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1
p. 336-341
Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Début :
Cependant je ne puis m'empescher de parler de Monsieur [...]
Mots clefs :
Monsieur Le Tellier, Ministre, Charge, Chancelier, Garde des sceaux, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Cependant je ne puism'empécher de parler de M. le Tellier, pour apprendre da bonneheu- re à la France les avantages qu'elle doit tirer du choix que Sa Majefté.
vient de faire de ce Miniſtre pour la Charge de Chancelier &Garde des Sceaux de France. Me le Tellier, apres avoir paſſe pluſieurs années dans les Charges de Procureur du Roy au Chaſtelet &de Conſeiller au Grand
Conſeil , où il eut pluſieurs Commif
130 LE MERCVRE fions importantes, fut fait Maiſtre des Requeſtes , &en ſuite Intendant du Roy dans ſon Armée en Piémont,
puis ſon Amabaſſadeur aupres de Leurs Alteſſes Royales de Savoye ;
d'où eſtant revenu ,la Cour eftant per- fuadéedeſon merite par les Services importans qu'il avoit rendus à la Cou- ronne dans ces diférens Emplois,il fut choiſypar la ReyneMeredu Roypen- dant ſa Régence , pour eftre l'un des Secretaires d'Etat. Le Département de laGuerre luy eſtant échû, il ſervitdans cette Charge d'une maniere ſi utile à
l'Etat , & fi agreable aux Gens de Guerre , qu'on luy remit bientoſt le foindetoutes les Affaires qui la regar- doient. Il entra quelque temps apres dans le Conſeil enqualitéde Miniſtre.
Sa prudence y atoûjours paru ,& fon zele y a toûjours éclaté pour le Servi ce duRoy. Il a ſervy ce Prince pens dant les temps les plus difficiles ,avec une fidelité à l'épreuve de toutes cho- fes;&lamaniere dont il a veſcu avec
ceux qui s'écartoientde ce qu'ils de voient à leur Souverain ,leur a tou
GALANT. 213.F
B
F
1
jours fait appréhender ſes remontran- ées,& lors qu'ils ont voulu rentrer dans leur devoir, ils ont tenté pluſieurs foisd'obtenir leur pardon pat fon mo- yen ,ne connoiffant perſonne en qui l'on pût mettre plus ſeûrement en dé- poſt ſon honneur&ſa vie. De fi gran- des qualitez luy ontacquisenpluſieurs temps de grands honneurs , & luy avoient donné la confidence entiere de
la Reyne Mere ,dont il a reçeu des marques éclatantes par ſonTeftament &par les dernieres actions de ſa vie.. Tantde choſes avantageuſes luy ont attiréune conſidération particuliere du Grand Prince qu'il ſert aujourd'huy.
Onatoûjours admiréen luy une mo- dération ſans exemple, quela Fortune &les Honneurs n'ont jamais pu cor rompre ; mais parmy ces avantages il doit compter celuy d'avoir un Fils qui fert ſi bien & le Roy & l'Etat. Ie ne m'étendray point davantage ſur les grandesqualitez de ces deuxMiniſtres,
ils font tous deux imcomparables, &je dirayſeulement encorune fois ce que toute laTerre doit publier avec moys
232 LE MERCVRE CeChancelierchoiſy par le plusgrand des Roys pour remplir la premiere Chargede ſon Royaume , adonné un Homme à SaMajesté qui ſçait parfai- tement executer toutes les volontez de
cepuiſſantMonarque,&qui faitreüif- firdes chofer quin'ont jamais eſté me- ditées que par un ſi grand Roy , ny executées que par un ſi grandMini- Are.
ALyon ce 6. Novembre 1677.
vient de faire de ce Miniſtre pour la Charge de Chancelier &Garde des Sceaux de France. Me le Tellier, apres avoir paſſe pluſieurs années dans les Charges de Procureur du Roy au Chaſtelet &de Conſeiller au Grand
Conſeil , où il eut pluſieurs Commif
130 LE MERCVRE fions importantes, fut fait Maiſtre des Requeſtes , &en ſuite Intendant du Roy dans ſon Armée en Piémont,
puis ſon Amabaſſadeur aupres de Leurs Alteſſes Royales de Savoye ;
d'où eſtant revenu ,la Cour eftant per- fuadéedeſon merite par les Services importans qu'il avoit rendus à la Cou- ronne dans ces diférens Emplois,il fut choiſypar la ReyneMeredu Roypen- dant ſa Régence , pour eftre l'un des Secretaires d'Etat. Le Département de laGuerre luy eſtant échû, il ſervitdans cette Charge d'une maniere ſi utile à
l'Etat , & fi agreable aux Gens de Guerre , qu'on luy remit bientoſt le foindetoutes les Affaires qui la regar- doient. Il entra quelque temps apres dans le Conſeil enqualitéde Miniſtre.
Sa prudence y atoûjours paru ,& fon zele y a toûjours éclaté pour le Servi ce duRoy. Il a ſervy ce Prince pens dant les temps les plus difficiles ,avec une fidelité à l'épreuve de toutes cho- fes;&lamaniere dont il a veſcu avec
ceux qui s'écartoientde ce qu'ils de voient à leur Souverain ,leur a tou
GALANT. 213.F
B
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jours fait appréhender ſes remontran- ées,& lors qu'ils ont voulu rentrer dans leur devoir, ils ont tenté pluſieurs foisd'obtenir leur pardon pat fon mo- yen ,ne connoiffant perſonne en qui l'on pût mettre plus ſeûrement en dé- poſt ſon honneur&ſa vie. De fi gran- des qualitez luy ontacquisenpluſieurs temps de grands honneurs , & luy avoient donné la confidence entiere de
la Reyne Mere ,dont il a reçeu des marques éclatantes par ſonTeftament &par les dernieres actions de ſa vie.. Tantde choſes avantageuſes luy ont attiréune conſidération particuliere du Grand Prince qu'il ſert aujourd'huy.
Onatoûjours admiréen luy une mo- dération ſans exemple, quela Fortune &les Honneurs n'ont jamais pu cor rompre ; mais parmy ces avantages il doit compter celuy d'avoir un Fils qui fert ſi bien & le Roy & l'Etat. Ie ne m'étendray point davantage ſur les grandesqualitez de ces deuxMiniſtres,
ils font tous deux imcomparables, &je dirayſeulement encorune fois ce que toute laTerre doit publier avec moys
232 LE MERCVRE CeChancelierchoiſy par le plusgrand des Roys pour remplir la premiere Chargede ſon Royaume , adonné un Homme à SaMajesté qui ſçait parfai- tement executer toutes les volontez de
cepuiſſantMonarque,&qui faitreüif- firdes chofer quin'ont jamais eſté me- ditées que par un ſi grand Roy , ny executées que par un ſi grandMini- Are.
ALyon ce 6. Novembre 1677.
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Résumé : Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination de Michel Le Tellier au poste de Chancelier et Garde des Sceaux de France par le Roi. Le Tellier a occupé plusieurs fonctions prestigieuses, telles que Procureur du Roi au Châtelet, Conseiller au Grand Conseil, Maître des Requêtes, Intendant de l'Armée en Piémont et Ambassadeur auprès des Altesses Royales de Savoie. Il a ensuite été choisi par la Reine Mère pour devenir Secrétaire d'État, où il a dirigé le Département de la Guerre avec succès. Sa prudence et son dévouement au service du Roi ont été reconnus, même dans les périodes difficiles. Sa réputation d'intégrité et de loyauté lui a valu la confiance de la Reine Mère et du Roi. Le Tellier est décrit comme un homme capable d'exécuter parfaitement les volontés du monarque. Le document souligne également les qualités exceptionnelles de son fils, qui sert également le Roi et l'État. Le texte est daté du 6 novembre 1677.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 193-196
Divers Emplois de feu M. d'Aligre, par lesquels il estoit parvenu à la Charge de Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Cette mort me fait souvenir que dans ma derniere Lettre [...]
Mots clefs :
Monsieur d'Aligre, Chancelier, Finances
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texteReconnaissance textuelle : Divers Emplois de feu M. d'Aligre, par lesquels il estoit parvenu à la Charge de Chancelier. [titre d'après la table]
Cette mort mefait ſouvenir
quedans ma derniere Lettre je ne vous dis qu'un mot de feu
Monfieur Daligre , Chancelier deFrance. Il est bonque je vous apprenne par quels degrez il eſtoit parvenu à la plus éminen- teCharge de l'Estat. Il com- mença par eſtre Conſeiller au Grand Confeil , &fut en ſuite
Secretaire du Cabinet , Intendant de Juſtice en Languedoc &enNormandie, Ambaſſadeur àVenife , & Conſeiller d'Estat..
Tome IX. F
122 LE MERCVRE
Feu Monfieur le Cardinal de
,
Riche-lieu le choiſit apres la mort de M le ChancelierDaligre ſon Pere pour eſtre du ConfeildeMarine. On l'a veu
environunan Sur-Intendant des
Finances par Commiffion, apres quoy Sa Majesté lemit duCon- feil Royal des Finances dont il demeura Directeur General ,
juſqu'à ce qu'elle luy envoya les Sceaux , & luy fit prendre le Titrede Chancelier. Sa moderation &ſa juſtice luy ont attiré l'admiration de tous ceux qui donnent le prix auxchoſes ſans paffion. Il eſtoit connu pour a- voir l'eſpritvif&penetrantdans les Affaires, &il falloitqu'on en fuſt perfuadé puis qu'on l'a toû- jours employé aux plus impor- tantes. Il avoit unegrande mo- deſtie , une douceur attirante,
GALANT. 123
de
lidu
el
es
es
コ
-
1
& beaucoup d'érudition en
forte que peu de Perſonnes pof- ſedoient mieux que luy les bel- les Lettres.
quedans ma derniere Lettre je ne vous dis qu'un mot de feu
Monfieur Daligre , Chancelier deFrance. Il est bonque je vous apprenne par quels degrez il eſtoit parvenu à la plus éminen- teCharge de l'Estat. Il com- mença par eſtre Conſeiller au Grand Confeil , &fut en ſuite
Secretaire du Cabinet , Intendant de Juſtice en Languedoc &enNormandie, Ambaſſadeur àVenife , & Conſeiller d'Estat..
Tome IX. F
122 LE MERCVRE
Feu Monfieur le Cardinal de
,
Riche-lieu le choiſit apres la mort de M le ChancelierDaligre ſon Pere pour eſtre du ConfeildeMarine. On l'a veu
environunan Sur-Intendant des
Finances par Commiffion, apres quoy Sa Majesté lemit duCon- feil Royal des Finances dont il demeura Directeur General ,
juſqu'à ce qu'elle luy envoya les Sceaux , & luy fit prendre le Titrede Chancelier. Sa moderation &ſa juſtice luy ont attiré l'admiration de tous ceux qui donnent le prix auxchoſes ſans paffion. Il eſtoit connu pour a- voir l'eſpritvif&penetrantdans les Affaires, &il falloitqu'on en fuſt perfuadé puis qu'on l'a toû- jours employé aux plus impor- tantes. Il avoit unegrande mo- deſtie , une douceur attirante,
GALANT. 123
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& beaucoup d'érudition en
forte que peu de Perſonnes pof- ſedoient mieux que luy les bel- les Lettres.
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Résumé : Divers Emplois de feu M. d'Aligre, par lesquels il estoit parvenu à la Charge de Chancelier. [titre d'après la table]
Le texte relate la carrière de Monsieur Daligre, Chancelier de France, et de son fils, également Chancelier. Le père de Daligre débuta comme Conseiller au Grand Conseil, puis devint Secrétaire du Cabinet, Intendant de Justice en Languedoc et en Normandie, Ambassadeur à Venise, et enfin Conseiller d'État. Après sa mort, le Cardinal de Richelieu choisit son fils pour le Conseil de Marine. Ce dernier fut ensuite Sur-Intendant des Finances par commission, Directeur Général du Conseil Royal des Finances, et finalement Chancelier. Il était reconnu pour sa modération, sa justice, son esprit vif et pénétrant dans les affaires, sa modestie, sa douceur, et son érudition. Sa carrière et ses qualités lui ont valu l'admiration de tous.
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3
p. 200-203
M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur le Procureur General ayant presenté ses Lettres de Chancelier [...]
Mots clefs :
Procureur général, Lettres, Parlement, Services, Chancelier
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texteReconnaissance textuelle : M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
.Mon- Fij
126 LE MERCVRE
fieurleProcureurGeneralayant preſenté ſes Lettres de Chance- lier au Parlement afin qu'elles y fuſſent enregiſtrées , elles fu- rent leuës tout haut, & reçeuës avec un applaudiſſementqui ne ſe peutconcevoir. Ony voit les grands & importans ſervices que ce Miniſtre a rendus à l'Eftat en Italie pendant le Regne dufeu Roy , en France pendant la Regence , & en fuite ſous Loüis le Grand. Parmy tous les Eloges qui font dans ces Lettres,
je ne puis vous en taire un fort glorieux à Monfieur le Chance- lier; c'eſt qu'il y eſt expreffé- ment marqué que par ſes ſoins &par fa prudence il abeaucoup ſervy à pacifier les Troubles de l'Estat. M. le Procureur Gene--
ral fit un Eloge fort court de ce grand Miniſtre ; mais il ditbeau-
GALANT. 127
ees
1
e
:
coup en peu de paroles , & fit voir entre autres choſes que Monfieur le Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec toutes les
qualitez qui le rendent fi re- commandable; heureux d'avoir trouvé tant d'occaſions de s'employer pour l'Eſtat ; heureux de fe voir Chef d'une Famille qui fecondoit fi bien ſon zele dans les ſervices qu'il rendoit incef- famment àſon Prince ; heureux
d'avoir efté choiſy pour remplir la Charge de Chancelier de France , &de l'avoir eſté par un Roy dont le juſte difcernement eſt la marque la plus incontefta- ble du vray merite ; Et heureux enfin par deſſus toutes choſes,
de s'eſtre montré digne des a- vantages qu'il poſſedoit.
126 LE MERCVRE
fieurleProcureurGeneralayant preſenté ſes Lettres de Chance- lier au Parlement afin qu'elles y fuſſent enregiſtrées , elles fu- rent leuës tout haut, & reçeuës avec un applaudiſſementqui ne ſe peutconcevoir. Ony voit les grands & importans ſervices que ce Miniſtre a rendus à l'Eftat en Italie pendant le Regne dufeu Roy , en France pendant la Regence , & en fuite ſous Loüis le Grand. Parmy tous les Eloges qui font dans ces Lettres,
je ne puis vous en taire un fort glorieux à Monfieur le Chance- lier; c'eſt qu'il y eſt expreffé- ment marqué que par ſes ſoins &par fa prudence il abeaucoup ſervy à pacifier les Troubles de l'Estat. M. le Procureur Gene--
ral fit un Eloge fort court de ce grand Miniſtre ; mais il ditbeau-
GALANT. 127
ees
1
e
:
coup en peu de paroles , & fit voir entre autres choſes que Monfieur le Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec toutes les
qualitez qui le rendent fi re- commandable; heureux d'avoir trouvé tant d'occaſions de s'employer pour l'Eſtat ; heureux de fe voir Chef d'une Famille qui fecondoit fi bien ſon zele dans les ſervices qu'il rendoit incef- famment àſon Prince ; heureux
d'avoir efté choiſy pour remplir la Charge de Chancelier de France , &de l'avoir eſté par un Roy dont le juſte difcernement eſt la marque la plus incontefta- ble du vray merite ; Et heureux enfin par deſſus toutes choſes,
de s'eſtre montré digne des a- vantages qu'il poſſedoit.
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Résumé : M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
Le texte décrit la présentation des Lettres de Chancellerie du Procureur Général au Parlement, qui furent lues et applaudies. Ces lettres mettent en avant les services rendus par le chancelier à l'État en Italie sous le règne du feu roi, en France durant la Régence, et sous Louis le Grand. Le chancelier est loué pour avoir pacifié les troubles de l'État grâce à sa prudence et à ses soins. Le Procureur Général a fait un éloge concis mais éloquent, soulignant les qualités remarquables du chancelier, ses nombreuses occasions de servir l'État, et le soutien de sa famille. Il a également exprimé la fierté du chancelier d'avoir été choisi comme Chancelier de France par un roi dont le discernement témoigne de son mérite. Enfin, il a noté que le chancelier s'était montré digne des avantages qu'il possédait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 206
Vers au mesme. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui a fait dire fort spirituellement à Mr / Illustre le Tellier [...]
Mots clefs :
Le Tellier, Chancelier
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texteReconnaissance textuelle : Vers au mesme. [titre d'après la table]
C'eſt ce qui a fait dire fort ſpirituellement à M. Defcourades.
Illuftre leTellier,
Vous estes Chancelier,
LYON
LeRoy feul a fait cet,Ouvrage;
Maisle Royaume entier ,
PE
F V
130 LE MERCVRE S'il eust falu prier ,
Eustdonnésonfufrage.
Illuftre leTellier,
Vous estes Chancelier,
LYON
LeRoy feul a fait cet,Ouvrage;
Maisle Royaume entier ,
PE
F V
130 LE MERCVRE S'il eust falu prier ,
Eustdonnésonfufrage.
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5
p. 67-85
COMPLIMENT A MONSIEUR LE CHANCELIER.
Début :
Vous ne serez pas moins contente du Compliment que Mr / Le juste choix que le Roy a fait de vostre Personne [...]
Mots clefs :
Chancelier, Compliment, Faculté de droit, Université de Paris, Honneur, Campagne, Action, Académie française, M. Doujat, Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT A MONSIEUR LE CHANCELIER.
Vous ne ſerez pas moins contente du Compliment que M' Doujat eut l'honneur defai- re à Monfieur le Chancelier ,
lors qu'il le fut ſalüer pour la Faculté de Droit de l'Univerfité de Paris, dont il eſt le plus
46 LE MERCVRE ancien Docteur Régent. Il étoit accompagné de ſes Collègues,
&fut preſenté par Monfieur Pelletier Conſeiller d'Etat, comme il l'avoit eſté en pareille rencontre par M' de Lamoignon à feu Monfieur Daligre.
COMPLIMENT
A MONSIEVR
LE CHANCELIER.
MONSEIGNEUR,
Lejuſte choix que le Roy afaitde voftre Personne, pour l'élever à laplus.
haute Dignitéde la Robe, eſt ſans dou- te laplus infaillible marque d'un merite achevé. Mais c'est encore une preuve bien convainquante , que ce merite eft
GALANT. 47
generalement reconnu , de voir que les Loix, qui ordinairement font muettes au milieu des Armes, prennent d'abord un tel éclat entre vos mains, qu'on n'entend de tous coſtez que desacclama- tions &des applaudiſſemens , pour une action pacifique , dans un temps où les Triomphes de nostre invincible Monarquefont tant de bruit en tous lieux,par des miracles de guerre fi continuels &
fiſurprenans.
Onpeut bien , Monseigneur , lesap- pellerSurprenans ,puis qu'ils n'ont point d'exemple dans toute l'Antiquité,
que l'on n'agueres moins de peine àles croire apres qu'ils font arrivez, qu'à les imagineravant qu'ils arrivent. En effet , iln'y apersonne qui ſoit capable de les concevoir , que cet incomparable
Génie qui ſeul les ſçait executer. Car enfin peut-oncomprendre cetteſage con duite qui pourvoit àtout ; cette activité qui estpar tout; cette intrépidité heroï- que qui anime tout ; &enfin cette au- guste presence qui vient à bout de
tout ?
Mais peut-on affez admirer les pro
48 LE MERCVRE digesque ces grands refforts ontproduit dansle coursde cetteseule Année, qui n'est pas encore finis ? une Campagne qui en vaut pluſieurs,ſi hautement ache- vée, en la Saiſon qu'on l'ouvroit àpei- ne autrefois ; &recommencée avec un pareilfuccés, auſſi-toſt que les Ennemis ontfiny les marches & les contremar- ches qu'ils ont appellées leur Campagne:
pluſieurs Placesqu'on n'avoit osé atta- quer , ou qu'on avoit attaquées inutile- ment en divers temps, emportées dans peude jours : une Bataille gagnée par un autre Soy-mesme pendant deux Sie ges; ces Bravesde toutes Nationsfor- cez en un moment derriere leurs plus forts Remparts , auſſi-bien qu'en rafe Campagne; & leurs prodigieuses Ar- mées également défaites en combatant &fans combatre ?
4 Vostre Zelepour leſervice &pour la gloire du Roy , me fait esperer, Mon- Seigneur, que vousexcuſerezfacilement cette diſgreſſion ſur un Sujet fi agrea- ble, &où vous &les Vostres avez toujours en tant de part. Nous voyons,Monseigneur , dans
VOS
GALANT. 49 wosfages Conseils, dans vosfoins vigi- lans &fideles,&dans toute voſtre Vie,
-degrandes matieres de pluſieurs Pane- gyriques; & nous voudrions bien nous pouvoiracquiterde ce qui vous est deû en cette occafion. Mais le temps d'un Compliment , dontje vois bien que j'ay déjapassé les bornes , ne mepermet pas deſuivre cette juſte inclination ; &je connois trop ma foibleſſe ,pour meha- zarder àune fi difficile entrepriſe. Il meſuffira de dire , en paſſant, ce qui est connudetout le monde , que vous ſça- vez joindre admirablement bien des chosesqui nesetrouvent gueres d'accord que dans les Hommes extraordinaires ;
unEspritpenétrant , avec un jugement folide ; une modération fans exemple,
avec une éminente fortune ; &une pro.
bitéinfléxible,qui neconfidereperſonne quand il faut juger , avec une affabili_ té obligeante qui ne rebute personne ,
-quand ilfaut écouter.
Ainfi,Monseigneur , la justice que leRoyvientdefaire àvoſtre vertu ,
&à vos longs &importans Services,
estunmoyen aſſurépour la rendre par
Tome X. C
5o LE MERCVRE uneseule action , au reſte deſes Sujets ;
&la connoiſſance que l'on a de cette verité ,dont on voit déja les effets , ré- panddans tous les Cœurs une ioyequi n'estpas concevable.
Cependant, Monseigneur , la Faculté de Droit oſeſe flater de l'espérance que
dans cette commune allegreſſe vous au- rez la bonté de distinguer ſon zele parmyceluy des autres Corps , qui ont eu •déja,ou qui auront en ſuite l'honneur de rendre de ſemblables devoirs à Voftre
Grandeur.
Pour nous attirer cet avantage , il Suffiroit de l'attachement particulier qu'exige de nous la profeſſion des Loix,
dont vous estes l'Oracle &l'appuy tout ensemble.
Mais outre cette dépendance auſſi glorieuse que neceſſaire, aux obligations de laquelle nous tâchons de répondre paruneprofondevéneration , &pardes vœux ardens & finceres; que ne de.
vons-nous pas à V. G. pour l'inclina- tion qu'elle a toûjours témoignéede voir rétablir l'Etude de la Iurisprudence ;
qui vous est chere , parce que vous la
GALANT. SI poffedez parfaitement , & parce que vous enconnoiffez mieux que perſonne l'importance &la neceſſité ? Vous ſça- vez, Monseigneur, combien elle est dé- cheuë de sapremiere ſplendeur dans ce Royaume où on l'a venë si florifſfante pendantplusieurs Siecles.
Maintenant que vous eſtes en étar de la vanger dumépris iniurieux qu'en font ceux à qui elle est inconnuë ; que pouvons-noussouhaiter deplushonora_ ble pour V. G. &deplus utile pour le Public,fi ce n'est l'entier accompliſſe ment de vos grands &loüables def- Seins; &que pour en avoir l'effet, vous puiſſiez Servirle Roy & l'Etat dans les nobles fonctions d'une Dignité si éminenteauffi longuement que dans cel- lesde tous les autres Emplois que vous avezfi dignement remplis ?
Monfieur le Chancelier reçeut cette Députation d'une maniere toute obligeante. Le merite particulier de M' Dou- jat luy eſtoit connu,& il ſçavoit Cij
52 LE MERCVRE la reputation qu'il a permy tous ceux qui eftiment les belles Lettres. La place qu'on luy a
*donnée dans l'Académie Françoiſe en eſt une marque. Il eſt originaire de Toulouſe, defcen du d'un Loüis Doujat , qui fut pourveu le premier ily a envi- ron 160. ans de la Charge d'A- vocat General du Grand Confeil,cette Compagnie n'en ayant point eu avant luy. Un de ſes Fils ſe fit Conſeiller au
Parlement de Toulouſe , l'autre
demeura à Paris , & depuis ce temps-là il y a toûjours eu des Officiers de ce nomdans quelqu'une des Cours Souveraines
de ces deux Villes.
Apres la mort de M. du No- zet, Auditeurde Rote, M. l'Ab- bé Doujat dont je vous parle ,
fut propofé par M. de Marca
GALANT. 53
Archeveſque de Toulouſe,pour eſtre envoyé àſa place , &feu M. le Cardinal Mazarin, inſtruit
de ſa haute capacité , luy avoit faitdire qu'il ſetinſt preſt à par- tir ; mais les grandes Alliances &les correſpondances queM
deBourlemont avoient en Italie , jointes à quelques autres confiderations importantes , fi- rent tourner les chofes , fur la
priere de M' l'Eveſque de Ca- ſtres depuis Archeveſque de Toulouſe , en faveur de Monfieur ſon Frere qui s'eſt digne- ment acquité de cet Employ dans des conjonctures affez difficiles. Ce changementn'eut pas lieu de le chagriner , puis qu'il fut cauſedel'honneur qu'il reçeut d'eſtre employé par feu M le Prefident de Perigny , à
donneràMonſeigneur le DauCij
34 LE MERCVRE phin les premieres teintures de 'Hiſtoire & dela Fable. Il fut
furpris des talens extraordinai- res qui éclatoient en cejeune Prince dés l'âge de fix ans. Il s'a- giſſoit deles cultiver, & celaluy donna occafion de compoſer un Abregé de l'Hiſtoire Gré- que & Romaine ſur Velleïus Paterculus. Cet Ouvrage me- rite l'approbation que luy a
donnée le Public. Il a fait imprimer depuis ce temps- là un Recüeil en Latin de tout ce qui regarde le Droit Eccleſiaſtique particulier à la France, & enfui- te une Hiſtoire du Droit Ca.-
non. Il travaille preſentement à celle du Droit Civil qui pa- roiſtra bien- toſt, & à.des Notes fur Tite-Live pour l'uſage de Monſeigneur le Dauphin. On les imprime; & comme le Païs
GALANT. 55 Latin n'eſt pas un Païs incon- nu pour vous , je me perfuade,
Madame , que vous ne manque- rez pas de curioſité pour les voir.
lors qu'il le fut ſalüer pour la Faculté de Droit de l'Univerfité de Paris, dont il eſt le plus
46 LE MERCVRE ancien Docteur Régent. Il étoit accompagné de ſes Collègues,
&fut preſenté par Monfieur Pelletier Conſeiller d'Etat, comme il l'avoit eſté en pareille rencontre par M' de Lamoignon à feu Monfieur Daligre.
COMPLIMENT
A MONSIEVR
LE CHANCELIER.
MONSEIGNEUR,
Lejuſte choix que le Roy afaitde voftre Personne, pour l'élever à laplus.
haute Dignitéde la Robe, eſt ſans dou- te laplus infaillible marque d'un merite achevé. Mais c'est encore une preuve bien convainquante , que ce merite eft
GALANT. 47
generalement reconnu , de voir que les Loix, qui ordinairement font muettes au milieu des Armes, prennent d'abord un tel éclat entre vos mains, qu'on n'entend de tous coſtez que desacclama- tions &des applaudiſſemens , pour une action pacifique , dans un temps où les Triomphes de nostre invincible Monarquefont tant de bruit en tous lieux,par des miracles de guerre fi continuels &
fiſurprenans.
Onpeut bien , Monseigneur , lesap- pellerSurprenans ,puis qu'ils n'ont point d'exemple dans toute l'Antiquité,
que l'on n'agueres moins de peine àles croire apres qu'ils font arrivez, qu'à les imagineravant qu'ils arrivent. En effet , iln'y apersonne qui ſoit capable de les concevoir , que cet incomparable
Génie qui ſeul les ſçait executer. Car enfin peut-oncomprendre cetteſage con duite qui pourvoit àtout ; cette activité qui estpar tout; cette intrépidité heroï- que qui anime tout ; &enfin cette au- guste presence qui vient à bout de
tout ?
Mais peut-on affez admirer les pro
48 LE MERCVRE digesque ces grands refforts ontproduit dansle coursde cetteseule Année, qui n'est pas encore finis ? une Campagne qui en vaut pluſieurs,ſi hautement ache- vée, en la Saiſon qu'on l'ouvroit àpei- ne autrefois ; &recommencée avec un pareilfuccés, auſſi-toſt que les Ennemis ontfiny les marches & les contremar- ches qu'ils ont appellées leur Campagne:
pluſieurs Placesqu'on n'avoit osé atta- quer , ou qu'on avoit attaquées inutile- ment en divers temps, emportées dans peude jours : une Bataille gagnée par un autre Soy-mesme pendant deux Sie ges; ces Bravesde toutes Nationsfor- cez en un moment derriere leurs plus forts Remparts , auſſi-bien qu'en rafe Campagne; & leurs prodigieuses Ar- mées également défaites en combatant &fans combatre ?
4 Vostre Zelepour leſervice &pour la gloire du Roy , me fait esperer, Mon- Seigneur, que vousexcuſerezfacilement cette diſgreſſion ſur un Sujet fi agrea- ble, &où vous &les Vostres avez toujours en tant de part. Nous voyons,Monseigneur , dans
VOS
GALANT. 49 wosfages Conseils, dans vosfoins vigi- lans &fideles,&dans toute voſtre Vie,
-degrandes matieres de pluſieurs Pane- gyriques; & nous voudrions bien nous pouvoiracquiterde ce qui vous est deû en cette occafion. Mais le temps d'un Compliment , dontje vois bien que j'ay déjapassé les bornes , ne mepermet pas deſuivre cette juſte inclination ; &je connois trop ma foibleſſe ,pour meha- zarder àune fi difficile entrepriſe. Il meſuffira de dire , en paſſant, ce qui est connudetout le monde , que vous ſça- vez joindre admirablement bien des chosesqui nesetrouvent gueres d'accord que dans les Hommes extraordinaires ;
unEspritpenétrant , avec un jugement folide ; une modération fans exemple,
avec une éminente fortune ; &une pro.
bitéinfléxible,qui neconfidereperſonne quand il faut juger , avec une affabili_ té obligeante qui ne rebute personne ,
-quand ilfaut écouter.
Ainfi,Monseigneur , la justice que leRoyvientdefaire àvoſtre vertu ,
&à vos longs &importans Services,
estunmoyen aſſurépour la rendre par
Tome X. C
5o LE MERCVRE uneseule action , au reſte deſes Sujets ;
&la connoiſſance que l'on a de cette verité ,dont on voit déja les effets , ré- panddans tous les Cœurs une ioyequi n'estpas concevable.
Cependant, Monseigneur , la Faculté de Droit oſeſe flater de l'espérance que
dans cette commune allegreſſe vous au- rez la bonté de distinguer ſon zele parmyceluy des autres Corps , qui ont eu •déja,ou qui auront en ſuite l'honneur de rendre de ſemblables devoirs à Voftre
Grandeur.
Pour nous attirer cet avantage , il Suffiroit de l'attachement particulier qu'exige de nous la profeſſion des Loix,
dont vous estes l'Oracle &l'appuy tout ensemble.
Mais outre cette dépendance auſſi glorieuse que neceſſaire, aux obligations de laquelle nous tâchons de répondre paruneprofondevéneration , &pardes vœux ardens & finceres; que ne de.
vons-nous pas à V. G. pour l'inclina- tion qu'elle a toûjours témoignéede voir rétablir l'Etude de la Iurisprudence ;
qui vous est chere , parce que vous la
GALANT. SI poffedez parfaitement , & parce que vous enconnoiffez mieux que perſonne l'importance &la neceſſité ? Vous ſça- vez, Monseigneur, combien elle est dé- cheuë de sapremiere ſplendeur dans ce Royaume où on l'a venë si florifſfante pendantplusieurs Siecles.
Maintenant que vous eſtes en étar de la vanger dumépris iniurieux qu'en font ceux à qui elle est inconnuë ; que pouvons-noussouhaiter deplushonora_ ble pour V. G. &deplus utile pour le Public,fi ce n'est l'entier accompliſſe ment de vos grands &loüables def- Seins; &que pour en avoir l'effet, vous puiſſiez Servirle Roy & l'Etat dans les nobles fonctions d'une Dignité si éminenteauffi longuement que dans cel- lesde tous les autres Emplois que vous avezfi dignement remplis ?
Monfieur le Chancelier reçeut cette Députation d'une maniere toute obligeante. Le merite particulier de M' Dou- jat luy eſtoit connu,& il ſçavoit Cij
52 LE MERCVRE la reputation qu'il a permy tous ceux qui eftiment les belles Lettres. La place qu'on luy a
*donnée dans l'Académie Françoiſe en eſt une marque. Il eſt originaire de Toulouſe, defcen du d'un Loüis Doujat , qui fut pourveu le premier ily a envi- ron 160. ans de la Charge d'A- vocat General du Grand Confeil,cette Compagnie n'en ayant point eu avant luy. Un de ſes Fils ſe fit Conſeiller au
Parlement de Toulouſe , l'autre
demeura à Paris , & depuis ce temps-là il y a toûjours eu des Officiers de ce nomdans quelqu'une des Cours Souveraines
de ces deux Villes.
Apres la mort de M. du No- zet, Auditeurde Rote, M. l'Ab- bé Doujat dont je vous parle ,
fut propofé par M. de Marca
GALANT. 53
Archeveſque de Toulouſe,pour eſtre envoyé àſa place , &feu M. le Cardinal Mazarin, inſtruit
de ſa haute capacité , luy avoit faitdire qu'il ſetinſt preſt à par- tir ; mais les grandes Alliances &les correſpondances queM
deBourlemont avoient en Italie , jointes à quelques autres confiderations importantes , fi- rent tourner les chofes , fur la
priere de M' l'Eveſque de Ca- ſtres depuis Archeveſque de Toulouſe , en faveur de Monfieur ſon Frere qui s'eſt digne- ment acquité de cet Employ dans des conjonctures affez difficiles. Ce changementn'eut pas lieu de le chagriner , puis qu'il fut cauſedel'honneur qu'il reçeut d'eſtre employé par feu M le Prefident de Perigny , à
donneràMonſeigneur le DauCij
34 LE MERCVRE phin les premieres teintures de 'Hiſtoire & dela Fable. Il fut
furpris des talens extraordinai- res qui éclatoient en cejeune Prince dés l'âge de fix ans. Il s'a- giſſoit deles cultiver, & celaluy donna occafion de compoſer un Abregé de l'Hiſtoire Gré- que & Romaine ſur Velleïus Paterculus. Cet Ouvrage me- rite l'approbation que luy a
donnée le Public. Il a fait imprimer depuis ce temps- là un Recüeil en Latin de tout ce qui regarde le Droit Eccleſiaſtique particulier à la France, & enfui- te une Hiſtoire du Droit Ca.-
non. Il travaille preſentement à celle du Droit Civil qui pa- roiſtra bien- toſt, & à.des Notes fur Tite-Live pour l'uſage de Monſeigneur le Dauphin. On les imprime; & comme le Païs
GALANT. 55 Latin n'eſt pas un Païs incon- nu pour vous , je me perfuade,
Madame , que vous ne manque- rez pas de curioſité pour les voir.
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Résumé : COMPLIMENT A MONSIEUR LE CHANCELIER.
Lors d'une cérémonie à la Faculté de Droit de l'Université de Paris, M. Doujat, Docteur Régent, a rendu hommage au Chancelier, introduit par M. Pelletier, Conseiller d'État. M. Doujat a salué le mérite et la galanterie du Chancelier, choisi par le roi pour sa haute dignité. Il a souligné les succès militaires du monarque et l'admiration pour sa sagesse et son génie stratégique, mentionnant notamment la prise de places fortes. M. Doujat a également loué les qualités personnelles du Chancelier, telles que son esprit pénétrant, son jugement solide, sa modération, sa probité et son affabilité. Il a exprimé l'espoir que le Chancelier reconnaîtrait la valeur de la Faculté de Droit parmi les autres institutions. Le Chancelier a accueilli la délégation avec courtoisie, reconnaissant le mérite et la réputation de M. Doujat dans les belles lettres. M. Doujat, originaire de Toulouse, vient d'une famille d'officiers ayant servi dans les cours souveraines de Toulouse et de Paris. Après la mort de M. du Nozet, il fut proposé par M. de Marca, archevêque de Toulouse, pour lui succéder, mais la nomination fut modifiée en faveur d'un autre candidat. Malgré cet obstacle, M. Doujat fut engagé par le président de Périgny pour instruire Monseigneur le Dauphin en histoire et en fable. À six ans, le Dauphin montra des talents exceptionnels, ce qui incita M. Doujat à composer un abrégé de l'histoire grecque et romaine basé sur Velleïus Paterculus, ouvrage apprécié du public. Il publia également un recueil en latin sur le droit ecclésiastique français et une histoire du droit canon. Actuellement, il travaille sur une histoire du droit civil et des notes sur Tite-Live destinées au Dauphin, en cours d'impression.
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6
p. 85-89
Madrigaux & Quatrains à Monsieur le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Dans le temps que tous les Corps se sont empressez [...]
Mots clefs :
Chancelier, Couronne, État, Le Tellier, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Madrigaux & Quatrains à Monsieur le Chancelier. [titre d'après la table]
Dans le temps que tous les Corps ſe ſont empreſſez à ve- nir faire leurs Complimens à
Monfieur le Chancelier , ſur le nouveau rang où le Roy l'a éle- vé, les Muſes ne font pas de- meurées muetes ; & voicy des Vers qui ont eſté adreſſez àM. Calpatri,Maiſtre des Comptes.
POUR MONSIEUR
LE CHANCELIER.
L
Oüis le Grand , &leplus grand
desRois,
Nepeut faireque degrands choix,
Etceluy-cy n'a rien, Calpatri, qui m'é
tonne.
Cij
36 LE MERCVRE C'est un grand Monarque quis donne,
Et c'est un grand Suietparfoy, parses Emplois Qui reçoit ,dés long-temps fidele àla Couronne ,
Capableauſſi plus queperſonne Par les ſoins qu'il apris desArmes&
des Loix,
Defoûtenirl'éclat dont Themis l'environne.
Enfin c'est leTELLIER , tout utile à
lafois Au Public , à l'Etat ce Ministre
. d'élite
Dont le Prince aujourd'huy couronne lemerite.
Il eſt certain que le choix que le Roya fait de Monfieur le Tellier pour la plus impor- tante Charge de l'Etat , a eſté
reçeu avec les acclamations de
toute la France , &c'eſt ce qui a
donné lieu aux deux Quadrins ſuivans. La Juſtice parle dans le premier.
GALAN T. 57
QUATRAIN.
E ne veux plus ſonger qu'à goûter le JErepos ,
!
Que vient de me donner le plus grand desHéros :
Ainſiſi je parois n'estre plus occupée,
Le Pere a ma Balance , &le Fils mon
Epée.
AUTRE.
Lors parfa vareprudence En foulageant Thémis, montre que parfon choix ,
Il veut que le TELLIER en tienne
la Balance ,
Quand fon Fer eft tenu par l'Illuftre Louvors.
Monfieur le Chancelier , ſur le nouveau rang où le Roy l'a éle- vé, les Muſes ne font pas de- meurées muetes ; & voicy des Vers qui ont eſté adreſſez àM. Calpatri,Maiſtre des Comptes.
POUR MONSIEUR
LE CHANCELIER.
L
Oüis le Grand , &leplus grand
desRois,
Nepeut faireque degrands choix,
Etceluy-cy n'a rien, Calpatri, qui m'é
tonne.
Cij
36 LE MERCVRE C'est un grand Monarque quis donne,
Et c'est un grand Suietparfoy, parses Emplois Qui reçoit ,dés long-temps fidele àla Couronne ,
Capableauſſi plus queperſonne Par les ſoins qu'il apris desArmes&
des Loix,
Defoûtenirl'éclat dont Themis l'environne.
Enfin c'est leTELLIER , tout utile à
lafois Au Public , à l'Etat ce Ministre
. d'élite
Dont le Prince aujourd'huy couronne lemerite.
Il eſt certain que le choix que le Roya fait de Monfieur le Tellier pour la plus impor- tante Charge de l'Etat , a eſté
reçeu avec les acclamations de
toute la France , &c'eſt ce qui a
donné lieu aux deux Quadrins ſuivans. La Juſtice parle dans le premier.
GALAN T. 57
QUATRAIN.
E ne veux plus ſonger qu'à goûter le JErepos ,
!
Que vient de me donner le plus grand desHéros :
Ainſiſi je parois n'estre plus occupée,
Le Pere a ma Balance , &le Fils mon
Epée.
AUTRE.
Lors parfa vareprudence En foulageant Thémis, montre que parfon choix ,
Il veut que le TELLIER en tienne
la Balance ,
Quand fon Fer eft tenu par l'Illuftre Louvors.
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Résumé : Madrigaux & Quatrains à Monsieur le Chancelier. [titre d'après la table]
Le texte décrit les réactions à la nomination de Monsieur le Tellier au poste de Chancelier par le roi. Les Muses, représentant les arts et les lettres, ont exprimé leur soutien par des vers adressés à Monsieur Calpatri, Maître des Comptes. Ces vers soulignent la grandeur du roi et la pertinence du choix du Chancelier, louant ses compétences et sa fidélité à la couronne. Le roi est présenté comme un monarque éclairé, et le Tellier comme un ministre d'élite, bénéfique tant au public qu'à l'État. La nomination a été acclamée à travers toute la France. Deux quatrains illustrent cette joie : le premier évoque le repos apporté par le roi, avec le Tellier à la balance de la justice et son fils à l'épée. Le second met en avant la prudence et le choix judicieux du roi, confiant la balance de la justice à Tellier tandis que son fils tient l'épée.
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7
p. 76
Monsieur d'Argouge est nommé Chancelier de l'Ordre de S. Lazare, [titre d'après la table]
Début :
Monsieur d'Argouge, Maistre des Requestes, & Gendre de Monsieur le [...]
Mots clefs :
Gendre, Contrôleur général, Chancelier, Nominations
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texteReconnaissance textuelle : Monsieur d'Argouge est nommé Chancelier de l'Ordre de S. Lazare, [titre d'après la table]
Monfieur d'Argouge , Maistre
des Requeftes , & Gendre de
Monfieur le Controlleur General
, a efté nommé Chancelier
de l'Ordre de S. Lazare , à la place
de Monfieur Mérault. Le choix
qu'on a fait de luy , eft une glorieufe
preuve de fon mérite .
des Requeftes , & Gendre de
Monfieur le Controlleur General
, a efté nommé Chancelier
de l'Ordre de S. Lazare , à la place
de Monfieur Mérault. Le choix
qu'on a fait de luy , eft une glorieufe
preuve de fon mérite .
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8
p. 7-14
Arrests du Conseil d'Etat, [titre d'après la table]
Début :
Il y a eu deux autres Arrests du Conseil d'Etat, l'un du [...]
Mots clefs :
Arrêt du Conseil d'État, Prétendus réformés, Ministres, Impôt, Requêtes, Députés, Consistoire, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrests du Conseil d'Etat, [titre d'après la table]
Il y a eu deux autres Arrefts
du Confeil d'Etat , l'un
du 8. Janvier , & l'autre du
17. du mefme mois. Le premier
porte , que les Prétendus
Réformez ayant fait tous
leurs efforts pour faire
faire
accorder
à leurs Miniftres l'exemption
de la Taille, telle qu'on
A iiij
8 MERCURE
l'a accordée aux Eccléfiaftiques
; & ayant réiteré leur
demande
non feulement
dans leurs Cahiers
de 1602 ,
la
1604 , 1608 , 1611 , 1619 , 1621,
& 1622 , mais encore par
Requeſte que leurs Députez
préfentérent à cet effet , Arreft
intervint le 17. Juillet 1624. par
lequel , conformément aux
Réponses faites fur ces Cahiers
, il fut ordonné que leurs
Miniftres joüiroient de l'exéption
des Tailles & autres
Impofitions pour leurs Meubles
, Penfions , & Gages feulement,
& qu'ils ne pourroient
GALANT. 9
eftre Impofez qu'à proportion
de leurs Héritages, & autres
Biens .Voila tout ce qu'ils
purent alors obtenir. Cependant
par un uſage abufif qui
ne sçauroit prévaloir fur l'Ar
reft de 1624. donné mefme fur
la Requeſte de leurs Dépu
tez , & qui n'a jamais efté révoqué
, les Miniftres qui poffedent
des Biens immeubles,
n'ont pas laiffé de jouir dans
beaucoup
de lieux de l'Exem
ption entiére de la Taille , foit
qu'on ne les ait pas diftinguez
d'avec ceux qui n'avoient
que leurs Gages &
10 MERCURE
leursMeubles ,ou qu'un nom
bre confidérable de perfonnes
de cette Religion eftant
dans ces lieux ,lors qu'ils ont
efté Collecteurs , ils les ayent
voulu favorifer , le Roy qu'on
a informé de cet abus , a crû
néceffaire d'y pourvoir , &
pour cela il a Ordonné conformément
à l'Arreft du 17
Juillet 1624. Que tous Minifires
de la Religion Prétendue
Réformée , feront compris & employez
dans les Rôles des Tailles,
à proportion des biens qu'ils pof.
fedent autres que leurs Gages,
Les Meubles quifervent à leur
GALANT. II
ufage , pour lesquels feulement
ils jouiront de l'exemption des
Tailles , nonobftant tout ce qui
pourroit eftre allegué, oppoſitions ,
autres empefchemens , aufquels
on n'aura aucun égard.
Je vous ay parlé dans mes
Lettres precédentes d'une
Déclaration du 21 Aouft dernier
, par laquelle il a efté ordonné
que ceux de la Religion
Prétendue Réformée,
ne pourront tenir Confiftoire
qu'une fois en quinze jours,
en prefence d'un Juge commis
par Sa Majefté ; & que les
deniers que ceux de cette
12 MERCURE
Religion peuvent lever fur
eux , fuivant les Edits & Dé
clarations , feront impofez
devant le Juge , le Roy efti
mant que pour l'entiére execution
de cette Déclaration ,
les Juges qui feront commis
pour affifter à ces Confiftoires,
doivent avoir connoiffan
ce de toutes les Déliberations
qui y feront prifes , & des deniers
qu'on impofera , pour
en rendre compte lors qu'il
en fera befoin , a ordonné
par fon Arreft du Confeil d'Etat
du 17. de l'autre mois ,
Que les luges qui ont efté, &
GALANT. 13
4
qui feront cy- apres commis pour
affifter à ces Confiftoires , para
pheront à la fin de chaque Affemblée
, les Déliberations qu'on
y auraprifes , les ferontfigner
par les Miniftres & Anciens,
avec défences à ceux de la Religion
Prétendue Reformée , d'en
écrire dans leurs Regiftres , ny
executer d'autres que celles qui
auront efté prifes en prefence des
Iuges commis, par eux paraphées
; comme auffi que les Rôles
des deniers que ceux de cette Religion
ont pouvoir de lever fur
eux , feront paraphez par les
mefmes luges , &fignezpar les
14 MERCURE
Miniftres Anciens , & faits
doubles , l'un defquelsfera donné
au Tuge , en prefence de qui l'Impofition
aura eftéfaite , pour l'envoyer
à M¹ le Chancelier tous
les fix mois.
du Confeil d'Etat , l'un
du 8. Janvier , & l'autre du
17. du mefme mois. Le premier
porte , que les Prétendus
Réformez ayant fait tous
leurs efforts pour faire
faire
accorder
à leurs Miniftres l'exemption
de la Taille, telle qu'on
A iiij
8 MERCURE
l'a accordée aux Eccléfiaftiques
; & ayant réiteré leur
demande
non feulement
dans leurs Cahiers
de 1602 ,
la
1604 , 1608 , 1611 , 1619 , 1621,
& 1622 , mais encore par
Requeſte que leurs Députez
préfentérent à cet effet , Arreft
intervint le 17. Juillet 1624. par
lequel , conformément aux
Réponses faites fur ces Cahiers
, il fut ordonné que leurs
Miniftres joüiroient de l'exéption
des Tailles & autres
Impofitions pour leurs Meubles
, Penfions , & Gages feulement,
& qu'ils ne pourroient
GALANT. 9
eftre Impofez qu'à proportion
de leurs Héritages, & autres
Biens .Voila tout ce qu'ils
purent alors obtenir. Cependant
par un uſage abufif qui
ne sçauroit prévaloir fur l'Ar
reft de 1624. donné mefme fur
la Requeſte de leurs Dépu
tez , & qui n'a jamais efté révoqué
, les Miniftres qui poffedent
des Biens immeubles,
n'ont pas laiffé de jouir dans
beaucoup
de lieux de l'Exem
ption entiére de la Taille , foit
qu'on ne les ait pas diftinguez
d'avec ceux qui n'avoient
que leurs Gages &
10 MERCURE
leursMeubles ,ou qu'un nom
bre confidérable de perfonnes
de cette Religion eftant
dans ces lieux ,lors qu'ils ont
efté Collecteurs , ils les ayent
voulu favorifer , le Roy qu'on
a informé de cet abus , a crû
néceffaire d'y pourvoir , &
pour cela il a Ordonné conformément
à l'Arreft du 17
Juillet 1624. Que tous Minifires
de la Religion Prétendue
Réformée , feront compris & employez
dans les Rôles des Tailles,
à proportion des biens qu'ils pof.
fedent autres que leurs Gages,
Les Meubles quifervent à leur
GALANT. II
ufage , pour lesquels feulement
ils jouiront de l'exemption des
Tailles , nonobftant tout ce qui
pourroit eftre allegué, oppoſitions ,
autres empefchemens , aufquels
on n'aura aucun égard.
Je vous ay parlé dans mes
Lettres precédentes d'une
Déclaration du 21 Aouft dernier
, par laquelle il a efté ordonné
que ceux de la Religion
Prétendue Réformée,
ne pourront tenir Confiftoire
qu'une fois en quinze jours,
en prefence d'un Juge commis
par Sa Majefté ; & que les
deniers que ceux de cette
12 MERCURE
Religion peuvent lever fur
eux , fuivant les Edits & Dé
clarations , feront impofez
devant le Juge , le Roy efti
mant que pour l'entiére execution
de cette Déclaration ,
les Juges qui feront commis
pour affifter à ces Confiftoires,
doivent avoir connoiffan
ce de toutes les Déliberations
qui y feront prifes , & des deniers
qu'on impofera , pour
en rendre compte lors qu'il
en fera befoin , a ordonné
par fon Arreft du Confeil d'Etat
du 17. de l'autre mois ,
Que les luges qui ont efté, &
GALANT. 13
4
qui feront cy- apres commis pour
affifter à ces Confiftoires , para
pheront à la fin de chaque Affemblée
, les Déliberations qu'on
y auraprifes , les ferontfigner
par les Miniftres & Anciens,
avec défences à ceux de la Religion
Prétendue Reformée , d'en
écrire dans leurs Regiftres , ny
executer d'autres que celles qui
auront efté prifes en prefence des
Iuges commis, par eux paraphées
; comme auffi que les Rôles
des deniers que ceux de cette Religion
ont pouvoir de lever fur
eux , feront paraphez par les
mefmes luges , &fignezpar les
14 MERCURE
Miniftres Anciens , & faits
doubles , l'un defquelsfera donné
au Tuge , en prefence de qui l'Impofition
aura eftéfaite , pour l'envoyer
à M¹ le Chancelier tous
les fix mois.
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Résumé : Arrests du Conseil d'Etat, [titre d'après la table]
Le texte aborde deux arrêts du Conseil d'État relatifs aux réformés et à leurs ministres. En 1624, les réformés ont demandé l'exemption de la taille pour leurs ministres, similaire à celle des ecclésiastiques, une requête répétée entre 1602 et 1624. L'arrêt du 17 juillet 1624 accorde cette exemption uniquement pour les meubles, pensions et gages, mais impose les ministres proportionnellement à leurs héritages et autres biens. Un abus permettait à certains ministres de bénéficier d'une exemption totale sur les biens immeubles. Le roi a alors ordonné leur inclusion dans les rôles des tailles, sauf pour les gages et meubles. De plus, une déclaration du 21 août 1624 limite les consistoires des réformés à une fois tous les quinze jours en présence d'un juge royal. Les deniers levés doivent être imposés devant ce juge. Un nouvel arrêt du Conseil d'État précise que les juges doivent parapher les délibérations des consistoires et les rôles des deniers levés, et que seules les délibérations prises en présence des juges sont valides.
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9
p. 302-307
M. de Chasteaugonthier receu en survivance à la Charge de Président au Mortier du Parlement de Paris, que possède M. le Président de Bailleul son Pere, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Président de Bailleul a fait paroistre tant de zéle [...]
Mots clefs :
Mr le Président de Bailleul, Zèle, Sa Majesté, Récompense, Parlement de Paris, Fils, Voyages, Maison de Chasteaugontier, Ambassadeur, Charge, Lieutenant civil, Chancelier, Angleterre, Venise, Marquise , Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. de Chasteaugonthier receu en survivance à la Charge de Président au Mortier du Parlement de Paris, que possède M. le Président de Bailleul son Pere, [titre d'après la table]
Male Préfident de Bailleul
a fait paroiſtre tant de zéle
pour les ſervice du Roy &
pour le bien de l'Etat en plu
ſieurs occaſions , que Sa Majesté
qui cherche toûjours à
récompenfer le vray mérite,
abien voulu luy accorder la
ſurvivance de ſa Charge de
Préſident au Mortier au Par-p
lement de Paris , pour Mode
Chaſteaugontier , ſon Fils,
Conſeillerdans le meſme Par
lement , avec toutes les dill
penfes
menter ligrace que ce grand
nſes qui pouvoient au
GALANTM 303
joyez par las
Monarque luy a faite. Tout !
le monde en témoigne icy
beaucoup de joye
haute eftime qu'on a pourq
ce Préſident , dont la Mais
ſon eſt une des plus Nobles
de Normandie , où lespaño
ceſtres acquirent beaucoup
de gloire aux Voyages de
laTerre Sainte , & à la Conqueſte
d'Angleterre. MeffireT
Nicolas de Bailleul, fon Pere,ol
a eſté le premier de cette
Maiſon, qui ſe ſoit mis dans
la Robe. Il fut Conſeiller au
Parlement , & enfuite Maisq
ſtre des Requeſtes. Les mar304
MERCURE
ques d'habileté qu'il donna
dans cette Charge , obligérent
le feu Roy à luy confier
diverſesCommiffions des plus
importantes, dont il s'acquita
avec grandſuccés . Sa Majesté
l'envoya Ambaſſadeur en Savoye
; & à ſon retour , Elle
le nommaPréfident auGrand
Conſeil.Quoy que cetteCharge
fuft conſidérable , il s'en
démit pour accepter celle de
Lieutenant Civil de Paris. Il
fut éleu Prevoſt des Marchands
quelque temps apres ,
& continué pendant fix années.
En 1627. on le receut
GALANT. 305
Préſident au Mortier. Il fute
fait Chancelier de la feuë
Reyne Mere Anne d'Auftri
che, & enfin Miniſtre d'Etat :
&Sur- Intendant des Finances.
Ilmourut en 1652. apres
avoir rendu de nouveau de
grands ſervices pendant les ,
Guerres Civiles , & fur tout
dans les temps auſquels il ſe
trouva à la teſte du Parlemér..
Il laiſſa d'Elifabeth Mallier ſa
feconde Femme , Dame d'u--
ne vertu genéralement admirée
, Fille deM' du Houf
fay , Conſeiller d'Etat & In--
tendant des Finantes , &
Avril 1685. Gc
1306 MERCURE
Scoeur de feu M. FEvefque de
Tarbes, cy devantAmbaffadeuràVenise&
vers les Prin
coesd'Italie, Meffire Louys de
Bailleul , aujourd'huy Préfi
dent au Mortier, dontjevous
parle,Madame la Marquife
du Tillet veuverde Modu
Tillet , Préfident à la Cham
bre des Comptes de Paris;
Madame la Marquise diUxe
les veuve deMelle Marquis
d'Uxelles , Lieutenant General
des Armées de Sa Maje
Até Lieutenant de Royzen
Bourgogne, & Gouverneur
de la Ville & Citadellede
EGADANIM. 397
Chalons, &MadamelaMarquiſe
de S.Germain, veuve de
Mile Marquis de Saint Ger
main,Gouverneur de laHaute
& Baffe Marche. Vous voyez
parlà combien d'illuftres AL
Jiances fans celles quej'obmets/
comme plus éloignées,
accompagnent laNobleffe&
le merite deMl de Chasteau .
Gontier,dont la Femme,Fille
edepMidella Cour des Bois,
Maistre des Requeſtes ,joint
à des qualitez extraordinaireso
l'avantage d'eftre un
des plus grands Partys de
Barillas
a fait paroiſtre tant de zéle
pour les ſervice du Roy &
pour le bien de l'Etat en plu
ſieurs occaſions , que Sa Majesté
qui cherche toûjours à
récompenfer le vray mérite,
abien voulu luy accorder la
ſurvivance de ſa Charge de
Préſident au Mortier au Par-p
lement de Paris , pour Mode
Chaſteaugontier , ſon Fils,
Conſeillerdans le meſme Par
lement , avec toutes les dill
penfes
menter ligrace que ce grand
nſes qui pouvoient au
GALANTM 303
joyez par las
Monarque luy a faite. Tout !
le monde en témoigne icy
beaucoup de joye
haute eftime qu'on a pourq
ce Préſident , dont la Mais
ſon eſt une des plus Nobles
de Normandie , où lespaño
ceſtres acquirent beaucoup
de gloire aux Voyages de
laTerre Sainte , & à la Conqueſte
d'Angleterre. MeffireT
Nicolas de Bailleul, fon Pere,ol
a eſté le premier de cette
Maiſon, qui ſe ſoit mis dans
la Robe. Il fut Conſeiller au
Parlement , & enfuite Maisq
ſtre des Requeſtes. Les mar304
MERCURE
ques d'habileté qu'il donna
dans cette Charge , obligérent
le feu Roy à luy confier
diverſesCommiffions des plus
importantes, dont il s'acquita
avec grandſuccés . Sa Majesté
l'envoya Ambaſſadeur en Savoye
; & à ſon retour , Elle
le nommaPréfident auGrand
Conſeil.Quoy que cetteCharge
fuft conſidérable , il s'en
démit pour accepter celle de
Lieutenant Civil de Paris. Il
fut éleu Prevoſt des Marchands
quelque temps apres ,
& continué pendant fix années.
En 1627. on le receut
GALANT. 305
Préſident au Mortier. Il fute
fait Chancelier de la feuë
Reyne Mere Anne d'Auftri
che, & enfin Miniſtre d'Etat :
&Sur- Intendant des Finances.
Ilmourut en 1652. apres
avoir rendu de nouveau de
grands ſervices pendant les ,
Guerres Civiles , & fur tout
dans les temps auſquels il ſe
trouva à la teſte du Parlemér..
Il laiſſa d'Elifabeth Mallier ſa
feconde Femme , Dame d'u--
ne vertu genéralement admirée
, Fille deM' du Houf
fay , Conſeiller d'Etat & In--
tendant des Finantes , &
Avril 1685. Gc
1306 MERCURE
Scoeur de feu M. FEvefque de
Tarbes, cy devantAmbaffadeuràVenise&
vers les Prin
coesd'Italie, Meffire Louys de
Bailleul , aujourd'huy Préfi
dent au Mortier, dontjevous
parle,Madame la Marquife
du Tillet veuverde Modu
Tillet , Préfident à la Cham
bre des Comptes de Paris;
Madame la Marquise diUxe
les veuve deMelle Marquis
d'Uxelles , Lieutenant General
des Armées de Sa Maje
Até Lieutenant de Royzen
Bourgogne, & Gouverneur
de la Ville & Citadellede
EGADANIM. 397
Chalons, &MadamelaMarquiſe
de S.Germain, veuve de
Mile Marquis de Saint Ger
main,Gouverneur de laHaute
& Baffe Marche. Vous voyez
parlà combien d'illuftres AL
Jiances fans celles quej'obmets/
comme plus éloignées,
accompagnent laNobleffe&
le merite deMl de Chasteau .
Gontier,dont la Femme,Fille
edepMidella Cour des Bois,
Maistre des Requeſtes ,joint
à des qualitez extraordinaireso
l'avantage d'eftre un
des plus grands Partys de
Barillas
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Résumé : M. de Chasteaugonthier receu en survivance à la Charge de Président au Mortier du Parlement de Paris, que possède M. le Président de Bailleul son Pere, [titre d'après la table]
Nicolas de Bailleul, originaire d'une noble famille normande distinguée par ses exploits en Terre Sainte et lors de la conquête de l'Angleterre, débuta sa carrière comme conseiller au Parlement puis maître des Requêtes. Ses compétences lui permirent d'occuper divers postes prestigieux : ambassadeur en Savoie, président au Grand Conseil, lieutenant civil de Paris, prévôt des marchands, et enfin président à mortier en 1627. Il fut également chancelier de la reine mère Anne d'Autriche et ministre d'État, surintendant des finances. Nicolas de Bailleul décéda en 1652 après avoir servi durant les guerres civiles. Son épouse, Élisabeth Mallier, était renommée pour sa vertu. Leur fils, Louis de Bailleul, actuel président à mortier, a hérité de la charge de son père grâce à une survivance accordée par le roi en reconnaissance des services rendus par Nicolas. La famille Bailleul est également apparentée à plusieurs personnalités notables, telles que la marquise du Tillet, la marquise d'Uxelles et la marquise de Saint-Germain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 321-322
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous dire, que M. le Duc de Luynes avoit [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc, Madame, Chancelier, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
Jay oublié de vous dire,
322 MERCURE
que M. le Duc de Luynes
avoit époufé Madame de
Manneville depuis fix femaines.
Elle eft Fille de feu
M.leChancelier d'Aligre.M.
le Duc de Luynes eft Pere
de M. le Duc de Chevreuſe,
de Madame la Princeffe de
Bournonville , & de Madame
la Comteffe de Vervé.
M. de Barbanfon , que
l'on appelloit toûjours M. le
Chevalier de Nantouillet,
époufa Mademoiſelle du
Terron Colbert,dans le mef
me
temps.
322 MERCURE
que M. le Duc de Luynes
avoit époufé Madame de
Manneville depuis fix femaines.
Elle eft Fille de feu
M.leChancelier d'Aligre.M.
le Duc de Luynes eft Pere
de M. le Duc de Chevreuſe,
de Madame la Princeffe de
Bournonville , & de Madame
la Comteffe de Vervé.
M. de Barbanfon , que
l'on appelloit toûjours M. le
Chevalier de Nantouillet,
époufa Mademoiſelle du
Terron Colbert,dans le mef
me
temps.
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11
p. 351-352
Charges remplies dans la Maison de Monsieur. [titre d'après la table]
Début :
de Boisfrant a esté pourveu peu de jours de la [...]
Mots clefs :
Charge, Maison, Prince, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Charges remplies dans la Maison de Monsieur. [titre d'après la table]
de Boisfrantaesté pouryeu,
is peu de jours delaCharge
hancelier Chef du Conseil
1.o1:)sieur, dont la survivance
5. accordée en mesme temps
deBoisfrant sonFils,Maistre
equestes; & MrdeBecha- eu la Charge de Surinten
dant de la Maison de ce Prince,
qu'avoit cy-devant Mr de Boisfrant.
is peu de jours delaCharge
hancelier Chef du Conseil
1.o1:)sieur, dont la survivance
5. accordée en mesme temps
deBoisfrant sonFils,Maistre
equestes; & MrdeBecha- eu la Charge de Surinten
dant de la Maison de ce Prince,
qu'avoit cy-devant Mr de Boisfrant.
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12
p. 68-70
SUR LA MORT de Monsieur le Tellier. SONNET.
Début :
LE TELLIER si pieux, si prudent & si sage, [...]
Mots clefs :
Ministre, Décès, Chancelier, Vertus, Illustre, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT de Monsieur le Tellier. SONNET.
SUR LA MORT
de Monfieur le Tellier.
SONNET.
E TELLIER fi pieux , fi prudent
& fi fage ,
Ce Miniftre fi grand ' , qui ſoms trois
de nos Rois
du Mercure Galant . 69
A ven voler fon Nom par tout où
leurs Exploits
Ont fignalé leur bras, & montré leur
courage.
Ce fçavant Chancelier, la gloire de notre
âge,
Qui fit l'heureux Hymen des Vertus
des Loix ,
Par qui toute la Terre admira tant
de fois
Les hautfaits de LOVIS avec tant
d'avantage.
>
Cet illuftre mortel , ce grand Homme
n'est plus
Toutefois nos foupirs , nos pleurs font
Superflus
Ses travaux revivront à jamais dans
Hiftoire.
**
Si le Ciel l'a ravy relevant nos Autels
,
Tout plein d'ans & d'honneur dans le
fein de la Gloire ,
7.0
Extraordinaire
Son merite l'a mis au rang des immortels.
de Monfieur le Tellier.
SONNET.
E TELLIER fi pieux , fi prudent
& fi fage ,
Ce Miniftre fi grand ' , qui ſoms trois
de nos Rois
du Mercure Galant . 69
A ven voler fon Nom par tout où
leurs Exploits
Ont fignalé leur bras, & montré leur
courage.
Ce fçavant Chancelier, la gloire de notre
âge,
Qui fit l'heureux Hymen des Vertus
des Loix ,
Par qui toute la Terre admira tant
de fois
Les hautfaits de LOVIS avec tant
d'avantage.
>
Cet illuftre mortel , ce grand Homme
n'est plus
Toutefois nos foupirs , nos pleurs font
Superflus
Ses travaux revivront à jamais dans
Hiftoire.
**
Si le Ciel l'a ravy relevant nos Autels
,
Tout plein d'ans & d'honneur dans le
fein de la Gloire ,
7.0
Extraordinaire
Son merite l'a mis au rang des immortels.
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Résumé : SUR LA MORT de Monsieur le Tellier. SONNET.
Le sonnet 'Sur la mort' célèbre Monsieur le Tellier, homme pieux, prudent et sage, ayant servi trois rois. Ses exploits et contributions juridiques sont reconnus. Ses mérites et travaux perdureront dans l'histoire, le plaçant parmi les immortels malgré sa mort honorable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 106-127
ODE.
Début :
La triste Nouvelle que je vous ay fait attendre sans / PRetendez vous toûjours avec les cri de guerre [...]
Mots clefs :
Chancelier, Décès, Ministre, Sagesse, Louanges, Guerriers, Louis, Auguste monarque, Héros, Gloire, Fortune, Actions héroïques, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
La trifte Nouvelle que je
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
Fermer
Résumé : ODE.
