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1
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
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Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 182-184
A MADAME L'ABBESSE DE LA VIRGINITÉ.
Début :
Voicy un Sonnet qui a esté fait sur ce sujet. / Mortels, vous admirez la fatale vaillance [...]
Mots clefs :
Vaillance, Coeur, Ambition, Humilité chrétienne, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME L'ABBESSE DE LA VIRGINITÉ.
Voicy un Sonnet qui a eſté
fait fur ce fujet .
A MADAME L'ABBESSE
DE LA VIRGINITE
Mor
Ortels, vous admire la fatale
vaillance
D'Alexandre le Grand , ce Héros
furieux .
GALANT.
183
C'est un feu de Comete , il éclate à
nos yeux ,
Mais il fait reffentir ſa maligne
influence.
A des coeurs modere donnez la préference,
L'ambition n'eft plus un vice glorieux
;
Depuis qu'un Dieu fait Homme eft
defcendu des Cieux,
L'Humilité Chrétienne a la préeminence
.
Incomparable Abbeffe , à vos rares
Vertus
Mille titres d'honneur, mille éloges
font dûs ;
Vousfuivez l'Evangile avec exactitude
.
L'exemple du Sauveur est pour vous
une Loy ;
i84
MERCURE
Si vous ne voulez pas quiter la folitude,
C'est qu'il s'y retira de crainte d'être
Roy.
fait fur ce fujet .
A MADAME L'ABBESSE
DE LA VIRGINITE
Mor
Ortels, vous admire la fatale
vaillance
D'Alexandre le Grand , ce Héros
furieux .
GALANT.
183
C'est un feu de Comete , il éclate à
nos yeux ,
Mais il fait reffentir ſa maligne
influence.
A des coeurs modere donnez la préference,
L'ambition n'eft plus un vice glorieux
;
Depuis qu'un Dieu fait Homme eft
defcendu des Cieux,
L'Humilité Chrétienne a la préeminence
.
Incomparable Abbeffe , à vos rares
Vertus
Mille titres d'honneur, mille éloges
font dûs ;
Vousfuivez l'Evangile avec exactitude
.
L'exemple du Sauveur est pour vous
une Loy ;
i84
MERCURE
Si vous ne voulez pas quiter la folitude,
C'est qu'il s'y retira de crainte d'être
Roy.
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Résumé : A MADAME L'ABBESSE DE LA VIRGINITÉ.
Le sonnet loue une abbesse pour ses vertus chrétiennes et son humilité. Il critique l'ambition excessive d'Alexandre le Grand et prône la modération depuis l'incarnation du Christ. L'abbesse est exemplaire, suivant l'Évangile et évitant les tentations du pouvoir par la solitude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 40-42
POUR LE ROY.
Début :
Toutes ces choses sont des faits qui parlent. / D'Alexandre sur tout on exalte & l'on vante [...]
Mots clefs :
Ambition, Fabius, César, Clémence, Illustre monarque, Vaincre
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texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY.
Toutes ces chofes font des
faits qui parlent. On y connoit
la Bonté & la Juſtice du
Roy, & je ne puis mieux finir
cet Article , que par ces deux
Sonnets qui ont efté faits à fa
GALANT. 41
gloire. Le premier eft de M
de Grammont de Richelieu.
POUR LE ROY.
D'Alexandre
fur tout on exalte
La belle ambition & l'intrépidités
La vigueur de Pyrrhus , &fon acti-
•
vité;
Et du grand Fabius la conduite prudente.
SS
Du premier des Céfars la fortune
conftante;
Da fecond la clémence , & fon inté
grités
La grandeurde Pompée, &fa noble
Les
fiertés
graces de Titus , & l'humeur
bienfaisante.
Fevrier 1685. D
42 MERCURE
S&
Noftre illuftre Monarque a de tous ces
Héros આ
Les grandes qualitez ,fans avoir leurs
defauts;
Dans luy comme dans eux la valeur
est extréme.
ASS under ន
Ainfi qu'eux ilfait vaincre, &fe
faitredoutersen
Mais ilfçait,quand il veut,fe vaincre
auffi luy-mefme;
Et les autresjamais n'ontpûſeſurmonter.
faits qui parlent. On y connoit
la Bonté & la Juſtice du
Roy, & je ne puis mieux finir
cet Article , que par ces deux
Sonnets qui ont efté faits à fa
GALANT. 41
gloire. Le premier eft de M
de Grammont de Richelieu.
POUR LE ROY.
D'Alexandre
fur tout on exalte
La belle ambition & l'intrépidités
La vigueur de Pyrrhus , &fon acti-
•
vité;
Et du grand Fabius la conduite prudente.
SS
Du premier des Céfars la fortune
conftante;
Da fecond la clémence , & fon inté
grités
La grandeurde Pompée, &fa noble
Les
fiertés
graces de Titus , & l'humeur
bienfaisante.
Fevrier 1685. D
42 MERCURE
S&
Noftre illuftre Monarque a de tous ces
Héros આ
Les grandes qualitez ,fans avoir leurs
defauts;
Dans luy comme dans eux la valeur
est extréme.
ASS under ន
Ainfi qu'eux ilfait vaincre, &fe
faitredoutersen
Mais ilfçait,quand il veut,fe vaincre
auffi luy-mefme;
Et les autresjamais n'ontpûſeſurmonter.
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Résumé : POUR LE ROY.
Deux sonnets célèbrent la bonté et la justice du roi. Le premier, de M. de Grammont de Richelieu, le compare à Alexandre, Pyrrhus, Fabius, César, Auguste, Pompée et Titus. Le second, daté de février 1685, loue ses grandes qualités sans leurs défauts, sa valeur, sa maîtrise de soi et sa capacité à inspirer la crainte.
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4
p. 207-240
HISTORIETTE.
Début :
L'Amour n'est point à couvert de la destinée, & [...]
Mots clefs :
Amour, Inconstance, Destinée , Attachement , Beauté, Esprit, Gentilhomme, Affaires, Passion, Ambition, Mariage, Rivalité, Trahison, Séduction, Jalousie, Chagrin, Vengeance, Fidélité
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texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE.
HISTORIETTE.
L'Amour nJielt point à
couvert de la destinée
, &
les changemens qui arrivent
tous les jours dans
les liaisons les mieux establies
sont assez connoistre
que les mouvements de
nostre coeur ne font pas fixez
par le premier choix
que nous faisons. Un certain
je ne sçay quoy qui
nousentraisne en dépitde
nous, nous determine à
estre inconstans;& quand
mille exem ples ne serviroient
pas à justifier ce que
je dis,l'avanture donrje vais
vous faire part en seroit la
preuve. Une Demoiselle
fort bien faite,estimable
par sa beauté, & plus encorepar
son esprit qu'elle
avoir vif&très penetrant,
estantvenuë depuis peu de
-
mois prendre soin de quelques
affaires dans une petite
Ville peu esloignée de
Paris, y fut connuë en fort
peu
peu de tems de tout ce
qu'elle y trouva de personnes
denaissance. Son pere
& sa mere qui estoient de
qualité, mais qui avoient
peu de biens, luy connoisfant
du talent pour venir à
bouc de mille chicannes
qui leur estoient faites,&
par lesquelles on taschoit
de renverser leurs précentions
,quoyquejustement
fondées
,
s'estoient reposez
sur elle de la conservation
de leursinterests,&
elles'appliquoitàles mainteniravec
tant d'exactitude
& de conduite, qu'elle
eut bientost demesté les
difficultez quiempefchoient
qu'on ne luy rendit
justice. Son habileté fie
bruit, & tout le monde
marquant de rempressement
pour la servis auprés
de ses Juges, un Gentilhomme
, maistre de son
bien, & des plus riches de
tout le Pays, n'épargna ni
son crédit,ni ses soins pour
luy faire voir combien il
prenoit de part à ses avantages.
Angelique receut
agréablement le secours
i
qu'illuy donnaj&comme
dans le besoin qu'elle avoic
de luy les visites assidues
luy estoient permises
,
insensiblement
le Cavalier
prit pour elle un attachement
plus fort qu'il ne l'avoit
cru. Il connut bien
que ce qu'on luy Jonneroiç
en la mariant n'approcheroit
pas
'*
de ce qu'il pouvoit
prérendre; mais l'amour
commençant à l'cc.
bloüir,il considera que les
grands biens qu'il avoit lui
attireroient beaucoup d'affaires,
& dans cette veuë,
il crut qu'illuy feroit plus
avantageux d'avoir une
femme qui y mettroit ordre
, que d'épouserunefille
qui luy apportant une
dote considerable
, ne se
mefleroit de rien, & n'auroit
l'esprit porté qu'àfaire
de la dépense.Labellequi
s'apperceut de la conquête
que son merite luy avoir
fait faire , la menagea si
adroitement, que le Cavalier
fut enfin contraint de
luydeclarer sapassion On
ne doute point qu'il ne fut
écouté avec plaisir. Elle lui
marqua une estimepleine
de reconnoissance ; & en
l'assurant que ses parens ne
luy seroient point contraires,
elle eut pour luy des
égards d'honnesteté & de
complaisance qui luy firent
connoistre qu'il estoitaimé.
Commeelle avoit de
l'ambition,elle voulut s'asfurer
un rang, & se servir
du pouvoir que sa passion
luy donnoit sur son esprit,
pour luy marquer qu'il y alloit
de sa gloire de pren dre
une Charge avant que de
l'épouser. Le Cavalier avoit
ce dessein depuis quelque
temps, & ainsi en luy promettant
de la satisfaire,il
ne faisoitquece qu'il avoic
desja resolu. Les affaires
d'Angelique s'estantterminées
de la maniere la plus
avantageuse qu'elleeût pû
le souhaiter
,
elle retourna
à Paris, où son Amant la
suivit deux jours après. Son
pere & sa mere qu'elle avoit
instruit de l'estas des
choses, luy firent un accuëil
tres-obligeant, & pour estre
moins en peril de le
laisser échapper, ils luy offrirent
un Appartement
chez eux. L'offre estoit trop
favorable à l'amour duCavalier
pour n'estre pas accepté.
Il logea chez le perc
de laBelle;& ne songeant
qu'à avancer ses affaires, il
prit son avis sur la Charge
qu'il vouloit achepter.Tandis
qu'ontravailloit à lever
des difficultez assez legercs
qui empeschoient de conclurre
le marché de cette
Charge, l'amour fit paroitre
sa bizarrerie par les sentimens
qu'il inspira au Cavalier
pour une soeur d'Angelique.
Cette cadetteavoit
dans les yeux un fort grand
deffaut, dont beaucou p de
gensne se seroient pas accommodez
; & ce deffaut,
tout grand qu'ilestoit
,
ne
pur dérourner le Cavalier
du dessein qu'il prit de ne
vivre que pour elle. Il est
vray ,
qu'excepté ce deffaut,
il n'y avoit rien de
plus aimable.Elle avoit un
tein qui ébloüissoit
,
d*$
traits reguliers dans tout
son visaoge,•des mains & desbras d'une beauté (ans
, pareiflle,uinentailleeaisée;&
fine; & ce quiengageoit
encoreplus,elle estoitdu
ne humeur si douce & G.
agreable queparcetteseulequalité
elleestoit digne
duplus fort amour. Plus
leCavalierla vit,plusil la
trouvacharmante.Illuy
contoit cent folies,& l'enjouëment
avec lequel elle
y répondoit, estoit tout plein de
4
feu ,&. d'esprit.
Riennedevenoit suspect
dans leurs conversations,
parce qu'elles se faisoient
sans àQCun. mystere
,
&:
que l'occasion qu'ils avoient
de se parler àtoute
heure les rendant fortfamiliers,
ne laissoitrienvoir
iqlui fûtrecherche.Eneffet/'
n'yavoit que des sentimens
d'honnestetéducôté
decetteaimable cadette,
qui ne doutant point que
leCavalier .n'épousait..sa:;
soeur,estoitincapable d'aller
pour luyplus loin que
l'estime. Il n'enestoit pasi
ainsi du Cavalier. Le pen^*
chantqui l'entraisnoitvers
Julie,c'estoit ainsiqu'on
nommoitlacadette, eut
tant deforcequ'aprés lui
avoit dit plusieursfois en
badinantqu'ilestoitcharmé
desesmanieras,ils'expliqua
enfin serieusement
sur l'ardent amour • qu'elle
layavoitdonné. Julietournantlachose
en plaisanterie,
luyditqu'il perdoit
l'esprit;toutes lesdeclarations
qu'illuyfit ensuite
luy attirant la mesmeréponse,
illuydemanda un
jour quel désegrément Ôir
dans
son
hitmëtïr[du dans
sa personneluy faisoit
croire qu'ilnemeritoitque
ses mépris. Julie, qaecc
reprochefurprir*seAÇEUS
obligée deluy répondre
d'un ton un peu serieuxi,
qu'il se faisoit tort auiff^-
bien qu'à elle quand il
l'accusoit de le me'priser,
,& que s'il lui eût marqué
del'estime avant quede
s'engager avec si^foeur/
peut-estrene lui eust-ellc.
pas donnésujet de seplain-
-ài-é.^u peu dereconnoiC*.
sancequ'elleauroiteu de
: ses sentimens; maisqu'en fl'eftâcoù estoient les choqu'avec
lesïrcferves-qu'il
trouvoit injustes. Cette réponse
animala passion ; Ce
fut assez qu'il crustt nedéplaire
pas pour l'engager
à aimeravecplus de vio-
~îehée;îl abandonna, son
coeur à tout son penchant,
& ne songea plus qu'à persuader
Julie de sonveritable
attachement. Comme
elle estoitsage, ellevoulut
leguérir en lui donnant
moins d'occasionsdel'entretenierdesonamour;
;rnâi$*plus elle avoit soin
de les éviter, plus illes re-
,
cherchoit.Cetempressement
fut remarquée .& il
:,fettahitbientoft& par
soninquiétude ,; lorsque
fpour le fuïr cette cadette- senfermoit exprisdans sa
chambre,&- par, les regards
pleinsdamour,qu'il
;jettoit sur elle quand illa
voyoitdeyant destémoins.
L'aisnée qui trouvaquel?-
cque refroidissementdans
les maniérés du CavalierJ, >» ensoupçonnaauflitoftla
cause.Ellç pritgardejqu^l
navoit plus auprès de sa
joçurces airs enjoiiez & lu
:bres qu1a-vou pris tantdç
ibis. Elle les .voyait embafailes
fitor quoleursyeuxfe
renconcroienr,ôçla contrainte
qu'ils s'ilup.osoient
J'un & rau.tre Ce lon les. div,
veerrescess'vy-ecuuëc1iCq¡uUt\lleessoobbHli--
geoient de s'observer, luy
fut enfin une indice de la
rrahifonqui lay cftoir faite.
Commeelle estoit ficre,
elle s'en feroit volontiers
vengeeenle prévenant par
ion cjungejnçncjmaisd
Je avpird£ fort peu de biens?en renonçantan
Cavalier elle
n'etoitpas furedexroirver
un :aurrc:fPareilquil'eust
confoléc xfesr avanrao-es
qu'elle auroit perdue ERllfe
rsfolut de dissimuler;& fc
Contenta desoulager ses
-t,' chagriné par- ; -, - ]4ùes quelques
plaintes qui deconcercerent
le Cavalier. Le troublequ'il
fit paroiflre suc
un aveu de son crimeelleen
tira desconfequettces
qui lui firent examiner
de plus prés tous lesfujers
quelleavoit de fe- deffier
de on amour.Leunma~-
riage ne se devant faire
quaprès cWEculcer lc+
vees touchantLr charge
qiriti vouloir-avoir'elfe
découvrit qu- ne teneit;
qu'à luy de les voir finies,
f&aqisuoeitlnesaiosbtrsetnacelpeosuqiuro'ii^eyn*c
avoir aucun autre fondée
mène que le defilein de gau
gner du terni. Remplie dfe
tous cés fouprons, & vouw
lanceftre* cclaircie dece
qu'elleapprehendoit relfe
pria son pere & sa mere
de vouloir presserlescheM
ses, leur faisant connoistre,
[ans leur parler de sa
foeur, ce qu'il y avoit
.4.r~q~~:~fqer~nT.
jypbftin^i<pn,4^Çav/alter
fur- les prétenduësdifficihi^
rez de la Charge avoic déjà
commencéàleur devenir
suspecte.-jlç, renrreriQrenten
particulier., & luy
dirent, que comme ilsl'a*-
voient logé chez eux >oni
lqïiuuarrnt^ijejrrodipc,..;dvaonirs'&tolountg^te-
.cçpips ^jiffçrpr le mariage
^IpAÈ p#i^^oit cpnvena>>;
que pour;:einpe^her.Iç?
fafcheu* difcoursril falloir
longerg terminerçette.af- fajre«Reliait mile.
fcefoin
-
d'attendre quileuft
fini (on autretraite. Le Cavalier
ne balançapoint far
le parti qu'il avoit à prendre.
