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1
p. 53-54
PLACET AU ROY.
Début :
Plaise au Roy ne plus oublier [...]
Mots clefs :
Bénéfice, Père, Roi
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texteReconnaissance textuelle : PLACET AU ROY.
PEdifie au Roy ne plus oublier
Q u jl m a deptiic quatre ans pro *
mis un Bénéfice,
E t qu'il avoit charqe le feu Pere
Ferri er
D e choifir un moment propice,
Qui put me donner lieu de l'en remercier.
L e Pere eft mort, mais j'ofie croire
Que f i toujours Sa M ajeflé ,
<Avoit pour moy me [me bonté,
E îij
54 LE MERCURE
E t leferoit mieux Convenir
Qu'un Grand Roy ne -promet que
ce qu'il veut tenir
Q u jl m a deptiic quatre ans pro *
mis un Bénéfice,
E t qu'il avoit charqe le feu Pere
Ferri er
D e choifir un moment propice,
Qui put me donner lieu de l'en remercier.
L e Pere eft mort, mais j'ofie croire
Que f i toujours Sa M ajeflé ,
<Avoit pour moy me [me bonté,
E îij
54 LE MERCURE
E t leferoit mieux Convenir
Qu'un Grand Roy ne -promet que
ce qu'il veut tenir
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p. 33-71
Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Début :
Ces choses sont belles à dire, mais l'execution en est [...]
Mots clefs :
Courtisane, Naufrage, Mariage, Charmes, Fils, Père, Insensible, Aimer, Femmes, Solitaire, Livre, Bateliers, Rencontrer, Eau
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texteReconnaissance textuelle : Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Ces choſes fontbelles àdire,mais l'execution en eſt diffi- cile, & la plupart de ceux qui font ces fortes d'Ouvrages ,
fongent bien moins àquiter le monde , qu'à faire paroiſtre leur eſprit. Beaucoup deGens parlent avantageuſementde la Solitude , & en dépeignent la tranquillité , & cependant on voit peu de Solitaires. Quoy que le nombre en ſoit petit ,
j'en ay découvert un depuis quelques jours , dont l'Hiſtoi- remerite bien de vous eſtre racontée. Il eſt Fils unique &
ſeul Heritier d'un Homme qui peut paſſer pour grand Sei- gneur dans ſa Province. Il le fit étudier avec beaucoup de foin &de dépenſe , luy fit faire ſes Exercices àParis , &le rap- pella aupres de luy dés qu'ils
Tome VI. C
2.6 LE MERCVRE
furent achevées , de crainte
qu'il ne priſt le parti de l'Epée,
&que le defirde la gloire qui excite preſque tous lesjeunes Gens , ne l'engageat à fuivre l'exemple de la plupart de fes Camarades qu'il voyoit aller à
l'Armée , en fortant de l'Aca
demie: CeFils dont l'humeur
eſtoit douce , qui n'aimoit que le repos , & qui ſe faifoit une joye extréme d'obeïr à fon Pe- re , ſe rendit aupres deluydans le temps marqué , & voulut répondre par fa diligence à
l'empreſſement que ce bon Homme avoit de le revoir.
Dés qu'il fut de retour , il luy propoſa une Charge de Con- feillerdans le Parlement de ***
pour l'attacher plus fortement auprés de luy. Cet offre fut accepté avec joye , & la Char-
GALANT. 27
ge ayant eſté achetée , il y fut reçeu avec applaudiſſement ;
il l'a exercée pendant dix ans avec une integrité dont nous avons peu veu d'exemples. Il ne faut pas s'en étonner , il eſtoit indifferent , & la Province n'avoit point de Beautez capables de le toucher. Ce n'eſt pas qu'il euſt de mépris pour aucune , & que fon in- difference aprochat de celle
de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d'eux-meſmes , qu'ils croyent
la plupart des Femmes indi gnesde leursfoins. Noſtre
litaire n'avoit point
&s'il avoit de l'indifference,
la cauſe n'endevoit eſtre attribuée qu'à ſon temperament.
Sa froideur pour le Sexe eſtoit accompagnée d'une civilité
cedeflwy
Cij
28 LE MERCVRE
qui gagnoit tous les coœurs , &
jamais Inſenſible ne l'a fi peu paru. Siquelques Belles qui ne le haïffoient pas , & qui au- roient volontiers fait lamoitié
des avances , cachoient le cha- grin qu'elles avoient de luy voir un cœur fi peu capable d'aimer , fon Pere faiſoit ſans
ceffe paroiſtre le ſien. Il le preſſoit tous les jours deſema- rier , & luy témoignoit avec une ardeur inconcevable le
defir qu'il avoit de voir des Succeſſeurs qui pûffent em- peſcher ſon nom de mourir.
Ces difcours fatiguoient nô- tre Solitaire, il ne fongeoit qu'à ſes Livres , il n'aimoit que fon Cabinet , il y paſſoit des jours entiers, & ne voyoit les Dames que lors qu'il ne pouvoit civi-- lement s'endéfendre, & que le
1
GALANT. 29
4
hazard les faifoit trouver dans
des lieux où il ne les cherchoit
pas : demanierequ'on peutdi- re qu'au milieu d'une des plus GalantesVilles de France , &
dans un Parlement celebre , il
vivoit comme s'il eût efté dans
une Solitude. Le calme d'eſprit &les douceurs qu'il trouvoit dans cette vie tranquile , fu- rentmêlées de quelques cha- grins. Les empreſſemens que fon Pere avoit de le marier,
luy firent de la peine : il vou- lut tâcher à ſe vaincre pour luy obeïr, il combatit les defirs qu'il avoit de conferver ſa li- berté, il ſe dit des raiſons pour fe faire vouloir ce qu'il ap- préhendoit le plus , mais cefut toûjours inutilement; de forte
que ſe voyant dans la neceffi- te d'entendre tous les jours les
Ciij
30 LE MERCVRE
plaintes de ſon Pere , ou de prendre une Femme, il refolut de vendre ſa Charge de Con- • ſeiller, &de ſe retirer dans une
Maiſon de Campagne ſur les bords d'une agreable Riviere.
Il pratiqua fecretement des Genspourcela,conclut prom- ptement ſon marché , &partit auffi - toſt aprés. La Maiſon eſtoit à luy , elle eſtoit toute meublée , il y alloit ſouvent,
&n'ayant beſoin de faire au- cuns appreſts pour ce Voyage,
il fit facilement croire qu'il n'alloit que s'y promener, quoy qu'il euſt deſſein de s'y établir tout-à-fait. A peine y est - il arrivé , qu'il s'adonne entie- rement à la lecture des plus
beaux Livres , aux Oeuvres de Pieté , & à la culture de fon Jardin. Le Pere au deſeſpoir,
GALANT. 31 &qui ſouhaitoit toujours d'a- voir des Succeſſeurs , confulte
ſes Amis pour ſçavoir de quel- le maniere il en uſera pour faire retourner ſon Fils dans
le monde. On y trouva de la difficulté , pluſieurs expédiens ſont propoſez, on ſe quite fans ſe determiner à rien. On fe
raffemble : & le bon Homme
conclut enfin qu'il parlera à
quelques Bateliers , & qu'il priera une Fille publique in-- connuë à ſon Fils , & la plus belle qu'il pourra trouver , de ſe mettre dans leur Bateau , &
qu'ils iront aupresdu Jardinde fon Fils , où ils feindront de
faire naufrage. Son argent luy fait trouver tout ce qu'il fou- haite. On luy promet tout, on execute tout , mais fi à propos &avec tant d'aparence de ve
32 LE MERCVRE rité , que noſtre Solitaire en eſt touché de compaffion. Il eſtoit appuyé fur le bordd'une Terraffe qui regardoit la Ri- viere, & tenoit un Livre remplyde Traitez contre l'Amour.
Il le liſoit avec plaifir , s'ap- plaudiffſoit de la dureté de fon cœur , &s'affermiſſoit dans la
refolution qu'il faifoit tous les jours de ne ſe laiſſer jamais ébloüir par aucune Beauté ,
quelques charmes qu'elle pût avoir , lors que les cris des Ba- teliers, &d'une jeune fille qui fembloit perir, luy firent aban- donner la lecture pour courir au bord de l'eau. Il vit une
Femme qui en fortoit , il luy preſente la main , &la preffa d'entrer chez luy pour chan- ger de hardes , & pour pren-- dre du repos. Il la plaignie
GALANT. 33
LYC
pendant le chemin avec une
honneſteté qui luy eft natu- relle ,&luy dit des choſes qui l'auroient empeſchée de croi- re qu'il eſtoit inſenſible, fi elle n'en avoit eſté bien avertie.
Elle ſe contentade luy repartir qu'elle ſe trouvoit bien- heureuſe dans fon infortune de rencontrer une Perſonn
auſſi obligeate que luy. Quand elle fut arrivée dans ſon L
gis , elle demanda du Feu &
du Linge pour en changer ,
parce que le ſien eſtoit tout moüillé. Noftre Solitaire en
fut luy-mefme chercher, & il
auroit fait l'impoſſible pour fa belle Hoſteſſe, ſans en ſçavoir la raiſon. Il eſtoit fi troublé &
fi interdit qu'il ne ſçavoit ce qu'il faiſoit. Il la regardoit fans parler , & parloit ſans ſçavoir
34 LE MERCURE ny ce qu'il diſoit , ny ce qu'il luy vouloit dire. Il luy alluma luy - meſine du feu avec un empreſſement extraordinaire ,
&envoya tous ſes Gens avec ordre de ne rien épargner pour ſauver ſes Hardesqui flotoient fur l'eau. Pendant qu'il eſtoit occupé àfaire du feu, la Belle ſe deshabilloit peu à peu , &
laiſſoit entrevoir de temps en
temps une partie des beautez qui avoienteſté admirées d'un
grand nombre de Cavaliers.
Elle ſe coucha en fuite. Nôtre Solitaire s'approcha de fon Lit , & voulut l'entretenir ;
mais elle luy dit qu'elle estoit fort fatiguée,&le pria avec un air modefte & remply d'une certaine pudeur qui arrache les cœurs, de ſe retirer & de
la laiſſfer en repos. Il eſt vray
GALANT. 35 qu'elle estoit laffe , & le feint Naufrage l'avoit prêque autāt tourmentée qu'auroit fait un veritable péril.Elle dormit fort tranquillement pendant toute la nuit. Son Hoſte n'en fit pas
de meſme , il reſvaal'Avantu+
re qui luy eſtoit arrivée , &
fon imagination ne ceſſa point de luy reprefenter la Belle qui n'eſtoit fortie de l'eau , que pourluy ravir le repos dont il joüiffoit. Son inſenſibilité l'em- peſchoit de croire qu'il aimât
veritablement ; &quand il au- roit eſté bien perfuadé de ſa paffion , il n'oſoit ſe l'avoüer à
luy--mefme ; &la manieredont il avoit veſcu luy faifoit voir tant de foibleſſe dans un fi
prompt changement , qu'il ne Içavoit à quoy ſe déterminer.
Il ſe leva avec ces cruelles irré-
36 LE MERCURE
:
ſolutions. Il fut à peine habil- lé , qu'il envoya ſçavoir de quelle maniere ſa belle Ho- ſteſſe avoit paffé la nuit. Ilap- prit qu'elle estoit éveillée , &
qu'elle ſe portoitbien. Il enté- moigna de la joye , & luy en- voya demander la permiffion dela voir. Il l'obtint ; mais à
peine fut - il entré dans ſa Chambre , qu'il fentit unba- tement de cœur qui luy pré- ſagea ce quiluy eſt arrivé dé- puis. Il luy trouva de nou- veaux charmes ; &luy fit des complimens ſi embarraffez ,
que la Belle connut bien que ces appas commençoient à fai- re l'effet que le Pere de noſtre Inſenſible s'eſtoit propoſé. El- le le pria de luy donner quel- qu'un pour envoyer querir une Litiere dans la Ville Capitale
GALANT. 37 pitalede la Province , quin'é- toitpas éloignéedulieuoù ils eſtoient , & luy dit qu'elle eſtoit obligée d'y aller incef- ſamment pour porter des Pa piers de conſequence àſaMe- re , qui estoit fur le pointd'y voirjugerungrandProcés. Il
luy promit toutdans le deſſein dene luyrientenir,&fit venir fur l'heure un de ſes Gens à
qui il commanda d'executer ponctuellement tout ce qu'el- leluydiroit; puis il luydefen- ditenparticulierde ſuivre au- cunsdeſes ordres ,&le fit cacher afin qu'il ne paruſt plus devant elle. Ilmittout enufage pour empefcher qu'elle ne s'ennuyât. Les Repas furent galans &magnifiques ,&tout parladefon amouravantqu'il en dit rien &qu'il en fut luy Tome VI. D
38 LE MERCVRE mefmebien perfuadé. Cepen- dant ſa paffion qui avoit eſté violentedés ſa naiſſance, l'o- bligeade s'informer avec foin des raiſons qui avoient penſé faire périr une ſi aimable Per- ſonne. Illuydemandad'où elle eftoit partie , & pourquoy efle s'eſtoit fiée à des Bateliers fi
imprudens. Elle luy rendit rai- fon , detout , & luy dit que fa Mere ne youloit pas quelle confiât à perſonneles Papiers,
dont elle luy venoit de parler ,
& qu'ayant appris qu'un teau devpit pafler aupres de la Terre d'où elle les venoit de querir , elle s'eſtoit mife,de- dans , &avoit envoyé tous fes Gens par terre. Elle adjouta a
toutes ces chofes,qu'elle def- cendoit d'une Illuftre Maiſon
Bar
3
qu'elle luy nomma, mais que
α
GALANT. 39 les Debtes que fes Anceſtres
avoient laiſſees ,à caufe des
-dépenſes exceſſives auſquelles le ſervice de leur Prince les
avoit engagées , eſtoient cauſe qu'elle ne paroiſſoit pasdansle
monde avec tout l'éclat que devoit faire une Perſonne de
fa naiffance. CeRécitacheva
-de charmer noſtre Solitaire : &
fa belleHoſteffe qui ne devoit demeurer chez luy que pen- dant quelques jours , s'eſtant apperçeuë qu'il reſſentoit un veritable amour , voulut voir
juſquesoùleschofes pouroient aller. Leurs converſations devinrent longues &frequentes,
les yeux del'Amant parlerent fouvent, ſes ſoins confirme- rent tout ce qu'ils dirent , &
fes Billets tendres en apprirent encor davantage. Ce n'eftoit
Dij
40 LE MERCVRE toutefois pas affez , il falloit une declaration de vive voix
&dans les formes. Noftre Solitaire la fit , mais en Amant
bien reſolu d'aimer toûjours.
Il dit àcette adroite perſonne (qui n'avoit rien oublié de tout ce qu'elle avoit crû ne- ceffaire pour l'enflamer ) qu'il netiendroit qu'àelle de le ren- dre heureux le reſte de fes
jours, en partageant avec luy le peu debien que la Fortune luy avoit donné , & qu'il ne demandoit pour reconnoiffan- ceque ſes bonnesgraces &fon cœur. Il luy propoſa en ſuite de l'époufer le lendemain.Elle fit d'abord de grandesdifficul- tez, puis elle ſe rendit en luy demandanthuit jours pour en conferer avec ſa Mere. Il ne
voulut point confentir à ce re
GALANT. 41 tardement. Elle en témoigna autant de chagrin qu'elle en avoit de joye , & le laiſſa en fuite le maiſtre dela choſe. Il
fit tout préparerpourle lende- main,& le Mariageſe fit dans PEglife du lieu , en preſence detous les Paroiffiens. Cepen- dant le Pere de noftre NouveauMariéqu'on n'avoitaver- ty de rien, fentit redoubler la curioſité qu'ilavoit de ſçavoir -commentſon ſtratagême avoit réuffy. Il vint voir fon'Fils',
qu'il trouva d'abord plus gay qu'àl'ordinaire.Il en eutbeau- coup dejoye, &luy en deman- dala caufe. L'Amour a fait ce
changement, luy répondit- il.
J'en fuis ravy , lity repartit le bon Homme en l'embraffant
les larmes auxyeux, &je croy que pus qu'une Fehime a pu Dij
142 LE MERCURE
vous toucher , vous pourez devenir inſenſible aux charmes de quelque autre. LeFils l'affura du contraire , &luy dit qu'il aimeroit eternellement celle à qui il avoit donné fon cœur. Vous avez beau jurer ,
luyrepartit le Pere , je ne croi-- rayplus rien d'impoffible , puis que vous vous eſtes laiſſé tour cher. Ilest vray que je me fuis,
laiffé toucher, &meſme plus:
quevous ne penſez , luyrepli qua ceFils , puis que voir,ai mer&épouſer,n'ont eſté qu'u ne meſme choſe en moy. Ju- gez apres cela , poursuivit- il ,
fi yous avez raifon d'aſſurer que je deviendrayfenfible aux charmes d'une autre Femme ?
Ces paroles rendirent le Pere immobile , &le ſaiſirent telle
ment qu'il demeura quelque
GALANT.
43 temps fans pouvoir parler. Le Fils qui crût que la joye pro- duiſoit cet effet dans le cœur
de ſon Pere , adjoûta qu'il ne le preſſcroit plus de luydon- ner des Succeſſeurs , qu'il en auroit bien toſt,&qu'il croyoit que ſa Femme eſtoit groffe.
Quoy, luy ditle bon Homme d'une voix tremblante , vous
avez épouſe la Perſonne que vous avez retirée du Naufrage!OüymonPere , luy répon- dit-il , le Ciel me l'a envovée pourm'empeſcher d'eſtre plus long-temps rebelle à vos vo- lontez. Ah ! qu'avez-vousfait,
mon Fils qu'avez - vous fait ?
s'écria le Vieillard. Ce que vous avez fi ſouvent ſouhaité
demoy , repartit noſtre Nou- veauMarić. Dites plûtoft, in- terrompit le Pere avec des
44 LE MERCVRE yeux pleins de fureur, tout ce que je devois craindre , & ce qui vous couvrira d'une infa- mie eternelle , & vous rendra
Popprobre de tout le monde.
Je vous pardonne toutefois ,
poursuivit-il , àcauſe devoftre ignorance,mais il faut quiter voſtre Femme, if la faut fuir
&ne jamais fonger àla revoir.
De la maniere que vous par- -łez, répondit le Fils , il falloit que j'euſſe une Sœur qui ne m'eſtoit pas connuë, &je l'au- ray fans doute épousée , puis qu'il n'y a qu'une avanture ſemblable qui me puiffe obli- gerd'abandonner une Femme àquij'ay fi publiquementdon- né ma foy. Tu luy en peux manquer , reprit le Pere , &
tonMariage le peut rompre , quoy qu'elle ne foit point ta
GALANT. 45 Sœur. Il luy raconta enſuite,
toute l'Hiſtoire du feint Naufrage , & luy dit qu'il avoit pretendu que les charmes &
les manieres engageantes de laPerſonne qui avoit ordre de ſe retirer chez luy aprés ſon malheur apparent , &de luy demander les ſecours qu'illuy avoit offert de luy- meſme,
pourroient peu à peu faire di- minuer fon averſion pour les Dames;que c'étoit tout cequ'il avoit ſouhaité , dans la pensée que ſon cœur eftant devenu
moins farouche , ſe pourroit attendrir pour une plus hon- neſtePerſonne , & qu'il ſe ſe- roit alors fi adroitement fervyde l'occaſion , qu'il l'auroit fait conſentir à luy donner la main ; mais que puis qu'il avoit épousé une Courtiſane,
46 LE MERCURE il devoit par toutes fortes de raiſons demander la rupture de fon Mariage. Je n'ay point leu dans ſes yeux ce qu'elle eſtoit , edit alors ce Fils avec un
ton auffi triſte que touchant :
Ils m'ont paru doux , je n'ay rien veu que d'aimable dans toutefa Perſonne , &j'ay trou- védes charmesdans ſon eſprit -qui auroient pû engager des cœurs plus inſenſibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voſtre Mariage ,
repartit le Pere avec beaucoup de douceur , fanspouvoir vous
fervir de pretexte pour vous -empeſcher de le rompre,mais preſentement , pourſuivit-il ,
que vous connoiſſez voſtre er- reur, la raifon... La raiſon , s'éeria le Fils , je vous ay dit mille &mille fois pendantque vous
GALANT. 47
4.
me preffiez d'engager mon cœur , qu'elle estoit incompa-,
tible avec l'amour , & que de
peur de la perdre je voulois eſtre toûjours inſenſible. Vous ſouhaitiez alors de me voir
moins raiſonnable ,&vous me
le repetiez tous les jours : ce- pendant vous voulez aujour- d'huyqu'avec une paffionvio-- lente,je conſerve toute larai- fonque pourroit avoir l'Hom- me du monde le plus infenfi- ble. Il en faut avoir quand 'honneur le veut , repliqua le Pere, & tu ne romps ton
Mariage , je te declare que je
te desheriteray. Je ne voy past dequoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit leFils,
je n'ay pas eſté chercher la Perſonne que j'ay épousée , &,
vous demeurez vous - meſme,
d'accord que vous me l'avez
48 LE MERCURE
envoyée. Dés que j'ay ſenty que je commençois à l'aimer,
je me ſuis ſouvenu de vous,
&de la joye que vous auriez en apprenant que je ceffois d'eſtre inſenſible. Le deſir de
vous plaire s'eſt mis de la par- tie,il m'a empeſchederefifter
fortement aux premiers mou- vemens demon amour ,&je me ſuis laiſſe vaincre quand j'ayſerieuſement fait reflexion fur la manieredont la Perſonne que j'ay épousée eſtoit ve- nuëchez moy. J'ay crû qu'ily
avoitde ladeſtinée dans cette
Avanture , que nous eſtions nez l'un pour l'autre , & que je ſerois criminel ſi j'étois plus long-temps rebelle à vos vo- lontez ,&que les Succeſſeurs quevous ſouhaitiez avec tant d'empreſſement,eſtoient peut
GALANT. 49
eſtre deſtinez pour eſtre un jour de grands Hommes , &
que le Public en pouvoit recevoir des avantages confide- rables. Ayant examiné toutes ces chofes , j'aurois crû faire un crime de ne pas ſuivre les mouvemens qui m'étoient in- fpirez aprés une Avanture fi extraordinaire , & dans un
temps où j'y penſois le moins.
Toutes ces raiſons ne fatisfirent pas le Pere, il preffa en- cor ſon fils de conſentir à ſe
démarier. Ce dernier s'en eft
faitun ſcrupule de confcien- ce , &le Pere s'eſt pourvû en Juſtice pour faire caſſer leMa- riage. Je les trouve tous deux à plaindre , & je ſerois bien embaraffé ſi j'avois à pronon- cer là-deſſus. Les raiſons de
Fun & de l'autre me paroif
Tome VI. E
50 LE MERCVRE
کو
foient bonnes , &je ne trouve que l'Amourde condamnable,
mais il ne reconnoît point de
Juges, & ne fait jamais que ce qu'il luy plaît
fongent bien moins àquiter le monde , qu'à faire paroiſtre leur eſprit. Beaucoup deGens parlent avantageuſementde la Solitude , & en dépeignent la tranquillité , & cependant on voit peu de Solitaires. Quoy que le nombre en ſoit petit ,
j'en ay découvert un depuis quelques jours , dont l'Hiſtoi- remerite bien de vous eſtre racontée. Il eſt Fils unique &
ſeul Heritier d'un Homme qui peut paſſer pour grand Sei- gneur dans ſa Province. Il le fit étudier avec beaucoup de foin &de dépenſe , luy fit faire ſes Exercices àParis , &le rap- pella aupres de luy dés qu'ils
Tome VI. C
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furent achevées , de crainte
qu'il ne priſt le parti de l'Epée,
&que le defirde la gloire qui excite preſque tous lesjeunes Gens , ne l'engageat à fuivre l'exemple de la plupart de fes Camarades qu'il voyoit aller à
l'Armée , en fortant de l'Aca
demie: CeFils dont l'humeur
eſtoit douce , qui n'aimoit que le repos , & qui ſe faifoit une joye extréme d'obeïr à fon Pe- re , ſe rendit aupres deluydans le temps marqué , & voulut répondre par fa diligence à
l'empreſſement que ce bon Homme avoit de le revoir.
Dés qu'il fut de retour , il luy propoſa une Charge de Con- feillerdans le Parlement de ***
pour l'attacher plus fortement auprés de luy. Cet offre fut accepté avec joye , & la Char-
GALANT. 27
ge ayant eſté achetée , il y fut reçeu avec applaudiſſement ;
il l'a exercée pendant dix ans avec une integrité dont nous avons peu veu d'exemples. Il ne faut pas s'en étonner , il eſtoit indifferent , & la Province n'avoit point de Beautez capables de le toucher. Ce n'eſt pas qu'il euſt de mépris pour aucune , & que fon in- difference aprochat de celle
de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d'eux-meſmes , qu'ils croyent
la plupart des Femmes indi gnesde leursfoins. Noſtre
litaire n'avoit point
&s'il avoit de l'indifference,
la cauſe n'endevoit eſtre attribuée qu'à ſon temperament.
Sa froideur pour le Sexe eſtoit accompagnée d'une civilité
cedeflwy
Cij
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qui gagnoit tous les coœurs , &
jamais Inſenſible ne l'a fi peu paru. Siquelques Belles qui ne le haïffoient pas , & qui au- roient volontiers fait lamoitié
des avances , cachoient le cha- grin qu'elles avoient de luy voir un cœur fi peu capable d'aimer , fon Pere faiſoit ſans
ceffe paroiſtre le ſien. Il le preſſoit tous les jours deſema- rier , & luy témoignoit avec une ardeur inconcevable le
defir qu'il avoit de voir des Succeſſeurs qui pûffent em- peſcher ſon nom de mourir.
Ces difcours fatiguoient nô- tre Solitaire, il ne fongeoit qu'à ſes Livres , il n'aimoit que fon Cabinet , il y paſſoit des jours entiers, & ne voyoit les Dames que lors qu'il ne pouvoit civi-- lement s'endéfendre, & que le
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hazard les faifoit trouver dans
des lieux où il ne les cherchoit
pas : demanierequ'on peutdi- re qu'au milieu d'une des plus GalantesVilles de France , &
dans un Parlement celebre , il
vivoit comme s'il eût efté dans
une Solitude. Le calme d'eſprit &les douceurs qu'il trouvoit dans cette vie tranquile , fu- rentmêlées de quelques cha- grins. Les empreſſemens que fon Pere avoit de le marier,
luy firent de la peine : il vou- lut tâcher à ſe vaincre pour luy obeïr, il combatit les defirs qu'il avoit de conferver ſa li- berté, il ſe dit des raiſons pour fe faire vouloir ce qu'il ap- préhendoit le plus , mais cefut toûjours inutilement; de forte
que ſe voyant dans la neceffi- te d'entendre tous les jours les
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plaintes de ſon Pere , ou de prendre une Femme, il refolut de vendre ſa Charge de Con- • ſeiller, &de ſe retirer dans une
Maiſon de Campagne ſur les bords d'une agreable Riviere.
Il pratiqua fecretement des Genspourcela,conclut prom- ptement ſon marché , &partit auffi - toſt aprés. La Maiſon eſtoit à luy , elle eſtoit toute meublée , il y alloit ſouvent,
&n'ayant beſoin de faire au- cuns appreſts pour ce Voyage,
il fit facilement croire qu'il n'alloit que s'y promener, quoy qu'il euſt deſſein de s'y établir tout-à-fait. A peine y est - il arrivé , qu'il s'adonne entie- rement à la lecture des plus
beaux Livres , aux Oeuvres de Pieté , & à la culture de fon Jardin. Le Pere au deſeſpoir,
GALANT. 31 &qui ſouhaitoit toujours d'a- voir des Succeſſeurs , confulte
ſes Amis pour ſçavoir de quel- le maniere il en uſera pour faire retourner ſon Fils dans
le monde. On y trouva de la difficulté , pluſieurs expédiens ſont propoſez, on ſe quite fans ſe determiner à rien. On fe
raffemble : & le bon Homme
conclut enfin qu'il parlera à
quelques Bateliers , & qu'il priera une Fille publique in-- connuë à ſon Fils , & la plus belle qu'il pourra trouver , de ſe mettre dans leur Bateau , &
qu'ils iront aupresdu Jardinde fon Fils , où ils feindront de
faire naufrage. Son argent luy fait trouver tout ce qu'il fou- haite. On luy promet tout, on execute tout , mais fi à propos &avec tant d'aparence de ve
32 LE MERCVRE rité , que noſtre Solitaire en eſt touché de compaffion. Il eſtoit appuyé fur le bordd'une Terraffe qui regardoit la Ri- viere, & tenoit un Livre remplyde Traitez contre l'Amour.
Il le liſoit avec plaifir , s'ap- plaudiffſoit de la dureté de fon cœur , &s'affermiſſoit dans la
refolution qu'il faifoit tous les jours de ne ſe laiſſer jamais ébloüir par aucune Beauté ,
quelques charmes qu'elle pût avoir , lors que les cris des Ba- teliers, &d'une jeune fille qui fembloit perir, luy firent aban- donner la lecture pour courir au bord de l'eau. Il vit une
Femme qui en fortoit , il luy preſente la main , &la preffa d'entrer chez luy pour chan- ger de hardes , & pour pren-- dre du repos. Il la plaignie
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pendant le chemin avec une
honneſteté qui luy eft natu- relle ,&luy dit des choſes qui l'auroient empeſchée de croi- re qu'il eſtoit inſenſible, fi elle n'en avoit eſté bien avertie.
Elle ſe contentade luy repartir qu'elle ſe trouvoit bien- heureuſe dans fon infortune de rencontrer une Perſonn
auſſi obligeate que luy. Quand elle fut arrivée dans ſon L
gis , elle demanda du Feu &
du Linge pour en changer ,
parce que le ſien eſtoit tout moüillé. Noftre Solitaire en
fut luy-mefme chercher, & il
auroit fait l'impoſſible pour fa belle Hoſteſſe, ſans en ſçavoir la raiſon. Il eſtoit fi troublé &
fi interdit qu'il ne ſçavoit ce qu'il faiſoit. Il la regardoit fans parler , & parloit ſans ſçavoir
34 LE MERCURE ny ce qu'il diſoit , ny ce qu'il luy vouloit dire. Il luy alluma luy - meſine du feu avec un empreſſement extraordinaire ,
&envoya tous ſes Gens avec ordre de ne rien épargner pour ſauver ſes Hardesqui flotoient fur l'eau. Pendant qu'il eſtoit occupé àfaire du feu, la Belle ſe deshabilloit peu à peu , &
laiſſoit entrevoir de temps en
temps une partie des beautez qui avoienteſté admirées d'un
grand nombre de Cavaliers.
Elle ſe coucha en fuite. Nôtre Solitaire s'approcha de fon Lit , & voulut l'entretenir ;
mais elle luy dit qu'elle estoit fort fatiguée,&le pria avec un air modefte & remply d'une certaine pudeur qui arrache les cœurs, de ſe retirer & de
la laiſſfer en repos. Il eſt vray
GALANT. 35 qu'elle estoit laffe , & le feint Naufrage l'avoit prêque autāt tourmentée qu'auroit fait un veritable péril.Elle dormit fort tranquillement pendant toute la nuit. Son Hoſte n'en fit pas
de meſme , il reſvaal'Avantu+
re qui luy eſtoit arrivée , &
fon imagination ne ceſſa point de luy reprefenter la Belle qui n'eſtoit fortie de l'eau , que pourluy ravir le repos dont il joüiffoit. Son inſenſibilité l'em- peſchoit de croire qu'il aimât
veritablement ; &quand il au- roit eſté bien perfuadé de ſa paffion , il n'oſoit ſe l'avoüer à
luy--mefme ; &la manieredont il avoit veſcu luy faifoit voir tant de foibleſſe dans un fi
prompt changement , qu'il ne Içavoit à quoy ſe déterminer.
Il ſe leva avec ces cruelles irré-
36 LE MERCURE
:
ſolutions. Il fut à peine habil- lé , qu'il envoya ſçavoir de quelle maniere ſa belle Ho- ſteſſe avoit paffé la nuit. Ilap- prit qu'elle estoit éveillée , &
qu'elle ſe portoitbien. Il enté- moigna de la joye , & luy en- voya demander la permiffion dela voir. Il l'obtint ; mais à
peine fut - il entré dans ſa Chambre , qu'il fentit unba- tement de cœur qui luy pré- ſagea ce quiluy eſt arrivé dé- puis. Il luy trouva de nou- veaux charmes ; &luy fit des complimens ſi embarraffez ,
que la Belle connut bien que ces appas commençoient à fai- re l'effet que le Pere de noſtre Inſenſible s'eſtoit propoſé. El- le le pria de luy donner quel- qu'un pour envoyer querir une Litiere dans la Ville Capitale
GALANT. 37 pitalede la Province , quin'é- toitpas éloignéedulieuoù ils eſtoient , & luy dit qu'elle eſtoit obligée d'y aller incef- ſamment pour porter des Pa piers de conſequence àſaMe- re , qui estoit fur le pointd'y voirjugerungrandProcés. Il
luy promit toutdans le deſſein dene luyrientenir,&fit venir fur l'heure un de ſes Gens à
qui il commanda d'executer ponctuellement tout ce qu'el- leluydiroit; puis il luydefen- ditenparticulierde ſuivre au- cunsdeſes ordres ,&le fit cacher afin qu'il ne paruſt plus devant elle. Ilmittout enufage pour empefcher qu'elle ne s'ennuyât. Les Repas furent galans &magnifiques ,&tout parladefon amouravantqu'il en dit rien &qu'il en fut luy Tome VI. D
38 LE MERCVRE mefmebien perfuadé. Cepen- dant ſa paffion qui avoit eſté violentedés ſa naiſſance, l'o- bligeade s'informer avec foin des raiſons qui avoient penſé faire périr une ſi aimable Per- ſonne. Illuydemandad'où elle eftoit partie , & pourquoy efle s'eſtoit fiée à des Bateliers fi
imprudens. Elle luy rendit rai- fon , detout , & luy dit que fa Mere ne youloit pas quelle confiât à perſonneles Papiers,
dont elle luy venoit de parler ,
& qu'ayant appris qu'un teau devpit pafler aupres de la Terre d'où elle les venoit de querir , elle s'eſtoit mife,de- dans , &avoit envoyé tous fes Gens par terre. Elle adjouta a
toutes ces chofes,qu'elle def- cendoit d'une Illuftre Maiſon
Bar
3
qu'elle luy nomma, mais que
α
GALANT. 39 les Debtes que fes Anceſtres
avoient laiſſees ,à caufe des
-dépenſes exceſſives auſquelles le ſervice de leur Prince les
avoit engagées , eſtoient cauſe qu'elle ne paroiſſoit pasdansle
monde avec tout l'éclat que devoit faire une Perſonne de
fa naiffance. CeRécitacheva
-de charmer noſtre Solitaire : &
fa belleHoſteffe qui ne devoit demeurer chez luy que pen- dant quelques jours , s'eſtant apperçeuë qu'il reſſentoit un veritable amour , voulut voir
juſquesoùleschofes pouroient aller. Leurs converſations devinrent longues &frequentes,
les yeux del'Amant parlerent fouvent, ſes ſoins confirme- rent tout ce qu'ils dirent , &
fes Billets tendres en apprirent encor davantage. Ce n'eftoit
Dij
40 LE MERCVRE toutefois pas affez , il falloit une declaration de vive voix
&dans les formes. Noftre Solitaire la fit , mais en Amant
bien reſolu d'aimer toûjours.
Il dit àcette adroite perſonne (qui n'avoit rien oublié de tout ce qu'elle avoit crû ne- ceffaire pour l'enflamer ) qu'il netiendroit qu'àelle de le ren- dre heureux le reſte de fes
jours, en partageant avec luy le peu debien que la Fortune luy avoit donné , & qu'il ne demandoit pour reconnoiffan- ceque ſes bonnesgraces &fon cœur. Il luy propoſa en ſuite de l'époufer le lendemain.Elle fit d'abord de grandesdifficul- tez, puis elle ſe rendit en luy demandanthuit jours pour en conferer avec ſa Mere. Il ne
voulut point confentir à ce re
GALANT. 41 tardement. Elle en témoigna autant de chagrin qu'elle en avoit de joye , & le laiſſa en fuite le maiſtre dela choſe. Il
fit tout préparerpourle lende- main,& le Mariageſe fit dans PEglife du lieu , en preſence detous les Paroiffiens. Cepen- dant le Pere de noftre NouveauMariéqu'on n'avoitaver- ty de rien, fentit redoubler la curioſité qu'ilavoit de ſçavoir -commentſon ſtratagême avoit réuffy. Il vint voir fon'Fils',
qu'il trouva d'abord plus gay qu'àl'ordinaire.Il en eutbeau- coup dejoye, &luy en deman- dala caufe. L'Amour a fait ce
changement, luy répondit- il.
J'en fuis ravy , lity repartit le bon Homme en l'embraffant
les larmes auxyeux, &je croy que pus qu'une Fehime a pu Dij
142 LE MERCURE
vous toucher , vous pourez devenir inſenſible aux charmes de quelque autre. LeFils l'affura du contraire , &luy dit qu'il aimeroit eternellement celle à qui il avoit donné fon cœur. Vous avez beau jurer ,
luyrepartit le Pere , je ne croi-- rayplus rien d'impoffible , puis que vous vous eſtes laiſſé tour cher. Ilest vray que je me fuis,
laiffé toucher, &meſme plus:
quevous ne penſez , luyrepli qua ceFils , puis que voir,ai mer&épouſer,n'ont eſté qu'u ne meſme choſe en moy. Ju- gez apres cela , poursuivit- il ,
fi yous avez raifon d'aſſurer que je deviendrayfenfible aux charmes d'une autre Femme ?
Ces paroles rendirent le Pere immobile , &le ſaiſirent telle
ment qu'il demeura quelque
GALANT.
43 temps fans pouvoir parler. Le Fils qui crût que la joye pro- duiſoit cet effet dans le cœur
de ſon Pere , adjoûta qu'il ne le preſſcroit plus de luydon- ner des Succeſſeurs , qu'il en auroit bien toſt,&qu'il croyoit que ſa Femme eſtoit groffe.
Quoy, luy ditle bon Homme d'une voix tremblante , vous
avez épouſe la Perſonne que vous avez retirée du Naufrage!OüymonPere , luy répon- dit-il , le Ciel me l'a envovée pourm'empeſcher d'eſtre plus long-temps rebelle à vos vo- lontez. Ah ! qu'avez-vousfait,
mon Fils qu'avez - vous fait ?
s'écria le Vieillard. Ce que vous avez fi ſouvent ſouhaité
demoy , repartit noſtre Nou- veauMarić. Dites plûtoft, in- terrompit le Pere avec des
44 LE MERCVRE yeux pleins de fureur, tout ce que je devois craindre , & ce qui vous couvrira d'une infa- mie eternelle , & vous rendra
Popprobre de tout le monde.
Je vous pardonne toutefois ,
poursuivit-il , àcauſe devoftre ignorance,mais il faut quiter voſtre Femme, if la faut fuir
&ne jamais fonger àla revoir.
De la maniere que vous par- -łez, répondit le Fils , il falloit que j'euſſe une Sœur qui ne m'eſtoit pas connuë, &je l'au- ray fans doute épousée , puis qu'il n'y a qu'une avanture ſemblable qui me puiffe obli- gerd'abandonner une Femme àquij'ay fi publiquementdon- né ma foy. Tu luy en peux manquer , reprit le Pere , &
tonMariage le peut rompre , quoy qu'elle ne foit point ta
GALANT. 45 Sœur. Il luy raconta enſuite,
toute l'Hiſtoire du feint Naufrage , & luy dit qu'il avoit pretendu que les charmes &
les manieres engageantes de laPerſonne qui avoit ordre de ſe retirer chez luy aprés ſon malheur apparent , &de luy demander les ſecours qu'illuy avoit offert de luy- meſme,
pourroient peu à peu faire di- minuer fon averſion pour les Dames;que c'étoit tout cequ'il avoit ſouhaité , dans la pensée que ſon cœur eftant devenu
moins farouche , ſe pourroit attendrir pour une plus hon- neſtePerſonne , & qu'il ſe ſe- roit alors fi adroitement fervyde l'occaſion , qu'il l'auroit fait conſentir à luy donner la main ; mais que puis qu'il avoit épousé une Courtiſane,
46 LE MERCURE il devoit par toutes fortes de raiſons demander la rupture de fon Mariage. Je n'ay point leu dans ſes yeux ce qu'elle eſtoit , edit alors ce Fils avec un
ton auffi triſte que touchant :
Ils m'ont paru doux , je n'ay rien veu que d'aimable dans toutefa Perſonne , &j'ay trou- védes charmesdans ſon eſprit -qui auroient pû engager des cœurs plus inſenſibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voſtre Mariage ,
repartit le Pere avec beaucoup de douceur , fanspouvoir vous
fervir de pretexte pour vous -empeſcher de le rompre,mais preſentement , pourſuivit-il ,
que vous connoiſſez voſtre er- reur, la raifon... La raiſon , s'éeria le Fils , je vous ay dit mille &mille fois pendantque vous
GALANT. 47
4.
me preffiez d'engager mon cœur , qu'elle estoit incompa-,
tible avec l'amour , & que de
peur de la perdre je voulois eſtre toûjours inſenſible. Vous ſouhaitiez alors de me voir
moins raiſonnable ,&vous me
le repetiez tous les jours : ce- pendant vous voulez aujour- d'huyqu'avec une paffionvio-- lente,je conſerve toute larai- fonque pourroit avoir l'Hom- me du monde le plus infenfi- ble. Il en faut avoir quand 'honneur le veut , repliqua le Pere, & tu ne romps ton
Mariage , je te declare que je
te desheriteray. Je ne voy past dequoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit leFils,
je n'ay pas eſté chercher la Perſonne que j'ay épousée , &,
vous demeurez vous - meſme,
d'accord que vous me l'avez
48 LE MERCURE
envoyée. Dés que j'ay ſenty que je commençois à l'aimer,
je me ſuis ſouvenu de vous,
&de la joye que vous auriez en apprenant que je ceffois d'eſtre inſenſible. Le deſir de
vous plaire s'eſt mis de la par- tie,il m'a empeſchederefifter
fortement aux premiers mou- vemens demon amour ,&je me ſuis laiſſe vaincre quand j'ayſerieuſement fait reflexion fur la manieredont la Perſonne que j'ay épousée eſtoit ve- nuëchez moy. J'ay crû qu'ily
avoitde ladeſtinée dans cette
Avanture , que nous eſtions nez l'un pour l'autre , & que je ſerois criminel ſi j'étois plus long-temps rebelle à vos vo- lontez ,&que les Succeſſeurs quevous ſouhaitiez avec tant d'empreſſement,eſtoient peut
GALANT. 49
eſtre deſtinez pour eſtre un jour de grands Hommes , &
que le Public en pouvoit recevoir des avantages confide- rables. Ayant examiné toutes ces chofes , j'aurois crû faire un crime de ne pas ſuivre les mouvemens qui m'étoient in- fpirez aprés une Avanture fi extraordinaire , & dans un
temps où j'y penſois le moins.
Toutes ces raiſons ne fatisfirent pas le Pere, il preffa en- cor ſon fils de conſentir à ſe
démarier. Ce dernier s'en eft
faitun ſcrupule de confcien- ce , &le Pere s'eſt pourvû en Juſtice pour faire caſſer leMa- riage. Je les trouve tous deux à plaindre , & je ſerois bien embaraffé ſi j'avois à pronon- cer là-deſſus. Les raiſons de
Fun & de l'autre me paroif
Tome VI. E
50 LE MERCVRE
کو
foient bonnes , &je ne trouve que l'Amourde condamnable,
mais il ne reconnoît point de
Juges, & ne fait jamais que ce qu'il luy plaît
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Résumé : Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Le texte narre l'histoire d'un jeune homme, fils unique d'un grand seigneur, qui mène une existence solitaire et studieuse malgré les pressions de son père pour qu'il se marie. Après avoir exercé une charge de conseiller au Parlement pendant dix ans avec intégrité, il décide de vendre sa charge et de se retirer dans une maison de campagne pour échapper aux sollicitations de son père. Ce dernier, désespéré de ne pas avoir de petits-enfants, organise un stratagème en faisant semblant de naufrage avec une jeune femme près de la maison de son fils. Touché par la compassion, le jeune homme accueille la jeune femme et finit par tomber amoureux d'elle. Après plusieurs jours de conversations et de déclarations, il l'épouse. Cependant, la situation se complique lorsque le père révèle que le naufrage était feint et que la femme était une courtisane envoyée pour adoucir le cœur rebelle du fils. Furieux, le père exige que le fils rompe ce mariage, menaçant de le déshériter sinon. Le fils, amoureux, argue que les circonstances et ses sentiments l'ont poussé à épouser cette femme, croyant voir une destinée dans cette rencontre. Le père, insistant sur la raison et l'honneur, refuse de céder. Le fils, respectueux des scrupules de conscience, ne veut pas divorcer. Le père, de son côté, se tourne vers la justice pour faire annuler le mariage. Le narrateur trouve les deux parties dignes de pitié, reconnaissant la validité des arguments des deux côtés, mais condamnant l'amour pour son irrationalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 208-231
Avanture de Musique. [titre d'après la table]
Début :
Quoy qu'il semble que ce stile soit trop simple [...]
Mots clefs :
Aventure, Musique, Fille, Divertissement public, Opéra, Voix, Cavalier, Père, Rival, Lambert, Hélas, Air, Accident, Amour, Vers, Billet, Sonnet, Orgue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture de Musique. [titre d'après la table]
Quoyqu'il ſemble que ce ſtile foit trop fimple pour eftre pro- pre aux grandes matieres, il ne laiſſe pasd'avoir de lagrace le voudrois en avoir autantà vous
conter dansle mien,une Avanturede Muſiquequi a cauſe de- puis peu de grands embarras à
biendeGens. Un Homme confiderable &par fon bien & par l'employ qu'il a dans la Robe ,
eſtant demeuré veuf depuis quelque temps , avec une Fille unique, n'avoit point de plus fortepaffion que celle de lama- rier. La garde luy en ſembloit dangereuſe , & il croyoit ne pouvoir s'en défaire jamais af- ſez toſt. Ce n'eſt pas qu'elle n'euſt beaucoup de vertu , &
qu'ayant eſté toûjours élevée dans une fort grande modeſtie,
elle ne fuft incapable de man-
GALANT. 139
(
quer à rien de cequ'elle ſe de- voitàelle-meſme; mais une Fille qui a vingt ans , de l'efprit &
de la beauté , n'eſt point faite pour eftre cachée, il y adesme- furesdebien- feance à garder, &
un Pere que les Affairesdu Pu- blic occupent continuellement,
ne sçauroit mieux faire que de remettre en d'autres mains ce
qui court toûjours quelque pé- ril entre les ſiennes. Tant de
vertuqu'il vous plaira,unejeu- ne Perſonneaun cœur, ce cœur peuteſtre ſenſible , &on a d'au- tantplus à craindre qu'il ne le devienne , que l'Eſprit ſe joi- gnant à la Beauté , attire toû- jours force Adorateurs. La De- moiſelle dont jevous parle étoit faite d'une maniere àn'en pas manquer ſi les ſcrupules duPe- ren'yeuſſent mis ordre. Onla
:
140 LE MERCVRE voyoit , on l'admiroit dans les Lieux de devotion où il ne luy pouvoit eftredefendu de ſe mõtrer, mais elle ne recevoit chez
elleaucuneViſite, fi vous exceprezcellesde cinq ou fix Paren- tes ouVoifinesqui luy tenoient cõpagnie avec affez d'affiduité.
Celqu'elle regrettoit le plus des divertiſfemens publics,dont elle ne joüifſoit que par le rapport d'autruy, c'eſtoit Opera. Elle a- -voit la voix fort belle , ſçavoit parfaitement la muſique,&n'ai- -moitrientantqued'entédre bié chanter. Deux ou trois de ſesAmies avoient le méme talent&
la méme inclination , & la plus grande partie du temps qu'elles ſeplaifoient à paffer enſemble,
eſtoit employé à de petits Con- certsde leur façon. L'une d'elles avoit un Frere grandMuficien,
GALANT. 141 &c'eſtoit ſur ſes Leçons qu'el- les apprenoit aux autres ce qu'il yavoit de plus agreable &de plus touchant dans les Opéra.
La Belle brûloit d'envie de le
mettre de leurs Concerts,on luy diſoit mille biés de luy,&il n'en entendoit pas moins dire d'elle à
ſa Scœur. Ainfi ils furent preve- nus d'eſtime l'un pour l'autre avant qu'il leur fut permis deſe connoiſtre, & ladifficulté qu'ils y trouverent leur en augmenta le defir. Onparla au Pere,qui ſe montra plus traitable qu'on ne l'eſperoit.Le pretextede la mufi- que fut le ſeul dont on ſe fervit pourobtenir lapermiſſion qu'on luydemadoit.Il ne voulut point envier à ſa Fille l'unique plaifir qu'il ſçavoit eſtre capablede la toucher ; & le Cavalier ne luy paroiſſant point d'une Fortune
142 LE MERCVRE
àformer des pretétions d'allian- ce, il confentit à la priere que fa Sœur luy avoit faite, de trouver bon qu'elle l'amenaft.Ils ſe virét donc, ils ſe parlerent,ils chante- rent , &fans s'eſtre apperceus qu'ils euffent commencéà s'ay- mer, ils ſentirenten peu de téps qu'ils s'aymoient. Iln'yavoitrien quede tendre dans les Airs que
le Cavalier venoit apprendre àla Belle ; il les chantoit tendrement , & à force de les luy faire chanter de meſme , il mit
dans ſon ame des diſpoſitions favorables à bien recevoir la
declaration qu'ilſe hazarda enfin à luy faire. Ses regards a- voient parlé avant luy , & ils avoient eſté entendus fans que les Amiesde la Belle en euffent
penetré le ſecret. Elles impu- toient au feul deſſein d'animer
GALANT. 143 les parolesqu'il chantoit, ce qui eſtoit une explication paffion- née des ſentimens de ſon cœur,
Il trouva enfin l'occaſion d'un
teſte- à- tefte. Il ne la laiſſa pas échaper, & il employa des ter- mes ſi touchans , àfaire connoî tre toute la force de ſon amour
à la charmante Perſonne qui le cauſoit , qu'elle ne pût ſe défendre de luy dire qu'il re marqueroit par la promptitude de fon obeïſſance , l'eſtime par- ticuliere qu'elle avoit pour luy,
s'il pouvoit trouver moyen de luy faire ordonner par fon Pere de le regarder comme unHom- me qu'il luy vouloit donner pour Mary. Que de joye pour le Cavalier ! Il avoit des Alliances fort confiderables , &
ménageoit une Perſonne d'au- torité pour l'engager à venir
144 LE MERCVRE
faire la propoſition pour luy ,
quand il apprend de la Belle que ſon Pere la marioit à un Gentilhome fort richequ'il luy avoit déja amené; que les Arti- cles eſtoient arreftez , & qu'il s'en eſtoit expliqué avec elle d'une maniere ſi impérieuſe ,
qu'elle ne voyoit pas de jour à
ſe pouvoir diſpenſer de luy obeïr. Sa douleur eſt auſſi gran- de que ſa ſurpriſe. Il la conjure d'apporter à ſon malheur tous les retardemens qu'elle pour- roit , tandis que de fon coſté il mettroit tout en uſage pour l'empeſeher. Les témoignages
qu'ils ſe donnent de leurdéplai- fir font interrompus par l'arri- vée de l'Amant choify. Comme il eſtoit naturellement jaloux il obſerve le Cavalier , & trouve
dansſonchagrinje ne ſçayquoy
de
GALANT. 1451 de ſuſpect qui l'oblige àſe faire l'Eſpion de ſa Maiſtreſſe. Il la fuit par tout , & fe rend chez
elle tous les jours de fi bonne .
heure , que le Cavalier aimé ne peut plus trouver moyen de l'entretenir. Il cacheledeſeſpoir
où cet embarras le met, & la Muſique eſtant le pretexte de ſes vifites , il tâche d'éblouir ſon
Rival, encontinuant à luy faire chanter à elle & à ſes Amies,
tous les endroitsqu'elles ſçavent
desOpéra Quelquesjours apres ne pouvant venir à bout de trouver un momentde teſte- àteſte pourſçavoir ſes ſentimens,
il eſſaye un ſtratagême pareil à
celuy de l'Amant du Malade Imaginaire. Il feint que le fa- meux Lambert a fait unAir à
deuxParties que peu de PerſonG
כִּי
146 LE MERCVRE.
nés ont encor veu , &parle fur tout d'un Helas qui a quelque choſe de fort touchant quand la Baffe & le Deſſus ſont meflez enſemble. L'Air&les Paro- les estoient de luy,&le tour ſe
rapportoit àl'eftat preſent de ſa fortune. La Belle qui comme je vous ay deja dit avoit une par- faite connoiffance de la Mufique , demande à voir cet Air fi
touchant, & s'offre en meſine
temps à le chanter avec luy. II.
eſtoit fait furces Paroles.
Ievousd'aydit centfois,belle Iris , je vousaime ;
Comme voftre beauté , mon amour est
extréme 1
Maisje crains un Rival charmé devos
appast emp suis bi Vous pâliffez,Iris; l'aimeriez- vous?
GALANT. 147LI T
de
L'AmantMuficien avoit trouvé
des cheutes fi heureuſes dans la
répétition de cet Helas, que la Belle qui avoit commencé à
chanter ſans s'appercevoir du
miſtere , comprit bientoſt à la maniere tendre &languiſſante dont il attachoit ſes regards ſur elle,qu'il la conjuroitde luy ap- prendre ce qu'elle luy permet- toit d'eſperer. La douleur ſe voir contrainte de ſacrifier
fon amour àfon devoir ,la ſaiſit
tout-à-coup fi fortement,qu'elle perd la voix , tombe évanoüye,
&luy fait connoiſtre par cet ac- cident que fon malheur ne luy eſt pas moins ſenſible qu'àbuy.
C'eſt alors qu'il ne peut plus garder de mefures. L'envie de fecourir ſa belle Maiſtreſſe , le fait agir en Amant paffionné. IF Gij
148 LE MERCVRE
:
court , il va , revient , ſe met à
genoux devant elle , la prie de l'entendre , &ſemble mourir de T'apprehenfion qu'il a de ſa mort. SonRivalqui ne peut plus douter de fon amour , en eſt ja- louxdans l'excés , & le devient
encordavantage , quandla Bel- le commençant à ouvrir les yeux , prononce fon nom , &
demande triſtement s'il eſt par- ty. Il ſe plaint au Pere , en ob- tientle banniſſement du Muficien, le fait ſignifier à ſa Mai- ſtreffe ,&croit le triompheaf- ſurépourluy; mais le Pere em- ploye inutilement ſon autorité.
La Fille ſe révolte , prend pour outrage les défiances de l'A- mant qu'elle veut qu'il épouſe,
&ſous pretexte de luy laiſſer plus de temps à examiner ſa
GALANT 149 conduite, elle recule ſon Mariaged'un mois entier , pendant le- quel elle veutqu'il la voye vivre avec celuy qui luy fait ombra- ge, afin qu'il ſe gueriſſe de ſes injuftes ſoupçons , ouqu'il rom- pe avec elle , s'il la croit inca- pable de le rendre heureux.
-Ainſi les viſites continuent; &
*comme les deux Amans ne
cherchent qu'à dégoûter l'En- nemy de leur bonheur, ils ne ménagent plus ſa jaloufie , &
ſe vangentde l'inquietude qu'il leur donne par les méchantes heures qu'ilsluy font paſſer. Le hazard contribuë à leur en
fournir les occafions. Le Muſicienqui venoittoûjours chan- ter avec la Belle , luy avoit re-- cité des Vers aſſez agreables.
Elle en demande une copie.
Giij
SSO LE MERCVRE L'Amour eft induſtrieux , il ſe fait apporter de quoy écrire,
changeles Vers enbonneProfe bien fignificative, luy explique de la manieredu mondela plus touchante ce que ſa paſſion luy fait fouffrir , luy met ce qu'il a
écrit entre les mains , &la con- jure de luy dire fans déguiſe- ment fi ce quiaeu quelquegra- cedans ſa bouche , luy en pa- roift conferver fur le papier.
Elle lit, foûrit , montre de la
joye , & ne peut affez exagerer les nouvelles beautez que la
lecture luy a fait découvrirdans cet ouvrage. L'Amant jaloux ,
qui estoit veritablement amou-
-reux &gardien perpetuel de fa Maiſtreſſe , ne s'accommode
point de cette écriture. Il de- mandeà lire les Vers , on le re2
i
GALANT. 151 fuſe. Il y ſoupçonne du miftere,
&ce qui le convaincqu'il y en a, c'eſt que ſon Rival s'eſtant ſervy le lendemain du meſme artifice , & n'ayant à donner que la copie d'un Sonnet , il luy voit écrire plus de vingt lignes,
&remarque qu'elles font tou- tes continuées , au lieu que les Versſont ouplus courts ouplus longs ſelon le nombre des let- tres qui entrent dans les mots qui les compoſent. Il acheve de perdre patience en voyant prendre la plume à ſa Maiſtref- ſe. Elle écrit un aſſez longBil- let , le cachete , le donne à fon
Rival , commedevanteſtre ren- du à quelqu'une de ſes Amies,
&le prie de luy en apporter la réponſe le lendemain. Jugez de la joyede l'un , & du deſeſpoir
152 LE MERCVRE de l'autre. L'Amant aimé qui nedoute pas que la Belle n'ait répondupar ceBillet à fon Son- net metamorphofé , brûle d'im- patiencede le lire. Il fort. Son Rivalfortdans le meſmetemps,
le fuit , &l'ayantjoint dans une Ruë où il paſſoit fort peu de monde, il luy demande fiere- ment à voir le Biller. Ces gages de l'amour d'une Maiſtreſſe ne
s'abandonnent jamais qu'avec la vie. Ils mettent l'Epée à la main. La fureur qui anime le Jaloux , ne luy permet point de ſeménager. Il tombe d'une lar- ge bleſſure qu'il reçoit. On la tient mortelle , & cet accident
oblige ſon Rival à ſe cacher.
Voila , Madame, l'état où ſont
àpreſent les choſes. Le Pere fulmine, la Fille proteſte qu'elle
GALANT. 153 ne forcera point ſon inclination pourépouſer un Jaloux qui ne peut que la rendre malheureu- -ſe; & ce queje trouve de fa- cheux dans cette Avanture ,
c'eſt que je ne voy perſonne qui ait lieu d'en eſt
conter dansle mien,une Avanturede Muſiquequi a cauſe de- puis peu de grands embarras à
biendeGens. Un Homme confiderable &par fon bien & par l'employ qu'il a dans la Robe ,
eſtant demeuré veuf depuis quelque temps , avec une Fille unique, n'avoit point de plus fortepaffion que celle de lama- rier. La garde luy en ſembloit dangereuſe , & il croyoit ne pouvoir s'en défaire jamais af- ſez toſt. Ce n'eſt pas qu'elle n'euſt beaucoup de vertu , &
qu'ayant eſté toûjours élevée dans une fort grande modeſtie,
elle ne fuft incapable de man-
GALANT. 139
(
quer à rien de cequ'elle ſe de- voitàelle-meſme; mais une Fille qui a vingt ans , de l'efprit &
de la beauté , n'eſt point faite pour eftre cachée, il y adesme- furesdebien- feance à garder, &
un Pere que les Affairesdu Pu- blic occupent continuellement,
ne sçauroit mieux faire que de remettre en d'autres mains ce
qui court toûjours quelque pé- ril entre les ſiennes. Tant de
vertuqu'il vous plaira,unejeu- ne Perſonneaun cœur, ce cœur peuteſtre ſenſible , &on a d'au- tantplus à craindre qu'il ne le devienne , que l'Eſprit ſe joi- gnant à la Beauté , attire toû- jours force Adorateurs. La De- moiſelle dont jevous parle étoit faite d'une maniere àn'en pas manquer ſi les ſcrupules duPe- ren'yeuſſent mis ordre. Onla
:
140 LE MERCVRE voyoit , on l'admiroit dans les Lieux de devotion où il ne luy pouvoit eftredefendu de ſe mõtrer, mais elle ne recevoit chez
elleaucuneViſite, fi vous exceprezcellesde cinq ou fix Paren- tes ouVoifinesqui luy tenoient cõpagnie avec affez d'affiduité.
Celqu'elle regrettoit le plus des divertiſfemens publics,dont elle ne joüifſoit que par le rapport d'autruy, c'eſtoit Opera. Elle a- -voit la voix fort belle , ſçavoit parfaitement la muſique,&n'ai- -moitrientantqued'entédre bié chanter. Deux ou trois de ſesAmies avoient le méme talent&
la méme inclination , & la plus grande partie du temps qu'elles ſeplaifoient à paffer enſemble,
eſtoit employé à de petits Con- certsde leur façon. L'une d'elles avoit un Frere grandMuficien,
GALANT. 141 &c'eſtoit ſur ſes Leçons qu'el- les apprenoit aux autres ce qu'il yavoit de plus agreable &de plus touchant dans les Opéra.
La Belle brûloit d'envie de le
mettre de leurs Concerts,on luy diſoit mille biés de luy,&il n'en entendoit pas moins dire d'elle à
ſa Scœur. Ainfi ils furent preve- nus d'eſtime l'un pour l'autre avant qu'il leur fut permis deſe connoiſtre, & ladifficulté qu'ils y trouverent leur en augmenta le defir. Onparla au Pere,qui ſe montra plus traitable qu'on ne l'eſperoit.Le pretextede la mufi- que fut le ſeul dont on ſe fervit pourobtenir lapermiſſion qu'on luydemadoit.Il ne voulut point envier à ſa Fille l'unique plaifir qu'il ſçavoit eſtre capablede la toucher ; & le Cavalier ne luy paroiſſant point d'une Fortune
142 LE MERCVRE
àformer des pretétions d'allian- ce, il confentit à la priere que fa Sœur luy avoit faite, de trouver bon qu'elle l'amenaft.Ils ſe virét donc, ils ſe parlerent,ils chante- rent , &fans s'eſtre apperceus qu'ils euffent commencéà s'ay- mer, ils ſentirenten peu de téps qu'ils s'aymoient. Iln'yavoitrien quede tendre dans les Airs que
le Cavalier venoit apprendre àla Belle ; il les chantoit tendrement , & à force de les luy faire chanter de meſme , il mit
dans ſon ame des diſpoſitions favorables à bien recevoir la
declaration qu'ilſe hazarda enfin à luy faire. Ses regards a- voient parlé avant luy , & ils avoient eſté entendus fans que les Amiesde la Belle en euffent
penetré le ſecret. Elles impu- toient au feul deſſein d'animer
GALANT. 143 les parolesqu'il chantoit, ce qui eſtoit une explication paffion- née des ſentimens de ſon cœur,
Il trouva enfin l'occaſion d'un
teſte- à- tefte. Il ne la laiſſa pas échaper, & il employa des ter- mes ſi touchans , àfaire connoî tre toute la force de ſon amour
à la charmante Perſonne qui le cauſoit , qu'elle ne pût ſe défendre de luy dire qu'il re marqueroit par la promptitude de fon obeïſſance , l'eſtime par- ticuliere qu'elle avoit pour luy,
s'il pouvoit trouver moyen de luy faire ordonner par fon Pere de le regarder comme unHom- me qu'il luy vouloit donner pour Mary. Que de joye pour le Cavalier ! Il avoit des Alliances fort confiderables , &
ménageoit une Perſonne d'au- torité pour l'engager à venir
144 LE MERCVRE
faire la propoſition pour luy ,
quand il apprend de la Belle que ſon Pere la marioit à un Gentilhome fort richequ'il luy avoit déja amené; que les Arti- cles eſtoient arreftez , & qu'il s'en eſtoit expliqué avec elle d'une maniere ſi impérieuſe ,
qu'elle ne voyoit pas de jour à
ſe pouvoir diſpenſer de luy obeïr. Sa douleur eſt auſſi gran- de que ſa ſurpriſe. Il la conjure d'apporter à ſon malheur tous les retardemens qu'elle pour- roit , tandis que de fon coſté il mettroit tout en uſage pour l'empeſeher. Les témoignages
qu'ils ſe donnent de leurdéplai- fir font interrompus par l'arri- vée de l'Amant choify. Comme il eſtoit naturellement jaloux il obſerve le Cavalier , & trouve
dansſonchagrinje ne ſçayquoy
de
GALANT. 1451 de ſuſpect qui l'oblige àſe faire l'Eſpion de ſa Maiſtreſſe. Il la fuit par tout , & fe rend chez
elle tous les jours de fi bonne .
heure , que le Cavalier aimé ne peut plus trouver moyen de l'entretenir. Il cacheledeſeſpoir
où cet embarras le met, & la Muſique eſtant le pretexte de ſes vifites , il tâche d'éblouir ſon
Rival, encontinuant à luy faire chanter à elle & à ſes Amies,
tous les endroitsqu'elles ſçavent
desOpéra Quelquesjours apres ne pouvant venir à bout de trouver un momentde teſte- àteſte pourſçavoir ſes ſentimens,
il eſſaye un ſtratagême pareil à
celuy de l'Amant du Malade Imaginaire. Il feint que le fa- meux Lambert a fait unAir à
deuxParties que peu de PerſonG
כִּי
146 LE MERCVRE.
nés ont encor veu , &parle fur tout d'un Helas qui a quelque choſe de fort touchant quand la Baffe & le Deſſus ſont meflez enſemble. L'Air&les Paro- les estoient de luy,&le tour ſe
rapportoit àl'eftat preſent de ſa fortune. La Belle qui comme je vous ay deja dit avoit une par- faite connoiffance de la Mufique , demande à voir cet Air fi
touchant, & s'offre en meſine
temps à le chanter avec luy. II.
eſtoit fait furces Paroles.
Ievousd'aydit centfois,belle Iris , je vousaime ;
Comme voftre beauté , mon amour est
extréme 1
Maisje crains un Rival charmé devos
appast emp suis bi Vous pâliffez,Iris; l'aimeriez- vous?
GALANT. 147LI T
de
L'AmantMuficien avoit trouvé
des cheutes fi heureuſes dans la
répétition de cet Helas, que la Belle qui avoit commencé à
chanter ſans s'appercevoir du
miſtere , comprit bientoſt à la maniere tendre &languiſſante dont il attachoit ſes regards ſur elle,qu'il la conjuroitde luy ap- prendre ce qu'elle luy permet- toit d'eſperer. La douleur ſe voir contrainte de ſacrifier
fon amour àfon devoir ,la ſaiſit
tout-à-coup fi fortement,qu'elle perd la voix , tombe évanoüye,
&luy fait connoiſtre par cet ac- cident que fon malheur ne luy eſt pas moins ſenſible qu'àbuy.
C'eſt alors qu'il ne peut plus garder de mefures. L'envie de fecourir ſa belle Maiſtreſſe , le fait agir en Amant paffionné. IF Gij
148 LE MERCVRE
:
court , il va , revient , ſe met à
genoux devant elle , la prie de l'entendre , &ſemble mourir de T'apprehenfion qu'il a de ſa mort. SonRivalqui ne peut plus douter de fon amour , en eſt ja- louxdans l'excés , & le devient
encordavantage , quandla Bel- le commençant à ouvrir les yeux , prononce fon nom , &
demande triſtement s'il eſt par- ty. Il ſe plaint au Pere , en ob- tientle banniſſement du Muficien, le fait ſignifier à ſa Mai- ſtreffe ,&croit le triompheaf- ſurépourluy; mais le Pere em- ploye inutilement ſon autorité.
La Fille ſe révolte , prend pour outrage les défiances de l'A- mant qu'elle veut qu'il épouſe,
&ſous pretexte de luy laiſſer plus de temps à examiner ſa
GALANT 149 conduite, elle recule ſon Mariaged'un mois entier , pendant le- quel elle veutqu'il la voye vivre avec celuy qui luy fait ombra- ge, afin qu'il ſe gueriſſe de ſes injuftes ſoupçons , ouqu'il rom- pe avec elle , s'il la croit inca- pable de le rendre heureux.
-Ainſi les viſites continuent; &
*comme les deux Amans ne
cherchent qu'à dégoûter l'En- nemy de leur bonheur, ils ne ménagent plus ſa jaloufie , &
ſe vangentde l'inquietude qu'il leur donne par les méchantes heures qu'ilsluy font paſſer. Le hazard contribuë à leur en
fournir les occafions. Le Muſicienqui venoittoûjours chan- ter avec la Belle , luy avoit re-- cité des Vers aſſez agreables.
Elle en demande une copie.
Giij
SSO LE MERCVRE L'Amour eft induſtrieux , il ſe fait apporter de quoy écrire,
changeles Vers enbonneProfe bien fignificative, luy explique de la manieredu mondela plus touchante ce que ſa paſſion luy fait fouffrir , luy met ce qu'il a
écrit entre les mains , &la con- jure de luy dire fans déguiſe- ment fi ce quiaeu quelquegra- cedans ſa bouche , luy en pa- roift conferver fur le papier.
Elle lit, foûrit , montre de la
joye , & ne peut affez exagerer les nouvelles beautez que la
lecture luy a fait découvrirdans cet ouvrage. L'Amant jaloux ,
qui estoit veritablement amou-
-reux &gardien perpetuel de fa Maiſtreſſe , ne s'accommode
point de cette écriture. Il de- mandeà lire les Vers , on le re2
i
GALANT. 151 fuſe. Il y ſoupçonne du miftere,
&ce qui le convaincqu'il y en a, c'eſt que ſon Rival s'eſtant ſervy le lendemain du meſme artifice , & n'ayant à donner que la copie d'un Sonnet , il luy voit écrire plus de vingt lignes,
&remarque qu'elles font tou- tes continuées , au lieu que les Versſont ouplus courts ouplus longs ſelon le nombre des let- tres qui entrent dans les mots qui les compoſent. Il acheve de perdre patience en voyant prendre la plume à ſa Maiſtref- ſe. Elle écrit un aſſez longBil- let , le cachete , le donne à fon
Rival , commedevanteſtre ren- du à quelqu'une de ſes Amies,
&le prie de luy en apporter la réponſe le lendemain. Jugez de la joyede l'un , & du deſeſpoir
152 LE MERCVRE de l'autre. L'Amant aimé qui nedoute pas que la Belle n'ait répondupar ceBillet à fon Son- net metamorphofé , brûle d'im- patiencede le lire. Il fort. Son Rivalfortdans le meſmetemps,
le fuit , &l'ayantjoint dans une Ruë où il paſſoit fort peu de monde, il luy demande fiere- ment à voir le Biller. Ces gages de l'amour d'une Maiſtreſſe ne
s'abandonnent jamais qu'avec la vie. Ils mettent l'Epée à la main. La fureur qui anime le Jaloux , ne luy permet point de ſeménager. Il tombe d'une lar- ge bleſſure qu'il reçoit. On la tient mortelle , & cet accident
oblige ſon Rival à ſe cacher.
Voila , Madame, l'état où ſont
àpreſent les choſes. Le Pere fulmine, la Fille proteſte qu'elle
GALANT. 153 ne forcera point ſon inclination pourépouſer un Jaloux qui ne peut que la rendre malheureu- -ſe; & ce queje trouve de fa- cheux dans cette Avanture ,
c'eſt que je ne voy perſonne qui ait lieu d'en eſt
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Résumé : Avanture de Musique. [titre d'après la table]
Le texte relate une aventure musicale impliquant un homme respectable et sa fille unique, âgée de vingt ans, vertueuse et belle. Le père, occupé par ses affaires publiques, souhaite la marier mais craint les dangers de la garde de sa fille. Elle est admirée dans les lieux de dévotion mais ne reçoit que des visites de parents ou voisins fidèles. Sa passion secrète est l'opéra et la musique, qu'elle pratique avec quelques amies. L'une de ces amies a un frère musicien qui donne des leçons aux jeunes filles. La fille du narrateur et le musicien développent une estime mutuelle avant même de se rencontrer. Le père, après avoir été sollicité, accepte que le musicien vienne donner des leçons à sa fille. Ils tombent amoureux lors de ces rencontres musicales. Le musicien déclare son amour à la jeune fille, qui accepte de l'épouser à condition qu'il obtienne l'accord de son père. Cependant, le père annonce à sa fille qu'il la marie à un gentilhomme riche. Le musicien, désespéré, tente de retarder l'événement. Le nouveau fiancé, jaloux, surveille la jeune fille et interdit les visites du musicien. Ce dernier utilise un stratagème pour déclarer son amour à la jeune fille en composant un air musical avec des paroles explicites. La jeune fille, émue, s'évanouit. Le père, informé de la situation, bannit le musicien. La fille, révoltée, refuse d'épouser le gentilhomme jaloux et décide de vivre avec le musicien pour prouver son innocence. Les deux amants continuent de se voir, exacerbant la jalousie du gentilhomme. Un duel s'ensuit, lors duquel le gentilhomme est gravement blessé. Le musicien doit se cacher, laissant la situation en suspens.
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4
p. 6-7
ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Début :
Le premier des Louis estois trop debonnaire ; [...]
Mots clefs :
Louis, Coeur, Fils, Père, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
ETRENNE
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
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Résumé : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Le poème énumère les rois de France nommés Louis. Louis Ier est trop bon. Louis II, III, IV et d'Outremer n'ont rien accompli. Louis V est inactif. Louis VI est plus chanceux en tant que fils. Louis IX participe à la croisade. Philippe Auguste, le Lion, est courageux. Son fils, Saint Louis, est dévot. Louis X règne quatre ans. Louis XI est rusé mais peu fin. Henri IV a une fin tragique. Le texte attend Louis XIV, le Grand.
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5
p. 173-174
« Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Début :
Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...]
Mots clefs :
Grâce, Père, Religion prétendue réformée, Conversion, Erreur, Combat, Abjuration, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Il ne faut fouvent qu'un moment
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
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Résumé : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Le Père Hilarion de Mortagne a converti une femme calviniste lors d'un trajet en bateau. Elle a abjuré peu après, témoin par les habitants de La Bouille. Mademoiselle d'Uré, fille du gentilhomme de La Rochelle, a également abjuré et épousé Monsieur de Valion, lieutenant au Régiment de Navarre.
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6
p. 32-33
AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Début :
Le Sonnet qui suit ces Vers, est de / Pensez-vous en loüant le plus sage des Roys, [...]
Mots clefs :
Louanges, Roi, Foi, Père, Bonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Le Sonnet qui fuit ces Vers,
eft de M' Texier , Preftre de
Saumur.
AUX PRETENDUS
REFORME Z.
P Enfez-vous en loüant le plus
des Roys,
Pouvoir de fon efprit ébranler la
conſtance?
Apprenez quefa Foy ,fon zéle &fa
prudence,
Ferontpar tout regner l'équité defes
Loix.
$2
Sans ceffe il vous exhorte àfaire
digne choix;
Ne vous oppofezpas à tant de com-
•plaisance;
GALANT. 33
Ses tendreffes, fesfoins,fes bienfaits,
fa clémence,
Doiventgagner vos coeurs , qu'il combat
tant de fois.
$2
D'un Enfant quiſe bleſſe on éloigne
les armes,
La tendreffe d'un Pere en reçoit trop
d'alarmes,
Pourfoufrir qu'à fes yeux il s'en perce
lefein.
Sa
Ainfi LOVIS qui voit voftre erreur
volontaire,
S'oppose à vostreperte, &par cegrand
deffein
Surpaffe la fageffe & la bonté d'un
Perc.
eft de M' Texier , Preftre de
Saumur.
AUX PRETENDUS
REFORME Z.
P Enfez-vous en loüant le plus
des Roys,
Pouvoir de fon efprit ébranler la
conſtance?
Apprenez quefa Foy ,fon zéle &fa
prudence,
Ferontpar tout regner l'équité defes
Loix.
$2
Sans ceffe il vous exhorte àfaire
digne choix;
Ne vous oppofezpas à tant de com-
•plaisance;
GALANT. 33
Ses tendreffes, fesfoins,fes bienfaits,
fa clémence,
Doiventgagner vos coeurs , qu'il combat
tant de fois.
$2
D'un Enfant quiſe bleſſe on éloigne
les armes,
La tendreffe d'un Pere en reçoit trop
d'alarmes,
Pourfoufrir qu'à fes yeux il s'en perce
lefein.
Sa
Ainfi LOVIS qui voit voftre erreur
volontaire,
S'oppose à vostreperte, &par cegrand
deffein
Surpaffe la fageffe & la bonté d'un
Perc.
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Résumé : AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Le sonnet de M. Texier, prêtre de Saumur, exhorte les réformés à louer le roi et à ne pas ébranler sa constance. Il met en avant la foi, le zèle et la prudence du roi, qui feront régner l'équité des lois. Le texte encourage les réformés à faire un choix digne et à ne pas s'opposer à la complaisance royale. Le roi, comparé à un père, éloigne les armes pour éviter de les alarmer et surpasse la sagesse et la bonté par un grand dessein.
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7
p. 72-76
Lettre en Vers, [titre d'après la table]
Début :
L'autre Lettre a esté écrite par l'Autheur à un de ses Amis, / Mon cher Lisis, j'ay receu le Billet [...]
Mots clefs :
Naissance, Mardi gras, Coeur, Joie, Père, Fils, Enfant, Honneur, Festin, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre en Vers, [titre d'après la table]
L'autre Lettre a efté écrite.
par l'Autheur à un de fes
Amis,
GALANT. 73
Amis , de qui la Femme accoucha
d'un Garçon le jour
du Mardy Gras.
On cher Lifis , j'ay receu le
Billet
Mo
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
Et quoy qu'ennuy de tous coffez m'aboye,
Moncoeur pourtant a treffailly de joye,
Pour avoirfçu que ta chere Moitié,
Apres douleurs qui font moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Père.
l'heureux Fils ! ©fortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvel Enfant!
Un Mardy- Gras éclairefa naiſſances
Les Ieux, les ris, les Feftins, & la
Dance,
Semblent par tout venirfaire la cour
Mars 1685. G
74 MERCURE
Au bel Enfant qui par toy voit lejour.
O qu'ilfera grand amateur d'Epices!
Langues de Boeuf, Saucissons & San
ciffes,
Iambonsfumez, gros & courts Cervelas
Feront unjour l'honneur de fes Repas?
Goute de vin ne lairra dans fa Couppe,
Agrosmonceaux mettra lefel en Soupe,
Et neferajamais dansfon Tonneau,
Pour le remplir,y répandre de l'eau.
Plante, croy-moy , pour cet Enfant infigne
Le meilleurplan de la meilleure Vigne
O quel transport ! O quel plaifant
foulas,
Quand ii verra courber les Echalas
Sous le fardeau de mainte & mainte
Grappe,
Etgros Flacons arangezfur la Nappe!
Mais garde- toy que celle qui nourrit
GALANT. 75
Cet Enfançon à qui Mardy- Grasrit,
Faffe Carefme, & mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de la
Müe,
Iarret de Veau, longe, éclanche &
roignon,
Fais fairefauce, ou d'Ail , ou - bien
d'Oignon,
Et
Et fois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature,
que l'Enfant qui fucce de ce lait ,
Un temps viendraferamaître Poulet,
Etneferapar amour d'abftinence,
Affront aujour qui luy donna naif-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin,
Quipourrimer n'eft pas en trop bon
train.
Un malde dents, douleur des plus
cruelle,
Gij
76 MERCURE
Quejour, que nuit me devore & bou
relle .
Atends ; adicu. Si j'obtiens guériſon,
I'iray te voir en ta belle Maifon,
M'yfaluft - il courre à beaupiedfans
Lance;
Onquesje n'eus tant de réjouissance,
Quej'en auray de prendre entre mes
... bras
Ce bel Enfant, ce Fils du Mardy-
Gras.
par l'Autheur à un de fes
Amis,
GALANT. 73
Amis , de qui la Femme accoucha
d'un Garçon le jour
du Mardy Gras.
On cher Lifis , j'ay receu le
Billet
Mo
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
Et quoy qu'ennuy de tous coffez m'aboye,
Moncoeur pourtant a treffailly de joye,
Pour avoirfçu que ta chere Moitié,
Apres douleurs qui font moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Père.
l'heureux Fils ! ©fortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvel Enfant!
Un Mardy- Gras éclairefa naiſſances
Les Ieux, les ris, les Feftins, & la
Dance,
Semblent par tout venirfaire la cour
Mars 1685. G
74 MERCURE
Au bel Enfant qui par toy voit lejour.
O qu'ilfera grand amateur d'Epices!
Langues de Boeuf, Saucissons & San
ciffes,
Iambonsfumez, gros & courts Cervelas
Feront unjour l'honneur de fes Repas?
Goute de vin ne lairra dans fa Couppe,
Agrosmonceaux mettra lefel en Soupe,
Et neferajamais dansfon Tonneau,
Pour le remplir,y répandre de l'eau.
Plante, croy-moy , pour cet Enfant infigne
Le meilleurplan de la meilleure Vigne
O quel transport ! O quel plaifant
foulas,
Quand ii verra courber les Echalas
Sous le fardeau de mainte & mainte
Grappe,
Etgros Flacons arangezfur la Nappe!
Mais garde- toy que celle qui nourrit
GALANT. 75
Cet Enfançon à qui Mardy- Grasrit,
Faffe Carefme, & mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de la
Müe,
Iarret de Veau, longe, éclanche &
roignon,
Fais fairefauce, ou d'Ail , ou - bien
d'Oignon,
Et
Et fois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature,
que l'Enfant qui fucce de ce lait ,
Un temps viendraferamaître Poulet,
Etneferapar amour d'abftinence,
Affront aujour qui luy donna naif-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin,
Quipourrimer n'eft pas en trop bon
train.
Un malde dents, douleur des plus
cruelle,
Gij
76 MERCURE
Quejour, que nuit me devore & bou
relle .
Atends ; adicu. Si j'obtiens guériſon,
I'iray te voir en ta belle Maifon,
M'yfaluft - il courre à beaupiedfans
Lance;
Onquesje n'eus tant de réjouissance,
Quej'en auray de prendre entre mes
... bras
Ce bel Enfant, ce Fils du Mardy-
Gras.
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Résumé : Lettre en Vers, [titre d'après la table]
L'auteur écrit à un ami pour célébrer la naissance de son fils, survenue le jour du Mardi Gras. Il exprime sa joie malgré un certain ennui et anticipe une vie prospère pour l'enfant. Il imagine un avenir où le garçon sera entouré de festins et de danses, savourant des mets délicats et des vins fins. L'auteur conseille à son ami de bien nourrir l'enfant pour qu'il devienne robuste et évite les privations. Cependant, il mentionne une douleur dentaire persistante qui l'empêche de se réjouir pleinement. Il espère se rétablir pour rendre visite à son ami et voir l'enfant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1-48
LIVRES NOUVEAUX qui se trouvent à Lyon chez le Sieur AMAULRY ; depuis l'année 1678. jusqu'a present.
Début :
Pratique de Pieté, ou les conduites pour tous les jours de [...]
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Catalogue, Histoire, Nouvelle, Livre, Père, Traité, Nouvelles, Figures, Paris, Abbé
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texteReconnaissance textuelle : LIVRES NOUVEAUX qui se trouvent à Lyon chez le Sieur AMAULRY ; depuis l'année 1678. jusqu'a present.
LIVRES NOUVEAUX
qui fe trouveront à Lyon chez le Sieur
A MAUL RY ; depuis l'année 1678 .
jufqu'a prefent.
P
RATIQUE de Pieté , ou les confuites
pour tous les jours de
'anné fuivant les Maximes de
l'Evangile par le R. Pere le
Maître de la Compagnie de
Iesus , 2 2. vol . 30. fols.
L'art poëtique du Pere Lamy, 12.30. fols .
Les Nobles de Provinces , Comedie de
Monfieur de Haute Roche , 10. fols .
Le Comte d'Ulfeld , 12. 10 fols.
Memoire du Marquis d'Almachu , 12. 2.
vol . 2c. fols.
Les Livres de S. Auguftin de la maniere
d'enſeigner les principes de la Religion , 12 .
livres. 2.
Remarque fur un Ecrit dicté à Doüay , 12.
30. fols.
La Princeffe de Cleves. 12. 4. vol . 5. liv .
Idem la Critique , 12. 30. fols .
Idem la Contre- Critique 4o. f.
Nouvelles Amoureuſes & Galantes, indouze .
30. fols.
Heures en Vers de l'incomparable Sieur de
Corneille l'aîné , indouze. fig. 3. liv.
Architecture Navale , in 4. 6. liv.
CHEQUE
BRLA
LYON
*1995
VILLE
A
2 Catalogue.
De Lazarille de Tornes , Traduction nouvelle
, indouze , 2. vol . 4o. fols.
Ieu Royal de la Langue Latine avec les
Cartes , 8. 40. fuls,
Nouveau jeu de Carte du Blazon , 30. f.
Hiftoire de la Chancellerie
Teffereau , fol . 15. liv.
par Monfieur
Capitularia Regum Francorum Auctoris
Steph. Baluz, fol . 2. vol. 30. livr.
Phedre & Hippolite , Tragedie, ind . 15.f.
Origine des François , ind. 2. vol. 3. liv.
Hiftoire du Schifme d'Angleterre , in 12 .
Confeil de la Sageffe, ind. 2. vol. 3. liv.
Converfions des Pecheurs , ind. a . 1.
Methode de la Penitence, ind. 2. livr.
Maldonat, de Sacramentis , fol.9 . liv.
L'Art de Parler ,
ind. 30. fols.
L'Avocat des Pauvres de Monfieur Thiers,
indouze , 2. livr.
Recherches de la Verité, ind. 3. vol. 6, 1,
Nouveau Recueil de Comedies , ind. zo. f.
Theodori de Poenit. 4. 2. vol . 10. liv.
Medecin à la Cenfure, ind. 30, fols.
Recueil de l'Academie , indouze , 7. vo'.
10. livr , 10. fols .
Correction fraternelle , indouze, 2. liv.
Idée de la Morale Chrétienne, indouze, 2 .
vol 3. livres.
Prince de Perfe , Nouvelle Hiſtorique, indouze
, 10. fols .
La Rivale, Nouvelle Hiftorique , indouze,
10, fols.
Oeuvres de Monfieur d'Andilly , fol.3 . vol.
45. liv.
Catalogue. 3
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4. liv.
Expofition du S.Sacrement par M. Thiers ,
indouze , z . vol . 4.livr.
Défence de l'ancienne Tradition des Egli
fes de France, indouze , 40. fols .
Aftrée , indoze , Nouvelle Traduction.
Methodus Hiftoriarum Anatomico Medicarum
, indouze , 30. (ols.
Heroine Moufquetaire , indouze,
4. vol . 40. fols.
Iolande de Cicile , indouze,
2. vol. 10. fols.
Voyage de Fontainebleau ,
10. fols.
2
Ambitieufe Grenadine , indouze
, 10. fals.
Comte d'Effex , indouze, 2.
vol. 20, fols.
"
J
De M. de
Prefchac.
Les Preceptes Galands de M. Ferrier , indouze
, 20, fols.
Nouvelles & faciles inftructions pour réïnir
les Eglifes Pretenduës Reformées , 12.30.f
Reflexion Chreftienne fur les Principes de
la Morale , indouze , 30. fols.
Confolateur Chrêtien , ou Recueil de Lettre,
indouze, 30. fols.
Vie de S. Ambroiſe par M. Herman , inquarto
, 8. livr .
Nouvelles de Miguel de Cervantes , indouze
, 2. vol . 3. live.
Hift. des Amazones , 12. 2 , vol . 20 fols.
Les Promenades de Livri , 12. 2. vol. 20.f
Meroüé fils de France , 12 , 10.fols.
Alfrede Reyne d'Angleterre , 12. 10. fois ,
A &
1
4 Catalogue.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huer , indouze , 30 fols.
D. Iuan d'Autriche, indouze, 30.fols.
- Memoire d'Hollande , indouze , 30. fols :
La veritable forme du Sacrement de l'Euhariftie
, de M,Arnaut, 8.30.fols .
L'Academie des Sciences & des Arts pour
raiſonner de toutes chofes , 12.3 . V. 4. 1. 1o. f.
Critique du Voyage de Grece de M. Spon
Medecin & Antiquaire , indouze , avec une
Carte en taille douce , 30. fols .
Le Pilote de Londe- Vive , ou les Secrets ,
du Flux & Reflux de la Mer , contenant XXI.
Mouvemens & du Point fixe d'un Voyage
abregé des Indes , & de la Quadrature du
Cercle , compofez fur les Principes de la Nature
, nouvellement découvertes , & mis en
lumiere par Mathurin Eyquem , Sieur du
Martineau ; Outre que ce Livre montre par
des Syftemes nouveaux faciles & dont on
n'a jamais parlé , ces points qu'il eft fçavant.
curieux , & plaifant à lire. Les Doctes co
chofes naturelles croyent qu'il montre la
Medecine Univerfelle fous des figures &
des principes familiers , qui luy donne de
la reputation , ce Livre eft indouze , imprimé
à Paris , & fe vend 30. fols .
>
Defcription de tout le monde par d'Aviti .
fol. 6. vol. 60. livres.
Theologie affective de M. Bail infolio ,
12. livres.
Oeuvre fpiriruelle de Berulle fol . 8. liv.
Memoires de la Reyne Marguerite , indouce.
20. fols .
Devoir militaire des Officiers d'InfanteCatalogue
3
rie par le S. de la Fontaine , indouze 45.
fols.
Idem de Cavalerie , indouze , zo . fols.
-Idem d'Artillerie , indouze . 20 , fols.
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1679.
A Noble Venitienne , & le nouveau Ieu
de la baffere, par M. de Prechac. 11. 10. f.
Nouvelles Galantes du temps, contenant la
Ialoufe Flamande & le Mary heureux
Amant , de Monfieur de Prefchac , 12. 10. fols.
"
>
Les Exilez de Madame de Ville-Dieu , tour
rechangé & augmenté de deux Volumes in-
12.6.v. impreffion de Paris , 6.1 .
Idem impreffion de Lyon , bien impri
mé , les 6. vol. reliez en 3. 45. fols .
Les 5 & 6. Tom. feparez S fe vend, 20. fols.
Hift . du Serrail , auffi nouvelle Edition , augmenté
d'un tiers , 12.6 vol. 6. 1 .
Differtationes Philofophicæ in 12. 20. f.
Nouvelle Ameriquaine , Hiftoire verita
ble , indouze z vol, 20. fols.
Le nouveau jeu de l'Ombre , 12, 10. fols
La Princeffe de Montpenfier , indouze , de
Autheur de la Princeffe de Cleves , avec
des vers à la fin fur la Paix , par M. de Corneille
l'Aifné , ¡ 2.fols .