La lettre annonce la mort de Michel Le Tellier, un ministre sage et respecté, dont la disparition a provoqué une grande tristesse en France. Une ode écrite par M. Magnin célèbre les qualités de Le Tellier, qu'il n'avait pas osé révéler de son vivant par modestie. Cette ode le décrit comme un homme juste et vertueux, apprécié par le roi Louis XIV, qui l'avait nommé chancelier. Le Tellier est loué pour sa sagesse, son équité et sa fidélité constante à l'autorité royale, même dans les périodes tumultueuses. Il est comparé à un marin navigant sereinement malgré les tempêtes, symbolisant sa capacité à gérer les crises avec calme et habileté. L'auteur invite à méditer sur la vie exemplaire de Le Tellier, marquée par une conduite droite et une loyauté inébranlable. Le texte rend également hommage au ministre Louvois, décrit comme un héros dont la carrière est marquée par une constance et une régularité exemplaires. Louvois maintient sa faveur à la cour et vieillit sans jamais rencontrer d'exemples semblables de fermeté. Grâce à sa prudence et son application à ses devoirs, il parvient à éviter les entraves. Son caractère est marqué par une tranquillité et une égalité d'humeur constantes, même face aux honneurs et aux dignités. Il utilise ses biens et ses honneurs avec modestie, guidé par une sagesse supérieure. Ses vertus domestiques sont la base de ses actions héroïques, et il se distingue par une ambition pure et sincère, visant à plaire à Dieu et à son roi. Louvois est comparé à un palmier auguste, florissant sous Louis XIV, et sa gloire est destinée à être immortelle. Le texte se termine par un hommage à Louvois, souhaitant qu'il continue à honorer la France et à inspirer les générations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 127-161
Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Vous voyez par cette Ode les choses generales qui sont [...]
Mots clefs :
Chancelier, Grand Ministre, Emplois, Conseiller, Procureur du roi, Zèle, Altesse royale, Charges, Auguste monarque, Souverain, Armée, Règne, Négociations, Louanges, Chancellerie, Moeurs, Maladie, Chrétien, Éloge funèbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Vous voyez par cette Ode
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
Fermer
Résumé : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Michel Le Tellier, ministre distingué, a connu une carrière riche en responsabilités et en honneurs. En 1623, il débuta comme conseiller au Grand Conseil. Par la suite, il occupa les postes de Procureur du Roi au Châtelet, Maître des Requêtes, Intendant de Justice en Italie, et Ambassadeur auprès des Altesses Royales de Savoie. À son retour, il fut nommé Secrétaire d'État chargé de la Guerre, où il se démarqua par son efficacité. Il devint ministre et servit loyalement le roi durant des périodes tumultueuses, jouant un rôle clé dans la défense de la Guyenne et d'Arras. Sa gestion du Département de la Guerre fut particulièrement saluée. En 1677, il fut promu Chancelier et Garde des Sceaux de France, une nomination unanimement applaudie. Le procureur général et l'abbé Fléchier vantèrent ses qualités, son esprit perspicace, et ses services rendus en Italie, en France durant la régence, et sous Louis XIV. Malgré son grand âge, Le Tellier continua à exercer ses fonctions avec zèle. Il signa l'Édit de Fontainebleau peu avant son décès, survenu paisiblement le 30 octobre à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Respecté pour sa modération et sa vertu, il fut pleuré par le peuple et sa famille, qui soulignèrent ses services et son intégrité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 161-190
Choix que le Roy fait de Mr de Boucherat, pour remplir la place de Chancelier de France, avec tout ce qui regarde cet article, & ce qui a suivy ce choix. [titre d'après la table]
Début :
L'assiduité laborieuse & toute reguliere avec laquelle ce Prince [...]
Mots clefs :
Louis Boucherat, Chancelier, Parlement, Conseiller, Emplois, Maître des requêtes, Justice, Chambres, Prince, Dignité, Commissaires, Honneur, Intendant, Monarque, Mérite, Famille, Comptes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Choix que le Roy fait de Mr de Boucherat, pour remplir la place de Chancelier de France, avec tout ce qui regarde cet article, & ce qui a suivy ce choix. [titre d'après la table]
L'affiduité laboricufe &
toute reguliere avec laquelle
ce Prince s'attache au gouvernement
de fon Etat , luy
donne une connoiffance par
faite de tous les grands Hom
mes de fon Royaume ; & if
en juge par les chofes qu'il
leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Confeils
où il eft prefent , par le
zele qu'ils témoignent en
s'acquittant des emplois qu'il
leur confie , par le rapport
qu'ils font des grandes affai
*
Novembre 1685 . O
162 MERCURE
res dont il les charge , & par
mille autres endroits que
nous ne connoiſſons
pas, &
par lefquels ce Monarque
éprouve la capacité, le merite
, & l'exacte maniere de
rendre juſtice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes
Dignitez. Ces raiſons qui
font extremément
glorieufes
à Mr Boucherat , n'ont pas
laiffé long- temps balancer le
Roy fur le choix d'un nouveau
Chancelier
. Comme ce
grand Prince fait toutes chofes
de fon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT. 163
brigues , & qu'on n'ofe pas
meſme en faire , parce qu'on
fçait que non feulement elles
feroient inutiles auprés
de luy , mais encore qu'il les
condamneroit avec une jufte
ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majefté declaraft fon
choix qu'Elle fçavoit feule ,
& M de Boucherat mefme
dormoit tranquillement lorf
que le Roy l'envoya querir à
neuf heures du foir , ce qui
fait connoiftre qu'il n'avoit
point l'efprit agité de ces
cruelles inquietudes que dóne
un devorant defir de s'é-
O ij
164 MERCURE
·
lever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux
qui font attaquez d'une paffion
fi violete , M' Boucherat
fe leva, & vint trouver leRoy,
qui fans ceffe occupé des affaires
de fon Etat , travailloit
feul dans fon Cabinet. Sa
Majefté luy declara qu'Elle
le faifoit Chancelier de France,
& en mefme temps luy
donna les Seaux. Ce Prince
ne faifant jamais de Dons
qu'il ne les accompagne de
paroles obligeantes , & d'agrémens
qui en augmentent
encore le prix , quelques
GALANT. 165
grands qu'ils puiffent eftre ,
il dit à M' Boucherat , Qu'en
le faifant Chancelier, il luy demandoit
une chofe , qui eftoit de
l'eftre long-temps. Ce nouveau
Chancelier
fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , pour
luy faire les tres-humbles remerciemens
, & ne fongea
point en ce moment à la
grandeur de la Dignité où
ce Prince l'élevoit , mais
au glorieux avantage qu'il
avoit d'eftre choify par
un Roy , dont le difcernement
eft fi jufte , & dont
les choix font fi applau
166 MERCURE
dis . En effet , eftre nommé
Chef de la Juſtice par
LOUIS le Grand , c'eſt un
titre qui le fera diftinguer à
la Pofterité de tous les Chan:
celiers qui n'ont pas efté de
ce regne des miracles. S'il eſtoit
permis d'entrer dans les
fecrets mouvemens du coeur,
je dirois que peut- eſtre en
cet inftant il s'en falut peu
que M Boucherat ne fe cruft
en luy-mefme le plus grand
de tous les Hommes , puis
qu'il recevoit de fi éclatantes
marques d'eftime du plus.
grand de tous les Rois .
GALANT. 167
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majefté , il faut
vous faire connoiftre les divers
Emplois , & la Maiſon
de ce nouveau Chancelier.
Il fe nomme Louis Boucherat
, & eft Seigneur de Compans
en France . Il fut d'abord
Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeiller
au Parlement de Paris , &
Commiffaire aux Requeſtes
du Palais en 1641. & enfuite
Maistre des Requeftes, Inten
dant de Juftice à Soiffons , &
en Languedoc , Confeiller
d'Etat ordinaire , Confeiller
(
168 MERCURE
d'Honneur au Parlement de
Paris , & Confeiller au Cons
feil Royal des Finances de Sa
Majeſté en 1681. Son zele pour
le fervice du Roy , & l'intereft
du Public , a éclaté dans
rous ces emplois avec une
approbation generale ; ce qui
a fait que depuis l'année 1657,
jufqu'en 1679. il a eſté auffi
Commiffaire de Sa Majefté
aux Etats de Bretagne . En
1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recher
che des Ufurpateurs du titre
de Nobleffe ; & au mois de
Mars 1672. il eut l'honneur
d'eftre
1
GALANT
. 199
d'eftre un des fix Confeillers
d'Etat que Sa Majesté nomma
pour l'affifter lors qu'Elle
tenoit le Sceau en perfonne.
En 1673. il fut étably un des
Commiffaires de la Chambre
Royale,pour la Réunion des
Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679 , il en fut fait
Prefident. Il fut auffi un des
Commiffaires choifis en 1674
pour juger fouverainement
fe Procez des Acufez de Crimes
contre l'Etat, & en 1679.
il fut Commiffaire & Prefident
de la Chambre Souveraine
établie à l'Arſenal pour
Novembre
1685. P
170 MERCURE
la recherche des Crimes de
Poiſon. En 1683. Sa Majeſté
le fit Chef de la Commiffion
pour le Procez des Treforiers
Provinciaux des Guerres , &
le premier de ce mois , Elle
l'a nommé Chancelier &Garde
des Sceaux de France.
Mr Boucherat , qui vient
d'eftre revétu d'une Dignité
fi éminente, a eu deux Filles
d'Anne Marchant fa premiere
Femme. La premiere eſt
Magdeleine Boucherat,Fem
me d'Henry de Fourcy , Prefident
en la troifiéme Cham
bre des Enquestes du ParleGALANT.
171
ment , & Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris.
La feconde eft Catherine
Boucherat , Femme en premicres
Noces d'Henry de
Nefmond S de Saint Difan ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Juftice à Limoges
; & en fecondes Noces
d'Antoine Barillon S' de Morangis
, Maiſtre des Requeſtes
, Intendant à Caën, & cydevant.
Intendant à Metz &
Alençon , Frere de Paul de
Barillon de Morangis, Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Ambafladeur Extraordinaire
Pij
172 MERCUR- E
de Sa Majefté en Angleterre,
De la feconde Femme de M
le Chancelier , nommée Anne
Françoiſe de Lomenie ,
Veuve de Jean de Bretel S
de Gremonville, Maiftre des
Requeſtes , & Intendant en
Champagne , d'une Famille
qui a donné divers Secretaires
d'Eftat , eft venuë Françoife
-Louife-Marie Boucherat,
mariée à Nicolas - Augufte
de Harlay, Comte de Coeli
, & Seigneur de Bonnoeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juftice en Bourgogne
, cy - devant l'un des
GALANT. 173
deux Ambaffadeurs Extraor
dinaires & Plenipotentiaires
de France à l'Affemblée de
Francfort , & aux Conferences
de l'Empire. Le Pere de
Mile Chancelier, eftoit Jean
Boucherat s d'Athis prés
Lonjumeau, Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris ; &
fon Aycul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes
.
Cette Famille porte d'azur
au Cog d'or , & defcend de
Pierre Boucherat S ' de la For
geValcon, Procureur du Roy
à Troyes , l'an 1420. Elle a
Piij
174 MERCURE
donné diverſes perſonnes de
confideration . Nicolas Boucherat
Docteur en Theolo
gie de la Faculté de Paris, Religieux
& Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente,
où il fit paroiftre fa doctrine
& fa prudence , & obtint la
confirmation des Droits &
Privileges de fon Ordre. Enfuite
il fut éleu Abbé & General
de l'Ordre de Citeaux,
&Confeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII . defquels il ob
-
GALANT. 175
tint divers Droits à l'avantage
de fon Ordre. Charles IX.
& Henry III . l'honorerent
de leur eftime , & luy donnerent
diverfes Commiffions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avecfuccés . Il mourut
le 12. Mars 1596. & fut inhu
mé prés le grand Autel de
l'Eglife de Citeaux . Nicolas
Boucherat fon Neveu , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris, Religieux auffi
de Citeaux, paffa à l'imitation
de fon Oncle, par les principales
Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Ab-
P iiij
176 MERCURE
bé de Vaucelles , Coadjuteur
du General de Citeaux, & en
1604. Abbé & General de cet
Ordre , & Confeiller né au
Parlement de Dijon . Pendant
fon Adminiſtration , il vifita
les Monafteres de fon Ordre
en France , Franche- Comté
Suiffe,haute & baffe Allema
gne , Boheme , Hongrie &
Pais-bas. Il les reforma par
fon exemple , & y établit une
exacte rectitude de la Vie
Monaſtique , & une abſtinence
continuelle de viande.
Il fut deputé diverfes fois
vers les Rois Henry le Grand
"
GALANT. 177
& Louis le Jufte, prefida aux
Etats de Bourgogne , affifta
aux Etats generaux de Fran
ce , tint cinq Chapitres ge
neraux de fon Ordre, & infti
tua le Seminaire de Dole. II
mourut le 3. May 1625. & fut
inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé
de Pontigny en Bourgogne,
fut Vicaire general de l'Ordre
de Citeaux. Claude Bou+
cherat a efté auffi Abbé de
Pontigny. Jacques Boucherat
fut homme d'armes de la
Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy, fous la conduite
178 MERCURE
•
de M' de Pralin , & enfuite
Maiftre d'Hoſtel de Sa Ma
jefté. Jean Boucherat S de
Nogent , a efté Capitaine au
Regiment de Duras . Edmont
Boucherat celebre Avocat
au Parlement de Paris,
fut enfuite Avocat General
au mefme Parlement fous
Henry II . Guillaume Boucherat
fut pourveu de la
Charge de Prefident aux Enqueftes
du Parlement de Paris
, & mourut avant qu'il y
fuft receu. Edmond Bouche
rat 5' de la Mothe,a efté Confeiller
au Grand Confeil
GALANT. 179
Guillaume Boucherat Abbé
de Saint Sever & Prieur de
Nenteuil , fut receu Confeiller
au Parlement de Paris en
1646.La Mere de M' le Chancelier
fe nommoit Catherine
de Machault , d'une ancienne
Famille , qui a donné divers
Prefidens & Confeillers
aux Parlement de Paris ,Grad
Confeil , Cour des Aides , &
autres Compagnies Supe
rieures , divers Confeillers
d'Etat , Maiftres des Reques
queftes , & Intendans de Ju
ftice . Son Aycule Marie Perrot
, eftoit d'une Famille qui
180 MERCURE
}
a donné divers Confeillers
au Parlement. Sa Bifayeule
Louife le Coq , Femme de
Baptifte de Machault Confeiller
au Parlement , eftoit
Fille de Charles le Coq Prefident
en la Cour des Mon.
noyes , & defcendoit du celebre
Jean le Coq Avocat
General au Parlement de
Paris , qui a laiffé un Traité
confiderable des Decifions
du Parlement de fon temps,
& cette Famille a donné di
vers Maiſtres des Requeſtes
& Confeillers au Parlement.
Il y a peu de Familles qui
GALANT. 181
fe puiffent vanter d'autant
d'avantages , foit du coſté de
la naiffance & des alliances ,
foit du cofté des Dignitez
Ecclefiaftiques , ou de celles
de Robe & d'Epée, & de plus
d'ancienneté
à l'égard de ces
Dignitez , qui ont rendu illuftre
le nom de Boucherat ,fur
tout dans le plus augufte Senat
du monde , & dans les
Conciles generaux. Mais il
n'eftoit pas befoin que Mr.
Boucherat tiraft tant de gloire
du cofté de ſes Anceſtres,
puis qu'il ne doit qu'à luymefme
la premiere Dignité
182 MERCURE
de la Robe, dont Sa Majefté
le vient d'honorer. Il ne faut
pour cela que jetter les yeux
fur les diferens Emplois qu
Elle luy a confiez , pour lef
quels il devoit avoir l'intelligence
parfaite de toutes fortes
de Loix , fçavoir les Coûtumes
des Provinces , connoître
à fonds les Finances ,
ne rien ignorer de tout ce
qui regarde les matieres Civiles
& Criminelles , avoir
une forte pénetration d'ef
prit , & eftre porté à rendre
la plus exacte juftice.Le Roy
ayant connu par les diffeGALANT.
183
ress Emplois que M ' de Boucherata
exercez , & par ceux
de confiance qu'il luy a donnez
, qu'il poffedoit toutes
les qualitez qu'on peut fou .
haiter dans un Chancelier de
France, il ne faut pas s'étonner
fi Sa Majeſté ayant ainſi
éprouvé fa capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute
Dignité où tout le monde le
voit avec joye. Quoy que
tant de grands & divers emplois
l'ayent toûjours extremément
occupé , il n'a pas
laifféde donner beaucoup de
temps à l'étude , & il a au-
•
184 MERCURE
tant d'érudition que de
politeſſe. Sa pieté eſt connuë,
& chacun fçait combien
les interefts de la Religion
luy ont efté chers quad
il s'eft agy de les foûtenir . II
eft civil & obligeant
, & a
toûjours efté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perfonnes de merite. Le fien
eft fi grand, & fa capacité fi
folidement établie , que Meffieurs
de la Chambre des
Comptes en eſtant convaincus
dés le temps qu'il fe prefenta
pour la Charge de Correcteur
, ordonnerent qu'il
GALANT. 18%
y
feroit receu fans Examen.
a lieu d'efperer qu'on le
verra long-temps Chancelier
, puis qu'on affeure que
Mr Boucherat fon Pere , qui
a efté Doyen de cette Chambre
, eft mort âgé de quatre--
vingt-douze ans.
A peine fceut - on que le
Roy l'avoit honoré de cette
importante Charge, que tous
les Corps de Juftice & autres,
fe préparerent à luy en aller
faire leurs Complimens. Les
grands Emplois qui luy ont
efté confiez en divers temps,
leur en fourniffant une am-
Novembre 1685. Q
186 MERCURE
3
ple matiere , ils furent bien
toft en eftat de s'acquitter
d'un devoir fi jufte . La
Chambre
des Comptes
, &
le Grand Confeil y allerent.
Le Parlement, & la Cour des
Aydes, n'y doivent aller qu'-
aprés que les Lettres auront
efté prefentées au Parlement.
On ne peut trop admirer la
memoire & la preſence d'ef
prit de ce digne Chef de la
Juſtice , qui pour répondre à
chaque Compliment , en reprenoit
tout le fens , & s'expliquoit
fur tous les articles
avec une netteté furprenanGALANT.
187
te. Il fit plus , & marqua mefme
à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere
fort honnefte , qu'il fçavoir
qu'il s'y eftoit gliffé des
abus aufquels il falloit remedier
. L'Univerfité l'ayant ha
rangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy ,
il ne devoit parler que la Lan .
gue de ce Monarque; & pour
faire voir que la Latine ne
laiffoit pas de luy eftre fami
liere , il s'en fervit fur la fin
de fa réponſe , avec des expreffions
qui faifoient con-
Q ij.
188 MERCURE
noiftre qu'il la poffedoit parfaitement.
Il a pareillement
receu les Complimens de la
Cour des Monnoyes . M' de
Chauvry qui en eft premier
Prefident , porta la parole .
Les Treforiers de France fe
font auffi acquittez du mef
me devoir par la bouche de
M' de Varoquier, Doyen des
Chevaliers de Saint Michel,
& Prefident au Bureau des
Finances. Il eft d'une naiſſan
ce diftinguée . M' de l'Academie
Françoiſe l'ont auffi
complimenté. M* Boyer,qui
eft prefentement Chancelier
GALANT. 189
de leur Compagnie , parla
avec la jufteffe ordinaire aux
Academiciens. Je vous entretiendray
plus amplement
le mois prochain de tous ces
Complimens , & vous en envoyeray
quelques -uns . J'oubliois
à vous marquer , que
la premiere fois que M³ le
Chancelier donnaSceau, il fit
voir que quoy qu'il ne duft
pas encore avoir toutes les
fumieres que donne une longue
foction dans cette Charge,
il ne pouvoit ñeanmoins
eftre furpris ; il refuſa de
feeller quantité de choſes ,
190 MERCURE
qui n'eftoient pas confor
mes aux Ordonnances .
toute reguliere avec laquelle
ce Prince s'attache au gouvernement
de fon Etat , luy
donne une connoiffance par
faite de tous les grands Hom
mes de fon Royaume ; & if
en juge par les chofes qu'il
leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Confeils
où il eft prefent , par le
zele qu'ils témoignent en
s'acquittant des emplois qu'il
leur confie , par le rapport
qu'ils font des grandes affai
*
Novembre 1685 . O
162 MERCURE
res dont il les charge , & par
mille autres endroits que
nous ne connoiſſons
pas, &
par lefquels ce Monarque
éprouve la capacité, le merite
, & l'exacte maniere de
rendre juſtice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes
Dignitez. Ces raiſons qui
font extremément
glorieufes
à Mr Boucherat , n'ont pas
laiffé long- temps balancer le
Roy fur le choix d'un nouveau
Chancelier
. Comme ce
grand Prince fait toutes chofes
de fon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT. 163
brigues , & qu'on n'ofe pas
meſme en faire , parce qu'on
fçait que non feulement elles
feroient inutiles auprés
de luy , mais encore qu'il les
condamneroit avec une jufte
ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majefté declaraft fon
choix qu'Elle fçavoit feule ,
& M de Boucherat mefme
dormoit tranquillement lorf
que le Roy l'envoya querir à
neuf heures du foir , ce qui
fait connoiftre qu'il n'avoit
point l'efprit agité de ces
cruelles inquietudes que dóne
un devorant defir de s'é-
O ij
164 MERCURE
·
lever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux
qui font attaquez d'une paffion
fi violete , M' Boucherat
fe leva, & vint trouver leRoy,
qui fans ceffe occupé des affaires
de fon Etat , travailloit
feul dans fon Cabinet. Sa
Majefté luy declara qu'Elle
le faifoit Chancelier de France,
& en mefme temps luy
donna les Seaux. Ce Prince
ne faifant jamais de Dons
qu'il ne les accompagne de
paroles obligeantes , & d'agrémens
qui en augmentent
encore le prix , quelques
GALANT. 165
grands qu'ils puiffent eftre ,
il dit à M' Boucherat , Qu'en
le faifant Chancelier, il luy demandoit
une chofe , qui eftoit de
l'eftre long-temps. Ce nouveau
Chancelier
fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , pour
luy faire les tres-humbles remerciemens
, & ne fongea
point en ce moment à la
grandeur de la Dignité où
ce Prince l'élevoit , mais
au glorieux avantage qu'il
avoit d'eftre choify par
un Roy , dont le difcernement
eft fi jufte , & dont
les choix font fi applau
166 MERCURE
dis . En effet , eftre nommé
Chef de la Juſtice par
LOUIS le Grand , c'eſt un
titre qui le fera diftinguer à
la Pofterité de tous les Chan:
celiers qui n'ont pas efté de
ce regne des miracles. S'il eſtoit
permis d'entrer dans les
fecrets mouvemens du coeur,
je dirois que peut- eſtre en
cet inftant il s'en falut peu
que M Boucherat ne fe cruft
en luy-mefme le plus grand
de tous les Hommes , puis
qu'il recevoit de fi éclatantes
marques d'eftime du plus.
grand de tous les Rois .
GALANT. 167
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majefté , il faut
vous faire connoiftre les divers
Emplois , & la Maiſon
de ce nouveau Chancelier.
Il fe nomme Louis Boucherat
, & eft Seigneur de Compans
en France . Il fut d'abord
Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeiller
au Parlement de Paris , &
Commiffaire aux Requeſtes
du Palais en 1641. & enfuite
Maistre des Requeftes, Inten
dant de Juftice à Soiffons , &
en Languedoc , Confeiller
d'Etat ordinaire , Confeiller
(
168 MERCURE
d'Honneur au Parlement de
Paris , & Confeiller au Cons
feil Royal des Finances de Sa
Majeſté en 1681. Son zele pour
le fervice du Roy , & l'intereft
du Public , a éclaté dans
rous ces emplois avec une
approbation generale ; ce qui
a fait que depuis l'année 1657,
jufqu'en 1679. il a eſté auffi
Commiffaire de Sa Majefté
aux Etats de Bretagne . En
1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recher
che des Ufurpateurs du titre
de Nobleffe ; & au mois de
Mars 1672. il eut l'honneur
d'eftre
1
GALANT
. 199
d'eftre un des fix Confeillers
d'Etat que Sa Majesté nomma
pour l'affifter lors qu'Elle
tenoit le Sceau en perfonne.
En 1673. il fut étably un des
Commiffaires de la Chambre
Royale,pour la Réunion des
Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679 , il en fut fait
Prefident. Il fut auffi un des
Commiffaires choifis en 1674
pour juger fouverainement
fe Procez des Acufez de Crimes
contre l'Etat, & en 1679.
il fut Commiffaire & Prefident
de la Chambre Souveraine
établie à l'Arſenal pour
Novembre
1685. P
170 MERCURE
la recherche des Crimes de
Poiſon. En 1683. Sa Majeſté
le fit Chef de la Commiffion
pour le Procez des Treforiers
Provinciaux des Guerres , &
le premier de ce mois , Elle
l'a nommé Chancelier &Garde
des Sceaux de France.
Mr Boucherat , qui vient
d'eftre revétu d'une Dignité
fi éminente, a eu deux Filles
d'Anne Marchant fa premiere
Femme. La premiere eſt
Magdeleine Boucherat,Fem
me d'Henry de Fourcy , Prefident
en la troifiéme Cham
bre des Enquestes du ParleGALANT.
171
ment , & Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris.
La feconde eft Catherine
Boucherat , Femme en premicres
Noces d'Henry de
Nefmond S de Saint Difan ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Juftice à Limoges
; & en fecondes Noces
d'Antoine Barillon S' de Morangis
, Maiſtre des Requeſtes
, Intendant à Caën, & cydevant.
Intendant à Metz &
Alençon , Frere de Paul de
Barillon de Morangis, Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Ambafladeur Extraordinaire
Pij
172 MERCUR- E
de Sa Majefté en Angleterre,
De la feconde Femme de M
le Chancelier , nommée Anne
Françoiſe de Lomenie ,
Veuve de Jean de Bretel S
de Gremonville, Maiftre des
Requeſtes , & Intendant en
Champagne , d'une Famille
qui a donné divers Secretaires
d'Eftat , eft venuë Françoife
-Louife-Marie Boucherat,
mariée à Nicolas - Augufte
de Harlay, Comte de Coeli
, & Seigneur de Bonnoeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juftice en Bourgogne
, cy - devant l'un des
GALANT. 173
deux Ambaffadeurs Extraor
dinaires & Plenipotentiaires
de France à l'Affemblée de
Francfort , & aux Conferences
de l'Empire. Le Pere de
Mile Chancelier, eftoit Jean
Boucherat s d'Athis prés
Lonjumeau, Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris ; &
fon Aycul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes
.
Cette Famille porte d'azur
au Cog d'or , & defcend de
Pierre Boucherat S ' de la For
geValcon, Procureur du Roy
à Troyes , l'an 1420. Elle a
Piij
174 MERCURE
donné diverſes perſonnes de
confideration . Nicolas Boucherat
Docteur en Theolo
gie de la Faculté de Paris, Religieux
& Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente,
où il fit paroiftre fa doctrine
& fa prudence , & obtint la
confirmation des Droits &
Privileges de fon Ordre. Enfuite
il fut éleu Abbé & General
de l'Ordre de Citeaux,
&Confeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII . defquels il ob
-
GALANT. 175
tint divers Droits à l'avantage
de fon Ordre. Charles IX.
& Henry III . l'honorerent
de leur eftime , & luy donnerent
diverfes Commiffions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avecfuccés . Il mourut
le 12. Mars 1596. & fut inhu
mé prés le grand Autel de
l'Eglife de Citeaux . Nicolas
Boucherat fon Neveu , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris, Religieux auffi
de Citeaux, paffa à l'imitation
de fon Oncle, par les principales
Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Ab-
P iiij
176 MERCURE
bé de Vaucelles , Coadjuteur
du General de Citeaux, & en
1604. Abbé & General de cet
Ordre , & Confeiller né au
Parlement de Dijon . Pendant
fon Adminiſtration , il vifita
les Monafteres de fon Ordre
en France , Franche- Comté
Suiffe,haute & baffe Allema
gne , Boheme , Hongrie &
Pais-bas. Il les reforma par
fon exemple , & y établit une
exacte rectitude de la Vie
Monaſtique , & une abſtinence
continuelle de viande.
Il fut deputé diverfes fois
vers les Rois Henry le Grand
"
GALANT. 177
& Louis le Jufte, prefida aux
Etats de Bourgogne , affifta
aux Etats generaux de Fran
ce , tint cinq Chapitres ge
neraux de fon Ordre, & infti
tua le Seminaire de Dole. II
mourut le 3. May 1625. & fut
inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé
de Pontigny en Bourgogne,
fut Vicaire general de l'Ordre
de Citeaux. Claude Bou+
cherat a efté auffi Abbé de
Pontigny. Jacques Boucherat
fut homme d'armes de la
Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy, fous la conduite
178 MERCURE
•
de M' de Pralin , & enfuite
Maiftre d'Hoſtel de Sa Ma
jefté. Jean Boucherat S de
Nogent , a efté Capitaine au
Regiment de Duras . Edmont
Boucherat celebre Avocat
au Parlement de Paris,
fut enfuite Avocat General
au mefme Parlement fous
Henry II . Guillaume Boucherat
fut pourveu de la
Charge de Prefident aux Enqueftes
du Parlement de Paris
, & mourut avant qu'il y
fuft receu. Edmond Bouche
rat 5' de la Mothe,a efté Confeiller
au Grand Confeil
GALANT. 179
Guillaume Boucherat Abbé
de Saint Sever & Prieur de
Nenteuil , fut receu Confeiller
au Parlement de Paris en
1646.La Mere de M' le Chancelier
fe nommoit Catherine
de Machault , d'une ancienne
Famille , qui a donné divers
Prefidens & Confeillers
aux Parlement de Paris ,Grad
Confeil , Cour des Aides , &
autres Compagnies Supe
rieures , divers Confeillers
d'Etat , Maiftres des Reques
queftes , & Intendans de Ju
ftice . Son Aycule Marie Perrot
, eftoit d'une Famille qui
180 MERCURE
}
a donné divers Confeillers
au Parlement. Sa Bifayeule
Louife le Coq , Femme de
Baptifte de Machault Confeiller
au Parlement , eftoit
Fille de Charles le Coq Prefident
en la Cour des Mon.
noyes , & defcendoit du celebre
Jean le Coq Avocat
General au Parlement de
Paris , qui a laiffé un Traité
confiderable des Decifions
du Parlement de fon temps,
& cette Famille a donné di
vers Maiſtres des Requeſtes
& Confeillers au Parlement.
Il y a peu de Familles qui
GALANT. 181
fe puiffent vanter d'autant
d'avantages , foit du coſté de
la naiffance & des alliances ,
foit du cofté des Dignitez
Ecclefiaftiques , ou de celles
de Robe & d'Epée, & de plus
d'ancienneté
à l'égard de ces
Dignitez , qui ont rendu illuftre
le nom de Boucherat ,fur
tout dans le plus augufte Senat
du monde , & dans les
Conciles generaux. Mais il
n'eftoit pas befoin que Mr.
Boucherat tiraft tant de gloire
du cofté de ſes Anceſtres,
puis qu'il ne doit qu'à luymefme
la premiere Dignité
182 MERCURE
de la Robe, dont Sa Majefté
le vient d'honorer. Il ne faut
pour cela que jetter les yeux
fur les diferens Emplois qu
Elle luy a confiez , pour lef
quels il devoit avoir l'intelligence
parfaite de toutes fortes
de Loix , fçavoir les Coûtumes
des Provinces , connoître
à fonds les Finances ,
ne rien ignorer de tout ce
qui regarde les matieres Civiles
& Criminelles , avoir
une forte pénetration d'ef
prit , & eftre porté à rendre
la plus exacte juftice.Le Roy
ayant connu par les diffeGALANT.
183
ress Emplois que M ' de Boucherata
exercez , & par ceux
de confiance qu'il luy a donnez
, qu'il poffedoit toutes
les qualitez qu'on peut fou .
haiter dans un Chancelier de
France, il ne faut pas s'étonner
fi Sa Majeſté ayant ainſi
éprouvé fa capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute
Dignité où tout le monde le
voit avec joye. Quoy que
tant de grands & divers emplois
l'ayent toûjours extremément
occupé , il n'a pas
laifféde donner beaucoup de
temps à l'étude , & il a au-
•
184 MERCURE
tant d'érudition que de
politeſſe. Sa pieté eſt connuë,
& chacun fçait combien
les interefts de la Religion
luy ont efté chers quad
il s'eft agy de les foûtenir . II
eft civil & obligeant
, & a
toûjours efté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perfonnes de merite. Le fien
eft fi grand, & fa capacité fi
folidement établie , que Meffieurs
de la Chambre des
Comptes en eſtant convaincus
dés le temps qu'il fe prefenta
pour la Charge de Correcteur
, ordonnerent qu'il
GALANT. 18%
y
feroit receu fans Examen.
a lieu d'efperer qu'on le
verra long-temps Chancelier
, puis qu'on affeure que
Mr Boucherat fon Pere , qui
a efté Doyen de cette Chambre
, eft mort âgé de quatre--
vingt-douze ans.
A peine fceut - on que le
Roy l'avoit honoré de cette
importante Charge, que tous
les Corps de Juftice & autres,
fe préparerent à luy en aller
faire leurs Complimens. Les
grands Emplois qui luy ont
efté confiez en divers temps,
leur en fourniffant une am-
Novembre 1685. Q
186 MERCURE
3
ple matiere , ils furent bien
toft en eftat de s'acquitter
d'un devoir fi jufte . La
Chambre
des Comptes
, &
le Grand Confeil y allerent.
Le Parlement, & la Cour des
Aydes, n'y doivent aller qu'-
aprés que les Lettres auront
efté prefentées au Parlement.
On ne peut trop admirer la
memoire & la preſence d'ef
prit de ce digne Chef de la
Juſtice , qui pour répondre à
chaque Compliment , en reprenoit
tout le fens , & s'expliquoit
fur tous les articles
avec une netteté furprenanGALANT.
187
te. Il fit plus , & marqua mefme
à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere
fort honnefte , qu'il fçavoir
qu'il s'y eftoit gliffé des
abus aufquels il falloit remedier
. L'Univerfité l'ayant ha
rangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy ,
il ne devoit parler que la Lan .
gue de ce Monarque; & pour
faire voir que la Latine ne
laiffoit pas de luy eftre fami
liere , il s'en fervit fur la fin
de fa réponſe , avec des expreffions
qui faifoient con-
Q ij.
188 MERCURE
noiftre qu'il la poffedoit parfaitement.
Il a pareillement
receu les Complimens de la
Cour des Monnoyes . M' de
Chauvry qui en eft premier
Prefident , porta la parole .
Les Treforiers de France fe
font auffi acquittez du mef
me devoir par la bouche de
M' de Varoquier, Doyen des
Chevaliers de Saint Michel,
& Prefident au Bureau des
Finances. Il eft d'une naiſſan
ce diftinguée . M' de l'Academie
Françoiſe l'ont auffi
complimenté. M* Boyer,qui
eft prefentement Chancelier
GALANT. 189
de leur Compagnie , parla
avec la jufteffe ordinaire aux
Academiciens. Je vous entretiendray
plus amplement
le mois prochain de tous ces
Complimens , & vous en envoyeray
quelques -uns . J'oubliois
à vous marquer , que
la premiere fois que M³ le
Chancelier donnaSceau, il fit
voir que quoy qu'il ne duft
pas encore avoir toutes les
fumieres que donne une longue
foction dans cette Charge,
il ne pouvoit ñeanmoins
eftre furpris ; il refuſa de
feeller quantité de choſes ,
190 MERCURE
qui n'eftoient pas confor
mes aux Ordonnances .
Fermer
Résumé : Choix que le Roy fait de Mr de Boucherat, pour remplir la place de Chancelier de France, avec tout ce qui regarde cet article, & ce qui a suivy ce choix. [titre d'après la table]
En novembre 1685, Louis XIV nomma Louis Boucherat, seigneur de Compans, au poste de Chancelier de France. Cette nomination fut justifiée par les compétences, le mérite et le dévouement de Boucherat, démontrés à travers diverses fonctions prestigieuses telles que correcteur à la Chambre des Comptes, conseiller au Parlement de Paris, maître des requêtes, et intendant de justice. Boucherat avait également servi comme commissaire pour la recherche des usurpateurs de titres nobles et conseiller d'État. Sa nomination reflétait une haute estime royale. Boucherat eut trois filles : deux de son premier mariage avec Anne Marchant et une de son second mariage avec Anne Françoise de Lomenie. La famille Boucherat est distinguée et remonte à Pierre Boucherat, procureur du roi à Troyes en 1420. Parmi les membres notables, on trouve Nicolas Boucherat, docteur en théologie et député au Concile de Trente, et son neveu, également nommé Nicolas, Abbé et Général de l'Ordre de Citeaux. D'autres membres illustres incluent Denis Boucherat, Abbé de Pontigny, Jacques Boucherat, homme d'armes, et Edmond Boucherat, avocat célèbre au Parlement de Paris. La mère du chancelier, Catherine de Machault, appartenait à une famille distinguée ayant produit plusieurs présidents et conseillers au Parlement de Paris. En tant que Chancelier, Boucherat fut apprécié pour son caractère civil et obligeant, ainsi que pour sa grande réputation et ses capacités. Sa nomination fut accueillie favorablement par divers corps de justice et institutions. Boucherat impressionna par sa mémoire et sa présence d'esprit, soulignant certains abus nécessitant des remèdes et insistant sur l'usage de la langue française dans ses fonctions officielles. Il reçut des félicitations de plusieurs institutions, dont la Cour des Monnoyes, les Trésoriers de France, et l'Académie Française. Lors de sa première utilisation du sceau, Boucherat montra une connaissance approfondie des ordonnances, refusant de sceller des documents non conformes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 206-208
Préference de la Charge de Chancelier de Monsieur, donnée à Mr de Boisfrant. [titre d'après la table]
Début :
Je vous apris le mois passé que Mr de Boisfrant avoit [...]
Mots clefs :
Mr de Boisfrant, Nomination, Chancelier, Charges, Altesse royale, Services, Conseil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Préference de la Charge de Chancelier de Monsieur, donnée à Mr de Boisfrant. [titre d'après la table]
Je vous apris le mois
paffé que M' de Boisfrant
avoit efté nommé Chancelier
de Son Alteffe Royale ,
aprés la mort de M' du Houf
fet , qui eftoit pourveu de
cette Charge. J'ajoûteray aujourd'huy
à cette nouvelle
que plufieurs perſonnes y
pretendoient , mais
fidelles & longs fervices de
Mr de Boisfrant dans l'adque
les
GALANT. 207
>
miniſtration des Finances de
Monfieur , & dans beaucoup
d'autre choſes qui regardent
la Maiſon de ce
Prince , luy ont fait donner
la preference . Elle a eſté accompagnée
de la part de
Son Alteffe Royale de tous
les agrémens , & de toutes
les marques d'eftime que
meritoient des fervices tels
que ceux de M ' de Boisfrant,
& ce choix a efté fort applaudy.
Cette Charge eft
tres-confiderable , le Chancelier
de Monfieur , eftant
auffi Chef de Son Confeil.
208 MERCURE
Mr de Boisfrant fon Fils ,
Maistre des Requeſtes , à qui
ce Prince en donna en mef
me temps la furvivance , à
confervé avec cette Charge
celle de Surintendant des Batimens
de Monfieur , parce
qu'elle demande un homme
d'ordre,fidelle,& intelligent,
& qu'il pourra y rendre fervice
à Son Alteffe Royale.
paffé que M' de Boisfrant
avoit efté nommé Chancelier
de Son Alteffe Royale ,
aprés la mort de M' du Houf
fet , qui eftoit pourveu de
cette Charge. J'ajoûteray aujourd'huy
à cette nouvelle
que plufieurs perſonnes y
pretendoient , mais
fidelles & longs fervices de
Mr de Boisfrant dans l'adque
les
GALANT. 207
>
miniſtration des Finances de
Monfieur , & dans beaucoup
d'autre choſes qui regardent
la Maiſon de ce
Prince , luy ont fait donner
la preference . Elle a eſté accompagnée
de la part de
Son Alteffe Royale de tous
les agrémens , & de toutes
les marques d'eftime que
meritoient des fervices tels
que ceux de M ' de Boisfrant,
& ce choix a efté fort applaudy.
Cette Charge eft
tres-confiderable , le Chancelier
de Monfieur , eftant
auffi Chef de Son Confeil.
208 MERCURE
Mr de Boisfrant fon Fils ,
Maistre des Requeſtes , à qui
ce Prince en donna en mef
me temps la furvivance , à
confervé avec cette Charge
celle de Surintendant des Batimens
de Monfieur , parce
qu'elle demande un homme
d'ordre,fidelle,& intelligent,
& qu'il pourra y rendre fervice
à Son Alteffe Royale.
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Résumé : Préference de la Charge de Chancelier de Monsieur, donnée à Mr de Boisfrant. [titre d'après la table]
Le texte annonce la nomination de Monsieur de Boisfrant au poste de Chancelier de Son Altesse Royale, remplaçant Monsieur du Houf. Cette décision est motivée par les loyaux et longs services de Monsieur de Boisfrant dans l'administration des finances et diverses responsabilités au sein de la maison du Prince. Son Altesse Royale a approuvé et exprimé sa satisfaction face à cette nomination, qui a été bien accueillie. La fonction de Chancelier est cruciale, car elle inclut également celle de Chef du Conseil. Parallèlement, le fils de Monsieur de Boisfrant, Maître des Requestes, a obtenu la survivance de cette charge ainsi que celle de Surintendant des Bâtiments, en reconnaissance de ses qualités d'ordre, de fidélité et d'intelligence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 57-90
Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Début :
Quelques marques d'attachement & de veneration que l'on donne [...]
Mots clefs :
Congrégation, Abbaye, Chancelier, Décès, Étoffe, Ornements, Services, Cérémonies, Inscriptions, Mémoire, Ministre, Vénération, Honneurs, Représentation, Richesses, Magnificence, Repos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Quelques marques d'atta58
MERCURE
chement & de veneration
que l'on donne à ceux qui
font élevez dans un haut
rang, elles ne font pas toû
jours des affurances que l'on
ait pour eux une veritable
eftime ; mais quand on paroift
fenfiblement touché
de leur perte , & qu'on rend
à leur memoiré des honneurs
proportionnez à ceux qu'on
rendroit à leurs perfonnes,
s'ils eftoient vivans , il n'y a
point à douter qu'on n'ait
pour eux dans le coeur ce
qu'on a fouvent fait voir fur
les lévres. Nous en voyons
GALANT. 59-
un exemple dans la mort de
Mile Chancelier, puis qu'au
lieu d'oublier ce grand Miniftre,
ou du moins de ceffer
de luy donner les mefmes
marques de la tendre & ref
pectueufe eftime qu'on avoit
pour luy , chacun s'eſt
efforcé à l'envy de rendre des
honneurs funebres à fa memoire.
Les Religieux Benedictins
de la Congregation de Saint
Maur ont commencé. Sitoſt
qu'il fut mort ,le Pere D.
Benoift Brachet leur General
, ordonna qu'on dift plus
60 MERCURE
dé quinze cens Meſſes , que
les jeunes Religieux fiffent
une Communion , & que
chaque Monaftere de laCongregation
celebraft un Service
folemnel pour le repos
de l'Ame de cet illuftre Dé
funt. Mais afin que leur zele
ne paruft pas feulement dans
le Cloiftre , ils firent un Ser
vice fort magnifique dans
l'Eglife de l'Abbaye de Saint
Germain Defprez , le Samedy
17. du mois paffé , le tout par
les foins du P. D. Claude Bretagne
, Prieur de ce Monaf
tere , & grand Vicaire de M
GALANT 61
l'Archevefque de Paris,
On avoit tendu toute l'Eglife
jufqu'aux naiffances de
la Voute. Le tour du Chour
eftoit garny de grands Ecuffons
entremeflez de Maffes
pofées en fautoir fous un
Mortier d'or rebraffé d'hermines
, & liées d'un Cordon
bleu d'où pendoit la Croix
de l'Ordre du Saint Efprit.
On y avoit ajoûté deux lez
de velours , chargez de upetits
Ecuffous & de Maffes, qui
compofoient tout l'ornement
de la Croifée de l'Eglife
, & des coftez où eftoit
62 MERCURE
la Repreſentation. La Corniche
qui eft autour du San-
Atuaire, & qui regne fur toutes
les Chaires du Choeur, ef
roit garnie d'un grand nom
bre de Chandeliers d'argent
avec des cierges de cire blanche
chargez d'Ecuffons & de
Maffes entremellées, comine
je l'ay déja dit. Le grand Au
tel eftoit orné de dix - huit
Chandeliers
d'argent des
-plus beaux de Paris . Deux
grands Anges d'argentimaf
fif foûtenoient
la Croix de
vermeil doré , & enrichie de
pierreries que feu Madame
GALANT. 63
la Princeffe Palatine a donnée
à cette Abbaye. Outre
cela , comme l'on avoit découvert
le parement d'Autel
qui eft de vermeil doré , on
peut affeurer qu'il feroit fort
difficile de rien trouver de
plus riche & de mieux orné.
Je ne parle point icy de la
difpofition avantageufe de
l'Eglife pour ces fortes de
Ceremonies , parce que je
vous l'ay marquée fort exactement,
en vous entretenant
du Service que ces meſines
Peres firent pour la Reinc il
y a deux ans. Je vous diray
64 MERCURE
feulement qu'on avoit placé
la Reprefentation à vingtcinq
pas de l'Autel du colté
de la Nef.Ceux qui l'ont veuë
l'ont trouvée fort bien prife
dans ſa fimplicité, parce qu’-
ils y ont remarqué beaucoup
d'agrément fans confufion
d'ornemens inutiles . C'eftoit
un Octogone de fix degrez,
fur lequel on avoit élevé une
imaniere de Tombeau couvert
d'un grand Poële de velours
noir bordé d'hermines,
aux Armes du Défunt , & par
deffus un autre drap plus pevtit
broché or & argent à gros
GALANT. 65
fleurons rouges veloutez. La
figure de M le Chancelier
eftoit pofée à genoux fur le
Tombeau. Il eftoit reveftu
d'une Soutane de fatin violet
, & par deffus il avoit fa
Robe de velours auffi violet,
doublée de fatin rouge, avec
le Cordon bleu au col , d'ou
pendoit la Croix de l'Ordre
du Saint Efprit , dont il eftoit
Commandeur. Devant luy
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraflée d'hermines ,
la Couronne & les Maffes
de Vermeil doré , qui font
les marques de fa Dignité ,
Decembre 1685. F
66 MERCURE
le tout pofé fur un Carreau
de velours couvert de crefpe.
Cette attitude d'un Mort
reprefenté comme vivant
fur fon Tombeau , n'eft pas
extraordinaire
, puis qu'elle
fe juftifie par un grand nom
bre de monumens anciens
& nouveaux particuliererement
à Saint Denys , où
les Roys Charles VIII . Louis
XII . François I. & Henry
II. font ainfi à genoux fur
leur Tombeau .
Aux quatre principaux
Angles de l'Octogone , s'éevoie
nt quatre Piramides de
GALANT. 67
5
Marbre blanc fin, avec leurs
Panneaux de Marbre noir
fur leurs piedeftaux de même.
Les Piramides eftoient
rehauffées de Maffes , de Lezards
, & d'Etoiles de Bronze
difpofées fur chaque face
en maniere de Feftons , &
foûtenoient de groffes Gi
randoles fort bien éclairées;
le refte des dégrez de l'Octogone
eftant garny de plus
de fix- vingts Chandeliers
d'argent , dont les cierges
eftoient chargez d'armoiries
& de maffes entremê
lées.
F ip
68 MERCURE
Il y avoit au tour de la
Repreſentation des Cartouches
, dans lesquels on avoit
peint des Deviſes & Emblêmes
fort Spirituelles , compoſées
par un ſçavant Religieux
de la Congregation.
C'eft le mefme qui eft Auteur
d'un Eloge Latin , ou
Profe quarrée à la loüange
de M ' le Chancelier , qu'or
prit foin de diftribuer à tou
tel'Affemblée avant la Ceremonie.
Cét Eloge qui eft
fort long , eft digne de la
curiofité de tous ceux qui
connoiffent la beauté des
GALANT. 69
Ouvrages de cette nature.
Le Maufolée eftoit couvert
d'un riche Dais en maniere
de Lit d'Ange , ayant
un fond de Velours noir
croifé de Moire d'argent.
Le tour eftoit de Moire auf
fi d'argent , bordé de riches.
Campanes recroifées qui ſe
terminoient en Houpes de
foye & d'argent. Quatre
gros Bouquets de plumes
avec leurs aigrettes remplif
foient les quatre coins dur
Dais. Les chutes des Ri
deaux liez par bouillons , avoient
beaucoup d'agré
70 MERCURE
ment , & faifoient un tresbel
effect.
,
Le P. General de la Congregation
, affifté de douze
Officiers tous reveftus de
riches Ornemens officia
folemnellement à la grand-
Meſſe qui fut chantée par
plus de quatre-vingt Religieux
, dont la modeſtie édifia
beaucoup l'Affemblée ,
qui eftoit compofée de plufieurs
perfonnes de la premiere
Qualité. La décoration
de ce Service a efté
conduite par le Pere Barré
Procureur de l'Abbaye , &
GALANT 71
par le celebre M' Benoift ,
fi connu par fon Cercle
Royal . C'eft luy qui avoit
fait le beau Portrait en Cire
de M' le Chancelier , &
qui avoit difpofé la Figure
dans une attitude qu'on a
trouvée fort naturelle . Il у
avoit dix Devifes ou Emblêmes
La I. reprefentoit un Lezard
qui s'étend fur une
muraille , & fe montre tout
entier à un Soleil brillant
de lumiere , avec ces paro
les ,
obb Soli fe totum explicat,
72 MERCURE
Ce qui marque que Lours
LE GRAND eft le feul qui
ait bien connu la Sageffe
des Confeils de feu M le
Chancelier , parce que ce
digne Miniftre ne s'eft jamais
découvert tout entier
qu'à fon Roy.
La II. avoit pour Corps
un Lezard' victorieux au milieu
des Scorpions & des
Araignées , & pour amer,.
Venenato mortifer hofti.
Les Naturaliftes remarquent
que le Lezard eſt ennemy
mortel des Araignées
& des Scorpions qu'il tue de
fom
GALANT. 73
fon feul régard. Le Livre
que Tertullien a écrit contre
les Heretiques , & auquel
il a donné le titre de
Scorpiacum , nous fait entendre
par les Scorpions & les
autres animaux de cette forte,
l'Herefie que Mile Chancelier
a toûjours eu foin de
détruire , autant qu'il a efté
en fon pouvoir.
La III. eftoit un Lezard
pofé devant un Palais Royal,
qui eft en Perſpective , avec
ces mots ,
Inter quatuor fapientior fapien.
tibus, Stellio in ædibus Regis,
G Decembre. 1685-
74 MERCURE
Cette penſée est tirée de
l'Ecriture Sainte au 30. Chapitre
des Proverbes , auffibien
que l'Infcription , qui
s'applique fort avantageufement
à feu Mr le Chance .
lier
principalement lors
qu'il eftoit Secretaire d'Etat .
La IV. eft un Lezard paſ
fant un torrent fur une épée,
avec cette Infcription ,
Faufta fert omina Regi.
Ceux qui fçavent noftre
Hiftoire fe fouviendront des
fervices importans
› que
feu Mle Tellier a rendus
au Roy , dans les temps les
plus fâcheux.
GALANT. 75
La V. marquoit un Ciel
rout remply d'Etoiles , entre
lefquelles on en voyoit briller
trois de la premiere gran.
deur , avec ces paroles ,
3. Solatia noctis.
Pour faire voir combien
l'on a tiré de fecours de la
grande fidelité & conftance
de Mle Chancelier ,
dans le temps de la Minorité
& des Troubles .
La VI. reprefentoit le
Signe de la Balance, dans le
Zodiaque, environné d'Etoiles
fous un Soleil , avec cette
Inſcription.
Gij
76 MERCURE
Hoc aquiffimus Orbi.
Lorfque le Soleil eft au
Signe de la Balance , il eſt
fur l'Equateur. , & partage
également les jours & les
nuits à tout le monde. Il eft
aifé de voir que l'on a voulu
marquer par là , que la
Juftice n'a jamais efté mieux
adminiftrée
que
gne de Louis LE GRAND ,
& par un plus digne Miniftre
que M le Tellier.
›
fous le Re-
La VII. faifoit voir un
Pain de cire rompu en deux
fur une table , qui portoit
d'un cofté deux ChandeGALANT.
77
liers d'Autel avec leurs Cierges
, & de l'autre cofté des
Lettres feellées du grand
Sceau de Sa Majeſté . Le Tapis
eftoit miparty , femé de
Lezards & d'Etoiles , le tout
aux Emaux des Armes de
' Mr le Tellier
>
avec ces paroles
tirées de l'Evangile du
jour ,
Qua funt Cafaris , Cafari ;
qua Dei Deo.
Ce raport fort ingenieux
'des Lettres feellées avec les
Lezards , qui font pour la
Terre , & des Chandeliers
avec les Etoiles qui font
G iij
78 MERCURE
pour le Ciel , fait voir par
une application tres - heu
reufe , toute la conduite de
ce grand Miniftre qui a toû
jours pris pour le principal.
motif de fes actions Dien &
le Roy
.
La VIII. eftoit encore tirée
de l'Ecriture Sainte . On
y voyoit trois Etoiles qui
Iançoient comme des rayons
foudroyans vers la Terre
avec cette Infcription prife
dans le Chapitre 5. desJuges,
Manentes in ordine fuo pugnaverunt.
On a voulu exprimer par
GALANT. 79
là , que quoy que M le
Chancelier fuft un homme
de Robe , il n'a pas laiffé
d'avoir part aux Victoires
remportées fur nos Ennemis
, non feulement par le:
foin qu'il a eu des Arméescomme
Intendant , & comme
Secretaire d'Etat pour la
Guerre ; mais auffi par les
grandes lumieres qu'il a données
dans le Confeil.
La IX. reprefentoit un Trépié
à la facon de ceux des
Oracles anciens . Il eftoit for
mé de trois Lezards d'argent
qui foûtenoient chacun une
G iiij.
80 MERCURE
Etoile d'or avec ces mots ,
Hoc nofter meliora Oracula
Phoebus.
On avoit depeint dans la
X. cette main miraculeufe
qui condamne l'Impie & le
Sacrilegue Balthafar , en é
crivant fur la muraille ces
paroles terribles , MANE
THECEL... qui n'eftoient
pas achevées , pour donner
à connoiftre qu'elles ne faifoient
pas l'Infcription principale
qu'on a marquée par
ces mots ,
Impia damnat.
Cette peinture reprefenGALANT.
81
te la derniere action de la
Vie de M le Chancelier ,
qui n'a pû finir par une
expedition plus heureuſe ,
qu'en fignant la Revocation
de l'Edit de Nantes , & la
Condamnation de l'Herefiè ,
quiavoit prophané nos San-
Quaires & nos Vafes facrez
, par les Impietez & les
Sacrileges qu'elle a commis
par tout ce Royaume.
Les Recolets de la Ville
de Luxembourg ont fait un
pareil Service, avec toute la
magnificence qui peut entrer
dans une fi lugubre Ce82
MERCURE
remonie .. M ' le Marquis de
Lambert , Gouverneur de
cette Place , y aſſiſta avec
tous les Officiers de la Garnifon.
Meffieurs du Confeil &
du Magiftrat s'y trouverent
auffi en corps , & toutes les
Perfonnes
qualifiées de la
Ville , fuivirent
l'exemple
qu'ils donnerent de leur zèle..
On a rendu ce meſme devoir
à la
memoire de ce digne
Chef de la Juftice dans l'Abaye
de S. Arnoult de Mets.
On y
chantá la Meſſe en
Mufique , & le Service fut
fait par les foins de Meffieurs
S
1
GALANT. 83:
"
les Secretaires du Roy.
On en a auffi fait un à Cha--
ftel - Cenfey en Nivernois
auffi bien qu'à Perpignan
, où
nouvelle de cette mort ne
fut pas plûtoft portée , que
M' le Prefident
Trobat , Intendant
en Rouffillon
, donna
des marques
de l'attachement
qu'il a toujours eu pour
la Maiſon de Mile Tellier. Il
fit dire un tres- grand nom-.
bre de Meffes dans toutes
les Eglifes de la Ville ,
l'on éleva par fon ordre un
fuperbe Maufolée
au milieu
&
du Choeur de Noftre - Dame:
84 MERCURE
de la Real. Il eftoit en Pyramide,
& de figure quarrée, &
avoit quatre toifes de hau
teur fur feize de fuperficie.
Deux rangs de flambeaux de
cire blanche eftoient fur chacun
des quatre degrez de ce
Maufolée , qui diminuoient
en Pyramide jufqu'au fommet
, où l'on avoit étendu un
grand tapis , & mis un carreau
de velours noir , fur lequel
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraffé d'hermines ,
avec les deux grandes Maf
fes paffées en fautoir , & les
grands Seaux du Royaume.
GALANT. S
le
Cette trifte Ceremonie fe fit
15. du mois paffé. Toutes
les perfonnes de qualité de la
Ville de Perpignan, & les Of
ficiers de la Garniſon ſe rendirent
dans l'Eglife Collegiale
& Abbatiale de Noftre-
Dame , où M' l'Abbé de la
Real , Frere de Mr le Prefident
Trobat, fit l'Office avec
toute la folemnité poffible. Il
celebra la Meffe en habits
Pontificaux , croffé & mitré ,
& elle fut chantée en Mufique.
Les Capucins fe font diftinguez
dans ces meſmes de86
MERCURE
voirs de pieté rendus à feu M²
le Chancelier, dans leurConvent
de la rue Saint Honoré,
& dans tous les autres de cet
Ordre, aufquelsle Pere Charles
François de Paris, Vicaire
de ce Convent , Frere de M
le Chevalier , Commiffaire
apointé à la conduite du Regiment
des Gardes , écrivit
une Lettre Circulaire. Aprés
leur avoir marqué que lePere
Provincial fouhaitoit que
dans toutes leurs Communautez
on fift pour ce grand
Miniftre les mefmes chofes
qu'on avoit accouftumé de
GALANT. 87
Ves
pratiquer à la mort de chaque
Religieux de l'Ordre , il
ajoufte ce qui fuit . Les importans
fervices que ce digne
Chancelier
a rendus à l'Eglife
à l'Etat, fa tres- haute pieté, l'extréme
bonté qu'il avoit pour
Pauvres , fa douceur & fa modeftie
prefque inimitable dans l'éclatante
elevation que fon feul
merite luy avoit procuré , le zele
la fidelité inviolable qu'il
avoit pour les interefts & la
gloire de noftre augufte Monar
que , enfin l'approbation generale
qu'il s'eftoit acquife par ſa pro-
"fonde érudition , fon experience
88 MERCURE
confommée dans les affaires , &
fes autres admirables quilitez
ayant engagé tout le monde àfai
re des Prieres publiques pour le
repos de fon ame ; nousyfommes
d'autant plus obligez , que pendant
toute fa vie , il a eu pour
noftre Ordre une estime & une
affection finguliere , & qu'il eftoit
le Protecteur& le Syndicgeneral
de tousles Capucins de France
. Ce n'eftoit pas fans raifon
, Madame , que ce grand
Homme eftimoit fi fort les
Capucins , puifque l'avantage
que l'Egliſe tire de leur
zele , les rend dignes de la
GALANT. 89
veneration que tout le mon
de à pour eux . Ils ne laiffent .
échaper aucune occafion
d'en donner des marques ,
qu'ils ne l'embraffent avec
beaucoup de ferveur, & prefentement
ils ont plus de ni
le de leurs Religieux en
ployez aux Converſions des
Religionnaires.
2
२
Le 3. de ce mois , il y cua
auffi un Service tres -folemnel
pour feu M' le Chancelier
, dans l'Eglife des Carmes
des Billettes . Les Chevaliers
de Noftre - Dame du
Montcarmel & de Saint La-
Decembre 1685. H.
90 MERCURE
zare qui le faifoient faire , y
affifterent en corps au nombre
de plus de cent. L'éclat
& la magnificence y parurent
, mais d'une maniere trifte
, qui faifoit connoiſtre
combien tout le monde ef
toit fenfible à la perte que la
France a faite en la perfonne
de cet illuftre Miniftre .
MERCURE
chement & de veneration
que l'on donne à ceux qui
font élevez dans un haut
rang, elles ne font pas toû
jours des affurances que l'on
ait pour eux une veritable
eftime ; mais quand on paroift
fenfiblement touché
de leur perte , & qu'on rend
à leur memoiré des honneurs
proportionnez à ceux qu'on
rendroit à leurs perfonnes,
s'ils eftoient vivans , il n'y a
point à douter qu'on n'ait
pour eux dans le coeur ce
qu'on a fouvent fait voir fur
les lévres. Nous en voyons
GALANT. 59-
un exemple dans la mort de
Mile Chancelier, puis qu'au
lieu d'oublier ce grand Miniftre,
ou du moins de ceffer
de luy donner les mefmes
marques de la tendre & ref
pectueufe eftime qu'on avoit
pour luy , chacun s'eſt
efforcé à l'envy de rendre des
honneurs funebres à fa memoire.
Les Religieux Benedictins
de la Congregation de Saint
Maur ont commencé. Sitoſt
qu'il fut mort ,le Pere D.
Benoift Brachet leur General
, ordonna qu'on dift plus
60 MERCURE
dé quinze cens Meſſes , que
les jeunes Religieux fiffent
une Communion , & que
chaque Monaftere de laCongregation
celebraft un Service
folemnel pour le repos
de l'Ame de cet illuftre Dé
funt. Mais afin que leur zele
ne paruft pas feulement dans
le Cloiftre , ils firent un Ser
vice fort magnifique dans
l'Eglife de l'Abbaye de Saint
Germain Defprez , le Samedy
17. du mois paffé , le tout par
les foins du P. D. Claude Bretagne
, Prieur de ce Monaf
tere , & grand Vicaire de M
GALANT 61
l'Archevefque de Paris,
On avoit tendu toute l'Eglife
jufqu'aux naiffances de
la Voute. Le tour du Chour
eftoit garny de grands Ecuffons
entremeflez de Maffes
pofées en fautoir fous un
Mortier d'or rebraffé d'hermines
, & liées d'un Cordon
bleu d'où pendoit la Croix
de l'Ordre du Saint Efprit.
On y avoit ajoûté deux lez
de velours , chargez de upetits
Ecuffous & de Maffes, qui
compofoient tout l'ornement
de la Croifée de l'Eglife
, & des coftez où eftoit
62 MERCURE
la Repreſentation. La Corniche
qui eft autour du San-
Atuaire, & qui regne fur toutes
les Chaires du Choeur, ef
roit garnie d'un grand nom
bre de Chandeliers d'argent
avec des cierges de cire blanche
chargez d'Ecuffons & de
Maffes entremellées, comine
je l'ay déja dit. Le grand Au
tel eftoit orné de dix - huit
Chandeliers
d'argent des
-plus beaux de Paris . Deux
grands Anges d'argentimaf
fif foûtenoient
la Croix de
vermeil doré , & enrichie de
pierreries que feu Madame
GALANT. 63
la Princeffe Palatine a donnée
à cette Abbaye. Outre
cela , comme l'on avoit découvert
le parement d'Autel
qui eft de vermeil doré , on
peut affeurer qu'il feroit fort
difficile de rien trouver de
plus riche & de mieux orné.
Je ne parle point icy de la
difpofition avantageufe de
l'Eglife pour ces fortes de
Ceremonies , parce que je
vous l'ay marquée fort exactement,
en vous entretenant
du Service que ces meſines
Peres firent pour la Reinc il
y a deux ans. Je vous diray
64 MERCURE
feulement qu'on avoit placé
la Reprefentation à vingtcinq
pas de l'Autel du colté
de la Nef.Ceux qui l'ont veuë
l'ont trouvée fort bien prife
dans ſa fimplicité, parce qu’-
ils y ont remarqué beaucoup
d'agrément fans confufion
d'ornemens inutiles . C'eftoit
un Octogone de fix degrez,
fur lequel on avoit élevé une
imaniere de Tombeau couvert
d'un grand Poële de velours
noir bordé d'hermines,
aux Armes du Défunt , & par
deffus un autre drap plus pevtit
broché or & argent à gros
GALANT. 65
fleurons rouges veloutez. La
figure de M le Chancelier
eftoit pofée à genoux fur le
Tombeau. Il eftoit reveftu
d'une Soutane de fatin violet
, & par deffus il avoit fa
Robe de velours auffi violet,
doublée de fatin rouge, avec
le Cordon bleu au col , d'ou
pendoit la Croix de l'Ordre
du Saint Efprit , dont il eftoit
Commandeur. Devant luy
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraflée d'hermines ,
la Couronne & les Maffes
de Vermeil doré , qui font
les marques de fa Dignité ,
Decembre 1685. F
66 MERCURE
le tout pofé fur un Carreau
de velours couvert de crefpe.
Cette attitude d'un Mort
reprefenté comme vivant
fur fon Tombeau , n'eft pas
extraordinaire
, puis qu'elle
fe juftifie par un grand nom
bre de monumens anciens
& nouveaux particuliererement
à Saint Denys , où
les Roys Charles VIII . Louis
XII . François I. & Henry
II. font ainfi à genoux fur
leur Tombeau .
Aux quatre principaux
Angles de l'Octogone , s'éevoie
nt quatre Piramides de
GALANT. 67
5
Marbre blanc fin, avec leurs
Panneaux de Marbre noir
fur leurs piedeftaux de même.
Les Piramides eftoient
rehauffées de Maffes , de Lezards
, & d'Etoiles de Bronze
difpofées fur chaque face
en maniere de Feftons , &
foûtenoient de groffes Gi
randoles fort bien éclairées;
le refte des dégrez de l'Octogone
eftant garny de plus
de fix- vingts Chandeliers
d'argent , dont les cierges
eftoient chargez d'armoiries
& de maffes entremê
lées.
F ip
68 MERCURE
Il y avoit au tour de la
Repreſentation des Cartouches
, dans lesquels on avoit
peint des Deviſes & Emblêmes
fort Spirituelles , compoſées
par un ſçavant Religieux
de la Congregation.
C'eft le mefme qui eft Auteur
d'un Eloge Latin , ou
Profe quarrée à la loüange
de M ' le Chancelier , qu'or
prit foin de diftribuer à tou
tel'Affemblée avant la Ceremonie.
Cét Eloge qui eft
fort long , eft digne de la
curiofité de tous ceux qui
connoiffent la beauté des
GALANT. 69
Ouvrages de cette nature.
Le Maufolée eftoit couvert
d'un riche Dais en maniere
de Lit d'Ange , ayant
un fond de Velours noir
croifé de Moire d'argent.
Le tour eftoit de Moire auf
fi d'argent , bordé de riches.
Campanes recroifées qui ſe
terminoient en Houpes de
foye & d'argent. Quatre
gros Bouquets de plumes
avec leurs aigrettes remplif
foient les quatre coins dur
Dais. Les chutes des Ri
deaux liez par bouillons , avoient
beaucoup d'agré
70 MERCURE
ment , & faifoient un tresbel
effect.
,
Le P. General de la Congregation
, affifté de douze
Officiers tous reveftus de
riches Ornemens officia
folemnellement à la grand-
Meſſe qui fut chantée par
plus de quatre-vingt Religieux
, dont la modeſtie édifia
beaucoup l'Affemblée ,
qui eftoit compofée de plufieurs
perfonnes de la premiere
Qualité. La décoration
de ce Service a efté
conduite par le Pere Barré
Procureur de l'Abbaye , &
GALANT 71
par le celebre M' Benoift ,
fi connu par fon Cercle
Royal . C'eft luy qui avoit
fait le beau Portrait en Cire
de M' le Chancelier , &
qui avoit difpofé la Figure
dans une attitude qu'on a
trouvée fort naturelle . Il у
avoit dix Devifes ou Emblêmes
La I. reprefentoit un Lezard
qui s'étend fur une
muraille , & fe montre tout
entier à un Soleil brillant
de lumiere , avec ces paro
les ,
obb Soli fe totum explicat,
72 MERCURE
Ce qui marque que Lours
LE GRAND eft le feul qui
ait bien connu la Sageffe
des Confeils de feu M le
Chancelier , parce que ce
digne Miniftre ne s'eft jamais
découvert tout entier
qu'à fon Roy.
