
immortelles ,
Jettent en nous ces vives
éteincelles
,
Dont autrefois les Heros
embrafez ,
Malgré la mort fe font
éternifez
;
Cette chaleur fi promte & fi
rapide ,
Sceut
FUGITIVES 7
Sceut échauffer un Thefée ,
un Alcide ,
Arma leurs bras pour calmer
l'Univers ,
Et pour vanger l'équité
mife aux fers .
Telle eft l'ardeur dont ce
Dieu nous enflame .
Tel eft le feu qu'il alluma
dans l'ame ,
De ce Heros aux triomphes
inftruit
>
Dont vous tenez la clarté
qui vous luit ;
}
C'est cet amour impatient
de gloire ,
Février 1711 Dd
44 PIECES
Qui tant de fois affûra la
memoire
,
Luy fic braver les feux & le
trépas ,
Luy fit chercher la guerre
& les combats :
De Jupiter allumant le tonnere
,
Brifer l'orgueil des enfans
de la terre
,
Contre leur rage armer nos
boulevarts ,
Er foudroyer leurs plus fermės
remparts.
Puiffe-t- il voir les nombreu .
ſes années
Toûjours de gloire &
d'honneurs couronnées ,
FUGITIVES 7
Et quand la Paix reviendra
parmi nous,
Se confacrer à des travaux
plus doux:
Non moins heureux fous
l'Empire de Rhée
Que quand la terre à Bellonne
eft livrée.
Fermer
Résumé : EPITRE à Madame D**** sur le veritable Amour.
L'épître est adressée à Madame D ****, en louant son discernement et sa sagesse dans la compréhension de l'amour véritable. L'auteur dénonce les représentations superficielles et trompeuses de l'amour, souvent décrit comme un dieu langoureux et capricieux. Il oppose ce faux amour à une vision noble et vertueuse, inspirée par les anciens sages qui voyaient en l'amour un guide vers la vertu, l'honneur et la paix. L'épître retrace l'histoire de l'amour, d'abord réparateur et civilisateur, puis corrompu par la Terre, qui engendra un amour tyrannique et destructeur. Ce faux amour provoqua des malheurs et des forfaits, menant à une dégradation morale des générations. Touchés par ces disgrâces, les Dieux décidèrent de renvoyer l'amour véritable sur Terre. L'auteur invite l'amour à se réfugier auprès de Madame D ****, dont la cour est un sanctuaire de vertu et de beauté. Il loue ses qualités, soutenues par les Muses et les arts, et la décrit comme un havre de paix et de candeur. L'épître se conclut par une célébration de l'amour véritable, source de gloire et de vertu, capable d'inspirer les héros et de guider les âmes vers le bien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 108-110
EPITRE A Monsieur l'Abbé de C**
Début :
Tant que dure la présence [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Monsieur l'Abbé de C**
EPITRE
A Monſieur l'Abbé de
C **
Tant que dure la préfence
D'un Altre propice & doux,
J'ai fenty de ton abfence
Plus d'ennuy que de courroux
,'
Je difois je te pardonne
De préferer les beautez
De Céres & de Pomone
Au tumulte des Citez ,
Ainfi l'Amant de Glycér
Epris d'un repos obfcur
FUGITIMES . os
Cherchoit l'ombre folitaire
Des rivages de Tibur ;
Mais aujourd'hui dans mes
Plaines
Le chien bruflant de Prócris
,
De Flore aux douces haleines
Deffeiche les dons chéris.
Veux tu d'un Aftre perfide
Piquer les âpres chaleurs ,
Et dans ton jardin aride ,
Seicher ainfi que tes fleurs.
Non , non , fuis plûtoft l'exemple
De tes amis Cafaniers
110 PIECES
Et réviens chercher au temple
L'ombre de tes maronniers.
Là nous trouverons fans
peine
Avec toi le verre en main ,
Cet homme que Diogéne
Chercha filong temps en
vain ,
Et dans fa douce allégreffe ,
Dont tu fçais nous abreuver
,
Nous puiferons la fageffe
Qu'il cherchoit fans la trouver
,
A Monſieur l'Abbé de
C **
Tant que dure la préfence
D'un Altre propice & doux,
J'ai fenty de ton abfence
Plus d'ennuy que de courroux
,'
Je difois je te pardonne
De préferer les beautez
De Céres & de Pomone
Au tumulte des Citez ,
Ainfi l'Amant de Glycér
Epris d'un repos obfcur
FUGITIMES . os
Cherchoit l'ombre folitaire
Des rivages de Tibur ;
Mais aujourd'hui dans mes
Plaines
Le chien bruflant de Prócris
,
De Flore aux douces haleines
Deffeiche les dons chéris.
Veux tu d'un Aftre perfide
Piquer les âpres chaleurs ,
Et dans ton jardin aride ,
Seicher ainfi que tes fleurs.
Non , non , fuis plûtoft l'exemple
De tes amis Cafaniers
110 PIECES
Et réviens chercher au temple
L'ombre de tes maronniers.
Là nous trouverons fans
peine
Avec toi le verre en main ,
Cet homme que Diogéne
Chercha filong temps en
vain ,
Et dans fa douce allégreffe ,
Dont tu fçais nous abreuver
,
Nous puiferons la fageffe
Qu'il cherchoit fans la trouver
,
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Résumé : EPITRE A Monsieur l'Abbé de C**
L'auteur écrit à l'abbé de C** pour exprimer son ennui de son absence, qu'il attribue à une préférence pour la tranquillité des champs. Il évoque un changement de saison avec une chaleur intense et invite l'abbé à revenir pour partager une sagesse rare, sous les marronniers, comparée à celle de Diogène.
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24
p. 13-18
EPITRE EN VERS, Par M. V ........
Début :
Par tes conseils & ton exemple [...]
Mots clefs :
Esprit
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE EN VERS, Par M. V ........
EPITRE EN VERS,
: Par M. V i
par tes conseils & ton
exemple
Ce que j'ay de vertus fut
trop bien cimenté,
CherP. dans la pureté
Des innocens banquets du
Temple
De raison & de fermeté.
Ja'aymfaitpunelemo,isson trop
Pourestrejamaisinfsetcte
D'une sordideavidité,
Quelle honte
,
bon Dieu,
quel scandalleenParnasse -
De voirundeses Candidats
Employerlaplume d'Horace
( A liquider
-un compte, à
dresser des estats !
J'ay vû, diroitMaror, en
faitanc la grimace,
J'ayvû l'Eleve de Clio
Sedentem in selonio;
Jelay vû calculer, flombrcrJ
chiffrer,rabattre,
Et d'un produit au denier
- quatre
Raisonner selon l'adgio.
Dure, dure plûtost; l'honorableindigence,
Dontj'ay si long-tems essaïé,
Je sçay quel est le prix d'une
honneste opulence
Que fuie la joyeuse innocence,
Et qu'un Philolophe étayé
Dans peu de richesse & d'aisance
,
Dans le chemin de sapience
Marche plus fermme de
moitié:
Mais j'aime mieux un sage
a, pié1
Content de son indépendance
Qu'un juste in,dignement
noyé
Dans une
servile abondan- ce,
Qiii facnfianccou[.)bonneurJ'
joye, amitié
Au foin d'augmenter sa
finance,
Est luy mêmesacrifié
A des biens donc il n'a jamais
la joüissance.
Nourri par Apollon, cultivé
par tes soins,
Cher P. ne crains pas que je
me timpanise
Par l'odieuse convoitise
D'un bien plus grand que
mesbesoins:
D'une ame libre&dégagée * De préjugez contagieux,
Une fortune un peu rangée,
Ua
Un corps sain
, un esprit
joyeux,
Et quelque Prose mélangée
De Vers badins & serieux,
Me feront trouver l'apogée
De la felicité des Dieux.
C'estpar ces maximes, qu'ignore
Tout Riche, Juif, Arabe,
ou More,
Que j'ay fçû plaire déslong
temps
A des Protecteursquej'honore,
Et c'est ainsi que je prétends
j. Trouver l'art de leur plaire encore.
Cest dans cc bon esprit
Gaulois,
Que le gentil Maistre François
Appelle Pantagruélisme,
Q~~ Neüilly L. * & * nin
Puisent cet enjouëment
benin,
Dont est formé leur Atti--
cisme.
: Par M. V i
par tes conseils & ton
exemple
Ce que j'ay de vertus fut
trop bien cimenté,
CherP. dans la pureté
Des innocens banquets du
Temple
De raison & de fermeté.
Ja'aymfaitpunelemo,isson trop
Pourestrejamaisinfsetcte
D'une sordideavidité,
Quelle honte
,
bon Dieu,
quel scandalleenParnasse -
De voirundeses Candidats
Employerlaplume d'Horace
( A liquider
-un compte, à
dresser des estats !
J'ay vû, diroitMaror, en
faitanc la grimace,
J'ayvû l'Eleve de Clio
Sedentem in selonio;
Jelay vû calculer, flombrcrJ
chiffrer,rabattre,
Et d'un produit au denier
- quatre
Raisonner selon l'adgio.
Dure, dure plûtost; l'honorableindigence,
Dontj'ay si long-tems essaïé,
Je sçay quel est le prix d'une
honneste opulence
Que fuie la joyeuse innocence,
Et qu'un Philolophe étayé
Dans peu de richesse & d'aisance
,
Dans le chemin de sapience
Marche plus fermme de
moitié:
Mais j'aime mieux un sage
a, pié1
Content de son indépendance
Qu'un juste in,dignement
noyé
Dans une
servile abondan- ce,
Qiii facnfianccou[.)bonneurJ'
joye, amitié
Au foin d'augmenter sa
finance,
Est luy mêmesacrifié
A des biens donc il n'a jamais
la joüissance.
Nourri par Apollon, cultivé
par tes soins,
Cher P. ne crains pas que je
me timpanise
Par l'odieuse convoitise
D'un bien plus grand que
mesbesoins:
D'une ame libre&dégagée * De préjugez contagieux,
Une fortune un peu rangée,
Ua
Un corps sain
, un esprit
joyeux,
Et quelque Prose mélangée
De Vers badins & serieux,
Me feront trouver l'apogée
De la felicité des Dieux.
C'estpar ces maximes, qu'ignore
Tout Riche, Juif, Arabe,
ou More,
Que j'ay fçû plaire déslong
temps
A des Protecteursquej'honore,
Et c'est ainsi que je prétends
j. Trouver l'art de leur plaire encore.
Cest dans cc bon esprit
Gaulois,
Que le gentil Maistre François
Appelle Pantagruélisme,
Q~~ Neüilly L. * & * nin
Puisent cet enjouëment
benin,
Dont est formé leur Atti--
cisme.
Fermer
Résumé : EPITRE EN VERS, Par M. V ........
L'épître de M. V i célèbre les vertus et la pureté acquises grâce aux conseils et à l'exemple de son destinataire, cher P. L'auteur exprime son dégoût pour la cupidité et le scandale de voir des candidats utiliser leur plume pour des tâches mercantiles. Il méprise les poètes qui privilégient les calculs financiers à la poésie. Préférant une honnête indigence à une richesse servile, il sacrifie la joie, l'amitié et le bonheur à l'augmentation de sa fortune. Il valorise une vie simple et indépendante, nourrie par Apollon et cultivée par les soins de cher P. L'auteur se réjouit d'une fortune modeste, d'un corps sain, d'un esprit joyeux et d'une prose mêlée de vers. Ces principes lui ont permis de plaire à ses protecteurs, et il espère continuer à le faire. Il conclut en souhaitant que ses proches partagent cet enjouement bénin, qualifié de pantagruélisme par le maître François.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 80-81
EPISTRE chagrine. Sur le mot de l'Enigme qui est le MELON.
Début :
Quand il gresle quelle frayeur [...]
Mots clefs :
Melon, Vin
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texteReconnaissance textuelle : EPISTRE chagrine. Sur le mot de l'Enigme qui est le MELON.
EPISTRE
chagrine.
Sur le mot de l'Enigme
quiestle MELON. L Es Melons ne valent
rien sur la fin de l'Automne,
à peine puis- je les souffrir
en plein Esié : que je
fuis ndigné de le voir comparé
au vin: le vin est le
symbole de la sincerité, le
melon est le symbole de la
tromperie, le vin donne du
courage, le melon ne donne
que dela crainte.
Quand il gresse quelle frayeur
A-t-onpour son palais de verres
Quand on l'achette on a bien peur
De ne trouver en luy qu'unfade
goustdeterre.
Dans un estomac rapporteur,
Des nezil devient la terreur:
Quandonle mange on a la crainte
D'estre tourmenté d'une éprainte;
Toujours crainte, terreur,frayeur.
Dans cefruitpesant ~& trompeur,
Eny révanttantostje craignois.
la migraine :
Mauditsoitlefruit ~& lagraine,
L'autheur de l'Enigme &le nom
De mon ennemi le Melon.
chagrine.
Sur le mot de l'Enigme
quiestle MELON. L Es Melons ne valent
rien sur la fin de l'Automne,
à peine puis- je les souffrir
en plein Esié : que je
fuis ndigné de le voir comparé
au vin: le vin est le
symbole de la sincerité, le
melon est le symbole de la
tromperie, le vin donne du
courage, le melon ne donne
que dela crainte.
Quand il gresse quelle frayeur
A-t-onpour son palais de verres
Quand on l'achette on a bien peur
De ne trouver en luy qu'unfade
goustdeterre.
Dans un estomac rapporteur,
Des nezil devient la terreur:
Quandonle mange on a la crainte
D'estre tourmenté d'une éprainte;
Toujours crainte, terreur,frayeur.
Dans cefruitpesant ~& trompeur,
Eny révanttantostje craignois.
la migraine :
Mauditsoitlefruit ~& lagraine,
L'autheur de l'Enigme &le nom
De mon ennemi le Melon.
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Résumé : EPISTRE chagrine. Sur le mot de l'Enigme qui est le MELON.
L'épître exprime une aversion pour le melon, jugé insipide et trompeur. L'auteur le compare défavorablement au vin, symbole de sincérité. Il craint un goût fade, des troubles digestifs et des migraines. Il qualifie le melon de 'fruit pesant et trompeur' et le désigne comme son ennemi.
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26
p. 150-162
EPISTRE A M. DE VENDOSME. Sur la bataille de Villaviciosa en 1710.
Début :
Vraiment c'eût été gra[n]d dommag [...]
Mots clefs :
Duc de Vendôme, Bataille de Villaviciosa, Staremberg, Italie, Archiduc, Royaume, Bourbon, Gloire, Allemagne
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texteReconnaissance textuelle : EPISTRE A M. DE VENDOSME. Sur la bataille de Villaviciosa en 1710.
EPISTRE
A M. DE VENDOSME.
Sur la bataille de Villaviciosa
V en 1710.
Raiment c'eût étégrád
dommage
De voir Vendôme en son
village
S'amuser à planter des
choux,
A tirer aux canards, à courre après des loups,
Comme nous l'avons vû la
derniere campagne.
On a
besoin de lui jusqu'audelà des monts,
Pour en chasser les loups &
sauver les moutons:
Bien pires que des loups,
Allemans en Espagne
Par force ont resolu d'enle1 ver laToison;
L'Archiduc cadet de Jason,
Vient de percerle labirinte:
Le vin des Castillans n'est
plus que vin d'absinte
Tout est triste à Valladolid,
Les heretiquessontlesmaîtres dans Madrid,
Ils le sont assi dans Tolede.
Voila le mal si grand
>
qu'il
paroîtsansremede.
Vendôme arrive: mais ne
vient-il point trop tard?
Staremberg est un sin.renard ;
Vendôme *l'apper,çut.: uiv.
jour en Italie,
*sfiïti'fion à la fameusemarche dn•
GeneralStarçmbergw.Italie,
Et je ne crois pasqu'ill'oublie.
Philippe un peu ragaillardi
De revoir un Bourbon iifLi
du grand Henri,
Lui conte sa de'convenuë,
Et comme son armée avoit
été battuë
:
*
Mais battuë à ne sçavoir
pas
Comment former ensemble un corps de six
soldats.
A parler franchement,l'affaire est serieuse,
Et lesplus assurez la trou-
*:¡ La batailleSarragosse.
,
voient dangereuse.
Vendôme,sans être alarme,
Dit au Roy: Vous êtes aime,
Detousvos bons amis reformons une armée
Par vôtre presence animée;
Je gage mon château.d'A-
- net.
Quel'Archiduc parvous fera battutoutnet,
Etrecogné dans Barcelone.
Quand un Roy commande
en personne,
Et qu'il ne voit autour de
lui
Pas un dont il ne soit cheri
,
Il doit être certain du gain
delabacaille;
- Un oeu desens rassis JL1vous
verrez si jeraille. rIl rassemble les Castillans,
,Tous aussi zelez que vaillans,
Castillans si gourmands de
gloire :
Onleur a
parlé de victoire,
ResolusdevaincreoumouIl semble qu'à lanoce on les
voit accourir
, Ilsemble qu'on les voit renaître
>
1
Par troupes on les voie paraître *
r„ Dans les montagnes& vallons; ,
Ils fè marchant surlestalons,
Desireux de voir ce Vendôme
Venu poursauverle Royaume;
.Vendôme Roy; este'coutedu
De disposer de tout il lui
donne l'employ,
Et le fait après lui General
,
Capitaine.
Morblea! que n'ai-je ici.
bonne& guerriere
veine
Pour peindre un jeune Mars
Avec son Lieutenant!
Philippe est tout Bourbon,
il arpente en avant,
Il frape, & marche enmaître du Royaume,
Il va plus vîte que Vendô
-
me.
1 Chacun lui cede le terrain,
Crainte d'avoir l'honneur
de mourir delà maiiii
Car de fraper par-tout sa
mainn'est jamais lasse:
Il faut que jeunesse se passe.
Mais Vendôme dit à partsov
Suivi des Castillans laissons
faire le Roy;
Quechacuncombatteàsa.
-, guise,
J'ai dans la rête une entre- prise.
Staremberg doit passer par
là
S'il veut secourir Brihuega.
Le matois ne sçait pas que
cettevilleestnôtre;
Ilm'estime un trés-bon gar-
-
çon,
Ni malin, ni rusé, simple
comme un Apôtre:
Par nôtre *ordre pourtant
ronfle encore lecanon.
De ce que je lui dois je voudrois être auicce;
-Il faut que je lui rende en
passant la visire
Qu'ilnevoulut pas
* * recevoir
Quand je brûlois jadis du
desir de le voir.
Il n'eut pas achevé, que
'*Aï- de Vtniomc> aprés la prise
de Brl'isîeo^a
,
de Bribuega sa!fit rirtr
>
faifjittoujours tirer
le canon
,
pourfaire croire au General Staremberg que cette zilletenoit
encore, &l'engager à la venir senH ir.
** En Italie
.
voila l'Allemagne
viicnttomber Qsivienttomibersur fà lui dl dei
haut d'unemontagne:
De la maniéréquon le fert
Il voit. bien que c'estStaremberg.
Contraint de reculer quel,
ques pas en arriéré,
Il voit donner aux siensru
-
descoups d'ecriviere:
Il rallie, &se joint aux renommez Vvallons,
De gerbes d'Allemans il
couvre les sillons
;
Les honteux d'avoir fui reviennent à l'ouvrage,
Des voleurs de reliques on
,
fait
fait un saint carnage,
Et l'on met les Saints à
couvert.
Vendôme voudroit bieny
mettreStaremberg
,
Ilmanque y
pour avoir la
victoire parfaite:
Mais. c'est un faiseur de retraite
Que l'on neprend pas comme on veut.
Il: Ce sauve, & sauve qui
peut: -
Voyantson armée en deV
route,
Sans se faire prierilempaume la route
Que l'Archiduc avoit marquée auparavant; Car il avoit pris le devant.
Philippe triomphant rassïsdessusson trône,
Tranquile, attend queBar-
,. celone,
Dont Vendôme autrefois
fit present à Loüis,
Embelisse encor son his-
..,
tOIre,
Et qu'il ait encore la gloire
De la donner au Petit-fïls
A M. DE VENDOSME.
Sur la bataille de Villaviciosa
V en 1710.
Raiment c'eût étégrád
dommage
De voir Vendôme en son
village
S'amuser à planter des
choux,
A tirer aux canards, à courre après des loups,
Comme nous l'avons vû la
derniere campagne.
On a
besoin de lui jusqu'audelà des monts,
Pour en chasser les loups &
sauver les moutons:
Bien pires que des loups,
Allemans en Espagne
Par force ont resolu d'enle1 ver laToison;
L'Archiduc cadet de Jason,
Vient de percerle labirinte:
Le vin des Castillans n'est
plus que vin d'absinte
Tout est triste à Valladolid,
Les heretiquessontlesmaîtres dans Madrid,
Ils le sont assi dans Tolede.
Voila le mal si grand
>
qu'il
paroîtsansremede.
Vendôme arrive: mais ne
vient-il point trop tard?
Staremberg est un sin.renard ;
Vendôme *l'apper,çut.: uiv.
jour en Italie,
*sfiïti'fion à la fameusemarche dn•
GeneralStarçmbergw.Italie,
Et je ne crois pasqu'ill'oublie.
Philippe un peu ragaillardi
De revoir un Bourbon iifLi
du grand Henri,
Lui conte sa de'convenuë,
Et comme son armée avoit
été battuë
:
*
Mais battuë à ne sçavoir
pas
Comment former ensemble un corps de six
soldats.
A parler franchement,l'affaire est serieuse,
Et lesplus assurez la trou-
*:¡ La batailleSarragosse.
,
voient dangereuse.
Vendôme,sans être alarme,
Dit au Roy: Vous êtes aime,
Detousvos bons amis reformons une armée
Par vôtre presence animée;
Je gage mon château.d'A-
- net.
Quel'Archiduc parvous fera battutoutnet,
Etrecogné dans Barcelone.
Quand un Roy commande
en personne,
Et qu'il ne voit autour de
lui
Pas un dont il ne soit cheri
,
Il doit être certain du gain
delabacaille;
- Un oeu desens rassis JL1vous
verrez si jeraille. rIl rassemble les Castillans,
,Tous aussi zelez que vaillans,
Castillans si gourmands de
gloire :
Onleur a
parlé de victoire,
ResolusdevaincreoumouIl semble qu'à lanoce on les
voit accourir
, Ilsemble qu'on les voit renaître
>
1
Par troupes on les voie paraître *
r„ Dans les montagnes& vallons; ,
Ils fè marchant surlestalons,
Desireux de voir ce Vendôme
Venu poursauverle Royaume;
.Vendôme Roy; este'coutedu
De disposer de tout il lui
donne l'employ,
Et le fait après lui General
,
Capitaine.
Morblea! que n'ai-je ici.
bonne& guerriere
veine
Pour peindre un jeune Mars
Avec son Lieutenant!
Philippe est tout Bourbon,
il arpente en avant,
Il frape, & marche enmaître du Royaume,
Il va plus vîte que Vendô
-
me.
1 Chacun lui cede le terrain,
Crainte d'avoir l'honneur
de mourir delà maiiii
Car de fraper par-tout sa
mainn'est jamais lasse:
Il faut que jeunesse se passe.
Mais Vendôme dit à partsov
Suivi des Castillans laissons
faire le Roy;
Quechacuncombatteàsa.
-, guise,
J'ai dans la rête une entre- prise.
Staremberg doit passer par
là
S'il veut secourir Brihuega.
Le matois ne sçait pas que
cettevilleestnôtre;
Ilm'estime un trés-bon gar-
-
çon,
Ni malin, ni rusé, simple
comme un Apôtre:
Par nôtre *ordre pourtant
ronfle encore lecanon.
De ce que je lui dois je voudrois être auicce;
-Il faut que je lui rende en
passant la visire
Qu'ilnevoulut pas
* * recevoir
Quand je brûlois jadis du
desir de le voir.
Il n'eut pas achevé, que
'*Aï- de Vtniomc> aprés la prise
de Brl'isîeo^a
,
de Bribuega sa!fit rirtr
>
faifjittoujours tirer
le canon
,
pourfaire croire au General Staremberg que cette zilletenoit
encore, &l'engager à la venir senH ir.
** En Italie
.
voila l'Allemagne
viicnttomber Qsivienttomibersur fà lui dl dei
haut d'unemontagne:
De la maniéréquon le fert
Il voit. bien que c'estStaremberg.
Contraint de reculer quel,
ques pas en arriéré,
Il voit donner aux siensru
-
descoups d'ecriviere:
Il rallie, &se joint aux renommez Vvallons,
De gerbes d'Allemans il
couvre les sillons
;
Les honteux d'avoir fui reviennent à l'ouvrage,
Des voleurs de reliques on
,
fait
fait un saint carnage,
Et l'on met les Saints à
couvert.
Vendôme voudroit bieny
mettreStaremberg
,
Ilmanque y
pour avoir la
victoire parfaite:
Mais. c'est un faiseur de retraite
Que l'on neprend pas comme on veut.
Il: Ce sauve, & sauve qui
peut: -
Voyantson armée en deV
route,
Sans se faire prierilempaume la route
Que l'Archiduc avoit marquée auparavant; Car il avoit pris le devant.
Philippe triomphant rassïsdessusson trône,
Tranquile, attend queBar-
,. celone,
Dont Vendôme autrefois
fit present à Loüis,
Embelisse encor son his-
..,
tOIre,
Et qu'il ait encore la gloire
De la donner au Petit-fïls
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Résumé : EPISTRE A M. DE VENDOSME. Sur la bataille de Villaviciosa en 1710.
L'épître adressée à M. de Vendôme décrit la bataille de Villaviciosa en 1710. Le texte exprime le regret de voir Vendôme inactif dans son village alors que l'Espagne est menacée par les Allemands, qui cherchent à prendre le contrôle du pays. L'Archiduc, comparé à Jason, a réussi à percer le labyrinthe, laissant l'Espagne dans une situation désespérée. Les hérétiques dominent Madrid et Tolède, et le roi Philippe est découragé après une défaite militaire. Vendôme arrive et rassemble une nouvelle armée, animée par la présence du roi. Les Castillans, motivés par la perspective de la victoire, accourent pour se battre. Philippe, revigoré, combat avec ardeur, mais Vendôme reste stratégique, prévoyant une entreprise secrète. Staremberg, général ennemi, est trompé par une ruse de Vendôme, qui fait tirer le canon pour lui faire croire que Brihuega est encore tenue par les Français. Lors de la bataille, les Allemands sont repoussés et subissent de lourdes pertes. Staremberg, malgré ses efforts, doit battre en retraite. Philippe, triomphant, retrouve son trône et attend la reddition de Barcelone, que Vendôme avait autrefois offerte à Louis XIV.
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27
p. 3-37
NOUVELLE. EPISTRE CRITIQUE à Monsieur .... faite à l'occasion d'un Ouvrage d'esprit obscur & guindé qu'on luy a envoyé dans sa retraite, il feint ingénieusement que depuis qu'il est hors de Paris tous les Ouvrages y sont devenus obscurs & guindez comme celuy qui luy a esté envoyé.
Début :
Depuis un temps mon silence en fait foy, [...]
Mots clefs :
Cantons, Magistrat, Paris, Mal, Lunettes, Lettres secrètes, Franchise, Oracle, Guindé, Code
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE. EPISTRE CRITIQUE à Monsieur .... faite à l'occasion d'un Ouvrage d'esprit obscur & guindé qu'on luy a envoyé dans sa retraite, il feint ingénieusement que depuis qu'il est hors de Paris tous les Ouvrages y sont devenus obscurs & guindez comme celuy qui luy a esté envoyé.
NOUVELLE.
EPISTRE CRITlQUE
a Monsieur.faite
à l'occasion d'un Ouvrage
d'esprit obfckr
&guindéqu'on luy a
envoye dans sa retraite,
il feintingénieusement
quedepuisqu'il
est hors de Paris tous
les Ouvrages y sont
devenus obscurs (S
guindez comme celuy
qui luy a ejie envoyé.
DEpuis un temps mon
silence en fait foy,
Dans vos cantons n'oserois
plus écrire,
Grand Magistrat, si demandez
pourquoy , ,
Tout bonnement je m'en
vais vous le dire.
En maint écrit qu'à
Paris on admire,
Ou peu s'en faut
, ne
puis comprendre rien,
Le stile en est tres beau,
je le vois bien;
Mais tel qu'ilest, si n'y
puis rien entendre;
N'ay-je pas lieu d'apprehender
quau mien
Paris aussi ne puisse rien
comprendre?
Grand malm'en veux &
ne fuis point touché
D'avoir 1 esprit si dur 6C
si bouché,
Car j'ay beau faire, 6C
hausser mes lunettes,
Et Prose & Vers tout est
si haut perché
Qu'également je m'y
1 trouve empesché,
Et c'est tousjours pour
moy Lettres secrettes,
Goute n'y vois. Oh! que
tout a changé
Pour le langage, &que
dans la grand' Ville
Depuis le temps que j'en
fuis délogé
On s'est rendu subite--
ment habille !
Un point pourtant sur
cela m'a surpris,
Vous le dirai - je, excusez
ma franchise,
C'estvous, Seigneur, qui
causez ma surprise,
Tout ce qui part de vous
est d'un grand prix,
Et peut servir de régle
& de modelle;
C'estvérité dont personne
n'appelle,
Jugez par là de mon eftonnement.
Lorsqu'en discours sortis
de vostre bouche
A nousforains transmis
fidellement,
J'ay trouve tout énonce
clairement,
Rien de forcé, rien d'obscur,
rien de louche:
Est-ce donc là, d'abord
me suis-je dit,
Ce Magistrat dont par
toute la France
-
On prise tant le merveilleux
esprit ?
On vante tant la force &
l'éloquence? -
Je le croyois un Oracle
du temps,
Et cependant il parle, èC
je l'entens !
Je vous le dis, Seigneur,
c'est grand dommage,
Cette clarté qui fut une
, vertu
Au temps passé
,
n'est
plus du bel usage, --
Et ne voudrois en donnerunfestu:
On la souffroit jadis dans
lelangage
Quand on parloit afin
d'estre entendu;
Mais aujourd'huy que
l'on devient plus fagey
Adieu vous dis, son cre-
1 dit est perdu;
On a raison
, tout estoit
confondu.
Dans ce temps-là le peuple,
la canaille
Mettoit le nez dans les
meilleurs écrits
J'
Et décidoit souvent vaille
que vaille,
Chose indecente, & que
nos beaux esprits
N'ont deu souffrir
,
ils;
ont mis si bon ordre
A cet énorme Se vicieux
abus,
Que leurs écrits sont autant
de Rebus,
Enigmes mesme, & n'est
aisé d'y mordre;
Qui le pourroit? ils ne
se montrent plus
Qu'enveloppez de nuages
confus:
Impunément ils bravent
les orages
Tousjours guindez dans
le plus haut des airs;
De temps en temps du
fond de ces nuages
On voit sortir desflammesdes
éclairs ;
Un peu de bruit, &
beaucoup de fumée ;
Puis un essain, soidisant
Renommée,
Veut qu'on admire cC
nous en fait la loy ;
On obeït
, on crie à la
merveille,
Je crie aussi sans trop sçavoir
pourquoy ;
Mais si m'allois faire tirer
l'oreille
Aurais bientost la grand'
bande sur moy :
Pourquoi de peur qu'on
aille s'y méprendre
Je le déclare entant qu'il
est besoin,
Et s'il le faut vous en
prens à tesmoin,
J'admire tout sans le pouvoir
comprendre.
Pour ces Messieurs plus
ne puis,ni ne dois;
Car de vouloir que je les
-
puisse entendre
C'en feroit trop ,
Seigneur,
& je lescroy
Trop gens d'honneur,
: & trop de bonne foy
Pour l'exiger, bien loin
de le prétendre 1
Tous au contraire entre
eux-mesmes tout bas
Sont convenus qu'ils ne
s'entendroient pas.
Voila, Seigneur, touchant
le beau langage
Sur le Parnasse, un grand
remu-ménage:
Or il s'agit de prendre
son parti,
Avisez-y) vous estes bon
& sage:
Mais n'en voudrez avoir
.;
le dementi,
Je le vois bien, ÔC tiendrez
tousjours ferme
Pour le vieil goust. Qu'-
]entens-je par ce terme? entens celui d'Horace
& Ciceron,
Encor faut-il en conserver
le germe,
Et luy laisser au moins
- quelque Patron,
Vous risquez moins que
bien d'autres à l'estre.
Comme en cet art vous
estes un grand Maistre,
Peut-estre à vous le pardonnerat-
on!
, Anous chetifs, recognez
en Province,
Suivre convient l'usage
qui prévaut,
Pour
Pour resister nostre credit
est mince;
Et quant à moi qui crains
un peu la pince,
Bon-gré mal-gré c'est un
faire le faut:
Ma coustume est de peur
qu'on ne me sonde,
D'estre tousjours le premier
à crier,
Comme Salie, ami de
tout le monde,
Sur ce pied-là ne me suis
fait prier.
J'ai donc voulu,suivant
le nouveau Code,
Qu'ont establi maints &
maints beaux esprits,
Penfer
,
écrire & parler
-
à leur mode;
Ors écoutez comment je
my fuis pris.
En premier lieu j'aifait
plier bagage
An grand Virgile, Horace,
& leurs conforts , Vivants compris aussibien
que les morts;
Tels ont cedé sans murjii;
mure à l'orage ;
D'autres ont fait un peu
plus les mutins,
Mais beaucoup moins les
.1 Grecs que les Latins.
Juvenal chef de la mutinerie
, Ma regardé d'abord du
haut en bas,
Et me quittant aussi-tost
en furie,
A pris sa courseulira
sauromatas.
Vous faites bien ma dit
tout bas Horace,
Nous gasterions le bon
goust d'aujourd'hui,
Etj'en ferois autant à vostre
place;
Perse vouloit s'enaller
avec lui,
L'ai retenu par la manche
& pour cause;
Les Orateurs & tous les
gens deProse,
Grands chicaneurs ont
voulu marchander,
Et Ciceron pour la cause
publique,
Comme autrefois tousjours
prestàplaider,
A débuté par une Philippique,
J'estois perdu si j'avois
écouté
,
Mais l'ai d'abord dès FE"
xorde arresté ; -
Disant à tous, Medicursi
point de replique,
J'en suis honteux, mais
l'Arrest est porté, -.
En vous gardant l'on eust
mieux fait peut-estre,
Et resteriez si j'en estois
lemaistre : ,-
Mais comme fuis de l'avis
des plus forts
Voici la porte & voilà la
fenestre ;
Pouvez opter, mais vous
irez dehors
Plus indigné que confus
de l'ouvrage,
0 temps, ô moeurs ! s'écrioit
Ciceron.
Brefdu vieux temps dans
ce commun naufrager,
Ne se sauva que
PerîeSe
Lycophron,
Or ces Messieurs ayant
* tous pris la fuitey.
Vous jugez bien que justesse,
raison
Clarté, bon , sens
,
crai-
; gnant mesme poursuite
A petit bruit sortirent à
leur fuite ;
Nul ne resta, tout vuida
la maifbn,
Ce fut, Seigneur, une
belle décharge;
Auparavant j'estois comme
en prison:
Mais eux partis je me vois
bien au large.
Comment! tandis qu'ay
suivi leurs leçons,
Cent fois par jour j'estois
à la torture :
Pour faire un Vers c'estoit
plus de façons,
Heureux le mot qui passoit
sans rature,
Tantost le tour paroissoit
trop guindé,
Tantostla Phrase embarrassée,
obscure L'un , ne vouloit d'un terme
hasardé,
L'autre trouvoitl'expression
trop dure,
Tousjours
Tousjours la Regle &
l'Equerre à la main
Il , me falloit suivre jùf.
qu'à la fin
Le plan tracé sous peine
de censure,
M'en écarter n'estoit gueres
permis,
Mesme en donnant
mieux que n avois
promis.