Les Oeuvres Chreftiennes & Spirituelles
de M. l'Abbé de S.Cyran, 12. 4. vol.6.liv.
Le 4. Tome fe fepare , indouze , 30. fols.
La Iournal des Saints du R. P. Grofez de
A
3
6
Catalogue.
la C. de Iefus reveu , corrigé ( & augmenté,
nouvelle Edition , indouze , 3. vol. 5o . fols.
Le vray Devot confidere à l'égard du Mariage
; & des peines qui s'y rencontrent indouze
, zo. fols.
1
>
Traité des Superftitions felon l'Ecriture
fainte. Les Decrets des Conciles , & les fentimens
des Saints Peres & des Theologiens
par M. Thiers indouze , 40 fols .
Hiftoire de Theodofe le Grand ,
2.3 . livres.
Voyage de la Terre Sainte, avec des remar
ques pour l'intelligence de la fainte Ecritu
indouze , 3. livr. re
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
,lieux Geometriques , & c. par l'Acade
mie Royale des Sciences , indouze . so.fols.
Le Courrier d'Amour , indouze ,
10. f
L'Education des Filles , 12. 40. fols.
Cafimir Roy de Pologne , Hiftoire veritable
& nouvelle , indouze , 2. vol. 24. f.
Le Triomphe de l'amitié , par Monfieur
de Prechac , 12. 10 fols.
>
Voyage de Monfieur Pitard de Laval aux
Indes Orientales , Maldives , Moluques , &
au Brefil , & les divers accidens qui luy font
arrivez , inquarto , 6. livres.
Hift. Sainte de Gautruche , 12. 4 vol. 6. I.
Caffiodori opera , fol. 2. vol . 15. 1.
Réponfèà la Critique publiée par Monfieur
Guillet , für le voyage de Grece de lacob
Spon , avec quatre Lettres fur le même ſujet,
Le Journal d'Angleterre du Sieur Vernon , &
Ja Lifte des Erreurs commifes par M. Guiller
dans fon Athenes Ancienne & Nouvelle ,in
douze , zo fols.
Catalogue. 7
Regles de la Difcipline Ecclefiaftique , recueillie
des Conciles des Synodes de France
, & des Saints Peres indouze , 30. fols . ·
Inftruction Chreftiennes fur le Mariage
& fur l'éducation des Enfans , 12. 30. fols.
La vie de S. Ignace , par le P. Behoar lefuit.
La Foy des derniers fiecles , du Pere Ras
pin, indouze.
La Hardie Meffinoife , 12. 12. fols.
Dom Sebastien Roy de Portugal , 12. 15. f.
. Relation curieufe de l'état prefent de la
Ruffie indouze , 40.fols .
Arithmetique de le Gendre , inquarto, nouvelle
edition augmentée, 3. 1. ro fols .
Amours des grands hommes , de Made
moifeile de Ville- Dieu , 12.6. vol. reliez en
trois , 45 fols.
L'Hiltoire d'un Efclave qui a elté quatre
années prifonnier , to fols.
Origine du Biazon du Pere Menestrier , indouze
, 2. vol . 4. livres ..
Memoire de l'Empire Ottoman , indouze ,
2.vol . 26. fols .
Lettres Portugaifes , avec les réponſes , in
douze . 2. vol. 20.
Hiftoire de la Reünion de Portugal , ins
douze , 2. vol. 4. livres.
Les nouvelles de la Reyne d'Angleterre
indouze , vol. 2o.f.
La Ville & Republique de Venife , in 12 ...
Ce n'eſt pas l'Hiftoire de Veniſe de Nani ,
c'est l'Hiftoire de la ville & Republique de
- Venife , tres bien écrite , 40. to's.
La Devotion envers nôtre Seigneur Jesus
CHRIST , pour fervir de lecture à l'Homme.
8 Catalogue.
par
d'Oraiſon pendant tout le cours de l'année
le Reverend Pere Noüet , 4. 3. vol . 16. l .
Recueil de diverfes Retraites , premiere
fur la qualité d'enfant de Dieu ; La feconde
, fur l'Habitude de la prefence de Dieu ,
La troifieme , fur le dépouillement du vieil
Homme , indouze , 30.Tols.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1680.
A veritable devotion envers la Sainte
Vierge , établie & défendue par le Pere
Craffet lefuite , inquarto , 5. livres.
La Devinereffe ou le faux Enchantement ,
par l'Autheur du Mercure Galant , indouze,
avecneuffigures , 30. fols.
Le Chretien , qui veut eftre fauvé,24.20..
L'Illuftre Parifienne de Monfieur de Pref
shac , indbuze , z . vol 10 fols.
Hiftoire de la Conquefte d'Espagne par les
Marces , indouze , 2 , vol.
Des obligations des Ecclefiaftiques , tirées
de l'Ecriture fainte & des Saints Peres de l'Eglife
& de S. Chrifoftome, 12.40.
Le Iournal Amoureux par Madame de Vil
le-Dieu , indouze , 6. vol. relié en trois , 45. f.
Federic Prince de Sicile , 12.3 . vol . 30. f.
Lettre d'un Ecclefiaftique à un Miniftro
de la Religion Pretendue Reformée pour
fervir de reponfe à diverfes Queſtions qui
buy ont efté faites par ce miniftre dans lef
quelles il traite & prouve plufieurs Points
Catalogue. 9
importans de la Religion par la doctrine de
S. Cyprien , avec une Differtation du méme
Ecclefiaftique , & d'un des principaux du
Confiftoire de Charanton & une litte trescurieufe
des Evéques de Rhodes & de Va
bres , indouze 12. fols .
Adelaïde de Champagne , 12 , 4 vol. 40. f.
Le Comte Genevois , indouze 10.fols.
Cleon ou le parfait confident. 12. 10. f.
La valife ouverte , in 12. Prêchac , 10. f.
Le voïage du Royaume de Congo, 12. 20.f.
Reflexions fur la Mifericorde de Dieu de
Madame la Valiere .
#
Les Madrigaux de M. la Sabliere , 12. f. *
Les Peintures Sacrées de la Bible indou
ze . 3 , vol . 4. livres. 10. fols figures.
>
Le Gridelia , dedié à Madame la Dau- }
phine , de Prechac , indouze , 10 fols .
Memoires touchant la Religion par Monfieur
du Pieffis Praflin Evefque de Tournay ,
indouze , 2.vol.30.fols.
Le Voyage de la Reyne d'Espagne , indouze
, .vol . Prechac. 20.f.
Converfations fur divers fujets par Mademoiſelle
Scudery , indouze , 2. vol 5o.f, de
Lyon, & 6. livres de Paris.
-Projet de Conference fur diverſes matieres
de Controverfe , 12. 30. fols.
Les Nouvelles de Dona Maria de Zayas
traduit de l'Espagnol en François , 12.5 . V. 6. 1 .
La Vie & Actions de Monfieur l'Evefque de
Munſter , indouze , 20. fols .
Les Penfées pieufes , troifiéme Edition , s.f.
Le Quinte- Curce de Vaugelas de Monfieur
d'Ablancourt , Nouvelle Edition , indouze ,
10
Catologue
2. vol . groffe letre , 4. livres.
Eclairciffement Apologetique de la morale
Chreftienne , touchant le choix des Opinions
avec des Reflexions fur des Remarques
du Sieur I. Remonde , compofé pat l'ordre
de M. l'Evefque de Grenoble , 12. 3. 1.
Le nouveau Praticien François , inquarto
, 4. livres.
Les Devifes du R, P. Meneftrier , in 8. 2. v.
5. livres.
Les Dominicales de Texier , in 8. 2. vol 6. 1 .
fdem les Panegyriques, oct. 2. vol.6.1.
Horlogiographie du Pere Peüillant de la
Magdelaine , nouvelle Ediction , octavo ,
sa fols.
Le Comte de Richemont , Hiftoire Galante,
indouze ; 12 fols.
Les Memoires Galans ou les Amours d'u
ne perfonne de qualité , 12. 12. fol.
Defcription de la France de du Val 12 , 10, f.
Revolution de l'Eftat populaire en Mo.
narchie , par le Different de Ĉefar & de Pompée
par Monfieur de Martignac , 12. 20. fols.
Antonij Dadini Altafferra , Notæ & Ob
fervationes in Anaftafium de vitis Romanorum
Pontificum , in 4. 50. f.
>
"
Le Voyage d'Italie nouveau avec deux
Liftes des Sçavans , & Curieux de route l'ltapar
Monfieur Spon , Docteur en Medecine
de Lyon , indouze vingt fols.
lie
Lettres Chrêtiennes & Spirituelles de M.
Vater Grand Vicaire de feu Monfieur de Con.
dren Archevêque de Sens , in 12. 3. vol. 6. liv.
Traité de la Grandeur en general , qui
comprend l'Arithmetique , l'Algebre , l'Ana
Catalogue.
TI
lyfe , & les principes de toutes les Sciences
qui ont la grandeur pour objet par le P. Lami
de l'Oratoire , indouze ; 40. fols .
Dictionarium novum Latinum & Gallicum
, par Monfieur l'Abbé d'Aner pour Monfeigneur
le Dauphin , augmenté d'un tiers à
cette nouvelle Edition, & mit le tout par
ordre Alphabetique inquarto , 6. liv.
Origine des Noms par Monfieur la Rocque
, indouze , 30.fols.
Hiftoires de Venife de Nani , traduit par
Monfieur l'Abbé Tallement,indouze 4. vol . 9.
livres.
Semaine Sainte de la bonne Traduction
de toutes grandeurs.
Inftruction Spirituelles pour la guerifon
& la confolation des Malades par le Pere
Craffer , indouze , 2. 3. liv.
Eloges des perfonnes llluftres de S. Benoît
in 4. 2. vol, fuitte de l'année benedictine ,
livres. 12.
Regles de S. Benoist , 15. 30. fols .
Efay de l'Hiftoire Monaftique d'Orient
par un Religieux de S. Maur , 4. 4. livres.
72
Catalague
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1681.
L
Es Satyres de Iuvenal , in 12. 2. vol. Tra.
duction nouvelle , par M. l'Abbé de la
Valtrie , Paris , 5. livres & de Lyon, so . fols.
Le Grand Solliman , Tragedie , 12 15. fols,
L'Eglife Romaine reconnue toûjours des
Lutheriens , pour vraye Eglife de Jesus , iaoctavo
, 40. fols.
La Comete , Comedie . 15. fols.
Inftructions Chreftienne fur les Myfteres de
Noftre Seigneur Jefus Chrift Nouvelle Edition
, augmentée & corrigée en beaucoup
d'endroits in 8. 5. vol . Paris 18. liv.'de Lion 9 .
Moyens de fe guerir de l'Amour , Conver
fation galante , indouze , 15. fols.
Traité du droit de Chaffe , 12. 20 fols,
Zaïde , Tragedie par Monfieur l'Abbé la
Chapelle , 12.15 . fols.
De Marca Opufcula , in octavo 3 liv,
Cofmographic , aifée contenant la Sphere
l'ufage du Globe Terreftre , & la Geographie
en faveur de la Nobleffe , 12. 30. fols.
La Vie du Pere Charles Spinola , de la
Compagie de Jefus , indouze , 25. fols.
La Science & Pratique du Chrêtien par
Monfieur Boudon indouze 10 fols.
La Philofophe des Gens de Cour, 12.
Difcours fur l'Hiftoire Univerfelle , par M.
Bouffuet , Evefque de Condom , in 12 .
Les Carroffes d'Orleans Comedie , par
Monfieu
Catalogue. #3
Monfieur l'Abbé la Chapelle, 12 15.fols.
Philoſophia Vetus & Nova ad ufum Schola
accommodata , par M. l'Abbé Colbert, augmenté
d'untiers en cette nou. Edit.in 4.10.liv .
Les Lettres de Monfieur de Bongars , Latin
François , Nouvelle Edition , 12. 2. vol . 3. liv.
Hiftoire d'Henry I V. 12. Nouvelle Edition
, 40fols.
Methode pour lire Chrétiennement les
Poëtes fuivant l'Ecriture Sainte & les Peres
du Pere Tomaffin , 8. 3. vol . 10, livres . 10.fols.
Poëfies & Penfées Chrétiennes , par мonfieur
l'Abbe Gouffaut , 12.30. fols.
fols.
Difcours prononcé par Monfieur de Lau
nay, Advocat en Cour , indouze , 15.fols .
La vie du Duc de Guife , in 12. 30.
Ammiani Marcellini Opera , fol . 12 , livres.
Un nouvel Horace , de M. Acier , avec des
Remarques indouze , vol. 11.live. 5. fols.
L'Homere , Traduction nouvelle par
l'Abbé de la Valterie , 4. vol. 12. 10. l .
Difcours du Chevalier Digbi de fa Gueri
fon des Playes par la Poudre de Sympathie f
nouvelle Edition , indouze , 30. fols.
M.
Cicute Aquaticæ Hiftoria , & Nova Commentario
illuftratæ à Jacobo V Vephero , Med.
Doct.Scaphufiano , inquarto , 2. liv.
La Princeffe de Fez , 2. vol . 12. 1. livre.
Le beau Polonnois , par Monfieur de Prefchac
, 12.10. fols.
Remedes Charitables de Madame Fouquet ,
augmentez d'un tiers en cette nouvelle Edition,
20. fols . 1
Les Caprices de l'Amour , par Mademoifelle
de Ville- Dieu, a.vol.zo.f.
B
14
Catologue.
1
Artifices des Heretiques, 12.2.livres .
La Comparaison de Thucydide & de Tite-
Live , du P.Rapin , 12.30. fols . "
Memoires du Chevalier de Terlon, 2. v . 3. l.
Mariage du Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal , par l'Autheur du Mercure Ga
lant , 12. 20.fol .
Les entretiens Galans , 2. vol. 12. 30. fols. ›
Reprefentations en Mufique , du P. мeneftrier
12.30. fol.
Traité de la Clofture des Religieufos , de
Monfieur Thiers indouze , 40, fols.
Ecclefiæ Greca Monumenta , Tomus fel
cundus , Studio atqueOpera Ioannis Baptiſte
Cotelerij , inquato, 6. l."
La Circé de Jean- Baptifte Gelly , traduit
en François , indouze , 30. fols.
La Methode Latine de ces Meffieurs , nou
velle Edition augmentée, 8.4.liv.
La Beauté de l'Efprit ,comparée à celle du
Corps , Traduction nouvelle , 20.
Le Meflager Celefte , Extraordinaire de
M. de Blegny , 30. fols.
La Ducheffe de Milan , de Monfieur de
Prechac , indouze, 10.fols.
Des Ballets anciens & modernes felon les
Regles du Theatre , du P. Meneftrier , 12. 30.
fols.
Les Lettres Familieres de Monfieur Conrard
à Monfieur Felibien , r2 30. fols.
Le Prudent Voyageur , 12. 3. vol. 4. 1. 10.f.
Les Preuves de Nobleffe du R. P. Mene
Arier , indouze 2. vol. 4. livr.
Crifpin bel Efprit , Comedie , 12, 15. fols.
Catalogue. 35.
Les fragmens de Moliere, 12. 15. fols.
Theophili Antecefforis Inftitutionum ;
Libri quatuor , Auctore Doujacio , indouze , z .
V.4.1.
Marie d'Anjou Reyne de Majorque , du
Sieur S. Bremont Auteur du double Cocu , 12.
4. Vol. 40. fol.
Lettres de Monfieur le Chevalier de Méré ,
indouze, 2. vol.4.1 .
La Comteffe de Salisbury , Nouvelle d'Angletterre
, 2. vol. 12. 20 fols.
Voyageur de l'Europe , indouze 7. v. 12. L.
Jugement Canonique des Evefques , 4. 6. I.
Entretiens du S. Sacrement du Pere l'Alleman
, 12.25.
Hiftoire de Procope indouze 3. vol. 4, liv.
10. fols.
-Idem de Polibe , 12. 3. vol.4. liv. ro , l .
Idem de Tacite d'Ablancourt . in 12.
3. vol. 4. liv. 10. fols.
Les Lettres de S. Hicôme in octavo, 4.
livres.
Sentimens d'amour de Corbenilli
vol . 3. liv.
12. 2 .
Chimie de le Fevre, 12 2. vol 4. liv.
-Albertus Magnus de fecret , mulier , indouze ,
jo.fols.
Memoires du Suede par Monfieur Chanur,
indouze 3. vol . 6. liv.
-Bail de Triplici Examine , in octavo Paris ,
3. livres.
Officiers de Bouche , 12. 30,fols.
B 26
16
Catalogue
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1682.
Es poëfies d'Anacreon & de Sapho , Traduites
de Grec en François • avec des
Remarques , par Mademoiselle , le Fevre indouze
, Gree & François , 45. fols.
Poëme du Quinquina , de Monfieur de la
Fontaine , 12.45 . fols .
Perefius fuper Inftitut.12.45.fols.
La Cleopatre , Tragedie de Mr. de la Cha
pelle , 12. 15. fols.
Le Grand Hercule , Tragedie , 12.15.f.
Novelle explication de la Grangrene , pro
pofée & demandée par Meffieurs de l'Accade.
mie de Paris , inoctavo , 20. f.
Hiftoire de Mahomet , fecond Empereur
des Turcs , par Monfieur Guillet , indouze
2. vol 4 liv .
Nouvelle Methode Grecque , nouvelle
Ediction , inoctayo , 4. livr .
La connoiffance certaine , & la prompte &
facille guerifon des fievres , avec les particu
laritez , & utile fur le Remede Anglois , gar
Monfieur de Blegny , 12. 30. fols.
Biblia Maxima, Fol. 19. vol .
mes.
Idem Poliglotta folio fix volu
Le Commerce Galant , ou Lettre tendre &
Galante de la jeune Iris & de Timandre , indouze
, 3. liv.
Catalogue.
17
L'Hiftoire de Mahomet V. treiziéme Fmpereur
des Tures , traduit de l'Anglois du
fieur Ricaut , par le fieur de Rozemont , in
douze, 4.vol . 8. liv.
Hiftoire des Ufcoques , indouze , 40. f.
Reflexions fur le Portrait du Roy , par M.
Maréchal Avocat en Parlement , indouze , 12
fols.
La Ducheffe d'Eftramene , indouze , 2. vol .
25.fols.
Hiftoire de la Ville & de l'Eftar de Geneve
,par Mr. Spon , indouze , 2. vol. revû, corrigé
& augmenté, nouvelle Edition, avec plu
fieurs figutes en tailles douces, so . fols.
Le fameux Voyageur de Monfieur de Prefchac
, indouze, 10.8.
Epiftolarum innocentij II. Romani Pontificis
libri undecim , accedunt Geſta ejufdem Innocentij ,
primacollectio Decretalium compofita à Rainerio
Diacono,& Pompafiano,aut. Stephanum Balufius.
fol. 2.vol. 24. liv.
Les Saints des Mois qui fervent aux Congregations
par billets par le R. Pere Grofez
de la Compagnie de Jefus , 45.f, la main,
Academie Galante, indouze , 2.vol. 3. liv.
Recueil des Edits , Declarations & Arreſts ,
ont efté donnez fur diverses occurrences
concernant la juftice , depuis le premier Ianvier
1678.jufques au dernier de Mars . 1681 .
Traité de l'Euchariftie , ou Réponse à l'E
crit de Monfieur Claude Miniftre de Charanton
, fur la prefence Réelle , indouze , 10. f.
Les Voyages de Iean Struys , en Moſcovie ,
en Tartarie, en Perfe , aux Indes , & ca plufeurs
autres Païs Etrangers , accompagnez
B3
18
Catalogue.
de Remarques particulieres fur la Qualité , la
Religion , le Gouvernement , les Coûtumes.
& le Negoce, & c. Avec la Relation d'un naufrage
, dont les fuites ont produits des effets
extraordinaires , en 3. vol. indouze , avec 29.
figures en tailles douce , 4. liv .
Relation de la Riviere des Amazones , tra
duite par Mr. de Gomberville, de l'Academie
Françoife, avec uné Diflertation fur la même
Riviere , pour fervir de Preface , indouze , 4.
vol. 4. 1.
Zelohide Princeffe de Sparte, Tragedie';
indouze , zo, f.
La Raë S. Denis. , Comedie , indouze, 15.f.
L'Hiftoire de Dom Quichot de la Manche
, traduction nouvelles , avec 18. fig. ch
tailles douces , 6.1.
Traité de la Communion fous les deux
Efpeces , par Meffite Benigne Boffuet Evêque
de Meaux , indouze , 45. f.
Trois Traitez de Controverfes , par M,
Maimbourg , indouze , 45. f.
:
Abregé de la nouvelle Methode Grecque ,,
par ces Meffieurs , indouze , 30.1.
De l'Ame des Plantes , de leur naiffance , de
leur nourriture , & de leurs progrez , Ellay
de Phyfique , par M. de Du , Docteur en Medecine
de Montpellier, indouze , 15. fols.
Le nouveau Praticien François , de Mr. de
Ferriere , 4. s . liv ,
•
Les Inftituts de luftinian , par Mr. de Eerriere
, indouze , deux vol. 4. liv.
:
Hiftoire des Mazares de l'Abbaye Royale:
de l'Ile- Barbe les Lyon, par Mr.le Laboureat,
4. deux vol . 6, liv...
Catalague. 19.
Theatre de la Turquie , où font reprefensées
les chofes les plus remarquables qui s'y
paffent aujourd'huy , touchant les Moeurs , le
Gouvernement , les Coûtumes & la Religion
des Turcs , 4, 6. liv.
€
Nouvelle Methode pour dreffer les Che
vaux fuivant la Nature , & même la per
fectionnant par la fubtilité de l'Art , par Mr.
Soleifel, 44. liv.
Ceremonie des luifs , nouvelle Edition
Jugmenté de plus de la moitié , indouze , 40
fols:
La querelle des Dieux , fur la Groffeffe de
Madame la Dauphine , indouze , 20. f.
Vie des Saints , 4. de Meffieurs du Port
Royal , 5. I.
Voyage d'Italie , par Laffel , indouze , deux
vol. augmenté , 3. 1 .
Les oeuvres de Meffieurs de Corneille , indouze,
9.vol.nouvelle Edition , 18. liv .
Le Chrêtien en folitude , par le Pere Craf
fet , indouze , 40.f.
Art de Preſcher à un Abbé , 5. f.
Le Predicateur Evangelique, indouze , 7.vol.
#2. liv.
Ecclairciſſemens ſur le Diſcours de Zachée:
4. C. indouze , 20 , f.
Caractere de l'Homme fans paffions felon
les fentimens de Seneque , indouze , 30 , 1.
Des. Offices de Iudicature en general , indouze
, 30. f..
Poëfies nouvelles , indouze, r.l.
- Hift.de Baviere, par Mrale Blanc, indouze,
vol. 6.liv..
20
Catalogue.
Lettre fur la neceflité de la Retraite, écrite
à diverfes perfonnes , par le Pere le Valois,
Iefuite, indouze, deux vol . 45. f.
L'Optique , divifée en trois Livres , où l'on
demontre d'une maniere aiſée tout ce qui regarde
premierement la Propagation & les
proprietez de la lumiere. 2, La Viſion. 3. La
figure & la difpofition des verres qui fervent
à la perfectionner , par le Pere Hugo lefuite ,
indouze , 30. fols.
Heures nouvelles imprimées par ordre de
Madame la Dauphine , fans renvoy , feconde
Edition , augmenté, 40. f.
La Vie de fainte Geneviefve , par le Pere
L'Allemant , indouze , 1. live,
Hiftoire des Guerres Civiles de Grenade ,
indouze , 3. vol . 4. livr.
".
4.
Les Conferences de Caffien 8. dear
vol. liv.
3.
Les Hommes Illuftres avec plufieurs de figu
res, & tailles douces , 12.2 . vol . 4. liv.
Traité fingulier du Blafon des Familiers de
France par M. l'Abbé la Rocque, indonze , 30,
fols .
Hiftoire des grands Vifirs , in 12. 3. vol .
4. liv. 10. fols .
Introduction à l'Hiftoire , par Rocolle indouze
, 2. vol. 4. liv.
L
Le livre des Eleus du Pere S. Iure octavo ,
3livr
Oeuvres tragiques de M. de Pradon , 12-
so. fols.
Pleaume du Pere Mege , in- octavo , 4
Livr..
Catalogue.
212
Panegyrique des Saints de Planchet , 8. 2
vol. 3. liv.
Oeuvres de S. François de Sales , fol , & indouze
& toutes les oeuvres feparées en petits
volumes.j
Traité de la Valeur , 12. 2. livr.
Hiftoire de la Laponie, inquato avec plufieurs
figures , 5. livr .
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1683 .
Iftoire du Triumvirat , indouze , 3. vol.
H4.1.10 . f.
Memoire de M. de Cirot , in 12. 2. vol. = 3 liv.:
Summa Chriftiana feu Ortodoxa Morum
Difciplina opera & ftudió boni Merbefij Prædicat.
Doct, Sorb . fol. 2. vol . 24. livr.
Vie reglée dans le monde , indouze, 2. liv.
Traité de l'organe de l'ouye, avec plufieurs
planches de Mr. Duvernay, indouze, 3.livг.10 .
fols,
La vie de Madame Helyot , femme d'an
Confeiller au Parlement de Paris , qui eft
morte à l'âge de 37. ans en odeur de fainteté,
8. 2.liv . 10.fols.
Les Recherches curieufes d'Antiquitez ,
contenues en plufieurs Differtations fur des
Medailles , Bas- reliefs , Statues Mofaïques ,
& Infcriptions antiques , enrichies de plufieurs
figures en taille douce , par Monfieur
Spon , 4. 6. livr .
22
Catalogue.
•
Oeuvres de M. Boileau , augmentées d'un
quart, indouze , 3.liv .
La Theologie Morale de M. de Genet , 6.
vol, indouze, augmentée d'un quart, » .l.Les 5 .
& 6. vol . fe vendent dans la même Boutique ;
3. liv.
-Preuves & préjugez pour la Religion Catholique,
de Mr. Diroys , 4. fl.
Dépouille des Curez ,par M. Thiers , 12. 2 .
liv.
Le Theologien dans la Converfation avec
les Sages & les Grands du monde , par l'Auteur
du Confeil de la Sageffe , 4. 6. liv.
•
La Politique des Amans , indouze, 2. v.3.l.
Artaxerce, Tragedie, indouze, 15. f.
L'Inftitution des Novices par S, Bonaventu
Le , & où les perfonnes du monde pourront
trouver des folides inftructions , indouze , z.v
liv.
Lettres diverfes de l'Auteur du Dialogue
des Morts, indouze , 1. l . 10.f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire ,
avec des fcrupules fur le ftile , indouze , 30. f.
Mademoiſelle Dalençon, Nouvelle Galante,
par Madame de Villedieu , indouze, 15. f.
Telephonte Tragedie , par M. l'Abbé de
la Chapelle , 1. 1 .
1
•
Sonnet en Bout-rimez à la loüange du Roy
indouze ,{25. f,
Harangue faite en plein Sinode , par des
Miniftres convertis , indouze , 1. l.
Traité Chimique de la veritable connoiffance
des fiévres , pourpres peftilentes, indouze
par Mr. de Moreaux , 25. fols.
Catalogue. 23
La Comedie fans Titre , indouze , 1. 1 .
Confideration de Craffet , indouze , 3. v.6.
liv.
Petiti Philofophia , 8. 2. 1 .
Affociation en faveur des Ames du Purgatoire,
par le Pere Froment , indouze , 12. f.
Reflexions nouvelles fur l'Alcide & l'Alcali,
indouze,de Mr.Bertrand, Docteur en Mede
cine , aggregé au College de Medecine de
Marſeille, indouze , 20. f.
La Vie Monaftique , par Meffieurs de la¹
Trappe, indouze , 2. v. 5. l . 10. f.
Remarques fur le Livre du Miniftre Claude
, intitulé , Confiderations fur les Lettres
Circulaires de l'Affemblée du Clergé de Fran
ce , de l'année 1682. avec un examen de trois
endroits importans , du Livre de Mr. Burner
Proteftant Anglois ,fur le même ſujet , indouze ,
30. fols.
Hiftoire des Edits de Pacification , Tome
deuxième , contenant l'explication de l'Edir
de Nantes , de Mr. Bernard , avec des nouvelles
obfervations : & les nouveaux Edits , Declarations
& Arrefts donnez jufqu'à prefent ,
touchant la Religion Pretenduë Reformée ,
par Mr. Soulier Prêtre, 8. 3. livr.
"
"
Les nouveaux Dialogues des Morts , in
douze , deux volumes , Paris 3. 1. & de Lyon
30. f. le deuxième volume fe vend feparé.
Hiftoire d'Allemagne , ancienne & nouvelle
, de Monfieur de Prade, indouze ,2.vol. avec
plufieurs figures en Taille douce, 4. 1 .
La Chimie de l'Emeri , inoctavo , cinquié
me Edition , 3. 1.
I
24 Catalogue.
Oraifon Funebre de la Reine , par les Reverends
Pere Brenier & Grozez , de la Compagnie
de Jesus , octavo , s . 1. pieces .
Hiftoire Genealogique & Chronologique
des Dauphins de Viennois , par le Sieur Gaya,
12. 30. fols.
Relation fidelle & veritable du Siege de
Vienne , & la levée dudit Siege , avec une
grande Carte , indouze , 12. f.
Le Guide des Pecheurs , traduir par Mr Gi .
rard,inoctavo,nouvelle Ediction, tres- bien imprimée,
40. f.
Hiftoire de la Bible , par le fieur du Royaumont
, indouze , auffi tres bien imprimé , 30 .
fols.
Pratiques de Pieté ou les Veritables Devotions
, par le R. P. le Maiftre , de la Compagnie
de Iesus , indouze, quatriéme Edition, 15.
livr.
La Vie Chretienne par le R. P. le maître ,
de la Compagnie de Iefus , troifiéme Edi
tion , augmenté , 7.fols.
Hiftoire des Empereurs d'Occident , par
Mr. Coufin , indouze , 2. vol . 4. l. 10 , f.
Abregé Chronologique de l'Hiftoire Vniverfelle
, du R. P. Petau , traduit en François
par Monfieur Maucrois Chanoine de Reims ,
indouze , 2. vol . 4. I.
Les Commentaires de S. Auguftin, ſur le
Sermon de Nótre Seigneur fur la Montagne,
qui contiennet toutes les Regles de la morale
Chrétienne traduits en François , 12. 30.
fols.
Liber Pfalmorum cum Argumentis , Paraphiafi
Catalogue. 25
phrafi & Annotationibus , Auctore Ferandi. 4.
8. livres.
La Galante Hermaphroidite , Nouvelle
Amoureuse, par le fieur de Chavigni , 12.10. f.
Les Memoires de M. de la Croix , Secretaire
de l'Ambaſſade de m . de Nointel à la porte ,
indouze , 2. v. 3. livr.
Les Meditations de Dupont . 3. vol. 4. traduction
nouvelle , 18. liv .
Les Elemens de Geometrie , de ces Meffieurs
du Port Royal, nouvelle Edition , 4. 6. I.
De l'Adoration de l'Euchariftie, pour répondre
aux faux raifonnemens de Meffieurs de
la R. P. R. dans leur prefervatif contre le
changement de Religion , 12. 12.f.
Oraifon Funebre de la Reine , par M. de
***. inquarto , 15. f.
Les Decorations Funebres du P. Menestrier ,
8.2.1 . 10 fols.
La Chimie du Duncan , 8. 2. liv.
Anatomie de Bourdon , 12 30. f.
Anatomie de Malphigius , 12. 30. f.
Hippocrate de la Circulation du Sang , 11.
20.f
Medecine pretenduë , 12. 20. f.
Hift. des Ufcoques , 12. 40. fols.
La vie du R. Pere Beauvan de la Compagnie
de lɛsus , 12. 30. fols
Hiftoire de Sallufte traduite par M. l'Abbé
Caflagne , 12.4 5. fols.
Villis Traité des Urines , 12. 20.fols.
Critique de l'Hiftoire de France de lourdan ,
12.30. fols.
Millionnaire Apoftolique in octavo , 13. vol.
32. livres.
C
26
Catalogue.
Hiftoire des Guerres d'Italie , indouze 2.
vol. 3. livr.
Le Jardin des Racines Grecques , indouze ,
2. livr
Secret des Eaux de Vichi , indouze
fols.
20. ,
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1684 .
E Plutus & les Nuées d'Ariftophane , Comedies
Crecques , traduites en François
avec des Remarques & un Examen de chaque
Piece , felon les regles du Theatre , par Mademoiſelle
le Febvre , indouze , so .fols.
Les nouvelles Oeuvres de M. de Moliere ,
augmentées de 2. vol . indouze , 9. vol. avec
des tailles douces , 15. livг.
Dialogue de la Santé , indouze , 30. fols,
La Sainte Bible en François , fo!. Paris , 8.
livres.
Le Caractere de l'honnefte Homme › par
Monfieur l'Abbé de Gerard , indouze , 40. fols .
Triple Couronne de la Vierge , par l'Autheur
de l'année Benedictine , 4. 2.vol . 12.liv .
Hiftoire des Siecles , du P. Lenfant , indouze
, 6. vol. 8. livres .
Anatomic du Corps Humain . 8. tout rem
pli de Figures en taille douce , 4. liv . 10. fols
Oeuvres de Monfieur Poiffon , avec la Comedie
fans Titre , indouze , 2. vol . 3. livr.
Oeuvres de Monfieur Sarrafin , indouze , 2,
vol. 3. 1.
Catalogue.
27
De la Pureté d'Intention ? par Monfieur
l'Abbé de la Trappe , Autheur de la Vie Monaftique
, indouze , 30. fols.
Nova collectio Concilior. Balus . fol . 15. 1 .
Dogmata Theologica Thomafini fol . 15. 1 .
Carefme du Pere le Febvre Recolet , in 8.
2. vol. 5. livres.
Vérures de Religieux , in 8. 2. vol . 5. livr.
Traitté de l'Vfage du Lait , par M. Martin ,
indouze , 15. fols.
Pharmacopeé de Charras , 8 , 2. vol. augmentée
d'un tiers , 6. livr.
Nouvelle & facile Methode Italienne dans
fa derniere perfection , augmentée de la moi-,
tié , par Monfieur l'Enfredini , indouze , 30.
fols.
Advertiffemens de Vincent de Lerins , touchant
l'antiquité de la Foy Catholique , contre
les nouveautez profanes de tous les heretiques ,
indouze , 2. livr.
Methode facile pour apprendre l'Hiſtoire ,
indouze , 10. fols.
Oeuvres nouvelles de la Sufe , indouze , 4.
vol. 4. liv.
Le nouveau Ieu du Monde, avec douze Figures
en taille douce , indouze , 30. fols .
Ordonnance des Gens de Guerre , indouze ,
s . vol. 13. livr.
Le Prince Machiavel , traduit par Monfieur
Amelot de la Houffaye , indouze , 30. f,
Le nouveau Traité de Paix , 4 . 7. livr.
L'Oraifon du Coeur , ou la maniere de faire
l'Oraifon parmy les diftractions les plus
crucifiantes de l'efprit , par le R. P. Piny , indouze
, 25.fols
C &
28
Catalogue.
Exercices que le Roy a reglé pour toute fon
Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , &
pour les Compagnies des Moufquetaires , &
celles des Gentilhommes qui font à ſa folde ,
10. f.
lugement de Pluton fur les deux parties du
Dialogue des Morts , 12. 30. fols.
Sommaire de l'Histoire de France , par M.
Prade y compris l'Hiftoire de Louis XIV.
avec des Figures en taille douce , s . vol . 12. l.
Entretiens hiftoriques , moraux & politiques
, indouze , 40. fols.
Summa Conciliorum de Monfieur Bail fol.2 .
vol. 24. livr.
Oeuvres mflcées de S. Euremont , 12. 6.
vol. 9. livr..
La Retraite des Dames , par le R, P. Guil
liore , 12. 30. f.
"
Lettres fur la neceffité de la Retraite , par le
Pere Valois , Tome ſecond indouze , 30.
fols , le premier fe trouvera auffi pour 20. f.
l'Ecole de Chirurgie , 12. 20. f.
4
Obfervations fur les Fievres & les Febrifuges
de M. Spon , 11. 20.f.
Traité des Rapports en Chirurgie , fuivant
les nouvelles Ordonnances , par M. de Blegny,
indouze , 15. fols.
La Vie de Madame de Montmorency , Superieure
de la Vifitation de Sainte Marie de
Moulin , 8 , 2. liv . 10. f.
Réponse à M. Boffatran Miniftre , fur la Conferance
tenue à Niort , par M. l'Abbé de Chalucet
, 12. 30. f.
Hiftoire dela Ligue , de м, Maimbourg inCatalogue
.
29
douze , 2. vol . fur de tres beau papier fin . 3 .
livr.
Idem le Calvinifme , fur de tres- beau
papier , indouze , 2. v . 3.1..
Idem le même , 4. 6.1.
Ordonnance de Eaux & forefts , augmentées
d'un tiers avec les Edits & Declarations
jufque à 1684. indouze, 40. f.
Traité de Chevalerie , du R. P. Menetrier,.
indouze , 40. f.
Pontificale Romanum 12. Parifiis , 3. livr.
Tableau de la Penitence de Godeau , indouze
nouvelle edition , 3. livr.
Les Fables d'Efope nouvelle edition avec
plufieurs Figures en taille douce , indouze , 2.
vol . 3. livr.
Billets galants indouze , 20. f.
Academie Galante 12. tome fecond , 30, f.
le premier tomefe trouve pour le méme prix
dans la méme boutique.
Hiftoire du Siege de Luxembourg par
l'Autheur du Mercure Galant , indonze >
fols.
29.
Les amours du dernier grand Vifir Hiſtoire
galante par Monfieur de Prefchac , indouze 30 .
fols.
L'art des Emblémes , du R. Pere Menestrier
in octavo so, fols.
Hiftoire de la Loüifiane avec une figure en
taille douce , indouze , 40. fols.
Oratoire du Coeur indouze , 10. fols.
Traité de Chevalerie du R. Pere Meneftrier .
indouze 40. fols .
Oraifon Funebre de Mademoiſelle de Bouil
loninquarto 20, fols.
€ 3
30
Catalogue.
Virginie tragedie , 1. 15. fols.
Nouveau Dictionaire François Latin par
Monfieur l'Abbé d'Anet, 4.8 . livres .
Oeuvres fpirituelles du R. Pere Guilloré ,
infolio. 12. livr.
Iliftoire du vieux & nouveau Teftament
par Monfieur Lebret in octavo , 3. livres.
Inftruction d'un ieune Seigneur , indouze ,
2. vol. 2. livr.
12. 20,f. Idem d'une jeune Princeffe
Gonference avec Mr. de Meaux par le Miniftre
Claude in octavo , 3. livr.
La Cour Dialogue par Mr. de Prefchac , in
douze 12. fols.
Obfervations fur les maladies veneriennes
& fur un Remede qui les guerit feurement &
facilement par le Sieur Thuillier , Docteur en
Medecine in octavo 25. fols.
"
Hiftoire de l'Empire , contenant fon Origine,
fon Progrez , fes Revolutions la forme de fon
Gouvernement , fa Politique fes Alliances
, fes Negociations , & les nouveaux Reglemens
qui ont efté faits par les Traitez
de Vveftphalie ; Par le Sieur Heiff. Efcuyer ,
Confeiller , & Secretaire , intérprete du Roy en
Langue Allemande in 4. deux volumes , 11 , li-
Converfatidns nouvelles fur divers Sujets ,
par Mademoiſelle Scudery , indouze , 2. volames
, 6. liv .
L'Homme de Cour traduit de l'Espagnol
de Baltafar Gracien par le Sieur Amelot de la
Houffaye avec des notes , indouze 40. fols.
Relation Hiftorique de tout ce qui a été fait
devant Genes par l'Armée Navale de Sa Majeſté
Catalogue. 31
Tres-Chrétienne , avec une grande Figure en
taille douce , indouze , 20. fols .
Petit Abregé de l'Hiftoire Romaine , par Demandes
& Réponfes , indouze , 25. fols .
Traité de l'Infailibilité & du Pouvoir de
F'Eglife , dedié au Roy, indouze , 15. föls.
Les Eloges des Hommes Sçavans , tirez de
l'Hiftoire de Monfieur de Thou , avec des
Additions contenant l'Abregé de leur vie , le
lugement & le Catalogue de leurs Oavrages ;
Par le sieur Teiffier , Advocat au Prefidial
de Nifmes indouze deux volumes , 4:
liv.
>. >
Vie du Pere Iean Chrifoftome , Religieux
Penitent , inoctavo , 2. l . 10. lols ,
Oracles des Sibilles , augmenté d'une reponce
à la Critique par le P. Craffet , indouze
30. fols.
Traité du Nivelement , par M. Picard , de
l'Academie Royale des Sciences , indouze 30..
fols.
"
La Geometrie Pratique , par Monfieur Ozarian
Profeffeur en Mathematique , indouze ,.
30. fols.
Hiftoria Civilis & Ecclefiaftica , Authore
Perro Iofepho Cantelio , è Societatis Iesus ,
in 4. 5. liv.
Quatre dialogues fur l'Immortalité , par
Monfieur l'Abbé d'Engeau. , & Monfieur l'Abbé'
de Choifit in 12. 30, f.
L'Ecclefiaftique traduit en Francois , avec
une explication tirée des Saints Peres & des
Autheurs Ecclefiaftiques , par ces Meffieurs , in
octavo. 4. liv.
Traité de la volonté de fes principalesactions
32 Catalogue.
de fes Paffions & de fes Egaremens , divifé em
cinq Parties , indouze 30. fols .
Abregé de l'Hiftoire Bizantine , de S. Nice
phore Patriarche d'Alexandrie de Conftanti
nople traduite du Grec ; par le fieur Moret avec
des Remarques Hiftoriques , indouze 30.
fols.
des
Hiftoire Chronologique des Papes ,
Empereurs & des Rois qui ont regné en
Europe , depuis la Naiffance de I ES u s-
CHRIST , jufqu'à preſent , indouze 30.
fols.
La Doctrine des Maurs , qui Reprefente en
cent Tableaux en taille douces , la difference
des Paffions. Et enfeigne la maniere de parvenir
à la fageffe univerfelle ; par Monfieur de Gom
berville de l'Academie Françoife , indouze so.
fols.
Hiftoire des Hommes Illuftres de Monfieur
l'Abbé Tallemant avec plufieurs figures en:
taille douce , ou font leur Portrait ; Nouvelles
Edition , augmentée & recorrigée , indouze , 8 .
vol . 14. liv. papier fin & 12. liv. papier ordi
naire.
•
La vie des Saints , traduction de ces Meffeurs
y compris la vie des Patriarches , Nou
velle Edition , in octavo 5. vol . 7. liv...
Les Pretendus Reformez convaincus de
Schifme , pour fervir de réponſe à un écrit
intitulé confideration fur les Lettres circulaires
de l'Affemblée du Clergé de France , de:
l'Année 1682 par Monfieur Nicole , Autheur..
des Ellais de Morale, indouze 45. f.
Traitté de la Pratique des billets & du Preft
d'Argent entre les Negocians, par un Docteur.
Catalogue. 33
en Theologie , in- douze 3o . fols.
Difcours de Clement Alexandria , pour
exhorter les Payens à embraffer la religion
Chrétienne traduit par Monfieur Coufia , indouze
, 30, fols.
Dom Henrique de Caftro ou la Conquéte des
Indes indouze , 2. vol. 40. f.
De la Nature & de la caufe des Fiévres , indouze
, is. fols.
Methode pour bien prononcer un Difcours
& pour le bien ADimer , ouvrage tres - utile à
tous ceux qui parlent au Public & particuliere-
= ment aux Predicateurs & aux Advocats , par
Monfieur Bary indouze , 20. fols.
Paralleles Hiftorique , indouze , 40. f.
S. Fulgentij opera , inquarto 9. liv .
LIVRES
TR
NOUVEAUX
de l'Année 1685.
Raitté des Fortifications , contenant la
Demonſtration & l'Examen de tout ce qui
regarde l'Art de Fortifier les Places , tant regu
liéres qu'irreguliéres , fuivant ce qui fe pratique
aujourd'huy ? le tout d'une maniere abre
gée , & fort aifée pour l'Inftruction de la Ieuneffe
, par Monfieur Gautier de Nifmes ,
avec 23. Figures en taille douce , indouze , 25 .
fols.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement & des
Prérogatives de l'Eglife de Rome , & de fes
Evefques , par Monfieur Maimbourg, indouze ,
2. liv. 10. f.
34 Catologue.
Les diférens Caracteres de l'Amour , par un
Academicien François , in 12. 30. fols .
L'Hiftoire du Grand Seras- Kier Baffa , ou
la fuite de Hiftoire du Grand Vifir , contenant
toute la Relation de la levée du Siege de
Bude , & fes Amours , indouze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les jours du
Caresme , contenant fix Difcours differens
pour chaque jour , & des fentences choifies
de la Sainte Ecriture & des Peres de l'Egli
fe pour chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudition ,
& neceffaire à toutes fortes de Perfonnes ,
in cctavo 3. Volumes , 12. livres.
Extraordinaire des Mercures Galant indouze,
30. fols. & les Mercure 20. f.
Agiatis ; Reyne de Sparte , ou les Guerres
Civiles des Lacedemoniens , fous les Rois
Agis & Leonidas indouze , 2. Volumes , 2 .
livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle Edi .
tion , 40 fols.
Efais de Phyfique , indouze , z . Volumes ,
3. livres.
Mademoiſelle de larnac , Hiftoire du temps.
de la Princeffe de Cleves , in 12. trois vol . 3 .
liv . 10. fols .
Le Grand Sophi , nouvelle Allegorique , indouze
, te. fols.
Les Travaux de Mars , ou l'Art de la Guer
re , augmenté d'un quart nouvellement , par
Monfieur Mallet , inoctavo 3. volumes , 15. liv .
Les Dames Galantes , ou la Confidence reciproque
, en deux Tomes indouze , 2. livres,
10.fols .
Catalogue. 35
C
Relation d'un Voyage des Indes Orientales ,
par . M. Dellon, Docteur en Medecine , indouze,
2 . vol. 3. livres.
Armenius , Tragedie , indouze , 20. fols.
Illuftre Genoife , indouze , 20. fols.
Le Cocher Comedien , de M. de Hauteroche,
indouze 15. fols.
Relation du Royaume de Siam , indouze , 15.
fols.
Journal du Palais , complet , 10. vol. 60. liv.
Les Nombres & le d'Euteronome traduit en
François avec l'explication du fens Litteral &
du fens Spirituel , tirée des SS . Peres & des Autheurs
Ecclefiaftiques en 2. vol . in- octavo 5.
livr, & en 1. vol . 4. livr . 10 , fols .
Les Conferences Ecclefiaftiques du Diocefe
de M. de Luçon en 5. vol . indouze impref
fion de Paris 10. liv. & impreffion de Lyon ,
6. liv . & 5. fols l'on feparera les 4. & 5. vol . à
ceux qui auront les premiers pour le méme
prix.
Fables nouvelle en vers , in 12. 20. fols.
Traité de la vocation Chrétienne des Enfans,
in 12, 30. fols .
Hiftoire du Gouvernement de Venife
par M.
Amelot de la Houſſaye , nouvelle Edition augmenté
& corrigé de beaucoup , in 8. 5. liv.
Tibere difcours Politique fur Tacitepar M.
Amelot de la Houffaye , nouvelle Edition , in
octavo , 4. liv.
Veritable conduite de Confeffion & communion
de S. François de Sales , par M. Gam
bare Prêtre , in 18. 15. f. Impreffion de Paris.
Entretien fur le Carême du Pere Crailer ,
ndouze , 2. vol. 3. liv.
H.i
36
Catalogue
.
Caractere de la fauffe & veritable Pieté , 12 .
30. fols.
Defcription de l'Hôtel des Invalides avec
plufieurs figures en tailles douces tant les veuës
qu'autrement , fol . 15. liv.
Le Plan dudit Hôtel en deux feüilles , 2. liv.
10. fols.
Converfations Morales fur les Ieux & les divertiffemens
, indouze , 2. liv .
La feconde Philippique de Ciceron traduction
nouvelle , indoaze , 15. fols.
Nouveau voyage de M. Thevenot contenant
la Relation de l'Indoftan , des Nouveaux Mogols
& des autres Peuples & Païs des Indes ,
inquarto , 5. livr .
Inftructions Morales & de Controverfe par
demandes & par réponces , pour l'inftruction
des Catholiques & des Calviniftes nouvellement
convertis a divifées , en deux parties ,
dont la premiere contient la Doctrine de l'Eglife
Catholique , fur les Points conteftez ,
& non conteftez , la feconde contient des Ecclairciflemens
fur les Points de la Doctrine de
P'Eglife Catholique conteftez entre les Catholiques
& les Calviniftes , indouze
fols.
> 20.
Table des Sinus nouvelle Edition , avec la
Trigonometrie qui eft un Traitté nouveau ,
pour l'intelligence des Tables & facile pour les
Ecoliers , in- octavo , 2. livres .
Les Ocuvres du Poëte Lucrece , qui traitte
de la Nature des chofes avec des Remarques
fur les endroits les plus difficiles de la traduction
du Baron des Coutures un des plus beaux
Ouvrages qui ait paru depuis longtemps
tans
Catalogue. 37
C
tant pour la beauré du Stile , que pour les
Remarques , in 12. 2. vol. 4. liv . io, fols , >
Andronic Tragedie par M. Capiftron 20. f.
La Dame Invifibles , Comedie de M. de
Haute . Roche , indouze , 20. fols.
-Aphorifme d'Hippocrate traduit en François
en deux vol . 3. liv .
Meditations fur le Pater nofter , & fur le
Pleaume soloMiferere mei Deus , tirées des
oeuvres de terôme Savovarole , & traduit en
François , 20, fols.
Heures Chrétiennes tirées de l'Ecriture
Sainte & des faints Peres , traduction du Paras
difus . Anima Chriftianæ , 12. 3. liv. 10. f.
?
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1685 . .3
Hiftoire
Iftoire de la Conquefte de Flaride par les
Espagnols, fous Ferdinand de Soto, écrite
en Portugais par un Gentilhomme de la ville
d'Elvas , m 1. 30.fols.
Le Genie de la langue Françoife, 12.2.v.3.l.
Reponse à l'Apologie pour la reforma
tion , pour les Reformateurs & pour les Re-
1formez , où l'on traite de l'etat Monaſtique ,
des Veuves &rant Seculieres que Religieufes ,
des fecondes , troifiéme , quatrième , & autres
Nopces , des qualitez d'un veritable Mar
tir , des Ceremonies Ecclefiaftiques de la
Sainte Ecriture des Extafes & Difcours du
Celibat des Ecclefiaftiques, & quelques autres
vil.8 bab
D
38
Catalogue.
matiere de Religion , par Monfieur , Ferrand
12.40.fols.
Traité de l'Eglife contre les Heretiques
principalement contre les Calvinistes , par
Monfieur Ferrand . 12. 30. fols .
Theriaque d'Andromacus , traduction nouvelle
par Monfieur Charras, 12. 30.fols.
Comedie fans titre par Monfieur Poiſſon , indouze
, nouvelle édition, 15. fols.
Les Oeuvres de Barreme contenant fept
volumes & fe vendent feparé fçavoir L'arif
metique de foy- même . 5o. f. le Livre des
contes fait so. f. La Geometrie so. fols. Li
vre neceffaire , so . f. Le Livre des Aydes Domaine
de France , 45. f. Les Tarifs & contes
fait,3 . liv. to.f. & le feptiéme , le Grand Bar
quier , in octavo, 4.1.10.f.
Traduction nouvelles des Satires des Epi
tres & l'Art Poëtique d'Horace ,in 12. 45.f.
Les Ouvrages de Profej & de Poëfie des ficurs
de Maucroy & de la Fontaine , indouze , 1.
vol . 4. tiv. 1.3.0
Memoires contenant ce qui s'eft " paffé en
France de plus confiderables depuis l'année
1608. jufqu'en 1536. tirées des êcrits de
Monfieur le feu Duc d'Orleans , indouze ,
- 40. ር
Le Portrait de Foibleffes Humaines , par
Madame de Villedieu , 12. Paris 30. fols/ & de
Lyon 15, fan oneftium , esbrop.lion
Les Defordres de l'Amour de Madame de
Ville dieu, 12. 4. vol. relié en deux 30. fols.
Geographie de Robbé Nouvelle Edition ,
avec plufieurs Figures en taille douce , 12. 2.
Vol . 6.div. Idem Enluminés 8. liv .
Catalogue. 39
Ordonnances Synodales de Luçon , 10. f..
L'Art de chanter , ou methode facile pour
apprendre en fort peu de tems les vrays prin--
cipes du Plain Chant & de la Mufique par M.
Lancelot , inquarto´, 25. f.
Elemens de Geometrie , ou de la meſure du
corps , par le Pere l'Amy , in octavo , 45. f.
Voyage de Tartarie , 12. 15.
fols.
Vie deGonzague , 11. 25. fols.
Traité des Cadrans de Monfieur Ozanan
avec plufieurs figures en taille douce , 12, 30 ,
fols.
Corps & compilation de tous les Com
mentateurs Anciens & Modernes fur la Coutume
de Paris , enrichie de nouvelles obfer .
vations & de plufieurs queftions décidées
par les Arters des Cours Souveraines , avec
les Conferences des autres coûtumes , par
Monfieur Claude de Ferriere , Avocat an
Parlement en trois volumes , infolio , 35.
liv.
Oeuvres Diverfes de Monfieur Boileau ,
nouvelle Edition revûe & augmenté de beaucoup
avec les figures, indouze, 3. liv.
69 Eclairciffement de Monfieur Queras Grand
Vicaire de feu Monfeigneur l'Archevêque de
Sens, inoctavo , 4. liv.
Iournal Amoureux d'Espagne, par Madame
de Villedieu , indouze quatre volume , relié
en deux , 30, fols.
La vie de S. Philippe Nery Fondateur de
l'Ordre de l'Oratoire inoctavo 3. liv.
Theologie Morale de S. Auguftia , où le
precepte de l'amour de Dieu est traité à fond,
& les autres maximes de l'Evangile fe trou-
D3
40:
Catalogue
.
vent expliquées & demontrée indouze , 45. f.
La Morale d'Epicure avec des reflexions
par Monfieur le Baron des Coutures Aureur
de la traduction de Lucrece, indouze 40. fols.
La vie du Pere lean Rigoleng de la compa
gnie de lefus indouze , 30. fols.
12
La vie du Pape Sixte V. nouvéllé édition ,
indouze deux volumes 2. liv.
L'hiftoire du Royaume de Chypre par Mon.
heur le Pelletier Auteur de la vie de Sixte V.
indouze , 2. vol . 2. liv.
Actes de l'Affemblée generale du Clergé
de France concernant la Religion inquarto ,
20. fols. bet
Idem indouze avec le Catalogue des livres
deffendu , 30. fols .
Avis pour la fainte Communion , 7. fols.
La Relation du Caroffel de 1685. & 1686.
20. f. }
Ariofte Ancienne & Moderne on Roland
le furieux traduction nouvelle indouze, 4.vol .
3. liv.
L'ordinaire de lafainte Mefferavec l'explication
des principales ceremonies qui fi obfervent
augmenté des Vefpres & Complies en
Latin & en François & de plufieurs exercices
de picté Imprimé par l'ordre de Monteigneur
Evefque de la Rochelle , infeize is. f.
Hiftoire de la confpiration d'Angleterre
du Duc de Mont Mout , indouze 20. f.
Hiftoire des troubles de Hongrie & des defordres
arrivez dans ce Royaume , & les
progrés de la confpiration des quatres com
tes qui ont été executez , leur revolte y eft
amplement traittée avec trois cartes indouze,
4. vol. 6. liv.
Catalogue.
41
Lettre de S. Auguftin fur la Conformité de
la conduite de l'Eglife de France pour ramener
les proteftans avec celle de l'Eglife d'Affrique
pour ramener les Donatiftes indouze
jo. f.
La conduite du Roy à l'égard des Proteftans
femblables à la conduite de l'Empereur Honorius
& de S. Auguftin à l'égard des Dona
tiſtes avec un Abregé des memes Donatiftes
& l'explication des loix qu'Honorius publia
contr'eux-indouze , 19. f.
Traité de la Providence fur le miracle des
fept Pains tiré de l'Ecriture fainte & des Peres
indouze , 20. f.
Paraphrafe des Pfeaumes de David en vers
François par Monfieur Godeau & mis en
chant,nouvelle édition ,indouze 40. f.
Hiftoire d'Augufte contenant fes actions
avant & apres le trianvir jufqu'à ſa mot
avec les particularitez dela vie de Iule Ce
far par le même autheur du triumvirat indouze
deux volume , 2. 1.
Hiftoire du Pontificat de faint Gregoire le
Grand par Monfieur Mainbourg , inquarto
2. 1. indouze deux volumes , 3. 1. & de Lion.
2. liv.
Lutrigot ou la Critique contre Monfieus
Boileau indouze 15. f.
Les confeflions coupée , Impreffion de Paris
indouze 25. f.
Harangue de Monfeigneur le Coadjuteur
de Rouen au Roy inquarto . 7. L.
Harangue de Monfeigneur l'Evefque de
Valence au Roy inquarto 7. f.
·
D
3
42 Catalogne.
Hiftoire de Charies neuviéme
, in 12. 3.vol. 3.liv . 10.î.
De François premier , in 12 .
De Monfieur
vol . 6.1 . & in 4. 2.vol . 12.) . Įde Varillas.
Education de Charlequint ,
12. 2. v. 3.1.
Des Herefies , 12.7.1 . & in 4.12.1.J
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1685 .
Iftoire de Guftave dit le Grand & de
Charles Guftave Comte Palatin , Roy
de Suede & de tout ce qui s'eft paffé en Allemagne
, depuis la mort du Grand Guitave j
par le fieur de Prade , indouze , 40. £
Charanton où l'Herefie détruite , inquarto
30. fols.
Catechifine pour les nouveaux Convertis
de Canifius, 12. 15. f.
La Morale de JESUS - CHRIST par le Pere Do
zeme de la Compagnie de Lesus , in 4, s . 1 .
Entretien fur la Pluralitez des Mondes, pat
FAutheur du Dialogue des Morts, 12. 30.fols.
Nouvelle Bibliotheque des Autheurs Ecclefiaftiques
contenant l'Hiftoire de leur vie ,
le Catalogue , là Critique & la Chronologie
de leurs Ouvrages , le fommaire de ce qu'ils
contienent unJugement fur leur ftile & ſur leur
doctrine & ce dénombrement des differentes
éditions de leurs Ouvrages, des Autheurs des
Trois premiers Siecles de l'Eglife , avec une
differtation préluminaire fur les Autheurs des.
Catalogue 143
Livres de la Bible , par M. L.Du Pin , Docteur
de la Maiſon de Paris , 8. 4. l.
Eftat de la France , où l'on voit tous les
Princes , Ducs & Pairs , Marechaux de Fran.
ce, & autres Officiers de la Couronne , des
Evêques , les Cours qui lugent en dernier Refort
, les Gouverneurs des Provinces , les Chevaliers
des Ordres & enfemble les noms de
tous les Offices de la maifon du Roy , & mai
fon des Princes jufqu'en 1686. indouze, 2.vol.
3. liv. 10, fols.
La fcience parfaite des Notaires , ou le
moyen de faire un parfait Notaire , contenant
les Ordonnances , Arreſt , & Reglement rendus
touchant la fonction des Notaires , par
Mé Claude de la Ferriève , feconde édition , &
augmenté d'un tiers , seliv..
L'Elprit de l'Ecriture Sainte , avec des Refle
xions , par Monfieur le Baron des Coutures ,,
1.2.2. V. 3.1.10 . f.
Reflexions ou Sentences & maximes Morales
, par Monfieur la Roche- Foucaut , aqgmentée
de plus de cent nouvelles maximes ,
12.30. £..
Les devoirs de la vie Civile , nouvelle édition
, revue , corrigée , augmentée , 12. 2. vol ..
3. liv...
La liberté des Dames , 12. 20. f..
Alcibiade Tragedie , par Monfieur Capi
fron , 12. 25 , ſols.
L'Homme à bonne fortune ,
Monfieur Baron , 25.fkt
I
Comedie par
A
La fcience & l'Att des Devifesy dreffez fur
-de nouvelles regles , avec fix cent devifés fur
les principaux evenemens de la vie du Roy &
44 Catalogue.
•
quatre cens devifes Sacrées , dont tous les
mots font tirez de l'Ecriture Sainte , par le
R. P. Meneftrier , inoctavo , 2. 1,
Petit Flambeau de la Mer , in 4. 3. l .
La Liturgie Sacrée où l'Antiquité , les Mifteres
& les ceremonies de la fainte Meſſe ,
12. 3. V. 4.l. 10.f.
Les delices de l'Efprit , par Monfieur Defmarêts
, nouvelle édition, avec plufieurs figu
res en taille douce , 12. 2. v. 3. l.
Inftruction Paftorales & Pratique pour la
conduite d'un jeune Curé , en forme d'entre
tien , 12. 30. f.
Traité des jeux & des divertiffemens qui
peuvent être permis , ou qui doivent étre défendus
aux Chrêtiens felon les Regles de l'Eglife
, & le fentimens des Perés , par Me
Jean Baptifte Thiers , Docteur en Theologie ,
12. 2. l. f. f.
Les deux derniers livres des Roys, 8.4.1.10.f.
Nouveau Recueil de tout ce qui s'est fait
pour & contre les Proteftans particulierement
en France , où l'on voit l'Eſtabliffement , le
Progrez , la Décadence & l'Extinction de la
R. P. R. dans ce Royaume par Me. lacques le
Febvre Docteur en Theologie , 4. 9.1.
Recueil de ce qui s'eft fait depuis la Revo
cation de l'Edit de Nantes , 4. 30. £.
Oeuvres Tragiques de Monfieur Capiſtron,
12. 4. liv.
Idem de la Tuillerie , 12. 3.l..
-Idem de la Chapelle , 12. 3. I ..
Idem de Pradon , 12. 50..f.
Su Hiftoire des Avanturiers qui fe font fignalez
. dans les Indes , contennant ce qu'ils ont
Gatalogue. 45
fait de plus remarquables depuis 20. Années ,
avec la vie , les moeurs , les coûtumes des habitans
de S. Dominique & de la Tortue &
une defcription exacte de ces lieux où l'on
voit l'établiffement d'une Chambre des Conees
dans les Indes & un état tiré de cette
Ghambre des Offices , tant Ecclefiaftiques"
que Seculiers , ou le Roy d'Espagne pourvoit
les revenus qu'il tire de l'Amerique, & ce que
les plus grands Princes de l'Europe y poffe.
dent , le touto enrichi de Cartes Geographi
ques & de plufieurs figures en taille douce ,
indouze , 2. vol. 4. 1 .
Apologie pour l'Eglife Catholique où l'on`
juftific fa croyance , fon culte & fon gouver
nement par les Principes même des Proteftans
par le fieur Vigne , cy- devant Miniftre à Gre
noble , 12. 30. f.
Entretiens affectifs de l'ame avec Dieu fur
les Pfeaumes de la Penitence , pour les nouveaux
Convertis , 12. 20. f.
Journal du Palais , inquarto , to.v. 60.liv.
le dixiême tome & les autres fe fepare pour
6. liv. auffi chaque volume. :
Pratique de Pieté ou Entretiens pour tous
les jours de l'Année , par le Pere le Maître de
la Compagnie de Iefus , augmenté en cette
toifiéme Edition , des Evangiles & de plu
fieurs points de Meditation , toutes tevûes &
recorrigée , 12. 4. vol . 5o . f. & relié en deux
2. liv .
C La Morale du Monde ou Converfations par
Mademoiſelle d: Scuderi , 12. 2. vol . 6. liv.
Les Amours du Comte Tekely , nouvelle
Historique , 12. 1. f
46
Catalogue
.
Relation de l'Amballade de Monfieur le
Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de
Siam avec ce qui s'eft paffé de plus remarquable
durant fon Voyage avec plufieurs fi
gures en tailles douce , 12.2. liv ..
Entretiens affectifs de l'Ame avec Dieu
pendant les huit jours des Exercices Spirituels
par Menfeigneur l'Evêque d'Alby , 12.
30. fols.
Le Rendez-vous des Thuilleries ou le Co
quet trompé Comedie , par Monfieur le Baron
, 12, 20.f.
Inftruction pour les nouveaux Catholiques:
ou tous les Points principaux de la Religion
font familierement expliquez par BEcriture,
les Conciles & les Peres , par Monseigneur
l'Evêque de Châlop , 12 , 40, Lov
2
J
7
Nouveau Sisteme des bains & eaux Minera-l
les de Vichy, fondé für plufieurs belies experiences
& fur la Doctrine de l'Acide & de
l'Alcali , par Monfieur Fouet , Docteur ca
Medecine 12.39. fam
Jugement des Sçavans fur les principaux
Ouvrages de ce temps , & fur les Poëtes depuis
Moïfe jufqu'à prefent , indouze , neuf
vollumes 18, livres , les cinq dernier vollume
fe vendent feparé pour 10. liv.:
La vie de faint François de Sales , par l'Au
theur de la vie de Madame de Montmorency ,
4. 5. liv. Dior 2 1 loa Mari§
Conference Ecclefiaftique du Dioceſe.de
Luçon feconde Edition , très- bien imprimé ,
12. 5. vol. 6.liv. 5. f.
Les fix & fepriéme tome fura la Penitence,
l'ordre & le mariage s'imprime¸
Gatalogue. 47
Vies des Saints , nouvelle Edition , fol. 2 .
vol. Paris grand papier 16. liv .
Idem de papier ordinaire, 11. liv. auſſi
de Paris, fol . z. vol.
Hiftoire de la Morée avec so , figures en
tailles douce de toutes les Villes que les Venitiens
ont emportées fur les Turcs , 8.4.liv .
L'Efpion du Grand Seigneur & fes Relations
fecrettes envoyées au Divan de Conſtantinople
découvertes à Paris , pendant le Regne
de Louis le Grand , contenant les évenemens
les plus confiderables de la Chrêtienté & de
la France depuis 1637. indouze , 4. vol . 6. liv .
les trois derniers vollumes fe vendent feparé
"pour 4.liv. of
.1
Hiftoire des Oracles par Monfieur de Fontenelle
, Autheur du Dialogue des Morts ,
$12.30.1.20
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
, contenant lareception qui leur a efté faite
dans les Villes où ils ont paffé , leur entré à
Paris , les ceremonies oblervées dans l'Audiance
qu'ils ont eu du Roy & de la Maiſon
Royale , les complimens qu'ils ont faits , la
defcription des lieux où ils ont eſté , & c¢
qu'ils on dit de remarquablefur tout ce qu'ils
ont vu jufqu'à la fin de l'année 1686.12.2.vol .
49.folsle deuxième tome fe vend feparé pour
- 20.fols.
Iournal des Saints pour les Congregations,
qui fert de billets des Saints de mois en Latin
Ja main 45.1.& en François aufli 45.
L'Homme inftruit par fa raifon & par fa
Religion , Dialogue Moral & Chrêtien , 8.2.1 .
Le nouveau Negotiant , contenant les re48
Catalogue
.
C
ductions toutes faites des mesures , Poids &
Monnoyes de France , reduite aux meſmes
Poids & Monnoyes de diverfes Villes & Païs
concernant le Negoce , par le feur Ricard de
Bordeaux , inquarto , so. f.
L'Efprit de la Religion , ou l'abregé du Livre
de la Science univerfelle des faintes Ecri-
-tures , 12. 20. f. af.
Almanach de Milan 1587. 12. 20. fols ,
De Liege pour 1587. 15. f.-
Connoiffance des temps pour 1687. 20.1,
Hiftoire du Siege de Bude avec toutes les
particularitez fidelement écrite & circonftantié
le tout jour par jour , avec une grande fi
gure en taille douce , par l'Autheur du Mercufe
Galant , 12; 20. fo '
broM ob 23
Livres que l'on Imprime & que l'on don
nera inceffamment.
Les Grands Voyages de Monfieur Chardin ,
de la Perfe & des Indes Orientalles avec dixhuit
grandes figures en taille douce , 12. 2 .
gros vollumes.
Le bon ufage du Thé , du Caffé & du Chocholat
par M. de Blegny avec plufieurs figures
én taifle douce.
La Nouvelle Methode accomplie du Blafon
du.Pere Meneftrier , indouze, Le Pontificat de
S. Leon , de M. Maimbour , L'Hiftoire de
Louis douziéme de Varillas & la fuite des
Herefies auffi de M. Varillas , les Annales de
la Grece de Madame de Villedieu, & pluſieurs
autres dont je vous donneray Avis.
THE LA VILLE
FIN
qui fe trouveront à Lyon chez le Sieur
A MAUL RY ; depuis l'année 1678 .
jufqu'a prefent.
P
RATIQUE de Pieté , ou les confuites
pour tous les jours de
'anné fuivant les Maximes de
l'Evangile par le R. Pere le
Maître de la Compagnie de
Iesus , 2 2. vol . 30. fols.
L'art poëtique du Pere Lamy, 12.30. fols .
Les Nobles de Provinces , Comedie de
Monfieur de Haute Roche , 10. fols .
Le Comte d'Ulfeld , 12. 10 fols.
Memoire du Marquis d'Almachu , 12. 2.
vol . 2c. fols.
Les Livres de S. Auguftin de la maniere
d'enſeigner les principes de la Religion , 12 .
livres. 2.
Remarque fur un Ecrit dicté à Doüay , 12.
30. fols.
La Princeffe de Cleves. 12. 4. vol . 5. liv .
Idem la Critique , 12. 30. fols .
Idem la Contre- Critique 4o. f.
Nouvelles Amoureuſes & Galantes, indouze .
30. fols.
Heures en Vers de l'incomparable Sieur de
Corneille l'aîné , indouze. fig. 3. liv.
Architecture Navale , in 4. 6. liv.
CHEQUE
BRLA
LYON
*1995
VILLE
A
2 Catalogue.
De Lazarille de Tornes , Traduction nouvelle
, indouze , 2. vol . 4o. fols.
Ieu Royal de la Langue Latine avec les
Cartes , 8. 40. fuls,
Nouveau jeu de Carte du Blazon , 30. f.
Hiftoire de la Chancellerie
Teffereau , fol . 15. liv.
par Monfieur
Capitularia Regum Francorum Auctoris
Steph. Baluz, fol . 2. vol. 30. livr.
Phedre & Hippolite , Tragedie, ind . 15.f.
Origine des François , ind. 2. vol. 3. liv.
Hiftoire du Schifme d'Angleterre , in 12 .
Confeil de la Sageffe, ind. 2. vol. 3. liv.
Converfions des Pecheurs , ind. a . 1.
Methode de la Penitence, ind. 2. livr.
Maldonat, de Sacramentis , fol.9 . liv.
L'Art de Parler ,
ind. 30. fols.
L'Avocat des Pauvres de Monfieur Thiers,
indouze , 2. livr.
Recherches de la Verité, ind. 3. vol. 6, 1,
Nouveau Recueil de Comedies , ind. zo. f.
Theodori de Poenit. 4. 2. vol . 10. liv.
Medecin à la Cenfure, ind. 30, fols.
Recueil de l'Academie , indouze , 7. vo'.
10. livr , 10. fols .
Correction fraternelle , indouze, 2. liv.
Idée de la Morale Chrétienne, indouze, 2 .
vol 3. livres.
Prince de Perfe , Nouvelle Hiſtorique, indouze
, 10. fols .
La Rivale, Nouvelle Hiftorique , indouze,
10, fols.
Oeuvres de Monfieur d'Andilly , fol.3 . vol.
45. liv.
Catalogue. 3
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4. liv.
Expofition du S.Sacrement par M. Thiers ,
indouze , z . vol . 4.livr.
Défence de l'ancienne Tradition des Egli
fes de France, indouze , 40. fols .
Aftrée , indoze , Nouvelle Traduction.
Methodus Hiftoriarum Anatomico Medicarum
, indouze , 30. (ols.
Heroine Moufquetaire , indouze,
4. vol . 40. fols.
Iolande de Cicile , indouze,
2. vol. 10. fols.
Voyage de Fontainebleau ,
10. fols.
2
Ambitieufe Grenadine , indouze
, 10. fals.
Comte d'Effex , indouze, 2.
vol. 20, fols.
"
J
De M. de
Prefchac.
Les Preceptes Galands de M. Ferrier , indouze
, 20, fols.
Nouvelles & faciles inftructions pour réïnir
les Eglifes Pretenduës Reformées , 12.30.f
Reflexion Chreftienne fur les Principes de
la Morale , indouze , 30. fols.
Confolateur Chrêtien , ou Recueil de Lettre,
indouze, 30. fols.
Vie de S. Ambroiſe par M. Herman , inquarto
, 8. livr .
Nouvelles de Miguel de Cervantes , indouze
, 2. vol . 3. live.
Hift. des Amazones , 12. 2 , vol . 20 fols.
Les Promenades de Livri , 12. 2. vol. 20.f
Meroüé fils de France , 12 , 10.fols.
Alfrede Reyne d'Angleterre , 12. 10. fois ,
A &
1
4 Catalogue.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huer , indouze , 30 fols.
D. Iuan d'Autriche, indouze, 30.fols.
- Memoire d'Hollande , indouze , 30. fols :
La veritable forme du Sacrement de l'Euhariftie
, de M,Arnaut, 8.30.fols .
L'Academie des Sciences & des Arts pour
raiſonner de toutes chofes , 12.3 . V. 4. 1. 1o. f.
Critique du Voyage de Grece de M. Spon
Medecin & Antiquaire , indouze , avec une
Carte en taille douce , 30. fols .
Le Pilote de Londe- Vive , ou les Secrets ,
du Flux & Reflux de la Mer , contenant XXI.
Mouvemens & du Point fixe d'un Voyage
abregé des Indes , & de la Quadrature du
Cercle , compofez fur les Principes de la Nature
, nouvellement découvertes , & mis en
lumiere par Mathurin Eyquem , Sieur du
Martineau ; Outre que ce Livre montre par
des Syftemes nouveaux faciles & dont on
n'a jamais parlé , ces points qu'il eft fçavant.
curieux , & plaifant à lire. Les Doctes co
chofes naturelles croyent qu'il montre la
Medecine Univerfelle fous des figures &
des principes familiers , qui luy donne de
la reputation , ce Livre eft indouze , imprimé
à Paris , & fe vend 30. fols .
>
Defcription de tout le monde par d'Aviti .
fol. 6. vol. 60. livres.
Theologie affective de M. Bail infolio ,
12. livres.
Oeuvre fpiriruelle de Berulle fol . 8. liv.
Memoires de la Reyne Marguerite , indouce.
20. fols .
Devoir militaire des Officiers d'InfanteCatalogue
3
rie par le S. de la Fontaine , indouze 45.
fols.
Idem de Cavalerie , indouze , zo . fols.
-Idem d'Artillerie , indouze . 20 , fols.
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1679.
A Noble Venitienne , & le nouveau Ieu
de la baffere, par M. de Prechac. 11. 10. f.
Nouvelles Galantes du temps, contenant la
Ialoufe Flamande & le Mary heureux
Amant , de Monfieur de Prefchac , 12. 10. fols.
"
>
Les Exilez de Madame de Ville-Dieu , tour
rechangé & augmenté de deux Volumes in-
12.6.v. impreffion de Paris , 6.1 .
Idem impreffion de Lyon , bien impri
mé , les 6. vol. reliez en 3. 45. fols .
Les 5 & 6. Tom. feparez S fe vend, 20. fols.
Hift . du Serrail , auffi nouvelle Edition , augmenté
d'un tiers , 12.6 vol. 6. 1 .
Differtationes Philofophicæ in 12. 20. f.
Nouvelle Ameriquaine , Hiftoire verita
ble , indouze z vol, 20. fols.
Le nouveau jeu de l'Ombre , 12, 10. fols
La Princeffe de Montpenfier , indouze , de
Autheur de la Princeffe de Cleves , avec
des vers à la fin fur la Paix , par M. de Corneille
l'Aifné , ¡ 2.fols .
Les Oeuvres Chreftiennes & Spirituelles
de M. l'Abbé de S.Cyran, 12. 4. vol.6.liv.
Le 4. Tome fe fepare , indouze , 30. fols.
La Iournal des Saints du R. P. Grofez de
A
3
6
Catalogue.
la C. de Iefus reveu , corrigé ( & augmenté,
nouvelle Edition , indouze , 3. vol. 5o . fols.
Le vray Devot confidere à l'égard du Mariage
; & des peines qui s'y rencontrent indouze
, zo. fols.
1
>
Traité des Superftitions felon l'Ecriture
fainte. Les Decrets des Conciles , & les fentimens
des Saints Peres & des Theologiens
par M. Thiers indouze , 40 fols .
Hiftoire de Theodofe le Grand ,
2.3 . livres.
Voyage de la Terre Sainte, avec des remar
ques pour l'intelligence de la fainte Ecritu
indouze , 3. livr. re
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
,lieux Geometriques , & c. par l'Acade
mie Royale des Sciences , indouze . so.fols.
Le Courrier d'Amour , indouze ,
10. f
L'Education des Filles , 12. 40. fols.
Cafimir Roy de Pologne , Hiftoire veritable
& nouvelle , indouze , 2. vol. 24. f.
Le Triomphe de l'amitié , par Monfieur
de Prechac , 12. 10 fols.
>
Voyage de Monfieur Pitard de Laval aux
Indes Orientales , Maldives , Moluques , &
au Brefil , & les divers accidens qui luy font
arrivez , inquarto , 6. livres.
Hift. Sainte de Gautruche , 12. 4 vol. 6. I.
Caffiodori opera , fol. 2. vol . 15. 1.
Réponfèà la Critique publiée par Monfieur
Guillet , für le voyage de Grece de lacob
Spon , avec quatre Lettres fur le même ſujet,
Le Journal d'Angleterre du Sieur Vernon , &
Ja Lifte des Erreurs commifes par M. Guiller
dans fon Athenes Ancienne & Nouvelle ,in
douze , zo fols.
Catalogue. 7
Regles de la Difcipline Ecclefiaftique , recueillie
des Conciles des Synodes de France
, & des Saints Peres indouze , 30. fols . ·
Inftruction Chreftiennes fur le Mariage
& fur l'éducation des Enfans , 12. 30. fols.
La vie de S. Ignace , par le P. Behoar lefuit.
La Foy des derniers fiecles , du Pere Ras
pin, indouze.
La Hardie Meffinoife , 12. 12. fols.
Dom Sebastien Roy de Portugal , 12. 15. f.
. Relation curieufe de l'état prefent de la
Ruffie indouze , 40.fols .
Arithmetique de le Gendre , inquarto, nouvelle
edition augmentée, 3. 1. ro fols .
Amours des grands hommes , de Made
moifeile de Ville- Dieu , 12.6. vol. reliez en
trois , 45 fols.
L'Hiltoire d'un Efclave qui a elté quatre
années prifonnier , to fols.
Origine du Biazon du Pere Menestrier , indouze
, 2. vol . 4. livres ..
Memoire de l'Empire Ottoman , indouze ,
2.vol . 26. fols .
Lettres Portugaifes , avec les réponſes , in
douze . 2. vol. 20.
Hiftoire de la Reünion de Portugal , ins
douze , 2. vol. 4. livres.
Les nouvelles de la Reyne d'Angleterre
indouze , vol. 2o.f.
La Ville & Republique de Venife , in 12 ...
Ce n'eſt pas l'Hiftoire de Veniſe de Nani ,
c'est l'Hiftoire de la ville & Republique de
- Venife , tres bien écrite , 40. to's.
La Devotion envers nôtre Seigneur Jesus
CHRIST , pour fervir de lecture à l'Homme.
8 Catalogue.
par
d'Oraiſon pendant tout le cours de l'année
le Reverend Pere Noüet , 4. 3. vol . 16. l .
Recueil de diverfes Retraites , premiere
fur la qualité d'enfant de Dieu ; La feconde
, fur l'Habitude de la prefence de Dieu ,
La troifieme , fur le dépouillement du vieil
Homme , indouze , 30.Tols.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1680.
A veritable devotion envers la Sainte
Vierge , établie & défendue par le Pere
Craffet lefuite , inquarto , 5. livres.
La Devinereffe ou le faux Enchantement ,
par l'Autheur du Mercure Galant , indouze,
avecneuffigures , 30. fols.
Le Chretien , qui veut eftre fauvé,24.20..
L'Illuftre Parifienne de Monfieur de Pref
shac , indbuze , z . vol 10 fols.
Hiftoire de la Conquefte d'Espagne par les
Marces , indouze , 2 , vol.
Des obligations des Ecclefiaftiques , tirées
de l'Ecriture fainte & des Saints Peres de l'Eglife
& de S. Chrifoftome, 12.40.
Le Iournal Amoureux par Madame de Vil
le-Dieu , indouze , 6. vol. relié en trois , 45. f.
Federic Prince de Sicile , 12.3 . vol . 30. f.
Lettre d'un Ecclefiaftique à un Miniftro
de la Religion Pretendue Reformée pour
fervir de reponfe à diverfes Queſtions qui
buy ont efté faites par ce miniftre dans lef
quelles il traite & prouve plufieurs Points
Catalogue. 9
importans de la Religion par la doctrine de
S. Cyprien , avec une Differtation du méme
Ecclefiaftique , & d'un des principaux du
Confiftoire de Charanton & une litte trescurieufe
des Evéques de Rhodes & de Va
bres , indouze 12. fols .
Adelaïde de Champagne , 12 , 4 vol. 40. f.
Le Comte Genevois , indouze 10.fols.
Cleon ou le parfait confident. 12. 10. f.
La valife ouverte , in 12. Prêchac , 10. f.
Le voïage du Royaume de Congo, 12. 20.f.
Reflexions fur la Mifericorde de Dieu de
Madame la Valiere .
#
Les Madrigaux de M. la Sabliere , 12. f. *
Les Peintures Sacrées de la Bible indou
ze . 3 , vol . 4. livres. 10. fols figures.
>
Le Gridelia , dedié à Madame la Dau- }
phine , de Prechac , indouze , 10 fols .
Memoires touchant la Religion par Monfieur
du Pieffis Praflin Evefque de Tournay ,
indouze , 2.vol.30.fols.
Le Voyage de la Reyne d'Espagne , indouze
, .vol . Prechac. 20.f.
Converfations fur divers fujets par Mademoiſelle
Scudery , indouze , 2. vol 5o.f, de
Lyon, & 6. livres de Paris.
-Projet de Conference fur diverſes matieres
de Controverfe , 12. 30. fols.
Les Nouvelles de Dona Maria de Zayas
traduit de l'Espagnol en François , 12.5 . V. 6. 1 .
La Vie & Actions de Monfieur l'Evefque de
Munſter , indouze , 20. fols .
Les Penfées pieufes , troifiéme Edition , s.f.
Le Quinte- Curce de Vaugelas de Monfieur
d'Ablancourt , Nouvelle Edition , indouze ,
10
Catologue
2. vol . groffe letre , 4. livres.
Eclairciffement Apologetique de la morale
Chreftienne , touchant le choix des Opinions
avec des Reflexions fur des Remarques
du Sieur I. Remonde , compofé pat l'ordre
de M. l'Evefque de Grenoble , 12. 3. 1.
Le nouveau Praticien François , inquarto
, 4. livres.
Les Devifes du R, P. Meneftrier , in 8. 2. v.
5. livres.
Les Dominicales de Texier , in 8. 2. vol 6. 1 .
fdem les Panegyriques, oct. 2. vol.6.1.
Horlogiographie du Pere Peüillant de la
Magdelaine , nouvelle Ediction , octavo ,
sa fols.
Le Comte de Richemont , Hiftoire Galante,
indouze ; 12 fols.
Les Memoires Galans ou les Amours d'u
ne perfonne de qualité , 12. 12. fol.
Defcription de la France de du Val 12 , 10, f.
Revolution de l'Eftat populaire en Mo.
narchie , par le Different de Ĉefar & de Pompée
par Monfieur de Martignac , 12. 20. fols.
Antonij Dadini Altafferra , Notæ & Ob
fervationes in Anaftafium de vitis Romanorum
Pontificum , in 4. 50. f.
>
"
Le Voyage d'Italie nouveau avec deux
Liftes des Sçavans , & Curieux de route l'ltapar
Monfieur Spon , Docteur en Medecine
de Lyon , indouze vingt fols.
lie
Lettres Chrêtiennes & Spirituelles de M.
Vater Grand Vicaire de feu Monfieur de Con.
dren Archevêque de Sens , in 12. 3. vol. 6. liv.
Traité de la Grandeur en general , qui
comprend l'Arithmetique , l'Algebre , l'Ana
Catalogue.
TI
lyfe , & les principes de toutes les Sciences
qui ont la grandeur pour objet par le P. Lami
de l'Oratoire , indouze ; 40. fols .
Dictionarium novum Latinum & Gallicum
, par Monfieur l'Abbé d'Aner pour Monfeigneur
le Dauphin , augmenté d'un tiers à
cette nouvelle Edition, & mit le tout par
ordre Alphabetique inquarto , 6. liv.
Origine des Noms par Monfieur la Rocque
, indouze , 30.fols.
Hiftoires de Venife de Nani , traduit par
Monfieur l'Abbé Tallement,indouze 4. vol . 9.
livres.
Semaine Sainte de la bonne Traduction
de toutes grandeurs.
Inftruction Spirituelles pour la guerifon
& la confolation des Malades par le Pere
Craffer , indouze , 2. 3. liv.
Eloges des perfonnes llluftres de S. Benoît
in 4. 2. vol, fuitte de l'année benedictine ,
livres. 12.
Regles de S. Benoist , 15. 30. fols .
Efay de l'Hiftoire Monaftique d'Orient
par un Religieux de S. Maur , 4. 4. livres.
72
Catalague
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1681.
L
Es Satyres de Iuvenal , in 12. 2. vol. Tra.
duction nouvelle , par M. l'Abbé de la
Valtrie , Paris , 5. livres & de Lyon, so . fols.
Le Grand Solliman , Tragedie , 12 15. fols,
L'Eglife Romaine reconnue toûjours des
Lutheriens , pour vraye Eglife de Jesus , iaoctavo
, 40. fols.
La Comete , Comedie . 15. fols.
Inftructions Chreftienne fur les Myfteres de
Noftre Seigneur Jefus Chrift Nouvelle Edition
, augmentée & corrigée en beaucoup
d'endroits in 8. 5. vol . Paris 18. liv.'de Lion 9 .
Moyens de fe guerir de l'Amour , Conver
fation galante , indouze , 15. fols.
Traité du droit de Chaffe , 12. 20 fols,
Zaïde , Tragedie par Monfieur l'Abbé la
Chapelle , 12.15 . fols.
De Marca Opufcula , in octavo 3 liv,
Cofmographic , aifée contenant la Sphere
l'ufage du Globe Terreftre , & la Geographie
en faveur de la Nobleffe , 12. 30. fols.
La Vie du Pere Charles Spinola , de la
Compagie de Jefus , indouze , 25. fols.
La Science & Pratique du Chrêtien par
Monfieur Boudon indouze 10 fols.
La Philofophe des Gens de Cour, 12.
Difcours fur l'Hiftoire Univerfelle , par M.
Bouffuet , Evefque de Condom , in 12 .
Les Carroffes d'Orleans Comedie , par
Monfieu
Catalogue. #3
Monfieur l'Abbé la Chapelle, 12 15.fols.
Philoſophia Vetus & Nova ad ufum Schola
accommodata , par M. l'Abbé Colbert, augmenté
d'untiers en cette nou. Edit.in 4.10.liv .
Les Lettres de Monfieur de Bongars , Latin
François , Nouvelle Edition , 12. 2. vol . 3. liv.
Hiftoire d'Henry I V. 12. Nouvelle Edition
, 40fols.
Methode pour lire Chrétiennement les
Poëtes fuivant l'Ecriture Sainte & les Peres
du Pere Tomaffin , 8. 3. vol . 10, livres . 10.fols.
Poëfies & Penfées Chrétiennes , par мonfieur
l'Abbe Gouffaut , 12.30. fols.
fols.
Difcours prononcé par Monfieur de Lau
nay, Advocat en Cour , indouze , 15.fols .
La vie du Duc de Guife , in 12. 30.
Ammiani Marcellini Opera , fol . 12 , livres.
Un nouvel Horace , de M. Acier , avec des
Remarques indouze , vol. 11.live. 5. fols.
L'Homere , Traduction nouvelle par
l'Abbé de la Valterie , 4. vol. 12. 10. l .
Difcours du Chevalier Digbi de fa Gueri
fon des Playes par la Poudre de Sympathie f
nouvelle Edition , indouze , 30. fols.
M.
Cicute Aquaticæ Hiftoria , & Nova Commentario
illuftratæ à Jacobo V Vephero , Med.
Doct.Scaphufiano , inquarto , 2. liv.
La Princeffe de Fez , 2. vol . 12. 1. livre.
Le beau Polonnois , par Monfieur de Prefchac
, 12.10. fols.
Remedes Charitables de Madame Fouquet ,
augmentez d'un tiers en cette nouvelle Edition,
20. fols . 1
Les Caprices de l'Amour , par Mademoifelle
de Ville- Dieu, a.vol.zo.f.
B
14
Catologue.
1
Artifices des Heretiques, 12.2.livres .
La Comparaison de Thucydide & de Tite-
Live , du P.Rapin , 12.30. fols . "
Memoires du Chevalier de Terlon, 2. v . 3. l.
Mariage du Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal , par l'Autheur du Mercure Ga
lant , 12. 20.fol .
Les entretiens Galans , 2. vol. 12. 30. fols. ›
Reprefentations en Mufique , du P. мeneftrier
12.30. fol.
Traité de la Clofture des Religieufos , de
Monfieur Thiers indouze , 40, fols.
Ecclefiæ Greca Monumenta , Tomus fel
cundus , Studio atqueOpera Ioannis Baptiſte
Cotelerij , inquato, 6. l."
La Circé de Jean- Baptifte Gelly , traduit
en François , indouze , 30. fols.
La Methode Latine de ces Meffieurs , nou
velle Edition augmentée, 8.4.liv.
La Beauté de l'Efprit ,comparée à celle du
Corps , Traduction nouvelle , 20.
Le Meflager Celefte , Extraordinaire de
M. de Blegny , 30. fols.
La Ducheffe de Milan , de Monfieur de
Prechac , indouze, 10.fols.
Des Ballets anciens & modernes felon les
Regles du Theatre , du P. Meneftrier , 12. 30.
fols.
Les Lettres Familieres de Monfieur Conrard
à Monfieur Felibien , r2 30. fols.