La II. avoit pour Corps
un Lezard' victorieux au milieu
des Scorpions & des
Araignées , & pour amer,.
Venenato mortifer hofti.
Les Naturaliftes remarquent
que le Lezard eſt ennemy
mortel des Araignées
& des Scorpions qu'il tue de
fom
GALANT. 73
fon feul régard. Le Livre
que Tertullien a écrit contre
les Heretiques , & auquel
il a donné le titre de
Scorpiacum , nous fait entendre
par les Scorpions & les
autres animaux de cette forte,
l'Herefie que Mile Chancelier
a toûjours eu foin de
détruire , autant qu'il a efté
en fon pouvoir.
La III. eftoit un Lezard
pofé devant un Palais Royal,
qui eft en Perſpective , avec
ces mots ,
Inter quatuor fapientior fapien.
tibus, Stellio in ædibus Regis,
G Decembre. 1685-
74 MERCURE
Cette penſée est tirée de
l'Ecriture Sainte au 30. Chapitre
des Proverbes , auffibien
que l'Infcription , qui
s'applique fort avantageufement
à feu Mr le Chance .
lier
principalement lors
qu'il eftoit Secretaire d'Etat .
La IV. eft un Lezard paſ
fant un torrent fur une épée,
avec cette Infcription ,
Faufta fert omina Regi.
Ceux qui fçavent noftre
Hiftoire fe fouviendront des
fervices importans
› que
feu Mle Tellier a rendus
au Roy , dans les temps les
plus fâcheux.
GALANT. 75
La V. marquoit un Ciel
rout remply d'Etoiles , entre
lefquelles on en voyoit briller
trois de la premiere gran.
deur , avec ces paroles ,
3. Solatia noctis.
Pour faire voir combien
l'on a tiré de fecours de la
grande fidelité & conftance
de Mle Chancelier ,
dans le temps de la Minorité
& des Troubles .
La VI. reprefentoit le
Signe de la Balance, dans le
Zodiaque, environné d'Etoiles
fous un Soleil , avec cette
Inſcription.
Gij
76 MERCURE
Hoc aquiffimus Orbi.
Lorfque le Soleil eft au
Signe de la Balance , il eſt
fur l'Equateur. , & partage
également les jours & les
nuits à tout le monde. Il eft
aifé de voir que l'on a voulu
marquer par là , que la
Juftice n'a jamais efté mieux
adminiftrée
que
gne de Louis LE GRAND ,
& par un plus digne Miniftre
que M le Tellier.
›
fous le Re-
La VII. faifoit voir un
Pain de cire rompu en deux
fur une table , qui portoit
d'un cofté deux ChandeGALANT.
77
liers d'Autel avec leurs Cierges
, & de l'autre cofté des
Lettres feellées du grand
Sceau de Sa Majeſté . Le Tapis
eftoit miparty , femé de
Lezards & d'Etoiles , le tout
aux Emaux des Armes de
' Mr le Tellier
>
avec ces paroles
tirées de l'Evangile du
jour ,
Qua funt Cafaris , Cafari ;
qua Dei Deo.
Ce raport fort ingenieux
'des Lettres feellées avec les
Lezards , qui font pour la
Terre , & des Chandeliers
avec les Etoiles qui font
G iij
78 MERCURE
pour le Ciel , fait voir par
une application tres - heu
reufe , toute la conduite de
ce grand Miniftre qui a toû
jours pris pour le principal.
motif de fes actions Dien &
le Roy
.
La VIII. eftoit encore tirée
de l'Ecriture Sainte . On
y voyoit trois Etoiles qui
Iançoient comme des rayons
foudroyans vers la Terre
avec cette Infcription prife
dans le Chapitre 5. desJuges,
Manentes in ordine fuo pugnaverunt.
On a voulu exprimer par
GALANT. 79
là , que quoy que M le
Chancelier fuft un homme
de Robe , il n'a pas laiffé
d'avoir part aux Victoires
remportées fur nos Ennemis
, non feulement par le:
foin qu'il a eu des Arméescomme
Intendant , & comme
Secretaire d'Etat pour la
Guerre ; mais auffi par les
grandes lumieres qu'il a données
dans le Confeil.
La IX. reprefentoit un Trépié
à la facon de ceux des
Oracles anciens . Il eftoit for
mé de trois Lezards d'argent
qui foûtenoient chacun une
G iiij.
80 MERCURE
Etoile d'or avec ces mots ,
Hoc nofter meliora Oracula
Phoebus.
On avoit depeint dans la
X. cette main miraculeufe
qui condamne l'Impie & le
Sacrilegue Balthafar , en é
crivant fur la muraille ces
paroles terribles , MANE
THECEL... qui n'eftoient
pas achevées , pour donner
à connoiftre qu'elles ne faifoient
pas l'Infcription principale
qu'on a marquée par
ces mots ,
Impia damnat.
Cette peinture reprefenGALANT.
81
te la derniere action de la
Vie de M le Chancelier ,
qui n'a pû finir par une
expedition plus heureuſe ,
qu'en fignant la Revocation
de l'Edit de Nantes , & la
Condamnation de l'Herefiè ,
quiavoit prophané nos San-
Quaires & nos Vafes facrez
, par les Impietez & les
Sacrileges qu'elle a commis
par tout ce Royaume.
Les Recolets de la Ville
de Luxembourg ont fait un
pareil Service, avec toute la
magnificence qui peut entrer
dans une fi lugubre Ce82
MERCURE
remonie .. M ' le Marquis de
Lambert , Gouverneur de
cette Place , y aſſiſta avec
tous les Officiers de la Garnifon.
Meffieurs du Confeil &
du Magiftrat s'y trouverent
auffi en corps , & toutes les
Perfonnes
qualifiées de la
Ville , fuivirent
l'exemple
qu'ils donnerent de leur zèle..
On a rendu ce meſme devoir
à la
memoire de ce digne
Chef de la Juftice dans l'Abaye
de S. Arnoult de Mets.
On y
chantá la Meſſe en
Mufique , & le Service fut
fait par les foins de Meffieurs
S
1
GALANT. 83:
"
les Secretaires du Roy.
On en a auffi fait un à Cha--
ftel - Cenfey en Nivernois
auffi bien qu'à Perpignan
, où
nouvelle de cette mort ne
fut pas plûtoft portée , que
M' le Prefident
Trobat , Intendant
en Rouffillon
, donna
des marques
de l'attachement
qu'il a toujours eu pour
la Maiſon de Mile Tellier. Il
fit dire un tres- grand nom-.
bre de Meffes dans toutes
les Eglifes de la Ville ,
l'on éleva par fon ordre un
fuperbe Maufolée
au milieu
&
du Choeur de Noftre - Dame:
84 MERCURE
de la Real. Il eftoit en Pyramide,
& de figure quarrée, &
avoit quatre toifes de hau
teur fur feize de fuperficie.
Deux rangs de flambeaux de
cire blanche eftoient fur chacun
des quatre degrez de ce
Maufolée , qui diminuoient
en Pyramide jufqu'au fommet
, où l'on avoit étendu un
grand tapis , & mis un carreau
de velours noir , fur lequel
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraffé d'hermines ,
avec les deux grandes Maf
fes paffées en fautoir , & les
grands Seaux du Royaume.
GALANT. S
le
Cette trifte Ceremonie fe fit
15. du mois paffé. Toutes
les perfonnes de qualité de la
Ville de Perpignan, & les Of
ficiers de la Garniſon ſe rendirent
dans l'Eglife Collegiale
& Abbatiale de Noftre-
Dame , où M' l'Abbé de la
Real , Frere de Mr le Prefident
Trobat, fit l'Office avec
toute la folemnité poffible. Il
celebra la Meffe en habits
Pontificaux , croffé & mitré ,
& elle fut chantée en Mufique.
Les Capucins fe font diftinguez
dans ces meſmes de86
MERCURE
voirs de pieté rendus à feu M²
le Chancelier, dans leurConvent
de la rue Saint Honoré,
& dans tous les autres de cet
Ordre, aufquelsle Pere Charles
François de Paris, Vicaire
de ce Convent , Frere de M
le Chevalier , Commiffaire
apointé à la conduite du Regiment
des Gardes , écrivit
une Lettre Circulaire. Aprés
leur avoir marqué que lePere
Provincial fouhaitoit que
dans toutes leurs Communautez
on fift pour ce grand
Miniftre les mefmes chofes
qu'on avoit accouftumé de
GALANT. 87
Ves
pratiquer à la mort de chaque
Religieux de l'Ordre , il
ajoufte ce qui fuit . Les importans
fervices que ce digne
Chancelier
a rendus à l'Eglife
à l'Etat, fa tres- haute pieté, l'extréme
bonté qu'il avoit pour
Pauvres , fa douceur & fa modeftie
prefque inimitable dans l'éclatante
elevation que fon feul
merite luy avoit procuré , le zele
la fidelité inviolable qu'il
avoit pour les interefts & la
gloire de noftre augufte Monar
que , enfin l'approbation generale
qu'il s'eftoit acquife par ſa pro-
"fonde érudition , fon experience
88 MERCURE
confommée dans les affaires , &
fes autres admirables quilitez
ayant engagé tout le monde àfai
re des Prieres publiques pour le
repos de fon ame ; nousyfommes
d'autant plus obligez , que pendant
toute fa vie , il a eu pour
noftre Ordre une estime & une
affection finguliere , & qu'il eftoit
le Protecteur& le Syndicgeneral
de tousles Capucins de France
. Ce n'eftoit pas fans raifon
, Madame , que ce grand
Homme eftimoit fi fort les
Capucins , puifque l'avantage
que l'Egliſe tire de leur
zele , les rend dignes de la
GALANT. 89
veneration que tout le mon
de à pour eux . Ils ne laiffent .
échaper aucune occafion
d'en donner des marques ,
qu'ils ne l'embraffent avec
beaucoup de ferveur, & prefentement
ils ont plus de ni
le de leurs Religieux en
ployez aux Converſions des
Religionnaires.
2
२
Le 3. de ce mois , il y cua
auffi un Service tres -folemnel
pour feu M' le Chancelier
, dans l'Eglife des Carmes
des Billettes . Les Chevaliers
de Noftre - Dame du
Montcarmel & de Saint La-
Decembre 1685. H.
90 MERCURE
zare qui le faifoient faire , y
affifterent en corps au nombre
de plus de cent. L'éclat
& la magnificence y parurent
, mais d'une maniere trifte
, qui faifoit connoiſtre
combien tout le monde ef
toit fenfible à la perte que la
France a faite en la perfonne
de cet illuftre Miniftre .
Fermer
Résumé : Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Le texte décrit les hommages rendus à la mémoire d'un chancelier décédé, identifié comme étant probablement Michel Le Tellier. Les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur ont organisé diverses cérémonies en son honneur, incluant 1500 messes, des communions pour les jeunes religieux, et des services solennels dans plusieurs monastères. Un service particulièrement somptueux a été célébré à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dirigé par le Père Claude Bretagne. Cet événement était marqué par des décorations riches et une représentation du chancelier entourée de symboles de sa dignité. Les Récollets de Luxembourg ont également organisé une cérémonie funéraire, présidée par le Père Général. Cette cérémonie mettait en avant des emblèmes représentant la vie et les réalisations du chancelier, tels que sa sagesse, sa lutte contre l'hérésie, et son soutien au roi. Parmi les participants notables figuraient le Marquis de Lambert. D'autres villes et institutions ont également rendu hommage au chancelier, notamment l'abbaye de Saint-Arnoul de Metz, Château-Chenonceau, et Perpignan. Les Capucins et les Carmes ont également honoré le défunt par des prières et des services, soulignant ses mérites et son soutien aux ordres religieux. Ces hommages reflètent l'importance et le respect accordés au chancelier par diverses communautés religieuses et institutions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 111-116
Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Début :
Aussi-tost que Mr Boucherat eut esté nommé Chancelier de [...]
Mots clefs :
Discours, Chancelier, Mr Boucherat, Doyen, Compliments, Obéissance, Dignité, Éminence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Auffi- toft que M Boucherat
eut efté nomméChan.
celier de France , les Avocats
au Confeil refolurent
de luy aller faire leurs Complimens
. Ils fe rendirent à
Fontainebleau , & M' de
Cauffan leur Doyen luy par
la de cette forte.
112 MERCURE
"ONSEIGNEUR ,
Les Avocats au Con-
M
feil du Royfe prefentent à vôté
, en
tre Grandeur avec toute l'humilil'obeïffance
qu'ils vous doivent.
Ils vous témoignent la joye
extrême qu'ils ont de voftre Promotion
, de l'honneur qu'il a
pleu au Roy de vous faire
vous commettant la plus fublime
Dignité de fon Royaume . Bien
que cette recompenfe ne pust avec
juſtice eſtre refuſée à vos actions
toutes vertueufes & glorieuses ;
neanmoins , Monfeigneur , l'on
peut dire que le choix de Voftre
GALANT. 113
Perfonne pour cette éminente
Charge , eft encore plus honorable
que la Charge mefme , puifque
ce choix a efté fait par le ju
gement du plus Fuste & du plus
Sage de tous les Roys de la Ter
re. Les dons des Rois ( comme
ceux des Dieux dans Homere )
font toujours grands & magnifiques
; mais quant ils font faits
pour le feul prix du merite & de
la vertu , ils font inestimables..
Cette vertu & ce merite fe ren
contrant heureuſement en Voftre
Perfonne , Monseigneur , nous
donnent une grande efperance »
que par Voftre Sageffe & par
Decembre
168£. K
114 MERCURE
VoftreJusticefinguliere , ce Siecle
fera comblé de felicité , & que
la Justice confervant fon pur
ancien luftre , Vous honorerez les
Avocats au Confeil de voftre
Protection.
M' le Chancelier répon
dit , Qu'ilavoit connoiffance des
Reglemens du Confeil , à com
mencer par celuy de 1660. auquel
il avoit trravaillé , comme
ayant efté l'un des Commiſſaires
nommez pour l'examiner par
Mle Chancelier Seguier , duquel
il avoit l'honneur d'eftre
Parent ; Qu'il fçavoit auffi
celuy de 1673. Qu'il leur enjoiGALANT.
is
gnoit d'avoir toujours foin qu'on
les fuivift, dans leur Corps , &
qu'il loüsit la bonne Difcipline
qui s'y obfervoir , les exhor
tant à la bien entretenir
s'ils
vouloient obtenir la protection
qu'ils luy demandoient. J'ajoûteray
icy à ce que je vous
dis le dernier mois de la
Maiſon de M Boucherat ,
qu'outre
les alliances
que
je vous ay marquées
qu'il
avoit dans la Robe , il a
encore celles de Ms de
Molé , Megrigny
, Pithou ,
Miron , & qu'il defcend du
Chancelier des Dormans
Kij
116 MERCUER
Plufieurs Femmes luy ont
auffi fait des Alliances tresconfiderables
dans l'Epée ,
& nous envoyons encore
aujourd'huy deux du nom
de Boucherat , dont l'une a
époufé M de Mailly Falart ,
& l'autre Mr le Comte de
Mailly Crouy , dont la Soeur
avoit époufé le grand Chancelier
de Lithuanie .
eut efté nomméChan.
celier de France , les Avocats
au Confeil refolurent
de luy aller faire leurs Complimens
. Ils fe rendirent à
Fontainebleau , & M' de
Cauffan leur Doyen luy par
la de cette forte.
112 MERCURE
"ONSEIGNEUR ,
Les Avocats au Con-
M
feil du Royfe prefentent à vôté
, en
tre Grandeur avec toute l'humilil'obeïffance
qu'ils vous doivent.
Ils vous témoignent la joye
extrême qu'ils ont de voftre Promotion
, de l'honneur qu'il a
pleu au Roy de vous faire
vous commettant la plus fublime
Dignité de fon Royaume . Bien
que cette recompenfe ne pust avec
juſtice eſtre refuſée à vos actions
toutes vertueufes & glorieuses ;
neanmoins , Monfeigneur , l'on
peut dire que le choix de Voftre
GALANT. 113
Perfonne pour cette éminente
Charge , eft encore plus honorable
que la Charge mefme , puifque
ce choix a efté fait par le ju
gement du plus Fuste & du plus
Sage de tous les Roys de la Ter
re. Les dons des Rois ( comme
ceux des Dieux dans Homere )
font toujours grands & magnifiques
; mais quant ils font faits
pour le feul prix du merite & de
la vertu , ils font inestimables..
Cette vertu & ce merite fe ren
contrant heureuſement en Voftre
Perfonne , Monseigneur , nous
donnent une grande efperance »
que par Voftre Sageffe & par
Decembre
168£. K
114 MERCURE
VoftreJusticefinguliere , ce Siecle
fera comblé de felicité , & que
la Justice confervant fon pur
ancien luftre , Vous honorerez les
Avocats au Confeil de voftre
Protection.
M' le Chancelier répon
dit , Qu'ilavoit connoiffance des
Reglemens du Confeil , à com
mencer par celuy de 1660. auquel
il avoit trravaillé , comme
ayant efté l'un des Commiſſaires
nommez pour l'examiner par
Mle Chancelier Seguier , duquel
il avoit l'honneur d'eftre
Parent ; Qu'il fçavoit auffi
celuy de 1673. Qu'il leur enjoiGALANT.
is
gnoit d'avoir toujours foin qu'on
les fuivift, dans leur Corps , &
qu'il loüsit la bonne Difcipline
qui s'y obfervoir , les exhor
tant à la bien entretenir
s'ils
vouloient obtenir la protection
qu'ils luy demandoient. J'ajoûteray
icy à ce que je vous
dis le dernier mois de la
Maiſon de M Boucherat ,
qu'outre
les alliances
que
je vous ay marquées
qu'il
avoit dans la Robe , il a
encore celles de Ms de
Molé , Megrigny
, Pithou ,
Miron , & qu'il defcend du
Chancelier des Dormans
Kij
116 MERCUER
Plufieurs Femmes luy ont
auffi fait des Alliances tresconfiderables
dans l'Epée ,
& nous envoyons encore
aujourd'huy deux du nom
de Boucherat , dont l'une a
époufé M de Mailly Falart ,
& l'autre Mr le Comte de
Mailly Crouy , dont la Soeur
avoit époufé le grand Chancelier
de Lithuanie .
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Résumé : Autre fait par le Doyen des Avocats au Conseil. [titre d'après la table]
Le texte décrit la nomination de Monsieur Boucherat au poste de Chancelier de France et la visite des avocats au Conseil pour lui adresser leurs félicitations. Les avocats expriment leur joie et leur admiration, considérant cette nomination comme un honneur et une reconnaissance de ses mérites et vertus. Ils espèrent que sa sagesse et sa justice favoriseront la prospérité du siècle. Boucherat, en réponse, évoque sa connaissance des règlements du Conseil, notamment ceux de 1660 et 1673, et encourage les avocats à maintenir la discipline au sein de leur profession pour bénéficier de sa protection. Le texte souligne également les alliances prestigieuses de Boucherat, tant dans la robe que dans l'épée, incluant des familles telles que Molé, Mégrigny, Pithou, Miron, et des descendants du Chancelier des Dormans. Plusieurs femmes de la famille Boucherat ont également contracté des mariages influents, notamment avec des membres de la famille de Mailly.
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19
p. 301-307
MORTS.
Début :
Damoiselle Henriette de Conflans, Marquise d'Armentieres, mourut sans alliance le [...]
Mots clefs :
Conflans, Roi, Harville, Maison, Chancelier, Marquis, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MOR T S.
Damoiselle Henriette de
Conslans, Marquised'Armentieres, mourut sans alliance le 14. Avril, dansun
âge fort avancé.
La maison de Conflans
est une des plus anciennes
du Royaume: elle pretend
tirerson origine des anciens
Comtes de Brieres. Elle a
été fertile en Seigneurs illustres, qui se font distinguez par leur valeur, par les belles actions qu'ils ont
faites auservice des Rois,
& les dignitez considerables qu'ilsontpossedées
dans le Royaume. Cette
Démoiselle est la derniere
desa branche. Il reste encor
de cette illustré maison M.
le Marquis d'Armentieres,
premier Gentilhomme de
la Chambre de Son Altesse
Royale Monseigneur le
Duc d'Orleans; & M. le
Marquis de Conslans, cidevant Colonel de Dragons
,
& M. le Chevalier
de Conslans, Colonel d'infanterie. Les deux premiers
deces Messieurs ont epoulé
deux Dames de lamailon
de Rochoir, filles du Marquis de Jussac, Lieutenant
general des arméesduRoy, j& de Madamela Marquile
de Jussac, ci-devant Gouvernante de Son Alteflc
RoyaleMadame la Du- chesse d'Orléans. Ils font
tous trois fils duMarquis
de saint Remy, & dune Dame de la maison d'AgueC.
tseau.
DamoiselleLoiiifc-Victoire d'Harville, Ellede
Messire Claude
-
Antoine
d'Harville,ChevalierComte dudit lieu, Seigneur de
la Selle
,
Beaumoret, ôcc.
Lieutenantgeneral pour le
Roy au pays Chartrain,
mourut sans alliance le six
Avril 1712.
M. le Comte d'Harville a
été marie deux fois. Il a eu
du premier lit N. d'Harville, épouse de N. Palatin de
Dio, Comte de Montperoux, MestredeCamp general de la Cavalerie Legere de France, & Lieutenantgeneral des armées du
Roy.
Roy. Ce Seigneur eut pour
frere M.le Marquis de Palezeau
,
Gouverneur de
Charleville, & pour sœurs
Mesdames la Duchesse de
Bethune d'Orval &la Marquise de Montmorenci-Fosseuse. Lamaison d'Harville-Palezeau est une des plus
considerables du Royaume
,
soit par les alliances
ou les dignitez. Lamaison
des UrUns est tombée dans
cette maison. Le fameux
Chancelier JuvenaldesUrsins est un des grands-peres
du Comte d'Harville.
Ilfaut remarquerque
dansges
temps*làladi—
gnité deChancelier de
Franceétoit possédée
pardes gens de guerre.
L'histoire rapporte que
fous leregne de Charles,VII. le Comte: de
Dunoisayant prisBordeaux surles Anglois,
faisantsonentrée à Bor*-
deaux avoitàcôtéde lui
le Chancelier
,
des Ursïns, qui étoit arçné1 de
toute /pièce* On remat'-
que pareillement que le
Chancelier deRochefort marchoit en pareil
équipagedevant leRoy
Loüis XI. Ilparoîtpar
l'histoirequec'est le dernier homme de guerre
- qui ait possedé cette dignité.
Damoiselle Henriette de
Conslans, Marquised'Armentieres, mourut sans alliance le 14. Avril, dansun
âge fort avancé.
La maison de Conflans
est une des plus anciennes
du Royaume: elle pretend
tirerson origine des anciens
Comtes de Brieres. Elle a
été fertile en Seigneurs illustres, qui se font distinguez par leur valeur, par les belles actions qu'ils ont
faites auservice des Rois,
& les dignitez considerables qu'ilsontpossedées
dans le Royaume. Cette
Démoiselle est la derniere
desa branche. Il reste encor
de cette illustré maison M.
le Marquis d'Armentieres,
premier Gentilhomme de
la Chambre de Son Altesse
Royale Monseigneur le
Duc d'Orleans; & M. le
Marquis de Conslans, cidevant Colonel de Dragons
,
& M. le Chevalier
de Conslans, Colonel d'infanterie. Les deux premiers
deces Messieurs ont epoulé
deux Dames de lamailon
de Rochoir, filles du Marquis de Jussac, Lieutenant
general des arméesduRoy, j& de Madamela Marquile
de Jussac, ci-devant Gouvernante de Son Alteflc
RoyaleMadame la Du- chesse d'Orléans. Ils font
tous trois fils duMarquis
de saint Remy, & dune Dame de la maison d'AgueC.
tseau.
DamoiselleLoiiifc-Victoire d'Harville, Ellede
Messire Claude
-
Antoine
d'Harville,ChevalierComte dudit lieu, Seigneur de
la Selle
,
Beaumoret, ôcc.
Lieutenantgeneral pour le
Roy au pays Chartrain,
mourut sans alliance le six
Avril 1712.
M. le Comte d'Harville a
été marie deux fois. Il a eu
du premier lit N. d'Harville, épouse de N. Palatin de
Dio, Comte de Montperoux, MestredeCamp general de la Cavalerie Legere de France, & Lieutenantgeneral des armées du
Roy.
Roy. Ce Seigneur eut pour
frere M.le Marquis de Palezeau
,
Gouverneur de
Charleville, & pour sœurs
Mesdames la Duchesse de
Bethune d'Orval &la Marquise de Montmorenci-Fosseuse. Lamaison d'Harville-Palezeau est une des plus
considerables du Royaume
,
soit par les alliances
ou les dignitez. Lamaison
des UrUns est tombée dans
cette maison. Le fameux
Chancelier JuvenaldesUrsins est un des grands-peres
du Comte d'Harville.
Ilfaut remarquerque
dansges
temps*làladi—
gnité deChancelier de
Franceétoit possédée
pardes gens de guerre.
L'histoire rapporte que
fous leregne de Charles,VII. le Comte: de
Dunoisayant prisBordeaux surles Anglois,
faisantsonentrée à Bor*-
deaux avoitàcôtéde lui
le Chancelier
,
des Ursïns, qui étoit arçné1 de
toute /pièce* On remat'-
que pareillement que le
Chancelier deRochefort marchoit en pareil
équipagedevant leRoy
Loüis XI. Ilparoîtpar
l'histoirequec'est le dernier homme de guerre
- qui ait possedé cette dignité.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate le décès de deux dames et fournit des informations sur leurs familles respectives. La Marquise d'Armentières, Henriette de Conflans, est décédée sans alliance le 14 avril à un âge avancé. Issue de la maison de Conflans, l'une des plus anciennes du Royaume, elle est la dernière de cette branche. La famille compte encore le Marquis d'Armentières, premier Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Orléans, le Marquis de Conflans, ancien Colonel de Dragons, et le Chevalier de Conflans, Colonel d'infanterie. Ces trois hommes sont fils du Marquis de Saint-Rémy et d'une dame de la maison d'Aguessau, et sont mariés à des dames de la maison de Rochoir. Louise-Victoire d'Harville, fille du Chevalier Comte Claude-Antoine d'Harville, est décédée sans alliance le 6 avril 1712. Le Comte d'Harville a été marié deux fois et a eu une fille, épouse du Comte de Montperoux. Il avait pour frère le Marquis de Palezeau et pour sœurs la Duchesse de Bethune d'Orval et la Marquise de Montmorency-Fosseuse. La maison d'Harville-Palezeau est notable par ses alliances et dignités, incluant la maison des Ursins. Le Chancelier Juvenal des Ursins, grand-père du Comte d'Harville, est mentionné pour son rôle militaire sous Charles VII.
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20
p. 210-213
« On écrit de Bayeux, que le 16 de ce mois [...] »
Début :
On écrit de Bayeux, que le 16 de ce mois [...]
Mots clefs :
Bayeux, Chancelier, Chanoine, Procession, Paroisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Bayeux, que le 16 de ce mois [...] »
On écrit de Bayeux , que
le 16 de ce mois il s'y eft
fait une ceremonie publique , par une Meffe qui fut
celebrée folemnellement
par un Chanoine en femaine, & l'apréfmidy par une
Proceffion generale de tout
le Clergé de la Ville , où
l'Evêque , âgé de quatrevingt trois ans , officia , fuivi des Corps de Juftice ,
Maire , & Officiers de la
Ville & de l'Election , la
GALANT. 211
Bourgeoifie étant fous les
armes, avec un grand concours de monde du lieu &
de tous les environs , qui y
étoient venus pour voir
cette ceremonie , faite pour
renouveller la memoire de
cinquante années , où en
ཝཱུ pareil jour le même Evêque
fit fa premiere entrée foSemnelle dans cette Ville ,.
&prit poffeffion de fon Evêché. Aprés cette Proceffion
T'Evêque étant fous le portail de la principale entrée lap
de l'Eglife Cathedrale, y regut les complimens de fon
212 MERCURE
Chapitre, le Chancelier d'i
celui portant la parole avec
beaucoup d'éloquence , de
netteté, d'érudition, & d'applaudiffemens, aufquels l'Evêque répondit avec toute
la grace , la force , la juſ
teffe & la facilité poffibles ;
& de retour en fon Palais
yreçut auffi les complimens
du Clergé , de la Ville , &
des autres Corps de Juſtice,
les principaux Officiers portant la parole ; à tous lef
quels l'Evêque fit réponſe
avec une grande prefence
d'efprit , beaucoup de bon-
GALANT 2131
té , & une fatisfaction ge
nerale , & fit enfuite diftrio
buerplufieurs aumônes aux
pauvres des Paroiffes de la
Ville.
le 16 de ce mois il s'y eft
fait une ceremonie publique , par une Meffe qui fut
celebrée folemnellement
par un Chanoine en femaine, & l'apréfmidy par une
Proceffion generale de tout
le Clergé de la Ville , où
l'Evêque , âgé de quatrevingt trois ans , officia , fuivi des Corps de Juftice ,
Maire , & Officiers de la
Ville & de l'Election , la
GALANT. 211
Bourgeoifie étant fous les
armes, avec un grand concours de monde du lieu &
de tous les environs , qui y
étoient venus pour voir
cette ceremonie , faite pour
renouveller la memoire de
cinquante années , où en
ཝཱུ pareil jour le même Evêque
fit fa premiere entrée foSemnelle dans cette Ville ,.
&prit poffeffion de fon Evêché. Aprés cette Proceffion
T'Evêque étant fous le portail de la principale entrée lap
de l'Eglife Cathedrale, y regut les complimens de fon
212 MERCURE
Chapitre, le Chancelier d'i
celui portant la parole avec
beaucoup d'éloquence , de
netteté, d'érudition, & d'applaudiffemens, aufquels l'Evêque répondit avec toute
la grace , la force , la juſ
teffe & la facilité poffibles ;
& de retour en fon Palais
yreçut auffi les complimens
du Clergé , de la Ville , &
des autres Corps de Juſtice,
les principaux Officiers portant la parole ; à tous lef
quels l'Evêque fit réponſe
avec une grande prefence
d'efprit , beaucoup de bon-
GALANT 2131
té , & une fatisfaction ge
nerale , & fit enfuite diftrio
buerplufieurs aumônes aux
pauvres des Paroiffes de la
Ville.
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Résumé : « On écrit de Bayeux, que le 16 de ce mois [...] »
Le 16 du mois, une cérémonie publique a été organisée à Bayeux pour commémorer l'entrée solennelle de l'évêque dans la ville cinquante années auparavant. La cérémonie a débuté par une messe célébrée par un chanoine, suivie d'une procession générale du clergé de la ville. L'évêque, âgé de quatre-vingt-trois ans, a officié en présence des corps de justice, du maire, des officiers de la ville et de l'élection. La bourgeoisie était sous les armes et une grande foule des environs était présente. Après la procession, l'évêque a reçu les compliments de son chapitre à l'entrée de la cathédrale. Le chancelier a prononcé un discours élogieux, auquel l'évêque a répondu avec grâce et justesse. De retour à son palais, l'évêque a également reçu les compliments du clergé, de la ville et des autres corps de justice. Les principaux officiers ont pris la parole et l'évêque a répondu avec bonté et satisfaction générale. Il a ensuite distribué des aumônes aux pauvres des paroisses de la ville.
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21
p. 114-118
NOUVELLES d'Allemagne.
Début :
L'Archiduc a donné au Comte Nicolas Palsi la Charge de [...]
Mots clefs :
Juge, Chancelier, Bohême, Vivres, Allemagne, Hongrie, Vizir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Allemagne.
NOUVELLES
d'Allemagne.
L'Archiduc
a donne au
Comte Nicolas Palsi la
Çharge de grand Juge de
Hongrie, vacante par la
mort du Comte George
Erdedi ,& le gouvernement
du Comté d'Arva
que le mesme Comte Erdedi
possedoit, a esté donné
au Comte de Sinmaningh
Vice -
Président de
la Chambre de Hongrie.
On apeuré mesme que
l'Archiduc a nommé le
Comte de Thaun à la Viceroyauté
de Naples) &
qu'il a aussidonnéau Comte
SchileK la Charge de
grand Chancelier de Boheme
J
& celle de Commissaire
general des guerres
au Comte de Thierheim.
On a envoyé des ordres
en Hongrie pour reparer&
augmenter les fortifications
des places, &
pour remplir les magasins.
On fait à Vienne de grands
préparatifs pour la, campagne
prochaine quoyqu'on
parle fort d'une paix
generale. On asseure que
l'Archiduchesse doit bientost
revenir en cette Cour.
Les Lettres de Constantinople
du commencement
de Janvier confirment les
grands préparatifs de guerre
que font les Turcs pour
l'ouverture de la campagne
; elles adjoustent qu'il
y avoir ordre d'armer un
grand nombre de Galeres,
de Tartanes & de Bastïmens
de transport, qui do&
vent estre employez sur le
Danube, afin de conduire
les provisions pour la fub-?
sistance de l'armée, & pour
remplir les magasinsqui
sont establis à Silistrie
,
à
Thessalonique,& end'autres
endroits
y on juge par
le grand amas de vivres
que la principalearmée
fera tres- nombreuse. Depuis
l'arrivée du Grand
Seigneur à Andrinople, il
a fait depescher un Aga
avec de nouvelles instructions
pour aller en Pologne
expliquer au corps
de la Republique les intentions
de ce Prince touj
chant la declaration de la
guerre contre les Moscovites,&
au retour du Roy
de Suede. Les mesmes Lettres
portent que le Visir
avoit eu une conference
sur le mesme sujet avec le
Palatin de Mafovie.
d'Allemagne.
L'Archiduc
a donne au
Comte Nicolas Palsi la
Çharge de grand Juge de
Hongrie, vacante par la
mort du Comte George
Erdedi ,& le gouvernement
du Comté d'Arva
que le mesme Comte Erdedi
possedoit, a esté donné
au Comte de Sinmaningh
Vice -
Président de
la Chambre de Hongrie.
On apeuré mesme que
l'Archiduc a nommé le
Comte de Thaun à la Viceroyauté
de Naples) &
qu'il a aussidonnéau Comte
SchileK la Charge de
grand Chancelier de Boheme
J
& celle de Commissaire
general des guerres
au Comte de Thierheim.
On a envoyé des ordres
en Hongrie pour reparer&
augmenter les fortifications
des places, &
pour remplir les magasins.
On fait à Vienne de grands
préparatifs pour la, campagne
prochaine quoyqu'on
parle fort d'une paix
generale. On asseure que
l'Archiduchesse doit bientost
revenir en cette Cour.
Les Lettres de Constantinople
du commencement
de Janvier confirment les
grands préparatifs de guerre
que font les Turcs pour
l'ouverture de la campagne
; elles adjoustent qu'il
y avoir ordre d'armer un
grand nombre de Galeres,
de Tartanes & de Bastïmens
de transport, qui do&
vent estre employez sur le
Danube, afin de conduire
les provisions pour la fub-?
sistance de l'armée, & pour
remplir les magasinsqui
sont establis à Silistrie
,
à
Thessalonique,& end'autres
endroits
y on juge par
le grand amas de vivres
que la principalearmée
fera tres- nombreuse. Depuis
l'arrivée du Grand
Seigneur à Andrinople, il
a fait depescher un Aga
avec de nouvelles instructions
pour aller en Pologne
expliquer au corps
de la Republique les intentions
de ce Prince touj
chant la declaration de la
guerre contre les Moscovites,&
au retour du Roy
de Suede. Les mesmes Lettres
portent que le Visir
avoit eu une conference
sur le mesme sujet avec le
Palatin de Mafovie.
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Résumé : NOUVELLES d'Allemagne.
Le texte décrit plusieurs nominations et préparatifs militaires en Europe et en Turquie. En Hongrie, l'Archiduc a nommé le Comte Nicolas Palsi grand Juge, remplaçant le Comte George Erdedi décédé. Le gouvernement du Comté d'Arva a été confié au Comte de Sinmaningh. Le Comte de Thaun a été nommé Vice-roi de Naples, le Comte Schilek grand Chancelier de Bohême et Commissaire général des guerres, et le Comte de Thierheim Commissaire général des guerres. Des ordres ont été envoyés pour renforcer les fortifications et remplir les magasins en Hongrie. À Vienne, des préparatifs pour la prochaine campagne sont en cours, malgré les rumeurs de paix générale. L'Archiduchesse est attendue à la cour. À Constantinople, les préparatifs de guerre des Turcs sont confirmés, avec l'armement de nombreux navires pour transporter des provisions sur le Danube. L'armée turque devrait être nombreuse. Le Grand Seigneur a envoyé un Aga en Pologne pour expliquer ses intentions de guerre contre les Moscovites et le retour du Roi de Suède. Le Visir a également eu une conférence avec le Palatin de Masovie sur le même sujet.
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22
p. 279-281
Nouvelles de Paris.
Début :
Le 14. de ce mois le Sieur de la Faye, Gentilhomme ordinaire [...]
Mots clefs :
Paris, Utrecht, Savoie, Église métropolitaine, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris.
Nouvelles de Paris.
; Le14. de ce mois le Sieur
de la Faye, Gentilhomme
ordinaire de la Maison du
Roy, arriva ici d'Utrecht
avec la ratification du Trairé
de Paix avec l'Angleterre,
la Savoye ôc la Prusse.
Le Sieur Pajot de Malzat,
Conseiller au Parlement
, arriva le 16. avec
celle des Traitez ci-devant
avecle Roy de Prusse, &
aveclesEstats Generaux
V
des Provinces Unies.
La publication de la paix
se fit le 22. avec les ceremonies
ordinaires dans les
principales places de cette
ville; le Châtelet& leCorps
de Ville s'y érant rendus,
accompagnez du Roy d'Armes
& des Herauts, des
trompettes) des timbales ôc
des tambours de la ville.
Le 2 5. on chanra le Te
Deum pour le même sujet
dans l'Eglise Metropolitaine;
le Cardinal de Noailles,
Archevêque de Paris,offîcia.
Le
Le Chancelier de France,
à la tête du Conseil, le
Parlement la Chambre
des Comptes, la Cour des
Aydes & le Corps de Ville
y affilièrent.
- Le soir il y eut un grand
feu d'artifice devant l'Hôtel
de Ville, & des feux
dans toutes les rues, avec
plusieurs autres marques
de réjoüissances.
; Le14. de ce mois le Sieur
de la Faye, Gentilhomme
ordinaire de la Maison du
Roy, arriva ici d'Utrecht
avec la ratification du Trairé
de Paix avec l'Angleterre,
la Savoye ôc la Prusse.
Le Sieur Pajot de Malzat,
Conseiller au Parlement
, arriva le 16. avec
celle des Traitez ci-devant
avecle Roy de Prusse, &
aveclesEstats Generaux
V
des Provinces Unies.
La publication de la paix
se fit le 22. avec les ceremonies
ordinaires dans les
principales places de cette
ville; le Châtelet& leCorps
de Ville s'y érant rendus,
accompagnez du Roy d'Armes
& des Herauts, des
trompettes) des timbales ôc
des tambours de la ville.
Le 2 5. on chanra le Te
Deum pour le même sujet
dans l'Eglise Metropolitaine;
le Cardinal de Noailles,
Archevêque de Paris,offîcia.
Le
Le Chancelier de France,
à la tête du Conseil, le
Parlement la Chambre
des Comptes, la Cour des
Aydes & le Corps de Ville
y affilièrent.
- Le soir il y eut un grand
feu d'artifice devant l'Hôtel
de Ville, & des feux
dans toutes les rues, avec
plusieurs autres marques
de réjoüissances.
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Résumé : Nouvelles de Paris.
Le 14 du mois, le Sieur de la Faye a apporté la ratification du traité de paix avec l'Angleterre, la Savoie et la Prusse d'Utrecht. Le 16, le Sieur Pajot de Malzat a présenté les ratifications des traités avec le roi de Prusse et les États Généraux des Provinces Unies. La paix a été officiellement publiée le 22, avec des cérémonies dans les principales places de la ville, incluant le Châtelet, le Corps de Ville, le Roy d'Armes, des Herauts, des trompettes, des timbales et des tambours. Le 25, un Te Deum a été chanté dans l'Église Métropolitaine par le Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris. Le Chancelier de France, le Conseil, le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes et le Corps de Ville y ont assisté. Le soir, un grand feu d'artifice a été tiré devant l'Hôtel de Ville, et des feux ont été allumés dans toutes les rues, accompagnés de diverses réjouissances.
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23
p. 165-168
MORTS.
Début :
Messire Edme Pirot Prêtre Docteur en Theologie de la Maison [...]
Mots clefs :
Mort, Chancelier, Vicaire, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Messire Edme Pirot Prê":
tre Docteur en Theologie
de la Maison & Societé de
Sorbonne, Chanoine &
Chancelier de l'Eglisede
Paris, Vicaire General de
S. E. Monseigneur le Cardinal
de Noailles & Abbé
d'Hermiere, mourut le 4
Aoust âgé de 79 ans.
M. Vivant Penitencier de
l'Eglise de Paris & Grand
Vicaire de Monseigneur le
Cardinal de Noailles, lui
succedeen laPlace de Chancelier.
Et M. de la Chasse son petit
neveu en son Canonicar.
Jean Loüis le Mairat Chevalier
Seigneur de Briere le
Chatel,&c.Conseiller du
Royenses Conseils & d'honneuren
sa Cour de Parlement,
mourut sans alliance
le
2, Aoust 1713 en sa 76 année.
Il avoit épousé Heleine
Baugier, qui mourut en 1701
âgée de 19 à20 ans. Il etoit
coufin germain de Charlotte
Lefpinette le Mairat se..
conde femme du premier
Presidentle Pelletier,&fils
d'Antoine Lespinette le Mairat
Maître des Comptes &
de Loüise Bourgoin.
Dame Loüise Therese Aubry
épouse de Messire Alexandre
le Fevre de la Faluere
Grand Maître des Eaux
& Forests au département
de France, mourut le 9
Aoust âgée de 32 ans. Elle
étoit fille de feu Messire Leonor
Aubry Maître des Comptes,
& soeur de M. Aubry
Conseiller de la premiere
des Requestes du Palais.
Dame Magdelaine Perrot,
veuve de Messire Loüis
Damas de Cormaillon, &
auparavant veuve de Messire
Jacques Honoré Barantin
premier & ancien President
au Grand Conseil, mourut
le 13 Aoust.
Messire Edme Pirot Prê":
tre Docteur en Theologie
de la Maison & Societé de
Sorbonne, Chanoine &
Chancelier de l'Eglisede
Paris, Vicaire General de
S. E. Monseigneur le Cardinal
de Noailles & Abbé
d'Hermiere, mourut le 4
Aoust âgé de 79 ans.
M. Vivant Penitencier de
l'Eglise de Paris & Grand
Vicaire de Monseigneur le
Cardinal de Noailles, lui
succedeen laPlace de Chancelier.
Et M. de la Chasse son petit
neveu en son Canonicar.
Jean Loüis le Mairat Chevalier
Seigneur de Briere le
Chatel,&c.Conseiller du
Royenses Conseils & d'honneuren
sa Cour de Parlement,
mourut sans alliance
le
2, Aoust 1713 en sa 76 année.
Il avoit épousé Heleine
Baugier, qui mourut en 1701
âgée de 19 à20 ans. Il etoit
coufin germain de Charlotte
Lefpinette le Mairat se..
conde femme du premier
Presidentle Pelletier,&fils
d'Antoine Lespinette le Mairat
Maître des Comptes &
de Loüise Bourgoin.
Dame Loüise Therese Aubry
épouse de Messire Alexandre
le Fevre de la Faluere
Grand Maître des Eaux
& Forests au département
de France, mourut le 9
Aoust âgée de 32 ans. Elle
étoit fille de feu Messire Leonor
Aubry Maître des Comptes,
& soeur de M. Aubry
Conseiller de la premiere
des Requestes du Palais.
Dame Magdelaine Perrot,
veuve de Messire Loüis
Damas de Cormaillon, &
auparavant veuve de Messire
Jacques Honoré Barantin
premier & ancien President
au Grand Conseil, mourut
le 13 Aoust.
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Résumé : MORTS.
En août 1713, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Messire Edme Pirot, Docteur en Théologie, Chanoine et Chancelier de l'Église de Paris, Vicaire Général du Cardinal de Noailles et Abbé d'Hermiere, est décédé le 4 août à l'âge de 79 ans. M. Vivant lui a succédé comme Chancelier, et M. de la Chasse a pris la place de Chanoine. Jean Louis le Mairat, Chevalier et Conseiller du Roi au Parlement, est mort sans alliance le 2 août à l'âge de 76 ans. Il avait épousé Hélène Baugier, décédée en 1701 à l'âge de 19 ou 20 ans, et était cousin germain de Charlotte Lefpinette le Mairat. Dame Louise Thérèse Aubry, épouse de Messire Alexandre le Fevre de la Faluere, Grand Maître des Eaux et Forêts, est décédée le 9 août à l'âge de 32 ans. Elle était fille de Messire Léonor Aubry et sœur de M. Aubry, Conseiller des Requêtes du Palais. Enfin, Dame Magdelaine Perrot, veuve de Messire Louis Damas de Cormaillon et auparavant de Messire Jacques Honoré Barantin, premier Président au Grand Conseil, est décédée le 13 août.
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24
p. 131-133
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Les lettres de Londres du 7. de ce mois, porrent que [...]
Mots clefs :
Communes, Chancelier, Londres
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Les lettres de Londres du
17. de ce mois , porrent que
-le4. on lut la 2. fois le projet
d'acte pour continuer au
nouveau Roy les revenus
dont la feuë Reine jouiſſoit,
& on refolut d'y ajoûter 2 .
clauſes : l'une, pour donner
pouvoir au grand Treſorier
de payer 65000. liv. ſterlin
d'arrerages dûs auxtroupes
-deHanovrequi ont ſervi en
Flandres en 1712.l'autre pour
132 MERCURE
payer 100000. livres ſterlin
àdifferens particuliers. Le
même jour les Communes
s'étant renduës à la Barre
des Seigneurs par ordredes
Regens,leChancelier dit en
leurs noms aux deuxChambres
, qu'ils avoient reçû le
matin une lettre du Roy
Georges,qui témoignoit êtretrés
farisfaitdela fidelité
que ſes ſujets avoient fait
paroître , & qu'il viendroit
auplûtôt pour travailler à ſe
mettredansun état heureux
&floriſſat. Enſuite leChancelier
declaraque la loterie
GALANT . 133
ne ſe rempliſſoit pas àcauſe que
les interêts étoient trop bas.
Les Communes s'étant retirées,
refolurent le s de donner cinq
pour cent d'interêt au lieu de 4.
Le 6. cette reſolution fut approuvée.
LeComte de Bercley
areçû ordre de faire voile avec
la flote , compoſee de 20. vaifſeaux
& de fix fregates , pour
aller en Hollande embarquer
le nouveau Roy.
Les avis de Hollande du 2.
portent qu'on y attendoit le
RoyGeorges.
17. de ce mois , porrent que
-le4. on lut la 2. fois le projet
d'acte pour continuer au
nouveau Roy les revenus
dont la feuë Reine jouiſſoit,
& on refolut d'y ajoûter 2 .
clauſes : l'une, pour donner
pouvoir au grand Treſorier
de payer 65000. liv. ſterlin
d'arrerages dûs auxtroupes
-deHanovrequi ont ſervi en
Flandres en 1712.l'autre pour
132 MERCURE
payer 100000. livres ſterlin
àdifferens particuliers. Le
même jour les Communes
s'étant renduës à la Barre
des Seigneurs par ordredes
Regens,leChancelier dit en
leurs noms aux deuxChambres
, qu'ils avoient reçû le
matin une lettre du Roy
Georges,qui témoignoit êtretrés
farisfaitdela fidelité
que ſes ſujets avoient fait
paroître , & qu'il viendroit
auplûtôt pour travailler à ſe
mettredansun état heureux
&floriſſat. Enſuite leChancelier
declaraque la loterie
GALANT . 133
ne ſe rempliſſoit pas àcauſe que
les interêts étoient trop bas.
Les Communes s'étant retirées,
refolurent le s de donner cinq
pour cent d'interêt au lieu de 4.
Le 6. cette reſolution fut approuvée.
LeComte de Bercley
areçû ordre de faire voile avec
la flote , compoſee de 20. vaifſeaux
& de fix fregates , pour
aller en Hollande embarquer
le nouveau Roy.
Les avis de Hollande du 2.
portent qu'on y attendoit le
RoyGeorges.
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Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le 17 du mois, le projet d'acte pour maintenir les revenus royaux pour le nouveau roi a été relu une deuxième fois. Deux clauses ont été ajoutées : l'une pour payer 65 000 livres sterling d'arriérés aux troupes de Hanovre ayant servi en Flandres en 1712, et l'autre pour verser 100 000 livres sterling à divers particuliers. Les Communes se sont ensuite rendues à la Chambre des Lords sur ordre des régents. Le chancelier a lu une lettre du roi Georges, exprimant sa satisfaction envers ses sujets et son intention de venir rapidement pour le bien du royaume. Il a aussi signalé que la loterie ne se remplissait pas en raison d'intérêts trop bas, conduisant les Communes à augmenter le taux d'intérêt à cinq pour cent, décision approuvée le 6. De plus, le comte de Berkeley a reçu l'ordre de naviguer avec une flotte de 20 vaisseaux et six frégates pour aller chercher le nouveau roi en Hollande.
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25
p. 277-284
IL LUSTRISSIMO ac nobilissimo viro D. D. Danieli Francisco VOYSIN, Domino du Mesnil, Regiorum Ordinum Commendatori & Franciae Cancellario. Juridica supremi Galliarum Senatus Comitia tenenti.
Début :
Le 14. de ce mois M. le Chancelier vint prendre séance / Quem nos Augusto spectamus stare sedentem [...]
Mots clefs :
Parlement de Paris, Chancelier, Avocat au parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IL LUSTRISSIMO ac nobilissimo viro D. D. Danieli Francisco VOYSIN, Domino du Mesnil, Regiorum Ordinum Commendatori & Franciae Cancellario. Juridica supremi Galliarum Senatus Comitia tenenti.
Le 14. de ce mois M. le
Chancelier vint prendre ſéance
au Parlement de Paris ; & le
même jour fut jugé le procés
deHenryGervais,Joüeur tresrenommé
, appellant comme
d'abus de ſon mariage avec
Gertrude Boon , fameuſe &
fage Tourneuſe ; & par Arrêt
en l'Audiancede la grand'-
Chambre tenue par M. Voifin
, Chancelier de France ,
contre les concluſions de M.
de Lamoignon , AvocatGeneral
, la Cour a declaré qu'IL
NY AVOIT ABUS , plaidants
M. Guillet de Blaru pour l'ap
278 MERCURE
pellante , M. Arrault pour
Gervais intervenant , M. Chevalier
pour l'Intimée. Onm'a
afſuré que la Cour ne s'étoit
determinée à prononcer ,que
fur ce que les Baladins &gens
deTheatre n'ontpoint de vray
domicile.
Cette Audiance finie , M. le
Sas de Rochermine , Avocat
au Parlement , cût l'honneur
de preſenter à M. le Chancelier
les Vers Latins que voicy.
GALANT. 279
ILLUSTRISSIMO
ac nobiliffimo viro D. D.
Danielı Franciſco VOYSIN ,
Domino du Meſnil , Regiorum
Ordinum Commendatori&
Franciæ Can
cellario. Juridica ſupremi
Galliarum SenatusComitia
tenenti.
Quemnos Auguſto ſpectamus
Starefedentem
In Themidos folio , &facro velut
ore , fideli
Francorum Gentipandentem oraculaRegis
,
180 MERCURE
Moribusille fibi meritos devinxithonores
,
Gloria &immensi merces fuit
... aqua laboris.
Gentis ut avertas vicinaperi-
7
cula,miffum
Te ,VICINE , putant nobis
ex athere cives
Applaufu quorum festivo perſonatAula.
Prefectum annona per te recreatus
opima :
Quot Belga &Batavi audaces
audacior urbes
Ferro expugnaffet miles , nutricia
Regno
Ryfwicea LODOIX dederat
nê
GALANT. 281.
nî femina pacis ?
Felices tunc nos pax fi longeva
fuißet ,
Nec citoſavißet toto Mars impius
orbe ?
Quidqueror ? Invicti fancta
+ in penetralia Regis
Admiffus ,quoties hoftilia mente
Sagaci
Confilia evertit prænuncius ?
Omnia vidit
Subverſa , Europamftammis ,
ferroque cadentem;
Sed penitus noftrasVICINUS
reftituit res.
Gallica multiplici dudum memorata
triumpho
Mars 1715. Aa
282 MERCURE
Suftinuit prudens arma ingenio ,
atque peripfum
Impofita eft confanguineo ultima
bello
Quodſociâ noftros bruma vastaverat
agros ,
Centuplicem nuncqui referunt
cala auspice,frugem.
Gracia tanta , tui donum regale
manebat
Mercedem meriti ; nec enim te
dignior usquam
Quifacrajuratogaregeret ,popu-
Loque benignus
Justitia&pacisſociales fundere
poffer
Fructus ,&fontum miferatus
GALANT. 283
flectere fortes.
Refpicit Ajtream tecum Bellona
jocantem
Invida , non ultro victriciaſcuta
reponens ,
Ettingendafuritferrugine , dextra
tenebit
Dum tua continuo Lancis mode
ramen ,er Enfis.
Jura colens Themidis ,dam-
***nofas destrue lites :
Destruat pietas tua bella domeſtica
,nuper 150
Que vefanus amor zelo excandefcere
fecit.
VICINO dignos, cives , de
cernite honores
Aaij
284 MERCURE
EtRegem longos tandem comiteturin
annos.
Chancelier vint prendre ſéance
au Parlement de Paris ; & le
même jour fut jugé le procés
deHenryGervais,Joüeur tresrenommé
, appellant comme
d'abus de ſon mariage avec
Gertrude Boon , fameuſe &
fage Tourneuſe ; & par Arrêt
en l'Audiancede la grand'-
Chambre tenue par M. Voifin
, Chancelier de France ,
contre les concluſions de M.
de Lamoignon , AvocatGeneral
, la Cour a declaré qu'IL
NY AVOIT ABUS , plaidants
M. Guillet de Blaru pour l'ap
278 MERCURE
pellante , M. Arrault pour
Gervais intervenant , M. Chevalier
pour l'Intimée. Onm'a
afſuré que la Cour ne s'étoit
determinée à prononcer ,que
fur ce que les Baladins &gens
deTheatre n'ontpoint de vray
domicile.
Cette Audiance finie , M. le
Sas de Rochermine , Avocat
au Parlement , cût l'honneur
de preſenter à M. le Chancelier
les Vers Latins que voicy.
GALANT. 279
ILLUSTRISSIMO
ac nobiliffimo viro D. D.
Danielı Franciſco VOYSIN ,
Domino du Meſnil , Regiorum
Ordinum Commendatori&
Franciæ Can
cellario. Juridica ſupremi
Galliarum SenatusComitia
tenenti.
Quemnos Auguſto ſpectamus
Starefedentem
In Themidos folio , &facro velut
ore , fideli
Francorum Gentipandentem oraculaRegis
,
180 MERCURE
Moribusille fibi meritos devinxithonores
,
Gloria &immensi merces fuit
... aqua laboris.
Gentis ut avertas vicinaperi-
7
cula,miffum
Te ,VICINE , putant nobis
ex athere cives
Applaufu quorum festivo perſonatAula.
Prefectum annona per te recreatus
opima :
Quot Belga &Batavi audaces
audacior urbes
Ferro expugnaffet miles , nutricia
Regno
Ryfwicea LODOIX dederat
nê
GALANT. 281.
nî femina pacis ?
Felices tunc nos pax fi longeva
fuißet ,
Nec citoſavißet toto Mars impius
orbe ?
Quidqueror ? Invicti fancta
+ in penetralia Regis
Admiffus ,quoties hoftilia mente
Sagaci
Confilia evertit prænuncius ?
Omnia vidit
Subverſa , Europamftammis ,
ferroque cadentem;
Sed penitus noftrasVICINUS
reftituit res.
Gallica multiplici dudum memorata
triumpho
Mars 1715. Aa
282 MERCURE
Suftinuit prudens arma ingenio ,
atque peripfum
Impofita eft confanguineo ultima
bello
Quodſociâ noftros bruma vastaverat
agros ,
Centuplicem nuncqui referunt
cala auspice,frugem.
Gracia tanta , tui donum regale
manebat
Mercedem meriti ; nec enim te
dignior usquam
Quifacrajuratogaregeret ,popu-
Loque benignus
Justitia&pacisſociales fundere
poffer
Fructus ,&fontum miferatus
GALANT. 283
flectere fortes.
Refpicit Ajtream tecum Bellona
jocantem
Invida , non ultro victriciaſcuta
reponens ,
Ettingendafuritferrugine , dextra
tenebit
Dum tua continuo Lancis mode
ramen ,er Enfis.
Jura colens Themidis ,dam-
***nofas destrue lites :
Destruat pietas tua bella domeſtica
,nuper 150
Que vefanus amor zelo excandefcere
fecit.
VICINO dignos, cives , de
cernite honores
Aaij
284 MERCURE
EtRegem longos tandem comiteturin
annos.
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Résumé : IL LUSTRISSIMO ac nobilissimo viro D. D. Danieli Francisco VOYSIN, Domino du Mesnil, Regiorum Ordinum Commendatori & Franciae Cancellario. Juridica supremi Galliarum Senatus Comitia tenenti.
Le 14 du mois, le Chancelier a présidé une séance au Parlement de Paris. Le procès de Henry Gervais, un joueur connu, a été examiné. Gervais avait contesté l'abus présumé de son mariage avec Gertrude Boon, une célèbre artiste. La Cour, dirigée par Monsieur Voisin, a conclu qu'il n'y avait pas eu abus, malgré l'avis contraire de Monsieur de Lamoignon, Avocat Général. Les avocats présents étaient Monsieur Guillet de Blaru pour l'appelant, Monsieur Arrault pour Gervais intervenant, et Monsieur Chevalier pour l'intimée. La décision de la Cour reposait sur le fait que les baladins et gens de théâtre n'ont pas de domicile fixe. Par la suite, Monsieur le Sas de Rocherpine, Avocat au Parlement, a offert au Chancelier des vers latins en son honneur. Ces vers mettaient en lumière la sagesse du Chancelier, son rôle dans le maintien de la paix et de la justice, ainsi que ses efforts pour protéger le royaume. Ils soulignaient également ses succès militaires et son dévouement à la nation.
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26
p. 58-98
DENONCIATION faite à Monseigneur le Chancelier d'un Libelle injurieux ; qui, revêtu de l'autorité du Sceau, paroît dans le monde sous le titre d'Homere vangé.
Début :
L'Auteur de ce Libelle est un nommé Gacon, homme [...]
Mots clefs :
Homère, Homère, Homme, Ouvrage, Auteur, M. de la Motte, Livre, Aveugle, Héros, Lettres, Iliade, Poète, Libelle, Crime, Hollande, Chancelier, Approbation, Critique, Public, Excès, Approbateur, Ombre, Charité, Insultes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DENONCIATION faite à Monseigneur le Chancelier d'un Libelle injurieux ; qui, revêtu de l'autorité du Sceau, paroît dans le monde sous le titre d'Homere vangé.
DENONCIATION
faiteàMonseigneurle Chancelier
d'un Libelle injurieux ,
qui , revêtu de l'autorité du
Sceau ,paroît dans le monde
ſous le titre d'Homere
vangé.
L'Auteur de ce Libelle eſt
un nommé Gacon , homme
connu dans le monde par des
Libelles du mêine genre. Ilett
bon d'en faire l'Hiſtoire. La
voicy.
Il y a environ 20. ans que
Gacon fit imprimer un preGALANT.
mier Ouvrage ſous le titre de
Poëte fans fard. Il y commit
tant d'excés fatyriques , que
Monſeigneur Boucherat ,lors
Chancelier , à qui il fut denoncé,
en fit fupprimer les Exem
plaires , & fit fubir pluſieurs
mois de prifon à l'Auteur.
Ce châtiment contint Gacon
durant pluſieurs années ,
mais letemsile ramena enfin à
fon malheureux penchant ;il
travailla à une Traduction
d'Anacreon , Ouvrage quin'étoit
dans ſes vûës , que le prétexte&
l'occaſion d'outrager
pluſieurs perſonnes diftin60
MERCURE
guées dans les Lettres. Ce fecond
Ouvrage ayant eſté envoyé
par M.l'Abbé Bignon à
Meſieurs Saulrin & Danchet
fucceffivement pour l'examiner
, ils refuferent l'un aprés
l'autre l'approbation à l'Auteur
, fur fon obſtination à ne
vouloir pas fupprimer les traits
injurieux.Gacon n'avoit garde
de conſentir à la fuppreffion
de ces traits , c'eſtoit la portion
cheriede ſon Livre. Il fic
unvoyage exprés en Hollande,
pour ſe voir en pleine libertédediffamer
les objetsde
ſa malignité ; il yimprima fon
GALANT. 61
Anacreon , & profitant de la
licence que luy donnoit ſa
nouvelle Patrie , il enrichit fon
Livre de quelques traits calomnieux
, & de la nature de
ceux qui attaquent directement
l'honneur. Je n'en rapporteray
qu'un ſeulqui regarde
M. deFontenelles , qui me
paroît énorme. Gacon aprés
avoir inſolemment avili les
Ouvrages de MT.Corneille,
l'excuſe d'avoir fatigué le Public
de tant de mauvais écrits ,
en ſuppoſant que fans ces
écrits mêmes il feroit mort de
faim. Il écrivoit , dit il , fami
62 MERCURE
potius quam fama. Nous n'y
ſommes pas encore : Gacon
continue. Mais d'où vient que
M. de Fontenelles fon neveu
luy qui eftfifort àson aiſe, laiſſe
mourir de faim fon oncle. Cur
eget te divite parens.
,
Il eſt notoire que M. Corneille
n'étoit rien moins qu'-
indigent ; il auroit eſté tres .
honteux à noſtre ſiecle qu'un
homme de ce merite eût eu
beſoin de ſes travaux Litteraires
& journaliers pour vivre.
Et s'il eût eſté indigent en effet
, M. de Fontenelles ſon neveu,
homme non moins eſtiGALANT.
63
:
-
mable par la probité que par
ſes talens , auroit caché au Public
l'infortune de ſon oncle.
Les Ouvrages font connoître
le genie des gens de
Lettres , mais ils ne font pas
connoiſtre leurs moeurs . Il
n'arrive que trop que les talents
les plus eſtimables ſerencontrent
dans un même homme
avec de mauvaiſes moeurs.
La poſterité , ſi ce coupableLivre
va juſqu'à elle , ne pourrat-
elle pas condamner M. de
Fontenelles, ſur la foy d'un reproche
direct qu'un de ſes contemporains
luy a fait avec im-
:
64 MERCURE
punité ? c'eſt ce que M. de
Fontenelles fent parfaitement,
je puis rendre fur cela témoignage
de ſa ſenſibilité.
Il y a environ deux ans que
Gacon donna un troifiéme
Ouvrage au Publit,ſous letitre
del'Anti Rouffeau. La perſecution
cruelle qu'il ſuſcite à
un coupable proſcrit par Arrêt
de la Cour , n'eſt pas un
crime ſelon les Loix , c'eſt feulement
une baſſeſſe , une lacheté
digne de deteftation ;
fon crime , & crime digne
d'un châtiment exemplaire ,
c'eſt d'avoir recueilli de tous
ceux
GALANT . 65
L
ceux qui avoient eſté en commerce
avec Rouffeau , les Ouvrages
cyniques & fatyriques
de ce Poëte , Ouvrages defavoüez
par leur Auteur & peutêtre
expiez par fon repentir. Il
les a portez en Hollande où
ils ont eſté imprimez ſous ſes
yeux avec un Commentaire
qui aggrave encore le poifon
du texte ; il a appliqué fauſſement
à pluſieurs perſonnesdes
Epigrammes anonymes dont
Rouſſeau n'avoit jamais fait
d'applications perſonnelles .
Enfin , grace à Gacon , les
horreurs de ce Poëte , que nos
May 1715 . F
66 MERCURE
Magiſtrats s'efforçoient de
fupprimer , paſſeront à lapofterité&
feront le ſcandale des
fiecles futurs , & la honte du
nôtre.Gacon de retour deHollande
debite à Paris ſon Anti-
Rouſſcau , ce ſcandaleux Livre
fait horreur aux gens de bien ;
mais le mépris ſauve le coupable,
perſonne ne veut faire la
démarchede le denoncer , on
le laiſſe joüir en paix du fruit
de ſon crime.
Le quatriéme Ouvrage de
Gacon , & le ſujet unique de
la preſente denonciation , eſt
un Livre in douze , qui a pour
GALANT. 67
titre ,Homere vangé. Les perſonnes
outragées dans ce nouvel
Ouvrage font mortifiées
de ne pouvoir payer ſon Auteurdu
ſeul mépris qui juſqu'à
preſent a fait la punition de
ſes excés , on craint de luy
faire honneur en le denonçant
; mais on y eſt forcé. U
n'eſt pas icy queſtion d'un Libelle
imprimé en Hollande ,
ou même dans le Royaume
ſans privilege , c'eſt un Livre
revêtu de l'autorité du Sceau ,
& imprimé dans Paris avec
une approbation folemnelle
du ſicur Abbé Couture. Il y a
Fij
68 MERCURE
donc icy deux coupables , &
j'ofe avancer , que le plus puniſſable
n'est pas l'Auteur mê
me , mais l'Approbateur ,
l'homme public , que le Miniſtre
a mis en place pour empêcher
les deſordres dont il
vient de ſe rendre lâchement
complice. C'eſt par l'examen
de l'Ouvrage même que l'on
pourra juger du traitement
que meritele ſieur AbbéCouture.
l 3
Ce Livre eſt une critique follement
infolente de l'Iliade de
M. de la Motte & de ſa Differtation
fur Homere ; il n'y
GALANT. 69
{
a rien de plus permis , rien de
plus utile dans les Lettres que
les critiques judicieuſes &moderées
, où les Auteurs expoſent
leurs ſentimens & combattent
ceux d'autruy , fans
manquer aux égards que la ſocieté
civile & les bonnes
moeurs exigent . Voila les critiques
propres à éclairer le Public
& à l'édifier tout enſemble.
M. de la Motte nous vient
de donner un exemple de ces
critiques moderées , il feroit
bon de faire imiter cet exemple
à Meſſieurs les Sçavants ,
qui font , pour ne rien dire de
70 MERCURE
plus , trop ſcandaleuſement
ruſtiques.
Le Livre qui parut le mois
de Février dernier ſous le titre
des Causes de la Corruption du
Gouft , furprit & fcandalizat
tout enſemble les gens ſenſez.