Juste en ce point,il falloit
l'estre encore
Dans l'hyperbole&dans
la metaphore, -
Pour tel écart qui feroit
encensé,
Au temps present sous
nom de noble audace
Me fuis souventveu rudement
tancé;
Rien n'estoit beau s'il
n'estoitàsa place.
Les ornemens aûssî que
de raison
Estoientdemijfe3 &c l'on
pouyoit sansdoute
Cueillir des fleurs quand
c'estoit la saison,
Mais ilfalloit les trouver
V-• !
: sur sa route; > Le Synonime enhabit retourné,
Quoy qu'éclatant :n'cftoit
pas pardonné,
La plus pompeuse &
brillante épitete
On larayoit quand;;eilc
estoit muette. .- Pour un seul terme ou
froid ou négligé,
C'estoit pitié,lonnieuft
devisagé.
Rien ne passoits'il neftoitdecalibre;
Que vous dirai-jeenfin?
j'estoisàbout:
Orsdesormaisai secoüé
le joug,
Etje puis dire à present
je fuislibre;
Aussi bientostverrez ma
plumeenl'air,
En imitantlestile noble
& rare
Del'éloquentChancelier
de Navarre,
A chaque trait élancer
un éclair:
Je vais d'abord [our enrichir
mes rimes,
faire un amasde briUans
synonimes,
Et par cet art aujoufd'huy
si commun,
Dire en vingt mots ce
qu'on peut dire en un.
Tout paroistra, jusques
aux moindres fornettes,
Enluminé de nobles épitetes,
Et dansla foule égaré,
confondu,
L'objet qui plus dévoie
frapper laveuë,
Enveloppéde cette epaiC
: senuë,
Se trouvera presque
comme perdu
Enbel esprit qui creuse
& subtilise,
Je veux mefaire un patois
à ma guise,
Et sans toucher aux ter-
-; mes establis,
Que malgré nous maintient
un vieil usage,
Sous mesmes mots autrement
assortis,
Fairetrouver tout un autre
langage
Pour me former un stile
tout nouveau,
Un stile auquel nul au-
: ,
treneressemble; ;
J'accouplerai d'un bizar-
,
re pinceau
Traits qui jamais ne se
c
font vous ensemble:
Mon arc sur tout brillera
dans letour,
J'aurai grand foin qu'au
1,
langage il responde,
Tout fera neuf
, tout
~viendra par détour,
Ne fallust il dans ma ver-
-
ve seconde
Quevous donner feule-
- :j ment le bonjour,
J'amenerai cela du bout
du monde.
De suivre un ordre & se
tracer un plan,
D'avoir unbut, & ten-
:
dre à quelque chose
C'estestre esclave, & se
faire un Tyran,
Pour tien n'en veux, &
quoyque je propose,
£en avertis,&Cqu'on
l'entende bien.
C'est sans In'afireindre"
oum'engager a rien,
Je veux errer maistre de
la campagne,
Traisnant par tout mes
lecteurs esbahis
Tantost en France, SG
tantost en Espagney
Qui me suivra verra bien
du pays ;
J'irai bien viste,& me
suive qui m'aime,
Pas ne responds pourtant
qu'en me suivant
On ne se perde, helas
'xa le plus souvent
Dans mes écarts je me "perditmoi-mesme.
L'ouvrage fait, ilfaudra consulter,
Ainsi qu'en doit user tout
homme sage,
Simesme encor s'en tolere
l'usage :
Mais en ce point ne pre..
:
tends imiter
Cequefaisoitcet Auteur
quel'onvante,
Qui pour se rendre intelligible
entout,
Sur ses écrits consultoit
saservante.
Tout au rebours je veux
gens de haut goust,
Esprits perçants, déliez
& sublimes,
Devinant tout; puis leur
lisant mes rimes
Je leur crierai: dites par
vostrefoi,
M'entendez-vous? gens
': de bien, dites-moi;
Moins ils pourront com*
p,rendreà mon ou- f-.vwgeV'»Ï
Plus le croiraideslors de
bonalloy,
Et sur cela ne veuxd'aït
tre suffrage.
Vousblasmerezle pairi,
que je. prens,
Mais quoi,fèigneui',qae
voulez-vous qu'on fâflê,
Il se faut bien accommoi,
-
,
derautemps; .~,'
J'aimelapaix,je crains
; les différents,
..Et.-
-
ne veux point me
broüiller au Parnasse;
Mais après toutque
ront nos neveux? Ce qu'ilsdiront,ce sont
debeaux morveux
Pour nous reprendre ils
n'oseroient sans doute
Et puis d'ailleurssices
petits esprits
Veulent jamais gloser sur
nos écHtsy
Quinauts seront, car ils
n'y verront goute.
EPISTRE CRITlQUE
a Monsieur.faite
à l'occasion d'un Ouvrage
d'esprit obfckr
&guindéqu'on luy a
envoye dans sa retraite,
il feintingénieusement
quedepuisqu'il
est hors de Paris tous
les Ouvrages y sont
devenus obscurs (S
guindez comme celuy
qui luy a ejie envoyé.
DEpuis un temps mon
silence en fait foy,
Dans vos cantons n'oserois
plus écrire,
Grand Magistrat, si demandez
pourquoy , ,
Tout bonnement je m'en
vais vous le dire.
En maint écrit qu'à
Paris on admire,
Ou peu s'en faut
, ne
puis comprendre rien,
Le stile en est tres beau,
je le vois bien;
Mais tel qu'ilest, si n'y
puis rien entendre;
N'ay-je pas lieu d'apprehender
quau mien
Paris aussi ne puisse rien
comprendre?
Grand malm'en veux &
ne fuis point touché
D'avoir 1 esprit si dur 6C
si bouché,
Car j'ay beau faire, 6C
hausser mes lunettes,
Et Prose & Vers tout est
si haut perché
Qu'également je m'y
1 trouve empesché,
Et c'est tousjours pour
moy Lettres secrettes,
Goute n'y vois. Oh! que
tout a changé
Pour le langage, &que
dans la grand' Ville
Depuis le temps que j'en
fuis délogé
On s'est rendu subite--
ment habille !
Un point pourtant sur
cela m'a surpris,
Vous le dirai - je, excusez
ma franchise,
C'estvous, Seigneur, qui
causez ma surprise,
Tout ce qui part de vous
est d'un grand prix,
Et peut servir de régle
& de modelle;
C'estvérité dont personne
n'appelle,
Jugez par là de mon eftonnement.
Lorsqu'en discours sortis
de vostre bouche
A nousforains transmis
fidellement,
J'ay trouve tout énonce
clairement,
Rien de forcé, rien d'obscur,
rien de louche:
Est-ce donc là, d'abord
me suis-je dit,
Ce Magistrat dont par
toute la France
-
On prise tant le merveilleux
esprit ?
On vante tant la force &
l'éloquence? -
Je le croyois un Oracle
du temps,
Et cependant il parle, èC
je l'entens !
Je vous le dis, Seigneur,
c'est grand dommage,
Cette clarté qui fut une
, vertu
Au temps passé
,
n'est
plus du bel usage, --
Et ne voudrois en donnerunfestu:
On la souffroit jadis dans
lelangage
Quand on parloit afin
d'estre entendu;
Mais aujourd'huy que
l'on devient plus fagey
Adieu vous dis, son cre-
1 dit est perdu;
On a raison
, tout estoit
confondu.
Dans ce temps-là le peuple,
la canaille
Mettoit le nez dans les
meilleurs écrits
J'
Et décidoit souvent vaille
que vaille,
Chose indecente, & que
nos beaux esprits
N'ont deu souffrir
,
ils;
ont mis si bon ordre
A cet énorme Se vicieux
abus,
Que leurs écrits sont autant
de Rebus,
Enigmes mesme, & n'est
aisé d'y mordre;
Qui le pourroit? ils ne
se montrent plus
Qu'enveloppez de nuages
confus:
Impunément ils bravent
les orages
Tousjours guindez dans
le plus haut des airs;
De temps en temps du
fond de ces nuages
On voit sortir desflammesdes
éclairs ;
Un peu de bruit, &
beaucoup de fumée ;
Puis un essain, soidisant
Renommée,
Veut qu'on admire cC
nous en fait la loy ;
On obeït
, on crie à la
merveille,
Je crie aussi sans trop sçavoir
pourquoy ;
Mais si m'allois faire tirer
l'oreille
Aurais bientost la grand'
bande sur moy :
Pourquoi de peur qu'on
aille s'y méprendre
Je le déclare entant qu'il
est besoin,
Et s'il le faut vous en
prens à tesmoin,
J'admire tout sans le pouvoir
comprendre.
Pour ces Messieurs plus
ne puis,ni ne dois;
Car de vouloir que je les
-
puisse entendre
C'en feroit trop ,
Seigneur,
& je lescroy
Trop gens d'honneur,
: & trop de bonne foy
Pour l'exiger, bien loin
de le prétendre 1
Tous au contraire entre
eux-mesmes tout bas
Sont convenus qu'ils ne
s'entendroient pas.
Voila, Seigneur, touchant
le beau langage
Sur le Parnasse, un grand
remu-ménage:
Or il s'agit de prendre
son parti,
Avisez-y) vous estes bon
& sage:
Mais n'en voudrez avoir
.;
le dementi,
Je le vois bien, ÔC tiendrez
tousjours ferme
Pour le vieil goust. Qu'-
]entens-je par ce terme? entens celui d'Horace
& Ciceron,
Encor faut-il en conserver
le germe,
Et luy laisser au moins
- quelque Patron,
Vous risquez moins que
bien d'autres à l'estre.
Comme en cet art vous
estes un grand Maistre,
Peut-estre à vous le pardonnerat-
on!
, Anous chetifs, recognez
en Province,
Suivre convient l'usage
qui prévaut,
Pour
Pour resister nostre credit
est mince;
Et quant à moi qui crains
un peu la pince,
Bon-gré mal-gré c'est un
faire le faut:
Ma coustume est de peur
qu'on ne me sonde,
D'estre tousjours le premier
à crier,
Comme Salie, ami de
tout le monde,
Sur ce pied-là ne me suis
fait prier.
J'ai donc voulu,suivant
le nouveau Code,
Qu'ont establi maints &
maints beaux esprits,
Penfer
,
écrire & parler
-
à leur mode;
Ors écoutez comment je
my fuis pris.
En premier lieu j'aifait
plier bagage
An grand Virgile, Horace,
& leurs conforts , Vivants compris aussibien
que les morts;
Tels ont cedé sans murjii;
mure à l'orage ;
D'autres ont fait un peu
plus les mutins,
Mais beaucoup moins les
.1 Grecs que les Latins.
Juvenal chef de la mutinerie
, Ma regardé d'abord du
haut en bas,
Et me quittant aussi-tost
en furie,
A pris sa courseulira
sauromatas.
Vous faites bien ma dit
tout bas Horace,
Nous gasterions le bon
goust d'aujourd'hui,
Etj'en ferois autant à vostre
place;
Perse vouloit s'enaller
avec lui,
L'ai retenu par la manche
& pour cause;
Les Orateurs & tous les
gens deProse,
Grands chicaneurs ont
voulu marchander,
Et Ciceron pour la cause
publique,
Comme autrefois tousjours
prestàplaider,
A débuté par une Philippique,
J'estois perdu si j'avois
écouté
,
Mais l'ai d'abord dès FE"
xorde arresté ; -
Disant à tous, Medicursi
point de replique,
J'en suis honteux, mais
l'Arrest est porté, -.
En vous gardant l'on eust
mieux fait peut-estre,
Et resteriez si j'en estois
lemaistre : ,-
Mais comme fuis de l'avis
des plus forts
Voici la porte & voilà la
fenestre ;
Pouvez opter, mais vous
irez dehors
Plus indigné que confus
de l'ouvrage,
0 temps, ô moeurs ! s'écrioit
Ciceron.
Brefdu vieux temps dans
ce commun naufrager,
Ne se sauva que
PerîeSe
Lycophron,
Or ces Messieurs ayant
* tous pris la fuitey.
Vous jugez bien que justesse,
raison
Clarté, bon , sens
,
crai-
; gnant mesme poursuite
A petit bruit sortirent à
leur fuite ;
Nul ne resta, tout vuida
la maifbn,
Ce fut, Seigneur, une
belle décharge;
Auparavant j'estois comme
en prison:
Mais eux partis je me vois
bien au large.
Comment! tandis qu'ay
suivi leurs leçons,
Cent fois par jour j'estois
à la torture :
Pour faire un Vers c'estoit
plus de façons,
Heureux le mot qui passoit
sans rature,
Tantost le tour paroissoit
trop guindé,
Tantostla Phrase embarrassée,
obscure L'un , ne vouloit d'un terme
hasardé,
L'autre trouvoitl'expression
trop dure,
Tousjours
Tousjours la Regle &
l'Equerre à la main
Il , me falloit suivre jùf.
qu'à la fin
Le plan tracé sous peine
de censure,
M'en écarter n'estoit gueres
permis,
Mesme en donnant
mieux que n avois
promis.
Juste en ce point,il falloit
l'estre encore
Dans l'hyperbole&dans
la metaphore, -
Pour tel écart qui feroit
encensé,
Au temps present sous
nom de noble audace
Me fuis souventveu rudement
tancé;
Rien n'estoit beau s'il
n'estoitàsa place.
Les ornemens aûssî que
de raison
Estoientdemijfe3 &c l'on
pouyoit sansdoute
Cueillir des fleurs quand
c'estoit la saison,
Mais ilfalloit les trouver
V-• !
: sur sa route; > Le Synonime enhabit retourné,
Quoy qu'éclatant :n'cftoit
pas pardonné,
La plus pompeuse &
brillante épitete
On larayoit quand;;eilc
estoit muette. .- Pour un seul terme ou
froid ou négligé,
C'estoit pitié,lonnieuft
devisagé.
Rien ne passoits'il neftoitdecalibre;
Que vous dirai-jeenfin?
j'estoisàbout:
Orsdesormaisai secoüé
le joug,
Etje puis dire à present
je fuislibre;
Aussi bientostverrez ma
plumeenl'air,
En imitantlestile noble
& rare
Del'éloquentChancelier
de Navarre,
A chaque trait élancer
un éclair:
Je vais d'abord [our enrichir
mes rimes,
faire un amasde briUans
synonimes,
Et par cet art aujoufd'huy
si commun,
Dire en vingt mots ce
qu'on peut dire en un.
Tout paroistra, jusques
aux moindres fornettes,
Enluminé de nobles épitetes,
Et dansla foule égaré,
confondu,
L'objet qui plus dévoie
frapper laveuë,
Enveloppéde cette epaiC
: senuë,
Se trouvera presque
comme perdu
Enbel esprit qui creuse
& subtilise,
Je veux mefaire un patois
à ma guise,
Et sans toucher aux ter-
-; mes establis,
Que malgré nous maintient
un vieil usage,
Sous mesmes mots autrement
assortis,
Fairetrouver tout un autre
langage
Pour me former un stile
tout nouveau,
Un stile auquel nul au-
: ,
treneressemble; ;
J'accouplerai d'un bizar-
,
re pinceau
Traits qui jamais ne se
c
font vous ensemble:
Mon arc sur tout brillera
dans letour,
J'aurai grand foin qu'au
1,
langage il responde,
Tout fera neuf
, tout
~viendra par détour,
Ne fallust il dans ma ver-
-
ve seconde
Quevous donner feule-
- :j ment le bonjour,
J'amenerai cela du bout
du monde.
De suivre un ordre & se
tracer un plan,
D'avoir unbut, & ten-
:
dre à quelque chose
C'estestre esclave, & se
faire un Tyran,
Pour tien n'en veux, &
quoyque je propose,
£en avertis,&Cqu'on
l'entende bien.
C'est sans In'afireindre"
oum'engager a rien,
Je veux errer maistre de
la campagne,
Traisnant par tout mes
lecteurs esbahis
Tantost en France, SG
tantost en Espagney
Qui me suivra verra bien
du pays ;
J'irai bien viste,& me
suive qui m'aime,
Pas ne responds pourtant
qu'en me suivant
On ne se perde, helas
'xa le plus souvent
Dans mes écarts je me "perditmoi-mesme.
L'ouvrage fait, ilfaudra consulter,
Ainsi qu'en doit user tout
homme sage,
Simesme encor s'en tolere
l'usage :
Mais en ce point ne pre..
:
tends imiter
Cequefaisoitcet Auteur
quel'onvante,
Qui pour se rendre intelligible
entout,
Sur ses écrits consultoit
saservante.
Tout au rebours je veux
gens de haut goust,
Esprits perçants, déliez
& sublimes,
Devinant tout; puis leur
lisant mes rimes
Je leur crierai: dites par
vostrefoi,
M'entendez-vous? gens
': de bien, dites-moi;
Moins ils pourront com*
p,rendreà mon ou- f-.vwgeV'»Ï
Plus le croiraideslors de
bonalloy,
Et sur cela ne veuxd'aït
tre suffrage.
Vousblasmerezle pairi,
que je. prens,
Mais quoi,fèigneui',qae
voulez-vous qu'on fâflê,
Il se faut bien accommoi,
-
,
derautemps; .~,'
J'aimelapaix,je crains
; les différents,
..Et.-
-
ne veux point me
broüiller au Parnasse;
Mais après toutque
ront nos neveux? Ce qu'ilsdiront,ce sont
debeaux morveux
Pour nous reprendre ils
n'oseroient sans doute
Et puis d'ailleurssices
petits esprits
Veulent jamais gloser sur
nos écHtsy
Quinauts seront, car ils
n'y verront goute.
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Résumé : NOUVELLE. EPISTRE CRITIQUE à Monsieur .... faite à l'occasion d'un Ouvrage d'esprit obscur & guindé qu'on luy a envoyé dans sa retraite, il feint ingénieusement que depuis qu'il est hors de Paris tous les Ouvrages y sont devenus obscurs & guindez comme celuy qui luy a esté envoyé.
L'épître critique adressée à un grand magistrat retraité exprime la difficulté de l'auteur à comprendre les écrits contemporains parisiens. Il contraste l'obscurité de ces œuvres avec la clarté des discours du magistrat. L'auteur déplore que la clarté, autrefois valorisée, soit désormais délaissée au profit d'un style obscur et guindé, destiné à impressionner plutôt qu'à être compris. L'auteur décrit un changement radical dans le langage littéraire, où les écrits sont devenus des énigmes inaccessibles au commun des mortels. Il critique les auteurs contemporains qui, par orgueil, écrivent de manière obscure pour se distinguer. L'auteur décide alors de se conformer à ce nouveau style pour éviter les critiques, mais exprime son désir de revenir à une écriture plus claire et accessible. Il mentionne avoir banni les classiques comme Virgile et Horace, et avoir résisté aux tentatives de Cicéron et des orateurs de le convaincre de suivre leur exemple. Il se libère ainsi des contraintes du style actuel et aspire à créer un langage nouveau et personnel, rempli de synonymes et d'épithètes nobles, pour se démarquer tout en restant compréhensible pour les esprits subtils. L'auteur conclut en exprimant son souhait de ne pas se conformer aux attentes des critiques contemporains, préférant errer librement dans son écriture et laisser aux générations futures le jugement sur son œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 79-85
EPISTRE A M. DE S... sur la Peinture.
Début :
Art merveilleux, art enchanteur, [...]
Mots clefs :
Art, Peinture, Imposture, Nature, Mémoire, Vérité, Émouvoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE A M. DE S... sur la Peinture.
EPISTRE A M. DE S.
sur la Peinture.
A Rt merveilleux, art
enchanteur,
Dont l'ingenieuseimpofturc
Charme les yeux, touche
le coeur,
Aimable & divine Peinture,
Qu'on peut justement appeller
La rivale de la nature,
C'est de toy que je vais parDes
Héros tu cheris la gloire,
Tu nous rends les siecles
passez, '¡
Tu fais revivre la mémoire
Des exploits que le temps
avoit presque effacez.
La verité, qui te- sert de
modele,
Se trouve dans tes fictions;
Par toy l'ame la plus rebelle
-
Sent émouvoir ses passions.
Peins
- tu le meurtre & le
carnage,
Traces-tu d'un combat les
sanglantes horreurs;
Du soldat animé je redoute
la rage,
Et mes yeux des vaincus
distinguent les vain- -
queurs.
Fais-tu voir un riant bocage
Trompé par cette vive image)
Je promene de toutes parts
Avecavidité mes curieux
regars; t) J' y vois de clairs ruisseaux
couler dans une plaine,
Ma main impatiente y veut
cueillir des fleurs,
De Flore & des zephirs j'y
crois sentir l'haleine,
Et mes sensenchantez goûtent
mille douceurs.
Tu sçais nous inspirer la
haine, la tendresse,
Tu nous transportes où tu
veux;
Par toy l'amant joüit sans
cesse
Du plus doux objet de [es
voeux.
Qui mieux que toy, S.
inimitable,
Dont les talens sont si vantez,
De cette science admirable
Sent & fait sentir les beautez?
Tu cannois des couleurs
l'agreable harmonie;
Lorsque tu veux faireun tableau,
Minerve guide ton genie,
Et l'Amour conduit ton pinceau.
A tes portraits tu donnes
l'ame,
L'audacieux fils de Japet,
Qui du ciel déroba la flâme,
T'apprit sans doute son secret.
Ta Sufanne m'inspire une
fage tendresse
; Etonné des attraits qu'elle
offre à mes regards,
Je n'ose condamner l'excufable
foiblesse
De tes impudiques vieillards.
Qu'un critique jaloux contre
toy se déchaîne,
Dans ta pieuse Madelaine
Je reproche trop de beau-
# ce, Il nous montre son ignorance,
Et tous ses murmures font
vains;
Tu fais aimer la penitence
Sous les couleurs donc tu
la peins.
,
Le vif portrait d'Adélaïde
Eli si naturel & si beau,
Qu'un jour on doutera s'il
n'est point du pinceau
Oudu Titien, ou du Guide.
En exprimant ces traits,
cet air noble & brillant,
Tu joignis tant d'appas,
tant de graces ensemble,
Que ce portrait est ressemblant
A qui personne ne ressemble.
sur la Peinture.
A Rt merveilleux, art
enchanteur,
Dont l'ingenieuseimpofturc
Charme les yeux, touche
le coeur,
Aimable & divine Peinture,
Qu'on peut justement appeller
La rivale de la nature,
C'est de toy que je vais parDes
Héros tu cheris la gloire,
Tu nous rends les siecles
passez, '¡
Tu fais revivre la mémoire
Des exploits que le temps
avoit presque effacez.
La verité, qui te- sert de
modele,
Se trouve dans tes fictions;
Par toy l'ame la plus rebelle
-
Sent émouvoir ses passions.
Peins
- tu le meurtre & le
carnage,
Traces-tu d'un combat les
sanglantes horreurs;
Du soldat animé je redoute
la rage,
Et mes yeux des vaincus
distinguent les vain- -
queurs.
Fais-tu voir un riant bocage
Trompé par cette vive image)
Je promene de toutes parts
Avecavidité mes curieux
regars; t) J' y vois de clairs ruisseaux
couler dans une plaine,
Ma main impatiente y veut
cueillir des fleurs,
De Flore & des zephirs j'y
crois sentir l'haleine,
Et mes sensenchantez goûtent
mille douceurs.
Tu sçais nous inspirer la
haine, la tendresse,
Tu nous transportes où tu
veux;
Par toy l'amant joüit sans
cesse
Du plus doux objet de [es
voeux.
Qui mieux que toy, S.
inimitable,
Dont les talens sont si vantez,
De cette science admirable
Sent & fait sentir les beautez?
Tu cannois des couleurs
l'agreable harmonie;
Lorsque tu veux faireun tableau,
Minerve guide ton genie,
Et l'Amour conduit ton pinceau.
A tes portraits tu donnes
l'ame,
L'audacieux fils de Japet,
Qui du ciel déroba la flâme,
T'apprit sans doute son secret.
Ta Sufanne m'inspire une
fage tendresse
; Etonné des attraits qu'elle
offre à mes regards,
Je n'ose condamner l'excufable
foiblesse
De tes impudiques vieillards.
Qu'un critique jaloux contre
toy se déchaîne,
Dans ta pieuse Madelaine
Je reproche trop de beau-
# ce, Il nous montre son ignorance,
Et tous ses murmures font
vains;
Tu fais aimer la penitence
Sous les couleurs donc tu
la peins.
,
Le vif portrait d'Adélaïde
Eli si naturel & si beau,
Qu'un jour on doutera s'il
n'est point du pinceau
Oudu Titien, ou du Guide.
En exprimant ces traits,
cet air noble & brillant,
Tu joignis tant d'appas,
tant de graces ensemble,
Que ce portrait est ressemblant
A qui personne ne ressemble.
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Résumé : EPISTRE A M. DE S... sur la Peinture.
L'épître à M. de S. sur la peinture célèbre cet art comme un moyen de captiver les yeux et toucher le cœur. La peinture est décrite comme la rivale de la nature, capable de raviver la mémoire des exploits passés et de faire revivre des événements presque oubliés. Elle utilise la vérité comme modèle et émeut même les âmes les plus rebelles. Que ce soit en représentant des scènes de violence ou des paysages idylliques, la peinture suscite des émotions intenses et transporte le spectateur dans des mondes variés. L'auteur admire particulièrement les talents de M. de S., soulignant son habileté à créer des œuvres où Minerve guide le génie et l'Amour conduit le pinceau. Les portraits de M. de S. sont si vivants qu'ils semblent dotés d'une âme. L'épître mentionne également des œuvres spécifiques, comme une Suzanne inspirant une douce tendresse et une Madeleine dont la beauté suscite des critiques jalouses mais vaines. Enfin, le portrait d'Adélaïde est loué pour sa noblesse et sa beauté, au point de rivaliser avec ceux des grands maîtres comme Titien ou Le Guide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 213-241
POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
Début :
Est-ce d'un faux espoir me laisser prévenir, [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Phaon, Épître, Traduction, Voeux, Pleurs, Maux, Malheurs, Charmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
POESIE
nouvelle.
TRADUCTION.
Epître de Sapho à Phaon. E St-ced'un faux espoir
me laisserprévenir,
Que de me croire encor
dans vôtre Souvenir?
Mon coeur avecraison a-t-il
dule promettre
Que vous aurez connu doù
vous vient cette lettre ?
Ou mon nom seulement
vous aura-t-il tiré
D'un douce où sans cela
vous feriez demeuré?
Je pense déja voir que vôtre
esprit s'applique
A penetrer pourquoy je renonce
au Lyrique:
Mais pour peindre l'horreur
des maux que je
ressens,
L'Ode me prêteroit de trop
foibles accens.
Semblable à ces moissons
que ravage la flâme,
Par les feux de l'amour je
sens brûlermoname:
Tu vois l'Etna,Phaon;mon
coeur trop enflamé
De même que cemontest
de feux consumé.
En proye aux vifs transports
que ton amour
m'inspire,
Je cherche, mais en vain
les accords de ma lyre.
Pour chanter les Héros, les
Dieux & les combats,
Il faudroit être libre, & je
ne le fuis pas.
Les Muses dont mon coeur
reconnoissoit les charmes,
N'ont plus pour m'arrêter
1 que d'inutiles armes.
Mais pourquoy rappeller
des soupirs mal placez,
Ingrat?ta réunis tous mes
feux dispersez.
Je n'ai pu regarder tes
beaux yeux, ton visage,
Sans de l'amour pour toy
sentirtoute la rage;
Mon coeur pour te bannir
prit des foins superflus,
Il te trouvoit plus beau qu'-
Apollon & Bacchus.
Entre ces Dieux & toy la
feule difference,
C'est qu'ils ont de l'amour
reconnu la puissance;
Ariadne & Daphné leur
donnedonnerent
des fers,
L'une & l'autre pourtant
ne faisoient point
de vers.
Pourmoy toujours le Pinde
en richesses abonde,
Et l'éclat demon nomvole.
par tout le monde.
La nature, il est vrai, par
un peu de beauté
N'apasmontré pour moy
sa libéralité:
1 Mais j'enfuis par l'esprit
assez recompensée
Puisque , je fuis par là connuë
autant qu'Alcée.
Voudrais-tu Seulement recevoir
des liens
De celles dont les traits
ééogalleerroonntt les ttiieennss??
Ah l dans ce vain espoir si
ton ame s arrête,
Jamais femme ne doit s'atd
tendre à ta conquêIl te.
Ainsi
,
sans t'amuser à de
vagues projets,
Viens par un promt retour
expier tes forfaits.
Quand tu lisois mes vers,
je te paroissois belle,
Rien n'eût pu te forcer à te
rendre infidele,
Disois-tu. Pénétré de l'ardeur
de mes sons,
Ton coeur s'abandonnoit à
mes tendres chansons.
Un jour,pleine du feu qui
cause mon martyre,
Aux accens de ma voix je
mariois ma lyre :
Il m'en souvient encor; de
precieux momens
N'e;seffacentjamais de l'es- prit des amans.
Transporte du plaisir où se
-
livroit ton ame,
Tu me donnoisalors des
,
baiserstout de flame;
Alorsjete charmois, je regnois
iur ton'Coeur,
Lui-même il avoiioit sans
honte son vainqueur.
De ces rems fortunez la
trace évanouie
Me laisse le regret d'avoir
été trame.
La Sicile te voit offrir de
nouveaux voeux,
Elle voit éclater tes infideles
feux.
Dieux puissans! faloit-il me
faire Lesbienne?
Que ne m'avez-vous fait
naître Sicilienne?
Et vous,jeunes Beautez,
quand par les voeux
offerts.
Phaon vous veut marquer:
qu'il reconnoît vos fers,
Si comme un tendre amant
vous le voyez paraître,
Tremblez de croire trop ce
, que dira le traître;
Il aura beau jurer de mourir
fous vos loix,
Ce que dira l'ingrat, ilme
l'a dit cent fois.-
Et toy, Venus, & toy qu'on
adore enErice,
Si jamais tu daignasme voir
d'un oeil propice,
Si jamais tu reçus mes vers
avec plaisir,
Sois, pour me le prouver,
promte à me recourir;
Ne laisse point languir mon
coeur dans le murmurey-
Et si je fuis à toy) viens vanger
mon injure.
Mais que. je crains, helas !
que mes voeux rejettes
Ne soient pas feulement devenus
ecoutez.
A me persecuter la fortune
confiante
t
Ne lui permettra pas de - remplir mon attente;
Il faut me préparer à de nou-
; • ; veaux combats.
l-Ié quoy donc, fort cruel
n'es-tu point , encor las?
A peineje goûtois les douceurs
de la vie,
Qu'au jour que je voyois
ma mere fut ravie,
Et mon frere arrêté par d'indignes
liens
Perdit en même tem ps son
honneur & ses biens.
Abattu, consterné
)
reduit
dans la misere,
Ilfit choix sans rougir du
métier de Corsaire;
Pour prix d'avoir voulu lui
parler librement,
Je m'attirai sa haine & son
emportement; Dudestin irrité le barbare
caprice
Me donne dans ma fille un
surcroît de supplice,
Et, pour comble de maux
tes nouvelles amours
Me forcent d'appeller la
mort à mon secours.
Languissante & cedant aux
malheurs que j'endure,
Mes cheveux surmon col
tombent à l'avanture;
Je ne regarde plus ces ornemens
pompeux
Dont je faisois ma joye en
un temps plus heureux.
Eh! pourquoy tous ces soins
& cette étude vaine t
Celui qui la causoit vient de
briser sa chaine.
Je pleure, je gbemis, & mon coeur agité
T'aime encore malgré ton
infidélité.
Soir qu'ainsi lait voulu ma
triste destinée,
Qu'aux horreurs de l'amour
je fusse condamnée; Soit que T * *•, en moy
causant ces mouvemens,
Ait disposé mon coeur aux
tendres sentimens.
Mais dois je m'étonner de
ce que ta jeunesse
A sçû sans nul effort surprendre
ma tendresse ?
J'ai craint plus d'une fois
que les Divinitez
Ne se laissassent trop fur-
,
prendre à tes beautez.
Ah
! par un prompt retour
rends le calme à mon
ame;
Viens de nouveau, Phaon,
te livrer a ma flâme,
Je ne demande plus pour
prix de mon ardeur
Que tu payes mes feux par
le don de toncoeur;
Ce seroit trop oser. Que je
t'aime ôc te voye,
Cela suffira seul pour me
combler de joye.
Pendant que je t'ecris songeant
à mes malheurs,
Je baigne ce papier d'un deluge
de pleurs,
Je pense en ce moment à
ta suiteinfidelle.
Helas! quand j'en appris la
premiere nouvelle,
Lorsquequelqu'un me dit,
Phaon est disparu,
Interdite & confuse à ce
coup imprévu,
Dans l'horreur des tourmens
dont j'éprouvai
l'atteinte,
Je voulus, mais en vain,recourir
à la plainte;
Je voulus m'écrier,& ne le
pus jamais,
Un froid mortel lioit ma
langue à mon palais:
Pour soulager les maux
dont mon ame étoit
pleine,
Je ne pus par des pleurs
faire éclater ma peine:
Mais dés que j'eus repris l'urage
de mes sens,
Me livrant toute entiere a
mes malheurs pressans,
Employant contre moy
mes foibles mains pour
armes,
Je me voulus punir d'avoir
manqué de charmes.
Ah ! de quoy m'ont servi
ces vains emportemens?
Mon coeur aime toujours
l'auteur de ses tourmens.
En vain pour t'oublier je me
- fais une étude
De réfléchir sans cesse à
ton ingratitude.
Bien loin d'être en état de
suivre ce conseil,
Je tetrouve par-tout, même
dans le sommeil
;
Et lorsque sa bonté donne.
, treve àmes larmes,
Il te montre à mon coeur
avec de nouveaux
charmes,
Il te presente à moy dans
ces momens trompeurs
Où tu m'avois juré d'éternelles
ardeurs.
Mais cette illusion dont
mon ame est frapée
Au lever de l'aurore est d'abord
dissipée,
Et j'accusePhebus par mes
frequens soûpirs
De venir éclairer trop tôt
mesdéplaisirs.
Je cherche des forêts les
détours les plus sombres,
Pour les ensevelir dans
rhorreur de leurs ombres,
Et ces bois confidens de
mon bonheur passé
Voyent par mes regrets leur
repos traversé.
Telle qu'une Bacchante à
ses fureurs livrée,
Je cours sans observer une
route assurée,
Et mon esprit errant sur
cent objets divers,
Me conduit quelquefois
dans ces bocages verds,
Dont les arbres toufus & le
séjour tranquile
Prêtoient à nôtre amour un
favorable azile.
J'ai reconnu l'endroit où
)
recevant tes voeux,
Je faisois mon bonheur de
répondre à tes feux,
Et rappellant de toy jusqu'à
la moindre trace,
J'en garde un souvenir qui
jamais ne s'efface.
Ce fatalsouvenir banissant
maraison,
D'un deluge de pleurs j'inonde
le gazon;
Les arbres attendrisdutourment
que j'endure,
Semblent perdre pour moy
l'éclat
l'éclar-de leur verdure,
Et les oiseaux touchez de
mescuifàns soucis,
N'osent par leurs chansons
-
interrompre mes CrIS;
Ils respectent mes maux. La
seule Philomelle
Exprime par ses chants sa
;
douleur immortelle;
Tout le reste insensible à
l'horreur qui me suit,
Garde un silence égal à celui
de la nuit.