Le Prudent Voyageur , 12. 3. vol. 4. 1. 10.f.
Les Preuves de Nobleffe du R. P. Mene
Arier , indouze 2. vol. 4. livr.
Crifpin bel Efprit , Comedie , 12, 15. fols.
Catalogue. 35.
Les fragmens de Moliere, 12. 15. fols.
Theophili Antecefforis Inftitutionum ;
Libri quatuor , Auctore Doujacio , indouze , z .
V.4.1.
Marie d'Anjou Reyne de Majorque , du
Sieur S. Bremont Auteur du double Cocu , 12.
4. Vol. 40. fol.
Lettres de Monfieur le Chevalier de Méré ,
indouze, 2. vol.4.1 .
La Comteffe de Salisbury , Nouvelle d'Angletterre
, 2. vol. 12. 20 fols.
Voyageur de l'Europe , indouze 7. v. 12. L.
Jugement Canonique des Evefques , 4. 6. I.
Entretiens du S. Sacrement du Pere l'Alleman
, 12.25.
Hiftoire de Procope indouze 3. vol. 4, liv.
10. fols.
-Idem de Polibe , 12. 3. vol.4. liv. ro , l .
Idem de Tacite d'Ablancourt . in 12.
3. vol. 4. liv. 10. fols.
Les Lettres de S. Hicôme in octavo, 4.
livres.
Sentimens d'amour de Corbenilli
vol . 3. liv.
12. 2 .
Chimie de le Fevre, 12 2. vol 4. liv.
-Albertus Magnus de fecret , mulier , indouze ,
jo.fols.
Memoires du Suede par Monfieur Chanur,
indouze 3. vol . 6. liv.
-Bail de Triplici Examine , in octavo Paris ,
3. livres.
Officiers de Bouche , 12. 30,fols.
B 26
16
Catalogue
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1682.
Es poëfies d'Anacreon & de Sapho , Traduites
de Grec en François • avec des
Remarques , par Mademoiselle , le Fevre indouze
, Gree & François , 45. fols.
Poëme du Quinquina , de Monfieur de la
Fontaine , 12.45 . fols .
Perefius fuper Inftitut.12.45.fols.
La Cleopatre , Tragedie de Mr. de la Cha
pelle , 12. 15. fols.
Le Grand Hercule , Tragedie , 12.15.f.
Novelle explication de la Grangrene , pro
pofée & demandée par Meffieurs de l'Accade.
mie de Paris , inoctavo , 20. f.
Hiftoire de Mahomet , fecond Empereur
des Turcs , par Monfieur Guillet , indouze
2. vol 4 liv .
Nouvelle Methode Grecque , nouvelle
Ediction , inoctayo , 4. livr .
La connoiffance certaine , & la prompte &
facille guerifon des fievres , avec les particu
laritez , & utile fur le Remede Anglois , gar
Monfieur de Blegny , 12. 30. fols.
Biblia Maxima, Fol. 19. vol .
mes.
Idem Poliglotta folio fix volu
Le Commerce Galant , ou Lettre tendre &
Galante de la jeune Iris & de Timandre , indouze
, 3. liv.
Catalogue.
17
L'Hiftoire de Mahomet V. treiziéme Fmpereur
des Tures , traduit de l'Anglois du
fieur Ricaut , par le fieur de Rozemont , in
douze, 4.vol . 8. liv.
Hiftoire des Ufcoques , indouze , 40. f.
Reflexions fur le Portrait du Roy , par M.
Maréchal Avocat en Parlement , indouze , 12
fols.
La Ducheffe d'Eftramene , indouze , 2. vol .
25.fols.
Hiftoire de la Ville & de l'Eftar de Geneve
,par Mr. Spon , indouze , 2. vol. revû, corrigé
& augmenté, nouvelle Edition, avec plu
fieurs figutes en tailles douces, so . fols.
Le fameux Voyageur de Monfieur de Prefchac
, indouze, 10.8.
Epiftolarum innocentij II. Romani Pontificis
libri undecim , accedunt Geſta ejufdem Innocentij ,
primacollectio Decretalium compofita à Rainerio
Diacono,& Pompafiano,aut. Stephanum Balufius.
fol. 2.vol. 24. liv.
Les Saints des Mois qui fervent aux Congregations
par billets par le R. Pere Grofez
de la Compagnie de Jefus , 45.f, la main,
Academie Galante, indouze , 2.vol. 3. liv.
Recueil des Edits , Declarations & Arreſts ,
ont efté donnez fur diverses occurrences
concernant la juftice , depuis le premier Ianvier
1678.jufques au dernier de Mars . 1681 .
Traité de l'Euchariftie , ou Réponse à l'E
crit de Monfieur Claude Miniftre de Charanton
, fur la prefence Réelle , indouze , 10. f.
Les Voyages de Iean Struys , en Moſcovie ,
en Tartarie, en Perfe , aux Indes , & ca plufeurs
autres Païs Etrangers , accompagnez
B3
18
Catalogue.
de Remarques particulieres fur la Qualité , la
Religion , le Gouvernement , les Coûtumes.
& le Negoce, & c. Avec la Relation d'un naufrage
, dont les fuites ont produits des effets
extraordinaires , en 3. vol. indouze , avec 29.
figures en tailles douce , 4. liv .
Relation de la Riviere des Amazones , tra
duite par Mr. de Gomberville, de l'Academie
Françoife, avec uné Diflertation fur la même
Riviere , pour fervir de Preface , indouze , 4.
vol. 4. 1.
Zelohide Princeffe de Sparte, Tragedie';
indouze , zo, f.
La Raë S. Denis. , Comedie , indouze, 15.f.
L'Hiftoire de Dom Quichot de la Manche
, traduction nouvelles , avec 18. fig. ch
tailles douces , 6.1.
Traité de la Communion fous les deux
Efpeces , par Meffite Benigne Boffuet Evêque
de Meaux , indouze , 45. f.
Trois Traitez de Controverfes , par M,
Maimbourg , indouze , 45. f.
:
Abregé de la nouvelle Methode Grecque ,,
par ces Meffieurs , indouze , 30.1.
De l'Ame des Plantes , de leur naiffance , de
leur nourriture , & de leurs progrez , Ellay
de Phyfique , par M. de Du , Docteur en Medecine
de Montpellier, indouze , 15. fols.
Le nouveau Praticien François , de Mr. de
Ferriere , 4. s . liv ,
•
Les Inftituts de luftinian , par Mr. de Eerriere
, indouze , deux vol. 4. liv.
:
Hiftoire des Mazares de l'Abbaye Royale:
de l'Ile- Barbe les Lyon, par Mr.le Laboureat,
4. deux vol . 6, liv...
Catalague. 19.
Theatre de la Turquie , où font reprefensées
les chofes les plus remarquables qui s'y
paffent aujourd'huy , touchant les Moeurs , le
Gouvernement , les Coûtumes & la Religion
des Turcs , 4, 6. liv.
€
Nouvelle Methode pour dreffer les Che
vaux fuivant la Nature , & même la per
fectionnant par la fubtilité de l'Art , par Mr.
Soleifel, 44. liv.
Ceremonie des luifs , nouvelle Edition
Jugmenté de plus de la moitié , indouze , 40
fols:
La querelle des Dieux , fur la Groffeffe de
Madame la Dauphine , indouze , 20. f.
Vie des Saints , 4. de Meffieurs du Port
Royal , 5. I.
Voyage d'Italie , par Laffel , indouze , deux
vol. augmenté , 3. 1 .
Les oeuvres de Meffieurs de Corneille , indouze,
9.vol.nouvelle Edition , 18. liv .
Le Chrêtien en folitude , par le Pere Craf
fet , indouze , 40.f.
Art de Preſcher à un Abbé , 5. f.
Le Predicateur Evangelique, indouze , 7.vol.
#2. liv.
Ecclairciſſemens ſur le Diſcours de Zachée:
4. C. indouze , 20 , f.
Caractere de l'Homme fans paffions felon
les fentimens de Seneque , indouze , 30 , 1.
Des. Offices de Iudicature en general , indouze
, 30. f..
Poëfies nouvelles , indouze, r.l.
- Hift.de Baviere, par Mrale Blanc, indouze,
vol. 6.liv..
20
Catalogue.
Lettre fur la neceflité de la Retraite, écrite
à diverfes perfonnes , par le Pere le Valois,
Iefuite, indouze, deux vol . 45. f.
L'Optique , divifée en trois Livres , où l'on
demontre d'une maniere aiſée tout ce qui regarde
premierement la Propagation & les
proprietez de la lumiere. 2, La Viſion. 3. La
figure & la difpofition des verres qui fervent
à la perfectionner , par le Pere Hugo lefuite ,
indouze , 30. fols.
Heures nouvelles imprimées par ordre de
Madame la Dauphine , fans renvoy , feconde
Edition , augmenté, 40. f.
La Vie de fainte Geneviefve , par le Pere
L'Allemant , indouze , 1. live,
Hiftoire des Guerres Civiles de Grenade ,
indouze , 3. vol . 4. livr.
".
4.
Les Conferences de Caffien 8. dear
vol. liv.
3.
Les Hommes Illuftres avec plufieurs de figu
res, & tailles douces , 12.2 . vol . 4. liv.
Traité fingulier du Blafon des Familiers de
France par M. l'Abbé la Rocque, indonze , 30,
fols .
Hiftoire des grands Vifirs , in 12. 3. vol .
4. liv. 10. fols .
Introduction à l'Hiftoire , par Rocolle indouze
, 2. vol. 4. liv.
L
Le livre des Eleus du Pere S. Iure octavo ,
3livr
Oeuvres tragiques de M. de Pradon , 12-
so. fols.
Pleaume du Pere Mege , in- octavo , 4
Livr..
Catalogue.
212
Panegyrique des Saints de Planchet , 8. 2
vol. 3. liv.
Oeuvres de S. François de Sales , fol , & indouze
& toutes les oeuvres feparées en petits
volumes.j
Traité de la Valeur , 12. 2. livr.
Hiftoire de la Laponie, inquato avec plufieurs
figures , 5. livr .
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1683 .
Iftoire du Triumvirat , indouze , 3. vol.
H4.1.10 . f.
Memoire de M. de Cirot , in 12. 2. vol. = 3 liv.:
Summa Chriftiana feu Ortodoxa Morum
Difciplina opera & ftudió boni Merbefij Prædicat.
Doct, Sorb . fol. 2. vol . 24. livr.
Vie reglée dans le monde , indouze, 2. liv.
Traité de l'organe de l'ouye, avec plufieurs
planches de Mr. Duvernay, indouze, 3.livг.10 .
fols,
La vie de Madame Helyot , femme d'an
Confeiller au Parlement de Paris , qui eft
morte à l'âge de 37. ans en odeur de fainteté,
8. 2.liv . 10.fols.
Les Recherches curieufes d'Antiquitez ,
contenues en plufieurs Differtations fur des
Medailles , Bas- reliefs , Statues Mofaïques ,
& Infcriptions antiques , enrichies de plufieurs
figures en taille douce , par Monfieur
Spon , 4. 6. livr .
22
Catalogue.
•
Oeuvres de M. Boileau , augmentées d'un
quart, indouze , 3.liv .
La Theologie Morale de M. de Genet , 6.
vol, indouze, augmentée d'un quart, » .l.Les 5 .
& 6. vol . fe vendent dans la même Boutique ;
3. liv.
-Preuves & préjugez pour la Religion Catholique,
de Mr. Diroys , 4. fl.
Dépouille des Curez ,par M. Thiers , 12. 2 .
liv.
Le Theologien dans la Converfation avec
les Sages & les Grands du monde , par l'Auteur
du Confeil de la Sageffe , 4. 6. liv.
•
La Politique des Amans , indouze, 2. v.3.l.
Artaxerce, Tragedie, indouze, 15. f.
L'Inftitution des Novices par S, Bonaventu
Le , & où les perfonnes du monde pourront
trouver des folides inftructions , indouze , z.v
liv.
Lettres diverfes de l'Auteur du Dialogue
des Morts, indouze , 1. l . 10.f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire ,
avec des fcrupules fur le ftile , indouze , 30. f.
Mademoiſelle Dalençon, Nouvelle Galante,
par Madame de Villedieu , indouze, 15. f.
Telephonte Tragedie , par M. l'Abbé de
la Chapelle , 1. 1 .
1
•
Sonnet en Bout-rimez à la loüange du Roy
indouze ,{25. f,
Harangue faite en plein Sinode , par des
Miniftres convertis , indouze , 1. l.
Traité Chimique de la veritable connoiffance
des fiévres , pourpres peftilentes, indouze
par Mr. de Moreaux , 25. fols.
Catalogue. 23
La Comedie fans Titre , indouze , 1. 1 .
Confideration de Craffet , indouze , 3. v.6.
liv.
Petiti Philofophia , 8. 2. 1 .
Affociation en faveur des Ames du Purgatoire,
par le Pere Froment , indouze , 12. f.
Reflexions nouvelles fur l'Alcide & l'Alcali,
indouze,de Mr.Bertrand, Docteur en Mede
cine , aggregé au College de Medecine de
Marſeille, indouze , 20. f.
La Vie Monaftique , par Meffieurs de la¹
Trappe, indouze , 2. v. 5. l . 10. f.
Remarques fur le Livre du Miniftre Claude
, intitulé , Confiderations fur les Lettres
Circulaires de l'Affemblée du Clergé de Fran
ce , de l'année 1682. avec un examen de trois
endroits importans , du Livre de Mr. Burner
Proteftant Anglois ,fur le même ſujet , indouze ,
30. fols.
Hiftoire des Edits de Pacification , Tome
deuxième , contenant l'explication de l'Edir
de Nantes , de Mr. Bernard , avec des nouvelles
obfervations : & les nouveaux Edits , Declarations
& Arrefts donnez jufqu'à prefent ,
touchant la Religion Pretenduë Reformée ,
par Mr. Soulier Prêtre, 8. 3. livr.
"
"
Les nouveaux Dialogues des Morts , in
douze , deux volumes , Paris 3. 1. & de Lyon
30. f. le deuxième volume fe vend feparé.
Hiftoire d'Allemagne , ancienne & nouvelle
, de Monfieur de Prade, indouze ,2.vol. avec
plufieurs figures en Taille douce, 4. 1 .
La Chimie de l'Emeri , inoctavo , cinquié
me Edition , 3. 1.
I
24 Catalogue.
Oraifon Funebre de la Reine , par les Reverends
Pere Brenier & Grozez , de la Compagnie
de Jesus , octavo , s . 1. pieces .
Hiftoire Genealogique & Chronologique
des Dauphins de Viennois , par le Sieur Gaya,
12. 30. fols.
Relation fidelle & veritable du Siege de
Vienne , & la levée dudit Siege , avec une
grande Carte , indouze , 12. f.
Le Guide des Pecheurs , traduir par Mr Gi .
rard,inoctavo,nouvelle Ediction, tres- bien imprimée,
40. f.
Hiftoire de la Bible , par le fieur du Royaumont
, indouze , auffi tres bien imprimé , 30 .
fols.
Pratiques de Pieté ou les Veritables Devotions
, par le R. P. le Maiftre , de la Compagnie
de Iesus , indouze, quatriéme Edition, 15.
livr.
La Vie Chretienne par le R. P. le maître ,
de la Compagnie de Iefus , troifiéme Edi
tion , augmenté , 7.fols.
Hiftoire des Empereurs d'Occident , par
Mr. Coufin , indouze , 2. vol . 4. l. 10 , f.
Abregé Chronologique de l'Hiftoire Vniverfelle
, du R. P. Petau , traduit en François
par Monfieur Maucrois Chanoine de Reims ,
indouze , 2. vol . 4. I.
Les Commentaires de S. Auguftin, ſur le
Sermon de Nótre Seigneur fur la Montagne,
qui contiennet toutes les Regles de la morale
Chrétienne traduits en François , 12. 30.
fols.
Liber Pfalmorum cum Argumentis , Paraphiafi
Catalogue. 25
phrafi & Annotationibus , Auctore Ferandi. 4.
8. livres.
La Galante Hermaphroidite , Nouvelle
Amoureuse, par le fieur de Chavigni , 12.10. f.
Les Memoires de M. de la Croix , Secretaire
de l'Ambaſſade de m . de Nointel à la porte ,
indouze , 2. v. 3. livr.
Les Meditations de Dupont . 3. vol. 4. traduction
nouvelle , 18. liv .
Les Elemens de Geometrie , de ces Meffieurs
du Port Royal, nouvelle Edition , 4. 6. I.
De l'Adoration de l'Euchariftie, pour répondre
aux faux raifonnemens de Meffieurs de
la R. P. R. dans leur prefervatif contre le
changement de Religion , 12. 12.f.
Oraifon Funebre de la Reine , par M. de
***. inquarto , 15. f.
Les Decorations Funebres du P. Menestrier ,
8.2.1 . 10 fols.
La Chimie du Duncan , 8. 2. liv.
Anatomie de Bourdon , 12 30. f.
Anatomie de Malphigius , 12. 30. f.
Hippocrate de la Circulation du Sang , 11.
20.f
Medecine pretenduë , 12. 20. f.
Hift. des Ufcoques , 12. 40. fols.
La vie du R. Pere Beauvan de la Compagnie
de lɛsus , 12. 30. fols
Hiftoire de Sallufte traduite par M. l'Abbé
Caflagne , 12.4 5. fols.
Villis Traité des Urines , 12. 20.fols.
Critique de l'Hiftoire de France de lourdan ,
12.30. fols.
Millionnaire Apoftolique in octavo , 13. vol.
32. livres.
C
26
Catalogue.
Hiftoire des Guerres d'Italie , indouze 2.
vol. 3. livr.
Le Jardin des Racines Grecques , indouze ,
2. livr
Secret des Eaux de Vichi , indouze
fols.
20. ,
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1684 .
E Plutus & les Nuées d'Ariftophane , Comedies
Crecques , traduites en François
avec des Remarques & un Examen de chaque
Piece , felon les regles du Theatre , par Mademoiſelle
le Febvre , indouze , so .fols.
Les nouvelles Oeuvres de M. de Moliere ,
augmentées de 2. vol . indouze , 9. vol. avec
des tailles douces , 15. livг.
Dialogue de la Santé , indouze , 30. fols,
La Sainte Bible en François , fo!. Paris , 8.
livres.
Le Caractere de l'honnefte Homme › par
Monfieur l'Abbé de Gerard , indouze , 40. fols .
Triple Couronne de la Vierge , par l'Autheur
de l'année Benedictine , 4. 2.vol . 12.liv .
Hiftoire des Siecles , du P. Lenfant , indouze
, 6. vol. 8. livres .
Anatomic du Corps Humain . 8. tout rem
pli de Figures en taille douce , 4. liv . 10. fols
Oeuvres de Monfieur Poiffon , avec la Comedie
fans Titre , indouze , 2. vol . 3. livr.
Oeuvres de Monfieur Sarrafin , indouze , 2,
vol. 3. 1.
Catalogue.
27
De la Pureté d'Intention ? par Monfieur
l'Abbé de la Trappe , Autheur de la Vie Monaftique
, indouze , 30. fols.
Nova collectio Concilior. Balus . fol . 15. 1 .
Dogmata Theologica Thomafini fol . 15. 1 .
Carefme du Pere le Febvre Recolet , in 8.
2. vol. 5. livres.
Vérures de Religieux , in 8. 2. vol . 5. livr.
Traitté de l'Vfage du Lait , par M. Martin ,
indouze , 15. fols.
Pharmacopeé de Charras , 8 , 2. vol. augmentée
d'un tiers , 6. livr.
Nouvelle & facile Methode Italienne dans
fa derniere perfection , augmentée de la moi-,
tié , par Monfieur l'Enfredini , indouze , 30.
fols.
Advertiffemens de Vincent de Lerins , touchant
l'antiquité de la Foy Catholique , contre
les nouveautez profanes de tous les heretiques ,
indouze , 2. livr.
Methode facile pour apprendre l'Hiſtoire ,
indouze , 10. fols.
Oeuvres nouvelles de la Sufe , indouze , 4.
vol. 4. liv.
Le nouveau Ieu du Monde, avec douze Figures
en taille douce , indouze , 30. fols .
Ordonnance des Gens de Guerre , indouze ,
s . vol. 13. livr.
Le Prince Machiavel , traduit par Monfieur
Amelot de la Houffaye , indouze , 30. f,
Le nouveau Traité de Paix , 4 . 7. livr.
L'Oraifon du Coeur , ou la maniere de faire
l'Oraifon parmy les diftractions les plus
crucifiantes de l'efprit , par le R. P. Piny , indouze
, 25.fols
C &
28
Catalogue.
Exercices que le Roy a reglé pour toute fon
Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , &
pour les Compagnies des Moufquetaires , &
celles des Gentilhommes qui font à ſa folde ,
10. f.
lugement de Pluton fur les deux parties du
Dialogue des Morts , 12. 30. fols.
Sommaire de l'Histoire de France , par M.
Prade y compris l'Hiftoire de Louis XIV.
avec des Figures en taille douce , s . vol . 12. l.
Entretiens hiftoriques , moraux & politiques
, indouze , 40. fols.
Summa Conciliorum de Monfieur Bail fol.2 .
vol. 24. livr.
Oeuvres mflcées de S. Euremont , 12. 6.
vol. 9. livr..
La Retraite des Dames , par le R, P. Guil
liore , 12. 30. f.
"
Lettres fur la neceffité de la Retraite , par le
Pere Valois , Tome ſecond indouze , 30.
fols , le premier fe trouvera auffi pour 20. f.
l'Ecole de Chirurgie , 12. 20. f.
4
Obfervations fur les Fievres & les Febrifuges
de M. Spon , 11. 20.f.
Traité des Rapports en Chirurgie , fuivant
les nouvelles Ordonnances , par M. de Blegny,
indouze , 15. fols.
La Vie de Madame de Montmorency , Superieure
de la Vifitation de Sainte Marie de
Moulin , 8 , 2. liv . 10. f.
Réponse à M. Boffatran Miniftre , fur la Conferance
tenue à Niort , par M. l'Abbé de Chalucet
, 12. 30. f.
Hiftoire dela Ligue , de м, Maimbourg inCatalogue
.
29
douze , 2. vol . fur de tres beau papier fin . 3 .
livr.
Idem le Calvinifme , fur de tres- beau
papier , indouze , 2. v . 3.1..
Idem le même , 4. 6.1.
Ordonnance de Eaux & forefts , augmentées
d'un tiers avec les Edits & Declarations
jufque à 1684. indouze, 40. f.
Traité de Chevalerie , du R. P. Menetrier,.
indouze , 40. f.
Pontificale Romanum 12. Parifiis , 3. livr.
Tableau de la Penitence de Godeau , indouze
nouvelle edition , 3. livr.
Les Fables d'Efope nouvelle edition avec
plufieurs Figures en taille douce , indouze , 2.
vol . 3. livr.
Billets galants indouze , 20. f.
Academie Galante 12. tome fecond , 30, f.
le premier tomefe trouve pour le méme prix
dans la méme boutique.
Hiftoire du Siege de Luxembourg par
l'Autheur du Mercure Galant , indonze >
fols.
29.
Les amours du dernier grand Vifir Hiſtoire
galante par Monfieur de Prefchac , indouze 30 .
fols.
L'art des Emblémes , du R. Pere Menestrier
in octavo so, fols.
Hiftoire de la Loüifiane avec une figure en
taille douce , indouze , 40. fols.
Oratoire du Coeur indouze , 10. fols.
Traité de Chevalerie du R. Pere Meneftrier .
indouze 40. fols .
Oraifon Funebre de Mademoiſelle de Bouil
loninquarto 20, fols.
€ 3
30
Catalogue.
Virginie tragedie , 1. 15. fols.
Nouveau Dictionaire François Latin par
Monfieur l'Abbé d'Anet, 4.8 . livres .
Oeuvres fpirituelles du R. Pere Guilloré ,
infolio. 12. livr.
Iliftoire du vieux & nouveau Teftament
par Monfieur Lebret in octavo , 3. livres.
Inftruction d'un ieune Seigneur , indouze ,
2. vol. 2. livr.
12. 20,f. Idem d'une jeune Princeffe
Gonference avec Mr. de Meaux par le Miniftre
Claude in octavo , 3. livr.
La Cour Dialogue par Mr. de Prefchac , in
douze 12. fols.
Obfervations fur les maladies veneriennes
& fur un Remede qui les guerit feurement &
facilement par le Sieur Thuillier , Docteur en
Medecine in octavo 25. fols.
"
Hiftoire de l'Empire , contenant fon Origine,
fon Progrez , fes Revolutions la forme de fon
Gouvernement , fa Politique fes Alliances
, fes Negociations , & les nouveaux Reglemens
qui ont efté faits par les Traitez
de Vveftphalie ; Par le Sieur Heiff. Efcuyer ,
Confeiller , & Secretaire , intérprete du Roy en
Langue Allemande in 4. deux volumes , 11 , li-
Converfatidns nouvelles fur divers Sujets ,
par Mademoiſelle Scudery , indouze , 2. volames
, 6. liv .
L'Homme de Cour traduit de l'Espagnol
de Baltafar Gracien par le Sieur Amelot de la
Houffaye avec des notes , indouze 40. fols.
Relation Hiftorique de tout ce qui a été fait
devant Genes par l'Armée Navale de Sa Majeſté
Catalogue. 31
Tres-Chrétienne , avec une grande Figure en
taille douce , indouze , 20. fols .
Petit Abregé de l'Hiftoire Romaine , par Demandes
& Réponfes , indouze , 25. fols .
Traité de l'Infailibilité & du Pouvoir de
F'Eglife , dedié au Roy, indouze , 15. föls.
Les Eloges des Hommes Sçavans , tirez de
l'Hiftoire de Monfieur de Thou , avec des
Additions contenant l'Abregé de leur vie , le
lugement & le Catalogue de leurs Oavrages ;
Par le sieur Teiffier , Advocat au Prefidial
de Nifmes indouze deux volumes , 4:
liv.
>. >
Vie du Pere Iean Chrifoftome , Religieux
Penitent , inoctavo , 2. l . 10. lols ,
Oracles des Sibilles , augmenté d'une reponce
à la Critique par le P. Craffet , indouze
30. fols.
Traité du Nivelement , par M. Picard , de
l'Academie Royale des Sciences , indouze 30..
fols.
"
La Geometrie Pratique , par Monfieur Ozarian
Profeffeur en Mathematique , indouze ,.
30. fols.
Hiftoria Civilis & Ecclefiaftica , Authore
Perro Iofepho Cantelio , è Societatis Iesus ,
in 4. 5. liv.
Quatre dialogues fur l'Immortalité , par
Monfieur l'Abbé d'Engeau. , & Monfieur l'Abbé'
de Choifit in 12. 30, f.
L'Ecclefiaftique traduit en Francois , avec
une explication tirée des Saints Peres & des
Autheurs Ecclefiaftiques , par ces Meffieurs , in
octavo. 4. liv.
Traité de la volonté de fes principalesactions
32 Catalogue.
de fes Paffions & de fes Egaremens , divifé em
cinq Parties , indouze 30. fols .
Abregé de l'Hiftoire Bizantine , de S. Nice
phore Patriarche d'Alexandrie de Conftanti
nople traduite du Grec ; par le fieur Moret avec
des Remarques Hiftoriques , indouze 30.
fols.
des
Hiftoire Chronologique des Papes ,
Empereurs & des Rois qui ont regné en
Europe , depuis la Naiffance de I ES u s-
CHRIST , jufqu'à preſent , indouze 30.
fols.
La Doctrine des Maurs , qui Reprefente en
cent Tableaux en taille douces , la difference
des Paffions. Et enfeigne la maniere de parvenir
à la fageffe univerfelle ; par Monfieur de Gom
berville de l'Academie Françoife , indouze so.
fols.
Hiftoire des Hommes Illuftres de Monfieur
l'Abbé Tallemant avec plufieurs figures en:
taille douce , ou font leur Portrait ; Nouvelles
Edition , augmentée & recorrigée , indouze , 8 .
vol . 14. liv. papier fin & 12. liv. papier ordi
naire.
•
La vie des Saints , traduction de ces Meffeurs
y compris la vie des Patriarches , Nou
velle Edition , in octavo 5. vol . 7. liv...
Les Pretendus Reformez convaincus de
Schifme , pour fervir de réponſe à un écrit
intitulé confideration fur les Lettres circulaires
de l'Affemblée du Clergé de France , de:
l'Année 1682 par Monfieur Nicole , Autheur..
des Ellais de Morale, indouze 45. f.
Traitté de la Pratique des billets & du Preft
d'Argent entre les Negocians, par un Docteur.
Catalogue. 33
en Theologie , in- douze 3o . fols.
Difcours de Clement Alexandria , pour
exhorter les Payens à embraffer la religion
Chrétienne traduit par Monfieur Coufia , indouze
, 30, fols.
Dom Henrique de Caftro ou la Conquéte des
Indes indouze , 2. vol. 40. f.
De la Nature & de la caufe des Fiévres , indouze
, is. fols.
Methode pour bien prononcer un Difcours
& pour le bien ADimer , ouvrage tres - utile à
tous ceux qui parlent au Public & particuliere-
= ment aux Predicateurs & aux Advocats , par
Monfieur Bary indouze , 20. fols.
Paralleles Hiftorique , indouze , 40. f.
S. Fulgentij opera , inquarto 9. liv .
LIVRES
TR
NOUVEAUX
de l'Année 1685.
Raitté des Fortifications , contenant la
Demonſtration & l'Examen de tout ce qui
regarde l'Art de Fortifier les Places , tant regu
liéres qu'irreguliéres , fuivant ce qui fe pratique
aujourd'huy ? le tout d'une maniere abre
gée , & fort aifée pour l'Inftruction de la Ieuneffe
, par Monfieur Gautier de Nifmes ,
avec 23. Figures en taille douce , indouze , 25 .
fols.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement & des
Prérogatives de l'Eglife de Rome , & de fes
Evefques , par Monfieur Maimbourg, indouze ,
2. liv. 10. f.
34 Catologue.
Les diférens Caracteres de l'Amour , par un
Academicien François , in 12. 30. fols .
L'Hiftoire du Grand Seras- Kier Baffa , ou
la fuite de Hiftoire du Grand Vifir , contenant
toute la Relation de la levée du Siege de
Bude , & fes Amours , indouze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les jours du
Caresme , contenant fix Difcours differens
pour chaque jour , & des fentences choifies
de la Sainte Ecriture & des Peres de l'Egli
fe pour chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudition ,
& neceffaire à toutes fortes de Perfonnes ,
in cctavo 3. Volumes , 12. livres.
Extraordinaire des Mercures Galant indouze,
30. fols. & les Mercure 20. f.
Agiatis ; Reyne de Sparte , ou les Guerres
Civiles des Lacedemoniens , fous les Rois
Agis & Leonidas indouze , 2. Volumes , 2 .
livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle Edi .
tion , 40 fols.
Efais de Phyfique , indouze , z . Volumes ,
3. livres.
Mademoiſelle de larnac , Hiftoire du temps.
de la Princeffe de Cleves , in 12. trois vol . 3 .
liv . 10. fols .
Le Grand Sophi , nouvelle Allegorique , indouze
, te. fols.
Les Travaux de Mars , ou l'Art de la Guer
re , augmenté d'un quart nouvellement , par
Monfieur Mallet , inoctavo 3. volumes , 15. liv .
Les Dames Galantes , ou la Confidence reciproque
, en deux Tomes indouze , 2. livres,
10.fols .
Catalogue. 35
C
Relation d'un Voyage des Indes Orientales ,
par . M. Dellon, Docteur en Medecine , indouze,
2 . vol. 3. livres.
Armenius , Tragedie , indouze , 20. fols.
Illuftre Genoife , indouze , 20. fols.
Le Cocher Comedien , de M. de Hauteroche,
indouze 15. fols.
Relation du Royaume de Siam , indouze , 15.
fols.
Journal du Palais , complet , 10. vol. 60. liv.
Les Nombres & le d'Euteronome traduit en
François avec l'explication du fens Litteral &
du fens Spirituel , tirée des SS . Peres & des Autheurs
Ecclefiaftiques en 2. vol . in- octavo 5.
livr, & en 1. vol . 4. livr . 10 , fols .
Les Conferences Ecclefiaftiques du Diocefe
de M. de Luçon en 5. vol . indouze impref
fion de Paris 10. liv. & impreffion de Lyon ,
6. liv . & 5. fols l'on feparera les 4. & 5. vol . à
ceux qui auront les premiers pour le méme
prix.
Fables nouvelle en vers , in 12. 20. fols.
Traité de la vocation Chrétienne des Enfans,
in 12, 30. fols .
Hiftoire du Gouvernement de Venife
par M.
Amelot de la Houſſaye , nouvelle Edition augmenté
& corrigé de beaucoup , in 8. 5. liv.
Tibere difcours Politique fur Tacitepar M.
Amelot de la Houffaye , nouvelle Edition , in
octavo , 4. liv.
Veritable conduite de Confeffion & communion
de S. François de Sales , par M. Gam
bare Prêtre , in 18. 15. f. Impreffion de Paris.
Entretien fur le Carême du Pere Crailer ,
ndouze , 2. vol. 3. liv.
H.i
36
Catalogue
.
Caractere de la fauffe & veritable Pieté , 12 .
30. fols.
Defcription de l'Hôtel des Invalides avec
plufieurs figures en tailles douces tant les veuës
qu'autrement , fol . 15. liv.
Le Plan dudit Hôtel en deux feüilles , 2. liv.
10. fols.
Converfations Morales fur les Ieux & les divertiffemens
, indouze , 2. liv .
La feconde Philippique de Ciceron traduction
nouvelle , indoaze , 15. fols.
Nouveau voyage de M. Thevenot contenant
la Relation de l'Indoftan , des Nouveaux Mogols
& des autres Peuples & Païs des Indes ,
inquarto , 5. livr .
Inftructions Morales & de Controverfe par
demandes & par réponces , pour l'inftruction
des Catholiques & des Calviniftes nouvellement
convertis a divifées , en deux parties ,
dont la premiere contient la Doctrine de l'Eglife
Catholique , fur les Points conteftez ,
& non conteftez , la feconde contient des Ecclairciflemens
fur les Points de la Doctrine de
P'Eglife Catholique conteftez entre les Catholiques
& les Calviniftes , indouze
fols.
> 20.
Table des Sinus nouvelle Edition , avec la
Trigonometrie qui eft un Traitté nouveau ,
pour l'intelligence des Tables & facile pour les
Ecoliers , in- octavo , 2. livres .
Les Ocuvres du Poëte Lucrece , qui traitte
de la Nature des chofes avec des Remarques
fur les endroits les plus difficiles de la traduction
du Baron des Coutures un des plus beaux
Ouvrages qui ait paru depuis longtemps
tans
Catalogue. 37
C
tant pour la beauré du Stile , que pour les
Remarques , in 12. 2. vol. 4. liv . io, fols , >
Andronic Tragedie par M. Capiftron 20. f.
La Dame Invifibles , Comedie de M. de
Haute . Roche , indouze , 20. fols.
-Aphorifme d'Hippocrate traduit en François
en deux vol . 3. liv .
Meditations fur le Pater nofter , & fur le
Pleaume soloMiferere mei Deus , tirées des
oeuvres de terôme Savovarole , & traduit en
François , 20, fols.
Heures Chrétiennes tirées de l'Ecriture
Sainte & des faints Peres , traduction du Paras
difus . Anima Chriftianæ , 12. 3. liv. 10. f.
?
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1685 . .3
Hiftoire
Iftoire de la Conquefte de Flaride par les
Espagnols, fous Ferdinand de Soto, écrite
en Portugais par un Gentilhomme de la ville
d'Elvas , m 1. 30.fols.
Le Genie de la langue Françoife, 12.2.v.3.l.
Reponse à l'Apologie pour la reforma
tion , pour les Reformateurs & pour les Re-
1formez , où l'on traite de l'etat Monaſtique ,
des Veuves &rant Seculieres que Religieufes ,
des fecondes , troifiéme , quatrième , & autres
Nopces , des qualitez d'un veritable Mar
tir , des Ceremonies Ecclefiaftiques de la
Sainte Ecriture des Extafes & Difcours du
Celibat des Ecclefiaftiques, & quelques autres
vil.8 bab
D
38
Catalogue.
matiere de Religion , par Monfieur , Ferrand
12.40.fols.
Traité de l'Eglife contre les Heretiques
principalement contre les Calvinistes , par
Monfieur Ferrand . 12. 30. fols .
Theriaque d'Andromacus , traduction nouvelle
par Monfieur Charras, 12. 30.fols.
Comedie fans titre par Monfieur Poiſſon , indouze
, nouvelle édition, 15. fols.
Les Oeuvres de Barreme contenant fept
volumes & fe vendent feparé fçavoir L'arif
metique de foy- même . 5o. f. le Livre des
contes fait so. f. La Geometrie so. fols. Li
vre neceffaire , so . f. Le Livre des Aydes Domaine
de France , 45. f. Les Tarifs & contes
fait,3 . liv. to.f. & le feptiéme , le Grand Bar
quier , in octavo, 4.1.10.f.
Traduction nouvelles des Satires des Epi
tres & l'Art Poëtique d'Horace ,in 12. 45.f.
Les Ouvrages de Profej & de Poëfie des ficurs
de Maucroy & de la Fontaine , indouze , 1.
vol . 4. tiv. 1.3.0
Memoires contenant ce qui s'eft " paffé en
France de plus confiderables depuis l'année
1608. jufqu'en 1536. tirées des êcrits de
Monfieur le feu Duc d'Orleans , indouze ,
- 40. ር
Le Portrait de Foibleffes Humaines , par
Madame de Villedieu , 12. Paris 30. fols/ & de
Lyon 15, fan oneftium , esbrop.lion
Les Defordres de l'Amour de Madame de
Ville dieu, 12. 4. vol. relié en deux 30. fols.
Geographie de Robbé Nouvelle Edition ,
avec plufieurs Figures en taille douce , 12. 2.
Vol . 6.div. Idem Enluminés 8. liv .
Catalogue. 39
Ordonnances Synodales de Luçon , 10. f..
L'Art de chanter , ou methode facile pour
apprendre en fort peu de tems les vrays prin--
cipes du Plain Chant & de la Mufique par M.
Lancelot , inquarto´, 25. f.
Elemens de Geometrie , ou de la meſure du
corps , par le Pere l'Amy , in octavo , 45. f.
Voyage de Tartarie , 12. 15.
fols.
Vie deGonzague , 11. 25. fols.
Traité des Cadrans de Monfieur Ozanan
avec plufieurs figures en taille douce , 12, 30 ,
fols.
Corps & compilation de tous les Com
mentateurs Anciens & Modernes fur la Coutume
de Paris , enrichie de nouvelles obfer .
vations & de plufieurs queftions décidées
par les Arters des Cours Souveraines , avec
les Conferences des autres coûtumes , par
Monfieur Claude de Ferriere , Avocat an
Parlement en trois volumes , infolio , 35.
liv.
Oeuvres Diverfes de Monfieur Boileau ,
nouvelle Edition revûe & augmenté de beaucoup
avec les figures, indouze, 3. liv.
69 Eclairciffement de Monfieur Queras Grand
Vicaire de feu Monfeigneur l'Archevêque de
Sens, inoctavo , 4. liv.
Iournal Amoureux d'Espagne, par Madame
de Villedieu , indouze quatre volume , relié
en deux , 30, fols.
La vie de S. Philippe Nery Fondateur de
l'Ordre de l'Oratoire inoctavo 3. liv.
Theologie Morale de S. Auguftia , où le
precepte de l'amour de Dieu est traité à fond,
& les autres maximes de l'Evangile fe trou-
D3
40:
Catalogue
.
vent expliquées & demontrée indouze , 45. f.
La Morale d'Epicure avec des reflexions
par Monfieur le Baron des Coutures Aureur
de la traduction de Lucrece, indouze 40. fols.
La vie du Pere lean Rigoleng de la compa
gnie de lefus indouze , 30. fols.
12
La vie du Pape Sixte V. nouvéllé édition ,
indouze deux volumes 2. liv.
L'hiftoire du Royaume de Chypre par Mon.
heur le Pelletier Auteur de la vie de Sixte V.
indouze , 2. vol . 2. liv.
Actes de l'Affemblée generale du Clergé
de France concernant la Religion inquarto ,
20. fols. bet
Idem indouze avec le Catalogue des livres
deffendu , 30. fols .
Avis pour la fainte Communion , 7. fols.
La Relation du Caroffel de 1685. & 1686.
20. f. }
Ariofte Ancienne & Moderne on Roland
le furieux traduction nouvelle indouze, 4.vol .
3. liv.
L'ordinaire de lafainte Mefferavec l'explication
des principales ceremonies qui fi obfervent
augmenté des Vefpres & Complies en
Latin & en François & de plufieurs exercices
de picté Imprimé par l'ordre de Monteigneur
Evefque de la Rochelle , infeize is. f.
Hiftoire de la confpiration d'Angleterre
du Duc de Mont Mout , indouze 20. f.
Hiftoire des troubles de Hongrie & des defordres
arrivez dans ce Royaume , & les
progrés de la confpiration des quatres com
tes qui ont été executez , leur revolte y eft
amplement traittée avec trois cartes indouze,
4. vol. 6. liv.
Catalogue.
41
Lettre de S. Auguftin fur la Conformité de
la conduite de l'Eglife de France pour ramener
les proteftans avec celle de l'Eglife d'Affrique
pour ramener les Donatiftes indouze
jo. f.
La conduite du Roy à l'égard des Proteftans
femblables à la conduite de l'Empereur Honorius
& de S. Auguftin à l'égard des Dona
tiſtes avec un Abregé des memes Donatiftes
& l'explication des loix qu'Honorius publia
contr'eux-indouze , 19. f.
Traité de la Providence fur le miracle des
fept Pains tiré de l'Ecriture fainte & des Peres
indouze , 20. f.
Paraphrafe des Pfeaumes de David en vers
François par Monfieur Godeau & mis en
chant,nouvelle édition ,indouze 40. f.
Hiftoire d'Augufte contenant fes actions
avant & apres le trianvir jufqu'à ſa mot
avec les particularitez dela vie de Iule Ce
far par le même autheur du triumvirat indouze
deux volume , 2. 1.
Hiftoire du Pontificat de faint Gregoire le
Grand par Monfieur Mainbourg , inquarto
2. 1. indouze deux volumes , 3. 1. & de Lion.
2. liv.
Lutrigot ou la Critique contre Monfieus
Boileau indouze 15. f.
Les confeflions coupée , Impreffion de Paris
indouze 25. f.
Harangue de Monfeigneur le Coadjuteur
de Rouen au Roy inquarto . 7. L.
Harangue de Monfeigneur l'Evefque de
Valence au Roy inquarto 7. f.
·
D
3
42 Catalogne.
Hiftoire de Charies neuviéme
, in 12. 3.vol. 3.liv . 10.î.
De François premier , in 12 .
De Monfieur
vol . 6.1 . & in 4. 2.vol . 12.) . Įde Varillas.
Education de Charlequint ,
12. 2. v. 3.1.
Des Herefies , 12.7.1 . & in 4.12.1.J
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1685 .
Iftoire de Guftave dit le Grand & de
Charles Guftave Comte Palatin , Roy
de Suede & de tout ce qui s'eft paffé en Allemagne
, depuis la mort du Grand Guitave j
par le fieur de Prade , indouze , 40. £
Charanton où l'Herefie détruite , inquarto
30. fols.
Catechifine pour les nouveaux Convertis
de Canifius, 12. 15. f.
La Morale de JESUS - CHRIST par le Pere Do
zeme de la Compagnie de Lesus , in 4, s . 1 .
Entretien fur la Pluralitez des Mondes, pat
FAutheur du Dialogue des Morts, 12. 30.fols.
Nouvelle Bibliotheque des Autheurs Ecclefiaftiques
contenant l'Hiftoire de leur vie ,
le Catalogue , là Critique & la Chronologie
de leurs Ouvrages , le fommaire de ce qu'ils
contienent unJugement fur leur ftile & ſur leur
doctrine & ce dénombrement des differentes
éditions de leurs Ouvrages, des Autheurs des
Trois premiers Siecles de l'Eglife , avec une
differtation préluminaire fur les Autheurs des.
Catalogue 143
Livres de la Bible , par M. L.Du Pin , Docteur
de la Maiſon de Paris , 8. 4. l.
Eftat de la France , où l'on voit tous les
Princes , Ducs & Pairs , Marechaux de Fran.
ce, & autres Officiers de la Couronne , des
Evêques , les Cours qui lugent en dernier Refort
, les Gouverneurs des Provinces , les Chevaliers
des Ordres & enfemble les noms de
tous les Offices de la maifon du Roy , & mai
fon des Princes jufqu'en 1686. indouze, 2.vol.
3. liv. 10, fols.
La fcience parfaite des Notaires , ou le
moyen de faire un parfait Notaire , contenant
les Ordonnances , Arreſt , & Reglement rendus
touchant la fonction des Notaires , par
Mé Claude de la Ferriève , feconde édition , &
augmenté d'un tiers , seliv..
L'Elprit de l'Ecriture Sainte , avec des Refle
xions , par Monfieur le Baron des Coutures ,,
1.2.2. V. 3.1.10 . f.
Reflexions ou Sentences & maximes Morales
, par Monfieur la Roche- Foucaut , aqgmentée
de plus de cent nouvelles maximes ,
12.30. £..
Les devoirs de la vie Civile , nouvelle édition
, revue , corrigée , augmentée , 12. 2. vol ..
3. liv...
La liberté des Dames , 12. 20. f..
Alcibiade Tragedie , par Monfieur Capi
fron , 12. 25 , ſols.
L'Homme à bonne fortune ,
Monfieur Baron , 25.fkt
I
Comedie par
A
La fcience & l'Att des Devifesy dreffez fur
-de nouvelles regles , avec fix cent devifés fur
les principaux evenemens de la vie du Roy &
44 Catalogue.
•
quatre cens devifes Sacrées , dont tous les
mots font tirez de l'Ecriture Sainte , par le
R. P. Meneftrier , inoctavo , 2. 1,
Petit Flambeau de la Mer , in 4. 3. l .
La Liturgie Sacrée où l'Antiquité , les Mifteres
& les ceremonies de la fainte Meſſe ,
12. 3. V. 4.l. 10.f.
Les delices de l'Efprit , par Monfieur Defmarêts
, nouvelle édition, avec plufieurs figu
res en taille douce , 12. 2. v. 3. l.
Inftruction Paftorales & Pratique pour la
conduite d'un jeune Curé , en forme d'entre
tien , 12. 30. f.
Traité des jeux & des divertiffemens qui
peuvent être permis , ou qui doivent étre défendus
aux Chrêtiens felon les Regles de l'Eglife
, & le fentimens des Perés , par Me
Jean Baptifte Thiers , Docteur en Theologie ,
12. 2. l. f. f.
Les deux derniers livres des Roys, 8.4.1.10.f.
Nouveau Recueil de tout ce qui s'est fait
pour & contre les Proteftans particulierement
en France , où l'on voit l'Eſtabliffement , le
Progrez , la Décadence & l'Extinction de la
R. P. R. dans ce Royaume par Me. lacques le
Febvre Docteur en Theologie , 4. 9.1.
Recueil de ce qui s'eft fait depuis la Revo
cation de l'Edit de Nantes , 4. 30. £.
Oeuvres Tragiques de Monfieur Capiſtron,
12. 4. liv.
Idem de la Tuillerie , 12. 3.l..
-Idem de la Chapelle , 12. 3. I ..
Idem de Pradon , 12. 50..f.
Su Hiftoire des Avanturiers qui fe font fignalez
. dans les Indes , contennant ce qu'ils ont
Gatalogue. 45
fait de plus remarquables depuis 20. Années ,
avec la vie , les moeurs , les coûtumes des habitans
de S. Dominique & de la Tortue &
une defcription exacte de ces lieux où l'on
voit l'établiffement d'une Chambre des Conees
dans les Indes & un état tiré de cette
Ghambre des Offices , tant Ecclefiaftiques"
que Seculiers , ou le Roy d'Espagne pourvoit
les revenus qu'il tire de l'Amerique, & ce que
les plus grands Princes de l'Europe y poffe.
dent , le touto enrichi de Cartes Geographi
ques & de plufieurs figures en taille douce ,
indouze , 2. vol. 4. 1 .
Apologie pour l'Eglife Catholique où l'on`
juftific fa croyance , fon culte & fon gouver
nement par les Principes même des Proteftans
par le fieur Vigne , cy- devant Miniftre à Gre
noble , 12. 30. f.
Entretiens affectifs de l'ame avec Dieu fur
les Pfeaumes de la Penitence , pour les nouveaux
Convertis , 12. 20. f.
Journal du Palais , inquarto , to.v. 60.liv.
le dixiême tome & les autres fe fepare pour
6. liv. auffi chaque volume. :
Pratique de Pieté ou Entretiens pour tous
les jours de l'Année , par le Pere le Maître de
la Compagnie de Iefus , augmenté en cette
toifiéme Edition , des Evangiles & de plu
fieurs points de Meditation , toutes tevûes &
recorrigée , 12. 4. vol . 5o . f. & relié en deux
2. liv .
C La Morale du Monde ou Converfations par
Mademoiſelle d: Scuderi , 12. 2. vol . 6. liv.
Les Amours du Comte Tekely , nouvelle
Historique , 12. 1. f
46
Catalogue
.
Relation de l'Amballade de Monfieur le
Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de
Siam avec ce qui s'eft paffé de plus remarquable
durant fon Voyage avec plufieurs fi
gures en tailles douce , 12.2. liv ..
Entretiens affectifs de l'Ame avec Dieu
pendant les huit jours des Exercices Spirituels
par Menfeigneur l'Evêque d'Alby , 12.
30. fols.
Le Rendez-vous des Thuilleries ou le Co
quet trompé Comedie , par Monfieur le Baron
, 12, 20.f.
Inftruction pour les nouveaux Catholiques:
ou tous les Points principaux de la Religion
font familierement expliquez par BEcriture,
les Conciles & les Peres , par Monseigneur
l'Evêque de Châlop , 12 , 40, Lov
2
J
7
Nouveau Sisteme des bains & eaux Minera-l
les de Vichy, fondé für plufieurs belies experiences
& fur la Doctrine de l'Acide & de
l'Alcali , par Monfieur Fouet , Docteur ca
Medecine 12.39. fam
Jugement des Sçavans fur les principaux
Ouvrages de ce temps , & fur les Poëtes depuis
Moïfe jufqu'à prefent , indouze , neuf
vollumes 18, livres , les cinq dernier vollume
fe vendent feparé pour 10. liv.:
La vie de faint François de Sales , par l'Au
theur de la vie de Madame de Montmorency ,
4. 5. liv. Dior 2 1 loa Mari§
Conference Ecclefiaftique du Dioceſe.de
Luçon feconde Edition , très- bien imprimé ,
12. 5. vol. 6.liv. 5. f.
Les fix & fepriéme tome fura la Penitence,
l'ordre & le mariage s'imprime¸
Gatalogue. 47
Vies des Saints , nouvelle Edition , fol. 2 .
vol. Paris grand papier 16. liv .
Idem de papier ordinaire, 11. liv. auſſi
de Paris, fol . z. vol.
Hiftoire de la Morée avec so , figures en
tailles douce de toutes les Villes que les Venitiens
ont emportées fur les Turcs , 8.4.liv .
L'Efpion du Grand Seigneur & fes Relations
fecrettes envoyées au Divan de Conſtantinople
découvertes à Paris , pendant le Regne
de Louis le Grand , contenant les évenemens
les plus confiderables de la Chrêtienté & de
la France depuis 1637. indouze , 4. vol . 6. liv .
les trois derniers vollumes fe vendent feparé
"pour 4.liv. of
.1
Hiftoire des Oracles par Monfieur de Fontenelle
, Autheur du Dialogue des Morts ,
$12.30.1.20
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
, contenant lareception qui leur a efté faite
dans les Villes où ils ont paffé , leur entré à
Paris , les ceremonies oblervées dans l'Audiance
qu'ils ont eu du Roy & de la Maiſon
Royale , les complimens qu'ils ont faits , la
defcription des lieux où ils ont eſté , & c¢
qu'ils on dit de remarquablefur tout ce qu'ils
ont vu jufqu'à la fin de l'année 1686.12.2.vol .
49.folsle deuxième tome fe vend feparé pour
- 20.fols.
Iournal des Saints pour les Congregations,
qui fert de billets des Saints de mois en Latin
Ja main 45.1.& en François aufli 45.
L'Homme inftruit par fa raifon & par fa
Religion , Dialogue Moral & Chrêtien , 8.2.1 .
Le nouveau Negotiant , contenant les re48
Catalogue
.
C
ductions toutes faites des mesures , Poids &
Monnoyes de France , reduite aux meſmes
Poids & Monnoyes de diverfes Villes & Païs
concernant le Negoce , par le feur Ricard de
Bordeaux , inquarto , so. f.
L'Efprit de la Religion , ou l'abregé du Livre
de la Science univerfelle des faintes Ecri-
-tures , 12. 20. f. af.
Almanach de Milan 1587. 12. 20. fols ,
De Liege pour 1587. 15. f.-
Connoiffance des temps pour 1687. 20.1,
Hiftoire du Siege de Bude avec toutes les
particularitez fidelement écrite & circonftantié
le tout jour par jour , avec une grande fi
gure en taille douce , par l'Autheur du Mercufe
Galant , 12; 20. fo '
broM ob 23
Livres que l'on Imprime & que l'on don
nera inceffamment.
Les Grands Voyages de Monfieur Chardin ,
de la Perfe & des Indes Orientalles avec dixhuit
grandes figures en taille douce , 12. 2 .
gros vollumes.
Le bon ufage du Thé , du Caffé & du Chocholat
par M. de Blegny avec plufieurs figures
én taifle douce.
La Nouvelle Methode accomplie du Blafon
du.Pere Meneftrier , indouze, Le Pontificat de
S. Leon , de M. Maimbour , L'Hiftoire de
Louis douziéme de Varillas & la fuite des
Herefies auffi de M. Varillas , les Annales de
la Grece de Madame de Villedieu, & pluſieurs
autres dont je vous donneray Avis.
THE LA VILLE
FIN
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Résumé : LIVRES NOUVEAUX qui se trouvent à Lyon chez le Sieur AMAULRY ; depuis l'année 1678. jusqu'a present.
Le document présente un catalogue de livres disponibles à Lyon chez le Sieur A Maul Ry, depuis l'année 1678 jusqu'à la date de publication. Les ouvrages couvrent divers genres et sujets, incluant la piété, la poésie, le théâtre, l'histoire, la religion, la médecine, et les sciences. Parmi les titres notables, on trouve 'La Pratique de Piété' du Père Le Maître, 'L'Art poétique' du Père Lamy, 'La Princesse de Clèves', et des œuvres de Corneille. Le catalogue mentionne également des traductions, des mémoires, des traités théologiques, et des récits historiques. Les prix et les formats des livres (in-douze, in-quarto, in-folio) sont spécifiés, ainsi que les éditions récentes ou augmentées de certains ouvrages. Le document se conclut par une liste de livres nouveaux pour les années 1679 et 1680, incluant des œuvres sur la dévotion, la morale, et des récits de voyages. Le document présente également un catalogue de livres nouveaux des années 1681, 1682 et 1683. Les ouvrages couvrent divers genres et sujets, allant de la littérature religieuse à la poésie, en passant par l'histoire, la philosophie et les sciences. Parmi les titres notables, on trouve des œuvres de spiritualité comme les 'Instruction Spirituelles pour la guérison et la consolation des Malades' et les 'Éloges des personnes illustres de S. Benoît'. Des traductions de classiques anciens, telles que les 'Satires de Juvénal' et l''Homère', sont également mentionnées. Le catalogue inclut des tragédies comme 'Le Grand Solliman' et 'Zaïde', ainsi que des comédies telles que 'Les Carrosses d'Orléans' et 'La Raë S. Denis'. Des traités sur des sujets variés, comme le droit, la médecine et la géographie, sont également listés. Des ouvrages historiques, tels que 'Histoire d'Henry IV' et 'Histoire des Uscques', ainsi que des recueils de lettres et des mémoires, complètent la liste. Le document présente un catalogue de livres et d'ouvrages publiés en 1684. Il inclut divers genres tels que des tragédies, des nouvelles galantes, des traités médicaux, des ouvrages historiques, des recueils de lettres, et des textes religieux. Parmi les auteurs mentionnés figurent Madame de Villedieu, l'Abbé de la Chapelle, Monsieur de Moreaux, et le Père Froment. Les sujets abordés vont des instructions pour les novices à des réflexions sur l'histoire et la littérature, en passant par des traités sur la chimie et la médecine. Le catalogue comprend également des œuvres traduites, des biographies, et des ouvrages sur la théologie et la morale chrétienne. Les formats des livres varient, allant du in-douze au in-folio, avec des prix indiqués pour chaque ouvrage. Le document présente un catalogue de livres publiés en 1685. Parmi les ouvrages listés, on trouve des traductions de textes religieux et historiques, tels que 'La vie des Saints' et 'La vie des Patriarches'. Des traités théologiques et moraux sont également mentionnés, comme 'Traité de la Pratique des billets & du Prêt d'Argent entre les Negocians' et 'Methode pour bien prononcer un Discours & pour le bien ADmirer'. Le catalogue inclut des œuvres littéraires et dramatiques, telles que 'Dom Henrique de Castro' et 'Armenius, Tragedie'. Des ouvrages sur l'histoire et la politique sont également présents, comme 'Traité Hiftorique de l'Etablissement & des Prérogatives de l'Eglife de Rome' et 'Hiftoire du Gouvernement de Venife'. Des textes scientifiques et techniques sont également listés, tels que 'Raitté des Fortifications' et 'Table des Sinus'. Le catalogue comprend également des œuvres de fiction et des mémoires, comme 'Les Dames Galantes' et 'Memoires contenant ce qui s'eft paffé en France'. Enfin, des ouvrages sur la musique et la géographie sont mentionnés, tels que 'L'Art de chanter' et 'Geographie de Robbé'. Le texte présente un catalogue de divers ouvrages et documents historiques. Parmi les œuvres mentionnées, on trouve des traités théologiques et moraux, tels que 'La Morale de JESUS-CHRIST' par le Père Dozème de la Compagnie de Jésus et 'Les devoirs de la vie Civile'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 235-249
Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs s'estant fait faire des habits noirs pour [...]
Mots clefs :
Monsieur le Prince, Louis II de Bourbon-Condé, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Roi de Siam, Mort, Deuil, Visite, Rois, Témoigner, Vérité, Père, Entretenir, Joie, Tristesse, Perte, France, Chantilly, Mauvais chemins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs s'eſtant
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
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Résumé : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, vêtus de noir en signe de deuil pour la mort de Monsieur le Prince, rendirent visite à son fils, désormais Monsieur le Prince. Ils exprimèrent leur tristesse et leur soutien, malgré les coutumes de leur pays qui ne prévoyaient pas de tels habits. Monsieur le Prince les remercia et souligna l'estime qu'il avait pour eux, bien qu'il n'ait pas connu leur père. Les ambassadeurs assurèrent que le roi de Siam serait profondément affecté par cette perte, rappelant un précédent épisode où un faux bruit de la mort du prince avait suscité une grande émotion à Siam. Ils regrettèrent de ne pas avoir pu rendre hommage au prince défunt en raison de divers imprévus. Monsieur le Prince exprima son désir de mieux connaître le roi de Siam et ses qualités. Les ambassadeurs discutèrent également des fortifications en France et à Siam, notant des similitudes et des différences. Ils admirèrent particulièrement les places fortifiées de Dunkerque et Lille. La visite se conclut par des échanges sur les relations diplomatiques et l'amitié entre les deux royaumes, avec des promesses de maintenir et renforcer cette union. Les ambassadeurs se rendirent ensuite chez Madame la Princesse pour lui témoigner leur douleur.
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10
p. 9-51
LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Début :
Un Pere avare, qui ne pensoit qu'à marier richement [...]
Mots clefs :
Fille, Père, Mariage, Homme, Marquis, Amour, Ami, Conseiller, Enchère, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
LE MARIAGE
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
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Résumé : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Le texte relate l'histoire d'un père avare déterminé à marier sa fille Lucie au plus offrant. Plusieurs fiançailles sont rompues, attirant ainsi le ridicule et des rumeurs malveillantes sur Lucie. Un jeune Marquis, amoureux de Lucie, voit sa demande rejetée au profit d'un gentilhomme plus riche. Désespéré, le Marquis demande à son ami Damon, un homme riche et honnête, de faire une offre pour gagner du temps. Damon accepte à contrecœur et rencontre Lucie, qu'il trouve charmante et vertueuse. Il finit par tomber amoureux d'elle, mais décide de ne plus la voir pour éviter de trahir son ami. Lucie est ensuite promise à un Conseiller de Province, mais elle est horrifiée par cette perspective. Le Conseiller, jaloux, découvre une lettre d'amour prétendument écrite par un autre homme, ce qui le pousse à quitter Lucie. Le Marquis révèle alors que la lettre était un stratagème pour éloigner le Conseiller. Lucie, offensée par l'imprudence du Marquis, refuse de l'épouser. Damon, présent lors de cette révélation, propose alors de l'épouser pour la justifier pleinement. Lucie accepte, impressionnée par la délicatesse et l'estime de Damon. Le père, voyant l'unanimité en faveur de Damon, consent au mariage. Le texte se termine par l'approbation générale de cette union, soulignant la sagesse et la raison qui ont guidé la décision de Lucie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 52-70
MARIAGES.
Début :
Le Prince Emanuel de Nassaw, Prince du S. Empire, [...]
Mots clefs :
Prince, Marquis, Noces, Maréchal, Duc, Empire, Fille, Père, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Le PrinceEmanuel de
Nassaw, Prince du S. Empire,
premier Lieutenant
des Gardes du CorpsWallons
du Roy d'Espagne,
fils du feu Prince François
Desiré de Nalîau-,
Prince du Saint Empire,
Prince Souverain de Sieghen
,
Doyen des Chevaliers
de la Toison d'or.
Et de N. Comtesse du
Pujet de la Ferre,Comtesïe
du St Empire,épousale
13. May Charlote de
MaillydeNesle,fille de
feu Mr le Marquis de
Nesle, & de Marie Comtesse
deColigny.
Mr le Marquis de Nef,,
le estoit Maréchal des
Camps & des Armées
du Roy, il sur au siége
de Philisbourg. Les
MaisonsdeNassau, de Mailly & de Coligny,
dont ces nouveaux Epoux
defcendenc
,
font si anciennes
,si illustres & si
connuës dans l'Europe,
qu'on se contentera de
rapporrer icy le temps ou
se forma la branche de
Sieghen - Dillembourg,
dont est ce Prince de Nassau.
Le Prince Guillaume
le Belgique est descendu
de l'Empereur Adolphe
de Nassau esleu canoniquement
par le suffrage
des Electeurs le jour de
la saint Jean Baptiste 1292.
& a continué jusques à
Guillaume troisiémePrince
d'Orange mort en Angleterre
en 1702. dernier
malle de la premiere
branche de cette Maison.
Sa mort a fait passer le
droit d'aisnesse à la branche
du Prince Emmanuel,
dont nous- parlons.
Pour ne laisser aucun doute
de cette verité il ne
faut que remarquer que
le Prince Guillaume né à
Dillembourg le 10. Avril
1489.deson mariage avec
Julienne fille de Otho
Comte Destolbourg, eut
Guillaume qui fut le premier
Prince d'Orange de
la Maison de Nassau
,
&
le Prince Jean de Nassau,
le premiera fait la branche
des Princes d'Orange,
qui a fini par la mort
du Prince d'Orange: &
le dernier a fait la branche
de Nassau Sieghem
Dillembougdontle Prince
Emmanuel descend.I
Le Prince Jean Comte
de Nassau dit le Vieux,
épousa en premieres nôces
Elisabeth fille deGeorge
Landgrave de Leuchtemberg
:en secondes nôces
Cunegondefille de
Frideric troisiéme Electeur
Palatin, & en troisiémes
Jeanne fille de Louis
Comte de Vitgenstein; il
laissa en mourant huit
Princes Ôc onze Princesses,
le Prince Jean son filsaisné
qui fut appelle le
Moux
,
continua la posterite,
ilépousa en premieres
nôces Magdelainefille
de Samuel Comre de
Valdeck, & en secondes
nôces Marguerite fille de
Jean Duc de Holstein
Sunderbourg. Il eut pour
fils du premierlit Jean dit
le Jeune, qui épousaen
1618. ErnestinePrincesse
de Ligne Comtesse d'Aremberg.
De ce mariage
est venu le Prince Jean-
François-Desiré de Nasfau
pere duPrince Emmanuel
donc nous parlons.
Cette Famille compte
onze Ducs de Gueldres.
Quatre Electeurs Archevesquesde
Mayence.
Un Evesque de Liege
en 1230. qui fut assassiné
par Theodoric du Prat &
laissa soixante & cinq Ensans
pour successeurs.
-. Un Archevesque de
Cologne, en 1136. & un
Empereur.
LesMaisonsdeMailly
&deColigny dont Madame
laPrincesse de Nasau
est fille, ne sont pas
moins anciennes en noblesse
,
ni moins relevées
en grandes alliances, depuis
l'an 1000. qu'Anselme
de Mailly qui fut tué
au siege de Lille en Flandres
en 1070. jusques à
aujourd'huy que Mr. le
Marquis de Mailly de
Nelle frere de Madame
la Princesse,deNassau :,
Commandant la Gend'armerie
de France, soustient
avec éclat le nom de Mailly.
Il y avoir desjaplusieurs
alliances des Maisons
de Mailly & de Coligny
avec celle de Nassau.
Celles des Princes de Bergues
dont Adrien de Mailly
avoit épousé lafille;
celle de Bourbon, Marguerite
de Mailly ayant
épousé leComtede Roye
&deRoucy. SafilleEleonor
fut mariéeà Loüis de
Bourbon premier Prince
de Condé, Charlorte (a
fille épousa Guillaume de
Nassau, la mere de Marguerite
de Mailly estoit
Loüise de Montmorancy
qui épousa en secondes
noces Gaipard de ColignYCesar
de Beaudean
Comte de Parabere, & de
Pardailhan Baron du Petit
Chasteau lez Rouvans,
Seigneur de la Rousseliere
en Poitou,&c.Brigadier
desArmées du Roy, &
fils d'Alexandre de Beaudean
,vivant,Comte de
Pardailhan
, & Marquis
de la Motte S. Heraye, ÔC
de Jeanne Therese de
Maijand , épousa le huit
de Juin Marie Magdelaine
de la Vieuville,fille
de René François, Marquis
dela Vieuville,Chevalier
d'honeur de la feuë
Reine, Gouverneur &
Lieutenant General pour
le Royen Poitou &c. Et
de Marie Louise de la
Chauffée d'Arrets Dame
d'Atour de Madame la
Duchesse de Berry, fille
deN de la Chauffée Seigneur
d'Arets en Normandie.
La Naissance de ces
deux nouveaux mariés
estantassez connue
,
je
vous diray seulement que
la Maison de Beaudean
de Parabereest une des
anciennes du Pays de Bigorre
,
où elle possedoit
avant l'an 1400. les terres
de Baudéan, de Coursean,
&de Parabere
,
& les Baronies
d'Aux, & de Clermont
en Pordéac.
Jean de BeaudeanComte
de Parabere Marquis
de la Mothe saint Heraye
Lieutenant General des
Armées du Roy & nommé
à l'Ordre du fainr Esprit,
& designé par Bre-
> ver pour estre Mareschal
de France, mourut dans
un âge fort avancésous
le regne de Louis treize.
Il fut marié avec Loiiife
de Gilliers veuve de Francois
de sainte Maure pere
de Charles de sainte Maure
Duc de Montauzier
Gouverneur de feu Monseigneur
le Dauphin;&
il eut de ce Mariage Henry
de Bau dean
,
Comte
de Parabere, Gouverneur
dePoitou,& Comandeur
des
des Ordres du Roy, &C.
- grand pere du Comte de
Parabere d'aujourd'huy.
Et Charles de Beaudean
Seigneur de Neüilhan ,3c
Gouverneur de Niort ,
pere de Suzanne de Beaudean
, 3c d'Angelique de
Beaudean
,
mariée au
Comte de Froulay Suzanne
de Beaudean Dame
d'Honneur de la seuë Reine
,
fut mariéeau Duc de
Navailles Maréchal de
France, duquel mariage
sont issus Françoise de
Montault de Benac mariée
à Charles de Lorraine
Duc d'Elbeuf duquel
mariage elle a eu feue
Madame la Duchesse de
Mantouë.N. de Montault
de Benac mariéeà
Mr le Marquis de Rorelin
, dont est venu Mr le
Marquis de Rotelin. N..
deMontaultdeBenac mariée
à Mr le Marquis de
Pompadour, & de Laurieres
dont est issue Madame
la Marquise de
Courcillon Dame du Palais
de Me laDauphine.
Mademoiselle de la
Vieuville
,
aujourd'huy
Comtesse de Parabere est
petite fille de Charles
Duc dela Vieuville Gouverneur
de Poitou,Chevalier
d'Honneur de la
Reine, Maréchal des
Camps,& Armées du Roy
qui estoit fils de Charles
Duc de la Vieuville Ministred'Etat,&
Sur-Intendant
des Finances, qui
eut pour fille Lucréce
Françoise de laVieuville,
femme d'Ambroisé , François Duc de Bournonville
,
Pere deMadame
laMaréchalle Duchesse
de Noailles.
Le Marquis dela Vieuville
d'aujourd'huy a pour
frere Mr le Comte de
Viennecy-devant Mestre
de Camp du régiment du
Roy Cavallerie ,& Mrle
Bailly de la Vieuville
Grand Croix de lvÍalche;
Mr le Comte de Vienne
est marié avec N. Mitte
de Chevriere
,
fille &
heritiere de Henry Mitte
de Chevriére Comte de
S.Chaumont, dont il a eu
Mr leMarquis de S. Chaumont,
Colonel d'un Regiment
de Dragons.
-'
La ceremonie du Mariage
fut faite par M.rAbbé
de la Vieuville Grand
Vicaire d'Agen frere de
la mariée.
Lors qu'on demanda
au Roy l'agrément de ce
mariage
,
Sa Majesté y
donna son approbation
dans des termes qui font
beaucoup d'honneur aux
deux Maisons des mariés,
& qui marquent qu'ilest
tres satisfait de la manière
dont Mr le Comtede
Parabere l'a servy
, il a
toujours esté en Espagne
depuis le commencement
de cette Guerre, où il s'est
distingueen plusieursoccassons
,
& entr'autres à
la bataille d'Almanzaimmédiatement
aprés laquelle
il fut fait Brigadier
seul par diftindion.
Le PrinceEmanuel de
Nassaw, Prince du S. Empire,
premier Lieutenant
des Gardes du CorpsWallons
du Roy d'Espagne,
fils du feu Prince François
Desiré de Nalîau-,
Prince du Saint Empire,
Prince Souverain de Sieghen
,
Doyen des Chevaliers
de la Toison d'or.
Et de N. Comtesse du
Pujet de la Ferre,Comtesïe
du St Empire,épousale
13. May Charlote de
MaillydeNesle,fille de
feu Mr le Marquis de
Nesle, & de Marie Comtesse
deColigny.
Mr le Marquis de Nef,,
le estoit Maréchal des
Camps & des Armées
du Roy, il sur au siége
de Philisbourg. Les
MaisonsdeNassau, de Mailly & de Coligny,
dont ces nouveaux Epoux
defcendenc
,
font si anciennes
,si illustres & si
connuës dans l'Europe,
qu'on se contentera de
rapporrer icy le temps ou
se forma la branche de
Sieghen - Dillembourg,
dont est ce Prince de Nassau.
Le Prince Guillaume
le Belgique est descendu
de l'Empereur Adolphe
de Nassau esleu canoniquement
par le suffrage
des Electeurs le jour de
la saint Jean Baptiste 1292.
& a continué jusques à
Guillaume troisiémePrince
d'Orange mort en Angleterre
en 1702. dernier
malle de la premiere
branche de cette Maison.
Sa mort a fait passer le
droit d'aisnesse à la branche
du Prince Emmanuel,
dont nous- parlons.
Pour ne laisser aucun doute
de cette verité il ne
faut que remarquer que
le Prince Guillaume né à
Dillembourg le 10. Avril
1489.deson mariage avec
Julienne fille de Otho
Comte Destolbourg, eut
Guillaume qui fut le premier
Prince d'Orange de
la Maison de Nassau
,
&
le Prince Jean de Nassau,
le premiera fait la branche
des Princes d'Orange,
qui a fini par la mort
du Prince d'Orange: &
le dernier a fait la branche
de Nassau Sieghem
Dillembougdontle Prince
Emmanuel descend.I
Le Prince Jean Comte
de Nassau dit le Vieux,
épousa en premieres nôces
Elisabeth fille deGeorge
Landgrave de Leuchtemberg
:en secondes nôces
Cunegondefille de
Frideric troisiéme Electeur
Palatin, & en troisiémes
Jeanne fille de Louis
Comte de Vitgenstein; il
laissa en mourant huit
Princes Ôc onze Princesses,
le Prince Jean son filsaisné
qui fut appelle le
Moux
,
continua la posterite,
ilépousa en premieres
nôces Magdelainefille
de Samuel Comre de
Valdeck, & en secondes
nôces Marguerite fille de
Jean Duc de Holstein
Sunderbourg. Il eut pour
fils du premierlit Jean dit
le Jeune, qui épousaen
1618. ErnestinePrincesse
de Ligne Comtesse d'Aremberg.
De ce mariage
est venu le Prince Jean-
François-Desiré de Nasfau
pere duPrince Emmanuel
donc nous parlons.
Cette Famille compte
onze Ducs de Gueldres.
Quatre Electeurs Archevesquesde
Mayence.
Un Evesque de Liege
en 1230. qui fut assassiné
par Theodoric du Prat &
laissa soixante & cinq Ensans
pour successeurs.
-. Un Archevesque de
Cologne, en 1136. & un
Empereur.
LesMaisonsdeMailly
&deColigny dont Madame
laPrincesse de Nasau
est fille, ne sont pas
moins anciennes en noblesse
,
ni moins relevées
en grandes alliances, depuis
l'an 1000. qu'Anselme
de Mailly qui fut tué
au siege de Lille en Flandres
en 1070. jusques à
aujourd'huy que Mr. le
Marquis de Mailly de
Nelle frere de Madame
la Princesse,deNassau :,
Commandant la Gend'armerie
de France, soustient
avec éclat le nom de Mailly.
Il y avoir desjaplusieurs
alliances des Maisons
de Mailly & de Coligny
avec celle de Nassau.
Celles des Princes de Bergues
dont Adrien de Mailly
avoit épousé lafille;
celle de Bourbon, Marguerite
de Mailly ayant
épousé leComtede Roye
&deRoucy. SafilleEleonor
fut mariéeà Loüis de
Bourbon premier Prince
de Condé, Charlorte (a
fille épousa Guillaume de
Nassau, la mere de Marguerite
de Mailly estoit
Loüise de Montmorancy
qui épousa en secondes
noces Gaipard de ColignYCesar
de Beaudean
Comte de Parabere, & de
Pardailhan Baron du Petit
Chasteau lez Rouvans,
Seigneur de la Rousseliere
en Poitou,&c.Brigadier
desArmées du Roy, &
fils d'Alexandre de Beaudean
,vivant,Comte de
Pardailhan
, & Marquis
de la Motte S. Heraye, ÔC
de Jeanne Therese de
Maijand , épousa le huit
de Juin Marie Magdelaine
de la Vieuville,fille
de René François, Marquis
dela Vieuville,Chevalier
d'honeur de la feuë
Reine, Gouverneur &
Lieutenant General pour
le Royen Poitou &c. Et
de Marie Louise de la
Chauffée d'Arrets Dame
d'Atour de Madame la
Duchesse de Berry, fille
deN de la Chauffée Seigneur
d'Arets en Normandie.
La Naissance de ces
deux nouveaux mariés
estantassez connue
,
je
vous diray seulement que
la Maison de Beaudean
de Parabereest une des
anciennes du Pays de Bigorre
,
où elle possedoit
avant l'an 1400. les terres
de Baudéan, de Coursean,
&de Parabere
,
& les Baronies
d'Aux, & de Clermont
en Pordéac.
Jean de BeaudeanComte
de Parabere Marquis
de la Mothe saint Heraye
Lieutenant General des
Armées du Roy & nommé
à l'Ordre du fainr Esprit,
& designé par Bre-
> ver pour estre Mareschal
de France, mourut dans
un âge fort avancésous
le regne de Louis treize.
Il fut marié avec Loiiife
de Gilliers veuve de Francois
de sainte Maure pere
de Charles de sainte Maure
Duc de Montauzier
Gouverneur de feu Monseigneur
le Dauphin;&
il eut de ce Mariage Henry
de Bau dean
,
Comte
de Parabere, Gouverneur
dePoitou,& Comandeur
des
des Ordres du Roy, &C.
- grand pere du Comte de
Parabere d'aujourd'huy.
Et Charles de Beaudean
Seigneur de Neüilhan ,3c
Gouverneur de Niort ,
pere de Suzanne de Beaudean
, 3c d'Angelique de
Beaudean
,
mariée au
Comte de Froulay Suzanne
de Beaudean Dame
d'Honneur de la seuë Reine
,
fut mariéeau Duc de
Navailles Maréchal de
France, duquel mariage
sont issus Françoise de
Montault de Benac mariée
à Charles de Lorraine
Duc d'Elbeuf duquel
mariage elle a eu feue
Madame la Duchesse de
Mantouë.N. de Montault
de Benac mariéeà
Mr le Marquis de Rorelin
, dont est venu Mr le
Marquis de Rotelin. N..
deMontaultdeBenac mariée
à Mr le Marquis de
Pompadour, & de Laurieres
dont est issue Madame
la Marquise de
Courcillon Dame du Palais
de Me laDauphine.
Mademoiselle de la
Vieuville
,
aujourd'huy
Comtesse de Parabere est
petite fille de Charles
Duc dela Vieuville Gouverneur
de Poitou,Chevalier
d'Honneur de la
Reine, Maréchal des
Camps,& Armées du Roy
qui estoit fils de Charles
Duc de la Vieuville Ministred'Etat,&
Sur-Intendant
des Finances, qui
eut pour fille Lucréce
Françoise de laVieuville,
femme d'Ambroisé , François Duc de Bournonville
,
Pere deMadame
laMaréchalle Duchesse
de Noailles.
Le Marquis dela Vieuville
d'aujourd'huy a pour
frere Mr le Comte de
Viennecy-devant Mestre
de Camp du régiment du
Roy Cavallerie ,& Mrle
Bailly de la Vieuville
Grand Croix de lvÍalche;
Mr le Comte de Vienne
est marié avec N. Mitte
de Chevriere
,
fille &
heritiere de Henry Mitte
de Chevriére Comte de
S.Chaumont, dont il a eu
Mr leMarquis de S. Chaumont,
Colonel d'un Regiment
de Dragons.
-'
La ceremonie du Mariage
fut faite par M.rAbbé
de la Vieuville Grand
Vicaire d'Agen frere de
la mariée.
Lors qu'on demanda
au Roy l'agrément de ce
mariage
,
Sa Majesté y
donna son approbation
dans des termes qui font
beaucoup d'honneur aux
deux Maisons des mariés,
& qui marquent qu'ilest
tres satisfait de la manière
dont Mr le Comtede
Parabere l'a servy
, il a
toujours esté en Espagne
depuis le commencement
de cette Guerre, où il s'est
distingueen plusieursoccassons
,
& entr'autres à
la bataille d'Almanzaimmédiatement
aprés laquelle
il fut fait Brigadier
seul par diftindion.
Fermer
Résumé : MARIAGES.
Le texte relate le mariage entre le Prince Emmanuel de Nassau et Charlotte de Mailly de Nesle. Le Prince Emmanuel est le fils du Prince François Désiré de Nassau et de la Comtesse du Puget de la Ferre. Charlotte de Mailly de Nesle est la fille du Marquis de Nesle et de Marie Comtesse de Coligny. Les maisons de Nassau, de Mailly et de Coligny sont anciennes et illustres en Europe. La branche de Siegen-Dillembourg, dont descend le Prince Emmanuel, remonte à l'Empereur Adolphe de Nassau, élu en 1292. Le Prince Guillaume de Nassau, né en 1489, a fondé la branche des Princes d'Orange. Après la mort de Guillaume III en 1702, le droit d'aînesse est passé à la branche du Prince Emmanuel. Le Prince Jean de Nassau, dit le Vieux, a épousé plusieurs femmes et a eu de nombreux enfants. Son fils aîné, Jean, a continué la lignée et a épousé Ernestine de Ligne. De ce mariage est issu Jean-François-Désiré de Nassau, père du Prince Emmanuel. Les maisons de Mailly et de Coligny sont également nobles et ont des alliances prestigieuses. La famille de Mailly remonte à Anselme de Mailly, tué au siège de Lille en 1070. Le Marquis de Mailly de Nesle, frère de la Princesse de Nassau, commande la Gendarmerie de France. La cérémonie du mariage a été approuvée par le Roi, qui a souligné les services distingués du Comte de Parabere, présent en Espagne depuis le début de la guerre et promu Brigadier après la bataille d'Almanza.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 1-64
SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Début :
LEONORE arriva bien-tost dans l'Isle de Gade sans [...]
Mots clefs :
Prince, Grenade, Amour, Temps, Seigneur, Fortune, Père, Sujets, Amant, Douleur, Vaisseau, Princesse, Inconnue, Pouvoir, Andalousie, Malheur, Coeur, Ciel, Bonheur, Homme, Mort, Vertu, Souverain, Soeur, Duc, Usurpateur, Mariage, Doute, Perfidie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
AM~USE-ME~NS. SUITE
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
Fermer
Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Le texte relate les aventures de Léonore et du Prince de Murcie, séparés par des circonstances tragiques. Léonore arrive sur l'île de Gade, où elle est accablée par l'absence du Prince et les discours moralisateurs de sa tante, sœur du Duc d'Andalousie. Elle y rencontre Elvire, une jeune femme également triste, qui lui raconte son histoire : promise à un prince, elle dut épouser Dom Garcie après la mort de son père. Elvire parvint à s'échapper et se retrouva sur l'île de Gade. Pendant ce temps, le Prince de Murcie, désespéré par l'absence de Léonore, décide de se rendre en Andalousie malgré les dangers. Sur le rivage, il rencontre Dom Pedre, le frère d'Elvire, qui lui révèle que le Duc de Grenade est mort et que Dom Garcie, un traître, s'apprête à usurper le trône de Dom Juan. Ils s'allient pour chasser Dom Garcie et restaurer Dom Juan sur le trône de Grenade. Dom Pedre rallie les habitants contre Dom Garcie, qui s'enfuit. Dom Juan, informé de la mort de son père, rencontre Dom Garcie, qui le persuade que le Prince de Murcie a usurpé ses États. Dom Juan décide de se venger et se rend chez le Duc d'Andalousie, un allié. En mer, une tempête éclate et Dom Juan sauve Léonore, qui est troublée par les révélations sur la perfidie du Prince de Murcie. Le Duc d'Andalousie décide de marier Léonore à Dom Juan, malgré la tristesse de la jeune femme. Léonore, obligée d'obéir à son père, se prépare à épouser Dom Juan. Le Prince de Murcie, après avoir assuré la tranquillité du Duché de Grenade, est dominé par sa passion pour Léonore. Il se retrouve sur l'île de Gade et apprend de manière fortuite que Léonore a épousé Dom Juan huit jours plus tôt. À cette nouvelle, il s'évanouit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 1-38
LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Début :
L'Esté dernier un riche Bourgeois de Paris alla faire [...]
Mots clefs :
Médecin, Amant, Amour, Dame, Mariage, Mari, Fille, Maladie, Malade, Désespoir, Enceinte, Rupture, Femme grosse, Colère, Rouen, Paris, Père
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
ieJnt7iue1rnetMçoiéiimsdoainreslseuyrumnoeavanture,
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
Fermer
Résumé : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Le texte relate l'histoire d'une jeune fille parisienne dont le père, un riche bourgeois, part en voyage à Rouen. Pendant son absence, la fille, qui apprécie de gérer le ménage, développe des sentiments pour un voisin. Ils s'aiment et envisagent de se marier, espérant obtenir le consentement du père à son retour. Cependant, la fille reçoit une lettre de son père annonçant qu'il lui a trouvé un mari à Rouen. Désespérée, elle envisage de mourir pour éviter ce mariage. Son amant, plus raisonnable, imagine un plan. Il se déguise en femme enceinte et se rend chez un médecin de Rouen, frère d'un médecin parisien, pour obtenir son aide. Le médecin, croyant que la 'fille' est enceinte d'un autre homme, accepte de l'aider à éviter le mariage. Le père, de retour, trouve sa fille malade et accepte la rupture du mariage arrangé. Le médecin et la fille ont une conversation équivoque, révélant finalement la vérité. Le père, l'amant et le médecin sont tous surpris. L'amant, désespéré, veut se suicider, mais la fille le chasse. Le médecin, comprenant la situation, propose de marier les deux jeunes gens. Le père accepte, et le médecin prescrit ce mariage comme remède à leur malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 101-120
AVANTURE de deux Officers.
Début :
Un riche bourgeois de Boulogne, bon homme, mais un peu foible [...]
Mots clefs :
Boulogne, Mariage, Capitaine, Père, Fille, Bal, Officiers, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE de deux Officers.
AVANTVRE
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
Fermer
Résumé : AVANTURE de deux Officers.
Le texte narre une aventure impliquant un riche bourgeois de Boulogne, sa fille, un capitaine et un officier. Le bourgeois, timide et faible d'esprit, accepte de marier sa fille à un capitaine logé chez lui. Lors d'un voyage à Dieppe, la fille rencontre un officier qui tombe amoureux d'elle et réciproquement. Malgré l'interdiction de son père, la fille continue de voir l'officier. Pour prouver sa noblesse et sa richesse, l'officier part en voyage mais est capturé par des corsaires hollandais. Il est libéré à condition de revenir à Boulogne pour payer une rançon. À son retour, il découvre que la fille doit épouser le capitaine le lendemain. Pour résoudre la situation, l'officier invite le capitaine à bord d'un vaisseau, où ce dernier est capturé à son tour par les Hollandais. Rassuré par l'absence du capitaine, le père conclut le mariage entre sa fille et l'officier. Plus tard, le capitaine, blessé et libéré de Flessingue, se réconcilie avec l'officier, et ils deviennent amis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 3-40
LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
Début :
Deux chefs de famille qui avoient l'un contre l'autre un procés [...]
Mots clefs :
Père, Veuve, Haine, Amour, Mariage, Argent, Amie, Accommodement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
MERCURE
galant.
LAHAINE SURMONTE'E
par l'amour,
Eux chefs de famillequi
avoient
l'un contre l'autre
un procès sur des affaires
de point d'honneur,
parvinrent enfin à
se haïr à tel point, que
l'un qui avoit une fille
dont le fils de l'autre étoit
amoureux, ne voulut
jamais entendre parler
de ce mariage, quoy
qu'il lui fût trés-avanrageux.
Le pere de l'amant
mourut dans cette conjoncture,&
comme le
fils n'avoit jamais eu aucune
part aux procedez
du pere, il crut ne plus
trouverd'obstacle, & il
alla supplier le perede
sa maîtresse qu'il l'acceptât
pour gendre: mais
ce pere lui répondit que
sa haine pour le défunt
iroit jusqu'à la quatriéme
generation, & qu'il
ne pensât plus à sa fille.
En effet, pour l'empêcher
d'avoir aucune relation
avec son amant,
il l'enferma dans un
Convent. L'amant desesperé
prit le parti d'aller
faire un voyage, tz
trouva le moyen de jurer
à sa maîtresse une
constance inviolable,
qui lui fut promisereciproquement,
& ils se
tinrent parole. C'est ce
qu'il y a de plus singulier
dans cette histoire.
-
Sitôt qu'il fut parti,
le pere songea à marier
sa fille: mais il ne put
jamais la faire obeïr, &
lui representa pendant
trois ou quatre ans que
dura sa desobeïssance,
que rien n'étoit plus
honteux que la foiblesse
de l'amour, & que lui
qui étoit veuf depuis
dix ans, & qui n'avoit
encore que soixante ans,
croiroit être deshonoré
si l'amour lui donnoit
envie de se marier. La
fille se contenta de loüer
la force d'esprit de son
pere, & ne voulut point
faire usage de la sienne.
Elle declara que puis
qu'elle ne pouvoit point
avoircelui qu'elle aimoit,
du moins elle n'en
auroit jamais d'autre. Le
pere étoit homme déraisonnable
, entêté, ÔC
d'ailleurs cherchoit une
occasion de se disculper
dans sa familled'avoir
ruiné sa fille par un procés
qui duroit encore. Il
prit cette occasion pour
ne rien donner à sa fille
; illa desherita dés ce
moment, & l'enferma
dans un Convent.
Quelque temps aprés
une veuve trés-belle vint
se retirer dans ce même
Convent ,li,aYaIlt pas
assez de bien pour vivre
dans le monde. Elle devint
amie de Dorotée,
(c'estainsi que se nommoit
la fille confiante
dont la veuve devint intime
amie) & cette amitié
devint si parfaite,
qu'elles se firent mutuellement
confidence de
leurs secrets les plus cachez.
La veuve avoüa à Dorotée
qu'une nouvelle
avanture qu'elle avoit
euë lui donnoit envie de
se remarier,fariefipoeS)
lui dit-elle,avecun homme
aimable comme celui
dont l'absence t'afflige depuis
si long-temps: celui a
qui j'aidonné de ïamour
eji un vieillard, qui me
vit l'autre jour
cheZ
une
Dame àe[es amies, où
jemetrouvaiparhazard.
Je nai pu encore sçavoir
le nom de cet amant mysterieux
s il ne m'a declaré
d'abord queses richesses,
& nia aifltré qu'il ctOlt
homme de condition.
m'a donné quinze jours
pour me déterminer, &
ses richesses me determineront,
non pas que je les
Aime:mais je hais naturellement
la pauvreté, (t) )aime à rendre service à
mes amis. Qtiel plaisir
aurois-je, parexemple,
si je pouvoir te fournir
l'argent dont tu aurois
besoin pour (oûtcnir- le proces
injuste que ton pere
te fait pour usurper les
biens de ta mere ! Dorotée
remercia son amie de
ses offres genereuses, u
lui declara qu'elle aimeroit
mieux tout perdre
que de plaider contre
son pere Cette conversation
fut inrerrompuë
par une Touriere
,
qui
vint apporter un billet
à la veuve. Ce billet étoit
du vieux amant inconnu,
qui lui donnoit
rendez-vous chez une -
per sonne où ils se trouvoient
tous les jours; &
cette personne gardoit
si exactement le secret
au vieillard,que la veuve
n'avoir pû sçavoir encore
qui ilétoit. Ce vieillard
ne vouloit point declarer
son nom, qu'il ne
fût sûr que la veuve
l'accepteroit pour mari.