IL leur repçjiditqu'il
se sôuvenoit dela, parole
qu'il avait doppée
, &
qu'il Tâ tiendrour avec joïç
en telteras qu'il leur plairoit*,
quilayoit promis d'entre
leur Gcndre., & qu'ilse
feroit un bonheur de le dc<-
venir, mais que ce feroit
en epousant la cadette pouf
qui il sentoit la plus violente
passion
;
qu'il trouçvoit
enelle tout ce* qui
pouvait lesarefairejq1!s
l'humeur de son aisnée êtoit
si peu compatiflante
avec la tienne , qu'elle rre
'hpeouurerurxoitque'terendre trial- ; Ce ques'ils rIl
soient ce qu'ildemandôté
aveclescplilsinftanresprte^
res; ilférdft côntrainrd'é (h
étirer.IlTenirStcette reponsèavec
tant de fermeté
,& toutcequ'ils purent
ce defleirieue si peud'efset,
quene voulant pas rifquer
une si bonne fortune,
ils se virent obligerde conïcntir
a ce qu'il voulÙr. La
feule condition qu'ils exigèrent
»fut que lachofe lè sirau.plustost&eri fçcrct,
afin Que l'aînée fit moins,
éclater."son rcfTehrimenc
quand elleapprendroic
luip injnftice-qui n'auroic,
plus de remède. Le transl
port qui l'obligea de se jet-l'
tera leurspieds pour leurs
rendre grâce de ce qu'ils
faifoiencpour luy, leur
fut une preuve dekvio-''
lence avec laquelle il aimait.
Ils direntà Angélique,,
que quelques raisons -'"~- :jl ¿Lt.,
q'u'Us eutreht: puappoftrf,
le CavalierNettoie si bien
mis en ceste de ne fc poins
marier-quiIn'tut traJcedc làCharge*qu'illeuravQÎt
este impossible den rien
obtenir.Elle compritce
vouloic direrirt refu?
siobstine, &ejifiic,p(qiie'c
audernierpoint: Cependant
toutseconcerroit fccfrecëitientpôurle
mariage
ifaCavalier & de la cadette,
6cil nemanquoitpoor
l'achever qu'une oçcasion
d'en faire la cercmonie
fins queJîaifnécenpu£k
«Tien^fçayoir.cElliBts^ôfffio
favorable peude joursa
persétosi.sU:-nteeDndamreemdeonntfacimelelcea^,
la priade lui tenir <comp&ȣ
gniedansune partie»de*
promenade qui l'enga- - géoît'àallerpasser^queU:
quesjours ala campagne,
Angelique y alla; &euch
assez de forced'esprit pourd
se rneitreaudessus, der fc*:
chagrins ,y;pàroiftra
d'une humeur toute char,s?
mante. Onluy dit qu'onr«
voyoit bien que lajoye
unmariage prêssà;fefai^*
re iiotkmit :au.JJr belles 4c>
grands sujetsd'en~
rrient 3c f>&ur affoibiir la
bèiïf^ÙfcÇftoic
:'1;W ~po~ sép^#;
<yi,'ori jugeoiemal d'elle;
qu'il falloitpourlatoucher
dfccçrtgînçft çp^plaiJàtW
ççsScéc^rpu^s,4'efpri^
qu'ellen'avoit potfiHfcotfivc
dans le Cavalier ;&que
]$&€&>&$tf/a^pkfbC ji;G-
''¥tt.,..Jà-, traîne
!
çnlon.
gwàF que .paw <~J)~
vouioitl'engagerà épothsersa
cadette.Un vieux
garçonfôrc riche,$c re-
.-, : ve stu
Veftj d'une Charge plus
côn(lderab!e, que; cele
^orn^le*CavalierttrakoiC",
itïi'dieeirriant^que quoif
qi/ft eûttousjours esté indiffèrentpoarle
mariage-,
41 vouloiravoir ces tou«s
dVfpm^qui^lmplaifq»erft
tartr,afin de luyoffrirses
*fcrviccssSe quepourles
^cotîi'pîaifiincc^illoy-ii#ok
'aisëifcritépondreîAng^-
lliquéluyrepartit''-¡Ual'-eR
'riant,quelleavoie cm de-
* cûcfâïr'c&luyoc-quï^ftolc
"ftfoftde Ionjgé&É1, faqu^
liotit premire
3*
iïij seroient
^(Tezl'undel'autre;
Surcepies la levietbQ£±,
t~fipç£jçnf4iar>çnj&$dce*uixdjoeus.rdsçruccoemubïfmeunAmant
declaré eç
die à une maistresse;ilgoû-
~asi bien foû-efpric,que
malgrétoutes lesresolutions
prises de demeurer
toujourslibre,il parla eafin
4cnnnfafriâge, Cetteproposition
fut ct.ua
d'Angelique. Elletrouvoit
un rangquicontetoitson
~M;AtPIC,
me à^ui elle '^ouviic foa
•;
ccçw*entrai dansla contu
sJgacejàp;vieik Officier è.ôç
luyfitpromettreque puisqpril,
scîlcrit;déclaré avec
son amie
,
ilen iroitfaire
la demande dans les fox?
mes apressonretour. Ao*
gelique estantrevenue ccçrmnrta à rscoynn pp~e~ree lr'eenn9g'aaggce,4.
ment ou l'on s'estoit mis
pourelle. Lemariagje de
lacadetteestoitfait;ce fut
• pourJuyune joye sensiblé
de voir finir plustost qu'il
f}cTayoit.^çnirembarrai
de te cacher. Cetteadroite
filledissimulant son reflet^
"timénr, ~tWIia deserendre
coure aimablepourle Cavalier
,afindereveillerson
: amour,&deluydonner
parlaplus de regret dela
perdre. Le lendemainelle
remarqua sans estreveue,
que le Cavàliers'èstoitcouole
dans sa chambre délà
soeur,&que la porte en
avoit esté au{fitbftrFerm'éei
Si elleeut ladouleur,elle eut de la joye en meflriè
temps de ce que sa
I
foeur faisant 0"det
avancessiindignesd'elle,
mettoit leic-al
valier hors d'estat de la voirloir,
pour sa femme.Cetre
penséelui remplie l'esprit,
E|lcçrutqfi'ilr^fufepait de
l'epouseraprés les ofreurs
qu'il enavoit obtenuës, &
qu'ainsielle seroit vengée
&d'elle&deluy, quand
son mariage avec l'Officier
ne laisseroit plus. aucun
prerexteà son pere de garder
leCavalier. CetOfficiertintparole.
Onavoit
esteaverti de savisite,& le
Cavalier qui la sçavoitalia
iQUt expréssouperenville
,
&ne revint que.forttard.
L'Officiercharmédel'ac.
*
cuélquï luifut fait, nesortit
point qu'onn'eustfigné
des articles.Angeliquequi
naspiroitqu'à joüir de
vengeance ,
attendisà G.;,
coucher que leCavalierfust
révenn. Apresluiavoirfait
quelquespUimes.delan}*-
niere dont il en usoit po^fc elledepuisquelque rems,
elleajoustaqu'elle lavpiç
timens favorablesqu'elle
luy avoirmarqué d'abord,
qu'ellevenoit ;d£/eagagejf
à un autre,&qu'un Contrat
dem~gc~~sa
separoit pour jamais. Ilseignit
vivejnençxogtçhiî 4e_cy tte
nouvelle. Augeiique pleinede
son triompheenlevoyant a-iii1
accablé, le quitta sans lui donner
letemsde répondra,c'étoit
ce qu'if avoitsouhaitté.Ilse
coucha forttranquillement, Sç
le lendemain comme il l'avoit
concerté avec sonbeaupere ££
atec sa femme,ilalla
chez
un
amidans un quartier éloigné,
oùildemeurajusqu'à ce qu'on,
~çût:sais;lemari^gplÀng^ljqu^
qui imputa cette retraité a'fj>n
deseespoir ,en
.-
sentir (a Vanité
agréablementflatée. Elleépousal'Officier,&
deuxjqursaprés.
le Cavalier revint auprèsde sa
femme. La nouvelle mariée ne
l'eûtpasplustost appris,qu'elle
alla trouver son pere, & luy fit
connoitre le péril où Julie eftoit
exposée s'il gardoitchez
luyleCavalier.Son pereluy
dit, que puisqqu'elleavoittout
sujet d'estre contente, il estoit
pesruadé qu'elle aimait sa soeur
pbur prendre partà ses avanta
ges ; après quoy illuyexpliqua
ce quiestoit arrivé: Le dépit
qu'elle,eue*,de s'estrepromis
une veugeance >
qui ne tournoitqu'asahonte
,la mit, dans
ila deff>rdr6~d'éfpVjhcroy2-
ble.Elle sorit blusquement,
& depuis trois moisqu'elle est
mariée
,
elle n'a
,
point encore
voulu.voirsa soeur
L'Amour nJielt point à
couvert de la destinée
, &
les changemens qui arrivent
tous les jours dans
les liaisons les mieux establies
sont assez connoistre
que les mouvements de
nostre coeur ne font pas fixez
par le premier choix
que nous faisons. Un certain
je ne sçay quoy qui
nousentraisne en dépitde
nous, nous determine à
estre inconstans;& quand
mille exem ples ne serviroient
pas à justifier ce que
je dis,l'avanture donrje vais
vous faire part en seroit la
preuve. Une Demoiselle
fort bien faite,estimable
par sa beauté, & plus encorepar
son esprit qu'elle
avoir vif&très penetrant,
estantvenuë depuis peu de
-
mois prendre soin de quelques
affaires dans une petite
Ville peu esloignée de
Paris, y fut connuë en fort
peu
peu de tems de tout ce
qu'elle y trouva de personnes
denaissance. Son pere
& sa mere qui estoient de
qualité, mais qui avoient
peu de biens, luy connoisfant
du talent pour venir à
bouc de mille chicannes
qui leur estoient faites,&
par lesquelles on taschoit
de renverser leurs précentions
,quoyquejustement
fondées
,
s'estoient reposez
sur elle de la conservation
de leursinterests,&
elles'appliquoitàles mainteniravec
tant d'exactitude
& de conduite, qu'elle
eut bientost demesté les
difficultez quiempefchoient
qu'on ne luy rendit
justice. Son habileté fie
bruit, & tout le monde
marquant de rempressement
pour la servis auprés
de ses Juges, un Gentilhomme
, maistre de son
bien, & des plus riches de
tout le Pays, n'épargna ni
son crédit,ni ses soins pour
luy faire voir combien il
prenoit de part à ses avantages.
Angelique receut
agréablement le secours
i
qu'illuy donnaj&comme
dans le besoin qu'elle avoic
de luy les visites assidues
luy estoient permises
,
insensiblement
le Cavalier
prit pour elle un attachement
plus fort qu'il ne l'avoit
cru. Il connut bien
que ce qu'on luy Jonneroiç
en la mariant n'approcheroit
pas
'*
de ce qu'il pouvoit
prérendre; mais l'amour
commençant à l'cc.
bloüir,il considera que les
grands biens qu'il avoit lui
attireroient beaucoup d'affaires,
& dans cette veuë,
il crut qu'illuy feroit plus
avantageux d'avoir une
femme qui y mettroit ordre
, que d'épouserunefille
qui luy apportant une
dote considerable
, ne se
mefleroit de rien, & n'auroit
l'esprit porté qu'àfaire
de la dépense.Labellequi
s'apperceut de la conquête
que son merite luy avoir
fait faire , la menagea si
adroitement, que le Cavalier
fut enfin contraint de
luydeclarer sapassion On
ne doute point qu'il ne fut
écouté avec plaisir. Elle lui
marqua une estimepleine
de reconnoissance ; & en
l'assurant que ses parens ne
luy seroient point contraires,
elle eut pour luy des
égards d'honnesteté & de
complaisance qui luy firent
connoistre qu'il estoitaimé.
Commeelle avoit de
l'ambition,elle voulut s'asfurer
un rang, & se servir
du pouvoir que sa passion
luy donnoit sur son esprit,
pour luy marquer qu'il y alloit
de sa gloire de pren dre
une Charge avant que de
l'épouser. Le Cavalier avoit
ce dessein depuis quelque
temps, & ainsi en luy promettant
de la satisfaire,il
ne faisoitquece qu'il avoic
desja resolu. Les affaires
d'Angelique s'estantterminées
de la maniere la plus
avantageuse qu'elleeût pû
le souhaiter
,
elle retourna
à Paris, où son Amant la
suivit deux jours après. Son
pere & sa mere qu'elle avoit
instruit de l'estas des
choses, luy firent un accuëil
tres-obligeant, & pour estre
moins en peril de le
laisser échapper, ils luy offrirent
un Appartement
chez eux. L'offre estoit trop
favorable à l'amour duCavalier
pour n'estre pas accepté.
Il logea chez le perc
de laBelle;& ne songeant
qu'à avancer ses affaires, il
prit son avis sur la Charge
qu'il vouloit achepter.Tandis
qu'ontravailloit à lever
des difficultez assez legercs
qui empeschoient de conclurre
le marché de cette
Charge, l'amour fit paroitre
sa bizarrerie par les sentimens
qu'il inspira au Cavalier
pour une soeur d'Angelique.
Cette cadetteavoit
dans les yeux un fort grand
deffaut, dont beaucou p de
gensne se seroient pas accommodez
; & ce deffaut,
tout grand qu'ilestoit
,
ne
pur dérourner le Cavalier
du dessein qu'il prit de ne
vivre que pour elle. Il est
vray ,
qu'excepté ce deffaut,
il n'y avoit rien de
plus aimable.Elle avoit un
tein qui ébloüissoit
,
d*$
traits reguliers dans tout
son visaoge,•des mains & desbras d'une beauté (ans
, pareiflle,uinentailleeaisée;&
fine; & ce quiengageoit
encoreplus,elle estoitdu
ne humeur si douce & G.
agreable queparcetteseulequalité
elleestoit digne
duplus fort amour. Plus
leCavalierla vit,plusil la
trouvacharmante.Illuy
contoit cent folies,& l'enjouëment
avec lequel elle
y répondoit, estoit tout plein de
4
feu ,&. d'esprit.
Riennedevenoit suspect
dans leurs conversations,
parce qu'elles se faisoient
sans àQCun. mystere
,
&:
que l'occasion qu'ils avoient
de se parler àtoute
heure les rendant fortfamiliers,
ne laissoitrienvoir
iqlui fûtrecherche.Eneffet/'
n'yavoit que des sentimens
d'honnestetéducôté
decetteaimable cadette,
qui ne doutant point que
leCavalier .n'épousait..sa:;
soeur,estoitincapable d'aller
pour luyplus loin que
l'estime. Il n'enestoit pasi
ainsi du Cavalier. Le pen^*
chantqui l'entraisnoitvers
Julie,c'estoit ainsiqu'on
nommoitlacadette, eut
tant deforcequ'aprés lui
avoit dit plusieursfois en
badinantqu'ilestoitcharmé
desesmanieras,ils'expliqua
enfin serieusement
sur l'ardent amour • qu'elle
layavoitdonné. Julietournantlachose
en plaisanterie,
luyditqu'il perdoit
l'esprit;toutes lesdeclarations
qu'illuyfit ensuite
luy attirant la mesmeréponse,
illuydemanda un
jour quel désegrément Ôir
dans
son
hitmëtïr[du dans
sa personneluy faisoit
croire qu'ilnemeritoitque
ses mépris. Julie, qaecc
reprochefurprir*seAÇEUS
obligée deluy répondre
d'un ton un peu serieuxi,
qu'il se faisoit tort auiff^-
bien qu'à elle quand il
l'accusoit de le me'priser,
,& que s'il lui eût marqué
del'estime avant quede
s'engager avec si^foeur/
peut-estrene lui eust-ellc.
pas donnésujet de seplain-
-ài-é.^u peu dereconnoiC*.
sancequ'elleauroiteu de
: ses sentimens; maisqu'en fl'eftâcoù estoient les choqu'avec
lesïrcferves-qu'il
trouvoit injustes. Cette réponse
animala passion ; Ce
fut assez qu'il crustt nedéplaire
pas pour l'engager
à aimeravecplus de vio-
~îehée;îl abandonna, son
coeur à tout son penchant,
& ne songea plus qu'à persuader
Julie de sonveritable
attachement. Comme
elle estoitsage, ellevoulut
leguérir en lui donnant
moins d'occasionsdel'entretenierdesonamour;
;rnâi$*plus elle avoit soin
de les éviter, plus illes re-
,
cherchoit.Cetempressement
fut remarquée .& il
:,fettahitbientoft& par
soninquiétude ,; lorsque
fpour le fuïr cette cadette- senfermoit exprisdans sa
chambre,&- par, les regards
pleinsdamour,qu'il
;jettoit sur elle quand illa
voyoitdeyant destémoins.
