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1
p. 193-199
Memoire concernant quelques observations sur le vitriol & sur le fer, par M. Geoffroy. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 26. Avril l'Academie Royale des Sciences reprit ses [...]
Mots clefs :
Vitriol, Liqueur, Académie royale des sciences, Terre, Équateur, Méridiens, Sels acides, Nitre, Botanistes, Cristaux
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texteReconnaissance textuelle : Memoire concernant quelques observations sur le vitriol & sur le fer, par M. Geoffroy. [titre d'après la table]
LE mercredy 26. Avril
l'Académie Royale des
Sciences reprir ses exercices
qui avoient estê interrompus
pendant les FêtesdePasquès,
& elle lés ouvrir à on ordinaire
par une Assemblée
publique.
Monsieur Oflîni com- mença la Séance par un discours;
dans lequel il démontra
que la figure de la Terre
étoit Ecliptique, & que son
(axe pris d'un Pole à l'autre
étoit beaucoup plus grand
que - son Diamètre fous
l'Equateur: Il donna en
mcfme temps une méthode
pour avoir la mesure des
devrez des Méridiens.
MrLemery le jeune, expliqua
ensuite la maniere
dont les Sels acides ( &
particulierement le Sel acide
du Nitre ) agissent sur les
soufres pour prÉxfcire la
"flafne.
Mr Marchand, rapporta
la découvertequ'il avoir
faite de la fkur d'une petite
planteou efpccfr de mousle,
nommée LichenpetroeusfldlAtus.
Cette Fleur avoit été
jusques ici inconnuëaux
Botanistes, quoyque la plante
fûttres-commune.
Mr Geoffroy termina la
Seance par la lecture d'un
mémoire, concernant quelques
observations sur le Vitriol
& sur le Fer. Il donna
plusieurs manieres de reduire
le Vitriol vert en une liqueur
grasse onctueuse & qui ne
secristallise plus, qu'il nomma
Eau mne ou essence Hipuque
duVitriol.Onappelle
ordinairement Eaux meres,
des liqueurs grasses, qui
restent après les cristallisations
du salpetre ,du Vitriol,
du esl marin, de l'alum, &c.
On avoit crû jusques ici que
les liqueurs grasses étoient
commposées des sels alcalis
& de la graisse de la Terre
qui fc trouvant messez avec
ces sels s'en séparoient dans
la cristalisation ; mais il
avança que cela. n'étoit poinr,
Q¿ que c'estoit la substance
même des sels qui étoit ainsi
changée, & qu'il prouva par-
C.qùé tous ces sels, si bien
apurez qu'ils puissens cftre^
se peuvent entierement changer
en cette liqueur, ce qu'il
prouva par experience sur le
Vitriol. Une des manieres
qu'il proposa pour reduire
ainsi le Vitriol est de calciner
du Vitriol vert aux rayons
du Soleil pendant l'Eté. Il
se reduit en une poudre blanche.
On fait fondre cette
poudre dans de l'eau de
pluye; on philtre la dissolution,
& après avoir fait digerer
pendant quelque temps
la liqueur au Soleil, on la
fait éva porer & on laisse cris.
talliser le sel, Il reste entre
les cristaux une liqueur rougeâtre,
grasse qui ne fc cri stallise
point du tour. On
la garde à part. On fait calciner
de nouveau les cristaux
au Soleil, on les fait dissoudre,
on digere la dissolution
on la philtre, on la fait criftaliser
& on sépare la liqueur
qui ne se cristallise point;
on continuë cela pluficurs
fois jurqu'à ce que tour le
Vitriol foit converti en huile
ou eau mere. Il ne proposa
pas feulement cette liqueur
comme une simple curiosité;
mais encore comme un remede
utile, & comme un
fort bon stiptique pour arrester
le fang des playesapplique
exterieuremcnt, &
pour appaiser les bemorr hagies
prisincerieurerpeut;cest
pourquoy il lui avoic donné
le nom d'EiTencc stiptique du
Vitriol. Le temps ne luy permit
pas de licelfes observations
sur le Fer.
l'Académie Royale des
Sciences reprir ses exercices
qui avoient estê interrompus
pendant les FêtesdePasquès,
& elle lés ouvrir à on ordinaire
par une Assemblée
publique.
Monsieur Oflîni com- mença la Séance par un discours;
dans lequel il démontra
que la figure de la Terre
étoit Ecliptique, & que son
(axe pris d'un Pole à l'autre
étoit beaucoup plus grand
que - son Diamètre fous
l'Equateur: Il donna en
mcfme temps une méthode
pour avoir la mesure des
devrez des Méridiens.
MrLemery le jeune, expliqua
ensuite la maniere
dont les Sels acides ( &
particulierement le Sel acide
du Nitre ) agissent sur les
soufres pour prÉxfcire la
"flafne.
Mr Marchand, rapporta
la découvertequ'il avoir
faite de la fkur d'une petite
planteou efpccfr de mousle,
nommée LichenpetroeusfldlAtus.
Cette Fleur avoit été
jusques ici inconnuëaux
Botanistes, quoyque la plante
fûttres-commune.
Mr Geoffroy termina la
Seance par la lecture d'un
mémoire, concernant quelques
observations sur le Vitriol
& sur le Fer. Il donna
plusieurs manieres de reduire
le Vitriol vert en une liqueur
grasse onctueuse & qui ne
secristallise plus, qu'il nomma
Eau mne ou essence Hipuque
duVitriol.Onappelle
ordinairement Eaux meres,
des liqueurs grasses, qui
restent après les cristallisations
du salpetre ,du Vitriol,
du esl marin, de l'alum, &c.
On avoit crû jusques ici que
les liqueurs grasses étoient
commposées des sels alcalis
& de la graisse de la Terre
qui fc trouvant messez avec
ces sels s'en séparoient dans
la cristalisation ; mais il
avança que cela. n'étoit poinr,
Q¿ que c'estoit la substance
même des sels qui étoit ainsi
changée, & qu'il prouva par-
C.qùé tous ces sels, si bien
apurez qu'ils puissens cftre^
se peuvent entierement changer
en cette liqueur, ce qu'il
prouva par experience sur le
Vitriol. Une des manieres
qu'il proposa pour reduire
ainsi le Vitriol est de calciner
du Vitriol vert aux rayons
du Soleil pendant l'Eté. Il
se reduit en une poudre blanche.
On fait fondre cette
poudre dans de l'eau de
pluye; on philtre la dissolution,
& après avoir fait digerer
pendant quelque temps
la liqueur au Soleil, on la
fait éva porer & on laisse cris.
talliser le sel, Il reste entre
les cristaux une liqueur rougeâtre,
grasse qui ne fc cri stallise
point du tour. On
la garde à part. On fait calciner
de nouveau les cristaux
au Soleil, on les fait dissoudre,
on digere la dissolution
on la philtre, on la fait criftaliser
& on sépare la liqueur
qui ne se cristallise point;
on continuë cela pluficurs
fois jurqu'à ce que tour le
Vitriol foit converti en huile
ou eau mere. Il ne proposa
pas feulement cette liqueur
comme une simple curiosité;
mais encore comme un remede
utile, & comme un
fort bon stiptique pour arrester
le fang des playesapplique
exterieuremcnt, &
pour appaiser les bemorr hagies
prisincerieurerpeut;cest
pourquoy il lui avoic donné
le nom d'EiTencc stiptique du
Vitriol. Le temps ne luy permit
pas de licelfes observations
sur le Fer.
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Résumé : Memoire concernant quelques observations sur le vitriol & sur le fer, par M. Geoffroy. [titre d'après la table]
Le 26 avril, l'Académie Royale des Sciences a repris ses activités après les fêtes de Pâques. Monsieur Oflîni a présenté une démonstration sur la forme elliptique de la Terre, affirmant que son axe polaire est plus long que son diamètre équatorial, et a proposé une méthode pour mesurer les degrés des méridiens. Monsieur Lemery le jeune a expliqué l'action des sels acides, comme le sel acide du nitre, sur les soufres pour produire de la flamme. Monsieur Marchand a rapporté la découverte d'une nouvelle espèce de mousse, le Lichen petraeus fulvus, fréquente mais inconnue des botanistes. Enfin, Monsieur Geoffroy a lu un mémoire sur le vitriol et le fer, décrivant des méthodes pour transformer le vitriol vert en une liqueur grasse et onctueuse, nommée 'eau mère' ou 'essence hippique du vitriol'. Cette liqueur, obtenue après plusieurs cristallisations, est utilisée comme remède stiptique pour arrêter les saignements et apaiser les hémorragies internes. Geoffroy n'a pas pu présenter ses observations sur le fer faute de temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1482-1494
LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
Début :
MONSIEUR, Puisque vous souhaitez que je vous donne une parfaite connoissance des Observations [...]
Mots clefs :
Sels, Terre roide, Eaux , Plantes, Terre fine, Concrétion particulière, Cristalliser, Nitre, Vitriol, Sel d'Epsom
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , sur une Méthode
facile qu'il a découverte , pour connoître
les Sels , pour juger des effets qu'ils doi
vent produire , et pour examiner ceux qui
se trouvent dans les terres , dans les eaux,
dans les plantes , dans les humeurs et
dans l'air , ce qui servira à connoître
les qualitez de ces differentes choses.
MONSIEUR ,
Puisque vous souhaitez que je vous
donne une parfaite connoissance des Ob
servations que j'ai faites sur les Sels , dans
la vûe de faciliter le moyen de découvrir
par une voye plus simple que celles dont
II Vol on
JUIN.
1483 1731.
S
on s'est servi jusqu'à present , quelles peu
vent être les qualitez des differens mixtes
qu'on veut examiner ; je le ferai volon
tiers , n'ayant rien plus à coeur que de
vous satisfaire. Ce que j'ai dit cy- devant
sur les Sels de l'air dans les Lettres que
je vous ai adressées , ( a) ayant produit
d'aussi heureux effets , et pouvant en pro
curer beaucoup d'autres , je ne crois pas
devoir négliger de vous faire connoître
l'étenduë que j'ai donnée à ma découver
te , pour faire remarquer l'utilité qu'on
en peut tirer.
Je crois d'abord pouvoir avancer qu'il
n'y a pas de moyen plus sûr que ma Mé
thode pour bien connoître tous les Sels ,
et pour les distinguer
parfaitement les
uns des autres. C'est par cette même Mé
thode qu'il est le plus facile de connoî
tre comment sont formées les plus peti
tes parties
integrantes qui
composent ces
Sels ; d'où je conclus qu'il est très - aisé
ensuite de juger des effets qu'ils doivent
naturellement produire.