Il avoit, disoit-il,ses
raisons pour le cacher,
outre la fausse honte
d'être àson âge amoureux
,
&C refusé. La veuve
de son côté ne vouloit
rien promettre qu'-
elle nesçût le nom du
vieillard, pour pouvoir
s'informer s'il étoit aussi
riche qu'il se le disoit.
Ils en étoient là,quand
ils sevirent au rendezvous
aà l'heure marquée
-
cure marquee
par le billet. La veuve
le pressa à son ordinaire
de lui dire son nom.
Je vois bien,lui répondit
le vieillard, que vous
ruouleZJ vous informer de
moy avant que de me
promettre; vous craignez^
sans doute que je ne fois
ppaasiaauu§sisrit'rcichheequqeuqe;ovo,,u,ess
lesouhaiteriez: mais pour
vous donner d&s preuves
de ma richefie, & en même
temps de ma generofilé,
voila une bourse de
cent louis d'or que je vous
donne pour commencer à
arrangervos affaires;car
jesçai que vous avez, dei
procès. Dans quelques
jours vous me direz, si
vous commencer4 vous
confierassez à moy pour
vouloir qu'on faÇe dresser
un contrat ; car vous ne
sçaurez, qui je fuis qu'en
le signant. La veuve, qui
n'eût jamais accepté les
cent louis pour elle,les
prit dans d'autres vûës;
te aprés qu'elle fut convenue
d'un autre rendezvous
vous avec son vieux amant
, elle retourna au
Convent
,
M offrit les
cent loüisàDorotée
pour son procés contre
son pere: & voyant qu'-
elle les refusoit obstinément
,
elle ne lapressa
pas davantage: mais elle
alla trouver un bon parent
J
qui soutenoit le
procés de Dorotée malgré
elle contre son injuste
pere,&qui 1eue1
laissé perdre faute d'argent,
sans ce renfort de
cent loüis que la veuve
lui donna, en le priant
de n'en rien dire à Dorotée.
Quelque temps
aprés ce parent dit à la
veuve qu'il avoit besoin
dela signature de Dorotée,
&C quellel'amenât
chez lui, pour tâcher de
la faite consentir à retirer
du moins son bien
des mains d'un pere dont
elle ne pouvoit jamais
rien esperer. Dorotée
consentit d'y aller, sans
sçavoir ce qu'on vouloit
exiger d'elle. Un moment
après qu'elles y
furent arrivées, le parent
de Dorotée la laissa
dans la chambre, &C passa
dans son cabinet avec la
veuve, pour lui parler
en particulier. Il lui dit
qu'un jeune hommetrésriche
lui étoit venu demander
son entremise
pour lui faire époufer
Dorotée, & qu'il deoit
revenir ce mesme
jour pour lui parler
plus amplement. Pendant
qu'ils parloicnt de
cette affaire, l'impatience
d'attendre &lacuriosité
sirententrer Dorotée
dans le cabinet. Elle
entendit la proposition
que faisoit son parent,
& l'interrompit avec
dépit,lui protestant qu'-
elle ne vouloit jamais
entendre parler de mariage.
Son amie lui remontra
qu'aprés avoir
été confiante pendant
six ans pour un homme
absent, &: mesme qu'-
elle pouvoit croire mort,
ou infidele, puis qu'elle
n'avoit point eu de ses
nouvelles, il faloit enfin
se determiner à saisir une
occasion si avantageuse.
Dorotée ne daigna pas
feulement répondre à
son amie, & pour ne
pas l'écouter davantage,
retourna dans la chambre
d'où elle sortoit. Elle
n'y fut pas plutôt entrée
,
qu'elle fit un cri
qui fit accourir la veuve
& le parent, qui voyant
entrer le jeune homme
qui lui avoit demandé
Dorotée, se tourna aussirôt
vers elle,quiétoit
restée muette & immobile
: Quoy, lui dit-il,
avez-vousdeviné que
c'étoit Monsieur que je
vousproposois pourépoux?
fI) votre confiance pour un
absent vous a-t-elle donné
si subitementdel'aversion
pour un Cavaliersi
aimable ? La veuve pendant
cela les examinoit
tous deux;& quoy qu'-
ellen'eust jamais veu le
Cavalier, elle reconnut
l'amant. En effet la furprise
,
le trouble & le
plaisir faisoient un tel esset
sur Dorotée & sur
lui, que le parent fut
bientost au fait, & reconnut
que l'amant ab..-
sent & celui qui luiavoit
demandé Dorotée
étoient le mesme. Il y
eut alors entre eux quatre
une longue explication.
L'amant se justifia
de n'avoir pu faire sçavoir
de ses nouvelles à
Dorotée.Ilarrivoitd'un
long voyage. Dorotée
lui pardonna, SC la veuve
conclut que pour ne
pas exposerl'amant à
faire par desespoir un
fecond voyage, il faloit
4r
les
les mariersecretement,
en attendant qu'on pue
faire consentir le pere de
Dororée. Le Cavalier
étoit en effet trés-riche
en fond de terre: mais
il avoit emprunté pour
ses voyages, & il avoit
aussi peu d'argent comptant
queDorotée. Le
parent n'enavoit pas
plus qu'eux:il en faloit
pourtant si l'on vouloit
les mariersecretement;
carle Cavalier, qui étoit
en tutelle, avoit
quelques parens interessez
à gagner, outre qu'il
faloit acheter le ministere
de quelqu'un qui
voulût bien les marier
sans peres ni meres. En
un mot illeur faloitde
l'argent pour plusieurs
raisons. La veuve leur
ditqu'elle en emprunteroit
à son vieillard, avec
qui elle avoit encore rendez
vous ce jour-là.
Je crois qu'il est temps
d'avertir ici le lecteur
que ce vieillard mysterieux
étoit le pere de
Dorotée, qui avoit
déjafourni à la veuve
de l'argent pour plaider
contre lui -même.
Il lui en prêta encore
pour marier sa fille à
son ennemi; &; la veuve
lui demanda deux
cent loüis d'or, lui promettant
que, persuadée
par là de sa richesse &:
de sa generosité, elle se
declarcroit avant quil
fiiffc huit jours. Les deux
cent loüis d'or furent
donnez par l'amoureux
vieillard, qui n'oublia
pas de se plaindre en general
qu'il lui en avoit
salu dépenser beaucoup
depuisquelques jours
pour un procés qu'il avoit
cru gagner, 6c
qu'on avo t renouvellé
fortement contre lui.
Aprés ces p l aintes géneral
es, qui ne mirent
point encore la veuve
au fait, il lui donna rendez-
vous à huitaine; k
tUe courut bien joyeuse
porter aux amans l'argent
qu'il leur faloit
pour se marier malgré le
pere de Dorotée. Le mariage
sefit secretement;
$£ le parent ayant mis
aveccenouvel argent le
procés en état de faire
craindre au pere de le
perdre, ils efperoient que
par un accommodement
ils l'obligeroient à donner
aprés coup son consentement
à un mariage
déja fait, plutôt que
de faire un éclat dont
on l'auroit pû blâmer
dans le monde ; car il
étoit trés-delicat sur le
point d'honneur, comme
on ladéja dit dans
le commencement de
cette histoire.
Le mariage étant fait, r SC le procés poursuivi
vivement, le parent fit
dire au pere que s'il vouloit
venir chez lui, il lui
propoferoit un moyen
d'accommoder l'affaire.
Le pere ne manqua pas
de s'y trouver, &leparent
fit cacher les nouveaux
mariez dans une
chambre à côté de celle
où il devoit conferer avec
le pere pour l'accommodement.
Le parent
, homme d'esprit,
fit d'abord sentir à ce
vieillard obstiné leperil
oOùÙiillééroioititddeepp~errddrr~efsooun
procés contre sa fille,&
qu'ildevoit en homme
fage se faire auprés d'elle
un merite de sabonté,
&C lui accorder de bonne
grace ce qu'ilperdroit
conrrelle malgré lui.
Enfuire il disposa insensiblement
son esprit à
consentir de bonne grace
à un mariage qu'il
ne pouvoirplus empêcher,
&r le menaça même
de ne faire aucun accommodementavec
lui
sur le procés, qu'il n'eust
confirmé ce mariage.
Levieillard parutmalgré
lui traitab le sur tous
les articl es, & même sur
le mariage de sa fille,
jusqu'à ce qu'on lui eut
nommé le fils de feu son
ennemi: mais à ce nom
il rompit tout. Sa fille
& son gendre entrerent
à cet instant, & se jettant
à ses pieds, tâcherent
de le fléchir: mais
ce fut inutilement, &
la vue du fils de son ennemi
redou bla son obstination
& son emportement.
Il jura qu'il feroit
casser le mariage, & sortit
comme un furieux,
sans vouloir rien écouter,
laissant les deux amans
consternez, & le
parent indigné, qui lui
dit qu'il avoit trouvé
unesource d'argent qui
ne lui manqueroit point
pour le plaider,& pour
le punir de son obstination
& de son injustice.
Pendant que tout ceci
se passoit, la veuve
vint chez le parent, pour
sçavoir comment le feroit
passée l'entreveuë
de la fille & du pere,
qu'elle ne soupçonnoit
point encored'être le
vieillard anonime qu'-
elleétoitprête d'époufer.
Dans le moment qu'-
elleentroitdans la chambre
du parent, il en fortoit,
& fut aussi surpris
d'y trouver sa belle veuve,
qu'elle le fut del'y
voir,Héquevenez-vous
faireii,Monsieur, lui
dit-elle ? Qny vtnez*-
<vow f.iire vous-même,
reprit le vieillard agité?
vus me voyez transportl
d'unejuste colerecontre
une fillequi scg mariée
avec un homme que je
hais,&que je veux IJtltr-,
parce que son pere etoit un
maraut. Et là-dessus il
continua d évaporer - sa
bele par un recit quisit
connoître a la veuve
qu'il étoit celui à qui
elle avoit emprunté de
l'argent pour s'en servir -
contre lui-mesme. Elle
demeura toute interdite,
pendant que le vieillard
la trouvant plus
charmante que jamais,
passoitinsensiblementde
la colere a l'amour. Nos
amans & le parent qui
i obsérvoient, furent
fort étonnez de le voir
engagé dans une conversation
tendre avec
leur amie. Ils s'approcherent
doucement. Dés
qu'illes revit, sa colere
se ralluma: mais la veuve
revenant àelle, déclara
au pere irrité que
sa fille étoit sa meilleure
amie, & que s'il n'en
usoit bien avecelle, il
faloit qu'il renonçât à
son amour. Mais> continua-
t-elle
, en faisant
une reflexion fubice, je
ne vois point d'accommodement
à tout ceci ; car je
ne me resoudraijamais à
faire à mon amie le tort
d'epouser un pere dont elle
lerite.
Dorotée se jetta à l'infiant
aux pieds de son r
pere, pour le conjurer de
donner tout son bien à
celle qui meritoit tout
son amour; & ensuite
em brassant cette amie,
la conjura de l'accepter.
Ce ne fut plus qu'un
combat de generosité entre
les deux amies & l'amant.
Pendant cette dispute
le pere fut fort agité
entre son amour pour
la veuve,& sa haine contre
son gendre:mais enfin
l'amourl'emporta;les
deux mariages sesirent,
& les biens devinrent
communs entr'eux tous;
car parbonheur le vieillard
n'étoitplus en âgede
donner des coheritiers à
sa fille.
galant.
LAHAINE SURMONTE'E
par l'amour,
Eux chefs de famillequi
avoient
l'un contre l'autre
un procès sur des affaires
de point d'honneur,
parvinrent enfin à
se haïr à tel point, que
l'un qui avoit une fille
dont le fils de l'autre étoit
amoureux, ne voulut
jamais entendre parler
de ce mariage, quoy
qu'il lui fût trés-avanrageux.
Le pere de l'amant
mourut dans cette conjoncture,&
comme le
fils n'avoit jamais eu aucune
part aux procedez
du pere, il crut ne plus
trouverd'obstacle, & il
alla supplier le perede
sa maîtresse qu'il l'acceptât
pour gendre: mais
ce pere lui répondit que
sa haine pour le défunt
iroit jusqu'à la quatriéme
generation, & qu'il
ne pensât plus à sa fille.
En effet, pour l'empêcher
d'avoir aucune relation
avec son amant,
il l'enferma dans un
Convent. L'amant desesperé
prit le parti d'aller
faire un voyage, tz
trouva le moyen de jurer
à sa maîtresse une
constance inviolable,
qui lui fut promisereciproquement,
& ils se
tinrent parole. C'est ce
qu'il y a de plus singulier
dans cette histoire.
-
Sitôt qu'il fut parti,
le pere songea à marier
sa fille: mais il ne put
jamais la faire obeïr, &
lui representa pendant
trois ou quatre ans que
dura sa desobeïssance,
que rien n'étoit plus
honteux que la foiblesse
de l'amour, & que lui
qui étoit veuf depuis
dix ans, & qui n'avoit
encore que soixante ans,
croiroit être deshonoré
si l'amour lui donnoit
envie de se marier. La
fille se contenta de loüer
la force d'esprit de son
pere, & ne voulut point
faire usage de la sienne.
Elle declara que puis
qu'elle ne pouvoit point
avoircelui qu'elle aimoit,
du moins elle n'en
auroit jamais d'autre. Le
pere étoit homme déraisonnable
, entêté, ÔC
d'ailleurs cherchoit une
occasion de se disculper
dans sa familled'avoir
ruiné sa fille par un procés
qui duroit encore. Il
prit cette occasion pour
ne rien donner à sa fille
; illa desherita dés ce
moment, & l'enferma
dans un Convent.
Quelque temps aprés
une veuve trés-belle vint
se retirer dans ce même
Convent ,li,aYaIlt pas
assez de bien pour vivre
dans le monde. Elle devint
amie de Dorotée,
(c'estainsi que se nommoit
la fille confiante
dont la veuve devint intime
amie) & cette amitié
devint si parfaite,
qu'elles se firent mutuellement
confidence de
leurs secrets les plus cachez.
La veuve avoüa à Dorotée
qu'une nouvelle
avanture qu'elle avoit
euë lui donnoit envie de
se remarier,fariefipoeS)
lui dit-elle,avecun homme
aimable comme celui
dont l'absence t'afflige depuis
si long-temps: celui a
qui j'aidonné de ïamour
eji un vieillard, qui me
vit l'autre jour
cheZ
une
Dame àe[es amies, où
jemetrouvaiparhazard.
Je nai pu encore sçavoir
le nom de cet amant mysterieux
s il ne m'a declaré
d'abord queses richesses,
& nia aifltré qu'il ctOlt
homme de condition.
m'a donné quinze jours
pour me déterminer, &
ses richesses me determineront,
non pas que je les
Aime:mais je hais naturellement
la pauvreté, (t) )aime à rendre service à
mes amis. Qtiel plaisir
aurois-je, parexemple,
si je pouvoir te fournir
l'argent dont tu aurois
besoin pour (oûtcnir- le proces
injuste que ton pere
te fait pour usurper les
biens de ta mere ! Dorotée
remercia son amie de
ses offres genereuses, u
lui declara qu'elle aimeroit
mieux tout perdre
que de plaider contre
son pere Cette conversation
fut inrerrompuë
par une Touriere
,
qui
vint apporter un billet
à la veuve. Ce billet étoit
du vieux amant inconnu,
qui lui donnoit
rendez-vous chez une -
per sonne où ils se trouvoient
tous les jours; &
cette personne gardoit
si exactement le secret
au vieillard,que la veuve
n'avoir pû sçavoir encore
qui ilétoit. Ce vieillard
ne vouloit point declarer
son nom, qu'il ne
fût sûr que la veuve
l'accepteroit pour mari.
Il avoit, disoit-il,ses
raisons pour le cacher,
outre la fausse honte
d'être àson âge amoureux
,
&C refusé. La veuve
de son côté ne vouloit
rien promettre qu'-
elle nesçût le nom du
vieillard, pour pouvoir
s'informer s'il étoit aussi
riche qu'il se le disoit.
Ils en étoient là,quand
ils sevirent au rendezvous
aà l'heure marquée
-
cure marquee
par le billet. La veuve
le pressa à son ordinaire
de lui dire son nom.
Je vois bien,lui répondit
le vieillard, que vous
ruouleZJ vous informer de
moy avant que de me
promettre; vous craignez^
sans doute que je ne fois
ppaasiaauu§sisrit'rcichheequqeuqe;ovo,,u,ess
lesouhaiteriez: mais pour
vous donner d&s preuves
de ma richefie, & en même
temps de ma generofilé,
voila une bourse de
cent louis d'or que je vous
donne pour commencer à
arrangervos affaires;car
jesçai que vous avez, dei
procès. Dans quelques
jours vous me direz, si
vous commencer4 vous
confierassez à moy pour
vouloir qu'on faÇe dresser
un contrat ; car vous ne
sçaurez, qui je fuis qu'en
le signant. La veuve, qui
n'eût jamais accepté les
cent louis pour elle,les
prit dans d'autres vûës;
te aprés qu'elle fut convenue
d'un autre rendezvous
vous avec son vieux amant
, elle retourna au
Convent
,
M offrit les
cent loüisàDorotée
pour son procés contre
son pere: & voyant qu'-
elle les refusoit obstinément
,
elle ne lapressa
pas davantage: mais elle
alla trouver un bon parent
J
qui soutenoit le
procés de Dorotée malgré
elle contre son injuste
pere,&qui 1eue1
laissé perdre faute d'argent,
sans ce renfort de
cent loüis que la veuve
lui donna, en le priant
de n'en rien dire à Dorotée.
Quelque temps
aprés ce parent dit à la
veuve qu'il avoit besoin
dela signature de Dorotée,
&C quellel'amenât
chez lui, pour tâcher de
la faite consentir à retirer
du moins son bien
des mains d'un pere dont
elle ne pouvoit jamais
rien esperer. Dorotée
consentit d'y aller, sans
sçavoir ce qu'on vouloit
exiger d'elle. Un moment
après qu'elles y
furent arrivées, le parent
de Dorotée la laissa
dans la chambre, &C passa
dans son cabinet avec la
veuve, pour lui parler
en particulier. Il lui dit
qu'un jeune hommetrésriche
lui étoit venu demander
son entremise
pour lui faire époufer
Dorotée, & qu'il deoit
revenir ce mesme
jour pour lui parler
plus amplement. Pendant
qu'ils parloicnt de
cette affaire, l'impatience
d'attendre &lacuriosité
sirententrer Dorotée
dans le cabinet. Elle
entendit la proposition
que faisoit son parent,
& l'interrompit avec
dépit,lui protestant qu'-
elle ne vouloit jamais
entendre parler de mariage.
Son amie lui remontra
qu'aprés avoir
été confiante pendant
six ans pour un homme
absent, &: mesme qu'-
elle pouvoit croire mort,
ou infidele, puis qu'elle
n'avoit point eu de ses
nouvelles, il faloit enfin
se determiner à saisir une
occasion si avantageuse.
Dorotée ne daigna pas
feulement répondre à
son amie, & pour ne
pas l'écouter davantage,
retourna dans la chambre
d'où elle sortoit. Elle
n'y fut pas plutôt entrée
,
qu'elle fit un cri
qui fit accourir la veuve
& le parent, qui voyant
entrer le jeune homme
qui lui avoit demandé
Dorotée, se tourna aussirôt
vers elle,quiétoit
restée muette & immobile
: Quoy, lui dit-il,
avez-vousdeviné que
c'étoit Monsieur que je
vousproposois pourépoux?
fI) votre confiance pour un
absent vous a-t-elle donné
si subitementdel'aversion
pour un Cavaliersi
aimable ? La veuve pendant
cela les examinoit
tous deux;& quoy qu'-
ellen'eust jamais veu le
Cavalier, elle reconnut
l'amant. En effet la furprise
,
le trouble & le
plaisir faisoient un tel esset
sur Dorotée & sur
lui, que le parent fut
bientost au fait, & reconnut
que l'amant ab..-
sent & celui qui luiavoit
demandé Dorotée
étoient le mesme. Il y
eut alors entre eux quatre
une longue explication.
L'amant se justifia
de n'avoir pu faire sçavoir
de ses nouvelles à
Dorotée.Ilarrivoitd'un
long voyage. Dorotée
lui pardonna, SC la veuve
conclut que pour ne
pas exposerl'amant à
faire par desespoir un
fecond voyage, il faloit
4r
les
les mariersecretement,
en attendant qu'on pue
faire consentir le pere de
Dororée. Le Cavalier
étoit en effet trés-riche
en fond de terre: mais
il avoit emprunté pour
ses voyages, & il avoit
aussi peu d'argent comptant
queDorotée. Le
parent n'enavoit pas
plus qu'eux:il en faloit
pourtant si l'on vouloit
les mariersecretement;
carle Cavalier, qui étoit
en tutelle, avoit
quelques parens interessez
à gagner, outre qu'il
faloit acheter le ministere
de quelqu'un qui
voulût bien les marier
sans peres ni meres. En
un mot illeur faloitde
l'argent pour plusieurs
raisons. La veuve leur
ditqu'elle en emprunteroit
à son vieillard, avec
qui elle avoit encore rendez
vous ce jour-là.
Je crois qu'il est temps
d'avertir ici le lecteur
que ce vieillard mysterieux
étoit le pere de
Dorotée, qui avoit
déjafourni à la veuve
de l'argent pour plaider
contre lui -même.
Il lui en prêta encore
pour marier sa fille à
son ennemi; &; la veuve
lui demanda deux
cent loüis d'or, lui promettant
que, persuadée
par là de sa richesse &:
de sa generosité, elle se
declarcroit avant quil
fiiffc huit jours. Les deux
cent loüis d'or furent
donnez par l'amoureux
vieillard, qui n'oublia
pas de se plaindre en general
qu'il lui en avoit
salu dépenser beaucoup
depuisquelques jours
pour un procés qu'il avoit
cru gagner, 6c
qu'on avo t renouvellé
fortement contre lui.
Aprés ces p l aintes géneral
es, qui ne mirent
point encore la veuve
au fait, il lui donna rendez-
vous à huitaine; k
tUe courut bien joyeuse
porter aux amans l'argent
qu'il leur faloit
pour se marier malgré le
pere de Dorotée. Le mariage
sefit secretement;
$£ le parent ayant mis
aveccenouvel argent le
procés en état de faire
craindre au pere de le
perdre, ils efperoient que
par un accommodement
ils l'obligeroient à donner
aprés coup son consentement
à un mariage
déja fait, plutôt que
de faire un éclat dont
on l'auroit pû blâmer
dans le monde ; car il
étoit trés-delicat sur le
point d'honneur, comme
on ladéja dit dans
le commencement de
cette histoire.
Le mariage étant fait, r SC le procés poursuivi
vivement, le parent fit
dire au pere que s'il vouloit
venir chez lui, il lui
propoferoit un moyen
d'accommoder l'affaire.
Le pere ne manqua pas
de s'y trouver, &leparent
fit cacher les nouveaux
mariez dans une
chambre à côté de celle
où il devoit conferer avec
le pere pour l'accommodement.
Le parent
, homme d'esprit,
fit d'abord sentir à ce
vieillard obstiné leperil
oOùÙiillééroioititddeepp~errddrr~efsooun
procés contre sa fille,&
qu'ildevoit en homme
fage se faire auprés d'elle
un merite de sabonté,
&C lui accorder de bonne
grace ce qu'ilperdroit
conrrelle malgré lui.
Enfuire il disposa insensiblement
son esprit à
consentir de bonne grace
à un mariage qu'il
ne pouvoirplus empêcher,
&r le menaça même
de ne faire aucun accommodementavec
lui
sur le procés, qu'il n'eust
confirmé ce mariage.
Levieillard parutmalgré
lui traitab le sur tous
les articl es, & même sur
le mariage de sa fille,
jusqu'à ce qu'on lui eut
nommé le fils de feu son
ennemi: mais à ce nom
il rompit tout. Sa fille
& son gendre entrerent
à cet instant, & se jettant
à ses pieds, tâcherent
de le fléchir: mais
ce fut inutilement, &
la vue du fils de son ennemi
redou bla son obstination
& son emportement.
Il jura qu'il feroit
casser le mariage, & sortit
comme un furieux,
sans vouloir rien écouter,
laissant les deux amans
consternez, & le
parent indigné, qui lui
dit qu'il avoit trouvé
unesource d'argent qui
ne lui manqueroit point
pour le plaider,& pour
le punir de son obstination
& de son injustice.
Pendant que tout ceci
se passoit, la veuve
vint chez le parent, pour
sçavoir comment le feroit
passée l'entreveuë
de la fille & du pere,
qu'elle ne soupçonnoit
point encored'être le
vieillard anonime qu'-
elleétoitprête d'époufer.
Dans le moment qu'-
elleentroitdans la chambre
du parent, il en fortoit,
& fut aussi surpris
d'y trouver sa belle veuve,
qu'elle le fut del'y
voir,Héquevenez-vous
faireii,Monsieur, lui
dit-elle ? Qny vtnez*-
<vow f.iire vous-même,
reprit le vieillard agité?
vus me voyez transportl
d'unejuste colerecontre
une fillequi scg mariée
avec un homme que je
hais,&que je veux IJtltr-,
parce que son pere etoit un
maraut. Et là-dessus il
continua d évaporer - sa
bele par un recit quisit
connoître a la veuve
qu'il étoit celui à qui
elle avoit emprunté de
l'argent pour s'en servir -
contre lui-mesme. Elle
demeura toute interdite,
pendant que le vieillard
la trouvant plus
charmante que jamais,
passoitinsensiblementde
la colere a l'amour. Nos
amans & le parent qui
i obsérvoient, furent
fort étonnez de le voir
engagé dans une conversation
tendre avec
leur amie. Ils s'approcherent
doucement. Dés
qu'illes revit, sa colere
se ralluma: mais la veuve
revenant àelle, déclara
au pere irrité que
sa fille étoit sa meilleure
amie, & que s'il n'en
usoit bien avecelle, il
faloit qu'il renonçât à
son amour. Mais> continua-
t-elle
, en faisant
une reflexion fubice, je
ne vois point d'accommodement
à tout ceci ; car je
ne me resoudraijamais à
faire à mon amie le tort
d'epouser un pere dont elle
lerite.
Dorotée se jetta à l'infiant
aux pieds de son r
pere, pour le conjurer de
donner tout son bien à
celle qui meritoit tout
son amour; & ensuite
em brassant cette amie,
la conjura de l'accepter.
Ce ne fut plus qu'un
combat de generosité entre
les deux amies & l'amant.
Pendant cette dispute
le pere fut fort agité
entre son amour pour
la veuve,& sa haine contre
son gendre:mais enfin
l'amourl'emporta;les
deux mariages sesirent,
& les biens devinrent
communs entr'eux tous;
car parbonheur le vieillard
n'étoitplus en âgede
donner des coheritiers à
sa fille.
Fermer
Résumé : LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
Le texte relate l'histoire de deux familles ennemies dont les chefs se détestent au point de refuser un mariage avantageux entre leurs enfants. Dorotée, la jeune fille, est enfermée dans un couvent par son père pour l'empêcher de voir son amant. Désespéré, l'amant part en voyage et jure une constance réciproque avec Dorotée. Malgré les tentatives du père de Dorotée de la marier de force, elle refuse obstinément. En conséquence, il la déshérite et l'enferme dans un couvent. Dans ce couvent, Dorotée se lie d'amitié avec une veuve belle et riche. La veuve révèle à Dorotée qu'un vieillard mystérieux et riche souhaite l'épouser. Ce vieillard, en réalité le père de Dorotée déguisé, lui offre de l'argent pour l'aider dans son procès contre lui. La veuve utilise cet argent pour faciliter un mariage secret entre Dorotée et son amant. Le père de Dorotée, ignorant la véritable identité du vieillard, finit par accepter le mariage après des menaces de poursuites judiciaires. Cependant, il refuse toujours de donner son consentement. La veuve, découvrant la vérité, accepte d'épouser le père de Dorotée. Les deux couples se marient et les biens sont partagés équitablement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 3-54
NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
Début :
Un Gentilhomme fort riche, & qui n'avoit qu'un fils [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amour, Mariage, Père, Fils, Marquise , Rivaux, Méfiance , Confidence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
NOUVELLE GALANTE.
LA JALOUSIE GUERIE
par la jalousie.
Par M. le Chtvalitr de P * *. N Gentilhomme
fort riche, & qui
n'avoit qu'un fils
,
avoit
depuis long -temps envie
de le marier: mais
eommeil remarqua dans
ce fils unique une grande
disposition à la jalousie,
il craignit de le rendre
malheureux en le
mariant ; il prévoyoit
que son humeur inquiete
k soupçonneuse pourroit
chagriner une semme,
& que les chagrins
d'une femme retomberoient
sur lui: car il susfit
en mariage que l'un
des deux soit de mauvasse
humeur, l'autre le
devient bientôt par contagion.
Ce pere étoit
homme sencé, penetrant
;il connoissoit dans
son fils un fond de raison
& de vertu, qui lui
faisoit esperer que dans
un âge plus avancé il
deviendroit plus capable
de surmonter ses passions;
& celle de la jalousie
dont il le croyoit
susceptible, n'étoit
pas
de ces jalousies noires
qui partent d'un mauvais
coeur:ce n'etoit qu'-
une jalousie soupçonneu
se, qu'il condamnoit
lui-mêsme, pour peu
qu'il fît reflexion sur
l'injustice de ses soupçons.
Ainsi par lesconscils
de son pere il ne se
pressoit point de se marier
, 6c son pere trouva
à propos de Iaisser épuiser
la jalousie de son fils
sur quelques maîtresses,
en attendant qu'il fût
assez raisonnable pour
rendre une femme heureuse.
Cependant l'amour,
sans consulter la
prudence du pere, s'empara
du fils. Celle qu'-
il aima étoit belle &
d'une naissance distinguée
: mais il voulut étouffer
son amour dés
qu'il s'apperçut qu'il avoit
beaucoup de rivaux.
C'étoit une trop
rude épreuve pour lui.
Issut quelques jours sans
aller chez la Marquifc
de P. (Cetoit ainsi
que s'appelloit cette jeune
personne, veuve d'un
Marquis tué à la guerre
,
qui n'avoit été son
mari que pendant un hiver,
&quil'avoitlaissée
avec très peu de bien.)
Cette Marquise commençoit
à aimer nôtre
jeune jaloux, & s'etoit
déja apperçûë de son
foible. Elle fit ses efforts
pour l'oublier, quoique
ce fût un parti qui lui
faisoit sa fortune; car
elle craignoit de s'engageravec
un jaloux. Elle
tâcha donc de se consoler
- de son absence avec
ses rivaux, &: resolut
fermement de choisir entr'eux
un époux qui pût
la tirer de son indigence
: mais ce fut en vain
qu'elle voulut s'attacher
a d'autres qu'à l'amant
jaloux, c'étoit le seul défaut
qu'elle lui trouvoit
sa passion pour lui augmentoitde
jour en jour:
en un mot elle prit son
parti pour le faire revenir
chez elle, & trouva
plusieurs pretextes pour
congédier tous ceux qui
la recherchoient en mariage.
Cependant l'amour du
Cavalier avoit encore
augmenté par la violence
qu'il s'étoit faire pour
ne point voir la Marquise
; &, son pere, qui
le voyoit accablé de chagrin,
avoir exigé de lui
une entiere confidence.
Ils vivoient ensemble
comme deux veritables
amis;ce pere de bon sens
s'étoitplus attaché à se
faire aimer de son fils,
qu'à s'en faire craindre,
& avoit enfin acquis sur
lui, à force de bons procédez,
cette confiance
que les enfans ont si rarement
en leurs peres.
Celui-cis'informa d'abord
à fond du caractère
de la Marquise
,
& sitôt
qu'il fut bien persuadé
de sa vertu &,- de son
bonesprit, ilne fut point
rebuté par sapauvreté;
il con seil la à son fils de
s'attacher à elle, ô£ d'examiner
exactement si
la jalousie qu'il avoit
conçûë étoit bien fondée.
On s'informa, on
examina, & l'amant jaloux
ayant appris que
tous ses rivaux étoient
écartez, se flata qu'il
pouvoit avoir quelque
part à ce changement. Il
retourna chez elle, &
dés ce jour-là ils furent
si contens l'un de l'autre
,
qu'en moins d'un
mois leur mariage fut
resolu, & le pere, qui se
liad'amitié avec la Marquise,
y donna son consentement
avec plaisir,
Cependant il dit en particulier
à son fils qu'il
luiconseilloitdesuspendre
encore le contrat
pendant quelques mois;
&que quoi qu'il blâmât
ordinairement son foible
sur la jalousie, il
croyoit qu'en cette occasion
la prudence vouloit
qu'il observât pendant
quelque temps la
conduite d'une personne
qui avoit reçû tant de
déclarations d'amour;
qu'illa croyoit trés-vertueuse
: mais que si elle
l'étoit, elle le fcroit encore
dans six mois; qu'en
un mot on nerisqueroit
rien à differer. Le fils
donna de bon coeur dans
son foible. En effetils
trouvèrent d'honnêtes
pretextes pour differer
de jour en jour un mariage
que la Marquise
envifageoit comme le
plus grand bonheur qui
lui pût arri ver. Le Cavalier
amoureux passoit
les jours entiers chez
elle, lors qu'il survint
une affairequil'obligea
d'accompagner son pere
dans un petit voyage de
huit jours. La separation
des amans fut tendre
& la Marquise passa fort
tristement le temps de
cette petite absencemais
la joye du retour la dédommagea,&
son amant
revint sipassionné, qu'à
leur entrevuë il resta une
heure entiere sans pouvoir
parler, ses regards
fixez sur ce qu'il aimoit.
Après
Aprés les premiers transports,
il jetta les yeux
sur un miroir magnifique,
& fut fort surpris
dé voir ce nouveau meuble
à la Marquise, qui
n'étoit pas assez riche
pour s'en donner de pareils.
Pendant qu'il le regardoit
fixement,la Marquise
sourioit, en lui
ferrant tendrement les
mains. lVlonfIler époux,
lui dirait-elle, fere'{:
110ut aussigalant après le
contrat, que vous l'avez,
été pendant vôtre absence
? Cette corbeille de dentelles,
quim'estvenueavec
ce miroir &ces autres bijoux
,choisisd'ungoût ex- quis.Moy un miroir,
interrompit brusquement
le jaloux tout étourdi
! moy des dentelles!
moy des bijoux! Ah
Ciel qu'entens-je ! Cette
surprise qu'il témoigna
en causa une si grande à
la Marquise, qu'elle resta
muette &immobile;
car ceux qui avoient apporté
ces presens chez
elle avoient affecté un
air mysterieux, & elle
n'avoit point douté que
ce ne fust une galanterie
de son amant: mais il
prit la chose sur un ton
qui la détrompa dans le
moment. Ellese troubla
ensuite sur quelques petits
reproches que lui fit
ce tendre amant, qui
pour cette fois ne put
avoir pourtant aucun
soupçon que la Marquise
n',y eusIlt. pas éItlé trompé0e
elle-même. Elle jura qu'-
elletâcheroit de découvrir
de quelle part lui
venoient ces presens, &
qu'elle les renverroit au
plutôt.
Nôtre amant ne laissa
pas d'être fort inquiet
sur l'avanture, dont il
fitconsidence à son pere
,
qui le rassura, étant
persuadé de la vertu de
la Marquise. Elle crut
avoir trouve occasion dés
le lendemain de s'éclaircir
sur la galanterie qu'-
on lui avoit faite.
Un Huissier vint chez
elle de la part de quelques
marchands d'étofses
à qui elle devoit deux
millefrancs,&; cet Huisfier,
sans respecter sa
qualité ni sa beauté, lui
demanda permissiond'exccuter
ses meubles, 8c
sans vouloir lui donner
une heure de répit, en
commença l'inventaire.
On ne sçauroit exprimer
la consternation de la
Marquise:elleétoit prêoA
te à tomber évanüieau
milieu de ses gens, qui
étoient aussi accablez
qu'elle de la vision des
Sergens, lorsque l'Huie.
sier considerant le miroir
, & examinant les
bijoux qui étoient sur la
table, s'écria: Ah quailois-
je faire, Madame?
je reconnois ces nipes, &
j'ai mêmeaidéà les acheterauCentilhomme
leplus
généreux&le plusamoureux
qui foit en France;
homme à quij'aimême
obligation de ma fortune.
ztu,gy c'étoit donc à vous,
Madame, à quiillesdestinoit?
Ah que je vais
bien faire ma cour à cet
amant, nonseulement en
ne saisissantpoint ces marques
de (on amour, mais
ensacrifiantà l'adorable
personne qu'il aime les
memoires & procedures
dontje suisporteur. Tenez,
Madame, tene&>
continua-t-il
, en montrant
à la Marquise les
mémoires arrestez & les
Sentences obtenuës,voilacomment
jesçaiservir
mes amis amoureux, &
sur-tout quand ils le sont
d'une personneaussi charmante
que vous l'êtes.
Aprésun discoursdéjà
trop galant pour un
HuisHuissier,
il acheva de
prouver qu'il ne l'étoit
pas, en déchirant tous
les mémoires de la Marquise,&
lui disant qu'à
coup sûr l'amant qui avoit
fait present du reste
seroit ravi d'acquitter
ces mémoires pour elle.
Jugez de rétonnement
où fut la Marquise du
procedé de ce faux Huissier,
& du tour que l'amant
genereux avoit
pris pour lui faire prcsent
de deux cent pisto
les. Dés qu'elle eut repris
ses esprits, & qu'-
elle se fut remisede l'effroy
quelle avoit euen
voyant executera meub!
cS)Ct)e ne songea plus
qu'à s'informerdu nom
de cet amant: mais
l'Huissiercontinua d'en
faire <mytferc,ÔC dit
seulementcertains mots
é1quivoques , , où la
Marquisecrut âtre seure
quecetoit son amant
époux lui-même qui
lui avoir joué ce second
tour. Il arriva chez
elle un peu aprés que
l'Huissier en fut sorti ;
Se l'éclaircissement qu'-
ils eurent ensemble fut
tel, que l'amant en fut
penetré de jalousie,& la
Marquise accablée de
douleur. Cependant la
bonne foy de cette amante
étoit visible ; car elle
avoit appris elle-même
l'avanture à son amant.
C'est à quoy son pere lui
fit faire attention; car il
couroit à lui dés qu'il avoit
quelque sujet de
plainte contre la Marquise:&
ce pere aussi
froid, aussi tranquile que
son filsétoit bouillant&
agité
,
lui representoit
que les apparences les
plus vrai-semblables éroient
souventtrompeuses>
que tout mari sensé
devaits'accoûtumer à
ne rien croirede tout ce
qui pouvoit lui donner
de l'ombrage; qu'il faloit
d'abord approfondir
de fang froid, feulement
pour connoître la verité,
Se non pour s'en fâcher
; qu'il y a de la folie
à se chagriner d'avance
; &qu'en cas même
que les soupçons d'un
mari se trouvaient bien
fondez, il faloit en prévenir
les suites, sans se
chagriner du passé, où
l'on ne peut plus remedier.
Mais
,
lui repliquoit
vivement son fils
à de pareils discours ,
mail,'}'jon p,re)il est encore
temps de rompre les
engagemens que nous anjons
avec la Alarqtfi/e;
ainftic n'ai pets tort d'être
jaloux. On a toûjours
tortd'etre jaloux, luidisoit
le pere: mais on n'a
pas tort d'être prudent;
ainsîapprofondissez la
conduite de la Marquise,
jenem'yoppose pas:
mais apprenez pour vôtre
repos à douter des
choses qui vous paroisfent
les plus certaines;
car je fuis persuade que
la Marquise est innocente
des galanteriesqu'on
lui fait; & vous devez
croire que c'est quelque
amant qu'ellea maltraite)
Se qui veut s'en vangeren
vous donnant de
la jalousie. Continuez
donc de voir une personne
si aimable, & de
concert avec elletâchez
dedécouvrir quelestramant
qui commerce à
niper vôtre épouse, Se
à payer ses dettes.
Avec de pareils discours
le pere remettoit
le calme dans l'esprit du
fils, qui avoit par bonheur
encore plus de raison
que de disposition à
la jalousie. Il continua
de voir assidûment la
Marquise,à qui le rival
inconnu fit encore d'autrès
tours aussi singuliers
que les precedens. Un
jour la Marquise pria le
pere & le fils à souper à
une maison de campagne
qu'elle avoitproche
deParis ; elle leur dit
d'y mener quelqu'un de
leurs amîs, & qu elle y
meneroit quelque amie
intime, pour pouvoir
rassembler sept ou huit
personnes, nombre desirable
pour se bien réjouir,
S>C qu'on ne doit
jaimaisexceder quand on
hait la cohue. Le pere
pronit d'y aller, à condition
que la Marquise
ne ILli donneroit qu'un
petit sou per propre & de
bon goût, parce qu'il
naimoit point les cadeaux.
Elle lui promit ce
qu'il exigea d'elle, & resolut
de lui tenir parole:
mais elle fut bien furprise
le foir en arrivant
chez elle avec sa compagnie,
d'y trouver un
souper superbe, voluptueux
& galant. Elle demande
au concierge raifonde
ce qu'elle yeyoit.
Il lui die bas à l'oreille :
Metdame on ma recommandé
lesteres ; mais
jecrois que ctji celui que
uom devez, épuuser qui
mous fait cette galanterie,
Ne - dites mot;car ilprepare
encore dàns la maison
11nifine une mafrarade
où il se dégmjera,
& je votié le montrerai
alors, afin que vous ayiez*
le plaisir de le reconnoître.
La Marquise persuadée
Je ce que lui disoit
son concierge, prit
Un air de gayete &d'enjoûment,
qui joint à la
magnisicence du souper,
sie grand plaisità la compagnie.
Tout le monde
se réjoüissoità table, excepté
le jeune jaloux,
qui ne pouvoit s'imaginer
que la Marquise eust
disposé & fait les frais
d'un pareil repas sans l'aide
de quelqu'un. Ilétoit
trop rebattu des galanteries
de l'amant inconnu,
pour ne pas croire
qu'il eust encore part à
celle-ci. Cependant la
gayeté de la Marquise
lui ôtoit tout soupçon ;
car il l'avoit veuë inquiète
& chagrine à l'occasson
des galanteries
precedentes; il ne Sçavoit
que penser de celle-
ci. Il entra dans une
rêverie profonde, & ne
mangea point de tout le
repas. Sitôt que la Marquise
s'en apperçut,elle
cessa de croire qu'il fust
l'ordonnateur de la setes
ce qui la rendit aussi chagrine
que lui. Le repas
finit par une serenade,
où l'on mêla une Cantate
sur les amans heureux
& les maris jaloux.
Ces deux sujets firent
une alternative de mufique
douce, tendre &
galante
,
dans le goût
François,&demusique
Italienne propre à exprimer
la bigearrerie des
jaloux : auili fit-elle son
effet;nôtre amantépoux
pensa éclater au milieu
de lassemblée. On vit
entrer ensuite dans le
jardin, qu'on avoit éclairé
par des illumitiétions,
une troupe de gens masquez.
Le concierge les
voyant entrer, courut
dire à la Marquise que si
elle vouloit il alloit lui
faire voir celui qui donnoit
cette seste galante.
La Marquise troublée,
hors d'elle-mesme, hazarda
tout pour connoître
celui qui lui enfonsoie
le poignard dans le
fein : elle suivitbrusquement
son concierge
dans une allée moins éclairée
que les autres , & dans le moment un
des masques se détacha,
cha, &c vint joindre la
Marquise. Onn'apoint
sçu ce qui fut dit dans
cette entrevuë. Quelqu'un
prit le moment
pour la faire remarquer
au fils jaloux. Il la fit
remarquer aussitôt à son
pere, qui commençant
à donner le tort à la Marquise
, fut emmené par
son fils. Ils sortirent tous
deux sans parler à cette
infidclle, & resolurent
de ne la voir jamais. Ce
qui pensa la faire mourir
de douleur; car le galant
masqué ne lui donna
aucun éclaircissement
: & après l'avoir
amusee autant qu'il saloit
pour la faire soupçonner,&
lorsquepoussée
à bout, elle voulut,
aidée de son concierge
&d'unefemmedechambre,
contraindre le galant
à se faire connoître,
elle trouva fous le
masque une femme, qui
lui rit au nez, & s'enfuit,
en lui laissant dans
la main un billet qui
contenoit ces vers.
Allez dormir iranquilc*
ment,
Vous connoîtrez demain
celui qui vous tourmente
D'une maniérésigalante:
Troyez qu'il neveut pPooiinntt
vous êter vOIre
amanty
Il voudroit le guérir contre
la jalousie ; D'un vieux mauvais
plaisantc'eji unefantllifie,
Qui peut êtresage en un
sens.
MArquifl) reprènetvos
senii
A present ilest vrai>
votre amant vous
soupçonne:
Maitsilessoupçons qiton
lui donne
Le rendent sans retour
o.. réellement jaloux,
Vous ne devez, jamais
l'accepterpour époux.
Ces vers enigmatiques
embaraffercnt fort
la Marquise, au lieu de
la tranquiliser. Elle pafsa
la nuit à samaison de
campagne : mais dés le
lendemain matin elle retourna
à Paris, dans la
Teto!ution de se justifier
auprès de son amant. Ille le conjura par un
billet de la venir voir,
& son pere y copsentit,
pourveu qu'il n'y allât
que sur le foir ; car, lui
dit-il, il vouloit estre
present à cette entrevue.
On écrivit à la Marquise
qu'on iroit dans la
journée, & dans le moment
le pere reçut en
presence du fils un billet,
qu'illut sans vouloir
le montrer à son
fils. Cependant voyant
que ce mystere lui donnoit
trop d'inquietude, illuiavoua que c'était
un avis que lui donnoic
la femme de chambre
de la Marquise, qu'il
avoit gagnée à forcechargent;
& cette femme de
chambre lui mandoit
que l'amant inconnu devoit
venir le foir à neuf
heures voir samaîtresse.
Le pere ensuite dit qu'-
après un pareil avis,
qu'il croyoittrès-certain
, il ne faloit point
aller chez la Marquise.
Celadit, il laissa son fils
dans un chagrin mortel,
êciortit pour aller souper
en ville. Le fils outré
de jalousie resolut,
sans le dire à son pere,
d'aller secretement chez
la Marquise. Il y alla
avant l'heure du rendezvous
; & donnant encore
trente pistoles à la
femme de chambre, il
la pria de le mettre en
lieu où il pût surprendre
celui
celui que la Marquise
attendoit. La femme de
chambre lui fit promettre
qu'il ne feroit aucun
éclat, du moins dans la
maison de la Marquise;
ce qu'il luipromit.
Peu de temps aprés, à
la lueur d'une bougie
que la femme de chambre
tenoit en sa main, il
entrevit un homme envelopé
dans un man- -
teau, qui montoit chez
la Marquise, & qui se
cacha dans un petit passage
, dés qu'il s'apperçut
qu'on l'avoit vû.
Nôtre jaloux transporté
de fureur courut à l'homme
à manteau, à qui il
dit tout ce que la rage
peut faire dire à un homme
sage ; &: il finit par
lui dire que s'il avoit du
coeur il devoit se faire
connoîtreàlui,afin que
dans la rencontre il pût
tirer raison d'un rival
qui le ménageoit si peu.
L'autre lui répondit à
voix basse & de fang
froid qu'il ne faloit pas
soupçonner legerement
une femme aussivertueuse
que la Marquise >
qu'il s'offroit à la justifier
dans son esprit ; &
qu'en lui faisant voir
que les apparences les
plus vraisemblables peuvent
estre sans fondement,
il lui rendroit du
moins le service de le
corriger pour le reste de
sa vie de la facilité qu'il
avoit à se chagriner sans
sujet. Nôtreamantpensa
perdre patiencequand
il entendit mora liserson
rival, qui dans l'instant
appella la femme de
cham bre
,
disant qu'il
vouloit pourtant se faire
connoître, & qu'il ne
refusoit point de se battre
contre un rival offensé.
Lalumiere parut:
quel fut l'étonnement du
fils, en reconnoissant son
pere! C'étoit ce pere qui,
de concert avec le concierge
& la femme de
chambre de la Marquise,
avoit crû lui rendre
service
, en poussant à
bout la jalousie d'un fils,
si galant homme d'ailleurs.
Ilcontinua de lui
faire des remontrances
si touchantes, qu'il lui
fit prendre la sage resolution
de ne rien croire
mesme detout ce qu'on
peut voir; c'est à dire,
quand on s'est une fois
pour tout assuré de la
vertud'une femmeavant
que de l'épouser, en seroit
imprudent de la
prendie sans l'examiner
: mais sitôt qu'onl'a
épousée, plus d'examen,
ou du moins il la faut
croire fidelle tout le plus
long-temps qu'on peut.
LA JALOUSIE GUERIE
par la jalousie.
Par M. le Chtvalitr de P * *. N Gentilhomme
fort riche, & qui
n'avoit qu'un fils
,
avoit
depuis long -temps envie
de le marier: mais
eommeil remarqua dans
ce fils unique une grande
disposition à la jalousie,
il craignit de le rendre
malheureux en le
mariant ; il prévoyoit
que son humeur inquiete
k soupçonneuse pourroit
chagriner une semme,
& que les chagrins
d'une femme retomberoient
sur lui: car il susfit
en mariage que l'un
des deux soit de mauvasse
humeur, l'autre le
devient bientôt par contagion.
Ce pere étoit
homme sencé, penetrant
;il connoissoit dans
son fils un fond de raison
& de vertu, qui lui
faisoit esperer que dans
un âge plus avancé il
deviendroit plus capable
de surmonter ses passions;
& celle de la jalousie
dont il le croyoit
susceptible, n'étoit
pas
de ces jalousies noires
qui partent d'un mauvais
coeur:ce n'etoit qu'-
une jalousie soupçonneu
se, qu'il condamnoit
lui-mêsme, pour peu
qu'il fît reflexion sur
l'injustice de ses soupçons.
Ainsi par lesconscils
de son pere il ne se
pressoit point de se marier
, 6c son pere trouva
à propos de Iaisser épuiser
la jalousie de son fils
sur quelques maîtresses,
en attendant qu'il fût
assez raisonnable pour
rendre une femme heureuse.
Cependant l'amour,
sans consulter la
prudence du pere, s'empara
du fils. Celle qu'-
il aima étoit belle &
d'une naissance distinguée
: mais il voulut étouffer
son amour dés
qu'il s'apperçut qu'il avoit
beaucoup de rivaux.
C'étoit une trop
rude épreuve pour lui.
Issut quelques jours sans
aller chez la Marquifc
de P. (Cetoit ainsi
que s'appelloit cette jeune
personne, veuve d'un
Marquis tué à la guerre
,
qui n'avoit été son
mari que pendant un hiver,
&quil'avoitlaissée
avec très peu de bien.)
Cette Marquise commençoit
à aimer nôtre
jeune jaloux, & s'etoit
déja apperçûë de son
foible. Elle fit ses efforts
pour l'oublier, quoique
ce fût un parti qui lui
faisoit sa fortune; car
elle craignoit de s'engageravec
un jaloux. Elle
tâcha donc de se consoler
- de son absence avec
ses rivaux, &: resolut
fermement de choisir entr'eux
un époux qui pût
la tirer de son indigence
: mais ce fut en vain
qu'elle voulut s'attacher
a d'autres qu'à l'amant
jaloux, c'étoit le seul défaut
qu'elle lui trouvoit
sa passion pour lui augmentoitde
jour en jour:
en un mot elle prit son
parti pour le faire revenir
chez elle, & trouva
plusieurs pretextes pour
congédier tous ceux qui
la recherchoient en mariage.
Cependant l'amour du
Cavalier avoit encore
augmenté par la violence
qu'il s'étoit faire pour
ne point voir la Marquise
; &, son pere, qui
le voyoit accablé de chagrin,
avoir exigé de lui
une entiere confidence.
Ils vivoient ensemble
comme deux veritables
amis;ce pere de bon sens
s'étoitplus attaché à se
faire aimer de son fils,
qu'à s'en faire craindre,
& avoit enfin acquis sur
lui, à force de bons procédez,
cette confiance
que les enfans ont si rarement
en leurs peres.
Celui-cis'informa d'abord
à fond du caractère
de la Marquise
,
& sitôt
qu'il fut bien persuadé
de sa vertu &,- de son
bonesprit, ilne fut point
rebuté par sapauvreté;
il con seil la à son fils de
s'attacher à elle, ô£ d'examiner
exactement si
la jalousie qu'il avoit
conçûë étoit bien fondée.
On s'informa, on
examina, & l'amant jaloux
ayant appris que
tous ses rivaux étoient
écartez, se flata qu'il
pouvoit avoir quelque
part à ce changement. Il
retourna chez elle, &
dés ce jour-là ils furent
si contens l'un de l'autre
,
qu'en moins d'un
mois leur mariage fut
resolu, & le pere, qui se
liad'amitié avec la Marquise,
y donna son consentement
avec plaisir,
Cependant il dit en particulier
à son fils qu'il
luiconseilloitdesuspendre
encore le contrat
pendant quelques mois;
&que quoi qu'il blâmât
ordinairement son foible
sur la jalousie, il
croyoit qu'en cette occasion
la prudence vouloit
qu'il observât pendant
quelque temps la
conduite d'une personne
qui avoit reçû tant de
déclarations d'amour;
qu'illa croyoit trés-vertueuse
: mais que si elle
l'étoit, elle le fcroit encore
dans six mois; qu'en
un mot on nerisqueroit
rien à differer. Le fils
donna de bon coeur dans
son foible. En effetils
trouvèrent d'honnêtes
pretextes pour differer
de jour en jour un mariage
que la Marquise
envifageoit comme le
plus grand bonheur qui
lui pût arri ver. Le Cavalier
amoureux passoit
les jours entiers chez
elle, lors qu'il survint
une affairequil'obligea
d'accompagner son pere
dans un petit voyage de
huit jours. La separation
des amans fut tendre
& la Marquise passa fort
tristement le temps de
cette petite absencemais
la joye du retour la dédommagea,&
son amant
revint sipassionné, qu'à
leur entrevuë il resta une
heure entiere sans pouvoir
parler, ses regards
fixez sur ce qu'il aimoit.
Après
Aprés les premiers transports,
il jetta les yeux
sur un miroir magnifique,
& fut fort surpris
dé voir ce nouveau meuble
à la Marquise, qui
n'étoit pas assez riche
pour s'en donner de pareils.
Pendant qu'il le regardoit
fixement,la Marquise
sourioit, en lui
ferrant tendrement les
mains. lVlonfIler époux,
lui dirait-elle, fere'{:
110ut aussigalant après le
contrat, que vous l'avez,
été pendant vôtre absence
? Cette corbeille de dentelles,
quim'estvenueavec
ce miroir &ces autres bijoux
,choisisd'ungoût ex- quis.Moy un miroir,
interrompit brusquement
le jaloux tout étourdi
! moy des dentelles!
moy des bijoux! Ah
Ciel qu'entens-je ! Cette
surprise qu'il témoigna
en causa une si grande à
la Marquise, qu'elle resta
muette &immobile;
car ceux qui avoient apporté
ces presens chez
elle avoient affecté un
air mysterieux, & elle
n'avoit point douté que
ce ne fust une galanterie
de son amant: mais il
prit la chose sur un ton
qui la détrompa dans le
moment. Ellese troubla
ensuite sur quelques petits
reproches que lui fit
ce tendre amant, qui
pour cette fois ne put
avoir pourtant aucun
soupçon que la Marquise
n',y eusIlt. pas éItlé trompé0e
elle-même. Elle jura qu'-
elletâcheroit de découvrir
de quelle part lui
venoient ces presens, &
qu'elle les renverroit au
plutôt.
Nôtre amant ne laissa
pas d'être fort inquiet
sur l'avanture, dont il
fitconsidence à son pere
,
qui le rassura, étant
persuadé de la vertu de
la Marquise. Elle crut
avoir trouve occasion dés
le lendemain de s'éclaircir
sur la galanterie qu'-
on lui avoit faite.
Un Huissier vint chez
elle de la part de quelques
marchands d'étofses
à qui elle devoit deux
millefrancs,&; cet Huisfier,
sans respecter sa
qualité ni sa beauté, lui
demanda permissiond'exccuter
ses meubles, 8c
sans vouloir lui donner
une heure de répit, en
commença l'inventaire.
On ne sçauroit exprimer
la consternation de la
Marquise:elleétoit prêoA
te à tomber évanüieau
milieu de ses gens, qui
étoient aussi accablez
qu'elle de la vision des
Sergens, lorsque l'Huie.
sier considerant le miroir
, & examinant les
bijoux qui étoient sur la
table, s'écria: Ah quailois-
je faire, Madame?
je reconnois ces nipes, &
j'ai mêmeaidéà les acheterauCentilhomme
leplus
généreux&le plusamoureux
qui foit en France;
homme à quij'aimême
obligation de ma fortune.
ztu,gy c'étoit donc à vous,
Madame, à quiillesdestinoit?
Ah que je vais
bien faire ma cour à cet
amant, nonseulement en
ne saisissantpoint ces marques
de (on amour, mais
ensacrifiantà l'adorable
personne qu'il aime les
memoires & procedures
dontje suisporteur. Tenez,
Madame, tene&>
continua-t-il
, en montrant
à la Marquise les
mémoires arrestez & les
Sentences obtenuës,voilacomment
jesçaiservir
mes amis amoureux, &
sur-tout quand ils le sont
d'une personneaussi charmante
que vous l'êtes.
Aprésun discoursdéjà
trop galant pour un
HuisHuissier,
il acheva de
prouver qu'il ne l'étoit
pas, en déchirant tous
les mémoires de la Marquise,&
lui disant qu'à
coup sûr l'amant qui avoit
fait present du reste
seroit ravi d'acquitter
ces mémoires pour elle.
Jugez de rétonnement
où fut la Marquise du
procedé de ce faux Huissier,
& du tour que l'amant
genereux avoit
pris pour lui faire prcsent
de deux cent pisto
les. Dés qu'elle eut repris
ses esprits, & qu'-
elle se fut remisede l'effroy
quelle avoit euen
voyant executera meub!
cS)Ct)e ne songea plus
qu'à s'informerdu nom
de cet amant: mais
l'Huissiercontinua d'en
faire <mytferc,ÔC dit
seulementcertains mots
é1quivoques , , où la
Marquisecrut âtre seure
quecetoit son amant
époux lui-même qui
lui avoir joué ce second
tour. Il arriva chez
elle un peu aprés que
l'Huissier en fut sorti ;
Se l'éclaircissement qu'-
ils eurent ensemble fut
tel, que l'amant en fut
penetré de jalousie,& la
Marquise accablée de
douleur. Cependant la
bonne foy de cette amante
étoit visible ; car elle
avoit appris elle-même
l'avanture à son amant.
C'est à quoy son pere lui
fit faire attention; car il
couroit à lui dés qu'il avoit
quelque sujet de
plainte contre la Marquise:&
ce pere aussi
froid, aussi tranquile que
son filsétoit bouillant&
agité
,
lui representoit
que les apparences les
plus vrai-semblables éroient
souventtrompeuses>
que tout mari sensé
devaits'accoûtumer à
ne rien croirede tout ce
qui pouvoit lui donner
de l'ombrage; qu'il faloit
d'abord approfondir
de fang froid, feulement
pour connoître la verité,
Se non pour s'en fâcher
; qu'il y a de la folie
à se chagriner d'avance
; &qu'en cas même
que les soupçons d'un
mari se trouvaient bien
fondez, il faloit en prévenir
les suites, sans se
chagriner du passé, où
l'on ne peut plus remedier.
Mais
,
lui repliquoit
vivement son fils
à de pareils discours ,
mail,'}'jon p,re)il est encore
temps de rompre les
engagemens que nous anjons
avec la Alarqtfi/e;
ainftic n'ai pets tort d'être
jaloux. On a toûjours
tortd'etre jaloux, luidisoit
le pere: mais on n'a
pas tort d'être prudent;
ainsîapprofondissez la
conduite de la Marquise,
jenem'yoppose pas:
mais apprenez pour vôtre
repos à douter des
choses qui vous paroisfent
les plus certaines;
car je fuis persuade que
la Marquise est innocente
des galanteriesqu'on
lui fait; & vous devez
croire que c'est quelque
amant qu'ellea maltraite)
Se qui veut s'en vangeren
vous donnant de
la jalousie. Continuez
donc de voir une personne
si aimable, & de
concert avec elletâchez
dedécouvrir quelestramant
qui commerce à
niper vôtre épouse, Se
à payer ses dettes.
Avec de pareils discours
le pere remettoit
le calme dans l'esprit du
fils, qui avoit par bonheur
encore plus de raison
que de disposition à
la jalousie. Il continua
de voir assidûment la
Marquise,à qui le rival
inconnu fit encore d'autrès
tours aussi singuliers
que les precedens. Un
jour la Marquise pria le
pere & le fils à souper à
une maison de campagne
qu'elle avoitproche
deParis ; elle leur dit
d'y mener quelqu'un de
leurs amîs, & qu elle y
meneroit quelque amie
intime, pour pouvoir
rassembler sept ou huit
personnes, nombre desirable
pour se bien réjouir,
S>C qu'on ne doit
jaimaisexceder quand on
hait la cohue. Le pere
pronit d'y aller, à condition
que la Marquise
ne ILli donneroit qu'un
petit sou per propre & de
bon goût, parce qu'il
naimoit point les cadeaux.
Elle lui promit ce
qu'il exigea d'elle, & resolut
de lui tenir parole:
mais elle fut bien furprise
le foir en arrivant
chez elle avec sa compagnie,
d'y trouver un
souper superbe, voluptueux
& galant. Elle demande
au concierge raifonde
ce qu'elle yeyoit.
Il lui die bas à l'oreille :
Metdame on ma recommandé
lesteres ; mais
jecrois que ctji celui que
uom devez, épuuser qui
mous fait cette galanterie,
Ne - dites mot;car ilprepare
encore dàns la maison
11nifine une mafrarade
où il se dégmjera,
& je votié le montrerai
alors, afin que vous ayiez*
le plaisir de le reconnoître.
La Marquise persuadée
Je ce que lui disoit
son concierge, prit
Un air de gayete &d'enjoûment,
qui joint à la
magnisicence du souper,
sie grand plaisità la compagnie.
Tout le monde
se réjoüissoità table, excepté
le jeune jaloux,
qui ne pouvoit s'imaginer
que la Marquise eust
disposé & fait les frais
d'un pareil repas sans l'aide
de quelqu'un. Ilétoit
trop rebattu des galanteries
de l'amant inconnu,
pour ne pas croire
qu'il eust encore part à
celle-ci. Cependant la
gayeté de la Marquise
lui ôtoit tout soupçon ;
car il l'avoit veuë inquiète
& chagrine à l'occasson
des galanteries
precedentes; il ne Sçavoit
que penser de celle-
ci. Il entra dans une
rêverie profonde, & ne
mangea point de tout le
repas. Sitôt que la Marquise
s'en apperçut,elle
cessa de croire qu'il fust
l'ordonnateur de la setes
ce qui la rendit aussi chagrine
que lui. Le repas
finit par une serenade,
où l'on mêla une Cantate
sur les amans heureux
& les maris jaloux.
Ces deux sujets firent
une alternative de mufique
douce, tendre &
galante
,
dans le goût
François,&demusique
Italienne propre à exprimer
la bigearrerie des
jaloux : auili fit-elle son
effet;nôtre amantépoux
pensa éclater au milieu
de lassemblée. On vit
entrer ensuite dans le
jardin, qu'on avoit éclairé
par des illumitiétions,
une troupe de gens masquez.
Le concierge les
voyant entrer, courut
dire à la Marquise que si
elle vouloit il alloit lui
faire voir celui qui donnoit
cette seste galante.
La Marquise troublée,
hors d'elle-mesme, hazarda
tout pour connoître
celui qui lui enfonsoie
le poignard dans le
fein : elle suivitbrusquement
son concierge
dans une allée moins éclairée
que les autres , & dans le moment un
des masques se détacha,
cha, &c vint joindre la
Marquise. Onn'apoint
sçu ce qui fut dit dans
cette entrevuë. Quelqu'un
prit le moment
pour la faire remarquer
au fils jaloux. Il la fit
remarquer aussitôt à son
pere, qui commençant
à donner le tort à la Marquise
, fut emmené par
son fils. Ils sortirent tous
deux sans parler à cette
infidclle, & resolurent
de ne la voir jamais. Ce
qui pensa la faire mourir
de douleur; car le galant
masqué ne lui donna
aucun éclaircissement
: & après l'avoir
amusee autant qu'il saloit
pour la faire soupçonner,&
lorsquepoussée
à bout, elle voulut,
aidée de son concierge
&d'unefemmedechambre,
contraindre le galant
à se faire connoître,
elle trouva fous le
masque une femme, qui
lui rit au nez, & s'enfuit,
en lui laissant dans
la main un billet qui
contenoit ces vers.
Allez dormir iranquilc*
ment,
Vous connoîtrez demain
celui qui vous tourmente
D'une maniérésigalante:
Troyez qu'il neveut pPooiinntt
vous êter vOIre
amanty
Il voudroit le guérir contre
la jalousie ; D'un vieux mauvais
plaisantc'eji unefantllifie,
Qui peut êtresage en un
sens.
MArquifl) reprènetvos
senii
A present ilest vrai>
votre amant vous
soupçonne:
Maitsilessoupçons qiton
lui donne
Le rendent sans retour
o.. réellement jaloux,
Vous ne devez, jamais
l'accepterpour époux.
Ces vers enigmatiques
embaraffercnt fort
la Marquise, au lieu de
la tranquiliser. Elle pafsa
la nuit à samaison de
campagne : mais dés le
lendemain matin elle retourna
à Paris, dans la
Teto!ution de se justifier
auprès de son amant. Ille le conjura par un
billet de la venir voir,
& son pere y copsentit,
pourveu qu'il n'y allât
que sur le foir ; car, lui
dit-il, il vouloit estre
present à cette entrevue.
On écrivit à la Marquise
qu'on iroit dans la
journée, & dans le moment
le pere reçut en
presence du fils un billet,
qu'illut sans vouloir
le montrer à son
fils. Cependant voyant
que ce mystere lui donnoit
trop d'inquietude, illuiavoua que c'était
un avis que lui donnoic
la femme de chambre
de la Marquise, qu'il
avoit gagnée à forcechargent;
& cette femme de
chambre lui mandoit
que l'amant inconnu devoit
venir le foir à neuf
heures voir samaîtresse.
Le pere ensuite dit qu'-
après un pareil avis,
qu'il croyoittrès-certain
, il ne faloit point
aller chez la Marquise.
Celadit, il laissa son fils
dans un chagrin mortel,
êciortit pour aller souper
en ville. Le fils outré
de jalousie resolut,
sans le dire à son pere,
d'aller secretement chez
la Marquise. Il y alla
avant l'heure du rendezvous
; & donnant encore
trente pistoles à la
femme de chambre, il
la pria de le mettre en
lieu où il pût surprendre
celui
celui que la Marquise
attendoit. La femme de
chambre lui fit promettre
qu'il ne feroit aucun
éclat, du moins dans la
maison de la Marquise;
ce qu'il luipromit.
Peu de temps aprés, à
la lueur d'une bougie
que la femme de chambre
tenoit en sa main, il
entrevit un homme envelopé
dans un man- -
teau, qui montoit chez
la Marquise, & qui se
cacha dans un petit passage
, dés qu'il s'apperçut
qu'on l'avoit vû.
Nôtre jaloux transporté
de fureur courut à l'homme
à manteau, à qui il
dit tout ce que la rage
peut faire dire à un homme
sage ; &: il finit par
lui dire que s'il avoit du
coeur il devoit se faire
connoîtreàlui,afin que
dans la rencontre il pût
tirer raison d'un rival
qui le ménageoit si peu.
L'autre lui répondit à
voix basse & de fang
froid qu'il ne faloit pas
soupçonner legerement
une femme aussivertueuse
que la Marquise >
qu'il s'offroit à la justifier
dans son esprit ; &
qu'en lui faisant voir
que les apparences les
plus vraisemblables peuvent
estre sans fondement,
il lui rendroit du
moins le service de le
corriger pour le reste de
sa vie de la facilité qu'il
avoit à se chagriner sans
sujet. Nôtreamantpensa
perdre patiencequand
il entendit mora liserson
rival, qui dans l'instant
appella la femme de
cham bre
,
disant qu'il
vouloit pourtant se faire
connoître, & qu'il ne
refusoit point de se battre
contre un rival offensé.
Lalumiere parut:
quel fut l'étonnement du
fils, en reconnoissant son
pere! C'étoit ce pere qui,
de concert avec le concierge
& la femme de
chambre de la Marquise,
avoit crû lui rendre
service
, en poussant à
bout la jalousie d'un fils,
si galant homme d'ailleurs.
Ilcontinua de lui
faire des remontrances
si touchantes, qu'il lui
fit prendre la sage resolution
de ne rien croire
mesme detout ce qu'on
peut voir; c'est à dire,
quand on s'est une fois
pour tout assuré de la
vertud'une femmeavant
que de l'épouser, en seroit
imprudent de la
prendie sans l'examiner
: mais sitôt qu'onl'a
épousée, plus d'examen,
ou du moins il la faut
croire fidelle tout le plus
long-temps qu'on peut.
Fermer
Résumé : NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
Le texte 'La Jalousie guérie par la jalousie' narre l'histoire d'un gentilhomme riche et sage qui redoute de marier son fils unique en raison de sa forte tendance à la jalousie. Le père, conscient des vertus et de la raison de son fils, décide de laisser sa jalousie s'épuiser sur quelques maîtresses avant de se marier. Cependant, le fils tombe amoureux d'une marquise belle et de naissance distinguée, mais il étouffe son amour en découvrant qu'elle a de nombreux rivaux. La marquise, bien qu'elle commence à aimer le jeune homme, craint de s'engager avec un jaloux et tente de se consoler avec d'autres rivaux. Cependant, son amour pour lui grandit, et elle trouve des prétextes pour congédier ses autres prétendants. Le père du jeune homme, voyant son fils accablé de chagrin, lui conseille d'examiner la conduite de la marquise. Ils découvrent que tous les rivaux ont été écartés, et le jeune homme retourne auprès de la marquise. Le père conseille à son fils de suspendre le contrat de mariage pendant quelques mois pour observer la conduite de la marquise. Pendant une séparation temporaire, la marquise reçoit des cadeaux mystérieux, ce qui provoque la jalousie du jeune homme. La marquise, troublée, jure de découvrir l'origine des cadeaux. Il s'avère que ces cadeaux proviennent d'un amant inconnu qui cherche à se venger de la marquise en provoquant la jalousie du jeune homme. Le père rassure son fils et lui conseille de ne pas se chagriner à l'avance et d'approfondir les choses avec sang-froid. Le jeune homme continue de voir la marquise, et l'amant inconnu fait d'autres tours singuliers. Lors d'un souper à une maison de campagne, la marquise et le jeune homme découvrent que l'amant inconnu a organisé une soirée somptueuse. La marquise, aidée par son concierge, découvre finalement l'identité de l'amant inconnu et met fin à ses manœuvres. Après une dispute, le père et le fils décident de ne plus voir la marquise, qui est tourmentée par un galant masqué. Ce dernier, après l'avoir trompée, se révèle être une femme qui laisse un billet énigmatique à la marquise. Cette dernière, troublée, retourne à Paris pour se justifier auprès de son amant. Le père, informé par la femme de chambre de la marquise, décide de ne pas laisser son fils se rendre chez elle. Fou de jalousie, le fils se rend malgré tout chez la marquise et surprend un homme masqué. Ce dernier, après une altercation, se révèle être le père du fils. Le père, ayant orchestré cette mise en scène avec le concierge et la femme de chambre, fait des remontrances à son fils, lui conseillant de ne plus douter de la fidélité de sa femme une fois marié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 218-264
HISTOIRE du Bacha de Damas.
Début :
Si l'on remarque quelque difference considerable / Il est difficile de sçavoir positivement ce qui se [...]
Mots clefs :
Pacha , Damas, Sultan, Père, Femme, Sérail, Seigneur, Femme, Vizir, Mort, Yeux, Amour, Troupes, Empire, Esclaves, Maison, Armée, Juifs, Époux, Honneur, Hommes, Douleur, Audace, Mer, Larmes, Gloire, Vie
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du Bacha de Damas.
HISTOIRE
du Bacha de Damas.
IL eſt ſi difficile de ſçavoir
poſitivement ce qui ſe
paffe dans cet Empire,qu'on
n'y demeſle ſouvent la veri.
té d'un fait , quelque éclatant
qu'il foit , que longtemps
aprés qu'il eſt arrivé.
Les nouvelles de l'Afie , &
celles de l'Europe entrent
confufément à Conftantinople
, où chacun les débite
1
A
GALANT . 219
au gré de ſes intereſts , le
Courier qui en eft chargé
les donne au grand Viſir ,le
grand Viſir au Sultan , & le
Sultanles enſevelit dans ſon
ſérail. Ainfije n'oſe encore
vous aſſeurer que les dernieres
circonstances de l'hiſtoire
que je vais vous écrire ,
foient telles qu'on les raconte
icy; mais je vous promets
que je ſeray exact à
vous detromper , ſi le temps
ou le haſard me detrompent.
Il y a quatrejours que me
promenant avec quelques
Tij
210 MFRCURE
qui
eſtrangers dans ma çaique,
fur le canal de la Mer noire,
un fameux Armenien ,
a fait toute la vie un grand
commerce d'eſclaves , me
conta à peu prés en ces
termes l'hiſtoire de Halil
Acor Bacha de Damas .
J'étois , me dit- il, un jour,
( & bien jeune alors ) à Baghlar
qui eſt un Port de
cette Mer , environ à so
lieuës d'icy lorſqu'un
* Sheieke de mes amis y arriva.
Je le priay de venir
* Predicateur Turc,
GALANT 227
loger dans le meſme * Caravanfarai
que moy. La Maifon
eſtoir alors pleine
d'hommes & de chevaux.
Le Sultan Mahomet IV. dont
le regne étoit plus tranqui
le qu'il n'avoit encore eſté,
&qu'il ne l'a eſté depuis ,
preſtoit dans ce temps au
Kan della Krimée dix
mille hommes de ſes troupes
pour les joindre à douze
mille Tartares de Budziack
& de Bialogrod , qu'il
deftinoit à quelque grande
entrepriſe. Les Janifſſaires ,
* Auberge Turque.
Tiij
222 MERCURE
3
1
les Spahis , & les Afiati
ques que le Grand Seigneur
envoyoit au Kan paffoient
alors par Baghlar où nous
eſtions . Un de ces Janiffai
res entr'autres natif de
* Chaplar en Bulgarie voulut
profiter de l'occaſion
de cette route pour mener
plus ſeurement chez luy
une belle fille qu'il avoit
epousée depuis un an à
Midia de Romanie, Nous:
la trouvâmes avec fon
mary dans le Caravanfarai
que nous avions choiſi
Ville maritime de la Mer noire.
GALANT. 223
২
lorſque nous yarrivame s .
Le hazard nous plaça auprés
d'eux , le Janiſſaire
m'en parut content , il aimoit
mieux voir à côté de
ſa femme , un Venerable
Sheieke qu'aucun de ſes camarades.
Nous ſoupâmes
cependant & nous nous
endormimes ſur la paille.
Une heure avant le jour
nous entendimes des cris
aigus qui nous réveillérent
comme tous les hoftes de
la maiſon ; la femme du
Janiſſaire que fon.Mary
n'avoit pas crue ſi proche
T iiij
224 MERCURE
de ſon terme venoit de
mettre un enfant au monde
, à coſté de mon Sheie
xe , qui ſe trouva fort ſcandaliſé
de cet accouchement.
Il ſe leva plein de
couroux , en diſant que ſes
habits étoient foülliés du
déſordre & des accidents
de cette avanture , néanmoins
la mortification &
l'embarras du Janiſſaire ,
les douleurs de ſa femme
& mes difcours l'addoucirent
; je luy perſuaday ( &
il le ſçavoit bien , ) qu'il
feroit lavé de cette tache
GALANT. 225
en lavant ſa robe & fa per
ſonne avant la premiere
priere. Je le menay au bain
qui eſtoit dans le Caravan
farai où il ſe fit toutes les
cerémonies de l'ablution
desTurcs.
Cependant je retournay
auprés du trifte Janiſſaire ,
&de ſa femme qui gemiſſoit
encore des reſtes ou du fouvenir
de fa douleur ; je lui
donnay tous les ſecours
que je pûs imaginer , on
attendant le retour de mon
Sheieke.
f
L'étoile la plus favorable
226 MERCURE
qui puiſſe veiller fur nos
jours , ne flatte pas les Mufulmans
d'une plus heureuſe
deſtinée qu'un Sheike,
ou un Emir * lorſqu'ils préfident
à la naiſſance de
leurs enfants. Celuy- cy revint
enfinà nous, prés d'une
heure après le lever du Soleil.
Et aprés avoir enviſagé
le Janiſſaire , ſa femme
& fon fils , d'un air tranſ
porté de l'excellence des
avantages qu'il avoit à leur
promettre , il leur prédit
ces choſes.
Prêtre Ture.
GALAND. 227
Letrés puiſſant trés mi
fericordieux Alla a jettéfur
vous & fur vostre fils des regards
bienfaisants le faim
Prophete efto fon meffager.
Il'a pitié de vous , & Sultan
Mahomet qui est agréable au
trés mifericordieux que le
faint Prophete oberit vous élevera
aux premiers honneurs de
fon Empire. Alla * ha Alla.
Tousoles affiftans felici
terent auffi toſt le Janiſſaire
fur la prédiction du Sheieke.
Cette nouvelle paſſa juf
qu'à fon Aga qui luy donna
d'abord de grandes mara
* Dieu. Dieu eſt Dicu.
228 MERCURE
4
ques de distinction. Enfin
le jour du départ des troupes
qui estoient à Bagblar
eſtant venu , il nous quitta
aprés nous avoir juré qu'il
n'oublieroitja mais les obli
gations qu'il nous avoit. N
nousa tenu parole , & c'eſt
de luy-meſme que j'ay appris
avec la ſuite de fa for
tune, une partiede l'hiſtoire
de ſon fils , que vous allez
entendre.
Dés que Zeinal ( c'eſt le
nom de ce Janiſſaire ) cut
remis ſa femme à Chaplar
entre les mains de fa mere,
GALANT. 229
il ne fongea plus qu'à verifier
l'oracle du Sheiere H
fitdans la Krimée des actions
éclatantes que ſon Aga fit
valoir autant qu'elles lemeritoient
aux yeux du Grand
Viſir Cuprogli , qui l'avança
en ſi peu de temps , qu'en
moins de fix ans il le fir
nommer par ſa Hauteffe
Bacha d'Albanie. Il remplit
cette grande place avec
beaucoup d'honneur pen.
dant pluſieurs années , enfin
aprés la dépoſition du
malheureux Sultan Mahomet
IV. Sitoſt que ſon frere
230 MERCURE
Sultan Soliman III . fut mon
té ſur le thrône, il voulut
à l'exemple de tous les au.
tres Bachas profiter desdefordres
de l'Empire pour
augmenter fon credit ; mais
il ſe broüilla malheureuſement
avec le fameux & redoutable
Osman Yeghen
dont le courage , la politi
que & l'audace firent trembler
Solyman juſques dans
fon ferail.
Zeinal s'étoit oppoſé aux
contributions qu'Yeghen *
Serafier de l'armée d'Hon-
* General des Armées du Grand Seigneur.
GALANT 238
grie , avoit tirez de la Ro
melie , & aux impoſitions
qu'il avoit miſes ſur tous les
Juifs & les Chrétiens qui
eſtoient à Theſſalonique ,
& qu'il avoit taxez à deux
Piaſtres par teſte. Il avoit
meſme envoyé un gros party
de Cavalerie qui avoit
taillé en piece les gens
qu'Yeghen avoit chargez de
lever ces impoſitions.
Le Grand Viſir Ismael
trembloit alors de peur
que le Serafkier ne vint à
Conſtantinople avec fon
armée , & qu'il ne le fit dé
232 MERCURE
pofer bien toſt , comme il
avoit déja fait déposer le
Grand Vifir Solyman fon
predeceſſeur. Yeghen qui
reconnut l'avantage qu'il
avoit fur ce foible Viſir ,
luy demanda la teſte de
Zeinal. Ifmael qui de fon
coſté cherchoit à l'ébloüir
par de fauſſes apparences ,
fut ravi de luy pouvoir faire
un ſacrifice dont il n'avoit
rien à apprehender ,
puiſqu'il ne le rendoit pas
plus fort , ainſi quoyque
Zeinalne fût coupable d'au .
cun crime , il le fit décapi-
: ter
GALAN 2338
ter publiquement , dans la
Cour du Serail devant la
porte du Divan.?
Cependant ſon fils Halil
Acor faiſoit alors les fonctions
de Capigibachi en Afie,
où il n'apprit la mort de
ſon pere que long - temps
aprés qu'elle fut arrivée.
Il y avoit affez d'affaires
en Hongrie pour exercer
ſon courage ; mais l'amour
produifit luy ſeul tous les
motifs de fon éloignement.
Il avoit vû par, hazard
dans le Serail de ſon pere
une belle fille de l'iſle de
Juin 1714.
V
234 MERCURE
Chypre que Zeinal deftinoir
au grand Seigneur , il en
devint éperduëment amoureux
, il mit dans ſes interêts
deux femmes qui la fervoient
, il ſéduifit deuxEu
nuques à force de preſents,
il profita de l'abſence de
ſon pere pour s'introduire
toutes les nuits dans ſon
Sérail , & enfin il engagea
cette belle fille à luy donner
les dernieres & les plus
fortes preuves de fa tendreſſe.
Plus flatée de l'efpoir
de poffeder le coeur
d'Halil que de la gloire
GALANT. 2:5
chimérique dont on repait
la vanité de celles qu'on
deſtine aux plaiſirs du
Grand Seigneur , elle avoit
conſenti que ſon Amant
l'enleva avec ſes deux femmes
& ſes deux Eunuques ,
elle estoit déja meſme affez
loin du Serail de Zeinal ,
lorſque ce Bacha revint
chez luy la nuit meſme
qu'on avoit priſe pour cet
enlevement. Maisheureu-
- ſement pour ces Amantsi!
n'entra que le lendemain
matin dans le quartier des
Femmes , où il apprit avec
Vij
236 MERCURE
tous les tranſports de la
plus violente fureur le defordre
de la nuit préceden
te. Il monta auffi - toſt à
Cheval , & de tous les côtez
il fit courir aprés fon
fils ; mais ſes ſoins & ſa diligence
furent inutiles. Halil
qui n'eſtoit pas ſi loin
qu'il le cherchoit , avoit eu
la précaution de s'affeurer
d'une Maiſon qu'un Me
decin Juif qui n'eſtoit pas
des amis de fon pere avoit
dans les montagnes. Il falloit
traverſer plus de deux
lieuës de defert avant d'y
/
GALANT. 237
arriver, & jamais Zeinal n'y
ſes amis , ny fes eſclaves
ne s'eſtoient aperceus que
fon fils connuſt ce Juif.
Halil auroit pû longtemps
profiter de la ſeureté
de cet azile , ſi les troubles
dont l'Empire eſtoit
agité , & fon courage ne
l'avoient pas preffé bien
toſt de facrifier ſon amour
à ſa gloire. Les larmes de
ſa femme , ny les prieres du
Juif qui luy promit enfin
d'en avoir foin juſqu'à la
mort , ne purent l'arreſter
davantage. Il ſe rendit à
138 MERCURE
Conſtantinople , où il fur
reconnu d'abord par un
des amis de fon Pere qui
le recommanda particulierement
au Grand Vifir Som
lyman , qui , en confideration
de l'audace , de l'efprit
, de la bonne mine de
ce Jeune homme , & du
mérite de Zeinal , luy donna
ſur le champune Com
pagnie de Spahis. Il cut ordre
d'aller ſervir en Afie ,
où en peu de temps ſa valeur
le fit parvenir à la
Charge de Capigibachi
qu'il exerça avec honneur
அ
1
GALANT. 239
juſqu'à la mort de ſon Pere .
Le Vifir Ismaël qui avoit
eu la lacheté de faire exé
cuter l'injuſte & cruel ar
reft qu'il avoit prononcé
contre Zeinal , futbien-toft
aprés la victime de fa for
bleſſe. Yeghen revint àConf
tantinople , aprés en avoir
fait chaffer honteuſement
ce Viſir , qui ne pût racheter
ſa vie qu'aux dépens de
toutes les richeſſes que fon
avarice infatiable luy avoit
fait amaſſer pendant fon
indigne miniftere. Halil y
fut rappellé en meſme
240 MERCURE
temps qu'Yeghen , avec les
troupes qui ſervoient en
Afie. Il fut auffi toft à la
maiſon de ce General àqui
il dit qu'il ne luy rendoit
cette viſite , que pour luy
demander raiſon du fang
de ſon pere qu'il avoit fait
repandre , Yeghen conſentit
àluy donner cette fatisface
tion dans une des plus fecrettes
chambres de fon
Serail , où aprés un com
bat aſſez long , Ils ſe blef
férent tous deux : cependant
Yeghen eut l'avantage;
mais il n'en abuſa pas , au
contraire
GALANT. 241
contraire , loin de fonger
à ſe défaire d'un ennemi
auſſi redoutable qu'Halil ,
Je love , luy dit- il , ton coursge
&j'approuve ton reffentiment
: il n'a tenu qu'à ton Pere
d'eftre toûjours mon amy , mais
il a voulu me perdre & je
l'ay perdu. Tu as Satisfait à
ton honneur , en eſſayant de le
vanger : Vois , & dis moy
maintenant ce que tu veux , &
ce que je puis pour toy. Halil
eftonné de la generoſité de
ce grand homme , luy répondit
, Yeghen je ne veux
maintenant,que m'efforcer d'ê-
Juin1714. X
242 MERCURE
tre auffi genereux que toy. Si tu
veux m'imiter , reprit- il ,facrifie
ta vangeance à mon amitié
que je t'offre , je vais ordonner
qu'on nous penſe de nos bleſſu
res , je prétends que tu ne
gueriffe des tiennes que dans
mon Serail. Il appelle auffitoſt
ſes Eſclaves qui menerent
fur le champ Halil
dans une chambre où ily
avoit deux lits qui n'étoient
ſeparez l'un de l'autre que
par un grand rideau de taffetas
couleur de feu qui
eſtoit directement au milieu
de la chambre dont les
GALANT 243
Croiſez qui estoient aux
deux extremitez avoient
vûë de chaque coſté ſur
les Jardins où ſe promenoient
tous les jours les
femmes & les enfants
d'Yeghen.
Dés qu'on eut arreſté
ſon ſang , & qu'il ſe fut
mis au lit , il vit entrer
dans ſa chambre le Medecin
Juif à qui il avoit confié
la belle Eſclave qu'il
avoit épousée dans ſa maifon
, aprés l'avoir enlevée
du Serail de ſon Pere. A
drianou , luy dit il auſſi toſt ,
X ij
244 MERCURE
moncher Adrianou que faítes
-vous icy ? Pourquoy
eftes vous maintenant à
Conftantinople , & dans
quel eſtat eſt ma femme ?
Je vous ay promis , reprit
le Juif , en ſoûpirant , d'avoir
ſoin de la malheureuſe
Adrabista juſqu'à ma mort.
Toutes mes précautions
n'ont pû prévenir les effets
de ſon déſeſpoir , elle eſt
à jamais perduë pour vous ,
& je ne ſuis point fâché
dans mon infortune que
les remedes que je viens
Fameuſe par les grandes avantures qu'elle
2euës depuis àRome , & que je conterayune
autre fois.
GALANT . 245
vous offrir par hazard me
preſentent à vos yeux , où
je ſuis prêt d'expier dans les
fupplices , le crime de ma
négligence où de mon
malheur. Contez moy donc
cette funeſte hiſtoire, lui dit
avec bonté , l'affligé Halil ,
& n'en épargnez aucune
circonstance à madouleur.
Il vous fouvient , reprit le
Juif, des efforts que fit Adra.
biſta , & des larmes qu'elle
répandit pour vous retenir
auprés d'elle ; vous n'avez
pas non plus oublié les
pleurs & les prieres que je
Xij
246 MERCURE
mis en uſage pour flechir
voſtre courage inhumain.
Une vertu cruelle & plus
forte que l'amour vous ravit
enfin ànosyeux.
Crois - tu , dés que vous
fuſtes parti , me dit Adrabista
, que les larmes & les
gemiſſements ſoient main
tenant les armes dont je
veux me ſervir pour mevenger
de la fureur ou de l'infidelité
de mon barbare époux
Non , Adrianou ,non.
je veux le ſuivre malgré luy
& malgré toy : ma taille
avantageuſe&mon audace
GALANT. 247
m'aideront ſuffisamment à
cacher ma foibleſſe & mon
ſexe; enfin jeveux courir les
meſmes haſards que luy,par
tout où l'entraiſnera cette
impitoyable gloire qui l'arrache
àmon amour. Je vou
lus d'abord flatter ſa dou
leur; mais malgré mes foins,
ma complaiſance criminel.
le,& mon aveuglement l'ont
précipitée dans le plus
grand des malheurs. Je luy
permis d'eſſayer le turban ,
& de mettre un fabre à ſon
coſté. Elle ſe plaiſoit quelquefois
dans cet équipage
X iiij
248 MERCURE
de guerre , d'autrefois jer
tant fon fabre & ſon turban
par terre , elle affectoit de
mépriſer ces inſtruments
qu'elle deſtinoit à ſa perte.
Enfin elle feignit de paroiftre
devantmoy conſolée de
voſtre abſence , & pendant
plusde fix ſemaines elle ne
me parla pas plus de vous ,
que ſi elle ne vous euſt jamais
connu. Cette indiffe
rence m'inquietta pour
yous , & je luy dis unjour ,
eſtes - vous Adrabista , cette
heroine qui deviez fi glo.
rieuſement ſignaler voſtre
GALANT. 249
du
tendreffe , en courant jufqu'au
fond de l'Afic aprés
un époux ſi digne de voſtre
amour. Non , Adrianou , me
dit elle , je ne ſuis plus cette
Adrabista que vous avez veue
capable des plus extravagants
emportements
monde.J'aime tousjoursHa
lil comme mon ſeigneur &
mon époux ; je ſens toutes
les rigueursde ſon abfence ;
mais le temps & mes reflexions
ont rendu ma douleur
plus modeſte;& il n'est point
de fi miferable coin fur la
terre , où je n'aime mieux
250 MERCURE
attendre ſes ordres , que
m'expoſer en le cherchant
auhafard de le deshonorer
enme deshonorant moymeſme.