L'aisnée qui trouvaquel?-
cque refroidissementdans
les maniérés du CavalierJ, >» ensoupçonnaauflitoftla
cause.Ellç pritgardejqu^l
navoit plus auprès de sa
joçurces airs enjoiiez & lu
:bres qu1a-vou pris tantdç
ibis. Elle les .voyait embafailes
fitor quoleursyeuxfe
renconcroienr,ôçla contrainte
qu'ils s'ilup.osoient
J'un & rau.tre Ce lon les. div,
veerrescess'vy-ecuuëc1iCq¡uUt\lleessoobbHli--
geoient de s'observer, luy
fut enfin une indice de la
rrahifonqui lay cftoir faite.
Commeelle estoit ficre,
elle s'en feroit volontiers
vengeeenle prévenant par
ion cjungejnçncjmaisd
Je avpird£ fort peu de biens?en renonçantan
Cavalier elle
n'etoitpas furedexroirver
un :aurrc:fPareilquil'eust
confoléc xfesr avanrao-es
qu'elle auroit perdue ERllfe
rsfolut de dissimuler;& fc
Contenta desoulager ses
-t,' chagriné par- ; -, - ]4ùes quelques
plaintes qui deconcercerent
le Cavalier. Le troublequ'il
fit paroiflre suc
un aveu de son crimeelleen
tira desconfequettces
qui lui firent examiner
de plus prés tous lesfujers
quelleavoit de fe- deffier
de on amour.Leunma~-
riage ne se devant faire
quaprès cWEculcer lc+
vees touchantLr charge
qiriti vouloir-avoir'elfe
découvrit qu- ne teneit;
qu'à luy de les voir finies,
f&aqisuoeitlnesaiosbtrsetnacelpeosuqiuro'ii^eyn*c
avoir aucun autre fondée
mène que le defilein de gau
gner du terni. Remplie dfe
tous cés fouprons, & vouw
lanceftre* cclaircie dece
qu'elleapprehendoit relfe
pria son pere & sa mere
de vouloir presserlescheM
ses, leur faisant connoistre,
[ans leur parler de sa
foeur, ce qu'il y avoit
.4.r~q~~:~fqer~nT.
jypbftin^i<pn,4^Çav/alter
fur- les prétenduësdifficihi^
rez de la Charge avoic déjà
commencéàleur devenir
suspecte.-jlç, renrreriQrenten
particulier., & luy
dirent, que comme ilsl'a*-
voient logé chez eux >oni
lqïiuuarrnt^ijejrrodipc,..;dvaonirs'&tolountg^te-
.cçpips ^jiffçrpr le mariage
^IpAÈ p#i^^oit cpnvena>>;
que pour;:einpe^her.Iç?
fafcheu* difcoursril falloir
longerg terminerçette.af- fajre«Reliait mile.
fcefoin
-
d'attendre quileuft
fini (on autretraite. Le Cavalier
ne balançapoint far
le parti qu'il avoit à prendre.
IL leur repçjiditqu'il
se sôuvenoit dela, parole
qu'il avait doppée
, &
qu'il Tâ tiendrour avec joïç
en telteras qu'il leur plairoit*,
quilayoit promis d'entre
leur Gcndre., & qu'ilse
feroit un bonheur de le dc<-
venir, mais que ce feroit
en epousant la cadette pouf
qui il sentoit la plus violente
passion
;
qu'il trouçvoit
enelle tout ce* qui
pouvait lesarefairejq1!s
l'humeur de son aisnée êtoit
si peu compatiflante
avec la tienne , qu'elle rre
'hpeouurerurxoitque'terendre trial- ; Ce ques'ils rIl
soient ce qu'ildemandôté
aveclescplilsinftanresprte^
res; ilférdft côntrainrd'é (h
étirer.IlTenirStcette reponsèavec
tant de fermeté
,& toutcequ'ils purent
ce defleirieue si peud'efset,
quene voulant pas rifquer
une si bonne fortune,
ils se virent obligerde conïcntir
a ce qu'il voulÙr. La
feule condition qu'ils exigèrent
»fut que lachofe lè sirau.plustost&eri fçcrct,
afin Que l'aînée fit moins,
éclater."son rcfTehrimenc
quand elleapprendroic
luip injnftice-qui n'auroic,
plus de remède. Le transl
port qui l'obligea de se jet-l'
tera leurspieds pour leurs
rendre grâce de ce qu'ils
faifoiencpour luy, leur
fut une preuve dekvio-''
lence avec laquelle il aimait.
Ils direntà Angélique,,
que quelques raisons -'"~- :jl ¿Lt.,
q'u'Us eutreht: puappoftrf,
le CavalierNettoie si bien
mis en ceste de ne fc poins
marier-quiIn'tut traJcedc làCharge*qu'illeuravQÎt
este impossible den rien
obtenir.Elle compritce
vouloic direrirt refu?
siobstine, &ejifiic,p(qiie'c
audernierpoint: Cependant
toutseconcerroit fccfrecëitientpôurle
mariage
ifaCavalier & de la cadette,
6cil nemanquoitpoor
l'achever qu'une oçcasion
d'en faire la cercmonie
fins queJîaifnécenpu£k
«Tien^fçayoir.cElliBts^ôfffio
favorable peude joursa
persétosi.sU:-nteeDndamreemdeonntfacimelelcea^,
la priade lui tenir <comp&ȣ
gniedansune partie»de*
promenade qui l'enga- - géoît'àallerpasser^queU:
quesjours ala campagne,
Angelique y alla; &euch
assez de forced'esprit pourd
se rneitreaudessus, der fc*:
chagrins ,y;pàroiftra
d'une humeur toute char,s?
mante. Onluy dit qu'onr«
voyoit bien que lajoye
unmariage prêssà;fefai^*
re iiotkmit :au.JJr belles 4c>
grands sujetsd'en~
rrient 3c f>&ur affoibiir la
bèiïf^ÙfcÇftoic
:'1;W ~po~ sép^#;
<yi,'ori jugeoiemal d'elle;
qu'il falloitpourlatoucher
dfccçrtgînçft çp^plaiJàtW
ççsScéc^rpu^s,4'efpri^
qu'ellen'avoit potfiHfcotfivc
dans le Cavalier ;&que
]$&€&>&$tf/a^pkfbC ji;G-
''¥tt.,..Jà-, traîne
!
çnlon.
gwàF que .paw <~J)~
vouioitl'engagerà épothsersa
cadette.Un vieux
garçonfôrc riche,$c re-
.-, : ve stu
Veftj d'une Charge plus
côn(lderab!e, que; cele
^orn^le*CavalierttrakoiC",
itïi'dieeirriant^que quoif
qi/ft eûttousjours esté indiffèrentpoarle
mariage-,
41 vouloiravoir ces tou«s
dVfpm^qui^lmplaifq»erft
tartr,afin de luyoffrirses
*fcrviccssSe quepourles
^cotîi'pîaifiincc^illoy-ii#ok
'aisëifcritépondreîAng^-
lliquéluyrepartit''-¡Ual'-eR
'riant,quelleavoie cm de-
* cûcfâïr'c&luyoc-quï^ftolc
"ftfoftde Ionjgé&É1, faqu^
liotit premire
3*
iïij seroient
^(Tezl'undel'autre;
Surcepies la levietbQ£±,
t~fipç£jçnf4iar>çnj&$dce*uixdjoeus.rdsçruccoemubïfmeunAmant
declaré eç
die à une maistresse;ilgoû-
~asi bien foû-efpric,que
malgrétoutes lesresolutions
prises de demeurer
toujourslibre,il parla eafin
4cnnnfafriâge, Cetteproposition
fut ct.ua
d'Angelique. Elletrouvoit
un rangquicontetoitson
~M;AtPIC,
me à^ui elle '^ouviic foa
•;
ccçw*entrai dansla contu
sJgacejàp;vieik Officier è.ôç
luyfitpromettreque puisqpril,
scîlcrit;déclaré avec
son amie
,
ilen iroitfaire
la demande dans les fox?
mes apressonretour. Ao*
gelique estantrevenue ccçrmnrta à rscoynn pp~e~ree lr'eenn9g'aaggce,4.
ment ou l'on s'estoit mis
pourelle. Lemariagje de
lacadetteestoitfait;ce fut
• pourJuyune joye sensiblé
de voir finir plustost qu'il
f}cTayoit.^çnirembarrai
de te cacher. Cetteadroite
filledissimulant son reflet^
"timénr, ~tWIia deserendre
coure aimablepourle Cavalier
,afindereveillerson
: amour,&deluydonner
parlaplus de regret dela
perdre. Le lendemainelle
remarqua sans estreveue,
que le Cavàliers'èstoitcouole
dans sa chambre délà
soeur,&que la porte en
avoit esté au{fitbftrFerm'éei
Si elleeut ladouleur,elle eut de la joye en meflriè
temps de ce que sa
I
foeur faisant 0"det
avancessiindignesd'elle,
mettoit leic-al
valier hors d'estat de la voirloir,
pour sa femme.Cetre
penséelui remplie l'esprit,
E|lcçrutqfi'ilr^fufepait de
l'epouseraprés les ofreurs
qu'il enavoit obtenuës, &
qu'ainsielle seroit vengée
&d'elle&deluy, quand
son mariage avec l'Officier
ne laisseroit plus. aucun
prerexteà son pere de garder
leCavalier. CetOfficiertintparole.
Onavoit
esteaverti de savisite,& le
Cavalier qui la sçavoitalia
iQUt expréssouperenville
,
&ne revint que.forttard.
L'Officiercharmédel'ac.
*
cuélquï luifut fait, nesortit
point qu'onn'eustfigné
des articles.Angeliquequi
naspiroitqu'à joüir de
vengeance ,
attendisà G.;,
coucher que leCavalierfust
révenn. Apresluiavoirfait
quelquespUimes.delan}*-
niere dont il en usoit po^fc elledepuisquelque rems,
elleajoustaqu'elle lavpiç
timens favorablesqu'elle
luy avoirmarqué d'abord,
qu'ellevenoit ;d£/eagagejf
à un autre,&qu'un Contrat
dem~gc~~sa
separoit pour jamais. Ilseignit
vivejnençxogtçhiî 4e_cy tte
nouvelle. Augeiique pleinede
son triompheenlevoyant a-iii1
accablé, le quitta sans lui donner
letemsde répondra,c'étoit
ce qu'if avoitsouhaitté.Ilse
coucha forttranquillement, Sç
le lendemain comme il l'avoit
concerté avec sonbeaupere ££
atec sa femme,ilalla
chez
un
amidans un quartier éloigné,
oùildemeurajusqu'à ce qu'on,
~çût:sais;lemari^gplÀng^ljqu^
qui imputa cette retraité a'fj>n
deseespoir ,en
.-
sentir (a Vanité
agréablementflatée. Elleépousal'Officier,&
deuxjqursaprés.
le Cavalier revint auprèsde sa
femme. La nouvelle mariée ne
l'eûtpasplustost appris,qu'elle
alla trouver son pere, & luy fit
connoitre le péril où Julie eftoit
exposée s'il gardoitchez
luyleCavalier.Son pereluy
dit, que puisqqu'elleavoittout
sujet d'estre contente, il estoit
pesruadé qu'elle aimait sa soeur
pbur prendre partà ses avanta
ges ; après quoy illuyexpliqua
ce quiestoit arrivé: Le dépit
qu'elle,eue*,de s'estrepromis
une veugeance >
qui ne tournoitqu'asahonte
,la mit, dans
ila deff>rdr6~d'éfpVjhcroy2-
ble.Elle sorit blusquement,
& depuis trois moisqu'elle est
mariée
,
elle n'a
,
point encore
voulu.voirsa soeur
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Résumé : HISTORIETTE.
Le texte raconte les péripéties amoureuses et les manœuvres stratégiques d'Angélique, une jeune femme intelligente et belle, et d'un gentilhomme riche. Angélique se rend dans une petite ville près de Paris pour régler des affaires et attire rapidement l'attention du gentilhomme, qui tombe amoureux d'elle. Consciente de son pouvoir, Angélique manœuvre habilement pour obtenir une déclaration d'amour et une charge avant le mariage. Cependant, le gentilhomme rencontre Julie, la sœur cadette d'Angélique, et se trouve attiré par elle malgré un défaut physique notable. Julie, sage et douce, repousse d'abord ses avances mais finit par succomber. Angélique, devinant la situation, dissimule sa douleur et accepte de se marier avec un officier. Le gentilhomme obtient la charge et épouse Julie, tandis qu'Angélique se venge en se mariant rapidement, privant ainsi son père de garder le gentilhomme dans la famille. Parallèlement, un cavalier revient tard chez lui après un voyage. Un officier, charmé par Angélique, apprend qu'elle ne sortira pas tant que certains articles ne seront pas signés. Angélique, assoiffée de vengeance, attend le retour du cavalier pour lui révéler qu'elle est fiancée à un autre et que leur contrat de mariage les sépare à jamais. Accablé, le cavalier se couche tranquillement. Le lendemain, il se rend chez un ami dans un quartier éloigné pour éviter d'être saisi. Angélique épouse l'officier deux jours plus tard. Le cavalier revient ensuite auprès de sa femme, mais la nouvelle mariée informe son père du danger que court Julie si le cavalier reste. Le père explique la situation à sa fille, qui, dépitée de ne pas avoir obtenu sa vengeance, refuse de voir sa sœur depuis trois mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 415-422
L'HOMME. ODE.
Début :
Amas de fange et de poussiere, [...]
Mots clefs :
Homme, Erreur, Passions, Raison, Vices, Sagesse, Ambition, Justice, Innocence, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME. ODE.
L'HO M M E.
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
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Résumé : L'HOMME. ODE.
Le texte propose une réflexion sur la condition humaine et ses erreurs. L'auteur critique les passions humaines et l'aveuglement des hommes face à leurs propres vices. Il déplore que l'humanité, initialement guidée par une nature aveugle, ait été ensuite égarée par la raison, qui n'a fait qu'éclairer les fureurs humaines. L'homme, devenu moins rustique, a construit des villes pour assouvir sa rage et ses intérêts égoïstes, dictés par l'ambition et l'avarice. L'auteur invoque la justice divine pour punir les méchants, mais reconnaît la clémence de Dieu qui ne veut pas la perte de l'homme. Il évoque ensuite l'intervention de Thémis, déesse de la justice, dont les efforts ont été corrompus par l'opulence. Le texte critique les civilisations anciennes, notamment Rome et la Grèce, en révélant les vices cachés derrière leurs apparentes vertus. Il dénonce les crimes et les hypocrisies des héros et des sages de ces époques, soulignant que leur sagesse n'était souvent qu'une folie austère. L'auteur mentionne également l'éloquence et la poésie, qui ont parfois été utilisées pour opprimer l'innocent autant que pour combattre les tyrans. Il conclut en cherchant un homme vertueux, loin des superbes portiques du crime, dans les cabanes rustiques où l'innocence est adorée.
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6
p. 1235-1240
L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Début :
Quelle est cette horrible furie ! [...]