Auprès est un ruisseau qui
dans sa course lente
Sur un sable argenté parmi
les fleurs serpente;
Ses bords de toutes parts de
saules entourez
- Au Dieu de la forêt sont,
diton,consacrez.
Proche de ce ruisseau je-,
tois un jour couchée,
Ma tête sur un bras languisfamment
panchée,
Ayant devant les yeux tes
injustes mépris;
Une Nymphe s'offrit à mes
regards surpris.
Puis qu'au gré de tes voeux
tu ne peux, me dit-elle,
Remettre dans ses fers le
coeur d'un infidele,
Loin que son changement;
doive exciter ces pleurs ,-
Par un pareil oublimets fin
*
à tes malheurs,
Le moyen est aisé d'imiter
son exemple.
Aux bords Leucadiens eu
trouveras un Temple;
Par les flots de la mer il est
presque entouré,
Apollon dans ce lieu fut
toûjours adoré.
Deucalion brûlé d'une filme
cruelle,
Nepouvoit dePyrrha dompter
le coeur rebelle;
Triste & desesperant de
voir changer son sort,
Du sommet de ce Temple
ilaffronta lamort,
Et cherchant dans les flots
un remede à ses peines,
Il en [orrit, le coeur dé.
chargé de ses chaines.
De ce Temple voila l'admirable
vertu ; Vadégager ton coeur par
l'amour abattu,
Cours, brave le danger,
que rien ne te retienne
., Et que ta fermeté soit égale
à la renne. àlasienne.
A peine ai-je entendu ce
salutaire avis,
LaNymphe se dérobe àmes
yeux éblouis,
Etmoy pleine d'horreur ra..
me en proye aux alarmes,
J'abandonne ces lieux arrofez
de mes larmes.
Oui, Déesse,j'irai, lui dis-je
avec transport,
Sans craindre le dangerje
remplirai mon fort,
J'irai. La mort pour moy ne
sçauroit être affreuse;
Quoy qu'il puisse arriver, je
ferai plus heureuse.
Et toy, Fils de Venus, sois
sensible à mes nlaux)
En me precipitant soûtiensmoy
surles eaux,
De peur qu'on ne reproche
aux ondes d'Ambracie
QueSapho dans leur sein
a terminé sa vie.
Maispourquoy me forcer
à bannir mon amour?
Viens plutôt l'affermir,
Phaon,par ton retour;
Fais qu'à mon desespoir un
doux calme succede,
Toy seul m'en peux fournir
l'infaillible remede.
Héquoy,sans nul remords
oses-tu concevoir
Que l'on t'imputera mon
fatal desespoir?
Dans l'excés des tourmens
dont mon ame est atccince,
Je voudrois t'adresser une
éloquente plainte:
Mais ma douleur s'oppose àmestristesaccens,
Et mes maux m'ont ôté l'iu
sagede mes sens.
Je ne retrouve plus cette
chaleur sublime
- Par qui du double mont je
surmontai lacime,
Et Phebusquim'ouvroit
jadis tous ses tresors,
Pour animer ma voix s'épuise
en vains efforts.
Cet art que je reçus de la
bonté celeste,
Phaon me l'a ravi par fou
départ funeste.
Ramenez cet ingrat, qu'3i. l1
reprenne ses fers,
Et je vous donnerai d'abord
de nouveaux vers.
Mais il n'écoute rien, mes
prieres sont vaines,
Il ne veut point rentrer
dans ses premieres
chaines.
Mes voeux par le cruel ne
sont
sont point écoutez,
Messoûpirs sont perdus,&
mes pleurs rejettez.
Ah! puis qu'ilest ainsi, du
moins apprens, volage,
Que je vais travailler à bannir
ton image,
Et qu'au fond de la - mer
mon coeur trop agité
Va rencontrer la mort ou
la tranquilité.
nouvelle.
TRADUCTION.
Epître de Sapho à Phaon. E St-ced'un faux espoir
me laisserprévenir,
Que de me croire encor
dans vôtre Souvenir?
Mon coeur avecraison a-t-il
dule promettre
Que vous aurez connu doù
vous vient cette lettre ?
Ou mon nom seulement
vous aura-t-il tiré
D'un douce où sans cela
vous feriez demeuré?
Je pense déja voir que vôtre
esprit s'applique
A penetrer pourquoy je renonce
au Lyrique:
Mais pour peindre l'horreur
des maux que je
ressens,
L'Ode me prêteroit de trop
foibles accens.
Semblable à ces moissons
que ravage la flâme,
Par les feux de l'amour je
sens brûlermoname:
Tu vois l'Etna,Phaon;mon
coeur trop enflamé
De même que cemontest
de feux consumé.
En proye aux vifs transports
que ton amour
m'inspire,
Je cherche, mais en vain
les accords de ma lyre.
Pour chanter les Héros, les
Dieux & les combats,
Il faudroit être libre, & je
ne le fuis pas.
Les Muses dont mon coeur
reconnoissoit les charmes,
N'ont plus pour m'arrêter
1 que d'inutiles armes.
Mais pourquoy rappeller
des soupirs mal placez,
Ingrat?ta réunis tous mes
feux dispersez.
Je n'ai pu regarder tes
beaux yeux, ton visage,
Sans de l'amour pour toy
sentirtoute la rage;
Mon coeur pour te bannir
prit des foins superflus,
Il te trouvoit plus beau qu'-
Apollon & Bacchus.
Entre ces Dieux & toy la
feule difference,
C'est qu'ils ont de l'amour
reconnu la puissance;
Ariadne & Daphné leur
donnedonnerent
des fers,
L'une & l'autre pourtant
ne faisoient point
de vers.
Pourmoy toujours le Pinde
en richesses abonde,
Et l'éclat demon nomvole.
par tout le monde.
La nature, il est vrai, par
un peu de beauté
N'apasmontré pour moy
sa libéralité:
1 Mais j'enfuis par l'esprit
assez recompensée
Puisque , je fuis par là connuë
autant qu'Alcée.
Voudrais-tu Seulement recevoir
des liens
De celles dont les traits
ééogalleerroonntt les ttiieennss??
Ah l dans ce vain espoir si
ton ame s arrête,
Jamais femme ne doit s'atd
tendre à ta conquêIl te.
Ainsi
,
sans t'amuser à de
vagues projets,
Viens par un promt retour
expier tes forfaits.
Quand tu lisois mes vers,
je te paroissois belle,
Rien n'eût pu te forcer à te
rendre infidele,
Disois-tu. Pénétré de l'ardeur
de mes sons,
Ton coeur s'abandonnoit à
mes tendres chansons.
Un jour,pleine du feu qui
cause mon martyre,
Aux accens de ma voix je
mariois ma lyre :
Il m'en souvient encor; de
precieux momens
N'e;seffacentjamais de l'es- prit des amans.
Transporte du plaisir où se
-
livroit ton ame,
Tu me donnoisalors des
,
baiserstout de flame;
Alorsjete charmois, je regnois
iur ton'Coeur,
Lui-même il avoiioit sans
honte son vainqueur.
De ces rems fortunez la
trace évanouie
Me laisse le regret d'avoir
été trame.
La Sicile te voit offrir de
nouveaux voeux,
Elle voit éclater tes infideles
feux.
Dieux puissans! faloit-il me
faire Lesbienne?
Que ne m'avez-vous fait
naître Sicilienne?
Et vous,jeunes Beautez,
quand par les voeux
offerts.
Phaon vous veut marquer:
qu'il reconnoît vos fers,
Si comme un tendre amant
vous le voyez paraître,
Tremblez de croire trop ce
, que dira le traître;
Il aura beau jurer de mourir
fous vos loix,
Ce que dira l'ingrat, ilme
l'a dit cent fois.-
Et toy, Venus, & toy qu'on
adore enErice,
Si jamais tu daignasme voir
d'un oeil propice,
Si jamais tu reçus mes vers
avec plaisir,
Sois, pour me le prouver,
promte à me recourir;
Ne laisse point languir mon
coeur dans le murmurey-
Et si je fuis à toy) viens vanger
mon injure.
Mais que. je crains, helas !
que mes voeux rejettes
Ne soient pas feulement devenus
ecoutez.
A me persecuter la fortune
confiante
t
Ne lui permettra pas de - remplir mon attente;
Il faut me préparer à de nou-
; • ; veaux combats.
l-Ié quoy donc, fort cruel
n'es-tu point , encor las?
A peineje goûtois les douceurs
de la vie,
Qu'au jour que je voyois
ma mere fut ravie,
Et mon frere arrêté par d'indignes
liens
Perdit en même tem ps son
honneur & ses biens.
Abattu, consterné
)
reduit
dans la misere,
Ilfit choix sans rougir du
métier de Corsaire;
Pour prix d'avoir voulu lui
parler librement,
Je m'attirai sa haine & son
emportement; Dudestin irrité le barbare
caprice
Me donne dans ma fille un
surcroît de supplice,
Et, pour comble de maux
tes nouvelles amours
Me forcent d'appeller la
mort à mon secours.
Languissante & cedant aux
malheurs que j'endure,
Mes cheveux surmon col
tombent à l'avanture;
Je ne regarde plus ces ornemens
pompeux
Dont je faisois ma joye en
un temps plus heureux.
Eh! pourquoy tous ces soins
& cette étude vaine t
Celui qui la causoit vient de
briser sa chaine.
Je pleure, je gbemis, & mon coeur agité
T'aime encore malgré ton
infidélité.
Soir qu'ainsi lait voulu ma
triste destinée,
Qu'aux horreurs de l'amour
je fusse condamnée; Soit que T * *•, en moy
causant ces mouvemens,
Ait disposé mon coeur aux
tendres sentimens.
Mais dois je m'étonner de
ce que ta jeunesse
A sçû sans nul effort surprendre
ma tendresse ?
J'ai craint plus d'une fois
que les Divinitez
Ne se laissassent trop fur-
,
prendre à tes beautez.
Ah
! par un prompt retour
rends le calme à mon
ame;
Viens de nouveau, Phaon,
te livrer a ma flâme,
Je ne demande plus pour
prix de mon ardeur
Que tu payes mes feux par
le don de toncoeur;
Ce seroit trop oser. Que je
t'aime ôc te voye,
Cela suffira seul pour me
combler de joye.
Pendant que je t'ecris songeant
à mes malheurs,
Je baigne ce papier d'un deluge
de pleurs,
Je pense en ce moment à
ta suiteinfidelle.
Helas! quand j'en appris la
premiere nouvelle,
Lorsquequelqu'un me dit,
Phaon est disparu,
Interdite & confuse à ce
coup imprévu,
Dans l'horreur des tourmens
dont j'éprouvai
l'atteinte,
Je voulus, mais en vain,recourir
à la plainte;
Je voulus m'écrier,& ne le
pus jamais,
Un froid mortel lioit ma
langue à mon palais:
Pour soulager les maux
dont mon ame étoit
pleine,
Je ne pus par des pleurs
faire éclater ma peine:
Mais dés que j'eus repris l'urage
de mes sens,
Me livrant toute entiere a
mes malheurs pressans,
Employant contre moy
mes foibles mains pour
armes,
Je me voulus punir d'avoir
manqué de charmes.
Ah ! de quoy m'ont servi
ces vains emportemens?
Mon coeur aime toujours
l'auteur de ses tourmens.
En vain pour t'oublier je me
- fais une étude
De réfléchir sans cesse à
ton ingratitude.
Bien loin d'être en état de
suivre ce conseil,
Je tetrouve par-tout, même
dans le sommeil
;
Et lorsque sa bonté donne.
, treve àmes larmes,
Il te montre à mon coeur
avec de nouveaux
charmes,
Il te presente à moy dans
ces momens trompeurs
Où tu m'avois juré d'éternelles
ardeurs.
Mais cette illusion dont
mon ame est frapée
Au lever de l'aurore est d'abord
dissipée,
Et j'accusePhebus par mes
frequens soûpirs
De venir éclairer trop tôt
mesdéplaisirs.
Je cherche des forêts les
détours les plus sombres,
Pour les ensevelir dans
rhorreur de leurs ombres,
Et ces bois confidens de
mon bonheur passé
Voyent par mes regrets leur
repos traversé.
Telle qu'une Bacchante à
ses fureurs livrée,
Je cours sans observer une
route assurée,
Et mon esprit errant sur
cent objets divers,
Me conduit quelquefois
dans ces bocages verds,
Dont les arbres toufus & le
séjour tranquile
Prêtoient à nôtre amour un
favorable azile.
J'ai reconnu l'endroit où
)
recevant tes voeux,
Je faisois mon bonheur de
répondre à tes feux,
Et rappellant de toy jusqu'à
la moindre trace,
J'en garde un souvenir qui
jamais ne s'efface.
Ce fatalsouvenir banissant
maraison,
D'un deluge de pleurs j'inonde
le gazon;
Les arbres attendrisdutourment
que j'endure,
Semblent perdre pour moy
l'éclat
l'éclar-de leur verdure,
Et les oiseaux touchez de
mescuifàns soucis,
N'osent par leurs chansons
-
interrompre mes CrIS;
Ils respectent mes maux. La
seule Philomelle
Exprime par ses chants sa
;
douleur immortelle;
Tout le reste insensible à
l'horreur qui me suit,
Garde un silence égal à celui
de la nuit.
Auprès est un ruisseau qui
dans sa course lente
Sur un sable argenté parmi
les fleurs serpente;
Ses bords de toutes parts de
saules entourez
- Au Dieu de la forêt sont,
diton,consacrez.
Proche de ce ruisseau je-,
tois un jour couchée,
Ma tête sur un bras languisfamment
panchée,
Ayant devant les yeux tes
injustes mépris;
Une Nymphe s'offrit à mes
regards surpris.
Puis qu'au gré de tes voeux
tu ne peux, me dit-elle,
Remettre dans ses fers le
coeur d'un infidele,
Loin que son changement;
doive exciter ces pleurs ,-
Par un pareil oublimets fin
*
à tes malheurs,
Le moyen est aisé d'imiter
son exemple.
Aux bords Leucadiens eu
trouveras un Temple;
Par les flots de la mer il est
presque entouré,
Apollon dans ce lieu fut
toûjours adoré.
Deucalion brûlé d'une filme
cruelle,
Nepouvoit dePyrrha dompter
le coeur rebelle;
Triste & desesperant de
voir changer son sort,
Du sommet de ce Temple
ilaffronta lamort,
Et cherchant dans les flots
un remede à ses peines,
Il en [orrit, le coeur dé.
chargé de ses chaines.
De ce Temple voila l'admirable
vertu ; Vadégager ton coeur par
l'amour abattu,
Cours, brave le danger,
que rien ne te retienne
., Et que ta fermeté soit égale
à la renne. àlasienne.
A peine ai-je entendu ce
salutaire avis,
LaNymphe se dérobe àmes
yeux éblouis,
Etmoy pleine d'horreur ra..
me en proye aux alarmes,
J'abandonne ces lieux arrofez
de mes larmes.
Oui, Déesse,j'irai, lui dis-je
avec transport,
Sans craindre le dangerje
remplirai mon fort,
J'irai. La mort pour moy ne
sçauroit être affreuse;
Quoy qu'il puisse arriver, je
ferai plus heureuse.
Et toy, Fils de Venus, sois
sensible à mes nlaux)
En me precipitant soûtiensmoy
surles eaux,
De peur qu'on ne reproche
aux ondes d'Ambracie
QueSapho dans leur sein
a terminé sa vie.
Maispourquoy me forcer
à bannir mon amour?
Viens plutôt l'affermir,
Phaon,par ton retour;
Fais qu'à mon desespoir un
doux calme succede,
Toy seul m'en peux fournir
l'infaillible remede.
Héquoy,sans nul remords
oses-tu concevoir
Que l'on t'imputera mon
fatal desespoir?
Dans l'excés des tourmens
dont mon ame est atccince,
Je voudrois t'adresser une
éloquente plainte:
Mais ma douleur s'oppose àmestristesaccens,
Et mes maux m'ont ôté l'iu
sagede mes sens.
Je ne retrouve plus cette
chaleur sublime
- Par qui du double mont je
surmontai lacime,
Et Phebusquim'ouvroit
jadis tous ses tresors,
Pour animer ma voix s'épuise
en vains efforts.
Cet art que je reçus de la
bonté celeste,
Phaon me l'a ravi par fou
départ funeste.
Ramenez cet ingrat, qu'3i. l1
reprenne ses fers,
Et je vous donnerai d'abord
de nouveaux vers.
Mais il n'écoute rien, mes
prieres sont vaines,
Il ne veut point rentrer
dans ses premieres
chaines.
Mes voeux par le cruel ne
sont
sont point écoutez,
Messoûpirs sont perdus,&
mes pleurs rejettez.
Ah! puis qu'ilest ainsi, du
moins apprens, volage,
Que je vais travailler à bannir
ton image,
Et qu'au fond de la - mer
mon coeur trop agité
Va rencontrer la mort ou
la tranquilité.
Fermer
Résumé : POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
L'épître de Sapho à Phaon révèle la souffrance et la désillusion de Sapho face à l'infidélité de Phaon. Elle se demande si Phaon se souvient d'elle et si sa lettre lui rappellera leur amour passé. Sapho compare son cœur enflammé par l'amour à l'Etna en feu, incapable de chanter les héros et les dieux comme elle le faisait autrefois. Elle se remémore les moments de passion partagée et les serments d'amour de Phaon, désormais réduits à des souvenirs amers. Sapho évoque également ses malheurs personnels, tels que la perte de sa mère et l'emprisonnement de son frère, qui l'ont plongée dans la misère. Elle se sent trahie par Phaon et par le destin, envisageant même de se donner la mort pour échapper à sa souffrance. Elle décrit ses errances dans les forêts, où elle pleure son amour perdu, et rencontre une nymphe qui lui suggère de se jeter du temple de Leucade pour se libérer de son amour. Malgré sa douleur, Sapho exprime son désir de voir Phaon revenir et de retrouver la paix. Elle adresse une dernière supplique aux dieux et à Vénus pour qu'ils interviennent en sa faveur. Elle conclut en annonçant son intention de se jeter à la mer pour échapper à sa souffrance, espérant y trouver la mort ou la tranquillité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 57-5[9]
ÉPITRE A Me
Début :
Apollon, ce Dieu que je sers, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE A Me
épître a m*
j8 MERCURÊ DE FRANCE.
íes regrets que devoit leur causer vôtre al*.'
sence ,
Que par un assez long silence ,
Et le chagrin peint dans leurs yeux.
L . . . . . étoit inconsolable
Et nous dit le reste du jour ,
Qu'il brûleroit pour vous d'amour,
Si d'amour pour lui seul il vous scntoit ca*
pabki "
Cependant M\ . . . fans cefle commençoit g
Quelque gentille ritournelle,
Que jamais il ne fihisioit i
Soudain avec le même zele ,
tes transports • les épanchemens s-
Qui secondoient tous les sermens ,'
Qu'il vous faifoit d'être fidele ;
Le depart , dit.il de la belle ,
Me détache enfin de son char ,
Mon amour s'est enfui comme elle ,
Et je la quitte à jamais , car
Elle metournoit la cervelle.
A l'égard du garçon dont la naïveté ,
JANVIER 1724. 5*
Par fois vous apprêtoit à rire ,
En Berger dont le coeur soupire ,
Il s'est parmi nous comporté.
A nos Dames enfin, contre son ordinaire y
N'ayant plus aucun foin de plaire ,
Il prit un mouchoir d'une main ,
De l'autre une livre de pain ;
JEt conservant toujours son même câracterey
Il soulageait son ooeur & contentoit sa faim>
Adieu , cruelle , dont Tabsence
Eteint le brillant de ces feux y
Qu'en mon a'me allumoicnt vos yeux ,s
Parmi lajoye & l'abondance.
Vous avez emmené les plaisirs & les jeuxj
Helas ! pour essuyer mes larmes ,
L'amour seul m'eíì resté sans eux ,
Ce Dieu m'entretient de vos charmes ,
Mon fort en est. il plus heureux ?
j8 MERCURÊ DE FRANCE.
íes regrets que devoit leur causer vôtre al*.'
sence ,
Que par un assez long silence ,
Et le chagrin peint dans leurs yeux.
L . . . . . étoit inconsolable
Et nous dit le reste du jour ,
Qu'il brûleroit pour vous d'amour,
Si d'amour pour lui seul il vous scntoit ca*
pabki "
Cependant M\ . . . fans cefle commençoit g
Quelque gentille ritournelle,
Que jamais il ne fihisioit i
Soudain avec le même zele ,
tes transports • les épanchemens s-
Qui secondoient tous les sermens ,'
Qu'il vous faifoit d'être fidele ;
Le depart , dit.il de la belle ,
Me détache enfin de son char ,
Mon amour s'est enfui comme elle ,
Et je la quitte à jamais , car
Elle metournoit la cervelle.
A l'égard du garçon dont la naïveté ,
JANVIER 1724. 5*
Par fois vous apprêtoit à rire ,
En Berger dont le coeur soupire ,
Il s'est parmi nous comporté.
A nos Dames enfin, contre son ordinaire y
N'ayant plus aucun foin de plaire ,
Il prit un mouchoir d'une main ,
De l'autre une livre de pain ;
JEt conservant toujours son même câracterey
Il soulageait son ooeur & contentoit sa faim>
Adieu , cruelle , dont Tabsence
Eteint le brillant de ces feux y
Qu'en mon a'me allumoicnt vos yeux ,s
Parmi lajoye & l'abondance.
Vous avez emmené les plaisirs & les jeuxj
Helas ! pour essuyer mes larmes ,
L'amour seul m'eíì resté sans eux ,
Ce Dieu m'entretient de vos charmes ,
Mon fort en est. il plus heureux ?
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Résumé : ÉPITRE A Me
En janvier 1724, une épître publiée dans le Mercure de France exprime les regrets de l'auteur face à l'absence d'une personne chère. Le chagrin est visible chez ses proches. L..... est décrite comme inconsolable, affirmant qu'elle brûlerait d'amour si elle en recevait en retour. M... commence une ritournelle sans la terminer, mais exprime soudainement des transports d'amour et des serments de fidélité. Elle déclare que son amour s'est enfui avec une belle qui lui retournait la cervelle. Un garçon naïf, habituellement charmeur, prend un mouchoir et une livre de pain pour soulager son cœur et sa faim. L'auteur conclut que l'absence de la personne aimée éteint les feux allumés par ses yeux. Malgré la joie et l'abondance, les plaisirs et les jeux ont disparu, ne laissant que l'amour pour essuyer ses larmes. Ce Dieu de l'amour entretient l'auteur des charmes de la personne absente, rendant son sort plus heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 437-439
EPITRE A Madame la Marquise de Chabrillan, Niece du Marquis de la Fare, Commandant en Languedoc, par M. de ** à qui cette Dame avoit reproché en badinant, d'avoir dedaigné de faire des Vers à sa loüange.
Début :
Je n'ai pas dedaigné, peu jaloux de ma gloire, [...]
Mots clefs :
Attraits, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame la Marquise de Chabrillan, Niece du Marquis de la Fare, Commandant en Languedoc, par M. de ** à qui cette Dame avoit reproché en badinant, d'avoir dedaigné de faire des Vers à sa loüange.
EPITRE
A Madame la Marquife de Chabrillang
Niece du Marquis de la Fare , Commandant
en Languedoc , par M. de **
à qui cette Dame avoit reproché en bas
dinant , d'avoir dedaigné de faire des
Vers à fa loüange.
E n'ai pas dedaigné , peu jaloux de ma
gloire , JE
De chanter dans mes Vers le plus charmang
objet ;
Pour m'affurer bientôt une heureuſe memoire,
Aurois- je pû choifir un plus digne fujet ?
Et lui-même Apollon & les fçavantes Fées
Pourroient ils infpirer le langage des Dieux ?
Pourroient- ils animer la voix de leurs Orphées
Ainfi que le feroit l'éclat de vos beaux yeux
Nulle autre ne fçauroit vous être comparables
On voit unis en vous tous les attraits divers
Dont un feul orneroit & rendroit adorable
L'objet le moins charmant , qui ſoit dans l'Univers.
Le celebre Zeuxis , preflé par plufieurs Belles
De faire de Venus un portrait reffemblant ,
Reunit leurs attraits , & de chacune d'elles ,
Peignitz
438 MERCURE DE FRANCE.
Peignit dans fon tableau le trait le plus
brillant ;
Il n'eut pas eu beſoin d'un pareil affemblage ,
S'il eut pû copier vos appas enchanteurs ;
Son pinceau fatisfait de tracer votre image ,
Auroit depeint Venus fous des traits plus
flateurs ;
Mais c'eft peu ; de fes dons cruellement avare
,
La Nature à plufieurs partage ſes bienfaits ,
A celle- ci donnant la Beauté la plus rare ,
Lui refuſe l'efprit , ou tant d'autres attraits.
Sans referve pour vous , fa main trop liberale
,
Donne tout ce qu'elle a de grace , d'agré
Et
ment ;
par là devenant à mille coeurs fatale ,
Vous accorde l'efprit , la beauté , l'enjoûment
;
Encor plus , nul deffaut , nulle indigne foibleffe
N'ofe diminuer l'éclat de ces appas ,
Belle , mais fans fierté , fage , mais fans ru
deffe ,
La bonté , la douceur accompagnent vos pas .
Un tel fujet eft beau ; mais qu'il eft difficile
De loüer , fans fadeur , des charmes infinis
L'efprit le plus parfait , la voix la plus habile
,
Le Dieu même des Vers y feroit entrepris ;
Dans
MARS. 1730 439
Dans fon art enchanteur , jeune encore &
novice ,
Pouvois-je me flatter d'un fuccès glorieux
Je ne courus jamais une fi vafte lice ,
J'aurois craint les deftins dûs aux auda
cieux.
Eh ! que feroit- ce encor , fi par un beau més
lange ,
A ceux que vous donnez , & qui font tout
vous ,
Je voulois joindre auffi les fujets de louange,
Dont vous accable un Oncle , une Mere , un
Ероих .
Quel champ femé de fleurs quelle vafte car
riere
N'y trouverois-je pas , pour cueillir des lau
riers ?
Mais encore une fois , une telle matiere
Demande au moins un Maître , & non des
Ecoliers.
A Madame la Marquife de Chabrillang
Niece du Marquis de la Fare , Commandant
en Languedoc , par M. de **
à qui cette Dame avoit reproché en bas
dinant , d'avoir dedaigné de faire des
Vers à fa loüange.
E n'ai pas dedaigné , peu jaloux de ma
gloire , JE
De chanter dans mes Vers le plus charmang
objet ;
Pour m'affurer bientôt une heureuſe memoire,
Aurois- je pû choifir un plus digne fujet ?
Et lui-même Apollon & les fçavantes Fées
Pourroient ils infpirer le langage des Dieux ?
Pourroient- ils animer la voix de leurs Orphées
Ainfi que le feroit l'éclat de vos beaux yeux
Nulle autre ne fçauroit vous être comparables
On voit unis en vous tous les attraits divers
Dont un feul orneroit & rendroit adorable
L'objet le moins charmant , qui ſoit dans l'Univers.
Le celebre Zeuxis , preflé par plufieurs Belles
De faire de Venus un portrait reffemblant ,
Reunit leurs attraits , & de chacune d'elles ,
Peignitz
438 MERCURE DE FRANCE.
Peignit dans fon tableau le trait le plus
brillant ;
Il n'eut pas eu beſoin d'un pareil affemblage ,
S'il eut pû copier vos appas enchanteurs ;
Son pinceau fatisfait de tracer votre image ,
Auroit depeint Venus fous des traits plus
flateurs ;
Mais c'eft peu ; de fes dons cruellement avare
,
La Nature à plufieurs partage ſes bienfaits ,
A celle- ci donnant la Beauté la plus rare ,
Lui refuſe l'efprit , ou tant d'autres attraits.
Sans referve pour vous , fa main trop liberale
,
Donne tout ce qu'elle a de grace , d'agré
Et
ment ;
par là devenant à mille coeurs fatale ,
Vous accorde l'efprit , la beauté , l'enjoûment
;
Encor plus , nul deffaut , nulle indigne foibleffe
N'ofe diminuer l'éclat de ces appas ,
Belle , mais fans fierté , fage , mais fans ru
deffe ,
La bonté , la douceur accompagnent vos pas .
Un tel fujet eft beau ; mais qu'il eft difficile
De loüer , fans fadeur , des charmes infinis
L'efprit le plus parfait , la voix la plus habile
,
Le Dieu même des Vers y feroit entrepris ;
Dans
MARS. 1730 439
Dans fon art enchanteur , jeune encore &
novice ,
Pouvois-je me flatter d'un fuccès glorieux
Je ne courus jamais une fi vafte lice ,
J'aurois craint les deftins dûs aux auda
cieux.
Eh ! que feroit- ce encor , fi par un beau més
lange ,
A ceux que vous donnez , & qui font tout
vous ,
Je voulois joindre auffi les fujets de louange,
Dont vous accable un Oncle , une Mere , un
Ероих .
Quel champ femé de fleurs quelle vafte car
riere
N'y trouverois-je pas , pour cueillir des lau
riers ?
Mais encore une fois , une telle matiere
Demande au moins un Maître , & non des
Ecoliers.
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Résumé : EPITRE A Madame la Marquise de Chabrillan, Niece du Marquis de la Fare, Commandant en Languedoc, par M. de ** à qui cette Dame avoit reproché en badinant, d'avoir dedaigné de faire des Vers à sa loüange.
L'épître est adressée à Madame la Marquise de Chabrillang, nièce du Marquis de la Fare, commandant en Languedoc. L'auteur répond à un reproche de la marquise, qui lui avait reproché de ne pas avoir écrit de vers en son honneur. Il affirme qu'il n'a pas dédaigné de chanter ses louanges et qu'il n'y a pas de sujet plus digne pour assurer une mémoire heureuse. Il compare la marquise à Vénus, soulignant que tous les attraits divers sont unis en elle, rendant l'objet le moins charmant admirable. Il mentionne le peintre Zeuxis, qui avait réuni les attraits de plusieurs beautés pour peindre Vénus, mais qui n'aurait pas eu besoin de cet assemblage s'il avait pu copier les charmes de la marquise. L'auteur reconnaît que la Nature est avare de ses dons, souvent partageant ses bienfaits entre plusieurs personnes, mais que la marquise possède à la fois l'esprit, la beauté et l'enjouement sans aucun défaut. Il la décrit comme belle sans fierté, sage sans rudesse, accompagnée de bonté et de douceur. Il admet que louer de tels charmes est difficile, même pour l'esprit le plus parfait ou le dieu des vers. Il exprime son inexpérience et sa crainte de l'échec, surtout si l'on ajoute les sujets de louange que lui offrent son oncle, sa mère et son époux. Il conclut en affirmant que cette matière exige un maître et non des écoliers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 1518-1521
EPITRE A Madame la Comtesse de B ... qui demandoit des Logogryphes qu'elle se plaît à deviner.
Début :
Que vous sçavez du Sphinx braver les griffes [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Logogriphe
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame la Comtesse de B ... qui demandoit des Logogryphes qu'elle se plaît à deviner.
EPITRE
A Madame la Comteffe de B ... qui des
mandoit des Logogryphes qu'elle fe plaît
àd eviner.
QUe vous fçavez du Sphinx braver les griffes
Subtilement ! Enigmes , Logogryphes
Ne font pour vous qu'artifices d'enfant
Qu'un feul regard diffipe en un inſtant :
En vain cent fois dans une fombre Nuë ,
La verité , pour vous en impofer ,
Sous faux appas voulut fe déguifer ;
Foible projet vous l'avez reconnuë.
Prétendre donc pour vous dépaïfer
Rimer encor , c'eſt en vain s'épuifer ,
C'eft être fol , un Poëte eft peu fage
Me direz-vous , & fuivant cet uſage ,
Vous concluez que je puis tout ofer.
C,à ; je le veux ; c'eſt à toi , mon génie ,
A feconder un témeraire effort ;
Inſpire moi la plus fombre harmonie ;
Forgeons des Vers que l'habile Uranie
Life , relife , & maudiffe fon fort ,
De ne pouvoir , malgré fon induftrie
En penetrer l'Enigmatique accord
Qu'au
JUILLET. 1730. 1519
Qu'au même inftant le plus fimple vulgaire
D'un feul coup d'oeil devine le miſftere
Pour tel labeur , qu'au Permeffe étonné
D'un Laurier vert mon chef foit couronné.
Or , commençons , je connois dans le monde
Certain Pays du Détroit de la Sonde ,
Très- éloigné , là l'on voit rarement
La probité , la vertu , l'innocence ;
Tendre amitié , coeur fidele & conftant
Prefque jamais n'y font leur réfidence.
Là , cependant la divine Pallas
Rend fous nos yeux la vertu praticable ,
La fait aimer , lui donne des appas.
Des Malheureux azile favorable ,
Elle leur tend une main fecourable ;
A fes bienfaits que ne doivent- ils pas ▾
Compatiffante , affable, magnanime ,
De tous les coeurs elle emporte l'eſtime.
Goût délicat , exquis difcernement
Lui font choisir des amis dignes d'elle ,
Et ces amis par un retour charmant
Trouvent en elle un coeur tendre & fidele ,
Un coeur formé par les mains de l'Amour ;
Non par l'Amour , Idole d'Amathonte ,
Affreux Démon qu'accompagne la honte
Il ne fçauroit fe montrer au grand jour ;
Mais par l'Amour qui connoît pour
fa mere
Pure vertu ; fans crainte , fans miftere
Il
1520 MERCURE DE FRANCE
Il laiffe voir fes plus fecrets appas ,
Et la Vertu ne s'en allarme pas.
C'eft cet Amour qui regle fa tendreffe ;
C'eft cet Amour que regle fa fageffe.
De fon efprit les charmes amuſans
Rendent les jours plus courts que les momens.
A l'écouter on s'inſtruit , on s'oublie ,
Et Pon diroit que Pallas , de Thalie
Vient d'emprunter de nouveaux agrémens.
Dans fon Palais l'indolente pareffe
N'habite pas , fouvent avec adreffe
Sur un métier , en nous entretenant ,
Ses belles mains qu'une indigne moleffe
N'engourdit pas , forment à chaque inftant
Charmans Bouquets au coloris brillant
Vit-on jamais l'induftrieufe Flore
Dans fes Jardins en faire plus éclore ,
Et s'occuper plus agréablement ?
Des Appellés Pallas eft la Rivale ;
En s'amufant elle leur eft égale ,
Quand par le choix de diverfes couleurs
Elle marie à la fimple gravure
L'éclat brillant d'une vive peinture ;
Sous fes cifeaux je vois naître des fleurs ,
De hauts Rochers , d'où fortent des Fontaines
Qui vont couler dans de fertiles Plaines :
Arbres & fruits, perfonages, Oiſeaux
Semblent tomber des magiques Cifeaux.
Sur
JUILLET . 1739, 1521
Sur un Ecran gentille découpure
Y forme aprés un fi parfait tableau
Que l'on diroit que l'Art & la Nature
N'ont jamais fait un Ouvrage plus beau.
C'en eft affez , devinez Uranie ,
Qu'ai-je dépeint fous cette Allegorie .
Je l'ai bien dit , c'eft Enigme pour vous ,
Et cependant évidence pour nous.
L'Abbé de W. de B.
A Madame la Comteffe de B ... qui des
mandoit des Logogryphes qu'elle fe plaît
àd eviner.