Ce Livre ſera la honte éternelle
de M. l'Abbé Fraguier ,
luy , qui par ſon approbation
ſouſcrit lachement au traitement
infâme qu'on y fait à fon
Confrere; luy , que l'eſprit de
parti aveugle, au point de luy
faire oublier qu'il eſt en place
pour empêcher les Auteurs
ſoumis à ſon examen , de fe
GALANT. 71
faire des outrages reciproques,
&de violer , les uns à l'égard
des autres , les regles de la
bien féance & les devoirs de
la charité.
Le ſicur Abbé CoutureApprobateur
du Livre deGacon ,
eſt infinement plus coupable
encore que le ſieur Abbé Fraguier.
On en jugera par les
traits receüillis du Livre , quia
pour titre : Homere vangé.
L'eſtampe qui eſt à la tête
tampe qu
de cet inſolent Livre , en annonce
le caractere. On y voit
le Mont Parnaſſe , au ſommet
duquel paroît le buſte d'Ho72
MERCURE
mere. Ce buſte forme une
ombre , que M. de la Motte
ſous la figure de l'Envie, attaque
une torche à la main. Le
Poëte Gacon monté ſur Pegaſe
, armé de
verges , vient
châtier l'Envie .
Quatre vers de l'Auteur expliquent
l'eſtampe.
Conduite par l'orgueil , l'Envie
au regardfombre
Veut attaquer Homere &n'atteintquefon
ombre ;
Mais les verges en main fur
Pegase monté
Le Poëte fans fard vange Homere
infulté.
Il
GALANT. 73
1
Il n'y a point là d'Enigme.
Le Livre a pour titre Homere
vangé, ou Réponſe à M. de la
Motte.
Mais pour mieux. faire reconnoître
M. de la Motte ſous
l'allegoricde l'Envie ; il donne
à l'Envie un regard fombre ;
alluſion baſſe à la vûë preſque
éteinte de M. de la Motte.
Voila donc M. de la Motte livré
par M. l'Abbé Couture au
vil Executeur du Parnaſſe pour
en recevoir les étrivieres ? mais
quel eſt le crime de M. de la
Motte ? un Livre dont le Roy
a agréé l'hommage , & pour
May 1715. G
74 MERCURE
lequel ila gratifié l'Auteur d'une
penfion ?
ed M. Couture dira-t- il qu'il
ignoroit ces faits? je le dementiroisdans
le moment en rapportant
le trait qui fuit. C'eſt
à la page 308. du Livre denoncé
; Gacon rapporte qu'un
ConfeurSuperbe ayantpreſentéà
Sun Monarque habile un Ouvrage
critique contre Virgile, ce Roy
fic apporter un boiſſeau de froment,
lefit vanner&enfit donner
les criblures pour recompense
au Cenfeur. Il est vray , continuë
Gacon , en parlant à M.
de la Motte , il est vray que
GALANT. 75
loin d'avoir estépuny duRoy vous
avez été gratieuse & recompenfé.
Sed fupplicium tulit bic
Sceleris alter diadema. Je ſuis perfuadé
que M.Couture n'a ſenti
dans cetrait que ce qui touche
M. de la Motte ; il veut
bien ſouſcrire aux inſultes
dont eet Auteur luy ſemble
digne ; mais il n'auroit garde
d'adopter les excés d'un genre
plus puniſſable répandus
dans le Livre denoncé , ſi l'efprit
de parti qui l'aveugle ne
l'avoit pas empêché de les remarquer.
Al'égard de Gacon , il eft
Gij
76 MERCURE
digne auffi de quelque indulgence
en faveur de fon imbecillité.
Ce pauvre Poëte , par
exemple , s'eſt mis dans l'eſprit
que M. de la Motte dediant
fon Iliade au Roy , avoit fait
outrage à la pieté de Sa Majeſté.
Voicy comment il s'explique
dans une Satyre intitulée
l'Ombre de Defpreaux , pag.
11. du Livre.
Eh pourquoy s'exposant à paſſer
pour un fot,
Outrage-1- il duRoy lapietéchrétienne
,
En mettantfousſesyeux l'Iliade
payenne .
GALANT. 77
Ce jugement n'a rien d'étonnant
de la part de Gacon ;
mais il eſt ſcandaleux qu'un
Approbateur , à qui l'on fup .
poſe au moins le ſens commun
,n'en ſoit pas bleſſe. L'épithete
defot eit icy des plus
mal afſociées , voilà peut eſtre
la premiere fois qu'on l'ait
vue en telle compagnie.
M. l'Abbé Couture , dira
que c'eſt une vivacité amenée
par la tiranniede la rime , qu'il
ne faut pas prendre l'épithete
deforà la lettre. A la bonne
heure ; mais il n'y a rien à
rabattre d'une infulte faite en
1
Giij
78 MERCURE
i
1
proſe. Dequelle nature eſt celle-
cy ? pag. 45. où Gacon applique
ces paroles à M. de la
Motte. Cherchons un autre
monde à l'abry d'un petit-homme
qui pretend s'élever fur des
Geans , & d'un Moucheron
qui veuts'élever ſur des Aigles.
M. l'Abbé Couture , doit
fçavoir que Made la Motte
n'eſt rien moins qu'un petit
homme , il eſt de l'aveu de
tout le monde litteraire un
des premiers hommes de ſon
fiecle ; cette ſuperiorité eſt
d'ordinaire compagne de l'or
guëil immoderé ; mais le ſou- 1
GALANT9.79
verain éloge de M. de la Motte
c'eſt d'avoir ſçû allier aux
talens les plus éminents , la
plus modeſte opinion de luy
même. C'eſt de n'avoir jamais
cherché dans les ouvrages de
ſes rivaux , que le beau pour
le proteger , & de s'être im
poſé un filence religieux fur
les fautes dont il auroit pu
triompher ; en vain ces mêmes
rivaux s'obſtinent à l'affieger
avec des Epigrammes injurieuſes
, des Satyres infâmes,des
Critiques infolentes , on ne
peut réüffir à luy faire démens
tir ce caractere de douceur ,
G iiij
88 MERCURE
de modeftie & de charité ,
vertus qui luy ſont plus procieuſes
que la réputation de ſes
ouvrages. Ses amis reffentent
une douleur profonde de le
voir à la veille d'eſtre entierement
aveugle , ſa vûë qui s'éteint
par degrez inſenſibles le
rappelle fans ceſſe à la pro.
chaine infortune & le follicite
au découragement ; tandis que
nous travaillons à le confoler ,
& à le diſtraire de ce triſte
objet , il s'imprime dans Paris
des Livres cruels où l'on infulte
lâchement à ſon malheur .
Les uns ont la baſſeſſe de luy
GALANT
:
confeiller tironiquement , de
amende honorable
faire
aux
Muses & qu'elles luy rendront
la vue. Gacon plus infolent
Papoftrophe pag. 24. par ces
mots. Aveugle de l'ame & du
corps. A
Mais on ne fecontentepas
dans le Livre denoncé de faire
infulte à M. de la Motte , on
amene ſes amis ſur la Scene ,
&en les faiſant dialoguer , on
en fait autant de Gacons .
Quelques jours aprés que
l'Iliade de M. dela Motte cût
paru , je vis avec ſurpriſe , & ,
j'avoüe,avec quelque indigna82
MERCURE
;
:
รา
tion , le dechaînement horribledu
peuple Sçavant contre
l'Auteur ; je fis une Lettre apologetique
de l'Ouvrage ſcan
dalcux , j'obtins un Privilege
fous un titre anonime ; la Lettre
ne ſe fut pas plutôt mon
trée , que mes amis me foupçonnerent
d'en eſtre l'Auteur
j'aurois pû tenir ferme contre
leurs ſoupçons , mais le peril
de l'Ouvrage même m'en arracha
l'aveu. Je crus qu'il y alloit
de la generoſité de ne pas
deſavoüer un hommage que
j'y rendois à un ami digne de
tout mon zele.
GALANT
-Gacon parle beaucoup de
cette Lettre dans le Livre denoncé.
Il me reproche d'y
avoir qualifié injurieuſement
les adverſaires de M. de la
Motte ; je n'ay qu'un mot à
répondre fur cela. Lorſque je
fis cetteLettre ,perſonne n'avoit
encore écrit contre M. de
laMotte , & je n'ay pû par
conſequent me propoſer de
faire reconnoître aucun de ces
prétendus adverſaires ,dans la
diftinction que j'y fais des vrais
& des faux Sçavants. Il faut
bien diftinguer en matiere de
critique les remarques vagues ,
84 MERCURE
les portraits generaux & inappliquez,
de ce que l'on appelle
communément apostrophe
injurieuſe , tableau perſonnel ;
par exemple , il n'eſt pas con
tre les regles de la critique moderée,
de dire en general , qu'il
yadans la Republique des Lettres
des ſtupides érudits qui ont
prété ferment de fidelité à Homere.
Mais ſi l'on deſignoit
unhommede Lettre quelcon
que par l'épithete d'érudit ſtupide
, ou autre de ce genre , on
excederoit les bornes de la critique
ſage , on bleſſeroit la
charité , on ſeroit puniſſable.
1.
GALANT. 85
MC
Voila ce que ne comprend pas
Gacon; mais cette diſtinction
excederoit elle auſſi les lumieres
de ſon Approbateur ?
luy qui n'eſt point choqué du
perſonnel infolent qui regne
dans tout le Livre denoncé ?
que luy a t- il ſemblé de la Fable
qui a pour titre ,l'Aveugle
le Boffu , où aprés nous
avoir fait dialoguer M. de la
Motte & moy , Gacon nous
faluë de cette galanterie.
Meſſieurs ,que l'ignorant wulgaire
Met plus haut qu'Eſope
qu'Homere ,
86 . MERCURE
Vous n'approchez de ces Heros
Que par lesyeux& par le dos.
: pag. 96.
Il y a des gens à qui le reproche
des deffauts naturels
eſt ares douloureux Jayconnu
unboſſu , homme dailleurs
debeaucoupd'eſprit , qui n'avoit
jamais pu ſe familiarifer
avec ſon ombre , je luy devins
àcharge ,&il m'évita enfin ne
pouvant foûtenir la petite
guerre que je luy faifois pour
luy ôter ce foible ; pour moy ,
j'oſe dire que je ſoûtiens galamment
ma diſgrace , j'en atteſte
mes amis , qui , pour faire
GALANT. 87
3
honneur à mon courage , ne
me font plus appercevoir dans
nôtre commerce , cette retenuë
exceffive , cette circonfpection
humiliante qui n'eſt
duë qu'aux foibles.
Je declare donc icy que
tout homme qui voudra
m'offenſer , n'y réüſſira pas en
attaquant ma figure ; il y a
longtems queje l'ay abandon.
née à ſon mauvais fort ; il y a
longtems que ſes querelles ne
font plus les miennes ; mais
comme je ne connois point
M. l'Abbé Couture , que je
n'ay pû par conſequent luy
88 MERCURE
faire cette declaration , il n'a
pas dû croire qu'il fût de mon
goût que cette liberté devint
le droit de Gacon même
Comment M- l'AbbéCouture
n'a-t- il pas ſentique Gacon
luy preſentoit unOuvragenonmoins
infolent& ſcandaleux
qu'aucun qui ſe ſoit ja
mais imprimé en Hollande ,
où les Auteurs ſont en pleine
liberté de ſervir leurs paſſions?
Il ne peut pas dire que l'hypocrific
de Gacon , l'ait trompé
puiſqu'il fait page 370. la declaration
qui fuit.
Toûjours fincere en mes écrits
De
GALANT. 89
De veritez je les farcis
Toutcommefij'étois en Ville
praLibre
Gacon s'eſt imaginé être
en Hollande lorſqu'il a compofé
fon Homere vangé ? à
la bonne heure. Mais quand
le ficur Abbé Couture adon
né fon Approbation à cet
infolent Livre , il a dû ſe ſouvenit
qu'il étoit dans Paris.
Quelques Lecteurs ont hefi
té à reconnoiſtre les perſonnages
deſignez par ce double
tableau page. 74 Le Medecin
M. Patelineur qui est presque
aveugle , & M. Rabo gri fon
May 1715. H
१० MERCURE
;
Confrere
Confrere, qui eft extrêment boſſu.
on cherchoit bonnementdans
la Facultè un aveugle & un
boſſu qu'on pût affocier pour
joüer la Scene de cette page ;
maisl'Auteur a declaréqu'iln'y
étoit queſtion que de M. de la
Motte&demoy,&que fi nous
étions Medecins, c'étoit de la
façon de fon Approbateur ; il
eſt aſſez plaifant que M. l'Ab
bé Couture qui nous a laiffe
apostropher nommément page
96. dans la Fable de l'Aveugle&
du Boſſfu , s'aviſe de
nous faire déguifer page 74.
fous la robe de Medecin .
GALANT
Gacon continuë p. 75.Je les
caracteriſe par leurs défauts apparents
afin qu'ils ne puiffent pas
ſeméconnoîtredans leurs portraits.
Etmoy , dira l'Approbateur ,
jeleur ay donné des licences
en Medecine afin que le Public
hefite à les reconnoiſtre ? il
ne laiſſe pas d'y avoir là de la
Charité&jeluy en rends grace
en mon particulier. N'auroit-
il point encore inſinué à
Gacon de déguiſer M. de la
Motte page 322. ſous l'ingenieuſe
allegorie de l'âne.
'Faloux des honneurs du Cheval,
Soit dans la Paix ,foit dans la
Hij
22 MERCURE
1
Guerrey.tw
L'ânefon indigne rival
S'aidant d'une butte de terre ,
Dans unpréje nesçai comment,
Couvrit une bellejument
Mais d'unefemence auſſi vile
Il ne vint qu'un monstre fterile.
Ce déguisement n'est pas
fi heureux que l'autre , il eſt
un peu ſale , c'eſt pourquoy
toutes reflexions faites , je le
ſoutiens de la façon deGacon.
Pafflons à quelque choſe de
plus ferieux. On ſera ſurpris
de ce dernier trait par lequel
jo finis l'examen du Livre de
noncé, c'est à la page 16500
GALAND. 23
+
Gacony établit d'abord fur
la foy de quelquesSçavans que
l'Iliade d'Homere n'a d'autre
fin que l'éloge d'Achille, il
ſe fait objecter qu'Homere reprefentefon
Heros ſuperbe , injuste,
cruel que ces qualitez
nefont pasdes moyens fort furs
d'enlever l'admirationisanjapest
Il ſe fait faire une ſeconde
objection qu'il appelle calomnieufc;
cette objection , n'eſt
autre, quele reproche fait par
quelques Sçavans à Homere ,
de n'avoir pas regardé les vices
defes Heros avec mépris. Voicy
ce qu'il répond au seproche
4 MERCURE
pretendu calomnicux. Home.
vene traite- t- ilpas Achille d'indigne
&defurieux lorſqu'il infulsele
cadavre d'Hector ? pourquoy
letaxe-t-il de cruauté
de barbarie lorſqu'il immole douze
jeunes Troyens aux manes de
fon cher Patrocle ? il n'épargne
pas plus les mauvaiſes actions
des autres Chefs. Quicquid delirant
reges.
Revenons à la premiere
objection . Voicy comment
Gaconyfatisfait.
Outre que c'est une grande
erreur de croire qu'il est neceffaire
qu'un Heros ſoit parfaitement
GALANT. १६
wertueux pour être le sujet d'un
Poëme , il est faux qu'Homere
aitfait le fien vitieux aupoint
de le faire bair , il luy a laiffé
des vices compatibles avec l'he
roiſme naturel ; on peut même
avancer quefon Achille , est du
moins auſſiſage que bien des Heros
de nostre temps.
Le Prince de Condé,M. de
Turenne nefefont-ilspas portez
àdes excés beaucoup plus condamnables
, cependant qui
oferoit nierque ces grands Hommes
ne foient des Heros propres
àêtre chantez pardes Poëtes.
Alleurement M. l'Abbé
26 MERCURE
Couture n'a pas lûle Livro
dénoncéd'un bout à l'autre,
il n'auroit jamais laiſſe paffer
un traie auffi calomnicufe
mentinfolent ; il eſthumiliant
pour luy de devoir quelque
choſe à mon indulgence
dans le temps même que je
luy reproche l'oubli de fon
devoir,&que je le dénonce à
Monſeigneur le Chancelier ?
comme un homme qui s'eft
rendu indigne de fon employ.b
Je me flatte que Montei- n
gneur le Chancelier ne juge.
ra pas qu'il me ſoit mefféant
d'informer fa Grandeur du
ſcandale
GALANT ス
ſcandale que fait dans le mon
de un libelle infolent dans
lequel on m'a donné place .
Jen'ay pas la fotte vanité de
m'imaginer que mon intereſt
doive entrer pour quelque
choſe, dans le traitement dû à
ce libelle. Je declare fincere
ment que je nem'y tiens point
pouroffenfé,je ne ſuis frappé
que de l'aviliſſement dans
lequel vont tomber les gens
de Lettres en France , fi l'on
ne rend pas à l'avenir les Examinateurs
comptables des accufations
calomnieuſes , des
excés injurieux , des traits
May 1715 .
traits faty-
I
98 MERCURE
riques répandus dans les ouvrages
qu'ils auront prefentez
au Sceau .
faiteàMonseigneurle Chancelier
d'un Libelle injurieux ,
qui , revêtu de l'autorité du
Sceau ,paroît dans le monde
ſous le titre d'Homere
vangé.
L'Auteur de ce Libelle eſt
un nommé Gacon , homme
connu dans le monde par des
Libelles du mêine genre. Ilett
bon d'en faire l'Hiſtoire. La
voicy.
Il y a environ 20. ans que
Gacon fit imprimer un preGALANT.
mier Ouvrage ſous le titre de
Poëte fans fard. Il y commit
tant d'excés fatyriques , que
Monſeigneur Boucherat ,lors
Chancelier , à qui il fut denoncé,
en fit fupprimer les Exem
plaires , & fit fubir pluſieurs
mois de prifon à l'Auteur.
Ce châtiment contint Gacon
durant pluſieurs années ,
mais letemsile ramena enfin à
fon malheureux penchant ;il
travailla à une Traduction
d'Anacreon , Ouvrage quin'étoit
dans ſes vûës , que le prétexte&
l'occaſion d'outrager
pluſieurs perſonnes diftin60
MERCURE
guées dans les Lettres. Ce fecond
Ouvrage ayant eſté envoyé
par M.l'Abbé Bignon à
Meſieurs Saulrin & Danchet
fucceffivement pour l'examiner
, ils refuferent l'un aprés
l'autre l'approbation à l'Auteur
, fur fon obſtination à ne
vouloir pas fupprimer les traits
injurieux.Gacon n'avoit garde
de conſentir à la fuppreffion
de ces traits , c'eſtoit la portion
cheriede ſon Livre. Il fic
unvoyage exprés en Hollande,
pour ſe voir en pleine libertédediffamer
les objetsde
ſa malignité ; il yimprima fon
GALANT. 61
Anacreon , & profitant de la
licence que luy donnoit ſa
nouvelle Patrie , il enrichit fon
Livre de quelques traits calomnieux
, & de la nature de
ceux qui attaquent directement
l'honneur. Je n'en rapporteray
qu'un ſeulqui regarde
M. deFontenelles , qui me
paroît énorme. Gacon aprés
avoir inſolemment avili les
Ouvrages de MT.Corneille,
l'excuſe d'avoir fatigué le Public
de tant de mauvais écrits ,
en ſuppoſant que fans ces
écrits mêmes il feroit mort de
faim. Il écrivoit , dit il , fami
62 MERCURE
potius quam fama. Nous n'y
ſommes pas encore : Gacon
continue. Mais d'où vient que
M. de Fontenelles fon neveu
luy qui eftfifort àson aiſe, laiſſe
mourir de faim fon oncle. Cur
eget te divite parens.
,
Il eſt notoire que M. Corneille
n'étoit rien moins qu'-
indigent ; il auroit eſté tres .
honteux à noſtre ſiecle qu'un
homme de ce merite eût eu
beſoin de ſes travaux Litteraires
& journaliers pour vivre.
Et s'il eût eſté indigent en effet
, M. de Fontenelles ſon neveu,
homme non moins eſtiGALANT.
63
:
-
mable par la probité que par
ſes talens , auroit caché au Public
l'infortune de ſon oncle.
Les Ouvrages font connoître
le genie des gens de
Lettres , mais ils ne font pas
connoiſtre leurs moeurs . Il
n'arrive que trop que les talents
les plus eſtimables ſerencontrent
dans un même homme
avec de mauvaiſes moeurs.
La poſterité , ſi ce coupableLivre
va juſqu'à elle , ne pourrat-
elle pas condamner M. de
Fontenelles, ſur la foy d'un reproche
direct qu'un de ſes contemporains
luy a fait avec im-
:
64 MERCURE
punité ? c'eſt ce que M. de
Fontenelles fent parfaitement,
je puis rendre fur cela témoignage
de ſa ſenſibilité.
Il y a environ deux ans que
Gacon donna un troifiéme
Ouvrage au Publit,ſous letitre
del'Anti Rouffeau. La perſecution
cruelle qu'il ſuſcite à
un coupable proſcrit par Arrêt
de la Cour , n'eſt pas un
crime ſelon les Loix , c'eſt feulement
une baſſeſſe , une lacheté
digne de deteftation ;
fon crime , & crime digne
d'un châtiment exemplaire ,
c'eſt d'avoir recueilli de tous
ceux
GALANT . 65
L
ceux qui avoient eſté en commerce
avec Rouffeau , les Ouvrages
cyniques & fatyriques
de ce Poëte , Ouvrages defavoüez
par leur Auteur & peutêtre
expiez par fon repentir. Il
les a portez en Hollande où
ils ont eſté imprimez ſous ſes
yeux avec un Commentaire
qui aggrave encore le poifon
du texte ; il a appliqué fauſſement
à pluſieurs perſonnesdes
Epigrammes anonymes dont
Rouſſeau n'avoit jamais fait
d'applications perſonnelles .
Enfin , grace à Gacon , les
horreurs de ce Poëte , que nos
May 1715 . F
66 MERCURE
Magiſtrats s'efforçoient de
fupprimer , paſſeront à lapofterité&
feront le ſcandale des
fiecles futurs , & la honte du
nôtre.Gacon de retour deHollande
debite à Paris ſon Anti-
Rouſſcau , ce ſcandaleux Livre
fait horreur aux gens de bien ;
mais le mépris ſauve le coupable,
perſonne ne veut faire la
démarchede le denoncer , on
le laiſſe joüir en paix du fruit
de ſon crime.
Le quatriéme Ouvrage de
Gacon , & le ſujet unique de
la preſente denonciation , eſt
un Livre in douze , qui a pour
GALANT. 67
titre ,Homere vangé. Les perſonnes
outragées dans ce nouvel
Ouvrage font mortifiées
de ne pouvoir payer ſon Auteurdu
ſeul mépris qui juſqu'à
preſent a fait la punition de
ſes excés , on craint de luy
faire honneur en le denonçant
; mais on y eſt forcé. U
n'eſt pas icy queſtion d'un Libelle
imprimé en Hollande ,
ou même dans le Royaume
ſans privilege , c'eſt un Livre
revêtu de l'autorité du Sceau ,
& imprimé dans Paris avec
une approbation folemnelle
du ſicur Abbé Couture. Il y a
Fij
68 MERCURE
donc icy deux coupables , &
j'ofe avancer , que le plus puniſſable
n'est pas l'Auteur mê
me , mais l'Approbateur ,
l'homme public , que le Miniſtre
a mis en place pour empêcher
les deſordres dont il
vient de ſe rendre lâchement
complice. C'eſt par l'examen
de l'Ouvrage même que l'on
pourra juger du traitement
que meritele ſieur AbbéCouture.
l 3
Ce Livre eſt une critique follement
infolente de l'Iliade de
M. de la Motte & de ſa Differtation
fur Homere ; il n'y
GALANT. 69
{
a rien de plus permis , rien de
plus utile dans les Lettres que
les critiques judicieuſes &moderées
, où les Auteurs expoſent
leurs ſentimens & combattent
ceux d'autruy , fans
manquer aux égards que la ſocieté
civile & les bonnes
moeurs exigent . Voila les critiques
propres à éclairer le Public
& à l'édifier tout enſemble.
M. de la Motte nous vient
de donner un exemple de ces
critiques moderées , il feroit
bon de faire imiter cet exemple
à Meſſieurs les Sçavants ,
qui font , pour ne rien dire de
70 MERCURE
plus , trop ſcandaleuſement
ruſtiques.
Le Livre qui parut le mois
de Février dernier ſous le titre
des Causes de la Corruption du
Gouft , furprit & fcandalizat
tout enſemble les gens ſenſez.
Ce Livre ſera la honte éternelle
de M. l'Abbé Fraguier ,
luy , qui par ſon approbation
ſouſcrit lachement au traitement
infâme qu'on y fait à fon
Confrere; luy , que l'eſprit de
parti aveugle, au point de luy
faire oublier qu'il eſt en place
pour empêcher les Auteurs
ſoumis à ſon examen , de fe
GALANT. 71
faire des outrages reciproques,
&de violer , les uns à l'égard
des autres , les regles de la
bien féance & les devoirs de
la charité.
Le ſicur Abbé CoutureApprobateur
du Livre deGacon ,
eſt infinement plus coupable
encore que le ſieur Abbé Fraguier.
On en jugera par les
traits receüillis du Livre , quia
pour titre : Homere vangé.
L'eſtampe qui eſt à la tête
tampe qu
de cet inſolent Livre , en annonce
le caractere. On y voit
le Mont Parnaſſe , au ſommet
duquel paroît le buſte d'Ho72
MERCURE
mere. Ce buſte forme une
ombre , que M. de la Motte
ſous la figure de l'Envie, attaque
une torche à la main. Le
Poëte Gacon monté ſur Pegaſe
, armé de
verges , vient
châtier l'Envie .
Quatre vers de l'Auteur expliquent
l'eſtampe.
Conduite par l'orgueil , l'Envie
au regardfombre
Veut attaquer Homere &n'atteintquefon
ombre ;
Mais les verges en main fur
Pegase monté
Le Poëte fans fard vange Homere
infulté.
Il
GALANT. 73
1
Il n'y a point là d'Enigme.
Le Livre a pour titre Homere
vangé, ou Réponſe à M. de la
Motte.
Mais pour mieux. faire reconnoître
M. de la Motte ſous
l'allegoricde l'Envie ; il donne
à l'Envie un regard fombre ;
alluſion baſſe à la vûë preſque
éteinte de M. de la Motte.
Voila donc M. de la Motte livré
par M. l'Abbé Couture au
vil Executeur du Parnaſſe pour
en recevoir les étrivieres ? mais
quel eſt le crime de M. de la
Motte ? un Livre dont le Roy
a agréé l'hommage , & pour
May 1715. G
74 MERCURE
lequel ila gratifié l'Auteur d'une
penfion ?
ed M. Couture dira-t- il qu'il
ignoroit ces faits? je le dementiroisdans
le moment en rapportant
le trait qui fuit. C'eſt
à la page 308. du Livre denoncé
; Gacon rapporte qu'un
ConfeurSuperbe ayantpreſentéà
Sun Monarque habile un Ouvrage
critique contre Virgile, ce Roy
fic apporter un boiſſeau de froment,
lefit vanner&enfit donner
les criblures pour recompense
au Cenfeur. Il est vray , continuë
Gacon , en parlant à M.
de la Motte , il est vray que
GALANT. 75
loin d'avoir estépuny duRoy vous
avez été gratieuse & recompenfé.
Sed fupplicium tulit bic
Sceleris alter diadema. Je ſuis perfuadé
que M.Couture n'a ſenti
dans cetrait que ce qui touche
M. de la Motte ; il veut
bien ſouſcrire aux inſultes
dont eet Auteur luy ſemble
digne ; mais il n'auroit garde
d'adopter les excés d'un genre
plus puniſſable répandus
dans le Livre denoncé , ſi l'efprit
de parti qui l'aveugle ne
l'avoit pas empêché de les remarquer.
Al'égard de Gacon , il eft
Gij
76 MERCURE
digne auffi de quelque indulgence
en faveur de fon imbecillité.
Ce pauvre Poëte , par
exemple , s'eſt mis dans l'eſprit
que M. de la Motte dediant
fon Iliade au Roy , avoit fait
outrage à la pieté de Sa Majeſté.
Voicy comment il s'explique
dans une Satyre intitulée
l'Ombre de Defpreaux , pag.
11. du Livre.
Eh pourquoy s'exposant à paſſer
pour un fot,
Outrage-1- il duRoy lapietéchrétienne
,
En mettantfousſesyeux l'Iliade
payenne .
GALANT. 77
Ce jugement n'a rien d'étonnant
de la part de Gacon ;
mais il eſt ſcandaleux qu'un
Approbateur , à qui l'on fup .
poſe au moins le ſens commun
,n'en ſoit pas bleſſe. L'épithete
defot eit icy des plus
mal afſociées , voilà peut eſtre
la premiere fois qu'on l'ait
vue en telle compagnie.
M. l'Abbé Couture , dira
que c'eſt une vivacité amenée
par la tiranniede la rime , qu'il
ne faut pas prendre l'épithete
deforà la lettre. A la bonne
heure ; mais il n'y a rien à
rabattre d'une infulte faite en
1
Giij
78 MERCURE
i
1
proſe. Dequelle nature eſt celle-
cy ? pag. 45. où Gacon applique
ces paroles à M. de la
Motte. Cherchons un autre
monde à l'abry d'un petit-homme
qui pretend s'élever fur des
Geans , & d'un Moucheron
qui veuts'élever ſur des Aigles.
M. l'Abbé Couture , doit
fçavoir que Made la Motte
n'eſt rien moins qu'un petit
homme , il eſt de l'aveu de
tout le monde litteraire un
des premiers hommes de ſon
fiecle ; cette ſuperiorité eſt
d'ordinaire compagne de l'or
guëil immoderé ; mais le ſou- 1
GALANT9.79
verain éloge de M. de la Motte
c'eſt d'avoir ſçû allier aux
talens les plus éminents , la
plus modeſte opinion de luy
même. C'eſt de n'avoir jamais
cherché dans les ouvrages de
ſes rivaux , que le beau pour
le proteger , & de s'être im
poſé un filence religieux fur
les fautes dont il auroit pu
triompher ; en vain ces mêmes
rivaux s'obſtinent à l'affieger
avec des Epigrammes injurieuſes
, des Satyres infâmes,des
Critiques infolentes , on ne
peut réüffir à luy faire démens
tir ce caractere de douceur ,
G iiij
88 MERCURE
de modeftie & de charité ,
vertus qui luy ſont plus procieuſes
que la réputation de ſes
ouvrages. Ses amis reffentent
une douleur profonde de le
voir à la veille d'eſtre entierement
aveugle , ſa vûë qui s'éteint
par degrez inſenſibles le
rappelle fans ceſſe à la pro.
chaine infortune & le follicite
au découragement ; tandis que
nous travaillons à le confoler ,
& à le diſtraire de ce triſte
objet , il s'imprime dans Paris
des Livres cruels où l'on infulte
lâchement à ſon malheur .
Les uns ont la baſſeſſe de luy
GALANT
:
confeiller tironiquement , de
amende honorable
faire
aux
Muses & qu'elles luy rendront
la vue. Gacon plus infolent
Papoftrophe pag. 24. par ces
mots. Aveugle de l'ame & du
corps. A
Mais on ne fecontentepas
dans le Livre denoncé de faire
infulte à M. de la Motte , on
amene ſes amis ſur la Scene ,
&en les faiſant dialoguer , on
en fait autant de Gacons .
Quelques jours aprés que
l'Iliade de M. dela Motte cût
paru , je vis avec ſurpriſe , & ,
j'avoüe,avec quelque indigna82
MERCURE
;
:
รา
tion , le dechaînement horribledu
peuple Sçavant contre
l'Auteur ; je fis une Lettre apologetique
de l'Ouvrage ſcan
dalcux , j'obtins un Privilege
fous un titre anonime ; la Lettre
ne ſe fut pas plutôt mon
trée , que mes amis me foupçonnerent
d'en eſtre l'Auteur
j'aurois pû tenir ferme contre
leurs ſoupçons , mais le peril
de l'Ouvrage même m'en arracha
l'aveu. Je crus qu'il y alloit
de la generoſité de ne pas
deſavoüer un hommage que
j'y rendois à un ami digne de
tout mon zele.
GALANT
-Gacon parle beaucoup de
cette Lettre dans le Livre denoncé.
Il me reproche d'y
avoir qualifié injurieuſement
les adverſaires de M. de la
Motte ; je n'ay qu'un mot à
répondre fur cela. Lorſque je
fis cetteLettre ,perſonne n'avoit
encore écrit contre M. de
laMotte , & je n'ay pû par
conſequent me propoſer de
faire reconnoître aucun de ces
prétendus adverſaires ,dans la
diftinction que j'y fais des vrais
& des faux Sçavants. Il faut
bien diftinguer en matiere de
critique les remarques vagues ,
84 MERCURE
les portraits generaux & inappliquez,
de ce que l'on appelle
communément apostrophe
injurieuſe , tableau perſonnel ;
par exemple , il n'eſt pas con
tre les regles de la critique moderée,
de dire en general , qu'il
yadans la Republique des Lettres
des ſtupides érudits qui ont
prété ferment de fidelité à Homere.
Mais ſi l'on deſignoit
unhommede Lettre quelcon
que par l'épithete d'érudit ſtupide
, ou autre de ce genre , on
excederoit les bornes de la critique
ſage , on bleſſeroit la
charité , on ſeroit puniſſable.
1.
GALANT. 85
MC
Voila ce que ne comprend pas
Gacon; mais cette diſtinction
excederoit elle auſſi les lumieres
de ſon Approbateur ?
luy qui n'eſt point choqué du
perſonnel infolent qui regne
dans tout le Livre denoncé ?
que luy a t- il ſemblé de la Fable
qui a pour titre ,l'Aveugle
le Boffu , où aprés nous
avoir fait dialoguer M. de la
Motte & moy , Gacon nous
faluë de cette galanterie.
Meſſieurs ,que l'ignorant wulgaire
Met plus haut qu'Eſope
qu'Homere ,
86 . MERCURE
Vous n'approchez de ces Heros
Que par lesyeux& par le dos.
: pag. 96.
Il y a des gens à qui le reproche
des deffauts naturels
eſt ares douloureux Jayconnu
unboſſu , homme dailleurs
debeaucoupd'eſprit , qui n'avoit
jamais pu ſe familiarifer
avec ſon ombre , je luy devins
àcharge ,&il m'évita enfin ne
pouvant foûtenir la petite
guerre que je luy faifois pour
luy ôter ce foible ; pour moy ,
j'oſe dire que je ſoûtiens galamment
ma diſgrace , j'en atteſte
mes amis , qui , pour faire
GALANT. 87
3
honneur à mon courage , ne
me font plus appercevoir dans
nôtre commerce , cette retenuë
exceffive , cette circonfpection
humiliante qui n'eſt
duë qu'aux foibles.
Je declare donc icy que
tout homme qui voudra
m'offenſer , n'y réüſſira pas en
attaquant ma figure ; il y a
longtems queje l'ay abandon.
née à ſon mauvais fort ; il y a
longtems que ſes querelles ne
font plus les miennes ; mais
comme je ne connois point
M. l'Abbé Couture , que je
n'ay pû par conſequent luy
88 MERCURE
faire cette declaration , il n'a
pas dû croire qu'il fût de mon
goût que cette liberté devint
le droit de Gacon même
Comment M- l'AbbéCouture
n'a-t- il pas ſentique Gacon
luy preſentoit unOuvragenonmoins
infolent& ſcandaleux
qu'aucun qui ſe ſoit ja
mais imprimé en Hollande ,
où les Auteurs ſont en pleine
liberté de ſervir leurs paſſions?
Il ne peut pas dire que l'hypocrific
de Gacon , l'ait trompé
puiſqu'il fait page 370. la declaration
qui fuit.
Toûjours fincere en mes écrits
De
GALANT. 89
De veritez je les farcis
Toutcommefij'étois en Ville
praLibre
Gacon s'eſt imaginé être
en Hollande lorſqu'il a compofé
fon Homere vangé ? à
la bonne heure. Mais quand
le ficur Abbé Couture adon
né fon Approbation à cet
infolent Livre , il a dû ſe ſouvenit
qu'il étoit dans Paris.
Quelques Lecteurs ont hefi
té à reconnoiſtre les perſonnages
deſignez par ce double
tableau page. 74 Le Medecin
M. Patelineur qui est presque
aveugle , & M. Rabo gri fon
May 1715. H
१० MERCURE
;
Confrere
Confrere, qui eft extrêment boſſu.
on cherchoit bonnementdans
la Facultè un aveugle & un
boſſu qu'on pût affocier pour
joüer la Scene de cette page ;
maisl'Auteur a declaréqu'iln'y
étoit queſtion que de M. de la
Motte&demoy,&que fi nous
étions Medecins, c'étoit de la
façon de fon Approbateur ; il
eſt aſſez plaifant que M. l'Ab
bé Couture qui nous a laiffe
apostropher nommément page
96. dans la Fable de l'Aveugle&
du Boſſfu , s'aviſe de
nous faire déguifer page 74.
fous la robe de Medecin .
GALANT
Gacon continuë p. 75.Je les
caracteriſe par leurs défauts apparents
afin qu'ils ne puiffent pas
ſeméconnoîtredans leurs portraits.
Etmoy , dira l'Approbateur ,
jeleur ay donné des licences
en Medecine afin que le Public
hefite à les reconnoiſtre ? il
ne laiſſe pas d'y avoir là de la
Charité&jeluy en rends grace
en mon particulier. N'auroit-
il point encore inſinué à
Gacon de déguiſer M. de la
Motte page 322. ſous l'ingenieuſe
allegorie de l'âne.
'Faloux des honneurs du Cheval,
Soit dans la Paix ,foit dans la
Hij
22 MERCURE
1
Guerrey.tw
L'ânefon indigne rival
S'aidant d'une butte de terre ,
Dans unpréje nesçai comment,
Couvrit une bellejument
Mais d'unefemence auſſi vile
Il ne vint qu'un monstre fterile.
Ce déguisement n'est pas
fi heureux que l'autre , il eſt
un peu ſale , c'eſt pourquoy
toutes reflexions faites , je le
ſoutiens de la façon deGacon.
Pafflons à quelque choſe de
plus ferieux. On ſera ſurpris
de ce dernier trait par lequel
jo finis l'examen du Livre de
noncé, c'est à la page 16500
GALAND. 23
+
Gacony établit d'abord fur
la foy de quelquesSçavans que
l'Iliade d'Homere n'a d'autre
fin que l'éloge d'Achille, il
ſe fait objecter qu'Homere reprefentefon
Heros ſuperbe , injuste,
cruel que ces qualitez
nefont pasdes moyens fort furs
d'enlever l'admirationisanjapest
Il ſe fait faire une ſeconde
objection qu'il appelle calomnieufc;
cette objection , n'eſt
autre, quele reproche fait par
quelques Sçavans à Homere ,
de n'avoir pas regardé les vices
defes Heros avec mépris. Voicy
ce qu'il répond au seproche
4 MERCURE
pretendu calomnicux. Home.
vene traite- t- ilpas Achille d'indigne
&defurieux lorſqu'il infulsele
cadavre d'Hector ? pourquoy
letaxe-t-il de cruauté
de barbarie lorſqu'il immole douze
jeunes Troyens aux manes de
fon cher Patrocle ? il n'épargne
pas plus les mauvaiſes actions
des autres Chefs. Quicquid delirant
reges.
Revenons à la premiere
objection . Voicy comment
Gaconyfatisfait.
Outre que c'est une grande
erreur de croire qu'il est neceffaire
qu'un Heros ſoit parfaitement
GALANT. १६
wertueux pour être le sujet d'un
Poëme , il est faux qu'Homere
aitfait le fien vitieux aupoint
de le faire bair , il luy a laiffé
des vices compatibles avec l'he
roiſme naturel ; on peut même
avancer quefon Achille , est du
moins auſſiſage que bien des Heros
de nostre temps.
Le Prince de Condé,M. de
Turenne nefefont-ilspas portez
àdes excés beaucoup plus condamnables
, cependant qui
oferoit nierque ces grands Hommes
ne foient des Heros propres
àêtre chantez pardes Poëtes.
Alleurement M. l'Abbé
26 MERCURE
Couture n'a pas lûle Livro
dénoncéd'un bout à l'autre,
il n'auroit jamais laiſſe paffer
un traie auffi calomnicufe
mentinfolent ; il eſthumiliant
pour luy de devoir quelque
choſe à mon indulgence
dans le temps même que je
luy reproche l'oubli de fon
devoir,&que je le dénonce à
Monſeigneur le Chancelier ?
comme un homme qui s'eft
rendu indigne de fon employ.b
Je me flatte que Montei- n
gneur le Chancelier ne juge.
ra pas qu'il me ſoit mefféant
d'informer fa Grandeur du
ſcandale
GALANT ス
ſcandale que fait dans le mon
de un libelle infolent dans
lequel on m'a donné place .
Jen'ay pas la fotte vanité de
m'imaginer que mon intereſt
doive entrer pour quelque
choſe, dans le traitement dû à
ce libelle. Je declare fincere
ment que je nem'y tiens point
pouroffenfé,je ne ſuis frappé
que de l'aviliſſement dans
lequel vont tomber les gens
de Lettres en France , fi l'on
ne rend pas à l'avenir les Examinateurs
comptables des accufations
calomnieuſes , des
excés injurieux , des traits
May 1715 .
traits faty-
I
98 MERCURE
riques répandus dans les ouvrages
qu'ils auront prefentez
au Sceau .
Fermer
Résumé : DENONCIATION faite à Monseigneur le Chancelier d'un Libelle injurieux ; qui, revêtu de l'autorité du Sceau, paroît dans le monde sous le titre d'Homere vangé.
Le document est une dénonciation adressée à Monseigneur le Chancelier concernant un libelle injurieux intitulé 'Homère vengé', rédigé par un individu nommé Gacon. Vingt ans auparavant, Gacon avait déjà publié 'Poète sans fard', un ouvrage supprimé qui lui avait valu une peine de prison. Il avait également tenté de traduire Anacréon, mais sa version, jugée injurieuse, fut refusée et imprimée en Hollande pour contourner la censure. Dans 'Homère vengé', Gacon attaque plusieurs personnalités, notamment M. de Fontenelle et Jean-Baptiste Rousseau, en diffusant des calomnies et des œuvres satiriques. Le libelle a été imprimé à Paris avec l'approbation de l'abbé Couture et le sceau royal, suggérant une complicité officielle. La dénonciation vise à souligner la responsabilité de l'abbé Couture pour avoir permis cette publication. Le libelle cible particulièrement La Motte, accusé d'avoir offensé la piété royale. L'auteur critique les abbés Fraguier et Couture pour leur approbation de cet ouvrage scandaleux. Il déplore l'insensibilité de Gacon et de l'abbé Couture face aux malheurs de La Motte, qui perd la vue. Le texte met en avant la modestie et la charité de La Motte, contrastant avec les attaques injustes dont il est victime. L'auteur de la dénonciation critique les attaques personnelles et les allusions blessantes utilisées par Gacon, dépassant les limites de la critique modérée. Il dénonce les déguisements utilisés par Gacon pour attaquer M. de la Motte, comme dans une fable où ce dernier est comparé à un âne. L'auteur exprime son intention de protéger l'honneur des gens de lettres en France et demande que les examinateurs soient tenus responsables des accusations calomnieuses et des excès injurieux présents dans les ouvrages qu'ils approuvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 220-234
AUTRES NOUVELLES. MORTS.
Début :
Messire de Poitiers, Comte de Poitiers, mourut le ..... Novembre [...]
Mots clefs :
Marquis, Comte, Gouverneur, Roi, Fille, Chevalier, Mariage, Lieutenant, Commandeur, Chancelier, Seigneur, Enfants, Archevêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES NOUVELLES. MORTS.
AUTRES NOUVELLES.
MORTS.
2
Meffire de Poitiers,
Comte de Poitiers , mourut
le ..... Novembre. Il étoit
d'une des plus anciennes &
GALANT. 221
des plus illuftres Maiſons du
Royaume , & fur laquelle je
vous ay entretenu affez au
long dans mon Journal du
mois de Février dernier à
l'occafion de fonMariage avec
MademoiselledeBourbonMalaufe.
د
Meffire Michel Chauvin ,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais , où il fut reçû le 1.
Juillet , 1705. mourut le 20.
Novembre : laiſſant une fille
unique de ſon Mariage ,avec
feuë Dame Marie-Catherine
de Bragelogne , morte le 7.
Tiij
222 MERCURE
Janvier 1711. fille de Pierre
de Bragelogne , Préſident és
Enquestes du Parlement de
Bretagne , & de Marie de
Gaumont : il eſtoit fils unique
d'Antoine Chauvin , Maiſtre
des Comptes , & d'Elifabeth
Charlote Guillois , & petit fils
de Simon Chauvin , ſieur de
Meridou , reçû Secretaire du
Roy en 1633. d'Anne - MargueriteRoujault:
Cette famille
de Chauvin eft originaire de
la Ville d'Estampes , où elle eſt
connuë depuis longtemps entre
les premieres. ھت
DameMaric Genevieve de
:
GALANT. 223
Chambes,Comteſſe de Montforeau
en Anjou , épouſe de
Meffire François Loüis du
Boucher ,Marquis de Sourches
, ancien Prevoſt de l'Hôtel
du Roy , grand Prevoſt de
France ,& cy- devant Gouverneur
des Provinces du Maine
&Perche , & Comte de Laval,
mourut le ... Novembre, laiffant
pour enfans Loüis du
Boucher , Comte de Montforeau
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & grand
Prevoſt de l'Hoſtel du Roy
&de France; Jean Loüis du
Bouchet , Eveſque de Dol ;
Tiiij
224 MERCURE
Loüis - François du Bouchet ,
Comte de Sourches ; Vincent-
Loüis duBouchet,Chevalier de
Malthe , dit le Chevalier de
Montſoreau; Marie- Louſe du
Bouchet, femme de Loüis Colbert,
Marquis deLinieres ; Marie.
Loü ſe Genevieve du Bouchet
, femme de Jean Baptiste
NicolasDeſméde laChefnaye,
Comte de Rougemont, grand
Trenchant & Porte- Cornette
blanche de France , & Gouverneur
deMeulant : Madame
de Sourches eſtoit fille de Bernard
de Chambes , Seigneur
de la Frelonniere ,&de Geneviéve
Boyvin , & petite fille
GALANT. 225
de René de Chambes , Comte
de Montſoreau Marquis
d'Avoir &de Marie de Fortia.
5
/
La Maiſon de Chambes eft
une des plus anciennes du
Royaume , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons de Chabot ,
d'Amboiſe, de Polignac, d'Aftarac
, de Commez , de Chafteau
Briant , de la Rochefoucault&
de Laval , &c. Pour
la Maiſon du Bouchet je vous
en ay parlé le mois paflé , à
Poccafion du Mariage de M.
de Comte de Sourches , avec
Mademoiselle de Thierfault.
Meffire Hardoüin Fortin
1
226 MERCURE
de laHoguette ,Docteurdela
Maiſon & Société de Sorbonne
, Abbé de Samblanceaux &
Archevêque de Sens , mourut
àSens le 28. Novembre : il
avoit eſtéChanoine de l'Egliſe
de Paris , & Archidiacre de
Johas ,Agent du Clergé de
France , nommé Evêque de
faint Brien en 1675. facré en
1676. transferé à Poitiers en
1680, nommé Archevêque
de Sens en 1685. & Confeiller
d'Etatd'Eglife en 1704. Il
étoit fils de Philippes Fortin
Seigneur de la Hoguette,&
de Loüife de Perefixe , foeur
GALANT. 227
de M. Hardoüin de Perefixe ,
Archevêque de Paris , Commandeur&
Chancelier desOrdres
du Roy , mort en 1671 .
&il étoit frere de feu Meffice
Charles Fortin Seigneur dela
Hoguette , Sous Lieutenant
de la premiere Compagnie
des Mouſquetaires du Roy,
Lieutenant General de fes Armées
, Gouverneur des Villes
& Chasteaux de Mezieres &
-de Niort , tué à la bataille de
la Marſaille en 1693. laiſſant
de Dame Marie Bonneau de
Rubelles ,une fille unique mariée
à M. le Marquis deNan228
MERCURE
gis de la Maiſon de Brichanteau.
MadameCatherine deNeufville
deVilleroy,Superieure des
Religieuſes du Calvaire au
Marais , mourut de da petite
verole le 30. Novembre , âgée
de 4r. ans , elle étoit fille de
M. le Maréchal Duc de Villeroy.
Dame Anne de Souvré ,
veuve de Meffire François Michel
le Tellier , Marquis de
Louvois& de Barbezieux , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
Commandeur & Chancelier
desOrdres du Roy , mourut
/
GALANT. 229
le deux Decembre 1715. âgée
de 69. ans un jour , ayant cû
pour enfans Michel- François
leTellier,Marquis de Courten-
Vaux
, Capitaine des Cent
Suiſſes de la Garde du Roy ,
marié avec Marie- Anne Catherine
d'Eſtrées , ſoeur de M.
le Maréchal d'Eſtrées , de laquelle
il a des enfans ; Louis
Nicolas le Tellier , Marquis
de Souvré , Maître de la Garderobe
du Roy , marié avec
.... de Pas Feuquieres Dame
de Rebenac ; Louis François
Marie le Tellier Marquis de
Barbezieux, Miniftre & Secre230
MERCURE
taire d'Etat , Commandeur &
Chancelier des Ordres duRoy,
marié enpremieres noces avec
Catherine Loüiſe de Cruſſfol
d'Uzés , & en ſecondes avec
Marie- Thereſe - Dauphine-
Eustache d'Alegre , mort le .
5. Janvier 1701. laiſſantde ſon
premier mariage , une fille
unique mariée avec le Duc
d'Olonne , de la Maiſon de
Montmorency, la plus illuſtre
du Royaume; Camille le Tellier,
Abbé de Vauluifant & de
Bourgueil,Garde de la Bibliotheque
duRoi;Charlote Magdelaine
le Tellier , femmede
GALANT. 231
François de la Rochefoucault
Duc de la Rocheguyon , puis
della Rochefoucauld, Pair de
France , Grand Maître de la
Garderobedu Roy , & ci -devantgrand
Veneurde France,
& fenë Marguerite leTollier ,
femme de François de Neufville
Duc de Villeroy ,Pair de
France, LieutenantGeneraldes
Armées du Roy ,& Capitaine
d'une Compagnie des Gardes
du Corps de Sa Majeſté. Feuë
Madame de Louvois étoit fille
unique& heritiere de Charles
deSouvré ,Marquis de Courrenvaux
, premier Gentilhom
232 MERCURE
mede laChambre du Roy , &
deMarguerite Barentin,petite
fille de Jean de Souvré Marquis
deCourtenvaux , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Chevalier de ſes Ordres&
Gouverneur de Touraine&
deCatherine de Neufville
Villeroy , &artiere petite
fille de Gilles de Souvré Marquis
de Courtenvaux , Gouverneur
de Touraine , Grand
Maiſtre de la Garderobe du
Roy, depuis Gouverneur du
Roy Loüis XIII . premier
Gentilhomme de ſa Chambre,
Chevalier de ſes Ordres,
&
GALANT. 233
& Maréchal de France , ſortie
d'une Maiſon originaire du
Maine , également diftinguée
par ſon ancienneté & par ſes
alliances comme on le peut
voir par la Genealogie qui en
eſt rapportée dans l'Histoire
des grands Officiers de la
Couronne , au Chapitre des
Maréchaux de France.
M. Jacques Holdier , Scigneur
deBloffiere& de la Varenne
,premier Préſident dela
Cour des Monnoyes , mourut
le 25. Novembre : il étoit fils
de feu M. Hoſdier , Secretaire
du Roy ,& il laiſſe entr'autres
Decembre 1715 . V
234 MERCURE
enfants , un fils qui luy fuccededans
ſa Charge de premier
Préfident de la Cour des
Monnoyes.
M. Jacques de Moras , ori
ginaire de Lisbonne , l'un des
plus integres & des plus renommez
Banquiers de l'Europe
, & établi depuis ungrand
nombre d'années à Paris , y
mourut le 9. de ce mois.
MORTS.
2
Meffire de Poitiers,
Comte de Poitiers , mourut
le ..... Novembre. Il étoit
d'une des plus anciennes &
GALANT. 221
des plus illuftres Maiſons du
Royaume , & fur laquelle je
vous ay entretenu affez au
long dans mon Journal du
mois de Février dernier à
l'occafion de fonMariage avec
MademoiselledeBourbonMalaufe.
د
Meffire Michel Chauvin ,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais , où il fut reçû le 1.
Juillet , 1705. mourut le 20.
Novembre : laiſſant une fille
unique de ſon Mariage ,avec
feuë Dame Marie-Catherine
de Bragelogne , morte le 7.
Tiij
222 MERCURE
Janvier 1711. fille de Pierre
de Bragelogne , Préſident és
Enquestes du Parlement de
Bretagne , & de Marie de
Gaumont : il eſtoit fils unique
d'Antoine Chauvin , Maiſtre
des Comptes , & d'Elifabeth
Charlote Guillois , & petit fils
de Simon Chauvin , ſieur de
Meridou , reçû Secretaire du
Roy en 1633. d'Anne - MargueriteRoujault:
Cette famille
de Chauvin eft originaire de
la Ville d'Estampes , où elle eſt
connuë depuis longtemps entre
les premieres. ھت
DameMaric Genevieve de
:
GALANT. 223
Chambes,Comteſſe de Montforeau
en Anjou , épouſe de
Meffire François Loüis du
Boucher ,Marquis de Sourches
, ancien Prevoſt de l'Hôtel
du Roy , grand Prevoſt de
France ,& cy- devant Gouverneur
des Provinces du Maine
&Perche , & Comte de Laval,
mourut le ... Novembre, laiffant
pour enfans Loüis du
Boucher , Comte de Montforeau
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & grand
Prevoſt de l'Hoſtel du Roy
&de France; Jean Loüis du
Bouchet , Eveſque de Dol ;
Tiiij
224 MERCURE
Loüis - François du Bouchet ,
Comte de Sourches ; Vincent-
Loüis duBouchet,Chevalier de
Malthe , dit le Chevalier de
Montſoreau; Marie- Louſe du
Bouchet, femme de Loüis Colbert,
Marquis deLinieres ; Marie.
Loü ſe Genevieve du Bouchet
, femme de Jean Baptiste
NicolasDeſméde laChefnaye,
Comte de Rougemont, grand
Trenchant & Porte- Cornette
blanche de France , & Gouverneur
deMeulant : Madame
de Sourches eſtoit fille de Bernard
de Chambes , Seigneur
de la Frelonniere ,&de Geneviéve
Boyvin , & petite fille
GALANT. 225
de René de Chambes , Comte
de Montſoreau Marquis
d'Avoir &de Marie de Fortia.
5
/
La Maiſon de Chambes eft
une des plus anciennes du
Royaume , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons de Chabot ,
d'Amboiſe, de Polignac, d'Aftarac
, de Commez , de Chafteau
Briant , de la Rochefoucault&
de Laval , &c. Pour
la Maiſon du Bouchet je vous
en ay parlé le mois paflé , à
Poccafion du Mariage de M.
de Comte de Sourches , avec
Mademoiselle de Thierfault.
Meffire Hardoüin Fortin
1
226 MERCURE
de laHoguette ,Docteurdela
Maiſon & Société de Sorbonne
, Abbé de Samblanceaux &
Archevêque de Sens , mourut
àSens le 28. Novembre : il
avoit eſtéChanoine de l'Egliſe
de Paris , & Archidiacre de
Johas ,Agent du Clergé de
France , nommé Evêque de
faint Brien en 1675. facré en
1676. transferé à Poitiers en
1680, nommé Archevêque
de Sens en 1685. & Confeiller
d'Etatd'Eglife en 1704. Il
étoit fils de Philippes Fortin
Seigneur de la Hoguette,&
de Loüife de Perefixe , foeur
GALANT. 227
de M. Hardoüin de Perefixe ,
Archevêque de Paris , Commandeur&
Chancelier desOrdres
du Roy , mort en 1671 .
&il étoit frere de feu Meffice
Charles Fortin Seigneur dela
Hoguette , Sous Lieutenant
de la premiere Compagnie
des Mouſquetaires du Roy,
Lieutenant General de fes Armées
, Gouverneur des Villes
& Chasteaux de Mezieres &
-de Niort , tué à la bataille de
la Marſaille en 1693. laiſſant
de Dame Marie Bonneau de
Rubelles ,une fille unique mariée
à M. le Marquis deNan228
MERCURE
gis de la Maiſon de Brichanteau.
MadameCatherine deNeufville
deVilleroy,Superieure des
Religieuſes du Calvaire au
Marais , mourut de da petite
verole le 30. Novembre , âgée
de 4r. ans , elle étoit fille de
M. le Maréchal Duc de Villeroy.
Dame Anne de Souvré ,
veuve de Meffire François Michel
le Tellier , Marquis de
Louvois& de Barbezieux , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
Commandeur & Chancelier
desOrdres du Roy , mourut
/
GALANT. 229
le deux Decembre 1715. âgée
de 69. ans un jour , ayant cû
pour enfans Michel- François
leTellier,Marquis de Courten-
Vaux
, Capitaine des Cent
Suiſſes de la Garde du Roy ,
marié avec Marie- Anne Catherine
d'Eſtrées , ſoeur de M.
le Maréchal d'Eſtrées , de laquelle
il a des enfans ; Louis
Nicolas le Tellier , Marquis
de Souvré , Maître de la Garderobe
du Roy , marié avec
.... de Pas Feuquieres Dame
de Rebenac ; Louis François
Marie le Tellier Marquis de
Barbezieux, Miniftre & Secre230
MERCURE
taire d'Etat , Commandeur &
Chancelier des Ordres duRoy,
marié enpremieres noces avec
Catherine Loüiſe de Cruſſfol
d'Uzés , & en ſecondes avec
Marie- Thereſe - Dauphine-
Eustache d'Alegre , mort le .
5. Janvier 1701. laiſſantde ſon
premier mariage , une fille
unique mariée avec le Duc
d'Olonne , de la Maiſon de
Montmorency, la plus illuſtre
du Royaume; Camille le Tellier,
Abbé de Vauluifant & de
Bourgueil,Garde de la Bibliotheque
duRoi;Charlote Magdelaine
le Tellier , femmede
GALANT. 231
François de la Rochefoucault
Duc de la Rocheguyon , puis
della Rochefoucauld, Pair de
France , Grand Maître de la
Garderobedu Roy , & ci -devantgrand
Veneurde France,
& fenë Marguerite leTollier ,
femme de François de Neufville
Duc de Villeroy ,Pair de
France, LieutenantGeneraldes
Armées du Roy ,& Capitaine
d'une Compagnie des Gardes
du Corps de Sa Majeſté. Feuë
Madame de Louvois étoit fille
unique& heritiere de Charles
deSouvré ,Marquis de Courrenvaux
, premier Gentilhom
232 MERCURE
mede laChambre du Roy , &
deMarguerite Barentin,petite
fille de Jean de Souvré Marquis
deCourtenvaux , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Chevalier de ſes Ordres&
Gouverneur de Touraine&
deCatherine de Neufville
Villeroy , &artiere petite
fille de Gilles de Souvré Marquis
de Courtenvaux , Gouverneur
de Touraine , Grand
Maiſtre de la Garderobe du
Roy, depuis Gouverneur du
Roy Loüis XIII . premier
Gentilhomme de ſa Chambre,
Chevalier de ſes Ordres,
&
GALANT. 233
& Maréchal de France , ſortie
d'une Maiſon originaire du
Maine , également diftinguée
par ſon ancienneté & par ſes
alliances comme on le peut
voir par la Genealogie qui en
eſt rapportée dans l'Histoire
des grands Officiers de la
Couronne , au Chapitre des
Maréchaux de France.
M. Jacques Holdier , Scigneur
deBloffiere& de la Varenne
,premier Préſident dela
Cour des Monnoyes , mourut
le 25. Novembre : il étoit fils
de feu M. Hoſdier , Secretaire
du Roy ,& il laiſſe entr'autres
Decembre 1715 . V
234 MERCURE
enfants , un fils qui luy fuccededans
ſa Charge de premier
Préfident de la Cour des
Monnoyes.
M. Jacques de Moras , ori
ginaire de Lisbonne , l'un des
plus integres & des plus renommez
Banquiers de l'Europe
, & établi depuis ungrand
nombre d'années à Paris , y
mourut le 9. de ce mois.
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Résumé : AUTRES NOUVELLES. MORTS.
En novembre, plusieurs personnalités notables sont décédées. Le comte de Poitiers, issu d'une famille royale illustre, a perdu la vie. Michel Chauvin, conseiller au Parlement et commissaire aux requêtes du Palais, est mort le 20 novembre, laissant une fille unique. Marie Geneviève de Chambes, comtesse de Montforeau en Anjou et épouse de François Louis du Boucher, marquis de Sourches, est également décédée en novembre. Elle laisse plusieurs enfants, dont Louis du Boucher, lieutenant général des armées du roi, et Marie Louise du Boucher, épouse de Louis Colbert, marquis de Linières. Hardouin Fortin de la Hoguette, archevêque de Sens, est mort le 28 novembre. Il était le fils de Philippe Fortin et de Louise de Perefixe, sœur de l'archevêque de Paris Hardouin de Perefixe. Catherine de Neufville de Villeroy, supérieure des religieuses du Calvaire au Marais, est décédée le 30 novembre à l'âge de 44 ans. Anne de Souvré, veuve de François Michel Le Tellier, marquis de Louvois et de Barbezieux, ministre et secrétaire d'État, est morte le 2 décembre 1715 à l'âge de 69 ans, laissant plusieurs enfants, dont Louis François Marie Le Tellier, marquis de Barbezieux. Le texte mentionne également trois figures notables. La première est une femme, fille de Gilles de Souvré, marquis de Courtenvaux, gouverneur de Touraine, grand maître de la Garderobe du Roi, puis gouverneur du roi Louis XIII. Elle fut première gentilhomme de la Chambre du Roi, chevalier de ses Ordres et maréchal de France. Sa famille, originaire du Maine, est distinguée par son ancienneté et ses alliances. La deuxième figure est M. Jacques Holdier, seigneur de Bloffiere et de la Varenne, premier président de la Cour des Monnoyes, décédé le 25 novembre et remplacé par son fils. La troisième personne est M. Jacques de Moras, banquier renommé établi à Paris, mort le 9 décembre 1715.
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28
p. 251-255
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre Paul-Alexandre Petau, Conseiller au Parlement, & Doyen des [...]
Mots clefs :
Décès, Doyen, Conseiller au Parlement, Dame, Chevalier, Chancelier, Comte, Veuve
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
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Résumé : ARTICLE DES MORTS.
En novembre et décembre 1716, ainsi qu'en janvier 1717, plusieurs personnalités notables ont péri. Le 4 novembre 1716, Mre Paul-Alexandre Petau, conseiller au Parlement et doyen des Requêtes au Palais, est décédé. Le 7 novembre 1716, trois décès sont à noter : Dame Anne-Catherine de Noailles, épouse du Duc de Richelieu et de Fronsac, est morte à l'âge de 20 ans sans postérité ; Dame Madeleine Bernard, épouse de Jacques Hardouin Mansard, Chevalier et Comte de Sagone ; et Claude-Alexis de Héère, Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et Brigadier des Armées du Roi. La fille du Chancelier est décédée célibataire le 12 novembre 1716. Le même jour, François-Louis de Rousselet, Marquis de Châteaureynaud, Comte de Crozon, Vicomte d'Artois, Chevalier des Ordres du Roi, Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, Capitaine général des Armées navales, Commandant en chef en Bretagne, Vice-Amiral et Maréchal de France, est mort à l'âge de 80 ans. Jean-Louis de Rabutin, Comte de Bussy, Conseiller d'État de l'Empereur, Maréchal de camp, Général et Colonel d'un Régiment de Dragons, est décédé à Vienne le 16 novembre 1716 à l'âge de 74 ans. Henri Daguesseau, Conseiller d'État ordinaire et au Conseil de Régence, est mort le 17 novembre 1716.
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29
p. 146-166
NOUVELLES de Paris.
Début :
Le 30 du mois dernier, le Roy qui jouit d'une parfaite [...]
Mots clefs :
Chevaliers, Recteur de l'Université, Chapitre, Comte, Chancelier, Régence, Avocat général, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Roi, Éloge, Serment, Honneur, Déclarations, Ordre de Saint-Louis, Pensions, Messe, Monseigneur, Duchesse, Maréchal, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Paris.
NOUVELLES
de Paris .
qui jouit d'une parfaite fanté, fit
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis , plufieurs Seigneurs & Of.
ficiers , en confideration de leurs fervices.
Lé premier de ce mois , le fieur de
Montempuys , Recteur de l'Univerfité
, accompagné des Chefs, des Facultez
& des Nations , prefenta au
Roy , un Cierge , felon l'ancienne
coûtume.
Le Chapitre de faint Germain
l'Auxerrois , à la tête duquel eftoit
M. l'Abbé Bignon Confeiller d'Eftat,
& Doyen de cette Eglife , eût le même
honneur.
Le même jour les Chevaliers &
Commandeurs de l'Ordre du S. Ef
prit , tinrent Chapitre General dans
le Grand Cabinet du Roy, qui y affiſta,
MERCURE. 147
comme futur Grand - Maiſtre ; Mon
feigneur le Duc d'Orleans y eftoit
preſent. Louis Prince des Afturies
fut admis dans l'Ordre d'une commune
voix , ayant efté propofé le premier
Janvier. Ha efté réglé que le
Cordon de l'Ordre feroit porté inceffament
par quelque Seigneur au Roy
d'Efpagne , pour le donner au Prince
des Afturies .
M. le Comte des Marets Grand
Fauconnier de France a eu l'agrément
du Roy pour la furvivance de
fa charge , en faveur de fon Fils , âgé
de fix à fept ans. Madame la Comteffe
des Marets ayant efté remercier
Monfeigneur le Duc Regent , en reçut
cette réponse gratieufe ; Qu'il y avoit
trop long-tems que cette Charge
eftoit dans fa famille pour en
fortir.
M. le Chancelier Voifin mourut
fubitement la nuit du premier
au deux , il avoit affifté ce jourlà
même au Confeil de Regence , où
il dicta un Arreft , qui concernoit le
dedans du Royaume, il en fortit avec
οι
Nij
148 LE NOUVEAU
un vifage content , & ne reffentit aucune
incommodité pendant le jour..
Sur les 11 heures du foir,foupant avec
fa famille , il fut frappé d'apoplexiequi
l'emporta deux heures aprés .
Cette mort caufa de grands mouvemens
à la Cour , M. le Duc d'Orleans
, fur le premier avis qu'il en
reçût , envoya chercher M. Ďagueffeau
, pour lors Procureur General,
à qui il remit lesSceaux , & le nomma
Chancelier.
M.Joly de Fleury , Avocat General
, s'eftant rendu au Palais Royal,
M. le Duc Regent , lui confera la
Charge de Procureur General , & lui
accorda un Brevet de retenue de 300,
mille livres , afin qu'il fut en eſtat
de payer pareille fomme à M.le
Chancelier Dagueffeau : 11 eft entré
dans le Confeil de Conſcience à
la place de M. le Chancelier , qui eſt
monté au Confeil de Regence.