Je creus qu'elle me par
loit de bonne foy , & dans
cette confiance je luy donnay
plus de liberté & d'authorité
dans ma maifon que
je n'y en avois moy-mefme.
Enfin il vint un jour un
exprés que le gouverneur de
la Valone m'envoya pour me
preſſer d'aller porter des re
medes à fon fils qui estoit à
l'extremité. Je fis auffi- toſt
GALANT. 251
part de la neceffité de ce
voyage à Adrabista , je la
priayde chercher à ſe defen
nuyer pendant mon abfence
, & je partis avec mon
guide. Mais jugez de ma
conſternation lorſqu'à mon
retour dans ma maiſon , on
me fit part des funeſtes nouvelles
que vous allez entendre.
Le lendemain de mon
départ Adrabista fit ſeller
trois chevaux qui reſtoient
dans mon écurie. Elle s'équippa
du ſabre & du turban
qu'elle avoit tant de
fois mépriſez en ma preſen;
252 MERCURE
cé, elle fit monter avec elle
ſes deux eunuques à cheval ,
elle dit à fes femmes qu'elle
alloit ſe promener dans les
vallées qui font au pied des
montagnes de la Locrida ,
elley fut en effet , mais elle
alla plus loin encore , elle
pouſſa juſqu'à Elbaffan , où
un party des troupes de
l'Empereur des Chreftiens
Farreſta . Elle demanda à
parler au General de l'armée
qui eftoit alors à Du
razzo où elle fut conduire,
&de qui elle fut receue avec
tous les égards deus à fon
GALANT . 253
fexe & à la beauté. Je yous
apprends maintenant d'épouventables
nouvelles
Halil ; mais vous ne ſçavez
pas encore le plus grand
de vos malheurs. J'ay appris
depuis quelque temps qu'elle
s'eſtoit faite Chreftienne .
C'en eſt aſſez , luy dit
Halil , fortez & ne vous repreſentez
jamais à mes
yeux, je ne ſçay ſi mavertu
ſuffiroit pour vous derober
à ma fureur.
Yeghen qui s'eſtoitjetté ſur
le lit qui eſtoit à l'autre ex.
tremite de la chambre,aprés
254 MERCURE
avoir entendu ce recit , ſe
fit approcher de l'inconfolable
Halil, à qui il dit tout
ce qu'il creut capable d'apporter
quelque foulagement
à ſa douleur. Enfin
aprés pluſieurs de ces dif
cours qui ne perfuadent
gueres les malheureux , amy,
luydit- il, jettez les yeux
fur mon jardin , & voyez fi
dans le grand nombre de
beautez qui s'y promenent ,
il n'y en aura pas une qui
puiſſe vous conſoler de la
perte de l'infidelle Adrabiſta.
Jevousdonnecellequevous
GALANT. 255
préfererez aux autres , quelque
chere qu'elle me puiſſe
eſtre. Je veux , luy répondit
Halil, à qui une propofition
fi flateuſe fit preſque oublier
toute ſon infortune
eſtre auſſi genereux que
vous , & n'écouter l'offre
magnifique que vous me
faites , que pour vous en remercier
: non , non, reprit
Yeghen, il n'en ſera que ce
qu'il me plaira ,&nous verrons
dés que vous ferez gueri
, ſi vous affecterez encore
d'eſtre , ou ſi vous ferez fincerement
auffi genereux
quemoy.
256 MERCURE
Au bout de quatre ou cinq
jours ils furent gueris tous
deux.Alors Veghenplus charmé
encore des vertus d'Halil,
lemenadans un cabiner
de ſon jardin , où à travers
une jalouſie il vit paſſertoutes
les femmes qui estoient
dans le ſérail de ce Bacha,
qui ne s'occupa pendant
cette reveuë qu'à examiner
la contenance d'Halil , &
qu'à luy demander ce qu'il
penſoit de chaque beauté
qui paſſoit au pied de la ba
luſtrade où ils eftoient.
Enfin aprés avoir longtemps
GALANT 25
1
temps confideré aſſez tranquillement
tout ce que l'Europe
& l'Afie avoient peuteſtre
de plus beau , il vitune
grande perſonne dont les
habits eſtoient couverts des
plus riches pierreries de l'O
rient , negligemment appuyée
fur deux eſclaves , &
dont les charmes divins of
Froient aux yeux un majel
tueux étalage des plusrates
merveilles du monde. Auffitoſt
il marqua d'un ſonpir le
prompt effet du pouvoir iné.
vitable de ſes attraits vainqueurs.
Qu'avez-vous , luy
Juin 1714. Y
258 MERCURE
dit àl'inſtant Yeghen , amy,
vous ſoupirez ?Ah,ſeigneur,
je me meurs , reprit Halil ,
qu'onm'ouvre àl'heuremeſ
me les portes de voſtre ſé.
rail,&ne m'expoſez pas davantage
aux traits d'unegenorofité
fi cruelle. Je vous
entends , reprit Yeghen ,
mais je ne veux pas conſentir
à vous laiſſer fortir
de mon Serail , que vous
n'ayez épousé celle de
toutes ces perſonnes qui
vous plaiſt davantage. Elles
font toutes mes femmes ,
àl'exception de la derniere
GALANT 259
qui eſt ma fille , recevez- là
de ma main mon fils , &
aimez moy toûjours.
Halil fe jetra fur le
champ aux pieds du Bacha
qui le releva dans le
moment , pour le conduire
à l'appartement de ſa fille ,
dont le même jour , il le
rendit l'heureux Epoux ; Il
prit enſuite uniquement
ſoin de ſa fortune , juſqu'à
ſa mort , qui arriva juſtement
, un mois aprés avoir
engagé le Sultan Solyman
à donner à ſon gendre le
Bachalik de Damas.
Yij
260 MERCURE
Halil a vécu depuis plus
de vingt ans avec tout l'é
clat & tous les honneurs.
dont puiſſent joüir les plus
Grands Seigneurs de l'Empire
Othoman . Mais il n'eſt
rien de fi fragile que le
bonheur des hommes , la
moindre jaloufic ou la
,
moindre eſperanceles
étourdit au milieu de leur
felicité , & il ſuffit qu'ils
ayent eſté tousjours heureux
, pour croire n'avoir
jamais d'infortune à redouter
: enyvré de leur gran
deur , leur Maiſtre ne de
GALANT . 261
vient à leurs yeux qu'un
mortel comme eux , fouvent
meſme ils prétendent
s'attirer & meriter plus
d'honneurs que leur Mail
tre
Le trés haut Sultan Achmet
àpréſent regnant , ſur la
nouvelle de la revolte du
Bacha de Bagdad , a fur le
champ envoyé aux Bachas
de Damas & d'Alep un
ordre exprés de marcher
avec toutes leurs troupes
contre ce rebelle ſujet. Sitoſt
que leur armée a eſté
en estat d'entrer en cam262
MERCURE
pagne , ils ont rencontre
attaqué &battu ce Bacha.
Le Sultan juſques-là a efté
fervi à merveille ; mais on
ajouſte qu'ébloüis appar
ramment de quelques projets
ambitieux dont on ne
ſçait encore ny le fond
ny les détails , & flattez
ſans doute de l'eſpoir
d'un ſuccez favorable , ces
deux Bachas ont entretenu
une intelligence criminelle
avec celuy de Bagdad.
Que le Bacha de
Damas a eſté convaincu de
ce crimepar des lettres qui
GALANT . 263
onteſté interceptées ,& qui
fot tombées entre les mains
du Grand Seigneur , qui a
dépeſché auſſi toſt l'ordre
ſuprême qui vient de coufter
la vie à cet infortuné
Bacha. Je ne ſçay pas encore
, files muets l'ont étranglé,
s'il a efté afſaſſiné , ou
ſi on luy a tranché la teſte ;
mais je ſçay bien que le
Sultan a prononcé l'arreſt
dont il eſt mort .
Dés que l'Armenien cuft
fini ſon recit , je le remerciay
de m'avoir appris tant
de particularitez de la vic
C
264 MERCURE
des trois Bachas Halil
Yeghen & Zeinal , & je le
priay de m'informer de
toutes les nouveautez qu'il
pourroit apprendre encore.
Il ne ſe paſſera rien dans
ce pays- cy qui vaille la peine
de vous eftre mandé
dont je ne vous faſſe pare
avec plaifir.
Je ſuis Mr. &c.
du Bacha de Damas.
IL eſt ſi difficile de ſçavoir
poſitivement ce qui ſe
paffe dans cet Empire,qu'on
n'y demeſle ſouvent la veri.
té d'un fait , quelque éclatant
qu'il foit , que longtemps
aprés qu'il eſt arrivé.
Les nouvelles de l'Afie , &
celles de l'Europe entrent
confufément à Conftantinople
, où chacun les débite
1
A
GALANT . 219
au gré de ſes intereſts , le
Courier qui en eft chargé
les donne au grand Viſir ,le
grand Viſir au Sultan , & le
Sultanles enſevelit dans ſon
ſérail. Ainfije n'oſe encore
vous aſſeurer que les dernieres
circonstances de l'hiſtoire
que je vais vous écrire ,
foient telles qu'on les raconte
icy; mais je vous promets
que je ſeray exact à
vous detromper , ſi le temps
ou le haſard me detrompent.
Il y a quatrejours que me
promenant avec quelques
Tij
210 MFRCURE
qui
eſtrangers dans ma çaique,
fur le canal de la Mer noire,
un fameux Armenien ,
a fait toute la vie un grand
commerce d'eſclaves , me
conta à peu prés en ces
termes l'hiſtoire de Halil
Acor Bacha de Damas .
J'étois , me dit- il, un jour,
( & bien jeune alors ) à Baghlar
qui eſt un Port de
cette Mer , environ à so
lieuës d'icy lorſqu'un
* Sheieke de mes amis y arriva.
Je le priay de venir
* Predicateur Turc,
GALANT 227
loger dans le meſme * Caravanfarai
que moy. La Maifon
eſtoir alors pleine
d'hommes & de chevaux.
Le Sultan Mahomet IV. dont
le regne étoit plus tranqui
le qu'il n'avoit encore eſté,
&qu'il ne l'a eſté depuis ,
preſtoit dans ce temps au
Kan della Krimée dix
mille hommes de ſes troupes
pour les joindre à douze
mille Tartares de Budziack
& de Bialogrod , qu'il
deftinoit à quelque grande
entrepriſe. Les Janifſſaires ,
* Auberge Turque.
Tiij
222 MERCURE
3
1
les Spahis , & les Afiati
ques que le Grand Seigneur
envoyoit au Kan paffoient
alors par Baghlar où nous
eſtions . Un de ces Janiffai
res entr'autres natif de
* Chaplar en Bulgarie voulut
profiter de l'occaſion
de cette route pour mener
plus ſeurement chez luy
une belle fille qu'il avoit
epousée depuis un an à
Midia de Romanie, Nous:
la trouvâmes avec fon
mary dans le Caravanfarai
que nous avions choiſi
Ville maritime de la Mer noire.
GALANT. 223
২
lorſque nous yarrivame s .
Le hazard nous plaça auprés
d'eux , le Janiſſaire
m'en parut content , il aimoit
mieux voir à côté de
ſa femme , un Venerable
Sheieke qu'aucun de ſes camarades.
Nous ſoupâmes
cependant & nous nous
endormimes ſur la paille.
Une heure avant le jour
nous entendimes des cris
aigus qui nous réveillérent
comme tous les hoftes de
la maiſon ; la femme du
Janiſſaire que fon.Mary
n'avoit pas crue ſi proche
T iiij
224 MERCURE
de ſon terme venoit de
mettre un enfant au monde
, à coſté de mon Sheie
xe , qui ſe trouva fort ſcandaliſé
de cet accouchement.
Il ſe leva plein de
couroux , en diſant que ſes
habits étoient foülliés du
déſordre & des accidents
de cette avanture , néanmoins
la mortification &
l'embarras du Janiſſaire ,
les douleurs de ſa femme
& mes difcours l'addoucirent
; je luy perſuaday ( &
il le ſçavoit bien , ) qu'il
feroit lavé de cette tache
GALANT. 225
en lavant ſa robe & fa per
ſonne avant la premiere
priere. Je le menay au bain
qui eſtoit dans le Caravan
farai où il ſe fit toutes les
cerémonies de l'ablution
desTurcs.
Cependant je retournay
auprés du trifte Janiſſaire ,
&de ſa femme qui gemiſſoit
encore des reſtes ou du fouvenir
de fa douleur ; je lui
donnay tous les ſecours
que je pûs imaginer , on
attendant le retour de mon
Sheieke.
f
L'étoile la plus favorable
226 MERCURE
qui puiſſe veiller fur nos
jours , ne flatte pas les Mufulmans
d'une plus heureuſe
deſtinée qu'un Sheike,
ou un Emir * lorſqu'ils préfident
à la naiſſance de
leurs enfants. Celuy- cy revint
enfinà nous, prés d'une
heure après le lever du Soleil.
Et aprés avoir enviſagé
le Janiſſaire , ſa femme
& fon fils , d'un air tranſ
porté de l'excellence des
avantages qu'il avoit à leur
promettre , il leur prédit
ces choſes.
Prêtre Ture.
GALAND. 227
Letrés puiſſant trés mi
fericordieux Alla a jettéfur
vous & fur vostre fils des regards
bienfaisants le faim
Prophete efto fon meffager.
Il'a pitié de vous , & Sultan
Mahomet qui est agréable au
trés mifericordieux que le
faint Prophete oberit vous élevera
aux premiers honneurs de
fon Empire. Alla * ha Alla.
Tousoles affiftans felici
terent auffi toſt le Janiſſaire
fur la prédiction du Sheieke.
Cette nouvelle paſſa juf
qu'à fon Aga qui luy donna
d'abord de grandes mara
* Dieu. Dieu eſt Dicu.
228 MERCURE
4
ques de distinction. Enfin
le jour du départ des troupes
qui estoient à Bagblar
eſtant venu , il nous quitta
aprés nous avoir juré qu'il
n'oublieroitja mais les obli
gations qu'il nous avoit. N
nousa tenu parole , & c'eſt
de luy-meſme que j'ay appris
avec la ſuite de fa for
tune, une partiede l'hiſtoire
de ſon fils , que vous allez
entendre.
Dés que Zeinal ( c'eſt le
nom de ce Janiſſaire ) cut
remis ſa femme à Chaplar
entre les mains de fa mere,
GALANT. 229
il ne fongea plus qu'à verifier
l'oracle du Sheiere H
fitdans la Krimée des actions
éclatantes que ſon Aga fit
valoir autant qu'elles lemeritoient
aux yeux du Grand
Viſir Cuprogli , qui l'avança
en ſi peu de temps , qu'en
moins de fix ans il le fir
nommer par ſa Hauteffe
Bacha d'Albanie. Il remplit
cette grande place avec
beaucoup d'honneur pen.
dant pluſieurs années , enfin
aprés la dépoſition du
malheureux Sultan Mahomet
IV. Sitoſt que ſon frere
230 MERCURE
Sultan Soliman III . fut mon
té ſur le thrône, il voulut
à l'exemple de tous les au.
tres Bachas profiter desdefordres
de l'Empire pour
augmenter fon credit ; mais
il ſe broüilla malheureuſement
avec le fameux & redoutable
Osman Yeghen
dont le courage , la politi
que & l'audace firent trembler
Solyman juſques dans
fon ferail.
Zeinal s'étoit oppoſé aux
contributions qu'Yeghen *
Serafier de l'armée d'Hon-
* General des Armées du Grand Seigneur.
GALANT 238
grie , avoit tirez de la Ro
melie , & aux impoſitions
qu'il avoit miſes ſur tous les
Juifs & les Chrétiens qui
eſtoient à Theſſalonique ,
& qu'il avoit taxez à deux
Piaſtres par teſte. Il avoit
meſme envoyé un gros party
de Cavalerie qui avoit
taillé en piece les gens
qu'Yeghen avoit chargez de
lever ces impoſitions.
Le Grand Viſir Ismael
trembloit alors de peur
que le Serafkier ne vint à
Conſtantinople avec fon
armée , & qu'il ne le fit dé
232 MERCURE
pofer bien toſt , comme il
avoit déja fait déposer le
Grand Vifir Solyman fon
predeceſſeur. Yeghen qui
reconnut l'avantage qu'il
avoit fur ce foible Viſir ,
luy demanda la teſte de
Zeinal. Ifmael qui de fon
coſté cherchoit à l'ébloüir
par de fauſſes apparences ,
fut ravi de luy pouvoir faire
un ſacrifice dont il n'avoit
rien à apprehender ,
puiſqu'il ne le rendoit pas
plus fort , ainſi quoyque
Zeinalne fût coupable d'au .
cun crime , il le fit décapi-
: ter
GALAN 2338
ter publiquement , dans la
Cour du Serail devant la
porte du Divan.?
Cependant ſon fils Halil
Acor faiſoit alors les fonctions
de Capigibachi en Afie,
où il n'apprit la mort de
ſon pere que long - temps
aprés qu'elle fut arrivée.
Il y avoit affez d'affaires
en Hongrie pour exercer
ſon courage ; mais l'amour
produifit luy ſeul tous les
motifs de fon éloignement.
Il avoit vû par, hazard
dans le Serail de ſon pere
une belle fille de l'iſle de
Juin 1714.
V
234 MERCURE
Chypre que Zeinal deftinoir
au grand Seigneur , il en
devint éperduëment amoureux
, il mit dans ſes interêts
deux femmes qui la fervoient
, il ſéduifit deuxEu
nuques à force de preſents,
il profita de l'abſence de
ſon pere pour s'introduire
toutes les nuits dans ſon
Sérail , & enfin il engagea
cette belle fille à luy donner
les dernieres & les plus
fortes preuves de fa tendreſſe.
Plus flatée de l'efpoir
de poffeder le coeur
d'Halil que de la gloire
GALANT. 2:5
chimérique dont on repait
la vanité de celles qu'on
deſtine aux plaiſirs du
Grand Seigneur , elle avoit
conſenti que ſon Amant
l'enleva avec ſes deux femmes
& ſes deux Eunuques ,
elle estoit déja meſme affez
loin du Serail de Zeinal ,
lorſque ce Bacha revint
chez luy la nuit meſme
qu'on avoit priſe pour cet
enlevement. Maisheureu-
- ſement pour ces Amantsi!
n'entra que le lendemain
matin dans le quartier des
Femmes , où il apprit avec
Vij
236 MERCURE
tous les tranſports de la
plus violente fureur le defordre
de la nuit préceden
te. Il monta auffi - toſt à
Cheval , & de tous les côtez
il fit courir aprés fon
fils ; mais ſes ſoins & ſa diligence
furent inutiles. Halil
qui n'eſtoit pas ſi loin
qu'il le cherchoit , avoit eu
la précaution de s'affeurer
d'une Maiſon qu'un Me
decin Juif qui n'eſtoit pas
des amis de fon pere avoit
dans les montagnes. Il falloit
traverſer plus de deux
lieuës de defert avant d'y
/
GALANT. 237
arriver, & jamais Zeinal n'y
ſes amis , ny fes eſclaves
ne s'eſtoient aperceus que
fon fils connuſt ce Juif.
Halil auroit pû longtemps
profiter de la ſeureté
de cet azile , ſi les troubles
dont l'Empire eſtoit
agité , & fon courage ne
l'avoient pas preffé bien
toſt de facrifier ſon amour
à ſa gloire. Les larmes de
ſa femme , ny les prieres du
Juif qui luy promit enfin
d'en avoir foin juſqu'à la
mort , ne purent l'arreſter
davantage. Il ſe rendit à
138 MERCURE
Conſtantinople , où il fur
reconnu d'abord par un
des amis de fon Pere qui
le recommanda particulierement
au Grand Vifir Som
lyman , qui , en confideration
de l'audace , de l'efprit
, de la bonne mine de
ce Jeune homme , & du
mérite de Zeinal , luy donna
ſur le champune Com
pagnie de Spahis. Il cut ordre
d'aller ſervir en Afie ,
où en peu de temps ſa valeur
le fit parvenir à la
Charge de Capigibachi
qu'il exerça avec honneur
அ
1
GALANT. 239
juſqu'à la mort de ſon Pere .
Le Vifir Ismaël qui avoit
eu la lacheté de faire exé
cuter l'injuſte & cruel ar
reft qu'il avoit prononcé
contre Zeinal , futbien-toft
aprés la victime de fa for
bleſſe. Yeghen revint àConf
tantinople , aprés en avoir
fait chaffer honteuſement
ce Viſir , qui ne pût racheter
ſa vie qu'aux dépens de
toutes les richeſſes que fon
avarice infatiable luy avoit
fait amaſſer pendant fon
indigne miniftere. Halil y
fut rappellé en meſme
240 MERCURE
temps qu'Yeghen , avec les
troupes qui ſervoient en
Afie. Il fut auffi toft à la
maiſon de ce General àqui
il dit qu'il ne luy rendoit
cette viſite , que pour luy
demander raiſon du fang
de ſon pere qu'il avoit fait
repandre , Yeghen conſentit
àluy donner cette fatisface
tion dans une des plus fecrettes
chambres de fon
Serail , où aprés un com
bat aſſez long , Ils ſe blef
férent tous deux : cependant
Yeghen eut l'avantage;
mais il n'en abuſa pas , au
contraire
GALANT. 241
contraire , loin de fonger
à ſe défaire d'un ennemi
auſſi redoutable qu'Halil ,
Je love , luy dit- il , ton coursge
&j'approuve ton reffentiment
: il n'a tenu qu'à ton Pere
d'eftre toûjours mon amy , mais
il a voulu me perdre & je
l'ay perdu. Tu as Satisfait à
ton honneur , en eſſayant de le
vanger : Vois , & dis moy
maintenant ce que tu veux , &
ce que je puis pour toy. Halil
eftonné de la generoſité de
ce grand homme , luy répondit
, Yeghen je ne veux
maintenant,que m'efforcer d'ê-
Juin1714. X
242 MERCURE
tre auffi genereux que toy. Si tu
veux m'imiter , reprit- il ,facrifie
ta vangeance à mon amitié
que je t'offre , je vais ordonner
qu'on nous penſe de nos bleſſu
res , je prétends que tu ne
gueriffe des tiennes que dans
mon Serail. Il appelle auffitoſt
ſes Eſclaves qui menerent
fur le champ Halil
dans une chambre où ily
avoit deux lits qui n'étoient
ſeparez l'un de l'autre que
par un grand rideau de taffetas
couleur de feu qui
eſtoit directement au milieu
de la chambre dont les
GALANT 243
Croiſez qui estoient aux
deux extremitez avoient
vûë de chaque coſté ſur
les Jardins où ſe promenoient
tous les jours les
femmes & les enfants
d'Yeghen.
Dés qu'on eut arreſté
ſon ſang , & qu'il ſe fut
mis au lit , il vit entrer
dans ſa chambre le Medecin
Juif à qui il avoit confié
la belle Eſclave qu'il
avoit épousée dans ſa maifon
, aprés l'avoir enlevée
du Serail de ſon Pere. A
drianou , luy dit il auſſi toſt ,
X ij
244 MERCURE
moncher Adrianou que faítes
-vous icy ? Pourquoy
eftes vous maintenant à
Conftantinople , & dans
quel eſtat eſt ma femme ?
Je vous ay promis , reprit
le Juif , en ſoûpirant , d'avoir
ſoin de la malheureuſe
Adrabista juſqu'à ma mort.
Toutes mes précautions
n'ont pû prévenir les effets
de ſon déſeſpoir , elle eſt
à jamais perduë pour vous ,
& je ne ſuis point fâché
dans mon infortune que
les remedes que je viens
Fameuſe par les grandes avantures qu'elle
2euës depuis àRome , & que je conterayune
autre fois.
GALANT . 245
vous offrir par hazard me
preſentent à vos yeux , où
je ſuis prêt d'expier dans les
fupplices , le crime de ma
négligence où de mon
malheur. Contez moy donc
cette funeſte hiſtoire, lui dit
avec bonté , l'affligé Halil ,
& n'en épargnez aucune
circonstance à madouleur.
Il vous fouvient , reprit le
Juif, des efforts que fit Adra.
biſta , & des larmes qu'elle
répandit pour vous retenir
auprés d'elle ; vous n'avez
pas non plus oublié les
pleurs & les prieres que je
Xij
246 MERCURE
mis en uſage pour flechir
voſtre courage inhumain.
Une vertu cruelle & plus
forte que l'amour vous ravit
enfin ànosyeux.
Crois - tu , dés que vous
fuſtes parti , me dit Adrabista
, que les larmes & les
gemiſſements ſoient main
tenant les armes dont je
veux me ſervir pour mevenger
de la fureur ou de l'infidelité
de mon barbare époux
Non , Adrianou ,non.
je veux le ſuivre malgré luy
& malgré toy : ma taille
avantageuſe&mon audace
GALANT. 247
m'aideront ſuffisamment à
cacher ma foibleſſe & mon
ſexe; enfin jeveux courir les
meſmes haſards que luy,par
tout où l'entraiſnera cette
impitoyable gloire qui l'arrache
àmon amour. Je vou
lus d'abord flatter ſa dou
leur; mais malgré mes foins,
ma complaiſance criminel.
le,& mon aveuglement l'ont
précipitée dans le plus
grand des malheurs. Je luy
permis d'eſſayer le turban ,
& de mettre un fabre à ſon
coſté. Elle ſe plaiſoit quelquefois
dans cet équipage
X iiij
248 MERCURE
de guerre , d'autrefois jer
tant fon fabre & ſon turban
par terre , elle affectoit de
mépriſer ces inſtruments
qu'elle deſtinoit à ſa perte.
Enfin elle feignit de paroiftre
devantmoy conſolée de
voſtre abſence , & pendant
plusde fix ſemaines elle ne
me parla pas plus de vous ,
que ſi elle ne vous euſt jamais
connu. Cette indiffe
rence m'inquietta pour
yous , & je luy dis unjour ,
eſtes - vous Adrabista , cette
heroine qui deviez fi glo.
rieuſement ſignaler voſtre
GALANT. 249
du
tendreffe , en courant jufqu'au
fond de l'Afic aprés
un époux ſi digne de voſtre
amour. Non , Adrianou , me
dit elle , je ne ſuis plus cette
Adrabista que vous avez veue
capable des plus extravagants
emportements
monde.J'aime tousjoursHa
lil comme mon ſeigneur &
mon époux ; je ſens toutes
les rigueursde ſon abfence ;
mais le temps & mes reflexions
ont rendu ma douleur
plus modeſte;& il n'est point
de fi miferable coin fur la
terre , où je n'aime mieux
250 MERCURE
attendre ſes ordres , que
m'expoſer en le cherchant
auhafard de le deshonorer
enme deshonorant moymeſme.
Je creus qu'elle me par
loit de bonne foy , & dans
cette confiance je luy donnay
plus de liberté & d'authorité
dans ma maifon que
je n'y en avois moy-mefme.
Enfin il vint un jour un
exprés que le gouverneur de
la Valone m'envoya pour me
preſſer d'aller porter des re
medes à fon fils qui estoit à
l'extremité. Je fis auffi- toſt
GALANT. 251
part de la neceffité de ce
voyage à Adrabista , je la
priayde chercher à ſe defen
nuyer pendant mon abfence
, & je partis avec mon
guide. Mais jugez de ma
conſternation lorſqu'à mon
retour dans ma maiſon , on
me fit part des funeſtes nouvelles
que vous allez entendre.
Le lendemain de mon
départ Adrabista fit ſeller
trois chevaux qui reſtoient
dans mon écurie. Elle s'équippa
du ſabre & du turban
qu'elle avoit tant de
fois mépriſez en ma preſen;
252 MERCURE
cé, elle fit monter avec elle
ſes deux eunuques à cheval ,
elle dit à fes femmes qu'elle
alloit ſe promener dans les
vallées qui font au pied des
montagnes de la Locrida ,
elley fut en effet , mais elle
alla plus loin encore , elle
pouſſa juſqu'à Elbaffan , où
un party des troupes de
l'Empereur des Chreftiens
Farreſta . Elle demanda à
parler au General de l'armée
qui eftoit alors à Du
razzo où elle fut conduire,
&de qui elle fut receue avec
tous les égards deus à fon
GALANT . 253
fexe & à la beauté. Je yous
apprends maintenant d'épouventables
nouvelles
Halil ; mais vous ne ſçavez
pas encore le plus grand
de vos malheurs. J'ay appris
depuis quelque temps qu'elle
s'eſtoit faite Chreftienne .
C'en eſt aſſez , luy dit
Halil , fortez & ne vous repreſentez
jamais à mes
yeux, je ne ſçay ſi mavertu
ſuffiroit pour vous derober
à ma fureur.
Yeghen qui s'eſtoitjetté ſur
le lit qui eſtoit à l'autre ex.
tremite de la chambre,aprés
254 MERCURE
avoir entendu ce recit , ſe
fit approcher de l'inconfolable
Halil, à qui il dit tout
ce qu'il creut capable d'apporter
quelque foulagement
à ſa douleur. Enfin
aprés pluſieurs de ces dif
cours qui ne perfuadent
gueres les malheureux , amy,
luydit- il, jettez les yeux
fur mon jardin , & voyez fi
dans le grand nombre de
beautez qui s'y promenent ,
il n'y en aura pas une qui
puiſſe vous conſoler de la
perte de l'infidelle Adrabiſta.
Jevousdonnecellequevous
GALANT. 255
préfererez aux autres , quelque
chere qu'elle me puiſſe
eſtre. Je veux , luy répondit
Halil, à qui une propofition
fi flateuſe fit preſque oublier
toute ſon infortune
eſtre auſſi genereux que
vous , & n'écouter l'offre
magnifique que vous me
faites , que pour vous en remercier
: non , non, reprit
Yeghen, il n'en ſera que ce
qu'il me plaira ,&nous verrons
dés que vous ferez gueri
, ſi vous affecterez encore
d'eſtre , ou ſi vous ferez fincerement
auffi genereux
quemoy.
256 MERCURE
Au bout de quatre ou cinq
jours ils furent gueris tous
deux.Alors Veghenplus charmé
encore des vertus d'Halil,
lemenadans un cabiner
de ſon jardin , où à travers
une jalouſie il vit paſſertoutes
les femmes qui estoient
dans le ſérail de ce Bacha,
qui ne s'occupa pendant
cette reveuë qu'à examiner
la contenance d'Halil , &
qu'à luy demander ce qu'il
penſoit de chaque beauté
qui paſſoit au pied de la ba
luſtrade où ils eftoient.
Enfin aprés avoir longtemps
GALANT 25
1
temps confideré aſſez tranquillement
tout ce que l'Europe
& l'Afie avoient peuteſtre
de plus beau , il vitune
grande perſonne dont les
habits eſtoient couverts des
plus riches pierreries de l'O
rient , negligemment appuyée
fur deux eſclaves , &
dont les charmes divins of
Froient aux yeux un majel
tueux étalage des plusrates
merveilles du monde. Auffitoſt
il marqua d'un ſonpir le
prompt effet du pouvoir iné.
vitable de ſes attraits vainqueurs.
Qu'avez-vous , luy
Juin 1714. Y
258 MERCURE
dit àl'inſtant Yeghen , amy,
vous ſoupirez ?Ah,ſeigneur,
je me meurs , reprit Halil ,
qu'onm'ouvre àl'heuremeſ
me les portes de voſtre ſé.
rail,&ne m'expoſez pas davantage
aux traits d'unegenorofité
fi cruelle. Je vous
entends , reprit Yeghen ,
mais je ne veux pas conſentir
à vous laiſſer fortir
de mon Serail , que vous
n'ayez épousé celle de
toutes ces perſonnes qui
vous plaiſt davantage. Elles
font toutes mes femmes ,
àl'exception de la derniere
GALANT 259
qui eſt ma fille , recevez- là
de ma main mon fils , &
aimez moy toûjours.
Halil fe jetra fur le
champ aux pieds du Bacha
qui le releva dans le
moment , pour le conduire
à l'appartement de ſa fille ,
dont le même jour , il le
rendit l'heureux Epoux ; Il
prit enſuite uniquement
ſoin de ſa fortune , juſqu'à
ſa mort , qui arriva juſtement
, un mois aprés avoir
engagé le Sultan Solyman
à donner à ſon gendre le
Bachalik de Damas.
Yij
260 MERCURE
Halil a vécu depuis plus
de vingt ans avec tout l'é
clat & tous les honneurs.
dont puiſſent joüir les plus
Grands Seigneurs de l'Empire
Othoman . Mais il n'eſt
rien de fi fragile que le
bonheur des hommes , la
moindre jaloufic ou la
,
moindre eſperanceles
étourdit au milieu de leur
felicité , & il ſuffit qu'ils
ayent eſté tousjours heureux
, pour croire n'avoir
jamais d'infortune à redouter
: enyvré de leur gran
deur , leur Maiſtre ne de
GALANT . 261
vient à leurs yeux qu'un
mortel comme eux , fouvent
meſme ils prétendent
s'attirer & meriter plus
d'honneurs que leur Mail
tre
Le trés haut Sultan Achmet
àpréſent regnant , ſur la
nouvelle de la revolte du
Bacha de Bagdad , a fur le
champ envoyé aux Bachas
de Damas & d'Alep un
ordre exprés de marcher
avec toutes leurs troupes
contre ce rebelle ſujet. Sitoſt
que leur armée a eſté
en estat d'entrer en cam262
MERCURE
pagne , ils ont rencontre
attaqué &battu ce Bacha.
Le Sultan juſques-là a efté
fervi à merveille ; mais on
ajouſte qu'ébloüis appar
ramment de quelques projets
ambitieux dont on ne
ſçait encore ny le fond
ny les détails , & flattez
ſans doute de l'eſpoir
d'un ſuccez favorable , ces
deux Bachas ont entretenu
une intelligence criminelle
avec celuy de Bagdad.
Que le Bacha de
Damas a eſté convaincu de
ce crimepar des lettres qui
GALANT . 263
onteſté interceptées ,& qui
fot tombées entre les mains
du Grand Seigneur , qui a
dépeſché auſſi toſt l'ordre
ſuprême qui vient de coufter
la vie à cet infortuné
Bacha. Je ne ſçay pas encore
, files muets l'ont étranglé,
s'il a efté afſaſſiné , ou
ſi on luy a tranché la teſte ;
mais je ſçay bien que le
Sultan a prononcé l'arreſt
dont il eſt mort .
Dés que l'Armenien cuft
fini ſon recit , je le remerciay
de m'avoir appris tant
de particularitez de la vic
C
264 MERCURE
des trois Bachas Halil
Yeghen & Zeinal , & je le
priay de m'informer de
toutes les nouveautez qu'il
pourroit apprendre encore.
Il ne ſe paſſera rien dans
ce pays- cy qui vaille la peine
de vous eftre mandé
dont je ne vous faſſe pare
avec plaifir.
Je ſuis Mr. &c.
Fermer
Résumé : HISTOIRE du Bacha de Damas.
Le texte narre l'histoire de Halil Acor Bacha de Damas, relatée par un Arménien ayant été impliqué dans le commerce d'esclaves. L'histoire commence à Baghlar, un port de la mer Noire, où un Janissaire nommé Zeinal, originaire de Bulgarie, réside avec sa femme enceinte. Un Sheik et l'Arménien les assistent lors de l'accouchement. Le Sheik prédit un avenir glorieux pour l'enfant, qui se réalise lorsque Zeinal devient Bacha d'Albanie. Cependant, Zeinal est exécuté sur ordre du Grand Visir Ismael, à la demande du général Osman Yeghen. Le fils de Zeinal, Halil, alors Capigibachi en Asie, apprend la mort de son père longtemps après. Halil, épris d'une esclave destinée au Sultan, l'enlève et se réfugie chez un médecin juif. Forcé de quitter sa cachette, Halil se rend à Constantinople où il est reconnu et rejoint les Spahis. Après la mort de son père, Halil affronte Yeghen en duel, mais est blessé. Yeghen, impressionné par le courage de Halil, lui offre son amitié. Halil apprend ensuite la mort de sa femme, Adrabista, des mains du médecin juif Adrianou. Le texte relate également l'histoire d'Adrabista, une femme juive et épouse de Halil. Désespérée par le départ de Halil, elle décide de le suivre déguisée en homme pour affronter les dangers qu'il rencontre. Elle cache sa douleur et son désir de le rejoindre, mais finit par révéler ses intentions à Adrianou, un confident. Malgré ses efforts pour la dissuader, Adrabista s'enfuit et rejoint les troupes chrétiennes, où elle se convertit au christianisme. De son côté, Halil, informé de la trahison d'Adrabista, est dévasté. Yeghen, un ami de Halil, tente de le consoler en lui offrant une de ses femmes. Halil, après une période de réflexion, choisit la fille de Yeghen et l'épouse. Il mène ensuite une vie prospère et honorable jusqu'à sa mort. Le texte se termine par la nouvelle de la rébellion du Bacha de Bagdad et de la trahison des Bachas de Damas et d'Alep, qui sont accusés de complicité. Le Bacha de Damas, Halil, est exécuté sur ordre du Sultan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 217-241
Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Début :
Je suis fort redevable à Mr L. V. du present qu'on [...]
Mots clefs :
Enfant, Mariage, Père, Époux, Épouse, Naissance, Province, Gendre, Procès, Chagrin, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Je fuis fort redevable à
Mr L. V. du present qu'on
vient de me faire de sa part,
& je ne doute point que
tout le monde ne luy fçaJ
che autant de gré que moy
; de la peine qu'il a prise de
décacher tous les Articles
; principaux d'un procez extraordinaire
qui vient d'cc.
trejugéà un des premiers
tribunaux de Paris, pouren
composer(sans s'écarter de
la vérité) l'histoire qui suit
sur les pieces originales qui
en font la matiere.
Mademoiselle Nassulvaved
estnée dans une des
plus considerables provinces
du Royaume; ses parens
qui y tenoient les premiers
rangs dans la robe, & qui
possedoient de grands
biens, luy donnerent une
éducation conforme à sa
naissance, leurs foins ne furent
pas infructueux. Elle
eut a peine quinze ansquelle
fut l'admiration de toute
sa province, les plus honnestes
gens luy rendirent
des soins; sa beauté, sa ieunesse,
& son esprit au dessus
de son âgeluy attirerent
bien-tost une grosse cour. De tous ceux qui s'empresserent
à la servir, le
seul Emselad son parent fut
celuy qui trouva le secret de
la rendre sensible
,
le libre
accez qu'il avoit dans la
maison de son pere ,
luy
fit faire en peu de temps
un progrez considerable
sur son coeur. Les premierres
inclinations sont viol
lentes, on oublie facilement
le devoir pour ne suivre
que les mouvements
d'unepassion agreable.
La pauvre Demoiselle fen*
tit bien-tost avec douleur;
ce que Forcez de sa complaisance
alloit lyy couster;
lacrainte que sa hontene;
le:, decouvrist, l'accabla
d'horreur & de tristiesse,
elle pressa, mais inutilement
,Emcelad à la demander
en mariage, des raisons
de famille luy servirent de
prpérétetexxttee ppoouurr ll''eesnlooii~gnneerr de
cette proposition. Lnnnuii
autre parti se presenta, ce
fut Lezariu magistrat illustre,
riche &connu, particulierement
du pere de
Nassulvaved, quifutécoute
ir- favorablement.Le pere
sans consulter sa fille regle
avec luy, & les conditions
Ôc le temps du mariage.
Quel coup de foudre pour
cette tendre amante ! de
quels mouvements ne futelle
pointagitée quand elle
,~
apprit cette fatale resolution.
Il falloit renoncer
pour cousjours à la feule
r personne qui luy estoirchere,
s'engager avec une àurre
qu'elle ne pouvoit souffris,
& plus que cela, s'exporer
à l'accablante confusion de
voir découvrir parun
les fuites d'un commerce
qu'elle auroit fouhairé pouvoir
se cacker à elle-mesme.
Quellesituation 1 daps le
fort de sa douleur, elle chercha
de la consolation dans
les conseils de ses alTIies.,
elles luy proposerent ( entre
autres une Religieuse )
de se jetter aux pieds de son
pere, & deluy avoüer l'estac
où elle estoit
, pour ledé-
-
tourner du dessein qu'il
avoit formé, enÍÙite de ne
pas s'éloigner, au cas que Lezariu
fit quelques démarches
pour obtenir des
1. faveurs,& enfin de prendre
desremedes qu'elle s'offrit
de luy faire avoir pour
| empescher raccroiflement,
, ou plustost pour étouffer le
fruit de son premier amour;
; mais s'estanttrouvédes ob
tfaclesinfurmontablesàcecexpedient,
ktrifte Nassulvaved
se determinaà envo-
: yer chercher Emcelad,elle
,
l'informa de ce qui se pas-
> soit,Iuy peignitsontion
avec les traits les plus
vifs)le conjura de rompre l'engagement que l'on avoit
projetté, & quiestoit sur le
point de se conclure. Ses
prieres& ses larmes furent
sans effet,cet amant lasche,
infidele
, ou degousté, demeura
dans l'inaction, la
victime fut menée à l'aucel,
& le mariage célébré avec
Lezariu, sans qu'Emcelad
fit le moindre mouvement
pours'y opposer.
Les premiers jours de ce
mariage qui paroissoit si
convenable,& qui l'estoit
si peu, se passerent en apparence
asseztranquillement
; mais ce calme dura
peu, l'époux s'a pperceut du
malheur de son épouse
,
il
s'abandonna aux fureurs de
la plus noire jalousîe,& de
la plus violente colere, il la
força de luy avouër son crime,
luy fit nommer son seducteur,&
Tengageaàfaire
le mesme aveu devant son
pere, qu'il avoit fait venir
chez luy pour cela. Le pere
au desespoir porta son resfentimeot
jusqu'à vouloir
faire enfermer sa fille; mais
le mary qui prévit l'éclat
que cela feroit dans lemonde,
& que la honte en réjailliroit
sur luy, prit le par.
ty que tous les hommes sages
devroient prendre en
pareille occasion
;
il opposa
la puissance maritale à la
paternelle,pria son beaupere
d'écouffer son chagrin,
& exigea feulement de luy
que l'enfant qui naistroit
de son épouse ne sust point
confideré comme le sien;
on prit sur cela des temperaments,
oti convint quimmediatement
après la naissance
de l'enfant, il feroit
secretement exposé
, &
qu'on feroit ensorte qu'il
ignorast toujours son origine.
-
Le mary cependant qui
portoit tousjours dans le
coeur le trait de la jalousie
dont il avoit esté blessé
n'eut depuis , pour son epouse
qu'un extrêmeéloignement.
Il ne la voulut plus
voir pendant plus de six
mois, il fit plusieurs voyages
,
fut prendre les eaux,
trop heureux s'il eust peu
trouver celles de l'oubli.
Dans le septiéme mois du
mariage, sonépouse accoucha
d'une fille à une maison
de campagne de son
mary; l'enfant fut misaussitost
dans un panier, &por.
téàdix lieuësde là par un
laquais chez une nourrice
qui s'en chargea, &le fit
baptiser le lendemain fous
lenom de Catherine ccinime
un enfant trouvé; il ne
fut point parlé du nom hy
du pere ny de la mere , on
tut mesmejusqu'à celuy du
parain & de la maraine, ce
furent deux enfans de paysans
quien servirent.
Le pere de l'épouse, qui
par un principe de charité
n'avoit pu le déterminerà
faire exposer l'enfant,voulutCependant
rassurer Tépouxsur
la creance qu'il auroit
eue,s'ilavoit seeu qu'on
lefit secretement élever,il
luy écrivit le mesme jour des
couches qu'ilpouvoir se
tranquiliser
, que l'enfant
estoit mort en naissant.Cela
luy fut confirmé à son retour
par tous les domestiques,
& toutes les personnes
Iqui pouvoient avoir con-
»rçoifTance des couches; le
mary qui
,
le croyoit fince-
'; rement n'enparla plus depuis,
il fut trois ans sans s'en
»
informer.
Le beaupere cependant
qui vouloit empescher quon
ne sceut quel estoit l'ensant,
le fit pendant ces trois
annéespromenerde province
en province, de village
en village, & enfin il
le fit revenir dans le lieu de
sa naissance. Tout cela se
fit tousjours avec un exrréme
mystere ,& ce ne fut
qu'à des personnes de la lie
du peuple,&en dernier lieu
à des femmes de mauvâise
vie que son éducation fut
confiée.
L'épouse qui ne voyoit
point de retour sincere pour
elle dans son époux,avait
paffé tout ce temps dans
une langueur qui ne luy laisfoit
qu'une santé fort imparfaite,
le temps ne diminuoit
rien de la violence de
son chagrin, il sembloit au
contraire l'augmenter: elle
en fut si accablée qu'elle
tomba malade,& mourut
sans avoir lainea sonmary
aucun autre enfant de son
mariage
Elle estoit une des plus riches
heritieres de la province.
Lemary qui par cette
mort estoit obligé de restituer
une dote considerable
qu'il avoit touchée:, & qui
d'un autre cofté se voyoit
privé de l'esperance des successions
opulentes de son
beaupere ou de sa bellemere,
marqua un extrême chagrin
de n'avoir point d'enfants.
Quelques uns desesamis
à qui il en parla, s'eftonnerent
du motifqu'il donnoit
a son chagrin, luy dirent
qu'il avoit un enfant, luy
indiquèrent le lieu oùil estoit.
Transporté de joye, il
«
le
le fut prendre, &le remit
dans la maison paternelle,
oùilademeuré tranquillement
pendant plusieurs-années.
•-Le beaupere devoit à l'époux
une rente pour le restant
de la dote de son épouse
qu'il navoit pas payé, il
en estoit esheu quelques
années d'arrerages, l'époux
.-les luy demanda, & faute
de payement le-fît ensuite
ussigner pourestrecondarn
aie à les luy payer*^ :
Uninterest aussi leger Ici
broüilla ensemble;le beaupere
que loin de
riendevoir à son gendre,
c'estoit son gendre qui luy
devoir, que la mort de sa
femme sans enfants le met.
toit dans l'obligation de restituer
sa doc.
< - Cela fit une contestation
entre eux, qui fut portée
dans un tribunal de la province.
Le gendre surpris de
la prétention de son beaupere,
soustint qu'elle n'estoit
pas légitime, il dit fay
un enfant,il le representa
ce fut , celuy dont nous
avons parlé.) il futquestion
:en premier lieu de sçavoir
si cet enfant representé eC:
toit celuy dont l'épouse estoit
accouchée,& duquel on
avoit si fort enveloppé la
naissance dans les trois premieres
années de sa vie;
mais ce systeme ayant été
abandonné par le beaupere.
il se retrancha ensuite à dire
que l'enfant n'estoit pas legiume,
parce qu'il avoit
esle conceu d'un autre que
de l'époux deux mois avant
son mariage. Cela donna
lieu à des enquestesqui furentfaites
de part &d autre,
plusieurs tesmoins y déposerent,
les uns qu'avant le
mariage la femme leur avoit
confié les chagrins qus-t
elle avoit au sujet de sa grossesse,
quelle leur en avoit
nommél'auteur
,
qu'elle
leur avoit dit que c'estoit
Emcelad son parentqui restoit
; d'autres dirent luy
avoir ouy dire ce qui s'estoit
passéà ce sujet immédiatement
après son mariage entre
son pere, son époux &
elle, & d'autres enfin expliquèrent
ce qui est arrive
dans le temps & depuis les
couches. Dit ces differentes
depositions on prétendoit
tirer la consequence que
¡ l'enfant n'estoitpaslegitime.
L'époux n'avoit pour
asseurer l'estat de l'enfant
que sa naissance dans le septiéme
mois du mariage, &
la possession où elle estoit
de sonestat dans la maison
;apanternnelleédepeuisspl.usieurs
Les premiers Juges ne
trouvèrent pas que ce fust
assez pour l'époux de justi-
1.
fier que l'enfant estoit né
dans le septiéme mois du
mariage, ils luy ordonnerent
de faire preuve qu'il
estoit conceu dumariage &
pendant le mariage
,
c'esta
dire de luy & depuis son
mariage.
Une pareille preuve n'estoit
pas facile,elle ne pouvoit
estre ny demandée ny
ordonnée;l'époux a interjette
appel de ce jugement.
Le tribunal auguste où cet
appel a esté porté,est composé
de Magistrarstrès-éclairez,
& justes dispensateurs
de la justice. En vain
on y a renouvelle fous le
nom de tierces personnes le
systemedesupposicion qu'-
onavoiraban donné devanr
les premiers Juges, inutilement
on a voulu employer
le testament du beaupere
,
& un écrit qu'il avoit fait
avant sa mort pour prouver
riitegicimice de l'enfant,
pour faire voir qu'il la tousjours
regardé comme tel,
qu'il la privé de sa succes-
, sion; on ya employé avec
aussipeu de succez les paroles
foudroyantes addressées
par le beaupere au gendre
un moment avant sa mort à
l'occasion de la renonciation
qu'on vouloir quise fit
entre eux: Je vous fAfidonne
en dieu, luy dit-il, mais je
ne vous pardonne point leton
que vous faites a ma famille
,
je vous adjourne devant Dieu,
il nous jugera jal/és.jè riay
,plus rien a vous dire. L'éloquence
& l'art des orateurs
,na pu faire d'impression sur
cesesprits su blimes,unique-.
mentattachez à l'observance
des loix
,
ils ontjudicieusement
separé tout ce qui
contre le droit public& la
saintetédu mariage , pouvoit
voit aller à faire douter de
lalegitimité de l'enfant; &
par un Arrest celebre ils ont
aÍfeuré l'estat de l'enfant,en
le déclarant légitimé.
Tout Paris, toute la pro-.
vince, attentifs à cette decision,
luy ont donné toutes
les loüanges qu'elle merireJ
& cette jeune, &belle
fille qui a prés de quatorze
ans, va estre un des riches
Mr L. V. du present qu'on
vient de me faire de sa part,
& je ne doute point que
tout le monde ne luy fçaJ
che autant de gré que moy
; de la peine qu'il a prise de
décacher tous les Articles
; principaux d'un procez extraordinaire
qui vient d'cc.
trejugéà un des premiers
tribunaux de Paris, pouren
composer(sans s'écarter de
la vérité) l'histoire qui suit
sur les pieces originales qui
en font la matiere.
Mademoiselle Nassulvaved
estnée dans une des
plus considerables provinces
du Royaume; ses parens
qui y tenoient les premiers
rangs dans la robe, & qui
possedoient de grands
biens, luy donnerent une
éducation conforme à sa
naissance, leurs foins ne furent
pas infructueux. Elle
eut a peine quinze ansquelle
fut l'admiration de toute
sa province, les plus honnestes
gens luy rendirent
des soins; sa beauté, sa ieunesse,
& son esprit au dessus
de son âgeluy attirerent
bien-tost une grosse cour. De tous ceux qui s'empresserent
à la servir, le
seul Emselad son parent fut
celuy qui trouva le secret de
la rendre sensible
,
le libre
accez qu'il avoit dans la
maison de son pere ,
luy
fit faire en peu de temps
un progrez considerable
sur son coeur. Les premierres
inclinations sont viol
lentes, on oublie facilement
le devoir pour ne suivre
que les mouvements
d'unepassion agreable.
La pauvre Demoiselle fen*
tit bien-tost avec douleur;
ce que Forcez de sa complaisance
alloit lyy couster;
lacrainte que sa hontene;
le:, decouvrist, l'accabla
d'horreur & de tristiesse,
elle pressa, mais inutilement
,Emcelad à la demander
en mariage, des raisons
de famille luy servirent de
prpérétetexxttee ppoouurr ll''eesnlooii~gnneerr de
cette proposition. Lnnnuii
autre parti se presenta, ce
fut Lezariu magistrat illustre,
riche &connu, particulierement
du pere de
Nassulvaved, quifutécoute
ir- favorablement.Le pere
sans consulter sa fille regle
avec luy, & les conditions
Ôc le temps du mariage.
Quel coup de foudre pour
cette tendre amante ! de
quels mouvements ne futelle
pointagitée quand elle
,~
apprit cette fatale resolution.
Il falloit renoncer
pour cousjours à la feule
r personne qui luy estoirchere,
s'engager avec une àurre
qu'elle ne pouvoit souffris,
& plus que cela, s'exporer
à l'accablante confusion de
voir découvrir parun
les fuites d'un commerce
qu'elle auroit fouhairé pouvoir
se cacker à elle-mesme.
Quellesituation 1 daps le
fort de sa douleur, elle chercha
de la consolation dans
les conseils de ses alTIies.,
elles luy proposerent ( entre
autres une Religieuse )
de se jetter aux pieds de son
pere, & deluy avoüer l'estac
où elle estoit
, pour ledé-
-
tourner du dessein qu'il
avoit formé, enÍÙite de ne
pas s'éloigner, au cas que Lezariu
fit quelques démarches
pour obtenir des
1. faveurs,& enfin de prendre
desremedes qu'elle s'offrit
de luy faire avoir pour
| empescher raccroiflement,
, ou plustost pour étouffer le
fruit de son premier amour;
; mais s'estanttrouvédes ob
tfaclesinfurmontablesàcecexpedient,
ktrifte Nassulvaved
se determinaà envo-
: yer chercher Emcelad,elle
,
l'informa de ce qui se pas-
> soit,Iuy peignitsontion
avec les traits les plus
vifs)le conjura de rompre l'engagement que l'on avoit
projetté, & quiestoit sur le
point de se conclure. Ses
prieres& ses larmes furent
sans effet,cet amant lasche,
infidele
, ou degousté, demeura
dans l'inaction, la
victime fut menée à l'aucel,
& le mariage célébré avec
Lezariu, sans qu'Emcelad
fit le moindre mouvement
pours'y opposer.
Les premiers jours de ce
mariage qui paroissoit si
convenable,& qui l'estoit
si peu, se passerent en apparence
asseztranquillement
; mais ce calme dura
peu, l'époux s'a pperceut du
malheur de son épouse
,
il
s'abandonna aux fureurs de
la plus noire jalousîe,& de
la plus violente colere, il la
força de luy avouër son crime,
luy fit nommer son seducteur,&
Tengageaàfaire
le mesme aveu devant son
pere, qu'il avoit fait venir
chez luy pour cela. Le pere
au desespoir porta son resfentimeot
jusqu'à vouloir
faire enfermer sa fille; mais
le mary qui prévit l'éclat
que cela feroit dans lemonde,
& que la honte en réjailliroit
sur luy, prit le par.
ty que tous les hommes sages
devroient prendre en
pareille occasion
;
il opposa
la puissance maritale à la
paternelle,pria son beaupere
d'écouffer son chagrin,
& exigea feulement de luy
que l'enfant qui naistroit
de son épouse ne sust point
confideré comme le sien;
on prit sur cela des temperaments,
oti convint quimmediatement
après la naissance
de l'enfant, il feroit
secretement exposé
, &
qu'on feroit ensorte qu'il
ignorast toujours son origine.
-
Le mary cependant qui
portoit tousjours dans le
coeur le trait de la jalousie
dont il avoit esté blessé
n'eut depuis , pour son epouse
qu'un extrêmeéloignement.
Il ne la voulut plus
voir pendant plus de six
mois, il fit plusieurs voyages
,
fut prendre les eaux,
trop heureux s'il eust peu
trouver celles de l'oubli.
Dans le septiéme mois du
mariage, sonépouse accoucha
d'une fille à une maison
de campagne de son
mary; l'enfant fut misaussitost
dans un panier, &por.
téàdix lieuësde là par un
laquais chez une nourrice
qui s'en chargea, &le fit
baptiser le lendemain fous
lenom de Catherine ccinime
un enfant trouvé; il ne
fut point parlé du nom hy
du pere ny de la mere , on
tut mesmejusqu'à celuy du
parain & de la maraine, ce
furent deux enfans de paysans
quien servirent.
Le pere de l'épouse, qui
par un principe de charité
n'avoit pu le déterminerà
faire exposer l'enfant,voulutCependant
rassurer Tépouxsur
la creance qu'il auroit
eue,s'ilavoit seeu qu'on
lefit secretement élever,il
luy écrivit le mesme jour des
couches qu'ilpouvoir se
tranquiliser
, que l'enfant
estoit mort en naissant.Cela
luy fut confirmé à son retour
par tous les domestiques,
& toutes les personnes
Iqui pouvoient avoir con-
»rçoifTance des couches; le
mary qui
,
le croyoit fince-
'; rement n'enparla plus depuis,
il fut trois ans sans s'en
»
informer.
Le beaupere cependant
qui vouloit empescher quon
ne sceut quel estoit l'ensant,
le fit pendant ces trois
annéespromenerde province
en province, de village
en village, & enfin il
le fit revenir dans le lieu de
sa naissance. Tout cela se
fit tousjours avec un exrréme
mystere ,& ce ne fut
qu'à des personnes de la lie
du peuple,&en dernier lieu
à des femmes de mauvâise
vie que son éducation fut
confiée.
L'épouse qui ne voyoit
point de retour sincere pour
elle dans son époux,avait
paffé tout ce temps dans
une langueur qui ne luy laisfoit
qu'une santé fort imparfaite,
le temps ne diminuoit
rien de la violence de
son chagrin, il sembloit au
contraire l'augmenter: elle
en fut si accablée qu'elle
tomba malade,& mourut
sans avoir lainea sonmary
aucun autre enfant de son
mariage
Elle estoit une des plus riches
heritieres de la province.
Lemary qui par cette
mort estoit obligé de restituer
une dote considerable
qu'il avoit touchée:, & qui
d'un autre cofté se voyoit
privé de l'esperance des successions
opulentes de son
beaupere ou de sa bellemere,
marqua un extrême chagrin
de n'avoir point d'enfants.
Quelques uns desesamis
à qui il en parla, s'eftonnerent
du motifqu'il donnoit
a son chagrin, luy dirent
qu'il avoit un enfant, luy
indiquèrent le lieu oùil estoit.
Transporté de joye, il
«
le
le fut prendre, &le remit
dans la maison paternelle,
oùilademeuré tranquillement
pendant plusieurs-années.
•-Le beaupere devoit à l'époux
une rente pour le restant
de la dote de son épouse
qu'il navoit pas payé, il
en estoit esheu quelques
années d'arrerages, l'époux
.-les luy demanda, & faute
de payement le-fît ensuite
ussigner pourestrecondarn
aie à les luy payer*^ :
Uninterest aussi leger Ici
broüilla ensemble;le beaupere
que loin de
riendevoir à son gendre,
c'estoit son gendre qui luy
devoir, que la mort de sa
femme sans enfants le met.
toit dans l'obligation de restituer
sa doc.
< - Cela fit une contestation
entre eux, qui fut portée
dans un tribunal de la province.
Le gendre surpris de
la prétention de son beaupere,
soustint qu'elle n'estoit
pas légitime, il dit fay
un enfant,il le representa
ce fut , celuy dont nous
avons parlé.) il futquestion
:en premier lieu de sçavoir
si cet enfant representé eC:
toit celuy dont l'épouse estoit
accouchée,& duquel on
avoit si fort enveloppé la
naissance dans les trois premieres
années de sa vie;
mais ce systeme ayant été
abandonné par le beaupere.
il se retrancha ensuite à dire
que l'enfant n'estoit pas legiume,
parce qu'il avoit
esle conceu d'un autre que
de l'époux deux mois avant
son mariage. Cela donna
lieu à des enquestesqui furentfaites
de part &d autre,
plusieurs tesmoins y déposerent,
les uns qu'avant le
mariage la femme leur avoit
confié les chagrins qus-t
elle avoit au sujet de sa grossesse,
quelle leur en avoit
nommél'auteur
,
qu'elle
leur avoit dit que c'estoit
Emcelad son parentqui restoit
; d'autres dirent luy
avoir ouy dire ce qui s'estoit
passéà ce sujet immédiatement
après son mariage entre
son pere, son époux &
elle, & d'autres enfin expliquèrent
ce qui est arrive
dans le temps & depuis les
couches. Dit ces differentes
depositions on prétendoit
tirer la consequence que
¡ l'enfant n'estoitpaslegitime.
L'époux n'avoit pour
asseurer l'estat de l'enfant
que sa naissance dans le septiéme
mois du mariage, &
la possession où elle estoit
de sonestat dans la maison
;apanternnelleédepeuisspl.usieurs
Les premiers Juges ne
trouvèrent pas que ce fust
assez pour l'époux de justi-
1.
fier que l'enfant estoit né
dans le septiéme mois du
mariage, ils luy ordonnerent
de faire preuve qu'il
estoit conceu dumariage &
pendant le mariage
,
c'esta
dire de luy & depuis son
mariage.
Une pareille preuve n'estoit
pas facile,elle ne pouvoit
estre ny demandée ny
ordonnée;l'époux a interjette
appel de ce jugement.
Le tribunal auguste où cet
appel a esté porté,est composé
de Magistrarstrès-éclairez,
& justes dispensateurs
de la justice. En vain
on y a renouvelle fous le
nom de tierces personnes le
systemedesupposicion qu'-
onavoiraban donné devanr
les premiers Juges, inutilement
on a voulu employer
le testament du beaupere
,
& un écrit qu'il avoit fait
avant sa mort pour prouver
riitegicimice de l'enfant,
pour faire voir qu'il la tousjours
regardé comme tel,
qu'il la privé de sa succes-
, sion; on ya employé avec
aussipeu de succez les paroles
foudroyantes addressées
par le beaupere au gendre
un moment avant sa mort à
l'occasion de la renonciation
qu'on vouloir quise fit
entre eux: Je vous fAfidonne
en dieu, luy dit-il, mais je
ne vous pardonne point leton
que vous faites a ma famille
,
je vous adjourne devant Dieu,
il nous jugera jal/és.jè riay
,plus rien a vous dire. L'éloquence
& l'art des orateurs
,na pu faire d'impression sur
cesesprits su blimes,unique-.
mentattachez à l'observance
des loix
,
ils ontjudicieusement
separé tout ce qui
contre le droit public& la
saintetédu mariage , pouvoit
voit aller à faire douter de
lalegitimité de l'enfant; &
par un Arrest celebre ils ont
aÍfeuré l'estat de l'enfant,en
le déclarant légitimé.
Tout Paris, toute la pro-.
vince, attentifs à cette decision,
luy ont donné toutes
les loüanges qu'elle merireJ
& cette jeune, &belle
fille qui a prés de quatorze
ans, va estre un des riches
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Résumé : Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Le texte relate une histoire judiciaire complexe impliquant trois personnages principaux : Mademoiselle Nassulvaved, Emcelad, et Lezariu. Nassulvaved, issue d'une famille influente et riche d'une province du Royaume, attire l'attention de nombreux prétendants à l'âge de quinze ans. Emcelad, son parent, parvient à gagner son affection, mais elle se retrouve forcée d'épouser Lezariu, un magistrat riche et connu, à la demande de son père. Nassulvaved, désespérée, tente en vain de convaincre Emcelad de l'épouser. Après le mariage, Lezariu découvre la grossesse de Nassulvaved et, dans un accès de jalousie, la force à avouer sa relation avec Emcelad. Lezariu exige que l'enfant soit exposé et élevé secrètement. L'enfant, une fille nommée Catherine, est confiée à une nourrice et élevée dans le secret. Nassulvaved meurt quelques années plus tard sans avoir eu d'autres enfants. Lezariu, ignorant la survie de l'enfant, la récupère après avoir été informé de son existence. Une dispute éclate entre Lezariu et le père de Nassulvaved concernant la légitimité de l'enfant et la restitution de la dot. Le tribunal, après avoir examiné les témoignages et les preuves, déclare l'enfant légitime, confirmant ainsi son statut dans la famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 2925-2935
Tragedie de Brutus, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
La Tragédie nouvelle de Brutus, de M. de Voltaire, fut représentée à la [...]
Mots clefs :
Voltaire, Théâtre, Brutus , Titus, Vol, Homme, Père, Fille, Fils, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Brutus, Extrait, [titre d'après la table]
A Tragédie nouvelle de Brutus , de
M. de Voltaire , fut repréſentée à la
Cour le Samedi 30. de ce mois , avec un
très-grand fuccès ; on la donna le lendemain
fur le Théatre François pour la neu
viéme fois , & toujours avec beaucoup
d'applaudiffemens.
La Scene de cette Piéce dont nous
avons promis de parler , fe paffe dans le
Capitole. Les principaux perfonnages font
Brutus , Conful , Titus , fon fils , & Tullie,
fille de Tarquin. Les S Sarrazin , Du
Freſne , & la Dile Du Frefne rempliffent
ces trois Rôles . Ceux de Valerius Publicola
, deuxième Conful , de Proculus , de
Meffala , Romain , conjuré dans le parti
de Tarquin , d'Aruns , Ambaffadeur du
Roi d'Etrurie , d'Albin , fon Confident,
& d'Argine , Confidente de Tullie , font
remplis par les Srs Grandval , Dubreuil ,
Montmenil , Le Grand , Berci , & la De
Jouvenot , fans parler des fix Senateurs .
, ,
La Piéce commence par une Affemblée
du Senat , où l'on introduit un Ambaffadeur
de Porfenna & de Tarquin . Ce Miniftre
remontre tout ce qu'un Royalite
II. Vol.
zelé
2926 MERCURE DE FRANCE
zelé peut dire en faveur des droits des
Souverains. Le Conful Brutus répond
tout ce qu'un Republicain rigide doit
dire pour le Peuple Romain. Il s'exprime
ainfi :
Nous avons fait , Aruns , en lui rendant hommage
,
Serment d'obéiffance , & non pas d'efclavage ,
Et puifqu'il vous fouvient d'avoir vu dans ces
lieux ,
Le Senat à fes pieds faifant pour lui des voeux ,
Songez qu'en ces lieux même , à cet Autel augufte
,
Devant ces mêmes Dieux il jura d'être juſte ;
De fon peuple & de lui tel étoit le lien.
Il nous rend nos fermens quand il trahit le fien
Et dès qu'aux loix de Rome il ofe être infidele
Rome n'eſt plus fujette , & lui ſeul eft rebelle.
Aruns.
Ah ! quand il feroit vrai que l'abfolu pouvoir
Eut entraîné Tarquin par delà fon devoir ,
Qu'il en eut trop ſuivi l'amorce enchantereffe ,
Quel homme eft fans erreur , & quel Roi fans
foibleffe ?
Eft- ce à vous de prétendre au droit de le punir ?
Vous nés tous fes Sujets , vous faits pour obéir?
Un fils ne s'arme point contre un coupable pere
Il détourne les yeux , le plaint & le revere.
II. Vol.
Les
DECEMBRE. 1730. 2927
Les droits des Souverains font - ils moins précieux
?
Nous fommes leurs enfans , leurs Jages font les
Dieux ;
Si le Ciel quelquefois les donne en fa coleré ,
N'allez pas mériter un préfent plus fevere ,
Trahir toutes les loix en voulant les vanger ,
Et renverser l'Etat au lieu de le changer .
Inftruit par le malheur
l'homme ,
› ce grand Maitre de
Tarquin fera plus jufte & plus digne de Rome ;
Vous pouvez
raffermir par un accord heureux
Des Peuples & des Rois les legitimes noeuds ,
Et faire encor fleurir la liberté publique
Sous l'ombrage facré du pouvoir Monarchique.
Brutus plein de fes fentimens refuſe la
paix au nom du Sénat , quoiqu'affiegé
par deux Rois . Le Sénat jure fur l'Autel
de Mars de ne jamais admettre les Tarquins
dans Rome ; l'Ambaffadeut jure
fur le même Autel une guerre éternelle
aux Romains. Cependant ce Miniftre demande
fierement qu'on lui remette Tullie,
fille de Tarquin , jeune Princeffe qui n'avoit
pû fe fauver de Rome dans le commencement
de la Guerre civile , & que
le Sénat faifoit élever chez la femme de
Brutus le Sénat ordonne qu'on rende à
Tarquin fa fille & tous fes biens ; & Bru-
II. Vol.
tus
2928 MERCURE DE FRANCE
tus , l'organe du Sénat , dit à ce Miniftre:
Qu'à Tarquin déformais rien ne refte en ces
lieux
Que la haine de Rome & le couroux des Dieux ;
Pour emporter au Camp l'or qu'il faut y conduire
Rome vous donne un jour , ce tems doit vous
fuffire .
Ma Maiſon cependant eſt votre fûreté &c.
Ce Miniftre ayant donc la liberté de
refter un jour dans Rome veut employer
ce tems à ruiner la liberté des Romains ;
il avoit depuis long- tems une fecrete cor
refpondance avec un Citoyen nommé
Meffala , homme adroit & intrépide ,
qui defefperant de faire fa fortune fous
le gouvernement fevere d'une Républi
que , vouloit s'élever en rappelant les Tirans.
C'eft un vrai confpirateur.
Maître de fon fecret , & maître de lui-même ,
Impenetrable & calme en fa fureur extrême ;
Il a déja gagné quelques amis ; mais ,
dit- il , à l'Ambaffadeur :
Ne prétendez pas
Qu'en aveugles Sujets ils fervent des ingrats ;
Ils ne fe piquent point du devoir fanatique
De fervir de victime au pouvoir defpotique ,
II. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1730. 2929.
Ni du zele inſenſé de courir au trépas
Pour venger un Tiran qui ne les connoît pas.
Tarquin promet beaucoup ; mais devenu leur
maître ,
Il les oublira tous , ou les craindra peut -être :
Je connois trop les Grands dans le malheur
amis ,
;
Ingrats dans la fortune , & bientôt ennemis..
Nous fommes de leur gloire un inftrument fervile
Rejetté par dédain dès qu'il eft inutile ,
Et brifé fans pitié s'il devient dangereux.
Meffala avoit befoin d'un Chef digne
de pareils conjurés , affez illuftre par fa
naiffance pour le faire obéir , affez.courageux
pour faire réuffir l'entreprife ,
affez hardi même pour forcer le Roi ,
Même après le fuccés à leur tenir la foi.
Titus , fils du Conful Brutus , jeune
homme impétueux dans fes défirs , qui
venoit de triompher des deux Rois , mais
qui n'avoit pû obtenir le Confulat , pa-'
roit à ces deux conjurés un homme propre
à mettre à la tête de leur parti . Titus,
à la verité , aime tendrement Rome &
fon
pere ; il eft le plus grand ennemi des
Rois , il adore la liberté , mais il eft piqué
contre le Sénat ; & Meffala a découvert
qu'il a depuis long- tems une paſſion fu-
II. Vol.
rieufe
29 30 MERCURE DE FRANCE
rieule
pour la fille de Tarquin : Titus a
été jufqu'à préfent le maître de fa paffion ;
mais il y peut fuccomber. Meffala ajoute :
Dans le champ de la gloire il ne fait que d'en
trer ,
Il y marche en aveugle , on l'y peut égarer ;
La bouillante Jeuneffe eft facile à féduire .
Cependant Tullie , cette fille de Tarquin
, nourriffoit depuis long- tems une
inclination fecrette pour le jeune Titus ;
elle vouloit haïr l'ennemi de fon pere &
le fils de Brutus ; mais elle l'aimoit d'autant
plus , qu'il ne fouffroit plus qu'il pa-.
rut en fa préfence depuis que la Guerre
étoit déclarée . Ainfi Titus & Tullie s'adorant
l'un l'autre , & n'ofant fe voir
combattoient en fecret leur paffion . Enfin
le moment arrive qui doit les féparer
pour jamais ; alors Titus entraîné malgré
lui vers Tullie , vient pour lui dire un
éternel adieu , & l'aveu de fon amour lui
échape .
Ce feu que jufqu'alors il avoit fçû contraindre
S'irrite en s'échapant , & ne peut plus s'éteindre
L'adroit Ambaffadeur qui fçait bientôt
à quelles agitations Titus eft livré , faifit
ces momens pour tenter fa fidelité ; il
oppofe tous les artifices à la hauteur im
II. Vol. pétueufe
DECEMBRE. 1730. 2931
pétueufe de Titus ; il lui repréfente la
trifte feverité d'une République & tous
les charmes d'une Cour , il effaye de
l'attendrir pour Tarquin ; enfin il lui dit
que Tarquin avoit autrefois le deffein de
lui donner fa fille Tullie en mariage.
L'Ambaffadeur en lui parlant ainfi , obferve
attentivement l'émotion involontaire
du jeune Romain. Meffala , ce Chef
de conjurés , vient encore envenimer la
bleffure de Titus. L'Ambaffadeur fait plus,
il a découvert la paffion de Tullie , & il
veut s'en fervir pour fes deffeins. Oui ,
dit il ,
N'attendons des humains rien que par leur foibleffe.
Il ne perd point de tems , il envoye
un homme fûr au Camp de Tarquin ; ce
Courrier rapporte une Lettre du Roi ;
l'Ambaffadeur donne la Lettre à la Princeffe
: elle lit , elle voit avec furpriſe que
fon pere lui permet
de refufer le Roi de
Ligurie qu'elle devoit époufer , & que
c'eft à Titus qu'il la deftine ; qu'en un
mot il ne tient qu'à Titus de rappeler
Tarquin , de regner avec lui & d'époufer
Tullie. Cette Princeffe à la lecture de
cette Lettre eft partagée entre le trouble
& la joye , entre la défiance & l'efpoir ;
l'Ambafladeur la raffure & l'encourage ;
ĮI. Ful
1
2932 MERCURE DE FRANCE
il lui dit que Titus eft déja ébranlé , qu'il
eft prêt à relever le Trône de Tarquin
qu'un mot de la bouche va tout achever.
La jeune Princeffe pleine de l'efperance
de rétablir fon pere & d'être unie avec
fon Amant , envoye chercher Titus , lui
fait lire cette Lettre ; mais quelle furprife
& quelle douleur pour elle ! Titus
eft penetré d'horreur à l'afpect de ce billet
de Tarquin , par lequel on lui propoſe de
trahir Brutus & Rome. Son Amante s'écrie
:
Infpirez -lui , grands Dieux , le parti qu'il doit
prendre.
Mon choix eft fait.
Titus.
Tullie.
Eh bien ! crains -tu de me l'apprendre ♣
Parle , ofe mériter ta grace ou mon courroux ;
Quel fera ton deftin ?
Titus.
D'être digne de vous ,
Digne encor de moi-même , à Rome encor fidele
,
Brulant
d'amour
pour
vous , de
combattre
pour
elle ,
D'adorer vos vertus , mais de les imiter ,
De vous perdre , Madame , & de yous mériter &c.
II. Vol
Ац
DECEMBRE. 1730. 2933-
Au milieu de cette conteftation douloureuſe
, Brutus arrive , & dit à Tullie
qu'il faut partir ; déja même il l'emmene.
Titus defefperé arrête un moment l'Ambaffadeur
qui feint de vouloir partir , &
qui jouir tranquilement du trouble affreux
de cet Amant ; Titus lui demande
un moment d'entretien , & le prie de
retarder le départ d'une heure. C'eſt pendant
ce court efpace de tems que Meffala
fe découvre enfin à Titus , c'eft alors qu'il
lui apprend que Tiberinus , fon propre
frere
,
eft de la conjuration . Titus fe
trouve réduit à être le délateur ou le
complice de fon frere. Dans ce moment
même l'Ambaffadeur lui fait dire que
Tullie l'attend ; il parle à Tullie pour la
derniere fois , & c'est là que cedant à fa
paffion , penetré d'amour , d'horreur &
de remords , & fe trouvant dans le cas
de dire : Video meliora proboque , deteriora
fequor , il dit à Tullie :
› Eh hien , cruelle , il faut vous fatisfaire ;
Le crime en eft affreux ; mais j'y cours pour vous
plaire ;
D
t plus malheureux que dans ma paffion ;
Mon coeur n'a pour excufe aucune illufion ,
Que je ne goute point dans ce défordre extrême
Le trifte & vain plaifir de me tromper moimême
,
11. Vol, Que
2934 MERCURE DE FRANCE
Que l'amour aux forfaits me force de voler ,
Que vous m'avez vaincu fans pouvoir m'aveugler
,
Et qu'encor indigné de l'ardeur qui m'anime ,
Je chéris la vertu , mais j'embraffe le crime .
Haiffez-moi , fuyez , quittez un malheureux
Qui meurt d'amour pour vous , & detefte ſes
feux & c .
A peine Titus emporté par tant de paſfions
a -t'il promis de trahir Rome , que
Brutus inftruit qu'on doit donner un affaut
la nuit même,vient remettre le commandement
de la Ville de la part du
Sénat entre les mains de Titus même ; le
defeſpoir de Titus augmente à cette marque
de confiance ; une cruelle irréfolution
l'agite ; fon pere en eft étonné ; mais
dans le moment même le fecond Conful
annonce à Brutus que l'on confpire . On
n'a encore que des foupçons , & ces foupçons
ne tombent point fur les fils de Brutus.
On affemble le Sénat ; l'Ambaffadeur
y vient rendre compte de fa conduite
; Brutus le renvoye avec mépris &
avec horreur. On renouvelle les fermens
de punir fans remiffion quiconque auroit
confpiré en faveur des Rois ; Brutus qui
fait ce ferment eft bien éloigné de croire
fes Enfans coupables ; il apprend au milieu
du Sénat même que Tiberinus eft un
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1730. 2935
des conjurés ; l'inftant d'après il apprend
que fon cher fils Titus , le Deffenfeur de
Rome , eft le Chef de la Confpiration .
Tiberinus eft tué en fe deffendant , avec
quelques complices . Titus qui avoit horreur
d'un crime qu'il n'avoit pas même
confommé , & dont il n'avoit été coupable
qu'un inftant , vient s'accuſer devant
fon Pere ; Brutus qui l'aime tendrement
le condamne à la mort en pleurant , &
Titus reçoit fon Arrêt en grand Homme.
Tullie defefperée ſe tuë . Ainfi finit cette
Piéce que l'on regarde dans Paris comme
l'Ouvrage Dramatique que M. de Voltaire
ait le mieux écrit , mais qui exige
une grande execution , extrêmement difficile
& neceffaire , pour avoir un long
fuccès au Théatre.
M. de Voltaire , fut repréſentée à la
Cour le Samedi 30. de ce mois , avec un
très-grand fuccès ; on la donna le lendemain
fur le Théatre François pour la neu
viéme fois , & toujours avec beaucoup
d'applaudiffemens.
La Scene de cette Piéce dont nous
avons promis de parler , fe paffe dans le
Capitole. Les principaux perfonnages font
Brutus , Conful , Titus , fon fils , & Tullie,
fille de Tarquin. Les S Sarrazin , Du
Freſne , & la Dile Du Frefne rempliffent
ces trois Rôles . Ceux de Valerius Publicola
, deuxième Conful , de Proculus , de
Meffala , Romain , conjuré dans le parti
de Tarquin , d'Aruns , Ambaffadeur du
Roi d'Etrurie , d'Albin , fon Confident,
& d'Argine , Confidente de Tullie , font
remplis par les Srs Grandval , Dubreuil ,
Montmenil , Le Grand , Berci , & la De
Jouvenot , fans parler des fix Senateurs .
, ,
La Piéce commence par une Affemblée
du Senat , où l'on introduit un Ambaffadeur
de Porfenna & de Tarquin . Ce Miniftre
remontre tout ce qu'un Royalite
II. Vol.
zelé
2926 MERCURE DE FRANCE
zelé peut dire en faveur des droits des
Souverains. Le Conful Brutus répond
tout ce qu'un Republicain rigide doit
dire pour le Peuple Romain. Il s'exprime
ainfi :
Nous avons fait , Aruns , en lui rendant hommage
,
Serment d'obéiffance , & non pas d'efclavage ,
Et puifqu'il vous fouvient d'avoir vu dans ces
lieux ,
Le Senat à fes pieds faifant pour lui des voeux ,
Songez qu'en ces lieux même , à cet Autel augufte
,
Devant ces mêmes Dieux il jura d'être juſte ;
De fon peuple & de lui tel étoit le lien.
Il nous rend nos fermens quand il trahit le fien
Et dès qu'aux loix de Rome il ofe être infidele
Rome n'eſt plus fujette , & lui ſeul eft rebelle.
Aruns.
Ah ! quand il feroit vrai que l'abfolu pouvoir
Eut entraîné Tarquin par delà fon devoir ,
Qu'il en eut trop ſuivi l'amorce enchantereffe ,
Quel homme eft fans erreur , & quel Roi fans
foibleffe ?
Eft- ce à vous de prétendre au droit de le punir ?
Vous nés tous fes Sujets , vous faits pour obéir?
Un fils ne s'arme point contre un coupable pere
Il détourne les yeux , le plaint & le revere.
II. Vol.
Les
DECEMBRE. 1730. 2927
Les droits des Souverains font - ils moins précieux
?
Nous fommes leurs enfans , leurs Jages font les
Dieux ;
Si le Ciel quelquefois les donne en fa coleré ,
N'allez pas mériter un préfent plus fevere ,
Trahir toutes les loix en voulant les vanger ,
Et renverser l'Etat au lieu de le changer .
Inftruit par le malheur
l'homme ,
› ce grand Maitre de
Tarquin fera plus jufte & plus digne de Rome ;
Vous pouvez
raffermir par un accord heureux
Des Peuples & des Rois les legitimes noeuds ,
Et faire encor fleurir la liberté publique
Sous l'ombrage facré du pouvoir Monarchique.
Brutus plein de fes fentimens refuſe la
paix au nom du Sénat , quoiqu'affiegé
par deux Rois . Le Sénat jure fur l'Autel
de Mars de ne jamais admettre les Tarquins
dans Rome ; l'Ambaffadeut jure
fur le même Autel une guerre éternelle
aux Romains. Cependant ce Miniftre demande
fierement qu'on lui remette Tullie,
fille de Tarquin , jeune Princeffe qui n'avoit
pû fe fauver de Rome dans le commencement
de la Guerre civile , & que
le Sénat faifoit élever chez la femme de
Brutus le Sénat ordonne qu'on rende à
Tarquin fa fille & tous fes biens ; & Bru-
II. Vol.
tus
2928 MERCURE DE FRANCE
tus , l'organe du Sénat , dit à ce Miniftre:
Qu'à Tarquin déformais rien ne refte en ces
lieux
Que la haine de Rome & le couroux des Dieux ;
Pour emporter au Camp l'or qu'il faut y conduire
Rome vous donne un jour , ce tems doit vous
fuffire .
Ma Maiſon cependant eſt votre fûreté &c.
Ce Miniftre ayant donc la liberté de
refter un jour dans Rome veut employer
ce tems à ruiner la liberté des Romains ;
il avoit depuis long- tems une fecrete cor
refpondance avec un Citoyen nommé
Meffala , homme adroit & intrépide ,
qui defefperant de faire fa fortune fous
le gouvernement fevere d'une Républi
que , vouloit s'élever en rappelant les Tirans.
C'eft un vrai confpirateur.
Maître de fon fecret , & maître de lui-même ,
Impenetrable & calme en fa fureur extrême ;
Il a déja gagné quelques amis ; mais ,
dit- il , à l'Ambaffadeur :
Ne prétendez pas
Qu'en aveugles Sujets ils fervent des ingrats ;
Ils ne fe piquent point du devoir fanatique
De fervir de victime au pouvoir defpotique ,
II. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1730. 2929.
Ni du zele inſenſé de courir au trépas
Pour venger un Tiran qui ne les connoît pas.
Tarquin promet beaucoup ; mais devenu leur
maître ,
Il les oublira tous , ou les craindra peut -être :
Je connois trop les Grands dans le malheur
amis ,
;
Ingrats dans la fortune , & bientôt ennemis..
Nous fommes de leur gloire un inftrument fervile
Rejetté par dédain dès qu'il eft inutile ,
Et brifé fans pitié s'il devient dangereux.
Meffala avoit befoin d'un Chef digne
de pareils conjurés , affez illuftre par fa
naiffance pour le faire obéir , affez.courageux
pour faire réuffir l'entreprife ,
affez hardi même pour forcer le Roi ,
Même après le fuccés à leur tenir la foi.
Titus , fils du Conful Brutus , jeune
homme impétueux dans fes défirs , qui
venoit de triompher des deux Rois , mais
qui n'avoit pû obtenir le Confulat , pa-'
roit à ces deux conjurés un homme propre
à mettre à la tête de leur parti . Titus,
à la verité , aime tendrement Rome &
fon
pere ; il eft le plus grand ennemi des
Rois , il adore la liberté , mais il eft piqué
contre le Sénat ; & Meffala a découvert
qu'il a depuis long- tems une paſſion fu-
II. Vol.
rieufe
29 30 MERCURE DE FRANCE
rieule
pour la fille de Tarquin : Titus a
été jufqu'à préfent le maître de fa paffion ;
mais il y peut fuccomber. Meffala ajoute :
Dans le champ de la gloire il ne fait que d'en
trer ,
Il y marche en aveugle , on l'y peut égarer ;
La bouillante Jeuneffe eft facile à féduire .
Cependant Tullie , cette fille de Tarquin
, nourriffoit depuis long- tems une
inclination fecrette pour le jeune Titus ;
elle vouloit haïr l'ennemi de fon pere &
le fils de Brutus ; mais elle l'aimoit d'autant
plus , qu'il ne fouffroit plus qu'il pa-.
rut en fa préfence depuis que la Guerre
étoit déclarée . Ainfi Titus & Tullie s'adorant
l'un l'autre , & n'ofant fe voir
combattoient en fecret leur paffion . Enfin
le moment arrive qui doit les féparer
pour jamais ; alors Titus entraîné malgré
lui vers Tullie , vient pour lui dire un
éternel adieu , & l'aveu de fon amour lui
échape .
Ce feu que jufqu'alors il avoit fçû contraindre
S'irrite en s'échapant , & ne peut plus s'éteindre
L'adroit Ambaffadeur qui fçait bientôt
à quelles agitations Titus eft livré , faifit
ces momens pour tenter fa fidelité ; il
oppofe tous les artifices à la hauteur im
II. Vol. pétueufe
DECEMBRE. 1730. 2931
pétueufe de Titus ; il lui repréfente la
trifte feverité d'une République & tous
les charmes d'une Cour , il effaye de
l'attendrir pour Tarquin ; enfin il lui dit
que Tarquin avoit autrefois le deffein de
lui donner fa fille Tullie en mariage.
L'Ambaffadeur en lui parlant ainfi , obferve
attentivement l'émotion involontaire
du jeune Romain. Meffala , ce Chef
de conjurés , vient encore envenimer la
bleffure de Titus. L'Ambaffadeur fait plus,
il a découvert la paffion de Tullie , & il
veut s'en fervir pour fes deffeins. Oui ,
dit il ,
N'attendons des humains rien que par leur foibleffe.
Il ne perd point de tems , il envoye
un homme fûr au Camp de Tarquin ; ce
Courrier rapporte une Lettre du Roi ;
l'Ambaffadeur donne la Lettre à la Princeffe
: elle lit , elle voit avec furpriſe que
fon pere lui permet
de refufer le Roi de
Ligurie qu'elle devoit époufer , & que
c'eft à Titus qu'il la deftine ; qu'en un
mot il ne tient qu'à Titus de rappeler
Tarquin , de regner avec lui & d'époufer
Tullie. Cette Princeffe à la lecture de
cette Lettre eft partagée entre le trouble
& la joye , entre la défiance & l'efpoir ;
l'Ambafladeur la raffure & l'encourage ;
ĮI. Ful
1
2932 MERCURE DE FRANCE
il lui dit que Titus eft déja ébranlé , qu'il
eft prêt à relever le Trône de Tarquin
qu'un mot de la bouche va tout achever.
La jeune Princeffe pleine de l'efperance
de rétablir fon pere & d'être unie avec
fon Amant , envoye chercher Titus , lui
fait lire cette Lettre ; mais quelle furprife
& quelle douleur pour elle ! Titus
eft penetré d'horreur à l'afpect de ce billet
de Tarquin , par lequel on lui propoſe de
trahir Brutus & Rome. Son Amante s'écrie
:
Infpirez -lui , grands Dieux , le parti qu'il doit
prendre.
Mon choix eft fait.
Titus.
Tullie.
Eh bien ! crains -tu de me l'apprendre ♣
Parle , ofe mériter ta grace ou mon courroux ;
Quel fera ton deftin ?
Titus.
D'être digne de vous ,
Digne encor de moi-même , à Rome encor fidele
,
Brulant
d'amour
pour
vous , de
combattre
pour
elle ,
D'adorer vos vertus , mais de les imiter ,
De vous perdre , Madame , & de yous mériter &c.
II. Vol
Ац
DECEMBRE. 1730. 2933-
Au milieu de cette conteftation douloureuſe
, Brutus arrive , & dit à Tullie
qu'il faut partir ; déja même il l'emmene.
Titus defefperé arrête un moment l'Ambaffadeur
qui feint de vouloir partir , &
qui jouir tranquilement du trouble affreux
de cet Amant ; Titus lui demande
un moment d'entretien , & le prie de
retarder le départ d'une heure. C'eſt pendant
ce court efpace de tems que Meffala
fe découvre enfin à Titus , c'eft alors qu'il
lui apprend que Tiberinus , fon propre
frere
,
eft de la conjuration . Titus fe
trouve réduit à être le délateur ou le
complice de fon frere. Dans ce moment
même l'Ambaffadeur lui fait dire que
Tullie l'attend ; il parle à Tullie pour la
derniere fois , & c'est là que cedant à fa
paffion , penetré d'amour , d'horreur &
de remords , & fe trouvant dans le cas
de dire : Video meliora proboque , deteriora
fequor , il dit à Tullie :
› Eh hien , cruelle , il faut vous fatisfaire ;
Le crime en eft affreux ; mais j'y cours pour vous
plaire ;
D
t plus malheureux que dans ma paffion ;
Mon coeur n'a pour excufe aucune illufion ,
Que je ne goute point dans ce défordre extrême
Le trifte & vain plaifir de me tromper moimême
,
11. Vol, Que
2934 MERCURE DE FRANCE
Que l'amour aux forfaits me force de voler ,
Que vous m'avez vaincu fans pouvoir m'aveugler
,
Et qu'encor indigné de l'ardeur qui m'anime ,
Je chéris la vertu , mais j'embraffe le crime .
Haiffez-moi , fuyez , quittez un malheureux
Qui meurt d'amour pour vous , & detefte ſes
feux & c .
A peine Titus emporté par tant de paſfions
a -t'il promis de trahir Rome , que
Brutus inftruit qu'on doit donner un affaut
la nuit même,vient remettre le commandement
de la Ville de la part du
Sénat entre les mains de Titus même ; le
defeſpoir de Titus augmente à cette marque
de confiance ; une cruelle irréfolution
l'agite ; fon pere en eft étonné ; mais
dans le moment même le fecond Conful
annonce à Brutus que l'on confpire . On
n'a encore que des foupçons , & ces foupçons
ne tombent point fur les fils de Brutus.