QUe vous fçavez du Sphinx braver les griffes
Subtilement ! Enigmes , Logogryphes
Ne font pour vous qu'artifices d'enfant
Qu'un feul regard diffipe en un inſtant :
En vain cent fois dans une fombre Nuë ,
La verité , pour vous en impofer ,
Sous faux appas voulut fe déguifer ;
Foible projet vous l'avez reconnuë.
Prétendre donc pour vous dépaïfer
Rimer encor , c'eſt en vain s'épuifer ,
C'eft être fol , un Poëte eft peu fage
Me direz-vous , & fuivant cet uſage ,
Vous concluez que je puis tout ofer.
C,à ; je le veux ; c'eſt à toi , mon génie ,
A feconder un témeraire effort ;
Inſpire moi la plus fombre harmonie ;
Forgeons des Vers que l'habile Uranie
Life , relife , & maudiffe fon fort ,
De ne pouvoir , malgré fon induftrie
En penetrer l'Enigmatique accord
Qu'au
JUILLET. 1730. 1519
Qu'au même inftant le plus fimple vulgaire
D'un feul coup d'oeil devine le miſftere
Pour tel labeur , qu'au Permeffe étonné
D'un Laurier vert mon chef foit couronné.
Or , commençons , je connois dans le monde
Certain Pays du Détroit de la Sonde ,
Très- éloigné , là l'on voit rarement
La probité , la vertu , l'innocence ;
Tendre amitié , coeur fidele & conftant
Prefque jamais n'y font leur réfidence.
Là , cependant la divine Pallas
Rend fous nos yeux la vertu praticable ,
La fait aimer , lui donne des appas.
Des Malheureux azile favorable ,
Elle leur tend une main fecourable ;
A fes bienfaits que ne doivent- ils pas ▾
Compatiffante , affable, magnanime ,
De tous les coeurs elle emporte l'eſtime.
Goût délicat , exquis difcernement
Lui font choisir des amis dignes d'elle ,
Et ces amis par un retour charmant
Trouvent en elle un coeur tendre & fidele ,
Un coeur formé par les mains de l'Amour ;
Non par l'Amour , Idole d'Amathonte ,
Affreux Démon qu'accompagne la honte
Il ne fçauroit fe montrer au grand jour ;
Mais par l'Amour qui connoît pour
fa mere
Pure vertu ; fans crainte , fans miftere
Il
1520 MERCURE DE FRANCE
Il laiffe voir fes plus fecrets appas ,
Et la Vertu ne s'en allarme pas.
C'eft cet Amour qui regle fa tendreffe ;
C'eft cet Amour que regle fa fageffe.
De fon efprit les charmes amuſans
Rendent les jours plus courts que les momens.
A l'écouter on s'inſtruit , on s'oublie ,
Et Pon diroit que Pallas , de Thalie
Vient d'emprunter de nouveaux agrémens.
Dans fon Palais l'indolente pareffe
N'habite pas , fouvent avec adreffe
Sur un métier , en nous entretenant ,
Ses belles mains qu'une indigne moleffe
N'engourdit pas , forment à chaque inftant
Charmans Bouquets au coloris brillant
Vit-on jamais l'induftrieufe Flore
Dans fes Jardins en faire plus éclore ,
Et s'occuper plus agréablement ?
Des Appellés Pallas eft la Rivale ;
En s'amufant elle leur eft égale ,
Quand par le choix de diverfes couleurs
Elle marie à la fimple gravure
L'éclat brillant d'une vive peinture ;
Sous fes cifeaux je vois naître des fleurs ,
De hauts Rochers , d'où fortent des Fontaines
Qui vont couler dans de fertiles Plaines :
Arbres & fruits, perfonages, Oiſeaux
Semblent tomber des magiques Cifeaux.
Sur
JUILLET . 1739, 1521
Sur un Ecran gentille découpure
Y forme aprés un fi parfait tableau
Que l'on diroit que l'Art & la Nature
N'ont jamais fait un Ouvrage plus beau.
C'en eft affez , devinez Uranie ,
Qu'ai-je dépeint fous cette Allegorie .
Je l'ai bien dit , c'eft Enigme pour vous ,
Et cependant évidence pour nous.
L'Abbé de W. de B.
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Résumé : EPITRE A Madame la Comtesse de B ... qui demandoit des Logogryphes qu'elle se plaît à deviner.
L'épître est adressée à Madame la Comtesse de B..., reconnue pour son talent dans la résolution d'énigmes et de logogryphes. L'auteur admire sa capacité à dévoiler la vérité même lorsqu'elle est cachée et souhaite lui offrir un poème, espérant qu'elle en tirera une harmonie obscure accessible au vulgaire. L'auteur évoque un pays lointain près du Détroit de la Sonde, où la probité, la vertu et l'innocence sont rares. Cependant, la divine Pallas y rend la vertu praticable et aimable. Elle offre un refuge aux malheureux et est appréciée pour sa compassion, son affabilité et sa magnanimité. Pallas choisit des amis dignes d'elle, trouvant en eux des cœurs tendres et fidèles, régis par un amour pur et vertueux. L'auteur décrit Pallas comme active et industrieuse, créant des bouquets colorés et des tableaux vivants avec son métier à broder. Ses œuvres rivalisent avec celles de la nature et de l'art, formant des paysages et des scènes animées. L'épître se conclut par une invitation à deviner l'allégorie décrite.
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33
p. 1565-1568
A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
Début :
Abbé, dont la Lyre résonne [...]
Mots clefs :
Ami, Dieu, Dieux
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
A MONSIEUR L'ABBE DE ..
EPITRE ..
A Bbé , dont la Lyre réfonne
Sur un ton fi doux & fi beau ,
Que le Dieu du double Côteau
Penfa plus d'une fois te donner la Couronne
Ami , ton talent merveilleux
Chaque jour fait pâlir l'envie ,
Et moi - même je fens que mon coeur orgueilleux
En eft bleffé de jalouſie.
Bien fouvent j'en perds le repos ;
Mais pour furcroît de maladie ,
Quand Morphée à fur moi répandu fes pavots ,
Songes
1 566 MERCURE DE FRANCE
Songes pires que l'infomnie
M'agitent fort mal à propos:
Au fameux Temple de memoire ,
En bufte d'un marbre très blanc ,
Je te vis l'autre nuit tout rayonant de gloire
Avec Pindare , occuper même rang ;
C'eft alors qu'accablé fous le poids de ma peine
De l'ingrat Apollon je deteftai la haine.
A mon réveil , l'efprit plein de ſouci ,›
Fatigué de fouffrir ainfi ,
Je refolus de faire un nouveau Rôle ,
Et d'effayer fi fous un autre Pôle ,
Je pourrois d'autres Dieux être confideré.
Je quitte donc ( Ami ) le Mont facré ;
Je démenage du Parnaffe
Et dès demain ( cher Abbé ) fans retour ,
En attendant qu'ailleurs je puiffe trouver place ,
Par interim , il me faut un féjour.
Il eft un endroit de plaifance
Dont le Maître avec goût fçait placer la dépenſe;
On y voit Boulingrins , Terraffes & Berceaux , →
La Marne au pied vient promener les eaux :
En facé , à diverſe diſtance ,
Ormes , Chênes , Tilleuls forment plufieurs ri
deaux ,
Que Vertumne embellit avec magnificence.
Entre la Riviere & ces Bois ,
Nature a mis une Prairie ;
La
JUILLET. 1730. 1567
Là , couché fur l'herbe feurie ,.
Fantôt de la Mufette , & tantôt du Hautbois ,
Damon forme une aimable & douce mélodie ; ›
Là, fur un vert tapis des plus vives couleurs ,
Jeune Berger , jeune Bergere
Danfent parés de guirlandes de fleurs ;
Plus loin bondit l'Agneau fur la verte fougere
Au chant de mille & mille Oiſeaux ,
Pan affis à l'ombre d'un Hêtre
Mêle les tendres fons de fa Flute champêtre ;
Pour l'entendre on accourt des plus lointains Ha
meaux ;
Le Faune quitte le Bocage ;
La Nymphe eft attentive au travers des rofeaux.
Cet admirable Payſage
Forme l'afpect de Bauregard ;
C'eft ce charmant réduit où je veux fans retard³
Pour un jour feulement faire mon domicile
Peut-on fi pour tems court refufer un azile ?
Tu fus Auteur du mal dont je me fens bleffé
Tu m'en dois fournir le remede ;
Un jour fera bientôt paffé.
Ton Belveder auquel tout autre cede ,
Me convient mieux que l'Helicon.
Je veux pour braver Apollon
A qui je déclare la guerre ,
Dans ton champêtre apartement
Sacrifier au Dieu du Verre ;.
IE
1568 MERCURE DE FRANCE
Il me rendra bientôt le calme & l'enjoument.
C'eft à toi , cher ami , pour la cerémonie ,
De mettre le comble à mes voeux ;
De peu d'amis choifis affembler compagnie
Et j'attens cette courtoifie
De ton coeur noble & genéreux .
Sommevefle.
EPITRE ..
A Bbé , dont la Lyre réfonne
Sur un ton fi doux & fi beau ,
Que le Dieu du double Côteau
Penfa plus d'une fois te donner la Couronne
Ami , ton talent merveilleux
Chaque jour fait pâlir l'envie ,
Et moi - même je fens que mon coeur orgueilleux
En eft bleffé de jalouſie.
Bien fouvent j'en perds le repos ;
Mais pour furcroît de maladie ,
Quand Morphée à fur moi répandu fes pavots ,
Songes
1 566 MERCURE DE FRANCE
Songes pires que l'infomnie
M'agitent fort mal à propos:
Au fameux Temple de memoire ,
En bufte d'un marbre très blanc ,
Je te vis l'autre nuit tout rayonant de gloire
Avec Pindare , occuper même rang ;
C'eft alors qu'accablé fous le poids de ma peine
De l'ingrat Apollon je deteftai la haine.
A mon réveil , l'efprit plein de ſouci ,›
Fatigué de fouffrir ainfi ,
Je refolus de faire un nouveau Rôle ,
Et d'effayer fi fous un autre Pôle ,
Je pourrois d'autres Dieux être confideré.
Je quitte donc ( Ami ) le Mont facré ;
Je démenage du Parnaffe
Et dès demain ( cher Abbé ) fans retour ,
En attendant qu'ailleurs je puiffe trouver place ,
Par interim , il me faut un féjour.
Il eft un endroit de plaifance
Dont le Maître avec goût fçait placer la dépenſe;
On y voit Boulingrins , Terraffes & Berceaux , →
La Marne au pied vient promener les eaux :
En facé , à diverſe diſtance ,
Ormes , Chênes , Tilleuls forment plufieurs ri
deaux ,
Que Vertumne embellit avec magnificence.
Entre la Riviere & ces Bois ,
Nature a mis une Prairie ;
La
JUILLET. 1730. 1567
Là , couché fur l'herbe feurie ,.
Fantôt de la Mufette , & tantôt du Hautbois ,
Damon forme une aimable & douce mélodie ; ›
Là, fur un vert tapis des plus vives couleurs ,
Jeune Berger , jeune Bergere
Danfent parés de guirlandes de fleurs ;
Plus loin bondit l'Agneau fur la verte fougere
Au chant de mille & mille Oiſeaux ,
Pan affis à l'ombre d'un Hêtre
Mêle les tendres fons de fa Flute champêtre ;
Pour l'entendre on accourt des plus lointains Ha
meaux ;
Le Faune quitte le Bocage ;
La Nymphe eft attentive au travers des rofeaux.
Cet admirable Payſage
Forme l'afpect de Bauregard ;
C'eft ce charmant réduit où je veux fans retard³
Pour un jour feulement faire mon domicile
Peut-on fi pour tems court refufer un azile ?
Tu fus Auteur du mal dont je me fens bleffé
Tu m'en dois fournir le remede ;
Un jour fera bientôt paffé.
Ton Belveder auquel tout autre cede ,
Me convient mieux que l'Helicon.
Je veux pour braver Apollon
A qui je déclare la guerre ,
Dans ton champêtre apartement
Sacrifier au Dieu du Verre ;.
IE
1568 MERCURE DE FRANCE
Il me rendra bientôt le calme & l'enjoument.
C'eft à toi , cher ami , pour la cerémonie ,
De mettre le comble à mes voeux ;
De peu d'amis choifis affembler compagnie
Et j'attens cette courtoifie
De ton coeur noble & genéreux .
Sommevefle.
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Résumé : A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
L'auteur adresse une épître à un abbé pour louer son talent poétique et exprimer son admiration. Il avoue ressentir de la jalousie face au succès de l'abbé, au point de troubler son sommeil. Dans un rêve, il voit l'abbé glorifié aux côtés de Pindare, ce qui accentue son sentiment d'infériorité. À son réveil, il décide de quitter le Mont Parnasse, symbole de la poésie. Il envisage de se retirer temporairement à Bauregard, un lieu de plaisance avec des boulingrins, terrasses, berceaux et une rivière. Ce lieu est habité par des bergers, des agneaux et des divinités pastorales comme Pan et les Nymphes. L'auteur demande à l'abbé de l'accueillir à Bauregard, où il espère retrouver la paix et l'enjouement en sacrifiant au Dieu du Verre. Il sollicite également la compagnie de quelques amis choisis pour une cérémonie en son honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 1739-1742
EPITRE A *** Sur le Retour d'un Voyage.
Début :
De mon départ rétroactif, [...]
Mots clefs :
Voyage
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A *** Sur le Retour d'un Voyage.
EPITRE
DE
A
** *
Sur le Retour d'un Voyage.
mon départ rétroactif,
Jufqu'à ce moment inclufif,
Voici tout le récitatif ,
Fidele , fincere & naïf.
Plus à vous qu'aux Turcs n'eft Captif,
De vous quitter point trop hâtif,
Par un effort réfolutif ,
Ayant fait le diſpoſitif ,
De mon bagage portatif,
Et pris votre avis décifif ,
Après un dîné nutritif ,
Et notre adieu trifte & plaintif ;
Sur un cheval point trop retif,
Inceffamment en vous penfif ,
J'arrive à Betz d'un pas fort vif,
Sain & fans être maladif,
Fors du derriere un peu paſſif.
Là reçu d'un air affectif,
D'un Prieur gros , gras , fubftantif,
Franc , genereux , habile , actif,
Et d'efprit doux , très attractif ;
Après propos récréatif,
C ij E
(1740 MERCURE DE FRANCE
Et compliment perſuaſif ,
Le tout d'un ton fort expreffif,
Dans fon Jardin auprès d'un If,
J'ai trouvé le préparatif ,
Et le charmant expofitif,
D'un repas dont tout l'oblatif,
Si mieux vous n'aimez le datif,
Ou bien plutôt le donatif ,
Me parut très-excitatif.
Bien ordonné , exquifitif,
Et dont tout Pilluminatif ,
Fut en cire & non pas en fuif.
D'abord, comme homme expeditif ,
D'un couteau mieux que d'un canif,
Ayant coupé fans être oifif,
J'ai mangé comme un franc pouffif;
Puis d'un vin corroboratif,
De boire à vous ne fus tardif,
Et Bacchus étant correctif ,
Du chagrin noir & corrofif,
Que caufe à mon coeur fenfitif ,
Notre Eloignement afflictif,
De fon doux jus confolatif,
J'ai tant pris de confortatif ,
Que plein de ce préſervatif ,
Pour n'aller jufqu'au vomitif,
J'euffe eu befoin d'un lenitif ,
Emoliant & déterfif,
Pour
A O UST. 1730. 174
1
Pour faire en bas tout l'attractif,
Si Monfieur mon gros Pofitif , '
D'un naturel aperitif ,
N'eût par un ample lexatif ,
Fait de tout un prompt expulfif;
Ce qui m'eft un indicatif ,
Certain & fignificatif,
D'un fommeil réfrigeratif ,
Tranquille & très-foporatif.
Ainfi avant mon dormitif ,
Je vais prier Dieu , non en Juif ;
Mais en Chrétien contemplatif,
En pecheur touché jufqu'au vif ;
Qu'il veuille être confervatif ,
De moi , fon enfant adoptif,
Et puis vous affurer en if,
Qu'à votre moindre imperatif ,
Je ferai trés-expeditif,
Sans y jamais être fautif,
Et que mon plus grand optatif ,
Sera d'être à l'infinitif,
Avec privilege exclufif ,
Et fans aucun diminutif ,
Mais plutôt avec adjectif ,
Votre ami le plus effectif ,
Le plus vrai , le plus affectif,
A tous autres fuperlatif ,
Et fans aucun comparatif.
12
Cilj Voulez
1742 MERCURE DE FRANCE
Voulez- vous plus de mots en if?
'Apprenez-m'en le vocatif,
Ou plutôt le nominatif ,
Car j'en ai vuidé mon Tarif ,
Et vous fais humble accuſatif ,
Que plus n'en fuis mémoratif.
L'Abbé L .:
DE
A
** *
Sur le Retour d'un Voyage.
mon départ rétroactif,
Jufqu'à ce moment inclufif,
Voici tout le récitatif ,
Fidele , fincere & naïf.
Plus à vous qu'aux Turcs n'eft Captif,
De vous quitter point trop hâtif,
Par un effort réfolutif ,
Ayant fait le diſpoſitif ,
De mon bagage portatif,
Et pris votre avis décifif ,
Après un dîné nutritif ,
Et notre adieu trifte & plaintif ;
Sur un cheval point trop retif,
Inceffamment en vous penfif ,
J'arrive à Betz d'un pas fort vif,
Sain & fans être maladif,
Fors du derriere un peu paſſif.
Là reçu d'un air affectif,
D'un Prieur gros , gras , fubftantif,
Franc , genereux , habile , actif,
Et d'efprit doux , très attractif ;
Après propos récréatif,
C ij E
(1740 MERCURE DE FRANCE
Et compliment perſuaſif ,
Le tout d'un ton fort expreffif,
Dans fon Jardin auprès d'un If,
J'ai trouvé le préparatif ,
Et le charmant expofitif,
D'un repas dont tout l'oblatif,
Si mieux vous n'aimez le datif,
Ou bien plutôt le donatif ,
Me parut très-excitatif.
Bien ordonné , exquifitif,
Et dont tout Pilluminatif ,
Fut en cire & non pas en fuif.
D'abord, comme homme expeditif ,
D'un couteau mieux que d'un canif,
Ayant coupé fans être oifif,
J'ai mangé comme un franc pouffif;
Puis d'un vin corroboratif,
De boire à vous ne fus tardif,
Et Bacchus étant correctif ,
Du chagrin noir & corrofif,
Que caufe à mon coeur fenfitif ,
Notre Eloignement afflictif,
De fon doux jus confolatif,
J'ai tant pris de confortatif ,
Que plein de ce préſervatif ,
Pour n'aller jufqu'au vomitif,
J'euffe eu befoin d'un lenitif ,
Emoliant & déterfif,
Pour
A O UST. 1730. 174
1
Pour faire en bas tout l'attractif,
Si Monfieur mon gros Pofitif , '
D'un naturel aperitif ,
N'eût par un ample lexatif ,
Fait de tout un prompt expulfif;
Ce qui m'eft un indicatif ,
Certain & fignificatif,
D'un fommeil réfrigeratif ,
Tranquille & très-foporatif.
Ainfi avant mon dormitif ,
Je vais prier Dieu , non en Juif ;
Mais en Chrétien contemplatif,
En pecheur touché jufqu'au vif ;
Qu'il veuille être confervatif ,
De moi , fon enfant adoptif,
Et puis vous affurer en if,
Qu'à votre moindre imperatif ,
Je ferai trés-expeditif,
Sans y jamais être fautif,
Et que mon plus grand optatif ,
Sera d'être à l'infinitif,
Avec privilege exclufif ,
Et fans aucun diminutif ,
Mais plutôt avec adjectif ,
Votre ami le plus effectif ,
Le plus vrai , le plus affectif,
A tous autres fuperlatif ,
Et fans aucun comparatif.
12
Cilj Voulez
1742 MERCURE DE FRANCE
Voulez- vous plus de mots en if?
'Apprenez-m'en le vocatif,
Ou plutôt le nominatif ,
Car j'en ai vuidé mon Tarif ,
Et vous fais humble accuſatif ,
Que plus n'en fuis mémoratif.
L'Abbé L .:
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Résumé : EPITRE A *** Sur le Retour d'un Voyage.
L'épître décrit le retour d'un voyageur à Betz. Le narrateur exprime son regret de quitter son destinataire et relate un départ marqué par un adieu triste. Arrivé à Betz en bonne santé, sauf pour une légère douleur au dos, il est accueilli par un prieur généreux et actif. Ce dernier lui offre un repas délicieux dans un jardin près d'un if. Le narrateur mange avec appétit et boit du vin pour apaiser son chagrin dû à la séparation. Après le repas, il se repose grâce à un sommeil réparateur. Avant de dormir, il prie Dieu pour sa protection et exprime son désir de rester toujours avec son destinataire, se déclarant son ami le plus affectueux et véritable. Il mentionne avoir épuisé son vocabulaire en 'if' et se met humblement à la disposition de son destinataire pour en apprendre davantage.
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35
p. 2142-2147
EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
Début :
De tout encens ennemi declaré, [...]
Mots clefs :
Mortels, Vertu, Innocence, Fleurs, Yeux, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
EPITRE
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
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Résumé : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
L'épître est destinée à l'Évêque de Grenoble et commence par l'expression de la réticence de l'auteur à louer le prélat, motivée par la modestie et le respect. L'auteur reconnaît les nombreuses vertus de l'évêque, notamment sa charité envers les pauvres et les faibles, sa sagesse, et son influence bénéfique sur le peuple. Pour illustrer ces qualités, l'auteur compare l'évêque à Pallas (Athéna), la déesse de la sagesse et de la vertu, qui descend sur terre pour enseigner la vertu aux hommes. Pallas est accompagnée des Grâces, des Vertus, des Plaisirs et des Muses, symbolisant respectivement la beauté, la joie et l'harmonie. L'épître met en avant les bienfaits de la vertu et condamne les vices tels que la flatterie, l'ambition et la haine. En conclusion, l'auteur établit une comparaison directe entre l'évêque et Pallas, soulignant que le prélat incarne la vérité et la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 48-49
EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
Début :
N'Allez point vous fâcher de ce qu'un inconnu [...]
Mots clefs :
Épître, Mlle de Malcrais de la Vigne, Hirondelles, Idylle, Parnasse, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
EPITRE
A Mile de Malcrais de la Vigne , du
Croisic en Bretagne , sur son Idille des
Hirondelles , inserée dans le premier Volume
du Mercure de Decembre 1730 .
N'Allez point vous facher de ce qu'un inconnu
Sans quelque aveu de vous ose ainsi vous écrire ,
Donnez - vous la peine de lire ,
Vous lui pardonnerez quand vous aurez tout lû..
On est zelé quand on estime ;
Clidamis vous l'apprit ; le dirai - je en passant >-
Votre Hirondelle nous l'apprend .
C'est par vous que l'amour avec la raison rime
Ah ! que l'on aime la raison
-
Quand ce Dieu lui fait sa leçon !
Mais je reviens bien vîte au motif qui m'anime
Il vous regarde de trop près.
Je crains qu'en ce moment sur vos jours on n'át→
tente ;
Votre Hirondelle , helas ! cette Idille charmante
Vous fait sur le Parnasse un terrible procés..
Vous
JANVIER. 1731. 49
Vous sçaurez qu'elle est parvenuë
En droite ligne au Mont facré ;.
Apollon après l'avoir luë
Aux doctes Soeurs a déclaré
Qu'il nommoit sa dixiéme Muse:
L'aimable & digne de Malcrais ;
C'est le plus juste des Arrêts ..
Chacune cependant est comme une „ Méduse ;;
On ne voit plus que des serpens
En place des lauriers qui leur ceignoient la tête ,
Et j'ai lû sur leurs fronts et dans leurs yeux ar
dens
Contre vous tout ce qui s'apprête.
La jalouse fureur porte par tout leurs pas ;
Une femme est alors capable de tout faire ;
Plus d'un Neftor l'a dit ; mais je ne le crois pas,
Quoiqu'il en soit , on doit prevenir leur colere :
L'avis est important ; voyez ce qu'il faut faire ; .
Mais s'il y falloit joindre & mon zele & mes
soins ,
De mon foible pouvoir je romprois la limite
Pour rendre vos yeux les témoins
Du cas que je fais du mérite.
Carrelet d'Hauteculle.
A Mile de Malcrais de la Vigne , du
Croisic en Bretagne , sur son Idille des
Hirondelles , inserée dans le premier Volume
du Mercure de Decembre 1730 .
N'Allez point vous facher de ce qu'un inconnu
Sans quelque aveu de vous ose ainsi vous écrire ,
Donnez - vous la peine de lire ,
Vous lui pardonnerez quand vous aurez tout lû..
On est zelé quand on estime ;
Clidamis vous l'apprit ; le dirai - je en passant >-
Votre Hirondelle nous l'apprend .
C'est par vous que l'amour avec la raison rime
Ah ! que l'on aime la raison
-
Quand ce Dieu lui fait sa leçon !
Mais je reviens bien vîte au motif qui m'anime
Il vous regarde de trop près.
Je crains qu'en ce moment sur vos jours on n'át→
tente ;
Votre Hirondelle , helas ! cette Idille charmante
Vous fait sur le Parnasse un terrible procés..
Vous
JANVIER. 1731. 49
Vous sçaurez qu'elle est parvenuë
En droite ligne au Mont facré ;.
Apollon après l'avoir luë
Aux doctes Soeurs a déclaré
Qu'il nommoit sa dixiéme Muse:
L'aimable & digne de Malcrais ;
C'est le plus juste des Arrêts ..
Chacune cependant est comme une „ Méduse ;;
On ne voit plus que des serpens
En place des lauriers qui leur ceignoient la tête ,
Et j'ai lû sur leurs fronts et dans leurs yeux ar
dens
Contre vous tout ce qui s'apprête.
La jalouse fureur porte par tout leurs pas ;
Une femme est alors capable de tout faire ;
Plus d'un Neftor l'a dit ; mais je ne le crois pas,
Quoiqu'il en soit , on doit prevenir leur colere :
L'avis est important ; voyez ce qu'il faut faire ; .
Mais s'il y falloit joindre & mon zele & mes
soins ,
De mon foible pouvoir je romprois la limite
Pour rendre vos yeux les témoins
Du cas que je fais du mérite.
Carrelet d'Hauteculle.
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Résumé : EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
L'épître est adressée à Mile de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, et traite de son œuvre 'Idille des Hirondelles' publiée dans le premier volume du Mercure de décembre 1730. L'auteur inconnu exprime son admiration pour le travail de Mile de Malcrais, soulignant l'harmonie entre l'amour et la raison. Il manifeste une inquiétude pour la sécurité de Mile de Malcrais, craignant des menaces en raison du succès de son œuvre. L'auteur rapporte que l''Idille des Hirondelles' a été acclamée par Apollon, qui l'a déclarée digne d'être sa dixième Muse, suscitant ainsi la jalousie des autres Muses. Comparées à Méduse, elles voient des serpents à la place de lauriers. L'auteur met en garde contre la fureur jalouse des femmes et offre son soutien pour protéger Mile de Malcrais. L'épître est datée de janvier 1731 et signée Carrelet d'Hauteculle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 465-469
REPONSE de M. L. D. à une jeune Personne trés-aimable, qui lui avoit écrit une Lettre fort spirituelle.
Début :
En verité, chere Suzette, [...]
Mots clefs :
Réponse, Suzette, Amusette, Historiette, Gazette, Coquette, Amourette, Discrète , Allumette
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. L. D. à une jeune Personne trés-aimable, qui lui avoit écrit une Lettre fort spirituelle.
R'E'P O NS £de M. L. D. a une·j1m ,
Pmonnc tres-aiabfc, q11i foi avoif foit
une Lettre fort spiritue/1(.
EN yerite ' cht.'re Suz;tte ..
Votre Lettre si joliette ,
Est pour moi plus doucc amusette'
e tout Rdman ; jU'HutoriettC ,
e Lardon_, Mercure o.u Gazette;:
Non , nul Orateu,r., nul .Poete,
N'ecrit si bien' que vous, Suzette ,;
Et j'ai toujours dit et repette,
Du Sceptre jusqu',i' la Roulette __
11 n'cst femme , fille , filltte ;
_ Noble, Roturiere , ou pauvrette ;
Soit petite ; ou &ien grandelette,
Soit d'age mur ' OU bicn jWlCtte ,·.
Soit Demoiseile, soit G risctte ,
Soic sage , discrette t- ou Coq11ette
Solt mondajne ' OU bien soit Nonnette
$ou c::.nfui blonde , OU soit brunecce '
C-iii s,· - l
o '" , Google
466 MERCURE DE FRANCE
Si belle que vous , si parfaite ,
Personne aussi tant ne souhaite ,
Faire de votre coeur l'emplette ,
Que moi dont le nom mis en rette
De landriri fait ladrirette . 2
Et dont le coeur en amourette ,
Ne tourne pas en giroüette.
Oui , jeune et charmante Suzette ;
'Absent de vous tout m'inquiette ,
Et s'il me falloit en retraitte ,
Vivre seul avec vous seulette ,
Fût-ce en une pauvre Logette ,
aimable Suzette ,
Avec vous ,
J'aimerois mieux sur nappe nette ,
En gras , Pâtés ragout , blanquette ,
Poulet , Faisan , Perdrix , Mauviette ,
En maigre , Brochet , bonne Laitte ,
Sole , Saumon , Huitre , Crevette ,
Au dessert , Biscuit , Tartelette ,
Bonne Compote de Rainette ,
Que n'aimerois sans vous , Suzette ,
Avec pain bis , avec Piquette ,
En gras , la simple Vinaigrette ,
Bouilli froid , étique Raquette ,
En maigre , Potiron et Bette ,
Harang salé , froide Omelette ,
Et
pour le Fruit , Noix et Noisette .
Ce que je dis n'est point sornette ,
C'est
MARS. 1731. 467
C'est la verité pure et nette ,
Point ne suis conteur de fleurette
Encor moins chanteur de goguette.
gu
Je vous aime , belle Suzette ,
Plus que ne fut une Nannette'
Une Cloris , une Lizette ,
De la plus tendre Historiette ,
Hélas ! si bien- tôt sur l'herbetter ,,
Ensemble assis sur la fleurette ,
Ou bien cueillant la Violette ,
Voyant ma tendresse discrette ,
Vous me disiez de voix doucette
Cher ami , plus ne t'inquiette ,
Au feu de ton ardeur parfaitte ,
Mon coeura pris comme allumette
Je sens ce que ton coeur souhaitte
Ma fortune , aimable Suzette ,
Dans le moment seroit complette ;
Et ce bonheur , mon coeur appette ,
Plus que Crosse , Mitre , Barette
que d'écus plein ma pochette.
Et
Si par vous cette chose est faite ;
Ma langue ne sera muette ,
Et comme assez bien je caquette ,
Sans cesse de voix claire et nette
Mieux que Rossignol et Fauvette
Que Canaris et qu'Allouette ,
Je Chanterai sur la Muzette 1
C iiij Sur
468
MERCURE DE FRANCE
Sur l'Epinette et la Trompette ,
Comme l'ai dit et répette.
Du Sceptre jusqu'à la Houlette ,
Il n'est femme , fille , fillette ,
Noble , aisée , riche ou pauvrette ,
Soit petite ou bien grandelette ,
Soit d'âge mûr , ou soit jeunette ,
Soit sage , discrette ou coquette ,
Soit
Demoiselle , soit grisette
Soit mondaine , ou bien soit Nonnette ,
Soit enfin blonde ou soit brunette ,
Qui soit si bonne , si parfaite ,
Que l'incomparable Suzette.
Dites- moi donc , belle fillette
>
En public ou bien en cachette ,
Va , mon cher , ton affaire est faite
Ainsi soit-il , et vous souhaite ,
Cette nuit en votre couchette ,
Pour deux trop petite et chiquette ,
Rêverie et tendre et complette ,
Sommeil point troublé par clochette
Par puce , carosse , charette ,
Par aboi de Chien ou Levrette ,
Par Larron , Souris ou Chouette
Puis au réveil argent sans dette ,
En tous vos achats bonne emplette
Et qu'en tout soyez satisfaite.
Adieu , trop charmante Suzette
Ma
MARS. 469 1731.
Ma réverence maigrelette ,
Saluant la vôtre douillette , ´
Pour ne pas dire grassoüillette ,
Je suis avec humble épithete ,
Votre serviteur Landrirette ,
D'esprit joyeux , d'humeur folette ,
Mais simple comme enfant qui tette.
Pmonnc tres-aiabfc, q11i foi avoif foit
une Lettre fort spiritue/1(.
EN yerite ' cht.'re Suz;tte ..
Votre Lettre si joliette ,
Est pour moi plus doucc amusette'
e tout Rdman ; jU'HutoriettC ,
e Lardon_, Mercure o.u Gazette;:
Non , nul Orateu,r., nul .Poete,
N'ecrit si bien' que vous, Suzette ,;
Et j'ai toujours dit et repette,
Du Sceptre jusqu',i' la Roulette __
11 n'cst femme , fille , filltte ;
_ Noble, Roturiere , ou pauvrette ;
Soit petite ; ou &ien grandelette,
Soit d'age mur ' OU bicn jWlCtte ,·.
Soit Demoiseile, soit G risctte ,
Soic sage , discrette t- ou Coq11ette
Solt mondajne ' OU bien soit Nonnette
$ou c::.nfui blonde , OU soit brunecce '
C-iii s,· - l
o '" , Google
466 MERCURE DE FRANCE
Si belle que vous , si parfaite ,
Personne aussi tant ne souhaite ,
Faire de votre coeur l'emplette ,
Que moi dont le nom mis en rette
De landriri fait ladrirette . 2
Et dont le coeur en amourette ,
Ne tourne pas en giroüette.
Oui , jeune et charmante Suzette ;
'Absent de vous tout m'inquiette ,
Et s'il me falloit en retraitte ,
Vivre seul avec vous seulette ,
Fût-ce en une pauvre Logette ,
aimable Suzette ,
Avec vous ,
J'aimerois mieux sur nappe nette ,
En gras , Pâtés ragout , blanquette ,
Poulet , Faisan , Perdrix , Mauviette ,
En maigre , Brochet , bonne Laitte ,
Sole , Saumon , Huitre , Crevette ,
Au dessert , Biscuit , Tartelette ,
Bonne Compote de Rainette ,
Que n'aimerois sans vous , Suzette ,
Avec pain bis , avec Piquette ,
En gras , la simple Vinaigrette ,
Bouilli froid , étique Raquette ,
En maigre , Potiron et Bette ,
Harang salé , froide Omelette ,
Et
pour le Fruit , Noix et Noisette .
Ce que je dis n'est point sornette ,
C'est
MARS. 1731. 467
C'est la verité pure et nette ,
Point ne suis conteur de fleurette
Encor moins chanteur de goguette.
gu
Je vous aime , belle Suzette ,
Plus que ne fut une Nannette'
Une Cloris , une Lizette ,
De la plus tendre Historiette ,
Hélas ! si bien- tôt sur l'herbetter ,,
Ensemble assis sur la fleurette ,
Ou bien cueillant la Violette ,
Voyant ma tendresse discrette ,
Vous me disiez de voix doucette
Cher ami , plus ne t'inquiette ,
Au feu de ton ardeur parfaitte ,
Mon coeura pris comme allumette
Je sens ce que ton coeur souhaitte
Ma fortune , aimable Suzette ,
Dans le moment seroit complette ;
Et ce bonheur , mon coeur appette ,
Plus que Crosse , Mitre , Barette
que d'écus plein ma pochette.