Pour vous persuader , Monsieur , de
ces trois propositions , permettez - moi de
vous marquer d'abord ce que j'entends
précisement par ce qu'on appelle Sel.
(a) Voyez les Mercures de Février, Mars et
Décembre 1729. et Mars 1730,
I I. Vol.
J'en
7484 MERCURE DE FRANCE
J'entends par Sel , une concrétion parti
culiere , faite d'une terre fine , roide et
cassante , qui se dissout dans l'eau et qui
après sa dissolution reprend toûjours la
même figure lorsqu'on n'y met point
d'obstacles. Telle est, ce me semble,la ve
ritable idée qu'on peut avoir de la nature
des Sels , reconnue par de solides Obser
vations , et non simplement suposée par
la seule imagination , telles que celles
qu'on a eües jusqu'à present.
C'est ce qu'il est facile de justifier par
ma Méthode ; car qu'on prenne tel Sel
qu'on voudra , qu'on en fasse dissoudre
dans l'eau une quantité convenable , et
qu'on le fasse ensuite cristaliser sur le ver
re, ainsi que je l'enseigne , l'on verra que
chaque Sel y réprendra toûjours la figure
qui lui est specifique ; par où il sera très
aisé de le distinguer des autres. Pour pro
fiter donc de cette découverte , et pour
éviter qu'on y soit trompé , il est à pro
pos de faire cristaliser de cette maniere
chaque Sel en particulier , et d'en tirer
ensuite le papier ; car cela étant fait une
fois , c'est le moyen de les reconnoître
toûjours et de les distinguer parfaitement
les uns des autres . On aura même là
une espece de clef pour les trouver et
les connoître par tout où ils sont.
par
II. Vol. C'est
JUIN. 1731. 1485
募
C'est ce dont je donne un échantillon
dans la Planche qui accompagne mes Let
tres , où j'ai représenté les Figures des
Sels les plus connus , ainsi que je les ai
vûs et dessinez moi- même ; tels que le
Sel marin , le Nitre , le Vitriol blanc et
le vert , l'Alun , le Sel Armoniac , le Bo
rax, le Sel d'Epsom ou d'Angleterre, l'Ar¬
senic , le Sublimé et le Sucre.
Il est aisé de voir par les figures de ces
Sels , représentez dans cette Planche , que
le Sel Marin se cristalise toûjours en cubes,
qui ont moins de hauteur que de largeur,
avec cette particularité , que la plupart
de ces cubes forment sur leur hauteur un
creux à quatre facetes , lesquelles se reü
nissant , donnent souvent lieu de croire
que bien loin de former un creux , elles
s'élevent tout au contraire en pointe de
diamant , ce qui arrive ordinairement
lorsqu'on n'apporte pas assez d'attention
à les regarder avec un Microscope , l'illu
sion venant de la transparence de ces
Cristaux .
Le Nitre prend la figure de petites li
gnes droites , lesquelles se réunissant sou
* On ajugé à propos de ne faire graver qu'u
ne partie des Sels dont parle l'Auteur ; cette
partie nous paroissant suffisante pour exprimer
ses idées.
II. Vol. D vent
1486 MERCURE DE FRANCE
vent les unes aux autres , forment des li
gnes cannelées plus longues et plus gros
ses , ayant quelques inégalitez dans leur
longueur , causées par la jonction de ces
lignes. Souvent dans les intervales qui res
tent entre ces longues lignes , il en paroît
qui sont en forme de branchages, traversées
par d'autres ; et parmi ces lignes on voit
plusieurs petits Cristaux ovales, mais poin
tus par les deux bouts , même d'autres qui
sont ronds et dispersez differemment.
Le Vitriol a aussi des lignes , mais beau
coup plus irregulieres et moins unies que
celles du Nitre , puisqu'elles sont souvent
comme dentelées ; et dans les intervales
de ces lignes , il se trouve comme de
pe
tites éguilles , dont les unes sont disper
sées et d'auttes sont réunies en forme
d'étoiles ; lors qu'elles se réunissent en
plus grand nombre , elles ont la figure
de têtes de Chardons.
L'Alun se cristalise en espece de trian
gles , dont les trois angles sont pres
que toûjours coupez vers leurs extrémi
tez , ce qui forme un exagone plus ou
moins regulier. Si par hazard les Cris
taux se réunissent , ce qui arrive particu
Hierement vers les bords du verre , ils font
alors des Cristaux continus , qui ont pres
que toûjours la figure d'angles saillans
II. Vol.
JUIN. 1731. 1487
a peu près semblables à ceux des Bastions
ou des demi - Lunes.
Le Sel Armoniac se forme en lignes
plus ou moins longues ; mais dont les côtez
sont toûjours garnis d'autres moindres li
gnes qui s'y joignent à angles droits, ce qui
forme souvent des croix assez régulieres.
Le Borax donne des Cristaux fort pe
tits , de figure differente , les uns étant
plus ou moins quarrez ou triangulaires
ou paralellogrames ou pentagones ou
exagones ; mais tous avec certaine épais
seur et coupez à vives arêtes .
Le Sel d'Angleterre prend la figure de
quarrez longs , avec nombre d'espece de
rosettes , dont plusieurs sont herissez ,
approchant des têtes de Chardons.
Le Sel Polycreste a des paralellogrames
plus menus que le Sel d'Epsom , dont
plusieurs se joignant ensemble , forment
des lignes qui se tiennent les unes aux au
tres. Il y a outre cela d'autres petits Cris
taux plus quarrez , et quantité de petites
lignes ou éguilles , et des globules heris
sez en têtes de Chardons .
L'Arsenic a de petits Cristaux , dont
on ne peut voir parfaitement la figure
qu'avec un bon Microscope ; pour lors on
les voit faits en globules comme herissez de
pointes de diamans; et parmi ceux- là on en
11. Vol Dij voit
488 MERCURE DE FRANCE
voit d'autres formez en rond.Les Cristaux
du Sublimé sont en figure d'épines , dont
les éguillons sont très- pointus. Enfin le
Sucre se cristalise en agréables rosettes.
Telles sont les figures de ces differens
Sels que j'ai fait cristaliser par ma Métho
de, et que j'ai vû paroître toûjours de mê
me , à quelque petite difference près , qui
ne fait pas changer les figures dominan
tes et specifiques de ces Sels , telles que
je viens de les décrire : ce que j'ai fait à
P'égard de ceux-là , se peut également
faire à l'égard de tout autre ; car il ne
faut pas croire que tous les Sels qui sont
dans la Nature , se réduisent tous à ceux
qui sont les plus connus ; il est vrai qu'ils
se trouvent souvent dans l'air , dans la
terre et dans les differens mixtes qu'on
peut connoître ; mais il paroît assez vrai
semblable qu'il y a dans la terre une ma
tiere saline dont tous les Sels sont com
posez , laquelle se réunissant et se con
gelant differemment , suivant les petits
vuides où elle entre , soit dans la terre
même ou dans les mixtes , forme par ce
moyen autant de differens Sels que les mou
les ( pour ainsi dire ) où elle s'est conge
lée , se sont trouvez differens . L'Art même
fait souvent changer de figure aux Sels
naturels , mais il est toûjours vrai que
II. Vol.
lorsque
JUIN.
1731. 1489
lorsque cette matiere saline a été fixée , soit
par la Nature soit par l'Art , à une figure
particuliere , elle la reprend toûjours
quand on la cristalise par ma Méthode .
Il y a une autre chose qui mérite d'ê
tre connue dans ce qui regarde les Sels ,
et qu'on peut dire être le fondement de
tout ce qu'on peut juger des cffets qu'ils
peuvent produire ; sçavoir , que les plus
petites parties intégrantes dont ils sont
composez , gardent dans leur plus petit
volume , tout imperceptible qu'il est , la
même figure qui paroît sur le verre par
l'assemblage d'une infinité de ces petites
parties dont la figure du Sel criştalisé est
composée ; c'est ce qu'un Ecrivain mo
derne (a) avance comme un principe as
suré ; car après avoir dit , conformément
à ce que j'ai pensé , que ce qu'il y a de
singulier dans les Sels , c'est que de telle
maniere qu'on les divise ou qu'on les dis
solve , ils prennent toujours la même
forme dans la cristalisation , étant aussi
difficile de leur enlever leur figure que
leur nature saline , la loi qui leur donne
cet arrangement , étant invariable . Puis
passant plus loin , il ajoûte que les parties
(a) M. Senac , nouveau Cours de Chymie
suivant les principes de Nevveton et de Sthalle,
Art. dernier de la Cristalisation.
9
II. Vol.
Dij les
1490 MERCURE DE FRANCE.
les plus simples des Sels ont toûjours leur
figure semblable à celle que prennent les
Sels en se cristalisant , ce qui donne lieu
à cet Auteur de souhaiter qu'on pût
trouver un moyen de connoître quelle
est précisement la figure spécifique de
chaque Sel , afin que par ce même moyen
on pût connoître de quelles figures
sont les moindres parties qui les compo
sent ; c'est ainsi qu'il s'exprime : On pourra
peut-être , en connoissant la figure des
Cristaux ( des Sels , ) connoître laforme des
parties qui les composent.
Ce que cet Auteur espere pouvoir
quelque jour arriver , c'est , ce me semble ,
par la Méthode que j'ai proposée ; puis
que rien n'est plus aisé que de connoître
par ce moyen si simple , quelle est la
figure specifique de chaque Sel ; ainsi qu'on
en peut juger par ce que je viens de dire
des Sels dont j'ai parlé cy- dessus.
Etant donc une chose assurée que les
parties interieures et invisibles des Sels
sont de la même figure que les Cristaux
qui se voyent avec les yeux ; il s'ensuit
qu'il est après cela très- facile de connoître
quels effets ces Sels doivent produire, puis
que lescorps n'agissent les uns sur les autres
que par leur figure et leur mouvement.
Ainsi voyant que les Cristaux du Ni
II. Vol. tre
JUIN. 1731. 1491
tre sont quelques-uns formez en lignes ,
d'autres en petites ovales fort pointuës
par
les deux extrémitez , et enfin d'autres
plus petits presque ronds ; n'a-t'on pas
raison de juger que par ses parties poin
tuës , il doit être d'un gout acide et pic
quant ; par ses parties longues , il doit di
minuer le mouvement interieur des li
quides , et être un peu volatile par ses pe
tites parties rondes ? que le Sel marin , où
l'on ne voit que des Cristaux cubiques
doit avoir quelque chose de plus âcre,
raison de ses differens angles , et plus fixe
à cause de sa figure moins susceptible de
à
mouvement ?