Mots clefs :
Furie, Ambition, Intérêt, Abîme, Funérailles, Princes, Fleuves de sang, Guerre, Paix, Sisyphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
L'INTEREST ,
ODE
Quipar lejugement de l'Académie des Jeux
Floraux , a remporté cette année 1731 .
le Prix de l'Amarante d'or , destiné à
cegenre de Poësies elle est de M. l'Abbé
Poncy de Neuville ; c'est pour la septième
fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Quelle
Uelle est cette horrible furie !
Son souffle empoisonne les Airs ;
Sa pernicieuse industrie ,
De crimes remplit l'Univers
D'un glaive sa main est armée
Elle va de rage animée
Creuser en cent lieux des Tombeaux
L'ambition et l'avarice ,
L'affreuse envie et l'injustice ,
L'éclairent de leurs noirs flambeaux,
I. Vol
By C'est
1236 MERCURE DE FRANCE
C'est l'Interêt ; non. le Tartare ,
Fécond en vices éclatans ,
N'a rien vomi de plus barbare
Depuis la naissance des temps ,
Sur un vaste amas de ruines ,
Il s'éleve fier des rapines >
Dont on enrichit ses Autels
Les insatiables harpies ,
Volent autour des dons impies
Que lui prodiguent les Mortels.
Le Nocher , loin de sa Patrie ,
Pour lui seul renonce au repos ;
Il part , il brave la Furie ,
Des Vents déchaînez et des Flots
Si- tôt que l'Interêt décide ,
Rien n'arrête , rien n'intimide ,
Que dis- je ? on renonce aux plaisirs ,
Les esprits opposez s'unissent
Les plus indociles fléchissent
Tout change au gré de ses desirs.
&
Tyran que l'Univers encense
Malgré l'honneur et la raison ,
Sous le regne de l'innocence ,
On ignoroit jusqu'à ton nom
Dans les flancs des profonds abymes
2
1
I. Vol.
Les
JUIN.
1731. 1237
Les trésors , source de nos crimes ,
Etoient encore resserrez •
Nous n'aurions point connu la guerre ,
Sï jamais du sein de la Terre ,
Ton bras ne les avoit tirez.
{
Quelles horribles funerailles !
Je nâge en des Fleuves de sang ;
Le cruel démon des batailles ,
Porte la mort de rang en rang ;
Les Provinces sont ravagées ;
Les Citez tombent saccagées ;
Et sous ces Palais désolez ,
Je vois par d'odieuses trames ,
Parmi les cris , parmi les flâmes ,
Périr cent Princes immolez.
Quand les feux des guerres publiques ,
S'éteignent aux pieds de la Paix ,
Auteu: des troubles domestiques ,
Tu vas causer d'autres forfaits ,
Le fils s'arme contre le pere ,
Le frere attente sur le frere ,
L'ami méconnoît ses amis ,
Grands Dieux , ses maximes sinistres ,
Souillent quelquefois vos Ministres ,
Et corrompent ceux de Tlémis.
9
I. Vol.
Par
B vj
1238 MERCURE DE FRANCE
Par les coupables artifices ,
On trahit , on vend l'équité ,
On profane les Sacrifices ,
Que vous offre la pieté;
Combien ... mais non…….. que mon silence },
Dérobe à l'injuste licence ,
Des Portraits toujours dangereux ;
Craignons de lui fournir des armes ;
Effaçons plutôt par nos larmes ,
Tout ce que leurs, traits ont d'affreux.
Ce ne sont plus ces simpaties ,
Desames qu'un rapport heureux
Auroit l'une à l'autre assorties ,.
Qui de l'Hymen forment les noeuds
Toi seul regle la destinée ,
De la Victime infortunée ,
Qu'on entraîne aux pieds de l'Autel ;
Interêt , quel est ton empire-?
Le tendre Amour en vain soupire,
Il y reçoit le coup mortel.
Delà ces feux illegitimes ,
Par qui le Ciel est irrité.
Ah ! n'imputons qu'à toi les crimes ;
Que commet l'infidelité ;
On s'est uni sans se connoître ,
..
* 15 :
I. Vol. On
JUIN. 1731 8239
On se seroit aimé peut-être ;
Le coeur au moins eût combattu :
Mais par ton funeste caprice ,
Barbare , tu forces au yice ,
Ce coeur formé pour lá vertu.
Qu'elle est cette Idole fragile ,
Livrée au caprice du vent è
La tête est d'or , les pieds d'argile
Ont pour baze un sable mouvant
J'entends les fiers Sujets d'Eole ;
Ils s'unissent contre l'Idole ;
Quel bruit ! quel fracas ! quel débris !
Le decret des Cieux s'execute
Et le lieu même de sa chute ,
Disparoît aux regards surpris
.
>
De votre sort c'est là l'image
De l'Interêt vils Partisans ,
La Fortune abbat son ouvrage ,
Fuyez ses perfides présens
Quand elle seroit plus constante ,
Quand tout rempliroit votre attente ,
Par un long et coupable abus ,
Les plus formidables Monarques ,
Naissent tributaires des Parques ,
Vous leur devez mêmes tributs
D
i ita
I. Vol. Des
1240 MERCURE DE FRANCE
Des Sysiphes , des Promethées ,
Vous méritez les châtimens ,
Les Eumenides irritées ,
Vous préparent mêmes tourmens ;
Vos vains honneurs , coupables Ombres ,
N'ont plus d'éclat dans ces lieux sombres ,
Ou tous les rangs sont confondus ,
Et ces biens pour qui l'on soupire ,
Ne peuvent rien dans un Empire ,
Où l'on juge au poids des vertus.
Va par tes brigues infernales ,
Sordide Interêt , Monstre affreux ,
Regner sur des ames vénales ;
Reçois l'hommage de leurs voeux ;
Je préfère à ton opulence ,
Une vertueuse indigence ;
Tu ne peux séduire mon coeur ;
Et je le percerois moi- même ,
Si par un changement extrême ,
Il t'avouoit pour son Vainqueur.
ODE
Quipar lejugement de l'Académie des Jeux
Floraux , a remporté cette année 1731 .
le Prix de l'Amarante d'or , destiné à
cegenre de Poësies elle est de M. l'Abbé
Poncy de Neuville ; c'est pour la septième
fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Quelle
Uelle est cette horrible furie !
Son souffle empoisonne les Airs ;
Sa pernicieuse industrie ,
De crimes remplit l'Univers
D'un glaive sa main est armée
Elle va de rage animée
Creuser en cent lieux des Tombeaux
L'ambition et l'avarice ,
L'affreuse envie et l'injustice ,
L'éclairent de leurs noirs flambeaux,
I. Vol
By C'est
1236 MERCURE DE FRANCE
C'est l'Interêt ; non. le Tartare ,
Fécond en vices éclatans ,
N'a rien vomi de plus barbare
Depuis la naissance des temps ,
Sur un vaste amas de ruines ,
Il s'éleve fier des rapines >
Dont on enrichit ses Autels
Les insatiables harpies ,
Volent autour des dons impies
Que lui prodiguent les Mortels.
Le Nocher , loin de sa Patrie ,
Pour lui seul renonce au repos ;
Il part , il brave la Furie ,
Des Vents déchaînez et des Flots
Si- tôt que l'Interêt décide ,
Rien n'arrête , rien n'intimide ,
Que dis- je ? on renonce aux plaisirs ,
Les esprits opposez s'unissent
Les plus indociles fléchissent
Tout change au gré de ses desirs.
&
Tyran que l'Univers encense
Malgré l'honneur et la raison ,
Sous le regne de l'innocence ,
On ignoroit jusqu'à ton nom
Dans les flancs des profonds abymes
2
1
I. Vol.
Les
JUIN.
1731. 1237
Les trésors , source de nos crimes ,
Etoient encore resserrez •
Nous n'aurions point connu la guerre ,
Sï jamais du sein de la Terre ,
Ton bras ne les avoit tirez.
{
Quelles horribles funerailles !
Je nâge en des Fleuves de sang ;
Le cruel démon des batailles ,
Porte la mort de rang en rang ;
Les Provinces sont ravagées ;
Les Citez tombent saccagées ;
Et sous ces Palais désolez ,
Je vois par d'odieuses trames ,
Parmi les cris , parmi les flâmes ,
Périr cent Princes immolez.
Quand les feux des guerres publiques ,
S'éteignent aux pieds de la Paix ,
Auteu: des troubles domestiques ,
Tu vas causer d'autres forfaits ,
Le fils s'arme contre le pere ,
Le frere attente sur le frere ,
L'ami méconnoît ses amis ,
Grands Dieux , ses maximes sinistres ,
Souillent quelquefois vos Ministres ,
Et corrompent ceux de Tlémis.
9
I. Vol.
Par
B vj
1238 MERCURE DE FRANCE
Par les coupables artifices ,
On trahit , on vend l'équité ,
On profane les Sacrifices ,
Que vous offre la pieté;
Combien ... mais non…….. que mon silence },
Dérobe à l'injuste licence ,
Des Portraits toujours dangereux ;
Craignons de lui fournir des armes ;
Effaçons plutôt par nos larmes ,
Tout ce que leurs, traits ont d'affreux.
Ce ne sont plus ces simpaties ,
Desames qu'un rapport heureux
Auroit l'une à l'autre assorties ,.
Qui de l'Hymen forment les noeuds
Toi seul regle la destinée ,
De la Victime infortunée ,
Qu'on entraîne aux pieds de l'Autel ;
Interêt , quel est ton empire-?
Le tendre Amour en vain soupire,
Il y reçoit le coup mortel.
Delà ces feux illegitimes ,
Par qui le Ciel est irrité.
Ah ! n'imputons qu'à toi les crimes ;
Que commet l'infidelité ;
On s'est uni sans se connoître ,
..
* 15 :
I. Vol. On
JUIN. 1731 8239
On se seroit aimé peut-être ;
Le coeur au moins eût combattu :
Mais par ton funeste caprice ,
Barbare , tu forces au yice ,
Ce coeur formé pour lá vertu.
Qu'elle est cette Idole fragile ,
Livrée au caprice du vent è
La tête est d'or , les pieds d'argile
Ont pour baze un sable mouvant
J'entends les fiers Sujets d'Eole ;
Ils s'unissent contre l'Idole ;
Quel bruit ! quel fracas ! quel débris !
Le decret des Cieux s'execute
Et le lieu même de sa chute ,
Disparoît aux regards surpris
.
>
De votre sort c'est là l'image
De l'Interêt vils Partisans ,
La Fortune abbat son ouvrage ,
Fuyez ses perfides présens
Quand elle seroit plus constante ,
Quand tout rempliroit votre attente ,
Par un long et coupable abus ,
Les plus formidables Monarques ,
Naissent tributaires des Parques ,
Vous leur devez mêmes tributs
D
i ita
I. Vol. Des
1240 MERCURE DE FRANCE
Des Sysiphes , des Promethées ,
Vous méritez les châtimens ,
Les Eumenides irritées ,
Vous préparent mêmes tourmens ;
Vos vains honneurs , coupables Ombres ,
N'ont plus d'éclat dans ces lieux sombres ,
Ou tous les rangs sont confondus ,
Et ces biens pour qui l'on soupire ,
Ne peuvent rien dans un Empire ,
Où l'on juge au poids des vertus.
Va par tes brigues infernales ,
Sordide Interêt , Monstre affreux ,
Regner sur des ames vénales ;
Reçois l'hommage de leurs voeux ;
Je préfère à ton opulence ,
Une vertueuse indigence ;
Tu ne peux séduire mon coeur ;
Et je le percerois moi- même ,
Si par un changement extrême ,
Il t'avouoit pour son Vainqueur.
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Résumé : L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
L'ode 'L'INTEREST' de l'Abbé Poncy de Neuville, lauréate du Prix de l'Amarante d'or de l'Académie des Jeux Floraux en 1731, dépeint l'Interêt comme une force destructrice et corrompue. L'auteur présente cette entité comme la source de nombreux maux, tels que l'ambition, l'avarice, l'envie et l'injustice. L'Interêt pousse les hommes à commettre des crimes et à sacrifier leur honneur et leur raison. Il est comparé à un tyran qui règne sur l'univers, provoquant des guerres, des massacres et des divisions familiales. Cette force corrompt également les ministres et les juges, et pervertit les relations humaines, y compris l'amour et le mariage. L'ode met en garde contre les dangers de l'Interêt et exalte la vertu et l'indigence vertueuse par opposition à l'opulence corrompue. L'auteur refuse de se laisser séduire par l'Interêt et préfère une vie vertueuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
7
s. p.
L'AMBITION. ODE.
Début :
Ambition, funeste Idole, [...]
Mots clefs :
Ambition, Trahison, Barbare, Héros, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : L'AMBITION. ODE.
L'AMBITION.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
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Résumé : L'AMBITION. ODE.
Le texte 'L'Ambition' critique les ravages de l'ambition dévorante. L'auteur dépeint des hommes esclaves d'un espoir futile, la vérité alarmée et Thémis désarmée face aux puissants. Les crimes les plus noirs engendrent des victimes tragiques, sacrifiées par la fureur, l'imposture et la trahison. L'innocence succombe à la barbarie, et la malice triomphante se moque d'un avenir heureux. L'ambition, comparée à un torrent dévastateur, ravage tout sur son passage, entraînant la guerre et les malheurs humains. Les rois, maîtres de la paix et de la guerre, sont accusés de remplir leurs fastes d'exploits cruels et odieux. L'auteur évoque un passé où l'homme était heureux, aimant Dieu et vivant en paix. Il critique les grands insatiables, comparés à un hydropique dont la soif ne peut être étanchée. Alexandre, par exemple, ne se contente pas de conquérir la Grèce mais veut soumettre l'univers entier. Un roi guidé par l'ambition est décrit comme un furieux, un homicide, l'horreur des nations, comparable à un tigre ou un lion enragé. L'ambition est présentée comme un assemblage monstrueux de vice, de crime et de rage, produit par Dieu pour punir les hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 366-375
LETTRE écrite de Constantinople le 10. Novembre 1732. au sujet de la derniere Révolution de Perse.
Début :
Après avoir été fort long-temps ici dans l'incertitude sur les affaires de Perse, on a reçu enfin [...]
Mots clefs :
Perse, Constantinople, Thamas Kouli-Kan, Roi, Prince, Armée, Ispahan, Chah, Troupes, Général, Officiers, Ministre, Cour, Couronne, Empire, Ambition, Révolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 10. Novembre 1732. au sujet de la derniere Révolution de Perse.
LETTRE écrite de Constantinople le
10. Novembre 1732. au sujet de la der
niere Révolution de Perse.
Près avoir été fort long - temps ici dans l'in-
Acertitude sur les affaires de Perse, on a reçû enfin
à la Porte des nouvelles d'Achmet - Pacha,Gouwerneur
de Bagdat ; et voici la traduction d'une
Lettre que ce Pacha a envoyée au G. S, et qui
lui avoit été écrite d'Ispaham le 26. Septembre
dernier par Abdilbaki Kan de Kirmanchah , qui
se trouvoit alors à la Cour de Perse
Les nouvelles que j'ai écrites à Votre Excellence,
très -Honoré et très- Magnifique Seigneur , vous
surprendront moins qu'un autre, parce que l'arrogance
et l'ambition sans bornes de Thamas Kouli-
Kan vous sont connues depuis long- temps ; voici
ce que j'ai à vous apprendre d'interessant qui
regarde la situation présente de cet Empire.
Thamas Kouli- Kan , après avoir subjugué la
Province de Yerak , s'étoit livré à des idées ambitieuses
, qui lui avoient fait concevoir le dessein
de s'emparer de la Couronne de Perse ; et
comme il lui falloit un prétexte pour s'approcher
d'Ispaham , il publia qu'il vouloit faire la
guerre à l'Empire Ottoman , et sans attendre
d'ordres formels de Schah - Thamas , il parut disposer
son Armée à se mettre en marche.
Le Roy de Perse , à qui la conduite de son
Premier Ministre étoit devenuë suspecte , comme
V ,
FEVRIER . 1733. 367
V. E. en a été déja informée , et qui avoit connoissance
de ses projets ambitieux , lui écrivit
de ne pas s'avancer avec l'Armée et d'attendre
ses ordres dans le Khorassan . Thamas Kouli- Kan,
qui avoit ses vûes , obéit et se contenta de supplier
le Roy par des Lettres très - soumises , en
apparence , de lui envoyer ceux de ses Officiers
ou Ministres en qui il auroit le plus de confiance
, pour qu'il pût conferer avec eux sur les interêts
de l'Etat, et leur communiquer ses desseins et
ses vûës.