Le déux , Fefte de la Purification , le
Roy entendit laMeffe , & affifta à la benediction
des cierges , M le Cardinal
de Rohan lui en prefenta un ; le foir, S.
MERCURE.. 149
M. entendit le fermon du R. P.Terraffon
Prêtre de l'Oratoire ; ce célebre
Predicateur adrefla le compliment
fuivant au Roy ; il le plaça
dans l'exorde , aprés la divifion d'un
Sermon , qui avoit pour fujer , la neceffité
de fe rendrefidelle aux prat ques
exterieures de la Religion , & d'accompagner
ces pratiques , des difpofitions
interieures , dont elles empruntent
tout feur merite.
C'est ici un point de morale
qu'il eft d'autant plus important de
prêcher aux Rois , que l'exemple de
leur fidelité à le pratiquer , eft à l'égard
de leurs fujets , plus efficace que
la loy même ; mais qu'heureux eft le
Miniftre de l'Evangile , qui ayant
l'honneur de parler à celui qui fait
aujourd'hui nos plus douces efperances
, le trouve actuellement appliqué
aux devoirs aufquels il l'invite. Docile
aux fages confeils , il embraffe
avec grace toutes les pratiques de
pieté qui lui font propofees : mais ce
qui peut-être , ne feroit aujourd'hui
que l'éloge du digne Prince , charge
Nij
-150
LE NOUVEAU
de fon éducation dans un âge plus avancé
, fera le fien propre. Le feul
amour de fon devoir , aura tout le
merite de fa perfeverance le fuivre;
chaque jour nous dévelopera quelqu'une
de ces vertus Royales , qu'ont
tranfmis en lui fes Auguftes Ayeux ;
& qui , déja , fe laiffent entrevoir ,
fous le voile de fon aimable enfance
. Puifle,fon regne heureux , être le
durable fruit , de la plus fage & de la
plus douce Regence que la France air
admirée? puiflent nos voeux & notre
pieté, meriter la confervation de
ce tendre heritier de la couronne , &
de la gloire de nos Rois ? c'eſt la
grace , SIRE, que nous ne cellerons
de demander pour votre Majefté.
Le 3. M. le Chancelier Dagueffeau
ent l'honneur de faluer le Roy . If
prêtà Serment entre les mains de Sa
Majefté , en prefence de M. le Duc
d'Orleans , Regent du Royaume . Il
donna 8400 livres pour eftre diſtribuées
à la Chambre ,fçavoir un tiers
pour les premieres femmes de ChamMERCURE
15.7
bre , un autre tiers pour les premiers
Valets de Chambre du Roy , & l'autre
tiers pour les Officiers de la
Chambre & de l'Anti - Chambre ,
Le 4. le nouveau Chancelier eut
l'honneur de faluer Madame , qui
luy dit que le choix que venoit de
faire fon Fils , en le nommant Chancelier
, ne pouvoit que faire honneus
à fon difcernement.
Le s. fur les reprefentations de
Meffieurs les Premiers Gentilshommes
de la Chambre touchant leurs
droits ; Monfeigneur le Duc Regent
s'expliqua , qu'il ne changeroit rien
pendant la minorité du Roy , de ce
qui s'eftoit pratiqué fous le feu Roy.
Qu'ils joüiroient de tous les Privileges
& de tous les honneurs de la
Chambre ; qu'à l'égard des Premiers
Valets de Chambre , ils continueroient
de coucher dans la Chambre
du Roy.
S. M. accorda ce jour là même au
Prince de Rohan la furvivance de la
Charge de Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde, pour M. le
52 LENOU VE AU
Prince de Soubife fon Fils ; avec un
Brevet de retenuë de quatre cent mille
livres fur les Gouvernemens de
Champagne & de Brie.
Le 6. on eut une Declaration du
Roy ; concernant les Penfions données
à Paris le 30 Janvier 1717.
Par cette Declaration , les Penfions
de 600 livres & au deffous reftent
fans diminution.
Penfions attribuées à l'Ordre de S.
Louis fans diminution .
Penfions accordées au Corps des
Troupes , celles dont jouiflent les
Officiers des Troupes de la Maiſon
du Roy, par forme d'appointement
ou de fuplément de folde , & qui
font attachées non pas à leur perfonne
, mais à leurs Emplois , & pareillement
celles qui font partie des
appointemens & attributions des
Charges de plufieurs Officiers des
Cours fans dimution .
Voici la réduction desfuivantes.
Les Penfons de 10 mille livres &
MERCURE.
153
au deffus , réduite aux trois cinquiémes
; celles dé 6 mille liv . juſques à
10 mille livres , aux deux tiers; celles
de trois mille livres jufques à 6 mille
livres , aux trois quarts ; celle de
mille livres , jufques à trois mille ,
aux quatre cinquiémes ; & celles aut
deffus de 600 livres , jufques à mille
livres , aux cinq fixièmes ; en forte
néanmoins , que lorfque par la rédution
cy-deffus marquée , les parties
excederont les dixaines de livres , ledit
excedant fera retranché .
Il ne fera accordé aucune nouvelle
penfion ou gratification ordinaire à
qui que ce puifle eftre , jufqu'à ce que
toutes celles qui fubfiftent actuelle.
ment,fe trouventreduites à la fomme
de deux millions par le decés des Penfionnaires
, ou par leur nomination
à d'autres Emplois . Monfeigneur le
Duc Regent fe referve un fond de 500
mil livres pour des gratifications.
Le même jour M. le Chancelier
alla rendre fes devoirs àMadame, Duchelle
de Berry.
Le 7. M. le Chancelier prefenta
$4 LE NOUVEAU
au Roy , Monfieur Joly de Fleury
Procureur General , qui fit un compliment
fort court à S. M.
Le 8. M. Roland , Gentil- Homme
Ordinaire , alla au Palais Royal , de
la part du Roy, pour annoncer à
Monfeigneur le Duc d'Orleans , que
S. M. iroit lui rendre viſite ; en effet,
fur les trois heures , le Roy accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Marefchal de Villeroy , & de
Madame la Duchefle de Vantadour
alla voir Monſeigneur le Duc Regent
.
Sur les 11 heures du matin , Mada .
me la Chanceliere Dagueffeau , eût
l'honneur de faluer le Roy , elle en
fut reçûë trés - favorablement.
Le jeune Comte des мarets , vint remercier
le Roy, de la furvivance que
S. M. avoit en la bonté de lui accorder
de la Charge de Grand Fauconnier
de France .
Le 10 , S, M. entendit la Melle
dans la Chapelle des Tuilleries , &
reçût les Cendres par les mains de
M. le Cardinal de Rohan , Grand
MERCURE.
ISS
Aumonier de France.
M. l'Abbé de Caftries premier
Aumonier de Madame Duchefle de
Berry , nommé à l'Archevêché de
Tours , a été admis au Confeil de
Conscience .
Le 13. le Roy fit Chevaliers de
l'ordre Militaire de S. Louis Mrle
Prince de Conty & quelques Officiers
.
1
Le même jour on ôta les Lizieres
au Roy. M. le Maréchal de Villeroy
prit la place de Madame de Vantadour
à dîner ; cette Ducheffe s'étant
éloignée pour éprouver , fi le
Roy s'accoutumeroit avec les hommes.
S. M. ne parut pas d'abord
fort furpriſe .
Le 13. M. le Chancellier alla prendre
Séance dans le Confeil de
Regence.
Le 14. le Roy étant habillé , les
Officiers de Garde-Robe demanderent
, s'il fouhaitoit qu'on lui remit
fes Lizieres , le Roy répondit non ,
non. Madame la Ducheffe de Vantadour
repliqua , le Roy ſe tient
1
156 LE NOUVEAU
tropidroit & marche fi fûrement, que
je n'ai pas deffein qu'on les lui remette
.
M. le Maréchal de Montefquiou
a acheté cinquante cinq mille
livres le Regiment d'Iflanghuien
pour M. fon fils , âgé de fept à huit
ans .
Le 14. au foir M. de S. Maurice
fut choifi par Monſeigneur le Duc
Régent , pour Commandant à la
Rochelle ; il étoit Lieutenant Colonel
du Regiment Royal infanterie,
& Brigadier d'Armée. Il eft Officier
de mérite & de diftinction ; on lui
donna fix mille livres fur les appointemens
du Gouverneur , qui
étoient de douze . La Ville y joint
encore quatre mille francs par an
outre le logement , les fourages ,
& quelques autres uftancils.
Le 15. eft une époque trop mé
morable par le nouveau changement
de Scene arrivé à la Cour , pour n'en
pas donner un détail auffi fidel qu'il
dépendra de moi ,
>
Ce jour là même auquel le Roy
enMER
CURE.
157
entroit dans fa huitième année , Monfeigneur
le Duc Régent fe rendit au
Palais des Thuilleries fur les 9 heu
res & demie du matin .
Madame la Ducheffe de Vantadour
ayant , felon l'ufage , fait examiner
le Roy quelques jours auparavant
par les Medecins & Chirurgiens
qui le trouverent très - bien conftitué
, le remit entre les mains de
Monfeigneur le Duc Régent , &
lui dit , Monfeigneur , voilà le Dépôt
que le feu Roy m'a confié , & que
vous m'avés continué ; j'en ai pris
tous les foins poffibles , & je le rend
en parfaite fanté. Monfeigneur le
Duc Régent lui témoigna › que le
Roy & tout l'Etat lui avoient une
obligation infinie de l'attention
qu'elle avoit apporté à préferver des
jours fi précieux de tout accident ;
il ajouta , qu'il inviteroit lui - même
le Roy à conferver la memoire de fes
fervices fi importans ; qu'à fon égard,
il n'oublieroit rien pour lui donner
des marques fenfibles de fa reconnoiffance.
Dans ce moment , S. A.R,
O
858 LE NOUVEAU
préfenta au Roy M.le Maréchal de
Villeroy pour fon Gouverneur , &
M. Fleury ancien Evêque de Frejus
pour fon Précepteur ; adreflant enfuite
la parole à M. le Ducdu Maine,
& à M.le Maréchal de Villeroy ; il
leur dit , Meffieurs , Ce facré Dépôt
vous regarde particulierement . Nous
efperons que vous répondrés parfaitement
à l'attente que toute la
France a concuë de vous , pour l'éducation
du Roi ; c'eft à vous à préfent
d'en avoir tout le foin que nous
nous promettons de votre zele & de
votre inclination pour S. M. & pour
P'Etat ; alors Madame la Duchelle
de Vantadour dit à S. A. R. Monfeigneur
, voilà mon miniftere fini ,
vous me permetrés de baiſer la main
du Roy , & de me retirer ; dans l'inf
tant elle prit la main du Roy & la
baifa ; mais ce fut avec tant de tendrefle
, qu'il ne lui fut pas poſſible
de retenir fes larmes . Le Roy attendri
, l'embraffa étroitement , &
mit fon chapeau devant les yeux ,
pour cacher les pleurs. Madame la
MERCURE. *159
Duchefle de Vantadour s'étant reti..
rée , le Roy en parut fi touché , qu'il
ne cella de pleurer ; on lui fit entendre
la Meffe dans fon Oratoire ;
mais tournant la tête , & ne voyant
plus Madame de Vantadour , les larmes
recommencérent ; aprés la Meffe
on tâcha de le confoler dans la petite
chambre du Billard , pendant
qu'on démeubloit fon Appartement ,
dont les meubles appartenoient pour
lors de droit à Madame de Vanta-
'dour. Le Roy demeura inconfolable
jufques à trois heures & demie ;
on lui donne de tems en teins à boire
pour le rafraichir ; il renvoya chercher
Madame de Vantadour , qui
de fon côté n'avoit ceffé de pleu
rer ; elle revint néanmoins , avec
un vifage ferain , pour faire reproche
au Roy , de ce qu'à l'âge de
huit ans , il manquoit de réfolution ;
Qu'il devoit au contraire être très
content de fe trouver fous la conduite
des hommes ; il repartit furle
champ à Madame de Vantadour ,
c'eft'parce que j'ai de la raiſon , Ma
Oij
160 LE NOUVEAU
ये
chere Mere , que j'ai regret de me
voir feparé de vous : Elle lui dit ,
mais , SIRE , vous n'avez pas mangé
; il lui repliqua , non , à préſent
que vous êtes auprès de moi , que
l'on m'en apporte ? il dina affés bien ,
Pendant qu'elle étoit auprès de S. M.
M le Marquis de la Vrilliere apporta
un préfent de Diamans de cent cinquante
- quatre mille livres , qu'il
mit fur la table du Roy piéce à
piéce c'étoient des bracelets
avec les Portraits de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine
; pere & mere du Roy ; un
collier de perle , avec une croix de
diamant magnifique ; la bague du
feu dernier Monteigneur le Dauphin,
& quantité d'autres pierreries , entre
lefquelles il y a une pierre en
table de grand prix . Le Roy demanda
, eft - ce tout on lui repondit
oüi , SIRE ; c'eft bien peu , Ma
Bonne en merite davantage , par les
foins qu'elle a pris de moi . Madame
la Ducheffe de Ventadour y refta juf
ques à neuf heures le Roy fe
>
·
R
MERCURE . 161
coucha aflez tranquillement , lui
ayant fait promettre qu'elle reviendroit
le lendemain .
M. le Duc de la Tremoille Premier
Gentilhomme de la Chambre,
vint ce jour la remercier S, M. de la
furvivance de la Charge qu'il avoit
obtenue pour le Prince deTarente fon
fils âgé defix à fept ans , on y a attaché
un Brevet de retenue de soo
mille livres au cas que fon fils
vint à mourir , c'eft une grace
que meritoient fon affiduité au fervice
, fon merite & fa naiffance
ayant l'honneur d'eftre Coufin ifla
de Germain de Madame Doüairiere
d'Orleans , Madame fa Grand- Mere
eftant Palatine.
Le 16.le Roy à fon reveil , fut aver
ti par M. le Marefchal de Villeroy',
d'appeller M. le Duc de Mortemart
Premier Gentil Hmme de la cham
bre d'année , le Roy l'appella trois
fois : on le fit entrer , & s'étant prefenté
au lit du Roy , S. M. lui dit :
je veux me lever , Ce Seigneur lui prefenta
la robbede chambre & fes mul
Oij
162 LE NOUVEAU
les , & lui dit , V. M. ne fouhaite- 1
elle pas pafler dans fon cabinet pour
s'habiller. Auffi toft on fit entrer les
Seigneurs qui ont des Brevets d'entrée
, comme fous le feu Roy . S. M.
parut fort étonnée de voir tant
d'hommes autour de lui , M. le Duc
de Mortemart fit appeller la Cham -
'bre & la Garde robe ; alors un grand
nombre d'Officiers fe préfenta
pour faire leur devoir , le Roy fut
encore plus furpris d'en voir le nombre
augmenter. Il demanda cependant
fa chere Mere Madame la Ducheffe
de Vantadour , qui vint quelque
tems aprés en habit de voyageufe,
elle y retta une heure ;MonPrince,
lui dit-elle , je fuis obligée de vous
quitter & d'aller à faint Cyr voir
Madame de Maintenon , le Roy en
fut allarmé , & s'eſtant jerté à lon
col tendrement il donna de nouveau
, en cette occafion , des preuves
fenfibles de fon bon coeur. M. le Marefchal
de Villeroy ravi de contribuer
à l'éducation d'un Prince fi reconnoiffant,
ne pûtqu'admirer un fi excellent
>
MERCURE. 163
naturel Le Roy foupa fur les dix
heares , & repofa tranquillement
jufqu'à 10 heures du matin qu'il fe
leva avec toutes les ceremonies ordinaires
du fervice des hommes.
Le 17. on porta chez Madame la
Ducheffe de Vantadour la Vaiſelle
de vermeille de feu Monfeigneur' le
Dauphin & de Madame la Dauphine ,
elle pefe 400 marcs .
Meffieurs de Sommery & de Ruffe
, Sous - Gouverneurs du Roy, font
convenus entre - eux , pour
le fervi.
ce par femaine , & Meffieurs les
quatre Gentils -Hommes de la Chambre
, qui font , M. le Chevalier de
Pezé . M. d'Ozy , M. d'Arcy , & M.
de la Haye ,ferviront par moitié chaque
femaine.
Le 18. le Roy entendit la Mefle
dans fon Oratoire ; c'étoit le jour
de l'anniverfaire
de feu Monfeigneur
le Dauphin fon pere.
Le 19. M. le Marefchal de Villeroy
a fait donner une penfion de
720 livres au petit Furet , jeune en◄
fant, qui joue fouvent devant le Roy
164 LE NOUVEAU
& l'amufe , on lui a promis de plus
des habits de S. M.
Le 20. le Roy aprés fes exercices , a
diné à fon grand couvert. M. le
Comte de Livry Survivancier dans
la charge de Premier Maiftre d'Hôtel
, a porté le bâton , M. le Mareſchal
étoit auprés du Roy pour le faire
manger. M. le Duc de Noailles
comme Capitaine des Gardes, occupoit
le derriere u fauteüil , avec M.
le Duc de Mortemart comme Premier
Gentil-Homme de la Chambre.
La Nefétoit pofée fur la table
auprés de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier , qui la decouvrit , pour
prefenter des ferviettes quand le Roy
fouhaitoit d'en changer .Aux deux côtez
de la table , eftoient les deux
Gardes de la Manche avec leurs Pertuifannes
; le long de la Salle fix Gardes
du Roy estoient rangez de chaque
côté la carabine fur l'épaule & le
chapeau fous le bras . les Brigadiers
des Gardes tenoient la porte , un
Huiffier de Salle alloit & venoit
pour le fervice , & les Gentilshom
mes fervants faifoient leur fonction
}
MERCUR E. 165
ordinaire ; le Roy parut fort attentif
à ce nouveau ceremonial, & témoigna
qu'il lui faifoit plaifir.
Le 23 les Miniftres étrangers furent
reçûs par le Roy dans le Grand
Cabinet de la Regence.
Ce jour là M. le Marefchal de Villeroy
fut fi content des études dů
Roy , qu'il luy demanda qu'elle récompenfe
il fouhaitoit pour
fon application
à fes exercices , il pria qu'on
luy fit venir fa chere Maman , on la
luy promit à condition cependant
qu'illa laiteroit retourner quand elle
le jugeroit à propos , il s'y engagea ;
lorfqu'il fut preft d'aller a la Priere,.
Madame la Ducheffe de Vantadour
prenant congé du Roy , dit en le
quittant , Adieu mon Maiftre , le
Roy répondit ,Adieu Ma chere Mere.
. M. de Vitteman a efté nommé
Sous- Précepteur en Charge, avec M.
l'Abbé Perrault ci- devant fon Inftituteur
, par commiffion. C'eft une
recompenfe qu'on a crû luy eftre
dûë , en faveur des foins infinis qu'il
a eu de l'éducation du Roy pendant
166 LE NOUVEAU
fa premiere enfance , luy ayant appris
les principes de la Religion ,
I'Hiftoire de France , la Gegraphie : ⚫
il eft vray que le Roy ayant une
difpofition admirable pour les fçiences
, rien ne peut eftre plus agréable
que de travailler à la perfection
d'un genie, dont les lumieres & l'é .
levation doivent faire la felicité de
les peuples.
M. Lambert a efté fait Secretaire
des études du Roy.
Les trois Valers de Chambre ordinaires
du Roy , & en même tems
de quartier , font Meffieurs Domingues
, Mayas & Bigot .
Le 16 M. le Chancelier a tenu le
Sceau pour la premiere fois . Le 18
fés Lettres ont efté enregistrées au
Parlement .
M. l'Abbé Dagueffeau fon Frere
s'eft chargé de l'inſpection de la Librairie.
M. Vigneron a efté continué Secretaire
de la Chancellerie , il eft
chargé du Sceau , & M. Fretteau
Avocat au Parlement , des Affaires du
Confeil,
de Paris .
qui jouit d'une parfaite fanté, fit
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis , plufieurs Seigneurs & Of.
ficiers , en confideration de leurs fervices.
Lé premier de ce mois , le fieur de
Montempuys , Recteur de l'Univerfité
, accompagné des Chefs, des Facultez
& des Nations , prefenta au
Roy , un Cierge , felon l'ancienne
coûtume.
Le Chapitre de faint Germain
l'Auxerrois , à la tête duquel eftoit
M. l'Abbé Bignon Confeiller d'Eftat,
& Doyen de cette Eglife , eût le même
honneur.
Le même jour les Chevaliers &
Commandeurs de l'Ordre du S. Ef
prit , tinrent Chapitre General dans
le Grand Cabinet du Roy, qui y affiſta,
MERCURE. 147
comme futur Grand - Maiſtre ; Mon
feigneur le Duc d'Orleans y eftoit
preſent. Louis Prince des Afturies
fut admis dans l'Ordre d'une commune
voix , ayant efté propofé le premier
Janvier. Ha efté réglé que le
Cordon de l'Ordre feroit porté inceffament
par quelque Seigneur au Roy
d'Efpagne , pour le donner au Prince
des Afturies .
M. le Comte des Marets Grand
Fauconnier de France a eu l'agrément
du Roy pour la furvivance de
fa charge , en faveur de fon Fils , âgé
de fix à fept ans. Madame la Comteffe
des Marets ayant efté remercier
Monfeigneur le Duc Regent , en reçut
cette réponse gratieufe ; Qu'il y avoit
trop long-tems que cette Charge
eftoit dans fa famille pour en
fortir.
M. le Chancelier Voifin mourut
fubitement la nuit du premier
au deux , il avoit affifté ce jourlà
même au Confeil de Regence , où
il dicta un Arreft , qui concernoit le
dedans du Royaume, il en fortit avec
οι
Nij
148 LE NOUVEAU
un vifage content , & ne reffentit aucune
incommodité pendant le jour..
Sur les 11 heures du foir,foupant avec
fa famille , il fut frappé d'apoplexiequi
l'emporta deux heures aprés .
Cette mort caufa de grands mouvemens
à la Cour , M. le Duc d'Orleans
, fur le premier avis qu'il en
reçût , envoya chercher M. Ďagueffeau
, pour lors Procureur General,
à qui il remit lesSceaux , & le nomma
Chancelier.
M.Joly de Fleury , Avocat General
, s'eftant rendu au Palais Royal,
M. le Duc Regent , lui confera la
Charge de Procureur General , & lui
accorda un Brevet de retenue de 300,
mille livres , afin qu'il fut en eſtat
de payer pareille fomme à M.le
Chancelier Dagueffeau : 11 eft entré
dans le Confeil de Conſcience à
la place de M. le Chancelier , qui eſt
monté au Confeil de Regence.
Le déux , Fefte de la Purification , le
Roy entendit laMeffe , & affifta à la benediction
des cierges , M le Cardinal
de Rohan lui en prefenta un ; le foir, S.
MERCURE.. 149
M. entendit le fermon du R. P.Terraffon
Prêtre de l'Oratoire ; ce célebre
Predicateur adrefla le compliment
fuivant au Roy ; il le plaça
dans l'exorde , aprés la divifion d'un
Sermon , qui avoit pour fujer , la neceffité
de fe rendrefidelle aux prat ques
exterieures de la Religion , & d'accompagner
ces pratiques , des difpofitions
interieures , dont elles empruntent
tout feur merite.
C'est ici un point de morale
qu'il eft d'autant plus important de
prêcher aux Rois , que l'exemple de
leur fidelité à le pratiquer , eft à l'égard
de leurs fujets , plus efficace que
la loy même ; mais qu'heureux eft le
Miniftre de l'Evangile , qui ayant
l'honneur de parler à celui qui fait
aujourd'hui nos plus douces efperances
, le trouve actuellement appliqué
aux devoirs aufquels il l'invite. Docile
aux fages confeils , il embraffe
avec grace toutes les pratiques de
pieté qui lui font propofees : mais ce
qui peut-être , ne feroit aujourd'hui
que l'éloge du digne Prince , charge
Nij
-150
LE NOUVEAU
de fon éducation dans un âge plus avancé
, fera le fien propre. Le feul
amour de fon devoir , aura tout le
merite de fa perfeverance le fuivre;
chaque jour nous dévelopera quelqu'une
de ces vertus Royales , qu'ont
tranfmis en lui fes Auguftes Ayeux ;
& qui , déja , fe laiffent entrevoir ,
fous le voile de fon aimable enfance
. Puifle,fon regne heureux , être le
durable fruit , de la plus fage & de la
plus douce Regence que la France air
admirée? puiflent nos voeux & notre
pieté, meriter la confervation de
ce tendre heritier de la couronne , &
de la gloire de nos Rois ? c'eſt la
grace , SIRE, que nous ne cellerons
de demander pour votre Majefté.
Le 3. M. le Chancelier Dagueffeau
ent l'honneur de faluer le Roy . If
prêtà Serment entre les mains de Sa
Majefté , en prefence de M. le Duc
d'Orleans , Regent du Royaume . Il
donna 8400 livres pour eftre diſtribuées
à la Chambre ,fçavoir un tiers
pour les premieres femmes de ChamMERCURE
15.7
bre , un autre tiers pour les premiers
Valets de Chambre du Roy , & l'autre
tiers pour les Officiers de la
Chambre & de l'Anti - Chambre ,
Le 4. le nouveau Chancelier eut
l'honneur de faluer Madame , qui
luy dit que le choix que venoit de
faire fon Fils , en le nommant Chancelier
, ne pouvoit que faire honneus
à fon difcernement.
Le s. fur les reprefentations de
Meffieurs les Premiers Gentilshommes
de la Chambre touchant leurs
droits ; Monfeigneur le Duc Regent
s'expliqua , qu'il ne changeroit rien
pendant la minorité du Roy , de ce
qui s'eftoit pratiqué fous le feu Roy.
Qu'ils joüiroient de tous les Privileges
& de tous les honneurs de la
Chambre ; qu'à l'égard des Premiers
Valets de Chambre , ils continueroient
de coucher dans la Chambre
du Roy.
S. M. accorda ce jour là même au
Prince de Rohan la furvivance de la
Charge de Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde, pour M. le
52 LENOU VE AU
Prince de Soubife fon Fils ; avec un
Brevet de retenuë de quatre cent mille
livres fur les Gouvernemens de
Champagne & de Brie.
Le 6. on eut une Declaration du
Roy ; concernant les Penfions données
à Paris le 30 Janvier 1717.
Par cette Declaration , les Penfions
de 600 livres & au deffous reftent
fans diminution.
Penfions attribuées à l'Ordre de S.
Louis fans diminution .
Penfions accordées au Corps des
Troupes , celles dont jouiflent les
Officiers des Troupes de la Maiſon
du Roy, par forme d'appointement
ou de fuplément de folde , & qui
font attachées non pas à leur perfonne
, mais à leurs Emplois , & pareillement
celles qui font partie des
appointemens & attributions des
Charges de plufieurs Officiers des
Cours fans dimution .
Voici la réduction desfuivantes.
Les Penfons de 10 mille livres &
MERCURE.
153
au deffus , réduite aux trois cinquiémes
; celles dé 6 mille liv . juſques à
10 mille livres , aux deux tiers; celles
de trois mille livres jufques à 6 mille
livres , aux trois quarts ; celle de
mille livres , jufques à trois mille ,
aux quatre cinquiémes ; & celles aut
deffus de 600 livres , jufques à mille
livres , aux cinq fixièmes ; en forte
néanmoins , que lorfque par la rédution
cy-deffus marquée , les parties
excederont les dixaines de livres , ledit
excedant fera retranché .
Il ne fera accordé aucune nouvelle
penfion ou gratification ordinaire à
qui que ce puifle eftre , jufqu'à ce que
toutes celles qui fubfiftent actuelle.
ment,fe trouventreduites à la fomme
de deux millions par le decés des Penfionnaires
, ou par leur nomination
à d'autres Emplois . Monfeigneur le
Duc Regent fe referve un fond de 500
mil livres pour des gratifications.
Le même jour M. le Chancelier
alla rendre fes devoirs àMadame, Duchelle
de Berry.
Le 7. M. le Chancelier prefenta
$4 LE NOUVEAU
au Roy , Monfieur Joly de Fleury
Procureur General , qui fit un compliment
fort court à S. M.
Le 8. M. Roland , Gentil- Homme
Ordinaire , alla au Palais Royal , de
la part du Roy, pour annoncer à
Monfeigneur le Duc d'Orleans , que
S. M. iroit lui rendre viſite ; en effet,
fur les trois heures , le Roy accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Marefchal de Villeroy , & de
Madame la Duchefle de Vantadour
alla voir Monſeigneur le Duc Regent
.
Sur les 11 heures du matin , Mada .
me la Chanceliere Dagueffeau , eût
l'honneur de faluer le Roy , elle en
fut reçûë trés - favorablement.
Le jeune Comte des мarets , vint remercier
le Roy, de la furvivance que
S. M. avoit en la bonté de lui accorder
de la Charge de Grand Fauconnier
de France .
Le 10 , S, M. entendit la Melle
dans la Chapelle des Tuilleries , &
reçût les Cendres par les mains de
M. le Cardinal de Rohan , Grand
MERCURE.
ISS
Aumonier de France.
M. l'Abbé de Caftries premier
Aumonier de Madame Duchefle de
Berry , nommé à l'Archevêché de
Tours , a été admis au Confeil de
Conscience .
Le 13. le Roy fit Chevaliers de
l'ordre Militaire de S. Louis Mrle
Prince de Conty & quelques Officiers
.
1
Le même jour on ôta les Lizieres
au Roy. M. le Maréchal de Villeroy
prit la place de Madame de Vantadour
à dîner ; cette Ducheffe s'étant
éloignée pour éprouver , fi le
Roy s'accoutumeroit avec les hommes.
S. M. ne parut pas d'abord
fort furpriſe .
Le 13. M. le Chancellier alla prendre
Séance dans le Confeil de
Regence.
Le 14. le Roy étant habillé , les
Officiers de Garde-Robe demanderent
, s'il fouhaitoit qu'on lui remit
fes Lizieres , le Roy répondit non ,
non. Madame la Ducheffe de Vantadour
repliqua , le Roy ſe tient
1
156 LE NOUVEAU
tropidroit & marche fi fûrement, que
je n'ai pas deffein qu'on les lui remette
.
M. le Maréchal de Montefquiou
a acheté cinquante cinq mille
livres le Regiment d'Iflanghuien
pour M. fon fils , âgé de fept à huit
ans .
Le 14. au foir M. de S. Maurice
fut choifi par Monſeigneur le Duc
Régent , pour Commandant à la
Rochelle ; il étoit Lieutenant Colonel
du Regiment Royal infanterie,
& Brigadier d'Armée. Il eft Officier
de mérite & de diftinction ; on lui
donna fix mille livres fur les appointemens
du Gouverneur , qui
étoient de douze . La Ville y joint
encore quatre mille francs par an
outre le logement , les fourages ,
& quelques autres uftancils.
Le 15. eft une époque trop mé
morable par le nouveau changement
de Scene arrivé à la Cour , pour n'en
pas donner un détail auffi fidel qu'il
dépendra de moi ,
>
Ce jour là même auquel le Roy
enMER
CURE.
157
entroit dans fa huitième année , Monfeigneur
le Duc Régent fe rendit au
Palais des Thuilleries fur les 9 heu
res & demie du matin .
Madame la Ducheffe de Vantadour
ayant , felon l'ufage , fait examiner
le Roy quelques jours auparavant
par les Medecins & Chirurgiens
qui le trouverent très - bien conftitué
, le remit entre les mains de
Monfeigneur le Duc Régent , &
lui dit , Monfeigneur , voilà le Dépôt
que le feu Roy m'a confié , & que
vous m'avés continué ; j'en ai pris
tous les foins poffibles , & je le rend
en parfaite fanté. Monfeigneur le
Duc Régent lui témoigna › que le
Roy & tout l'Etat lui avoient une
obligation infinie de l'attention
qu'elle avoit apporté à préferver des
jours fi précieux de tout accident ;
il ajouta , qu'il inviteroit lui - même
le Roy à conferver la memoire de fes
fervices fi importans ; qu'à fon égard,
il n'oublieroit rien pour lui donner
des marques fenfibles de fa reconnoiffance.
Dans ce moment , S. A.R,
O
858 LE NOUVEAU
préfenta au Roy M.le Maréchal de
Villeroy pour fon Gouverneur , &
M. Fleury ancien Evêque de Frejus
pour fon Précepteur ; adreflant enfuite
la parole à M. le Ducdu Maine,
& à M.le Maréchal de Villeroy ; il
leur dit , Meffieurs , Ce facré Dépôt
vous regarde particulierement . Nous
efperons que vous répondrés parfaitement
à l'attente que toute la
France a concuë de vous , pour l'éducation
du Roi ; c'eft à vous à préfent
d'en avoir tout le foin que nous
nous promettons de votre zele & de
votre inclination pour S. M. & pour
P'Etat ; alors Madame la Duchelle
de Vantadour dit à S. A. R. Monfeigneur
, voilà mon miniftere fini ,
vous me permetrés de baiſer la main
du Roy , & de me retirer ; dans l'inf
tant elle prit la main du Roy & la
baifa ; mais ce fut avec tant de tendrefle
, qu'il ne lui fut pas poſſible
de retenir fes larmes . Le Roy attendri
, l'embraffa étroitement , &
mit fon chapeau devant les yeux ,
pour cacher les pleurs. Madame la
MERCURE. *159
Duchefle de Vantadour s'étant reti..
rée , le Roy en parut fi touché , qu'il
ne cella de pleurer ; on lui fit entendre
la Meffe dans fon Oratoire ;
mais tournant la tête , & ne voyant
plus Madame de Vantadour , les larmes
recommencérent ; aprés la Meffe
on tâcha de le confoler dans la petite
chambre du Billard , pendant
qu'on démeubloit fon Appartement ,
dont les meubles appartenoient pour
lors de droit à Madame de Vanta-
'dour. Le Roy demeura inconfolable
jufques à trois heures & demie ;
on lui donne de tems en teins à boire
pour le rafraichir ; il renvoya chercher
Madame de Vantadour , qui
de fon côté n'avoit ceffé de pleu
rer ; elle revint néanmoins , avec
un vifage ferain , pour faire reproche
au Roy , de ce qu'à l'âge de
huit ans , il manquoit de réfolution ;
Qu'il devoit au contraire être très
content de fe trouver fous la conduite
des hommes ; il repartit furle
champ à Madame de Vantadour ,
c'eft'parce que j'ai de la raiſon , Ma
Oij
160 LE NOUVEAU
ये
chere Mere , que j'ai regret de me
voir feparé de vous : Elle lui dit ,
mais , SIRE , vous n'avez pas mangé
; il lui repliqua , non , à préſent
que vous êtes auprès de moi , que
l'on m'en apporte ? il dina affés bien ,
Pendant qu'elle étoit auprès de S. M.
M le Marquis de la Vrilliere apporta
un préfent de Diamans de cent cinquante
- quatre mille livres , qu'il
mit fur la table du Roy piéce à
piéce c'étoient des bracelets
avec les Portraits de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine
; pere & mere du Roy ; un
collier de perle , avec une croix de
diamant magnifique ; la bague du
feu dernier Monteigneur le Dauphin,
& quantité d'autres pierreries , entre
lefquelles il y a une pierre en
table de grand prix . Le Roy demanda
, eft - ce tout on lui repondit
oüi , SIRE ; c'eft bien peu , Ma
Bonne en merite davantage , par les
foins qu'elle a pris de moi . Madame
la Ducheffe de Ventadour y refta juf
ques à neuf heures le Roy fe
>
·
R
MERCURE . 161
coucha aflez tranquillement , lui
ayant fait promettre qu'elle reviendroit
le lendemain .
M. le Duc de la Tremoille Premier
Gentilhomme de la Chambre,
vint ce jour la remercier S, M. de la
furvivance de la Charge qu'il avoit
obtenue pour le Prince deTarente fon
fils âgé defix à fept ans , on y a attaché
un Brevet de retenue de soo
mille livres au cas que fon fils
vint à mourir , c'eft une grace
que meritoient fon affiduité au fervice
, fon merite & fa naiffance
ayant l'honneur d'eftre Coufin ifla
de Germain de Madame Doüairiere
d'Orleans , Madame fa Grand- Mere
eftant Palatine.
Le 16.le Roy à fon reveil , fut aver
ti par M. le Marefchal de Villeroy',
d'appeller M. le Duc de Mortemart
Premier Gentil Hmme de la cham
bre d'année , le Roy l'appella trois
fois : on le fit entrer , & s'étant prefenté
au lit du Roy , S. M. lui dit :
je veux me lever , Ce Seigneur lui prefenta
la robbede chambre & fes mul
Oij
162 LE NOUVEAU
les , & lui dit , V. M. ne fouhaite- 1
elle pas pafler dans fon cabinet pour
s'habiller. Auffi toft on fit entrer les
Seigneurs qui ont des Brevets d'entrée
, comme fous le feu Roy . S. M.
parut fort étonnée de voir tant
d'hommes autour de lui , M. le Duc
de Mortemart fit appeller la Cham -
'bre & la Garde robe ; alors un grand
nombre d'Officiers fe préfenta
pour faire leur devoir , le Roy fut
encore plus furpris d'en voir le nombre
augmenter. Il demanda cependant
fa chere Mere Madame la Ducheffe
de Vantadour , qui vint quelque
tems aprés en habit de voyageufe,
elle y retta une heure ;MonPrince,
lui dit-elle , je fuis obligée de vous
quitter & d'aller à faint Cyr voir
Madame de Maintenon , le Roy en
fut allarmé , & s'eſtant jerté à lon
col tendrement il donna de nouveau
, en cette occafion , des preuves
fenfibles de fon bon coeur. M. le Marefchal
de Villeroy ravi de contribuer
à l'éducation d'un Prince fi reconnoiffant,
ne pûtqu'admirer un fi excellent
>
MERCURE. 163
naturel Le Roy foupa fur les dix
heares , & repofa tranquillement
jufqu'à 10 heures du matin qu'il fe
leva avec toutes les ceremonies ordinaires
du fervice des hommes.
Le 17. on porta chez Madame la
Ducheffe de Vantadour la Vaiſelle
de vermeille de feu Monfeigneur' le
Dauphin & de Madame la Dauphine ,
elle pefe 400 marcs .
Meffieurs de Sommery & de Ruffe
, Sous - Gouverneurs du Roy, font
convenus entre - eux , pour
le fervi.
ce par femaine , & Meffieurs les
quatre Gentils -Hommes de la Chambre
, qui font , M. le Chevalier de
Pezé . M. d'Ozy , M. d'Arcy , & M.
de la Haye ,ferviront par moitié chaque
femaine.
Le 18. le Roy entendit la Mefle
dans fon Oratoire ; c'étoit le jour
de l'anniverfaire
de feu Monfeigneur
le Dauphin fon pere.
Le 19. M. le Marefchal de Villeroy
a fait donner une penfion de
720 livres au petit Furet , jeune en◄
fant, qui joue fouvent devant le Roy
164 LE NOUVEAU
& l'amufe , on lui a promis de plus
des habits de S. M.
Le 20. le Roy aprés fes exercices , a
diné à fon grand couvert. M. le
Comte de Livry Survivancier dans
la charge de Premier Maiftre d'Hôtel
, a porté le bâton , M. le Mareſchal
étoit auprés du Roy pour le faire
manger. M. le Duc de Noailles
comme Capitaine des Gardes, occupoit
le derriere u fauteüil , avec M.
le Duc de Mortemart comme Premier
Gentil-Homme de la Chambre.
La Nefétoit pofée fur la table
auprés de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier , qui la decouvrit , pour
prefenter des ferviettes quand le Roy
fouhaitoit d'en changer .Aux deux côtez
de la table , eftoient les deux
Gardes de la Manche avec leurs Pertuifannes
; le long de la Salle fix Gardes
du Roy estoient rangez de chaque
côté la carabine fur l'épaule & le
chapeau fous le bras . les Brigadiers
des Gardes tenoient la porte , un
Huiffier de Salle alloit & venoit
pour le fervice , & les Gentilshom
mes fervants faifoient leur fonction
}
MERCUR E. 165
ordinaire ; le Roy parut fort attentif
à ce nouveau ceremonial, & témoigna
qu'il lui faifoit plaifir.
Le 23 les Miniftres étrangers furent
reçûs par le Roy dans le Grand
Cabinet de la Regence.
Ce jour là M. le Marefchal de Villeroy
fut fi content des études dů
Roy , qu'il luy demanda qu'elle récompenfe
il fouhaitoit pour
fon application
à fes exercices , il pria qu'on
luy fit venir fa chere Maman , on la
luy promit à condition cependant
qu'illa laiteroit retourner quand elle
le jugeroit à propos , il s'y engagea ;
lorfqu'il fut preft d'aller a la Priere,.
Madame la Ducheffe de Vantadour
prenant congé du Roy , dit en le
quittant , Adieu mon Maiftre , le
Roy répondit ,Adieu Ma chere Mere.
. M. de Vitteman a efté nommé
Sous- Précepteur en Charge, avec M.
l'Abbé Perrault ci- devant fon Inftituteur
, par commiffion. C'eft une
recompenfe qu'on a crû luy eftre
dûë , en faveur des foins infinis qu'il
a eu de l'éducation du Roy pendant
166 LE NOUVEAU
fa premiere enfance , luy ayant appris
les principes de la Religion ,
I'Hiftoire de France , la Gegraphie : ⚫
il eft vray que le Roy ayant une
difpofition admirable pour les fçiences
, rien ne peut eftre plus agréable
que de travailler à la perfection
d'un genie, dont les lumieres & l'é .
levation doivent faire la felicité de
les peuples.
M. Lambert a efté fait Secretaire
des études du Roy.
Les trois Valers de Chambre ordinaires
du Roy , & en même tems
de quartier , font Meffieurs Domingues
, Mayas & Bigot .
Le 16 M. le Chancelier a tenu le
Sceau pour la premiere fois . Le 18
fés Lettres ont efté enregistrées au
Parlement .
M. l'Abbé Dagueffeau fon Frere
s'eft chargé de l'inſpection de la Librairie.
M. Vigneron a efté continué Secretaire
de la Chancellerie , il eft
chargé du Sceau , & M. Fretteau
Avocat au Parlement , des Affaires du
Confeil,
Fermer
Résumé : NOUVELLES de Paris.
En janvier, plusieurs événements significatifs se déroulèrent à la cour de France. Le 1er janvier, le sieur de Montempuys et le Chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois offrirent chacun un cierge au roi. Les Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit accueillirent Louis, Prince des Asturies. Le Comte des Marets obtint la permission de transmettre sa charge de Grand Fauconnier à son fils. Le Chancelier Voisin décéda subitement, et le Duc d'Orléans nomma Daguesseau Chancelier et Joly de Fleury Procureur Général. Le 2 janvier, le roi assista à la messe et à la bénédiction des cierges. Le 3 janvier, Daguesseau prêta serment et distribua des sommes aux officiers de la Chambre. Le 4 janvier, il salua Madame, mère du roi. Le Duc Régent confirma les privilèges des Premiers Gentilshommes et des Valets de Chambre et publia une déclaration royale confirmant les pensions attribuées à divers corps et individus, avec des réductions pour certaines pensions. Il se réserva un fonds de 500 000 livres pour des gratifications. Le 15 janvier, le Duc Régent prit officiellement la charge du roi, assisté par le Maréchal de Villeroy et l'ancien évêque de Fréjus, Fleury. Madame de Ventadour quitta le roi, qui montra son émotion. Diverses nominations et visites officielles suivirent, incluant celle de M. de Saint-Maurice à La Rochelle. Le roi observa un nouveau cérémonial avec intérêt et reçut des ministres étrangers. Plusieurs personnes furent nommées à des postes importants, notamment Monsieur de Vitteman comme sous-précepteur et l'abbé Perrault comme instuteur. Le roi manifesta une disposition remarquable pour les sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 167-175
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Dame Anne-Magdelene Faulcon de Ris, veuve de Messire Estienne [...]
Mots clefs :
Décès, Seigneur, Charges, Veuve, Famille, Messire, Chancelier, Épouse
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
MERCURE. 167
ARTICLE DES MORTS
>
Dame Anne - Magdelene Faulcon
de Ris , veuve de Meflire Etienne
Maignart , Seignent de Bernieres
Confeiller au Parlement de Paris ;
mourut le 22 Decembre 1716. laiflant
pour fils unique Mre. Charles Eſtienne
Maignart , Seigneur de Bernieres
Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , fucceffivement Intendant
de Juftice à Maubeuges ,
Dunkerque , puis en Flandre. Elle
étoit foeur de Mre Charles Faulcon,
Seigneur de Ris , Marquis de Charleval
, Premier Prefident du Parle
ment de Rouen , mort en 1691 , pere
de Mrs de Ris d'aprefent , & fille de
Mre Jean Louis Faulcon Seigneur de
Ris , auffi Premier Prefident du Parlement
de Rouen , nommé l'an 1644
au lieu de Mre Charles Faulcon fon
pere Seigneur de Ris , lequel avoit
fuccedé en cette Charge à Mre Ale178
LE NOUVEAU
xandre Faulcon fou frere ainé , Seigneur
de Ris , moit l'an 1628 , &étoit
fils de Mre Claude Faulcon Seigneur
de Ris , Premier Prefid ne du Parlement
de Bretagne , l'an 1587. La Fa.
mille de Faulcon d Ris , fe prétend
fortie de celte de Falcon de Florence
; & depuis qu'elle cft établie en
France , elle a toujours été regardée,
comme une des plus illuftres de la
Robe ; Celle de Maignart de Be njeres
ne l'eft pas moins , elle eft originaire
de Normandie , & diftinguée
par fon ancienneté & par fes alliances,
Dame FrançoifeJoly , veuve de
Mre Louis de l'Epine Seigneur de
Grainville, mourut le 27Janvier 1717 .
Elle étoit foeur de Mie Guillaume
François Joly de Fleury , à prefent
Procureur Géneral du Parlement de
Paris , dont nous parlerons dans la
fuite de ce Journal .
Mre Claude - François le Févre
d'Ormeffon , Prêtre Docteur de Sorbonne
, ancien Doyen de l'Eglife de
Beauvais , mourut le 1 Février 1717.
IL
MER CURE. 169
,
>
il étoit oncle de Dame Anne le Févre
d'Ormeffon ,femme deMeffire Henry
François Dagueffeau , à prefent
Chancelier , Garde des Sceaux de
France il fortoit d'une des premiéres
familles de la Robe ; puifqu'il
étoit fils de Mre Olivier le Févre
Seigneur d'Ormeſſon , & d'Amboiſle ,
Maitre des Requêtes , perit fils de
Mre André le Févre Seigneur d'Ormeſſon
, auſſi Maistre des Requêtes ,
mort Doyen des Confeils du Roy
l'an 1665 , & arriere petit fils de Mre
Olivier le Févre , Seigneur d'Ormellon
, d'Eaubonne , & de Lezeau
Prefident de la Chambre des Comptes
de Paris ; Confeiller d'Etat , &
Controlleur Général des Finances
mort l'an 1600 , cette Famille s'eft
alliée à celle de Hennequin , de Verthamont
, de Pommereu , le Goux de
la Berchere, de Fourcy , Feydeau , le
Maistre de Bellejamme , & de la
Bourdonnaye & c.
V
Mellfire Daniel François Voyfin ,
Chevalier Seigneur duMefnil-Voyfin
Chancelier & Garde des Sceaux de
P
170
LE NOUVEAU
France , Commandeur des Ordres
du Roy , mourut la nuit du premier
au deux Fevrier 1717. âgé de 62 ans,
ne laiflant que des filles de fon mariage
avec feüe Dame Charlotte Trudaine
, foeur de M. Trudaine Confeiller
d'Eftat & Prevoft des Marchands
de cette Ville , & fille de Meffire
Charles Trudaine Maiftre des Comptes
à Paris . La premiere de fes filles
eft mariée depuis l'an 17e6. à
Mre Louis le Goux de la Berchere
Comte de la Rochepor Confeiller
d'Etat , Chancelier de feu Monfeigneur
le Duc de Berry . La feconde,
depuis l'an 1710. à Charles Guillaume
de Broglio , dit le Marquis de
Broglio depuis Matêchal des
Camps & Armées du Roy , & Gouverneur
de Graveline . Et la troifiéme
, depuis l'an 1711. avec Alexis
Magdelaine Rofolie de Chaftillon
Comte de Chaſtillon , alors Colonel
d'un Regiment de Dragons de fon
nom , depuis Brigadier General des
Ainées du Roy , Grand Bailly de
Hagueneau , & Commiflaire Gene-
2
MERCURE. 171
ral de la Cavalerie legere de France ;
neveu de M. le Marquis de Chaſtil -
lon Chevalier des Ordres du Roy,
& aujourd'hui le feul reftant de la
Maiſon de Chatillon fur Marne , l'une
des plus grandes , des plus puiffantes
, des plus anciennes & des plus
illuftres maifons du Royaume.
Feu M. le Chancelier qui donne
lieu à cet article , avoit eſté élevé à
cette haute dignité les Juillet 1714.
étant alors Miniftre & Secretaire d'E .
tat de la Guerre . Il avoit efté fucellivement
Confeiller au Parlement
de Paris l'an 1674. Maiftre des Requeftes
Ordinaire de l'Hoftel du Roi,
en 1683. & Intendant de Juftiee ea
Hainaut en 1688. & enfin Confeiller
d'Eftat Ordinaire l'an 1708. Il
étoit fils de Melfire Jean- Baptifte
Voifin Seigneur de la Noraye , Maître
des Requeſtes Ordinaire de l'Hôtel
du Roy , mort à Tours , où il
étoit Intendant de Juſtice l'an 1672 ,
& de Dame Madelaine Guillart .
La charge de Chancelier- Garde
des Sceaux de France , vacante par
Pij
172 LE NOUVEAU
cette mort a efté donnée le z . de
ce mois à Mre Henry François Dagueffeau
Procureur General au Parlement
, & ci - devant Avocat General
; il eft fils de Mre Henry Dagueffeau
Conteiller d'Eftat Ordinaire , &
duConfeil de Regence , mort le 17N0-
vembre 1716 , & de feue Dame Claire
Eugenie le Picart , fortie d'une
des premieres familles de la robe , &
fille de Mre Jean-Baptifte le Picart ,
Seigneur du Pleffis , Maiftre des Re-.
queftes , & de Dame Catherine Talon
, foeur de Dame Marie Sufanne
Talon mere de Mre Louis Phely-...
peaux Comte de Pontchartrain , cidevantChancelier
& Garde des Sceaux .
de France , duquel M. le Chancelier .
Dagueffeau fe trouve par cette alliance
neveu , à la mode de Bretagne :
il eft petit fils de Mre Antoine Daguefleau
Maiftre des Requeftes Or
dinaire de l'Hoftel du Roy , Prefi
dent au Grand Confeil & Intendant
de Justice en Picardie, puis Premier
Prefident du Parlement de Bordeaux
l'an 1631. & Confeiller du Roy .
MERCURE. 173
en fon Confeil d'Eftat , & Direction
de fes finances , mort l'an 1645, & de
dame Anne de Gyves fa troifiéme
femme .
M. le Chancelier eft marié depuis
l'an 1694. avec Dame Anne le Fevre
Omellon , fortie d'une des premieres
familles de la robe,
Il a pour freres Mre Jean Baptrfte
Paulin Dagueffeau Preftre Docteur
de la Faculté de Paris , & Mre
Jofeph Antoine Dagueffeau Seigneur.
deValjouant Confeiller au Parlement
de Paris , & ci - devant Avocat du
Roy au Châtelet ; & pour Soeur ,
Dame Marie- Catherine Daguefleau ,
à préfent veuve de Meffire Charles-
Marie de Saulx Comte de Tavannes ,
Lieutenant General pour le Roy au
Gouvernement de Bourgogne , &
Grand Bailly de Dijon , mere de
Mr le Comte de Tavannes , qui a
époufé Mademoifelle Amelot , fille
de Mr Amelot de Gournay , ci - devant
Ambaffadeur en Espagne , & Soeur
de Mr Amelot de Gournay Préfident
à Mortier au Parlement de Paris
P iij
174 LE NOUVEAU
& de Dame Magdelaine Dagueffeau
femme de Mre Pierre Hector le
Guerchois Maistre des Requeftes.
La Charge de Procureur General
au Parlement de Paris , vacante par
la promotion de M. Dagueffeau à
celle de Chancelier , a esté donnée
le même jour à Mre. Guillaume
François Joly de Fleury Avocat General
au Parlement , Charge qu'il
exerçoit depuis la mort de Mre Omer
Jofeph Joly Seigneur de Fleury fon
Frere aîné , il eft fils de Meffire Jean
François Joly , Seigneur de Fleury
Avocas General au Parlement de
Metz , puis Confeiller en celuy de
Paris , mort Confeiller de la Grande
Chambre le Octobre 1702 , & de
Dame Madelaine Talon , Soeur de
Denis Talon Avocat General , puis
Prefident à Mortier au Parlement
de Paris , fille de Mre . Omer Talon ,
& niéce de Mre. Jacques Talon
tous deux Avocats Generaux au Par
lement & coufins germains de Dame
Marie Sufanne Talon , mere de
M. le Chancelier Pontchartrain , &
MER CURE.
175
de Dame Catherine Talon Grande
Mere maternelle de M. Daguefleau
à prefent Chancelier de France ; il
eft petit fils de Mre . Jean Joly , Seigneur
de Fleury , Confeiller au - Parlement
de Bretagne l'an 1629, puis
au Grand Confeil , & de Charlote
Bourlon ; il fort d'une famille diftinguće
dans la Robe , établie depuis
long- tems à Dijon où elle s'eft alhée
avec les plus confiderables , &
où elle fubfifte encore en plufieurs
branches.
M. l'Abbé de Fourcy , Chanoine
de Nôtre- Dame de Paris , mourut le
24 de ce mois ..
ARTICLE DES MORTS
>
Dame Anne - Magdelene Faulcon
de Ris , veuve de Meflire Etienne
Maignart , Seignent de Bernieres
Confeiller au Parlement de Paris ;
mourut le 22 Decembre 1716. laiflant
pour fils unique Mre. Charles Eſtienne
Maignart , Seigneur de Bernieres
Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , fucceffivement Intendant
de Juftice à Maubeuges ,
Dunkerque , puis en Flandre. Elle
étoit foeur de Mre Charles Faulcon,
Seigneur de Ris , Marquis de Charleval
, Premier Prefident du Parle
ment de Rouen , mort en 1691 , pere
de Mrs de Ris d'aprefent , & fille de
Mre Jean Louis Faulcon Seigneur de
Ris , auffi Premier Prefident du Parlement
de Rouen , nommé l'an 1644
au lieu de Mre Charles Faulcon fon
pere Seigneur de Ris , lequel avoit
fuccedé en cette Charge à Mre Ale178
LE NOUVEAU
xandre Faulcon fou frere ainé , Seigneur
de Ris , moit l'an 1628 , &étoit
fils de Mre Claude Faulcon Seigneur
de Ris , Premier Prefid ne du Parlement
de Bretagne , l'an 1587. La Fa.
mille de Faulcon d Ris , fe prétend
fortie de celte de Falcon de Florence
; & depuis qu'elle cft établie en
France , elle a toujours été regardée,
comme une des plus illuftres de la
Robe ; Celle de Maignart de Be njeres
ne l'eft pas moins , elle eft originaire
de Normandie , & diftinguée
par fon ancienneté & par fes alliances,
Dame FrançoifeJoly , veuve de
Mre Louis de l'Epine Seigneur de
Grainville, mourut le 27Janvier 1717 .
Elle étoit foeur de Mie Guillaume
François Joly de Fleury , à prefent
Procureur Géneral du Parlement de
Paris , dont nous parlerons dans la
fuite de ce Journal .
Mre Claude - François le Févre
d'Ormeffon , Prêtre Docteur de Sorbonne
, ancien Doyen de l'Eglife de
Beauvais , mourut le 1 Février 1717.
IL
MER CURE. 169
,
>
il étoit oncle de Dame Anne le Févre
d'Ormeffon ,femme deMeffire Henry
François Dagueffeau , à prefent
Chancelier , Garde des Sceaux de
France il fortoit d'une des premiéres
familles de la Robe ; puifqu'il
étoit fils de Mre Olivier le Févre
Seigneur d'Ormeſſon , & d'Amboiſle ,
Maitre des Requêtes , perit fils de
Mre André le Févre Seigneur d'Ormeſſon
, auſſi Maistre des Requêtes ,
mort Doyen des Confeils du Roy
l'an 1665 , & arriere petit fils de Mre
Olivier le Févre , Seigneur d'Ormellon
, d'Eaubonne , & de Lezeau
Prefident de la Chambre des Comptes
de Paris ; Confeiller d'Etat , &
Controlleur Général des Finances
mort l'an 1600 , cette Famille s'eft
alliée à celle de Hennequin , de Verthamont
, de Pommereu , le Goux de
la Berchere, de Fourcy , Feydeau , le
Maistre de Bellejamme , & de la
Bourdonnaye & c.
V
Mellfire Daniel François Voyfin ,
Chevalier Seigneur duMefnil-Voyfin
Chancelier & Garde des Sceaux de
P
170
LE NOUVEAU
France , Commandeur des Ordres
du Roy , mourut la nuit du premier
au deux Fevrier 1717. âgé de 62 ans,
ne laiflant que des filles de fon mariage
avec feüe Dame Charlotte Trudaine
, foeur de M. Trudaine Confeiller
d'Eftat & Prevoft des Marchands
de cette Ville , & fille de Meffire
Charles Trudaine Maiftre des Comptes
à Paris . La premiere de fes filles
eft mariée depuis l'an 17e6. à
Mre Louis le Goux de la Berchere
Comte de la Rochepor Confeiller
d'Etat , Chancelier de feu Monfeigneur
le Duc de Berry . La feconde,
depuis l'an 1710. à Charles Guillaume
de Broglio , dit le Marquis de
Broglio depuis Matêchal des
Camps & Armées du Roy , & Gouverneur
de Graveline . Et la troifiéme
, depuis l'an 1711. avec Alexis
Magdelaine Rofolie de Chaftillon
Comte de Chaſtillon , alors Colonel
d'un Regiment de Dragons de fon
nom , depuis Brigadier General des
Ainées du Roy , Grand Bailly de
Hagueneau , & Commiflaire Gene-
2
MERCURE. 171
ral de la Cavalerie legere de France ;
neveu de M. le Marquis de Chaſtil -
lon Chevalier des Ordres du Roy,
& aujourd'hui le feul reftant de la
Maiſon de Chatillon fur Marne , l'une
des plus grandes , des plus puiffantes
, des plus anciennes & des plus
illuftres maifons du Royaume.
Feu M. le Chancelier qui donne
lieu à cet article , avoit eſté élevé à
cette haute dignité les Juillet 1714.
étant alors Miniftre & Secretaire d'E .
tat de la Guerre . Il avoit efté fucellivement
Confeiller au Parlement
de Paris l'an 1674. Maiftre des Requeftes
Ordinaire de l'Hoftel du Roi,
en 1683. & Intendant de Juftiee ea
Hainaut en 1688. & enfin Confeiller
d'Eftat Ordinaire l'an 1708. Il
étoit fils de Melfire Jean- Baptifte
Voifin Seigneur de la Noraye , Maître
des Requeſtes Ordinaire de l'Hôtel
du Roy , mort à Tours , où il
étoit Intendant de Juſtice l'an 1672 ,
& de Dame Madelaine Guillart .
La charge de Chancelier- Garde
des Sceaux de France , vacante par
Pij
172 LE NOUVEAU
cette mort a efté donnée le z . de
ce mois à Mre Henry François Dagueffeau
Procureur General au Parlement
, & ci - devant Avocat General
; il eft fils de Mre Henry Dagueffeau
Conteiller d'Eftat Ordinaire , &
duConfeil de Regence , mort le 17N0-
vembre 1716 , & de feue Dame Claire
Eugenie le Picart , fortie d'une
des premieres familles de la robe , &
fille de Mre Jean-Baptifte le Picart ,
Seigneur du Pleffis , Maiftre des Re-.
queftes , & de Dame Catherine Talon
, foeur de Dame Marie Sufanne
Talon mere de Mre Louis Phely-...
peaux Comte de Pontchartrain , cidevantChancelier
& Garde des Sceaux .
de France , duquel M. le Chancelier .
Dagueffeau fe trouve par cette alliance
neveu , à la mode de Bretagne :
il eft petit fils de Mre Antoine Daguefleau
Maiftre des Requeftes Or
dinaire de l'Hoftel du Roy , Prefi
dent au Grand Confeil & Intendant
de Justice en Picardie, puis Premier
Prefident du Parlement de Bordeaux
l'an 1631. & Confeiller du Roy .
MERCURE. 173
en fon Confeil d'Eftat , & Direction
de fes finances , mort l'an 1645, & de
dame Anne de Gyves fa troifiéme
femme .
M. le Chancelier eft marié depuis
l'an 1694. avec Dame Anne le Fevre
Omellon , fortie d'une des premieres
familles de la robe,
Il a pour freres Mre Jean Baptrfte
Paulin Dagueffeau Preftre Docteur
de la Faculté de Paris , & Mre
Jofeph Antoine Dagueffeau Seigneur.
deValjouant Confeiller au Parlement
de Paris , & ci - devant Avocat du
Roy au Châtelet ; & pour Soeur ,
Dame Marie- Catherine Daguefleau ,
à préfent veuve de Meffire Charles-
Marie de Saulx Comte de Tavannes ,
Lieutenant General pour le Roy au
Gouvernement de Bourgogne , &
Grand Bailly de Dijon , mere de
Mr le Comte de Tavannes , qui a
époufé Mademoifelle Amelot , fille
de Mr Amelot de Gournay , ci - devant
Ambaffadeur en Espagne , & Soeur
de Mr Amelot de Gournay Préfident
à Mortier au Parlement de Paris
P iij
174 LE NOUVEAU
& de Dame Magdelaine Dagueffeau
femme de Mre Pierre Hector le
Guerchois Maistre des Requeftes.
La Charge de Procureur General
au Parlement de Paris , vacante par
la promotion de M. Dagueffeau à
celle de Chancelier , a esté donnée
le même jour à Mre. Guillaume
François Joly de Fleury Avocat General
au Parlement , Charge qu'il
exerçoit depuis la mort de Mre Omer
Jofeph Joly Seigneur de Fleury fon
Frere aîné , il eft fils de Meffire Jean
François Joly , Seigneur de Fleury
Avocas General au Parlement de
Metz , puis Confeiller en celuy de
Paris , mort Confeiller de la Grande
Chambre le Octobre 1702 , & de
Dame Madelaine Talon , Soeur de
Denis Talon Avocat General , puis
Prefident à Mortier au Parlement
de Paris , fille de Mre . Omer Talon ,
& niéce de Mre. Jacques Talon
tous deux Avocats Generaux au Par
lement & coufins germains de Dame
Marie Sufanne Talon , mere de
M. le Chancelier Pontchartrain , &
MER CURE.
175
de Dame Catherine Talon Grande
Mere maternelle de M. Daguefleau
à prefent Chancelier de France ; il
eft petit fils de Mre . Jean Joly , Seigneur
de Fleury , Confeiller au - Parlement
de Bretagne l'an 1629, puis
au Grand Confeil , & de Charlote
Bourlon ; il fort d'une famille diftinguće
dans la Robe , établie depuis
long- tems à Dijon où elle s'eft alhée
avec les plus confiderables , &
où elle fubfifte encore en plufieurs
branches.
M. l'Abbé de Fourcy , Chanoine
de Nôtre- Dame de Paris , mourut le
24 de ce mois ..
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Résumé : ARTICLE DES MORTS.
Le texte évoque plusieurs décès et successions de charges importantes au sein de familles notables de la robe. Dame Anne-Magdelene Faulcon de Ris, veuve d'Étienne Maignart, est décédée le 22 décembre 1716, laissant un fils unique, Charles Étienne Maignart. Dame Françoise Joly, veuve de Louis de l'Épine, est décédée le 27 janvier 1717. Claude-François Lefèvre d'Ormesson, prêtre et ancien doyen de l'église de Beauvais, est décédé le 1er février 1717. Daniel François Voysin, chancelier et garde des sceaux de France, est décédé la nuit du 1er au 2 février 1717. Sa charge a été attribuée à Henri François Daguesseau, procureur général au Parlement et marié à Anne Lefèvre d'Ormesson. Omellon, issu d'une famille distinguée, a pour frères Jean-Baptiste Paulin Dagueffeau et Joseph-Antoine Dagueffeau, conseiller au Parlement. Sa sœur Marie-Catherine est veuve de Charles-Marie de Saulx, comte de Tavannes. Leur fils a épousé Mademoiselle Amelot, fille de l'ambassadeur en Espagne Amelot de Gournay. Une autre sœur, Magdeleine Dagueffeau, est mariée à Pierre Hector Le Guerchois. Guillaume-François Joly de Fleury a été nommé procureur général au Parlement après la promotion de Daguesseau. Il est le fils de Jean-François Joly et de Madeleine Talon, sœur de Denis Talon et nièce de Jacques Talon, tous avocats généraux au Parlement. Catherine Talon est la grand-mère maternelle de Daguesseau, chancelier de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 52-55
SUR LA PROMOTION DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER DAGUESSEAU. ODE.
Début :
De Themis le Temple s'ouvre, [...]
Mots clefs :
Temple, Gloire, Déesse, Sagesse, Esprit, Innocence, Liberté, Éloquence, Vertus, Hommage, Règne, Ennemis, Empire, Chancelier
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA PROMOTION DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER DAGUESSEAU. ODE.
SUR LA PROMOTION
DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER
DE
DAGUESSEAU.
ODE..
E Themis le Temple s'ouvre,
Quel éclat frape nos yeux !
PHILIPPE , je te découvre
Dans ce féjour glorieux.
Apuy de fon culte augufte ,
Tu cherches un homme juſte
Pour nous difpenfer fes Loix ,
Un regard de la Déefle
Fait connoître à ta fageffe ,
Sur qui doit tomber ton choix.
榮
Il eſt un efprit fublime ,
Qui rempliroit ce haut rang ,
Si nos voeux & notre eftime
Décidoit d'un choix fi grand.
Tu nous préviens , tu le nommes ,
MERCURE. 53
C'est lui qu'à tant de grandshommes
Ta fageffe a préferé.
C'eft DAGUESSEAU , quelle joye ,
Sur tous les fronts fe déploye
A ce nom fi réveré !
L'innocence moins timide
Defcend des Cieux pour le voir ,
J'entends 'l'injustice avide
En rugir de défeſpoir.
La Piété le devance
L'intégrité , la prudence ,
Paroillent à fes côtez :
On y voit briller le zele
Et la fermeté fidelle
Qui foûtint nos libertez.
*
L'Eloquence triomphante
Groffit la fuperbe Cour ,
Et par fa gloire elle augmente
La pompe d'un fi beau jour :
Telle enflamant Demoftenes ,
Elle tona dans Athènes ,
Telle à Rome elle éclata ;
Eij
LE NOUVEAU
Quand fon Orateur illuftre
La montroit dans tout fon luftre
Au Senat qui l'adopta.
Que de Vertus le couronnent !
Que de talens raffemblez !
Tous les beaux Arts l'environnent
De nouveaux bienfaits comblez .
Il vous aime doctes Fées ,
Elevés-lui des Trophées ,
Préparés -lui des Concerts ;
fera paroître ,
Son apuy
Des Vers tels qu'en firent naître
Les RICHELIEUX , les COLBERTS .
Le loüer , c'eft rendre homage]
A la main qui la placé ,
Elle acheve par ce gage
Notre bonheur commencé.