Le Vitriol ayant quelques- uns de ses
Cristaux formez en lignes assez grosses ,
mais comme dentelées en forme de Scies,
d'autres en petites éguilles , et enfin d'au
tres en étoiles pointues et en Chardons
herissez ; ne doit- on pas juger que par
ses parties longues , il doit , aussi - bien
que le Nitre , diminuer le mouvement
des liquides ? mais être plus âcre et plus
caustique par la dentelure de ses parties ,
comme par ses étoiles pointues et ses es
peces de têtes de Chardons ? ce qui doit ,
aussi le rendre astringent , lorsque ces
parties dentelées ou herissées , venant à
se glisser entre les fibres , leur donnent
eccasion de se resserrer. Diiij l'A
1492 MERCURE DE FRANCE
L'Alun n'a presque qu'une sorte de
Cristaux composez aussi de plusieurs an
gles plus roides et plus fermes , puisqu'il
se dissout moins aisément ; c'est pourquoi
jugeant par leur figure des qualitez de ce
Sel , il est aisé de voir que piquant par
ses angles roides et fermes les fibres ou
'mammelons de la langue , il doit causer
un gout austere , et que ses particules ainsi
figureés se glissant entre ces fibres
leur donnent lieu de se bander et de se
resserrer , ce qui produit son astriction .
Le Sel Armoniac ayant ses parties lon
gues , doit aussi être rafraichissant ; mais
parce qu'elles sont traversées par d'autres
petites lignes qui les croisent , elles don
nent par - là plus de prise pour être enle
vées dans l'évaporation , ce qui par con
sequent doit le rendre volatile.
Le Borax a ses Cristaux pareillement
composez de plusieurs angles , même cou
pez à vives arêtes , ce qui le doit rendre
pénetrant et irritant ; mais parce qu'il est
plus compacte et moins facile à se dis
soudre , cela empêche qu'il ne pro
duise sur la langue des effets aussi sensi
bles que les Sels précedens ; au lieu qu'é
tant plus développé dans les visceres , il
Y fait ses principales Opérations.
Le Sel d'Epsom et le Sel Policreste ,
II. Vol. pa:
JUIN. 1731. 1493
par leurs paralellogrammes assez longs ,
font connoître qu'ils peuvent diminuer
l'agitation interieure des liquides ; mais
leur âcreté se fait voir aussi aisément par
leurs Cristaux en forme de têtes de Char
dons , ce qui les rend purgatifs , irritant
facilement les intestins par ces parties ain
si figurées , et le Sel Policreste de plus par
ses petites éguilles. Il est facile de con
noître les cruels effets de l'Arsenic et du
Sublimé , par la seule inspection de la fi
gure de leurs Cristaux. Ceux du Sucre
tout au contraire , formez en petites ro
settes , marquent assez qu'en roulant sur
les fibres de la langue , ils ne sont propres
qu'à les chatouiller agréablement.
Je ne suis entré dans ce détail touchant
les Sels les plus connus , que pour justi
fier par ces Sels la verité de ce que j'ai
avancé et de ce qu'en pense M. Sénac ; sça
voir , que connoissant quelle est la figure
specifique que prend chaque Sel dans la
cristalisation , on parvient à connoître
quels effets il doit naturellement operer.
Ilconvient maintenant de marquer com
ment on doit s'y prendre pour trouver
ces differentes figures des Sels , il n'y a qu'à
faire dissoudre dans l'eau le Sel dont on
veut connoître la figure des Cristaux, faire
la dissolution un peu forte , la filtrer en
II. Vol.
suite
Dv
1494 MERCURE DE FRANCE
suite par le papier gris , et en prendre
une très - petite portion pour la faire cris
taliser sur un petit morceau de verre for
mé en rond , comme je l'enseigne dans ma
troisiéme Lettre sur les Sels de l'air , (a)
pour faire cristaliser les Sels qui se ren
contrent dans les eaux de pluye , de rosée ,
de brouillards , & c . La cristalisation étant
faite, si l'on veut voir distinctement quelle
est la figure des Cristaux , il faut les re
garder avec un Microscope qui doit être
fait comme ceux dont je vous ai donné
autrefois la description . Il y a quelques
observations à faire pour n'être pas trom
pé dans la Cristalisation de ces Sels ; mais
je me réserve à en parler dans la Lettre qui
doit suivre celle-cy de près . Je suis , Mon
sieur , & c.
FIGURES des principaux Sels
dont il est parlé dans cette Lettre.
La 1. figure représente le Sel Marin .
La 2. le Sel du Terreau de fumier.
La 3. le Sel de l'Ozeille.
le Sel de la Salive.
La 4.
La
5.
le
Sel
du
Sang
.
La
6.
le
Sel
de
l'Urine
.
Doyen de S. Maxent , sur une Méthode
facile qu'il a découverte , pour connoître
les Sels , pour juger des effets qu'ils doi
vent produire , et pour examiner ceux qui
se trouvent dans les terres , dans les eaux,
dans les plantes , dans les humeurs et
dans l'air , ce qui servira à connoître
les qualitez de ces differentes choses.
MONSIEUR ,
Puisque vous souhaitez que je vous
donne une parfaite connoissance des Ob
servations que j'ai faites sur les Sels , dans
la vûe de faciliter le moyen de découvrir
par une voye plus simple que celles dont
II Vol on
JUIN.
1483 1731.
S
on s'est servi jusqu'à present , quelles peu
vent être les qualitez des differens mixtes
qu'on veut examiner ; je le ferai volon
tiers , n'ayant rien plus à coeur que de
vous satisfaire. Ce que j'ai dit cy- devant
sur les Sels de l'air dans les Lettres que
je vous ai adressées , ( a) ayant produit
d'aussi heureux effets , et pouvant en pro
curer beaucoup d'autres , je ne crois pas
devoir négliger de vous faire connoître
l'étenduë que j'ai donnée à ma découver
te , pour faire remarquer l'utilité qu'on
en peut tirer.
Je crois d'abord pouvoir avancer qu'il
n'y a pas de moyen plus sûr que ma Mé
thode pour bien connoître tous les Sels ,
et pour les distinguer
parfaitement les
uns des autres. C'est par cette même Mé
thode qu'il est le plus facile de connoî
tre comment sont formées les plus peti
tes parties
integrantes qui
composent ces
Sels ; d'où je conclus qu'il est très - aisé
ensuite de juger des effets qu'ils doivent
naturellement produire.
Pour vous persuader , Monsieur , de
ces trois propositions , permettez - moi de
vous marquer d'abord ce que j'entends
précisement par ce qu'on appelle Sel.
(a) Voyez les Mercures de Février, Mars et
Décembre 1729. et Mars 1730,
I I. Vol.
J'en
7484 MERCURE DE FRANCE
J'entends par Sel , une concrétion parti
culiere , faite d'une terre fine , roide et
cassante , qui se dissout dans l'eau et qui
après sa dissolution reprend toûjours la
même figure lorsqu'on n'y met point
d'obstacles. Telle est, ce me semble,la ve
ritable idée qu'on peut avoir de la nature
des Sels , reconnue par de solides Obser
vations , et non simplement suposée par
la seule imagination , telles que celles
qu'on a eües jusqu'à present.
C'est ce qu'il est facile de justifier par
ma Méthode ; car qu'on prenne tel Sel
qu'on voudra , qu'on en fasse dissoudre
dans l'eau une quantité convenable , et
qu'on le fasse ensuite cristaliser sur le ver
re, ainsi que je l'enseigne , l'on verra que
chaque Sel y réprendra toûjours la figure
qui lui est specifique ; par où il sera très
aisé de le distinguer des autres. Pour pro
fiter donc de cette découverte , et pour
éviter qu'on y soit trompé , il est à pro
pos de faire cristaliser de cette maniere
chaque Sel en particulier , et d'en tirer
ensuite le papier ; car cela étant fait une
fois , c'est le moyen de les reconnoître
toûjours et de les distinguer parfaitement
les uns des autres . On aura même là
une espece de clef pour les trouver et
les connoître par tout où ils sont.
par
II. Vol. C'est
JUIN. 1731. 1485
募
C'est ce dont je donne un échantillon
dans la Planche qui accompagne mes Let
tres , où j'ai représenté les Figures des
Sels les plus connus , ainsi que je les ai
vûs et dessinez moi- même ; tels que le
Sel marin , le Nitre , le Vitriol blanc et
le vert , l'Alun , le Sel Armoniac , le Bo
rax, le Sel d'Epsom ou d'Angleterre, l'Ar¬
senic , le Sublimé et le Sucre.
Il est aisé de voir par les figures de ces
Sels , représentez dans cette Planche , que
le Sel Marin se cristalise toûjours en cubes,
qui ont moins de hauteur que de largeur,
avec cette particularité , que la plupart
de ces cubes forment sur leur hauteur un
creux à quatre facetes , lesquelles se reü
nissant , donnent souvent lieu de croire
que bien loin de former un creux , elles
s'élevent tout au contraire en pointe de
diamant , ce qui arrive ordinairement
lorsqu'on n'apporte pas assez d'attention
à les regarder avec un Microscope , l'illu
sion venant de la transparence de ces
Cristaux .
Le Nitre prend la figure de petites li
gnes droites , lesquelles se réunissant sou
* On ajugé à propos de ne faire graver qu'u
ne partie des Sels dont parle l'Auteur ; cette
partie nous paroissant suffisante pour exprimer
ses idées.
II. Vol. D vent
1486 MERCURE DE FRANCE
vent les unes aux autres , forment des li
gnes cannelées plus longues et plus gros
ses , ayant quelques inégalitez dans leur
longueur , causées par la jonction de ces
lignes. Souvent dans les intervales qui res
tent entre ces longues lignes , il en paroît
qui sont en forme de branchages, traversées
par d'autres ; et parmi ces lignes on voit
plusieurs petits Cristaux ovales, mais poin
tus par les deux bouts , même d'autres qui
sont ronds et dispersez differemment.