On affemble le Sénat ; l'Ambaffadeur
y vient rendre compte de fa conduite
; Brutus le renvoye avec mépris &
avec horreur. On renouvelle les fermens
de punir fans remiffion quiconque auroit
confpiré en faveur des Rois ; Brutus qui
fait ce ferment eft bien éloigné de croire
fes Enfans coupables ; il apprend au milieu
du Sénat même que Tiberinus eft un
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1730. 2935
des conjurés ; l'inftant d'après il apprend
que fon cher fils Titus , le Deffenfeur de
Rome , eft le Chef de la Confpiration .
Tiberinus eft tué en fe deffendant , avec
quelques complices . Titus qui avoit horreur
d'un crime qu'il n'avoit pas même
confommé , & dont il n'avoit été coupable
qu'un inftant , vient s'accuſer devant
fon Pere ; Brutus qui l'aime tendrement
le condamne à la mort en pleurant , &
Titus reçoit fon Arrêt en grand Homme.
Tullie defefperée ſe tuë . Ainfi finit cette
Piéce que l'on regarde dans Paris comme
l'Ouvrage Dramatique que M. de Voltaire
ait le mieux écrit , mais qui exige
une grande execution , extrêmement difficile
& neceffaire , pour avoir un long
fuccès au Théatre.
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Résumé : Tragedie de Brutus, Extrait, [titre d'après la table]
La pièce 'Brutus' de Voltaire a été représentée à la Cour le 30 décembre avec un grand succès, puis au Théâtre Français le lendemain pour la neuvième fois, toujours avec beaucoup d'applaudissements. L'action se déroule au Capitole de Rome et met en scène Brutus, consul, Titus, son fils, et Tullie, fille de Tarquin. Les rôles principaux sont interprétés par les acteurs Sarrazin, Du Fresne, et la Dile Du Fresne. La pièce commence par une assemblée du Sénat où un ambassadeur de Porfenna et de Tarquin défend les droits des souverains. Brutus répond en faveur du peuple romain, affirmant que le serment d'obéissance ne signifie pas esclavage. L'ambassadeur argue que les droits des souverains sont précieux et que les Romains doivent obéir. Brutus refuse la paix au nom du Sénat et jure de ne jamais admettre les Tarquins à Rome. L'ambassadeur demande la remise de Tullie, et le Sénat accepte de la rendre ainsi que ses biens. Meffala, un citoyen romain, correspond secrètement avec l'ambassadeur pour ruiner la liberté des Romains. Il cherche un chef pour sa conjuration et choisit Titus, fils de Brutus, qui est impétueux et jaloux du Sénat. Titus aime Tullie, et est tenté par l'ambassadeur et Meffala de trahir Rome. Tullie, de son côté, aime Titus malgré elle. L'ambassadeur tente de séduire Titus en lui offrant le trône de Tarquin et la main de Tullie. Après une lutte intérieure, Titus décide de rester fidèle à Rome. Brutus, informé d'une conjuration, découvre que Titus et son frère Tiberinus en font partie. Tiberinus est tué en se défendant, et Titus, après avoir avoué son crime, est condamné à mort par son père. Tullie, désespérée, se suicide. La pièce est considérée comme l'œuvre dramatique la plus réussie de Voltaire, mais elle nécessite une grande maîtrise pour être bien interprétée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 265-274
ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
Début :
Ce n'est point en ces Vers, cher Lecteur, que j'aspire [...]
Mots clefs :
Vers, Pleurs, Père, Mort, Tombe, Douleur
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
ODE
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
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Résumé : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
L'ode est un poème écrit par Mlle de Malcrais de la Vigne en mémoire de son père, le maire doyen de la ville du Croisic en Bretagne. Le texte exprime la douleur intense de la poétesse face à la perte de son père, qu'elle décrit comme un homme savant, ingénieux et dévoué à sa famille et à sa patrie. Elle évoque son désespoir et son désir de rejoindre son père dans la mort, tout en étant terrassée par des visions effrayantes. Le poème détaille également les qualités de son père, son engagement envers les lois et les nécessiteux, ainsi que son amour pour sa patrie. La poétesse mentionne que son père laisse derrière lui treize enfants, quatre sœurs et neuf frères, dont plusieurs sont en mer et ignorent encore la tragédie. Elle apprend également la mort de son frère, capitaine sur une frégate, victime de la fureur de la mort. Elle implore Dieu de protéger sa mère, veuve depuis peu, et de lui accorder une longue vie heureuse. Enfin, elle adresse ses remerciements à M. des Landes, Contrôleur Général de la Marine et membre de l'Académie Royale des Sciences, pour son soutien et sa compassion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 899-902
HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
Début :
Filles cruellement fidelles, [...]
Mots clefs :
Époux, Père, Danaüs, Danaïdes, Hymen
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texteReconnaissance textuelle : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
HIPERMNESTRE..
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
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Résumé : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
La cantate 'HIPERMNESTRE' de Mile de Malcrais de La Vigne raconte l'histoire d'Hypermnestre, une Danaïde qui épargne son époux Lyncée contrairement à ses sœurs. Hypermnestre est confrontée à un dilemme : obéir à son père Danaus, qui ordonne de tuer son mari, ou suivre son cœur. Elle lutte entre son amour pour Lyncée et sa peur du père vengeur. Après réflexion, elle décide de sauver Lyncée et l'incite à fuir pour éviter la vengeance de Danaus et de ses sœurs. La cantate met en lumière la puissance de l'Hymen et de l'Amour, soulignant leurs effets nobles lorsqu'ils sont en harmonie et les crimes effroyables lorsqu'ils sont absents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 1471-1481
LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
Début :
Comme je me suis apperçû depuis que j'ai l'honneur [...]
Mots clefs :
Nouveau Saint, Église, Auxerre, Père, Autel, Culte, Évêque, Recueils de Bollandus
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
LETTRE de M. le B. Sous Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
La lettre de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, adressée au R. P. Du Sollier, Jésuite d'Anvers, traite de Nicolas Appleine, un chanoine du diocèse de Nevers. L'auteur note que le R. P. Du Sollier inclut dans ses 'Acta Sanctorum' tous les personnages honorés comme saints ou bienheureux, à condition que les marques de culte soient extérieures. Il observe que les cloîtres et les déserts ont produit plus de saints que les villes et que, depuis la fin des persécutions, les saints sont principalement des anachorètes, des vierges et quelques évêques. Nicolas Appleine, chanoine de l'église de Saint-Marcel à Premery, est décédé le 11 août 1466 sous le règne de Louis XI. Plusieurs miracles lui ont été attribués, et des marques de culte lui ont été rendues. Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, et Louis XI ont contribué à l'établissement de son culte, notamment par l'érection d'un autel et la création d'une confrérie en son honneur. Des documents et des témoignages, tels qu'une lettre de Louis XI et des actes épiscopaux, attestent de la sainteté de Nicolas Appleine. L'auteur espère que cette notice permettra d'inclure Nicolas Appleine dans le recueil des saints, même en l'absence de détails sur sa vie, en raison des miracles posthumes qui confirment sa sainteté. Il conclut en exprimant son admiration pour la manière dont le R. P. Du Sollier et le R. P. Pierre Vandenbosch ont honoré saint Germain, évêque d'Auxerre, dans leur dernier tome de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 2454-2467
LA FAUSSE INCONSTANCE. Comédie en trois Actes. Extrait.
Début :
Bien des Juges sans prévention ont cru que cette Piéce méritoit un meilleur [...]
Mots clefs :
La Fausse Inconstance, Extrait, Comédiens, Spectacle, Ouvrages de théâtre, Père, Fortune, Fille, Famille, Épouser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE INCONSTANCE. Comédie en trois Actes. Extrait.
LA FAUSSE INCONTANCE
Comédie en trois Actes. Extrait.
B
Ien des Juges sans prévention ont
cru que cette Piéce méritoit un meilleur sort , et qu'elle auroit pû réüssir si elle cut été donnée dans un temps.
plus favorable aux Spectacles. L'absence
de la Cour , des Officiers, des Bourgeois ,
et des meilleurs Comédiens nuiroit aux
meilleurs Ouvrages de Théatre; d'ailleurs
le peu qui reste d'amateurs de Spectacles,
s'attendent plutôt à des pieces ornées de
danses et de chants , qu'à un genre de
Comique , qui ne rit qu'à l'esprit et à la
raison ; celle dont il s'agit a peut être dégénéré en froideur par trop d'exactitude.
Le Lecteur en va juger.
Un Pere défiant , et d'ailleurs peu favori-
NOVEMBRE. 1732. 2455
vorisé de la Fortune , est chargé d'une
Fille qu'il voudroit pourvoir.CePere s'appelle Géronte , et Angelique est le nom de
sa Fille; un Frere beaucoup plus indigent
que lui , est allé faire ressource dans la
nouvelle France , et lui a laissé un Fils et
une Fille;le Fils se nomme Valere et la fille
s'appelle Mariane. Araminte , sœur de Géronte , s'est chargée de Mariane, et Valere
est échu en partage à Géronte. Voilà l'état
de la famille dont Géronte et Araminte
sont les chefs ; ils logent tous dans la même maison , mais en deux différens corps
de logis. Léandre , Fils de Lisimon , riche
Président , aime Mariane ; mais il feint
d'aimer Angelique , pour la conserver à
Valere qui en est éperdûment amoureux ,
jusqu'au retour de Chrysante son Pere ;
ce dernier est ce Frere de Géronte , qui est
allé dans la nouvelle France , et dont on
n'a point de nouvelles.
Géronte , dans le premier Acte, annonce à sa sœur Araminte que Léandre , Fils
de Lisimon , doit épouser sa Fille Angé
lique. Cette sœur , dont l'humeur toujours riante , contraste parfaitement avec
l'humeur triste de son Frere , et qui d'ailleurs est au fait des véritables sentimens
des Amans qui doivent jouer les principaux Rôles dans la Piéce , dit à son Frere
Gij qu'elle
2456 MERCURE DE FRANCE
qu'elle ne donnera point son consentement à l'Hymen proposé, si l'amour n'en
forme les nœuds ; Lisimon qu'on attend
pour achever ce projet de mariage, annonce à Géronte que l'Hymen est plus éloigné qu'ils n'avoient pensé , et que son
Fils Léandre vient de lui déclarer qu'il
croit qu'Angélique ne l'aime point , et
qu'il est trop galant homme pour la contraindre. Lisimon se retire voïant approcherAngélique.Géronte prie brusquement
Araminte de rentrer dans son apparte.
ment. Elle ne se retire qu'après avoir dit
à Angelique enl'embrassant :
Tien bon , ma chere Enfant , si tu n'és pas contente
Laisse gronder le Pere, et viens trouver la Tante.
Géronte dissimule sa colere aux yeux
de sa Fille Angelique; il lui dit qu'il ne
tient qu'à elle d'être heureuse , et que
Léandre la demande en mariage. Angelique toute interdite , ne sçait comment
parer le coup fatal qu'on veut lui porter.
Nérine , sa suivante , feint hardiment
qu'Angelique lui a avoué qu'elle aime
Léandre , et dit à Géronte qu'elle lui répond du consentement de sa Fille , qui
n'est timideque par pudeur, Géronte court
annoncer cette heureuse nouvelle à Lisimon. La
NOVEMBRE. 1732 2457
La Scene qui se passe entre Angelique
et Nérine est très- vive de la part de cette
derniere. Angélique lui dit qu'elle l'a perdue, en disant à son Pere qu'elle aime
Léandre. O Ciel ! lui répond Nérine en
colere, vous m'auriez donc trompée ! Angelique n'oublie rien pour l'appaiser
et s'excuse de la tromperie qu'elle lui a
faite , sur la défiance que lui donnoit son
attachement à son Pere. Nérine paroît in
fléxible , et lui dit avec beaucoup de vivacité.
Quel emploi près de vous est- ce donc que le inien ?
Vous donnez votre cœur sans que j'en sçache rien !
Quedis-je ? un faux Amant me fait prendre le
change !
Ah ! de l'un et de l'autre il faut que je me vange ;
Léandre à me tromper , conspiroit avec vous ;
Pour vous punir tous deux , il sera votre Epoux
Elle lui reproche sur tout de lui avoir
préféré Araminte pour confidente , et lur
dit que c'est à cette Tante si chere à la
tirer d'un si mauvais pas ; elle s'exprime
ainsi :
De quoi s'avise-t- elle ?
Paris est un Théatre , où l'on voit aujourd'hui ,
G iij Chaque
2458 MERCURE DE FRANCE
Chaque Acteur ne jouer que le Rôle d'autrui.
On n'y paroit jamais tel que l'on doit paroître ;
Le jeune Magistrat s'érige en petit Maître ;
Le petit Maître fronde et tranche du Docteur
Le Pié plat enrichi prend des airs de hauteur.
La Bourgeoise superbe , en Or , en Pierreries ,
Efface la Duchesse au Cours , aux Tuilleries.
Tout est si dérangé qu'on ne se connoît plus ,
Voyez à quel excès on a porté l'abus ;
Dans un projet d'amour, on confie à des Tantes
Des emplois jusqu'icy , remplis par des Sui vantes.
2
Nérine s'appaise enfin et promet à Angélique de la servir dans son Amour.
Valere vient , il garde d'abord le silence; mais ayant appris d'Angelique que
Nérine a tout découvert , et qu'elle veut
s'interresser pour eux ; il lui promet des
effets de sa reconnoissance.
Ce premier Acte finit par l'arrivée de
Lepine , Valet de Chrysante. Valere lut
demande des nouvelles de son Pere ; Lepine lui dit qu'il est riche autant qu'il étoit gueux.
Ne m'a- t-il point écrit ? lui dit Valere
charmé : Oui , lui répond Lepine , en faisant semblant de chercher la lettre qu'il
n'a pas ; il le prie de lui permettre auparavant de lui faire un récit de toutes ses
avan-
NOVEMBRE. 1732. 2459
avantures , droit de Voyageur , dont il
ne veut point démordre. Valere consent
à tout. Ce récit est des plus comiques , et
n'aboutit qu'à lui faire entendre quedes
Flibustiers qui ont pris le Vaisseau sur
lequel il étoit , lui ont tout volé , jusqu'à
son Portefeuille. Valere lui demandant
sa Lettre , il lui répond :
Pour lapouvoir donner, il la faudroit avoir.
Le sort du Porte-feuille a dû vous faire entendre
Qu'à moins qu'un Flibustier , exprès pour vous- la rendre ,
Ne traverse les Flots-au gré de vos souhaits ,
Votre Lettre en vos mains ne parviendra jamais.
Valére court annoncer à son oncle
l'heureuse nouvelle que Lepine vient de
Jui apporter breh ar an I
Valere et Léandre commencent le second Acte. Valere apprend à son ami
Léandre que son oncle se défie de Lepine et de lui , que cette Lettre prise par
des Flibustiers , lui est si suspecte , qu'il
va presser l'Hymen projetté. Araminte
Suivie d'Angelique , de Mariane et de
Nérine , vient les rassurer , et leur dit
en entrant :
Ca , ferme, mes Enfans ; laissons gronder l'o- Frage ;
G iiij C'est
2460 MERCURE DE FRANCE
C'est dans les grands périls qu'éclatte un grand
courage ;
{
Mon Frere vainement croit traverser vos vœux
Je prétends malgré lui vous rendre tous heu- reux &c. >
Valere prie sa sœur Mariane de l'acquiter envers son cher Léandre ; il lui
demande toute sa tendresse pour lui;
Mariane lui répond que son cœur est
déja donné. Valere et Léandre sont également étonnés d'une réponse àlaquelle
ils ne s'étoient pas attendus ; mais Angelique les tire d'erreur par ces Vers qu'elle
adresse à Léandre.
Quoique mon frere ait sur moi de puis- sance ,
Mon cœur n'est pas un don de la reconnois
› sance ;
Je devois à vos feux un plus juste retour ;
Vous ne l'avez reçû que des mains de l'A- nour
A ces mots , Léandre se jette à ses
pieds Geronte arrive et le surprend en
cet état ; Nerine l'ayant apperçû a recours
à l'artifice , et dit à Araminte de la seconder ; voici comme elle parle.
Vous êtes fou , Léandre , Angelique vous aime ;
Près
NOVEMBRE. 1732 2461
:
Près d'elle , croyez- moi , n'employez que vous même , &c.
à Geronte.
Ah! Monsieur , vous voilà !
J'épuise vainement toute ma Rethorique ;
Léandre doute encor de l'amour d'Angelique ,.
Et ce timide Amant implore notre appui
Pour un heureux Hymen qu'il ne devra qu'à
Il
lui...
presse Mariane , Araminte , moi- même ,
De daigner le servir auprès de ce qu'il aime 3.
Il se jette à nos pieds , &c.
Geronte soupçonne Nerine d'artifices
Araminte se retire avec tous ces Amans
qu'elle a pris sous sa protection.
Nerine n'oublie rien pour sejustifierdans
l'esprit de Geronte ; il ne veut s'y fier
que de la bonne sorte ; il lui dit d'aller
faire venir Valère , sans lui faire part dü
stratagême qu'il vient d'imaginer ; elle
obéit à regret ; voici l'artifice dont cet
Oncle défiant se sert pour tromper son
Neveu.
Il lui représente le mauvais état de sa
fortune ; il lui demande des preuves dè
sa reconnoissance pour les soins qu'il a
pris de son enfance , et le prie d'em
ployer le pouvoir qu'il a sur l'esprit d'Angelique pour la porter à accepter Léan
Gv dre
2462 MERCURE DE FRANCE
dre pour époux. Valere est frappé d'une commission si fatale à son amour ; il
promet pourtant à son Oncle de lui obéïr ;
mais ce qui acheve de l'accabler , c'est
que Geronte veut entendre , d'un endroit
où il sera caché,la conversation qu'il aura
avec sa chere Angelique ; voici ce que
son Oncle lui dit.
Caché dans cet endroit , et sans qu'elle s'en doute
Invisible et présent , il faut que je l'écoute :
C'est peu de l'écouter , j'observerai ses yeux ,
Ses gestes. , . &c... et , pour faire enco mieux 2
J'observerai les tiens , ton amitié fidelle ,
Te porteroit toi- même à te trahir pour elle..
Geronte va envoyer Angelique à Valere , dont la situation est des plus tristes
il se flatte pourtant de désabuser Angelique dès qu'il la revera. Cette Scene a
parû très-bien dialoguée. Angelique picquée du conseil que Valere lui donne.
d'épouser Léandre , s'y résout par dépit
et dit à Gerante qui revient de l'endroit
où il étoit caché , qu'elle est prête à donner la main à Léandre; à peine s'est- elle
retirée , que Geronte remercie Valere du
bon office qu'il vient de lui rendre , et lui die
NOVEMBRE. 1732. 2463
dit qu'il veut que cet Hymen s'acheve dès
le jour même l'embarras de Valere redoublant sa défiance , il ajoute que puisque , malgré lui , il a sçû se faire aimer
d'Angeliqué , il est à propos qu'il la dispose par quelques jours d'absence à n'aimer que Léandre ; et comme Valere se
plaint de la dureté d'un Oncle qui lui est
si cher , il lui répond ironiquement.
Oui , mon très- cher neveu , ni Lepine , ni vous ,
Jusques après P'Hymen n'entrerez point chez
nous ,
Taurai soin de la porte.
que
Geronte s'applaudit du prochain succès de sa supercherie ; il en agit de même
auprès de Mariane ; il lui fait entendre
Léandre dont elle se croit aimée , n'a
jamais aimé qu'Angelique qu'il va épouser , et que c'est Valere qui a fait cet heureux mariage ; il ajoûte qu'elle n'a qu'à
interroger Angelique , pour n'avoir plus à douter de cette verité ! il sort pour aller dresser le Contrat. Léandre vient
Mariane le croyant infidele le fuit après
lui avoir fait entendre qu'elle ne l'a jamais aimé. Léandre la suit , pour être
mieux éclairci d'un aveu qui le déses
pere.
Gvj Léan
2464 MERCURE DE FRANCE
Léandre et Nerinc commencent le trofsiéme Acte ; Nerine lui dit que Mariane
lui a donné ordre de lui fermer tout accès auprès d'elle.
Angelique vient , et confirme à Léan
dre un Hymen qu'il a peine à comprendre ; elle le surprend encore plus en lui
apprenant que cet Hymen est l'ouvrage
de Valere , elle s'exprime ainsi : こ
Oui , tantôt dans ces lieux , seul à seul aves moi ,
L'ingrat m'a conseillé de vous donner ma foi.[
Léandre n'ose encore soupçonner son
ami Valere de cette trahison quoique
tout semble l'en convaincre. Nerine attribue le changement de Valere à la nouvelle fortune de Chrysante , son pere's
elle veut tirer parti de cette infidelité en
mariant Angelique avec Léandre ; elle
leur conseille de s'épouser par dépit, si ce
n'est par amour ; ils semblent vouloir s'y
résoudre, ce qui fait une petite Scene assez plaisante entr'eux , tandis que Nerine
court à la porte , où elle a entendu du
bruit ; elle revient avec une Lettre de VaTere , par laquelle il se justifie , en apprenant à Angelique , que lorsqu'il lui conseilloit d'épouser Leandre , Geronte les
écou
NOVEMBRE. 1732 2455
écoutoit et observoit jusqu'au moindre
regard et au moindre geste ; . Valere est
rappellé par sa chere Angelique. Léandre
seul se croit malheureux ; il se plaint à
son ami de l'infidelité de sa sœur Mariane. Nerine prend sa défense , et s'explique ainsi.
En amour , que vous êtes novice !
Pour la sincerité vous prenez l'artifice !
Il est de certains cas ; où la feinte est vertu.
Devoit- on à vos yeux , d'un air triste , aba
batu ,
Lorsque d'un autre Hymen on sentoit les ap
proches ,
S'exhaler en regrets ? éclater en reproches ?
Vous appeller ingrat ? vous dire tendrement :
Je t'aimerai toujours malgré ton change
ment ;
Tu vois mes yeux en pleurs , er d'autres bali
vernes ,
Lieux communs d'Opéras, tant anciens, que mo
dernés ?
Vraiment , c'est bien ainsi qu'on doit traiter
l'Amour ;
Tu me quittes et bien je te quitte à mon
tour ;
Tu vas te marier et moi , je te déclare ,
Qu'une perte pareille aisément se répare ;
Que de peur d'en avoir un jour le démenti
2465 MERCURE DE FRANCE
De ne point aimer j'avois pris le parti.
C'est ainsi qu'à présent on bourre un infi dele ;
Mariane l'a fait , et j'aurois fait pis qu'elle..
Les Amans raccommodez , il ne rester
à Nerine qu'à détourner , ou du moins
à différer le mariage de Léandre et d'An
gelique, voici l'artifice qu'elle imagine :
c'est un feint enlevement ; elle dit à Valere , à Angelique et à Léandre de s'aller
enfermer chez Araminte à peine sontils sortis , qu'elle fait de grands cris ;
Geronte arrive ; elle lui dit que Valere:
vient d'enlever Angelique ; Araminte accourt aux cris de Geronte , et favorise le
stratagême avec sa gayeté ordinaire ;
Geronte sort pour aller faire courir après
le prétendu ravisseur. Lepine vient et de
mande à parler à Valere ; il fait entendre.
par un à parte qu'il vient lui apprendre
que Chrisante son pere est de retour.
Geronte revient ; il demande à Lépine ce
qu'il a fait d'Angelique ; Lépine lui répond qu'il n'est pas chargé du soin de
toute la famille , et que tout ce qu'il peut
faire , c'est de lui rendre son frere. Ge
ronte est frappé de ce surcroît de mal---
heur , il demande à Lepine s'il lui a dit
yrai quand il lui a annoncé que son frere
NOVEMBRE. 1732. 2467
re étoit riche ; Lepine , pour le punir de
son avarice et de sa défiance lui avoue qu'il
a menti ; ce dernier mensonge produit
une Scene très- comique entre les deux
freres ; Géronte reçoit Chrysante avecune froideur qui le surprend Chrysantelui en demandant la raison , il lui dit que
Valere vient d'enlever Angelique ; à ces.
mots , Chrysante indigné contre son fils ,
jure de le desheriter et de donner à Mariane cent mille écus , qu'il avoit apportez pour marier Valere avec Angelique.
Araminte qui survient , rit de cet enlevement prétendu , et dit à Chrysante que
son Neveu et sa Niéce n'ont bougé de
chez elle ; Nerine les va chercher par son
ordre ; Lisimon instruit de l'enlevement
d'Angelique vient retirer sa parole; Chrysante propose le mariage de sa fille avec
Léandre ; ce dernier y consent , et demande pardon à son pere , qui le lui accorde , après en avoir appris le motif; il
finit le Piéce par ces deux Vers :
Ah ! que de son bon cœur une preuve m'es chere !
Que ne fera-t'il pas quelque jour pour son
pere!
Comédie en trois Actes. Extrait.
B
Ien des Juges sans prévention ont
cru que cette Piéce méritoit un meilleur sort , et qu'elle auroit pû réüssir si elle cut été donnée dans un temps.
plus favorable aux Spectacles. L'absence
de la Cour , des Officiers, des Bourgeois ,
et des meilleurs Comédiens nuiroit aux
meilleurs Ouvrages de Théatre; d'ailleurs
le peu qui reste d'amateurs de Spectacles,
s'attendent plutôt à des pieces ornées de
danses et de chants , qu'à un genre de
Comique , qui ne rit qu'à l'esprit et à la
raison ; celle dont il s'agit a peut être dégénéré en froideur par trop d'exactitude.
Le Lecteur en va juger.
Un Pere défiant , et d'ailleurs peu favori-
NOVEMBRE. 1732. 2455
vorisé de la Fortune , est chargé d'une
Fille qu'il voudroit pourvoir.CePere s'appelle Géronte , et Angelique est le nom de
sa Fille; un Frere beaucoup plus indigent
que lui , est allé faire ressource dans la
nouvelle France , et lui a laissé un Fils et
une Fille;le Fils se nomme Valere et la fille
s'appelle Mariane. Araminte , sœur de Géronte , s'est chargée de Mariane, et Valere
est échu en partage à Géronte. Voilà l'état
de la famille dont Géronte et Araminte
sont les chefs ; ils logent tous dans la même maison , mais en deux différens corps
de logis. Léandre , Fils de Lisimon , riche
Président , aime Mariane ; mais il feint
d'aimer Angelique , pour la conserver à
Valere qui en est éperdûment amoureux ,
jusqu'au retour de Chrysante son Pere ;
ce dernier est ce Frere de Géronte , qui est
allé dans la nouvelle France , et dont on
n'a point de nouvelles.
Géronte , dans le premier Acte, annonce à sa sœur Araminte que Léandre , Fils
de Lisimon , doit épouser sa Fille Angé
lique. Cette sœur , dont l'humeur toujours riante , contraste parfaitement avec
l'humeur triste de son Frere , et qui d'ailleurs est au fait des véritables sentimens
des Amans qui doivent jouer les principaux Rôles dans la Piéce , dit à son Frere
Gij qu'elle
2456 MERCURE DE FRANCE
qu'elle ne donnera point son consentement à l'Hymen proposé, si l'amour n'en
forme les nœuds ; Lisimon qu'on attend
pour achever ce projet de mariage, annonce à Géronte que l'Hymen est plus éloigné qu'ils n'avoient pensé , et que son
Fils Léandre vient de lui déclarer qu'il
croit qu'Angélique ne l'aime point , et
qu'il est trop galant homme pour la contraindre. Lisimon se retire voïant approcherAngélique.Géronte prie brusquement
Araminte de rentrer dans son apparte.
ment. Elle ne se retire qu'après avoir dit
à Angelique enl'embrassant :
Tien bon , ma chere Enfant , si tu n'és pas contente
Laisse gronder le Pere, et viens trouver la Tante.
Géronte dissimule sa colere aux yeux
de sa Fille Angelique; il lui dit qu'il ne
tient qu'à elle d'être heureuse , et que
Léandre la demande en mariage. Angelique toute interdite , ne sçait comment
parer le coup fatal qu'on veut lui porter.
Nérine , sa suivante , feint hardiment
qu'Angelique lui a avoué qu'elle aime
Léandre , et dit à Géronte qu'elle lui répond du consentement de sa Fille , qui
n'est timideque par pudeur, Géronte court
annoncer cette heureuse nouvelle à Lisimon. La
NOVEMBRE. 1732 2457
La Scene qui se passe entre Angelique
et Nérine est très- vive de la part de cette
derniere. Angélique lui dit qu'elle l'a perdue, en disant à son Pere qu'elle aime
Léandre. O Ciel ! lui répond Nérine en
colere, vous m'auriez donc trompée ! Angelique n'oublie rien pour l'appaiser
et s'excuse de la tromperie qu'elle lui a
faite , sur la défiance que lui donnoit son
attachement à son Pere. Nérine paroît in
fléxible , et lui dit avec beaucoup de vivacité.
Quel emploi près de vous est- ce donc que le inien ?
Vous donnez votre cœur sans que j'en sçache rien !
Quedis-je ? un faux Amant me fait prendre le
change !
Ah ! de l'un et de l'autre il faut que je me vange ;
Léandre à me tromper , conspiroit avec vous ;
Pour vous punir tous deux , il sera votre Epoux
Elle lui reproche sur tout de lui avoir
préféré Araminte pour confidente , et lur
dit que c'est à cette Tante si chere à la
tirer d'un si mauvais pas ; elle s'exprime
ainsi :
De quoi s'avise-t- elle ?
Paris est un Théatre , où l'on voit aujourd'hui ,
G iij Chaque
2458 MERCURE DE FRANCE
Chaque Acteur ne jouer que le Rôle d'autrui.
On n'y paroit jamais tel que l'on doit paroître ;
Le jeune Magistrat s'érige en petit Maître ;
Le petit Maître fronde et tranche du Docteur
Le Pié plat enrichi prend des airs de hauteur.
La Bourgeoise superbe , en Or , en Pierreries ,
Efface la Duchesse au Cours , aux Tuilleries.
Tout est si dérangé qu'on ne se connoît plus ,
Voyez à quel excès on a porté l'abus ;
Dans un projet d'amour, on confie à des Tantes
Des emplois jusqu'icy , remplis par des Sui vantes.
2
Nérine s'appaise enfin et promet à Angélique de la servir dans son Amour.
Valere vient , il garde d'abord le silence; mais ayant appris d'Angelique que
Nérine a tout découvert , et qu'elle veut
s'interresser pour eux ; il lui promet des
effets de sa reconnoissance.
Ce premier Acte finit par l'arrivée de
Lepine , Valet de Chrysante. Valere lut
demande des nouvelles de son Pere ; Lepine lui dit qu'il est riche autant qu'il étoit gueux.
Ne m'a- t-il point écrit ? lui dit Valere
charmé : Oui , lui répond Lepine , en faisant semblant de chercher la lettre qu'il
n'a pas ; il le prie de lui permettre auparavant de lui faire un récit de toutes ses
avan-
NOVEMBRE. 1732. 2459
avantures , droit de Voyageur , dont il
ne veut point démordre. Valere consent
à tout. Ce récit est des plus comiques , et
n'aboutit qu'à lui faire entendre quedes
Flibustiers qui ont pris le Vaisseau sur
lequel il étoit , lui ont tout volé , jusqu'à
son Portefeuille. Valere lui demandant
sa Lettre , il lui répond :
Pour lapouvoir donner, il la faudroit avoir.
Le sort du Porte-feuille a dû vous faire entendre
Qu'à moins qu'un Flibustier , exprès pour vous- la rendre ,
Ne traverse les Flots-au gré de vos souhaits ,
Votre Lettre en vos mains ne parviendra jamais.
Valére court annoncer à son oncle
l'heureuse nouvelle que Lepine vient de
Jui apporter breh ar an I
Valere et Léandre commencent le second Acte. Valere apprend à son ami
Léandre que son oncle se défie de Lepine et de lui , que cette Lettre prise par
des Flibustiers , lui est si suspecte , qu'il
va presser l'Hymen projetté. Araminte
Suivie d'Angelique , de Mariane et de
Nérine , vient les rassurer , et leur dit
en entrant :
Ca , ferme, mes Enfans ; laissons gronder l'o- Frage ;
G iiij C'est
2460 MERCURE DE FRANCE
C'est dans les grands périls qu'éclatte un grand
courage ;
{
Mon Frere vainement croit traverser vos vœux
Je prétends malgré lui vous rendre tous heu- reux &c. >
Valere prie sa sœur Mariane de l'acquiter envers son cher Léandre ; il lui
demande toute sa tendresse pour lui;
Mariane lui répond que son cœur est
déja donné. Valere et Léandre sont également étonnés d'une réponse àlaquelle
ils ne s'étoient pas attendus ; mais Angelique les tire d'erreur par ces Vers qu'elle
adresse à Léandre.
Quoique mon frere ait sur moi de puis- sance ,
Mon cœur n'est pas un don de la reconnois
› sance ;
Je devois à vos feux un plus juste retour ;
Vous ne l'avez reçû que des mains de l'A- nour
A ces mots , Léandre se jette à ses
pieds Geronte arrive et le surprend en
cet état ; Nerine l'ayant apperçû a recours
à l'artifice , et dit à Araminte de la seconder ; voici comme elle parle.
Vous êtes fou , Léandre , Angelique vous aime ;
Près
NOVEMBRE. 1732 2461
:
Près d'elle , croyez- moi , n'employez que vous même , &c.
à Geronte.
Ah! Monsieur , vous voilà !
J'épuise vainement toute ma Rethorique ;
Léandre doute encor de l'amour d'Angelique ,.
Et ce timide Amant implore notre appui
Pour un heureux Hymen qu'il ne devra qu'à
Il
lui...
presse Mariane , Araminte , moi- même ,
De daigner le servir auprès de ce qu'il aime 3.
Il se jette à nos pieds , &c.
Geronte soupçonne Nerine d'artifices
Araminte se retire avec tous ces Amans
qu'elle a pris sous sa protection.
Nerine n'oublie rien pour sejustifierdans
l'esprit de Geronte ; il ne veut s'y fier
que de la bonne sorte ; il lui dit d'aller
faire venir Valère , sans lui faire part dü
stratagême qu'il vient d'imaginer ; elle
obéit à regret ; voici l'artifice dont cet
Oncle défiant se sert pour tromper son
Neveu.
Il lui représente le mauvais état de sa
fortune ; il lui demande des preuves dè
sa reconnoissance pour les soins qu'il a
pris de son enfance , et le prie d'em
ployer le pouvoir qu'il a sur l'esprit d'Angelique pour la porter à accepter Léan
Gv dre
2462 MERCURE DE FRANCE
dre pour époux. Valere est frappé d'une commission si fatale à son amour ; il
promet pourtant à son Oncle de lui obéïr ;
mais ce qui acheve de l'accabler , c'est
que Geronte veut entendre , d'un endroit
où il sera caché,la conversation qu'il aura
avec sa chere Angelique ; voici ce que
son Oncle lui dit.
Caché dans cet endroit , et sans qu'elle s'en doute
Invisible et présent , il faut que je l'écoute :
C'est peu de l'écouter , j'observerai ses yeux ,
Ses gestes. , . &c... et , pour faire enco mieux 2
J'observerai les tiens , ton amitié fidelle ,
Te porteroit toi- même à te trahir pour elle..
Geronte va envoyer Angelique à Valere , dont la situation est des plus tristes
il se flatte pourtant de désabuser Angelique dès qu'il la revera. Cette Scene a
parû très-bien dialoguée. Angelique picquée du conseil que Valere lui donne.
d'épouser Léandre , s'y résout par dépit
et dit à Gerante qui revient de l'endroit
où il étoit caché , qu'elle est prête à donner la main à Léandre; à peine s'est- elle
retirée , que Geronte remercie Valere du
bon office qu'il vient de lui rendre , et lui die
NOVEMBRE. 1732. 2463
dit qu'il veut que cet Hymen s'acheve dès
le jour même l'embarras de Valere redoublant sa défiance , il ajoute que puisque , malgré lui , il a sçû se faire aimer
d'Angeliqué , il est à propos qu'il la dispose par quelques jours d'absence à n'aimer que Léandre ; et comme Valere se
plaint de la dureté d'un Oncle qui lui est
si cher , il lui répond ironiquement.
Oui , mon très- cher neveu , ni Lepine , ni vous ,
Jusques après P'Hymen n'entrerez point chez
nous ,
Taurai soin de la porte.
que
Geronte s'applaudit du prochain succès de sa supercherie ; il en agit de même
auprès de Mariane ; il lui fait entendre
Léandre dont elle se croit aimée , n'a
jamais aimé qu'Angelique qu'il va épouser , et que c'est Valere qui a fait cet heureux mariage ; il ajoûte qu'elle n'a qu'à
interroger Angelique , pour n'avoir plus à douter de cette verité ! il sort pour aller dresser le Contrat. Léandre vient
Mariane le croyant infidele le fuit après
lui avoir fait entendre qu'elle ne l'a jamais aimé. Léandre la suit , pour être
mieux éclairci d'un aveu qui le déses
pere.
Gvj Léan
2464 MERCURE DE FRANCE
Léandre et Nerinc commencent le trofsiéme Acte ; Nerine lui dit que Mariane
lui a donné ordre de lui fermer tout accès auprès d'elle.
Angelique vient , et confirme à Léan
dre un Hymen qu'il a peine à comprendre ; elle le surprend encore plus en lui
apprenant que cet Hymen est l'ouvrage
de Valere , elle s'exprime ainsi : こ
Oui , tantôt dans ces lieux , seul à seul aves moi ,
L'ingrat m'a conseillé de vous donner ma foi.[
Léandre n'ose encore soupçonner son
ami Valere de cette trahison quoique
tout semble l'en convaincre. Nerine attribue le changement de Valere à la nouvelle fortune de Chrysante , son pere's
elle veut tirer parti de cette infidelité en
mariant Angelique avec Léandre ; elle
leur conseille de s'épouser par dépit, si ce
n'est par amour ; ils semblent vouloir s'y
résoudre, ce qui fait une petite Scene assez plaisante entr'eux , tandis que Nerine
court à la porte , où elle a entendu du
bruit ; elle revient avec une Lettre de VaTere , par laquelle il se justifie , en apprenant à Angelique , que lorsqu'il lui conseilloit d'épouser Leandre , Geronte les
écou
NOVEMBRE. 1732 2455
écoutoit et observoit jusqu'au moindre
regard et au moindre geste ; . Valere est
rappellé par sa chere Angelique. Léandre
seul se croit malheureux ; il se plaint à
son ami de l'infidelité de sa sœur Mariane. Nerine prend sa défense , et s'explique ainsi.
En amour , que vous êtes novice !
Pour la sincerité vous prenez l'artifice !
Il est de certains cas ; où la feinte est vertu.
Devoit- on à vos yeux , d'un air triste , aba
batu ,
Lorsque d'un autre Hymen on sentoit les ap
proches ,
S'exhaler en regrets ? éclater en reproches ?
Vous appeller ingrat ? vous dire tendrement :
Je t'aimerai toujours malgré ton change
ment ;
Tu vois mes yeux en pleurs , er d'autres bali
vernes ,
Lieux communs d'Opéras, tant anciens, que mo
dernés ?
Vraiment , c'est bien ainsi qu'on doit traiter
l'Amour ;
Tu me quittes et bien je te quitte à mon
tour ;
Tu vas te marier et moi , je te déclare ,
Qu'une perte pareille aisément se répare ;
Que de peur d'en avoir un jour le démenti
2465 MERCURE DE FRANCE
De ne point aimer j'avois pris le parti.
C'est ainsi qu'à présent on bourre un infi dele ;
Mariane l'a fait , et j'aurois fait pis qu'elle..
Les Amans raccommodez , il ne rester
à Nerine qu'à détourner , ou du moins
à différer le mariage de Léandre et d'An
gelique, voici l'artifice qu'elle imagine :
c'est un feint enlevement ; elle dit à Valere , à Angelique et à Léandre de s'aller
enfermer chez Araminte à peine sontils sortis , qu'elle fait de grands cris ;
Geronte arrive ; elle lui dit que Valere:
vient d'enlever Angelique ; Araminte accourt aux cris de Geronte , et favorise le
stratagême avec sa gayeté ordinaire ;
Geronte sort pour aller faire courir après
le prétendu ravisseur. Lepine vient et de
mande à parler à Valere ; il fait entendre.
par un à parte qu'il vient lui apprendre
que Chrisante son pere est de retour.
Geronte revient ; il demande à Lépine ce
qu'il a fait d'Angelique ; Lépine lui répond qu'il n'est pas chargé du soin de
toute la famille , et que tout ce qu'il peut
faire , c'est de lui rendre son frere. Ge
ronte est frappé de ce surcroît de mal---
heur , il demande à Lepine s'il lui a dit
yrai quand il lui a annoncé que son frere
NOVEMBRE. 1732. 2467
re étoit riche ; Lepine , pour le punir de
son avarice et de sa défiance lui avoue qu'il
a menti ; ce dernier mensonge produit
une Scene très- comique entre les deux
freres ; Géronte reçoit Chrysante avecune froideur qui le surprend Chrysantelui en demandant la raison , il lui dit que
Valere vient d'enlever Angelique ; à ces.
mots , Chrysante indigné contre son fils ,
jure de le desheriter et de donner à Mariane cent mille écus , qu'il avoit apportez pour marier Valere avec Angelique.
Araminte qui survient , rit de cet enlevement prétendu , et dit à Chrysante que
son Neveu et sa Niéce n'ont bougé de
chez elle ; Nerine les va chercher par son
ordre ; Lisimon instruit de l'enlevement
d'Angelique vient retirer sa parole; Chrysante propose le mariage de sa fille avec
Léandre ; ce dernier y consent , et demande pardon à son pere , qui le lui accorde , après en avoir appris le motif; il
finit le Piéce par ces deux Vers :
Ah ! que de son bon cœur une preuve m'es chere !
Que ne fera-t'il pas quelque jour pour son
pere!
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Résumé : LA FAUSSE INCONSTANCE. Comédie en trois Actes. Extrait.
La pièce 'La Fausse Inconstance' est une comédie en trois actes qui relate l'histoire de Géronte, un père défiant et peu fortuné, souhaitant marier sa fille Angelique. Géronte est également responsable de Valere, le fils de son frère Chrysante parti en Nouvelle-France. Valere est amoureux d'Angelique, mais Léandre, fils de Lisimon, feint d'aimer Angelique pour la conserver à Valere. Dans le premier acte, Géronte annonce à sa sœur Araminte que Léandre doit épouser Angelique. Araminte refuse son consentement si l'amour ne forme pas les nœuds du mariage. Lisimon informe Géronte que Léandre croit qu'Angelique ne l'aime pas et ne veut pas la contraindre. Nérine, la suivante d'Angelique, feint que cette dernière aime Léandre, permettant à Géronte d'annoncer cette 'bonne nouvelle' à Lisimon. Angelique est interdite et Nérine la réconforte en lui promettant son aide. Valere apprend que son père Chrysante est riche, mais sa lettre a été volée par des flibustiers. Dans le second acte, Valere et Léandre discutent de leurs amours. Araminte révèle que Mariane, la sœur de Valere, est également amoureuse de Léandre. Angelique avoue son amour pour Léandre, surprenant Géronte. Nérine et Araminte utilisent des artifices pour convaincre Géronte de l'amour d'Angelique pour Léandre. Géronte teste Valere en lui demandant de convaincre Angelique d'épouser Léandre. Valere, accablé, promet d'obéir. Angelique, piquée par le conseil de Valere, accepte d'épouser Léandre par dépit. Géronte se réjouit de sa supercherie et informe Mariane de l'infidélité supposée de Léandre. Mariane, croyant Léandre infidèle, le fuit. Dans le troisième acte, Nérine informe Léandre que Mariane lui a fermé l'accès. Angelique confirme à Léandre leur mariage imminent, attribuant ce tournant à Valere. Nérine explique que Valere a agi ainsi parce que Géronte les écoutait. Valere revient et se justifie. Léandre, seul, se plaint de l'infidélité de Mariane. Nérine défend Mariane, expliquant que sa feinte était une vertu en amour. Les amants se réconcilient. Nérine organise un faux enlèvement d'Angelique par Valère. Valère, Angelique et Léandre se cachent chez Araminte, qui soutient le plan. Géronte, alerté par les cris de Nérine, part à la recherche du prétendu ravisseur. Pendant ce temps, Lépine informe Valère du retour de son père, Chrysante. Géronte apprend de Lépine que son frère n'est pas riche, provoquant une scène comique. Chrysante, furieux contre Valère pour l'enlèvement supposé, jure de déshériter son fils et de donner cent mille écus à Mariane. Araminte révèle ensuite que l'enlèvement était feint et que les jeunes sont chez elle. Lisimon, informé de l'enlèvement, retire sa parole. Chrysante propose alors le mariage de sa fille avec Léandre, qui accepte et demande pardon à son père. La pièce se conclut par une preuve de l'attachement filial de Léandre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 1376-1392
Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
Début :
Il vient de paroître un nouvel Ouvrage, en 3 vol. in 12. que nous avons [...]
Mots clefs :
Roger, Philippe Auguste, Cour, Roi, Anecdotes, Raoul, Amour, Roman, Coucy, Gloire, Coeur, Père, Alix de Rosoit, Champagne, Adélaïde, Nature, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L vient de paroître un nouvel Ouvrage
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
Fermer
Résumé : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Anecdotes de la Cour de Philippe-Auguste' a été publié en trois volumes in-12 et est disponible à Paris chez la veuve Pissot. L'auteur, Mademoiselle de Lussan, a reçu des éloges de la cour, de la ville, des gens de lettres et des critiques pour son innovation de mêler histoire et épisodes fictifs. Le récit se déroule durant les premières années du règne de Philippe-Auguste, surnommé le Conquérant, qui monta sur le trône à quinze ans et montra une grande maturité dans le gouvernement. L'ouvrage explore les secrets et événements de la cour de Philippe-Auguste, mettant en scène des héros réels partagés entre gloire et amour. Les personnages principaux incluent Roger de Champagne, Comte de Réthel, et Raoul, Sire de Couci, dont l'amitié est mise en avant. D'autres figures notables comme Alberic du Mez, Maréchal de France, et le Comte des Barres sont également présents. Les intrigues amoureuses et les alliances politiques sont détaillées avec précision, sans tomber dans le romanesque. Les femmes de la cour, telles qu'Alix de Rosoi et Adelaide de Couci, ajoutent un intérêt supplémentaire avec leurs beautés et leurs intrigues. Philippe-Auguste lui-même est dépeint comme un souverain maître de ses émotions, attentif aux affaires de l'État et à sa gloire. Il mène des campagnes militaires contre divers ennemis, comme le Comte de Flandres et le Roi d'Angleterre, et se distingue par son courage et sa stratégie. L'auteur a su créer des personnages variés et consistants, chacun avec des traits distincts et des oppositions marquées. Le récit est structuré de manière à maintenir l'intérêt du lecteur, avec des événements imprévus et des développements logiques. L'ouvrage est salué pour sa fidélité à la nature et la vérité de ses descriptions. Le texte relate également les exploits et les amours de Roger, connu pour sa prudence et sa valeur, qui sert fidèlement le roi et se distingue dans diverses batailles. Son amitié avec Raoul est soulignée, ainsi que son amour pour Alix de Rosoi. Après la mort d'Alix, Roger trouve un nouvel amour en la personne d'Adélaïde de Couci. L'ouvrage est loué pour son style élevé et son langage approprié aux sentiments nobles, combinant esprit et sentiment de manière naturelle et efficace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 1638-1651
Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 18 Juillet, les Comédiens François représenterent pour la premiere fois, la Tragedie de [...]
Mots clefs :
Pélopée, Comédie-Française, Thyeste, Atrée, Sostrate, Égisthe, Vers, Amour, Mort, Dieux, Fils, Eurymédon, Hymen, Père, Secours, Yeux, Vengeance, Secret, Coeur, Spectateurs, Billet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 Juillet , les Comédiens François représenterent
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
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Résumé : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 juillet 1733, les Comédiens Français présentèrent pour la première fois la tragédie 'Pélopée', écrite par le Chevalier Pellegrin. La pièce, tirée des récits de Servius, Lactance et Hygin, fut accueillie avec enthousiasme. Hygin relate deux versions des événements : dans la première, Pinceste commet l'inceste volontairement après une prédiction oraculaire ; dans la seconde, Thyeste viole sa fille Pélopée sans la reconnaître. La pièce adopte cette dernière version et y ajoute des correctifs pour la décence théâtrale. Au premier acte, Sostrate, gouverneur d'Agyste, recherche le prince Ægysthe, échappé de la forêt où il a été élevé par une chèvre. Il rencontre Arcas, qui lui apprend que Thyeste, frère d'Atrée, a remporté des victoires grâce à Tyndare, roi de Sparte. Cependant, un jeune inconnu, Ægysthe, a récemment ramené la victoire à Atrée. Thyeste, désespéré, a défié ce jeune homme à un combat singulier. Sostrate reconnaît en Ægysthe son fils et cherche à l'avertir sans révéler son secret. Atrée révèle à Eurimedon que Pélopée, qu'il considère comme sa fille, est en réalité la fille de Thyeste. Il espère que le mariage de Pélopée avec Ægysthe détournera Tyndare du parti de Thyeste. Dans le second acte, Pélopée, accompagnée de Phoenice, sa confidente, attend Ægysthe. Elle révèle son mariage secret avec Thyeste et un songe prémonitoire où elle voit son fils menacé d'inceste et de parricide. Elle confie cet enfant à Sostrate, qui l'élève sans lui révéler son origine. Pélopée convainc Ægysthe de ne pas combattre Thyeste, mais Atrée, soupçonnant la vérité, ordonne à sa garde de la suivre. Au troisième acte, Thyeste, prisonnier, apprend qu'Atrée veut le tuer. Il révèle à Arbate qu'il a ordonné l'exécution de sa fille pour éviter l'inceste prédit par l'oracle. Pélopée informe Thyeste qu'Atrée propose la paix en échange de son mariage. Thyeste refuse, craignant de déshonorer Tyndare. Ægysthe, venu annoncer les menaces contre Thyeste, promet de le défendre. Atrée arrive et exige des explications d'Ægysthe, qui finit par le supplier. Dans le quatrième acte, Atrée expose son plan de vengeance, visant à faire périr ses ennemis les uns par les autres. Il feint de consentir à l'union de Pélopée et Thyeste pour manipuler Ægysthe. Ægysthe, après avoir appris que Sostrate retient Pélopée, libère Thyeste et lui révèle qu'il est son rival. Sostrate intervient alors pour révéler la vérité : Pélopée est la mère d'Ægysthe, et Atrée prévoit de tuer Ægysthe. Dans le cinquième acte, Atrée annonce à Pélopée la mort de Thyeste, mais elle révèle ensuite à Atrée que Thyeste était son époux. Ægysthe apprend alors que Thyeste est son père et que Pélopée est sa mère. Sostrate informe Ægysthe de l'arrivée des renforts de Tyndare. Finalement, Atrée, mourant, révèle à Thyeste que Pélopée est sa fille, confirmant ainsi les prédictions divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 1694-1709
LETTRE de M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen, sur le Droit de Viduité, le Doüaire, le Don mobile, et les autres avantages des gens mariez en Normandie.
Début :
Vous voulez absolument, Monsieur, que je vous explique ce que [...]
Mots clefs :
Lois, Droit, Loi, Parents, Enfant, Époux, Droits, Filles, Partie, Épouse, Père, Succession, Alleuds, Portion, Héritage, Terres, Normandie, Possession, Mariage, Viduité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen, sur le Droit de Viduité, le Doüaire, le Don mobile, et les autres avantages des gens mariez en Normandie.
LETTRE de M. Clerot, Avocat au Par
lement de Rollen , sur le Droit de Viduité
le Donaire , le Don mobile , et les autres
avantages des gens mariez en Nor
mandie.
V
-
7 :6 7
Ous voulez absolument Monsieur
, que je vous explique ce que
c'est que notre Droit de Viduité , et vous
souhaitez qu'en même temps je vous
donne quelque idée des autres Droits des
Gens mariez en notre Province ; vous allez
être satisfait : Voici sur cela mes Observations.
Selon l'article 382. de notre
Coutume : Homme ayant eu un enfant , né
vif de sa femme , jouit par usufruit , tant
qu'il se tient en viduité , de tout le revenu
appartenant à saditte femme , lors de son
décès , encore que l'enfant soit mort avant la
dissolution du mariage.
Les Auteurs sont partagez sur l'origine
, l'essence , et les effets de ce Droit.
1. Les Anglois prétendent qu'il a pris
naissance chez eux : Litleton assurant
même qu'il étoit appellé Curtesie d'Angleterre
, parce que l'on n'en use en aucun
autre réalme , fors que tant seulement en Engleterre.
Nos Normands au contraire,sur le
texte
AOUST. 1733- 1695
que Texte de l'ancien Coutumier , disent
nous l'avons porté chez les Anglois . Consuetudo
est enim in Normannia ex antiquitate
approbata ; et plusieurs Auteurs François
croient le voir dans les Capitulaires de
nos premiers Rois ; ce qui fait dire à l'un
d'eux contre Cowel, Smith , et Litleton ,
Illa est verè nationis nostra -humanitas.
que
2°. Quelques-uns ont avancé que pour
acquerir par le mari cet avantage , il
suffisoit l'enfant eut été conçû , et que
la mere eût témoigné l'avoir senti remuer
dans ses flancs. Quelques autres ,
au contraire , ont dit que l'enfant devoit
être absolument sorti des entrailles de sa
mere, et que des gens dignes de foy l'eussent
vû vif; plusieurs se sont persuadé
qu'il ne suffisoit pas que l'enfant eut été
vû remuer,mais qu'il falloit encore qu'on
l'eut entendu pleurer ou crier.
3. Il y en a qui pensent que cet usufruit
est acquis par la volonté seule de la
Loy : Beneficio Legis ; d'autres , au contraire
, soutiennent que c'est une possession
à droit successif : Fure hæreditario ;
mais d'une espece particuliere; et plusieurs
représentent ce droit comme une espece
de legs , que la Loy fait faire par la fem- ·
me ,jure nuptiali , à celui qui l'a renduë
féconde. Voici , Monsieur , de quoi vous
Ay Can
1696 MERCURE DE FRANCE
convaincre là dessus. 1 ° .Ce droit, comme
ce qui forme toute notre ancienne Coûtume
, ( je n'en excepte pas même la clameur
de Haro ) vient des Loix des premiers
Rois de France , que nos premiers
Ducs ont adoptées , en y faisant quelques
changemens , et Guillaume le Conquerant
l'a porté en Angleterre , d'où il est
même passé en Ecosse. 2° . A prendre ce
droit dans le sens où il a été introduit , il
ne peut être acquis au mari que quand
l'enfant a été vû remuer , et qu'il a été
entendu crier. 3 ° . Ce même droit dans
son origine étoit une espéce de succession
, il a été ensuite une véritable donation
, et à présent ce n'est ni succession ,
ni donation , mais un avantage de la loy
qui tient de l'une et de l'autre.
Pour faire cette démonstration
par or
dre , et pour vous donner les éclaircissemens
que vous demandés , je vais vous
exposer ici quelles ont été les differentes
espéces de possessions dans les principales
Epoques de la Monarchie.
PREMIER TEMPS.
Les Bourguignons , les Francs , les Saxons
et autres Peuples venus du fond de
l'Allemagne , s'étant emparés de différentes
A OU SI. 1733. 1697
rentes Provinces de la Gaule , leurs Capi- .
caines , et leurs Soldats partagerent nonseulement
les Terres qu'ils venoient de
conquerir , mais encore les dépouilles des
Peuples qu'ils venoient de subjuguer , ce
qu'ils appelloient pour chaque particulier,
sertem , ou ce qui est la même chose,
Allodium , du mot Allemand All , qui
signifie tout , et de Lods , los ou lot , qui
signifie part , portion , ou Partage ; d'où
vient que dans la suite ils ont indistinctement
appelić Allodium tout ce qu'ils
ont possedé comme proprietaires. Je ne
vous citerai sur cela qu'une Lettre du
Pape Jean VIII . où l'on trouve : Proprietates
Bosonis et Engeltrudis quas vos
Alladium dicitis , filiabus eorum hæredibus
restituatis.
Il y avoit une autre sorte de possession
, mais que l'on ne tenoit que de la
grace du Roi, ou de l'élection du peuple ,
ou de la faveur des premiers Officiers de
la Couronne ; c'étoient les D chés pour
léver , conduire et commander les Troupes
de toute une Province . Les Comtés
pour éxécuter les ordres des Ducs , de
ménager les revenus roïaux , et de rendre
la justice dans certains Parlemens , les
Marquisats pour veiller sur les Frontieres
, les Chastellenies pour recevoir nos
A vj
Pria1698
MERCURE DE FRANCE
Princes dans leurs fréquens Voyages , et
cent autres places pareilles qui produisoient
un certain revenu , mais qui ne
passoient point aux héritiers , si ce n'est
dans le cas de ce que nous appellons aujourd'hui
survivance .
La facilité qu'il y eut dans la suite à
avoir de ces Benefices pour les Descendans
, les fit regarder comme des especes
d'héritages ; on en obtint même plusieurs
in Allodium , selon l'interêt ou la bonté
de nos premiers Reis ; et enfin dans de
certaines Révolutions de l'Etat , il en fur
abandonné des plus considérables. Ainsi ,
Monsieur , cette partie de la Neustrie
que nous occupons aujourd'hui , fut- elle
laissée à notre premier Duc Raoul , pour
en jouir comme de son propre bien. Ab
Epia fluviole usque ad mare ut teneat ipse
et successores ejus infundum sempiternum.
>
Jusqu'ici , la maniere de posseder ne
changea point ; on compta toujours les
meubles , les immeubles , les droits et
les actions , dans un seul corps de -possession
, sous le nom d'Aleu. Vous verrez
cela dans plusieurs Titres , et partis
culierement dans celui que je vous al
quelquefois fait voir sur cette matiere
où on lit cette formule : Asserens perjuramentum
suum , res , jura , dominia , et
›
usagia
AOUST. 1733. 1699
usagia inferius annotata ab aliquo non tenere
, sed eadem in Francum purum et libe».
rum Allodium se habere. Examinons maintenant
comment nos premiers François.
divisoient cette possession.
D'abord les Esclaves , les Pierreries , les
Meubles , les Hardes ; ensemble les
Droits , les Actions , et quelquefois même
les Maisons des Villes , faisoient la
premiere partie , sous cette dénomination
Mancipia. Je ne vous citerai point
d'éxemples sur cette portion des Aleuds,
Yous sçavez que dans nos anciennes loix
La maison dans la Ville est souvent mar
quée sous cette dénomination Mancipiata
Casa.
Ensuite les Chevaux , les Boeufs et Va
ches , les Moutons , et generalement tou
tes les bêtes domestiques ; ensemble les
Harnois , les Fourages , les Grains , et
tout ce qui convenoit à ces choses , faisoient
la seconde partie que l'on désignoit
sous ce nom Pecunia. Vous sçavez,
Monsieur , qu'en quelque maniere cela
étoit encore d'usage sous le Regne de notre
Guillaume le Conquerant , puisque
ce Prince deffendant dans le Chap. 9. de
ses Loix , la vente ou l'achapt des bêtes
vives ailleurs que dans les Villes , se sert
de cette expression : Interdicimus ut nulla
peci
1700 MERCURE DE FRANCE
pecunia viva vendatur aut ematur , nisi intra
civitates.
Enfin , les Maisons de Campagne , les
Terres , les Forêts , les Eaux , les Droits
de Chasse et de Parc , formoient la troisiéme
partie que l'on appelloit chez les
Francs Terra Salica sive Francica , parce
qu'en general c'étoit le propre de la valeur
Françoise , et chez les Ripuariens ,
Terra Aviatica , parce qu'ils la tenoient,
non à droit de Conquête , mais au droit
de leurs Ayeux , ausquels les Romains
l'avoient donnée. Voyons présentement
l'ordre de succeder , et à cet égard une
nouvelle division des Aleuds . "
Nos premieres Loix sous le nom hareditas
, font pas er tout en general aux
plus proches parens , mâles , ou femelles
; mais ces mêmes loix portent une
exception pour la Terre : Aviatica , aut
Salica sive Francica , car elles ne veulent
pas que les femmes y ayent aucune
part , et c'est la distinction qu'il ne faut
pas omettre.
>
Ainsi , l'héritage d'une personne , ses
Aleuds , son Patrimoine , forment deux
successions différentes : la premiere , où
l'on comprend tout ce qui est meuble
tout ce qui est héritage de Ville , tout
ce qui est acquêts : la seconde , où sont
renAOUST.
1733. 1708
y renfermées les Terres de Campagnes
ayant fait souche et passé des peres ou
meres aux enfans . Examinez bien , Monsieur
, nos premieres Loix , vous verrez
que cette derniere succession , ou seule
ou jointe à son tout , est appellée hareditatem
paternam aut maternam , et que la
premiere est appellée simplement heredi
tatem. Je passe aux preuves .
La Loy des Ripuariens , au titre de
Alodibus,fait passer en general les Aleuds
aux pere , mere , freres et soeurs , oncles
et tantes , et deinceps usque ad quintumgeniculum
qui proximus fuerit in hæreditatem
succedat. Mais pour cette portion qui est
appeliée Terra Aviatica , tant qu'il y a
des mâles , les filles n'y peuvent rien prétendre.
Sed dum virilis sexus extiterit ,femina
in hæreditatem Aviaticam non suecedat.
Dans les Loix Saliques , au même titre
, nous voyons en general les . Aleuds
passer de même aux pere et mere , freres
et soeurs , oncles et tantes. Si autem nulli
borumfuerint quicumque proximiores fuerint
de paterna generatione ipsi in hæreditatem
succedant. Mais pour cette portion , qui
est appellée Terra Salica , les filles en
sont absolument excluës : De terra verè
Salica nulla portio hæreditatis mulieri veniat,
sed
1702 MERCURE DE FRANCE
•
sed ad virilem sexum tota terra hereditas
perveniat.
ブ
Enfin , Monsieur , dans les Loix de la
Thuringe , ce Païs qui , selon Gregoire
de Tours , avoit été long- tems le séjour
des François , nous trouvons au même
titre de Alodibus , notre distinction d'héritage
, et notre exception en faveur des
mâles clairement établie ; que l'héritage
d'un deffunt , dit cette Loi , soit appréhendé
par le fils , et non par
et non par la fille : si
le deffunt n'a point de fils , que la fille
aye les esclaves , les maisons de Ville , les
troupeaux , l'argent , en un mot ,
cipia et pecunia ; mais que les terres , les
maisons de campagne , les droits de
chasse , en un mot , ce que l'on désigne
sous ce mot terra passe aux plus proches
parens paternels. Hareditatem defuncti filius
, non filia , suscipiat : Si filium non
habuit qui defunctus est , ad filiam pecunia,
et mancipia , terra verò ad proximum paterne
generationis consanguineum pertineat.
man-
C'est dans cette Loy qu'on observe que
quiconque a la Terre , a aussi les équipages
, les droits de la Guerre , et la contribution
dûë par les Vassaux : Ad quemcumque
hæreditas terra pervenerit , ad illum
vestis Bellica , id est Lorica , ultio proximi
et salutio debet pertinere.
C'est
A O UST. 1733. 1703
C'est dans cette Loy qu'on trouve enfin
quel étoit le sort des filles , lorsqu'elles
avoient des freres ; elles n'avoient que
quelques ornemens que leur laissoient
leurs meres , et qui consistoient en Chainettes
, Tresses ou Noeuds , Coliers , Pendans
d'Oreilles , &c. Mater moriens filio
terram , mancipia et pecuniam dimittat , filia
verò spolia colli , id est Murenas , Muscas
, Monilia , Inaures , vestes, Armillas ",
vel quidquid ornamenti proprii videbatur
babuisse.
> Les femmes , comme vous le voyés ;
Monsieur , étoient alors peu avantagées,
car dans ces premiers tems les enfans des
Concubines étant indistinctement appellés
aux successions , avec les enfans des
femmes légitimes , il arrivoit peu que les
successions manquassent de mâles ; cependant
il y avoit des cas où , comme dit
cette Loy , l'héritage passoit de l'Epée à
la Quenouille. Post quintam generationem
filia ex toto, sive de patris , sive matris parte
in hæreditatem succedat ; et tunc demum
hareditas adfusum à lancea transeat.
La liberté que les François , fixés dans
les Gaules par la valeur de Clovis , eurent
de régler le partage de leurs biens
selon les Loix de la Nation , ou les Loix
Romaines , rendit enfin la condition des
fem
1704 MERCURE DE FRANCE
femmes plus avantageuse. On s'accoutu
ma peu à peu aux impressions que les Ecclesiastiques
, qui suivoient le Code de
Théodose , donnoient contre les Loix Saliques
; on poussa même les choses jusqu'à
l'excès , soit en regardant ces Loix comme
détestables , soit en ne mettant aucunes
bornes à la liberté de tester , pour
se soustraire à leurs dispositions.
En effet, nous voïons dans la douzième
Formule de Marculphe , qu'un Pere appelle
l'exclusion des filles en la Terre,
Salique , une Coutume impie : Diuturna
sed impia inter nos consuetudo tenetur , ut de
terrâ paterna sorores cum fratribus portionem
non habeant. Que ce Pere pour cela ordonne
le partage de sa succession entre
ses fils et filles également , sed ego bane
impietatem , &c.
Une femme sous la puissance de son
mari , au point que dans la dix- septiéme
des mêmes Formules , elle l'appelle son
Seigneur et son Maître. Ege ancilla tua
Domine et Jugalis meus , a cependant le
pouvoir de disposer des biens et d'appeller
ses filles à sa succession ; ce qui diminue
encore les avantages que les Loix de
la Nation accordent aux mâles.
-
Enfin dans ce même temps , les Loix
Ecclesiastiques
favorisent encore les femmes
;
AOUST. 1739 : 1705
mes , car elles ordonnent la nécessité de
·les doter ; deffendant même dans le Concile
d'Arles , tenu l'an 524. qu'il ne se
celebre aucun mariage sans dot : Nullum
sine dote fiat conjugium ; décidant ailleurs,
qu'il n'y aura point de dot , où il n'y
aura point de mariage : Ubi nullum omninò
matrimonium ibi nulla dos ; quia opportet
quod constitutio dotis sit facta publicè
et cum solemnitate ad ostium Ecclesia .Voions
présentement les avantages respectifs entre
les mariez.
Lorsqu'il étoit question de contracter ,
on s'assembloit de part et d'autre , en famille
, amis et voisins. D'abord les parens
de l'époux promettoient à la future épouse
une dot qui consistoit alors en quelques
Esclaves , quelques Bestiaux , quelques
meubles et certaine somme d'argent
; ensuite cette convention des parens
se faisoit , comme parlent les Loix
Ripuaires : Per tabularum seu chartarum
instrumenta ; et elle consistoit non-seule
ment en Esclaves , Bestiaux , argent, & c.
mais encore en terres et en richesses considérables
, même des Autels , des Eglises
et des Dixmes.
Le jour des nôces venu , jour qui dans
les premiers- temps arrivoit quelquefois
des années entieres après les fiançailles, er
qui
1706 MERCURE DE FRANCE
;
qui se passoit souvent sans autre cérémo
nie que la conduite de la fiancée chez le
fiancé les parens de l'épouse faisoient
leur présent à l'époux, qui consistoit d'abord
en quelques Flêches , quelque Bou
clier , quelque Cheval , quelque Equipa- ,
ge de Chasse , & c. mais qui dans la suite
a été la possession , ut custos , de tout le
bien de l'Epouse , appellé en ce cas Maritagium
, et la donation d'une partie de
ce même bien , en ce qui consistoit en
meubles ; d'où est venu ce que nous appellons
présentement Don Mobile. Chez
les premiers Saxons , ce qu'on a appellé
depuis Maritagium , étoit nommé Faderfium
, et la portion dont les parens de l'épousée
faisoient présent au mari , et qui
a été appellée Don Mobile, étoit nommée.
dans les premiers temps , Methium, Melphium
ou Mephium.
Lors de la solemnité du mariage ; ad
estium Ecclesia , l'époux donnoit à l'é
pouse la Charte de la dot , arrêtée entre
les deux familles , et ainsi il lui assuroit
en cas de prédécès , ce que l'on a appellé
d'abord Dos , ensuite Dotalitium , enfin
Dotarium , et Doarium , d'où nous avons
fait le mot Donaire , mais qui est bien
different de ce qu'il étoit dans les premiers
temps , puisqu'alors c'étoit réellement
AOUST. 1733
1707
lement la Dot de l'Epouse , donnée par
l'Epoux, selon l'usage , rapporté par Tacite
: Dotem non uxor marito , sed maritus
uxori offert.
Le lendemain, dès le matin , les parens
venans présenter leurs voeux aux nouveaux
mariez , l'Epoux faisoir à l'Epouse,
un présent , appellé d'abord Morgangeba
ou Morgengab en Allemand , et en,
Latin Matutinale donum , enfin osculagium.
aut osculum ; il consistoit en quelques
pierreries , ornemens et hardes. Il est ce
que chez plusieurs on appelle Augment ;
ce que chez d'autres on nomme Onelages;
et ce qu'en Normandie on désigne
Sous le titre de Chambrée , Bagues , et
Joyaux.
"
Les Loix Ripuaires dans le tit. 59.poussent
icy l'attention en faveur de l'Epouse,
jusqu'à fixerà sosols d'or ce qui doit fai
re sa dot , s'il ne lui en a pas été promis ;
elles lui permettent outre cela de retenir
le Morgangeba , et elles luioaccordent
la
tierce partie de ce qui aura été aquis
dans son mariage ; ce qui peut être en
quelque maniere le commencement du
Droit de conquêts, qui , à l'exception de
quelques susages locaux est fixé chez
nous au tiers et tertiam partem de omni res
0
quam
1708 MERCURE DE FRANCE
quam simul conglobaverint sibi studeat vindicare
, vel quicquid ei in Morgangeba tra
ditum fuerat similiterfaciat.
Vous ne voyez encore icy , Monsieur .
que peu de chose en faveur de l'Epoux.
Le Capitulaire de Dagobert , de l'an 630.
ou la Loy des Allemands , tit . 92. va lui
fournir un avantage considérable, en décidant
que si la femme décéde en couche,
et que l'enfant lui survive quelque tems,
la succession maternelle appartiendra au
pere : Siqua Mulier que hæreditatem paternam
habet , post nuptum pragnans peperit
puerum , et in ipsa hori mortua fuerit ,
et infans vivus remanserit aliquanto spatio ,
vel unius hora , ut possit aperire oculos et
videre culmen Domus et quatuor parietes
et posteà defunctus fuerit , hæreditas materna
ad patrem ejus pertineat. Examinez deprès
cette Loy , Monsieur , et vous serez
convaincu qu'elle est la véritable source
de notre Droit de Viduité.
*
Elle ne se contente pas de vouloir que
PEnfant demeure vif une espace ou une
heure de temps ; et infans vivus remanserit
aliquanto spatio vel unius hora ; mais
elle veut que cela soit de telle sorte qu'il
puisse ouvrir les yeux , voir le toît de la
maison , et se tourner vers les quatre
mu
AO
UST.
1733-
1709
murailles ; ut possit aperire oculos et videre
culmen domûs et quatuor parietes. Ce n'est «
pas assez ; la même Loy nous assûre que
ce n'est que quand le pere a des témoins
de toutes ces choses , qu'il peut conserver
son droit. Et tamen si testes habet pater
ejus quod vidissent, illum infantem oculos
aperire et potuisset culmen domus videre et
quatuor parietes , tunc pater ejus habeat li- "
centiam cum lege ipsas res deffendere. Enfin
la Loy ajoute que s'il en est
autrement
celui auquel
appartient la propriété doit
l'emporter Si autem aliter cujus est proprietas
ipse
conquirat. Voilà
expressément ,
Monsieur,les
dispositions que nous trouvons
dans les Loix du Droit de Viduité
en
Angleterre , en Ecosse , en France , en
Normandie , et ailleurs.
La suitepour le Mercure prochain.
lement de Rollen , sur le Droit de Viduité
le Donaire , le Don mobile , et les autres
avantages des gens mariez en Nor
mandie.
V
-
7 :6 7
Ous voulez absolument Monsieur
, que je vous explique ce que
c'est que notre Droit de Viduité , et vous
souhaitez qu'en même temps je vous
donne quelque idée des autres Droits des
Gens mariez en notre Province ; vous allez
être satisfait : Voici sur cela mes Observations.
Selon l'article 382. de notre
Coutume : Homme ayant eu un enfant , né
vif de sa femme , jouit par usufruit , tant
qu'il se tient en viduité , de tout le revenu
appartenant à saditte femme , lors de son
décès , encore que l'enfant soit mort avant la
dissolution du mariage.
Les Auteurs sont partagez sur l'origine
, l'essence , et les effets de ce Droit.
1. Les Anglois prétendent qu'il a pris
naissance chez eux : Litleton assurant
même qu'il étoit appellé Curtesie d'Angleterre
, parce que l'on n'en use en aucun
autre réalme , fors que tant seulement en Engleterre.
Nos Normands au contraire,sur le
texte
AOUST. 1733- 1695
que Texte de l'ancien Coutumier , disent
nous l'avons porté chez les Anglois . Consuetudo
est enim in Normannia ex antiquitate
approbata ; et plusieurs Auteurs François
croient le voir dans les Capitulaires de
nos premiers Rois ; ce qui fait dire à l'un
d'eux contre Cowel, Smith , et Litleton ,
Illa est verè nationis nostra -humanitas.
que
2°. Quelques-uns ont avancé que pour
acquerir par le mari cet avantage , il
suffisoit l'enfant eut été conçû , et que
la mere eût témoigné l'avoir senti remuer
dans ses flancs. Quelques autres ,
au contraire , ont dit que l'enfant devoit
être absolument sorti des entrailles de sa
mere, et que des gens dignes de foy l'eussent
vû vif; plusieurs se sont persuadé
qu'il ne suffisoit pas que l'enfant eut été
vû remuer,mais qu'il falloit encore qu'on
l'eut entendu pleurer ou crier.
3. Il y en a qui pensent que cet usufruit
est acquis par la volonté seule de la
Loy : Beneficio Legis ; d'autres , au contraire
, soutiennent que c'est une possession
à droit successif : Fure hæreditario ;
mais d'une espece particuliere; et plusieurs
représentent ce droit comme une espece
de legs , que la Loy fait faire par la fem- ·
me ,jure nuptiali , à celui qui l'a renduë
féconde. Voici , Monsieur , de quoi vous
Ay Can
1696 MERCURE DE FRANCE
convaincre là dessus. 1 ° .Ce droit, comme
ce qui forme toute notre ancienne Coûtume
, ( je n'en excepte pas même la clameur
de Haro ) vient des Loix des premiers
Rois de France , que nos premiers
Ducs ont adoptées , en y faisant quelques
changemens , et Guillaume le Conquerant
l'a porté en Angleterre , d'où il est
même passé en Ecosse. 2° . A prendre ce
droit dans le sens où il a été introduit , il
ne peut être acquis au mari que quand
l'enfant a été vû remuer , et qu'il a été
entendu crier. 3 ° . Ce même droit dans
son origine étoit une espéce de succession
, il a été ensuite une véritable donation
, et à présent ce n'est ni succession ,
ni donation , mais un avantage de la loy
qui tient de l'une et de l'autre.
Pour faire cette démonstration
par or
dre , et pour vous donner les éclaircissemens
que vous demandés , je vais vous
exposer ici quelles ont été les differentes
espéces de possessions dans les principales
Epoques de la Monarchie.
PREMIER TEMPS.
Les Bourguignons , les Francs , les Saxons
et autres Peuples venus du fond de
l'Allemagne , s'étant emparés de différentes
A OU SI. 1733. 1697
rentes Provinces de la Gaule , leurs Capi- .
caines , et leurs Soldats partagerent nonseulement
les Terres qu'ils venoient de
conquerir , mais encore les dépouilles des
Peuples qu'ils venoient de subjuguer , ce
qu'ils appelloient pour chaque particulier,
sertem , ou ce qui est la même chose,
Allodium , du mot Allemand All , qui
signifie tout , et de Lods , los ou lot , qui
signifie part , portion , ou Partage ; d'où
vient que dans la suite ils ont indistinctement
appelić Allodium tout ce qu'ils
ont possedé comme proprietaires. Je ne
vous citerai sur cela qu'une Lettre du
Pape Jean VIII . où l'on trouve : Proprietates
Bosonis et Engeltrudis quas vos
Alladium dicitis , filiabus eorum hæredibus
restituatis.
Il y avoit une autre sorte de possession
, mais que l'on ne tenoit que de la
grace du Roi, ou de l'élection du peuple ,
ou de la faveur des premiers Officiers de
la Couronne ; c'étoient les D chés pour
léver , conduire et commander les Troupes
de toute une Province . Les Comtés
pour éxécuter les ordres des Ducs , de
ménager les revenus roïaux , et de rendre
la justice dans certains Parlemens , les
Marquisats pour veiller sur les Frontieres
, les Chastellenies pour recevoir nos
A vj
Pria1698
MERCURE DE FRANCE
Princes dans leurs fréquens Voyages , et
cent autres places pareilles qui produisoient
un certain revenu , mais qui ne
passoient point aux héritiers , si ce n'est
dans le cas de ce que nous appellons aujourd'hui
survivance .
La facilité qu'il y eut dans la suite à
avoir de ces Benefices pour les Descendans
, les fit regarder comme des especes
d'héritages ; on en obtint même plusieurs
in Allodium , selon l'interêt ou la bonté
de nos premiers Reis ; et enfin dans de
certaines Révolutions de l'Etat , il en fur
abandonné des plus considérables. Ainsi ,
Monsieur , cette partie de la Neustrie
que nous occupons aujourd'hui , fut- elle
laissée à notre premier Duc Raoul , pour
en jouir comme de son propre bien. Ab
Epia fluviole usque ad mare ut teneat ipse
et successores ejus infundum sempiternum.
>
Jusqu'ici , la maniere de posseder ne
changea point ; on compta toujours les
meubles , les immeubles , les droits et
les actions , dans un seul corps de -possession
, sous le nom d'Aleu. Vous verrez
cela dans plusieurs Titres , et partis
culierement dans celui que je vous al
quelquefois fait voir sur cette matiere
où on lit cette formule : Asserens perjuramentum
suum , res , jura , dominia , et
›
usagia
AOUST. 1733. 1699
usagia inferius annotata ab aliquo non tenere
, sed eadem in Francum purum et libe».
rum Allodium se habere. Examinons maintenant
comment nos premiers François.
divisoient cette possession.
D'abord les Esclaves , les Pierreries , les
Meubles , les Hardes ; ensemble les
Droits , les Actions , et quelquefois même
les Maisons des Villes , faisoient la
premiere partie , sous cette dénomination
Mancipia. Je ne vous citerai point
d'éxemples sur cette portion des Aleuds,
Yous sçavez que dans nos anciennes loix
La maison dans la Ville est souvent mar
quée sous cette dénomination Mancipiata
Casa.
Ensuite les Chevaux , les Boeufs et Va
ches , les Moutons , et generalement tou
tes les bêtes domestiques ; ensemble les
Harnois , les Fourages , les Grains , et
tout ce qui convenoit à ces choses , faisoient
la seconde partie que l'on désignoit
sous ce nom Pecunia. Vous sçavez,
Monsieur , qu'en quelque maniere cela
étoit encore d'usage sous le Regne de notre
Guillaume le Conquerant , puisque
ce Prince deffendant dans le Chap. 9. de
ses Loix , la vente ou l'achapt des bêtes
vives ailleurs que dans les Villes , se sert
de cette expression : Interdicimus ut nulla
peci
1700 MERCURE DE FRANCE
pecunia viva vendatur aut ematur , nisi intra
civitates.
Enfin , les Maisons de Campagne , les
Terres , les Forêts , les Eaux , les Droits
de Chasse et de Parc , formoient la troisiéme
partie que l'on appelloit chez les
Francs Terra Salica sive Francica , parce
qu'en general c'étoit le propre de la valeur
Françoise , et chez les Ripuariens ,
Terra Aviatica , parce qu'ils la tenoient,
non à droit de Conquête , mais au droit
de leurs Ayeux , ausquels les Romains
l'avoient donnée. Voyons présentement
l'ordre de succeder , et à cet égard une
nouvelle division des Aleuds . "
Nos premieres Loix sous le nom hareditas
, font pas er tout en general aux
plus proches parens , mâles , ou femelles
; mais ces mêmes loix portent une
exception pour la Terre : Aviatica , aut
Salica sive Francica , car elles ne veulent
pas que les femmes y ayent aucune
part , et c'est la distinction qu'il ne faut
pas omettre.
>
Ainsi , l'héritage d'une personne , ses
Aleuds , son Patrimoine , forment deux
successions différentes : la premiere , où
l'on comprend tout ce qui est meuble
tout ce qui est héritage de Ville , tout
ce qui est acquêts : la seconde , où sont
renAOUST.
1733. 1708
y renfermées les Terres de Campagnes
ayant fait souche et passé des peres ou
meres aux enfans . Examinez bien , Monsieur
, nos premieres Loix , vous verrez
que cette derniere succession , ou seule
ou jointe à son tout , est appellée hareditatem
paternam aut maternam , et que la
premiere est appellée simplement heredi
tatem. Je passe aux preuves .
La Loy des Ripuariens , au titre de
Alodibus,fait passer en general les Aleuds
aux pere , mere , freres et soeurs , oncles
et tantes , et deinceps usque ad quintumgeniculum
qui proximus fuerit in hæreditatem
succedat. Mais pour cette portion qui est
appeliée Terra Aviatica , tant qu'il y a
des mâles , les filles n'y peuvent rien prétendre.
Sed dum virilis sexus extiterit ,femina
in hæreditatem Aviaticam non suecedat.
Dans les Loix Saliques , au même titre
, nous voyons en general les . Aleuds
passer de même aux pere et mere , freres
et soeurs , oncles et tantes. Si autem nulli
borumfuerint quicumque proximiores fuerint
de paterna generatione ipsi in hæreditatem
succedant. Mais pour cette portion , qui
est appellée Terra Salica , les filles en
sont absolument excluës : De terra verè
Salica nulla portio hæreditatis mulieri veniat,
sed
1702 MERCURE DE FRANCE
•
sed ad virilem sexum tota terra hereditas
perveniat.
ブ
Enfin , Monsieur , dans les Loix de la
Thuringe , ce Païs qui , selon Gregoire
de Tours , avoit été long- tems le séjour
des François , nous trouvons au même
titre de Alodibus , notre distinction d'héritage
, et notre exception en faveur des
mâles clairement établie ; que l'héritage
d'un deffunt , dit cette Loi , soit appréhendé
par le fils , et non par
et non par la fille : si
le deffunt n'a point de fils , que la fille
aye les esclaves , les maisons de Ville , les
troupeaux , l'argent , en un mot ,
cipia et pecunia ; mais que les terres , les
maisons de campagne , les droits de
chasse , en un mot , ce que l'on désigne
sous ce mot terra passe aux plus proches
parens paternels. Hareditatem defuncti filius
, non filia , suscipiat : Si filium non
habuit qui defunctus est , ad filiam pecunia,
et mancipia , terra verò ad proximum paterne
generationis consanguineum pertineat.
man-
C'est dans cette Loy qu'on observe que
quiconque a la Terre , a aussi les équipages
, les droits de la Guerre , et la contribution
dûë par les Vassaux : Ad quemcumque
hæreditas terra pervenerit , ad illum
vestis Bellica , id est Lorica , ultio proximi
et salutio debet pertinere.
C'est
A O UST. 1733. 1703
C'est dans cette Loy qu'on trouve enfin
quel étoit le sort des filles , lorsqu'elles
avoient des freres ; elles n'avoient que
quelques ornemens que leur laissoient
leurs meres , et qui consistoient en Chainettes
, Tresses ou Noeuds , Coliers , Pendans
d'Oreilles , &c. Mater moriens filio
terram , mancipia et pecuniam dimittat , filia
verò spolia colli , id est Murenas , Muscas
, Monilia , Inaures , vestes, Armillas ",
vel quidquid ornamenti proprii videbatur
babuisse.
> Les femmes , comme vous le voyés ;
Monsieur , étoient alors peu avantagées,
car dans ces premiers tems les enfans des
Concubines étant indistinctement appellés
aux successions , avec les enfans des
femmes légitimes , il arrivoit peu que les
successions manquassent de mâles ; cependant
il y avoit des cas où , comme dit
cette Loy , l'héritage passoit de l'Epée à
la Quenouille. Post quintam generationem
filia ex toto, sive de patris , sive matris parte
in hæreditatem succedat ; et tunc demum
hareditas adfusum à lancea transeat.
La liberté que les François , fixés dans
les Gaules par la valeur de Clovis , eurent
de régler le partage de leurs biens
selon les Loix de la Nation , ou les Loix
Romaines , rendit enfin la condition des
fem
1704 MERCURE DE FRANCE
femmes plus avantageuse. On s'accoutu
ma peu à peu aux impressions que les Ecclesiastiques
, qui suivoient le Code de
Théodose , donnoient contre les Loix Saliques
; on poussa même les choses jusqu'à
l'excès , soit en regardant ces Loix comme
détestables , soit en ne mettant aucunes
bornes à la liberté de tester , pour
se soustraire à leurs dispositions.
En effet, nous voïons dans la douzième
Formule de Marculphe , qu'un Pere appelle
l'exclusion des filles en la Terre,
Salique , une Coutume impie : Diuturna
sed impia inter nos consuetudo tenetur , ut de
terrâ paterna sorores cum fratribus portionem
non habeant. Que ce Pere pour cela ordonne
le partage de sa succession entre
ses fils et filles également , sed ego bane
impietatem , &c.
Une femme sous la puissance de son
mari , au point que dans la dix- septiéme
des mêmes Formules , elle l'appelle son
Seigneur et son Maître. Ege ancilla tua
Domine et Jugalis meus , a cependant le
pouvoir de disposer des biens et d'appeller
ses filles à sa succession ; ce qui diminue
encore les avantages que les Loix de
la Nation accordent aux mâles.
-
Enfin dans ce même temps , les Loix
Ecclesiastiques
favorisent encore les femmes
;
AOUST. 1739 : 1705
mes , car elles ordonnent la nécessité de
·les doter ; deffendant même dans le Concile
d'Arles , tenu l'an 524. qu'il ne se
celebre aucun mariage sans dot : Nullum
sine dote fiat conjugium ; décidant ailleurs,
qu'il n'y aura point de dot , où il n'y
aura point de mariage : Ubi nullum omninò
matrimonium ibi nulla dos ; quia opportet
quod constitutio dotis sit facta publicè
et cum solemnitate ad ostium Ecclesia .Voions
présentement les avantages respectifs entre
les mariez.
Lorsqu'il étoit question de contracter ,
on s'assembloit de part et d'autre , en famille
, amis et voisins. D'abord les parens
de l'époux promettoient à la future épouse
une dot qui consistoit alors en quelques
Esclaves , quelques Bestiaux , quelques
meubles et certaine somme d'argent
; ensuite cette convention des parens
se faisoit , comme parlent les Loix
Ripuaires : Per tabularum seu chartarum
instrumenta ; et elle consistoit non-seule
ment en Esclaves , Bestiaux , argent, & c.
mais encore en terres et en richesses considérables
, même des Autels , des Eglises
et des Dixmes.
Le jour des nôces venu , jour qui dans
les premiers- temps arrivoit quelquefois
des années entieres après les fiançailles, er
qui
1706 MERCURE DE FRANCE
;
qui se passoit souvent sans autre cérémo
nie que la conduite de la fiancée chez le
fiancé les parens de l'épouse faisoient
leur présent à l'époux, qui consistoit d'abord
en quelques Flêches , quelque Bou
clier , quelque Cheval , quelque Equipa- ,
ge de Chasse , & c. mais qui dans la suite
a été la possession , ut custos , de tout le
bien de l'Epouse , appellé en ce cas Maritagium
, et la donation d'une partie de
ce même bien , en ce qui consistoit en
meubles ; d'où est venu ce que nous appellons
présentement Don Mobile. Chez
les premiers Saxons , ce qu'on a appellé
depuis Maritagium , étoit nommé Faderfium
, et la portion dont les parens de l'épousée
faisoient présent au mari , et qui
a été appellée Don Mobile, étoit nommée.
dans les premiers temps , Methium, Melphium
ou Mephium.
Lors de la solemnité du mariage ; ad
estium Ecclesia , l'époux donnoit à l'é
pouse la Charte de la dot , arrêtée entre
les deux familles , et ainsi il lui assuroit
en cas de prédécès , ce que l'on a appellé
d'abord Dos , ensuite Dotalitium , enfin
Dotarium , et Doarium , d'où nous avons
fait le mot Donaire , mais qui est bien
different de ce qu'il étoit dans les premiers
temps , puisqu'alors c'étoit réellement
AOUST. 1733
1707
lement la Dot de l'Epouse , donnée par
l'Epoux, selon l'usage , rapporté par Tacite
: Dotem non uxor marito , sed maritus
uxori offert.
Le lendemain, dès le matin , les parens
venans présenter leurs voeux aux nouveaux
mariez , l'Epoux faisoir à l'Epouse,
un présent , appellé d'abord Morgangeba
ou Morgengab en Allemand , et en,
Latin Matutinale donum , enfin osculagium.
aut osculum ; il consistoit en quelques
pierreries , ornemens et hardes. Il est ce
que chez plusieurs on appelle Augment ;
ce que chez d'autres on nomme Onelages;
et ce qu'en Normandie on désigne
Sous le titre de Chambrée , Bagues , et
Joyaux.
"
Les Loix Ripuaires dans le tit. 59.poussent
icy l'attention en faveur de l'Epouse,
jusqu'à fixerà sosols d'or ce qui doit fai
re sa dot , s'il ne lui en a pas été promis ;
elles lui permettent outre cela de retenir
le Morgangeba , et elles luioaccordent
la
tierce partie de ce qui aura été aquis
dans son mariage ; ce qui peut être en
quelque maniere le commencement du
Droit de conquêts, qui , à l'exception de
quelques susages locaux est fixé chez
nous au tiers et tertiam partem de omni res
0
quam
1708 MERCURE DE FRANCE
quam simul conglobaverint sibi studeat vindicare
, vel quicquid ei in Morgangeba tra
ditum fuerat similiterfaciat.
Vous ne voyez encore icy , Monsieur .
que peu de chose en faveur de l'Epoux.