Et
Si par vous cette chose est faite ;
Ma langue ne sera muette ,
Et comme assez bien je caquette ,
Sans cesse de voix claire et nette
Mieux que Rossignol et Fauvette
Que Canaris et qu'Allouette ,
Je Chanterai sur la Muzette 1
C iiij Sur
468
MERCURE DE FRANCE
Sur l'Epinette et la Trompette ,
Comme l'ai dit et répette.
Du Sceptre jusqu'à la Houlette ,
Il n'est femme , fille , fillette ,
Noble , aisée , riche ou pauvrette ,
Soit petite ou bien grandelette ,
Soit d'âge mûr , ou soit jeunette ,
Soit sage , discrette ou coquette ,
Soit
Demoiselle , soit grisette
Soit mondaine , ou bien soit Nonnette ,
Soit enfin blonde ou soit brunette ,
Qui soit si bonne , si parfaite ,
Que l'incomparable Suzette.
Dites- moi donc , belle fillette
>
En public ou bien en cachette ,
Va , mon cher , ton affaire est faite
Ainsi soit-il , et vous souhaite ,
Cette nuit en votre couchette ,
Pour deux trop petite et chiquette ,
Rêverie et tendre et complette ,
Sommeil point troublé par clochette
Par puce , carosse , charette ,
Par aboi de Chien ou Levrette ,
Par Larron , Souris ou Chouette
Puis au réveil argent sans dette ,
En tous vos achats bonne emplette
Et qu'en tout soyez satisfaite.
Adieu , trop charmante Suzette
Ma
MARS. 469 1731.
Ma réverence maigrelette ,
Saluant la vôtre douillette , ´
Pour ne pas dire grassoüillette ,
Je suis avec humble épithete ,
Votre serviteur Landrirette ,
D'esprit joyeux , d'humeur folette ,
Mais simple comme enfant qui tette.
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Résumé : REPONSE de M. L. D. à une jeune Personne trés-aimable, qui lui avoit écrit une Lettre fort spirituelle.
L'auteur adresse une lettre à Suzette, exprimant son admiration et son amour. Il loue la lettre de Suzette, la qualifiant de spirituelle et douce, et affirme que personne ne peut écrire aussi bien qu'elle, indépendamment du rang ou de l'âge. L'auteur déclare son amour inconditionnel et préfère une vie modeste avec elle plutôt que l'opulence sans elle. Il décrit les mets qu'il aimerait partager avec elle, contrastant avec les plats simples qu'il mangerait seul. Il rappelle les moments où Suzette a montré son affection et exprime son désir de partager ses sentiments. L'auteur promet de chanter son amour sur divers instruments si elle accepte ses avances. Il répète que Suzette est incomparable et souhaite qu'elle passe une nuit paisible. La lettre se termine par des salutations respectueuses et humbles, l'auteur se décrivant comme joyeux et simple.
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38
p. 2104-2106
A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
Début :
Les Amours pendant votre absence [...]
Mots clefs :
Amours, Vénus, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
A MLLE SALLE' ,
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
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Résumé : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
En septembre 1731, une épître célèbre le retour de Mlle Salle, une danseuse de l'Opéra. Les Amours, symbolisant les passions et les admirateurs, l'ont suivie et se sont rassemblés pour la voir triompher sur scène. Le jour de son retour a été marqué par un enthousiasme extrême, avec un public avide et des Grâces vêtues de modernes habits occupant les loges. Cependant, une troupe d'Amours censeurs, étrangers et inconnus, a tenté de perturber cet enthousiasme en déclarant la guerre à Mlle Salle. Malgré cela, ces Amours ont dû changer de langage et rendre hommage à la danseuse en applaudissant. L'auteur exprime le souhait que Mlle Salle reste, car l'Amour est las de voyager. Il mentionne également la générosité des Anglais à récompenser le mérite, mais souligne l'importance du suffrage de la Patrie.
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39
p. 2359-2361
A MLLE CAMARGO, Danseuse de l'Opera. EPITRE ; Au sujet d'une Piece Comique, où l'on a prétendu critiquer ses talens.
Début :
Eh ! quoi, la critique t'outrage, [...]
Mots clefs :
Opéra, Danseuse, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MLLE CAMARGO, Danseuse de l'Opera. EPITRE ; Au sujet d'une Piece Comique, où l'on a prétendu critiquer ses talens.
A MILE CAMARGO,
Danseuse de l'Opera.
E PIT RE ;
Au sujet d'une Piece Comique , où l'on a
prétendu critiquer ses talens.
EH ! quoi , la critique t'outrage „
Et s'efforce de t'abaiffer !
Pour confondre son vain langage,
CAMARGO , tu n'as qu'à danser.
La voix de l'injuste censure ,
Se perd dans ces heureux instans
Et cent suffrages éclatans ,
Etouffent son foible murmare.
Ton triomphe est certain ; crois-moi ,
Regarde voler sans effroi ,
Le trait malin et satirique ,
Il tetombe sur le Caustique,
Qui l'ose lancer contre toi.
Je veux publier ta victoire ,
Ne craint pas qu'en vengeant ta gloire ,
De PREVOST , j'aille bassement ,
Insulter l'illustre memoire ,
Et chicaner sans jugement ,
SALE
2360 MERCURE DE FRANCE
SALLE' , de qui la Renommée ,
Nous apprend qu'Albion charmée ,
Prise comme nous l'agrément.
Non , je ne suivrai point la piste
De maint outré Panégiriste ,
Du bon sens ennemi mortel ,
Qui préferant son goût aux nôtres ;
N'encense jamais qu'un Autel ,
Et veur renverser tous les autres.
Mais songeons à te celebrer ;
Est- ce un ouvrage a differer ?
Que tes attitudes brillantes ,
(Peintures vives et parlantes )
Forment des Tableaux excellens !
On ne connoissoit pas encore
Tous les charmes de Terpsicore ;
Quand on ignoroit tes talens.
Tu n'est que trop sure de plaire
Eh ! comment ne plairois - tu pas ?
Ta jambe seule a plus d'appas ,
Que n'en rassemble tout Cithere ;
Sur la Scene qu'elle est legere !
Que les mouvemens en sont fins !
Tel Zephire dans les Jardins ,
En cherchant les faveurs de Flore ,
Voltige au lever de l'Aurore ,
Sur les Roses et les Jasmins :
Les yeux éblouis sur tes traces
N'em
OCTOBRE . 1731. 2361
N'en suivent qu'à peine le cours ;
Tes pas enviez par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours.
En lisant ces deux Vers , peut être ,
D'abord on me reprochera ,
Que dans un moderne Opǝra ,
Je les ai pillés ... j'en suis maître ;
Mon titre est que rien galamment ,
Sur la danse ne s'est pû dire ,
Qui ne te soit dû justement.
Lorsqu'au Théatre où l'on t'admire ,
Apollon vantoit sur sa Lyre ,
Terpsicore et son Art charmant ,
Dans les deux Vers que je répete ,
Il ne parloit pas en Poëte ,
Inspiré par son vertigo ,
Mais en illuminé Prophete ,
Al chantoit la Danse parfaite ;
C'étoit prédire CAMARGO ,
* Ces deux Vers sont du Prologue des Fêtes
Grecques et Romaines ; ils étoient chantez par
Apollon à l'honneur de Terpsicore.
Danseuse de l'Opera.
E PIT RE ;
Au sujet d'une Piece Comique , où l'on a
prétendu critiquer ses talens.
EH ! quoi , la critique t'outrage „
Et s'efforce de t'abaiffer !
Pour confondre son vain langage,
CAMARGO , tu n'as qu'à danser.
La voix de l'injuste censure ,
Se perd dans ces heureux instans
Et cent suffrages éclatans ,
Etouffent son foible murmare.
Ton triomphe est certain ; crois-moi ,
Regarde voler sans effroi ,
Le trait malin et satirique ,
Il tetombe sur le Caustique,
Qui l'ose lancer contre toi.
Je veux publier ta victoire ,
Ne craint pas qu'en vengeant ta gloire ,
De PREVOST , j'aille bassement ,
Insulter l'illustre memoire ,
Et chicaner sans jugement ,
SALE
2360 MERCURE DE FRANCE
SALLE' , de qui la Renommée ,
Nous apprend qu'Albion charmée ,
Prise comme nous l'agrément.
Non , je ne suivrai point la piste
De maint outré Panégiriste ,
Du bon sens ennemi mortel ,
Qui préferant son goût aux nôtres ;
N'encense jamais qu'un Autel ,
Et veur renverser tous les autres.
Mais songeons à te celebrer ;
Est- ce un ouvrage a differer ?
Que tes attitudes brillantes ,
(Peintures vives et parlantes )
Forment des Tableaux excellens !
On ne connoissoit pas encore
Tous les charmes de Terpsicore ;
Quand on ignoroit tes talens.
Tu n'est que trop sure de plaire
Eh ! comment ne plairois - tu pas ?
Ta jambe seule a plus d'appas ,
Que n'en rassemble tout Cithere ;
Sur la Scene qu'elle est legere !
Que les mouvemens en sont fins !
Tel Zephire dans les Jardins ,
En cherchant les faveurs de Flore ,
Voltige au lever de l'Aurore ,
Sur les Roses et les Jasmins :
Les yeux éblouis sur tes traces
N'em
OCTOBRE . 1731. 2361
N'en suivent qu'à peine le cours ;
Tes pas enviez par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours.
En lisant ces deux Vers , peut être ,
D'abord on me reprochera ,
Que dans un moderne Opǝra ,
Je les ai pillés ... j'en suis maître ;
Mon titre est que rien galamment ,
Sur la danse ne s'est pû dire ,
Qui ne te soit dû justement.
Lorsqu'au Théatre où l'on t'admire ,
Apollon vantoit sur sa Lyre ,
Terpsicore et son Art charmant ,
Dans les deux Vers que je répete ,
Il ne parloit pas en Poëte ,
Inspiré par son vertigo ,
Mais en illuminé Prophete ,
Al chantoit la Danse parfaite ;
C'étoit prédire CAMARGO ,
* Ces deux Vers sont du Prologue des Fêtes
Grecques et Romaines ; ils étoient chantez par
Apollon à l'honneur de Terpsicore.
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Résumé : A MLLE CAMARGO, Danseuse de l'Opera. EPITRE ; Au sujet d'une Piece Comique, où l'on a prétendu critiquer ses talens.
En octobre 1731, Sale écrit une lettre à Mile Camargo, danseuse de l'Opéra, pour la défendre contre les critiques. Il affirme que la meilleure réponse de Camargo aux détracteurs est de continuer à danser, car son art surpasse les voix de la censure. Sale exalte les qualités exceptionnelles de Camargo, soulignant que ses mouvements et attitudes créent des tableaux vivants et brillants. Il compare sa jambe à la légèreté de Zéphyr et note que ses pas sont admirés par les Grâces et les Amours. L'auteur justifie également l'utilisation de vers tirés du prologue des 'Fêtes Grecques et Romaines', affirmant qu'ils décrivent parfaitement la danse de Camargo.
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40
p. [2483]-2487
EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Début :
A des Grands sans vertus, un Auteur qui veut plaire, [...]
Mots clefs :
Maréchal, Vertu, Aïeux , Trône de Louis, Vœux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Des Grands sans vertus,un Auteur
qui veut plaire ,
Les comble en les louant , d'une
gloire étrangere ,
Mais ce n'est point ainsi , puis qu'il faut l'avouer,
VILLARS , que l'on s'y prend lorsqu'on veut te
loüer ;
A ij Ta
2484 MERCURE DE FRANCE.
Ta vie offre à notre Art une riche matiere .
Je te vois tout brillant de ta propre lumiere ,
$
Tu nous suffis toi seul , et pour être vanté ,
Ton nom n'a pas besoin d'un éclat emprunté ;
Ce noble amas de faits , cette vertu suprême ,
Sans les chercher ailleurs , on les trouve en toimême.
Laissons-là tes emplois , ton rang et tes Ayeux ;
C'est par d'autres endroits que tu plaîs à nos yeux .
Depuis que le ciseau de la Parque inhumaine
Nous cut ravi Condé, Luxembourg et Turenne ,
On vit bien dans l'effroi qui courut nous glacer ,
Qu'il n'étoit que toi seul qui pût les remplacer.
Qüi , c'est toi dont l'effort repoussa ce grand
Homme , (*)
Plus outré contre nous , qu'Annibal contre Rome.
Par ta rare prudence et ton activité ,
Vingt fois dans ses desseins il fut déconcerté ;
Et chassant lesGuerriers qui couvroient nos Fromtieres
,
Tu sçus de cet Etar reculer les Barrières ; (6)
Aussi par mille Exploits non moins prompts
qu'inoüis ,
Ta valeur rassura le Trône de Louis.
Dès que son juste choix t'eut confié sa gloire ,
On te vit à grands pas courir à la victoire ;
Elle exauça tes voeux , et sensible à nos maux ,
(a) Le Prince Eugene.
(b) Lignes de Stoloffen.
Soudais
NOVEMBRE . 1731. 2485
Soudain en ta faveur revint sous nos Drapeaux.
C'est alors qu'appuyé de sa main foudroyante ,
Chez tous nos ennemis tu portas l'épouvante ;
Le Danube , la Sambre et l'Escaut et le Rhin ,
Te virent sur leurs bords paroitre en Souverain.
Quelqu'obstacle assez grand que t'oppose leur
rage ,
Rien ne peut t'arrêter , tout cede à ton courage ;
Tu voles sans fremir où l'honneur te conduit.
Quel air ! quels coups ! ton bras par tout se reproduit
,
Et cueillant à ton gré les Palmes les plus grandes.
Execute en Soldat ce qu'en Chef tu commandes.
Mais c'est peu que ta gloire éclate au Champ de
Mars :
Pour comble de bonheur tu chéris les beaux
Arts , (a)
Toûjours prêt à chercher quiconque a du merite
,
A de nouveaux efforts ta bonté les excite ,
Par les soins glorieux d'un Sénat d'Apollons ,
Déja nos beaux efprits sont comblez de tes
Dons , (6)
C'est ainsi que jadis banissant l'ignorance ,
FRANÇOIS (c ) dans nos climats fit fleurir la
Science , •
(a) Il est un des 40rde l'Académie Françoise:
(b) ll fournit tous les ans un Prix à l'Académie
de Marseille.
(c)François I. fut appellé le Pere des Sçavans
A iij
Aux
2496 MERCURE DE FRANCE
Aux Doctes de son siecle il prêta son appui ;
Ce Roi fit tout pour eux , ils firent tout pour lui;
Sous son Regne charmant jamais aucun Poëte ,
N'éprouva les rigueurs d'une affreuse disette ;
Mais si- tôt que la mort l'eut mit dans le cercueil,
Le Pinde consterné demeura dans le deüil.
Enfin le sort changea , les Muses affligées ,
D'Armand et de Seguier , se virent protegées ;
Et sur elles bien- tôt répandant ses bienfaits.
Le plus grand des Bourbons leur ouvrit son Palais,
Ta l'imites , VILLARS , et sur un tel exemple ,
Dans Marseille (4) aujourd'hui tu leur dresses un
Temple.
C'est-là que desormais mille Auteurs dans leurs
Vers,
Chanteront le bonheur de tes Exploits divers ,
Du Belge à ton aspect les troupes allarmées,
L'Empire jusqu'à Vienne ouvert à nos armées ,
Les Bataves domptez , leurs projets démentis ,
Et cent murs abattus aussi- tôt qu'investis.
Ton amour pour la Paix , (b) ton zele pour la
France ,
Tes moeurs , ton équité , ta vaste intelligence ,
Cet air noblé et riant qui sçait nous enchanter ,
Sont autant de sujets que leur main va traiter.
(a) Il est Protecteur de l'Académie de Marseille.
(b) Il conclud la Paix à Rastad.
Pour
NOVEMBRE . 1731. 2487
Pour moi , qui là- dessus brule souvent d'écrire ,
Je crains d'en dire moins , qu'il ne m'en faudroit
dire ,
Si-tôt que mon esprit vent peindre ta grandeur ,
Je ressens que ma force est moindre que mon
coeur ;
Toutesfois sur tes faits mes Muses attentives ,
Cherchent pour les tracer les couleurs les plus
vives ;
Heureux si dans l'ardeur qui me vient enflamer
Par de beaux traits enfin , je puis les exprimer !
Mais que dis -je , exprimer ! la chose est difficile ;
Je n'oserois tenter l'Eloge d'un Achile ;
VILLARS , je me connois , et ne vois pas comment,
Je pourrois par des Vers te louer dignement ;
Ainsi donc retenu par mon peu d'éloquence
Content de t'admirer , je garde le silence.
MANUEL , de la Doctrine Chrétienne,
qui veut plaire ,
Les comble en les louant , d'une
gloire étrangere ,
Mais ce n'est point ainsi , puis qu'il faut l'avouer,
VILLARS , que l'on s'y prend lorsqu'on veut te
loüer ;
A ij Ta
2484 MERCURE DE FRANCE.
Ta vie offre à notre Art une riche matiere .
Je te vois tout brillant de ta propre lumiere ,
$
Tu nous suffis toi seul , et pour être vanté ,
Ton nom n'a pas besoin d'un éclat emprunté ;
Ce noble amas de faits , cette vertu suprême ,
Sans les chercher ailleurs , on les trouve en toimême.
Laissons-là tes emplois , ton rang et tes Ayeux ;
C'est par d'autres endroits que tu plaîs à nos yeux .
Depuis que le ciseau de la Parque inhumaine
Nous cut ravi Condé, Luxembourg et Turenne ,
On vit bien dans l'effroi qui courut nous glacer ,
Qu'il n'étoit que toi seul qui pût les remplacer.
Qüi , c'est toi dont l'effort repoussa ce grand
Homme , (*)
Plus outré contre nous , qu'Annibal contre Rome.
Par ta rare prudence et ton activité ,
Vingt fois dans ses desseins il fut déconcerté ;
Et chassant lesGuerriers qui couvroient nos Fromtieres
,
Tu sçus de cet Etar reculer les Barrières ; (6)
Aussi par mille Exploits non moins prompts
qu'inoüis ,
Ta valeur rassura le Trône de Louis.
Dès que son juste choix t'eut confié sa gloire ,
On te vit à grands pas courir à la victoire ;
Elle exauça tes voeux , et sensible à nos maux ,
(a) Le Prince Eugene.
(b) Lignes de Stoloffen.
Soudais
NOVEMBRE . 1731. 2485
Soudain en ta faveur revint sous nos Drapeaux.
C'est alors qu'appuyé de sa main foudroyante ,
Chez tous nos ennemis tu portas l'épouvante ;
Le Danube , la Sambre et l'Escaut et le Rhin ,
Te virent sur leurs bords paroitre en Souverain.
Quelqu'obstacle assez grand que t'oppose leur
rage ,
Rien ne peut t'arrêter , tout cede à ton courage ;
Tu voles sans fremir où l'honneur te conduit.
Quel air ! quels coups ! ton bras par tout se reproduit
,
Et cueillant à ton gré les Palmes les plus grandes.
Execute en Soldat ce qu'en Chef tu commandes.
Mais c'est peu que ta gloire éclate au Champ de
Mars :
Pour comble de bonheur tu chéris les beaux
Arts , (a)
Toûjours prêt à chercher quiconque a du merite
,
A de nouveaux efforts ta bonté les excite ,
Par les soins glorieux d'un Sénat d'Apollons ,
Déja nos beaux efprits sont comblez de tes
Dons , (6)
C'est ainsi que jadis banissant l'ignorance ,
FRANÇOIS (c ) dans nos climats fit fleurir la
Science , •
(a) Il est un des 40rde l'Académie Françoise:
(b) ll fournit tous les ans un Prix à l'Académie
de Marseille.
(c)François I. fut appellé le Pere des Sçavans
A iij
Aux
2496 MERCURE DE FRANCE
Aux Doctes de son siecle il prêta son appui ;
Ce Roi fit tout pour eux , ils firent tout pour lui;
Sous son Regne charmant jamais aucun Poëte ,
N'éprouva les rigueurs d'une affreuse disette ;
Mais si- tôt que la mort l'eut mit dans le cercueil,
Le Pinde consterné demeura dans le deüil.
Enfin le sort changea , les Muses affligées ,
D'Armand et de Seguier , se virent protegées ;
Et sur elles bien- tôt répandant ses bienfaits.
Le plus grand des Bourbons leur ouvrit son Palais,
Ta l'imites , VILLARS , et sur un tel exemple ,
Dans Marseille (4) aujourd'hui tu leur dresses un
Temple.
C'est-là que desormais mille Auteurs dans leurs
Vers,
Chanteront le bonheur de tes Exploits divers ,
Du Belge à ton aspect les troupes allarmées,
L'Empire jusqu'à Vienne ouvert à nos armées ,
Les Bataves domptez , leurs projets démentis ,
Et cent murs abattus aussi- tôt qu'investis.
Ton amour pour la Paix , (b) ton zele pour la
France ,
Tes moeurs , ton équité , ta vaste intelligence ,
Cet air noblé et riant qui sçait nous enchanter ,
Sont autant de sujets que leur main va traiter.
(a) Il est Protecteur de l'Académie de Marseille.
(b) Il conclud la Paix à Rastad.
Pour
NOVEMBRE . 1731. 2487
Pour moi , qui là- dessus brule souvent d'écrire ,
Je crains d'en dire moins , qu'il ne m'en faudroit
dire ,
Si-tôt que mon esprit vent peindre ta grandeur ,
Je ressens que ma force est moindre que mon
coeur ;
Toutesfois sur tes faits mes Muses attentives ,
Cherchent pour les tracer les couleurs les plus
vives ;
Heureux si dans l'ardeur qui me vient enflamer
Par de beaux traits enfin , je puis les exprimer !
Mais que dis -je , exprimer ! la chose est difficile ;
Je n'oserois tenter l'Eloge d'un Achile ;
VILLARS , je me connois , et ne vois pas comment,
Je pourrois par des Vers te louer dignement ;
Ainsi donc retenu par mon peu d'éloquence
Content de t'admirer , je garde le silence.
MANUEL , de la Doctrine Chrétienne,
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Résumé : EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Le texte est un éloge du maréchal de Villars, mettant en avant ses qualités et ses exploits militaires. L'auteur critique ceux qui louent les grands en utilisant des gloires étrangères, affirmant que Villars n'a pas besoin de cela pour être reconnu. Il souligne que la vie de Villars offre une riche matière pour l'art poétique et que ses qualités intrinsèques suffisent à le louer. Le texte rappelle les grandes figures militaires françaises disparues, telles que Condé, Luxembourg et Turenne, et souligne que Villars a su les remplacer. Il décrit ses victoires contre des ennemis puissants, notamment le prince Eugène, et ses exploits militaires qui ont rassuré le trône de Louis XIV. Villars est également loué pour son soutien aux arts et aux lettres, comparé à François Ier, protecteur des savants et des poètes. L'auteur mentionne les contributions de Villars à l'Académie de Marseille et son rôle dans la conclusion de la paix à Rastatt. Il exprime son admiration pour Villars, tout en reconnaissant son incapacité à le louer dignement en raison de son manque d'éloquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 2516-2523
EPITRE FAMILIERE, A M. GILET, Ancien Substitut en la Chambre des Comptes de Dijon.
Début :
A peine Phébus ce matin, [...]
Mots clefs :
Empire marin, Pèlerin, Catholique romain, Voiture, Sarrasin, Suzerain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE FAMILIERE, A M. GILET, Ancien Substitut en la Chambre des Comptes de Dijon.
EPITRE FAMILIERE ,
A M. GILET , (a)
Ancien Substitut en la Chambre des
Comptes de Dijon.
A Peine Phébus ce matin ,
Sortoit de l'Empire Marin ,
(a) On trouve diverses Pieces de M. Gillet,
dans le Mercure Galant de M de Visé, et dans le
troisiéme volume des Poësies de M. de Santeüil¸
derniere Edition de Paris.
NOVEMBRE. 1731. 2517
Pour annoncer au Pelerin ,
Un jour agréable et screin ,
Quand le marteau d'un noir Vulcain ,
Qui par malheur est mon voisin ,
M'a fait quitter mon traversin.
En bon Catholique Romain ,
J'ai couru , d'un Dominicain ,
Que j'ai pris pour mon Chapelain ,
Entendre l'Office divin.
J'ai fait ensuite à mon Roussin ,
Manger un double picottin ,
Et je me suis mis en chemin ,
Suivi seulement d'un Mâtin ,
Pour aller voir un mien cousin ,
Dans son Château de Gaillardin .
Je ne craignois pas qu'un Coquin ,
Dans quelque réduit clandestin
Me vînt forcer d'un air hautain ,
A lui donner mon saint Crêpin ;
Car j'emportois pour tout frusquin ;
Mon Voiture et mon Sarrasin .
Or , tandis que sur un terrain ,
Tantôt raboteux , tantôt plein ,
En ruminant , j'allois mon train ;
Un petit Seigneur Suzerain ,
Qu'on dit être cent fois plus vain
Que s'il étoit vrai Souverain ,
Mappercevant d'un boulingria ,
Me
2518 MERCURE DE FRANCE
>
Me joint et me serrant la main :
Eh! bonjour, mon Contemporain ,
M'a- t'il dit d'un ton fort benin ,
Entrez, venez gouter mon vin.
Je descends de mon Guilledin , («)
Qu'on attache au coin d'un Jardin
Sans de foin lui donner un brin ,
Ni d'avoine le moindre grain.
J'entre dans un taudis mal sain ,
Que de foibles ais de Sapin ,
Ne défendoient pas du Garbin . (b)
Là , je rencontre un Grimelin ,
Qui portant encor le béguin ,
D'un broüet mangeoit le gratin.
Plus loin , son frere consanguin ,
Dont mon pere, étant Echevin ,
Fut forcé d'être le Parrain ,
Assis sur un petit Gradin ,
Se régaloit d'un Poupelin , (✔)
Tandis que son frere uterin ,
Battoit parfois d'un Tambourin.
La Maîtresse au bec de Corbin ,
Qui pourroit passer pour un Nain ;
Sans le secours d'un haut Patin ,
(a) Cheval d'Angleterre qui est hongre.
(b) Nom de Vent.
(c) Terme de Patissier , c'est une espece de
Gâteau,
S'o
NOVEMBRE. 1731. 2519
S'occupoit à filer du Lin. -
Je l'aborde en riant , soudain
Elle court dans un Magazin ,
Se dépouiller d'un Casaquin ,
Pour mettre un Corset de basin ,
Et sa robbe de blanc Satin .
Au travers d'un leger quintin , (*)
Elle laisse entrevoir son sein ,
Met un Bijou diamantin ,
Qu'elle gardoit dans son écrin ,
Et sur- tout avec du Carmin ,
Se fait un teint incarnadin.
Dans cet équipage mondain ,
Elle revient d'un air badin.
Par son entretien libertin ,
J'ai compris qu'à l'amour enclin ,
Son coeur n'étoit pas inhumain ,
Et que sans la prendre en Tarquin , (b)
On mettroit l'avanture à fin.
Mais venons à notre Festin .
Son Mary vrai George Dandin ,
Me guide dans un soûterrain ,
Humide , même au mois de Juin
Je m'assieds sur un strapontin ,
Jadis couvert d'un Chevrotin ;
(a) Sorte de Toile fort fine.
(b) On sfait que Tarquin jouit de Lucrece
par force,
D'abord
2520 MERCURE DE FRANCE
D'abord on ouvre un manequin
D'où l'on tire un noir et long pain ;
On m'en presente un gros lopin ,
Capable d'appaiser la faim ,
Du plus avide Limousin.
Un jeune et crasseux Galoppin ,
Appórte sur un plat d'étain ,
Un Cochon , que pour Marcassin ,
Fait passer mon Hôte taquin ;
A côté l'on sert du Boudin ,
Tout farci d'oignon et de thin .
Je demande à boire ; un Trotin ,
Dans un gobelet cristalin ,
Me verse du vrai chicotin ,
Qui ne sentoit que le pepin.
Pour entremets un Ramequin ,
Artive avec quelque fretin
Que dès la veille un Riverain ,
Avoit pêché prés d'un Moulin.
Pour le dessert , dans un coffin
On range maint vieux Massepain ,
Et d'un plancher bas et vilain ,
L'Hôte détache un vert Raisin ,
Qu'Erigone , (a ) j'en suis certain ;
N'eût regardé qu'avec dédain .
›
(a ) Bacchus métamorphosé en grape de Rai
sin, séduisit Erigone. V, Ovide, Liv, 6. Metam›
Vers 125. Fab. 20
C
NOVEMBRE. 1731. 25.2x
Cependant de fats un Essain ,
Vient ajoûter à mon chagrin.
Le premier est un Medecin ,
Qui vantant son Art assassin
Nous a parlé d'un anodin ,
Par lui ffairé dans un bassin.
Le second est un Tabarin ,
Qui veut chausser le brodequin ;
Mais croyant imiter Pasquin ,
Pierrot , Scaramouche , Arlequin ,
On le prend pour un Baladin .
Que dirai- je d'un grand flandrin ,
Qui revêtu d'un Colletin ,
Et paré de son gorgerin ;
D'un vieux sabre et d'un pulverin
Juroit sans cesse par Calvin ?
Si l'on en croit ce Spadassin ,
Les Ennemis devant Denain , (a).
L'ont vû faire le diablotin :
Il dit que dans un Ravelin ,
Il mit en fuite le Germain
Et qu'affrontant un Serpentin ,
Il fut blessé dans un Cavin ,
Quand Villars auprès de Bouchain , ( b)
Faisoit maint et maint Orphelin.
(a ) Les François prirent Denain en 1712 .
(b) M. le Maréchal de Villars reprit Bou
chain , en 1712.
Mais
2522 MERCURE DE FRANCE
Mais sur tout un Abbé poupin ,
En manteau court , en escarpin ,
Prêchant comme l'Abbé Cotin ,
Quelquefois d'un ton argentin ,
Citoit un mot Grec ou Latin ,
Qu'il avoit lû dans Calepin ;
Comparoît Virgile à Lucain ,
Et le Pays à Rabutin.
Pour récompenser ce faquin ,
J'aurois souhaité qu'un Scapin ,
L'eût regalé d'un gros gourdin.
Phébus étant sur son déclin ,
Je quitte mon Hôte mesquin .
En entrant dans le Bois prochain ,
'Au pied d'un épaís Aubepin ,
Je voy la femme de Robin ,
Sur la fougere et le plantin ,
'Assise auprès d'un blond Forain ,
Je ne suis à malice enclin ,
Mais je soupçonnai , cher Lubin ,
Ce tête - à-tête clandestin ;
Car la pudeur n'est pas un frein ,
Quî retienne un coeur feminin ,
Quand vers un objet masculin,
L'entraîne l'amoureux Lutin.
Enfin chez mon cousin germain ,
J'arrive , graces au Destin,
Et j'y vais boire à verre plein ,
Du
NOVEMBRE. 1731. 2523
Du Champagne et du Chambertin ,
Que je préfere au vin du Rhin ,
Et même au Nectar que Jupin ,
Se fait servir par son Menin.,
Adieu donc , jusques à demain.
M. COCQUARD , Avocat au Parlement
de Dijon.
A M. GILET , (a)
Ancien Substitut en la Chambre des
Comptes de Dijon.
A Peine Phébus ce matin ,
Sortoit de l'Empire Marin ,
(a) On trouve diverses Pieces de M. Gillet,
dans le Mercure Galant de M de Visé, et dans le
troisiéme volume des Poësies de M. de Santeüil¸
derniere Edition de Paris.
NOVEMBRE. 1731. 2517
Pour annoncer au Pelerin ,
Un jour agréable et screin ,
Quand le marteau d'un noir Vulcain ,
Qui par malheur est mon voisin ,
M'a fait quitter mon traversin.
En bon Catholique Romain ,
J'ai couru , d'un Dominicain ,
Que j'ai pris pour mon Chapelain ,
Entendre l'Office divin.
J'ai fait ensuite à mon Roussin ,
Manger un double picottin ,
Et je me suis mis en chemin ,
Suivi seulement d'un Mâtin ,
Pour aller voir un mien cousin ,
Dans son Château de Gaillardin .
Je ne craignois pas qu'un Coquin ,
Dans quelque réduit clandestin
Me vînt forcer d'un air hautain ,
A lui donner mon saint Crêpin ;
Car j'emportois pour tout frusquin ;
Mon Voiture et mon Sarrasin .
Or , tandis que sur un terrain ,
Tantôt raboteux , tantôt plein ,
En ruminant , j'allois mon train ;
Un petit Seigneur Suzerain ,
Qu'on dit être cent fois plus vain
Que s'il étoit vrai Souverain ,
Mappercevant d'un boulingria ,
Me
2518 MERCURE DE FRANCE
>
Me joint et me serrant la main :
Eh! bonjour, mon Contemporain ,
M'a- t'il dit d'un ton fort benin ,
Entrez, venez gouter mon vin.
Je descends de mon Guilledin , («)
Qu'on attache au coin d'un Jardin
Sans de foin lui donner un brin ,
Ni d'avoine le moindre grain.
J'entre dans un taudis mal sain ,
Que de foibles ais de Sapin ,
Ne défendoient pas du Garbin . (b)
Là , je rencontre un Grimelin ,
Qui portant encor le béguin ,
D'un broüet mangeoit le gratin.
Plus loin , son frere consanguin ,
Dont mon pere, étant Echevin ,
Fut forcé d'être le Parrain ,
Assis sur un petit Gradin ,
Se régaloit d'un Poupelin , (✔)
Tandis que son frere uterin ,
Battoit parfois d'un Tambourin.
La Maîtresse au bec de Corbin ,
Qui pourroit passer pour un Nain ;
Sans le secours d'un haut Patin ,
(a) Cheval d'Angleterre qui est hongre.
(b) Nom de Vent.
(c) Terme de Patissier , c'est une espece de
Gâteau,
S'o
NOVEMBRE. 1731. 2519
S'occupoit à filer du Lin. -
Je l'aborde en riant , soudain
Elle court dans un Magazin ,
Se dépouiller d'un Casaquin ,
Pour mettre un Corset de basin ,
Et sa robbe de blanc Satin .
Au travers d'un leger quintin , (*)
Elle laisse entrevoir son sein ,
Met un Bijou diamantin ,
Qu'elle gardoit dans son écrin ,
Et sur- tout avec du Carmin ,
Se fait un teint incarnadin.
Dans cet équipage mondain ,
Elle revient d'un air badin.
Par son entretien libertin ,
J'ai compris qu'à l'amour enclin ,
Son coeur n'étoit pas inhumain ,
Et que sans la prendre en Tarquin , (b)
On mettroit l'avanture à fin.
Mais venons à notre Festin .
Son Mary vrai George Dandin ,
Me guide dans un soûterrain ,
Humide , même au mois de Juin
Je m'assieds sur un strapontin ,
Jadis couvert d'un Chevrotin ;
(a) Sorte de Toile fort fine.
(b) On sfait que Tarquin jouit de Lucrece
par force,
D'abord
2520 MERCURE DE FRANCE
D'abord on ouvre un manequin
D'où l'on tire un noir et long pain ;
On m'en presente un gros lopin ,
Capable d'appaiser la faim ,
Du plus avide Limousin.
Un jeune et crasseux Galoppin ,
Appórte sur un plat d'étain ,
Un Cochon , que pour Marcassin ,
Fait passer mon Hôte taquin ;
A côté l'on sert du Boudin ,
Tout farci d'oignon et de thin .