>
Thamas- Schah ne se refusa pas à cette proposition
, il nomma plusieurs Députez qu'il choisit
parmi les Seigneurs les plus qualifiez de sa Cour,
et qui lui étoient le plus affidez. Ceux - cy se rendirent
à l'Armée de Kouli - Kan et ce General
pour les engager à ajoûter plus de foi à ses paroles,
destina pour le Lieu de la Conference , l'enceinte
du Tombeau de l'Iman * Riza , Personnage
tenu pour Saint et extrêmement réveré parmi
les Persans. Il commença la Conférence par donner
aux Députez des assurances de la sincerité de
de ses sentimens , qu'il accompagna des sermens
les plus terribles , leur disant qu'il n'avoit rien
tant coeur que d'en donner des preuves à son
Souverain ; que les soupçons du Roy , dont il
avoit lieu de s'appercevoir , le mettoient au désespoir
, qu'il les prioit de les effacer de l'esprit
de ce Prince , et enfin qu'il n'avoit point d'autre
vûë , en voulant conduire P'Armée dans la Province
d'Ispaham , que de la faire passer vers les
Il faut lire Ali - Ridha , le VIII. des 12 .
fameux Imans , ou Chefs de la Religion Musulmane
, descendans d'Ali et reconnus tels par les
Persans , &c.
Hij Fron368
MERCURE DE FRANCE
6
Frontieres de Turquie pour vanger l'Empire de
toutes les cruautez que les Turcs avoient exercées
dans les differentes Provinces de Perse .
Les Députez se laisserent tromper à ces apparences
de sincerité et de bonne foi , et Thamas
Kouli- Kan les renvoya en les chargeant d'une
Lettre pour le Roy , par laquelle il marquoit à
ce Prince qu'il ne se regardoit que comme le der
nier de ses Esclaves , qu'il n'avoit d'autre ambition
que celle de travailler pour son service et
pour sa gloire , que cependant lorsqu'il se seroit
approché d'Ispaham avcc l'Armée , il ne feroit
aucune démarche sans son ordre.
Le Roy ayant reçû cette Lettre , bien loin d'a
joûter foi aux protestations de son General , sortit
d'Ispaham avec ses femmes et tous ses Effets
les plus précieux , et alla camper à cinq journées
delà dans un lieu appellé Serchemé , dans l'ancienne
Bactriane , à dessein de ramasser autant
de Troupes qu'il lui seroit possible, et d'en for-
- mer un Corps d'Armée capable , en cas de besoin
, de résister aux forces de Kouli - Kan , résolu
à tout évenement , et dans le cas d'une
grande extrémité , de se réfugier dans les Etats
du G. S.
Cependant ce Prince , qui au péril de sa vie ,
vouloit maintenir le dernier Traité conclu avec
la Porte , écrivit à son Géneral les raisons les
plus fortes pour le détourner de faire la guerre
aux Turcs au préjudice de ce Traité , ajoutant
que s'il aimoit tant la gloire et la prosperité de
la Perse , il pouvoit signaler sa valeur en portant
la guerre dans le Pays des Tartares Usbecs , dans
celui des Aghuans et jusques dans les Indes , qui
lui offroient des Pays assez vastes pour contenter
son ambition ; qu'en un mot il lui deffendoit
trèss
FEVRIER. 1733. 369
très - expressément et sous peine de desobeïssance
, de faire avancer son armée dans la Province
d'Ispaham .
Sur des ordres si précis , Kouli- Kan prit le
parti de feindre , dit qu'il étoit disposé d'obéir ,
et il en écrivit en ces termes au Roy son Maître ,
ajoutant seulement qu'il étoit d'avis d'envoyer un
Ambassadeur à la Porte pour demander la restitution
des Provinces dont le G. S. avoit conservé
la possession par le dernier Traité , et qu'en attendant
le retour de l'Ambassadeur , il resteroit
campé avec l'Armée à Serahanende. Mais dans
le même- temps qu'il paroissoit si soumis , il
écrivit à tous les amis qu'il avoit à la Cour , οὐ
son crédit et son autorité lui en avoient fait
un grand nombre , de mettre tout en usage pour
effacer les soupçons du Roy , et de l'engager ,
force de prieres , à quitter son Camp et à rentrer
dans sa Capitale.
Les Partisans de Kouli- Kan s'employerent ave
tant de zele et parlerent si efficacement en faveur
de sa prétendue fidelité , qu'ils dissiperent en
partie les soupçons de Schah- Thamas , mettant
en oeuvre toute sorte d'artifice pour le rassurer,
ensorte que ce malheureux Prince se laissant enfin
entierement persuader , quitta son Camp et
rentra dans Ispaham .
A peine le General en eut reçu l'avis , qu'il
quitta Serahanende et sa premiere démarche fut
d'envoyer ses Officiers les plus affidez avec de petits
corps de Troupes occuper les postes les plus
importans des environs d'Ispaham ; desorte qu'en
peu de temps il se vit maître de tous les passages
par où le Roy auroit pû sortir de cette Ville
qu'il tint , pour ainsi dire , bloquée , prenant en
même-temps des précautions pour que l'on ob-
H iij
servât
?
370 MERCURE DE FRANCE
servât tous les mouvemens de ce Prince , er pour
qu'il ne lui fût pas possible de prendre la fuite.
Après avoir ainsi disposé les choses il écrivit
à ses amis qui étoient auprès de Schah- Thamas ,
d'engager ce Prince à l'inviter de se rendre auprès
de sa Personne. Le Roy s'apperçut trop
tard de la facilité avec laquelle il avoit ajoûté foi
aux paroles de son General ; mais se voyant environné
de ses Ennemis , sans secours et hors
d'état de rien entreprendre , il fut contraint de
suivre les mouvemens qu'on lui inspiroit et de
concourir lui- même à sa perte .
Il écrivit de sa propre main à Thamas Kouli-
Kan , pour l'inviter à venir recevoir des marques
de sa satisfaction et de sa bienveillance . Ce perfide
Ministre n'eut pas plutôt reçû la Lettre du
Roy qu'il s'avança vers Ispaham , suivi de son
Armée , Schah - Thamas en étant averti , donna
des ordres pour qu'on lui fit une Entrée magni- '
fique , il vouloit aller lui-même à sa rencontre
pour l'honorer davantage ; mais le General craignant
que dans une cérémonie qui alloit donner
lieu à un si grand concours de Peuple , on n'attentât
à sa vie , refusa , sous les apparences d'une
feinte modestie , les honneurs qu'on lui offroit ,
et fit dire au Roy qu'il se rendroit dans son
Quartier suivi de peu de monde.
Il arriva le cinq de la Lune de Rebiulakhir à
une Maison Royale qui n'est éloignée d'Ispaham
que d'une lieue. Il fit camper son Armée aux environs
, et après y avoir séjourné deux jours , il
fit demander au Roy une Audiance , en exigeant
dé ce Prince qu'il seroit seul dans la Sale où il le
recevroit , ce qui lui ayant été accordé , il entra
dans Ispaham avec quelques Troupes et les principaux
Officiers de son Armée. Il fut introduit devant
FEVRIER: 1733. 371
vant le Roy, et au lieu de se présenter dans l'état
respectueux qui convient à un Sujet , il s'assit en
la présence du Roy, sans en avoir obtenu la permission
; mais quoique par cette démarche il eûg
laissé appercevoir son orgueil , il ne laissa pas
d'employer encore la feinte.
Il s'approcha du Trône où Schah- Thamas étoit
assis , et dit à ce Prince qu'il étoit son premier
Ministre , et qu'en cette qualité le soin des affai
res de l'Etat et de la Famille Royale le regardoit,
que S. M. devoit être persuadée de sa fidelité par
les services importans qu'il lui avoit rendus , mais
que si elle avoit encore quelques soupçons sur sa
fidelité , il la supplioit par tout ce qu'il y a de
plus saint et de plus sacré , de concevoir des idées
plus favorables , et d'être persuadée qu'elle n'avoit
point d'Esclave qui exposât plus volontiers
sa vie que lui pour son service.
Le Roy réduit à la triste necessité de ménager
ce Traitre , répondit qu'il étoit persuadé de sa fidelité
, que c'étoit à lui , comme Premier Ministre
, de remédier aux désordres de l'Etat , et que
c'étoit dans ce dessein qu'il le faisoit dépositaire
de toute son autorité.
Après un assez long entretien avec le Roy,
Kouli-Kan sortit de la Sale d'Audiance environné
de tous les Courtisans ; et commençant de
faire usage de l'autorité qui venoit de lui être
confirmée , il fit arrêter deux des principaux Officiers
de la Couronne qui étoient les plus affectionnez
au Roy ; ils fuient par son ordre dépouillez
de tous leurs biens , releguez dans le Korassan
et leurs maisons abandonnées au pillage .
Ensuite , sous prétexte que Schah -Thamas vouloit
voir passer ses Troupes en revûë , il envoya
des ordres à son Aimée pour se rendre à Ispa
Hiiij
ham
372 MERCURE DE FRANCE
ham ; et feignant toujours qu'il agissoit par les
ordres du Roy , ce perfide Ministre réforma
tous les Officiers qu'il connoissoit attachez à leur
Souverain , et enrichit de leurs dépouilles ses
Creatures et les Soldats dont il avoit gagné l'affection
par ses liberalitez .
•
Les choses ainsi disposées , il proposa au Roy
de venir dans son Quartier , où il vouloit , disoitil
, le régaler splendidement , et cela pour faire
connoître au Peuple que S. M. lui avoit rendu
toute sa confiance , ce qui produiroit , disoit- il
un grand avantage pour son service. Schah- Thamas
se voyant en quelque maniere forcé de se
prêter aux insinuations de son Ministre , se rendit
le 9. de la Lune de Rebiuleuvel au Camp ,
éloigné , comme je l'ai dit , d'une lieüe de la
Ville , il y fut reçû avec tout l'honneur et tout
le respect qui lui étoit dû , Kouli - Kan l'engagea
d'y passer la nuit.
Mais le lendemain , ce Rebelle ayant fait assembler
les principaux Officiers de son Armée ,
de concert avec les Courtisans qu'il avoit engagés
dans son parti , il leur représenta le Roy comme
un Prince imbécile et absolument incapable
de gouverner l'Etat , il ne veut point , ajoûta - t'il ,
donner son consentement pour faire la guerre aux
Turcs ; c'est un Prince sans courage , il faut le
détrôner et établir en sa place Mirza - Abbas son
fils, il est,à la verité, encore au berceau , et n'a que
40. jours , mais je gouvernerai le Royaume en
qualité de Régent , toute la Terre s'appercevra
bien- tôt de ce changement.
Ce discours fut applaudi par les Partisans du
General, et les plus fideles serviteurs du Roy furent
contraints de dissimuler ; on se saisit en
même-temps de la personne du Prince , qui fut
d'abord
FEVRIER. 1733 373
d'abord mis en prison, et deux jours après il fut
conduit dans le Korassan , avec une escorte qui
eut ordre de passer par les Deserts et d'éviter
avec soin les lieux habitez , crainte que le Roy
ne fût enlevé par les Peuples. On n'a laissé à ce
malheureux Prince que deux Eunuques et quelques
Esclaves.
Le 17. du même mois , Kouli Kan se rendit à
Ispaham avec une pompe et une magnificence
Royale , et étant descendu au Palais des Rois , il
fir publier la déposition de Schah- Thamas et
l'avenement à la Couronne de Mirza - Abbas. En
même-temps ce Prince dans son berceau fut placé
sur un Trône où tous les Grands vinrent lui
rendre hommage ; cet Evenement fut annoncé
dans toutes les Mosquées , et l'on frappa de la
Monnoye au coin du nouveau Souverain.
Après cette cérémonie , le Rebelle Kouli - Kan ,
vêtu d'une Robbe Royale , portant une Couronne
sur sa tête , et placé sur le Trône , reçut
en qualité de Régent du Royaume , les compli- ,
mens de tous les Officiers de la Cour , il entra
ensuite dans la Harem de Thamas- Schah , y viola
la Soeur du Roy , fille de Schah- Hussein
Princesse d'une extrême beauté , et dont là vertu
étoit généralement révérée de toute la Perse , il
se saisit aussi du Trésor Royal et generalement
de tout ce qui appartenoit à la Couronne.
>
Je vous dirai , très- Honoré Seigneur , que cette
action est détestée de tous les Peuples , qui jusqu'alors
avoient consideré ce General comme le
Restaurateur de la Patrie , et le Ministre le plus
zelé que le Roy pût trouver. Cette opinion a dégeneré
en haine publique ; mais il ne se trouve
personne qui ait assez de résolution pour faire
paroître ses sentimens. La timidité des Peuples
Hv donne
174 MERCURE DE FRANCE
donne le temps à ce Rebelle de grossir son parti,
de se faire des créatures et d'écraser tous ceux
qui pourroient lui donner de l'ombrage . Les
cruautez , les rapines , les vexations sont inoüies ,
les Grands - Seigneurs passent tout d'un coup de
l'Etat le plus opulent à une extrême indigence ,
les Musulmans sont immolez dans les Mosquées ,
enfin je ne finirois point ma Lettre si j'entrois
dans le détail des abominations , des excès et de
tous les crimes qui se commettent ; toutes les richesses
qui sont abandonnées au pillage des Rebelles
, sont partagées entre les Troupes venues
du Korassan, dont Kouli - Kan se ménage l'affection
, et dont je vous envoye l'Etat détaillé avec
ma Lettre.
Ces Troupes lui sont si affectionnées qu'elles
répandroient tout leur sang pour son service , et
indépendemment de cette Arinée , qui est d'environ
25000 hommes , Cavalerie et Infanterie
il peut avec beaucoup de facilité mettre sur pied
encore 25000. hommes de Troupes d'élite .
Au reste , comme il est persuadé que Artille
rie Persanne n'est pas à comparer à celle des
Turcs , il a résolu d'attaquer le Turquestan par
trois differens endroits , afin d'occuper les Habitans
du Pays de façon qu'ils ne puissent donner
aucun secours au Séraskier , ne voulant risquer
aucun Evenement qui puisse dépendre de
Peffort de l'Artillerie Et si V. Ex , se renferme
avec ses Troupes dans Bagdat , Kouli- Kan se propose
de bloquer cette Place avec une partie de
son Armée , et d'employer l'autre partie à ravager
la campagne pour affamer la Place . L'orgueil
de ce Rebelle est si outré et son ambition si démesurée
, qu'il regarde tout le reste du Monde
Comine sa proye et sa conquête . Voilà , Seigneur,
la
FEVRIER. 1733- 375
la véritable situation des affaires de Perse. Au
reste , l'ordre et le commandement dépendent de
celui qui peut tout.
Ces nouvelles ayant été reçûës à la Porte , elles
ont donné lieu à un Conseil , auquel ont assisté
tous les Ministres et les Principaux de la Cour.
y a été déliberé que le G. S. écriroit des Let-
Il
tses à tous les Gouverneurs des Provinces de Perse
, pour les exciter à prendre les Armes , pour
vanger leur légitime Souverain , contre les entreprises
de ce nouvel Usurpateur ; avec promesse ,
de la part de Sa Hautesse , de les soûtenir de
toutes les forces de son Empire , dans une Guerre
si juste.
10. Novembre 1732. au sujet de la der
niere Révolution de Perse.
Près avoir été fort long - temps ici dans l'in-
Acertitude sur les affaires de Perse, on a reçû enfin
à la Porte des nouvelles d'Achmet - Pacha,Gouwerneur
de Bagdat ; et voici la traduction d'une
Lettre que ce Pacha a envoyée au G. S, et qui
lui avoit été écrite d'Ispaham le 26. Septembre
dernier par Abdilbaki Kan de Kirmanchah , qui
se trouvoit alors à la Cour de Perse
Les nouvelles que j'ai écrites à Votre Excellence,
très -Honoré et très- Magnifique Seigneur , vous
surprendront moins qu'un autre, parce que l'arrogance
et l'ambition sans bornes de Thamas Kouli-
Kan vous sont connues depuis long- temps ; voici
ce que j'ai à vous apprendre d'interessant qui
regarde la situation présente de cet Empire.