Le Vitriol a aussi des lignes , mais beau
coup plus irregulieres et moins unies que
celles du Nitre , puisqu'elles sont souvent
comme dentelées ; et dans les intervales
de ces lignes , il se trouve comme de
pe
tites éguilles , dont les unes sont disper
sées et d'auttes sont réunies en forme
d'étoiles ; lors qu'elles se réunissent en
plus grand nombre , elles ont la figure
de têtes de Chardons.
L'Alun se cristalise en espece de trian
gles , dont les trois angles sont pres
que toûjours coupez vers leurs extrémi
tez , ce qui forme un exagone plus ou
moins regulier. Si par hazard les Cris
taux se réunissent , ce qui arrive particu
Hierement vers les bords du verre , ils font
alors des Cristaux continus , qui ont pres
que toûjours la figure d'angles saillans
II. Vol.
JUIN. 1731. 1487
a peu près semblables à ceux des Bastions
ou des demi - Lunes.
Le Sel Armoniac se forme en lignes
plus ou moins longues ; mais dont les côtez
sont toûjours garnis d'autres moindres li
gnes qui s'y joignent à angles droits, ce qui
forme souvent des croix assez régulieres.
Le Borax donne des Cristaux fort pe
tits , de figure differente , les uns étant
plus ou moins quarrez ou triangulaires
ou paralellogrames ou pentagones ou
exagones ; mais tous avec certaine épais
seur et coupez à vives arêtes .
Le Sel d'Angleterre prend la figure de
quarrez longs , avec nombre d'espece de
rosettes , dont plusieurs sont herissez ,
approchant des têtes de Chardons.
Le Sel Polycreste a des paralellogrames
plus menus que le Sel d'Epsom , dont
plusieurs se joignant ensemble , forment
des lignes qui se tiennent les unes aux au
tres. Il y a outre cela d'autres petits Cris
taux plus quarrez , et quantité de petites
lignes ou éguilles , et des globules heris
sez en têtes de Chardons .
L'Arsenic a de petits Cristaux , dont
on ne peut voir parfaitement la figure
qu'avec un bon Microscope ; pour lors on
les voit faits en globules comme herissez de
pointes de diamans; et parmi ceux- là on en
11. Vol Dij voit
488 MERCURE DE FRANCE
voit d'autres formez en rond.Les Cristaux
du Sublimé sont en figure d'épines , dont
les éguillons sont très- pointus. Enfin le
Sucre se cristalise en agréables rosettes.
Telles sont les figures de ces differens
Sels que j'ai fait cristaliser par ma Métho
de, et que j'ai vû paroître toûjours de mê
me , à quelque petite difference près , qui
ne fait pas changer les figures dominan
tes et specifiques de ces Sels , telles que
je viens de les décrire : ce que j'ai fait à
P'égard de ceux-là , se peut également
faire à l'égard de tout autre ; car il ne
faut pas croire que tous les Sels qui sont
dans la Nature , se réduisent tous à ceux
qui sont les plus connus ; il est vrai qu'ils
se trouvent souvent dans l'air , dans la
terre et dans les differens mixtes qu'on
peut connoître ; mais il paroît assez vrai
semblable qu'il y a dans la terre une ma
tiere saline dont tous les Sels sont com
posez , laquelle se réunissant et se con
gelant differemment , suivant les petits
vuides où elle entre , soit dans la terre
même ou dans les mixtes , forme par ce
moyen autant de differens Sels que les mou
les ( pour ainsi dire ) où elle s'est conge
lée , se sont trouvez differens . L'Art même
fait souvent changer de figure aux Sels
naturels , mais il est toûjours vrai que
II. Vol.
lorsque
JUIN.
1731. 1489
lorsque cette matiere saline a été fixée , soit
par la Nature soit par l'Art , à une figure
particuliere , elle la reprend toûjours
quand on la cristalise par ma Méthode .
Il y a une autre chose qui mérite d'ê
tre connue dans ce qui regarde les Sels ,
et qu'on peut dire être le fondement de
tout ce qu'on peut juger des cffets qu'ils
peuvent produire ; sçavoir , que les plus
petites parties intégrantes dont ils sont
composez , gardent dans leur plus petit
volume , tout imperceptible qu'il est , la
même figure qui paroît sur le verre par
l'assemblage d'une infinité de ces petites
parties dont la figure du Sel criştalisé est
composée ; c'est ce qu'un Ecrivain mo
derne (a) avance comme un principe as
suré ; car après avoir dit , conformément
à ce que j'ai pensé , que ce qu'il y a de
singulier dans les Sels , c'est que de telle
maniere qu'on les divise ou qu'on les dis
solve , ils prennent toujours la même
forme dans la cristalisation , étant aussi
difficile de leur enlever leur figure que
leur nature saline , la loi qui leur donne
cet arrangement , étant invariable . Puis
passant plus loin , il ajoûte que les parties
(a) M. Senac , nouveau Cours de Chymie
suivant les principes de Nevveton et de Sthalle,
Art. dernier de la Cristalisation.
9
II. Vol.
Dij les
1490 MERCURE DE FRANCE.
les plus simples des Sels ont toûjours leur
figure semblable à celle que prennent les
Sels en se cristalisant , ce qui donne lieu
à cet Auteur de souhaiter qu'on pût
trouver un moyen de connoître quelle
est précisement la figure spécifique de
chaque Sel , afin que par ce même moyen
on pût connoître de quelles figures
sont les moindres parties qui les compo
sent ; c'est ainsi qu'il s'exprime : On pourra
peut-être , en connoissant la figure des
Cristaux ( des Sels , ) connoître laforme des
parties qui les composent.
Ce que cet Auteur espere pouvoir
quelque jour arriver , c'est , ce me semble ,
par la Méthode que j'ai proposée ; puis
que rien n'est plus aisé que de connoître
par ce moyen si simple , quelle est la
figure specifique de chaque Sel ; ainsi qu'on
en peut juger par ce que je viens de dire
des Sels dont j'ai parlé cy- dessus.
Etant donc une chose assurée que les
parties interieures et invisibles des Sels
sont de la même figure que les Cristaux
qui se voyent avec les yeux ; il s'ensuit
qu'il est après cela très- facile de connoître
quels effets ces Sels doivent produire, puis
que lescorps n'agissent les uns sur les autres
que par leur figure et leur mouvement.
Ainsi voyant que les Cristaux du Ni
II. Vol. tre
JUIN. 1731. 1491
tre sont quelques-uns formez en lignes ,
d'autres en petites ovales fort pointuës
par
les deux extrémitez , et enfin d'autres
plus petits presque ronds ; n'a-t'on pas
raison de juger que par ses parties poin
tuës , il doit être d'un gout acide et pic
quant ; par ses parties longues , il doit di
minuer le mouvement interieur des li
quides , et être un peu volatile par ses pe
tites parties rondes ? que le Sel marin , où
l'on ne voit que des Cristaux cubiques
doit avoir quelque chose de plus âcre,
raison de ses differens angles , et plus fixe
à cause de sa figure moins susceptible de
à
mouvement ?
Le Vitriol ayant quelques- uns de ses
Cristaux formez en lignes assez grosses ,
mais comme dentelées en forme de Scies,
d'autres en petites éguilles , et enfin d'au
tres en étoiles pointues et en Chardons
herissez ; ne doit- on pas juger que par
ses parties longues , il doit , aussi - bien
que le Nitre , diminuer le mouvement
des liquides ? mais être plus âcre et plus
caustique par la dentelure de ses parties ,
comme par ses étoiles pointues et ses es
peces de têtes de Chardons ? ce qui doit ,
aussi le rendre astringent , lorsque ces
parties dentelées ou herissées , venant à
se glisser entre les fibres , leur donnent
eccasion de se resserrer. Diiij l'A
1492 MERCURE DE FRANCE
L'Alun n'a presque qu'une sorte de
Cristaux composez aussi de plusieurs an
gles plus roides et plus fermes , puisqu'il
se dissout moins aisément ; c'est pourquoi
jugeant par leur figure des qualitez de ce
Sel , il est aisé de voir que piquant par
ses angles roides et fermes les fibres ou
'mammelons de la langue , il doit causer
un gout austere , et que ses particules ainsi
figureés se glissant entre ces fibres
leur donnent lieu de se bander et de se
resserrer , ce qui produit son astriction .
Le Sel Armoniac ayant ses parties lon
gues , doit aussi être rafraichissant ; mais
parce qu'elles sont traversées par d'autres
petites lignes qui les croisent , elles don
nent par - là plus de prise pour être enle
vées dans l'évaporation , ce qui par con
sequent doit le rendre volatile.
Le Borax a ses Cristaux pareillement
composez de plusieurs angles , même cou
pez à vives arêtes , ce qui le doit rendre
pénetrant et irritant ; mais parce qu'il est
plus compacte et moins facile à se dis
soudre , cela empêche qu'il ne pro
duise sur la langue des effets aussi sensi
bles que les Sels précedens ; au lieu qu'é
tant plus développé dans les visceres , il
Y fait ses principales Opérations.
Le Sel d'Epsom et le Sel Policreste ,
II. Vol. pa:
JUIN. 1731. 1493
par leurs paralellogrammes assez longs ,
font connoître qu'ils peuvent diminuer
l'agitation interieure des liquides ; mais
leur âcreté se fait voir aussi aisément par
leurs Cristaux en forme de têtes de Char
dons , ce qui les rend purgatifs , irritant
facilement les intestins par ces parties ain
si figurées , et le Sel Policreste de plus par
ses petites éguilles. Il est facile de con
noître les cruels effets de l'Arsenic et du
Sublimé , par la seule inspection de la fi
gure de leurs Cristaux. Ceux du Sucre
tout au contraire , formez en petites ro
settes , marquent assez qu'en roulant sur
les fibres de la langue , ils ne sont propres
qu'à les chatouiller agréablement.
Je ne suis entré dans ce détail touchant
les Sels les plus connus , que pour justi
fier par ces Sels la verité de ce que j'ai
avancé et de ce qu'en pense M. Sénac ; sça
voir , que connoissant quelle est la figure
specifique que prend chaque Sel dans la
cristalisation , on parvient à connoître
quels effets il doit naturellement operer.