Je demande à boire ; un Trotin ,
Dans un gobelet cristalin ,
Me verse du vrai chicotin ,
Qui ne sentoit que le pepin.
Pour entremets un Ramequin ,
Artive avec quelque fretin
Que dès la veille un Riverain ,
Avoit pêché prés d'un Moulin.
Pour le dessert , dans un coffin
On range maint vieux Massepain ,
Et d'un plancher bas et vilain ,
L'Hôte détache un vert Raisin ,
Qu'Erigone , (a ) j'en suis certain ;
N'eût regardé qu'avec dédain .
›
(a ) Bacchus métamorphosé en grape de Rai
sin, séduisit Erigone. V, Ovide, Liv, 6. Metam›
Vers 125. Fab. 20
C
NOVEMBRE. 1731. 25.2x
Cependant de fats un Essain ,
Vient ajoûter à mon chagrin.
Le premier est un Medecin ,
Qui vantant son Art assassin
Nous a parlé d'un anodin ,
Par lui ffairé dans un bassin.
Le second est un Tabarin ,
Qui veut chausser le brodequin ;
Mais croyant imiter Pasquin ,
Pierrot , Scaramouche , Arlequin ,
On le prend pour un Baladin .
Que dirai- je d'un grand flandrin ,
Qui revêtu d'un Colletin ,
Et paré de son gorgerin ;
D'un vieux sabre et d'un pulverin
Juroit sans cesse par Calvin ?
Si l'on en croit ce Spadassin ,
Les Ennemis devant Denain , (a).
L'ont vû faire le diablotin :
Il dit que dans un Ravelin ,
Il mit en fuite le Germain
Et qu'affrontant un Serpentin ,
Il fut blessé dans un Cavin ,
Quand Villars auprès de Bouchain , ( b)
Faisoit maint et maint Orphelin.
(a ) Les François prirent Denain en 1712 .
(b) M. le Maréchal de Villars reprit Bou
chain , en 1712.
Mais
2522 MERCURE DE FRANCE
Mais sur tout un Abbé poupin ,
En manteau court , en escarpin ,
Prêchant comme l'Abbé Cotin ,
Quelquefois d'un ton argentin ,
Citoit un mot Grec ou Latin ,
Qu'il avoit lû dans Calepin ;
Comparoît Virgile à Lucain ,
Et le Pays à Rabutin.
Pour récompenser ce faquin ,
J'aurois souhaité qu'un Scapin ,
L'eût regalé d'un gros gourdin.
Phébus étant sur son déclin ,
Je quitte mon Hôte mesquin .
En entrant dans le Bois prochain ,
'Au pied d'un épaís Aubepin ,
Je voy la femme de Robin ,
Sur la fougere et le plantin ,
'Assise auprès d'un blond Forain ,
Je ne suis à malice enclin ,
Mais je soupçonnai , cher Lubin ,
Ce tête - à-tête clandestin ;
Car la pudeur n'est pas un frein ,
Quî retienne un coeur feminin ,
Quand vers un objet masculin,
L'entraîne l'amoureux Lutin.
Enfin chez mon cousin germain ,
J'arrive , graces au Destin,
Et j'y vais boire à verre plein ,
Du
NOVEMBRE. 1731. 2523
Du Champagne et du Chambertin ,
Que je préfere au vin du Rhin ,
Et même au Nectar que Jupin ,
Se fait servir par son Menin.,
Adieu donc , jusques à demain.
M. COCQUARD , Avocat au Parlement
de Dijon.
Fermer
Résumé : EPITRE FAMILIERE, A M. GILET, Ancien Substitut en la Chambre des Comptes de Dijon.
L'épître familière adressée à M. Gilet, ancien substitut à la Chambre des Comptes de Dijon, décrit une journée du narrateur en novembre 1731. Le narrateur est réveillé par le bruit d'un voisin et se rend à l'office divin chez un dominicain. Ensuite, il se dirige vers la maison de son cousin à Gaillardin. En chemin, il rencontre un petit seigneur qui l'invite à goûter son vin. Le narrateur décrit la demeure du seigneur, où il observe plusieurs membres de la famille occupés à diverses activités. La maîtresse de maison se pare élégamment pour le recevoir. Le repas servi est modeste et comprend du pain, du cochon, du boudin, du vin, du poisson, du massepain et du raisin. Plusieurs invités, dont un médecin, un comédien, un soldat et un abbé, se joignent à la conversation. Après le repas, le narrateur quitte l'hôte pour se rendre chez son cousin, où il savoure du champagne et du chambertin. Il conclut en saluant M. Cocquard, avocat au Parlement de Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 3066-3070
Fête à l'Hôtel de Condé, et Vers sur la Duchesse de Bourbon. [titre d'après la table]
Début :
Le 19. de ce mois, il y eut une Fête à l'Hôtel de Condé, où le cœur eut encore [...]
Mots clefs :
Petite vérole, Médecin, Art, Monarque, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête à l'Hôtel de Condé, et Vers sur la Duchesse de Bourbon. [titre d'après la table]
Le 19. de ce mois , il y eut une Fête
à l'Hôtel de Condé , où le coeur eut encore
plus de part que la pompe et la ma
gnificence que le sujet demandoit . Les
Officiers et domestiques de la jeune Du
chesse de Bourbon universellement secondez
des voeux de la Cour et de la
Ville , firent tirer un Feu d'artifice et
quantité de Fusées volantes , ce qui fuc
terminé par une grande Symphonie , en
réjouissance du rétablissement de la santé
de cette aimable et vertueuse Prin
Messe
DECEMBRE. 1737. 3067
•
EPITRE à M. Chirac, Premier Medecin
du Roy , sur la maniere de traiter la petite
Verole , à l'occasion de la Duchesse
de Bourbon.
Oi
Toi qu'on vit,jeune encor, renverser le Rem
part ,
Que l'usage opposoit aux progrès de ton Art,
Vainqueur des préjugez , pour qui de la Nature ,
Les plus profonds secrets n'ont point de nuie
obcure ,
Chirac , jette les yeux sur le juste tribut ,
Que la France te rend pour prix de son salut.
C'est peu que de veiller sur les jours du Monarque,,
Les Sujets par tes soins échappent à la Parque.
Trop heureux qui te suit dans le nouveau che
min ,
Par où tu fais tomber le ciseau de sa main !
Pour remporter sur elle une double victoire
Un Eleve chéri s'associe à ta gloire ;
De tes sages conseils empruntant le secours;
D'une grande Princesse il prolonge les jours :
Tu t'expliques par lui , c'est par toi qu'il opere ;
Même Laurier couronne et le fils et le pere,
Rival digne de toi , ferme à suivre tes pas ,
Combien à l'Univers il conserve d'appas ! !
Quel respect nous saisit , quel amour nous une
famine ,
1. Vol. Gavj Lors
3068 MERCURE DE FRANCE
Lorsque dans un beau corps habite une belle ame !
Que la vertu pour nous a des charmes puissans !
Elle dispute aux Dieux nos coeurs et notre encens,
Voi ces gerbes de feu s'élancer vers les nuës ;
De leur rapidité les causes sont connues ;
Elles vont à l'envi d'un vol audacieux ,
Du plus cher de feurs dons rendre graces aux
Cieux.
T
Oui , divine Duchesse , un Peuple qui t'adore ,
Şignale ainsi l'ardeur qui pour toi le devore,
Et donnant un champ libre aux transports de son
coeur ,
En celebre à la fois et l'objet et l'Auteur.
Nous l'avons déja vû , cet Eleve si sage ,
Sur ton auguste Epoux commencer son Ouvrage
Te donner par avance un gage de sa foy ,
Quand il sçauva des jours qui devoient être à toi.
Triomphe, heureux Chirac? à l'éclat qui te frapp
Tu ne peux méconnoître un vrai fils d'Esculape..
C'est ta parfaite image ; entre tes nourissons ,
Nul ne porta plus loin le fruit de tes leçons .
Son Ouvrage est le tien ; je vais donc pour ta
gloire ,
De ses nombreux succès consacrer la memoire ::
Muses , secondez- moi du haut du double Mont..
Je commence par vous , Charolois et Clermont.
11, sauva , digne Sang d'un vrai foudre du guerr
Des attraits que le Ciel envioit à la Terre ,
Combien II. Kola
DECEMBRE 1731. 3069.
Combien d'autres sans lui victimes de la mort ,
Auroient vû par sa faux trañcher leur triste sort
Approchez ; du vainqueur ornez le Char insigne,
Aiguillon , Rochechouart , Aumont , Lauraguais;
Ligne ,
Venez vous joindre encor à ce Char glorieux ,
Montauban et Choseuil , et Saint Just , et Puisieux
;
Qu'un soin reconnoissant sur leurs pas vous conduise
,
Vous , Langeac , vous , d'Autroy , vous , Saint
Aignan , vous , Guise ,
Tessé , Colándre , Avray , Blancmenil , Monts
mirel ;
Son Art vous secourut dans un péril mortel.
Dans la jeune saison ! dira l'aigre censure ,
L'honneur qu'on fait à l'Art , n'est dû qu'à la
Nature.
Eh bien , pour la confondre,, accours , et prends
ton rang ,
Toi , dont l'hyver de l'âge, avoit glacé le sang ,
Toi , Lassay , dont les ans rassemblent seize
lustres ;
Quel triomphe est fondé sur des noms plus illustres.
25
Cependant la victoire attachée à ses pas ,
Contre un fleau cruel ne nous rassureroit pas ;
En vain , sage Pilote , il bravoit les orages ,
L'écueil étoit fameux par cent et cent nauffrages,
En vain un jour sinistre entre tant d'heureux
jours
3070 MERCURE DE FRANCE
2
Avoit seul de sa gloire interrompu le cours
Le murmure et la crainte, enfans de l'ignorance,,
Venoient de ses succès affaiblir l'esperance ;
1
Mais quelle sureté n'entra point dans nos coeurs
Quand tu pris soin , Chirac , de calmer nos
frayeurs
Et d'un sage principe approuvant la conduite ,
Des succès de son Art , tu garantis la suite ?
Tu daignas publier devant milfe témoins ,*
Que , des jours précieux confiez à ses soins ,'
Ton coeur se reposoit sur sa prudence extrême ,
que le voir agir , c'étoit agir toi-même.
De ta décision le bruit se répandit ,
Des jours de la Princesse elle nous répondit
Le péril disparut , et ce nouveau Miracle
D'un vrai fils d'Apollon justifia l'Oracle..
à l'Hôtel de Condé , où le coeur eut encore
plus de part que la pompe et la ma
gnificence que le sujet demandoit . Les
Officiers et domestiques de la jeune Du
chesse de Bourbon universellement secondez
des voeux de la Cour et de la
Ville , firent tirer un Feu d'artifice et
quantité de Fusées volantes , ce qui fuc
terminé par une grande Symphonie , en
réjouissance du rétablissement de la santé
de cette aimable et vertueuse Prin
Messe
DECEMBRE. 1737. 3067
•
EPITRE à M. Chirac, Premier Medecin
du Roy , sur la maniere de traiter la petite
Verole , à l'occasion de la Duchesse
de Bourbon.
Oi
Toi qu'on vit,jeune encor, renverser le Rem
part ,
Que l'usage opposoit aux progrès de ton Art,
Vainqueur des préjugez , pour qui de la Nature ,
Les plus profonds secrets n'ont point de nuie
obcure ,
Chirac , jette les yeux sur le juste tribut ,
Que la France te rend pour prix de son salut.
C'est peu que de veiller sur les jours du Monarque,,
Les Sujets par tes soins échappent à la Parque.
Trop heureux qui te suit dans le nouveau che
min ,
Par où tu fais tomber le ciseau de sa main !
Pour remporter sur elle une double victoire
Un Eleve chéri s'associe à ta gloire ;
De tes sages conseils empruntant le secours;
D'une grande Princesse il prolonge les jours :
Tu t'expliques par lui , c'est par toi qu'il opere ;
Même Laurier couronne et le fils et le pere,
Rival digne de toi , ferme à suivre tes pas ,
Combien à l'Univers il conserve d'appas ! !
Quel respect nous saisit , quel amour nous une
famine ,
1. Vol. Gavj Lors
3068 MERCURE DE FRANCE
Lorsque dans un beau corps habite une belle ame !
Que la vertu pour nous a des charmes puissans !
Elle dispute aux Dieux nos coeurs et notre encens,
Voi ces gerbes de feu s'élancer vers les nuës ;
De leur rapidité les causes sont connues ;
Elles vont à l'envi d'un vol audacieux ,
Du plus cher de feurs dons rendre graces aux
Cieux.
T
Oui , divine Duchesse , un Peuple qui t'adore ,
Şignale ainsi l'ardeur qui pour toi le devore,
Et donnant un champ libre aux transports de son
coeur ,
En celebre à la fois et l'objet et l'Auteur.
Nous l'avons déja vû , cet Eleve si sage ,
Sur ton auguste Epoux commencer son Ouvrage
Te donner par avance un gage de sa foy ,
Quand il sçauva des jours qui devoient être à toi.
Triomphe, heureux Chirac? à l'éclat qui te frapp
Tu ne peux méconnoître un vrai fils d'Esculape..
C'est ta parfaite image ; entre tes nourissons ,
Nul ne porta plus loin le fruit de tes leçons .
Son Ouvrage est le tien ; je vais donc pour ta
gloire ,
De ses nombreux succès consacrer la memoire ::
Muses , secondez- moi du haut du double Mont..
Je commence par vous , Charolois et Clermont.
11, sauva , digne Sang d'un vrai foudre du guerr
Des attraits que le Ciel envioit à la Terre ,
Combien II. Kola
DECEMBRE 1731. 3069.
Combien d'autres sans lui victimes de la mort ,
Auroient vû par sa faux trañcher leur triste sort
Approchez ; du vainqueur ornez le Char insigne,
Aiguillon , Rochechouart , Aumont , Lauraguais;
Ligne ,
Venez vous joindre encor à ce Char glorieux ,
Montauban et Choseuil , et Saint Just , et Puisieux
;
Qu'un soin reconnoissant sur leurs pas vous conduise
,
Vous , Langeac , vous , d'Autroy , vous , Saint
Aignan , vous , Guise ,
Tessé , Colándre , Avray , Blancmenil , Monts
mirel ;
Son Art vous secourut dans un péril mortel.
Dans la jeune saison ! dira l'aigre censure ,
L'honneur qu'on fait à l'Art , n'est dû qu'à la
Nature.
Eh bien , pour la confondre,, accours , et prends
ton rang ,
Toi , dont l'hyver de l'âge, avoit glacé le sang ,
Toi , Lassay , dont les ans rassemblent seize
lustres ;
Quel triomphe est fondé sur des noms plus illustres.
25
Cependant la victoire attachée à ses pas ,
Contre un fleau cruel ne nous rassureroit pas ;
En vain , sage Pilote , il bravoit les orages ,
L'écueil étoit fameux par cent et cent nauffrages,
En vain un jour sinistre entre tant d'heureux
jours
3070 MERCURE DE FRANCE
2
Avoit seul de sa gloire interrompu le cours
Le murmure et la crainte, enfans de l'ignorance,,
Venoient de ses succès affaiblir l'esperance ;
1
Mais quelle sureté n'entra point dans nos coeurs
Quand tu pris soin , Chirac , de calmer nos
frayeurs
Et d'un sage principe approuvant la conduite ,
Des succès de son Art , tu garantis la suite ?
Tu daignas publier devant milfe témoins ,*
Que , des jours précieux confiez à ses soins ,'
Ton coeur se reposoit sur sa prudence extrême ,
que le voir agir , c'étoit agir toi-même.
De ta décision le bruit se répandit ,
Des jours de la Princesse elle nous répondit
Le péril disparut , et ce nouveau Miracle
D'un vrai fils d'Apollon justifia l'Oracle..
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Résumé : Fête à l'Hôtel de Condé, et Vers sur la Duchesse de Bourbon. [titre d'après la table]
Le 19 décembre 1737, une fête fut organisée à l'Hôtel de Condé pour célébrer le rétablissement de la santé de la Duchesse de Bourbon. Cette célébration inclut un feu d'artifice, des fusées volantes et une grande symphonie. La Cour et la Ville exprimèrent leur soutien à la jeune Duchesse. Une épître fut dédiée à M. Chirac, Premier Médecin du Roi, pour son traitement de la petite vérole, notamment en faveur de la Duchesse de Bourbon. L'épître loue Chirac pour ses compétences médicales et son rôle dans le sauvetage de nombreux patients, y compris des membres de la noblesse. Le médecin est comparé à un fils d'Esculape, symbole de la médecine, et son élève est également célébré pour ses succès. L'épître énumère plusieurs nobles sauvés par les soins de Chirac et de son élève, soulignant ainsi l'impact de leur art médical. Le texte se termine par une réflexion sur la sécurité apportée par les compétences de Chirac, qui rassura la Cour et le public face à la maladie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 605-611
EPITRE A URANIE, Contre les Impies.
Début :
Vous voulez donc, sage Uranie, [...]
Mots clefs :
Impies, Dieu, Orgueil, Punition, Vertu, Foi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A URANIE, Contre les Impies.
EPITRE A URANIE
Contre les Impies..
Vous voulez donc , sage Uranie ,
Que je m'érige en Apôtre nouveau
Contre l'Impiété . qui d'une voix hardie
S'expliquant sans détour , sans voile , sans ban deau ,
Nous offre l'horrible tableau
Des fureurs dont elle est remplie ·
Maudit orgueil ! fausse Philosophie!
Que servent tes Leçons à l'aspect du tombeau
Quand on n'a point pensé qu'il est une autre,
vie ,
Et que l'on n'a suivi que l'empire des sens ş
I ij Dans
1
26 MERCURE DE FRANCE
Dans ses derniers momens , l'incrédule prophane ,
Gémit , peut- être tard , de ses égaremens.
Tout l'intimide et le condamne.
Heureux qui sur soi - même attentif, scrupuleux ,
Ne connoît que la foy , quand il voit un Mys- tere ,
Marchant d'un pas respectueux
Dans le chemin qui mene au Sanctuaire
Du Dieu mort sur la Croix , que le monde ré- vere.
Ce Dieu Tout- puissant laisse en une affreuse nuit ,
L'orgueilleux et le temeraire.
Implorons son secours , sa bonté nous conduit.
Gémissons et prions , sa grace nous éclaire ;
Les cœurs ingrats en font un Dieu sévere
Mais nous-mêmes plutôt nous devons nous haïr,
Nous , que le péché seul a rendus misérables
Nous seuls , qui devenus coupables
Sentons le droit qu'il a de nous punir.
Nous , enfin , qui, créés à lui-même semblables
Nous éloignons de lui , pour nous mieux ayilir.
On déshonore son Image,
;
Les crimes redoublez , chassent le repentir,
Et le plus grand des maux est de ne pas sentir
Que cet Etre indulgent , pour sauver son Qurage
Par
MARS. 1732 607
$
Par mille doux bienfaits ; cherche à nous pré
venir.
Les hommes ont armé leur fareur meurtriere
De la Religion sappé les fondemens ,
Ils devoient tous périr en même-temps se
Mais la bonté de Dieu , sauve des habitans
Pour instruire la Terre entiere ,
De la punition de ses déréglemens.
Le Déluge causa d'utiles changemens.
La Race qui devoit bien- tôt voir la lumiere
Sur des exemples innocens ,
Auroit dû de son cœur , regler les mouvemens.
Mais l'homme oublie encor qu'il est cendre et
poussiere ,
La Révolte , l'Orgueil , produisent des Titans
Qui dans leurs noirs forfaits , dans leurs empor
temens ,
Surpassent les horreurs de la Race premiere.
Dieu , loin de retirer ses bienfaits éclatans ,
Et par des châtimens sévéres;
Contre ces cœurs ingrats , armer les Elemens.
OO! prodige de grace !! ô8 Tendresse! ô Mysteres!!
Ce qu'il avoit promis à la foy de leurs Peres
Fidele en sa parole , il l'accorde aux Enfans.
Quand sonpeuple devient volage ,
Amateur insensé des superstitions
Il l'abandonne à l'esclavage ,
Ile rend le mépris des autres Nations ,
3
I iij Mais
608 MERCURE DE FRANCE
Mais aux yeux du Sauveur , qui montre sa Puis- sance ,
Tous les cœurs ne sont pas criminels , odieux :
Dans les Flancs d'une Vierge , il vient prendre
. naissance ,
La lumiere qui doit briller à tous les yeux
Se découvre déja sous les traits de l'enfance
Dans l'Etable de Betléhem.
Il fait de notre bien , son plus doux exercice
Mais , ô comble d'horreur ! l'ingrat Iduméen ,
Prépare au Saint des Saints , le plus honteux supplice !
Le Sang d'un Dieu coule pour nous.
Quelle victime , et plus noble et plus rare !
Tremblez, cœurs endurcis, et redoutez les coups,
Que sa justice vous prépare.
Dieu veut mourir pour le salut de tous.
Votre incrédulité , rend sa mort inutile,
Avez-vous mérité sa clémence facile ,
Vous qui n'êtes qu'objets de haine et de cou roux ?
Vous courez vous plonger en d'éternels abîmes
veut vous en tirer à force de bienfaits. ·
Peuple sans foy , lui seul peut compter tous vos crimes ,
Vous n'avez pas compté les biens qu'il vous a
faits.
Ce Dieu vous abandonne en sa juste colere ,
Mais, ( ce qu'il a promis à notre premier Pere)
Le
MARS. 1732. вод
Le salut va passer à cent Peuples divers.
La Vérité détruira le mensonge ,
Dieu dissipe la nuit où le crime les plonge ,
L'Evangile et la Grace éclairent l'Univers.
Amerique , vastes contrées ;
Peuples que Dieu fit naître aux portes du So- leil ,
Vous , Nations hyperborées ,
Qui languites long- temps dans un profond som : merl ,
De toutes vos erreurs , vous serez délivrées ,
Vous ouvrirez les yeux , apprenant qu'autrefois
Dieu daigna se faire Homme , aux plaines Idu-- mées ,
Vous ne rougirez point , le voyant sur la Croix ,
Et vous reconnoîtrez à cette digne Image ,
Le Dieu que l'on doit adorer.
Vous chercherez à l'honorer
Par un culte assidu , par un pieux hommage :..
Ce Vainqueur de la mort , entend du haut des Cieux ,
Une voix plaintive et sincere ;
Ouy, l'incrédulité peut seule lui déplaire ,
L'Impie est seul exécrable à ses yeux.
Qui ne connoîtra pas son Sauveur et son Pere ,
Ne méritera pas d'en être connu mieux.
Quels objets éclatans , viennent frapper ma vûë?
Je vois le CHRIST puissant et glorieux ,
Auprès de lui , dans une nuë ,
I j
Sa
ro MERCURE DE FRANCE..
Sa Croix se découvre à mes yeux ;
Sous ses pieds triomphans , la mort est abbatuë ,
Des Portes de l'Enfer , il sort victorieux,
Son regne est annoncé par la foy des Oracles ;
Son Trône est cimenté par le Sang des Martyrs ;
Tous les pas de ses Saints , sont autant de Miracles;
Il leur promet des biens plus grands que leurs désirs.
Ses Exemples sont saints , sa Morale est divine }
Il console en secret les cœurs qu'il illumine,
Par d'inexprimables plaisirs ;
Sa Sagesse éternelle a fondé sa doctrine ,
t
Nul n'est heureux , ni sage que par
Vous voyez pourtant , Uranic ,
Qu'on tâche d'obscurcir la sainte verité ,
lui.
Mais quel pouvoir , quel effort , quel génie ,
Détruira ja mais sa beauté ? も
Le Tres-haut a parlé; sa Lumiere immortelle
Eclaire , frappe, allume au fond de notre cœur
Pour le vrai Culte , une ardeur naturelle.
La foy , l'humilité , la bonté , la douceur ,
Habiteront sa demeure éternelle.
Devant son Trône , en tout temps , en toys.
lieux ,
Le cœur du Juste est précieux..
Il nous a déclaré qu'une ame charitable ,
Trouve toujours grace à ses yeux ,
Mais il hait l'orgueilleux , le cœur impitoyable ,
Et
MARS. 611 1732.
Et le superbe ambitieux.
Pour le prix de son sang , est-ce trop qu'on l'im
plore?
Ce Dieu que la vertu , que la foy seule honore :
Il régit l'Univers , et ses soins assidus ,
Daignent le conserver malgré nos injustices. "
Adorons ses bontez , offrons-lui des vertus ;
C'est le plus éloquent de tous les Sacrifices.
Contre les Impies..
Vous voulez donc , sage Uranie ,
Que je m'érige en Apôtre nouveau
Contre l'Impiété . qui d'une voix hardie
S'expliquant sans détour , sans voile , sans ban deau ,
Nous offre l'horrible tableau
Des fureurs dont elle est remplie ·
Maudit orgueil ! fausse Philosophie!
Que servent tes Leçons à l'aspect du tombeau
Quand on n'a point pensé qu'il est une autre,
vie ,
Et que l'on n'a suivi que l'empire des sens ş
I ij Dans
1
26 MERCURE DE FRANCE
Dans ses derniers momens , l'incrédule prophane ,
Gémit , peut- être tard , de ses égaremens.
Tout l'intimide et le condamne.
Heureux qui sur soi - même attentif, scrupuleux ,
Ne connoît que la foy , quand il voit un Mys- tere ,
Marchant d'un pas respectueux
Dans le chemin qui mene au Sanctuaire
Du Dieu mort sur la Croix , que le monde ré- vere.
Ce Dieu Tout- puissant laisse en une affreuse nuit ,
L'orgueilleux et le temeraire.
Implorons son secours , sa bonté nous conduit.
Gémissons et prions , sa grace nous éclaire ;
Les cœurs ingrats en font un Dieu sévere
Mais nous-mêmes plutôt nous devons nous haïr,
Nous , que le péché seul a rendus misérables
Nous seuls , qui devenus coupables
Sentons le droit qu'il a de nous punir.
Nous , enfin , qui, créés à lui-même semblables
Nous éloignons de lui , pour nous mieux ayilir.
On déshonore son Image,
;
Les crimes redoublez , chassent le repentir,
Et le plus grand des maux est de ne pas sentir
Que cet Etre indulgent , pour sauver son Qurage
Par
MARS. 1732 607
$
Par mille doux bienfaits ; cherche à nous pré
venir.
Les hommes ont armé leur fareur meurtriere
De la Religion sappé les fondemens ,
Ils devoient tous périr en même-temps se
Mais la bonté de Dieu , sauve des habitans
Pour instruire la Terre entiere ,
De la punition de ses déréglemens.
Le Déluge causa d'utiles changemens.
La Race qui devoit bien- tôt voir la lumiere
Sur des exemples innocens ,
Auroit dû de son cœur , regler les mouvemens.
Mais l'homme oublie encor qu'il est cendre et
poussiere ,
La Révolte , l'Orgueil , produisent des Titans
Qui dans leurs noirs forfaits , dans leurs empor
temens ,
Surpassent les horreurs de la Race premiere.
Dieu , loin de retirer ses bienfaits éclatans ,
Et par des châtimens sévéres;
Contre ces cœurs ingrats , armer les Elemens.
OO! prodige de grace !! ô8 Tendresse! ô Mysteres!!
Ce qu'il avoit promis à la foy de leurs Peres
Fidele en sa parole , il l'accorde aux Enfans.
Quand sonpeuple devient volage ,
Amateur insensé des superstitions
Il l'abandonne à l'esclavage ,
Ile rend le mépris des autres Nations ,
3
I iij Mais
608 MERCURE DE FRANCE
Mais aux yeux du Sauveur , qui montre sa Puis- sance ,
Tous les cœurs ne sont pas criminels , odieux :
Dans les Flancs d'une Vierge , il vient prendre
. naissance ,
La lumiere qui doit briller à tous les yeux
Se découvre déja sous les traits de l'enfance
Dans l'Etable de Betléhem.
Il fait de notre bien , son plus doux exercice
Mais , ô comble d'horreur ! l'ingrat Iduméen ,
Prépare au Saint des Saints , le plus honteux supplice !
Le Sang d'un Dieu coule pour nous.
Quelle victime , et plus noble et plus rare !
Tremblez, cœurs endurcis, et redoutez les coups,
Que sa justice vous prépare.
Dieu veut mourir pour le salut de tous.
Votre incrédulité , rend sa mort inutile,
Avez-vous mérité sa clémence facile ,
Vous qui n'êtes qu'objets de haine et de cou roux ?
Vous courez vous plonger en d'éternels abîmes
veut vous en tirer à force de bienfaits. ·
Peuple sans foy , lui seul peut compter tous vos crimes ,
Vous n'avez pas compté les biens qu'il vous a
faits.
Ce Dieu vous abandonne en sa juste colere ,
Mais, ( ce qu'il a promis à notre premier Pere)
Le
MARS. 1732. вод
Le salut va passer à cent Peuples divers.
La Vérité détruira le mensonge ,
Dieu dissipe la nuit où le crime les plonge ,
L'Evangile et la Grace éclairent l'Univers.
Amerique , vastes contrées ;
Peuples que Dieu fit naître aux portes du So- leil ,
Vous , Nations hyperborées ,
Qui languites long- temps dans un profond som : merl ,
De toutes vos erreurs , vous serez délivrées ,
Vous ouvrirez les yeux , apprenant qu'autrefois
Dieu daigna se faire Homme , aux plaines Idu-- mées ,
Vous ne rougirez point , le voyant sur la Croix ,
Et vous reconnoîtrez à cette digne Image ,
Le Dieu que l'on doit adorer.
Vous chercherez à l'honorer
Par un culte assidu , par un pieux hommage :..
Ce Vainqueur de la mort , entend du haut des Cieux ,
Une voix plaintive et sincere ;
Ouy, l'incrédulité peut seule lui déplaire ,
L'Impie est seul exécrable à ses yeux.
Qui ne connoîtra pas son Sauveur et son Pere ,
Ne méritera pas d'en être connu mieux.
Quels objets éclatans , viennent frapper ma vûë?
Je vois le CHRIST puissant et glorieux ,
Auprès de lui , dans une nuë ,
I j
Sa
ro MERCURE DE FRANCE..
Sa Croix se découvre à mes yeux ;
Sous ses pieds triomphans , la mort est abbatuë ,
Des Portes de l'Enfer , il sort victorieux,
Son regne est annoncé par la foy des Oracles ;
Son Trône est cimenté par le Sang des Martyrs ;
Tous les pas de ses Saints , sont autant de Miracles;
Il leur promet des biens plus grands que leurs désirs.
Ses Exemples sont saints , sa Morale est divine }
Il console en secret les cœurs qu'il illumine,
Par d'inexprimables plaisirs ;
Sa Sagesse éternelle a fondé sa doctrine ,
t
Nul n'est heureux , ni sage que par
Vous voyez pourtant , Uranic ,
Qu'on tâche d'obscurcir la sainte verité ,
lui.
Mais quel pouvoir , quel effort , quel génie ,
Détruira ja mais sa beauté ? も
Le Tres-haut a parlé; sa Lumiere immortelle
Eclaire , frappe, allume au fond de notre cœur
Pour le vrai Culte , une ardeur naturelle.
La foy , l'humilité , la bonté , la douceur ,
Habiteront sa demeure éternelle.
Devant son Trône , en tout temps , en toys.
lieux ,
Le cœur du Juste est précieux..
Il nous a déclaré qu'une ame charitable ,
Trouve toujours grace à ses yeux ,
Mais il hait l'orgueilleux , le cœur impitoyable ,
Et
MARS. 611 1732.
Et le superbe ambitieux.
Pour le prix de son sang , est-ce trop qu'on l'im
plore?
Ce Dieu que la vertu , que la foy seule honore :
Il régit l'Univers , et ses soins assidus ,
Daignent le conserver malgré nos injustices. "
Adorons ses bontez , offrons-lui des vertus ;
C'est le plus éloquent de tous les Sacrifices.
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Résumé : EPITRE A URANIE, Contre les Impies.
L'épître à Uranie critique l'impiété et l'orgueil, qualifiés de 'fausse Philosophie', qui conduisent à l'égarement et à la souffrance. Le texte met en garde contre les dangers de se fier uniquement aux sens sans considérer l'au-delà. Il souligne que même les incrédules peuvent regretter leurs erreurs à la fin de leur vie. Le bonheur est réservé à ceux qui respectent les mystères divins et suivent la foi chrétienne. Le texte évoque la miséricorde de Dieu, qui sauve les hommes malgré leurs péchés, et les avertit des conséquences de leurs actions. Il rappelle les châtiments divins, comme le Déluge, et la nécessité du repentir. La naissance et le sacrifice du Christ sont présentés comme des actes de salut pour l'humanité. Le texte appelle à la reconnaissance des bienfaits divins et à l'abandon de l'incrédulité. Il mentionne également la diffusion de la foi chrétienne à travers le monde, y compris en Amérique et chez les Nations hyperborées, invitant tous les peuples à adorer Dieu. Le Christ est décrit comme victorieux de la mort, son règne étant fondé sur la foi et le sang des martyrs. Le texte se termine par un appel à la foi, à l'humilité, à la bonté et à la douceur, et à l'adoration des bontés divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 2077-2079
EPITRE, A M. Lefort, Echevin, &c.
Début :
O Frere, tendrement et justement aimé [...]
Mots clefs :
Échevin, Époux, Pudique ardeur, Gloire, Citoyens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. Lefort, Echevin, &c.
EPITRE,
A M. Lefort, Echevin , &c.
Frere , tendrement et justement aimé ,
De mes jours les plus beaux voici l'heurense
époque ,
De vos nouveaux honneurs que mon cœur est
charmé !
Vous sçavez si pour vous mon zéle est équi
voque.
Mais les Muses que l'on invoque ,
Ne servent pas à point nommé.
Au gré de mes désirs enfin elles m'inspirent ,
Et mon tribut , quoique tardif,
N'en est ni moins vrai , ni moins vif.
A le justifier que de vertus conspirent !
Le Ciel , dès vos plus jeunes ans ,
Répandit sur vous ces présens.
Qui de vos Citoyens vous acquirent l'estime ,
De tout ce qu'on admire en vous ,
La Pourpre consulaire est le prix légitime.
I Digne
7
2078 MERCURE DE FRANCE
Digne moitié d'un digne Epoux,
Par vous seule heureuse et contente ,
Ma sœur en ce grand jour voit combler son attente,
L'objet de sa pudique ardeur ,
Sans qu'elle en puisse être jalouse ,
Desormais partage son cœur ,
Entre son Peuple et son Epouse.
Mais n'y bornez pas votre amour.
La Nature a ses droits , et le sang.vous engage ;
Afaire entrer dans ce partage,
Celle qui vous donna le jour.
Ne cessez point d'aimer la plus tendre des meres
Eh ! qui peut le mériter mieux ?
Daignez aussi jetter les yeux,
Et sur vos sœurs et sur vos freres.
Mais que dis-je ? Est-ce à vous qu'on dicte ces
leçons ?
A vous que l'on choisit pour en donner sans cesse ?
Et puis-je sur votre tendresse ,
Concevoir les moindres soupçons
Non ; vous sçavez trop-bien comme il faut P'on aime ,
L'interêt general à vos soins est commis ;
que
Etrangers , Citoyens, freres, sœurs, Mere même,
Nourris dans votre sein , nous sommes tous vos fils.