Thamas Kouli- Kan , après avoir subjugué la
Province de Yerak , s'étoit livré à des idées ambitieuses
, qui lui avoient fait concevoir le dessein
de s'emparer de la Couronne de Perse ; et
comme il lui falloit un prétexte pour s'approcher
d'Ispaham , il publia qu'il vouloit faire la
guerre à l'Empire Ottoman , et sans attendre
d'ordres formels de Schah - Thamas , il parut disposer
son Armée à se mettre en marche.
Le Roy de Perse , à qui la conduite de son
Premier Ministre étoit devenuë suspecte , comme
V ,
FEVRIER . 1733. 367
V. E. en a été déja informée , et qui avoit connoissance
de ses projets ambitieux , lui écrivit
de ne pas s'avancer avec l'Armée et d'attendre
ses ordres dans le Khorassan . Thamas Kouli- Kan,
qui avoit ses vûes , obéit et se contenta de supplier
le Roy par des Lettres très - soumises , en
apparence , de lui envoyer ceux de ses Officiers
ou Ministres en qui il auroit le plus de confiance
, pour qu'il pût conferer avec eux sur les interêts
de l'Etat, et leur communiquer ses desseins et
ses vûës.
>
Thamas- Schah ne se refusa pas à cette proposition
, il nomma plusieurs Députez qu'il choisit
parmi les Seigneurs les plus qualifiez de sa Cour,
et qui lui étoient le plus affidez. Ceux - cy se rendirent
à l'Armée de Kouli - Kan et ce General
pour les engager à ajoûter plus de foi à ses paroles,
destina pour le Lieu de la Conference , l'enceinte
du Tombeau de l'Iman * Riza , Personnage
tenu pour Saint et extrêmement réveré parmi
les Persans. Il commença la Conférence par donner
aux Députez des assurances de la sincerité de
de ses sentimens , qu'il accompagna des sermens
les plus terribles , leur disant qu'il n'avoit rien
tant coeur que d'en donner des preuves à son
Souverain ; que les soupçons du Roy , dont il
avoit lieu de s'appercevoir , le mettoient au désespoir
, qu'il les prioit de les effacer de l'esprit
de ce Prince , et enfin qu'il n'avoit point d'autre
vûë , en voulant conduire P'Armée dans la Province
d'Ispaham , que de la faire passer vers les
Il faut lire Ali - Ridha , le VIII. des 12 .
fameux Imans , ou Chefs de la Religion Musulmane
, descendans d'Ali et reconnus tels par les
Persans , &c.
Hij Fron368
MERCURE DE FRANCE
6
Frontieres de Turquie pour vanger l'Empire de
toutes les cruautez que les Turcs avoient exercées
dans les differentes Provinces de Perse .
Les Députez se laisserent tromper à ces apparences
de sincerité et de bonne foi , et Thamas
Kouli- Kan les renvoya en les chargeant d'une
Lettre pour le Roy , par laquelle il marquoit à
ce Prince qu'il ne se regardoit que comme le der
nier de ses Esclaves , qu'il n'avoit d'autre ambition
que celle de travailler pour son service et
pour sa gloire , que cependant lorsqu'il se seroit
approché d'Ispaham avcc l'Armée , il ne feroit
aucune démarche sans son ordre.
Le Roy ayant reçû cette Lettre , bien loin d'a
joûter foi aux protestations de son General , sortit
d'Ispaham avec ses femmes et tous ses Effets
les plus précieux , et alla camper à cinq journées
delà dans un lieu appellé Serchemé , dans l'ancienne
Bactriane , à dessein de ramasser autant
de Troupes qu'il lui seroit possible, et d'en for-
- mer un Corps d'Armée capable , en cas de besoin
, de résister aux forces de Kouli - Kan , résolu
à tout évenement , et dans le cas d'une
grande extrémité , de se réfugier dans les Etats
du G. S.
Cependant ce Prince , qui au péril de sa vie ,
vouloit maintenir le dernier Traité conclu avec
la Porte , écrivit à son Géneral les raisons les
plus fortes pour le détourner de faire la guerre
aux Turcs au préjudice de ce Traité , ajoutant
que s'il aimoit tant la gloire et la prosperité de
la Perse , il pouvoit signaler sa valeur en portant
la guerre dans le Pays des Tartares Usbecs , dans
celui des Aghuans et jusques dans les Indes , qui
lui offroient des Pays assez vastes pour contenter
son ambition ; qu'en un mot il lui deffendoit
trèss
FEVRIER. 1733. 369
très - expressément et sous peine de desobeïssance
, de faire avancer son armée dans la Province
d'Ispaham .
Sur des ordres si précis , Kouli- Kan prit le
parti de feindre , dit qu'il étoit disposé d'obéir ,
et il en écrivit en ces termes au Roy son Maître ,
ajoutant seulement qu'il étoit d'avis d'envoyer un
Ambassadeur à la Porte pour demander la restitution
des Provinces dont le G. S. avoit conservé
la possession par le dernier Traité , et qu'en attendant
le retour de l'Ambassadeur , il resteroit
campé avec l'Armée à Serahanende. Mais dans
le même- temps qu'il paroissoit si soumis , il
écrivit à tous les amis qu'il avoit à la Cour , οὐ
son crédit et son autorité lui en avoient fait
un grand nombre , de mettre tout en usage pour
effacer les soupçons du Roy , et de l'engager ,
force de prieres , à quitter son Camp et à rentrer
dans sa Capitale.
Les Partisans de Kouli- Kan s'employerent ave
tant de zele et parlerent si efficacement en faveur
de sa prétendue fidelité , qu'ils dissiperent en
partie les soupçons de Schah- Thamas , mettant
en oeuvre toute sorte d'artifice pour le rassurer,
ensorte que ce malheureux Prince se laissant enfin
entierement persuader , quitta son Camp et
rentra dans Ispaham .
A peine le General en eut reçu l'avis , qu'il
quitta Serahanende et sa premiere démarche fut
d'envoyer ses Officiers les plus affidez avec de petits
corps de Troupes occuper les postes les plus
importans des environs d'Ispaham ; desorte qu'en
peu de temps il se vit maître de tous les passages
par où le Roy auroit pû sortir de cette Ville
qu'il tint , pour ainsi dire , bloquée , prenant en
même-temps des précautions pour que l'on ob-
H iij
servât
?
370 MERCURE DE FRANCE
servât tous les mouvemens de ce Prince , er pour
qu'il ne lui fût pas possible de prendre la fuite.
Après avoir ainsi disposé les choses il écrivit
à ses amis qui étoient auprès de Schah- Thamas ,
d'engager ce Prince à l'inviter de se rendre auprès
de sa Personne. Le Roy s'apperçut trop
tard de la facilité avec laquelle il avoit ajoûté foi
aux paroles de son General ; mais se voyant environné
de ses Ennemis , sans secours et hors
d'état de rien entreprendre , il fut contraint de
suivre les mouvemens qu'on lui inspiroit et de
concourir lui- même à sa perte .
Il écrivit de sa propre main à Thamas Kouli-
Kan , pour l'inviter à venir recevoir des marques
de sa satisfaction et de sa bienveillance . Ce perfide
Ministre n'eut pas plutôt reçû la Lettre du
Roy qu'il s'avança vers Ispaham , suivi de son
Armée , Schah - Thamas en étant averti , donna
des ordres pour qu'on lui fit une Entrée magni- '
fique , il vouloit aller lui-même à sa rencontre
pour l'honorer davantage ; mais le General craignant
que dans une cérémonie qui alloit donner
lieu à un si grand concours de Peuple , on n'attentât
à sa vie , refusa , sous les apparences d'une
feinte modestie , les honneurs qu'on lui offroit ,
et fit dire au Roy qu'il se rendroit dans son
Quartier suivi de peu de monde.
Il arriva le cinq de la Lune de Rebiulakhir à
une Maison Royale qui n'est éloignée d'Ispaham
que d'une lieue. Il fit camper son Armée aux environs
, et après y avoir séjourné deux jours , il
fit demander au Roy une Audiance , en exigeant
dé ce Prince qu'il seroit seul dans la Sale où il le
recevroit , ce qui lui ayant été accordé , il entra
dans Ispaham avec quelques Troupes et les principaux
Officiers de son Armée. Il fut introduit devant
FEVRIER: 1733. 371
vant le Roy, et au lieu de se présenter dans l'état
respectueux qui convient à un Sujet , il s'assit en
la présence du Roy, sans en avoir obtenu la permission
; mais quoique par cette démarche il eûg
laissé appercevoir son orgueil , il ne laissa pas
d'employer encore la feinte.
Il s'approcha du Trône où Schah- Thamas étoit
assis , et dit à ce Prince qu'il étoit son premier
Ministre , et qu'en cette qualité le soin des affai
res de l'Etat et de la Famille Royale le regardoit,
que S. M. devoit être persuadée de sa fidelité par
les services importans qu'il lui avoit rendus , mais
que si elle avoit encore quelques soupçons sur sa
fidelité , il la supplioit par tout ce qu'il y a de
plus saint et de plus sacré , de concevoir des idées
plus favorables , et d'être persuadée qu'elle n'avoit
point d'Esclave qui exposât plus volontiers
sa vie que lui pour son service.
Le Roy réduit à la triste necessité de ménager
ce Traitre , répondit qu'il étoit persuadé de sa fidelité
, que c'étoit à lui , comme Premier Ministre
, de remédier aux désordres de l'Etat , et que
c'étoit dans ce dessein qu'il le faisoit dépositaire
de toute son autorité.
Après un assez long entretien avec le Roy,
Kouli-Kan sortit de la Sale d'Audiance environné
de tous les Courtisans ; et commençant de
faire usage de l'autorité qui venoit de lui être
confirmée , il fit arrêter deux des principaux Officiers
de la Couronne qui étoient les plus affectionnez
au Roy ; ils fuient par son ordre dépouillez
de tous leurs biens , releguez dans le Korassan
et leurs maisons abandonnées au pillage .
Ensuite , sous prétexte que Schah -Thamas vouloit
voir passer ses Troupes en revûë , il envoya
des ordres à son Aimée pour se rendre à Ispa
Hiiij
ham
372 MERCURE DE FRANCE
ham ; et feignant toujours qu'il agissoit par les
ordres du Roy , ce perfide Ministre réforma
tous les Officiers qu'il connoissoit attachez à leur
Souverain , et enrichit de leurs dépouilles ses
Creatures et les Soldats dont il avoit gagné l'affection
par ses liberalitez .
•
Les choses ainsi disposées , il proposa au Roy
de venir dans son Quartier , où il vouloit , disoitil
, le régaler splendidement , et cela pour faire
connoître au Peuple que S. M. lui avoit rendu
toute sa confiance , ce qui produiroit , disoit- il
un grand avantage pour son service. Schah- Thamas
se voyant en quelque maniere forcé de se
prêter aux insinuations de son Ministre , se rendit
le 9. de la Lune de Rebiuleuvel au Camp ,
éloigné , comme je l'ai dit , d'une lieüe de la
Ville , il y fut reçû avec tout l'honneur et tout
le respect qui lui étoit dû , Kouli - Kan l'engagea
d'y passer la nuit.
Mais le lendemain , ce Rebelle ayant fait assembler
les principaux Officiers de son Armée ,
de concert avec les Courtisans qu'il avoit engagés
dans son parti , il leur représenta le Roy comme
un Prince imbécile et absolument incapable
de gouverner l'Etat , il ne veut point , ajoûta - t'il ,
donner son consentement pour faire la guerre aux
Turcs ; c'est un Prince sans courage , il faut le
détrôner et établir en sa place Mirza - Abbas son
fils, il est,à la verité, encore au berceau , et n'a que
40. jours , mais je gouvernerai le Royaume en
qualité de Régent , toute la Terre s'appercevra
bien- tôt de ce changement.
Ce discours fut applaudi par les Partisans du
General, et les plus fideles serviteurs du Roy furent
contraints de dissimuler ; on se saisit en
même-temps de la personne du Prince , qui fut
d'abord
FEVRIER. 1733 373
d'abord mis en prison, et deux jours après il fut
conduit dans le Korassan , avec une escorte qui
eut ordre de passer par les Deserts et d'éviter
avec soin les lieux habitez , crainte que le Roy
ne fût enlevé par les Peuples. On n'a laissé à ce
malheureux Prince que deux Eunuques et quelques
Esclaves.
Le 17. du même mois , Kouli Kan se rendit à
Ispaham avec une pompe et une magnificence
Royale , et étant descendu au Palais des Rois , il
fir publier la déposition de Schah- Thamas et
l'avenement à la Couronne de Mirza - Abbas. En
même-temps ce Prince dans son berceau fut placé
sur un Trône où tous les Grands vinrent lui
rendre hommage ; cet Evenement fut annoncé
dans toutes les Mosquées , et l'on frappa de la
Monnoye au coin du nouveau Souverain.
Après cette cérémonie , le Rebelle Kouli - Kan ,
vêtu d'une Robbe Royale , portant une Couronne
sur sa tête , et placé sur le Trône , reçut
en qualité de Régent du Royaume , les compli- ,
mens de tous les Officiers de la Cour , il entra
ensuite dans la Harem de Thamas- Schah , y viola
la Soeur du Roy , fille de Schah- Hussein
Princesse d'une extrême beauté , et dont là vertu
étoit généralement révérée de toute la Perse , il
se saisit aussi du Trésor Royal et generalement
de tout ce qui appartenoit à la Couronne.
>
Je vous dirai , très- Honoré Seigneur , que cette
action est détestée de tous les Peuples , qui jusqu'alors
avoient consideré ce General comme le
Restaurateur de la Patrie , et le Ministre le plus
zelé que le Roy pût trouver. Cette opinion a dégeneré
en haine publique ; mais il ne se trouve
personne qui ait assez de résolution pour faire
paroître ses sentimens. La timidité des Peuples
Hv donne
174 MERCURE DE FRANCE
donne le temps à ce Rebelle de grossir son parti,
de se faire des créatures et d'écraser tous ceux
qui pourroient lui donner de l'ombrage . Les
cruautez , les rapines , les vexations sont inoüies ,
les Grands - Seigneurs passent tout d'un coup de
l'Etat le plus opulent à une extrême indigence ,
les Musulmans sont immolez dans les Mosquées ,
enfin je ne finirois point ma Lettre si j'entrois
dans le détail des abominations , des excès et de
tous les crimes qui se commettent ; toutes les richesses
qui sont abandonnées au pillage des Rebelles
, sont partagées entre les Troupes venues
du Korassan, dont Kouli - Kan se ménage l'affection
, et dont je vous envoye l'Etat détaillé avec
ma Lettre.
Ces Troupes lui sont si affectionnées qu'elles
répandroient tout leur sang pour son service , et
indépendemment de cette Arinée , qui est d'environ
25000 hommes , Cavalerie et Infanterie
il peut avec beaucoup de facilité mettre sur pied
encore 25000. hommes de Troupes d'élite .
Au reste , comme il est persuadé que Artille
rie Persanne n'est pas à comparer à celle des
Turcs , il a résolu d'attaquer le Turquestan par
trois differens endroits , afin d'occuper les Habitans
du Pays de façon qu'ils ne puissent donner
aucun secours au Séraskier , ne voulant risquer
aucun Evenement qui puisse dépendre de
Peffort de l'Artillerie Et si V. Ex , se renferme
avec ses Troupes dans Bagdat , Kouli- Kan se propose
de bloquer cette Place avec une partie de
son Armée , et d'employer l'autre partie à ravager
la campagne pour affamer la Place . L'orgueil
de ce Rebelle est si outré et son ambition si démesurée
, qu'il regarde tout le reste du Monde
Comine sa proye et sa conquête . Voilà , Seigneur,
la
FEVRIER. 1733- 375
la véritable situation des affaires de Perse. Au
reste , l'ordre et le commandement dépendent de
celui qui peut tout.