Le Capitulaire de Dagobert , de l'an 630.
ou la Loy des Allemands , tit . 92. va lui
fournir un avantage considérable, en décidant
que si la femme décéde en couche,
et que l'enfant lui survive quelque tems,
la succession maternelle appartiendra au
pere : Siqua Mulier que hæreditatem paternam
habet , post nuptum pragnans peperit
puerum , et in ipsa hori mortua fuerit ,
et infans vivus remanserit aliquanto spatio ,
vel unius hora , ut possit aperire oculos et
videre culmen Domus et quatuor parietes
et posteà defunctus fuerit , hæreditas materna
ad patrem ejus pertineat. Examinez deprès
cette Loy , Monsieur , et vous serez
convaincu qu'elle est la véritable source
de notre Droit de Viduité.
*
Elle ne se contente pas de vouloir que
PEnfant demeure vif une espace ou une
heure de temps ; et infans vivus remanserit
aliquanto spatio vel unius hora ; mais
elle veut que cela soit de telle sorte qu'il
puisse ouvrir les yeux , voir le toît de la
maison , et se tourner vers les quatre
mu
AO
UST.
1733-
1709
murailles ; ut possit aperire oculos et videre
culmen domûs et quatuor parietes. Ce n'est «
pas assez ; la même Loy nous assûre que
ce n'est que quand le pere a des témoins
de toutes ces choses , qu'il peut conserver
son droit. Et tamen si testes habet pater
ejus quod vidissent, illum infantem oculos
aperire et potuisset culmen domus videre et
quatuor parietes , tunc pater ejus habeat li- "
centiam cum lege ipsas res deffendere. Enfin
la Loy ajoute que s'il en est
autrement
celui auquel
appartient la propriété doit
l'emporter Si autem aliter cujus est proprietas
ipse
conquirat. Voilà
expressément ,
Monsieur,les
dispositions que nous trouvons
dans les Loix du Droit de Viduité
en
Angleterre , en Ecosse , en France , en
Normandie , et ailleurs.
La suitepour le Mercure prochain.
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Résumé : LETTRE de M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen, sur le Droit de Viduité, le Doüaire, le Don mobile, et les autres avantages des gens mariez en Normandie.
La lettre de M. Clerot, avocat au Parlement de Rouen, expose le droit de viduité en Normandie et divers droits des époux dans cette province. Selon l'article 382 de la coutume normande, un homme ayant eu un enfant né vivant de sa femme jouit par usufruit des revenus de la femme décédée, même si l'enfant meurt avant la dissolution du mariage. Les origines et les effets de ce droit sont débattus : les Anglais le revendiquent comme leur, tandis que les Normands affirment l'avoir apporté en Angleterre. Les auteurs divergent également sur les conditions d'acquisition de ce droit, notamment la nécessité que l'enfant soit vu remuer ou entendu crier. Le droit de viduité est perçu différemment selon les auteurs : certains le voient comme une succession, d'autres comme une donation ou un legs fait par la loi. Historiquement, ce droit provient des lois des premiers rois de France, adoptées par les ducs de Normandie et portées en Angleterre par Guillaume le Conquerant. Il a évolué au fil du temps, passant d'une succession à une donation, puis à un avantage légal mixte. Le texte détaille également les différentes formes de possession et de succession dans les principales époques de la monarchie française. Les peuples germaniques, comme les Bourguignons et les Francs, partageaient les terres conquises et les dépouilles des peuples soumis, appelées allodium. Il existait aussi des bénéfices tenus de la grâce du roi ou de l'élection du peuple, qui ne passaient pas aux héritiers sauf en cas de survivance. Ces bénéfices furent progressivement regardés comme des héritages et parfois transformés en allodium. Les possessions étaient divisées en trois parties : les mancipia (esclaves, meubles, droits), la pecunia (bêtes domestiques, harnois, grains), et la terra (terres, forêts, droits de chasse). Les lois saliques et ripuariennes excluaient les femmes de la succession des terres, réservant ces biens aux mâles. Les femmes avaient cependant accès aux meubles et aux biens acquis. Cette distinction entre héritage meuble et héritage foncier est fondamentale dans les lois franques. Les lois ecclésiastiques, telles que celles du Concile d'Arles en 524, imposaient la nécessité d'une dot pour les femmes, stipulant que tout mariage devait inclure une dot. Lors des fiançailles, les parents de l'époux promettaient une dot à la future épouse, composée de biens divers comme des esclaves, du bétail, des meubles et de l'argent. Cette convention était formalisée par des documents légaux. Le jour du mariage, les parents de l'épouse offraient des présents à l'époux, qui pouvaient inclure des armes, des chevaux ou des biens mobiliers. Ces présents évoluèrent pour devenir la possession de l'épouse, appelée Maritagium. L'époux, à son tour, donnait à l'épouse une charte de la dot, lui assurant des biens en cas de prédécès. Les Lois Ripuaires accordaient des protections spécifiques à l'épouse, fixant la valeur de la dot et permettant à l'épouse de conserver certains biens comme le Morgangeba, un présent offert le lendemain du mariage. Elles lui accordaient également un tiers des biens acquis pendant le mariage, précurseur du droit de conquêts. Le Capitulaire de Dagobert, en 630, établissait que si une femme décédait en couches et que l'enfant survivait, la succession maternelle revenait au père. Cette loi est considérée comme la source du droit de viduité, adopté dans plusieurs pays européens, y compris l'Angleterre, l'Écosse, la France et la Normandie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 2233-2249
Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna le premier Octobre la premiere [...]
Mots clefs :
Hippolyte, Thésée, Diane, Phèdre, Aricie, Amour, Père, Enfers, Mort, Monstre, Fils, Dieux, Vers, Théâtre, Destin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
' Académie Royale de Musique donna
le premier Octobre la premiere
Représentation de la Tragédie nouvelle ,
intitulée : Hippolyte et Aricie. Le Poëme
est de M.le Chevalier Pellegrin , et la Musique
de M. Rameau. Le premier est déja
connu par plusieurs Ouvrages applaudis ;
et le second vient de faire voir par son
coup d'essai , dans ce genre de Musique,
qu'il peut égaler les plus grands Maîtres.
L'accueil favorable que le public a fait à
cet Opéra en fait esperer de nombreuses
Représentations : En voici l'Extrait.
L'Auteur du Poëme déclare dans sa Préface
que c'est
pour
authoriser
le caractere
qu'il
donne
à Diane
dans
la Piéce
, qu'il
a
fait
son
Prologue
. Hygin
lui en a fourni
la Fable
. Le Théatre
représente
la Forêt
d'Erymanthe
, si fameuse
par
un des trayaux
d'Hercule
. Diane
le fait
connoître
F par
1234 MERCURE DE FRANCE
par ces Vers , qu'elle addresse à ses Nym
phes et aux habitans des Bois.
Vous êtes dans ces mêmes lieux ,
Où sur un monstre furieux ,
Vn fils de Jupiter , remporta la victoire ;
Mais un monstre plus fier le soumit à son tour g
Du plus grand des Héros vous surpassez l
gloire ,
Quand vous triomphez de l'Amour.
L'Amour ne peut souffrir que Diane
le bannisse de ses Forêts ; il vient lui demander
raison de cet outrage ; Diane invoque
Jupiter son Pere,et le prie de con-
Armer le don qu'il lui a fait de l'Empire
des Forêts ; Jupiter descend au bruit du
tonnerre,et annonce à Diane que le Destin
ordonne que l'Amour regne par tout,
avec cette restriction , qu'il n'exercera sa
puissance sur les sujets de Diane qu'un
seul jour de l'année ; il ajoute que ce jour
doit être éclairé par le flambeau de l'Hymen.
Diane obéit aux Loix du Destin ;
elle ne veut pas pourtant être témoin
d'une Fête si favorable à l'Amour ; elle
annonce le sujet de la Tragédie , par ces
Vers :
Hippolyte , Aricie , exposés à périr ,
Ne fondent que sur moi leur derniere esperances
conOCTOBRE.
1733. 2235
Contre une injuste violence ,
C'est à moi de les secourir.
L'Amour entreprend de consoler les
sujets de Diane de l'absence de leur Souveraine
, par les plus doux plaisirs. Il ap
pelle par ces Vers ,les Jeux et les Amours.
Regnez , aimables jeux , regnez dans ces Forêts,
Qu'à mes voeux empressez votre zêle réponde :
Si vous, tendres Amours , faites voler ces traits ,
D'où dépend le bonheur du monde.
Cet ordre produit une Fête aussi affec
tueuse que brillante : Le Prologue finit
par ces quatre Vers , conformes aux vofontez
suprêmes du Destin; c'est l'Amour
qui parle
Par de nouveaux plaisirs , couronnons ce grand
jour ,
Au Temple de l'Hymen il faut que je vous guide
,
Qu'à cette heureuse Fête , avec lui je préside;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'A }
mour.
Le Théatre représente au premier Acte
de la Tragédie , un Temple consacré à
Diane.
Aricie,Princesse du Sang des Pallantides ,
expose sa situation par ce Monologue.
Fij Tem2236
MERCURE DE FRANCE
> Temple sacré , séjour tranquille
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux
A mon coeur agité daigne servir d'azile ,
Contre un amour trop malheureux ¿
Et toi , dont malgré moi , je rappelle l'image ,
Sher Prince , si mes voeux ne te sont pas offerts;
Du moins j'en apporte l'hommage
A la Déesse que tu sers,
Temple sacré , & c,
Hyppolite vient assûrer Aricie de l'in
dignation que lui inspire la violence que
Phédre lui fait par l'ordre que Thesée son
Pere lui en a donné à son départ de Tréséne
; il déplore son sort d'une maniere
qui le fait soupçonner d'être Amant ;
Voici comment il le fait connoître.
Dans un Pere irrité , confondez -vous son Fils
Et comptez- vous mon coeur entre vos ennemis
& c.
Je pourrois vous hair quelle injustice extreme
!
Je sens pour vous une pitié ,
Aussi tendre que l'amour même."
: Cette déclaration a paru bien ménagée
de part et d'autre.
Les Prêtresses de Diane forment la Fêe
de ce premier Acte,
Phodre
OCTOBRE.´´ 1733.´´ £ 237ì
Phedre vient ensuite féliciter Aricie
sur la gloire qu'elle va acquerir en s'unissant
aux Immortels , par les voeux
qu'elle doit offrir à Diane. Aricie fait entendre
que ces voeux n'étant pas libres
ils ne sont pas dignes des Dieux ; les Prêtresses
de Diane se rangent de son parti,
Phédre fait sonner la Trompette pour
punir leur désobéïssance ; les Prêtresses
invoquent les Dieux pour la punir ellemême
de la violence qu'elle veut leur
faire. Diane descend au bruit du Tonnerre
, comme fille de Jupiter ; ce qu'elle
fait connoître par ces Vers , addressez à
ses Prêtresses :
售
Vous voyez Jupiter se déclarer mon Pere;
Sa foudre vole devant moy.
La Déesse après avoir rassuré ses Prêtresses
, menace Phedre de la vangeance
des Dieux , et prend Hippolyte et Aricie
sous sa protection . Elle remonte dans le
ciel. Les Prêtresses rentrent dans le Temple
; Hippolyte emmene Aricie. Phédre
abandonne à ses transports jaloux, qu'el¬
le fait connoître par ces Vers :
Que voi -je ? contre moi tous les Dieux soat
armez !
Ma Rivale me brave! Elle suit Hippolyte !
Fiij
Ah !
2238 MERCURE DE FRANCE
Ah ! plus je voi leurs coeurs, l'un pour l'aptres
enflammez *
Plus mon jaloux transport s'irrite ,
Que rien n'échappe à ma fureur , &c.
Arcas vient annoncer que Thésée es
descendu dans les Enfers : Il s'exprime
ainsi :
La terre sous ses pas ouverte .'
A favorisé ses efforts ;
Et d'affreux heurlemens , sortis des sombre
bords ,
Du plus grand des Mortels , m'ont confirmé la
perte
J
Anone fait entendre à Phédre qu'elle
peut aimer sans crime , et concevoir de
l'espérance, en offrant son Thrône à Hippolyte,
Phédre se livre à un espoir si flatteur.
Au II Acte, le Théatre représente l'entrée
des Enfers. Thésée tourmenté par
une Furie , expose ce qui s'est passé par
çes Vers :
Dieux! n'est- ce pas assez des maux que j'ai souf
ferts ?
J'ai vuPirythous déchiré par Cerbere ;
J'ai vu ce Monstre affreux , trancher des jours
si chers ,
Sans daigner dans mon sang, assouvir sa coferes
J'enOCTOBRE
17388 · 1239
J'attendois la mort sans effroi ,
Et la mort fuyoit loin de moi.
La Furie conduit Thésée au pied du
Thrône de Pluton : Thésée dit à ce Me
narque des Enfers :
Inéxorable Roy de l'Empire infernal ',
Digne Frere , et digne Rival ,
Du Dieu qui lance le tonnerre ,
Est-ce donc pour vanger tant de Monstres di
vers ,
Dont ce bras a purgé la Terre ,
Que l'on me livre en proye aux Monstres des
Enfers
Pluton
Si tes Exploits sont grands , voy quelle en est la
gloire ,
Ton nom sur les trépas remporte la victoire ;
Comme nous il est immortel ;
Mais , d'une égale main , puisqu'il faut qu'on
dispense ,
Et la peine et la récompense ;´
J'attends plus de Pluton qu'un tourment érernel.
Pluton reproche à Thésée le coupable
projet qu'il a formé avec Pirythoüs d'enlever
Proserpine. Thésée se justifie autant
qu'il lui est possible . Pluton le renvoie au
Tribunal des trois Juges des Enfers.Cette
Filij Scene
246 MERCURE DE FRANCE
Scene est sans contredit la plus belle de
la Tragédie , tant du côté du Poëte que
de celui du Musicien.
Pluton invite toutes les Divinitez infer
nales à le vanger. Thésée revient , suivi
de la Furie vangeresse ; ne pouvant revoir
que par le secours de la mort. Il
l'implore ; les Parques lui parlent ainsi ;
son ami
Du Destin le vouloir suprême ,
Amis entre nos mains la trame de tes jours ;
Mais le fatal Ciseau n'en peut trancher le cours
Qu'au redoutable instant , qu'il a marqué lui
même.
i..
Thésée ne pouvant obtenir la mort ,
implore Neptune son Pere , et lui deman
de l'exécution du serment qu'il a fait de
l'exaucer trois fois : Neptune lui ayant
ouvert la route des Enfers , il le prie de
l'en retirer. Mercure vient de la part du
Dieu des Mers ; il obtient le retour de
Thésée sur la terre , mais avant qu'il´en
sorte , il ordonne aux Parques de lui réveler
le sort que l'avenir lui garde. Ces
trois Déesses lui parlent ainsi .
Quelle soudaine horreur ton destin nous ins
pire !
Où cours-tu, malheureux Tremble, frémi d'ef
froi ;
Tu sors de l'infernal empire ,
Pou
OCTOBRE . 1733. 2241
Pour trouver les Enfers chez toi.
Ce Oracle remplit Thésée d'effroi au
Sujet de Phédre et d'Hippolyte ; qui sono
ce qu'il a de plus cher chez lui. Mercure
lui ouvre le chemin , pour remonter sur
la terre. Thésée dit en partant :
Ciel ! cachons mon retour, et trompons tous les
yeux.
Ce projet de se cacher à tout le mon
de, prépare le coup de Théatre qu'on doit
voir dans l'Acte suivant.
Le Théatre représente au III.Acte, une
partie du Palais de Thésée , sur le rivage
de la Mer.
Phedre prie Venus de lui être favorable.
Enone vient lui dire qu'Hippolyte
qu'elle a mandé , va se rendre auprès
d'elle . 漏
Hippolyte dit à Ph'dre que ce n'est
que pour obéir à ses ordres qu'il vient lui
montrer encore un objet odieux . Phédre
lui fait entendre qu'elle ne l'a jamais haï
qu'en apparence : Hippolyte se flatte de
ne l'avoir plus pour ennemie , et lui pro
met en récompense de tenir lieu de Pere à
son fils : Phédre trompée par le sens équivoque
de cette promesse , lui dit tendrement
&
Fv Hip
$ 242 MERCURE DE FRANCE
Vous pouviez jusques - là vous attendrir poun
y moi !
C'en est trop , et le Thrône , et le Fils er
Mere ,
Je range tout sous votre Loy.
Hippolyte lui répond qu'il borne toute
son ambition à regner sur le coeur d'Aricie.
Phédre détrompée par ces mots , ne
peut plus se contenir ; elle jure la mòrt
de sa Rivale. Au nom de Rivale, Hippolyte
saisi d'horreur s'écrie :
Terribles Ennemis des perfides humains ;
Dieux , si promts autrefois à les réduire en po
dre ,
Qu'attendez- vous ? Lancez la foudre
Qui la retient entre vos mains ?
Phédre au désespoir , lui dit :
Ah ! cesse par tes voeux d'allumer le tonnerre ;
Eclatte ; éveille-toi ; sors d'un honteux repos §
Rends toi digne Fils d'un Héros ,
Qui de Monstres sans nombre, a délivré la terres
El n'en est échappé qu'un seul à sa fureur ;
Frappe ; ce Monstre est dans mon coeur.
Phédre ne pouvant obtenir la mort
qu'elle demande à Hippolyte, se jette sur
son Epée , Hippolyte la lui arrache,Thé
séc
OCTOBRE. 1733. 2243
sée arrive et trouve son Fils l'Epée à la
main contre sa femme; il se rappelle aussi-
tôt la prédiction des Parques , ce qu'il
fait connoître par ces mots :
O'trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que m'a prédits l'Enfer.
Il interroge Phédre, qui le quitte après
lui avoir dit :
L'Amour est outrage ;
Que l'Amour soit vange
Hippolyte interrogé à son tour , n'ose
lui révéler sa honte , et lui demande un
exil éternel. Thésée ordonne à Enone de
ne lui rien cacher. Enone pour sauver
les jours et la gloire de la Reine , parle
ainsi à Thésée :
Un désespoir affreux ; ..... pouvez - vous l'ígnorer
Vous n'en avez été qu'un témoin trop fidelle
Je n'ose accuser votre Fils ...
Mais la Reine ... Seigneur , ce fer armé contre
elle ;
Ne vous en a que trop appris , &c.-
Un amour funeste , &c,-
Thésée n'en veut pas sçavoir davanta
ge ; livré à son désespoir , il invoque
B vj
Neptu
2244 MERCURE DE FRANCE
Neptune et lui demande la mort d'Hippolyte
; une Troupe de Matelots qui
viennent rendre graces à Neptune du retour
de leur Roy , obligent Thésée de se
retirer, et forment le Divertissement qui
finit ce troisiéme Acte.
Au IV Acte le Théatre représente un
Bois consacré à Diane.
,
Hippolyte expose dans un Monologue
ce qui s'est passé dans l'entr'Acte , c'està-
dire , l'exil où son Pere l'a condamné.
Aricie vient se plaindre à Hippolyte
du sort qui va les separer ; Hippolyte ,
pour excuser Thésée , lui dit qu'il a demandé
lui- même cet exil , qu'elle impute
à la rigueur de son Pere. Aricie lui
répond :
Votre exil me donne la mort ,
Et c'est vous seul , ingrat , qu'il faut que j'es
accuse !
Quel soupçon ? ... Dieux puissans , faites que
je m'abuse.
Hippolyte pour se justifier de l'incons
tance dont elle l'accuse , lui fait entendre
qu'une raison secrette lui a fait demander
cet exil dont elle se plaint ; il la prie
de ne lui en pas demander davantage ; cependant
quelques mots qui lui échappent
, quoique ménagez avec art , lui em
disent
OCTOBR E. 1733. 2245*
disent assez pour lui faire pénétrer cet
odieux mystere ; il l'invite à le suivre
dans son exil en qualité d'Epouse ; elle
consent à lui donner sa foy ; ils prient
Diane de vouloir bien former leur nouvelle
chaîne. Un bruit de Cors leur annonce
l'arrivée d'une Troupe de Chasseurs
et de Chasseresses ; ils conviennent
ensemble de les prendre pour témoins
de leurs sacrez sermens ; cependant ils ne
veulent point troubler des jeux qui sont
chers à Diane leur Protectrice : Ces Chasseurs
forment une Fête qui a paru des
plus brillantes. La Fête est interrompue
par une tempête; la Mer en courroux jette
sur le rivage un Monstre furieux. Hippolyte
va le combattre ; le Monstre blessé
vomit du feu et de la fumée , & c. Tout
étant dissipé , Arice éperduë de ne voir
plus ni Hippolyte ni le Monstre tombe
évanouie ; les Chasseurs trompés par la
disparition d'Hippolyte le croient mort
ils déplorent son sort. Phedre appellée
par leurs cris , arrive ; elle leur demande
la cause de leurs plaintes ; ils lui annoncent
la mort d'Hippolyte , par ces deux
Vers :
pa
Un Monstre furieux , sorti du sein des Flots ;
: Vient de nous ravir ce Héros.
Phedre
2246 MERCURE DE FRANCE
Phédre s'accuse elle-même d'une mort
qu'elle impute à son imposture ; agitéo
de remords , elle croit entendre le tonnerre
, voir trembler la terre , et les Enfers
s'ouvrir sous ses pas ; elle finit l’Acte
par ces Vres :
›
>
"
Dieux cruels , vangeurs implacables
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi ş
Ah ! si vous êtes équitables ,
Ne tonnez pas encor sur moi ;
La gloire d'un Héros que l'imposture opprime &
Vous demande un juste secours ;
Laissez-moi révéler à l'Auteur de ses jours ,
Et son innocence , er mon crime.
Au VeActe , le Théatre ne change qu'à
la troisiéme Scene. Les deux premieres
Scenes sont employées à apprendre aux
Spectateurs que Phédre est morte aux
yeux de Thesée , après avoir justifié Hippolyte
, comme elle l'a promis à la fin de
PActe précédent. Ce malheureux Pere
veut se précipiter dans la Mer : Neptune
Pen empêche et lui apprend que son Fils
a été sauvé par Diane. Il lui annonce que
le Destin dans le temps qu'il alloit servir
son aveugle colere , à daigné l'affranchir
de son serment. Il ajoute que ce Maître
des Dieux a ordonné en même temps
qu'un
1
1
OCTOBRE 1733. 2247
qu'un Pere si injuste soit privé pour jas
mais de la vuë d'un Fils si vertueux.
1
On a retranché ces deux premieres
Scenes qui produisoient quelque irrégula
rité contre l'unité de lieu , par le chan
gement de Scene dans le même Acte.
L'Auteur avoit prévenu l'objection dans
sa Préface; mais le Public ne s'y étant pas
prêté , il n'a pas balancé à le satisfaire.
L'Acte commence présentement par
le changement de Lieuson voit un nuage
transporter Aricie dans la Forêt qui porte
son nom ; comme elle croit avoir vû
périr Hippolyte , elle se livre toute entiere
à sa douleur , qu'elle fait éclater par
un Monologue des plus touchans , tandis
qu'elle est ensevelie dans une profon
de tristesse ; une Troupe de Bergers et de
Bergeres invitent Diane à descendre des
Cieux. Au nom de Diane , Aricie , malgré
sa douleur mortelle, sent ranimer son
zele pour la Divinité , à qui elle s'est dévouée
dès sa plus tendre enfance.
La Déesse promet un nouveau Maître
aux Peuples , pour prix de leur zele ; elle
leur ordonne d'aller préparer les plus
beaux Jeux pour le recevoir ; elle arrête
Aricie prête à se retirer. Ala voix de
Diane , les Zéphirs amenent Hyppolyte
qu'elle leur a confié , après l'avoir sauvé
du
E248 MERCURE DE FRANCE
du Monstre ; ces tendres Amans passent
tout d'un coup de la plus mortelle dou
leur à la joye la plus vive. Diane leur
rend compte de tout ce qui s'est passé au
sujet de Thesée et de Phédre . Voici comme
elle s'explique :
Neptune alloit servir une aveugle vangeance ;
Quand le Destin , dont la puissance ,
Fait trembler les Enfers, et la Terre et les Cieux,
A daigné l'affranchir d'un serment odieux ;
Qui faisoit périr l'innocence .
Phédre , aux yeux de Thésée a terminé son sort,
Et t'a rendu ta gloire en se donnant la mort.
Les Peuples d'Aricie viennent célébrer
la fête du couronnement d'Hippolyte et
d'Aricie , par leurs Chants et par leurs
Danses.
On à trouvé la Musique de cet Opéra
un peu difficile à exécuter , mais par l'habileté
des Simphonistes et des autres Musicions
, la dificulté n'en a pas empêché
l'exécution . Les Principaux Acteurs , tant
chantans , que dansans ,s'y sont surpassez.
La DellePetitpas s'y est distinguée par un
ramage de Rossignol qu'on n'a jamais
porté si loin . Le Poëte n'a pas démenti ·
ses Ouvrages précedens ; et le Musicien a
forcé les plus séveres critiques à convenir
que
C
OCTOBRE. 1733. 2249
que dans son premier Ouvrage Lyrique .
li a donné une Musique mâle et harmonieuse
; d'un caractere neuf; nous
voudrions en rouvoir donner un Extrait,
comme nous faisons du Poëme , et faire
sentir ce qu'elle a de sçavant pour l'ex-.
pression dans les Airs caracterisez , les
Tableaux , les intentions heureuses et
soutenues, comme le Choeur et la Chasse
du 4 Acte ; l'Entrée des Amours au Prologue
; le Choeur et la Simphonie du To
nerre; la Gavotte parodiée que chante la
Delle Petitpas au ier Acte ; les Enfers du
2e Acte , l'Image effrayante de la Furie
avec Thesée et le Choeur,&c. Au 3me Ac
te , le Monologue de Thesée , son invocation
à Neptune , le Frémissement des
= Flots. Le Monologue de Phedre dâns
l'Acte suivant. Celui d'Aricie , dans le S
la Bergerie , & c.
le premier Octobre la premiere
Représentation de la Tragédie nouvelle ,
intitulée : Hippolyte et Aricie. Le Poëme
est de M.le Chevalier Pellegrin , et la Musique
de M. Rameau. Le premier est déja
connu par plusieurs Ouvrages applaudis ;
et le second vient de faire voir par son
coup d'essai , dans ce genre de Musique,
qu'il peut égaler les plus grands Maîtres.
L'accueil favorable que le public a fait à
cet Opéra en fait esperer de nombreuses
Représentations : En voici l'Extrait.
L'Auteur du Poëme déclare dans sa Préface
que c'est
pour
authoriser
le caractere
qu'il
donne
à Diane
dans
la Piéce
, qu'il
a
fait
son
Prologue
. Hygin
lui en a fourni
la Fable
. Le Théatre
représente
la Forêt
d'Erymanthe
, si fameuse
par
un des trayaux
d'Hercule
. Diane
le fait
connoître
F par
1234 MERCURE DE FRANCE
par ces Vers , qu'elle addresse à ses Nym
phes et aux habitans des Bois.
Vous êtes dans ces mêmes lieux ,
Où sur un monstre furieux ,
Vn fils de Jupiter , remporta la victoire ;
Mais un monstre plus fier le soumit à son tour g
Du plus grand des Héros vous surpassez l
gloire ,
Quand vous triomphez de l'Amour.
L'Amour ne peut souffrir que Diane
le bannisse de ses Forêts ; il vient lui demander
raison de cet outrage ; Diane invoque
Jupiter son Pere,et le prie de con-
Armer le don qu'il lui a fait de l'Empire
des Forêts ; Jupiter descend au bruit du
tonnerre,et annonce à Diane que le Destin
ordonne que l'Amour regne par tout,
avec cette restriction , qu'il n'exercera sa
puissance sur les sujets de Diane qu'un
seul jour de l'année ; il ajoute que ce jour
doit être éclairé par le flambeau de l'Hymen.
Diane obéit aux Loix du Destin ;
elle ne veut pas pourtant être témoin
d'une Fête si favorable à l'Amour ; elle
annonce le sujet de la Tragédie , par ces
Vers :
Hippolyte , Aricie , exposés à périr ,
Ne fondent que sur moi leur derniere esperances
conOCTOBRE.
1733. 2235
Contre une injuste violence ,
C'est à moi de les secourir.
L'Amour entreprend de consoler les
sujets de Diane de l'absence de leur Souveraine
, par les plus doux plaisirs. Il ap
pelle par ces Vers ,les Jeux et les Amours.
Regnez , aimables jeux , regnez dans ces Forêts,
Qu'à mes voeux empressez votre zêle réponde :
Si vous, tendres Amours , faites voler ces traits ,
D'où dépend le bonheur du monde.
Cet ordre produit une Fête aussi affec
tueuse que brillante : Le Prologue finit
par ces quatre Vers , conformes aux vofontez
suprêmes du Destin; c'est l'Amour
qui parle
Par de nouveaux plaisirs , couronnons ce grand
jour ,
Au Temple de l'Hymen il faut que je vous guide
,
Qu'à cette heureuse Fête , avec lui je préside;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'A }
mour.
Le Théatre représente au premier Acte
de la Tragédie , un Temple consacré à
Diane.
Aricie,Princesse du Sang des Pallantides ,
expose sa situation par ce Monologue.
Fij Tem2236
MERCURE DE FRANCE
> Temple sacré , séjour tranquille
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux
A mon coeur agité daigne servir d'azile ,
Contre un amour trop malheureux ¿
Et toi , dont malgré moi , je rappelle l'image ,
Sher Prince , si mes voeux ne te sont pas offerts;
Du moins j'en apporte l'hommage
A la Déesse que tu sers,
Temple sacré , & c,
Hyppolite vient assûrer Aricie de l'in
dignation que lui inspire la violence que
Phédre lui fait par l'ordre que Thesée son
Pere lui en a donné à son départ de Tréséne
; il déplore son sort d'une maniere
qui le fait soupçonner d'être Amant ;
Voici comment il le fait connoître.
Dans un Pere irrité , confondez -vous son Fils
Et comptez- vous mon coeur entre vos ennemis
& c.
Je pourrois vous hair quelle injustice extreme
!
Je sens pour vous une pitié ,
Aussi tendre que l'amour même."
: Cette déclaration a paru bien ménagée
de part et d'autre.
Les Prêtresses de Diane forment la Fêe
de ce premier Acte,
Phodre
OCTOBRE.´´ 1733.´´ £ 237ì
Phedre vient ensuite féliciter Aricie
sur la gloire qu'elle va acquerir en s'unissant
aux Immortels , par les voeux
qu'elle doit offrir à Diane. Aricie fait entendre
que ces voeux n'étant pas libres
ils ne sont pas dignes des Dieux ; les Prêtresses
de Diane se rangent de son parti,
Phédre fait sonner la Trompette pour
punir leur désobéïssance ; les Prêtresses
invoquent les Dieux pour la punir ellemême
de la violence qu'elle veut leur
faire. Diane descend au bruit du Tonnerre
, comme fille de Jupiter ; ce qu'elle
fait connoître par ces Vers , addressez à
ses Prêtresses :
售
Vous voyez Jupiter se déclarer mon Pere;
Sa foudre vole devant moy.
La Déesse après avoir rassuré ses Prêtresses
, menace Phedre de la vangeance
des Dieux , et prend Hippolyte et Aricie
sous sa protection . Elle remonte dans le
ciel. Les Prêtresses rentrent dans le Temple
; Hippolyte emmene Aricie. Phédre
abandonne à ses transports jaloux, qu'el¬
le fait connoître par ces Vers :
Que voi -je ? contre moi tous les Dieux soat
armez !
Ma Rivale me brave! Elle suit Hippolyte !
Fiij
Ah !
2238 MERCURE DE FRANCE
Ah ! plus je voi leurs coeurs, l'un pour l'aptres
enflammez *
Plus mon jaloux transport s'irrite ,
Que rien n'échappe à ma fureur , &c.
Arcas vient annoncer que Thésée es
descendu dans les Enfers : Il s'exprime
ainsi :
La terre sous ses pas ouverte .'
A favorisé ses efforts ;
Et d'affreux heurlemens , sortis des sombre
bords ,
Du plus grand des Mortels , m'ont confirmé la
perte
J
Anone fait entendre à Phédre qu'elle
peut aimer sans crime , et concevoir de
l'espérance, en offrant son Thrône à Hippolyte,
Phédre se livre à un espoir si flatteur.
Au II Acte, le Théatre représente l'entrée
des Enfers. Thésée tourmenté par
une Furie , expose ce qui s'est passé par
çes Vers :
Dieux! n'est- ce pas assez des maux que j'ai souf
ferts ?
J'ai vuPirythous déchiré par Cerbere ;
J'ai vu ce Monstre affreux , trancher des jours
si chers ,
Sans daigner dans mon sang, assouvir sa coferes
J'enOCTOBRE
17388 · 1239
J'attendois la mort sans effroi ,
Et la mort fuyoit loin de moi.
La Furie conduit Thésée au pied du
Thrône de Pluton : Thésée dit à ce Me
narque des Enfers :
Inéxorable Roy de l'Empire infernal ',
Digne Frere , et digne Rival ,
Du Dieu qui lance le tonnerre ,
Est-ce donc pour vanger tant de Monstres di
vers ,
Dont ce bras a purgé la Terre ,
Que l'on me livre en proye aux Monstres des
Enfers
Pluton
Si tes Exploits sont grands , voy quelle en est la
gloire ,
Ton nom sur les trépas remporte la victoire ;
Comme nous il est immortel ;
Mais , d'une égale main , puisqu'il faut qu'on
dispense ,
Et la peine et la récompense ;´
J'attends plus de Pluton qu'un tourment érernel.
Pluton reproche à Thésée le coupable
projet qu'il a formé avec Pirythoüs d'enlever
Proserpine. Thésée se justifie autant
qu'il lui est possible . Pluton le renvoie au
Tribunal des trois Juges des Enfers.Cette
Filij Scene
246 MERCURE DE FRANCE
Scene est sans contredit la plus belle de
la Tragédie , tant du côté du Poëte que
de celui du Musicien.
Pluton invite toutes les Divinitez infer
nales à le vanger. Thésée revient , suivi
de la Furie vangeresse ; ne pouvant revoir
que par le secours de la mort. Il
l'implore ; les Parques lui parlent ainsi ;
son ami
Du Destin le vouloir suprême ,
Amis entre nos mains la trame de tes jours ;
Mais le fatal Ciseau n'en peut trancher le cours
Qu'au redoutable instant , qu'il a marqué lui
même.
i..
Thésée ne pouvant obtenir la mort ,
implore Neptune son Pere , et lui deman
de l'exécution du serment qu'il a fait de
l'exaucer trois fois : Neptune lui ayant
ouvert la route des Enfers , il le prie de
l'en retirer. Mercure vient de la part du
Dieu des Mers ; il obtient le retour de
Thésée sur la terre , mais avant qu'il´en
sorte , il ordonne aux Parques de lui réveler
le sort que l'avenir lui garde. Ces
trois Déesses lui parlent ainsi .
Quelle soudaine horreur ton destin nous ins
pire !
Où cours-tu, malheureux Tremble, frémi d'ef
froi ;
Tu sors de l'infernal empire ,
Pou
OCTOBRE . 1733. 2241
Pour trouver les Enfers chez toi.
Ce Oracle remplit Thésée d'effroi au
Sujet de Phédre et d'Hippolyte ; qui sono
ce qu'il a de plus cher chez lui. Mercure
lui ouvre le chemin , pour remonter sur
la terre. Thésée dit en partant :
Ciel ! cachons mon retour, et trompons tous les
yeux.
Ce projet de se cacher à tout le mon
de, prépare le coup de Théatre qu'on doit
voir dans l'Acte suivant.
Le Théatre représente au III.Acte, une
partie du Palais de Thésée , sur le rivage
de la Mer.
Phedre prie Venus de lui être favorable.
Enone vient lui dire qu'Hippolyte
qu'elle a mandé , va se rendre auprès
d'elle . 漏
Hippolyte dit à Ph'dre que ce n'est
que pour obéir à ses ordres qu'il vient lui
montrer encore un objet odieux . Phédre
lui fait entendre qu'elle ne l'a jamais haï
qu'en apparence : Hippolyte se flatte de
ne l'avoir plus pour ennemie , et lui pro
met en récompense de tenir lieu de Pere à
son fils : Phédre trompée par le sens équivoque
de cette promesse , lui dit tendrement
&
Fv Hip
$ 242 MERCURE DE FRANCE
Vous pouviez jusques - là vous attendrir poun
y moi !
C'en est trop , et le Thrône , et le Fils er
Mere ,
Je range tout sous votre Loy.
Hippolyte lui répond qu'il borne toute
son ambition à regner sur le coeur d'Aricie.
Phédre détrompée par ces mots , ne
peut plus se contenir ; elle jure la mòrt
de sa Rivale. Au nom de Rivale, Hippolyte
saisi d'horreur s'écrie :
Terribles Ennemis des perfides humains ;
Dieux , si promts autrefois à les réduire en po
dre ,
Qu'attendez- vous ? Lancez la foudre
Qui la retient entre vos mains ?
Phédre au désespoir , lui dit :
Ah ! cesse par tes voeux d'allumer le tonnerre ;
Eclatte ; éveille-toi ; sors d'un honteux repos §
Rends toi digne Fils d'un Héros ,
Qui de Monstres sans nombre, a délivré la terres
El n'en est échappé qu'un seul à sa fureur ;
Frappe ; ce Monstre est dans mon coeur.
Phédre ne pouvant obtenir la mort
qu'elle demande à Hippolyte, se jette sur
son Epée , Hippolyte la lui arrache,Thé
séc
OCTOBRE. 1733. 2243
sée arrive et trouve son Fils l'Epée à la
main contre sa femme; il se rappelle aussi-
tôt la prédiction des Parques , ce qu'il
fait connoître par ces mots :
O'trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que m'a prédits l'Enfer.
Il interroge Phédre, qui le quitte après
lui avoir dit :
L'Amour est outrage ;
Que l'Amour soit vange
Hippolyte interrogé à son tour , n'ose
lui révéler sa honte , et lui demande un
exil éternel. Thésée ordonne à Enone de
ne lui rien cacher. Enone pour sauver
les jours et la gloire de la Reine , parle
ainsi à Thésée :
Un désespoir affreux ; ..... pouvez - vous l'ígnorer
Vous n'en avez été qu'un témoin trop fidelle
Je n'ose accuser votre Fils ...
Mais la Reine ... Seigneur , ce fer armé contre
elle ;
Ne vous en a que trop appris , &c.-
Un amour funeste , &c,-
Thésée n'en veut pas sçavoir davanta
ge ; livré à son désespoir , il invoque
B vj
Neptu
2244 MERCURE DE FRANCE
Neptune et lui demande la mort d'Hippolyte
; une Troupe de Matelots qui
viennent rendre graces à Neptune du retour
de leur Roy , obligent Thésée de se
retirer, et forment le Divertissement qui
finit ce troisiéme Acte.
Au IV Acte le Théatre représente un
Bois consacré à Diane.
,
Hippolyte expose dans un Monologue
ce qui s'est passé dans l'entr'Acte , c'està-
dire , l'exil où son Pere l'a condamné.
Aricie vient se plaindre à Hippolyte
du sort qui va les separer ; Hippolyte ,
pour excuser Thésée , lui dit qu'il a demandé
lui- même cet exil , qu'elle impute
à la rigueur de son Pere. Aricie lui
répond :
Votre exil me donne la mort ,
Et c'est vous seul , ingrat , qu'il faut que j'es
accuse !
Quel soupçon ? ... Dieux puissans , faites que
je m'abuse.
Hippolyte pour se justifier de l'incons
tance dont elle l'accuse , lui fait entendre
qu'une raison secrette lui a fait demander
cet exil dont elle se plaint ; il la prie
de ne lui en pas demander davantage ; cependant
quelques mots qui lui échappent
, quoique ménagez avec art , lui em
disent
OCTOBR E. 1733. 2245*
disent assez pour lui faire pénétrer cet
odieux mystere ; il l'invite à le suivre
dans son exil en qualité d'Epouse ; elle
consent à lui donner sa foy ; ils prient
Diane de vouloir bien former leur nouvelle
chaîne. Un bruit de Cors leur annonce
l'arrivée d'une Troupe de Chasseurs
et de Chasseresses ; ils conviennent
ensemble de les prendre pour témoins
de leurs sacrez sermens ; cependant ils ne
veulent point troubler des jeux qui sont
chers à Diane leur Protectrice : Ces Chasseurs
forment une Fête qui a paru des
plus brillantes. La Fête est interrompue
par une tempête; la Mer en courroux jette
sur le rivage un Monstre furieux. Hippolyte
va le combattre ; le Monstre blessé
vomit du feu et de la fumée , & c. Tout
étant dissipé , Arice éperduë de ne voir
plus ni Hippolyte ni le Monstre tombe
évanouie ; les Chasseurs trompés par la
disparition d'Hippolyte le croient mort
ils déplorent son sort. Phedre appellée
par leurs cris , arrive ; elle leur demande
la cause de leurs plaintes ; ils lui annoncent
la mort d'Hippolyte , par ces deux
Vers :
pa
Un Monstre furieux , sorti du sein des Flots ;
: Vient de nous ravir ce Héros.
Phedre
2246 MERCURE DE FRANCE
Phédre s'accuse elle-même d'une mort
qu'elle impute à son imposture ; agitéo
de remords , elle croit entendre le tonnerre
, voir trembler la terre , et les Enfers
s'ouvrir sous ses pas ; elle finit l’Acte
par ces Vres :
›
>
"
Dieux cruels , vangeurs implacables
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi ş
Ah ! si vous êtes équitables ,
Ne tonnez pas encor sur moi ;
La gloire d'un Héros que l'imposture opprime &
Vous demande un juste secours ;
Laissez-moi révéler à l'Auteur de ses jours ,
Et son innocence , er mon crime.
Au VeActe , le Théatre ne change qu'à
la troisiéme Scene. Les deux premieres
Scenes sont employées à apprendre aux
Spectateurs que Phédre est morte aux
yeux de Thesée , après avoir justifié Hippolyte
, comme elle l'a promis à la fin de
PActe précédent. Ce malheureux Pere
veut se précipiter dans la Mer : Neptune
Pen empêche et lui apprend que son Fils
a été sauvé par Diane. Il lui annonce que
le Destin dans le temps qu'il alloit servir
son aveugle colere , à daigné l'affranchir
de son serment. Il ajoute que ce Maître
des Dieux a ordonné en même temps
qu'un
1
1
OCTOBRE 1733. 2247
qu'un Pere si injuste soit privé pour jas
mais de la vuë d'un Fils si vertueux.
1
On a retranché ces deux premieres
Scenes qui produisoient quelque irrégula
rité contre l'unité de lieu , par le chan
gement de Scene dans le même Acte.
L'Auteur avoit prévenu l'objection dans
sa Préface; mais le Public ne s'y étant pas
prêté , il n'a pas balancé à le satisfaire.
L'Acte commence présentement par
le changement de Lieuson voit un nuage
transporter Aricie dans la Forêt qui porte
son nom ; comme elle croit avoir vû
périr Hippolyte , elle se livre toute entiere
à sa douleur , qu'elle fait éclater par
un Monologue des plus touchans , tandis
qu'elle est ensevelie dans une profon
de tristesse ; une Troupe de Bergers et de
Bergeres invitent Diane à descendre des
Cieux. Au nom de Diane , Aricie , malgré
sa douleur mortelle, sent ranimer son
zele pour la Divinité , à qui elle s'est dévouée
dès sa plus tendre enfance.
La Déesse promet un nouveau Maître
aux Peuples , pour prix de leur zele ; elle
leur ordonne d'aller préparer les plus
beaux Jeux pour le recevoir ; elle arrête
Aricie prête à se retirer. Ala voix de
Diane , les Zéphirs amenent Hyppolyte
qu'elle leur a confié , après l'avoir sauvé
du
E248 MERCURE DE FRANCE
du Monstre ; ces tendres Amans passent
tout d'un coup de la plus mortelle dou
leur à la joye la plus vive. Diane leur
rend compte de tout ce qui s'est passé au
sujet de Thesée et de Phédre . Voici comme
elle s'explique :
Neptune alloit servir une aveugle vangeance ;
Quand le Destin , dont la puissance ,
Fait trembler les Enfers, et la Terre et les Cieux,
A daigné l'affranchir d'un serment odieux ;
Qui faisoit périr l'innocence .
Phédre , aux yeux de Thésée a terminé son sort,
Et t'a rendu ta gloire en se donnant la mort.
Les Peuples d'Aricie viennent célébrer
la fête du couronnement d'Hippolyte et
d'Aricie , par leurs Chants et par leurs
Danses.
On à trouvé la Musique de cet Opéra
un peu difficile à exécuter , mais par l'habileté
des Simphonistes et des autres Musicions
, la dificulté n'en a pas empêché
l'exécution . Les Principaux Acteurs , tant
chantans , que dansans ,s'y sont surpassez.
La DellePetitpas s'y est distinguée par un
ramage de Rossignol qu'on n'a jamais
porté si loin . Le Poëte n'a pas démenti ·
ses Ouvrages précedens ; et le Musicien a
forcé les plus séveres critiques à convenir
que
C
OCTOBRE. 1733. 2249
que dans son premier Ouvrage Lyrique .
li a donné une Musique mâle et harmonieuse
; d'un caractere neuf; nous
voudrions en rouvoir donner un Extrait,
comme nous faisons du Poëme , et faire
sentir ce qu'elle a de sçavant pour l'ex-.
pression dans les Airs caracterisez , les
Tableaux , les intentions heureuses et
soutenues, comme le Choeur et la Chasse
du 4 Acte ; l'Entrée des Amours au Prologue
; le Choeur et la Simphonie du To
nerre; la Gavotte parodiée que chante la
Delle Petitpas au ier Acte ; les Enfers du
2e Acte , l'Image effrayante de la Furie
avec Thesée et le Choeur,&c. Au 3me Ac
te , le Monologue de Thesée , son invocation
à Neptune , le Frémissement des
= Flots. Le Monologue de Phedre dâns
l'Acte suivant. Celui d'Aricie , dans le S
la Bergerie , & c.
Fermer
Résumé : Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 1er octobre, l'Académie Royale de Musique a présenté la première représentation de la tragédie en musique 'Hippolyte et Aricie'. Le poème est de M. le Chevalier Pellegrin et la musique de M. Rameau. Le public a accueilli favorablement cet opéra, laissant espérer de nombreuses représentations. Le prologue, inspiré par Hygin, se déroule dans la forêt d'Érymanthe. Diane y évoque la victoire d'Hercule sur un monstre et l'invincibilité de l'amour. Jupiter descend et annonce que l'amour régnera partout, sauf un jour par an, éclairé par le flambeau de l'Hymen. Diane, obéissant au destin, quitte la scène. Dans la tragédie, Aricie, princesse des Pallantides, expose sa situation dans un monologue. Hippolyte assure Aricie de son indignation face à la violence de Phèdre, ordonnée par Thésée. Phèdre félicite Aricie sur sa future gloire, mais Aricie refuse ces vœux forcés. Diane descend et menace Phèdre, protégeant Hippolyte et Aricie. Phèdre, jalouse, se livre à ses transports. Arcas annonce que Thésée est descendu aux Enfers. Thésée, tourmenté par une Furie, expose ses malheurs à Pluton, qui le renvoie devant les juges des Enfers. Thésée implore Neptune, qui lui permet de revenir sur terre. Les Parques révèlent à Thésée que les Enfers l'attendent chez lui. Au troisième acte, Phèdre prie Vénus. Hippolyte, venu sur ordre de Phèdre, refuse ses avances. Phèdre, déçue, jure la mort d'Aricie. Thésée arrive et, rappelant la prédiction des Parques, ordonne à Enone de révéler la vérité. Enone accuse Phèdre d'amour funeste. Thésée, désespéré, invoque Neptune pour la mort d'Hippolyte. Au quatrième acte, Hippolyte, en exil, expose sa situation à Aricie. Ils décident de se marier et prient Diane. Une tempête apporte un monstre marin. Hippolyte combat le monstre, mais disparaît. Aricie, évanouie, est secourue par Phèdre, informée de la mort d'Hippolyte. Dans le cinquième acte, il est révélé que Phèdre est morte après avoir innocenté Hippolyte devant Thésée, son père. Thésée, désespéré, tente de se suicider mais est arrêté par Neptune, qui lui annonce qu'Hippolyte a été sauvé par Diane et que Thésée est puni pour son injustice. La scène change ensuite pour montrer Aricie, qui pleure la perte d'Hippolyte. Diane apparaît, ramène Hippolyte à la vie et les unit avec Aricie. La musique de l'opéra est décrite comme difficile mais bien exécutée, avec des performances remarquables des acteurs et musiciens. Le poète et le musicien sont loués pour leur travail, notamment pour les airs caractéristiques, les tableaux et les chœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 142-147
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Début :
La Scene de cette Piece est dans le Château d'un Comte ; Lucas, Jardinier [...]
Mots clefs :
Isabelle, Lisette, Comte, Éraste, Château, Père, Frontin, Comédie, Jardinier, Valet, Mariage, Campagne, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne,
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
L'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé, est une pièce de théâtre dont l'action se déroule dans le château d'un comte. Lucas, le jardinier, et Lisette, la suivante d'Isabelle, la fille unique du comte, discutent d'un jeune cavalier rôdant autour du château. Lucas révèle que le valet de ce cavalier a montré une grande générosité. Lisette traite ce valet d'animal. Ils se retirent en entendant du bruit. Eraste, le cavalier en question, et son valet Frontin apparaissent ensuite. Eraste est un fils de famille qui s'est enfui de chez lui après avoir volé trois cents louis à son père pour éviter un mariage arrangé. Frontin conseille à Eraste de retourner à Paris, où son père est prêt à le pardonner. Eraste refuse, car il est amoureux d'une personne qu'il croit habiter le château. Il souhaite se faire passer pour un comédien de campagne pour s'introduire dans le château. Frontin accepte finalement de jouer le rôle de comédien, malgré ses réserves. Ils discutent de la comédie, que Frontin défend comme une forme d'art éducative et moralisatrice. Isabelle et Lisette discutent ensuite du cavalier. Lisette devine qu'Isabelle est amoureuse de lui et utilise une ruse pour le découvrir. Isabelle finit par avouer son attirance pour le cavalier. Elles sont interrompues par l'arrivée du comte et de la comtesse. Eraste et Frontin jouent une scène de comédie devant le comte et sa famille, intitulée 'l'Amant déguisé'. Le comte est satisfait et les invite à rester quelques jours. Eraste profite de l'occasion pour déclarer son amour à Isabelle, qui accepte après qu'il lui révèle sa condition sociale. Leur joie est interrompue par le jardinier, qui annonce l'arrivée d'un homme parlant de mariage. Isabelle craint d'être séparée de son amant, mais Eraste la rassure. Le dénouement révèle que l'homme en question est le père d'Eraste. Père et fils sont surpris de se retrouver. Le père consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle, un projet qu'il avait déjà envisagé avec le comte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 512-524
Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
Début :
On vient d'imprimer une Tragédie, intitulée ARTAXARE. L'Auteur nous apprend [...]
Mots clefs :
Pharnabaze, Sapor, Roi, Arsace, Artaxare, Fils, Aspasie, Père, Mort, Tragédie, Mère, Prince, Amour, Fille, Conspiration , Reine, Sauver, Conjuration
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texteReconnaissance textuelle : Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
On vient d'imprimer une Tragédie , intitulée
ARTAXARE. L'Auteur nous apprend
dans un Avertissement que cette
Piéce fut representée pour la premiere
fois , le 3 Mai , de l'année 1718 , qu'elle
fut interrompue , lorsqu'on commençoit
à la gouter, par la maladie du sieur Ponteuil;
que le succès qu'elle promettoit ,
enMAR
S. 1734. 513
engagea les Comédiens François à le prier
de ne la point faire imprimer , attendu
qu'ils vouloient la reprendre l'hyver d'après
; mais que
la mort du même Acteur
en avoit fait remettre la reprise à un autre
temps . Il ajoute qu'on en auroit renvoyé
l'impression plus loin , si des raisons
tres interessantes ne l'eussent déterminé
à l'exposer aux yeux du Public, telle
qu'on l'avoit vue dans sa naissance.
La lecture de cette Tragédie ,à ce qu'on
prétend , fait voir quelles sont les rai
sons que l'Auteur n'explique pas ; la ressemblance
qui se trouve entre le cinquiéme
Acte d'Adelaïde , et celui d'Artaxare
, a , dit- on , frappé tout le monde ;
on n'accuse pas l'Auteur d'Adelaïde d'avoir
imité un dénouement qui a produit
un si grand interêt dans les Représentations
de l'une et de l'autre Tragédie ; le
hazard forme des combinaisons plus
frappantes ; mais comme la malignité de
la censure pourroit faire pancher du côté
le plus défavorable , l'Auteur d'Artaxare
a cru qu'il ne pouvoit mieux se justifier
de tout soupçon , qu'en faisant voir que
sa Tragédie existoit seize ans avant celle
d'Adelaïde . Voici un Extrait de ce Poë-.-
me.
Artaxare ayant déthrôné le dernier des
Ev Arsa
514 MERCURE DE FRANCE
#
Arsacides , réunit les - Parthes et les Persans
sous le même Empire ; Vardanes ,
l'aîné de ses Fils , ayant conspiré contre
lui , il lui fit donner la mort , et fit emprisonner
Arsinoé sa femme et mere de
ce Prince rebelle. Sapor , son second Fils,
craignant que sa Mere n'éprouvât le sort
de son aîné , la tira de sa prison et la mit
en lieu de sureté près d'Ecatompile, en attendant
qu'il pût la faire transporter en
Armenie. C'est icy que l'action théatrale
commence.
Sapor s'applaudit dans le premier Acte
d'avoir sauvé sa mere ; Arsace , le dernier
des Arsacides , lui dit qu'il n'a rien fait
s'il n'acheve pas ; que sa mere peut être
découverte , étant si près d'Ecatompile ;
il l'enhardit à monter au Thrône ; Sapor
frémit à cette proposition ; Arsace ne
pouvant le surmonter par l'ambition , le
tente du côté de l'amour , en lui appre
nant qu'Artaxare lui demande Arpasie
sa fille , pour Pharnabaze son favori ;
Sapor s'irrite, mais il n'ose aller plus loin
et quitte Arsace de peur de succomber
& c.
Arsace fait entendre à Arbate , son con
fident , qu'il a formé une conspiration
sous le nom de Sapor , mais à l'insçu de
ce Prince , trop fidelle à son Pere ; il
prend
MARS 1.734.
SIS
prend le parti d'offrir le Thrône à Phar
nabaze , afin qu'il y place sa fille.
Pharnabaze , déja instruit de la conspiration
, sans en connoître l'Auteur , est
surpris de trouver Arsace si agité ; Arsace
lui apprend que sa fille n'est pas insensible
à son amour, et qu'il ne lui manque
qu'une Couronne pour la résoudre
à lui donner la main ; il n'en dit que
trop pour faire entendre à Pharnabaze
qu'il est le chef de la conspiration ; sa fidelité
pour son Roy l'emporte sur son
amour pour sa Maîtresse Il s'exprime
ainsi .
Si d'un juste courroux , je suivois le transport ,
Je ne vous répondrois qu'en vous donnant la
mort ;
Mais je respecte en vous le Pere d'Aspasie, &c . ,
Il lui apprend encore qu'Artane , l'un
des conjurez , est prêt de découvrir le
complot au Roy , et qu'il va le présenter
lui- même à Artaxare .
Aspasie paroît; Arsace lui dit que Pharnabaze
va le perdre , malgré tout l'amour
qu'il a pour elle. Aspasie n'oublie rien
pour fléchir Pharnabaze en faveur de son
Pere ; Pharnabaze lui promet d'obtenir
la grace d'Arsace , et lui fait entendre
qu'il sera le plus heureux des Mortels, s'il
E vj peut
116 MERCURE DE FRANCE
peut par là mériter le prix dont son Pere
vient de le flatter.
Aspasie réfléchit tristement sur les dernieres
paroles de Pharnabaze , et finit ce
premier Acte , par ces quatre Vers :
Quel parti prendre, hélas ! quand tout me désespere
!
Quoiqu'il puisse arriver , Grands Dieux, sauvez
mon Pere ;
Au plus affreux trépas dûssay- je recourir ;
Qu'il vive seulement , et je sçaurai mourir.
Artaxare commence le second Acte
avec Pharnabaze ; le Roy n'est encore in
formé que de la fuite de la Reine ; il ordonne
à Pharnabaze de courir après elle ;
ce Ministre fidelle s'en excuse sur le peril
qui menace les jours du Roy , péril qui
exige sa présence ; il apprend à Artaxare,
qu'on conspire contre lui , et le prie de
faire grace au chef de la coujuration ; le
Roy soupçonne d'abord son Fils , mais
Pharnabaze l'ayant rassuré de ce côté-là
obtient la grace d'Arsace avant qu'il le
lui nomme ; il ordonne qu'on fasse entrer
Artane. Celui - ci se jette aux pieds du
Roy , et se justifie de la conjuration , en
lui disant qu'il n'y est entré que pour la
réveler ; il nomme Sapor pour Chef. Artaxare
frémit de colere au nom de son
Fils ; il congédie Artane.
MARS. 1734 317
Le Roy se plaint à Pharnabaze de lui
avoir caché le veritable Chef. Pharnabaze
lui répond qu'il a été trompé tout le premier
; après une conversation , où la vertu
de Pharnabaze se déploye tout entiere.
Le Roy lui ordonne d'interroger Sapor,
et de le faire arrêter , s'il est criminel.
La Scene entre Sapor et Phirnabaze est
une des plus belles de la Piéce. Pharnabaze
croyant que Sapor n'est que trop convaincu
par son propre aveu , dont les termes
ambigus lui font prendre le change ,
ordonne qu'on l'arrête. Cela est exécuté.
Pharnabaze craignant pour sa glaire ,
s'exprime ainsi dans un Monologue.
Où vas- tu , Pharnabaze ? fremis.
Cruel ! tu vas armer un Pere contre un Fils?
Barbare ! quelle rage auprès de lui te guide
Tu Pas fait Roy ; tu vas en faire un parricide
!
Dans la mort de son Fils , prends - tu quelque
intérêt ?
Lâche l'Amour jaloux va
l'Arrêt ?
- · il dicter
Ah ! plutôt , s'il se peut , cours obtenir sa
grace ;
Non , Sapor ne doit pas t'être moins cher
qu'Arsace.
Arsace vient Pharnabaze lui dit d'aller
rea18
MERCURE DE FRANCE
rendre graces au Roy du pardon qu'il
vient d'obtenir pour lui , quoiqu'il soit
plus coupable que Sapor , pour qui il va
implorer la clémence du Roy.
Arsace , irrité des reproches de Pharnabaze
, renonce au dessein qu'il avoit
formé de lui donner sa fille ; il tourne
toutes ses vûës du côté de Sapor ; il se
flatte que ce Prince indigné de son emprisonnement
l'avouera de tout , et se
déclarera chef d'une entreprise qui doit
le venger. Il ordonne à Arbate d'aller
faire venir la Reine , de lui apprendre le
péril qui menace son fils , afin qu'il renonce
à une soumission qui lui couteroit
le Trône et la vie.
Au troisiéme Acte , Aspasie allarmée
de l'emprisonnement de Sapor , demande
à Cleone des nouvelles de ce qui se
passe à la Cour ; Cleone lui en fait une
image qui redouble son effroi . Arsace
vient dire à sa fille ce qui s'est passé entre
le Roy et lui ; voici ce que le Roy
lui a dit .
Par vos soumissions méritez vôtre grace ;
J'ai tout à redouter d'un sujet tel qu'Arsace
Pharnabaze peut seul me répondre de vous
Je veux que d'Aspasie il devienne l'Epoux .
Aspasie est mortellement affligée de
cet
MARS . 1734
519
cet ordre du Roy ; Arsace lui répond
qu'il faut tout promettre , pour ne rien.
tenir ; Arpasie lui dit qu'elle ne veut
point tromper un homme tel que Pharnabase
, et que si elle doit résoudre Sapor
à la céder à un autre , ce ne sera pas
pour lui manquer de foy & c. -
Aspasie annonce à Sapor qu'elle ne
peut le sauver qu'en épousant son Rival;
Sapor l'accuse d'infidelité , elle lui reproche
tendrement son injustice , et lui fait
entendre qu'après l'avoir sauvé par un
Hymen si affreux pour elle , elle sçaura
bien s'affranchir, en se donnant la mort,
d'un malheur qui dureroit autant que sa
vie. &c. Pharnabaze vient , Sapor lui
parle ainsi :
Prens garde à la Princesse ,
Pharnabaze ; entraîné par l'ardeur qui te presse,
Tn la suis à l'Autel , tremble , apprend son dessein
Elle y va se plonger un poignard dans le sein..
Pharnabaze étant surpris d'un tel pro
jet , Sapor poursuit.
C'est à toi de m'en croire
On n'en impose point , quand on aime la gloire,
Adieu , si sur ton coeur la vertu regne encor
Songe à justifier l'estime de Sapor.
2
Cette
20 MERCURE DE FRANCE
Cette estime réciproque entre deux
Rivaux interesse également pour l'un
et pour l'autre. Pharnabaze se plaint à
Aspasie de ce qu'elle préfere la mort à
son Hymen ; Aspasie lui avoüc tout & c.
Voici comme elle lui parle ;
J'allois sur les Autels vous tenir ma promesse;
Mais , trompant un Epoux digne de ma tendresse
,
Ma main contre mes jours n'étoit prête à s'armer,
Que pour punir mon coeur de ne pouvoir l'aimer.
Pharnabaze ne voulant point lui céder
en genérosité , lui promet de ne rien
oublier pour sauver Sapor , et de ne lui
faire aucune violence sur l'Hymen que le
Roy exige d'elle ; cependant pour la sureté
de son Maître , il ordonne qu'on arrête
Arsace dont il promet aussi de prendre
la deffense. & c.
Pharnabase instruit que Sapor n'a point
de part à la conjuration , obtient du Roy
qu'il ne sera point condamné , qu'il ne
soit convaincu & c.
,
La fierté de la Reine s'irrite par la
présence de Pharnabaze qu'elle haït et
qu'elle croit aspirer à la Couronne ; les
menaces qu'elle fait à ce favori en le
quicMARS.
17340 - 521
quittant , augmentent les soupçons du
Roy ; mais Pharnabaze appaise son couroux
, et lui fait promettre d'écouter la
Reine , que la présence d'un Ministre
trop aimé de son Roy , a fait parler avec
trop d'aigreur.
,
,
Artaxare parlant à Arsinoë accuse Sapor
dans le quatrième Acte d'avoir
conspiré contre ses jours ; Arsinoë frémit
d'une imposture si affreuse ; elle convient
que Vardanes son premier fils s'étoit révolté
contre lui , mais que ce n'étoit que
pour perdre Pharnabaze ; ce dernier arrive
Arsinoe s'emporte contre lui ;
Artaxare lui dit que ce fidele Ministre
vient par son ordre exprès et va lui dicter
ses souveraines loix.
Arsinoe lui parle avec hauteur ; Pharnabaze
lui dit qu'il veut sauver Sapor ;
mais qu'il ne le peut tant que le Roy le
croira coupable ; il la prie de le porter
à faire éclater son innocence et sur
›
›
tout à désavoüer Arsace qui le fait
chef de la conspiration . Arsinoë se rend
enfin au conseil de Pharnabaze : elle le
prie de faire venir son fils ; Pharnabaze
y court , et ordonne aux Gardes &c.
Arbate profite de ce moment
Reine n'est point observée
rendre ce billet d'Arsace :
›
, où la
pour lui
Vo522
MERCURE DE FRANCE
Votre fils touche au rang suprême ;
C'est à son insçu qu'on le sert ;
S'il nous désavoüe , il nous perd :
Ou plutôt il se perd lui-même .
Ses nouveaux suje¹s périront
Plutôt que de souffrir
que son sang se répande
;
Mais s'il les abandonne
, ils l'abandonneront
;
Et c'est , pour l'immoler , ce que le Roy de
mande.
A la lecture de ce fatal billet, Arsinoë
ne doute point que Pharnabaze ne lui
ait tendu un piége , pour ôter à son fils
le fruit d'une conjuration qui n'a d'autre
objet que de le sauver. Sapor vient,
elle lui donne le billet ; mais à peine ce
Prince a-t- il lû le premier vers , qui lui
annonce qu'il touche au rang sa priere ,
qu'il n'en veut pas lire davantage ; les
prieres et les larmes d'une Mere éperduë,
ne peuvent ébranler sa vertu ; Arsinoë
se retire , voyant approcher le Roy ,
Sapor se contente de dire à son Pere
qu'il n'a point trempé dans la conspiration
; mais Artaxare exigeant de lui ,
qu'il désavole Arsace , il ne veut pas
consentir à cette confrontation , qui le
rendroit coupable de la mort du pere
d'Arsinoë.
Pharnabaze vient annoncer au Roy
que ..
MARS 1734- 523
que les mutins ont brisé les fers d'Arsace
, qu'ils viennent de le proclamer , et
que la Flotte des Armeniens approche ?
Artaxate accable Sapor de reproches et
de noms si injurieux qu'il ne peut plus
les soutenir et se retire. Artaxare est prêt
à prononcer l'Arrêt de sa mort ; Pharnabaze
en frémit , il feint cependant d'y
consentir , et se charge de l'exécution
pendant la nuit pour la rendre plus
sûre.
•
On abrege ce qui reste à dire du dernier
Acte , il a paru si interressant par
la seule action , qu'il n'a pas besoin des
ornemens du détail pour faire juger du
succès qu'il a eu aux Représentations.
Aspasie sort de son Appartement toute
éperdue d'un songe qu'elle a fait . Arbase
vient lui annoncer la mort de Sapor
par un récit des plus effrayans ,
l'Auteur a si bien menagé les termes
équivoques pour inspirer la terreur
qu'on ne peut prévoir que Sapor a été
sauvé , que parce qu'on le souhaite. Artaxate
vient ; Aspasie le charge de reproches
, qui ne sont interrompus que par
l'arrivée de son Pere expirant . Arsace
apprend au Roy que son fils est mort
innocent. Artaxare croit qu'il ne justifie
Sapor , que pour lui laisser un plus
grand
524 MERCURE DE FRANCE
grand regret ; Arsinoë ignorant le sört
de son fils , vient le justifier par la lettre
qu'Arsace lui a écrite dans l'Acte précédent,
Ce malheureux pere lui apprend
en gémissant qu'il n'est plus tems de sauver
la vie à son fils ; Pharnabaze arrive.
Artaxare lui demande un coup mortel
comme une grace ; Pharnabaze voyant
que Sapor est pleinement justifié , lui dit
qu'il l'a sauvé. On fait venir ce Prince ;
Pharnabaze , ne se contentant pas d'avoir
conservé ses jours , lui céde si chere Aspasie.
Cette Tragédie se vend chez la veuve
Pissot Quay de Conty.
ARTAXARE. L'Auteur nous apprend
dans un Avertissement que cette
Piéce fut representée pour la premiere
fois , le 3 Mai , de l'année 1718 , qu'elle
fut interrompue , lorsqu'on commençoit
à la gouter, par la maladie du sieur Ponteuil;
que le succès qu'elle promettoit ,
enMAR
S. 1734. 513
engagea les Comédiens François à le prier
de ne la point faire imprimer , attendu
qu'ils vouloient la reprendre l'hyver d'après
; mais que
la mort du même Acteur
en avoit fait remettre la reprise à un autre
temps . Il ajoute qu'on en auroit renvoyé
l'impression plus loin , si des raisons
tres interessantes ne l'eussent déterminé
à l'exposer aux yeux du Public, telle
qu'on l'avoit vue dans sa naissance.
La lecture de cette Tragédie ,à ce qu'on
prétend , fait voir quelles sont les rai
sons que l'Auteur n'explique pas ; la ressemblance
qui se trouve entre le cinquiéme
Acte d'Adelaïde , et celui d'Artaxare
, a , dit- on , frappé tout le monde ;
on n'accuse pas l'Auteur d'Adelaïde d'avoir
imité un dénouement qui a produit
un si grand interêt dans les Représentations
de l'une et de l'autre Tragédie ; le
hazard forme des combinaisons plus
frappantes ; mais comme la malignité de
la censure pourroit faire pancher du côté
le plus défavorable , l'Auteur d'Artaxare
a cru qu'il ne pouvoit mieux se justifier
de tout soupçon , qu'en faisant voir que
sa Tragédie existoit seize ans avant celle
d'Adelaïde . Voici un Extrait de ce Poë-.-
me.
Artaxare ayant déthrôné le dernier des
Ev Arsa
514 MERCURE DE FRANCE
#
Arsacides , réunit les - Parthes et les Persans
sous le même Empire ; Vardanes ,
l'aîné de ses Fils , ayant conspiré contre
lui , il lui fit donner la mort , et fit emprisonner
Arsinoé sa femme et mere de
ce Prince rebelle. Sapor , son second Fils,
craignant que sa Mere n'éprouvât le sort
de son aîné , la tira de sa prison et la mit
en lieu de sureté près d'Ecatompile, en attendant
qu'il pût la faire transporter en
Armenie. C'est icy que l'action théatrale
commence.
Sapor s'applaudit dans le premier Acte
d'avoir sauvé sa mere ; Arsace , le dernier
des Arsacides , lui dit qu'il n'a rien fait
s'il n'acheve pas ; que sa mere peut être
découverte , étant si près d'Ecatompile ;
il l'enhardit à monter au Thrône ; Sapor
frémit à cette proposition ; Arsace ne
pouvant le surmonter par l'ambition , le
tente du côté de l'amour , en lui appre
nant qu'Artaxare lui demande Arpasie
sa fille , pour Pharnabaze son favori ;
Sapor s'irrite, mais il n'ose aller plus loin
et quitte Arsace de peur de succomber
& c.
Arsace fait entendre à Arbate , son con
fident , qu'il a formé une conspiration
sous le nom de Sapor , mais à l'insçu de
ce Prince , trop fidelle à son Pere ; il
prend
MARS 1.734.
SIS
prend le parti d'offrir le Thrône à Phar
nabaze , afin qu'il y place sa fille.
Pharnabaze , déja instruit de la conspiration
, sans en connoître l'Auteur , est
surpris de trouver Arsace si agité ; Arsace
lui apprend que sa fille n'est pas insensible
à son amour, et qu'il ne lui manque
qu'une Couronne pour la résoudre
à lui donner la main ; il n'en dit que
trop pour faire entendre à Pharnabaze
qu'il est le chef de la conspiration ; sa fidelité
pour son Roy l'emporte sur son
amour pour sa Maîtresse Il s'exprime
ainsi .
Si d'un juste courroux , je suivois le transport ,
Je ne vous répondrois qu'en vous donnant la
mort ;
Mais je respecte en vous le Pere d'Aspasie, &c . ,
Il lui apprend encore qu'Artane , l'un
des conjurez , est prêt de découvrir le
complot au Roy , et qu'il va le présenter
lui- même à Artaxare .
Aspasie paroît; Arsace lui dit que Pharnabaze
va le perdre , malgré tout l'amour
qu'il a pour elle. Aspasie n'oublie rien
pour fléchir Pharnabaze en faveur de son
Pere ; Pharnabaze lui promet d'obtenir
la grace d'Arsace , et lui fait entendre
qu'il sera le plus heureux des Mortels, s'il
E vj peut
116 MERCURE DE FRANCE
peut par là mériter le prix dont son Pere
vient de le flatter.
Aspasie réfléchit tristement sur les dernieres
paroles de Pharnabaze , et finit ce
premier Acte , par ces quatre Vers :
Quel parti prendre, hélas ! quand tout me désespere
!
Quoiqu'il puisse arriver , Grands Dieux, sauvez
mon Pere ;
Au plus affreux trépas dûssay- je recourir ;
Qu'il vive seulement , et je sçaurai mourir.
Artaxare commence le second Acte
avec Pharnabaze ; le Roy n'est encore in
formé que de la fuite de la Reine ; il ordonne
à Pharnabaze de courir après elle ;
ce Ministre fidelle s'en excuse sur le peril
qui menace les jours du Roy , péril qui
exige sa présence ; il apprend à Artaxare,
qu'on conspire contre lui , et le prie de
faire grace au chef de la coujuration ; le
Roy soupçonne d'abord son Fils , mais
Pharnabaze l'ayant rassuré de ce côté-là
obtient la grace d'Arsace avant qu'il le
lui nomme ; il ordonne qu'on fasse entrer
Artane. Celui - ci se jette aux pieds du
Roy , et se justifie de la conjuration , en
lui disant qu'il n'y est entré que pour la
réveler ; il nomme Sapor pour Chef. Artaxare
frémit de colere au nom de son
Fils ; il congédie Artane.
MARS. 1734 317
Le Roy se plaint à Pharnabaze de lui
avoir caché le veritable Chef. Pharnabaze
lui répond qu'il a été trompé tout le premier
; après une conversation , où la vertu
de Pharnabaze se déploye tout entiere.
Le Roy lui ordonne d'interroger Sapor,
et de le faire arrêter , s'il est criminel.
La Scene entre Sapor et Phirnabaze est
une des plus belles de la Piéce. Pharnabaze
croyant que Sapor n'est que trop convaincu
par son propre aveu , dont les termes
ambigus lui font prendre le change ,
ordonne qu'on l'arrête. Cela est exécuté.
Pharnabaze craignant pour sa glaire ,
s'exprime ainsi dans un Monologue.
Où vas- tu , Pharnabaze ? fremis.
Cruel ! tu vas armer un Pere contre un Fils?
Barbare ! quelle rage auprès de lui te guide
Tu Pas fait Roy ; tu vas en faire un parricide
!
Dans la mort de son Fils , prends - tu quelque
intérêt ?
Lâche l'Amour jaloux va
l'Arrêt ?
- · il dicter
Ah ! plutôt , s'il se peut , cours obtenir sa
grace ;
Non , Sapor ne doit pas t'être moins cher
qu'Arsace.
Arsace vient Pharnabaze lui dit d'aller
rea18
MERCURE DE FRANCE
rendre graces au Roy du pardon qu'il
vient d'obtenir pour lui , quoiqu'il soit
plus coupable que Sapor , pour qui il va
implorer la clémence du Roy.
Arsace , irrité des reproches de Pharnabaze
, renonce au dessein qu'il avoit
formé de lui donner sa fille ; il tourne
toutes ses vûës du côté de Sapor ; il se
flatte que ce Prince indigné de son emprisonnement
l'avouera de tout , et se
déclarera chef d'une entreprise qui doit
le venger. Il ordonne à Arbate d'aller
faire venir la Reine , de lui apprendre le
péril qui menace son fils , afin qu'il renonce
à une soumission qui lui couteroit
le Trône et la vie.
Au troisiéme Acte , Aspasie allarmée
de l'emprisonnement de Sapor , demande
à Cleone des nouvelles de ce qui se
passe à la Cour ; Cleone lui en fait une
image qui redouble son effroi . Arsace
vient dire à sa fille ce qui s'est passé entre
le Roy et lui ; voici ce que le Roy
lui a dit .
Par vos soumissions méritez vôtre grace ;
J'ai tout à redouter d'un sujet tel qu'Arsace
Pharnabaze peut seul me répondre de vous
Je veux que d'Aspasie il devienne l'Epoux .
Aspasie est mortellement affligée de
cet
MARS . 1734
519
cet ordre du Roy ; Arsace lui répond
qu'il faut tout promettre , pour ne rien.
tenir ; Arpasie lui dit qu'elle ne veut
point tromper un homme tel que Pharnabase
, et que si elle doit résoudre Sapor
à la céder à un autre , ce ne sera pas
pour lui manquer de foy & c. -
Aspasie annonce à Sapor qu'elle ne
peut le sauver qu'en épousant son Rival;
Sapor l'accuse d'infidelité , elle lui reproche
tendrement son injustice , et lui fait
entendre qu'après l'avoir sauvé par un
Hymen si affreux pour elle , elle sçaura
bien s'affranchir, en se donnant la mort,
d'un malheur qui dureroit autant que sa
vie. &c. Pharnabaze vient , Sapor lui
parle ainsi :
Prens garde à la Princesse ,
Pharnabaze ; entraîné par l'ardeur qui te presse,
Tn la suis à l'Autel , tremble , apprend son dessein
Elle y va se plonger un poignard dans le sein..
Pharnabaze étant surpris d'un tel pro
jet , Sapor poursuit.
C'est à toi de m'en croire
On n'en impose point , quand on aime la gloire,
Adieu , si sur ton coeur la vertu regne encor
Songe à justifier l'estime de Sapor.
2
Cette
20 MERCURE DE FRANCE
Cette estime réciproque entre deux
Rivaux interesse également pour l'un
et pour l'autre. Pharnabaze se plaint à
Aspasie de ce qu'elle préfere la mort à
son Hymen ; Aspasie lui avoüc tout & c.
Voici comme elle lui parle ;
J'allois sur les Autels vous tenir ma promesse;
Mais , trompant un Epoux digne de ma tendresse
,
Ma main contre mes jours n'étoit prête à s'armer,
Que pour punir mon coeur de ne pouvoir l'aimer.
Pharnabaze ne voulant point lui céder
en genérosité , lui promet de ne rien
oublier pour sauver Sapor , et de ne lui
faire aucune violence sur l'Hymen que le
Roy exige d'elle ; cependant pour la sureté
de son Maître , il ordonne qu'on arrête
Arsace dont il promet aussi de prendre
la deffense. & c.
Pharnabase instruit que Sapor n'a point
de part à la conjuration , obtient du Roy
qu'il ne sera point condamné , qu'il ne
soit convaincu & c.
,
La fierté de la Reine s'irrite par la
présence de Pharnabaze qu'elle haït et
qu'elle croit aspirer à la Couronne ; les
menaces qu'elle fait à ce favori en le
quicMARS.
17340 - 521
quittant , augmentent les soupçons du
Roy ; mais Pharnabaze appaise son couroux
, et lui fait promettre d'écouter la
Reine , que la présence d'un Ministre
trop aimé de son Roy , a fait parler avec
trop d'aigreur.
,
,
Artaxare parlant à Arsinoë accuse Sapor
dans le quatrième Acte d'avoir
conspiré contre ses jours ; Arsinoë frémit
d'une imposture si affreuse ; elle convient
que Vardanes son premier fils s'étoit révolté
contre lui , mais que ce n'étoit que
pour perdre Pharnabaze ; ce dernier arrive
Arsinoe s'emporte contre lui ;
Artaxare lui dit que ce fidele Ministre
vient par son ordre exprès et va lui dicter
ses souveraines loix.
Arsinoe lui parle avec hauteur ; Pharnabaze
lui dit qu'il veut sauver Sapor ;
mais qu'il ne le peut tant que le Roy le
croira coupable ; il la prie de le porter
à faire éclater son innocence et sur
›
›
tout à désavoüer Arsace qui le fait
chef de la conspiration . Arsinoë se rend
enfin au conseil de Pharnabaze : elle le
prie de faire venir son fils ; Pharnabaze
y court , et ordonne aux Gardes &c.
Arbate profite de ce moment
Reine n'est point observée
rendre ce billet d'Arsace :
›
, où la
pour lui
Vo522
MERCURE DE FRANCE
Votre fils touche au rang suprême ;
C'est à son insçu qu'on le sert ;
S'il nous désavoüe , il nous perd :
Ou plutôt il se perd lui-même .
Ses nouveaux suje¹s périront
Plutôt que de souffrir
que son sang se répande
;
Mais s'il les abandonne
, ils l'abandonneront
;
Et c'est , pour l'immoler , ce que le Roy de
mande.
A la lecture de ce fatal billet, Arsinoë
ne doute point que Pharnabaze ne lui
ait tendu un piége , pour ôter à son fils
le fruit d'une conjuration qui n'a d'autre
objet que de le sauver. Sapor vient,
elle lui donne le billet ; mais à peine ce
Prince a-t- il lû le premier vers , qui lui
annonce qu'il touche au rang sa priere ,
qu'il n'en veut pas lire davantage ; les
prieres et les larmes d'une Mere éperduë,
ne peuvent ébranler sa vertu ; Arsinoë
se retire , voyant approcher le Roy ,
Sapor se contente de dire à son Pere
qu'il n'a point trempé dans la conspiration
; mais Artaxare exigeant de lui ,
qu'il désavole Arsace , il ne veut pas
consentir à cette confrontation , qui le
rendroit coupable de la mort du pere
d'Arsinoë.
Pharnabaze vient annoncer au Roy
que ..
MARS 1734- 523
que les mutins ont brisé les fers d'Arsace
, qu'ils viennent de le proclamer , et
que la Flotte des Armeniens approche ?
Artaxate accable Sapor de reproches et
de noms si injurieux qu'il ne peut plus
les soutenir et se retire. Artaxare est prêt
à prononcer l'Arrêt de sa mort ; Pharnabaze
en frémit , il feint cependant d'y
consentir , et se charge de l'exécution
pendant la nuit pour la rendre plus
sûre.
•
On abrege ce qui reste à dire du dernier
Acte , il a paru si interressant par
la seule action , qu'il n'a pas besoin des
ornemens du détail pour faire juger du
succès qu'il a eu aux Représentations.
Aspasie sort de son Appartement toute
éperdue d'un songe qu'elle a fait . Arbase
vient lui annoncer la mort de Sapor
par un récit des plus effrayans ,
l'Auteur a si bien menagé les termes
équivoques pour inspirer la terreur
qu'on ne peut prévoir que Sapor a été
sauvé , que parce qu'on le souhaite. Artaxate
vient ; Aspasie le charge de reproches
, qui ne sont interrompus que par
l'arrivée de son Pere expirant . Arsace
apprend au Roy que son fils est mort
innocent. Artaxare croit qu'il ne justifie
Sapor , que pour lui laisser un plus
grand
524 MERCURE DE FRANCE
grand regret ; Arsinoë ignorant le sört
de son fils , vient le justifier par la lettre
qu'Arsace lui a écrite dans l'Acte précédent,
Ce malheureux pere lui apprend
en gémissant qu'il n'est plus tems de sauver
la vie à son fils ; Pharnabaze arrive.
Artaxare lui demande un coup mortel
comme une grace ; Pharnabaze voyant
que Sapor est pleinement justifié , lui dit
qu'il l'a sauvé. On fait venir ce Prince ;
Pharnabaze , ne se contentant pas d'avoir
conservé ses jours , lui céde si chere Aspasie.
Cette Tragédie se vend chez la veuve
Pissot Quay de Conty.
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Résumé : Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
La tragédie 'Artaxare' a été récemment imprimée. La pièce a été représentée pour la première fois le 3 mai 1718, mais la représentation a été interrompue en raison de la maladie de l'acteur Ponteuil. Les Comédiens Français ont demandé à l'auteur de ne pas faire imprimer la pièce, souhaitant la reprendre l'hiver suivant. Cependant, la mort de Ponteuil a retardé cette reprise, et l'auteur a finalement décidé de publier la pièce telle qu'elle a été présentée initialement. La lecture de 'Artaxare' révèle une ressemblance notable entre le cinquième acte de cette tragédie et celui d'une autre pièce, 'Adelaïde'. Pour éviter toute accusation de plagiat, l'auteur d''Artaxare' souligne que sa pièce existe depuis seize ans avant celle d''Adelaïde'. L'intrigue d''Artaxare' commence après qu'Artaxare a détrôné le dernier des Arsacides et uni les Parthes et les Persans sous son empire. Vardanes, son fils aîné, a conspiré contre lui et a été exécuté. Arsinoé, la mère de Vardanes, a été emprisonnée. Sapor, le second fils d'Artaxare, craint pour la vie de sa mère et la sauve en la plaçant en sécurité près d'Ecatompile. Arsace, le dernier des Arsacides, encourage Sapor à monter sur le trône. La pièce explore les conspirations et les intrigues au sein de la cour, impliquant notamment Pharnabaze, un favori d'Artaxare, et Aspasie, la fille de Pharnabaze. Les principaux personnages incluent Artaxare, Sapor, Arsace, Arsinoé, Pharnabaze, et Aspasie. Les conflits et les alliances entre ces personnages sont au cœur de l'action dramatique, avec des thèmes de loyauté, de trahison et de pouvoir. La pièce se conclut par des révélations sur les véritables conspirations et les sacrifices personnels des personnages. Dans une scène tragique, un père, désespéré, exprime son impuissance à sauver la vie de son fils. Pharnabaze arrive et, après avoir constaté que Sapor est pleinement justifié, lui annonce qu'il l'a sauvé. Pharnabaze offre également Aspasie à Sapor. La pièce est disponible à l'achat chez la veuve Pissot, située Quai de Conty.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 176-192
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont donné le 13 de ce mois la dixiéme représentation [...]
Mots clefs :
Cicéron, Sextus, César, Comédiens-Français, Père, Mécène, Yeux, Pompée, Fille, Mourir, Dieux, Octave
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Le texte critique la dixième représentation de la tragédie 'Le Triumvirat, ou la mort de Cicéron' par les Comédiens Français, qui a connu un succès mérité. La pièce, disponible chez Hochereau, raconte l'histoire de Tullie, fille de Cicéron, qui cherche à protéger son père des persécutions du Triumvirat. Tullie exprime son désespoir face aux horreurs de cette période et reproche à César et Pompée leurs actions. Elle révèle également la menace que représente Octave. Sextus, déguisé en Clodomir, propose une retraite à Tullie, mais elle refuse. Lepide suggère à Cicéron de s'exiler, mais Tullie l'encourage à rester et à affronter ses ennemis. Octave, accompagné de Mécène, tente de gagner la faveur de Cicéron en lui offrant de l'adopter et de protéger Tullie, mais ils rejettent ces propositions avec fierté. Sextus, reconnu comme le fils de Pompée, presse Cicéron de fuir. La pièce se poursuit avec des confrontations entre les personnages, chacun défendant ses valeurs et loyautés. Cicéron refuse de quitter Rome et exprime son désir de mourir en héros. Octave, jaloux de Sextus, menace de le punir, mais finit par lui accorder la vie. Philippe, un affranchi, révèle un complot contre Cicéron, et Sextus décide de le protéger. Tullie et Sextus se préparent à trouver Cicéron pour le sauver des dangers qui le menacent. La pièce se poursuit avec une confrontation dramatique entre Octave, Cicéron et d'autres personnages. Octave demande la main de Tullie, mais Cicéron refuse, accusant Octave de motivations politiques. Octave, offensé, rappelle à Cicéron qu'il lui doit la vie. Cicéron, imperturbable, avoue protéger Clodomir et vouloir l'unir à Tullie. Octave, furieux, déclare abandonner Cicéron à son inimitié. Cicéron, inquiet pour ses enfants, apprend qu'il est proscrit mais refuse de partir. Philippe avertit Sextus et Tullie de partir, assurant qu'il veillera sur Cicéron. Cicéron dit adieu à ses enfants et quitte le palais. Octave, apprenant que Sextus est le faux Clodomir, jure de les immoler. Mécène révèle à Octave la mort de Cicéron, tué par Lena sur ordre de Fulvie. Tullie, découvrant la tête de son père, meurt de chagrin. La pièce se conclut par un dénouement tragique, soulignant la terreur et la pitié inspirées par la mort de Cicéron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 9-40
LES CHARMES DU CARACTERE. HISTOIRE VRAISEMBLABLE. SUITE DE LA PROMENADE DE PROVINCE. Par Mademoiselle Plisson, de Chartres.
Début :
Montvilliers (c'est ainsi que s'appelle le Philosophe que voici) est riche [...]
Mots clefs :
Coeur, Homme, Esprit, Père, Ami, Amitié, Philosophe, Sentiment, Larmes, Âme, Tendresse, Amour, Raison, Réflexions, Naissance, Mère, Lettres, Douceur, Peine, Passion, Promenade, Promenade de province
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texteReconnaissance textuelle : LES CHARMES DU CARACTERE. HISTOIRE VRAISEMBLABLE. SUITE DE LA PROMENADE DE PROVINCE. Par Mademoiselle Plisson, de Chartres.
LES CHARMES DU CARACTERE.
HISTOIRE VRAISEMBLABLE.
SUITE DE LA PROMENADE DE PROVINCE.
Par Mademoiselle Pliffon , de Chartres.
M
Ontvilliers ( c'eft ainſi que s'appelle
le Philofophe que voici ) eft un riche
Gentilhomme
du voifinage , le plus heureux
& le plus digne de l'être . Un efprit
juſte , cultivé , folide ; une raiſon fupérieure
, éclairée , un coeur noble , généreux
délicat , fenfible ; une humeur douce , bienfaifante
; un extérieur ouvert , font des
qualités naturelles qui le font adorer de
A v
to MERCURE DE FRANCE.
tous ceux qui le connoiffent. Tranquille
poffeffeur d'un bien confidérable , d'une
époufe digne de lui , d'un ami véritable ,
il fent d'autant mieux les agrémens de fa
fituation qu'elle a été précédée des plus
triftes revers.
La perte de fa mere , qui mourut peu
de tems après fa naiffance , a été la premiere
& la fource de toutes fes infortunes
. Son pere , qui fe nommoit Dorneville
, après avoir donné une année à ſa
douleur , ou plutôt à la bienféance , fe
remaria à la fille d'un de fes amis. Elle
étoit aimable , mais peu avantagée de la
fortune. L'unique fruit de ce mariage fut
un fils . Sa naiffance , qui avoit été longtems
défirée , combla de joie les deux époux.
Montvilliers , qui avoit alors quatre à cinq
ans , devint bientôt
indifférent , & peu
après incommode. Il étoit naturellement
doux & timide . Sa belle- mere qui ne cherchoit
qu'à donner à fon pete de l'éloignement
pour lui , fit pailer fa douceur pour
ftupidité. Elle découvroit dans toutes les
actions le germe d'un caractere bas , &
même dangereux. Tantôt elle avoit remarqué
un trait de méchanceté noire, tantôt un
difcours qui prouvoit un mauvais coeur.Elle
avoit un foin particulier de le renvoyer avec
les domeftiques. Un d'eux à qui il fit pitié
NOVEMBRE. 1755 . 11
lui apprit à lire & à écrire affez paffablement.
Mais le pauvre garçon fut chaffé
pour avoir ofé dire que Montvilliers n'étoit
pas fi ftupide qu'on vouloit le faire
croire , & qu'il apprenoit fort bien tout
ce qu'on vouloit lui montrer.
*
Saraifon qui fe développoit , une noble
fierté que la naiffance inſpire , lui rendirent
bientôt infupportables les mépris
des valets qui vouloient plaire à Madame
Dorneville. La maifon paternelle lui
devint odieufe. Il paffoit les jours entiers
dans les bois , livré à la mélancolie & au
découragement. Accoutumé dès fa plust
tendre jeuneffe à fe regarder comme un
objet à charge , il fe haïffoit prefqu'autant
que le faifoit fa belle-mere. Tous fes fouhaits
ſe bornoient au fimple néceffaire . 11
ne défiroit que les moyens de couler une
vie paifible dans quelque lieu folitaire , &
loin du commerce des hommes dont il fe
croyoit incapable.