De vos soins paternels la trop courte durée ,. De
SEPTEMBRE. 1732 2079
Par le cours de trois ans en vain est mesurée ,
Vos bienfaits à venir seront toujours presens ;
ceux qui vous suivront, laissez -en la mémoire;
C'est en éterniser la gloire ;
C'est être Echevin tous les ans.
A M. Lefort, Echevin , &c.
Frere , tendrement et justement aimé ,
De mes jours les plus beaux voici l'heurense
époque ,
De vos nouveaux honneurs que mon cœur est
charmé !
Vous sçavez si pour vous mon zéle est équi
voque.
Mais les Muses que l'on invoque ,
Ne servent pas à point nommé.
Au gré de mes désirs enfin elles m'inspirent ,
Et mon tribut , quoique tardif,
N'en est ni moins vrai , ni moins vif.
A le justifier que de vertus conspirent !
Le Ciel , dès vos plus jeunes ans ,
Répandit sur vous ces présens.
Qui de vos Citoyens vous acquirent l'estime ,
De tout ce qu'on admire en vous ,
La Pourpre consulaire est le prix légitime.
I Digne
7
2078 MERCURE DE FRANCE
Digne moitié d'un digne Epoux,
Par vous seule heureuse et contente ,
Ma sœur en ce grand jour voit combler son attente,
L'objet de sa pudique ardeur ,
Sans qu'elle en puisse être jalouse ,
Desormais partage son cœur ,
Entre son Peuple et son Epouse.
Mais n'y bornez pas votre amour.
La Nature a ses droits , et le sang.vous engage ;
Afaire entrer dans ce partage,
Celle qui vous donna le jour.
Ne cessez point d'aimer la plus tendre des meres
Eh ! qui peut le mériter mieux ?
Daignez aussi jetter les yeux,
Et sur vos sœurs et sur vos freres.
Mais que dis-je ? Est-ce à vous qu'on dicte ces
leçons ?
A vous que l'on choisit pour en donner sans cesse ?
Et puis-je sur votre tendresse ,
Concevoir les moindres soupçons
Non ; vous sçavez trop-bien comme il faut P'on aime ,
L'interêt general à vos soins est commis ;
que
Etrangers , Citoyens, freres, sœurs, Mere même,
Nourris dans votre sein , nous sommes tous vos fils.
De vos soins paternels la trop courte durée ,. De
SEPTEMBRE. 1732 2079
Par le cours de trois ans en vain est mesurée ,
Vos bienfaits à venir seront toujours presens ;
ceux qui vous suivront, laissez -en la mémoire;
C'est en éterniser la gloire ;
C'est être Echevin tous les ans.
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Résumé : EPITRE, A M. Lefort, Echevin, &c.
L'épître est adressée à M. Lefort, nouvellement promu échevin. L'auteur exprime sa joie et son admiration pour les honneurs récemment reçus par Lefort, soulignant que ses vertus et ses qualités ont toujours mérité reconnaissance. Depuis son jeune âge, Lefort a reçu des dons divins qui lui ont valu l'estime de ses concitoyens, justifiant ainsi sa nomination à la pourpre consulaire. L'auteur félicite également la sœur de Lefort, heureuse et comblée en ce jour, partageant son cœur entre son peuple et son époux. Il encourage Lefort à étendre son amour à sa mère, ses sœurs et ses frères, bien que cela soit superflu, car Lefort est naturellement bienveillant et dévoué. L'auteur reconnaît que Lefort consacre ses soins à l'intérêt général, considérant tous les citoyens comme ses fils. Enfin, l'auteur espère que les bienfaits de Lefort perdureront au-delà de sa courte durée en fonction, laissant une mémoire éternelle de sa gloire et de son dévouement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 2387-2388
EPITRE de M. de Voltaire à Mlle Gossin, Actrice du Théâtre François, sur la Tragédie de Zaïre, dont elle jouë le principal Rôle.
Début :
Jeune Gossin, reçois pour tendre hommage, [...]
Mots clefs :
Gossin, Hommage, Actrice, Théâtre-Français, Zaïre
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de Voltaire à Mlle Gossin, Actrice du Théâtre François, sur la Tragédie de Zaïre, dont elle jouë le principal Rôle.
EPITRE de M. de Voltaire à Mlle Gossin , Actrice du Théatre François , sur
la Tragédie de Zaïre , dont elle jonë le
principal Rôle.
J'
Eune Gossin , reçois pour tendre ho
mage ,
Reçoi mes Vers au Théatre applaudis ,
Protege- les , Zaïre est ton Ouvrage ;
Il est à toi puisque tu l'embellis :
Ce sont tes yeux , ces yeux si pleins de charmes ,
Qui du Critique ont fait tomber les armes ;
Ton seul aspect adoucit les Censeurs ;
D iiij L'Il-
2388 MERCURE DE FRANCE
L'Illusion , cette Reine des cœurs ,
Marche à ta suite, inspire les allarmes ,
Les sentimens , les regrets , les douleurs ,
Le doux plaisir de répandre des larmes ;
Le Dieu des Vers qu'on alloit dédaigner
Est par ta voix aujourd'hui sûr de plaire.
Le Dieu d'Amour à qui tu fus plus chere
Est par tes yeux bien plus sûr de régner.
Entre ces Dieux désormais tu vas vivre :
'Helas ! long- tems je les suivis tous deux ;
Il en est un que je ne puis plus suivre :
Heureux cent fois le Mortel amoureux,
Qui tous les jours peut te voir et t'entendre,
Que tu reçois avec un souris tendre ;
Qui voit son sort écrit dans tes beaux yeux ,
Qui meurt d'amour , qui te plaît , qui t'a dore ,
Qui pénetré de cent plaisirs divers ,
A tes genoux oubliant l'Univers ,
Parle d'amour et t'en reparle encore!
Mais malheureux qui n'en parle qu'en Vers.
la Tragédie de Zaïre , dont elle jonë le
principal Rôle.
J'
Eune Gossin , reçois pour tendre ho
mage ,
Reçoi mes Vers au Théatre applaudis ,
Protege- les , Zaïre est ton Ouvrage ;
Il est à toi puisque tu l'embellis :
Ce sont tes yeux , ces yeux si pleins de charmes ,
Qui du Critique ont fait tomber les armes ;
Ton seul aspect adoucit les Censeurs ;
D iiij L'Il-
2388 MERCURE DE FRANCE
L'Illusion , cette Reine des cœurs ,
Marche à ta suite, inspire les allarmes ,
Les sentimens , les regrets , les douleurs ,
Le doux plaisir de répandre des larmes ;
Le Dieu des Vers qu'on alloit dédaigner
Est par ta voix aujourd'hui sûr de plaire.
Le Dieu d'Amour à qui tu fus plus chere
Est par tes yeux bien plus sûr de régner.
Entre ces Dieux désormais tu vas vivre :
'Helas ! long- tems je les suivis tous deux ;
Il en est un que je ne puis plus suivre :
Heureux cent fois le Mortel amoureux,
Qui tous les jours peut te voir et t'entendre,
Que tu reçois avec un souris tendre ;
Qui voit son sort écrit dans tes beaux yeux ,
Qui meurt d'amour , qui te plaît , qui t'a dore ,
Qui pénetré de cent plaisirs divers ,
A tes genoux oubliant l'Univers ,
Parle d'amour et t'en reparle encore!
Mais malheureux qui n'en parle qu'en Vers.
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Résumé : EPITRE de M. de Voltaire à Mlle Gossin, Actrice du Théâtre François, sur la Tragédie de Zaïre, dont elle jouë le principal Rôle.
Dans une épître, Voltaire félicite Mlle Gossin, actrice du Théâtre Français, pour son interprétation dans la tragédie 'Zaïre'. Il admire son talent, affirmant qu'il embellit l'œuvre et désarme les critiques. Mlle Gossin incarne l'Illusion, suscitant diverses émotions telles que l'alarme, les sentiments, les regrets et les douleurs, ainsi que le plaisir de verser des larmes. Sa voix redonne au théâtre son pouvoir de plaire. Voltaire compare l'amour du théâtre à l'amour divin, soulignant que Mlle Gossin est chérie par le Dieu d'Amour. Il exprime l'envie de ceux qui peuvent la voir et l'entendre quotidiennement, contrastant avec la condition malheureuse de ceux qui ne peuvent exprimer leur amour que par des vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 2605-2612
EPITRE A M. Aroüet de Voltaire, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, pour le remercier du présent qu'il lui a fait de son Histoire de Charles XII. de sa Henriade et du Recueil de quelques-unes de ses Tragédies.
Début :
Tes deux Héros, Voltaire, enfin sont arrivez; [...]
Mots clefs :
Voltaire, Henriade, Charles XII, Tragédies, Tasse, Politesse, Plume, Gloire, Amitiés
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. Aroüet de Voltaire, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, pour le remercier du présent qu'il lui a fait de son Histoire de Charles XII. de sa Henriade et du Recueil de quelques-unes de ses Tragédies.
EPITRE
A M. Aronet de Voltaire , par MH de
Malcrais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , pour le remercier du présent
qu'il lui afait de son Histoire de Ĉharles
XII. de sa Henriade et du Recueil de
quelques-unes de ses Tragédies.
TEs deux Héros , Voltaire, enfin sont arrivez;
Bonjour, leur ai-je dit , couple de Rois celebres,
Conquerans dont les noms , de l'horreur des te
nebres ,
Ont été par Voltaire à jamais préservez.
Vous êtes- vous bien conservez ,
Pendant la longueur du voyage ?
Auriez-vous essuyé d'un insolent orage,
Les brusques incommoditez ?
1. Vel
2606 MERCURE DE FRANCE
Non, vos habits brillans (a) n'ont point été gatez.
Votre Redingote luisante ,
Faite d'une toile glissante , (b)
Des torrens pluvieux vous a très-bien gardez ;
Mais combien avez- vous ŝuspendu mon attente ♣
Combien mes plaisirs retardez ,
Ont-ils fait murmurer mon ame impatiente !
Trois fois dix jours , bon Dieu ! pour venir de Paris
AuPays des Bretons ! votre marche est trop lente:
Où si je l'ai bien compris ,
Il faut que vous ayez pris
La route des Pirenéés ;
Autrement sans m'étonner ,
Je ne puis m'imaginer ,
Qu'à si petites journées,
Guerrier veuille cheminer.
Cependant Charles douzième , (c)
S'offre à mes regards contens ,
Mars autant que Mars lui- même ,
Terrible , armé jusqu'aux dents ,
Comme sil alloit se battre.
Quel air d'intrépidité ?
Il est encor tout botté.
(a) Ces Livres étoient couverts de papier marbré.
(b) Ils étoient enveloppez dans une toile cirée.
(c) Allusion à l'Estampe qui est en tête de l'His- toire de Charles XII
1. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1732. 260%
Ni Charles ni , Henry quatre,
N'étoient de minces Héros ,
Enervés dans le repos ,
Qui craignent la pleuresie .
Et n'épargnent leurs Chevaux ,
Que pour épargner leur vie.
Après avoir attendu pendant un grand
mois , j'ai reçû , Monsieur , le présent dont vous m'avez honorée. Vous avez
ajoûté à Charles XII. et à la Henriade
que vous me promettiez dans le Mercure de Septembre , Oedipe , Mariamne
et Brutus. Cette genereuse politesse m'a
surprise agréablement , je n'avois vû jusqu'à ce jour votre Brutus que par Extrait ; et qu'est-ce qu'un Extrait quand la Piece est toute belle ? cela ne sert
qu'à mettre le Lecteur en appétit , j'étois
comme celle à qui l'on fait sentir une
Orange, qu'on lui ôte aussi-tôt de dessous le nez , afin qu'il ne lui en demeure
que l'odeur. La paresse du Messager m'a
fort impatientée , et le feu Pere du Cerceau n'a jamais murmuré davantage contre le Messager du Mans. Vous ne sçau-
- riez croire combien vos Vers et votre présent m'ont rendue glorieuse.Vedendo dono
cosi gentile, non resto nel mio cuore dramma,
cba 1. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
che non fosse od amista , è fiamma. Personne ne me vient voir que je n'en fasse
parade à ses yeux 3 enfin je ne me troquerois pas aujourd'hui pour une autre.
Que quelqu'un désormais me dise ,
Que mon Pegase va le trot ,
Que mon Phébus parle ostrogot ,
Et que mes Vers sont Marchandise ,
Avendre un sou marqué le lot ;
Je répondrai tout aussi-tôt ,
Esprit fait dans un méchant moule,
Demandez à Voltaire , à ce fameux Auteur ;
Il sçait comment ma veine coule ,
Et si mes Vers sont sans valeur ;
Marchand d'oignon se connoît en ciboule.
Comme je prise infiniment tout ce qui
sort de votre plume , et que je serois fachée de perdre de vos Ouvrages , jusqu'à
la moindre ligne ; je me suis chagrinée
quand j'ai vu qu'à la fin du volume de la
Henriade , il manquoit quelques feüillets à la vie du Tasse, de cet homme divin
avec qui vous partagez tout mon cœur.
Mais à cheval donné regarde- t- on la bride ♪
Ce mot m'est échappé , Voltaire , ami, par don ,
C'est le Proverbe qui me guide
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2609
A faire la comparaison
Qui convient mal au riche don ,
Dont en divers climats mon nom se glorifie
Exprimons-nous donc autrement ;
Supposons que d'un Diamant
Un humain libéral un autre gratifie ,
Se persuadera- t- on qu'il fut si délicat ,
Qu'à cause d'un petit éclat ,
Dont le défaut laissât la pierre moins finie
D'accepter le présent il fit cérémonie !
Je ne me suis nullement étonnée, quand
j'ai vû par la Piéce que vous m'adressez
que toutce qu'il y a de beau étoit du ressort de votre esprit. Vous vous êtes , pour
ainfi dire , signalé en tous genres , Historien du premier ordre , Poëte excellent
Epique , Tragique , Comique , &c. est- il
quelqu'illustre de l'Antiquité , dont vous
dussiez envier la gloire ? que n'avez- vous
point essayé ? et en quoi n'avez - vous
point réussi ? j'avouerai pourtant qu'il est
une exception , mais une touchante exception à faire à la plénitude de votre
contentement : quoi à trente- sept ans vous
Vous trouvez hors d'âge de pouvoir aimer ? vous avez donc été bien amoureux
à vingt , et comme un dépensier vous
avez mangé le fond et le revenu de bon
1. Vol. no
2610 MERCURE DE FRANCE
3
ne heure. Que la condition de certains
hommes est bizarre ! à dix neuf et vingt
ans vous faisiez des Vers à merveille , à
trente- sept vous vous en acquittez encore mieux. Helas ! et trente sept ans en
amour ne représentent que l'ombre , et
le fantôme de votre premiere et douce
réalité !
Votre expérience confirme
La verité de ce qu'on lit ,
Qu'esprit est prompt , mais qne chair est ing firme ,
D'ailleurs Ciceron nous a dit ,
Ce docte Ciceron , Professeur en sagesse ,
Que les plaisirs vifs et pressans
Où se laisse avec fougue emporter la jeug nesse >
La livrent par avance aux désirs impuissans
De la foible et triste vieillesse.
Je me trompe , Monsieur , et je dois
penser tout autrement fur votre compte.
Si vous quittez l'Amour , c'est que vous
avez découvert tout le faux de ses charmes , et penetré tout le vuide de ses
plaisirs. Votre sort bien loin d'être à
plaindre est digne d'envie , et vous n'en
êtes encore que plus estimable. Vous
avez fait les mêmes refléxions qu'Arioste
I.Vol. dans
'DECEMBRE: 1732: 2611
7
dans la premiere Stance du chant 24 de
Roland furieux.
Chi mette il piè sù l'amorosa pania ;
Cerchi ritrarlo , è non v'inveschi l'ale ;
Che non è in somma Amor, se non insania }
Al gindicio dè savii , universale.
C'est trop parler morale , chut , je vois
que toutes les oreilles ne s'y prêtent pas
de la même maniere. Je reviens à Charles XII. et à la Henriade dont je ne sçaurois me lasser de vous remercier , je vous
assure que quoique venus les derniers ils
feront au rang principal dans ma petite
Bibliotheque , et qu'avec vos Tragédies Ce seront mes Livres favoris.
Mais comme je les ai reçus ,
D'un Tafetas changeant légerement vétus
J'ai craint que le froid et la brume
Venans avec l'Hiver , afreux porteur de rhume
Ne les eussent incommodez.
C'est pourquoi proprement on a pris leur me
sure ,
Puis on a mis sur eux des habits sans cou
ture ,
D'or magnifiquement bordez ,
A qui le taferas a servi de doublure.
J'accepte avec joye l'amitié que vous
I. Vol. me
2612 MERCURE DE FRANCE
me promettez à la fin de votre Lettre.
Nous nous en sommes donné des preuves
réciproques que je crois aussi since es de
votre part qu'elles le sont de la mienne.
Les amitiez que le hazard fait naître sont
souvent de plus longue durée que les autres. Il ne tiendra point à moi que la
nôtre ne finisse jamais. Je voudrois avoir
quelque chose qui fut digne de vous être
envoyé en revanche de votre présent ;
mais c'est là souhaitter l'impossible.
Quel ch'io vi debbo , posso di parole
Pagare in parte , è d'opera d'inchiostro
Ne che pocho vi dia da imputar sono ,
Che quanto io posso , dar , tutto vi dono.
·
Vous voudrez bien que les sentimens
de mon cœur suppléent au reste. Je suis
avec toute la reconnoissance , toute l'amitié et tout le respect possible , Monsieur , votre très humble, &c.
A M. Aronet de Voltaire , par MH de
Malcrais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , pour le remercier du présent
qu'il lui afait de son Histoire de Ĉharles
XII. de sa Henriade et du Recueil de
quelques-unes de ses Tragédies.
TEs deux Héros , Voltaire, enfin sont arrivez;
Bonjour, leur ai-je dit , couple de Rois celebres,
Conquerans dont les noms , de l'horreur des te
nebres ,
Ont été par Voltaire à jamais préservez.
Vous êtes- vous bien conservez ,
Pendant la longueur du voyage ?
Auriez-vous essuyé d'un insolent orage,
Les brusques incommoditez ?
1. Vel
2606 MERCURE DE FRANCE
Non, vos habits brillans (a) n'ont point été gatez.
Votre Redingote luisante ,
Faite d'une toile glissante , (b)
Des torrens pluvieux vous a très-bien gardez ;
Mais combien avez- vous ŝuspendu mon attente ♣
Combien mes plaisirs retardez ,
Ont-ils fait murmurer mon ame impatiente !
Trois fois dix jours , bon Dieu ! pour venir de Paris
AuPays des Bretons ! votre marche est trop lente:
Où si je l'ai bien compris ,
Il faut que vous ayez pris
La route des Pirenéés ;
Autrement sans m'étonner ,
Je ne puis m'imaginer ,
Qu'à si petites journées,
Guerrier veuille cheminer.
Cependant Charles douzième , (c)
S'offre à mes regards contens ,
Mars autant que Mars lui- même ,
Terrible , armé jusqu'aux dents ,
Comme sil alloit se battre.
Quel air d'intrépidité ?
Il est encor tout botté.
(a) Ces Livres étoient couverts de papier marbré.
(b) Ils étoient enveloppez dans une toile cirée.
(c) Allusion à l'Estampe qui est en tête de l'His- toire de Charles XII
1. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1732. 260%
Ni Charles ni , Henry quatre,
N'étoient de minces Héros ,
Enervés dans le repos ,
Qui craignent la pleuresie .
Et n'épargnent leurs Chevaux ,
Que pour épargner leur vie.
Après avoir attendu pendant un grand
mois , j'ai reçû , Monsieur , le présent dont vous m'avez honorée. Vous avez
ajoûté à Charles XII. et à la Henriade
que vous me promettiez dans le Mercure de Septembre , Oedipe , Mariamne
et Brutus. Cette genereuse politesse m'a
surprise agréablement , je n'avois vû jusqu'à ce jour votre Brutus que par Extrait ; et qu'est-ce qu'un Extrait quand la Piece est toute belle ? cela ne sert
qu'à mettre le Lecteur en appétit , j'étois
comme celle à qui l'on fait sentir une
Orange, qu'on lui ôte aussi-tôt de dessous le nez , afin qu'il ne lui en demeure
que l'odeur. La paresse du Messager m'a
fort impatientée , et le feu Pere du Cerceau n'a jamais murmuré davantage contre le Messager du Mans. Vous ne sçau-
- riez croire combien vos Vers et votre présent m'ont rendue glorieuse.Vedendo dono
cosi gentile, non resto nel mio cuore dramma,
cba 1. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
che non fosse od amista , è fiamma. Personne ne me vient voir que je n'en fasse
parade à ses yeux 3 enfin je ne me troquerois pas aujourd'hui pour une autre.
Que quelqu'un désormais me dise ,
Que mon Pegase va le trot ,
Que mon Phébus parle ostrogot ,
Et que mes Vers sont Marchandise ,
Avendre un sou marqué le lot ;
Je répondrai tout aussi-tôt ,
Esprit fait dans un méchant moule,
Demandez à Voltaire , à ce fameux Auteur ;
Il sçait comment ma veine coule ,
Et si mes Vers sont sans valeur ;
Marchand d'oignon se connoît en ciboule.
Comme je prise infiniment tout ce qui
sort de votre plume , et que je serois fachée de perdre de vos Ouvrages , jusqu'à
la moindre ligne ; je me suis chagrinée
quand j'ai vu qu'à la fin du volume de la
Henriade , il manquoit quelques feüillets à la vie du Tasse, de cet homme divin
avec qui vous partagez tout mon cœur.
Mais à cheval donné regarde- t- on la bride ♪
Ce mot m'est échappé , Voltaire , ami, par don ,
C'est le Proverbe qui me guide
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2609
A faire la comparaison
Qui convient mal au riche don ,
Dont en divers climats mon nom se glorifie
Exprimons-nous donc autrement ;
Supposons que d'un Diamant
Un humain libéral un autre gratifie ,
Se persuadera- t- on qu'il fut si délicat ,
Qu'à cause d'un petit éclat ,
Dont le défaut laissât la pierre moins finie
D'accepter le présent il fit cérémonie !
Je ne me suis nullement étonnée, quand
j'ai vû par la Piéce que vous m'adressez
que toutce qu'il y a de beau étoit du ressort de votre esprit. Vous vous êtes , pour
ainfi dire , signalé en tous genres , Historien du premier ordre , Poëte excellent
Epique , Tragique , Comique , &c. est- il
quelqu'illustre de l'Antiquité , dont vous
dussiez envier la gloire ? que n'avez- vous
point essayé ? et en quoi n'avez - vous
point réussi ? j'avouerai pourtant qu'il est
une exception , mais une touchante exception à faire à la plénitude de votre
contentement : quoi à trente- sept ans vous
Vous trouvez hors d'âge de pouvoir aimer ? vous avez donc été bien amoureux
à vingt , et comme un dépensier vous
avez mangé le fond et le revenu de bon
1. Vol. no
2610 MERCURE DE FRANCE
3
ne heure. Que la condition de certains
hommes est bizarre ! à dix neuf et vingt
ans vous faisiez des Vers à merveille , à
trente- sept vous vous en acquittez encore mieux. Helas ! et trente sept ans en
amour ne représentent que l'ombre , et
le fantôme de votre premiere et douce
réalité !
Votre expérience confirme
La verité de ce qu'on lit ,
Qu'esprit est prompt , mais qne chair est ing firme ,
D'ailleurs Ciceron nous a dit ,
Ce docte Ciceron , Professeur en sagesse ,
Que les plaisirs vifs et pressans
Où se laisse avec fougue emporter la jeug nesse >
La livrent par avance aux désirs impuissans
De la foible et triste vieillesse.
Je me trompe , Monsieur , et je dois
penser tout autrement fur votre compte.
Si vous quittez l'Amour , c'est que vous
avez découvert tout le faux de ses charmes , et penetré tout le vuide de ses
plaisirs. Votre sort bien loin d'être à
plaindre est digne d'envie , et vous n'en
êtes encore que plus estimable. Vous
avez fait les mêmes refléxions qu'Arioste
I.Vol. dans
'DECEMBRE: 1732: 2611
7
dans la premiere Stance du chant 24 de
Roland furieux.
Chi mette il piè sù l'amorosa pania ;
Cerchi ritrarlo , è non v'inveschi l'ale ;
Che non è in somma Amor, se non insania }
Al gindicio dè savii , universale.
C'est trop parler morale , chut , je vois
que toutes les oreilles ne s'y prêtent pas
de la même maniere. Je reviens à Charles XII. et à la Henriade dont je ne sçaurois me lasser de vous remercier , je vous
assure que quoique venus les derniers ils
feront au rang principal dans ma petite
Bibliotheque , et qu'avec vos Tragédies Ce seront mes Livres favoris.
Mais comme je les ai reçus ,
D'un Tafetas changeant légerement vétus
J'ai craint que le froid et la brume
Venans avec l'Hiver , afreux porteur de rhume
Ne les eussent incommodez.
C'est pourquoi proprement on a pris leur me
sure ,
Puis on a mis sur eux des habits sans cou
ture ,
D'or magnifiquement bordez ,
A qui le taferas a servi de doublure.
J'accepte avec joye l'amitié que vous
I. Vol. me
2612 MERCURE DE FRANCE
me promettez à la fin de votre Lettre.
Nous nous en sommes donné des preuves
réciproques que je crois aussi since es de
votre part qu'elles le sont de la mienne.
Les amitiez que le hazard fait naître sont
souvent de plus longue durée que les autres. Il ne tiendra point à moi que la
nôtre ne finisse jamais. Je voudrois avoir
quelque chose qui fut digne de vous être
envoyé en revanche de votre présent ;
mais c'est là souhaitter l'impossible.
Quel ch'io vi debbo , posso di parole
Pagare in parte , è d'opera d'inchiostro
Ne che pocho vi dia da imputar sono ,
Che quanto io posso , dar , tutto vi dono.
·
Vous voudrez bien que les sentimens
de mon cœur suppléent au reste. Je suis
avec toute la reconnoissance , toute l'amitié et tout le respect possible , Monsieur , votre très humble, &c.
Fermer
Résumé : EPITRE A M. Aroüet de Voltaire, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, pour le remercier du présent qu'il lui a fait de son Histoire de Charles XII. de sa Henriade et du Recueil de quelques-unes de ses Tragédies.
L'épître est une lettre de remerciement écrite par MH de Malcrais de la Vigne à Voltaire. Elle exprime sa gratitude pour la réception de plusieurs ouvrages, notamment l'Histoire de Charles XII, la Henriade, et des tragédies telles que Œdipe, Mariamne et Brutus. L'auteur mentionne son impatience due au retard de la livraison des livres, qui ont été protégés par une toile cirée pendant leur voyage. L'auteur admire particulièrement les personnages de Charles XII et Henri IV, qu'elle décrit comme des héros intrépides. Elle loue la générosité de Voltaire et la qualité exceptionnelle de ses œuvres, qu'elle considère comme des chefs-d'œuvre en histoire et en poésie. Elle note une petite lacune dans le volume de la Henriade, mais cela n'altère en rien son admiration pour Voltaire. MH de Malcrais de la Vigne conclut en acceptant l'amitié de Voltaire et en exprimant son désir de lui offrir quelque chose en retour, bien qu'elle reconnaisse que cela soit impossible. Elle exprime sa gratitude et son admiration pour Voltaire, soulignant la valeur de ses contributions littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
46
47
p. 2761-2763
EPITRE à M. de Voltaire, par M. Clement, Conseiller du Roi, Receveur des Tailles de Dreux.
Début :
De tes talens admirateur sincere, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Talents, Malcrais, Lire, Sensibilité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à M. de Voltaire, par M. Clement, Conseiller du Roi, Receveur des Tailles de Dreux.
EPITRE à M. de Voltaire , par M. Cle
ment , Conseiller du Roi , Receveur des
Tailles de Dreux.
DEE tes talens admirateur sincere ,
Je t'adresse , illustre Voltaire ,
Ce foible essai que j'ai construit ,
Loin des Curieux et du bruit
Si ma Muse ici pour te plaire
;
Fait par hazard des efforts superflus ,
Ton silence bien- tôt m'apprenant à me taire ,
De mes deffauts me corrigera plus
Que ne seroit le sifflet du Partere.
D'où vient donc ce transport nouveau ?
Les Provinciaux , vas tu dire ,
Connoissent-ils le charme de ma Lire !
Oui ; Voltaire , ici le vrai beau
Sur les cœurs maintient son empire ,
Et , comme à Paris , l'on sçait rire
Des vains efforts d'un débile cerveau.
Jadis , en ce lieu les Druides ,
: -II. Vol. Biiij Fai-
2762 MERCURE DE FRANCE
Faisoient sous leurs mains homicides,
Gémir les crédules humains ;
Tu sçais qu'arbitres des destins ,
Aux Mortels simples , sans science ,
Ils faisoient respecter leur trompeuse igno rance ;
Nous vivons sous un autre tems ,
De ces beaux lieux les doctes habitans ,
Desabusés du faux , du ridicule ,
Ont sçû bannir préjugés et scrupule ,
'Amour du vrai charme ici les esprits
De toi sans cesse en relit les écrits ,
Et ta Henriade immortelle >
Par des traits touchans , enchanteurs ;
De la ligue et de ses fureurs
Nous rend la peinture si belle ,
Que nous cherissons les malheurs
Qui de ta muse ont excité le zele.
Charles , Brutus , Edipe , enfans de ton loisir;
Nous offrent tour à tour un différent plaisir.
De tes Vers la douce harmonie
Tient surtout mon ame ravie ;
Que ne puis-je avec dignité ,
Te peindre ici ma sensibilité !
Et t'exprimer avec ton énergie
A quel point tu m'as enchanté!
Vains efforts , je sens ma foiblesse ,
Et tout mon feu n'est qu'une yvresse ,
II. Vol. Dont
DECEMBRE. 1732. 2763
Dont tu ris peut-être à présent.
Reçois du moins ce badinage ,
D'un œil moderé , complaisant ;
Si Malcrais sçût plus dignement
T'offrir de son pays le fastueux hommage ,
Qu'il te souvienne seulement ,
Qu'inferieurs à son ouvrage ,
Nous l'égalons en sentiment.
ment , Conseiller du Roi , Receveur des
Tailles de Dreux.
DEE tes talens admirateur sincere ,
Je t'adresse , illustre Voltaire ,
Ce foible essai que j'ai construit ,
Loin des Curieux et du bruit
Si ma Muse ici pour te plaire
;
Fait par hazard des efforts superflus ,
Ton silence bien- tôt m'apprenant à me taire ,
De mes deffauts me corrigera plus
Que ne seroit le sifflet du Partere.
D'où vient donc ce transport nouveau ?
Les Provinciaux , vas tu dire ,
Connoissent-ils le charme de ma Lire !
Oui ; Voltaire , ici le vrai beau
Sur les cœurs maintient son empire ,
Et , comme à Paris , l'on sçait rire
Des vains efforts d'un débile cerveau.
Jadis , en ce lieu les Druides ,
: -II. Vol. Biiij Fai-
2762 MERCURE DE FRANCE
Faisoient sous leurs mains homicides,
Gémir les crédules humains ;
Tu sçais qu'arbitres des destins ,
Aux Mortels simples , sans science ,
Ils faisoient respecter leur trompeuse igno rance ;
Nous vivons sous un autre tems ,
De ces beaux lieux les doctes habitans ,
Desabusés du faux , du ridicule ,
Ont sçû bannir préjugés et scrupule ,
'Amour du vrai charme ici les esprits
De toi sans cesse en relit les écrits ,
Et ta Henriade immortelle >
Par des traits touchans , enchanteurs ;
De la ligue et de ses fureurs
Nous rend la peinture si belle ,
Que nous cherissons les malheurs
Qui de ta muse ont excité le zele.
Charles , Brutus , Edipe , enfans de ton loisir;
Nous offrent tour à tour un différent plaisir.
De tes Vers la douce harmonie
Tient surtout mon ame ravie ;
Que ne puis-je avec dignité ,
Te peindre ici ma sensibilité !
Et t'exprimer avec ton énergie
A quel point tu m'as enchanté!
Vains efforts , je sens ma foiblesse ,
Et tout mon feu n'est qu'une yvresse ,
II. Vol. Dont
DECEMBRE. 1732. 2763
Dont tu ris peut-être à présent.
Reçois du moins ce badinage ,
D'un œil moderé , complaisant ;
Si Malcrais sçût plus dignement
T'offrir de son pays le fastueux hommage ,
Qu'il te souvienne seulement ,
Qu'inferieurs à son ouvrage ,
Nous l'égalons en sentiment.
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Résumé : EPITRE à M. de Voltaire, par M. Clement, Conseiller du Roi, Receveur des Tailles de Dreux.
L'épître est adressée à Voltaire par M. Clément, Conseiller du Roi et Receveur des Tailles de Dreux. L'auteur exprime son admiration pour les talents de Voltaire et lui présente un essai écrit à l'abri des regards curieux. Il anticipe le silence de Voltaire, qui corrigera plus efficacement que les critiques du public. L'auteur souligne que les provinciaux, comme les Parisiens, apprécient le véritable talent et se moquent des efforts médiocres. Il compare les Druides, qui imposaient leur ignorance, aux habitants actuels de Dreux, éclairés et débarrassés des préjugés. Ces habitants aiment la vérité et lisent les œuvres de Voltaire, notamment 'L'Henriade', qui les enchante par sa beauté et son émotion. L'auteur mentionne également d'autres œuvres de Voltaire, comme 'Charles XII', 'Brutus' et 'Œdipe', et admire la douceur de ses vers. Il conclut en offrant ce badinage à Voltaire, espérant qu'il le recevra avec complaisance, et se compare à Malcrais, un autre admirateur de Voltaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 2770-2772
EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
Début :
Sage Plomet, dont la plume rapide, [...]
Mots clefs :
Noëls, Plume, Écrits, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
EPITRE,
A M. l'Abbé Plomet , sur ses Noëls.
Sage Plomet , dont la plume rapide ,
Juste et sçavante en ses productions ,
Fut souvent le fidelle guide,
De nos timides Amphions,
Reçois avec bonté ces Essais de ma Lyre ;
Elle t'en doit les premiers fruits ,
Puisqu'elle a pris dans tes Ecrits ,
L'entousiasme qui l'inspire.
On t'a vu penetré d'une divine ardeur,
Du Sauveur desHumains celebrer la Naissance
Par tes charmans accords le coupable Pécheur ,
Sentoit renaître dans son cœur
D'un heureux avenir , la flateuse esperance.
Aux approches de ce grand jour ,
Le Public révéroit dans son impatience ,
Ces marques de ton saint amour,
Et les chantoit avec reconnoissance :
.... II. Vol. Mais
DECEMBRE. 1732 277)
Mais hélas ! il n'a plus cet innocent plaisir ;
Il le demande en vain , Plomet le lui refuse ,
Tes amis seuls, reçus dans ton pieux loisir ,
Partagent avec toi les efforts de ta Muse.
Des saints Lauriers que ta main à cueillis ,
Le Public te doit un hommage ;
Mais ces talens qui furent ton partage ,
Te furent-ils donnez , pour être ensevelis ?
Quoi ! craindrois- tu les Critiques cruelles ,
D'un Censeur étourdi ?
Tes Noëls précedens sont tes garants fidelles,
Rime , Plomet , tu seras applaudi.
La pâle jalousie et la haine barbare ,
Voudront semer en vain leurs ennuyeux discours
Le Languedoc charmé , t'admirera toûjours ,
Et la gloire qu'il te prépare ,
Vaut bien le danger que tu cours.