Ilconvient maintenant de marquer com
ment on doit s'y prendre pour trouver
ces differentes figures des Sels , il n'y a qu'à
faire dissoudre dans l'eau le Sel dont on
veut connoître la figure des Cristaux, faire
la dissolution un peu forte , la filtrer en
II. Vol.
suite
Dv
1494 MERCURE DE FRANCE
suite par le papier gris , et en prendre
une très - petite portion pour la faire cris
taliser sur un petit morceau de verre for
mé en rond , comme je l'enseigne dans ma
troisiéme Lettre sur les Sels de l'air , (a)
pour faire cristaliser les Sels qui se ren
contrent dans les eaux de pluye , de rosée ,
de brouillards , & c . La cristalisation étant
faite, si l'on veut voir distinctement quelle
est la figure des Cristaux , il faut les re
garder avec un Microscope qui doit être
fait comme ceux dont je vous ai donné
autrefois la description . Il y a quelques
observations à faire pour n'être pas trom
pé dans la Cristalisation de ces Sels ; mais
je me réserve à en parler dans la Lettre qui
doit suivre celle-cy de près . Je suis , Mon
sieur , & c.
FIGURES des principaux Sels
dont il est parlé dans cette Lettre.
La 1. figure représente le Sel Marin .
La 2. le Sel du Terreau de fumier.
La 3. le Sel de l'Ozeille.
le Sel de la Salive.
La 4.
La
5.
le
Sel
du
Sang
.
La
6.
le
Sel
de
l'Urine
.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
M. Capperon, ancien doyen de Saint-Maxent, propose une méthode pour identifier et analyser les sels présents dans divers milieux tels que les terres, les eaux, les plantes, les humeurs et l'air. Cette méthode permet de connaître les qualités des sels et de juger de leurs effets. Capperon définit un sel comme une concrétion fine, roide et cassante, qui se dissout dans l'eau et reprend sa forme après dissolution. Sa méthode consiste à dissoudre les sels dans l'eau et à les faire cristalliser sur du verre pour observer leurs formes spécifiques, permettant ainsi de les distinguer et de les identifier. Le texte décrit les formes cristallines de plusieurs sels connus, tels que le sel marin, le nitre, le vitriol, l'alun, le sel armoniac, le borax, le sel d'Epsom, l'arsenic, le sublimé et le sucre. Chaque sel présente des cristaux de formes distinctes. Par exemple, le sel marin se cristallise en cubes, le nitre en lignes droites et cannelées, et le vitriol en lignes irrégulières et dentelées. Capperon explique que la forme des cristaux permet de déduire les effets des sels. Par exemple, les cristaux pointus du nitre indiquent un goût acide et piquant, tandis que les cristaux cubiques du sel marin suggèrent une nature âcre et fixe. La méthode de Capperon permet également de comprendre les propriétés des sels en observant leurs formes cristallines et leurs interactions avec d'autres substances. Le texte mentionne également des sels spécifiques comme le sel d'Epsom et le sel policreste, identifiables par leurs cristaux en forme de têtes de chardons, qui sont purgatifs et irritent les intestins. L'arsenic et le sublimé, reconnaissables par leurs cristaux, ont des effets cruels. En revanche, les cristaux de sucre, en forme de petites rosettes, chatouillent agréablement les fibres de la langue. L'auteur justifie l'importance de connaître la figure spécifique des cristaux de chaque sel pour prédire leurs effets. Il décrit également la méthode pour observer ces cristaux : dissoudre le sel dans l'eau, filtrer la solution, et la faire cristalliser sur un morceau de verre, puis examiner les cristaux au microscope. Le texte mentionne également des observations à faire pour éviter les erreurs lors de la cristallisation, promettant d'en parler dans une lettre ultérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
3
p. 714-727
NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
Début :
M*** Puisqu'on vous a parlé de mon idée sur les Acides et sur le [...]
Mots clefs :
Acide, Eau, Terre, Alcali, Ressort, Acides, Enveloppe, Esprit, Forme, Corps, Nitre, Souffle, Chaleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
NOUVELLE Idée Physique sur les
Acides et les autres Principes chimiques.
Par le P. C. J.
M
Lettre à M. L. P. &c.
***
Puisqu'on vous a parlé de
mon idée sur les Acides et sur le
Systême physique de la Chymie , je ne
vous tiendrai pas long- temps en suspens;
et pour renfermer même plus de choses
en moins de paroles , je prendrai le stile
le plus géométrique que je pourrai . J'entre
donc en matiere.
L'Acide , selon l'idée la plus commune,
est un petit corps roide , long , aceré pat
les bouts , de la forme d'un fuseau. J'adopte
cette idée.
J'y ajoûte que cet Acide percé par un
bout , est creux en dedans et plein d'air
enveloppé d'une pellicule d'eau fortement
congélée. C'est là comme le
de la Machine.
corps
Son Méchanisme est celui d'un Souflet,
qui par un mouvement de systole et de
diastole , comme le coeur, ou par une espece
de respiration , comme le poulmon
chasse sans cesse et attiré l'air alternativement.
Je
TL. 1733. 7IS
Je parle de l'Acide primitif , de cet
Acide de l'air , que les Chimistes qualifient
d'Esprit Universel , d'Esprit Aerien ,
propre à nourrir le feu , les Plantes , les
animaux mêmes ; ou , si vous voulez ,
quelque chose de précis , de l'Esprit de
Nitre , ou de l'Acide de Salpêtre.
Tous les Acides , en effet , ne sont que
des Esprits Aeriens , un air enveloppé ,
un air condensé.
Or l'Air tout pur .n'a jamais trop paru
capable de condensation ; et il faut absolument
l'engrainer , le mêler , l'entraver
de quelque substance qui lui donne
du corps au milieu de l'air même , et
l'empêche de s'y confondre avec l'air
pur.
La Terre seroit , ce semble , assez bonne
pour le captiver. L'Alcali , qui est
une substance terreuse , captive bien l'Acide
; mais l'Acide est Acide indépendamment
de l'Alcali , puisqu'on les sépare
sans les détruire ni l'un ni l'autre.
Dailleurs la Terre et l'Air sont dans
la Nature comme deux extrêmes , entre
lesquels l'eau tient le milieu pour les
concilier.
L'Acide est de soi froid et rafraîchissant.
En approchant la main du Salpêtre
et même de la Poudre , en entrant
E dans
716 MERCURE DE FRANCE
dans les lieux où - se forme l'Acide , on
sent un air froid qui saisit. Les Philosophes
Chimistes et Physiciens veulent
qu'en hyver l'Air soit chargé d'Acides ,
et que l'eau ne se glace que par leur se-
Cours .
L'Acide , selon moi , sera froid , et par
le glaçon qui l'enveloppe , et par le soufle
subtil qu'il exhale sans cesse avec rapidité
par des ouvertures bien resserrées.
Les Acides glacent les dents et les agacent
; ils y causent une espece de Stupeur
et de Paralisie passagere .
Que sçait- on même si le goût picquant
des Acides vient plutôt de leur pointe
acerée , dont la subtilité est peut- être
trop grande pour se faire sentir , que de
ce petit soufle aigu et pénetrant qui des
seche , qui glace tout devant lui ?
Le Nitre se forme dans des lieux hu
mides et frais. Il se forme non dans l'air,
mais à l'air , à la surface des terres voisines
de l'air. L'air l'attire même sans cèsse
en dehors. On diroit que c'est un pè
tit animal vivant qui a besoin de respi
rer et qui cherche à respirer. Enfoüissezle
dans la terre , toujours vous le ver
rez remonter à la surface.
La vapeur humide chargée d'air concentré
, pénetre les murs poreux et alcalins
AVRIL: 1733. 717
calins dans un temps où les pores sont
un peu ouverts , tels que sont tous les
temps moites et humides.
Un petit froid survient , seche la surface
des murs , en resserre les pores exterieurs.
Les vapeurs s'y trouvent prises
en dedans.
L'Air dont le ressort ne souffre aucune
condensation extraordinaire , sur tout de
la part de la terre , se ramasse d'abord
tout entier au centre de la goute , y forme
une bulle , comme lorsque l'eau se
glace , et son ressort cherchant à se dilater
, l'eau environnante se condense et
par l'effet du froid et beaucoup plus par
,
celui de ce ressort interne .
L'air fait plus ; il repousse cette eau
vers l'ouverture du pore en dehors , et
la fait filer peu à peu comme par une
filiere.
Remplissez au temps de - la gelée une
olipite d'eau , à mesure que la gelée
augmentera , vous verrez sortir de l'æolipile
un fil de glace qui pourra devenir
long de cent toises sans se casser .
La moindre chaleur le fond ; que ne
fond-elle aussi nos Acides ? 1º . Ils ne'
sont ni si longs ni si gros , et ne donnent
que bren peu de prise à la chaleur
beaucoup moins à une chaleur grossiere,
un feu grossier. E ij 2º.
718 MERCURE DE FRANCE
1
2. Leur congellation est plus naturelle,
plus lente à se former. Elle vient plu
tôt d'un resserrement de parties bien engrainées
à loisir , causé par le retrécis
sement du pore par où elle file , que du
froid même. Ce que la Nature fait à
loisir sur tout en petit , est à l'épreuve
de bien des assauts que l'art grossier des
hommes peut y livrer.
3. La glace ordinaire est toute semée
de bulles d'air. La chaleur bande le ressort
de cet al. Ce ressort brise la glace
et la fond. Ici le ressort de l'air est éventé
par la petite ouverture qui lui donne une
issue libre ; et la congellation est bien au
trement forte n'étant point mêlée d'air, si
ce n'est tout au plus d'un air engrainé
et non ramassé en bulles.
Pour bien entendre cette generation
de l'Acide , remarquez que par des observations,
constantes on a découvert que
les petits grains de vapeur , de brouillard
, de rosée , sont en effet de petites
bulles déja toutes pleines d'air , comme
autant de petit balons,
Lorsque l'eau ayant été versée de bien
haut dans un verre , vient à petiller , les
petits grains qui retombent après s'être
élevez comme en jets d'eau sont de pegites
bulles qu'on reconnoît pleines d'air
avec
AVRIL. 17336 719
avec des loupes , ou à leur blancheur.
Pour le dire en passant , la nege , qui
n'est qu'une goute d'eau naturellement
ronde , mais toute comme déchirée en
filamens par sa congellation , fait bien
voir que les grains de vapeurs dont elle
est formée , étoient tous pleins de bulles
d'air.
Un floccon de nege est la réunion de
plusieurs grains de vapeurs . Chaque petit
corps d'Acide n'est qu'un grain allongé
et filé lentement par un trou régulier ,
et que le ressort même de l'air arrondit.