Ce fut ainfi que ce malheureux jeune
homme pafla les quinze premieres années
de fa vie , lorfqu'un jour , il fut rencontré
dans le bois où il avoit coutume de fe retirer
, par un militaire refpectable , plein de
candeur , de bon fens , & de probité.
Après avoir fervi honorablement fa parrie
pendant vingt-ans , ce digne guerrier s'é
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
toit retiré dans une de fes terres pour vivre.
avec lui -même , & chercher le bonheur ,
qu'il n'avoit pu trouver dans le tumulte
des armes & des paffions. L'étude de fon
propre coeur , la recherche de la fageffe ,
étoient fes occupations ; la phyfique expérimentale
fes amuſemens ; & le foulagement
des misérables fes plaifirs.
M. de Madinville ( c'eft le nom du militaire
devenu philofophe ) après avoir confidéré
quelque tems Montvilliers qui pleuroit
, s'avança vers lui , & le pria avec
beaucoup de douceur de lui apprendre le
fujet de fon affliction , en l'affurant que
s'il pouvoit le foulager , il le feroit de tout
fon coeur.
Le jeune homme qui croyoit être feul
fut effrayé de voir quelqu'un fi près de lui.
Son premier mouvement fut de fuir. Mais
M. de Madinville le retint & le preffa
encore plus fort de l'inftruire de la caufe
de fes larmes. Mes malheurs font fans remede
, répondit enfin Montvilliers : je
fuis un enfant difgracié de la nature ; elle
m'a refufé ce qu'elle accorde à tous les
autres hommes . Eh ! que vous a - t- elle refufé
, reprit l'officier , d'un air plein de bonté
? loin de vous plaindre d'elle , je ne vois
en vous que des fujets de la louer . Quoi ,
Monfieur , repartit le jeune homme avec
NOVEMBRE . 1755. 13
naïveté , ne voyez - vous pas que je manque
abfolument d'efprit ? mon air ... ma
figure , mes façons ... tout en moi ne vous
l'annonce- t- il pas ? Je vous affure , répondit
le Philofophe , que votre figure n'a rien
que de fort agréable . Mais , mon ami , qui
êtes-vous , & comment avez - vous été élevé
? Montvilliers lui fit le récit que je viens
de vous faire. J'ai entendu parler de vous
& de votre prétendue imbécillité , lui dit
alors le militaire , mais vous avez de l'intelligence
, & vous me paroiffez être d'un
fort bon caractere . Je veux cultiver ces qualités
naturelles , vous confoler , en un mot
vous rendre fervice . Je ne demeure qu'à
une lieue d'ici ; fi vous ne connoiffez pas
Madinville , vous n'aurez qu'à le demander,
tout le monde vous l'enfeignera .
Il faut avoir été auffi abandonné que
l'étoit Montvilliers , pour concevoir tout le
plaifir que lui fit cette rencontre. Il fe leva
le lendemain dès que le jour parut , & ne
pouvant commander à fon impatience , il
vole vers le feul homme qu'il eût jamais
trouvé fenfible à fes maux. Il le trouva occupé
à confidérer les beautés d'un parterre
enrichi de fleurs , dont la variété & le parfum
fatisfaifoient également la vue &
l'odorat. M. de Madinville fut charmé de
l'empreffement de Montvilliers , converfa
14 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup avec lui , fut content de fa pénétration
, & de fa docilité , & lui fit promettre
qu'il viendroit dîner chez lui deux
fois la femaine.
::
Je n'entreprendrai point , continua la
Silphide , de vous répéter tous les fages
difcours que notre philofophe tint à ce
jeune homme il lui fit connoître que
pour être heureux , trois chofes font néceffaires
; régler fon imagination , modérer
fes paffions , & cultiver fes goûts. Que
la paix de l'ame & la liberté d'efprit répandent
un vernis agréable fur tous les objets
qui nous environnent. Que la vertu
favorite du véritable philofophe , eft une
bienveillance univerfelle pour fes femblables
, un fentiment de tendreſſe & de compaffion
, qui parle continuellement en leur
faveur , & qui nous preffe de leur faire du
bien. Que cette aimable vertu eft la fource
des vrais plaifirs. Qu'on trouve en l'exerçant
, cette volupté fpirituelle , dont les
coeurs généreux & fenfibles fçavent feuls
connoître le prix . Montvilliers comprit fort
bien toutes ces vérités. Il fit plus , il les aima.
Son efprit femblable à une fleur que les
froids aquilons ont tenu longtems fermée
& qu'un rayon de foleil fait épanouir , fe
développa. Les fentimens vertueux que la
nature avoit mis dans fon coeur généreux ,
NOVEMBRE. 1755 .
promirent une abondante moiffon .
Le changement qui s'étoit fait en lui ,
vint bientôt aux oreilles de fon pere . Il
voulut en juger par lui - même. Accoutumé
à le craindre , Montvilliers répondit à
fes queſtions d'un air timide & embarraſſé.
Sa belle-mere toujours attentive à le deffervir
, fit paffer fon embarras pour aver
fion & M. Dorneville le crut d'autant plus
facilement , qu'il ne lui avoit pas donné
fujet de l'aimer. Il fe contenta de le traiter
avec un peu plus d'égards , mais fans ces
manieres ouvertes que produifent l'amitié
& la confiance . Sa belle- mere changea auffi
de conduite ; elle le combla de politeffes extérieures
, comme fi elle eût voulu réparer
par ces marques de confidération le mépris
qu'elle avoit fait de lui jufqu'alors. Mais,
au fond elle ne pouvoit penfer fans un extrême
chagrin, qu'étant l'aîné, il devoit hériter
de la plus confidérable partie des biens
de M. Dorneville , tandis que fon cher fils,
l'unique objet de fes complaifances , ne
feroit jamais qu'un gentilhomme malaiſé.
Cinq ou fix ans fe pafferent de cette forte.
Montvilliers qui recevoit tous les jours
de nouvelles preuves de la tendreffe de M.
de Madinville , ne mettoit point de bornes
àfa reconnoillance. Ce fentiment accompa
gné de l'amitié est toujours fuivi du plaifir.
Ce jeune homme n'en trouvoit point de
16 MERCURE DE FRANCE.
de plus grand que de donner des marques
fa fenfibilite à fon bienfaicteur.Tranquille
en apparence , il ne l'étoit cependant pas
dans la réalité. Son coeur , exceffivement
fenfible , ne pouvoit être rempli par l'amitié
, il lui falloit un fentiment d'une autre
efpece. Il fentoit depuis quelque tems en
lui - même un defir preffant , un vif befoin
d'aimer , qui n'eft pas la moins pénible de
toutes les fituations. L'amour lui demandoit
fon hommage
; mais trop éclairé fur
fes véritables intérêts pour fe livrer à ce
petit tyran fans réferve , il vouloit faire
fes conditions . Il comprit que les qualités
du coeur & de l'efprit , le rapport d'humeur
& de façon de penfer , étoient abfolument
néceffaires pour contracter un
attachement férieux & durable . Son imagination
vive travaillant fur cette idée
lui eut bientôt fabriqué une maîtreffe
imaginaire , qu'il chercha vainement à
réaliſer. Il étudia avec foin toutes les jeunes
perfonnes de R.... Cette étude ne fervit
qu'à lui faire connoître l'impoffibilité
de trouver une perfonne fi parfaite. Cependant
, le croiriez-vous ? il s'attacha à
cette chimere même en la reconnoiffant
pour telle : fon plus grand plaifir étoit de
s'en occuper ; il quittoit fouvent la lecture-
& les converfations les plus folides , pour
s'entretenir avec elle..
NOVEMBRE. 1755 17
Quelque confiance qu'il eût en M. de
Madinville , il n'avoit pas ofé lui faire
l'aveu de ces nouvelles difpofitions . Il connoiffoit
fa maladie ; mais en même tems il
la chériffoit , il lui trouvoit mille charmes,
& ç'auroit été le defobliger que d'en entreprendre
la guérifon . C'eft ce que fon ami
n'auroit pas manqué de faire. Un jour qu'il
fe promenoit feul , en faisant ces réflexions,
M. de Madinville vint l'aborder. J'ai fur
vous , mon cher Montvilliers , lui dit- il ,
après avoir parlé quelque tems de chofes
indifférentes, des vues que j'efpere que vous
approuverez. Rien n'eft comparable à l'a
mitié que j'ai pour vous , mais je veux que
des liens plus étroits nous uniffent. Je n'ai
qu'une niece ; j'ofe dire qu'elle eft digne
de vous par la folidité de fon efprit , la fupériorité
de fa raifon , la douceur de fon
caractere , enfin mille qualités eftimables
dont vous êtes en état de fentir tout le
A prix.
Montvilliers , qui n'avoit jamais entendu
parler que fon ami eût une niece , &
qui ne lui croyoit pas même ni de frere ni
de foeur , fut un peu furpris de ce difcours .
Sa réponſe cependant fut courte , polie &
fatisfaifante. Il lui demanda pourquoi il
ne lui avoit jamais parlé d'une perfonne
qui devoit fi fort l'intéreffer , les raifons
18
MERCURE DE
FRANCE.
qui m'en ont empêché , lui répondit fon
ami , m'obligent encore de vous cacher fon
nom & fa demeure. Mais avant que d'en
venir à
l'accompliffement de ce projet ,
ajouta-t- il , mon deffein eft de vous envoyer
paffer quelque tems à Paris. Avec
beaucoup de bon fens & d'efprit , il vous
manque une certaine politeffe de manieres,
une façon de vous préfenter qui prévient
en faveur d'un honnête homme . Parlez - en
à votre pere. Je me charge de faire la dépenfe
néceffaire pour ce voyage.
Enchanté de ce
nouveau
témoignage
d'affection & de générofité ,
Montvilliers
remercia dans les termes les plus vifs fon
bienfaicteur . Il n'étoit
pourtant pas abfolument
fatisfait de la premiere partie de fon
difcours. Ce choix qu'il
paroiffoit lui faire
d'une épouſe fans fon aveu , lui fembla
tyrannique. Il ne put fouffrir de fe voir
privé de la liberté de chercher une perfonne
qui approchât de fon idée. Il imaginoit
dans cette
recherche mille plaifirs dont il
falloit fe détacher. Son coeur
murmura de
cette
contrainte ; elle lui parut infupportable
mais la raifon prenant enfin le deffus
, condamna ces
mouvemens . Elle lui
repréſenta
combien il étoit flatteur & avantageux
pour lui d'entrer dans la famille
d'un homme à qui il devoit tout , & le fit
NOVEMBRE. 1755. 19
convenir qu'en jugeant de l'avenir par le
paffé , fon bonheur dépendoit de fa docilité
pour les confeils de fon ami.
Ces réflexions le calmerent. Il ne fongea
plus qu'à s'occuper des préparatifs de
fon voyage ; ils ne furent pas longs . Les
quinze premiers jours de fon arrivée dans
la capitale furent employés à vifiter les édifices
publics , & à voir les perfonnes à qui
il étoit recommandé . Il fut à l'Académie
pour apprendre à monter à cheval & à
faire des armes ; il fe }; fit des connoiffances
de plufieurs jeunes gens de confidération ,
qui étoient fes compagnons d'exercices ,
& s'introduifit par leur moyen dans des
cercles diftingués . Avide de tout connoî
tre , de tout voir , il eut bientôt tout épui
fé. Son efprit folide ne s'accommoda pas
de la frivolité qui regne dans ce qu'on
appelle bonne compagnie, 11 fe contenta
dans fes momens de loifir , de fréquenter
les fpectacles , les promenades , & de cultiver
la connoiffance de quelques gens de
lettres que M. de Madinville lui avoit
procurée.
La diverfité & la nouveauté de tous ces
objets n'avoient pu guérir fon coeur. Il
avoir toujours le même goût pour fa maîtreffe
imaginaire , & les promenades folitaires
étoient fon amuſement favori. Un
20 MERCURE DE FRANCE.
jour qu'il fe promenoit dans les Tuilleries
, fa rêverie ne l'empêcha pas de remar .
quer une jeune demoifelle , dont la phifionomie
étoit un agréable mêlange de
douceur , de franchife , de modeftie , &
de raifon. Quel attrait pour Montvilliers !
il ne pouvoit fe laffer de la confidérer. Sa
préfence faifoit paffer jufqu'au fond de
fon coeur une douceur fecrette & inconnue.
Elle fortit de la promenade , il la
fuivit , & la vit monter dans un carroffe
bourgeois avec toute fa compagnie. Alors
fongeant qu'elle alloit lui échapper , il eut
recours à un de ces officieux meffagers dont
le Pont- neuf fourmille : il lui donna ordre
de fuivre ce carroffe , & de venir lui redire
en quel endroit il fe feroit arrêté. Environ
une demi - heure après , le courrier revint
hors d'haleine , & lui apprit que toute cette
compagnie étoit defcendue à une maiſon
de campagne fituée à B.....
. Montvilliers , qui connoiffoit une perfonne
dans ce lieu , fe promit d'y aller dès
le lendemain , efpérant revoir cette demoifelle
, peut-être venir à bout de lui parler ,
ou du moins apprendre qui elle étoit .
Rempli de ce projet , il alloit l'exécuter ,
quand un jeune homme de fes amis entra
dans fa chambre , & lui propofa de l'accompagner
, pour aller voir une de fes paNOVEMBRE.
1755 .
rentes , chez laquelle il y avoit bonne compagnie.
Il chercha d'abord quelque prétexte
pour le défendre , mais quand il eut
appris que cette parente demeuroit à B....
il ne fit plus difficulté de fuivre fon ami.
Il ne s'en repentit pas ; car la premiere perfonne
qu'il apperçut en entrant dans une
fort beile falle , fut cette jeune demoiſelle
qu'il avoit vu la veille aux Tuilleries.
Cette rencontre qui lui parut être d'un
favorable augure , le mit dans une fitua
tion d'efprit délicieufe. On fervit le dîner,
& Montvilliers fit fi bien qu'il fe trouva
placé auprès de celle qui poffédoit déja
toutes les affections. Il n'épargna ni galanteries
, ni politeffes , ni prévenances pour
lui faire connoître la fatisfaction qu'il en
reffentoit ; & il ne tint qu'à elle de reconnoître
dans fes manieres une vivacité qui
ne va point fans paffion. Auffi ne fut- elle
pas la derniere à s'en appercevoir : elle
avoit remarqué fon attention de la veille ,
& fa figure dès ce moment ne lui avoit
déplu . Elle lui apprit qu'elle étoit alors
chez une dame de fes amies , qu'elle devoit
y refter encore quinze jours , qu'elle demeuroit
ordinairement à Paris avec fon
pas
pere & fa mere , qu'elle aimoit beaucoup
la campagne , & qu'elle étoit charmée de
ce que fon pere venoit d'acquérir une terre
22 MERCURE DE FRANCE.
affez confidérable , proche de R.... où ils
comptoient aller bientôt demeurer . Quoi ,
Mademoiſelle , lui dit- il , feroit- il bien poffible
que nous devinffions voifins ? Comment
vous êtes de R ... lui demanda - t- elle à
fon tour ? Je n'en fuis pas directement
répondit- il , mais la demeure de mon pere,
qui s'appelle Dorneville , n'en eft éloignée
que d'une lieue. Eh bien , reprit- elle ,
notre terre eft entre Dorneville & Madinville
; connoiffez - vous le Seigneur de cette
derniere paroiffe ? Grand Dieu ! Si je le
connois , répondit-il avec vivacité , c'eſt
l'homme du monde à qui j'ai le plus d'obligation.
Mademoiſelle d'Arvieux , c'eft ainfi
que s'appelloit cette jeune perfonne , contente
de cette déclaration , ne s'ouvrit
davantage . Cependant le foleil prêt à ſe
coucher , obligea les deux amis de reprendre
la route de Paris . Montvilliers n'avoit
jamais vu de journée paffer avec tant de
rapidité avant que de partir , il demanda
la permiffion de revenir , qu'on lui accorda
fort poliment.
pas
Il ne fut pas plutôt forti d'auprès de
Mlle d'Arvieux , que rentrant en lui - même
, & faiſant réflexion fur tous fes mouvemens
, il fentit qu'il aimoit. Le fouvenir
de ce qu'il avoit promis à fon bienfaicteur
, vint auffi-tôt le troubler . Il fe fit
NOVEMBRE . 1755. 23
des reproches de fon peu de courage ; mais
peut- être je m'allarme mal- à- propos , continua-
t- il en lui -même ; c'eft un caprice ,
un goût paffager que Mlle d'Arvieux m'aidera
elle - même à détruire. Si je pouvois
connoître le fond de fon coeur , fa façon
de penfer , fans doute je cefferois de l'aimer.
Il s'en feroit peut-être dit davantage,
fi fon ami n'avoit interrompu fa revêrie ,
en la lui reprochant. " Tu es furement
» amoureux , lui dit -il d'un ton badin. Je
» t'ai vu un air bien animé auprès de Mlle
» d'Arvieux ; conviens- en de bonne foi.
Il n'eft pas bien difficile d'arracher un fecret
de cette nature. Montvilliers qui connoiffoit
la difcrétion de fon ami , lui
avoua fans beaucoup de peine un fentiment
dont il étoit trop rempli , pour n'avoir
pas befoin d'un confident : mais en
convenant que les charmes de cette Demoifelle
l'avoient touché , il ajouta que
comme il craignoit que le caractere ne répondît
pas aux graces extérieures , il fongeoit
aux moyens de connoître le fond de
fon coeur. Si ce n'eft que cela qui te fait
rêver , lui dit fon ami , il eft aifé de te
fatisfaire . Je connois une perfonne qui eſt
amie particuliere de Mlle d'Arvieux ; je
fçais qu'elles s'écrivent quand elles ne
peuvent le voir , & tu n'ignores pas qu'on
24 MERCURE DE FRANCE.
•
fe peint dans fes lettres fans même le vouloir
& fans croire le faire ; il ne s'agit que
d'avoir celles de Mlle d'Arvieux , & je les
poffede ; c'eſt un larcin que j'ai fait à cette
amie , qui eft auffi la mienne. Les voici ,
je te les confie .
Montvilliers , après avoir remercié fon
ami que fes affaires appelloient ailleurs ,
fe rendit chez lui chargé de ces importan
tes pieces. Il lut plufieurs de ces lettres qui
étoient autant de preuves de la délicateffe
& de la jufteffe d'efprit de Mlle d'Arvieux.
C'étoit un agréable variété de raiſon &
de badinage . Le ftyle en étoit pur , aiſé ,
naturel , fimple , élégant , & toujours convenable
au fujet mais quel plaifir pour
Montvilliers de voir le fentiment regner
dans toutes ces lettres , & de lire dans une
d'elles , qu'un amant pour lui plaire devoit
bien moins chercher à acquerir des
graces que des vertus ; qu'elle lui deman--
doit un fond de droiture inaltérable , un
amour de l'ordre & de l'humanité , une
délicateffe de probité , une folidité du jugement
, une bonté de coeur naturelle , une
élévation de fentimens , un amour éclairé
pour la religion , un humeur douce , indulgente
, bienfaifante.
De pareilles découvertes ne fervirent
point à guérir Montvilliers de fa paflion ..
Toutes
NOVEMBRE . 1755. 23
Toutes les vertus & les qualités que Mlle
d'Arvieux exigeoit d'un amant , étoient directement
les traits qui caracterifoient fa
maîtreffe idéale . Cette conformité d'idée.
l'enchanta. Voilà donc , dit- il avec tranf
port , ce tréfor précieux que je cherchois
fans efpérance de le trouver ; cette perfonne
fi parfaite que je regardois comme une
belle chimere , ouvrage de mon imagination
. Que ne puis - je voler dès ce moment à
Les pieds , lui découvrir mes fentimens , ma
façon de penfer, lui jurer que l'ayant aimée
fans la connoître, je continuerai de l'adorer
toute ma vie avec la plus exacte fidélité .
Huit jours fe pafferent fans que Montvilliers
qui voyoit fouvent fa maîtreffe ,
pût trouver le moyen de l'entretenir en
particulier , quelque défir qu'il en eût :
mais le neuvieme lui fut plus favorable.
Difpenfe - moi , je vous prie , continua la
Silphide , de vous redire les difcours que
ces deux amans fe tinrent ; il vous fuffira
de fçavoir qu'ils furent très - contens l'un
de l'autre , & que cet entretien redoubla
une paffion qui n'étoit déja que trop vive
pour leur repos.
Un jour que Montvilliers conduit par
le plaifir & le fentiment , étoit allé voir .
Mlle d'Arvieux , il fut furpris de trouver
auprès d'elle un homme âgé qu'il ne con- :
B
62: MERCURE DE FRANCE.
noifloit point. Il comprit bientôt aux
difcours qu'on tenoit , que ce vieillard
étoit le pere de fa maîtreffe , & qu'il venoit
dans le deffein de la remmener avec
lui. Ils fe leverent un inftant après pour.
fortir , & notre amant refté feul avec la
maîtreffe du logis , apprit d'elle que M.
d'Arvieux venoit annoncer à fa fille qu'un
jeune homme fort riche , nommé Frien-.
val , l'avoit demandée en mariage ; que ce
parti paroiffoit être du goût du pere.
Montvilliers interdit à cette nouvelle , pria
celle qui la lui apprenoit , de vouloir bien
l'aider de fes confeils. Il faut vous propofer
, lui dit-elle , vous faire connoître.
Hé ! Madame , voudra - t - on m'écouter ,
répondit il? M. d'Arvieux ne m'a jamais
vu ; vous êtes amie de fa femme , rendez-
moi ce fervice . Elle y confentit , &.
lui promit que dès le lendemain elle iroit
demander à dejeûner à Mme d'Arvieux :
Au reste , ajouta- t- elle , vous pouvez être
tranquille du côté de vôtre maîtreffe ;
quand elle feroit capable de vous faire.
une infidélité , ce ne feroit point en faveur
de ce rival , elle le connoît trop bien ;
& pour vous raffurer davantage , je vais
vous rendre fon portrait tel qu'elle me le
faifoit encore hier en nous promenant.
Frienval , continua cette Dame , eft un de
NOVEMBRE 1755. 27
•
ces hommes frivoles dont Paris eft inordé.
Amateur des plaifirs , fans être voluptueux
, efclave de la mode en raillant
ceux qui la fuivent avec trop de régulari
té , il agit au hazard . Ses principes varient
fuivant les occafions , ou plutôt il
n'en a aucun. Auffi fes démarches fontelles
toujours inconféquentes. S'il eft
exempt de vices effentiels , il le doit à fon
tempérament. Futile dans fes goûts , dans
fes recherches , dans fes travaux , fon occupation
journaliere eft de courir les fpectacles
, les caffés , les promenades , & de
fe mêler quelquefois parmi des gens qui
pour mieux trouver le bon ton , ont banni
le bon fens de leurs fociétés . Ses plus
férieufes démarches n'ont d'autre but
qu'un amufement paffager , & fon état
peut s'appeller une enfance continuée . Il
y a fort long- tems qu'il connoît Mlle d'Arvieux
, & qu'il en eft amoureux , comme
tous les gens de fon efpece , c'eft-à- dire
fans fe gêner. Mais loin de le payer d'aucun
retour elle n'a pas daigné faire la
moindre attention à fes galanteries. Trop
occupé pour réfléchir , fa légereté lui a
fauvé mille conféquences peu flateufes ,
qu'il devoit naturellement tirer. Il fe croit
aimé avec la même bonne foi qu'il fe
croit aimable ; fon mérite lui femble une
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
chofe , démontrée , & qu'on ne peut lut
difputer raisonnablement.
Le lendemain fut un jour heureux pour
Montvilliers. Son Ambaffadrice lui rapporta
qu'on vouloit bien fufpendre la conclufion
du mariage propofé , afin de le
connoître , & qu'on lui permettoit de fe
préfenter. Il ne fe le fit pas dire deux fois:
il courut chez M. d'Arvieux qui le reçut
affez bien pour lui faire efperer de l'être
encore mieux dans la fuite. Sa maîtreffe
lui apprit qu'ils partoient dès le lendemain
pour cette terre dont elle lui avoit
parlé ; il promit qu'il les fuivroit de près :
en effet il prit la route de fa patrie deux
jours après leur départ.
Depuis trois semaines que fa paffion
avoit commencé , il en avoit été fi occupé
qu'il avoit oublié d'écrite à M. de Madinville
. Il étoit déja à moitié chemin qu'il
fe demanda comment il alloit excufer auprès
de lui ce retour précipité. Il comprit
alors qu'il lui avoit manqué effentiellement
de plufieurs façons , & que fa conduite
lui méritoit l'odieux titre d'ingrat.
Mais fi ces réflexions lui firent craindre
le moment d'aborder fon bienfaicteur , des
mouvemens de tendreffe & de reconnoiffance
rien ne pouvoit altérer , lui fique
Fr.rent défirer de l'embraffer. Ces différens
1-
NOVEMBRE. 1755. 29
fentimens lui donnerent un air confus ,
embarraffé , mêlé d'attendriffement.
M. de Madinville qui avoit pour lui
l'affection la plus fincere , n'avoit point
fupporté fon abfence fans beaucoup de
peine & d'ennui . Charmé de fon retour
dont il fut inftruit par une autre voie , s'il
avoit fuivi les mouvemens de fon coeur ,
mille careffes auroient été la punition de
la faute que Montvilliers commettoit en
revenant fans lui demander fon agrément;
mais il voulut éprouver fi l'abfence ne
l'avoit point changé, & fi comblé des bienfaits
de l'amour , il feroit fenfible aux pertes
de l'amitié : il fe propofa donc de le
recevoir avec un air férieux & mécontent.
Montvilliers arrive , defcend de cheval ,
vole à la chambre de fon ami , qui en le
voyant joua fort bien la furpriſe . Quoi !
c'est vous , Montvilliers , lui dit - il , en
reculant quelques pas : oferois je vous demander
la caufe de ce prompt retour , &
pourquoi vous ne m'en avez point averti ?
J'efperois cependant que vous me feriez
cette grace.Montvilliers déconcerté par cet- "
te réception ne put répondre une feule
parole. Mais fes yeux interpretes de fon
ame , exprimoient affez fon trouble. M. de
Madinville fans faire femblant de s'en appercevoir
, ajouta : Au refte , je ne fuis
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
pas fâché de vous revoir ; vous avez pré
venu mon deffein ; j'allois vous écrire pour
vous engager à revenir , l'affaire dont je
vous ai parlé avant votre départ eft fort
avancée , il ne manque pour la conclure
que votre confentement. Ma niece fur le
bon témoignage que je lui ai rendu de
votre caractere , vous aime autant & plus
que moi - même. Mais je ne penfe pas ,
continua- t- il , que vous avez beſoin de
repos & de rafraîchiffement ; allez - en
prendre , nous nous expliquerons après.
Pénétré de l'air, froid & fec dont M.
de Madinville l'avoit reçu , qui lui avoit
ôté la liberté de lui témoigner la joie qu'il
avoit de le revoir , Montvilliers avoit befoin
de folitude pour mettre quelque
ordre à fes idées . Il fortit fans trop fçavoir
où il alloit , & s'arrêtant dans ce
bois où il avoit vu fon ami pour la premiere
fois , il fe repréſenta plus vivement
que jamais les obligations qu'il lui avoit.
Son ame , fon coeur , fon efprit , fes qualités
extérieures étoient le fruit de fes
foins ; fon amitié avoit toujours fait les
charmes de fa vie , il falloit y renoncer ,
ou fe réfoudre à ne jamais pofféder Mlle
d'Arvieux quelle cruelle alternative ! Il
falloit pourtant fe décider. Un fort honnête
homme de R .... qu'il avoit vu ſous
NOVEMBRE 1755 . 31
:
vent chez M. de Madinville , interrompit
ces réflexions accablantes . Après les premiers
complimens , il lui demanda ce qui
pouvoit caufer l'agitation où il le voyoit.
Montvilliers ne fit point de difficulté de
lui confier fon embarras . Il lui raconta le
projet de fon ami qu'il lui avoit communiqué
avant fon voyage , la naiffance &
la violence d'une paffion qu'il n'avoit pas
été le maître de ne point prendre , l'impoffibilité
où il fe trouvoit de la vaincre
la crainte exceffive de perdre un ami dont
il connoiffoit tout le prix , & fans lequel
il ne pouvoit efperer d'être heureux .
Ce récit que Montvilliers ne put faire
fans répandre des larmes , attendrit celui
qui l'écoutoit . Votre fituation eft très- embarraffante
; lui dit- il. Pour moi , je nè
vois pas d'autre parti que de déclarer naïvement
à M. de Madinville ce que vous
fouffrez. Il est généreux , il vous aime , &
ne voudra point vous défefperer . Ah !
fongez- vous , répondit- il , que cette déclaration
détruit un projet qui eft devenu
l'objet de fa complaifance ? Faites - vous.
attention qu'il a parlé de moi à fa niece ,
qu'il a fait naître dans fon ame une paffion
innocente ? Non , je n'aurai jamais la
hardieffe de la lui faire moi-même. Hé
bien voulez-vous que je lui en parle ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
demanda fon confident ? Je vais paffer
l'après-midi avec lui ; nous ferons feuls ,
je tâcherai de démêler ce qu'il penſe à votre
fujet .
Montvilliers ayant fait connoître qu'il
lui rendroit un grand fervice , le quitta ,
& prit le chemin qui conduifoit à Dorneville.
Il trouva fon pere en deuil de fa
belle mere ; il le reçut affez bien , & l'engagea
à fouper avec lui , & à occuper fon
ancien appartement.
Son Ambaffadeur eut fa vifite le lendemain
de fort bon matin. Il lui dit qu'il
n'avoit pas tiré de fa commiffion tout le
fruit qu'il en efperoit : que M. de Madinville
lui avoit dit qu'il n'avoit jamais prétendu
contraindre les inclinations de perfonne
au refte , ajouta- t-il , allez- le voir ,
expliquez- vous enfemble.
Montvilliers qui vouloit s'éclaircir à
quelque prix que ce fût , partit auffi -tôt ;
mais plus il approchoit de Madinville &
plus fon courage diminuoit. Il entre cependant
; on lui dit que fon ami étoit à fe
promener. Il va pour le joindre , il l'apperçoit
au bout d'une allée , le falue profondément
, cherche dans fes yeux ce qu'il
doit craindre ou efperer ; mais M. de
Madinville qui le vit , loin de continuer
affecta de , paffer d'un autre côté
NOVEMBRE. 1755. 33
i
pour éviter de le rencontrer.
Ce mouvement étoit plus expreffif
que tous les difcours du monde . Montvilliers
qui comprit ce qu'il vouloit dire ,
fur pénétré de l'affliction la plus vive . Il
fe jetta dans un bofquet voifin où il fe mit
à verfer des larmes ameres. Alors confidérant
ce qu'il avoit perdu , il prit la réfolution
de faire tout fon poffible pour le
recouvrer . M. de Madinville qui fe douta
de l'effet que fon dedain affecté auroit
produit , & qui ne vouloit pas abandonner
long - tems Montvilliers à fon défefpoir ,
vint comme par hafard dans l'endroit où
il étoit pour lui donner occafion de s'expliquer
, & feignit encore de vouloir fe
retirer. Cette nouvelle marque d'indifférence
outrageant la tendreffe de Montvilliers
, il fe leva avec un emportement de
douleur ; arrêtez , Monfieur , lui dit - il
d'une voix altérée : il eft cruel dans l'état
où vous me voyez , de m'accabler par de
nouveaux mépris . Ma préfence vous eft
odieufe ; vous me fuyez avec foin , tandis
que préfé par le fentiment , je vous cherche
pour vous dire que je fuis prêt de tout
facrifier à l'amitié . Oui , ajouta - t- il en
rédoublant fes larmes , difpofez de ma
main , de mes fentimens , de mon coeur ,
& rendez -moi la place que j'occupois dans
le vôtre. By
34 MERCURE DE FRANCE.
M. de Madinville charmé , ceffa de fe
contraindre , & ne craignit plus de laiſſer
voir fa joie & fon attendriffement . Il embraffe
Montvilliers , l'affure qu'il n'a pas
ceffé un inftant de l'aimer ; qu'il étoit
vrai que l'indifférence qu'il fembloit avoir
pour fon alliance , lui avoit fait beaucoup
de peine , parce qu'il la regardoit comme
une marque de la diminution de fon amitié
; que la fienne n'étant point bornée
il vouloit aufli être aimé fans réferve ;
qu'au refte il n'abuferoit point du pouvoir
abfolu qu'il venoit de lui donner fur
fa perfonne ; que la feule chofe qu'il exigeoit
de fa complaifance , étoit de voir
fa niece ; que fi après cette entrevue il
continuoit à penfer de la même façon ,
il pourroit le dire avec franchife , & fuivre
fon penchant.
Il finiffoit à peine de parler , qu'on vint
lui annoncer la vifite de fa niece . Repréfentez
- vous quel fut l'étonnement & la
joie de Montvilliers , lorfqu'entrant dans
une fale où l'on avoit coutume de recevoir
la compagnie , il apperçut Mlle d'Arvieux
qui étoit elle-même la niece de M.
de Madinville.
M. d'Arvieux , frere aîné de cet aimable
Philofophe , étoit un homme haut ,
emporté , violent ; ils avoient eu quelques
NOVEMBRE. 1755 . 35
différends enfemble , & M. de Madinville
fans conferver aucun reffentiment de fes
mauvais procédés , avoit jugé qu'il étoit de
fa prudence d'éviter tout commerce avec
un homme fi peu raifonnable. Comme M.
d'Arvieux étoit forti fort jeune de la province
fans y être revenu depuis , à peine
y connoiffoit - on fon nom ; Montvilliers
n'en avoit jamais entendu parler . Mlle
d'Arvieux avoit eu occafion de voir fon
oncle dans un voyage qu'il avoit fait à Paris
, & depuis ce tems elle entretenoit
avec lui un commerce de lettres à l'infçu
de fon pere. Comme elle fe fentoit du
penchant à aimer Montvilliers , elle fut
bien-aife avant que de s'engager plus avant ,
de demander l'avis de fon oncle , & ce
qu'elle devoit penfer de fon caractere .
L'étude des hommes lui avoit appris combien
il eft difficile de les connoître , & l'étude
d'elle-même combien on doit fe défier
de fes propres lumieres . Elle écrivit
donc dès le même jour , & reçut trois
jours après une réponse qui paffoit fes
efpérances , quoiqu'elles fuffent des plus
Alatteufes. Après lui avoir peint le coeur &
l'efprit de Montvilliers des plus belles couleurs
, M. de Madinville recommanda à
fa niece de continuer à lui faire un myftere
de leur parenté & de leur liaifon , afin
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
de voir comment il fe comporteroit dans
une conjoncture fi délicate .
pe-
Tout le monde fut bientôt d'accord.
On badina fur la fingularité de cette aventure
, & l'on finit par conclure que Montvilliers
demanderoit l'agrément de fon
re. Il y courut auffi- tôt , & l'ayant trouvé
feul dans fon cabinet , il alloit lui déclarer
le fujet de fa vifite : mais M. Dorneville
ne lui en laiſſa pas le loifir. J'ai jugé , lui
dit-il , qu'il étoit tems de vous établir , &
j'ai pour cela jetté les yeux fur Mlle de
F... Vous allez peut- être m'alléguer pour
vous en défendre , ajouta-t - il , je ne ſçais
quelle paffion romanefque que vous avez
prife à Paris pour une certaine perfonne
que je ne connois point . Mais fi vous voulez
que nous vivions bien enſemble , ne
m'en parlez jamais. Ne pourrai -je point ,
Monfieur , dit Montvilliers , fçavoir la
raifon ? .... Je n'ai de compte à rendre
à qui que ce foit , reprit le pere avec emportement
; en un mot , je fçais ce qu'il
vous faut. Mlle d'Arvieux n'eft point votre
fait , & je ne confentirai jamais à cette alliance
faites votre plan là- deffus . Il fortit
en difant ces mots. Montvilliers confterné
refta immobile : il ne pouvoit s'imaginer
pourquoi il paroiffoit avoir tant d'éloignement
pour un mariage convenable , & mêNOVEMBRE.
1755. 37
me avantageux . Sa maîtreffe étoit fille
unique , & M. d'Arvieux du côté de la
fortune & de la nobleffe ne le cédoit point
à M. Dorneville.
Driancourt , frere de Montvilliers , dont
j'ai rapporté la naiffance au commencement
de cette hiftoire , avoit pour lors
dix-huit àdix- neuf ans. Double, artificieux ,
adroit , flateur, il penfoit que le grand art
de vivre dans le monde étoit de faire des
dupes fans jamais le devenir , & de tout
facrifier à fon utilité . Son efprit élevé audeffus
des préjugés vulgaires ne reconnoiffoit
aucunes vertus , & tout ce que les
hommes appellent ainfi n'étoit , felon
lui , que des modifications de l'amourpropre
, qui eft dans le monde moral , ce
qu'eft l'attraction dans le monde phyfique ,
c'eft-à- dire la caufe de tout. Toutes les
actions , difoit - il , font indifférentes ,
puifqu'elles partent du même principe.
Il n'y a pas plus de mal à tromper fon
ami , à nier un dépôt , à inventer une calomnie
, qu'à rendre ſervice à fon voiſin ,
à combattre pour la défenfe de fa patrie ,
à foulager un homme dans fa mifere , ou
à faire toute autre action .
Driancourt avec ce joli fyftême , ne perdoit
point de vue le projet de fe délivrer
de fon frere , dont fa mere lui avoit fait
38 MERCURE DE FRANCE.
le
fentir mille fois la néceffité. Il crut que
moment de l'exécuter étoit arrivé. C'étoit
lui qui avoit inftruit M. Dorneville de la
paffion de Montvilliers pour Mlle d'Arvieux
, & qui en même tems avoit peint
cette Demoiſelle de couleurs peu avantageufes.
Depuis ce moment il ne ceffa de
rapporter à fon pere , dont il avoit toute la
confiance & la tendreffe , mille difcours
peu refpectueux , accompagnés de menaces
qu'il faifoit tenir à Montvilliers : enfin
il tourna fi bien l'efprit de ce vieillard foi
ble & crédule , qu'il le fit déterminer au
plus étrange parti.
L'on parloit beaucoup dans ce tems là
de ces colonies que l'on envoie en Amérique
, & qui fervent à purger l'Etat . Driancourt
ayant obtenu , non pourtant fans
quelque peine , le confentement de fon
pere , part pour D ..... trouve un vaiffeau
prêt à mettre à la voile chargé de plufieurs
miférables qui , fans être affez coupables
pour mériter la mort l'étoient cependant
affez pour faire fouhaiter à la fofociété
d'en être délivrée . Il parle au Capitaine
qui lui promit de le défaire de fon
frere , pourvu qu'il pût le lui livrer dans
deux jours. Il revint en diligence , & dès
la nuit fuivante , quatre hommes entrent
dans la chambre de Montvilliers, qui avoit
NOVEMBRE. 1755 . 39
continué de coucher chez fon pere depuis
fon retour de Paris , fe faififfent de lui ,
le contraignent de fe lever , le conduifent
à une chaiſe de pofte , l'obligent d'y monter
, d'où ils ne le firent defcendre que
pour le faire entrer dans le vaiffeau qui
partit peu de tems après .
Montvilliers qui avoit pris tout ce qui
venoit de lui arriver pour un rêve , ne
douta plus alors de la vérité . Enchaîné
deavec
plufieurs autres miférables , que
vint-il quand il fe repréfenta l'indignité
& la cruauté de fon pere , ce qu'il perdoit ,
ce qu'il alloit devenir ? Ces idées agirent
avec tant de violence fur fon efprit, qu'el
les y mirent un défordre inconcevable. Il
jugea qu'il n'avoit point d'autre reffource
dans cette extrêmité que la mort , & réfo
lut de fe laiffer mourir de faim. Il avoit
déja paffé deux jours fans prendre aucune
nourriture , mais le jeune Anglois que
voici , qui étoit pour lors compagnon de
fon infortune , comprit à fon extrême abattement
qu'il étoit plus malheureux que
coupable. Il entreprit de le confoler , il
lui préfenta quelque rafraîchiffemens qui
furent d'abord refufés ; il le preffa , il le
pria. Je ne doute pas , lui dit- il , que vous
ne foyez exceffivement à plaindre ; je veux
même croire que vous l'êtes autant que
40 MERCURE DE FRANCE
moi cependant il eft des maux encore
plus rédoutables que tous ceux que nous
éprouvons dans cette vie , & dont on fe
rend digne en entreprenant d'en borner
foi-même le cours . Peut - être le ciel qui ne
veut que vous éprouver pendant que vous
vous révoltez contre fes décrets , vous
prépare des fecours qui vous font inconnus.
Acceptez , je vous en conjure , ces
alimens que vous préfente un homme qui
s'intéreffe à votre vie.
Montvilliers qui n'avoit fait aucune
attention à tout ce qui l'environnoit , examina
celui qui lui parloit ainfi , remarqua
dans fon air quelque chofe de diftingué
& de prévenant ; il trouva quelque
douceur à l'entretenir. Il fe laiffa perfuader
, il lui raconta fon hiftoire ; & quand
il cut fini fon récit , il le preffa d'imiter
fa franchiſe , ce que le jeune Anglois fic
en ces termes :
Lafuite au prochain Mercure.
HISTOIRE VRAISEMBLABLE.
SUITE DE LA PROMENADE DE PROVINCE.
Par Mademoiselle Pliffon , de Chartres.
M
Ontvilliers ( c'eft ainſi que s'appelle
le Philofophe que voici ) eft un riche
Gentilhomme
du voifinage , le plus heureux
& le plus digne de l'être . Un efprit
juſte , cultivé , folide ; une raiſon fupérieure
, éclairée , un coeur noble , généreux
délicat , fenfible ; une humeur douce , bienfaifante
; un extérieur ouvert , font des
qualités naturelles qui le font adorer de
A v
to MERCURE DE FRANCE.
tous ceux qui le connoiffent. Tranquille
poffeffeur d'un bien confidérable , d'une
époufe digne de lui , d'un ami véritable ,
il fent d'autant mieux les agrémens de fa
fituation qu'elle a été précédée des plus
triftes revers.
La perte de fa mere , qui mourut peu
de tems après fa naiffance , a été la premiere
& la fource de toutes fes infortunes
. Son pere , qui fe nommoit Dorneville
, après avoir donné une année à ſa
douleur , ou plutôt à la bienféance , fe
remaria à la fille d'un de fes amis. Elle
étoit aimable , mais peu avantagée de la
fortune. L'unique fruit de ce mariage fut
un fils . Sa naiffance , qui avoit été longtems
défirée , combla de joie les deux époux.
Montvilliers , qui avoit alors quatre à cinq
ans , devint bientôt
indifférent , & peu
après incommode. Il étoit naturellement
doux & timide . Sa belle- mere qui ne cherchoit
qu'à donner à fon pete de l'éloignement
pour lui , fit pailer fa douceur pour
ftupidité. Elle découvroit dans toutes les
actions le germe d'un caractere bas , &
même dangereux. Tantôt elle avoit remarqué
un trait de méchanceté noire, tantôt un
difcours qui prouvoit un mauvais coeur.Elle
avoit un foin particulier de le renvoyer avec
les domeftiques. Un d'eux à qui il fit pitié
NOVEMBRE. 1755 . 11
lui apprit à lire & à écrire affez paffablement.
Mais le pauvre garçon fut chaffé
pour avoir ofé dire que Montvilliers n'étoit
pas fi ftupide qu'on vouloit le faire
croire , & qu'il apprenoit fort bien tout
ce qu'on vouloit lui montrer.
*
Saraifon qui fe développoit , une noble
fierté que la naiffance inſpire , lui rendirent
bientôt infupportables les mépris
des valets qui vouloient plaire à Madame
Dorneville. La maifon paternelle lui
devint odieufe. Il paffoit les jours entiers
dans les bois , livré à la mélancolie & au
découragement. Accoutumé dès fa plust
tendre jeuneffe à fe regarder comme un
objet à charge , il fe haïffoit prefqu'autant
que le faifoit fa belle-mere. Tous fes fouhaits
ſe bornoient au fimple néceffaire . 11
ne défiroit que les moyens de couler une
vie paifible dans quelque lieu folitaire , &
loin du commerce des hommes dont il fe
croyoit incapable.
Ce fut ainfi que ce malheureux jeune
homme pafla les quinze premieres années
de fa vie , lorfqu'un jour , il fut rencontré
dans le bois où il avoit coutume de fe retirer
, par un militaire refpectable , plein de
candeur , de bon fens , & de probité.
Après avoir fervi honorablement fa parrie
pendant vingt-ans , ce digne guerrier s'é
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
toit retiré dans une de fes terres pour vivre.
avec lui -même , & chercher le bonheur ,
qu'il n'avoit pu trouver dans le tumulte
des armes & des paffions. L'étude de fon
propre coeur , la recherche de la fageffe ,
étoient fes occupations ; la phyfique expérimentale
fes amuſemens ; & le foulagement
des misérables fes plaifirs.
M. de Madinville ( c'eft le nom du militaire
devenu philofophe ) après avoir confidéré
quelque tems Montvilliers qui pleuroit
, s'avança vers lui , & le pria avec
beaucoup de douceur de lui apprendre le
fujet de fon affliction , en l'affurant que
s'il pouvoit le foulager , il le feroit de tout
fon coeur.
Le jeune homme qui croyoit être feul
fut effrayé de voir quelqu'un fi près de lui.
Son premier mouvement fut de fuir. Mais
M. de Madinville le retint & le preffa
encore plus fort de l'inftruire de la caufe
de fes larmes. Mes malheurs font fans remede
, répondit enfin Montvilliers : je
fuis un enfant difgracié de la nature ; elle
m'a refufé ce qu'elle accorde à tous les
autres hommes . Eh ! que vous a - t- elle refufé
, reprit l'officier , d'un air plein de bonté
? loin de vous plaindre d'elle , je ne vois
en vous que des fujets de la louer . Quoi ,
Monfieur , repartit le jeune homme avec
NOVEMBRE . 1755. 13
naïveté , ne voyez - vous pas que je manque
abfolument d'efprit ? mon air ... ma
figure , mes façons ... tout en moi ne vous
l'annonce- t- il pas ? Je vous affure , répondit
le Philofophe , que votre figure n'a rien
que de fort agréable . Mais , mon ami , qui
êtes-vous , & comment avez - vous été élevé
? Montvilliers lui fit le récit que je viens
de vous faire. J'ai entendu parler de vous
& de votre prétendue imbécillité , lui dit
alors le militaire , mais vous avez de l'intelligence
, & vous me paroiffez être d'un
fort bon caractere . Je veux cultiver ces qualités
naturelles , vous confoler , en un mot
vous rendre fervice . Je ne demeure qu'à
une lieue d'ici ; fi vous ne connoiffez pas
Madinville , vous n'aurez qu'à le demander,
tout le monde vous l'enfeignera .
Il faut avoir été auffi abandonné que
l'étoit Montvilliers , pour concevoir tout le
plaifir que lui fit cette rencontre. Il fe leva
le lendemain dès que le jour parut , & ne
pouvant commander à fon impatience , il
vole vers le feul homme qu'il eût jamais
trouvé fenfible à fes maux. Il le trouva occupé
à confidérer les beautés d'un parterre
enrichi de fleurs , dont la variété & le parfum
fatisfaifoient également la vue &
l'odorat. M. de Madinville fut charmé de
l'empreffement de Montvilliers , converfa
14 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup avec lui , fut content de fa pénétration
, & de fa docilité , & lui fit promettre
qu'il viendroit dîner chez lui deux
fois la femaine.
::
Je n'entreprendrai point , continua la
Silphide , de vous répéter tous les fages
difcours que notre philofophe tint à ce
jeune homme il lui fit connoître que
pour être heureux , trois chofes font néceffaires
; régler fon imagination , modérer
fes paffions , & cultiver fes goûts. Que
la paix de l'ame & la liberté d'efprit répandent
un vernis agréable fur tous les objets
qui nous environnent. Que la vertu
favorite du véritable philofophe , eft une
bienveillance univerfelle pour fes femblables
, un fentiment de tendreſſe & de compaffion
, qui parle continuellement en leur
faveur , & qui nous preffe de leur faire du
bien. Que cette aimable vertu eft la fource
des vrais plaifirs. Qu'on trouve en l'exerçant
, cette volupté fpirituelle , dont les
coeurs généreux & fenfibles fçavent feuls
connoître le prix . Montvilliers comprit fort
bien toutes ces vérités. Il fit plus , il les aima.
Son efprit femblable à une fleur que les
froids aquilons ont tenu longtems fermée
& qu'un rayon de foleil fait épanouir , fe
développa. Les fentimens vertueux que la
nature avoit mis dans fon coeur généreux ,
NOVEMBRE. 1755 .
promirent une abondante moiffon .
Le changement qui s'étoit fait en lui ,
vint bientôt aux oreilles de fon pere . Il
voulut en juger par lui - même. Accoutumé
à le craindre , Montvilliers répondit à
fes queſtions d'un air timide & embarraſſé.
Sa belle-mere toujours attentive à le deffervir
, fit paffer fon embarras pour aver
fion & M. Dorneville le crut d'autant plus
facilement , qu'il ne lui avoit pas donné
fujet de l'aimer. Il fe contenta de le traiter
avec un peu plus d'égards , mais fans ces
manieres ouvertes que produifent l'amitié
& la confiance . Sa belle- mere changea auffi
de conduite ; elle le combla de politeffes extérieures
, comme fi elle eût voulu réparer
par ces marques de confidération le mépris
qu'elle avoit fait de lui jufqu'alors. Mais,
au fond elle ne pouvoit penfer fans un extrême
chagrin, qu'étant l'aîné, il devoit hériter
de la plus confidérable partie des biens
de M. Dorneville , tandis que fon cher fils,
l'unique objet de fes complaifances , ne
feroit jamais qu'un gentilhomme malaiſé.
Cinq ou fix ans fe pafferent de cette forte.
Montvilliers qui recevoit tous les jours
de nouvelles preuves de la tendreffe de M.
de Madinville , ne mettoit point de bornes
àfa reconnoillance. Ce fentiment accompa
gné de l'amitié est toujours fuivi du plaifir.
Ce jeune homme n'en trouvoit point de
16 MERCURE DE FRANCE.
de plus grand que de donner des marques
fa fenfibilite à fon bienfaicteur.Tranquille
en apparence , il ne l'étoit cependant pas
dans la réalité. Son coeur , exceffivement
fenfible , ne pouvoit être rempli par l'amitié
, il lui falloit un fentiment d'une autre
efpece. Il fentoit depuis quelque tems en
lui - même un defir preffant , un vif befoin
d'aimer , qui n'eft pas la moins pénible de
toutes les fituations. L'amour lui demandoit
fon hommage
; mais trop éclairé fur
fes véritables intérêts pour fe livrer à ce
petit tyran fans réferve , il vouloit faire
fes conditions . Il comprit que les qualités
du coeur & de l'efprit , le rapport d'humeur
& de façon de penfer , étoient abfolument
néceffaires pour contracter un
attachement férieux & durable . Son imagination
vive travaillant fur cette idée
lui eut bientôt fabriqué une maîtreffe
imaginaire , qu'il chercha vainement à
réaliſer. Il étudia avec foin toutes les jeunes
perfonnes de R.... Cette étude ne fervit
qu'à lui faire connoître l'impoffibilité
de trouver une perfonne fi parfaite. Cependant
, le croiriez-vous ? il s'attacha à
cette chimere même en la reconnoiffant
pour telle : fon plus grand plaifir étoit de
s'en occuper ; il quittoit fouvent la lecture-
& les converfations les plus folides , pour
s'entretenir avec elle..
NOVEMBRE. 1755 17
Quelque confiance qu'il eût en M. de
Madinville , il n'avoit pas ofé lui faire
l'aveu de ces nouvelles difpofitions . Il connoiffoit
fa maladie ; mais en même tems il
la chériffoit , il lui trouvoit mille charmes,
& ç'auroit été le defobliger que d'en entreprendre
la guérifon . C'eft ce que fon ami
n'auroit pas manqué de faire. Un jour qu'il
fe promenoit feul , en faisant ces réflexions,
M. de Madinville vint l'aborder. J'ai fur
vous , mon cher Montvilliers , lui dit- il ,
après avoir parlé quelque tems de chofes
indifférentes, des vues que j'efpere que vous
approuverez. Rien n'eft comparable à l'a
mitié que j'ai pour vous , mais je veux que
des liens plus étroits nous uniffent. Je n'ai
qu'une niece ; j'ofe dire qu'elle eft digne
de vous par la folidité de fon efprit , la fupériorité
de fa raifon , la douceur de fon
caractere , enfin mille qualités eftimables
dont vous êtes en état de fentir tout le
A prix.
Montvilliers , qui n'avoit jamais entendu
parler que fon ami eût une niece , &
qui ne lui croyoit pas même ni de frere ni
de foeur , fut un peu furpris de ce difcours .
Sa réponſe cependant fut courte , polie &
fatisfaifante. Il lui demanda pourquoi il
ne lui avoit jamais parlé d'une perfonne
qui devoit fi fort l'intéreffer , les raifons
18
MERCURE DE
FRANCE.
qui m'en ont empêché , lui répondit fon
ami , m'obligent encore de vous cacher fon
nom & fa demeure. Mais avant que d'en
venir à
l'accompliffement de ce projet ,
ajouta-t- il , mon deffein eft de vous envoyer
paffer quelque tems à Paris. Avec
beaucoup de bon fens & d'efprit , il vous
manque une certaine politeffe de manieres,
une façon de vous préfenter qui prévient
en faveur d'un honnête homme . Parlez - en
à votre pere. Je me charge de faire la dépenfe
néceffaire pour ce voyage.
Enchanté de ce
nouveau
témoignage
d'affection & de générofité ,
Montvilliers
remercia dans les termes les plus vifs fon
bienfaicteur . Il n'étoit
pourtant pas abfolument
fatisfait de la premiere partie de fon
difcours. Ce choix qu'il
paroiffoit lui faire
d'une épouſe fans fon aveu , lui fembla
tyrannique. Il ne put fouffrir de fe voir
privé de la liberté de chercher une perfonne
qui approchât de fon idée. Il imaginoit
dans cette
recherche mille plaifirs dont il
falloit fe détacher. Son coeur
murmura de
cette
contrainte ; elle lui parut infupportable
mais la raifon prenant enfin le deffus
, condamna ces
mouvemens . Elle lui
repréſenta
combien il étoit flatteur & avantageux
pour lui d'entrer dans la famille
d'un homme à qui il devoit tout , & le fit
NOVEMBRE. 1755. 19
convenir qu'en jugeant de l'avenir par le
paffé , fon bonheur dépendoit de fa docilité
pour les confeils de fon ami.
Ces réflexions le calmerent. Il ne fongea
plus qu'à s'occuper des préparatifs de
fon voyage ; ils ne furent pas longs . Les
quinze premiers jours de fon arrivée dans
la capitale furent employés à vifiter les édifices
publics , & à voir les perfonnes à qui
il étoit recommandé . Il fut à l'Académie
pour apprendre à monter à cheval & à
faire des armes ; il fe }; fit des connoiffances
de plufieurs jeunes gens de confidération ,
qui étoient fes compagnons d'exercices ,
& s'introduifit par leur moyen dans des
cercles diftingués . Avide de tout connoî
tre , de tout voir , il eut bientôt tout épui
fé. Son efprit folide ne s'accommoda pas
de la frivolité qui regne dans ce qu'on
appelle bonne compagnie, 11 fe contenta
dans fes momens de loifir , de fréquenter
les fpectacles , les promenades , & de cultiver
la connoiffance de quelques gens de
lettres que M. de Madinville lui avoit
procurée.
La diverfité & la nouveauté de tous ces
objets n'avoient pu guérir fon coeur. Il
avoir toujours le même goût pour fa maîtreffe
imaginaire , & les promenades folitaires
étoient fon amuſement favori. Un
20 MERCURE DE FRANCE.
jour qu'il fe promenoit dans les Tuilleries
, fa rêverie ne l'empêcha pas de remar .
quer une jeune demoifelle , dont la phifionomie
étoit un agréable mêlange de
douceur , de franchife , de modeftie , &
de raifon. Quel attrait pour Montvilliers !
il ne pouvoit fe laffer de la confidérer. Sa
préfence faifoit paffer jufqu'au fond de
fon coeur une douceur fecrette & inconnue.
Elle fortit de la promenade , il la
fuivit , & la vit monter dans un carroffe
bourgeois avec toute fa compagnie. Alors
fongeant qu'elle alloit lui échapper , il eut
recours à un de ces officieux meffagers dont
le Pont- neuf fourmille : il lui donna ordre
de fuivre ce carroffe , & de venir lui redire
en quel endroit il fe feroit arrêté. Environ
une demi - heure après , le courrier revint
hors d'haleine , & lui apprit que toute cette
compagnie étoit defcendue à une maiſon
de campagne fituée à B.....
. Montvilliers , qui connoiffoit une perfonne
dans ce lieu , fe promit d'y aller dès
le lendemain , efpérant revoir cette demoifelle
, peut-être venir à bout de lui parler ,
ou du moins apprendre qui elle étoit .
Rempli de ce projet , il alloit l'exécuter ,
quand un jeune homme de fes amis entra
dans fa chambre , & lui propofa de l'accompagner
, pour aller voir une de fes paNOVEMBRE.
1755 .
rentes , chez laquelle il y avoit bonne compagnie.
Il chercha d'abord quelque prétexte
pour le défendre , mais quand il eut
appris que cette parente demeuroit à B....
il ne fit plus difficulté de fuivre fon ami.
Il ne s'en repentit pas ; car la premiere perfonne
qu'il apperçut en entrant dans une
fort beile falle , fut cette jeune demoiſelle
qu'il avoit vu la veille aux Tuilleries.
Cette rencontre qui lui parut être d'un
favorable augure , le mit dans une fitua
tion d'efprit délicieufe. On fervit le dîner,
& Montvilliers fit fi bien qu'il fe trouva
placé auprès de celle qui poffédoit déja
toutes les affections. Il n'épargna ni galanteries
, ni politeffes , ni prévenances pour
lui faire connoître la fatisfaction qu'il en
reffentoit ; & il ne tint qu'à elle de reconnoître
dans fes manieres une vivacité qui
ne va point fans paffion. Auffi ne fut- elle
pas la derniere à s'en appercevoir : elle
avoit remarqué fon attention de la veille ,
& fa figure dès ce moment ne lui avoit
déplu . Elle lui apprit qu'elle étoit alors
chez une dame de fes amies , qu'elle devoit
y refter encore quinze jours , qu'elle demeuroit
ordinairement à Paris avec fon
pas
pere & fa mere , qu'elle aimoit beaucoup
la campagne , & qu'elle étoit charmée de
ce que fon pere venoit d'acquérir une terre
22 MERCURE DE FRANCE.
affez confidérable , proche de R.... où ils
comptoient aller bientôt demeurer . Quoi ,
Mademoiſelle , lui dit- il , feroit- il bien poffible
que nous devinffions voifins ? Comment
vous êtes de R ... lui demanda - t- elle à
fon tour ? Je n'en fuis pas directement
répondit- il , mais la demeure de mon pere,
qui s'appelle Dorneville , n'en eft éloignée
que d'une lieue. Eh bien , reprit- elle ,
notre terre eft entre Dorneville & Madinville
; connoiffez - vous le Seigneur de cette
derniere paroiffe ? Grand Dieu ! Si je le
connois , répondit-il avec vivacité , c'eſt
l'homme du monde à qui j'ai le plus d'obligation.
Mademoiſelle d'Arvieux , c'eft ainfi
que s'appelloit cette jeune perfonne , contente
de cette déclaration , ne s'ouvrit
davantage . Cependant le foleil prêt à ſe
coucher , obligea les deux amis de reprendre
la route de Paris . Montvilliers n'avoit
jamais vu de journée paffer avec tant de
rapidité avant que de partir , il demanda
la permiffion de revenir , qu'on lui accorda
fort poliment.
pas
Il ne fut pas plutôt forti d'auprès de
Mlle d'Arvieux , que rentrant en lui - même
, & faiſant réflexion fur tous fes mouvemens
, il fentit qu'il aimoit. Le fouvenir
de ce qu'il avoit promis à fon bienfaicteur
, vint auffi-tôt le troubler . Il fe fit
NOVEMBRE . 1755. 23
des reproches de fon peu de courage ; mais
peut- être je m'allarme mal- à- propos , continua-
t- il en lui -même ; c'eft un caprice ,
un goût paffager que Mlle d'Arvieux m'aidera
elle - même à détruire. Si je pouvois
connoître le fond de fon coeur , fa façon
de penfer , fans doute je cefferois de l'aimer.
Il s'en feroit peut-être dit davantage,
fi fon ami n'avoit interrompu fa revêrie ,
en la lui reprochant. " Tu es furement
» amoureux , lui dit -il d'un ton badin. Je
» t'ai vu un air bien animé auprès de Mlle
» d'Arvieux ; conviens- en de bonne foi.
Il n'eft pas bien difficile d'arracher un fecret
de cette nature. Montvilliers qui connoiffoit
la difcrétion de fon ami , lui
avoua fans beaucoup de peine un fentiment
dont il étoit trop rempli , pour n'avoir
pas befoin d'un confident : mais en
convenant que les charmes de cette Demoifelle
l'avoient touché , il ajouta que
comme il craignoit que le caractere ne répondît
pas aux graces extérieures , il fongeoit
aux moyens de connoître le fond de
fon coeur. Si ce n'eft que cela qui te fait
rêver , lui dit fon ami , il eft aifé de te
fatisfaire . Je connois une perfonne qui eſt
amie particuliere de Mlle d'Arvieux ; je
fçais qu'elles s'écrivent quand elles ne
peuvent le voir , & tu n'ignores pas qu'on
24 MERCURE DE FRANCE.
•
fe peint dans fes lettres fans même le vouloir
& fans croire le faire ; il ne s'agit que
d'avoir celles de Mlle d'Arvieux , & je les
poffede ; c'eſt un larcin que j'ai fait à cette
amie , qui eft auffi la mienne. Les voici ,
je te les confie .
Montvilliers , après avoir remercié fon
ami que fes affaires appelloient ailleurs ,
fe rendit chez lui chargé de ces importan
tes pieces. Il lut plufieurs de ces lettres qui
étoient autant de preuves de la délicateffe
& de la jufteffe d'efprit de Mlle d'Arvieux.
C'étoit un agréable variété de raiſon &
de badinage . Le ftyle en étoit pur , aiſé ,
naturel , fimple , élégant , & toujours convenable
au fujet mais quel plaifir pour
Montvilliers de voir le fentiment regner
dans toutes ces lettres , & de lire dans une
d'elles , qu'un amant pour lui plaire devoit
bien moins chercher à acquerir des
graces que des vertus ; qu'elle lui deman--
doit un fond de droiture inaltérable , un
amour de l'ordre & de l'humanité , une
délicateffe de probité , une folidité du jugement
, une bonté de coeur naturelle , une
élévation de fentimens , un amour éclairé
pour la religion , un humeur douce , indulgente
, bienfaifante.
De pareilles découvertes ne fervirent
point à guérir Montvilliers de fa paflion ..
Toutes
NOVEMBRE . 1755. 23
Toutes les vertus & les qualités que Mlle
d'Arvieux exigeoit d'un amant , étoient directement
les traits qui caracterifoient fa
maîtreffe idéale . Cette conformité d'idée.
l'enchanta. Voilà donc , dit- il avec tranf
port , ce tréfor précieux que je cherchois
fans efpérance de le trouver ; cette perfonne
fi parfaite que je regardois comme une
belle chimere , ouvrage de mon imagination
. Que ne puis - je voler dès ce moment à
Les pieds , lui découvrir mes fentimens , ma
façon de penfer, lui jurer que l'ayant aimée
fans la connoître, je continuerai de l'adorer
toute ma vie avec la plus exacte fidélité .
Huit jours fe pafferent fans que Montvilliers
qui voyoit fouvent fa maîtreffe ,
pût trouver le moyen de l'entretenir en
particulier , quelque défir qu'il en eût :
mais le neuvieme lui fut plus favorable.
Difpenfe - moi , je vous prie , continua la
Silphide , de vous redire les difcours que
ces deux amans fe tinrent ; il vous fuffira
de fçavoir qu'ils furent très - contens l'un
de l'autre , & que cet entretien redoubla
une paffion qui n'étoit déja que trop vive
pour leur repos.
Un jour que Montvilliers conduit par
le plaifir & le fentiment , étoit allé voir .
Mlle d'Arvieux , il fut furpris de trouver
auprès d'elle un homme âgé qu'il ne con- :
B
62: MERCURE DE FRANCE.
noifloit point. Il comprit bientôt aux
difcours qu'on tenoit , que ce vieillard
étoit le pere de fa maîtreffe , & qu'il venoit
dans le deffein de la remmener avec
lui. Ils fe leverent un inftant après pour.
fortir , & notre amant refté feul avec la
maîtreffe du logis , apprit d'elle que M.
d'Arvieux venoit annoncer à fa fille qu'un
jeune homme fort riche , nommé Frien-.
val , l'avoit demandée en mariage ; que ce
parti paroiffoit être du goût du pere.
Montvilliers interdit à cette nouvelle , pria
celle qui la lui apprenoit , de vouloir bien
l'aider de fes confeils. Il faut vous propofer
, lui dit-elle , vous faire connoître.
Hé ! Madame , voudra - t - on m'écouter ,
répondit il? M. d'Arvieux ne m'a jamais
vu ; vous êtes amie de fa femme , rendez-
moi ce fervice . Elle y confentit , &.
lui promit que dès le lendemain elle iroit
demander à dejeûner à Mme d'Arvieux :
Au reste , ajouta- t- elle , vous pouvez être
tranquille du côté de vôtre maîtreffe ;
quand elle feroit capable de vous faire.
une infidélité , ce ne feroit point en faveur
de ce rival , elle le connoît trop bien ;
& pour vous raffurer davantage , je vais
vous rendre fon portrait tel qu'elle me le
faifoit encore hier en nous promenant.
Frienval , continua cette Dame , eft un de
NOVEMBRE 1755. 27
•
ces hommes frivoles dont Paris eft inordé.
Amateur des plaifirs , fans être voluptueux
, efclave de la mode en raillant
ceux qui la fuivent avec trop de régulari
té , il agit au hazard . Ses principes varient
fuivant les occafions , ou plutôt il
n'en a aucun. Auffi fes démarches fontelles
toujours inconféquentes. S'il eft
exempt de vices effentiels , il le doit à fon
tempérament. Futile dans fes goûts , dans
fes recherches , dans fes travaux , fon occupation
journaliere eft de courir les fpectacles
, les caffés , les promenades , & de
fe mêler quelquefois parmi des gens qui
pour mieux trouver le bon ton , ont banni
le bon fens de leurs fociétés . Ses plus
férieufes démarches n'ont d'autre but
qu'un amufement paffager , & fon état
peut s'appeller une enfance continuée . Il
y a fort long- tems qu'il connoît Mlle d'Arvieux
, & qu'il en eft amoureux , comme
tous les gens de fon efpece , c'eft-à- dire
fans fe gêner. Mais loin de le payer d'aucun
retour elle n'a pas daigné faire la
moindre attention à fes galanteries. Trop
occupé pour réfléchir , fa légereté lui a
fauvé mille conféquences peu flateufes ,
qu'il devoit naturellement tirer. Il fe croit
aimé avec la même bonne foi qu'il fe
croit aimable ; fon mérite lui femble une
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
chofe , démontrée , & qu'on ne peut lut
difputer raisonnablement.
Le lendemain fut un jour heureux pour
Montvilliers. Son Ambaffadrice lui rapporta
qu'on vouloit bien fufpendre la conclufion
du mariage propofé , afin de le
connoître , & qu'on lui permettoit de fe
préfenter. Il ne fe le fit pas dire deux fois:
il courut chez M. d'Arvieux qui le reçut
affez bien pour lui faire efperer de l'être
encore mieux dans la fuite. Sa maîtreffe
lui apprit qu'ils partoient dès le lendemain
pour cette terre dont elle lui avoit
parlé ; il promit qu'il les fuivroit de près :
en effet il prit la route de fa patrie deux
jours après leur départ.
Depuis trois semaines que fa paffion
avoit commencé , il en avoit été fi occupé
qu'il avoit oublié d'écrite à M. de Madinville
. Il étoit déja à moitié chemin qu'il
fe demanda comment il alloit excufer auprès
de lui ce retour précipité. Il comprit
alors qu'il lui avoit manqué effentiellement
de plufieurs façons , & que fa conduite
lui méritoit l'odieux titre d'ingrat.
Mais fi ces réflexions lui firent craindre
le moment d'aborder fon bienfaicteur , des
mouvemens de tendreffe & de reconnoiffance
rien ne pouvoit altérer , lui fique
Fr.rent défirer de l'embraffer. Ces différens
1-
NOVEMBRE. 1755. 29
fentimens lui donnerent un air confus ,
embarraffé , mêlé d'attendriffement.
M. de Madinville qui avoit pour lui
l'affection la plus fincere , n'avoit point
fupporté fon abfence fans beaucoup de
peine & d'ennui . Charmé de fon retour
dont il fut inftruit par une autre voie , s'il
avoit fuivi les mouvemens de fon coeur ,
mille careffes auroient été la punition de
la faute que Montvilliers commettoit en
revenant fans lui demander fon agrément;
mais il voulut éprouver fi l'abfence ne
l'avoit point changé, & fi comblé des bienfaits
de l'amour , il feroit fenfible aux pertes
de l'amitié : il fe propofa donc de le
recevoir avec un air férieux & mécontent.
Montvilliers arrive , defcend de cheval ,
vole à la chambre de fon ami , qui en le
voyant joua fort bien la furpriſe . Quoi !
c'est vous , Montvilliers , lui dit - il , en
reculant quelques pas : oferois je vous demander
la caufe de ce prompt retour , &
pourquoi vous ne m'en avez point averti ?
J'efperois cependant que vous me feriez
cette grace.Montvilliers déconcerté par cet- "
te réception ne put répondre une feule
parole. Mais fes yeux interpretes de fon
ame , exprimoient affez fon trouble. M. de
Madinville fans faire femblant de s'en appercevoir
, ajouta : Au refte , je ne fuis
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
pas fâché de vous revoir ; vous avez pré
venu mon deffein ; j'allois vous écrire pour
vous engager à revenir , l'affaire dont je
vous ai parlé avant votre départ eft fort
avancée , il ne manque pour la conclure
que votre confentement. Ma niece fur le
bon témoignage que je lui ai rendu de
votre caractere , vous aime autant & plus
que moi - même. Mais je ne penfe pas ,
continua- t- il , que vous avez beſoin de
repos & de rafraîchiffement ; allez - en
prendre , nous nous expliquerons après.
Pénétré de l'air, froid & fec dont M.
de Madinville l'avoit reçu , qui lui avoit
ôté la liberté de lui témoigner la joie qu'il
avoit de le revoir , Montvilliers avoit befoin
de folitude pour mettre quelque
ordre à fes idées . Il fortit fans trop fçavoir
où il alloit , & s'arrêtant dans ce
bois où il avoit vu fon ami pour la premiere
fois , il fe repréſenta plus vivement
que jamais les obligations qu'il lui avoit.
Son ame , fon coeur , fon efprit , fes qualités
extérieures étoient le fruit de fes
foins ; fon amitié avoit toujours fait les
charmes de fa vie , il falloit y renoncer ,
ou fe réfoudre à ne jamais pofféder Mlle
d'Arvieux quelle cruelle alternative ! Il
falloit pourtant fe décider. Un fort honnête
homme de R .... qu'il avoit vu ſous
NOVEMBRE 1755 . 31
:
vent chez M. de Madinville , interrompit
ces réflexions accablantes . Après les premiers
complimens , il lui demanda ce qui
pouvoit caufer l'agitation où il le voyoit.
Montvilliers ne fit point de difficulté de
lui confier fon embarras . Il lui raconta le
projet de fon ami qu'il lui avoit communiqué
avant fon voyage , la naiffance &
la violence d'une paffion qu'il n'avoit pas
été le maître de ne point prendre , l'impoffibilité
où il fe trouvoit de la vaincre
la crainte exceffive de perdre un ami dont
il connoiffoit tout le prix , & fans lequel
il ne pouvoit efperer d'être heureux .
Ce récit que Montvilliers ne put faire
fans répandre des larmes , attendrit celui
qui l'écoutoit . Votre fituation eft très- embarraffante
; lui dit- il. Pour moi , je nè
vois pas d'autre parti que de déclarer naïvement
à M. de Madinville ce que vous
fouffrez. Il est généreux , il vous aime , &
ne voudra point vous défefperer . Ah !
fongez- vous , répondit- il , que cette déclaration
détruit un projet qui eft devenu
l'objet de fa complaifance ? Faites - vous.
attention qu'il a parlé de moi à fa niece ,
qu'il a fait naître dans fon ame une paffion
innocente ? Non , je n'aurai jamais la
hardieffe de la lui faire moi-même. Hé
bien voulez-vous que je lui en parle ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
demanda fon confident ? Je vais paffer
l'après-midi avec lui ; nous ferons feuls ,
je tâcherai de démêler ce qu'il penſe à votre
fujet .
Montvilliers ayant fait connoître qu'il
lui rendroit un grand fervice , le quitta ,
& prit le chemin qui conduifoit à Dorneville.
Il trouva fon pere en deuil de fa
belle mere ; il le reçut affez bien , & l'engagea
à fouper avec lui , & à occuper fon
ancien appartement.
Son Ambaffadeur eut fa vifite le lendemain
de fort bon matin. Il lui dit qu'il
n'avoit pas tiré de fa commiffion tout le
fruit qu'il en efperoit : que M. de Madinville
lui avoit dit qu'il n'avoit jamais prétendu
contraindre les inclinations de perfonne
au refte , ajouta- t-il , allez- le voir ,
expliquez- vous enfemble.
Montvilliers qui vouloit s'éclaircir à
quelque prix que ce fût , partit auffi -tôt ;
mais plus il approchoit de Madinville &
plus fon courage diminuoit. Il entre cependant
; on lui dit que fon ami étoit à fe
promener. Il va pour le joindre , il l'apperçoit
au bout d'une allée , le falue profondément
, cherche dans fes yeux ce qu'il
doit craindre ou efperer ; mais M. de
Madinville qui le vit , loin de continuer
affecta de , paffer d'un autre côté
NOVEMBRE. 1755. 33
i
pour éviter de le rencontrer.
Ce mouvement étoit plus expreffif
que tous les difcours du monde . Montvilliers
qui comprit ce qu'il vouloit dire ,
fur pénétré de l'affliction la plus vive . Il
fe jetta dans un bofquet voifin où il fe mit
à verfer des larmes ameres. Alors confidérant
ce qu'il avoit perdu , il prit la réfolution
de faire tout fon poffible pour le
recouvrer . M. de Madinville qui fe douta
de l'effet que fon dedain affecté auroit
produit , & qui ne vouloit pas abandonner
long - tems Montvilliers à fon défefpoir ,
vint comme par hafard dans l'endroit où
il étoit pour lui donner occafion de s'expliquer
, & feignit encore de vouloir fe
retirer. Cette nouvelle marque d'indifférence
outrageant la tendreffe de Montvilliers
, il fe leva avec un emportement de
douleur ; arrêtez , Monfieur , lui dit - il
d'une voix altérée : il eft cruel dans l'état
où vous me voyez , de m'accabler par de
nouveaux mépris . Ma préfence vous eft
odieufe ; vous me fuyez avec foin , tandis
que préfé par le fentiment , je vous cherche
pour vous dire que je fuis prêt de tout
facrifier à l'amitié . Oui , ajouta - t- il en
rédoublant fes larmes , difpofez de ma
main , de mes fentimens , de mon coeur ,
& rendez -moi la place que j'occupois dans
le vôtre. By
34 MERCURE DE FRANCE.
M. de Madinville charmé , ceffa de fe
contraindre , & ne craignit plus de laiſſer
voir fa joie & fon attendriffement . Il embraffe
Montvilliers , l'affure qu'il n'a pas
ceffé un inftant de l'aimer ; qu'il étoit
vrai que l'indifférence qu'il fembloit avoir
pour fon alliance , lui avoit fait beaucoup
de peine , parce qu'il la regardoit comme
une marque de la diminution de fon amitié
; que la fienne n'étant point bornée
il vouloit aufli être aimé fans réferve ;
qu'au refte il n'abuferoit point du pouvoir
abfolu qu'il venoit de lui donner fur
fa perfonne ; que la feule chofe qu'il exigeoit
de fa complaifance , étoit de voir
fa niece ; que fi après cette entrevue il
continuoit à penfer de la même façon ,
il pourroit le dire avec franchife , & fuivre
fon penchant.
Il finiffoit à peine de parler , qu'on vint
lui annoncer la vifite de fa niece . Repréfentez
- vous quel fut l'étonnement & la
joie de Montvilliers , lorfqu'entrant dans
une fale où l'on avoit coutume de recevoir
la compagnie , il apperçut Mlle d'Arvieux
qui étoit elle-même la niece de M.
de Madinville.
M. d'Arvieux , frere aîné de cet aimable
Philofophe , étoit un homme haut ,
emporté , violent ; ils avoient eu quelques
NOVEMBRE. 1755 . 35
différends enfemble , & M. de Madinville
fans conferver aucun reffentiment de fes
mauvais procédés , avoit jugé qu'il étoit de
fa prudence d'éviter tout commerce avec
un homme fi peu raifonnable. Comme M.
d'Arvieux étoit forti fort jeune de la province
fans y être revenu depuis , à peine
y connoiffoit - on fon nom ; Montvilliers
n'en avoit jamais entendu parler . Mlle
d'Arvieux avoit eu occafion de voir fon
oncle dans un voyage qu'il avoit fait à Paris
, & depuis ce tems elle entretenoit
avec lui un commerce de lettres à l'infçu
de fon pere. Comme elle fe fentoit du
penchant à aimer Montvilliers , elle fut
bien-aife avant que de s'engager plus avant ,
de demander l'avis de fon oncle , & ce
qu'elle devoit penfer de fon caractere .
L'étude des hommes lui avoit appris combien
il eft difficile de les connoître , & l'étude
d'elle-même combien on doit fe défier
de fes propres lumieres . Elle écrivit
donc dès le même jour , & reçut trois
jours après une réponse qui paffoit fes
efpérances , quoiqu'elles fuffent des plus
Alatteufes. Après lui avoir peint le coeur &
l'efprit de Montvilliers des plus belles couleurs
, M. de Madinville recommanda à
fa niece de continuer à lui faire un myftere
de leur parenté & de leur liaifon , afin
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
de voir comment il fe comporteroit dans
une conjoncture fi délicate .
pe-
Tout le monde fut bientôt d'accord.
On badina fur la fingularité de cette aventure
, & l'on finit par conclure que Montvilliers
demanderoit l'agrément de fon
re. Il y courut auffi- tôt , & l'ayant trouvé
feul dans fon cabinet , il alloit lui déclarer
le fujet de fa vifite : mais M. Dorneville
ne lui en laiſſa pas le loifir. J'ai jugé , lui
dit-il , qu'il étoit tems de vous établir , &
j'ai pour cela jetté les yeux fur Mlle de
F... Vous allez peut- être m'alléguer pour
vous en défendre , ajouta-t - il , je ne ſçais
quelle paffion romanefque que vous avez
prife à Paris pour une certaine perfonne
que je ne connois point . Mais fi vous voulez
que nous vivions bien enſemble , ne
m'en parlez jamais. Ne pourrai -je point ,
Monfieur , dit Montvilliers , fçavoir la
raifon ? .... Je n'ai de compte à rendre
à qui que ce foit , reprit le pere avec emportement
; en un mot , je fçais ce qu'il
vous faut. Mlle d'Arvieux n'eft point votre
fait , & je ne confentirai jamais à cette alliance
faites votre plan là- deffus . Il fortit
en difant ces mots. Montvilliers confterné
refta immobile : il ne pouvoit s'imaginer
pourquoi il paroiffoit avoir tant d'éloignement
pour un mariage convenable , & mêNOVEMBRE.
1755. 37
me avantageux . Sa maîtreffe étoit fille
unique , & M. d'Arvieux du côté de la
fortune & de la nobleffe ne le cédoit point
à M. Dorneville.
Driancourt , frere de Montvilliers , dont
j'ai rapporté la naiffance au commencement
de cette hiftoire , avoit pour lors
dix-huit àdix- neuf ans. Double, artificieux ,
adroit , flateur, il penfoit que le grand art
de vivre dans le monde étoit de faire des
dupes fans jamais le devenir , & de tout
facrifier à fon utilité . Son efprit élevé audeffus
des préjugés vulgaires ne reconnoiffoit
aucunes vertus , & tout ce que les
hommes appellent ainfi n'étoit , felon
lui , que des modifications de l'amourpropre
, qui eft dans le monde moral , ce
qu'eft l'attraction dans le monde phyfique ,
c'eft-à- dire la caufe de tout. Toutes les
actions , difoit - il , font indifférentes ,
puifqu'elles partent du même principe.
Il n'y a pas plus de mal à tromper fon
ami , à nier un dépôt , à inventer une calomnie
, qu'à rendre ſervice à fon voiſin ,
à combattre pour la défenfe de fa patrie ,
à foulager un homme dans fa mifere , ou
à faire toute autre action .
Driancourt avec ce joli fyftême , ne perdoit
point de vue le projet de fe délivrer
de fon frere , dont fa mere lui avoit fait
38 MERCURE DE FRANCE.
le
fentir mille fois la néceffité. Il crut que
moment de l'exécuter étoit arrivé. C'étoit
lui qui avoit inftruit M. Dorneville de la
paffion de Montvilliers pour Mlle d'Arvieux
, & qui en même tems avoit peint
cette Demoiſelle de couleurs peu avantageufes.
Depuis ce moment il ne ceffa de
rapporter à fon pere , dont il avoit toute la
confiance & la tendreffe , mille difcours
peu refpectueux , accompagnés de menaces
qu'il faifoit tenir à Montvilliers : enfin
il tourna fi bien l'efprit de ce vieillard foi
ble & crédule , qu'il le fit déterminer au
plus étrange parti.
L'on parloit beaucoup dans ce tems là
de ces colonies que l'on envoie en Amérique
, & qui fervent à purger l'Etat . Driancourt
ayant obtenu , non pourtant fans
quelque peine , le confentement de fon
pere , part pour D ..... trouve un vaiffeau
prêt à mettre à la voile chargé de plufieurs
miférables qui , fans être affez coupables
pour mériter la mort l'étoient cependant
affez pour faire fouhaiter à la fofociété
d'en être délivrée . Il parle au Capitaine
qui lui promit de le défaire de fon
frere , pourvu qu'il pût le lui livrer dans
deux jours. Il revint en diligence , & dès
la nuit fuivante , quatre hommes entrent
dans la chambre de Montvilliers, qui avoit
NOVEMBRE. 1755 . 39
continué de coucher chez fon pere depuis
fon retour de Paris , fe faififfent de lui ,
le contraignent de fe lever , le conduifent
à une chaiſe de pofte , l'obligent d'y monter
, d'où ils ne le firent defcendre que
pour le faire entrer dans le vaiffeau qui
partit peu de tems après .
Montvilliers qui avoit pris tout ce qui
venoit de lui arriver pour un rêve , ne
douta plus alors de la vérité . Enchaîné
deavec
plufieurs autres miférables , que
vint-il quand il fe repréfenta l'indignité
& la cruauté de fon pere , ce qu'il perdoit ,
ce qu'il alloit devenir ? Ces idées agirent
avec tant de violence fur fon efprit, qu'el
les y mirent un défordre inconcevable. Il
jugea qu'il n'avoit point d'autre reffource
dans cette extrêmité que la mort , & réfo
lut de fe laiffer mourir de faim. Il avoit
déja paffé deux jours fans prendre aucune
nourriture , mais le jeune Anglois que
voici , qui étoit pour lors compagnon de
fon infortune , comprit à fon extrême abattement
qu'il étoit plus malheureux que
coupable. Il entreprit de le confoler , il
lui préfenta quelque rafraîchiffemens qui
furent d'abord refufés ; il le preffa , il le
pria. Je ne doute pas , lui dit- il , que vous
ne foyez exceffivement à plaindre ; je veux
même croire que vous l'êtes autant que
40 MERCURE DE FRANCE
moi cependant il eft des maux encore
plus rédoutables que tous ceux que nous
éprouvons dans cette vie , & dont on fe
rend digne en entreprenant d'en borner
foi-même le cours . Peut - être le ciel qui ne
veut que vous éprouver pendant que vous
vous révoltez contre fes décrets , vous
prépare des fecours qui vous font inconnus.
Acceptez , je vous en conjure , ces
alimens que vous préfente un homme qui
s'intéreffe à votre vie.
Montvilliers qui n'avoit fait aucune
attention à tout ce qui l'environnoit , examina
celui qui lui parloit ainfi , remarqua
dans fon air quelque chofe de diftingué
& de prévenant ; il trouva quelque
douceur à l'entretenir. Il fe laiffa perfuader
, il lui raconta fon hiftoire ; & quand
il cut fini fon récit , il le preffa d'imiter
fa franchiſe , ce que le jeune Anglois fic
en ces termes :
Lafuite au prochain Mercure.
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Résumé : LES CHARMES DU CARACTERE. HISTOIRE VRAISEMBLABLE. SUITE DE LA PROMENADE DE PROVINCE. Par Mademoiselle Plisson, de Chartres.
Le texte raconte l'histoire de Montvilliers, un gentilhomme issu d'une famille aisée, connu pour son caractère noble et généreux. Après la perte de sa mère à sa naissance, son père se remarie avec une femme aimable mais peu fortunée. À l'âge de quatre ou cinq ans, Montvilliers devient indifférent et incommodant pour sa belle-mère, qui le traite avec mépris et le considère comme stupide. Il passe ses journées dans les bois, mélancolique et découragé, se sentant comme une charge. À quinze ans, Montvilliers rencontre M. de Madinville, un militaire philosophe qui le prend sous son aile. Impressionné par l'intelligence et le caractère de Montvilliers, Madinville décide de l'aider à cultiver ses qualités naturelles. Montvilliers, touché par cette rencontre, se rend régulièrement chez Madinville, qui lui enseigne les principes de la philosophie et de la vertu. Ce changement attire l'attention de son père, mais sa belle-mère continue de le mépriser secrètement. Montvilliers, malgré son bonheur apparent, ressent un besoin d'amour et d'attachement. Il imagine une maîtresse parfaite mais ne la trouve pas parmi les jeunes femmes de sa connaissance. Un jour, M. de Madinville propose à Montvilliers d'épouser sa nièce, qu'il décrit comme ayant un esprit solide et un caractère doux. Montvilliers, bien que surpris, accepte après réflexion, voyant dans cette union un moyen de renforcer son lien avec son bienfaiteur. Madinville envoie Montvilliers à Paris pour perfectionner ses manières et ses compétences. À Paris, Montvilliers fréquente des cercles distingués et cultive ses intérêts intellectuels, tout en évitant la frivolité de la bonne société. Lors d'une promenade aux Tuileries, Montvilliers remarque une jeune demoiselle, Mlle d'Arvieux, dont la physionomie est un mélange agréable de douceur, de franchise, de modestie et de raison. Intrigué, il la suit et découvre qu'elle se rend dans une maison de campagne à B. Grâce à un ami, Montvilliers se rend également à cette maison et y rencontre Mlle d'Arvieux. Ils passent une journée ensemble, et Montvilliers est charmé par ses qualités. Il apprend qu'elle réside à Paris avec ses parents et qu'ils comptent bientôt s'installer à R., près de sa propre demeure familiale à Dorneville. Montvilliers est troublé par ses sentiments et se remémore sa promesse à M. de Madinville. Un ami lui montre des lettres de Mlle d'Arvieux, révélant ses vertus et ses qualités, qui correspondent à celles de la maîtresse idéale de Montvilliers. Après plusieurs jours, Montvilliers parvient à s'entretenir en privé avec Mlle d'Arvieux, renforçant ainsi sa passion. Cependant, il apprend qu'un certain Frienval, un homme riche et frivole, a demandé la main de Mlle d'Arvieux. Avec l'aide d'une amie de la famille, Montvilliers obtient la permission de se présenter à M. d'Arvieux, le père de Mlle d'Arvieux. Il se rend chez eux et promet de les suivre à R. Montvilliers réalise alors qu'il a négligé d'écrire à M. de Madinville et craint sa réaction. Malgré ses appréhensions, Montvilliers est déterminé à embrasser son bienfaiteur. M. de Madinville, bien que peiné par l'absence de Montvilliers, décide de le recevoir avec un air sérieux et mécontent pour tester sa fidélité. Montvilliers revient chez M. de Madinville, qui lui révèle que son projet d'alliance est avancé et que sa nièce, Mlle d'Arvieux, partage ses sentiments. Cependant, Montvilliers est troublé par la perspective de renoncer à cette alliance ou de perdre l'amitié de M. de Madinville. Il confie ses dilemmes à un honnête homme de R..., qui lui conseille de se confier à M. de Madinville. Montvilliers rencontre ensuite son père, M. Dorneville, qui lui annonce un projet de mariage avec Mlle de F..., ignorant les sentiments de Montvilliers pour Mlle d'Arvieux. Le frère de Montvilliers, Driancourt, jaloux et manipulateur, convainc M. Dorneville d'envoyer Montvilliers en Amérique. Montvilliers est enlevé et embarqué de force. À bord, un jeune Anglais tente de le réconforter, lui rappelant que des maux plus grands existent et que des secours pourraient encore survenir.
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p. 191
De FLORENCE, le 15 Juin 1764.
Début :
Les Religieux de l'Ordre des Minimes de Saint François de [...]
Mots clefs :
Religieux, Ordre, Chapitre, Général, Père
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texteReconnaissance textuelle : De FLORENCE, le 15 Juin 1764.
De FLORENCE , le 15 Juin 1764 .
Les Religieux de l'Ordre des Minimes de Saint
François de Paule ont tenu ici leur Chapitre le
jour de la Pentecôte , & ont élu pour leur Général
le Père Marini de Parme. Le Père de Vaux
François , à qui il ſuccéde, eſt parti avant- hier
pour retourner en Champagne ſa patrie.
Les Religieux de l'Ordre des Minimes de Saint
François de Paule ont tenu ici leur Chapitre le
jour de la Pentecôte , & ont élu pour leur Général
le Père Marini de Parme. Le Père de Vaux
François , à qui il ſuccéde, eſt parti avant- hier
pour retourner en Champagne ſa patrie.
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