Des honneurs qu'on te doit , sage dispensatrice
L'équitable Posterité ,
Sçaura mieux te rendre justice ,
Et l'on verra la verité ,
Terrasser la noire malice.
Corneille ( dira-t'on ) La Fontaine , Rousseau;
Despreaux , Racine , Moliere ,
Paroissant animez d'un feu toûjours nouveau ,
Scurent chacun à leur maniere ,
Parcourir sans égaux leur brillante carriere ;
୮
II. Vol.
Heureux
2772 MERCURE DE FRANCE
Heureux de partager entr'eux un don si beau.
Couverts d'une éternelle gloire ,
Leurs noms chéris deviendront immortels ;
Mais parmi les Sçavans que nous vante l'Histoire,
Plomet s'est distingué par ses pieux Noëls.
L'Abbé Cros , de Montpellier.
A M. l'Abbé Plomet , sur ses Noëls.
Sage Plomet , dont la plume rapide ,
Juste et sçavante en ses productions ,
Fut souvent le fidelle guide,
De nos timides Amphions,
Reçois avec bonté ces Essais de ma Lyre ;
Elle t'en doit les premiers fruits ,
Puisqu'elle a pris dans tes Ecrits ,
L'entousiasme qui l'inspire.
On t'a vu penetré d'une divine ardeur,
Du Sauveur desHumains celebrer la Naissance
Par tes charmans accords le coupable Pécheur ,
Sentoit renaître dans son cœur
D'un heureux avenir , la flateuse esperance.
Aux approches de ce grand jour ,
Le Public révéroit dans son impatience ,
Ces marques de ton saint amour,
Et les chantoit avec reconnoissance :
.... II. Vol. Mais
DECEMBRE. 1732 277)
Mais hélas ! il n'a plus cet innocent plaisir ;
Il le demande en vain , Plomet le lui refuse ,
Tes amis seuls, reçus dans ton pieux loisir ,
Partagent avec toi les efforts de ta Muse.
Des saints Lauriers que ta main à cueillis ,
Le Public te doit un hommage ;
Mais ces talens qui furent ton partage ,
Te furent-ils donnez , pour être ensevelis ?
Quoi ! craindrois- tu les Critiques cruelles ,
D'un Censeur étourdi ?
Tes Noëls précedens sont tes garants fidelles,
Rime , Plomet , tu seras applaudi.
La pâle jalousie et la haine barbare ,
Voudront semer en vain leurs ennuyeux discours
Le Languedoc charmé , t'admirera toûjours ,
Et la gloire qu'il te prépare ,
Vaut bien le danger que tu cours.
Des honneurs qu'on te doit , sage dispensatrice
L'équitable Posterité ,
Sçaura mieux te rendre justice ,
Et l'on verra la verité ,
Terrasser la noire malice.
Corneille ( dira-t'on ) La Fontaine , Rousseau;
Despreaux , Racine , Moliere ,
Paroissant animez d'un feu toûjours nouveau ,
Scurent chacun à leur maniere ,
Parcourir sans égaux leur brillante carriere ;
୮
II. Vol.
Heureux
2772 MERCURE DE FRANCE
Heureux de partager entr'eux un don si beau.
Couverts d'une éternelle gloire ,
Leurs noms chéris deviendront immortels ;
Mais parmi les Sçavans que nous vante l'Histoire,
Plomet s'est distingué par ses pieux Noëls.
L'Abbé Cros , de Montpellier.
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Résumé : EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
L'épître de l'Abbé Cros, de Montpellier, est adressée à l'Abbé Plomet, qu'il loue pour sa plume rapide, juste et savante, souvent bénéfique aux poètes débutants. L'auteur exprime sa gratitude envers Plomet, dont les écrits ont stimulé son enthousiasme poétique. Plomet est célébré pour sa capacité à célébrer la naissance du Sauveur, inspirant ainsi les pécheurs à espérer un avenir heureux. Cependant, l'auteur regrette que le public ne puisse plus profiter des Noëls de Plomet, car celui-ci les réserve désormais à ses amis proches. Il encourage Plomet à ne pas craindre les critiques et à continuer à écrire, soulignant que ses précédents Noëls témoignent de son talent. L'auteur prédit que le Languedoc continuera d'admirer Plomet et que la postérité lui rendra justice, terrassant ainsi la malice. L'épître mentionne également des grands noms de la littérature comme Corneille, La Fontaine, Rousseau, Despreaux, Racine et Molière, comparant leur gloire immortelle à celle que Plomet pourrait atteindre grâce à ses Noëls.
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49
p. 2781-2785
EPITRE, De Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. V. D. G. de Marseille, pour répondre à ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188.
Début :
Monsieur, dont l'ame perplexe, [...]
Mots clefs :
Perplexe, Beau sexe, Pédant, Docteur, Briller, Art de la poésie, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, De Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. V. D. G. de Marseille, pour répondre à ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188.
EPITRE,
De Mede Malcrais de la Vigne , à M.
V. D. G. de Marseille , pour répondre à
ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188 .
{
Monsieur , dont l'ame perplexe ,
S'alambique en cent façons ,
II. Vol. Cij Votre
2782 MERCURE DE FRANCE
Votre idée est circonflexe ;
Sous le grand lambris convexe ,
Il est des gens de tous noms.
Mais sçavez- vous qu'au beau Sexe ,
Vos Vers sont injurieux ?
'Arrêtez , Messieurs les hommes :
Vous êtes si glorieux ,
Que vous croyez que nous sommes ,
Auprès de vous des Atomes ,
Ou des riens harmonieux.
Sçachez pourtant que les Dames ,
Quoiqu'en dise un fol Auteur ,
Ainsi que vous ,
ont des ames ,
Et que les celestes flâmes ,
Ont coulé dans notre cœur ;
Cependant n'allez pas croire ,
Ou je garde le tacet ,
Qu'ici je veuille avec gloire ,
Mettre du Docteur Docet ,
Sur ma coeffe le bonnet ;
J'en romprois mon Ecritoire ,
Et m'irois pendre tout net ,
M'étreignant de mon lacet,
Cés Pédans à l'humeur cruë ,
Dès qu'ils s'offrent à ma vue ,
Me plaisent moins qu'un Valet,
Qui dans chaque coin de ruë ,
II, Vol. Fait
DECEMBRE. 1732. 2783
Fait entendre son siflet.
Si je voulois , par exemple,
Trancher ici du Docteur ,
Je dirois , mon cher Seigneur ,
Vous, qui fréquentez le Temple
Du Dieu Versificateur ,
Connoîtriez -vous Corine
Leontion , Eccello ,
Sapho , Prasille , Occello ,
Théano , Cléobuline ?
>
Au monde est- il un canton
Qui ne vante des Poëtes ,
Qui , quoi qu'ayant des cornettes .
Ont fait sonner leurs Musettes ,
Sur plus d'un merveilleux ton ,
Aussi-bien que Coridon ?
L'Antique et Moderne Rome ,
Vit et voit briller les siens ,
Notre France en a tout comme
Ces doubles Italiens ,
Et par tout on les renomme,
Plus que Donna Giustina ,
Et Signora Colonna.
Si point ici ne les nomme
C'est pour abreger chemin ,
Et je croi bien qu'en Provence ,
Le beau Sexe feminin ,
II. Vol. C
Mieux iij
2784 MERCURE DE FRANCE
Mieux qu'en nul endroit de France ,
Fait voir qu'il a l'esprit fin ,
Assaisonné de Science :
Beau Païs des Troubadours !
C'est chez vous que l'Italie >
De l'Art de la Poësie ,
Apprit les excellens tours.
Mais alte - là , mon génie ,
Je vois que je passerois ,
Pour une grande Pédante ,
Moi , qui passer ne voudrois ;
Que pour petite Sçavante.
'Au surplus bien mieux que vous ,
Des Vers nous devrions faire ,
La raison en est très claire ,
Si , comme vous dites tous
Caprice domine en nous >
Avec cervelle legere.
Mais ce n'est point là le fait ,
Et votre ame impatiente ,
Me demande mon Portrait ;
Je vais être complaisante ,
Et vous serez satisfait ;
C'est trop , et j'en suis dolente ,
Avoir suspendu l'attente ,
D'un aimable Curieux.
Taille un peu courte , grands yeux ,
II. Vol. Bouche
DECEMBRE. 1732. 2785
Bouche riante et vermeille ,
Avec un air de douceur ,
Monsieur l'Auteur de Marseille ,
C'est-là Malcrais ou sa Sœur.
De Mede Malcrais de la Vigne , à M.
V. D. G. de Marseille , pour répondre à
ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188 .
{
Monsieur , dont l'ame perplexe ,
S'alambique en cent façons ,
II. Vol. Cij Votre
2782 MERCURE DE FRANCE
Votre idée est circonflexe ;
Sous le grand lambris convexe ,
Il est des gens de tous noms.
Mais sçavez- vous qu'au beau Sexe ,
Vos Vers sont injurieux ?
'Arrêtez , Messieurs les hommes :
Vous êtes si glorieux ,
Que vous croyez que nous sommes ,
Auprès de vous des Atomes ,
Ou des riens harmonieux.
Sçachez pourtant que les Dames ,
Quoiqu'en dise un fol Auteur ,
Ainsi que vous ,
ont des ames ,
Et que les celestes flâmes ,
Ont coulé dans notre cœur ;
Cependant n'allez pas croire ,
Ou je garde le tacet ,
Qu'ici je veuille avec gloire ,
Mettre du Docteur Docet ,
Sur ma coeffe le bonnet ;
J'en romprois mon Ecritoire ,
Et m'irois pendre tout net ,
M'étreignant de mon lacet,
Cés Pédans à l'humeur cruë ,
Dès qu'ils s'offrent à ma vue ,
Me plaisent moins qu'un Valet,
Qui dans chaque coin de ruë ,
II, Vol. Fait
DECEMBRE. 1732. 2783
Fait entendre son siflet.
Si je voulois , par exemple,
Trancher ici du Docteur ,
Je dirois , mon cher Seigneur ,
Vous, qui fréquentez le Temple
Du Dieu Versificateur ,
Connoîtriez -vous Corine
Leontion , Eccello ,
Sapho , Prasille , Occello ,
Théano , Cléobuline ?
>
Au monde est- il un canton
Qui ne vante des Poëtes ,
Qui , quoi qu'ayant des cornettes .
Ont fait sonner leurs Musettes ,
Sur plus d'un merveilleux ton ,
Aussi-bien que Coridon ?
L'Antique et Moderne Rome ,
Vit et voit briller les siens ,
Notre France en a tout comme
Ces doubles Italiens ,
Et par tout on les renomme,
Plus que Donna Giustina ,
Et Signora Colonna.
Si point ici ne les nomme
C'est pour abreger chemin ,
Et je croi bien qu'en Provence ,
Le beau Sexe feminin ,
II. Vol. C
Mieux iij
2784 MERCURE DE FRANCE
Mieux qu'en nul endroit de France ,
Fait voir qu'il a l'esprit fin ,
Assaisonné de Science :
Beau Païs des Troubadours !
C'est chez vous que l'Italie >
De l'Art de la Poësie ,
Apprit les excellens tours.
Mais alte - là , mon génie ,
Je vois que je passerois ,
Pour une grande Pédante ,
Moi , qui passer ne voudrois ;
Que pour petite Sçavante.
'Au surplus bien mieux que vous ,
Des Vers nous devrions faire ,
La raison en est très claire ,
Si , comme vous dites tous
Caprice domine en nous >
Avec cervelle legere.
Mais ce n'est point là le fait ,
Et votre ame impatiente ,
Me demande mon Portrait ;
Je vais être complaisante ,
Et vous serez satisfait ;
C'est trop , et j'en suis dolente ,
Avoir suspendu l'attente ,
D'un aimable Curieux.
Taille un peu courte , grands yeux ,
II. Vol. Bouche
DECEMBRE. 1732. 2785
Bouche riante et vermeille ,
Avec un air de douceur ,
Monsieur l'Auteur de Marseille ,
C'est-là Malcrais ou sa Sœur.
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Résumé : EPITRE, De Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. V. D. G. de Marseille, pour répondre à ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188.
L'épître de Mede Malcrais de la Vigne, adressée à un homme de Marseille, répond à des vers publiés dans le Mercure d'octobre 1732. L'auteur réfute les propos injurieux envers les femmes, affirmant qu'elles possèdent des âmes et des flammes célestes. Elle exprime son aversion pour les docteurs pédants. L'auteur mentionne des poétesses célèbres et souligne que la Provence, berceau des troubadours, a influencé l'Italie dans l'art de la poésie. Elle reconnaît l'esprit fin et scientifique des femmes provençales. L'auteur décrit ensuite son propre portrait, se présentant avec une taille courte, de grands yeux, une bouche riante et vermeille, et un air de douceur.
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50
p. 682-691
LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
Début :
Quoi ! le sort en est donc jetté, [...]
Mots clefs :
Plaisirs champêtres, Yeux, Dieu, Oeil, Nature, Onde, Muse, Feux, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
LES PLAISIRS CHAMPETRES
Quoi
EPITRE
"
à M. D ***
Uoi le sort en est donc jetté ,
Et dans le dépit qui te presse ,
Cher ami , ton coeur révolté ,
Se dérobe au Finde , au Permesse !
Oui , j'abandonne le Valon ,
Dis - tu , pénetré de colere ,
Habitant d'une autre Hémisphere ;
Chez le Sarmate ou le Lapon ,
Je prétends à mon gré me faire ,
Un tout autre Dieu qu'Apollon .
Eh ! crois-moi , jamais nul Poëte ,
Propre Artisan de son malheur ,
Ne sacrifia de bon coeur ,
Ni sa Lire , ni sa Musette ,
Aux voeux d'une injuste douleur .
En divorce avec Uranie ,
'Avec Euterpe et Polymnie ,
Pourras- tu d'un amusement ,
Qui de tout temps sous leurs auspices ,
A fait tes plus cheres délices ,
Te priver jusqu'au Monument ?
3
Sa
AVRIL
683 1733
Se dérider avec les Muses ,
Tu le sçais , rien n'est plus charmant ;
Et dans ton fol
emportement ,
A leurs bontez tu le réfuses !
Qui peut ,
hélas sans leur secours ,
Saisi de la divine yvresse ,
Que donne l'Onde du Permesse ,
Soupirer les tendres Amours ?
Dans cette sombre inquiétude ,
Qui ne fait qu'amortir nos feux ;
Il n'est plus de ces Vers heureux ,
Qu'enfante une paisible étude ,
A l'honneur des Héros , des Dieux.
Quoi ! prétendre , au mépris des Cieux ,
Sans Entousiasme , sans verve ,
Chanter les Combats , les beaux- Arts ,
Peindre aux yeux les travaux de Mars ,
Ou raconter ceux de Minerve
D'un bel esprit , qui se dément ,
Quelle illusion ! quel délire !
Ami , révoque ton serment ,
Contre un Dieu qui t'aide et t'inspire ,
Etouffe un vain ressentiment ,
Et reconnois son doux Empire ;
Phébus lui-même en ce moment ,
Où ta plume , ingrat , le déchire
Phébus daigne encor te sourire.
Sur les Coteaux de Beauregard
Viɔns
684 MERCURE DE FRANCE
Viens , cher ami , d'un tel écart ,
Expier la courte folie ,
Viens d'un serment fait au hazard ,
Abjurer la vaine saíllic.
Là, sans façons et sans apprêts ,
Bacchus assis auprès d'un Hêrre ,
Nous présents , à ses propres frais,
Avec Apollon notre Maître
Le verre en main fera ta paix .
Vers ce champêtre domicile ,
Où loin du tumulte et du bruit ,
J'offre à ta Muse un doux azile ,
Quelquefois la mienne me fuit ,
Elle m'y fuit sous les Portiques ,
D'un riche et superbe Lointain
Que vous formez , Ormes antiques ,
A travers un vaste terrain.
Dans cet agréable Hermitage ,
Séjour de la simplicité ; ·
Je ris , ô fortune volage ,
De ta folle malignité ,
Là , guidé par un doux caprice ;
Je prends ma Lire et me soustraits ,
Au noir Destin , à l'injustice ,
Dont j'ai trop ressenti les traits.
Contre le chagrin , mes Terrasses ,
Me forment un triple Rampart ,
Fortifié de toute part ,
J'y
AVRIL . 689 1733
Ty brave ses vaines menaces .
Le sort irrité me poursuit ,
Mais à ma Muse fugitive ,
Dans plus d'une route furtive ,
Mes Bosquets ouvrent un Réduit.
Sous leur délicieux ombrage ,
Où le Rossignol amoureux
Exprime et soulage ses feux ,
Par les sons d'un tendre ramage ,
La Marne forme un long Canal ,
Et dans son liquide Cristal ,
Fait revivre un riant feüillage.
Sous mes yeux , avec majesté ,
Son Onde incessamment voyage ,
Et servant à ma sureté ,
Elle semble me rendre hommage.
Sur un immense Paysage ,
Où s'égare l'oeil enchanté ,
De mes Balcons et du Rivage ,
Je commande avec liberté ,
Et m'en fais un riche appanage.
Oh ! vous que de ses propres mains ,
A tracez le Dieu des Jardins ,
Vergers , Palissades , Parterres ,
Boulingrins , qui m'environnez >
C'est de ce Dieu que vous tenez ,
Vos beautez , vos graces legeres.
Isolé dans tous ses appas
686
MERCURE DE
FRANCE
Un Pavillon , dont la structure
N'offre en racourci que les traits ,
D'une très-simple Architecture ,
M'y tient lieu d'un vaste Palais.
Construit avec assez d'entente ,
Sur un Tertre uni , spacieux ,
Dont la vue est toute charmante ,
Cet Edifice gracieux ,
Embellit mon petit Domaine.
C'est-là qu'étranger à la Plaine ,
Et presque Citoyen des Cieux ,
Je puis sans effort et sans gêne ,
Lier commerce avec les Dieux.
Dans cette Région moyenne ,
Où j'ai conçu l'heureux dessein ,
De fixer ma course incertaine ,
Je respire un air pur et sain.
Mieux placé que les Zoroastres ,
Spéculateur audacieux ,
D'un coup d'oeil j'atteins jusqu'aux Astres ,
Et j'en démêle tous les feux .
Soit au Printemps , soit en Automne
S'offrent à mes sens satisfaits ,
Les dons de Flore et de Pomone ,
Ceux de Bacchus et de Cerés.
Que vois-je armée à la legere ,
Et brossant les Taillis épais ,
Diane se presse de fairs ,
•
Aux
A
687
L:
17330
Aux Hôtes des sombres Forêts ,
Jusques dans leurs Antres secrets ,
Une vive et
bruyante guerre ;
Le lond du Fleuve avec succès ,
Glaucus d'une Pêche abondante ,
A mes yeux remplit ses Filets.
Sur le sein de l'Onde écumante ,
Mercure vogue à pleins Vaisseaux ;
Je le vois planant sur les Flots ,
Porter à la Reine des Villes ,
Les Trésors de nos Champs fertiles ,
Et le tribut de nos travaux.
Au son d'une Flute élegante ,
Pan conduit sur l'herbe naissante
De nombreux et de gras Troupeaux.
D'une herbe tendre et nourissante ,
Dans les Bois , le jeune Silvain ,
Dans les Vergers la jeune Amante ,
Font au loin un riche butin .
La Nymphe Echo , dans nos Campagnes ,
Où tout retentit de ses sons ,
Du fond des Forêts , des Vallons ,
Vers les Rochets et les Montagnes ,
Promene ses courtes Chansons.
Vous rappellez , vertes Saisons ,
A mes yeux le siecle de Rhée ,,
Siecle heureux , qui dans sa dutée ,
Servit aux Graces de Berceau ,
E
688 MERCURE DE FRANCE
Et d'Epoque à la belle Astrée ,
Je vois du haut de mon Côteau ,
D'un verd incessamment nouveau
Vertumne embellir la Contrée.
A peine le fougueux Borée ,
Par son souffle a glacé les airs ,
D'une haleine plus temperée ,
Zéphire en chasse les Hyvers.
Dès son lever l'aimable Aurore ,
Sur nos Collines fait éclore ,
Un Soleil brillant et serain
Par le vif éclat de son teint ,
Hesperus à mes yeux encore ,
Le promet pour le lendemain.
Divinitez , que je revere ,
Vous prétez ainsi vos grands noms ,
A la Nature notre Mere ,
Qui sur nous repand tous ces dons.
Mais que dis-je ! d'un faux sistême ,
Par un vieux zele accrédité ;
Je hais l'antique absurdité ,
J'en meprise l'erreur extréme.
Non , non , le seul Etre suprême ,
Quiseul merite des Autels ,
Se communique ainsi lui même ,
Aux besoins des foibles Mortels.
Que ne puis-je en cette Retraite
Où ses dons étonnent mes sens ,
•
Lui
AVK TL.
1733. 889
Lui consacrer tous les accens ,
D'une Muse trop satisfaite !
Agréable tranquillité ,
Où sans orgueil et sans envie ,
A profit s'écoule la vie ,
Inestimable obscurité ,
Où mon propre goût me convie ,
C'est en vous que du vrai bonheur ,
L'ame extasiée et ravie ,
Sçait goûter toute la douceur ,
Graces à la Philosophie ,
Qui salutaire aux Nourrissons ,
Que la main d'un Dieu lui confie
Leur en fait d'utiles Leçons .
Sous sa conduite toujours sûre ,
Epiant la sage Nature ,
Je la suis d'un oeil curieux.
De ses progrès ingénieux ,
Si l'uniformité constante ,
A mon esprit se fait sentir ;
Leur varieté qui m'enchante ,
Irritant en moi le desir ,
Et comblant toujours mon attente
Semble ajoûter à mon plaisir.
Sans cesse attentif à saisir ,
Les instans qu'elle est agissante ,
Je sonde , je pese à loisir ,
Ses merveilles les plus secrettes ,
Souvent
90 MERCURE DE FRANCE
Souvent même par le bienfait ,
De la Lentille et des Lunettes ,
J'aime à la prendre sur le fait.
A ses mysteres respectables .
Elle daigne m'initier ,
Et de ses ressorts admirables ,
Me donne le Spectacle entier.
C'est -là que s'offrent à ma vûë ;
Quelle gloire pour un Mortel !
Dans leur force et leur étendue ,
Les Miracles de P'Eternel .
Le Moucheron imperceptible ,
Le Globe entier du Firmament ;
M'y démontrent également ,
La Sagesse immense , indicible ,
De la main qui les a formez.
A l'aspect de leur excellence ,
Mes sens éperdus et charmez ,
Adorent la Toute- Puissance
Qui d'objets si grands , si divers ,
Enrichit
pour
moi l'Univers .
D'une Nature toujours belie ,
Toujours la même en ses Concerts ,
Crayon imparfait , mais fidele ,
A peine ébauché dans ces Vers !
Or , qu'êtes- vous , en parallele ,
Vous qu'on estime uniquement ,
Vous qu'on adore aveuglément ,
HonAVRIL
1733.
691
Honneurs ,
voluptez ,
opulence ,
Idoles de notre
ignorance ,
Faitris de fumée et de vent ,
Qu'êtes- vous ? un vuide , un néant.
Je sens qu'à la honte des hommes ,
Qui de vous follement jaloux ,
Sont mille fois plus vains que
vous ,
Vous vous perdez , foibles Atômes ,
Dans les lointaias
prodigieux ,
De
l'admirable
Perspective ,
Dont sans cesse , à
l'aide des
yeux ,
Jouit ici l'ame attentive .
Cher ami , c'est en ces beaux lieux ,
Qu'à l'ombre d'un profond silence ,
Etudiant avec
constance ,
La précieuse verité ,
J'éprouve une félicité ,
Qui suivant que je le projette ,
Dans notre petit Comité ,
Ne peut être que plus complette.
D. V.
Quoi
EPITRE
"
à M. D ***
Uoi le sort en est donc jetté ,
Et dans le dépit qui te presse ,
Cher ami , ton coeur révolté ,
Se dérobe au Finde , au Permesse !
Oui , j'abandonne le Valon ,
Dis - tu , pénetré de colere ,
Habitant d'une autre Hémisphere ;
Chez le Sarmate ou le Lapon ,
Je prétends à mon gré me faire ,
Un tout autre Dieu qu'Apollon .
Eh ! crois-moi , jamais nul Poëte ,
Propre Artisan de son malheur ,
Ne sacrifia de bon coeur ,
Ni sa Lire , ni sa Musette ,
Aux voeux d'une injuste douleur .
En divorce avec Uranie ,
'Avec Euterpe et Polymnie ,
Pourras- tu d'un amusement ,
Qui de tout temps sous leurs auspices ,
A fait tes plus cheres délices ,
Te priver jusqu'au Monument ?
3
Sa
AVRIL
683 1733
Se dérider avec les Muses ,
Tu le sçais , rien n'est plus charmant ;
Et dans ton fol
emportement ,
A leurs bontez tu le réfuses !
Qui peut ,
hélas sans leur secours ,
Saisi de la divine yvresse ,
Que donne l'Onde du Permesse ,
Soupirer les tendres Amours ?
Dans cette sombre inquiétude ,
Qui ne fait qu'amortir nos feux ;
Il n'est plus de ces Vers heureux ,
Qu'enfante une paisible étude ,
A l'honneur des Héros , des Dieux.
Quoi ! prétendre , au mépris des Cieux ,
Sans Entousiasme , sans verve ,
Chanter les Combats , les beaux- Arts ,
Peindre aux yeux les travaux de Mars ,
Ou raconter ceux de Minerve
D'un bel esprit , qui se dément ,
Quelle illusion ! quel délire !
Ami , révoque ton serment ,
Contre un Dieu qui t'aide et t'inspire ,
Etouffe un vain ressentiment ,
Et reconnois son doux Empire ;
Phébus lui-même en ce moment ,
Où ta plume , ingrat , le déchire
Phébus daigne encor te sourire.
Sur les Coteaux de Beauregard
Viɔns
684 MERCURE DE FRANCE
Viens , cher ami , d'un tel écart ,
Expier la courte folie ,
Viens d'un serment fait au hazard ,
Abjurer la vaine saíllic.
Là, sans façons et sans apprêts ,
Bacchus assis auprès d'un Hêrre ,
Nous présents , à ses propres frais,
Avec Apollon notre Maître
Le verre en main fera ta paix .
Vers ce champêtre domicile ,
Où loin du tumulte et du bruit ,
J'offre à ta Muse un doux azile ,
Quelquefois la mienne me fuit ,
Elle m'y fuit sous les Portiques ,
D'un riche et superbe Lointain
Que vous formez , Ormes antiques ,
A travers un vaste terrain.
Dans cet agréable Hermitage ,
Séjour de la simplicité ; ·
Je ris , ô fortune volage ,
De ta folle malignité ,
Là , guidé par un doux caprice ;
Je prends ma Lire et me soustraits ,
Au noir Destin , à l'injustice ,
Dont j'ai trop ressenti les traits.
Contre le chagrin , mes Terrasses ,
Me forment un triple Rampart ,
Fortifié de toute part ,
J'y
AVRIL . 689 1733
Ty brave ses vaines menaces .
Le sort irrité me poursuit ,
Mais à ma Muse fugitive ,
Dans plus d'une route furtive ,
Mes Bosquets ouvrent un Réduit.
Sous leur délicieux ombrage ,
Où le Rossignol amoureux
Exprime et soulage ses feux ,
Par les sons d'un tendre ramage ,
La Marne forme un long Canal ,
Et dans son liquide Cristal ,
Fait revivre un riant feüillage.
Sous mes yeux , avec majesté ,
Son Onde incessamment voyage ,
Et servant à ma sureté ,
Elle semble me rendre hommage.
Sur un immense Paysage ,
Où s'égare l'oeil enchanté ,
De mes Balcons et du Rivage ,
Je commande avec liberté ,
Et m'en fais un riche appanage.
Oh ! vous que de ses propres mains ,
A tracez le Dieu des Jardins ,
Vergers , Palissades , Parterres ,
Boulingrins , qui m'environnez >
C'est de ce Dieu que vous tenez ,
Vos beautez , vos graces legeres.
Isolé dans tous ses appas
686
MERCURE DE
FRANCE
Un Pavillon , dont la structure
N'offre en racourci que les traits ,
D'une très-simple Architecture ,
M'y tient lieu d'un vaste Palais.
Construit avec assez d'entente ,
Sur un Tertre uni , spacieux ,
Dont la vue est toute charmante ,
Cet Edifice gracieux ,
Embellit mon petit Domaine.
C'est-là qu'étranger à la Plaine ,
Et presque Citoyen des Cieux ,
Je puis sans effort et sans gêne ,
Lier commerce avec les Dieux.
Dans cette Région moyenne ,
Où j'ai conçu l'heureux dessein ,
De fixer ma course incertaine ,
Je respire un air pur et sain.
Mieux placé que les Zoroastres ,
Spéculateur audacieux ,
D'un coup d'oeil j'atteins jusqu'aux Astres ,
Et j'en démêle tous les feux .
Soit au Printemps , soit en Automne
S'offrent à mes sens satisfaits ,
Les dons de Flore et de Pomone ,
Ceux de Bacchus et de Cerés.
Que vois-je armée à la legere ,
Et brossant les Taillis épais ,
Diane se presse de fairs ,
•
Aux
A
687
L:
17330
Aux Hôtes des sombres Forêts ,
Jusques dans leurs Antres secrets ,
Une vive et
bruyante guerre ;
Le lond du Fleuve avec succès ,
Glaucus d'une Pêche abondante ,
A mes yeux remplit ses Filets.
Sur le sein de l'Onde écumante ,
Mercure vogue à pleins Vaisseaux ;
Je le vois planant sur les Flots ,
Porter à la Reine des Villes ,
Les Trésors de nos Champs fertiles ,
Et le tribut de nos travaux.
Au son d'une Flute élegante ,
Pan conduit sur l'herbe naissante
De nombreux et de gras Troupeaux.
D'une herbe tendre et nourissante ,
Dans les Bois , le jeune Silvain ,
Dans les Vergers la jeune Amante ,
Font au loin un riche butin .
La Nymphe Echo , dans nos Campagnes ,
Où tout retentit de ses sons ,
Du fond des Forêts , des Vallons ,
Vers les Rochets et les Montagnes ,
Promene ses courtes Chansons.
Vous rappellez , vertes Saisons ,
A mes yeux le siecle de Rhée ,,
Siecle heureux , qui dans sa dutée ,
Servit aux Graces de Berceau ,
E
688 MERCURE DE FRANCE
Et d'Epoque à la belle Astrée ,
Je vois du haut de mon Côteau ,
D'un verd incessamment nouveau
Vertumne embellir la Contrée.
A peine le fougueux Borée ,
Par son souffle a glacé les airs ,
D'une haleine plus temperée ,
Zéphire en chasse les Hyvers.
Dès son lever l'aimable Aurore ,
Sur nos Collines fait éclore ,
Un Soleil brillant et serain
Par le vif éclat de son teint ,
Hesperus à mes yeux encore ,
Le promet pour le lendemain.
Divinitez , que je revere ,
Vous prétez ainsi vos grands noms ,
A la Nature notre Mere ,
Qui sur nous repand tous ces dons.
Mais que dis-je ! d'un faux sistême ,
Par un vieux zele accrédité ;
Je hais l'antique absurdité ,
J'en meprise l'erreur extréme.
Non , non , le seul Etre suprême ,
Quiseul merite des Autels ,
Se communique ainsi lui même ,
Aux besoins des foibles Mortels.
Que ne puis-je en cette Retraite
Où ses dons étonnent mes sens ,
•
Lui
AVK TL.
1733. 889
Lui consacrer tous les accens ,
D'une Muse trop satisfaite !
Agréable tranquillité ,
Où sans orgueil et sans envie ,
A profit s'écoule la vie ,
Inestimable obscurité ,
Où mon propre goût me convie ,
C'est en vous que du vrai bonheur ,
L'ame extasiée et ravie ,
Sçait goûter toute la douceur ,
Graces à la Philosophie ,
Qui salutaire aux Nourrissons ,
Que la main d'un Dieu lui confie
Leur en fait d'utiles Leçons .
Sous sa conduite toujours sûre ,
Epiant la sage Nature ,
Je la suis d'un oeil curieux.
De ses progrès ingénieux ,
Si l'uniformité constante ,
A mon esprit se fait sentir ;
Leur varieté qui m'enchante ,
Irritant en moi le desir ,
Et comblant toujours mon attente
Semble ajoûter à mon plaisir.
Sans cesse attentif à saisir ,
Les instans qu'elle est agissante ,
Je sonde , je pese à loisir ,
Ses merveilles les plus secrettes ,
Souvent
90 MERCURE DE FRANCE
Souvent même par le bienfait ,
De la Lentille et des Lunettes ,
J'aime à la prendre sur le fait.
A ses mysteres respectables .
Elle daigne m'initier ,
Et de ses ressorts admirables ,
Me donne le Spectacle entier.
C'est -là que s'offrent à ma vûë ;
Quelle gloire pour un Mortel !
Dans leur force et leur étendue ,
Les Miracles de P'Eternel .
Le Moucheron imperceptible ,
Le Globe entier du Firmament ;
M'y démontrent également ,
La Sagesse immense , indicible ,
De la main qui les a formez.
A l'aspect de leur excellence ,
Mes sens éperdus et charmez ,
Adorent la Toute- Puissance
Qui d'objets si grands , si divers ,
Enrichit
pour
moi l'Univers .
D'une Nature toujours belie ,
Toujours la même en ses Concerts ,
Crayon imparfait , mais fidele ,
A peine ébauché dans ces Vers !
Or , qu'êtes- vous , en parallele ,
Vous qu'on estime uniquement ,
Vous qu'on adore aveuglément ,
HonAVRIL
1733.
691
Honneurs ,
voluptez ,
opulence ,
Idoles de notre
ignorance ,
Faitris de fumée et de vent ,
Qu'êtes- vous ? un vuide , un néant.
Je sens qu'à la honte des hommes ,
Qui de vous follement jaloux ,
Sont mille fois plus vains que
vous ,
Vous vous perdez , foibles Atômes ,
Dans les lointaias
prodigieux ,
De
l'admirable
Perspective ,
Dont sans cesse , à
l'aide des
yeux ,
Jouit ici l'ame attentive .
Cher ami , c'est en ces beaux lieux ,
Qu'à l'ombre d'un profond silence ,
Etudiant avec
constance ,
La précieuse verité ,
J'éprouve une félicité ,
Qui suivant que je le projette ,
Dans notre petit Comité ,
Ne peut être que plus complette.
D. V.
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Résumé : LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
Le texte 'Les Plaisirs Champêtres' est une épître adressée à un ami qui souhaite abandonner la poésie et les muses. L'auteur tente de le convaincre de l'importance des muses et de l'inspiration divine pour créer des œuvres dignes des héros et des dieux. Il l'invite à se rendre dans un lieu champêtre, loin du tumulte, pour profiter de la paix et de l'inspiration. L'auteur décrit son domaine situé près de la Marne, avec ses terrasses, ses bosquets et ses jardins, où il trouve refuge contre les tracas du monde. Il y respire un air pur et observe la nature, admirant les saisons et les divinités qui y sont associées. Il exalte la tranquillité et la philosophie qui lui permettent de goûter au vrai bonheur. Le texte se conclut par une réflexion sur la vanité des honneurs et des richesses face à la grandeur de la nature et de l'univers. L'auteur souligne la sagesse et la puissance divine qui régissent ces éléments. Il exprime sa préférence pour une vie simple et contemplative, loin des vaines ambitions humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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