Dans un choix fi plein de gloire ;
Chantés Filles de Memoire
L'infatigable Heros ,
Dont la bonté paternelle ,
La vigilance éternelle ,
Affurent notre repos.
MERCURE.
藜
Il éternife le Regne
De la Paix & de Themis ,
Il ne veut plus que l'on craigne
D'Opreffeurs
, ni d'Ennemis.
Sa voix dans nos Villes calmes
Change à l'ombre de fes palmes ,
Le Soldat en Laboureur.
MARS perdant fous fa Regence ,
L'efpoir de troubler la France ,
Porte aux THRACES fa fureur.
La face de cet Empire ,
Reprend un nouvel éclat :
PHILIPPE qui peut décrire
Tes heureux foins pour l'Etat.
Pourfuis Heros Magnanime ,
Du beau zele qui t'anime
Remplis notre jeune Roy .
Qu'il croiffe , qu'il te contemple
Qu'il puifle fur ton exemple
Se faire aimer comme toi.
DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER
DE
DAGUESSEAU.
ODE..
E Themis le Temple s'ouvre,
Quel éclat frape nos yeux !
PHILIPPE , je te découvre
Dans ce féjour glorieux.
Apuy de fon culte augufte ,
Tu cherches un homme juſte
Pour nous difpenfer fes Loix ,
Un regard de la Déefle
Fait connoître à ta fageffe ,
Sur qui doit tomber ton choix.
榮
Il eſt un efprit fublime ,
Qui rempliroit ce haut rang ,
Si nos voeux & notre eftime
Décidoit d'un choix fi grand.
Tu nous préviens , tu le nommes ,
MERCURE. 53
C'est lui qu'à tant de grandshommes
Ta fageffe a préferé.
C'eft DAGUESSEAU , quelle joye ,
Sur tous les fronts fe déploye
A ce nom fi réveré !
L'innocence moins timide
Defcend des Cieux pour le voir ,
J'entends 'l'injustice avide
En rugir de défeſpoir.
La Piété le devance
L'intégrité , la prudence ,
Paroillent à fes côtez :
On y voit briller le zele
Et la fermeté fidelle
Qui foûtint nos libertez.
*
L'Eloquence triomphante
Groffit la fuperbe Cour ,
Et par fa gloire elle augmente
La pompe d'un fi beau jour :
Telle enflamant Demoftenes ,
Elle tona dans Athènes ,
Telle à Rome elle éclata ;
Eij
LE NOUVEAU
Quand fon Orateur illuftre
La montroit dans tout fon luftre
Au Senat qui l'adopta.
Que de Vertus le couronnent !
Que de talens raffemblez !
Tous les beaux Arts l'environnent
De nouveaux bienfaits comblez .
Il vous aime doctes Fées ,
Elevés-lui des Trophées ,
Préparés -lui des Concerts ;
fera paroître ,
Son apuy
Des Vers tels qu'en firent naître
Les RICHELIEUX , les COLBERTS .
Le loüer , c'eft rendre homage]
A la main qui la placé ,
Elle acheve par ce gage
Notre bonheur commencé.
Dans un choix fi plein de gloire ;
Chantés Filles de Memoire
L'infatigable Heros ,
Dont la bonté paternelle ,
La vigilance éternelle ,
Affurent notre repos.
MERCURE.
藜
Il éternife le Regne
De la Paix & de Themis ,
Il ne veut plus que l'on craigne
D'Opreffeurs
, ni d'Ennemis.
Sa voix dans nos Villes calmes
Change à l'ombre de fes palmes ,
Le Soldat en Laboureur.
MARS perdant fous fa Regence ,
L'efpoir de troubler la France ,
Porte aux THRACES fa fureur.
La face de cet Empire ,
Reprend un nouvel éclat :
PHILIPPE qui peut décrire
Tes heureux foins pour l'Etat.
Pourfuis Heros Magnanime ,
Du beau zele qui t'anime
Remplis notre jeune Roy .
Qu'il croiffe , qu'il te contemple
Qu'il puifle fur ton exemple
Se faire aimer comme toi.
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Résumé : SUR LA PROMOTION DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER DAGUESSEAU. ODE.
Le texte célèbre la promotion de Monsieur le Chancelier Daguesseau. Thémis ouvre son temple, révélant Philippe à la recherche d'un homme juste pour dispenser les lois. Mercure annonce que cet homme est Daguesseau, loué pour sa justice et ses vertus. L'innocence et la piété descendent des cieux pour le voir, tandis que l'injustice rugit de désespoir. Daguesseau est entouré de qualités telles que l'intégrité, la prudence, le zèle et la fermeté, garantissant ainsi les libertés. L'éloquence triomphe à la cour, augmentant la gloire de cette journée. Daguesseau est comparé à des orateurs illustres comme Démosthène et Cicéron. Il est entouré de talents et d'arts, aimant les doctes sages et inspirant des œuvres littéraires comparables à celles de Richelieu et Colbert. Le texte exprime l'hommage rendu à celui qui l'a placé dans cette fonction, achevant ainsi le bonheur commencé. Daguesseau est décrit comme un héros infatigable dont la bonté et la vigilance assurent le repos du peuple. Il éternise le règne de la paix et de Thémis, transformant les soldats en laboureurs et apaisant les menaces extérieures. La France retrouve un nouvel éclat sous sa régence. Philippe est encouragé à suivre l'exemple de Daguesseau pour inspirer et se faire aimer du jeune roi.
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32
p. 95-98
« Le 5. Mr le Cardinal de Noailles eût l'honneur de saluer Le [...] »
Début :
Le 5. Mr le Cardinal de Noailles eût l'honneur de saluer Le [...]
Mots clefs :
Cardinal, Officier, Décès, Opération, Huissier, Envoyé extraordinaire, Marquis, Nièce, Nomination, Chancelier, Cérémonie, Naissance
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texteReconnaissance textuelle : « Le 5. Mr le Cardinal de Noailles eût l'honneur de saluer Le [...] »
Le s. Mr le Cardinal de Noailles
eût l'honneur de faluer LE ROY ,
après deux mois d'abfence caufée
par la petite verole de Mr l'Abbé
de Gontault. CetteEminence témoigna
à S. M. combien ce terme lui
avoit parû long.
Le 7. Mr Cantin ancien Officier
du Roy , Barbier , Perruquier , Me
d'Hôtel , Premier Valet de Chambre
& de Garde - Robe , mourut
d'une Paralyfie , dont il avoit efté
attaqué il y a environ cinq ans.
Le 3. le S LODUMIER arracha
deux dents au Roy, l'une qui branloit
, & l'autre qui étoit mal placée .
Le Royfouffrit cette opération douloureuſe
avec beaucoup de fermeté
& de patience ; il garda la chambre
par précaution.
Le 9. Mr Caterby, Chef du Goblet
vin du Roy , eut l'agrément de
la Charge de Mr Vaſſal , Huiffier
duCabinet du Roy , du Semestre de
Janvier à 55000. livres. S. M. en
memoire des anciens fervices de fa
famille lui a accordé un Brevet de
96 LE NOUVEAU
retenuë de 30000 livres .
M. le Baron de SCHUмk Envoyé
extraordinaire du Duc de VIRTEMBERG
, eut le matin fa premiere Au
dience du Roy , dans laquelle il
complimenta S. M. fur fon Avenement
à la Couronnes
Le to Mr le Marquis de la VRILLIERE
, accompagné de Mr de
SEIGNELAY , & de plufieurs autres
Seigneurs est entré chez le Roy , qui
a figné le Contrat de Mariage deMr
le Comte de Seignelay cy - devant
Abbé , avec Mlle de Valfafine , originaire
d'Allemagne , & Niéce du
Prince de la Tour , General des
Poftes de l'Empire.
Mr le Marquis de Theſut , à qui
on avoit ôté il y a quelques années
un Regiment de fon nom , levé à
fes dépens, ayant préfenté un Placet
à Msi le Duc Regent , fur le raport
de Mr le Maréchal de Villars
à S. A. R. on lui a fait la justice
de le rétablir dans la Charge de Colonel.
Ce Marquis eft forti d'une
des plus anciennes Maifons de Bourgogne.
L'on
MERCURE
97
L'on écrit de Limoges que fur la
nouvelle de la
nomination de Mr
DAGUESSEAU à la dignité de
Chancelier & Garde des Seaux de
France , les Habitans avoient don
nés des marques
éclatantes de leur
zele & de leur joye pour cette Promotion.
Puifque le
Dimanche 14
Février , le Corps de l'Hôtel de
Ville fit éxécuter un beauFeu d'Artifice
, aux
acclamations
publiques ,
accompagnées
de plufieures décharges
d'artillerie
.
Cette cérémonie fut fuivie d'un
grand repas que donna la Cour Préfidiale
, où les Confuls de l'Hôtel
de Ville affifterent .
Cette Capitale a raiſon de ſe féliciter
d'avoir donné le jour à ce prémier
chef de la Juftice ; elle conferve
avec foin dans fes Regiftres,
la réponſe flâteufe que feu Mr Da
gueffeau Confeiller d'Etat , pour
lors Intendant de cette Province ,
fit aux Officiers de l'Hôtel de Ville :
étant allez en Corps le complimenter
fur la naiffance de fon fils
Mars
1717. I
98*
LE
NOUVEAUpremier
né , qui eft Mr le Chancecelier
d'aujourd'huy
, il leur répondit
avec bonté , Meffieurs , le Ciel
m'a donné un Succeffeur
& à votre
Ville , un Protecteur
.
eût l'honneur de faluer LE ROY ,
après deux mois d'abfence caufée
par la petite verole de Mr l'Abbé
de Gontault. CetteEminence témoigna
à S. M. combien ce terme lui
avoit parû long.
Le 7. Mr Cantin ancien Officier
du Roy , Barbier , Perruquier , Me
d'Hôtel , Premier Valet de Chambre
& de Garde - Robe , mourut
d'une Paralyfie , dont il avoit efté
attaqué il y a environ cinq ans.
Le 3. le S LODUMIER arracha
deux dents au Roy, l'une qui branloit
, & l'autre qui étoit mal placée .
Le Royfouffrit cette opération douloureuſe
avec beaucoup de fermeté
& de patience ; il garda la chambre
par précaution.
Le 9. Mr Caterby, Chef du Goblet
vin du Roy , eut l'agrément de
la Charge de Mr Vaſſal , Huiffier
duCabinet du Roy , du Semestre de
Janvier à 55000. livres. S. M. en
memoire des anciens fervices de fa
famille lui a accordé un Brevet de
96 LE NOUVEAU
retenuë de 30000 livres .
M. le Baron de SCHUмk Envoyé
extraordinaire du Duc de VIRTEMBERG
, eut le matin fa premiere Au
dience du Roy , dans laquelle il
complimenta S. M. fur fon Avenement
à la Couronnes
Le to Mr le Marquis de la VRILLIERE
, accompagné de Mr de
SEIGNELAY , & de plufieurs autres
Seigneurs est entré chez le Roy , qui
a figné le Contrat de Mariage deMr
le Comte de Seignelay cy - devant
Abbé , avec Mlle de Valfafine , originaire
d'Allemagne , & Niéce du
Prince de la Tour , General des
Poftes de l'Empire.
Mr le Marquis de Theſut , à qui
on avoit ôté il y a quelques années
un Regiment de fon nom , levé à
fes dépens, ayant préfenté un Placet
à Msi le Duc Regent , fur le raport
de Mr le Maréchal de Villars
à S. A. R. on lui a fait la justice
de le rétablir dans la Charge de Colonel.
Ce Marquis eft forti d'une
des plus anciennes Maifons de Bourgogne.
L'on
MERCURE
97
L'on écrit de Limoges que fur la
nouvelle de la
nomination de Mr
DAGUESSEAU à la dignité de
Chancelier & Garde des Seaux de
France , les Habitans avoient don
nés des marques
éclatantes de leur
zele & de leur joye pour cette Promotion.
Puifque le
Dimanche 14
Février , le Corps de l'Hôtel de
Ville fit éxécuter un beauFeu d'Artifice
, aux
acclamations
publiques ,
accompagnées
de plufieures décharges
d'artillerie
.
Cette cérémonie fut fuivie d'un
grand repas que donna la Cour Préfidiale
, où les Confuls de l'Hôtel
de Ville affifterent .
Cette Capitale a raiſon de ſe féliciter
d'avoir donné le jour à ce prémier
chef de la Juftice ; elle conferve
avec foin dans fes Regiftres,
la réponſe flâteufe que feu Mr Da
gueffeau Confeiller d'Etat , pour
lors Intendant de cette Province ,
fit aux Officiers de l'Hôtel de Ville :
étant allez en Corps le complimenter
fur la naiffance de fon fils
Mars
1717. I
98*
LE
NOUVEAUpremier
né , qui eft Mr le Chancecelier
d'aujourd'huy
, il leur répondit
avec bonté , Meffieurs , le Ciel
m'a donné un Succeffeur
& à votre
Ville , un Protecteur
.
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Résumé : « Le 5. Mr le Cardinal de Noailles eût l'honneur de saluer Le [...] »
En février 1717, plusieurs événements notables se sont produits à la cour de France. Le Cardinal de Noailles a repris ses fonctions après une absence due à la variole de l'Abbé de Gontault. Le 7 février, Monsieur Cantin, ancien officier du roi, est décédé d'une paralysie. Le 3 février, le dentiste Lodumier a extrait deux dents au roi, qui a montré courage et patience. Le 9 février, Monsieur Caterby a été nommé huissier du cabinet du roi, succédant à Monsieur Vassal, et a reçu une rétribution de 30 000 livres pour les services de sa famille. Le Baron de Schunk, représentant du Duc de Wurtemberg, a eu sa première audience royale. Le 10 février, le roi a approuvé le mariage entre le Comte de Seignelay et Mademoiselle de Valfasine. Le Marquis de Thésut a récupéré sa charge de colonel grâce à l'intervention du Duc Régent et du Maréchal de Villars. À Limoges, la nomination de Monsieur Daguesseau comme Chancelier de France a été fêtée par un feu d'artifice et un banquet organisé par la Cour Présidiale. La ville conserve une lettre flatteuse écrite par le défunt Monsieur Daguesseau aux officiers de l'Hôtel de Ville lors de la naissance de son fils, aujourd'hui Chancelier.
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33
p. 159-167
Suite des Nouvelles de Paris.
Début :
Le 12. le Roy donna à Mr l'Abbé de Beringhen, le Prieuré [...]
Mots clefs :
Abbesse, Cordeliers, Cour, Avocat, Charge, Procédure, Statuts, Chevalier, Plaidoirie, Évêque, Parlement, Duchesse, Applaudissements, Sagesse, Raison, Rétablissement, Lettres patentes, Ambassadrices, Éloge, Vertu, Serment, Aumônier, Chancelier, Conseil, Navires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Paris.
Suite des Nouvelles de Paris.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Fermer
Résumé : Suite des Nouvelles de Paris.
Le texte relate divers événements survenus à la cour de France. Le 12 mars, le roi attribua le prieuré de Pignan à l'abbé de Beringhen. Le 15 mars, Monsieur de Saint Herem obtint la survivance du gouvernement de Fontainebleau. Le 16 mars, Madame de Saint Herem et Madame la Duchesse de Saint Simon rendirent hommage au roi. Le 18 mars, le comte de Dreux reçut un brevet pour exercer la charge de Grand Maréchal des Logis jusqu'à la majorité du marquis de Cany. L'affaire de Madame de Sallo, abbesse des Cordelières, fut également évoquée. Denise Élisabeth de Sallo entra au couvent des petites Cordelières à sept ans et devint abbesse en 1711. En 1714, elle fut accusée d'intrusion et déposée par le provincial des Cordeliers. Reléguée à Chaulny, elle demanda son rappel après la mort du roi et poursuivit son appel au Parlement. Les avocats soulignèrent sa sagesse et sa vertu, tandis que l'avocat général de Lamoignon critiqua la procédure des Cordeliers. Le Parlement décida que les Cordeliers ne pourraient avoir de statuts sans autorisation royale. Le 19 mars, Madame la Duchesse de Ventadour servit le roi à table à la place du Maréchal de Villeroy. Le 20 mars, la mort de l'évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux fut annoncée. Le même jour, le navire 'La Ville de Paris' arriva à Paris depuis le Havre, confirmant la faisabilité de la navigation maritime directe vers Paris, un projet soutenu par Messieurs Cabot de Cailletot et Ronay. Le 20 mars, Monsieur le Comte de Königsegg, ambassadeur de l'Empereur, arriva à Paris. Le 21 mars, le roi assista aux cérémonies des Rameaux aux Tuileries. Le 22 mars, Monsieur le Chancelier se rendit aux grands Augustins pour l'extinction de la Chambre de Justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
34
p. 1653-1659
INSTALLATION du Duc de Cumberland & des Comtes de Chesterfield & de Burlington, Chevaliers de l'Ordre de la Jarretiere, faite à Windsor, le 29 Juin dernier.
Début :
Les Chevaliers qui étoient presens à cette Installation étoient LE ROY, Souverain de [...]
Mots clefs :
Duc de Cumberland, Comte de Chesterfield, Chevaliers, Roi d'Angleterre, Chancelier, Comte, Roi, Chanoines, Cérémonie, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSTALLATION du Duc de Cumberland & des Comtes de Chesterfield & de Burlington, Chevaliers de l'Ordre de la Jarretiere, faite à Windsor, le 29 Juin dernier.
INSTALLATION du Duc de
Cumberland & des Comtes de Chefter
field & de Burlington , Chevaliers de
l'Ordre de la Jarretiere, faite à windfor, le
29 Juin dernier.
Lalla
Es Chevaliers qui étoient prefens à cette Inf
tallation étoient LE ROY , Souverain de
l'Ordre , le Pr. de Galles , les Ducs de Somerset ,
d'Argyle , de Kent , de Dorfet , de Montagu , de
Newcaſtle , de Grafton , de Bolton,de Richmond;
les Comtes de S :rafford , de Peterborough & de
Scarborough ; & le Chevalier Robert Walpole
Après que les Chevaliers, les Officiers de l'Ordre,
les pauvres Chevaliers , les Chanoines de la Cha
pelle de S. George, & les autres perfonnes qui ont
droit d'affifter a l'Installation , eurent pris leurs
places dans cette Chapelle , le Roy y entra, & fut
reçu par les Chevaliers. Il fe rendit enfuite en
Proceffion dans la Chambre du Chapitre . Le Duc
de Cumberland & les Comtes de Cheſterfield &
de Burlington refterent à l'entrée de cette Chambre
fur des Chaifes qu'on y avoit placées pour
eux .
Le Roy ayant nommé M. Anftis pour exercer
la charge de Garter, ou premier Heraut d'Armes
d'Angleterre. S. M. lui ordonna d'introduire dans
la Chambre le Duc de Cumberland. S. A. R. füt
reçue à la porte par les deux plus anciens Chevaliers
, qui font les Ducs de Somerfet & d'Argyle,
lefquels conduifirent le Duc de Cumberland au
haut bout de la Chambre. Garter prefenta la Robe
de S.A.R. aux Chevaliers, qui l'en revêtirent ,
Hy pendant
1654 MERCURE DE FRANCE
pendant que le Chancelier de l'Ordre lifoit l'Admonition.
Prenez cette Robe , &c. Les mêmes
Chevaliers mirent enfuite à S. A. R. fa Ceinture
& fon Epée.Garter introduifit auffi les deux Comtes
, qui furent reçûs avec les mêmes ceremonies
par les deux plus jeunes Chevaliers ; fçavoir le
Duc de Richmond & le Chevalier Robert Walpole
, après quoi on fe rendit en Proceffion dans
le Choeur de la Chapelle. Cette Proceffion fe fit
avec beaucoup de ceremonie.
Les pauvres Chevaliers & les Chanoines de la
Chapelle y entrerent deux à deux , firent le tour
du Choeur, & ayant fait la révérence devant l'Autel
& l'Eftrade deftinée pour le Roy , ils fe mirent
à leurs places. Les Chevaliers de l'Ordre entrerent
enfuite, & après avoir fait de pareilles révérences
, ils fe mirent fous leurs Bannieres. Les
Officiers & les Prélats de l'Ordre y entrerent avec
les mêmes cérémonles ; & après eux vint le Roy,
précédé du Duc de S.Albans , portant l'Epée d'Etat.
La queue de la Robe de S.M. étoit portée par
les Fils ainez des Ducs de Grafton & de Dorfet, &
par le Maître de la Garde- Robe. Le Roy après
avoir fait la révérence devant l'Autel , fe mit fur
fon Eftrade. Enfuite Garter vint au milieu du
Choeur , y fit fes révérences , tenant le Sceptre
dans la main , & fe tourna vers le Pr, de Galles ,
qui là - deffus quitta fa Banniere ; & après avoir
fait la révérence devant l'Autel & le Roy , il alla
s'affeoir fur fa place , les autres Chevaliers refterent
debout fous leurs Bannieres.
L'Evêque de Winchefter , Prélat de l'Ordre ,
ayant été conduit à l'Autel avec deux Chanoines
de la Chapelle, Garter prit la Banniere du feu Duc
d'York , qu'il remit aux deux plus anciens Chevaliers
, & ceux-cy, après les révérences ordinaires,
la porterent au Prélat de l'Ordre, qui la donna
JUILLET . 1730. 1655
na aux deux Chanoines , pour la placer à côté de
l'Autel. Garter remit enfuite l'Epée du feu Duc
d'York au Duc de Kent & au Comte de Stafford,
& le Cafque avec le Cimier au Comte de Peterborough
& au Duc de Dorfet , qui porterent pareillement
ces Enfeignes au Prélat de l'Ordre, La
même cérémonie fut obfervée touchant la Banniere
, l'Epée & le Cafque des feus Ducs de Devonshire
& Comte de Lincoln .
Aprés cette cérémonie,Garter fe rendit au milieu
du Choeur , fit fes révérences ordinaires ; 86
s'étant tourné vers le plus ancien Chevalier , il lui
fit un figne de fa Verge. Le Chevalier quitta làdeffus
fa Banniere & alla fe mettre à fa place fur
l'Eftrade. Garter fit la même chofe aux autres
Chevaliers,à chacun fuivant fon ancienneté.Après
que tous les Chevaliers eurent pris leurs places ,
Garder appella les deux plus anciens Chevaliers
nommez.par le Roy ,, pour inſtaller le Duc de
Cumberland.
2
Ces deux Chevaliers defcendirent de leur Eftrade,'
& s'étant remis fous leurs Bannieres , les pauvres
Chevaliers & les Hérauts d'Armes fortirent de la
Chapelle , marcherent proceffionellement vers la
Chambre du Chapitre , & fe rangerent aux deux
côtez de la Porte.
Les deux plus anciens Chevaliers , accompagnez
des Officiers de l'Ordre , entrerent enfuite
dans la chambre du Chapitre , d'où ils conduifirent
le Duc de Cumberland au Choeur. S. A. R.
marchant entre les deux Chevaliers , fut menée
directement à fon Eftrade , le Roy l'ayant , à
caufe de fon grand âge , difpenfé du ferment
que les Chevaliers doivent prêter avant que d'y
entrer.
-Les deux Chevaliers ayant reçu des mains de
Garter, affifté du Chancelier de l'Ordre , le Man-
H vj
teau,
1656 MERCURE DE FRANCE
teau , le Chaperon , & le grand Collier de l'Ordre
, en revêtirent le Duc de Cumberland , &
après avoir préfenté à S. A. R. le Livre des Statuts
de l'Ordre , ils luy mirent fur la tête le Bonnet
de l'Ordre , & la firent affeoir . Le Duc de
Cumberland fe leva auffi -tôt ; & après qu'il eût
fait fes revérences , les deux Chevaliers l'embraf
ferent , & fe rendirent enfuite à leur place.
On obferva les mêmes Cerémonies pour l'Inallation
des Comtes de Cheſterfield & de Burlington
, avec cette difference que les deux nouveaux
Chevaliers prêterent ferment à leur en
trée dans le Choeur , ce qui fe fait de la maniere
fuivante. Garter ayant à ſa droite le Greffier de
l'Ordre , porta le Nouveau Teftament & la forme
du Serment , & à fa gauche l'Huiffier à la
verge noire , s'approche du Chevalier ; l'Huiffier
prend enfuite le Nouveau Teftament , le tient
ouvert , & le Chevalier met la main droite fur
ce Livre , pendant que le Greffier lit tout haut le
Serment ordinaire , après quoy le Chevalier baife
le Livre.
Après que les deux Comtes eurent été inſtalez
, le Comte de Chefterfield par le Duc de Kent
& par le Comte de Strafford , & le Comte de
Burlington par le Comte de Peterboroug & par
le Duc de Dorfet , an commença le Service Divin
, qui fut interrompu pour faire les Offrandes
ordinaires ; ce qui fe fit de la maniere fuivante :
Les Chevaliers ayant été fommez par Garter de
defcendre de leurs Eftradęs , allerent , après les
revérences ordinaires , fe mettre fous leurs Bannieres
, le Prince de Calles & le Duc de Cumberland
firent la même chofe. Le Prelat de l'Ordre
accompagné de deux Chanoines , fe mit devant
l'Autel , tenant le Baffin d'or deſtiné pour
recevoir les Offrandes des Chevaliers.
Enfuite
JUILLET . 1730. 1657.
Enfuite le Roy proceffionellement alla à l'Autel :
Sa M. étoit précedée par Garter , le Greffier &
le Chancelier de l'Ordre , & par le Duc de Saint
Albans , portant l'Epée d'Etat : le Duc de Somerset
, nommé par le Roy pour luy préfenter
l'Offrande , & le Duc de Grafton , en qualité de
Chambellan de la Maifon de S. M. fe mirent
derriere le Roy , le premier à la droite , & l'autre
à la gauche. S. M. en fe levant de fa place
pour aller à l'Offrande , fit une revérence vers
' Autel ; elle en fit une ſeconde vers le milieu da
Choeur , & une troifiéme en approchant de la
balustrade de l'Autel . Le Roy y étant arrivé , fe
mit à genoux fur deux carreaux placez fur un
riche tapis , ôta fon bonnet , & mit dans le baffin
P'Offrande qui luy avoit été préfentée par le Duc
de Somerfet ; après quoy S. M. fit en fe levant
une reverence , une feconde au bas du degré ,
une troifiéme au milieu du Choeur , & une quatriéme
lorfqu'elle fut retournée à fa place , toutes
vers l'Autel.
.
Ceux qui avoient accompagné le Roy firent
de pareilles revérences , & retournerent , les deux
Chevaliers fous leur Banniere , & les autres à
leurs places refpectives .
t
On avoit pendant ce temps- là ôté le riche Tapis
& les deux Carreaux , fur lesquels le Roy
s'étoit mis à genoux , & on en avoit mis d'autres
pour les Chevaliers qui furent conduits á
PAutel par
deux Heraults d'armes , & ils firent
leurs Offrandes. Le Prince de Galles y alla le premiet
, enfuite le Duc de Cumberland , & enfuite
les autres Chevaliers , chacun fuivant "fon ancienneté.
Les Chevaliers & les Officiers de l'Or
dre ayant repris leurs places , on continua le
Service Divin , après lequel les pauvres Chevaliers
& les Chanoines fortirent en proceffion de
la
1658 MERCURE DE FRANCE.
la Chapelle , & allerent fe ranger dans la Sale
des Gardes.
Les Heraults d'armes , les Chevaliers & les
. Officiers de l'Ordre fortirent de la même maniere
, & allerent dans la Sale de Prefence ; ils
furent fuivis par le Roy , précedé du Vice-
Chambellan , portant l'Epée d'Etat , du Chancelier
& du Prelat de l'Ordre , du Duc de Cum →
berland , & du Prince de Galles. S. M. paffa par
la Salle de Prefence , y falua les Chevaliers en
ôtant fon Bonnet , & fe retira dans fon Appartement.
Le Dîner étant prêt , le Roy fe rendit en proceffion
, précedé des Heraults d'armes , des Chevaliers
, du Duc de Cumberland , du Prince de
Galles , & du Prelat de l'Ordre , dans la Sale de
S. George. S. M. y étant arrivée , fe mit à table,
ayan à fa droite le Prince de Galles , & à fa
gauche le Duc de Cumberland . Les Chevaliers
fe mirent à une autre table ; ils étoient rangez
fur une même ligne , & avoient le Bonnet fur la
tête. Après le premier Service , on porta au Roy
une Coupe d'or , & S. M. but aux Chevaliers
qui fe tinrent debout & découverts , & après
qu'on eût porté à chaque Chevalier un verre de
ils firent raiſon au Roy , & ſe remirent à
leurs places.
vin ,
Le fecond Service étant fini , Garter s'étant
approché de la Table du Roy avec les ceremo
nies ordinaires , cria trois fois Largeffe , & pro
nonça les Titres du Roy en Latin , en François
& en Anglois. S'étant enfuite tourné vers le Duc
de Cumberland , il cria deux fois Largeffe , &
prononça pareillement les Titres de S. A. R. en
Anglois feulement ; ce qui étant fait , il s'approcha
de la Table des Chevaliers , & cria une fois
Largeffe pour le Comte de Chesterfield , & une
autre
JUILLET . 1730. 165s
autre fois pour le Comte de Burlington , & pro
nonça auffi leurs Titres en Anglois, Après qu'on
eût dîné les Chevaliers fe leverent , & fe rangerent
dans la Sale ; le Prelat de l'Ordre dit enfuite
Graces , après quoy les Chevaliers firent
une revérence au Roy , qui ôta fon Bonnet & les
falua. S. M. précedée des Chevaliers & des Officiers
de l'Ordre , fe rendit enfuite dans la Sale
de S George , dans celle de Prefence , d'où après
les avoir encore faluez , il fe retira dans fon Appartement.
Cumberland & des Comtes de Chefter
field & de Burlington , Chevaliers de
l'Ordre de la Jarretiere, faite à windfor, le
29 Juin dernier.
Lalla
Es Chevaliers qui étoient prefens à cette Inf
tallation étoient LE ROY , Souverain de
l'Ordre , le Pr. de Galles , les Ducs de Somerset ,
d'Argyle , de Kent , de Dorfet , de Montagu , de
Newcaſtle , de Grafton , de Bolton,de Richmond;
les Comtes de S :rafford , de Peterborough & de
Scarborough ; & le Chevalier Robert Walpole
Après que les Chevaliers, les Officiers de l'Ordre,
les pauvres Chevaliers , les Chanoines de la Cha
pelle de S. George, & les autres perfonnes qui ont
droit d'affifter a l'Installation , eurent pris leurs
places dans cette Chapelle , le Roy y entra, & fut
reçu par les Chevaliers. Il fe rendit enfuite en
Proceffion dans la Chambre du Chapitre . Le Duc
de Cumberland & les Comtes de Cheſterfield &
de Burlington refterent à l'entrée de cette Chambre
fur des Chaifes qu'on y avoit placées pour
eux .
Le Roy ayant nommé M. Anftis pour exercer
la charge de Garter, ou premier Heraut d'Armes
d'Angleterre. S. M. lui ordonna d'introduire dans
la Chambre le Duc de Cumberland. S. A. R. füt
reçue à la porte par les deux plus anciens Chevaliers
, qui font les Ducs de Somerfet & d'Argyle,
lefquels conduifirent le Duc de Cumberland au
haut bout de la Chambre. Garter prefenta la Robe
de S.A.R. aux Chevaliers, qui l'en revêtirent ,
Hy pendant
1654 MERCURE DE FRANCE
pendant que le Chancelier de l'Ordre lifoit l'Admonition.
Prenez cette Robe , &c. Les mêmes
Chevaliers mirent enfuite à S. A. R. fa Ceinture
& fon Epée.Garter introduifit auffi les deux Comtes
, qui furent reçûs avec les mêmes ceremonies
par les deux plus jeunes Chevaliers ; fçavoir le
Duc de Richmond & le Chevalier Robert Walpole
, après quoi on fe rendit en Proceffion dans
le Choeur de la Chapelle. Cette Proceffion fe fit
avec beaucoup de ceremonie.
Les pauvres Chevaliers & les Chanoines de la
Chapelle y entrerent deux à deux , firent le tour
du Choeur, & ayant fait la révérence devant l'Autel
& l'Eftrade deftinée pour le Roy , ils fe mirent
à leurs places. Les Chevaliers de l'Ordre entrerent
enfuite, & après avoir fait de pareilles révérences
, ils fe mirent fous leurs Bannieres. Les
Officiers & les Prélats de l'Ordre y entrerent avec
les mêmes cérémonles ; & après eux vint le Roy,
précédé du Duc de S.Albans , portant l'Epée d'Etat.
La queue de la Robe de S.M. étoit portée par
les Fils ainez des Ducs de Grafton & de Dorfet, &
par le Maître de la Garde- Robe. Le Roy après
avoir fait la révérence devant l'Autel , fe mit fur
fon Eftrade. Enfuite Garter vint au milieu du
Choeur , y fit fes révérences , tenant le Sceptre
dans la main , & fe tourna vers le Pr, de Galles ,
qui là - deffus quitta fa Banniere ; & après avoir
fait la révérence devant l'Autel & le Roy , il alla
s'affeoir fur fa place , les autres Chevaliers refterent
debout fous leurs Bannieres.
L'Evêque de Winchefter , Prélat de l'Ordre ,
ayant été conduit à l'Autel avec deux Chanoines
de la Chapelle, Garter prit la Banniere du feu Duc
d'York , qu'il remit aux deux plus anciens Chevaliers
, & ceux-cy, après les révérences ordinaires,
la porterent au Prélat de l'Ordre, qui la donna
JUILLET . 1730. 1655
na aux deux Chanoines , pour la placer à côté de
l'Autel. Garter remit enfuite l'Epée du feu Duc
d'York au Duc de Kent & au Comte de Stafford,
& le Cafque avec le Cimier au Comte de Peterborough
& au Duc de Dorfet , qui porterent pareillement
ces Enfeignes au Prélat de l'Ordre, La
même cérémonie fut obfervée touchant la Banniere
, l'Epée & le Cafque des feus Ducs de Devonshire
& Comte de Lincoln .
Aprés cette cérémonie,Garter fe rendit au milieu
du Choeur , fit fes révérences ordinaires ; 86
s'étant tourné vers le plus ancien Chevalier , il lui
fit un figne de fa Verge. Le Chevalier quitta làdeffus
fa Banniere & alla fe mettre à fa place fur
l'Eftrade. Garter fit la même chofe aux autres
Chevaliers,à chacun fuivant fon ancienneté.Après
que tous les Chevaliers eurent pris leurs places ,
Garder appella les deux plus anciens Chevaliers
nommez.par le Roy ,, pour inſtaller le Duc de
Cumberland.
2
Ces deux Chevaliers defcendirent de leur Eftrade,'
& s'étant remis fous leurs Bannieres , les pauvres
Chevaliers & les Hérauts d'Armes fortirent de la
Chapelle , marcherent proceffionellement vers la
Chambre du Chapitre , & fe rangerent aux deux
côtez de la Porte.
Les deux plus anciens Chevaliers , accompagnez
des Officiers de l'Ordre , entrerent enfuite
dans la chambre du Chapitre , d'où ils conduifirent
le Duc de Cumberland au Choeur. S. A. R.
marchant entre les deux Chevaliers , fut menée
directement à fon Eftrade , le Roy l'ayant , à
caufe de fon grand âge , difpenfé du ferment
que les Chevaliers doivent prêter avant que d'y
entrer.
-Les deux Chevaliers ayant reçu des mains de
Garter, affifté du Chancelier de l'Ordre , le Man-
H vj
teau,
1656 MERCURE DE FRANCE
teau , le Chaperon , & le grand Collier de l'Ordre
, en revêtirent le Duc de Cumberland , &
après avoir préfenté à S. A. R. le Livre des Statuts
de l'Ordre , ils luy mirent fur la tête le Bonnet
de l'Ordre , & la firent affeoir . Le Duc de
Cumberland fe leva auffi -tôt ; & après qu'il eût
fait fes revérences , les deux Chevaliers l'embraf
ferent , & fe rendirent enfuite à leur place.
On obferva les mêmes Cerémonies pour l'Inallation
des Comtes de Cheſterfield & de Burlington
, avec cette difference que les deux nouveaux
Chevaliers prêterent ferment à leur en
trée dans le Choeur , ce qui fe fait de la maniere
fuivante. Garter ayant à ſa droite le Greffier de
l'Ordre , porta le Nouveau Teftament & la forme
du Serment , & à fa gauche l'Huiffier à la
verge noire , s'approche du Chevalier ; l'Huiffier
prend enfuite le Nouveau Teftament , le tient
ouvert , & le Chevalier met la main droite fur
ce Livre , pendant que le Greffier lit tout haut le
Serment ordinaire , après quoy le Chevalier baife
le Livre.
Après que les deux Comtes eurent été inſtalez
, le Comte de Chefterfield par le Duc de Kent
& par le Comte de Strafford , & le Comte de
Burlington par le Comte de Peterboroug & par
le Duc de Dorfet , an commença le Service Divin
, qui fut interrompu pour faire les Offrandes
ordinaires ; ce qui fe fit de la maniere fuivante :
Les Chevaliers ayant été fommez par Garter de
defcendre de leurs Eftradęs , allerent , après les
revérences ordinaires , fe mettre fous leurs Bannieres
, le Prince de Calles & le Duc de Cumberland
firent la même chofe. Le Prelat de l'Ordre
accompagné de deux Chanoines , fe mit devant
l'Autel , tenant le Baffin d'or deſtiné pour
recevoir les Offrandes des Chevaliers.
Enfuite
JUILLET . 1730. 1657.
Enfuite le Roy proceffionellement alla à l'Autel :
Sa M. étoit précedée par Garter , le Greffier &
le Chancelier de l'Ordre , & par le Duc de Saint
Albans , portant l'Epée d'Etat : le Duc de Somerset
, nommé par le Roy pour luy préfenter
l'Offrande , & le Duc de Grafton , en qualité de
Chambellan de la Maifon de S. M. fe mirent
derriere le Roy , le premier à la droite , & l'autre
à la gauche. S. M. en fe levant de fa place
pour aller à l'Offrande , fit une revérence vers
' Autel ; elle en fit une ſeconde vers le milieu da
Choeur , & une troifiéme en approchant de la
balustrade de l'Autel . Le Roy y étant arrivé , fe
mit à genoux fur deux carreaux placez fur un
riche tapis , ôta fon bonnet , & mit dans le baffin
P'Offrande qui luy avoit été préfentée par le Duc
de Somerfet ; après quoy S. M. fit en fe levant
une reverence , une feconde au bas du degré ,
une troifiéme au milieu du Choeur , & une quatriéme
lorfqu'elle fut retournée à fa place , toutes
vers l'Autel.
.
Ceux qui avoient accompagné le Roy firent
de pareilles revérences , & retournerent , les deux
Chevaliers fous leur Banniere , & les autres à
leurs places refpectives .
t
On avoit pendant ce temps- là ôté le riche Tapis
& les deux Carreaux , fur lesquels le Roy
s'étoit mis à genoux , & on en avoit mis d'autres
pour les Chevaliers qui furent conduits á
PAutel par
deux Heraults d'armes , & ils firent
leurs Offrandes. Le Prince de Galles y alla le premiet
, enfuite le Duc de Cumberland , & enfuite
les autres Chevaliers , chacun fuivant "fon ancienneté.
Les Chevaliers & les Officiers de l'Or
dre ayant repris leurs places , on continua le
Service Divin , après lequel les pauvres Chevaliers
& les Chanoines fortirent en proceffion de
la
1658 MERCURE DE FRANCE.
la Chapelle , & allerent fe ranger dans la Sale
des Gardes.
Les Heraults d'armes , les Chevaliers & les
. Officiers de l'Ordre fortirent de la même maniere
, & allerent dans la Sale de Prefence ; ils
furent fuivis par le Roy , précedé du Vice-
Chambellan , portant l'Epée d'Etat , du Chancelier
& du Prelat de l'Ordre , du Duc de Cum →
berland , & du Prince de Galles. S. M. paffa par
la Salle de Prefence , y falua les Chevaliers en
ôtant fon Bonnet , & fe retira dans fon Appartement.
Le Dîner étant prêt , le Roy fe rendit en proceffion
, précedé des Heraults d'armes , des Chevaliers
, du Duc de Cumberland , du Prince de
Galles , & du Prelat de l'Ordre , dans la Sale de
S. George. S. M. y étant arrivée , fe mit à table,
ayan à fa droite le Prince de Galles , & à fa
gauche le Duc de Cumberland . Les Chevaliers
fe mirent à une autre table ; ils étoient rangez
fur une même ligne , & avoient le Bonnet fur la
tête. Après le premier Service , on porta au Roy
une Coupe d'or , & S. M. but aux Chevaliers
qui fe tinrent debout & découverts , & après
qu'on eût porté à chaque Chevalier un verre de
ils firent raiſon au Roy , & ſe remirent à
leurs places.
vin ,
Le fecond Service étant fini , Garter s'étant
approché de la Table du Roy avec les ceremo
nies ordinaires , cria trois fois Largeffe , & pro
nonça les Titres du Roy en Latin , en François
& en Anglois. S'étant enfuite tourné vers le Duc
de Cumberland , il cria deux fois Largeffe , &
prononça pareillement les Titres de S. A. R. en
Anglois feulement ; ce qui étant fait , il s'approcha
de la Table des Chevaliers , & cria une fois
Largeffe pour le Comte de Chesterfield , & une
autre
JUILLET . 1730. 165s
autre fois pour le Comte de Burlington , & pro
nonça auffi leurs Titres en Anglois, Après qu'on
eût dîné les Chevaliers fe leverent , & fe rangerent
dans la Sale ; le Prelat de l'Ordre dit enfuite
Graces , après quoy les Chevaliers firent
une revérence au Roy , qui ôta fon Bonnet & les
falua. S. M. précedée des Chevaliers & des Officiers
de l'Ordre , fe rendit enfuite dans la Sale
de S George , dans celle de Prefence , d'où après
les avoir encore faluez , il fe retira dans fon Appartement.
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Résumé : INSTALLATION du Duc de Cumberland & des Comtes de Chesterfield & de Burlington, Chevaliers de l'Ordre de la Jarretiere, faite à Windsor, le 29 Juin dernier.
Le 29 juin, le Duc de Cumberland et les Comtes de Chesterfield et de Burlington ont été installés comme Chevaliers de l'Ordre de la Jarretière à Windsor. La cérémonie, présidée par le Roi, Souverain de l'Ordre, a réuni plusieurs dignitaires, dont le Prince de Galles et divers Ducs et Comtes. La procession a débuté dans la Chapelle de Saint-Georges, où les participants ont pris leurs places respectives. Le Duc de Cumberland a été introduit par le Garter, ou premier Héraut d'Armes, et revêtu de la robe de l'Ordre par les Ducs de Somerset et d'Argyle. Les Comtes de Chesterfield et de Burlington ont été introduits de manière similaire par les Ducs de Richmond et Robert Walpole. Après les cérémonies d'investiture, les nouveaux Chevaliers ont prêté serment et ont été conduits à leurs places. La cérémonie s'est poursuivie par un service divin, des offrandes à l'autel, et un dîner où le Roi a porté un toast aux nouveaux Chevaliers. Les titres des nouveaux Chevaliers ont été proclamés par le Garter, et la cérémonie s'est conclue par des salutations et des prières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 2080-2098
LIT DE JUSTICE.
Début :
Le Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois les ordres du Roi par le Marquis de Dreux, [...]
Mots clefs :
Roi, Chancelier, Justice, Arrêts, Déclarations, Procès verbal, Parlement, Lit de justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIT DE JUSTICE.
LIT DE JUSTIC E.
E Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois Liesordres du Roi par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Céremonies , se rendit le len
demain à Versailles vers, les dix heures, pour le
Lit de Justice que S. M. avoit résolu de tenir.
Le Parlement s'étant assemblé dans la Salle qui
avoir
SEPTEMBRE. 1732. 2087
avoit été préparée ; toutes les séances furent pri
ses en la maniere ordinaire. Aussitôt que le Roi
qui étoit revenu de Matly le même jour , fut
sorti de son appartement pour aller tenir son
Lit de Justice , quatre Présidens à Mortier et six Conseillers allerent recevoir S. M avec les cérémonies accoutumées &c. Le Roi s'assit_sous son Dais &c.
PROCES VERBAL de ce qui s'est passé
au Lit de Justice.
EXTRAIT des Registres de Parlement du mecredy
trois Septembre 1732 , du matin.
LE ROY LOUIS XV. du nom tenant son Lit
de Justice en son Château de Versailles.
Asa droite aux hauts Sieges.
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon , le Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le Prince de Conty , Princes du Sang.
Sur le reste du banc.
Les Ducs de Luynes , de la Rochefoucault
d'Estrées , de Gramont , de Gesvres , de Charost
de Villars , de Fitz-james , de Rohan Rohan
d'Ostun , de Valentinois , d'Aiguillon , Pairs
Laïcs.
Sur le même banc.
Le Gouverneur de Paris.
Sur les trois bancs couverts de tapisserie dans
le Parquet , et sur les bancs répondant au premier et second Barreau , vis- à- vis de Messieurs
les Présidens , les Conseillers d'honneur , Maîtres
des Requestes , Conseillers de la Grand- Chambre,
Présidens des Enquestes et Requestes.
L'Abbé de Clugny , Conseiller d'honneur.
Présidens I iij
2082 MERCURE DE FRANCE
Présidens des Enquêtes et Requêtes.
du Roland , Berthier , Moreau , de Fourcy , Roujault , Feideau , Crozat , le Peletier , Bernard ,
Bois, Poncer, Durey , Fremont , Masson.
Conseillers de la Grand- Chambre.
Canaye , de Vienne , Pallu , de la Guillaumie ,
Daverdoing , Nigot , le Moine , Soullet , Loren.
chet , Goislart , Nau , de Tourmont , Racine ,
Droüin , Coste.
A la gauche du Roi aux hauts Sieges.
L'Evêque Comte de Beauvais , Pair Ecclésias
tique.
A ses pieds.
Charles Godefroy de la Tour d'Auvergne
Grand Chambellan..
>
A droite sur un tabouret , au bas des degrez
du Siege Royal , Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , portant au col l'Epée de Parement du Roi.
A gauche sur un banç , au dessous de celui des
Pairs Ecclésiastiques.
Le Ducde Noailles, le Duc de Villeroi , le Duc
de Charost , le Duc d'Harcourt , Capitaine des
Gardes du Corps du Roi , & le Marquis de
Courtenvaux , Commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde.
En une Chaise à bras, couverte de l'extrémité
du tapis de velours violet , semé de fleur-de lys
servant de drap de pied au Roi.
M. Henry-François Daguesseau , Chancelier
de France , vêtu d'une robe de velours violet.
C- Sur le banc répondant à celui où sieient Mes- sieurs les Présidens au Conseil en la Chambre du
Parlement , MM. le Pelletier , de Maupeou , de ....
la
SEPTEMBR E. 122. 2083
la Moignon , d'Aligre , Portail , Molé, Talon Présidens. •
Dans le Parquet , sur deux tabourets devant
M le Chancelier, à droite, le sieur Dreux, GrandMaitre , et à gauche , le sieur des Granges, Mai- tre des Céremonies.
Dans ledit Parquet , au milieu , à genoux devant le Roi , deux Huissiers- Massiers du Roi,
tenant leurs Masses d'argent doré , & six He- rauts d'Armes.
A côté droit sur les deux bancs couvèrs de tapis de fleur-de-lys , les Conseillers d'Etat et les
Maîtres des Requêtes venus avec M. le Chan- celier.
Conseillers d'Etat.
L'Abbé Bignon , Desmarests de Vaubourg , le Goux de la Berchere , Fagon , De la Moignon
de Courson , le Guerchois , Berryer de la Ferriere , de Bernage , d'Argenson , Meliand , de
Machaut , de Harlay , Orry.
Maitres des Requêtes.
Le Fevre de Caumartin , Chopin , de la Moignon de Bournan, Camus de Pontcarré,d'Aguesseau de Fresne , de Machault.
Sur une forme à gauche , en entrant vis- à- vis Messieurs les Présidens.
MM. Phelypeaux de Maurepas , Phelypeaux de S. Florentin ee Bauyn d'Angerviliers Secre- taires d'Etat.
Sur trois autres bancs à gauche dans le Parquet , vis- à vis les Conseillers d'Etat , les sieurs ,
Chevaliers de l'Ordre.
De Goesbriand , de Livry, de Matignon , de
Nesle , de Beauveau , de Tavannes , de ClermontI iiij Tonnere,
2084 MERCURE DE FRANCE
J Tonnerre, de Simiane, Comtede Grammont , de
Beringhein , de la Farre.
Gouverneurs de Provinces.
D'Arpajon , de . Fervaques,
Lieutenans Géneraux de Provinces.
De Buron , de Joyeuse , de Souvré , de Bonnelles , de Givry , de Château- Regnaud , d'Enonville , de Lignerac , de Seignelay , d'Isanghien.. A côté de la forme où étoient les Secretaires
d'Etat , Mirey Secretaire de la Cour , faisant les fonctions de Gieffier en chef.
A côté de lui , à gauche , un des trois principaux Commis pour la Grand-Chambre , tenant
la plume , ayant devant eux chacun un Bureau couvert de velours violet.
Sur une autre forme derriere eux , Dufranc ,
Secretaire de la Cour.
Sur une autre forme , le Grand- Prévôt de
l'Hôtel.
Sur un siege à l'entrée du Parquet , Delauge
premier Huissier.
En la pláce répondant à celle qu'ils occupent toutes les Chambres assemblées.
M. Pierre Gilbert de Voisins Avocat.
M. Guillaume-François Jolyde Fleury
Procureur General.
M. Louis Chauvelin , Avocat.
M. Guillaume- François - Louis Joly
de Fleury , Avocat.
>duRoy:
Dans le surplus des Bancs , les Conseillers des
Enquêtes et Requêtes , Neyret , de Monthulé ,
Lamblin, le Rebours , Benoise , Robert , Tubeuf.
Fermé , de Blair , Alexandre , Pineau Henin ,
Rulleau , Bertin , Pajot , Lemée , Carré , Clement,
le Clerc , Thomé , Fieubet , Latteignant , Mon- tholon
7
SEPTEMBRE. 1732. 2085
tholon , Dumans , Lamouche , Dupré , de Beze ,
Pajot , de Paris , Boucher, Chambennat , le Clerc,
Seguier , de Paris , de la Michaudiere , Lespine ,
fe Maistre , Henin , le Gendre , de Bragelogne ,
Langlois , Pichon , Pasquier , Anjorrant , Nouet,
Barally , de la Forest , le Riche , Boutin , Mayneau , Parent , Salaberry , Barré , Leveque , le
Prestre , Moufle , le Boindre , Michau , Jassault ,
Guillier , Aubin , le Fer , de la Guillaumie , de
Favieres , Macé , Chalmette , Boulanger , Baudry,
Berger , de la Guillaumie , Godheu , de Vougny,
Roland, Feydeau , le Bel , Doublet , de la Live ,
Lescalopier , Boulet , le Tourneur , Chevalier ,
Aymerec , de Berny , Amyot, Goujon , Moriceau
le Lay , Petit , Berthier , de Tourmont , Potier ,
Pineau, Blondeau , Boucher , Brayer, du Trousset , de Selle , Maissat , Berrier , Ravot , Theve
nin , Doublet, de Nicolay , Lozandiere , Lamoignon , du Rousset , Durand, Aubourg , Michau,
Foucault , le Gars , Caze , du Noyer, Jacquier
Hermant , Thiroux.
Ce jour, la Cour , toutes les Chambres assemblées , en robes et chaperons d'écarlate , dans la
grande Salle des Gardes du Corps du Roi , pré- parée pour tenir son Lit de Justice , Messieurs les
Presidens revêtus de leurs Manteaux , qu'ils
avoient été prendre dans une piéce voisine , te- nant leurs Mortiers à la main , attendant la venuë du Roi , le Grand- Maître des Cérémonies
ayant averti la Compagnie que le Roi étoit prêt ,
ont été députez pour l'aller recevoir et saluer
Messieurs les Présidens de Maupeou , de Lamoignon , d'Aligre et Portail , et Mrs Canaye Pallu , de la Guillaumie et Daverdoing , Laics
et Mrs de Vienne et le Moyne Clercs , Conseillers en la Grand-Chambre, lesquels l'ont conduit
Iz
f
2086 MERCURE DE FRANCE
་
en son Lit de Justice , Mrs les Présidens mar- chant à ses côtez , Mrs les Conseillers derriere
lui , et le Premier Huissier entre les deux Massiers du Roi , immédiatement devant sa Person
ne Le Roi étoit précedé de M. le Duc d'Or
leans , de M. le Duc de Bourbon , de M. le
Comte de Charollois , de M. le Comte de Clermont , et de M. le Prince de Conty , Princes du
Sang , qui ont pris leur place traversant le Parquet le Roi étoit aussi précedé du Marquis de
Courtenvaux , commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde , du Grand Chambellan,
et du Grand Ecuyer de France , et étoit suivi
des quatre Capitaines des gardes.
Les Chevaliers de l'Ordre , Gouverneurs et
Lieutenans generaux de Provinces, avoient pris
peu avant leurs places , pour éviter la confusion ,
quoiqu'ils n'ayent droit que d'accompagner let
Roi , et d'entrer à sa suite étant mandez.
Après le Roi , est entré M. le Chancelier , lequel a traversé le Parquet , et a pris place dans
un siége à bras , placé aux pieds du Roi , coùvert de l'extrêmité du même tapis de velours
violet , semé de fleurs-de- lys , qui servoit de ta- pis de pied au Roi , et un Bureau devant lui avec lui sont entrez les Conseillers d'Etat et Maîtres des Requêtes ci-dessus nommez , qui se sont de- placez dans le Parquet sur deux bancs ,
vant les bas siéges , étant au--dessous des Pairs
Laïcs.
1
Le Roi s'étant assis et couvert , M. le Chancelier a dit par son ordre que Sa Majesté commandoit qu'on prît séance ; après quoi le Roi
ayant ôté et remis son chapeau , a dit :
Messieurs , je vous ai fait venir pour vous faire
51-
SEPTEMBRE. 1732. 2007
sçavoir mes volontez , mon Chancelier va vous
les expliquer.
M. le Chancelier étant ensuite monté vers le
Roi , agenouillé à ses pieds pour recevoir ses or
drès , descendu , remis en sa place , assis et couvert , après avoir dit que le Roi permettoit qu'on
se couvrit , a dit :
MESSIEURS ,
La conduite passée de Sa Majesté vous a fait
voir l'indulgence d'un Pere , plutôt que la severité
d'un Roy. Elle a voulu tout attendre de votre reconnoissance , et ne regner sur vous quepar sa bonté,
Le succès a-t'il répondu à des dispositions si favor rables ?
Au lieu des actions de graces qui étoient dûes au
Roy , les Remontrances qu'il n'a pas refusé de recevoir n'ont presque été remplies que de traits capables de rappeller tout ce que S. M. avoit bien vous lu oublier. Mais malgré cet esprit qui y regnoit,
malgré ces mouvemens prématurez et peu respec- tueux, dont elles ont été suivies , la moderation du
Roy a encore étouffé tout autre sentiment.
Toujours maître de lui-même , et aussi exempt
depassion que la Loy , il ne s'est expliqué qu'en Legislateur attentif à regler l'avenir , plutôt qu'à réparer le passé ; et en éloignant tout ce qui pouvoit
être une occasion de lui déplaire , il a voulu encore
plus s'épargner à lui-même la peine de se voir forcé
à donner des marques de son mécontentement.
Des sentimens si dignes du Roy ont dicté la Déclaration qui vous a été adressée , et c'est cependant
à la premiere lecture d'une telle Loy , que le Parle
ment se porte à y resister , dans des termes qne son
respect pour le Roy devroit lui faire ignover ; et ily
ajoûte en même temps la résolution encore plus -
I vj prenante
2088 MERCURE DE FRANCE
"f
·_prenante , de suspendre le jugement de toutes les affaires particulieres; comme si en cessant defaire son devoir , il vouloit contraindre S M. par l'amour
même qu'elle apour la Justice , à recevoir la loy de
ceux à qui elle doit la donner Etoit-ce donc la le moyen d'obtenir la grace sur laquelle on avoit resolu de faire encore de nouvelles instances auprès de
Sa Majesté ?
La volonté du Roy , declarée plus d'une fois , n'a
pû vaincre la resistance de cette Compagnie , et c'est ainsi que contre la Religion du serment qui consacre
les Magistrats au ministere de la Justice , contre l'obligation essentiellement attachée à un caractere
dont le Roy seul peut suspendre l'exercice , comme le
Roy seul peut l'imprimer , le service du public demeure abandonné par ceux mémes dont la plus grande gloire est de s'y devouer
Le Roy veut bien cependant vous donner encore une derniere marque de son indulgence ; et n'ayant
pour objet en ce moment , que defaire respecter la
Majesté Royale , par la publication de sa Loy , il
se contente de montrer qu'il possede la plenitude de la Justice et qu'il est la source de toute autorité.
Vous , à qui il veut bien en communiquer une
partie si importante , vous n'en étes que plus obligez
à donner l'exemple de la soumission qui lui est dûe ,
et à lui montrer par votre conduite , comme vos Peres le disoient autrefois , que si l'obéïssance étoit
per due dans ce Royaume , on la retrouveroit
dans votre Compagnie.
Avec de telles dispositions , vous pouvez être sûrs
obtenir un accès favorable auprès du Trône de
S. M. Que le zele qui vous y amene soit toûjours
accompagné de ces sentimens respectueux et soumis
qui animoient vos Prédecesseurs , et qui donnoient
tant de poids à leurs representations , lorsqu'ils pro- testoient
>
SEPTEMBRE. 1732. 2089
testoient hautement que parlant devant leur Roy
et leur Maître , leurs Remontrances ne signifioient que des supplications et des prieres.
Tel a été le langage des Magistrats , qui dans des
temps moins tranquilles que ceux où nous vivons ,
·portoient au Roy les vœux de cette Compagnie ; et
quel Maitre fut jamais plus digne que celui qui nous gouverne , d'être servi avec ces sentimens ? Le
Ciel nous l'a donné pour faire le bonheur de tout
son Royaume, mettez-le en état de faire toujours le votre et de suivre son inclination naturelle , en
ne vous faisant jamais sentir que les effets de sa
protection et de sa bonté
Après quoi M. le Président le Peletier , et tous Messieurs les Présidents et Conseillers découverts,
ont mis le genou en terre , M le Chancelier leur
a dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez , eux relevez, debout, et découverts, M. le Président le
Peletier a dit :
SIRE,
Il n'est point de douleur plus sensible pour des Sujets uniquement occupez de l'amour le plus tendre et
le plus respectueux pour la sacrée personne de VOTRE
MAJESTE' , et du zele le plus ardent et le plus sincere pour ses interêts , que d'apprendre en ce moment
qu'ils ont eu le malheur de lui déplaire.
Puissions- nous , SIRE , découvrir à V. M. les
veritables sentimens de nos cœurs , Elle y verroit
gravez ceux de la soumission la plus parfaite , et de
Pobéissance la plus respectueuse , dont nous sommes
chargez par état de donner l'exemple à ses Sujets.
Toujours animez du desir de plaire à V. M. , et de
remplir l'obligation que nous avons contractée de la
servir , nous ne redoutons que sa colere.
•
Mais lorsque votre bras s'appesantit sur nousnas,
2090 MERCURE DE FRANCE
nos jours ne sont plus que des jours d'amertume et de douleur ; nos esprits sont saisis d'une consterna- tion, que la bonté seule de V. M. peut dissiper.
Rendez-nous , SIRE , ces marques de votre bonté accoûtumée , et rien ne sera jamais capable de
nous arrêter dans la carriere penible de nos de- voirs.
Qu'il nous soit encore permis , SIRE , en suivant les traces de ceux qui nous ont precedez , de repre
senter a V. M. , ce qu'ils n'ont jamais obmis de
témoigner en semblables occasions à V. M, même ,
et aux Rois ses prédecesseurs.
L'examen le plus exact , et la liberté d'esprit la
plus entiere , peuvent seuls nous mettre en état de satisfaire dignement aux devoirs que nous impose P'honneur que V. M. nous fait de nous consulter
sur les matieres les plus importantes.
Tout occupez du respect que la présence de V. M.
leur inspiroit , ils l'ont toujours assûrée qu'ils ne
pouvoient en ce moment remplir d'autre devoir que celui du silence.
Penetrez de ces mêmes sentimens dans un jour ,
où tout, jusqu'au lieu même où nous sommes assem- blez , nous annonce le courroux de V. M. nous devons , SIRE , à plus forte raison , adresser en tour
respect et toute humilité les mêmes vœux à V. M,
et la supplier pour le bien de son service et l'acquit
de nos honneurs et consciences , de nous faire remettre la Declaration sur laquelle il veut bien consulter son Parlement , pour en déliberer en la maniere
accoûtumée.
La Declaration du 18. Août 1732. se trouve
dans des circonstances differentes ; l'examen que votre Parlement en a fait , le met en état de represen
ter à V. M. tout ce qu'il craint pour le bien de son service , et celui de son Etat , des dispositions de
cette
SEPTEMBRE. 132. 2090
cette loy. S'il obmettoit une occasion d'en represen
ter les conséquences , il croiroit manquer à ce qu'exigent de lui le zele infatigable et l'attachement
inviolable dont il ne cessera jamais de donner des
preuves à V. M.
Le Discours de M. le Président le Peletier fini,
M. le Chancelier est monté vers le Roi , pour
prendre ses ordres le genou en terre , descendu ,
remis en sa place , assis et couvert , a fait ouvrir les portes , et a ordonné áu Secretaire de la
Cour , faisant les fonctions de Greffier en chef
de faire lecture de la premiere Déclaration.
D
Les portes ayant été ouvertes , et le Secretaire
de la Cour ayant fait lecture , debout et décou- vert , de ladite Déclaration , M. le Chancelier a
dit aux Gens du Roi qu'ils pouvoient parler aussitôt les Gens du Roi se sont mis à genoux.
›
M. le Chancelier leur a dit , que le Roi ordonnoit qu'ils se levassent , eux relevez , debout
et découverts , Maître Pierre Gilbert de Voisins
portant la parole , ils ont dit :
SIRE ,
En vain nous voudrions étouffer la douleur dons
nous sommes pénetrez , elle échapperoit malgré nous;
et nous osons croire qu'elle ne peut etre imprévûë à
V. M. même. Frappez de la Déclaration que
V. M. nous fit remettre il y a quinzejours en sai
présence , assujettis par le commandement absolu de
sa propre bouche, nous vous avons rendu , SIRE ,
cette aveugle obéissance que vous nous aviez imposée. Nous pouvions flater nos vœux de quelque ressource ; le Ciel ne l'a pas permis , SIRE ; n'attribuons qu'à sa disgrace l'extrémité où une affaire si
fâcheuse se trouve réduite aujourd'hui.
Obéis-
1092 MERCURE DE FRANCE
-
Obéissons encore en ce moment , où V. M. fate
publier cette même Déclaration avec tout l'appareil
de sa puissance. Faudroit-il pour nous d'autre sujet
de douleur , que ces termes de menaces et d'indigna- tion qui en marquent la plupart des dispositions , et
que la Posterité pourra voir dans cette Loy tracée
par V. M. pour la premiere Compagnie de son
Royaume.
Lorsqu'on voit qu'elle met des bornes au zele de
votre Parlement pour votre service , et pour le bien
de vos Sujets , on ne peut s'empêcher de craindre ,
qu'Elle n'en mette aussi entre le cœur de V. M. et
ce Corps qui tient d'Elle seule tout ce qu'il a de
caractere et de pouvoir. Ceux qui , comme nos Rois,
trouvent en eux la plénitude de la souveraine puis- sance , semblent n'avoirpas besoin d'assigner des
termes , aux prieres , aux supplications , aux humbles remontrances de leurs Officiers ; Dieu même
dont ils sont l'image , attend souvent de nous des
vœux réiterez , et , s'il est permis de le dire , quelquefois sa bonté veut être en quelque sorte impor tunée.
Jamais votre Parlement , SIRE , n'a mieux servi
les Rois vos Prédecesseurs , que lorsqu'il a été plus
libre , et qu'il s'est vu plus honoré de leur confiance et de leur bonté.
Si ceux qui le composent ont eu le malheur de déplaire à V. M. quel surcroît d'affliction pour eux et
pour nous, que le contre-coup en pût porter quelque
joursur le bien public , et sur votre service , dont il
est inséparable!
Attendons tout de V. M. de sa bonté et de sa sageffe : Ces Loix que la fatalité des conjonctures fait
éclore , marquées d'un ressentiment sous lequel on
ne sçauroit trop s'humilier , dépendent sur tout du
retour de la bienveillancé du Prince. Votre cœur,
SIRE
SEPTEMBRE. 1732. 2093
SIRE , si genereux et si noble , est facile à s'appai
ser. La colere de nos Rois n'est jamais durable , et
le plus souvent avec elle , s'efface ce qu'elle n'avoit
produit qu'à regret.
Soutenus de cette esperance , nousfaisons à V.M.
puisqu'Elle l'ordonne , l'humble sacrifice de nos
propres sentimens ; et de son très- exprès commandement , nous requerons que sur la Déclaration
dont la lecture vient d'être faite , il soit mis, qu'elle
a été lûë et publiée ; V.M. séant en son Lit de Justice, et registrée au Greffe de la Cour , pour être
exécuté selon sa forme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier , monté vers le
Roy , pour prendre sa volonté , ayant mis un genou en terre , a été aux opinions à Messieurs
les Princes du Sang , à Messieurs les Pairs Laïcs,
et revenu , passé devant le Roy , lui a fait une
profonde reverence , a pris l'avis de l'Evêque et
Comte de Beauvais , Pair Ecclesiastique , et des
quatre Capitaines des Gardes ci- dessus nommez ;
puis descendant dans le Parquet à Messieurs les Présidens de la Cour , aux Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes venus avec lui, à l'Abbé de
Clugni, Conseiller d'honneur, Présidens des Enquêtes et Requêtes, et Conseillers de la Cour , est
remonté vers le Roy , comme cy- dessus , redefcendu , assis et couvert , a prononcé :
Le Roy séant en son Lit deJustice , a ordonné et
ordonne que la Declaration qui vient d'être lûë,sera
enregistrée au Greffe de son Parlement , et que sur
le repli d'icelle il soit mis, que lecture en a étéfaite,
et l'enregistrement ordonné , ce requerant son Procureur general , pour être le contenu en icelle executé selon saforme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier remonté vers
le Roy, pour prendre ses Ordres , le genou en terre
2004 MERCURE DE FRANCE
térre , descendu , remis en sa place, assis et cou- vert , a dit :
Si la Justice est toujours le premier objet de l'attention du Roy , S. M. ne doit pas oublier ce qu'exige d'Elle la necessisé indispensable de soutenir les
charges de l'Etat , qui nepeuvent êtresupportées que
par l'Etat même.
Sensible à tous les besoins de ses Sujets , $ M. est
bien éloignée de vouloir les augmenter par de nouvelles dépenses : Elle ne travaille au contraire qu'à diminuer les anciennes , et Elle voudroit pouvoir
parvenir , par ce seul moren , à la liberation de l'Etat, sans étre obligée de proroger encore la durée de
plusieurs droits, dont la perception , continuée pour 6
ans , par des Lettres Patentes de 1726 , doit cesser .
suivant les mêmes Lettres , dans le cours de cette
année. $
Mais si les conjonctures presentes et la situation
actuelle des affaires de S. M. ne lui permettent pas
encore de suivre tous les mouvemens de son affection
pour ses Peuples , Elle leur donne au moins de plus
grandes esperances pour l'avenir , en ordonnant dèsa-present lasuppression entiere d'une partie des Droits
qui avoient été rétablis, etla modération de plusieurs autres.