Pour remonter rout- à- fait à l'origine
du Nitre , tout est fort mêlé dans la
Nature. Dans la terre sur tout il y a
un grand mêlange d'eau et d'air . Mais
dans ce mêlange les loix les plus géométriques
de l'hydrostatique doivent s'observer.
L'air et la terre ne se mêlent pas volontiers
; mais on les y force. Le Labourage
sur tout souleve la terre au milieu
de l'air et le force de s'y nicher dans
une infinité de petites cellules qui s'affaissent
peu à peu , et retiennent l'air
malgré tous ses efforts pour se dégager . '
L'eau , la pluye , survient à son secours
, délaye la terre , fait couler les cellules.
L'air pouvant couler et s'étendre ,
E iij
se
720 MERCURE DE FRANCE
se dégage plus vîte de la terre pour s'en
gager à l'eau dont il s'accommode mieux.
Le Soleil , la chaleur de la terre ou du
temps , seche la terre. L'air rarefie cette
eau et tâche à rompre son enveloppe
en attendant , l'eau se trouvant plus legere
et un peu agitée , se dégage de la
terre et s'envole dans l'air avec l'air mê
me qui lui donne cette legereté.
Desormais l'air renfermé agit d'autant
moins pour se dégager , et l'eau se fortifie
pour le retenir. Pressée entre deux
airs , l'un interieur , l'autre exterieur , elle
acquiert une sorte de viscosité ; transportée
même dans une région plus froide ,
peu peu elle se condense et se dispose
à se condenser tout à fait dans quelque
de mur ou de terre , où le hazard la
fait aboutir pour achever de s'y façonner
en Acide. En voilà toute l'histoire .
pore
à
En se formant l'Acide forme l'Alcali.
Car comme l'air qui est dans une bulle
d'eau renfermée dans un pore de terre ,
ne peut sortir sans entraîner cette eau
après lui , de -même cette eau ne peut sortir
sans traîner après soi la couche mince
de terre qui forme l'interieur du pore .
Car le ressort de l'air , en comprimant son
enveloppe d'eau contre la terre qui l'environne
, comprime aussi et arrondit cettę
AVRIL. 1733- 721
te enveloppe de terre et l'entraîne avec
Feau congelée.
Mais ce qui entraine va toujours devant
ce qui est entrainé. l'Alcali n'est
pas aussi long que l'Acide , il ne l'enve-
Toppe qu'à demi corps ; et le corps solide
de l'Acide , ou l'eau congelée qui enveloppe
l'air , ne s'étend pas aussi loin
que le filet ou le soufle d'air qui lui est
assujetti.
Une molecule de terre qui a servi de
matrice à plusieurs grains de Nitre , restę
percée de plusieurs pores assez grands ,
comme une éponge ou une pierre de ponce.
C'est ce qui forme la terre bitumineuse
qui accompagne le Salpêtre. Cette terre
imbibée d'air après que le Nitre en est
sorti , n'a besoin que d'être un peu exaltée
, un peu rarefiée , un peu assouplie ,
pour former un petit corps molasse, spongieux
, aerien , sulphureux , en un mot ,
et combustible..
Et voilà les trois Elemens chymiques
véritablement Principes. Car le Sel est un
composé d'Alcali et d'Acides , et l'esprit
est quelquefois un Acide , quelquefois
un Alcali , quelquefois un Souffre.
Desorte qu'il y a trois Elemens naturels
primitifs , la Terre , l'Eau et l'Air ;
et trois artificiels , Chimiques et secon-
E iiij daires ,
722 MERCURE DE FRANCE
daires , l'Alcali , qui répond à la Terres
l'Acide , qui répond à l'Eau , et le Soufre
à l'Air. Je ne dis rien du feu qui penetre
tout.
a un
Je reviens à l'Acide , qui est mon principal
objet. Quand je le compare
souflet , je ne dis rien que n'ayent presque
dit tous les Chimistes et les vrais
Physiciens avant moi.
Il est flatueux ou venteux , disoient les
Anciens , il exalte la flâme , il soufle le feu,
disent les Modernes . Tout le monde , en
jettant du Salpêtre sur les charbons allumez
, peut le voir se boursoufler tout luimême
et faire un bruit pareil à celui d'un
million de petits souflets de Forge qui
soufleroient un feu ardent et qu'on entendroit
de loin.
La Poudre n'est que flâme , grace au
Salpêtre qui la compose . Qu'on imagine
en effet un million de petits souflets qui
donnent tout à coup sur un charbon qui.
est en feu ; ne conçoit- on. pas que par
l'action de ces souflets , ce charbon s'en
iroit aussi- tôt tout en flâme ?
L'esprit de Nitre fume toujours . Le
feu , en le retirant de son Alcali qui con--
traignoit un peu ses flancs , l'a rarefié
et rendu son soufle plus violent et plus
étendu. Ces petits souflets s'agitent donc
sans
AVRIL. 1733 . 723
sans cesse et se chassent les uns les autres
dans l'air qui est tout autour.
Cet Esprit mêlé avec l'Esprit de vin ,
fermente et le fait bouillonner avec chaleur.
L'Esprit de vin est un demi feu , les
souflets qu'on y mêle l'augmentent en le
souflant. Cela est très - naturel .
Le Nitre est impregné , est plein des
Esprits de l'air ; qu'est- ce que les Esprits
de l'air ? Si on veut parler clair en Phisicien
qui raisonne , c'est de l'air enveloppé
de quelqu'autre, substance , c'està
- dire de particules d'eau .
Le Nitre rafraîchit , le Nitre échauffe .
Tout Systême doit démêler cette contradiction
apparente ; mais un souflet qui
soufle le froid et le chaud , n'est pas une
chose rare dans la Nature.
Le Nitre a sur tout la proprieté de
fertiliser la terre et de faire vegeter les
Plantes. L'air qui est dans le Nitre , cherche
toujours à monter , il donne donc
de la legereté à l'eau congelée qu'il traine
après soi , et la congellation de cette eau
donne à l'air la force de penetrer , de
percer , de développer les fibres dont les
entrelacemens s'opposent à son mouvement
en enhaut ; c'est la grande vertu
du Nitre de chercher toujours l'air superieur
comme pour y respirer à son aise.
E v
Le
724 MERCURE DE FRANCE
Le Nitre se redresse volontiers comme
les Plantes. Il pese plus par un bout
que par l'autre , et l'air doit surnâger
Peau.
La cristalisation du Nitre vient delà.
Les petits souflets se chassent , se repoussent
et s'agitent jusqu'à ce qu'ils soient .
paralleles un à l'autre , et dans cet état
rien n'empêche et tout favorise leur réunion.
Je crois avoir observé il y a long tems,
je n'oserois l'assurer , que les cristaux
du Salpêtre sont percez à leur pointe
, avec un canal qui regne dans l'interieur
. La Poudre n'a bien sa force que
lorsque divisée en petits grains arrondis
elle est tonte entremêlée d'air . Des sou-
Alets veulent un air libre autour d'eux
et tout ce qui respire se ménage de l'air
pour respirer.
J
L'Acide coagule ; froid par son enveloppe
, il soufle le froid par son interieur ,
il fait plus ; semé dans l'interieur d'un
il se redresse comme autant de
longs pieux roides qui contiennent le liquide
et lui ôtent son mouvement.
corps ,
Mais c'est sa fermentation avec les Alcalis
et generalement avec les matieres
terreuses , qui est le grand Phénomene
de la Chimie et de la Phisique.
J'ai
AVRIL. 1733. 725
J'ai déja dit que l'Air et la Terre sont
deux extrêmes , et tout ce qu'il y a de
plus antagoniste dans la Nature. La
terre resserre et bande trop le ressort de
l'air. Ils ne vivent pas volontiers ensemble.
Vous les mêlez voilà un combat et
une guerre déclarée.
L'Air est l'Ame de l'Acide . Il en est
le mobile et le gouvernail. en mêmetemps
que l'Acide le pousse par un bout.
il repousse l'Acide par l'autre bout ,
comme le recul du canon .
Les particules de Terre ou d'Alcali
tombant sur les Acides , viennent lourdement
les appesantir , ils se relevent ;
les culbuter , ils se redressent ; boucher
. leur soupirail , ils les repoussent ; les resserrer
, ils battent des flancs . Ils se deffendent
par tous les bouts.
Il y a pourtant une façon de les prendre
et un bout foible. Que l'Alcali qui
selon tout le monde , une guaine ,
un fourreau , présente son ouverture à
la pointe massive de derriere de l'Acide , -
par son propre mouvement , par son re-~
cul l'Acide va y entrer.
a
En l'absence de l'Acide , l'Alçali est
naturellement plein d'air . Mais cet air
n'y tient pas et n'y est que parce qu'il
n'y a autre chose. La Terre et l'Air one
E vj leurs
726 MERCURE DE FRANCE
leurs roues disproportionnées , fort inégales
, incapables de s'engrainer sans la
médiation de, l'eau.
Aussi mettez l'Alcali dans l'eau , il va
la boire avec une espece d'avidité. Mettez
le même en lieu plein de vapeurs , il s'en
imbibera de même.
L'eau entre librement dans l'Alcali ,
et en y entrant l'air trouve un passage
ou une retraite paisible entre les parties
divisées de l'eau . L'Acide entre fort juste
dans l'Alcali , et l'air ne divise pas cet
Acide si facilement en sortant de cet Alcali
pour lui ceder la place . Et de-là les
combats , les broüillemens , les frottemens
, la chaleur , quelquefois le feu et
la fâme.
Dans le Raisin verd , l'acide est comme
garotté par les fibres courtes et terreuses
qui forment le tissu interieur du grain.
Peu à peu l'Acide développe , étend ,
rend souple ces fibres ; et la liqueur qui
abonde , facilite un peu son mouvement.
Lorsqu'on écrase le Raisin et qu'on
l'exprime , on rompt le tissu , les fibres
et desormais l'Acide nâge en pleine liqueur.
L'air qui abonde dans le Raisin¸
lui aide par son ressort qui se trouve
bandé par Paffaissement de la liqueur.
Secondé
AVRIL 1733. 727
Secondé de cet air , l'Acide dont le
ressort est encore plus bandé par là ,
fait des efforts , souleve , agite , échauffe ,
jusqu'à ce qu'une portion étant absorbée
dans le Tartre qui tombe au fond , et
une autre dans le Souffre qui se développe
et s'exalte , l'équilibre et le repos
soient rétablis au moins pour un temps ,
ce qui fait le vin.