Ces nouvelles ayant été reçûës à la Porte , elles
ont donné lieu à un Conseil , auquel ont assisté
tous les Ministres et les Principaux de la Cour.
y a été déliberé que le G. S. écriroit des Let-
Il
tses à tous les Gouverneurs des Provinces de Perse
, pour les exciter à prendre les Armes , pour
vanger leur légitime Souverain , contre les entreprises
de ce nouvel Usurpateur ; avec promesse ,
de la part de Sa Hautesse , de les soûtenir de
toutes les forces de son Empire , dans une Guerre
si juste.
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Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 10. Novembre 1732. au sujet de la derniere Révolution de Perse.
En novembre 1732, des informations provenant de Perse atteignent Constantinople, révélant les ambitions de Thamas Kouli-Kan, gouverneur de Bagdad. Kouli-Kan, après avoir soumis la province de Yerak, aspire à la couronne perse et justifie son avancée vers Ispahan par une prétendue guerre contre l'Empire Ottoman. Le roi de Perse, Thamas Schah, méfiant, ordonne à son ministre de rester au Khorassan. Kouli-Kan, feignant la soumission, demande des députés pour discuter des intérêts de l'État. Le roi envoie des représentants, trompés par les assurances de Kouli-Kan, qui les renvoie avec une lettre affirmant sa loyauté. Cependant, le roi, toujours méfiant, quitte Ispahan pour rassembler des troupes. Kouli-Kan, tout en feignant l'obéissance, consolide son pouvoir et bloque Ispahan. Il invite ensuite le roi à une audience où il se comporte de manière insolente. Forcé par les circonstances, le roi confirme son autorité. Kouli-Kan arrête des officiers loyaux, réforme l'armée en enrichissant ses partisans, et organise une fête où il destitue le roi, le fait emprisonner et l'exile au Khorassan. Il proclame Mirza Abbas, fils du roi, comme nouveau souverain et se proclame régent. Kouli-Kan s'empare du trésor royal et viole la sœur du roi, une action détestée par le peuple perse. En 1733, Kouli-Kan, perçu comme un restaurateur de la Patrie et un ministre zélé, a suscité une haine publique sans que personne ose s'opposer à lui. Profitant de la timidité du peuple, il a renforcé son pouvoir, commis des atrocités et pillé les richesses du pays. Ses troupes, principalement venues du Khorassan, lui sont loyales et nombreuses, totalisant environ 50 000 hommes. Kouli-Kan prévoit d'attaquer le Turquestan par trois points différents pour empêcher les habitants de secourir le Séraskier, évitant ainsi de dépendre de l'artillerie. Il envisage également de bloquer Bagdad et de ravager la campagne pour affamer la ville. Son ambition démesurée le pousse à considérer le monde entier comme sa proie. À la suite de ces nouvelles, un conseil à la Porte ottomane a décidé d'écrire aux gouverneurs des provinces persanes pour les inciter à prendre les armes contre Kouli-Kan, promettant le soutien de l'Empire ottoman.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 962-965
Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAY DE POESIES, de M. Desterlin de Sainte-Palaye. A Paris, ruë Gist le Coeur, [...]
Mots clefs :
Ambition, Ode, Terre, Guerre, Horreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
ESSAY DE POESIES , de M. Desterlin de
Sainte - Palaye. A Paris , ruë G : st le Coeur,
chez Ant. de Houqueville, 1733. Brochure
in 12. de 61 pages.
Cet E say , que le Lecteur intelligent
ne prendra nullement pour un Essay ,
contient des Pseaumes , des Odes , des
Sonnets ; Epîtres , Epigrames , &c. Pour
donner une idée de cet Ouvrage, voici un
morceau que nous prenons au hazard :
ODE
Sur l'Ambition.
Source féconde d'injustice ,
Redoutable Divinité ,
Qui veux de nous en Sacrifice ,
Nos jours et notre liberté ;
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons nous long - temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuses !
nos
MAY.
1733. 968
Nos miseres les plus affreuses .
Sont l'ouvrage de tes forfaits.
Pour te fuir , l'équitable Astrée ,
Se bannit de ces tristes lieux ;
La terre de sang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux .
L'aimable Paix et la Justice ,
Fuyant le tumulte et le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quelles fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ;
Nous ensanglantions tes Autels.
Quelle erreur ! follement avides ,
De la suprême autorité ,
Nous armons nes bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force , jointe à l'injustice ,
L'aveuglement et le caprice ,
Sont les seuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux témeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'étre plus que leurs tyrans,
潞
Laisse les Indiens tranquilles
Fou984
MERCURE DE FRANCE :
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs serviles .
Veux -tu deshonorer Porus ?
Tiran , que dévore l'envie ,
Quoi ! toute la Perse asservie ,
"A ton orgueil ne suffit pas !
Veux-tu des horreurs de la guerre
Remplir le reste de la terre ,
•
Et dompter tous les Potentats &
Acheve , cruelle Déesse •
De porter par tout ta fureur ;
Que tous les Peuples soient sans cesse
Remplis de trouble et de terreur.
Etends par tout ta tyrannie.
Des fiers peuples de l'Ausonie ,
Fais des Maîtres de l'Univers :
Toi , Rome , tremble pour toi - mêmes
Du haut de ta grandeur suprême .
Je te vois tomber dans les fers.
逛
Divinité des plus sinistres ,
Les chutes des plus grands Etats ,
De tes sanguinaires Ministres
Ne sont pas les seuls attentats.
De la plus injuste victoire ,
Als se font un sujet de gloire
Рома
MAY. 1733.
968
Four insulter à nos malheurs ;
Et nous les voyons dans leur rage
Appeller du nom de courage ,
Les plus exécrables fureurs.
装
Que n'ose pas un coeur perfide ,
Dans ses transports ambitieux ?
Ciel quel horrible parricide !
Quel Spectacle frappe mes yeux !
Je vois tout un peuple infidele ,
Sur les pas sanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ,
O succès plus noir que le crime !
La tête d'un Roy légitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets
Des horreurs qu'enfante la Guerre ,
Périsse jusqu'au souvenir ;
Pour laisser respirer la Terre ;
Thémis et la Paix vont s'unir
Louis , guidé par la Prudence ,
Fera respecter sa Puissance ,
Jusqu'aux plus reculez Climats ;
ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des différends des Potentats
Sainte - Palaye. A Paris , ruë G : st le Coeur,
chez Ant. de Houqueville, 1733. Brochure
in 12. de 61 pages.
Cet E say , que le Lecteur intelligent
ne prendra nullement pour un Essay ,
contient des Pseaumes , des Odes , des
Sonnets ; Epîtres , Epigrames , &c. Pour
donner une idée de cet Ouvrage, voici un
morceau que nous prenons au hazard :
ODE
Sur l'Ambition.
Source féconde d'injustice ,
Redoutable Divinité ,
Qui veux de nous en Sacrifice ,
Nos jours et notre liberté ;
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons nous long - temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuses !
nos
MAY.
1733. 968
Nos miseres les plus affreuses .
Sont l'ouvrage de tes forfaits.
Pour te fuir , l'équitable Astrée ,
Se bannit de ces tristes lieux ;
La terre de sang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux .
L'aimable Paix et la Justice ,
Fuyant le tumulte et le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quelles fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ;
Nous ensanglantions tes Autels.
Quelle erreur ! follement avides ,
De la suprême autorité ,
Nous armons nes bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force , jointe à l'injustice ,
L'aveuglement et le caprice ,
Sont les seuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux témeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'étre plus que leurs tyrans,
潞
Laisse les Indiens tranquilles
Fou984
MERCURE DE FRANCE :
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs serviles .
Veux -tu deshonorer Porus ?
Tiran , que dévore l'envie ,
Quoi ! toute la Perse asservie ,
"A ton orgueil ne suffit pas !
Veux-tu des horreurs de la guerre
Remplir le reste de la terre ,
•
Et dompter tous les Potentats &
Acheve , cruelle Déesse •
De porter par tout ta fureur ;
Que tous les Peuples soient sans cesse
Remplis de trouble et de terreur.
Etends par tout ta tyrannie.
Des fiers peuples de l'Ausonie ,
Fais des Maîtres de l'Univers :
Toi , Rome , tremble pour toi - mêmes
Du haut de ta grandeur suprême .
Je te vois tomber dans les fers.
逛
Divinité des plus sinistres ,
Les chutes des plus grands Etats ,
De tes sanguinaires Ministres
Ne sont pas les seuls attentats.
De la plus injuste victoire ,
Als se font un sujet de gloire
Рома
MAY. 1733.
968
Four insulter à nos malheurs ;
Et nous les voyons dans leur rage
Appeller du nom de courage ,
Les plus exécrables fureurs.
装
Que n'ose pas un coeur perfide ,
Dans ses transports ambitieux ?
Ciel quel horrible parricide !
Quel Spectacle frappe mes yeux !
Je vois tout un peuple infidele ,
Sur les pas sanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ,
O succès plus noir que le crime !
La tête d'un Roy légitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets
Des horreurs qu'enfante la Guerre ,
Périsse jusqu'au souvenir ;
Pour laisser respirer la Terre ;
Thémis et la Paix vont s'unir
Louis , guidé par la Prudence ,
Fera respecter sa Puissance ,
Jusqu'aux plus reculez Climats ;
ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des différends des Potentats
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Résumé : Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente l'ouvrage 'ESSAY DE POESIES' de M. Desterlin de Sainte-Palaye, publié à Paris en 1733. Cette brochure de 61 pages inclut divers genres poétiques tels que des Psaumes, des Odes, des Sonnets, des Épîtres et des Épigrammes. L'extrait fourni est une Ode sur l'Ambition, qui critique cette passion en la décrivant comme une source d'injustice et de malheur. L'Ambition pousse les hommes à se battre et à s'opprimer mutuellement, causant des misères humaines et la fuite des vertus comme la Paix et la Justice. L'Ode dénonce également les tyrans et les conquérants, tels qu'Alexandre le Grand, qui asservissent les peuples par l'envie et l'orgueil. Le texte se conclut par une réflexion sur les horreurs de la guerre et l'espoir de voir la Paix et la Justice triompher sous la guidance d'un souverain prudent et équitable, Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 25-36
SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Début :
Les hommes naissent avec deux foiblesses contradictoires, la jalousie aveugle [...]
Mots clefs :
Hommes, Homme, Admiration, Jalousie, Modestie , Considération, Ambition, Gloire, Estime de soi, Estime, Vanité
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
SUITE
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
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Résumé : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Le texte 'Suite de l'estime de soi-même' de M. de Baftide examine les contradictions humaines entre la jalousie et l'admiration, et comment ces traits influencent les succès mondains. L'auteur met en avant l'importance de l'art de se faire valoir pour atteindre ses ambitions, tout en distinguant cet art des pratiques immorales comme la flatterie ou la trahison. L'art de se faire valoir est décrit comme innocent et efficace. Il consiste à augmenter l'estime des autres sans susciter de reproches. Les moyens pour y parvenir incluent la modestie, la douceur, la docilité, et la capacité à donner des conseils avec tact. L'auteur insiste sur l'importance de ne pas négliger ses intérêts de manière imprudente et de savoir quand montrer de la générosité. Le texte met également en garde contre les dangers de la vanité excessive et de la présomption. Il recommande de savoir flatter la vanité des autres sans les offenser et de demander des conseils avec dignité. L'auteur souligne que les concurrents doivent éviter la bassesse et l'insolence, et qu'il existe des moyens innocents pour réussir et obtenir la véritable gloire. L'auteur décrit des stratégies pour se faire valoir en adoptant un comportement généreux et admirable. Il recommande de ne montrer à un compétiteur que la moitié de ses moyens, de lui épargner les preuves de son infériorité, de descendre à son niveau et de lui conserver son illusion, tout en regrettant d'être son compétiteur sans l'humilier. Ces moyens sont ceux d'un homme généreux et admirable, digne d'amour. L'auteur exprime sa décision d'exposer ces principes aux hommes pour les inciter à les adopter. Il doute cependant d'avoir suffisamment bien exprimé ses idées pour être écouté. Il souligne l'importance de l'art de l'esprit dans la communication, affirmant qu'un sermon, même raisonnable, est ennuyeux s'il n'est pas agréable. La raison devrait avoir un privilège, mais l'esprit, bien qu'aimable, manque souvent de profondeur. L'auteur compare l'esprit à une belle fleur éphémère, soulignant la nécessité de provisions pour les autres saisons de la vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 53-56
EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
Début :
ABBÉ fait pour la bienséance, [...]
Mots clefs :
Bienséance, Reconnaissance, Intrigue oblique, Ambition, Prélat, Humilité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
EPITRE
A M. l'Abbé CAMU , à Versailles.
ABBE fait pour la bienſéance ,
Et qui fçais fi bien obliger ,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on te voit prèſque t'affliger
Au feul mot de reconnoillance ;
Je confens de le fupprimer
Ce terme aimable qui t'offenſe
Et que tu me fais réformer ;
Mais quand il faut par complaifance
A tes defirs me conformer ,
Penfe au moins tout ce que je penſe.
Paifibe Habitant de la Cour ,
Qui vois d'un oeil philofophique
La ſcène active & magnifique
Qu'on y contemple chaque jour ,
Et que font mouvoir tour- à- tour
L'ambition , la politique ,
L'avarice , l'intrigue oblique ,
Et fouvent la haine & l'amour.
Charmant & vertueux Stoïque !
Dans ce tumultueux féjour ,
Je le vois bien , ton âme admire
Avec un doux raviffement
Ce Prélat que fi fagement
Louis pour nous voulut élire ,
Et dont tu viens de me décrire
Avec tes naïves couleurs ,
Les talens & ces traits vainqueurs ,
Qui lui gagnent par tout l'Empire
Des efprits ainfi que des coeurs .
De vertus quel rare affemblage !
La grandeur & l'humanité ,
FEVRIER. 1763. 55
La fcience & l'humilité ,
Compofent fa brillante image ,
Où mon oeil reconnoit l'ouvrage
De la fublime piété.
Courtilan , il a le courage:
Et la voix de la vérité ;
Chef & Paſteur , il m'offre un Sage
Aux mains de qui l'autorité
N'a d'autre objet ni d'autre uſage ,
Que de prêter à l'équité
Les fentimens , le vrai langage ,
Et l'accent de la Charité.
A l'enjoûment , à la fineſſe
Que l'efprit verſe en fes difcours ,
Il joint cette chaleur qui preffe ,
Eléve l'âme & l'intéreſſe ;.
On voudroit l'entendre toujours
Ou toujours on voudroit le lire.
Dans les lettres quel agrément !
Quelle grace ! tout y reſpire
L'élégance & le fentiment.
C'eſt par ces glorieuſes marques
Que cher à la Ville , à la Cour
Il a du premier des Monarques
Mérité l'eftime & l'amour.
Telle eft , ami , l'aimable eſquiſſe
Que me préſente ton pinceau ;
Mais le dirai-je ? la juftice
Civ
56 MERCURE DE FRANCE
En examinant ce tableau
Le trouve incomplet , & déclare
Qu'on peut par quelque trait nouveau ,
Rendre plus fidéle & plus beau
Le portrait de cet homme rare.
Tu le penſes ainfi que moi :
Je veux donc, m'uniffant à toi ,
Et rival fecret de ton zèle ,
Si bien contempler ce modèle ,
Qu'un jour par toi-même éxcité ,
A l'infçu du Prélat modefte ,
Sous les yeux de la vérité
Son Chancelier dira le reſte.
> Chancelier de DESAULX , Chanoine de Reims
l'Univerfité, de la Société Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres de Nancy.
A M. l'Abbé CAMU , à Versailles.
ABBE fait pour la bienſéance ,
Et qui fçais fi bien obliger ,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on te voit prèſque t'affliger
Au feul mot de reconnoillance ;
Je confens de le fupprimer
Ce terme aimable qui t'offenſe
Et que tu me fais réformer ;
Mais quand il faut par complaifance
A tes defirs me conformer ,
Penfe au moins tout ce que je penſe.
Paifibe Habitant de la Cour ,
Qui vois d'un oeil philofophique
La ſcène active & magnifique
Qu'on y contemple chaque jour ,
Et que font mouvoir tour- à- tour
L'ambition , la politique ,
L'avarice , l'intrigue oblique ,
Et fouvent la haine & l'amour.
Charmant & vertueux Stoïque !