F
- Tel est le sujet de la Loy , dont vous allez entendre la lecture. Vous y verrez que dans l'adminis
tration même de ses Finances , le Roy est toujours
occupé de ce qui regarde la Justic´ .
'Le soulagement qu'il a accorde aujourd'hui,tombe
entierement sur ceux qui sont obligez de la reclamer
dans les Tribunaux. S. M ne cherche qu'à en applanir les voies , à les rendre également accessibles
à toutes les conditions , et à empêcher que la crainte
des frais excessifs n'étouffe les plaintes du pauvre et
nefavorise l'oppression du riche..
Recevez donc avec respect une Loy qui tend à
pre-
SEPTEMBRE 1732. 2093
procurer successivement un sï grand bien, et à faci
liter cette prompte expédition des affaires, qui fais
unepartie si essentielle de la Justice.
Après quoi , Monsieur le Chancelier a ordon né au Secretaire de la Cour , faifant la fonction
de Greffier en chef, de lire ladite Declaration ; et
après la lecture , Monsieur le Chancelier ayant
dit ; les Gens du Roy peuvent parler ; lesd. Gens du
Roy se sont mis à genoux , et Monsieur le Chancelier leur ayant dit : Le Roy ordonne que vous»
vous leviez. Eux relevez , debout et découverts ;.
Me Pierre Gilbert de Voisins portant la parole,
on dire.
I. SIRE,
Nous ne pouvons douter de l'intention ni des dé➡
sirs de VOTRE MAJESTE' pour le soulagement de
ses Sujets : Et lorsqu'Elle déclare que la situation
présente deses Finances ne lui permet pas encore de
leur épargner la prorogation de ces impositions di verses rassemblées dans un même Edit ; nous som
mes persuadez que sa bonté en est plus touchée que nous-mêmes. Le retranchement ou la diminution de
quelques- unes dès-à-present , en est un gage assûré Achevez , SIRE, l'ouvrage de votre bonté
Royale pour vosPeuples , le plutôt que l'état de vos.
affaires le pourra permettre Nous ne pouvons en
supplier V. M. avec trop d'instance , ni trop de
respect.
Qu'Elle nous permette de la supplier “aussi trèsi humblement , defaire une attention. Ces Charges
de l'Etat dont Elle sent le poids , et qui retardent
les effets de son cœur vraiement paternel pour ses
Peuples , se sont accumulées de longue main dans l'a diversité des occasions. Peut-être qu'un peu plus
instances humbles et respectueuses , faites dans le
temps
2096 MERCURE DE FRANCE
temps , en eussent épargné quelque partie , et V. M.
elle même en recueilleroit le fruit aujourd'hui.
Nous requerons que sur la Déclaration , dont la
lecture vient d'êtrefaite , il soit mis , qu'elle a été
Izë et publiée , V. Mséant en son Lit de Justice , et
registrée au Greffe de la Cour , pour être exécutée selon saforme et teneur : Et que Coppies collationnées ensoient envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées du ressort , pour y être pareillement lûë, publiée
et en registrée. Enjoint auxSubstituts de votre Procureur General d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour au mois.
S
2
Après quoi Monsieur le Chancelier est monté
vers le Roy pour prendre fa volonté, le genou en
terre , a été aux avis , ainsi que la prémiere fois
Revenu en son Siége , assis et couvert, a prononcé:
Le Roy seant en son Lit de Justice , a ordonné es
ordonne que la Declaration qui vient d'être lie
sera enregistrée au Greffe de son Parlement , et que
sur le repli d'icelle il soit mis que lecture en a été
faite et l'enregistrement ordonné , ce requerant son
Procureur General , pour être le contenu en icelle
executé selon sa forme et teneur , et copies collationnées envoyées aux Bailliages et Senechaussées du
Ressort, pour y être pareillement lûe, publiée et enregistrée. Enjoint aux Substituts de son Procureur General dy tenir la main, et d'en certifier la Cour au
mois.
Ensuite a dit que pour la plus prompte execution de ce qui venoit d'être ordonné , le Roy
vouloit que par le Greffier de son Parlement , il
fût mis présentement sur le repli des deux Décla
rations qui avoient été publiées , ce que ledit Seigneur Roy avoit ordonné qui y fût mis , ce qui a été executé à l'instant.
Ensuite M. le Chancelier remonté vers le Roy
pour
SEPTEMBRE. 1-32. 2097
$
pour prendre ses ordres , le genou en terre , descendu, remis en son siege , assis et couvert a dit :
Le Roy voulant finir cette Seance dans le même
esprit avec lequel S. M. l'a commencée , m'ordonne
de vous dire qu'il regarde l'obligation defaire rendre la justice à ses Sujets , comme le premier et le plus essentiel des devoirs de la Royauté.
Il juge que son aatorité et sa conscience sont éga lement blessées , lorsque ceux qu'il a établis роит
remplir unefonction si necessaire , en son nom et à
sa décharge , cessent de s'en acquitter ; et S. M. n'a
pû voir sans une extrème surprise , que son Parlement ait suspendu l'expedition de toute affaire par- ticuliere , sous pretexte qu'il avoit arrêté que les
Chambres demeureroient assemblées.
Le Roy vous ordonne donc très-expressément et
avec toute l'autorité qu'il a sur vos Charges et sur
vos personnes , de rendre assidument la justice que
vous devez à ses Peuples , et de prendre de telles mesures pour la tenue des assemblées de Chambre , que
le service ordinaire puisse être continué; S. M.
ordonnant à toutes et chacunes les Chambres ,
s'en acquitter exactement , et de n'en interrompre
jamais le cours d'elles-mêmes et sans son aveu , pour
quelque raison et sous quélque prétexte que ce puisse tre.
de
Après quoi le Roy ayant pris la parole , a dit :
Je vous ordonne de ma propre bouche d'executer tout
ce qui vient de vous être dit , et principalement sur l'exercice de la Justice : S'est levé et est sorti danş
le même ordre qu'il étoit entré.
Signé, MIREY.
DECLARATION DU ROY, qui proroge
pendant six années , à commencer au premier
Octobre prochain , la levée de differens droits y
énoncez
2093 MERCURE DE FRANCE
énoncez ; et ordonne la suppression ou modération d'une partie desdits droits. Donnée à Ver-
<sailles le 3. Août 1732. Registrée en Parlement
le . Septembre , le Roy tenant son Lit de Justice.
AUTRE Déclaration du Roy , donnée à
Marly le 18. Août , Registrée en Parlemene
le même jour 3. Septembre.
ARREST du 2 Aoust , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1734. l'exemption des Droits
d'entrée sur les Bestiaux , venant des Païs Etrangers dans le Royaume.
ARREST DU CONSEIL , dus Aoust , con- cernant les Droits d'Insinuation des substitutions testamentaire , par lequel S. M. ordo nne que l'Article V. du Tarif des Insinuations , du
29 Septembre 1722 , sera exécuté suivant sa forme et teneur ; en conséquence, qu'il ne pourra
être perçu plus de quatre Droits d'Insinuation
pour les Substitutions contenues dans les Testamens ou dispositions de derniere volonté , en
quelque nombre que soient les héritiers instituez
ou légataires grévez de substitution. Lesquels
Droits seront payez au domicile du Testateur ,
sans préjudice du centiéme denier , dans le cas
où il est dû. Ordonne pareillement S. M. que
lesdites substitutions seront insinuées dans les
Bureaux de la situation des biens , en payant
seulement le centiéme denier , et au cas que le
centiéme denier ne fût pas dû , il sera payé un
seul Droit, suivant la qualité du Testateur conformément aux Classes de l'Art. V. du Tarif ,
du 29 Septembre 1722. dans chacun desdits Bu-*
xcaux , pour l'Insinuation desdites substitutions.
TABLE
E Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois Liesordres du Roi par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Céremonies , se rendit le len
demain à Versailles vers, les dix heures, pour le
Lit de Justice que S. M. avoit résolu de tenir.
Le Parlement s'étant assemblé dans la Salle qui
avoir
SEPTEMBRE. 1732. 2087
avoit été préparée ; toutes les séances furent pri
ses en la maniere ordinaire. Aussitôt que le Roi
qui étoit revenu de Matly le même jour , fut
sorti de son appartement pour aller tenir son
Lit de Justice , quatre Présidens à Mortier et six Conseillers allerent recevoir S. M avec les cérémonies accoutumées &c. Le Roi s'assit_sous son Dais &c.
PROCES VERBAL de ce qui s'est passé
au Lit de Justice.
EXTRAIT des Registres de Parlement du mecredy
trois Septembre 1732 , du matin.
LE ROY LOUIS XV. du nom tenant son Lit
de Justice en son Château de Versailles.
Asa droite aux hauts Sieges.
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon , le Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le Prince de Conty , Princes du Sang.
Sur le reste du banc.
Les Ducs de Luynes , de la Rochefoucault
d'Estrées , de Gramont , de Gesvres , de Charost
de Villars , de Fitz-james , de Rohan Rohan
d'Ostun , de Valentinois , d'Aiguillon , Pairs
Laïcs.
Sur le même banc.
Le Gouverneur de Paris.
Sur les trois bancs couverts de tapisserie dans
le Parquet , et sur les bancs répondant au premier et second Barreau , vis- à- vis de Messieurs
les Présidens , les Conseillers d'honneur , Maîtres
des Requestes , Conseillers de la Grand- Chambre,
Présidens des Enquestes et Requestes.
L'Abbé de Clugny , Conseiller d'honneur.
Présidens I iij
2082 MERCURE DE FRANCE
Présidens des Enquêtes et Requêtes.
du Roland , Berthier , Moreau , de Fourcy , Roujault , Feideau , Crozat , le Peletier , Bernard ,
Bois, Poncer, Durey , Fremont , Masson.
Conseillers de la Grand- Chambre.
Canaye , de Vienne , Pallu , de la Guillaumie ,
Daverdoing , Nigot , le Moine , Soullet , Loren.
chet , Goislart , Nau , de Tourmont , Racine ,
Droüin , Coste.
A la gauche du Roi aux hauts Sieges.
L'Evêque Comte de Beauvais , Pair Ecclésias
tique.
A ses pieds.
Charles Godefroy de la Tour d'Auvergne
Grand Chambellan..
>
A droite sur un tabouret , au bas des degrez
du Siege Royal , Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , portant au col l'Epée de Parement du Roi.
A gauche sur un banç , au dessous de celui des
Pairs Ecclésiastiques.
Le Ducde Noailles, le Duc de Villeroi , le Duc
de Charost , le Duc d'Harcourt , Capitaine des
Gardes du Corps du Roi , & le Marquis de
Courtenvaux , Commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde.
En une Chaise à bras, couverte de l'extrémité
du tapis de velours violet , semé de fleur-de lys
servant de drap de pied au Roi.
M. Henry-François Daguesseau , Chancelier
de France , vêtu d'une robe de velours violet.
C- Sur le banc répondant à celui où sieient Mes- sieurs les Présidens au Conseil en la Chambre du
Parlement , MM. le Pelletier , de Maupeou , de ....
la
SEPTEMBR E. 122. 2083
la Moignon , d'Aligre , Portail , Molé, Talon Présidens. •
Dans le Parquet , sur deux tabourets devant
M le Chancelier, à droite, le sieur Dreux, GrandMaitre , et à gauche , le sieur des Granges, Mai- tre des Céremonies.
Dans ledit Parquet , au milieu , à genoux devant le Roi , deux Huissiers- Massiers du Roi,
tenant leurs Masses d'argent doré , & six He- rauts d'Armes.
A côté droit sur les deux bancs couvèrs de tapis de fleur-de-lys , les Conseillers d'Etat et les
Maîtres des Requêtes venus avec M. le Chan- celier.
Conseillers d'Etat.
L'Abbé Bignon , Desmarests de Vaubourg , le Goux de la Berchere , Fagon , De la Moignon
de Courson , le Guerchois , Berryer de la Ferriere , de Bernage , d'Argenson , Meliand , de
Machaut , de Harlay , Orry.
Maitres des Requêtes.
Le Fevre de Caumartin , Chopin , de la Moignon de Bournan, Camus de Pontcarré,d'Aguesseau de Fresne , de Machault.
Sur une forme à gauche , en entrant vis- à- vis Messieurs les Présidens.
MM. Phelypeaux de Maurepas , Phelypeaux de S. Florentin ee Bauyn d'Angerviliers Secre- taires d'Etat.
Sur trois autres bancs à gauche dans le Parquet , vis- à vis les Conseillers d'Etat , les sieurs ,
Chevaliers de l'Ordre.
De Goesbriand , de Livry, de Matignon , de
Nesle , de Beauveau , de Tavannes , de ClermontI iiij Tonnere,
2084 MERCURE DE FRANCE
J Tonnerre, de Simiane, Comtede Grammont , de
Beringhein , de la Farre.
Gouverneurs de Provinces.
D'Arpajon , de . Fervaques,
Lieutenans Géneraux de Provinces.
De Buron , de Joyeuse , de Souvré , de Bonnelles , de Givry , de Château- Regnaud , d'Enonville , de Lignerac , de Seignelay , d'Isanghien.. A côté de la forme où étoient les Secretaires
d'Etat , Mirey Secretaire de la Cour , faisant les fonctions de Gieffier en chef.
A côté de lui , à gauche , un des trois principaux Commis pour la Grand-Chambre , tenant
la plume , ayant devant eux chacun un Bureau couvert de velours violet.
Sur une autre forme derriere eux , Dufranc ,
Secretaire de la Cour.
Sur une autre forme , le Grand- Prévôt de
l'Hôtel.
Sur un siege à l'entrée du Parquet , Delauge
premier Huissier.
En la pláce répondant à celle qu'ils occupent toutes les Chambres assemblées.
M. Pierre Gilbert de Voisins Avocat.
M. Guillaume-François Jolyde Fleury
Procureur General.
M. Louis Chauvelin , Avocat.
M. Guillaume- François - Louis Joly
de Fleury , Avocat.
>duRoy:
Dans le surplus des Bancs , les Conseillers des
Enquêtes et Requêtes , Neyret , de Monthulé ,
Lamblin, le Rebours , Benoise , Robert , Tubeuf.
Fermé , de Blair , Alexandre , Pineau Henin ,
Rulleau , Bertin , Pajot , Lemée , Carré , Clement,
le Clerc , Thomé , Fieubet , Latteignant , Mon- tholon
7
SEPTEMBRE. 1732. 2085
tholon , Dumans , Lamouche , Dupré , de Beze ,
Pajot , de Paris , Boucher, Chambennat , le Clerc,
Seguier , de Paris , de la Michaudiere , Lespine ,
fe Maistre , Henin , le Gendre , de Bragelogne ,
Langlois , Pichon , Pasquier , Anjorrant , Nouet,
Barally , de la Forest , le Riche , Boutin , Mayneau , Parent , Salaberry , Barré , Leveque , le
Prestre , Moufle , le Boindre , Michau , Jassault ,
Guillier , Aubin , le Fer , de la Guillaumie , de
Favieres , Macé , Chalmette , Boulanger , Baudry,
Berger , de la Guillaumie , Godheu , de Vougny,
Roland, Feydeau , le Bel , Doublet , de la Live ,
Lescalopier , Boulet , le Tourneur , Chevalier ,
Aymerec , de Berny , Amyot, Goujon , Moriceau
le Lay , Petit , Berthier , de Tourmont , Potier ,
Pineau, Blondeau , Boucher , Brayer, du Trousset , de Selle , Maissat , Berrier , Ravot , Theve
nin , Doublet, de Nicolay , Lozandiere , Lamoignon , du Rousset , Durand, Aubourg , Michau,
Foucault , le Gars , Caze , du Noyer, Jacquier
Hermant , Thiroux.
Ce jour, la Cour , toutes les Chambres assemblées , en robes et chaperons d'écarlate , dans la
grande Salle des Gardes du Corps du Roi , pré- parée pour tenir son Lit de Justice , Messieurs les
Presidens revêtus de leurs Manteaux , qu'ils
avoient été prendre dans une piéce voisine , te- nant leurs Mortiers à la main , attendant la venuë du Roi , le Grand- Maître des Cérémonies
ayant averti la Compagnie que le Roi étoit prêt ,
ont été députez pour l'aller recevoir et saluer
Messieurs les Présidens de Maupeou , de Lamoignon , d'Aligre et Portail , et Mrs Canaye Pallu , de la Guillaumie et Daverdoing , Laics
et Mrs de Vienne et le Moyne Clercs , Conseillers en la Grand-Chambre, lesquels l'ont conduit
Iz
f
2086 MERCURE DE FRANCE
་
en son Lit de Justice , Mrs les Présidens mar- chant à ses côtez , Mrs les Conseillers derriere
lui , et le Premier Huissier entre les deux Massiers du Roi , immédiatement devant sa Person
ne Le Roi étoit précedé de M. le Duc d'Or
leans , de M. le Duc de Bourbon , de M. le
Comte de Charollois , de M. le Comte de Clermont , et de M. le Prince de Conty , Princes du
Sang , qui ont pris leur place traversant le Parquet le Roi étoit aussi précedé du Marquis de
Courtenvaux , commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde , du Grand Chambellan,
et du Grand Ecuyer de France , et étoit suivi
des quatre Capitaines des gardes.
Les Chevaliers de l'Ordre , Gouverneurs et
Lieutenans generaux de Provinces, avoient pris
peu avant leurs places , pour éviter la confusion ,
quoiqu'ils n'ayent droit que d'accompagner let
Roi , et d'entrer à sa suite étant mandez.
Après le Roi , est entré M. le Chancelier , lequel a traversé le Parquet , et a pris place dans
un siége à bras , placé aux pieds du Roi , coùvert de l'extrêmité du même tapis de velours
violet , semé de fleurs-de- lys , qui servoit de ta- pis de pied au Roi , et un Bureau devant lui avec lui sont entrez les Conseillers d'Etat et Maîtres des Requêtes ci-dessus nommez , qui se sont de- placez dans le Parquet sur deux bancs ,
vant les bas siéges , étant au--dessous des Pairs
Laïcs.
1
Le Roi s'étant assis et couvert , M. le Chancelier a dit par son ordre que Sa Majesté commandoit qu'on prît séance ; après quoi le Roi
ayant ôté et remis son chapeau , a dit :
Messieurs , je vous ai fait venir pour vous faire
51-
SEPTEMBRE. 1732. 2007
sçavoir mes volontez , mon Chancelier va vous
les expliquer.
M. le Chancelier étant ensuite monté vers le
Roi , agenouillé à ses pieds pour recevoir ses or
drès , descendu , remis en sa place , assis et couvert , après avoir dit que le Roi permettoit qu'on
se couvrit , a dit :
MESSIEURS ,
La conduite passée de Sa Majesté vous a fait
voir l'indulgence d'un Pere , plutôt que la severité
d'un Roy. Elle a voulu tout attendre de votre reconnoissance , et ne regner sur vous quepar sa bonté,
Le succès a-t'il répondu à des dispositions si favor rables ?
Au lieu des actions de graces qui étoient dûes au
Roy , les Remontrances qu'il n'a pas refusé de recevoir n'ont presque été remplies que de traits capables de rappeller tout ce que S. M. avoit bien vous lu oublier. Mais malgré cet esprit qui y regnoit,
malgré ces mouvemens prématurez et peu respec- tueux, dont elles ont été suivies , la moderation du
Roy a encore étouffé tout autre sentiment.
Toujours maître de lui-même , et aussi exempt
depassion que la Loy , il ne s'est expliqué qu'en Legislateur attentif à regler l'avenir , plutôt qu'à réparer le passé ; et en éloignant tout ce qui pouvoit
être une occasion de lui déplaire , il a voulu encore
plus s'épargner à lui-même la peine de se voir forcé
à donner des marques de son mécontentement.
Des sentimens si dignes du Roy ont dicté la Déclaration qui vous a été adressée , et c'est cependant
à la premiere lecture d'une telle Loy , que le Parle
ment se porte à y resister , dans des termes qne son
respect pour le Roy devroit lui faire ignover ; et ily
ajoûte en même temps la résolution encore plus -
I vj prenante
2088 MERCURE DE FRANCE
"f
·_prenante , de suspendre le jugement de toutes les affaires particulieres; comme si en cessant defaire son devoir , il vouloit contraindre S M. par l'amour
même qu'elle apour la Justice , à recevoir la loy de
ceux à qui elle doit la donner Etoit-ce donc la le moyen d'obtenir la grace sur laquelle on avoit resolu de faire encore de nouvelles instances auprès de
Sa Majesté ?
La volonté du Roy , declarée plus d'une fois , n'a
pû vaincre la resistance de cette Compagnie , et c'est ainsi que contre la Religion du serment qui consacre
les Magistrats au ministere de la Justice , contre l'obligation essentiellement attachée à un caractere
dont le Roy seul peut suspendre l'exercice , comme le
Roy seul peut l'imprimer , le service du public demeure abandonné par ceux mémes dont la plus grande gloire est de s'y devouer
Le Roy veut bien cependant vous donner encore une derniere marque de son indulgence ; et n'ayant
pour objet en ce moment , que defaire respecter la
Majesté Royale , par la publication de sa Loy , il
se contente de montrer qu'il possede la plenitude de la Justice et qu'il est la source de toute autorité.
Vous , à qui il veut bien en communiquer une
partie si importante , vous n'en étes que plus obligez
à donner l'exemple de la soumission qui lui est dûe ,
et à lui montrer par votre conduite , comme vos Peres le disoient autrefois , que si l'obéïssance étoit
per due dans ce Royaume , on la retrouveroit
dans votre Compagnie.
Avec de telles dispositions , vous pouvez être sûrs
obtenir un accès favorable auprès du Trône de
S. M. Que le zele qui vous y amene soit toûjours
accompagné de ces sentimens respectueux et soumis
qui animoient vos Prédecesseurs , et qui donnoient
tant de poids à leurs representations , lorsqu'ils pro- testoient
>
SEPTEMBRE. 1732. 2089
testoient hautement que parlant devant leur Roy
et leur Maître , leurs Remontrances ne signifioient que des supplications et des prieres.
Tel a été le langage des Magistrats , qui dans des
temps moins tranquilles que ceux où nous vivons ,
·portoient au Roy les vœux de cette Compagnie ; et
quel Maitre fut jamais plus digne que celui qui nous gouverne , d'être servi avec ces sentimens ? Le
Ciel nous l'a donné pour faire le bonheur de tout
son Royaume, mettez-le en état de faire toujours le votre et de suivre son inclination naturelle , en
ne vous faisant jamais sentir que les effets de sa
protection et de sa bonté
Après quoi M. le Président le Peletier , et tous Messieurs les Présidents et Conseillers découverts,
ont mis le genou en terre , M le Chancelier leur
a dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez , eux relevez, debout, et découverts, M. le Président le
Peletier a dit :
SIRE,
Il n'est point de douleur plus sensible pour des Sujets uniquement occupez de l'amour le plus tendre et
le plus respectueux pour la sacrée personne de VOTRE
MAJESTE' , et du zele le plus ardent et le plus sincere pour ses interêts , que d'apprendre en ce moment
qu'ils ont eu le malheur de lui déplaire.
Puissions- nous , SIRE , découvrir à V. M. les
veritables sentimens de nos cœurs , Elle y verroit
gravez ceux de la soumission la plus parfaite , et de
Pobéissance la plus respectueuse , dont nous sommes
chargez par état de donner l'exemple à ses Sujets.
Toujours animez du desir de plaire à V. M. , et de
remplir l'obligation que nous avons contractée de la
servir , nous ne redoutons que sa colere.
•
Mais lorsque votre bras s'appesantit sur nousnas,
2090 MERCURE DE FRANCE
nos jours ne sont plus que des jours d'amertume et de douleur ; nos esprits sont saisis d'une consterna- tion, que la bonté seule de V. M. peut dissiper.
Rendez-nous , SIRE , ces marques de votre bonté accoûtumée , et rien ne sera jamais capable de
nous arrêter dans la carriere penible de nos de- voirs.
Qu'il nous soit encore permis , SIRE , en suivant les traces de ceux qui nous ont precedez , de repre
senter a V. M. , ce qu'ils n'ont jamais obmis de
témoigner en semblables occasions à V. M, même ,
et aux Rois ses prédecesseurs.
L'examen le plus exact , et la liberté d'esprit la
plus entiere , peuvent seuls nous mettre en état de satisfaire dignement aux devoirs que nous impose P'honneur que V. M. nous fait de nous consulter
sur les matieres les plus importantes.
Tout occupez du respect que la présence de V. M.
leur inspiroit , ils l'ont toujours assûrée qu'ils ne
pouvoient en ce moment remplir d'autre devoir que celui du silence.
Penetrez de ces mêmes sentimens dans un jour ,
où tout, jusqu'au lieu même où nous sommes assem- blez , nous annonce le courroux de V. M. nous devons , SIRE , à plus forte raison , adresser en tour
respect et toute humilité les mêmes vœux à V. M,
et la supplier pour le bien de son service et l'acquit
de nos honneurs et consciences , de nous faire remettre la Declaration sur laquelle il veut bien consulter son Parlement , pour en déliberer en la maniere
accoûtumée.
La Declaration du 18. Août 1732. se trouve
dans des circonstances differentes ; l'examen que votre Parlement en a fait , le met en état de represen
ter à V. M. tout ce qu'il craint pour le bien de son service , et celui de son Etat , des dispositions de
cette
SEPTEMBRE. 132. 2090
cette loy. S'il obmettoit une occasion d'en represen
ter les conséquences , il croiroit manquer à ce qu'exigent de lui le zele infatigable et l'attachement
inviolable dont il ne cessera jamais de donner des
preuves à V. M.
Le Discours de M. le Président le Peletier fini,
M. le Chancelier est monté vers le Roi , pour
prendre ses ordres le genou en terre , descendu ,
remis en sa place , assis et couvert , a fait ouvrir les portes , et a ordonné áu Secretaire de la
Cour , faisant les fonctions de Greffier en chef
de faire lecture de la premiere Déclaration.
D
Les portes ayant été ouvertes , et le Secretaire
de la Cour ayant fait lecture , debout et décou- vert , de ladite Déclaration , M. le Chancelier a
dit aux Gens du Roi qu'ils pouvoient parler aussitôt les Gens du Roi se sont mis à genoux.
›
M. le Chancelier leur a dit , que le Roi ordonnoit qu'ils se levassent , eux relevez , debout
et découverts , Maître Pierre Gilbert de Voisins
portant la parole , ils ont dit :
SIRE ,
En vain nous voudrions étouffer la douleur dons
nous sommes pénetrez , elle échapperoit malgré nous;
et nous osons croire qu'elle ne peut etre imprévûë à
V. M. même. Frappez de la Déclaration que
V. M. nous fit remettre il y a quinzejours en sai
présence , assujettis par le commandement absolu de
sa propre bouche, nous vous avons rendu , SIRE ,
cette aveugle obéissance que vous nous aviez imposée. Nous pouvions flater nos vœux de quelque ressource ; le Ciel ne l'a pas permis , SIRE ; n'attribuons qu'à sa disgrace l'extrémité où une affaire si
fâcheuse se trouve réduite aujourd'hui.
Obéis-
1092 MERCURE DE FRANCE
-
Obéissons encore en ce moment , où V. M. fate
publier cette même Déclaration avec tout l'appareil
de sa puissance. Faudroit-il pour nous d'autre sujet
de douleur , que ces termes de menaces et d'indigna- tion qui en marquent la plupart des dispositions , et
que la Posterité pourra voir dans cette Loy tracée
par V. M. pour la premiere Compagnie de son
Royaume.
Lorsqu'on voit qu'elle met des bornes au zele de
votre Parlement pour votre service , et pour le bien
de vos Sujets , on ne peut s'empêcher de craindre ,
qu'Elle n'en mette aussi entre le cœur de V. M. et
ce Corps qui tient d'Elle seule tout ce qu'il a de
caractere et de pouvoir. Ceux qui , comme nos Rois,
trouvent en eux la plénitude de la souveraine puis- sance , semblent n'avoirpas besoin d'assigner des
termes , aux prieres , aux supplications , aux humbles remontrances de leurs Officiers ; Dieu même
dont ils sont l'image , attend souvent de nous des
vœux réiterez , et , s'il est permis de le dire , quelquefois sa bonté veut être en quelque sorte impor tunée.
Jamais votre Parlement , SIRE , n'a mieux servi
les Rois vos Prédecesseurs , que lorsqu'il a été plus
libre , et qu'il s'est vu plus honoré de leur confiance et de leur bonté.
Si ceux qui le composent ont eu le malheur de déplaire à V. M. quel surcroît d'affliction pour eux et
pour nous, que le contre-coup en pût porter quelque
joursur le bien public , et sur votre service , dont il
est inséparable!
Attendons tout de V. M. de sa bonté et de sa sageffe : Ces Loix que la fatalité des conjonctures fait
éclore , marquées d'un ressentiment sous lequel on
ne sçauroit trop s'humilier , dépendent sur tout du
retour de la bienveillancé du Prince. Votre cœur,
SIRE
SEPTEMBRE. 1732. 2093
SIRE , si genereux et si noble , est facile à s'appai
ser. La colere de nos Rois n'est jamais durable , et
le plus souvent avec elle , s'efface ce qu'elle n'avoit
produit qu'à regret.
Soutenus de cette esperance , nousfaisons à V.M.
puisqu'Elle l'ordonne , l'humble sacrifice de nos
propres sentimens ; et de son très- exprès commandement , nous requerons que sur la Déclaration
dont la lecture vient d'être faite , il soit mis, qu'elle
a été lûë et publiée ; V.M. séant en son Lit de Justice, et registrée au Greffe de la Cour , pour être
exécuté selon sa forme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier , monté vers le
Roy , pour prendre sa volonté , ayant mis un genou en terre , a été aux opinions à Messieurs
les Princes du Sang , à Messieurs les Pairs Laïcs,
et revenu , passé devant le Roy , lui a fait une
profonde reverence , a pris l'avis de l'Evêque et
Comte de Beauvais , Pair Ecclesiastique , et des
quatre Capitaines des Gardes ci- dessus nommez ;
puis descendant dans le Parquet à Messieurs les Présidens de la Cour , aux Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes venus avec lui, à l'Abbé de
Clugni, Conseiller d'honneur, Présidens des Enquêtes et Requêtes, et Conseillers de la Cour , est
remonté vers le Roy , comme cy- dessus , redefcendu , assis et couvert , a prononcé :
Le Roy séant en son Lit deJustice , a ordonné et
ordonne que la Declaration qui vient d'être lûë,sera
enregistrée au Greffe de son Parlement , et que sur
le repli d'icelle il soit mis, que lecture en a étéfaite,
et l'enregistrement ordonné , ce requerant son Procureur general , pour être le contenu en icelle executé selon saforme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier remonté vers
le Roy, pour prendre ses Ordres , le genou en terre
2004 MERCURE DE FRANCE
térre , descendu , remis en sa place, assis et cou- vert , a dit :
Si la Justice est toujours le premier objet de l'attention du Roy , S. M. ne doit pas oublier ce qu'exige d'Elle la necessisé indispensable de soutenir les
charges de l'Etat , qui nepeuvent êtresupportées que
par l'Etat même.
Sensible à tous les besoins de ses Sujets , $ M. est
bien éloignée de vouloir les augmenter par de nouvelles dépenses : Elle ne travaille au contraire qu'à diminuer les anciennes , et Elle voudroit pouvoir
parvenir , par ce seul moren , à la liberation de l'Etat, sans étre obligée de proroger encore la durée de
plusieurs droits, dont la perception , continuée pour 6
ans , par des Lettres Patentes de 1726 , doit cesser .
suivant les mêmes Lettres , dans le cours de cette
année. $
Mais si les conjonctures presentes et la situation
actuelle des affaires de S. M. ne lui permettent pas
encore de suivre tous les mouvemens de son affection
pour ses Peuples , Elle leur donne au moins de plus
grandes esperances pour l'avenir , en ordonnant dèsa-present lasuppression entiere d'une partie des Droits
qui avoient été rétablis, etla modération de plusieurs autres.
F
- Tel est le sujet de la Loy , dont vous allez entendre la lecture. Vous y verrez que dans l'adminis
tration même de ses Finances , le Roy est toujours
occupé de ce qui regarde la Justic´ .
'Le soulagement qu'il a accorde aujourd'hui,tombe
entierement sur ceux qui sont obligez de la reclamer
dans les Tribunaux. S. M ne cherche qu'à en applanir les voies , à les rendre également accessibles
à toutes les conditions , et à empêcher que la crainte
des frais excessifs n'étouffe les plaintes du pauvre et
nefavorise l'oppression du riche..
Recevez donc avec respect une Loy qui tend à
pre-
SEPTEMBRE 1732. 2093
procurer successivement un sï grand bien, et à faci
liter cette prompte expédition des affaires, qui fais
unepartie si essentielle de la Justice.
Après quoi , Monsieur le Chancelier a ordon né au Secretaire de la Cour , faifant la fonction
de Greffier en chef, de lire ladite Declaration ; et
après la lecture , Monsieur le Chancelier ayant
dit ; les Gens du Roy peuvent parler ; lesd. Gens du
Roy se sont mis à genoux , et Monsieur le Chancelier leur ayant dit : Le Roy ordonne que vous»
vous leviez. Eux relevez , debout et découverts ;.
Me Pierre Gilbert de Voisins portant la parole,
on dire.
I. SIRE,
Nous ne pouvons douter de l'intention ni des dé➡
sirs de VOTRE MAJESTE' pour le soulagement de
ses Sujets : Et lorsqu'Elle déclare que la situation
présente deses Finances ne lui permet pas encore de
leur épargner la prorogation de ces impositions di verses rassemblées dans un même Edit ; nous som
mes persuadez que sa bonté en est plus touchée que nous-mêmes. Le retranchement ou la diminution de
quelques- unes dès-à-present , en est un gage assûré Achevez , SIRE, l'ouvrage de votre bonté
Royale pour vosPeuples , le plutôt que l'état de vos.
affaires le pourra permettre Nous ne pouvons en
supplier V. M. avec trop d'instance , ni trop de
respect.
Qu'Elle nous permette de la supplier “aussi trèsi humblement , defaire une attention. Ces Charges
de l'Etat dont Elle sent le poids , et qui retardent
les effets de son cœur vraiement paternel pour ses
Peuples , se sont accumulées de longue main dans l'a diversité des occasions. Peut-être qu'un peu plus
instances humbles et respectueuses , faites dans le
temps
2096 MERCURE DE FRANCE
temps , en eussent épargné quelque partie , et V. M.
elle même en recueilleroit le fruit aujourd'hui.
Nous requerons que sur la Déclaration , dont la
lecture vient d'êtrefaite , il soit mis , qu'elle a été
Izë et publiée , V. Mséant en son Lit de Justice , et
registrée au Greffe de la Cour , pour être exécutée selon saforme et teneur : Et que Coppies collationnées ensoient envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées du ressort , pour y être pareillement lûë, publiée
et en registrée. Enjoint auxSubstituts de votre Procureur General d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour au mois.
S
2
Après quoi Monsieur le Chancelier est monté
vers le Roy pour prendre fa volonté, le genou en
terre , a été aux avis , ainsi que la prémiere fois
Revenu en son Siége , assis et couvert, a prononcé:
Le Roy seant en son Lit de Justice , a ordonné es
ordonne que la Declaration qui vient d'être lie
sera enregistrée au Greffe de son Parlement , et que
sur le repli d'icelle il soit mis que lecture en a été
faite et l'enregistrement ordonné , ce requerant son
Procureur General , pour être le contenu en icelle
executé selon sa forme et teneur , et copies collationnées envoyées aux Bailliages et Senechaussées du
Ressort, pour y être pareillement lûe, publiée et enregistrée. Enjoint aux Substituts de son Procureur General dy tenir la main, et d'en certifier la Cour au
mois.
Ensuite a dit que pour la plus prompte execution de ce qui venoit d'être ordonné , le Roy
vouloit que par le Greffier de son Parlement , il
fût mis présentement sur le repli des deux Décla
rations qui avoient été publiées , ce que ledit Seigneur Roy avoit ordonné qui y fût mis , ce qui a été executé à l'instant.
Ensuite M. le Chancelier remonté vers le Roy
pour
SEPTEMBRE. 1-32. 2097
$
pour prendre ses ordres , le genou en terre , descendu, remis en son siege , assis et couvert a dit :
Le Roy voulant finir cette Seance dans le même
esprit avec lequel S. M. l'a commencée , m'ordonne
de vous dire qu'il regarde l'obligation defaire rendre la justice à ses Sujets , comme le premier et le plus essentiel des devoirs de la Royauté.
Il juge que son aatorité et sa conscience sont éga lement blessées , lorsque ceux qu'il a établis роит
remplir unefonction si necessaire , en son nom et à
sa décharge , cessent de s'en acquitter ; et S. M. n'a
pû voir sans une extrème surprise , que son Parlement ait suspendu l'expedition de toute affaire par- ticuliere , sous pretexte qu'il avoit arrêté que les
Chambres demeureroient assemblées.
Le Roy vous ordonne donc très-expressément et
avec toute l'autorité qu'il a sur vos Charges et sur
vos personnes , de rendre assidument la justice que
vous devez à ses Peuples , et de prendre de telles mesures pour la tenue des assemblées de Chambre , que
le service ordinaire puisse être continué; S. M.
ordonnant à toutes et chacunes les Chambres ,
s'en acquitter exactement , et de n'en interrompre
jamais le cours d'elles-mêmes et sans son aveu , pour
quelque raison et sous quélque prétexte que ce puisse tre.
de
Après quoi le Roy ayant pris la parole , a dit :
Je vous ordonne de ma propre bouche d'executer tout
ce qui vient de vous être dit , et principalement sur l'exercice de la Justice : S'est levé et est sorti danş
le même ordre qu'il étoit entré.
Signé, MIREY.
DECLARATION DU ROY, qui proroge
pendant six années , à commencer au premier
Octobre prochain , la levée de differens droits y
énoncez
2093 MERCURE DE FRANCE
énoncez ; et ordonne la suppression ou modération d'une partie desdits droits. Donnée à Ver-
<sailles le 3. Août 1732. Registrée en Parlement
le . Septembre , le Roy tenant son Lit de Justice.
AUTRE Déclaration du Roy , donnée à
Marly le 18. Août , Registrée en Parlemene
le même jour 3. Septembre.
ARREST du 2 Aoust , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1734. l'exemption des Droits
d'entrée sur les Bestiaux , venant des Païs Etrangers dans le Royaume.
ARREST DU CONSEIL , dus Aoust , con- cernant les Droits d'Insinuation des substitutions testamentaire , par lequel S. M. ordo nne que l'Article V. du Tarif des Insinuations , du
29 Septembre 1722 , sera exécuté suivant sa forme et teneur ; en conséquence, qu'il ne pourra
être perçu plus de quatre Droits d'Insinuation
pour les Substitutions contenues dans les Testamens ou dispositions de derniere volonté , en
quelque nombre que soient les héritiers instituez
ou légataires grévez de substitution. Lesquels
Droits seront payez au domicile du Testateur ,
sans préjudice du centiéme denier , dans le cas
où il est dû. Ordonne pareillement S. M. que
lesdites substitutions seront insinuées dans les
Bureaux de la situation des biens , en payant
seulement le centiéme denier , et au cas que le
centiéme denier ne fût pas dû , il sera payé un
seul Droit, suivant la qualité du Testateur conformément aux Classes de l'Art. V. du Tarif ,
du 29 Septembre 1722. dans chacun desdits Bu-*
xcaux , pour l'Insinuation desdites substitutions.
TABLE
Fermer
Résumé : LIT DE JUSTICE.
Le 3 septembre 1732, le Parlement se rendit à Versailles pour un Lit de Justice convoqué par le roi Louis XV. Le roi, revenu de Marly le même jour, fut accueilli par des dignitaires et s'assit sous son dais royal. Le procès-verbal du Lit de Justice liste les personnalités présentes, incluant les Princes du Sang, les Pairs laïcs, et divers Conseillers. Le roi rappela au Parlement son obligation de soumission et de respect envers la couronne, soulignant que la résistance aux lois royales était inacceptable. Le Président Le Peletier, au nom des Présidents et Conseillers, exprima leur douleur d'avoir déplu au Roi et leur dévouement. Ils demandèrent la bienveillance du Roi et la possibilité de délibérer sur une déclaration royale. Le Chancelier de France, Henry-François Daguesseau, lut ensuite la déclaration, qui concernait la prorogation de certains droits et taxes pour des raisons financières. Les Gens du Roi, représentés par Maître Pierre Gilbert de Voisins, exprimèrent leur douleur face à la déclaration et leur espoir en la bonté du Roi. Après consultation des Princes du Sang et des Pairs, le Chancelier ordonna l'enregistrement de la déclaration au Greffe du Parlement. Le Roi, par l'intermédiaire du Chancelier, souligna l'importance de la justice et du soulagement des sujets face aux charges de l'État. La déclaration visait à faciliter l'accès à la justice en réduisant les frais excessifs. Les Gens du Roi supplièrent le Roi de continuer à soulager ses sujets et de prendre en compte les charges accumulées. Le Chancelier ordonna l'envoi de copies de la déclaration aux bailliages et sénéchaussées pour enregistrement et exécution. Le roi adressa également des instructions solennelles au Parlement, ordonnant la reprise de l'exercice de la justice et du service ordinaire sans interruption, sauf sur son ordre explicite. Plusieurs déclarations et arrêts royaux furent enregistrés entre août et septembre 1732, concernant la prorogation et la suppression de divers droits, notamment la levée de droits, l'exemption des droits d'entrée sur les bestiaux étrangers, et la réglementation des droits d'insinuation des substitutions testamentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 145-153
« Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...] »
Début :
Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...]
Mots clefs :
Religion, Vers, Traduction, Poème, Étienne Bréard, Profession, Le Mans, Chancelier, Récompense, Ouvriers, Vers latins, Louis Racine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...] »
Lorfque dans le Mercure du moisde
Décembre dernier , vol. I. nous avons
rendu compte d'une Traduction en vers
Latins , du Poëme de la Religion de M.
Racine , faite par le Sr Etienne Bréard , que
nous difions être Menuifier dans la Ville
G
146 MERCURE DE FRANCE .
du Mans , les morceaux de cette Traduction
, que nous avons rapportés, ont excité
la curiofité de plufieurs perfonnes , & ont
en même tems donné lieu à quelques doutes.
On a demandé fi le Traducteur ne s'étoit
point caché fous un nom fuppofé ,
parce qu'on a eu peine à croire un artifan ,
capable d'avoir entrepris & exécuté la Traduction
entiere d'un Poëme de cette nature.
M. le Chancelier , ayant entendu parler
de ce prodige littéraire , & voulant en
fçavoir la vérité , s'eft donné la peine d'écrire
au Lieutenant Général de la Ville du
Mans , qui d'abord furpris lui- même d'entendre
parler d'un Poëte de fa Ville , qu'il
ne connoiffoit pas , le fit chercher , & le
trouva parmi les ouvriers qui travaillent à
la journée dans les fabfiques d'étamine .
Le Sr Etienne Bréard n'eft donc point Menuifier
, comme nous l'avions dit d'abord ,
parce qu'on ne nous avoit pas exactement
informés ; il eft du nombre de ces ouvriers
qu'il appelle dans la pièce de vers , que
nous allons rapporter , Pannorum artifices
leviorum.
M. le Chancelier, inftruit de l'état d'infirmité
& d'indigence de cet ouvrier , &
édifié de l'emploi qu'il fait de fes momens
de loifir , lui a fait donner une preuve de
FEVRIER. 1749 .
147
fa bienveillance par une gratification . Le
Poëte , furpris d'une récompenfe à laquelle
il s'attendoit fi peu , a dans fon transport
de reconnoiffance , invoqué fon Apollon ,
qui lui a infpiré la Piéce fuivante. Nous
y joindrons la Lettre qu'il a écrite à M.Racine
, & c'est avec plaifir que nous faisons
connoître un homme, qui n'ajamais fongé
à être connu .
O
Illuftriffimo Galliarum Cancellario
Grates.
Uid dubitas , liber , è manibus prodire
dolorum
Filius es , genuit te in fletibus ægra fenectus.
I , proper , & genitus pro Relligionis amore ,
Patris in extremis , ieris quocunque , memento:
Infignem pietate virum , meritifque nitentem,
Ultorem fceleris , folidæ pietatis amicum ,
Cujus confilio regitur fuprema poteftas ,
Confpice follicitum patris puerique patronum .
Pannorum artifices leviorum , attendite ; noftro
Præfectura favet tenui fuprema labori :
Hic non de mifero tentoris pectine res eft,
Non de lanifico fubigenti vellera fabro ;
Condita fed tumulojampridem Mufa refurgens ;
Candidior poftquam tondenti barba cadebar ,
Ingemuit longos fruftrà fenuiffe per annos,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Quid faciet Spretos Heliconis fcandere montes
Nititur , antiqui revocans elementa laboris .
Nec te poeniteat ( præfagiit una fororum )
Infolitus tentare vias , pro viribus aude.
Cynthius ad fuperos breviter te ducet honores
Eft liber in manibus faciâ de lege canentis
Racinii , divinum opus. Hunc divina canentem
Infequere , & vertas latiali carmine carmen.
Macte fenex animo , generofum imitare Poëtam ,
Dixit , & Aonio ftillans de fonte liquorem.
Fundit Apollineos , agitatâ mente, furores .
Relligionis amans , de Relligione peritum
Racinii aggredior vigili fudore Poema.
Quanta molis opus ! tremulo fed quanta voluptas:
In latium vatis reddenti carmina , cujus
Gallica Virgilium refonant redolentque Poetam !
Racinio placuit veftitum more latino
Carmen , & immodicâ celebravit laude Camoenas!
Sed quid plura loquor ? Merces & quanta laboris
Dagueffæus adeft , Francorum Regis amicus
Omnia Regali firmans decreta figillo :
Immemor ipfe fui , celsâ de fede Minifter
Largus , ámat noftram,quamvis fit ruftica , mufam.
Scripfit , & immeritas dat munificentia laudes.
Nec mora , largitur lapfis folatia rebus.
SummeTogatorum Princeps , clariffima Regni
FEVRIER . 149 1749.
Lumina , quale tuum dicant mea carmina nomen
Indulgere fenis vigilans dignare diebus ,
Æternas memori folvam modulamine grates.
Amplitudinis tue humillimus & obfequens
tiffimus Stephanus Bréard.
COPIE de la Lettre écrite par le Sr Etienne
Bréard , à M. Racine.
CC
מ
Onfieur , s'il eft vrai que
la Tra+
Mduction de vos fublimes Chants
» fur la Religion ait pû trouver auprès de
» vous un accueil favorable , c'eft à l'Au-
» teur de cette même Religion , que j'en
» dois rendre graces. Sans fon fecours aurois-
je pû réuffit , furtout dans le tems
qu'une paralyfie m'avoit jetté dans un
état digne de compaffion ? Ce malheur
cependant a été favorable pour moi ,
" puifqu'en m'arrachant à la profeffion
» méchanique que j'exerçois , il m'a rappellé
à mes études de mes premieres an-
» nées..
» Né d'un pere fabriquant en étamine ,
» je fus mis d'abord au Collége des Peres
» de l'Oratoire de cette Ville ; j'y fus affez
» bon Ecolier. Je remportai plufieurs fois
» des prix en particulier , & dans les diftri-
" butions publiques. Après ma Philofophie,
» je fis deux ans de Théologie , & j'ai
Giij
ajo MERCURE DE FRANCE .
toujours eû de, mes Maîtres des atteſta-
»tions favorables. A vingt deux ans , j'al
lai à la Trappe , où je paffai quatre mois
en habit de Novice. J'abandonnai enfuite
ce lieu très-faint , mais trop auftére
" pour moi , & je me fouviens que le
» Maître des Novices , en me donnant le
» baifer de paix , me dit, quoique vous nous
» abandonniez , confervez toujours les fentimens
de Religion que nous vous avons infpirés.
Je fortis en pleurant , & je retour-
" nai au Mans , où je fus quelque tems
» Maître d'Ecole . J'avois l'ambition d'ê-
» tre Prêtre , mais ne pouvant efperer
» d'avoir un titre , & d'ailleurs étant un
» peu volage , je renonçai à toute idée de
l'état Eccléfiaftique , & j'embraffai la
" profeffion paternelle , dans laquelle ,
comme fils d'ouvrier , je fus reçu à peu
» de frais . J'ai exercé cette profeffion depuis
l'âge de vingt- quatre ans , & je dois
» remercier Dieu de n'y avoir jamais perdu
de vûe les fentimens de Religion que
j'avois puifés à la Trappe.
»
» En 1744 , étant attaqué d'une påralyfie
qui me laiffoit quelques intervalles ,
» dans lefquels je pouvois lire & m'appli
quer , je trouvai dans le Journal de Ver-
» dun une pièce de vers de M. Roi , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , fur
FEVRIER. 1749. 151
» la convalefcence du Roi. Je voulus voir
» fi , quoiqu'âgé de près de foixante ans ,
»je ferois encore capable de quelque cho-
» fe ; je traduifis cette piéce en vers Lå-
» tins , & je traduifis encore quelques au-
» tres piéces du même Chevalier , com-
» me un Poëme fur le retour du Roi ; &
» un autre fait pour la Maifon de Saint
» Cyr , un autre enfin , que je doute être
» de lui , fur la bataille de Fontenoi . Un
39
jour que je me fentis quelques forces ,
» je me fis mener à l'Abbaye de Saint Vin
» cent , pour rendre vifite à D. Dodart
» & à D. Rivet , célébre par fes vertus &
» fon Hiftoire Littéraire des Gaules , & je
» leur fis voir mes Traductions , qu'ils
» n'attendoient pas d'un homme de inon
âge & de ma profeffion. Ces deux bons
» Religieux , après m'avoir félicité fur ces
» ouvrages , qui ne méritoient pas leur at-
≫tention , me donnerent votre Poëme fur
» la Religion , & m'exhorterent à le tra-
» duire . Je tremblai à cette propofition,
Cependant , me fentant animé intérieu-
» rement , j'entrepris l'ouvrage , & avec
» le fecours de cette grace que vous avez
chantée , je fuis parvenu à achever la
» Traduction entiere. M. l'Abbé de Paris
» a cû la bonté de vous la remettre , & la
» maniere avantageufe , dont vous en
»
G iiij
52. MERCURE DE FRANCE
» avez parlé , m'a infpiré une reconnoif
« fance qui durera toute ma vie. Vous êtes
caufe , fans doute , que la connoiffance ,
» de cette Traduction a été jufqu'à M. le
Chancelier , qui a bien voulu me faire
» affurer , par le premier Magiftrat de no-
» tre Ville , de fa protection , dont il m'a
fait reffentir les effets , par une gratifica-
» tion à laquelle je n'aurois jamais crû
" devoir penfer. Il me reste à vous prier
d'être perfuadé , Monfieur , du refpect , » &c.
Réponse de M. Racine..
»Vous me faites des remerciemens ,
» Monfieur , lorfque c'eft à moi à vous en
faire. Vous ignorez , fans doute , l'hon-
» neur que votre ouvrage fait au mien , &
» parce que vous êtes fort éloigné de pen-.
» fer qu'il foit pour vous un fujet d'amour.
"propre, vous ne foupçonnez pas qu'il en
22
puiffe être un pour moi. La peine qu'on
" a eue à vous découvrir dans votre Ville ; .
» l'indifference que vous avez pour un ta-
» lent , que vous avez toujours facrifié à
» des travaux , aufquels l'efprit n'a point
de part ; une vie obfcure & laborieuſe ,
qu'affligent l'indigence & l'infirmité; en-
» fin les momens les moins douloureux .
que vous laiffe la maladie, employés par
.
FEVRIER . 1749. 153
»
vous à mettre en vers les vérités dont
» vous êtes pénétré. Que de raifons me
» perfuadent , Monfieur , que vous êtes
» bien plus digne que moi de chanter la
Religion , & que fi dans la carriere Poëtique
vous croyez ne marcher qu'après
→ moi comme mon Traducteur , je ne
» marche que bien loin après vous , dans
» le chemin qui conduit à l'objet de nos
vers ! Par le .peu d'empreffement que
» vous avez eu à les faire connoître , il
»paroît affez que ce n'eft
n'eft pas des hommes
» que vous en avez attendu la récompenfe
..
>> Elle vous a cependant
cherché malgré
و ر
fi
vous , & quelle récompenfe ! Vous ne
» vous attendiez pas que votre nom , fi
»peu connu dans votre Ville , dût tout à
coup pénétrer jufqu'à la Cour. Aipfi
lorfque vous voyez celui , qui par fa
» dignité & fes lumieres tient un rang
» élevé , jetter fur vous des regards bien-
" faifans , parce qu'il a été édifié de vos
» faintes occupations , & attendri fur vo
» tre trifte état , vous pouvez bien vous
wécrier ,
y
Sunt hic etiam fua premia laudi ,
Sunt lachryma rerum…….
Je fuis , Monfieur , & c.
Décembre dernier , vol. I. nous avons
rendu compte d'une Traduction en vers
Latins , du Poëme de la Religion de M.
Racine , faite par le Sr Etienne Bréard , que
nous difions être Menuifier dans la Ville
G
146 MERCURE DE FRANCE .
du Mans , les morceaux de cette Traduction
, que nous avons rapportés, ont excité
la curiofité de plufieurs perfonnes , & ont
en même tems donné lieu à quelques doutes.
On a demandé fi le Traducteur ne s'étoit
point caché fous un nom fuppofé ,
parce qu'on a eu peine à croire un artifan ,
capable d'avoir entrepris & exécuté la Traduction
entiere d'un Poëme de cette nature.
M. le Chancelier , ayant entendu parler
de ce prodige littéraire , & voulant en
fçavoir la vérité , s'eft donné la peine d'écrire
au Lieutenant Général de la Ville du
Mans , qui d'abord furpris lui- même d'entendre
parler d'un Poëte de fa Ville , qu'il
ne connoiffoit pas , le fit chercher , & le
trouva parmi les ouvriers qui travaillent à
la journée dans les fabfiques d'étamine .
Le Sr Etienne Bréard n'eft donc point Menuifier
, comme nous l'avions dit d'abord ,
parce qu'on ne nous avoit pas exactement
informés ; il eft du nombre de ces ouvriers
qu'il appelle dans la pièce de vers , que
nous allons rapporter , Pannorum artifices
leviorum.
M. le Chancelier, inftruit de l'état d'infirmité
& d'indigence de cet ouvrier , &
édifié de l'emploi qu'il fait de fes momens
de loifir , lui a fait donner une preuve de
FEVRIER. 1749 .
147
fa bienveillance par une gratification . Le
Poëte , furpris d'une récompenfe à laquelle
il s'attendoit fi peu , a dans fon transport
de reconnoiffance , invoqué fon Apollon ,
qui lui a infpiré la Piéce fuivante. Nous
y joindrons la Lettre qu'il a écrite à M.Racine
, & c'est avec plaifir que nous faisons
connoître un homme, qui n'ajamais fongé
à être connu .
O
Illuftriffimo Galliarum Cancellario
Grates.
Uid dubitas , liber , è manibus prodire
dolorum
Filius es , genuit te in fletibus ægra fenectus.
I , proper , & genitus pro Relligionis amore ,
Patris in extremis , ieris quocunque , memento:
Infignem pietate virum , meritifque nitentem,
Ultorem fceleris , folidæ pietatis amicum ,
Cujus confilio regitur fuprema poteftas ,
Confpice follicitum patris puerique patronum .
Pannorum artifices leviorum , attendite ; noftro
Præfectura favet tenui fuprema labori :
Hic non de mifero tentoris pectine res eft,
Non de lanifico fubigenti vellera fabro ;
Condita fed tumulojampridem Mufa refurgens ;
Candidior poftquam tondenti barba cadebar ,
Ingemuit longos fruftrà fenuiffe per annos,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Quid faciet Spretos Heliconis fcandere montes
Nititur , antiqui revocans elementa laboris .
Nec te poeniteat ( præfagiit una fororum )
Infolitus tentare vias , pro viribus aude.
Cynthius ad fuperos breviter te ducet honores
Eft liber in manibus faciâ de lege canentis
Racinii , divinum opus. Hunc divina canentem
Infequere , & vertas latiali carmine carmen.
Macte fenex animo , generofum imitare Poëtam ,
Dixit , & Aonio ftillans de fonte liquorem.
Fundit Apollineos , agitatâ mente, furores .
Relligionis amans , de Relligione peritum
Racinii aggredior vigili fudore Poema.
Quanta molis opus ! tremulo fed quanta voluptas:
In latium vatis reddenti carmina , cujus
Gallica Virgilium refonant redolentque Poetam !
Racinio placuit veftitum more latino
Carmen , & immodicâ celebravit laude Camoenas!
Sed quid plura loquor ? Merces & quanta laboris
Dagueffæus adeft , Francorum Regis amicus
Omnia Regali firmans decreta figillo :
Immemor ipfe fui , celsâ de fede Minifter
Largus , ámat noftram,quamvis fit ruftica , mufam.
Scripfit , & immeritas dat munificentia laudes.
Nec mora , largitur lapfis folatia rebus.
SummeTogatorum Princeps , clariffima Regni
FEVRIER . 149 1749.
Lumina , quale tuum dicant mea carmina nomen
Indulgere fenis vigilans dignare diebus ,
Æternas memori folvam modulamine grates.
Amplitudinis tue humillimus & obfequens
tiffimus Stephanus Bréard.
COPIE de la Lettre écrite par le Sr Etienne
Bréard , à M. Racine.
CC
מ
Onfieur , s'il eft vrai que
la Tra+
Mduction de vos fublimes Chants
» fur la Religion ait pû trouver auprès de
» vous un accueil favorable , c'eft à l'Au-
» teur de cette même Religion , que j'en
» dois rendre graces. Sans fon fecours aurois-
je pû réuffit , furtout dans le tems
qu'une paralyfie m'avoit jetté dans un
état digne de compaffion ? Ce malheur
cependant a été favorable pour moi ,
" puifqu'en m'arrachant à la profeffion
» méchanique que j'exerçois , il m'a rappellé
à mes études de mes premieres an-
» nées..
» Né d'un pere fabriquant en étamine ,
» je fus mis d'abord au Collége des Peres
» de l'Oratoire de cette Ville ; j'y fus affez
» bon Ecolier. Je remportai plufieurs fois
» des prix en particulier , & dans les diftri-
" butions publiques. Après ma Philofophie,
» je fis deux ans de Théologie , & j'ai
Giij
ajo MERCURE DE FRANCE .
toujours eû de, mes Maîtres des atteſta-
»tions favorables. A vingt deux ans , j'al
lai à la Trappe , où je paffai quatre mois
en habit de Novice. J'abandonnai enfuite
ce lieu très-faint , mais trop auftére
" pour moi , & je me fouviens que le
» Maître des Novices , en me donnant le
» baifer de paix , me dit, quoique vous nous
» abandonniez , confervez toujours les fentimens
de Religion que nous vous avons infpirés.
Je fortis en pleurant , & je retour-
" nai au Mans , où je fus quelque tems
» Maître d'Ecole . J'avois l'ambition d'ê-
» tre Prêtre , mais ne pouvant efperer
» d'avoir un titre , & d'ailleurs étant un
» peu volage , je renonçai à toute idée de
l'état Eccléfiaftique , & j'embraffai la
" profeffion paternelle , dans laquelle ,
comme fils d'ouvrier , je fus reçu à peu
» de frais . J'ai exercé cette profeffion depuis
l'âge de vingt- quatre ans , & je dois
» remercier Dieu de n'y avoir jamais perdu
de vûe les fentimens de Religion que
j'avois puifés à la Trappe.
»
» En 1744 , étant attaqué d'une påralyfie
qui me laiffoit quelques intervalles ,
» dans lefquels je pouvois lire & m'appli
quer , je trouvai dans le Journal de Ver-
» dun une pièce de vers de M. Roi , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , fur
FEVRIER. 1749. 151
» la convalefcence du Roi. Je voulus voir
» fi , quoiqu'âgé de près de foixante ans ,
»je ferois encore capable de quelque cho-
» fe ; je traduifis cette piéce en vers Lå-
» tins , & je traduifis encore quelques au-
» tres piéces du même Chevalier , com-
» me un Poëme fur le retour du Roi ; &
» un autre fait pour la Maifon de Saint
» Cyr , un autre enfin , que je doute être
» de lui , fur la bataille de Fontenoi . Un
39
jour que je me fentis quelques forces ,
» je me fis mener à l'Abbaye de Saint Vin
» cent , pour rendre vifite à D. Dodart
» & à D. Rivet , célébre par fes vertus &
» fon Hiftoire Littéraire des Gaules , & je
» leur fis voir mes Traductions , qu'ils
» n'attendoient pas d'un homme de inon
âge & de ma profeffion. Ces deux bons
» Religieux , après m'avoir félicité fur ces
» ouvrages , qui ne méritoient pas leur at-
≫tention , me donnerent votre Poëme fur
» la Religion , & m'exhorterent à le tra-
» duire . Je tremblai à cette propofition,
Cependant , me fentant animé intérieu-
» rement , j'entrepris l'ouvrage , & avec
» le fecours de cette grace que vous avez
chantée , je fuis parvenu à achever la
» Traduction entiere. M. l'Abbé de Paris
» a cû la bonté de vous la remettre , & la
» maniere avantageufe , dont vous en
»
G iiij
52. MERCURE DE FRANCE
» avez parlé , m'a infpiré une reconnoif
« fance qui durera toute ma vie. Vous êtes
caufe , fans doute , que la connoiffance ,
» de cette Traduction a été jufqu'à M. le
Chancelier , qui a bien voulu me faire
» affurer , par le premier Magiftrat de no-
» tre Ville , de fa protection , dont il m'a
fait reffentir les effets , par une gratifica-
» tion à laquelle je n'aurois jamais crû
" devoir penfer. Il me reste à vous prier
d'être perfuadé , Monfieur , du refpect , » &c.
Réponse de M. Racine..
»Vous me faites des remerciemens ,
» Monfieur , lorfque c'eft à moi à vous en
faire. Vous ignorez , fans doute , l'hon-
» neur que votre ouvrage fait au mien , &
» parce que vous êtes fort éloigné de pen-.
» fer qu'il foit pour vous un fujet d'amour.
"propre, vous ne foupçonnez pas qu'il en
22
puiffe être un pour moi. La peine qu'on
" a eue à vous découvrir dans votre Ville ; .
» l'indifference que vous avez pour un ta-
» lent , que vous avez toujours facrifié à
» des travaux , aufquels l'efprit n'a point
de part ; une vie obfcure & laborieuſe ,
qu'affligent l'indigence & l'infirmité; en-
» fin les momens les moins douloureux .
que vous laiffe la maladie, employés par
.
FEVRIER . 1749. 153
»
vous à mettre en vers les vérités dont
» vous êtes pénétré. Que de raifons me
» perfuadent , Monfieur , que vous êtes
» bien plus digne que moi de chanter la
Religion , & que fi dans la carriere Poëtique
vous croyez ne marcher qu'après
→ moi comme mon Traducteur , je ne
» marche que bien loin après vous , dans
» le chemin qui conduit à l'objet de nos
vers ! Par le .peu d'empreffement que
» vous avez eu à les faire connoître , il
»paroît affez que ce n'eft
n'eft pas des hommes
» que vous en avez attendu la récompenfe
..
>> Elle vous a cependant
cherché malgré
و ر
fi
vous , & quelle récompenfe ! Vous ne
» vous attendiez pas que votre nom , fi
»peu connu dans votre Ville , dût tout à
coup pénétrer jufqu'à la Cour. Aipfi
lorfque vous voyez celui , qui par fa
» dignité & fes lumieres tient un rang
» élevé , jetter fur vous des regards bien-
" faifans , parce qu'il a été édifié de vos
» faintes occupations , & attendri fur vo
» tre trifte état , vous pouvez bien vous
wécrier ,
y
Sunt hic etiam fua premia laudi ,
Sunt lachryma rerum…….
Je fuis , Monfieur , & c.
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Résumé : « Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...] »
En décembre précédent, le Mercure de France avait publié un compte rendu de la traduction en vers latins du poème 'La Religion' de Jean Racine, réalisée par Étienne Bréard. Cette traduction avait suscité des interrogations sur l'identité du traducteur, certains suspectant un pseudonyme. Le Chancelier, intrigué, a découvert que Bréard était un ouvrier des fabriques d'étamine au Mans, et non un menuisier comme initialement mentionné. Le Chancelier, apprenant la situation difficile de Bréard, lui a accordé une gratification. Touché par cette reconnaissance, Bréard a écrit un poème de remerciement et une lettre à Racine. Dans cette lettre, Bréard raconte son parcours : fils d'un fabricant d'étamine, il a étudié au Collège des Pères de l'Oratoire, remporté des prix académiques, et passé quatre mois à la Trappe avant de devenir maître d'école au Mans. Incapable d'accéder à la prêtrise, il a repris la profession de son père. En 1744, atteint de paralysie, il a trouvé dans la traduction de l'œuvre de Racine une source de réconfort et de continuité dans ses études religieuses. Malgré sa paralysie, Bréard trouvait des moments de répit pour lire et travailler. Il a traduit plusieurs œuvres de M. Roi, Chevalier de l'Ordre de Saint Michel, notamment des poèmes sur la convalescence du roi et la bataille de Fontenoy. Lors d'une visite à l'Abbaye de Saint Vincent, il a montré ses traductions à D. Dodart et D. Rivet, qui lui ont suggéré de traduire 'La Religion'. Après une hésitation, il a entrepris cette traduction avec succès. L'abbé de Paris a remis cette traduction à son destinataire, qui a exprimé sa reconnaissance. Le Chancelier, informé, a offert sa protection et une gratification inattendue. Racine a exprimé son admiration pour le dévouement et la piété de Bréard, soulignant que ce dernier était plus digne de chanter la religion que lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 228-232
« Le premier jour de l'an les Princes & les Princesses, [...] »
Début :
Le premier jour de l'an les Princes & les Princesses, [...]
Mots clefs :
Princes, Princesses, Chevaliers, Chancelier, Nominations, Comtes, Marquis, Attaque au couteau, Roi de France, Tentative de meurtre, Corsaires, Marchandises, Capitaine Dumont, Dunkerque, Capitaine Dupont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier jour de l'an les Princes & les Princesses, [...] »
Le premierjour de l'an les Princes & les Prin -
ceſſes , ainſi que les Seigneurs & Dames de la
Cour , eurent l'honneur de complimenter le Roi
fur la nouvelle année.