Car avec le temps , le Souffre s'exaltant
tout à fait et s'évaporant , l'Acide
se manifeste de nouveau , soit celui que
le Souffre laisse en se dissipant , soit
celui qu'un nouveau mêlange de lie et
de tartre y introduit ; d'où résulte enfin
le vinaigre.
Acides et les autres Principes chimiques.
Par le P. C. J.
M
Lettre à M. L. P. &c.
***
Puisqu'on vous a parlé de
mon idée sur les Acides et sur le
Systême physique de la Chymie , je ne
vous tiendrai pas long- temps en suspens;
et pour renfermer même plus de choses
en moins de paroles , je prendrai le stile
le plus géométrique que je pourrai . J'entre
donc en matiere.
L'Acide , selon l'idée la plus commune,
est un petit corps roide , long , aceré pat
les bouts , de la forme d'un fuseau. J'adopte
cette idée.
J'y ajoûte que cet Acide percé par un
bout , est creux en dedans et plein d'air
enveloppé d'une pellicule d'eau fortement
congélée. C'est là comme le
de la Machine.
corps
Son Méchanisme est celui d'un Souflet,
qui par un mouvement de systole et de
diastole , comme le coeur, ou par une espece
de respiration , comme le poulmon
chasse sans cesse et attiré l'air alternativement.
Je
TL. 1733. 7IS
Je parle de l'Acide primitif , de cet
Acide de l'air , que les Chimistes qualifient
d'Esprit Universel , d'Esprit Aerien ,
propre à nourrir le feu , les Plantes , les
animaux mêmes ; ou , si vous voulez ,
quelque chose de précis , de l'Esprit de
Nitre , ou de l'Acide de Salpêtre.
Tous les Acides , en effet , ne sont que
des Esprits Aeriens , un air enveloppé ,
un air condensé.
Or l'Air tout pur .n'a jamais trop paru
capable de condensation ; et il faut absolument
l'engrainer , le mêler , l'entraver
de quelque substance qui lui donne
du corps au milieu de l'air même , et
l'empêche de s'y confondre avec l'air
pur.
La Terre seroit , ce semble , assez bonne
pour le captiver. L'Alcali , qui est
une substance terreuse , captive bien l'Acide
; mais l'Acide est Acide indépendamment
de l'Alcali , puisqu'on les sépare
sans les détruire ni l'un ni l'autre.
Dailleurs la Terre et l'Air sont dans
la Nature comme deux extrêmes , entre
lesquels l'eau tient le milieu pour les
concilier.
L'Acide est de soi froid et rafraîchissant.
En approchant la main du Salpêtre
et même de la Poudre , en entrant
E dans
716 MERCURE DE FRANCE
dans les lieux où - se forme l'Acide , on
sent un air froid qui saisit. Les Philosophes
Chimistes et Physiciens veulent
qu'en hyver l'Air soit chargé d'Acides ,
et que l'eau ne se glace que par leur se-
Cours .
L'Acide , selon moi , sera froid , et par
le glaçon qui l'enveloppe , et par le soufle
subtil qu'il exhale sans cesse avec rapidité
par des ouvertures bien resserrées.
Les Acides glacent les dents et les agacent
; ils y causent une espece de Stupeur
et de Paralisie passagere .
Que sçait- on même si le goût picquant
des Acides vient plutôt de leur pointe
acerée , dont la subtilité est peut- être
trop grande pour se faire sentir , que de
ce petit soufle aigu et pénetrant qui des
seche , qui glace tout devant lui ?
Le Nitre se forme dans des lieux hu
mides et frais. Il se forme non dans l'air,
mais à l'air , à la surface des terres voisines
de l'air. L'air l'attire même sans cèsse
en dehors. On diroit que c'est un pè
tit animal vivant qui a besoin de respi
rer et qui cherche à respirer. Enfoüissezle
dans la terre , toujours vous le ver
rez remonter à la surface.
La vapeur humide chargée d'air concentré
, pénetre les murs poreux et alcalins
AVRIL: 1733. 717
calins dans un temps où les pores sont
un peu ouverts , tels que sont tous les
temps moites et humides.
Un petit froid survient , seche la surface
des murs , en resserre les pores exterieurs.
Les vapeurs s'y trouvent prises
en dedans.
L'Air dont le ressort ne souffre aucune
condensation extraordinaire , sur tout de
la part de la terre , se ramasse d'abord
tout entier au centre de la goute , y forme
une bulle , comme lorsque l'eau se
glace , et son ressort cherchant à se dilater
, l'eau environnante se condense et
par l'effet du froid et beaucoup plus par
,
celui de ce ressort interne .
L'air fait plus ; il repousse cette eau
vers l'ouverture du pore en dehors , et
la fait filer peu à peu comme par une
filiere.
Remplissez au temps de - la gelée une
olipite d'eau , à mesure que la gelée
augmentera , vous verrez sortir de l'æolipile
un fil de glace qui pourra devenir
long de cent toises sans se casser .
La moindre chaleur le fond ; que ne
fond-elle aussi nos Acides ? 1º . Ils ne'
sont ni si longs ni si gros , et ne donnent
que bren peu de prise à la chaleur
beaucoup moins à une chaleur grossiere,
un feu grossier. E ij 2º.
718 MERCURE DE FRANCE
1
2. Leur congellation est plus naturelle,
plus lente à se former. Elle vient plu
tôt d'un resserrement de parties bien engrainées
à loisir , causé par le retrécis
sement du pore par où elle file , que du
froid même. Ce que la Nature fait à
loisir sur tout en petit , est à l'épreuve
de bien des assauts que l'art grossier des
hommes peut y livrer.
3. La glace ordinaire est toute semée
de bulles d'air. La chaleur bande le ressort
de cet al. Ce ressort brise la glace
et la fond. Ici le ressort de l'air est éventé
par la petite ouverture qui lui donne une
issue libre ; et la congellation est bien au
trement forte n'étant point mêlée d'air, si
ce n'est tout au plus d'un air engrainé
et non ramassé en bulles.
Pour bien entendre cette generation
de l'Acide , remarquez que par des observations,
constantes on a découvert que
les petits grains de vapeur , de brouillard
, de rosée , sont en effet de petites
bulles déja toutes pleines d'air , comme
autant de petit balons,
Lorsque l'eau ayant été versée de bien
haut dans un verre , vient à petiller , les
petits grains qui retombent après s'être
élevez comme en jets d'eau sont de pegites
bulles qu'on reconnoît pleines d'air
avec
AVRIL. 17336 719
avec des loupes , ou à leur blancheur.
Pour le dire en passant , la nege , qui
n'est qu'une goute d'eau naturellement
ronde , mais toute comme déchirée en
filamens par sa congellation , fait bien
voir que les grains de vapeurs dont elle
est formée , étoient tous pleins de bulles
d'air.
Un floccon de nege est la réunion de
plusieurs grains de vapeurs . Chaque petit
corps d'Acide n'est qu'un grain allongé
et filé lentement par un trou régulier ,
et que le ressort même de l'air arrondit.
Pour remonter rout- à- fait à l'origine
du Nitre , tout est fort mêlé dans la
Nature. Dans la terre sur tout il y a
un grand mêlange d'eau et d'air . Mais
dans ce mêlange les loix les plus géométriques
de l'hydrostatique doivent s'observer.
L'air et la terre ne se mêlent pas volontiers
; mais on les y force. Le Labourage
sur tout souleve la terre au milieu
de l'air et le force de s'y nicher dans
une infinité de petites cellules qui s'affaissent
peu à peu , et retiennent l'air
malgré tous ses efforts pour se dégager . '
L'eau , la pluye , survient à son secours
, délaye la terre , fait couler les cellules.
L'air pouvant couler et s'étendre ,
E iij
se
720 MERCURE DE FRANCE
se dégage plus vîte de la terre pour s'en
gager à l'eau dont il s'accommode mieux.
Le Soleil , la chaleur de la terre ou du
temps , seche la terre. L'air rarefie cette
eau et tâche à rompre son enveloppe
en attendant , l'eau se trouvant plus legere
et un peu agitée , se dégage de la
terre et s'envole dans l'air avec l'air mê
me qui lui donne cette legereté.
Desormais l'air renfermé agit d'autant
moins pour se dégager , et l'eau se fortifie
pour le retenir. Pressée entre deux
airs , l'un interieur , l'autre exterieur , elle
acquiert une sorte de viscosité ; transportée
même dans une région plus froide ,
peu peu elle se condense et se dispose
à se condenser tout à fait dans quelque
de mur ou de terre , où le hazard la
fait aboutir pour achever de s'y façonner
en Acide. En voilà toute l'histoire .
pore
à
En se formant l'Acide forme l'Alcali.
Car comme l'air qui est dans une bulle
d'eau renfermée dans un pore de terre ,
ne peut sortir sans entraîner cette eau
après lui , de -même cette eau ne peut sortir
sans traîner après soi la couche mince
de terre qui forme l'interieur du pore .
Car le ressort de l'air , en comprimant son
enveloppe d'eau contre la terre qui l'environne
, comprime aussi et arrondit cettę
AVRIL. 1733- 721
te enveloppe de terre et l'entraîne avec
Feau congelée.
Mais ce qui entraine va toujours devant
ce qui est entrainé. l'Alcali n'est
pas aussi long que l'Acide , il ne l'enve-
Toppe qu'à demi corps ; et le corps solide
de l'Acide , ou l'eau congelée qui enveloppe
l'air , ne s'étend pas aussi loin
que le filet ou le soufle d'air qui lui est
assujetti.
Une molecule de terre qui a servi de
matrice à plusieurs grains de Nitre , restę
percée de plusieurs pores assez grands ,
comme une éponge ou une pierre de ponce.
C'est ce qui forme la terre bitumineuse
qui accompagne le Salpêtre. Cette terre
imbibée d'air après que le Nitre en est
sorti , n'a besoin que d'être un peu exaltée
, un peu rarefiée , un peu assouplie ,
pour former un petit corps molasse, spongieux
, aerien , sulphureux , en un mot ,
et combustible..
Et voilà les trois Elemens chymiques
véritablement Principes. Car le Sel est un
composé d'Alcali et d'Acides , et l'esprit
est quelquefois un Acide , quelquefois
un Alcali , quelquefois un Souffre.