Dans ce tumultueux féjour ,
Je le vois bien , ton âme admire
Avec un doux raviffement
Ce Prélat que fi fagement
Louis pour nous voulut élire ,
Et dont tu viens de me décrire
Avec tes naïves couleurs ,
Les talens & ces traits vainqueurs ,
Qui lui gagnent par tout l'Empire
Des efprits ainfi que des coeurs .
De vertus quel rare affemblage !
La grandeur & l'humanité ,
FEVRIER. 1763. 55
La fcience & l'humilité ,
Compofent fa brillante image ,
Où mon oeil reconnoit l'ouvrage
De la fublime piété.
Courtilan , il a le courage:
Et la voix de la vérité ;
Chef & Paſteur , il m'offre un Sage
Aux mains de qui l'autorité
N'a d'autre objet ni d'autre uſage ,
Que de prêter à l'équité
Les fentimens , le vrai langage ,
Et l'accent de la Charité.
A l'enjoûment , à la fineſſe
Que l'efprit verſe en fes difcours ,
Il joint cette chaleur qui preffe ,
Eléve l'âme & l'intéreſſe ;.
On voudroit l'entendre toujours
Ou toujours on voudroit le lire.
Dans les lettres quel agrément !
Quelle grace ! tout y reſpire
L'élégance & le fentiment.
C'eſt par ces glorieuſes marques
Que cher à la Ville , à la Cour
Il a du premier des Monarques
Mérité l'eftime & l'amour.
Telle eft , ami , l'aimable eſquiſſe
Que me préſente ton pinceau ;
Mais le dirai-je ? la juftice
Civ
56 MERCURE DE FRANCE
En examinant ce tableau
Le trouve incomplet , & déclare
Qu'on peut par quelque trait nouveau ,
Rendre plus fidéle & plus beau
Le portrait de cet homme rare.
Tu le penſes ainfi que moi :
Je veux donc, m'uniffant à toi ,
Et rival fecret de ton zèle ,
Si bien contempler ce modèle ,
Qu'un jour par toi-même éxcité ,
A l'infçu du Prélat modefte ,
Sous les yeux de la vérité
Son Chancelier dira le reſte.
> Chancelier de DESAULX , Chanoine de Reims
l'Univerfité, de la Société Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres de Nancy.
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Résumé : EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
L'épître est adressée à l'Abbé Camu à Versailles. L'auteur évite d'utiliser le mot 'reconnaissance' pour ne pas offenser l'Abbé. Il admire la vision philosophique de l'Abbé sur la cour, où se mêlent ambition, politique, avarice, intrigue, haine et amour. L'auteur loue un prélat choisi par Louis, décrit comme ayant des talents et des vertus exceptionnels. Ce prélat allie grandeur, humanité, science et humilité, et se distingue par son courage et sa vérité. En tant que chef et pasteur, il utilise son autorité pour promouvoir l'équité et la charité. Ses discours sont élégants, empreints de sentiment et de chaleur, élevant l'âme. Ses écrits montrent également agrément et grâce, lui valant l'estime et l'amour du roi. L'auteur reconnaît l'admiration du portrait tracé par l'Abbé mais suggère qu'il pourrait être complété par d'autres traits pour en rendre le portrait plus fidèle et beau. Il exprime son désir de contempler ce modèle pour en dire davantage, sous l'œil de la vérité.
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13
p. [5]-10
SUR LA PARESSE.
Début :
HEUREUX Loisir, douce Indolence, [...]
Mots clefs :
Plaisir, Âge, Guide, Liberté, Ambition, Paresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PARESSE.
SUR LA PARESSE.
f
HEUREUX Loifir , douce Indolence ,
Dans la paix & dans le filence
Que j'aime à goûter tes appas !
Que j'aime à dormir dans tes bras
Sans m'appercevoir que je penfe ,
Ne fongeant qu'à mon éxiſtence ,
N'y fongeant même prèſque pas !
ravaux & foins de difparoître
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Dès que tu t'approches de nous
Ne rien fçavoir , c'eſt te connoître.
Arts pénibles , éloignez-vous :
Ce n'eft qu'en vous ignorant tous ,
Que j'apprendrai bien celui d'être,
Inftruis- moi dans cet art fi doux ,
Dieu du repos , fois mon ſeul maître g
Qui n'en a point d'autre que toi
Se fait une aimable habitude
De jouir doucement de ſoi.
A l'abri de l'inquiétude ,
La fuir eft toute ſon étude ,'
Et te goûter tout ſon emploi.
Viens être mon guide & mon Roi
Je veux me jetter dans ta chaîne,
Loin qu'on en redoute la gêne ,
On aime à tomber fous ſon poids
La liberté qui fuit les loix
Se plaît à plier ſous la tienne.
Mais , ô ma chere Qiliveté !
Tandis qu'en ton fein je fommeille
Quelle voix frappe mon oreille ,
Et trouble ma tranquillité ?
Baillant , à demi je m'éveille :
J'entr'ouvre un oeil déconcerté.
Quel objet tout-à-coup l'étonne ?
Que vois-je ? où fuis-je tranſporté ?
J'apperçois fur un même trône
Et portant femblable couronne
AVRIL 1763.
Une double Divinité
Qu'un peuple de Fous environne ,
Et qu'encenſe la Vanité.
D'un air inquiet , agité ;
S'avance une foule importune :
L'ambition & la fortune
Sont l'une & l'autre Déité.
Leurs mains font pleines de largeffes ;
Et fi j'en crois à leurs promeſſes ,
Crédit , puiſſance , dignité ,
Titres , honneurs , emplois , richeffes ,
Au gré de mon avidité
Viendront me prouver leurs tendreffes ,
Pourvû que laiffant tes careffes ,
Je me range de leur sôté.....
Vaines & trompeuſes idoles !
Par vos féduifantes paroles
Croyez-vous que je fois tenté ?
Gardez pour vous vos dons frivoles ,
Mon coeur n'en peut être flatté.
La gloire la plus éclatante
Ne vaut point la douceur charmante
De cette oifive obfcurité
Où végére ma nonchalance :
Riches , fiers de votre opulence ,
Je le fuis de ma pauvreté.
De cette fuperbe affluence
L'avantage eft trop acheté ;
Nul de vous dans fon abondance
7
A iy
MERCURE DE FRANCE .
Ne peut dire avec vérité ,
Comme moi dans mon indigence ?
Mon bonheur ne m'a rien coûté.
Que me veut cette Mufé affable bukk
Qui m'attireau facré vallon
Sa main de la spart Apollon
Me préfente un laurier durable
Mais un travail infatigable
De ce laurier fera le prix :
Il ne doit être le
partage
Que de celui dont les écrits
Dignes de paffer d'âge en âge
Avec un affidu courage
Seront polis , & repolis ?...
Retourne , 'Mufe enchantereſſe ;
Et n'interromps plus mon repos :
Remporte tes brillans rameaux
J'aime cent fois mieux ma pareffe.
Si quelquefois avec tes foeurs!
Errant fur les bords du Permeffe ,
Je veux moiſſonner quelques fleurs ,
Ce n'eſt point au prix des douceurs
Qu'on goûte au fein de la moleffe :
Pour elles volontiers je laiffe
Mules , Phabus & leurs faveurs."
Bien fou quiconque fe confume
En écrivant pour éffacer ;
Je veux que les vers fous ma plume
Viennent d'eux-mêmes fe placer :
?
I
AVRIL. 1763.
Ainfi que l'eau de l'hypochrene
De la fource dont elle fort"
Jaillit fans obftacle & fans peine ,
D'une heureuſe & facile veine
Je veux qu'ils coulent fans effort.
Je ne veux point , ô Renommée !
• Te facrifier mon loiſir
Et changer contre ta fumée
Et mon bonheur & mon plaifir.
Que dis -je ? le Plaifir lui-même
Des ris , des jeux environné ,
Ceint d'un tranſparent diadême jin A
Et de guirlandes couronné ,
S'offre à mes yyeux fart un nuage
Dans les vague des airs traîné . ) and
Ce jeune Dieu paroît orné des ho'l
De tous les attraits du bel âge :
Il eſt léger , il eft volage ;
Son oeil eft vif , fon front , ferein ;) .
Le caprice & le badinage
T
Le tiennent tous deux par la main, g
Les fleurs qui tombent de fon "fein
Jonchent les lieux de fon paffage :
Des amours le brillant effain
Devant lui vole à tire d'aîle ,
Et lui prépare le chemin.
Il vient à moi ; fa voix m'appelle :
A fa voix , je marche , je cours.
Adieu , charmante létargie ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Où tantôt mon âme affoupie
Eûr voulu fommeiller toujours,
Pour me féparer de tes charmes ,
La fortune & l'ambition
N'ont point eu d'affez fortes armes :
L'éclat d'un immortel renom
N'a pu me vaincre & me féduire :
J'ai préféré ton doux empire
Aux vains honneurs de l'Hélicon.
Le plaifir feul a l'avantage
De m'arracher à tes appas ;
Mais s'il m'entraîne ſur ſes
pas ,
Ce n'eft que pour un court voyage
Dont tu me verras revenir
Plus épris de mon éſclavage
Sur tes genoux me rendormir.
Se livrer trop à l'allégreſſe ,
Ce n'eft point en ſçavoir jouir.
Qui veut agir avec fageffe ,
Donne fa vie à la pareſſe ,
Et quelques momens au plaifir.
Par le nouveau venu au Parnaffe.
f
HEUREUX Loifir , douce Indolence ,
Dans la paix & dans le filence
Que j'aime à goûter tes appas !
Que j'aime à dormir dans tes bras
Sans m'appercevoir que je penfe ,
Ne fongeant qu'à mon éxiſtence ,
N'y fongeant même prèſque pas !
ravaux & foins de difparoître
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Dès que tu t'approches de nous
Ne rien fçavoir , c'eſt te connoître.
Arts pénibles , éloignez-vous :
Ce n'eft qu'en vous ignorant tous ,
Que j'apprendrai bien celui d'être,
Inftruis- moi dans cet art fi doux ,
Dieu du repos , fois mon ſeul maître g
Qui n'en a point d'autre que toi
Se fait une aimable habitude
De jouir doucement de ſoi.
A l'abri de l'inquiétude ,
La fuir eft toute ſon étude ,'
Et te goûter tout ſon emploi.
Viens être mon guide & mon Roi
Je veux me jetter dans ta chaîne,
Loin qu'on en redoute la gêne ,
On aime à tomber fous ſon poids
La liberté qui fuit les loix
Se plaît à plier ſous la tienne.
Mais , ô ma chere Qiliveté !
Tandis qu'en ton fein je fommeille
Quelle voix frappe mon oreille ,
Et trouble ma tranquillité ?
Baillant , à demi je m'éveille :
J'entr'ouvre un oeil déconcerté.
Quel objet tout-à-coup l'étonne ?
Que vois-je ? où fuis-je tranſporté ?
J'apperçois fur un même trône
Et portant femblable couronne
AVRIL 1763.
Une double Divinité
Qu'un peuple de Fous environne ,
Et qu'encenſe la Vanité.
D'un air inquiet , agité ;
S'avance une foule importune :
L'ambition & la fortune
Sont l'une & l'autre Déité.
Leurs mains font pleines de largeffes ;
Et fi j'en crois à leurs promeſſes ,
Crédit , puiſſance , dignité ,
Titres , honneurs , emplois , richeffes ,
Au gré de mon avidité
Viendront me prouver leurs tendreffes ,
Pourvû que laiffant tes careffes ,
Je me range de leur sôté.....
Vaines & trompeuſes idoles !
Par vos féduifantes paroles
Croyez-vous que je fois tenté ?
Gardez pour vous vos dons frivoles ,
Mon coeur n'en peut être flatté.
La gloire la plus éclatante
Ne vaut point la douceur charmante
De cette oifive obfcurité
Où végére ma nonchalance :
Riches , fiers de votre opulence ,
Je le fuis de ma pauvreté.
De cette fuperbe affluence
L'avantage eft trop acheté ;
Nul de vous dans fon abondance
7
A iy
MERCURE DE FRANCE .
Ne peut dire avec vérité ,
Comme moi dans mon indigence ?
Mon bonheur ne m'a rien coûté.
Que me veut cette Mufé affable bukk
Qui m'attireau facré vallon
Sa main de la spart Apollon
Me préfente un laurier durable
Mais un travail infatigable
De ce laurier fera le prix :
Il ne doit être le
partage
Que de celui dont les écrits
Dignes de paffer d'âge en âge
Avec un affidu courage
Seront polis , & repolis ?...
Retourne , 'Mufe enchantereſſe ;
Et n'interromps plus mon repos :
Remporte tes brillans rameaux
J'aime cent fois mieux ma pareffe.
Si quelquefois avec tes foeurs!
Errant fur les bords du Permeffe ,
Je veux moiſſonner quelques fleurs ,
Ce n'eſt point au prix des douceurs
Qu'on goûte au fein de la moleffe :
Pour elles volontiers je laiffe
Mules , Phabus & leurs faveurs."
Bien fou quiconque fe confume
En écrivant pour éffacer ;
Je veux que les vers fous ma plume
Viennent d'eux-mêmes fe placer :
?
I
AVRIL. 1763.
Ainfi que l'eau de l'hypochrene
De la fource dont elle fort"
Jaillit fans obftacle & fans peine ,
D'une heureuſe & facile veine
Je veux qu'ils coulent fans effort.
Je ne veux point , ô Renommée !
• Te facrifier mon loiſir
Et changer contre ta fumée
Et mon bonheur & mon plaifir.
Que dis -je ? le Plaifir lui-même
Des ris , des jeux environné ,
Ceint d'un tranſparent diadême jin A
Et de guirlandes couronné ,
S'offre à mes yyeux fart un nuage
Dans les vague des airs traîné . ) and
Ce jeune Dieu paroît orné des ho'l
De tous les attraits du bel âge :
Il eſt léger , il eft volage ;
Son oeil eft vif , fon front , ferein ;) .
Le caprice & le badinage
T
Le tiennent tous deux par la main, g
Les fleurs qui tombent de fon "fein
Jonchent les lieux de fon paffage :
Des amours le brillant effain
Devant lui vole à tire d'aîle ,
Et lui prépare le chemin.
Il vient à moi ; fa voix m'appelle :
A fa voix , je marche , je cours.
Adieu , charmante létargie ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Où tantôt mon âme affoupie
Eûr voulu fommeiller toujours,
Pour me féparer de tes charmes ,
La fortune & l'ambition
N'ont point eu d'affez fortes armes :
L'éclat d'un immortel renom
N'a pu me vaincre & me féduire :
J'ai préféré ton doux empire
Aux vains honneurs de l'Hélicon.
Le plaifir feul a l'avantage
De m'arracher à tes appas ;
Mais s'il m'entraîne ſur ſes
pas ,
Ce n'eft que pour un court voyage
Dont tu me verras revenir
Plus épris de mon éſclavage
Sur tes genoux me rendormir.
Se livrer trop à l'allégreſſe ,
Ce n'eft point en ſçavoir jouir.
Qui veut agir avec fageffe ,
Donne fa vie à la pareſſe ,
Et quelques momens au plaifir.
Par le nouveau venu au Parnaffe.
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Résumé : SUR LA PARESSE.
Le poème 'Sur la paresse', publié en avril 1763 dans le Mercure de France, exalte la paresse et l'indolence comme sources de paix et de tranquillité. L'auteur exprime son désir de repos et de ne penser à rien, trouvant dans la paresse une douce habitude protectrice contre l'inquiétude. Il rejette les arts pénibles et les activités exigeantes, préférant l'ignorance et le repos. Cependant, sa tranquillité est perturbée par l'apparition de l'ambition et de la fortune, représentées comme des divinités entourées de fous et encensées par la vanité. Ces figures tentent de le séduire avec des promesses de crédit, de puissance et de richesses, mais il les rejette, préférant la douceur de son obscurité et de sa nonchalance. Une muse lui offre un laurier durable, symbole de gloire littéraire, mais il refuse, trouvant le prix trop élevé. Il aspire à écrire sans effort, comme l'eau jaillissant d'une source. Il rejette également la renommée et le plaisir, bien que ce dernier parvienne à l'arracher temporairement à sa paresse. L'auteur conclut que se livrer trop à l'allégresse n'est pas savoir jouir de la vie, et qu'il vaut mieux donner sa vie à la paresse et quelques moments au plaisir.
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