Desorte qu'il y a trois Elemens naturels
primitifs , la Terre , l'Eau et l'Air ;
et trois artificiels , Chimiques et secon-
E iiij daires ,
722 MERCURE DE FRANCE
daires , l'Alcali , qui répond à la Terres
l'Acide , qui répond à l'Eau , et le Soufre
à l'Air. Je ne dis rien du feu qui penetre
tout.
a un
Je reviens à l'Acide , qui est mon principal
objet. Quand je le compare
souflet , je ne dis rien que n'ayent presque
dit tous les Chimistes et les vrais
Physiciens avant moi.
Il est flatueux ou venteux , disoient les
Anciens , il exalte la flâme , il soufle le feu,
disent les Modernes . Tout le monde , en
jettant du Salpêtre sur les charbons allumez
, peut le voir se boursoufler tout luimême
et faire un bruit pareil à celui d'un
million de petits souflets de Forge qui
soufleroient un feu ardent et qu'on entendroit
de loin.
La Poudre n'est que flâme , grace au
Salpêtre qui la compose . Qu'on imagine
en effet un million de petits souflets qui
donnent tout à coup sur un charbon qui.
est en feu ; ne conçoit- on. pas que par
l'action de ces souflets , ce charbon s'en
iroit aussi- tôt tout en flâme ?
L'esprit de Nitre fume toujours . Le
feu , en le retirant de son Alcali qui con--
traignoit un peu ses flancs , l'a rarefié
et rendu son soufle plus violent et plus
étendu. Ces petits souflets s'agitent donc
sans
AVRIL. 1733 . 723
sans cesse et se chassent les uns les autres
dans l'air qui est tout autour.
Cet Esprit mêlé avec l'Esprit de vin ,
fermente et le fait bouillonner avec chaleur.
L'Esprit de vin est un demi feu , les
souflets qu'on y mêle l'augmentent en le
souflant. Cela est très - naturel .
Le Nitre est impregné , est plein des
Esprits de l'air ; qu'est- ce que les Esprits
de l'air ? Si on veut parler clair en Phisicien
qui raisonne , c'est de l'air enveloppé
de quelqu'autre, substance , c'està
- dire de particules d'eau .
Le Nitre rafraîchit , le Nitre échauffe .
Tout Systême doit démêler cette contradiction
apparente ; mais un souflet qui
soufle le froid et le chaud , n'est pas une
chose rare dans la Nature.
Le Nitre a sur tout la proprieté de
fertiliser la terre et de faire vegeter les
Plantes. L'air qui est dans le Nitre , cherche
toujours à monter , il donne donc
de la legereté à l'eau congelée qu'il traine
après soi , et la congellation de cette eau
donne à l'air la force de penetrer , de
percer , de développer les fibres dont les
entrelacemens s'opposent à son mouvement
en enhaut ; c'est la grande vertu
du Nitre de chercher toujours l'air superieur
comme pour y respirer à son aise.
E v
Le
724 MERCURE DE FRANCE
Le Nitre se redresse volontiers comme
les Plantes. Il pese plus par un bout
que par l'autre , et l'air doit surnâger
Peau.
La cristalisation du Nitre vient delà.
Les petits souflets se chassent , se repoussent
et s'agitent jusqu'à ce qu'ils soient .
paralleles un à l'autre , et dans cet état
rien n'empêche et tout favorise leur réunion.
Je crois avoir observé il y a long tems,
je n'oserois l'assurer , que les cristaux
du Salpêtre sont percez à leur pointe
, avec un canal qui regne dans l'interieur
. La Poudre n'a bien sa force que
lorsque divisée en petits grains arrondis
elle est tonte entremêlée d'air . Des sou-
Alets veulent un air libre autour d'eux
et tout ce qui respire se ménage de l'air
pour respirer.
J
L'Acide coagule ; froid par son enveloppe
, il soufle le froid par son interieur ,
il fait plus ; semé dans l'interieur d'un
il se redresse comme autant de
longs pieux roides qui contiennent le liquide
et lui ôtent son mouvement.
corps ,
Mais c'est sa fermentation avec les Alcalis
et generalement avec les matieres
terreuses , qui est le grand Phénomene
de la Chimie et de la Phisique.
J'ai
AVRIL. 1733. 725
J'ai déja dit que l'Air et la Terre sont
deux extrêmes , et tout ce qu'il y a de
plus antagoniste dans la Nature. La
terre resserre et bande trop le ressort de
l'air. Ils ne vivent pas volontiers ensemble.
Vous les mêlez voilà un combat et
une guerre déclarée.
L'Air est l'Ame de l'Acide . Il en est
le mobile et le gouvernail. en mêmetemps
que l'Acide le pousse par un bout.
il repousse l'Acide par l'autre bout ,
comme le recul du canon .
Les particules de Terre ou d'Alcali
tombant sur les Acides , viennent lourdement
les appesantir , ils se relevent ;
les culbuter , ils se redressent ; boucher
. leur soupirail , ils les repoussent ; les resserrer
, ils battent des flancs . Ils se deffendent
par tous les bouts.
Il y a pourtant une façon de les prendre
et un bout foible. Que l'Alcali qui
selon tout le monde , une guaine ,
un fourreau , présente son ouverture à
la pointe massive de derriere de l'Acide , -
par son propre mouvement , par son re-~
cul l'Acide va y entrer.
a
En l'absence de l'Acide , l'Alçali est
naturellement plein d'air . Mais cet air
n'y tient pas et n'y est que parce qu'il
n'y a autre chose. La Terre et l'Air one
E vj leurs
726 MERCURE DE FRANCE
leurs roues disproportionnées , fort inégales
, incapables de s'engrainer sans la
médiation de, l'eau.
Aussi mettez l'Alcali dans l'eau , il va
la boire avec une espece d'avidité. Mettez
le même en lieu plein de vapeurs , il s'en
imbibera de même.
L'eau entre librement dans l'Alcali ,
et en y entrant l'air trouve un passage
ou une retraite paisible entre les parties
divisées de l'eau . L'Acide entre fort juste
dans l'Alcali , et l'air ne divise pas cet
Acide si facilement en sortant de cet Alcali
pour lui ceder la place . Et de-là les
combats , les broüillemens , les frottemens
, la chaleur , quelquefois le feu et
la fâme.
Dans le Raisin verd , l'acide est comme
garotté par les fibres courtes et terreuses
qui forment le tissu interieur du grain.
Peu à peu l'Acide développe , étend ,
rend souple ces fibres ; et la liqueur qui
abonde , facilite un peu son mouvement.
Lorsqu'on écrase le Raisin et qu'on
l'exprime , on rompt le tissu , les fibres
et desormais l'Acide nâge en pleine liqueur.
L'air qui abonde dans le Raisin¸
lui aide par son ressort qui se trouve
bandé par Paffaissement de la liqueur.
Secondé
AVRIL 1733. 727
Secondé de cet air , l'Acide dont le
ressort est encore plus bandé par là ,
fait des efforts , souleve , agite , échauffe ,
jusqu'à ce qu'une portion étant absorbée
dans le Tartre qui tombe au fond , et
une autre dans le Souffre qui se développe
et s'exalte , l'équilibre et le repos
soient rétablis au moins pour un temps ,
ce qui fait le vin.
Car avec le temps , le Souffre s'exaltant
tout à fait et s'évaporant , l'Acide
se manifeste de nouveau , soit celui que
le Souffre laisse en se dissipant , soit
celui qu'un nouveau mêlange de lie et
de tartre y introduit ; d'où résulte enfin
le vinaigre.
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Résumé : NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
Le texte présente une théorie sur la nature des acides et des principes chimiques, proposée par un auteur anonyme. Selon cette théorie, l'acide est décrit comme un petit corps en forme de fuseau, creux et rempli d'air, enveloppé d'une pellicule d'eau fortement congelée. Ce mécanisme fonctionne comme un soufflet, alternant entre systole et diastole pour chasser et attirer l'air. L'auteur parle de l'acide primitif, ou 'Esprit Universel', présent dans l'air et capable de nourrir le feu, les plantes et les animaux. Les acides sont considérés comme des esprits aériens, un air condensé et enveloppé. Pour se condenser, l'air doit être mêlé à une substance qui lui donne du corps, comme la terre ou l'alcali. L'acide est naturellement froid et rafraîchissant, glacé par une pellicule d'eau et un souffle subtil. Il se forme dans des lieux humides et frais, attiré par l'air et remontant à la surface. La génération de l'acide est expliquée par la pénétration de vapeur humide chargée d'air dans les murs poreux et alcalins. L'air se condense en formant une bulle, repoussant l'eau vers l'extérieur et la faisant filer comme par une filière. Cette congélation est plus naturelle et résistante à la chaleur que la glace ordinaire. L'auteur décrit également la formation du nitre, un type d'acide, à partir du mélange d'eau et d'air dans la terre. Le labourage, la pluie et le soleil contribuent à ce processus, permettant à l'air de se dégager et à l'eau de se condenser en acide. L'acide forme également l'alcali, une substance terreuse qui l'accompagne. Le texte conclut en identifiant trois éléments chimiques primitifs : la terre, l'eau et l'air, ainsi que trois éléments artificiels : l'alcali, l'acide et le soufre. L'acide est comparé à un soufflet, capable de soulever le feu et de fertiliser la terre. Il coagule et se redresse, formant des cristaux percés à leur pointe. Sa fermentation avec les alcalis est un phénomène clé en chimie et en physique. Les interactions entre l'air, les acides et les alcalis sont également décrites. L'air est comparé à l'âme de l'acide, agissant comme un mobile et un gouvernail. Les acides repoussent les alcalis et vice versa, comme le recul d'un canon. Les particules de terre ou d'alcali appesantissent les acides, mais ceux-ci se défendent en se relevant ou en se redressant. Il existe une méthode pour neutraliser les acides en utilisant les alcalis, qui agissent comme une gaine ou un fourreau. En l'absence d'acide, l'alcali est naturellement plein d'air, mais cet air est instable et peut être remplacé par l'eau ou les vapeurs. Dans le raisin vert, l'acide est retenu par des fibres courtes et terreuses. Avec le temps, l'acide développe et rend ces fibres souples, facilitant son mouvement. Lorsque le raisin est écrasé et exprimé, l'acide se déplace librement dans la liqueur. L'air présent dans le raisin aide l'acide à soulever, agiter et échauffer la liqueur jusqu'à ce qu'un équilibre soit rétabli, formant ainsi le vin. Avec le temps, le soufre s'évapore, permettant à l'acide de se manifester à nouveau, résultant finalement en du vinaigre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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