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Eſprit , s'étant aſſemblés , vers
JANVIER. 1757. 229
les onze heures du matin , dans le cabinet du Roi,
Sa Majesté tint un Chapitre. Conformément à une
deciſion de Louis XIV , qui a réglé que les preuves
du Chancelier des Ordres ſeroient examinées
par deux Chevaliers , le Duc de Villeroy & le Marquis
de Beringhen avoient été nommés Commiffaires
pour l'examen de celles du Comte de Saint-
Florentin, qui a été pourvu de cette charge. Elles.
furent admiſes. Le Roi nomma Chevaliers de ſes
Ordres le Prince de Beauvau , Maréchal de ſes
Camps & Armées , le Marquis de Gontaut , Lieutenant-
Général , le Comte de Maillebois , auffi
Lieutenant-Général ; le Marquis de Bethune
Maréchal de Camp , Mestre de Camp Général de
la Cavalerie ; le Marquis d'Aubeterre , Maréchal
de Camp , Ambaſſadeur du Roi auprès de Sa Majeſté
Catholique ; le Marquis d'Oſſun , Brigadier
de Cavalerie , Ambaſſadeur de Sa Majesté auprès
du Roi des deux Siciles , & le Comte de Broglie ,
Brigadier d'Infanterie , Ambaſſadeur auprès du
Roi de Pologne , Electeur de Saxe. Le Comte de
Baſchi , dont les preuves , ainſi que l'information
des vie & moeurs , & laprofeffion de foi , avoient
été admiſes dans le Chapitre du premier Février de
l'année derniere , fut introduit , en habit de novice,
dans le cabinet du Roi , & reçu Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel. Le Roi fortit enſuite de ſon
appartement pour aller à la chapelle. Sa Majesté ,
devant laquelle les deux Huiſſiers de la Chambre
portoient leurs maffes, étoit en manteau, le collier
de l'Ordre par deſſus , ainſi que celui de l'Ordre
de la Toiſon d'Or. Elle étoit précédée de
Monſeigneur le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Prince de Condé , du Comte de Clermont , du
Prince de Conty , du Comte de la Marche , du
Comte d'Eu , du Duc de Penthievre , & des Che230
MERCURE DE FRANCE.
valiers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Le nouveau Chevalier marchoit entre les Cheva--
liers & les Officiers. La grand'Meſſe ayant été
célébrée par le Prince Conſtantin , Evêque de
Strasbourg , Premier Aumônier du Roi , & Prélat
Commandeur de l'Ordre du Saint Eſprit , le Roi
monta à ſon trône , & revêtit des marques de
l'Ordre le Comte de Baſchi , qui eut pour parreins
le Maréchal de Clermont Tonnerre & le Marquis
de Beringhen. Lorſque cette cérémonie fut
finie , Sa Majesté fut reconduite à ſon appartement
en la maniere accoutumée.
Le Roi a admis dans ſon Conſeil d'Etat M.
PAbbé Comte de Bernis , nommé Ambaſſadeur
près de Leurs Majeſtés Impériales .
Les Janvier , à cinq heures trois quarts du foir,
le Roi fortit de chez Mesdames de France pour
monter dans ſon carroffe , & fe rendre à Trianon .
Un malheureux trouva alors le moyen d'approcher
Sa Majesté au milieu de fa garde , fans être apperçu.
Il étoit armé d'un couteau à deux lames ,
dont l'une étoit une lame ordinaire ; l'autre avoit
la forme d'un canif , & étoit large de cinq à fix
lignes , & longue d'environ quatre pouces. C'eſt
avec la derniere lame que le coup a été porté. II
eſt tombéfurla partie latérale inférieure & un peu
poſtérieure de la poitrine ; c'est- à dire entre la
quatrieme& la cinquieme des côtes inférieures du
côté droit. Le coup a été dirigé de bas en haut ,
&a pénétré environ quatre travers de doigt. Le
Roi, en le recevant, crut ſeulement qu'il étoit frappé
d'un coup de poing. Il ſertit enfuite un peu de
chaleur , & il ne s'apperçut qu'il étroit bleſſe , que
par l'effufion du ſang. Sa majesté fut laignée à fix
heures un quart ; & quoique cette fargrée eût
produit ungrand foulagement , on la réitéra qua
,
JANVIER. 1757 . 231
tre heures après , pour plus grande fûreté. Sa Majeſté
, quoiqu'elle ait peu dormi , a paffé la nuit
aflez tranquillement. Il eſt ſurvenu ce matin une
légere moteur , après un ſommeil d'une heure.
On a levé l'appareil à dix heures ; on a trouvé le
gonflement conſidérablement diminué ; & au
moment qu'on écrit ce détail , Sa Majesté eſt auſſi
Dien qu'Elle puiſſe êtredans une telle circonstance .
Tout juſqu'à preſent paroît indiquer que le coup
n'a pas pénétré dans la poitrine . On a arrêté ſur
le champ l'affaffin , & on travaille à inſtruire ſon
procès.
Le Saint Sacrement a été expoſé dans toutes les
égliſes de Versailles , & M. le Comte de Saint-
Florentin a écrit , par l'ordre du Roi , à l'Archevêque
de Paris , pour qu'on fit des prieres publiques
, afin d'obtenir de Dieu la prompte guériſon
de Sa Majesté . ( 1 )
On mande de Dunkerque , que le Corſaire
le Prince de Soubize , commandé par le Capitaine
Canon , eſt rentré en ce Port , & qu'il
s'eſt rendu maître des Navires. Anglois la Marguerite
, de Leith , & les Deux Freres , de Yarmouth
, de 150 tonneaux chacun chargés , le
premier de plomb, en ſaumon ,l'autre de fer &
de planches.
Le Capitaine Dumont , commandant le Hardi
Mendiant , autre Corfaire de Dunkerque , y a fait
conduire le Navire Anglois la Marie de Bantf ,
de so tonneaux , dont la cargaiſon confifte en
208 tonnes de ſaumon. Il s'eſt auffi emparé du
Navire Anglois la Sara , de Berwick , de 100
tonneaux armé de 4 canons , &chargé de 560
tonnes de ſaumons.
(1 ) Elle est heureusement rétablie , &lajoye a
Succédé aux plus vives allarmes.
232 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire la Favorite , du Havre , Capitaine
Mouchel , y a fait conduire le Navire Anglois
le Tobie , chargé de vin de Malaga ; & il eſt
entré à Cherbourg avec un autre Bâtiment Anglois
, de 130 tonneaux , ayant un chargement
compoſé de vin , d'huile & de raiſins ſecs .
Un autre Corfaire de Dunkerque , appellé le
Comte de Saint- Germain , y a conduit le Brigantin
Anglois l'Unité , de Yarmouth , de 90 tonneux
, armé de 4 canons , & dont la cargaifon
confitte en grains .
Le Capitaine Dupont , commandant le Corſaire
le Danger , de Boulogne , qui a repris ſur les
Anglois le Corfaire l'Intrépide , de Nantes , a pris ,
& a conduit à Quimper le Paquebot le Dieppe ,
de Londres , chargé d'oranges , de citrons , de
grenades & de limons .
Il eſt arrivé à Bayonne un Brigantin Anglois ,
appellé l'Aventure , de Poole , de 80 tonneaux ,
chargé de morue & d'huile , qui a été pris par
le Corfaite l'Amiral , dont eſt Capitaine M. Jean
Samfon.
Le Corſaire l'Aigle de Marseille , y a fait conduire
les Navires le Dolly , de 120 tonneaux
chargé de raiſins ſecs , & le Sally , de Gibraltar ,
dont la cargaiſon conſiſte en biſcuit , en vin &
autres proviſions ; & le Berton & le John ,
autres Bâtimens Anglois chargés de morue & de
fardines , ont été pris & conduits en ce Port
par le Capitaine Louis-Augustin Icard qui commande
le Navire la Marie.
Le Corſaire le Duc d'Aumont , de Boulogne ,
dont eſt Capitaine Louis Libert fils , s'eſt rendu
maître du Navire Anglois le Saint-Michel , de
300 tonneaux , armé de 15 canons , & chargé
de raiſins de Corinthe , & l'a fait conduire à
Dieppe.
ceſſes , ainſi que les Seigneurs & Dames de la
Cour , eurent l'honneur de complimenter le Roi
fur la nouvelle année.
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Eſprit , s'étant aſſemblés , vers
JANVIER. 1757. 229
les onze heures du matin , dans le cabinet du Roi,
Sa Majesté tint un Chapitre. Conformément à une
deciſion de Louis XIV , qui a réglé que les preuves
du Chancelier des Ordres ſeroient examinées
par deux Chevaliers , le Duc de Villeroy & le Marquis
de Beringhen avoient été nommés Commiffaires
pour l'examen de celles du Comte de Saint-
Florentin, qui a été pourvu de cette charge. Elles.
furent admiſes. Le Roi nomma Chevaliers de ſes
Ordres le Prince de Beauvau , Maréchal de ſes
Camps & Armées , le Marquis de Gontaut , Lieutenant-
Général , le Comte de Maillebois , auffi
Lieutenant-Général ; le Marquis de Bethune
Maréchal de Camp , Mestre de Camp Général de
la Cavalerie ; le Marquis d'Aubeterre , Maréchal
de Camp , Ambaſſadeur du Roi auprès de Sa Majeſté
Catholique ; le Marquis d'Oſſun , Brigadier
de Cavalerie , Ambaſſadeur de Sa Majesté auprès
du Roi des deux Siciles , & le Comte de Broglie ,
Brigadier d'Infanterie , Ambaſſadeur auprès du
Roi de Pologne , Electeur de Saxe. Le Comte de
Baſchi , dont les preuves , ainſi que l'information
des vie & moeurs , & laprofeffion de foi , avoient
été admiſes dans le Chapitre du premier Février de
l'année derniere , fut introduit , en habit de novice,
dans le cabinet du Roi , & reçu Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel. Le Roi fortit enſuite de ſon
appartement pour aller à la chapelle. Sa Majesté ,
devant laquelle les deux Huiſſiers de la Chambre
portoient leurs maffes, étoit en manteau, le collier
de l'Ordre par deſſus , ainſi que celui de l'Ordre
de la Toiſon d'Or. Elle étoit précédée de
Monſeigneur le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Prince de Condé , du Comte de Clermont , du
Prince de Conty , du Comte de la Marche , du
Comte d'Eu , du Duc de Penthievre , & des Che230
MERCURE DE FRANCE.
valiers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Le nouveau Chevalier marchoit entre les Cheva--
liers & les Officiers. La grand'Meſſe ayant été
célébrée par le Prince Conſtantin , Evêque de
Strasbourg , Premier Aumônier du Roi , & Prélat
Commandeur de l'Ordre du Saint Eſprit , le Roi
monta à ſon trône , & revêtit des marques de
l'Ordre le Comte de Baſchi , qui eut pour parreins
le Maréchal de Clermont Tonnerre & le Marquis
de Beringhen. Lorſque cette cérémonie fut
finie , Sa Majesté fut reconduite à ſon appartement
en la maniere accoutumée.
Le Roi a admis dans ſon Conſeil d'Etat M.
PAbbé Comte de Bernis , nommé Ambaſſadeur
près de Leurs Majeſtés Impériales .
Les Janvier , à cinq heures trois quarts du foir,
le Roi fortit de chez Mesdames de France pour
monter dans ſon carroffe , & fe rendre à Trianon .
Un malheureux trouva alors le moyen d'approcher
Sa Majesté au milieu de fa garde , fans être apperçu.
Il étoit armé d'un couteau à deux lames ,
dont l'une étoit une lame ordinaire ; l'autre avoit
la forme d'un canif , & étoit large de cinq à fix
lignes , & longue d'environ quatre pouces. C'eſt
avec la derniere lame que le coup a été porté. II
eſt tombéfurla partie latérale inférieure & un peu
poſtérieure de la poitrine ; c'est- à dire entre la
quatrieme& la cinquieme des côtes inférieures du
côté droit. Le coup a été dirigé de bas en haut ,
&a pénétré environ quatre travers de doigt. Le
Roi, en le recevant, crut ſeulement qu'il étoit frappé
d'un coup de poing. Il ſertit enfuite un peu de
chaleur , & il ne s'apperçut qu'il étroit bleſſe , que
par l'effufion du ſang. Sa majesté fut laignée à fix
heures un quart ; & quoique cette fargrée eût
produit ungrand foulagement , on la réitéra qua
,
JANVIER. 1757 . 231
tre heures après , pour plus grande fûreté. Sa Majeſté
, quoiqu'elle ait peu dormi , a paffé la nuit
aflez tranquillement. Il eſt ſurvenu ce matin une
légere moteur , après un ſommeil d'une heure.
On a levé l'appareil à dix heures ; on a trouvé le
gonflement conſidérablement diminué ; & au
moment qu'on écrit ce détail , Sa Majesté eſt auſſi
Dien qu'Elle puiſſe êtredans une telle circonstance .
Tout juſqu'à preſent paroît indiquer que le coup
n'a pas pénétré dans la poitrine . On a arrêté ſur
le champ l'affaffin , & on travaille à inſtruire ſon
procès.
Le Saint Sacrement a été expoſé dans toutes les
égliſes de Versailles , & M. le Comte de Saint-
Florentin a écrit , par l'ordre du Roi , à l'Archevêque
de Paris , pour qu'on fit des prieres publiques
, afin d'obtenir de Dieu la prompte guériſon
de Sa Majesté . ( 1 )
On mande de Dunkerque , que le Corſaire
le Prince de Soubize , commandé par le Capitaine
Canon , eſt rentré en ce Port , & qu'il
s'eſt rendu maître des Navires. Anglois la Marguerite
, de Leith , & les Deux Freres , de Yarmouth
, de 150 tonneaux chacun chargés , le
premier de plomb, en ſaumon ,l'autre de fer &
de planches.
Le Capitaine Dumont , commandant le Hardi
Mendiant , autre Corfaire de Dunkerque , y a fait
conduire le Navire Anglois la Marie de Bantf ,
de so tonneaux , dont la cargaiſon confifte en
208 tonnes de ſaumon. Il s'eſt auffi emparé du
Navire Anglois la Sara , de Berwick , de 100
tonneaux armé de 4 canons , &chargé de 560
tonnes de ſaumons.
(1 ) Elle est heureusement rétablie , &lajoye a
Succédé aux plus vives allarmes.
232 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire la Favorite , du Havre , Capitaine
Mouchel , y a fait conduire le Navire Anglois
le Tobie , chargé de vin de Malaga ; & il eſt
entré à Cherbourg avec un autre Bâtiment Anglois
, de 130 tonneaux , ayant un chargement
compoſé de vin , d'huile & de raiſins ſecs .
Un autre Corfaire de Dunkerque , appellé le
Comte de Saint- Germain , y a conduit le Brigantin
Anglois l'Unité , de Yarmouth , de 90 tonneux
, armé de 4 canons , & dont la cargaifon
confitte en grains .
Le Capitaine Dupont , commandant le Corſaire
le Danger , de Boulogne , qui a repris ſur les
Anglois le Corfaire l'Intrépide , de Nantes , a pris ,
& a conduit à Quimper le Paquebot le Dieppe ,
de Londres , chargé d'oranges , de citrons , de
grenades & de limons .
Il eſt arrivé à Bayonne un Brigantin Anglois ,
appellé l'Aventure , de Poole , de 80 tonneaux ,
chargé de morue & d'huile , qui a été pris par
le Corfaite l'Amiral , dont eſt Capitaine M. Jean
Samfon.
Le Corſaire l'Aigle de Marseille , y a fait conduire
les Navires le Dolly , de 120 tonneaux
chargé de raiſins ſecs , & le Sally , de Gibraltar ,
dont la cargaiſon conſiſte en biſcuit , en vin &
autres proviſions ; & le Berton & le John ,
autres Bâtimens Anglois chargés de morue & de
fardines , ont été pris & conduits en ce Port
par le Capitaine Louis-Augustin Icard qui commande
le Navire la Marie.
Le Corſaire le Duc d'Aumont , de Boulogne ,
dont eſt Capitaine Louis Libert fils , s'eſt rendu
maître du Navire Anglois le Saint-Michel , de
300 tonneaux , armé de 15 canons , & chargé
de raiſins de Corinthe , & l'a fait conduire à
Dieppe.
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Résumé : « Le premier jour de l'an les Princes & les Princesses, [...] »
Le 1er janvier 1757, la cour française célébra la nouvelle année en présence du roi. Les membres de l'Ordre du Saint-Esprit se réunirent pour examiner les preuves présentées par le chancelier des ordres, assisté par le duc de Villeroy et le marquis de Beringhen. Le roi procéda à la nomination de nouveaux chevaliers, incluant le prince de Beauvau et le comte de Broglie. Le comte de Baschi, dont les preuves avaient déjà été acceptées, fut reçu chevalier de l'Ordre de Saint-Michel. De plus, l'abbé comte de Bernis, nouvellement nommé ambassadeur, fut admis au Conseil d'État. Le 5 janvier, un individu tenta d'attaquer le roi avec un couteau, le blessant légèrement. L'agresseur fut arrêté et des prières publiques furent ordonnées pour la guérison du roi. Parallèlement, plusieurs corsaires français réussirent à capturer des navires anglais dans divers ports. À Dunkerque et au Havre, des navires chargés de diverses marchandises furent pris. Le capitaine Dupont captura le paquebot 'Le Dieppe' à Quimper, chargé de fruits. À Bayonne, le brigantin 'L'Aventure' fut capturé par 'L'Amiral', commandé par M. Jean Samfon. Le corsaire 'L'Aigle' de Marseille conduisit plusieurs navires anglais à Bayonne, transportant des raisins secs, des biscuits et de la morue. Enfin, 'Le Duc d'Aumont' de Boulogne captura 'Le Saint-Michel', un navire de 300 tonneaux chargé de raisins de Corinthe, et le ramena à Dieppe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 189-197
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Il paroît une Ordonnance du Roi pour régler l'uniforme des Officiers de [...]
Mots clefs :
Habillement des soldats, Officier, Croix de Malte, Ducs, Maréchal de camp, Sceau, Ordonnances, Abbé, Chancelier, Chanoine, Nominations, Comte, Procès, Robert-François Damiens, Parricide, Suplice, Corsaires, Marchandises, Navires, Capitaines
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L paroît une Ordonnance du Roi pour régler
P'uniforme des Officiers de l'Etat Major des Armées
de Sa Majeſté , & de ceux employés en qualité
d'Aides de Camp. Les uns & les autres porteront
des habits non croifés , de couleur vulgaire
ment appellée bleu de Roi , doublés d'une étoffe
de même couleur , lefquels habits feront garnis
de boutons de cuivre doré. Les Officiers de l'Etat
Major auront des boutonnieres en broderie de
fil d'or , huit de chaque côté jufqu'à la hauteur de
la poche , trois à chaque poche , & deux fur chaque
manche. Ceux de ces Officiers qui feront en
190 MERCURE DE FRANCE.
chef , pourront porter fur leurs habits un bordé
en borderie , dans le même goût que leurs boutonnieres.
S'ils font Officiers Généraux , ils
porteront
l'uniforme attaché à leur grade .
Le Grand Maître & le Confeil de l'Ordre de
Malte ont accordé à M. le Marquis & àMadame la
Marquife de Bauffrem.ont la permiffion de porter
la Croix de Malte. La Marquife de Bauffremont
tient des Ducs d'Atri , fes ancêtres maternels , de
la branche aînée defquels elle eft héritiere & repréfentante
, le droit de nommer une Commanderie
de l'Ordre dans la Tofcane , en qualité de Fondatrice.
Ce droit s'étend à fa poftérité de l'un &
Pautre fexe. र
M. de la Serre , Maréchal de Camp , Grand
Croix Honoraire de l'Ordre de Saint Louis , &
Gouverneur de l'Hôtel Royal des Invalides , a
obtenu la place d'Infpecteur Général de l'Infanterie
, qu'avoit le Maréchal de Thomond.
Le 18 Mars , le Roi tint le Sceau pour la feconde
fois , dans la même Piece de fon Appartement,
où Sa Majesté l'avoit déja tenu , & avec les mêmes
formalités qui avoient été obfervées le 4.
Il vient de fortir de deffous preffe trois nou
velles Ordonnances ; la premiere , portant création
d'un Régiment d'Infanterie Allemande , fous
le titre de Royal Deux Ponts ; la feconde , concernant
le ſervice du Corps Royal de l'Artillerie
& du Génie ; la troifieme , pour régler les équipages
& les tables dans les armées.
Le Roi a fait conftruire un Pavillon à l'extrê→
mité du Jardin du Château de la Meute , pour y
placer le Télescope de huit pieds , que le Pere
Noël , de la congrégation de Saint Maur , a fait
pour Sa Majesté fous les confeils du Duc de
Chaulnes. Sa Majesté y vit ce Télescope pour la
AVRIL. 1757.
191
premiere fois le 14 du mois de Décembre dernier.
Le 18 de ce mois , le Roi étant venu à ce
Château , le Pere Noel eut l'honneur de lui préfenter
une Machine Pneumatique
à deux corps
de pompe , d'une conftruction nouvelle . Sa Majefté
parut fatisfaite des expériences , que M. de
Lor fit avec cette Machine , & Elle prit auffi beaucoup
de plaifir à voir fouffler le verre, par M. Capidont
l'habileté dans cette partie eft reconnue de
tous les Phyficiens. M. de Fouchy , Secretaire
Perpétuel de l'Académie Royale des Sciences ,
traça en préſence du Roi une Meridienne,
M. l'Abbé de Breteuil a été nommé Chancelier-
Garde des Sceaux , Chef du Confeil , & Sur - Intendant
des Maiſon , Finances & Bâtimens du
Duc d'Orléans , à la place de M. de Silhouette ,
qui a donné ſa démiſſion.
"
M. l'Abbé de Foy , Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Maux a eu l'honneur de préfenter
au Roi le profpectus d'une defcription Hiftorique
, Géographique & Diplomatique , de la
France. M. le Comte de Saint- Florentin , Minif
tre & Secretaire d'Etat , qui conduifoit l'Auteur ,
rendit compte à Sa Majesté de l'état où eft cet
ouvrage important , dont feu M. Secouffe , penfionnaire
de l'Académie Royale des Belles- Lettres,
avoit conçu le projet, & que d'autres occupations
ont empêché cet Académicien d'entreprendre.
Encouragé par les exhortations de M. Secouffe.
M. l'Abbé de Foy s'eft chargé de l'exécution , en
adoptant pour la plus grande partie le plan de ce
Sçavant. La nouvelle defcription de la France fera
en fix Volumes in-folio. M. le Préfident Henault &
M. de Foncemagne ont confenti d'aider de leurs
confeils , l'Auteur dans fon travail. Peut-il être
mieux guidé?
1
C
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Duc d'Orléans , le Prince de Condé , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche, Princes du Sang, & les Ducs
& Pairs , fe font rendus le 12 , le r9 , le 26 Février
, le S le 9 , le 21 , le 23 , le 24 & le 26
Mars , à la Grande Chambre , pour affifter à l'inftruction
du procés de Robert- François Damiens.
Le 21 & le 23 Mars , ils s'y font affemblés le matin
& l'après- midi . Ils y fiégerent le 26 depuis
huit heures du matin jufqu'à fept heures du foir.
Ce même jour , le coupable fut jugé . La Cour ordonna
que ce déteftable affaffin feroit amende
honorable devant la principale porte de l'Eglife
Métropolitaine , où il feroit conduit dans un
tombereau , nu en chemiſe , tenant une torche
de cire ardente , du poids de deux livres ; que delà
il feroit mené dans le même tombereau à la Place
de Greve ; que , fur un échafaud , il y ferroit
tenaillé aux mammelles , aux bras , aux cuiffes
, & aux gras de jambes , tenant de la main
droite le couteau dont il a commis fon affreux parricide
; qu'on lui brûleroit cette main avec du feu
de foufre ; que fur les endroits où il auroit été
tenaillé , on jetteroit du plomb fondu , de l'huile
bouillante , de la poix réfine , avec de la cire &
du foufre fondus enfemble ; qu'enfuite il feroit
tiré à quatre chevaux & écartelé , & ſes membres
& corps jettés dans un bucher , pour y être
confumés par le feu , & fes cendres jettées au vent.
Le 28 du mois dernier au matin , ce malheureux
fut appliqué à la queſtion ordinaire & extraordinaire
, & on le tint plus de deux heures dans les
tortures. Sur les deux heures après-midi , on le
fit fortir de la Conciergerie , pour le conduire au
fupplice. Lorfqu'il fut arrivé à la Place de Gréve ,
il demanda de monter à l'Hôtel de Ville. Il y a
déclaré
AVRIL. 1757. 193
déclaré qu'il n'y avoit ni complots , ni complices .
Ce monftre a fubi enfuite la punition dûe à fon
exécrable forfait. Ses tourmens ont duré trois
heures. Il étoit encore en vie ayant deux cuiffes
& le bras droit féparés du corps ; & il n'eft mort
qu'après que fon bras gauche a été détaché. Il
étoit né le 9 Janvier 1715 , au lieu de Thieulloy ,
en la Paroiffe de Monchi -Breton dans l'Artois.
Sa famille eft auffi obfcure que pauvre , & il a
paflé la plus grande partie de fa vie dans la plus
baffe domefticité . Il avoit déja commis plufieurs
crimes , avant de former l'abominable deffein qui
a achevé de le rendre l'objet de l'exécration publique
, & il avoit été obligé de s'enfuir de Paris
pour éviter les pourfuites de la Juftice . La maifon
où il a reçu le jour doit être démolie , & l'on ne
pourra à l'avenir élever fur le terrein de cere
maiſon aucun autre bâtiment.
Nous nous fommes reftraints jufqu'ici
à ne rien inférer fur cet article que d'après
la Gazette de France . Nous prions en conféquence
les Auteurs de ne plus nous envoyer
de Pieces qui y foient relatives : nous
perfiftons conftamment à ne faire ufage
d'aucune. Nous nous conformons en cela
aux premieres intentions de la Cour , qui
nous avoit ordonné le filence . Eh ! plût au
Ciel qu'il pût être gardé partout avec le
même fcrupule, & que pour la gloire de la
Nation, un fi noir attentat fût à jamais exclu
de l'hiftoire comme de notre Recueil !
M. le Comte de Biffy , Brigadier de Cavalerie ,
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
& premier Enfeigne de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , ayant
donné fa démiffion , Sa Majefté a difpofé de la
Cornette vacante , en faveur de M. le Comte de
Monteynard , Sous - Lieutenant au Régiment d'Infanterie
du Roi.
C Le Corfaire le Bart , de Calais , commandé
par le Capitaine Etienne- François Potier , a rançonné
deux Bâtimens Anglois pour 594 guinées.
Des Lettres écrites de Dieppe marquent que le
Corfaire le Baftien , de Boulogne , s'eft rendu
maître du Navise Anglois le Dally & Nancy , de
200 tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec
un chargement qu'on eftime environ 300000 livres
, & qui confifte en 141 barriques de fucre ,
63 barriques de taffia , foo facs & 15 barriques
de poivre , 9 facs de coton , un fac de carret de
tortue , 570 cuirs , & 19 tonneaux de bois pour
teinture.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire la
Vengeance, de Saint - Malo , s'eft emparé d'un Senaw
Anglois, armé de 8 canons & de fix pierriers.
La Comteffe de Bentheim , autre Corfaire de
Saint Malo , a fait conduire à Breft le Paquebot
Anglois le Hanovre , armé de 14 canons , & de
62 hommes d'équipage , qui alloit de Falmouth à
Liſbonne.
Le Navire Anglois la Profpérité , de Darmouth
, a été pris & conduit dans la riviere de
Landerneau par le Corfaire le Cabriolet , du Conquet.
Il eft arrivé à la Rochelle un Brigantin Anglois
de 60 tonneaux , chargé de vin de Malaga , qui
a été pris par le Navire le Tavignon , de S. Malo .
Le Navire Anglois le Duc de Tofcane , de 300°
tonneaux , armé de 18 canons , de 4 pierriers 2
AVRIL. 1757. 195
& de 60 hommes d'équipage , a été pris par le
Corfaire le Grand Alexandre , de Marfeille ,
commandé par le Capitaine Martiche. La cargai
fon de ce Bâtiment , qui eft arrivé à Marſeille ,
confifte en 600 barrils de harengs , 500 quintaux
de plomb, 65 caiffes de tabac , &c .
La Marie défiée , autre Corfaire de Marſeille ,'
Capitaine le fieur Poulhariez , a conduit en ce
Port le Senaw Anglois l'Aventure , de 140 ton
neaux , chargé de morue & de faumon.
Le Capitaine Defbois , qui commande le Corfaire
le Puyzieulx , de Saint -Malo , s'eft emparé
des Navires Anglois le Howmiton , de 70 tonneaux
, chargé de charbon de terre ; & le Triwbreton
, de 100 tonneaux , chargé de mine de fer
Ces deux Bâtimens ont été conduits à Granville .
Le même Corfaire a fait conduire à Saint Malo
le Navire Anglois la Marie- Anne , de 80 tonneaux
, venant de la Caroline avec un chargement
d'indigo & de ris , & un Brigantin dont la cargaifon
confifte en oranges & en citrons.
On mande de Marſeille , que le Corſaire le
Roi Gafpard , de ce Port , dont eft Capitaine
François Roudeng , y a fait conduire le Senaw
Anglois la Catherine , n'ayant que fon left , & un
'Brigantin chargé d'huile & de limons.
Le Capitaine Sauvé , commandant le Corſaire
le Général Lally, de Boulogne , s'eft rendu maître
du Paquebot Anglois le Dauphin , armé de fix
' canons , de quatre pierriers & de vingt hommes
d'équipage. Outre plufieurs caiffes & coffres dont
ce Paquebot étoit chargé , on a trouvé à bord une
caiffe de lingots d'or pefant 238 livres . Cette
priſe a été conduite à Calais.
Le même Corſaire a rançonné fix Bâtimens Anglois
, pour la fomme de 975 guinées , & il en a
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
remis les ôtages dans le même Port.
Le Brigantin Anglois le Nancy, de 90 tonneaux,'
chargé de 90 barrils de graine de lin & de merrains
, a été pris par le Corfaire le Caincy , de
Dieppe , & eft arrivé à Dunkerque.
Le Capitaine Feray , qui commande le Corſaire
Le Comte d'Argenfon , de Dieppe , y a conduit un
Bâtiment dont le chargement eft composé de
canons , de boulets , de poudre , de fabres , de
chanvre , de toiles à voiles , & d'autres munitions
& marchandiſes.
Le Corfaire le Machault , de Granville , Capitaine
Magnonnet , a pris & conduit en ce Port le
Navire Anglois le Jean & Georges , de 300 tonneaux
, chargé de 1500 barrils de goudron , & de
2500 livres d'indigo.
Le Corfaire le Puyzieulx s'eft emparé des Navires
Anglois la Flore , de Bofton , de 90 tonneaux
, chargé d'huile de baleine & de goudron ,
& la Minerve , de Londres , de so tonneaux ,
armé de fix canons & quatre pierriers , dont la
cargaifon confifte en ris & en indigo. Ces deux
Bâtimens font arrivés à Saint-Malo .
Le Corfaire le Duc d'Aiguillon a fait conduire
en ce Port le Navire le Meffager de Bordeaux , de
60 tonneaux , chargé de vin & de fruits , & un
autre Bâtiment de 200 tonneaux , chargé de ris ,
d'indigo , de taffia , de bois de Campeche , &
d'autres marchandiſes .
11 eſt auſſi arrivé à Saint-Malo un autre Navire
Anglois de 150 tonneaux , appellé le Bofton- Galley,
de Bofton , qui a pour chargement 1300 barrils
de goudron , & 201 futailles d'indigo . Il a été
pris par le Corfaire la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire la Nouvelle Saxonne , de Bordeaux ,
y a conduit le Navire Anglois l'Ofgoot , venant de
AVRIL. 1757.
197
la Virginie , avec un chargement qui confifte en
250 boucauts de tabac , huit quarts d'indigo , 20
tonneaux de fer roulé , & autres marchandifes .
Le Navire Anglois le Duché de Beaufort , de
Bristol , chargé de fucre , de coton , de café , de
gingembre , & de bois de Campeche , a été pris
par le Corfaire la Repréfaille , de Bayonne.
La Cybelle , autre Corfaire de ce Port , y a fair
conduire le Navire le Molly , de Londres , de 300
tonneaux , ayant pour chargement 428 boucauts
de tabac , onze barrils & vingt- trois paquets de
pelleteries , & 25 barrils d'indigo.
Le Navire le Blackeney , de Londres , de roo
tonneaux , chargé de 208 barriques d'huile , &
autres marchandiſes , qui a été pris par le Corfaire
P'Espérance , de Bayonne , eft auffi arrivé en ce
Port.
On eftinformé que le Navire Anglois le Duc de
Scarborough , pris par le Navire la Marquise d'Amou
, de Bayonne , eft arrivé par relâche à Saint-
Ogne , & que fa cargaifon eft compofée de 600
barrils de faumon , vingt tonneaux de ftocfich
un boucaut d'indigo, une caiffe de caftors , & une
balle de toile.
L paroît une Ordonnance du Roi pour régler
P'uniforme des Officiers de l'Etat Major des Armées
de Sa Majeſté , & de ceux employés en qualité
d'Aides de Camp. Les uns & les autres porteront
des habits non croifés , de couleur vulgaire
ment appellée bleu de Roi , doublés d'une étoffe
de même couleur , lefquels habits feront garnis
de boutons de cuivre doré. Les Officiers de l'Etat
Major auront des boutonnieres en broderie de
fil d'or , huit de chaque côté jufqu'à la hauteur de
la poche , trois à chaque poche , & deux fur chaque
manche. Ceux de ces Officiers qui feront en
190 MERCURE DE FRANCE.
chef , pourront porter fur leurs habits un bordé
en borderie , dans le même goût que leurs boutonnieres.
S'ils font Officiers Généraux , ils
porteront
l'uniforme attaché à leur grade .
Le Grand Maître & le Confeil de l'Ordre de
Malte ont accordé à M. le Marquis & àMadame la
Marquife de Bauffrem.ont la permiffion de porter
la Croix de Malte. La Marquife de Bauffremont
tient des Ducs d'Atri , fes ancêtres maternels , de
la branche aînée defquels elle eft héritiere & repréfentante
, le droit de nommer une Commanderie
de l'Ordre dans la Tofcane , en qualité de Fondatrice.
Ce droit s'étend à fa poftérité de l'un &
Pautre fexe. र
M. de la Serre , Maréchal de Camp , Grand
Croix Honoraire de l'Ordre de Saint Louis , &
Gouverneur de l'Hôtel Royal des Invalides , a
obtenu la place d'Infpecteur Général de l'Infanterie
, qu'avoit le Maréchal de Thomond.
Le 18 Mars , le Roi tint le Sceau pour la feconde
fois , dans la même Piece de fon Appartement,
où Sa Majesté l'avoit déja tenu , & avec les mêmes
formalités qui avoient été obfervées le 4.
Il vient de fortir de deffous preffe trois nou
velles Ordonnances ; la premiere , portant création
d'un Régiment d'Infanterie Allemande , fous
le titre de Royal Deux Ponts ; la feconde , concernant
le ſervice du Corps Royal de l'Artillerie
& du Génie ; la troifieme , pour régler les équipages
& les tables dans les armées.
Le Roi a fait conftruire un Pavillon à l'extrê→
mité du Jardin du Château de la Meute , pour y
placer le Télescope de huit pieds , que le Pere
Noël , de la congrégation de Saint Maur , a fait
pour Sa Majesté fous les confeils du Duc de
Chaulnes. Sa Majesté y vit ce Télescope pour la
AVRIL. 1757.
191
premiere fois le 14 du mois de Décembre dernier.
Le 18 de ce mois , le Roi étant venu à ce
Château , le Pere Noel eut l'honneur de lui préfenter
une Machine Pneumatique
à deux corps
de pompe , d'une conftruction nouvelle . Sa Majefté
parut fatisfaite des expériences , que M. de
Lor fit avec cette Machine , & Elle prit auffi beaucoup
de plaifir à voir fouffler le verre, par M. Capidont
l'habileté dans cette partie eft reconnue de
tous les Phyficiens. M. de Fouchy , Secretaire
Perpétuel de l'Académie Royale des Sciences ,
traça en préſence du Roi une Meridienne,
M. l'Abbé de Breteuil a été nommé Chancelier-
Garde des Sceaux , Chef du Confeil , & Sur - Intendant
des Maiſon , Finances & Bâtimens du
Duc d'Orléans , à la place de M. de Silhouette ,
qui a donné ſa démiſſion.
"
M. l'Abbé de Foy , Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Maux a eu l'honneur de préfenter
au Roi le profpectus d'une defcription Hiftorique
, Géographique & Diplomatique , de la
France. M. le Comte de Saint- Florentin , Minif
tre & Secretaire d'Etat , qui conduifoit l'Auteur ,
rendit compte à Sa Majesté de l'état où eft cet
ouvrage important , dont feu M. Secouffe , penfionnaire
de l'Académie Royale des Belles- Lettres,
avoit conçu le projet, & que d'autres occupations
ont empêché cet Académicien d'entreprendre.
Encouragé par les exhortations de M. Secouffe.
M. l'Abbé de Foy s'eft chargé de l'exécution , en
adoptant pour la plus grande partie le plan de ce
Sçavant. La nouvelle defcription de la France fera
en fix Volumes in-folio. M. le Préfident Henault &
M. de Foncemagne ont confenti d'aider de leurs
confeils , l'Auteur dans fon travail. Peut-il être
mieux guidé?
1
C
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Duc d'Orléans , le Prince de Condé , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche, Princes du Sang, & les Ducs
& Pairs , fe font rendus le 12 , le r9 , le 26 Février
, le S le 9 , le 21 , le 23 , le 24 & le 26
Mars , à la Grande Chambre , pour affifter à l'inftruction
du procés de Robert- François Damiens.
Le 21 & le 23 Mars , ils s'y font affemblés le matin
& l'après- midi . Ils y fiégerent le 26 depuis
huit heures du matin jufqu'à fept heures du foir.
Ce même jour , le coupable fut jugé . La Cour ordonna
que ce déteftable affaffin feroit amende
honorable devant la principale porte de l'Eglife
Métropolitaine , où il feroit conduit dans un
tombereau , nu en chemiſe , tenant une torche
de cire ardente , du poids de deux livres ; que delà
il feroit mené dans le même tombereau à la Place
de Greve ; que , fur un échafaud , il y ferroit
tenaillé aux mammelles , aux bras , aux cuiffes
, & aux gras de jambes , tenant de la main
droite le couteau dont il a commis fon affreux parricide
; qu'on lui brûleroit cette main avec du feu
de foufre ; que fur les endroits où il auroit été
tenaillé , on jetteroit du plomb fondu , de l'huile
bouillante , de la poix réfine , avec de la cire &
du foufre fondus enfemble ; qu'enfuite il feroit
tiré à quatre chevaux & écartelé , & ſes membres
& corps jettés dans un bucher , pour y être
confumés par le feu , & fes cendres jettées au vent.
Le 28 du mois dernier au matin , ce malheureux
fut appliqué à la queſtion ordinaire & extraordinaire
, & on le tint plus de deux heures dans les
tortures. Sur les deux heures après-midi , on le
fit fortir de la Conciergerie , pour le conduire au
fupplice. Lorfqu'il fut arrivé à la Place de Gréve ,
il demanda de monter à l'Hôtel de Ville. Il y a
déclaré
AVRIL. 1757. 193
déclaré qu'il n'y avoit ni complots , ni complices .
Ce monftre a fubi enfuite la punition dûe à fon
exécrable forfait. Ses tourmens ont duré trois
heures. Il étoit encore en vie ayant deux cuiffes
& le bras droit féparés du corps ; & il n'eft mort
qu'après que fon bras gauche a été détaché. Il
étoit né le 9 Janvier 1715 , au lieu de Thieulloy ,
en la Paroiffe de Monchi -Breton dans l'Artois.
Sa famille eft auffi obfcure que pauvre , & il a
paflé la plus grande partie de fa vie dans la plus
baffe domefticité . Il avoit déja commis plufieurs
crimes , avant de former l'abominable deffein qui
a achevé de le rendre l'objet de l'exécration publique
, & il avoit été obligé de s'enfuir de Paris
pour éviter les pourfuites de la Juftice . La maifon
où il a reçu le jour doit être démolie , & l'on ne
pourra à l'avenir élever fur le terrein de cere
maiſon aucun autre bâtiment.
Nous nous fommes reftraints jufqu'ici
à ne rien inférer fur cet article que d'après
la Gazette de France . Nous prions en conféquence
les Auteurs de ne plus nous envoyer
de Pieces qui y foient relatives : nous
perfiftons conftamment à ne faire ufage
d'aucune. Nous nous conformons en cela
aux premieres intentions de la Cour , qui
nous avoit ordonné le filence . Eh ! plût au
Ciel qu'il pût être gardé partout avec le
même fcrupule, & que pour la gloire de la
Nation, un fi noir attentat fût à jamais exclu
de l'hiftoire comme de notre Recueil !
M. le Comte de Biffy , Brigadier de Cavalerie ,
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
& premier Enfeigne de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , ayant
donné fa démiffion , Sa Majefté a difpofé de la
Cornette vacante , en faveur de M. le Comte de
Monteynard , Sous - Lieutenant au Régiment d'Infanterie
du Roi.
C Le Corfaire le Bart , de Calais , commandé
par le Capitaine Etienne- François Potier , a rançonné
deux Bâtimens Anglois pour 594 guinées.
Des Lettres écrites de Dieppe marquent que le
Corfaire le Baftien , de Boulogne , s'eft rendu
maître du Navise Anglois le Dally & Nancy , de
200 tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec
un chargement qu'on eftime environ 300000 livres
, & qui confifte en 141 barriques de fucre ,
63 barriques de taffia , foo facs & 15 barriques
de poivre , 9 facs de coton , un fac de carret de
tortue , 570 cuirs , & 19 tonneaux de bois pour
teinture.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire la
Vengeance, de Saint - Malo , s'eft emparé d'un Senaw
Anglois, armé de 8 canons & de fix pierriers.
La Comteffe de Bentheim , autre Corfaire de
Saint Malo , a fait conduire à Breft le Paquebot
Anglois le Hanovre , armé de 14 canons , & de
62 hommes d'équipage , qui alloit de Falmouth à
Liſbonne.
Le Navire Anglois la Profpérité , de Darmouth
, a été pris & conduit dans la riviere de
Landerneau par le Corfaire le Cabriolet , du Conquet.
Il eft arrivé à la Rochelle un Brigantin Anglois
de 60 tonneaux , chargé de vin de Malaga , qui
a été pris par le Navire le Tavignon , de S. Malo .
Le Navire Anglois le Duc de Tofcane , de 300°
tonneaux , armé de 18 canons , de 4 pierriers 2
AVRIL. 1757. 195
& de 60 hommes d'équipage , a été pris par le
Corfaire le Grand Alexandre , de Marfeille ,
commandé par le Capitaine Martiche. La cargai
fon de ce Bâtiment , qui eft arrivé à Marſeille ,
confifte en 600 barrils de harengs , 500 quintaux
de plomb, 65 caiffes de tabac , &c .
La Marie défiée , autre Corfaire de Marſeille ,'
Capitaine le fieur Poulhariez , a conduit en ce
Port le Senaw Anglois l'Aventure , de 140 ton
neaux , chargé de morue & de faumon.
Le Capitaine Defbois , qui commande le Corfaire
le Puyzieulx , de Saint -Malo , s'eft emparé
des Navires Anglois le Howmiton , de 70 tonneaux
, chargé de charbon de terre ; & le Triwbreton
, de 100 tonneaux , chargé de mine de fer
Ces deux Bâtimens ont été conduits à Granville .
Le même Corfaire a fait conduire à Saint Malo
le Navire Anglois la Marie- Anne , de 80 tonneaux
, venant de la Caroline avec un chargement
d'indigo & de ris , & un Brigantin dont la cargaifon
confifte en oranges & en citrons.
On mande de Marſeille , que le Corſaire le
Roi Gafpard , de ce Port , dont eft Capitaine
François Roudeng , y a fait conduire le Senaw
Anglois la Catherine , n'ayant que fon left , & un
'Brigantin chargé d'huile & de limons.
Le Capitaine Sauvé , commandant le Corſaire
le Général Lally, de Boulogne , s'eft rendu maître
du Paquebot Anglois le Dauphin , armé de fix
' canons , de quatre pierriers & de vingt hommes
d'équipage. Outre plufieurs caiffes & coffres dont
ce Paquebot étoit chargé , on a trouvé à bord une
caiffe de lingots d'or pefant 238 livres . Cette
priſe a été conduite à Calais.
Le même Corſaire a rançonné fix Bâtimens Anglois
, pour la fomme de 975 guinées , & il en a
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
remis les ôtages dans le même Port.
Le Brigantin Anglois le Nancy, de 90 tonneaux,'
chargé de 90 barrils de graine de lin & de merrains
, a été pris par le Corfaire le Caincy , de
Dieppe , & eft arrivé à Dunkerque.
Le Capitaine Feray , qui commande le Corſaire
Le Comte d'Argenfon , de Dieppe , y a conduit un
Bâtiment dont le chargement eft composé de
canons , de boulets , de poudre , de fabres , de
chanvre , de toiles à voiles , & d'autres munitions
& marchandiſes.
Le Corfaire le Machault , de Granville , Capitaine
Magnonnet , a pris & conduit en ce Port le
Navire Anglois le Jean & Georges , de 300 tonneaux
, chargé de 1500 barrils de goudron , & de
2500 livres d'indigo.
Le Corfaire le Puyzieulx s'eft emparé des Navires
Anglois la Flore , de Bofton , de 90 tonneaux
, chargé d'huile de baleine & de goudron ,
& la Minerve , de Londres , de so tonneaux ,
armé de fix canons & quatre pierriers , dont la
cargaifon confifte en ris & en indigo. Ces deux
Bâtimens font arrivés à Saint-Malo .
Le Corfaire le Duc d'Aiguillon a fait conduire
en ce Port le Navire le Meffager de Bordeaux , de
60 tonneaux , chargé de vin & de fruits , & un
autre Bâtiment de 200 tonneaux , chargé de ris ,
d'indigo , de taffia , de bois de Campeche , &
d'autres marchandiſes .
11 eſt auſſi arrivé à Saint-Malo un autre Navire
Anglois de 150 tonneaux , appellé le Bofton- Galley,
de Bofton , qui a pour chargement 1300 barrils
de goudron , & 201 futailles d'indigo . Il a été
pris par le Corfaire la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire la Nouvelle Saxonne , de Bordeaux ,
y a conduit le Navire Anglois l'Ofgoot , venant de
AVRIL. 1757.
197
la Virginie , avec un chargement qui confifte en
250 boucauts de tabac , huit quarts d'indigo , 20
tonneaux de fer roulé , & autres marchandifes .
Le Navire Anglois le Duché de Beaufort , de
Bristol , chargé de fucre , de coton , de café , de
gingembre , & de bois de Campeche , a été pris
par le Corfaire la Repréfaille , de Bayonne.
La Cybelle , autre Corfaire de ce Port , y a fair
conduire le Navire le Molly , de Londres , de 300
tonneaux , ayant pour chargement 428 boucauts
de tabac , onze barrils & vingt- trois paquets de
pelleteries , & 25 barrils d'indigo.
Le Navire le Blackeney , de Londres , de roo
tonneaux , chargé de 208 barriques d'huile , &
autres marchandiſes , qui a été pris par le Corfaire
P'Espérance , de Bayonne , eft auffi arrivé en ce
Port.
On eftinformé que le Navire Anglois le Duc de
Scarborough , pris par le Navire la Marquise d'Amou
, de Bayonne , eft arrivé par relâche à Saint-
Ogne , & que fa cargaifon eft compofée de 600
barrils de faumon , vingt tonneaux de ftocfich
un boucaut d'indigo, une caiffe de caftors , & une
balle de toile.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En avril 1757, plusieurs ordonnances royales ont été promulguées. Elles concernaient principalement l'uniforme des officiers de l'État-Major et des aides-de-camp, ainsi que la création d'un régiment d'infanterie allemande nommé 'Royal Deux Ponts'. Le roi a également organisé les équipages et les tables dans les armées et a assisté à diverses démonstrations scientifiques. Par ailleurs, l'Abbé de Breteuil a été nommé Chancelier-Garde des Sceaux, succédant à M. de Silhouette. Le procès de Robert-François Damiens, condamné à mort pour un attentat, s'est déroulé le 26 mars, et son exécution a eu lieu le 28 mars. Parallèlement, des actions navales impliquant des corsaires français contre des navires anglais ont été rapportées. Plusieurs navires anglais ont été capturés par des corsaires provenant de différents ports français, tels que Calais, Boulogne, Saint-Malo, Marseille et Dieppe. Les prises incluaient divers produits comme du sucre, du tabac, du coton, du bois, et des lingots d'or. En avril 1757, plusieurs navires ont fait escale à Saint-Malo, dont le 'Boston-Galley', capturé par 'La Comtesse de Bentheim'. D'autres navires anglais ont été pris par des corsaires comme 'La Nouvelle Saxonne', 'La Repraillasse', 'La Cybelle' et 'L'Espérance'.
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39
p. 201-202
DE PETERSBOURG, du 28 Décembre & jours suivans.
Début :
Il est déja arrivé ici un grand nombre d'Officiers relâchés, en vertu du cartel [...]
Mots clefs :
Officiers, Campagne, Armée, Troupes, Impératrice, Chancelier, Alliés
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texteReconnaissance textuelle : DE PETERSBOURG, du 28 Décembre & jours suivans.
De PETERSBOURG , du 28 Dicembre
&jours fuivans.
Il eft déja arrivé ici un grand nombre d'Offciers
relâchés , en vertu du cartel convenu avec
Sa Majesté Pruffienne . On fait de grand prépa
ratifs pour la Campagne prochaine.
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
Le quartier général de notre Armée , étoit le
20 de ce mois a Martenboury : cette Armée eſt
encore compofée de plus de cinquante mille hommes
, & en aflez bon état . On confirme , qu'une
partie de cette Armée ne s'écartera pas de la
Viftule , afin de ne pas trop s'éloigner des Corps
qui font reftés en Pomeranie. Ces Corps continuent
d'y faire la petite guerre : le Général Fermer
eft resté à Thorn avec un Corps de Ruffes.
Le 29, on célébra l'anniverfaire de l'Impératrice,
qui entroit dans fa cinquantième année. S. M.
eft toujours ferme dans la réfolution de n'entendre
à aucune propofition d'accommodement, que
de concert avec fes Alliés . Son Chancelier a remis
par fon ordre au fieur Keith , Miniftre d'Angleterre
, à la Cour , une déclaration très - poſitive à
ce fujet. Elle porte en ſubſtance , qu'Elle ne s'eft
déterminée à prendre part à la guerre que parles
confidérations les plus graves , & après avoir
vü attaquer fes Alliés de la manière la plus contraire
au droit des gens : c'eft pourquoi elle ne
mettra bas les armes qu'après avoir procuré aux
parties lézées les fatisfactions convenables , & après
avoir vu le repos de l'Allemagne appuyé fur des
fondemens ftables . Elle a fait envoyer cette déclaration
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , pour y être communiquée.
&jours fuivans.
Il eft déja arrivé ici un grand nombre d'Offciers
relâchés , en vertu du cartel convenu avec
Sa Majesté Pruffienne . On fait de grand prépa
ratifs pour la Campagne prochaine.
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
Le quartier général de notre Armée , étoit le
20 de ce mois a Martenboury : cette Armée eſt
encore compofée de plus de cinquante mille hommes
, & en aflez bon état . On confirme , qu'une
partie de cette Armée ne s'écartera pas de la
Viftule , afin de ne pas trop s'éloigner des Corps
qui font reftés en Pomeranie. Ces Corps continuent
d'y faire la petite guerre : le Général Fermer
eft resté à Thorn avec un Corps de Ruffes.
Le 29, on célébra l'anniverfaire de l'Impératrice,
qui entroit dans fa cinquantième année. S. M.
eft toujours ferme dans la réfolution de n'entendre
à aucune propofition d'accommodement, que
de concert avec fes Alliés . Son Chancelier a remis
par fon ordre au fieur Keith , Miniftre d'Angleterre
, à la Cour , une déclaration très - poſitive à
ce fujet. Elle porte en ſubſtance , qu'Elle ne s'eft
déterminée à prendre part à la guerre que parles
confidérations les plus graves , & après avoir
vü attaquer fes Alliés de la manière la plus contraire
au droit des gens : c'eft pourquoi elle ne
mettra bas les armes qu'après avoir procuré aux
parties lézées les fatisfactions convenables , & après
avoir vu le repos de l'Allemagne appuyé fur des
fondemens ftables . Elle a fait envoyer cette déclaration
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , pour y être communiquée.
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Résumé : DE PETERSBOURG, du 28 Décembre & jours suivans.
Le 28 décembre, de nombreux officiers ont été libérés selon un accord avec le roi de Prusse. Les préparatifs pour la prochaine campagne sont en cours. Le 20 décembre, le quartier général de l'armée se situait à Martenboury, comptant plus de cinquante mille hommes en bon état. Une partie de cette armée restera près de la Vistule pour rester proche des troupes en Poméranie, où des actions de guérilla se poursuivent. Le général Fermer est resté à Thorn avec un corps de Russes. Le 29 décembre, l'anniversaire de l'impératrice, marquant son cinquantième anniversaire, a été célébré. L'impératrice refuse toute proposition d'accommodement sans concertation avec ses alliés. Son chancelier a remis au ministre d'Angleterre, le sieur Keith, une déclaration affirmant que l'impératrice est entrée en guerre en réponse à des attaques contraires au droit des gens. Elle ne déposera les armes qu'après avoir obtenu des satisfactions pour les parties lésées et assuré la stabilité de l'Allemagne. Cette déclaration a été envoyée à tous les ministres de l'impératrice dans les cours étrangères.
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40
p. 215
DE MANHEIM.
Début :
Le 2 Février, jour de la Purification, l'Electeur Palatin tint Chapitre de l'Ordre de S. Hubert, [...]
Mots clefs :
Électeur, Chapitre, Chevalier, Chancelier, Princes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MANHEIM.
De MANHEIM.
Le 2 Février , jour de la Purification , l'Electeur
Palatin tint Chapitre de l'Ordre de S. Hubert ,
dans lequel le Chancelier de l'Ordre ayant préfenté
les formalités remplies par les Chevaliers
nommés le 2 Février 1759 ; Son Alteffe Electorale
conféra le Collier au Prince Jean- Charles
de Büchenfelds , Comte Palatin du Rhin , Louis
Prince de Naffau Saarbruch, Charles Hyacinthe ,
Prince de Galléan des Idarts , Emmanuel , Prince
héréditaire de Heffe Hothenbourg , Jérôme ,
Prince de Nadzivil , Michel , Prince Sapicha , &
Staniftas , Prince Jablonouski.
Le 2 Février , jour de la Purification , l'Electeur
Palatin tint Chapitre de l'Ordre de S. Hubert ,
dans lequel le Chancelier de l'Ordre ayant préfenté
les formalités remplies par les Chevaliers
nommés le 2 Février 1759 ; Son Alteffe Electorale
conféra le Collier au Prince Jean- Charles
de Büchenfelds , Comte Palatin du Rhin , Louis
Prince de Naffau Saarbruch, Charles Hyacinthe ,
Prince de Galléan des Idarts , Emmanuel , Prince
héréditaire de Heffe Hothenbourg , Jérôme ,
Prince de Nadzivil , Michel , Prince Sapicha , &
Staniftas , Prince Jablonouski.
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Résumé : DE MANHEIM.
Le 2 février, l'Électeur Palatin organisa un chapitre de l'Ordre de Saint-Hubert. Le Chancelier présenta les formalités des Chevaliers nommés en 1759. Son Altesse remit le Collier de l'Ordre à plusieurs dignitaires, dont le Prince Jean-Charles de Büchenfelds, Louis Prince de Nassau-Saarbruch, et Emmanuel, Prince héréditaire de Hesse-Hombourg.
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41
p. 239-240
DE WARSOVIE, le 16 Avril.
Début :
Il est arrivé ici trois cens cinquante Suédois ; qui avoient été forcés de prendre parti [...]
Mots clefs :
Soldats, Troupes du roi de Prusse, Suédois, Baron, Déserteurs, Chancelier, Couronne, Mémoire, Droit seigneurial, Réparations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE WARSOVIE, le 16 Avril.
De WARSOVIE , le 16 Avril.
Il eſt arrivé ici trois cens cinquante Suédois ;
qui avoient été forcés de prendre parti dans les
troupes du Roi de Pruffe , & qui ont trouvé lemoyen
de s'évader. Le Baron de Hopken , Miniftre
du Roi de Suéde en çetre Cour , leur a
fait diftribuer une gratification , & les a fait partir
pour rejoindre leurs anciens Corps. Une troupe
de quarante Déferteurs Praffiens, eft auffi arrivée
ici. Ils ont rapporté que la défertion étoit grande
parmi les troupes Pruffiennes ; & qu'une foule de
foldats enrolés de force n'alpiroient qu'après l'ouverture
de la campagne,pour déferter plus facilement.
Le Chancelier de la Couronne de Pologne , a
fait remettre depuis peu , au fieur Benoit , Secrétaire
de la légation de Pruffe en cette Cour , un
nouveau mémoire concernant les griefs dont
cette Couronne fe plaint depuis longtemps , fans
avoir pu obtenir aucune fatisfaction de Sa Majesté
Pruffienne . Ce mémoire porte, entr'autres choles
» que la Cour de Berlin , fans aucun égard à l'exacte
» neutralité qu'obferve un Royaume libre , trou-
» ble , interrompt & détruit fon commerce , en
» faiſant arrêter les Voituriers , & confifquer les
» marchandiſes & effets qu'ils conduifent ; que le
» Réſident de la même Cour s'ingère dans l'éco-
>> nomie & l'adminiftration de la Juftice de la
» Ville de Dantzick , en accordant une protec
tion contraire à toutes fortes de droits , à des
Citoyens coupables , avec des menaces injurieu
240 MERCURE DE FRANCE.
» fes au droit Seigneurial , appartenant à la ſeule
» République : que cette Cour , par ce moyen
» violent & par mille autres inonde la Po-
» logne d'une monnoie de mauvais aloi , qui ne
» contient que la quatrième partie de la valeur
> intrinféque qu'elle devroit avoir , & qu'on em-
» porte en même temps de ce Royaume toutes
» les bonnes efpèces d'or & d'argent : enfin que
» les troupes Pruffiennes ont enlevé de fa maifon
>> le fieur de Sulkowsky , Véneur du grand Du-
>> ché de Lithuanie , & que la Cour de Berlin le
> retient jufqu'à préfent prifonnier dans la Forte-
2 refle de Glogau , après avoir enrôlé par force
» les gens tenus pour fa garde & pour fon ſervice
→ particulier.
On finit par demander , au nom des Miniftres
& du Sénat , les réparations convenables .
Il eſt arrivé ici trois cens cinquante Suédois ;
qui avoient été forcés de prendre parti dans les
troupes du Roi de Pruffe , & qui ont trouvé lemoyen
de s'évader. Le Baron de Hopken , Miniftre
du Roi de Suéde en çetre Cour , leur a
fait diftribuer une gratification , & les a fait partir
pour rejoindre leurs anciens Corps. Une troupe
de quarante Déferteurs Praffiens, eft auffi arrivée
ici. Ils ont rapporté que la défertion étoit grande
parmi les troupes Pruffiennes ; & qu'une foule de
foldats enrolés de force n'alpiroient qu'après l'ouverture
de la campagne,pour déferter plus facilement.
Le Chancelier de la Couronne de Pologne , a
fait remettre depuis peu , au fieur Benoit , Secrétaire
de la légation de Pruffe en cette Cour , un
nouveau mémoire concernant les griefs dont
cette Couronne fe plaint depuis longtemps , fans
avoir pu obtenir aucune fatisfaction de Sa Majesté
Pruffienne . Ce mémoire porte, entr'autres choles
» que la Cour de Berlin , fans aucun égard à l'exacte
» neutralité qu'obferve un Royaume libre , trou-
» ble , interrompt & détruit fon commerce , en
» faiſant arrêter les Voituriers , & confifquer les
» marchandiſes & effets qu'ils conduifent ; que le
» Réſident de la même Cour s'ingère dans l'éco-
>> nomie & l'adminiftration de la Juftice de la
» Ville de Dantzick , en accordant une protec
tion contraire à toutes fortes de droits , à des
Citoyens coupables , avec des menaces injurieu
240 MERCURE DE FRANCE.
» fes au droit Seigneurial , appartenant à la ſeule
» République : que cette Cour , par ce moyen
» violent & par mille autres inonde la Po-
» logne d'une monnoie de mauvais aloi , qui ne
» contient que la quatrième partie de la valeur
> intrinféque qu'elle devroit avoir , & qu'on em-
» porte en même temps de ce Royaume toutes
» les bonnes efpèces d'or & d'argent : enfin que
» les troupes Pruffiennes ont enlevé de fa maifon
>> le fieur de Sulkowsky , Véneur du grand Du-
>> ché de Lithuanie , & que la Cour de Berlin le
> retient jufqu'à préfent prifonnier dans la Forte-
2 refle de Glogau , après avoir enrôlé par force
» les gens tenus pour fa garde & pour fon ſervice
→ particulier.
On finit par demander , au nom des Miniftres
& du Sénat , les réparations convenables .
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Résumé : DE WARSOVIE, le 16 Avril.
Le 16 avril, 350 Suédois, contraints de servir dans les troupes prussiennes, se sont évadés et ont rejoint leurs anciens corps après avoir reçu une gratification du Baron de Hopken. Parallèlement, 40 déserteurs prussiens ont signalé une grande défection parmi les troupes prussiennes, avec de nombreux soldats enrôlés de force prévoyant de déserter après l'ouverture de la campagne. Le chancelier de la Couronne de Pologne a remis un mémoire au sieur Benoit, secrétaire de la légation prussienne, détaillant les griefs de la Pologne contre la Prusse. Ce mémoire accuse la Prusse de perturber le commerce polonais en arrêtant les voituriers et en confisquant les marchandises, d'interférer dans l'économie et l'administration de la justice à Dantzig, et de protéger des citoyens coupables. La Prusse est également accusée d'introduire une monnaie de mauvaise qualité en Pologne et d'exporter les bonnes espèces d'or et d'argent. De plus, les troupes prussiennes ont enlevé le sieur de Sulkowsky, véner du grand-duché de Lituanie, et le retiennent prisonnier à la forteresse de Glogau après avoir enrôlé de force ses gardes. Le mémoire demande des réparations appropriées au nom des ministres et du Sénat polonais.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 213
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume du Mercure de Janvier 1763 [...]
Mots clefs :
Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le fecond volume du Mercure de Janvier 1763
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
Fimpreffion. A Paris ce 15 Janvier 1763 .
GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le fecond volume du Mercure de Janvier 1763
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
Fimpreffion. A Paris ce 15 Janvier 1763 .
GUIROY.
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43
p. 211
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Février 1763, & je n'y ai rien [...]
Mots clefs :
Chancelier, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chancelier ,
le Mercure de Février 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 31 Janvier 1763. GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chancelier ,
le Mercure de Février 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 31 Janvier 1763. GUIROY.
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44
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu , par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Mars 1763 , & je n'y ai rien [...]
Mots clefs :
Chancelier, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBAT 10 N.
J'ai lu , par ordre de Mónſeigneur le Chancelier, ' AI
le Mercure de Mars 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , ce 28 Février 1763. GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Mónſeigneur le Chancelier, ' AI
le Mercure de Mars 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , ce 28 Février 1763. GUIROY.
Fermer
45
p. 181-182
De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
Début :
Le Duc Charles est encore dans son Palais : cependant on a loué dans la même rue cinq [...]
Mots clefs :
Duc, Résident, Duc de Courlande, Chancelier, Majesté impériale, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
Le Duc Charles eft encore dans fon Palais :
cependant on a loué dans la même rue cinq
maifons , qui doivent être occupées par le Duc de
Biren & fa famille ; ce qui fait penfer que les
Ruffes n'ont encore aucun ordre d'ufer de violence
envers le fils de Sa Majesté Polonoiſe ."
Le Réſident de Ruffie a envoyé des foldats chez
l'Imprimeur de cette Ville , & l'a forcé de
182 MERCURE DE FRANCE.
changer les feuilles déja imprimées d'un Alna.
nach pour la prefente année , dans lequel le
Prince Charles étoit nommé comme Duc de
Courlande : on a fait fubftituer à fon nom & à
Les titres le Duc de Biren.
Le Chancelier de Courlande ayant reçu ordre
de l'Impératrice de Rulie , par un refcrit que lui
communiqua le Réfident de cette Princelle , de
faire entendre au Prince Charles , que Sa Majefté
Impériale ayant pris la ferme réſolution de protéger
efficacement le Duc de Biren & de le réta
blir dans les Duchés de Courlandé & de Sémi
galle , le Prince n'avoit point de meilleur parti à
prendre ,que de le retirer de ces Duchés . Le Chancelier
s'étant acquitté de cette fâcheuse commiffion
, le Duc Charles l'a chargé de demander une
copie du refcrit au fieur Simolin , qui l'a refusée.
Le Prince a fait réponſe que , malgré la confidération
& le refpect qu'il devoit à l'Impératrice de
Ruffie , il n'avoit d'ordre à recevoir que du Roi
fon père , & qu'il les attendroit pour prendre fon
parci.
Le Duc Charles eft encore dans fon Palais :
cependant on a loué dans la même rue cinq
maifons , qui doivent être occupées par le Duc de
Biren & fa famille ; ce qui fait penfer que les
Ruffes n'ont encore aucun ordre d'ufer de violence
envers le fils de Sa Majesté Polonoiſe ."
Le Réſident de Ruffie a envoyé des foldats chez
l'Imprimeur de cette Ville , & l'a forcé de
182 MERCURE DE FRANCE.
changer les feuilles déja imprimées d'un Alna.
nach pour la prefente année , dans lequel le
Prince Charles étoit nommé comme Duc de
Courlande : on a fait fubftituer à fon nom & à
Les titres le Duc de Biren.
Le Chancelier de Courlande ayant reçu ordre
de l'Impératrice de Rulie , par un refcrit que lui
communiqua le Réfident de cette Princelle , de
faire entendre au Prince Charles , que Sa Majefté
Impériale ayant pris la ferme réſolution de protéger
efficacement le Duc de Biren & de le réta
blir dans les Duchés de Courlandé & de Sémi
galle , le Prince n'avoit point de meilleur parti à
prendre ,que de le retirer de ces Duchés . Le Chancelier
s'étant acquitté de cette fâcheuse commiffion
, le Duc Charles l'a chargé de demander une
copie du refcrit au fieur Simolin , qui l'a refusée.
Le Prince a fait réponſe que , malgré la confidération
& le refpect qu'il devoit à l'Impératrice de
Ruffie , il n'avoit d'ordre à recevoir que du Roi
fon père , & qu'il les attendroit pour prendre fon
parci.
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Résumé : De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
Le 17 janvier 1763, à Mittau, le Duc Charles réside dans son palais. Cependant, cinq maisons dans la même rue ont été louées pour le Duc de Biren et sa famille, indiquant que les Russes n'ont pas encore reçu l'ordre d'utiliser la violence contre le fils du roi de Pologne. Le résident russe a envoyé des soldats chez l'imprimeur de la ville pour modifier les feuilles déjà imprimées d'un almanach, remplaçant le nom et les titres du Prince Charles par ceux du Duc de Biren. Le chancelier de Courlande a reçu l'ordre de l'impératrice de Russie de faire savoir au Prince Charles que l'impératrice avait décidé de protéger et de rétablir le Duc de Biren dans les duchés de Courlande et de Sémigalle. Le Prince Charles a répondu qu'il n'avait d'ordre à recevoir que du roi son père et qu'il attendrait ses instructions pour agir.
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46
p. 158
DE FRANCFORT, le 5 Avril 1764.
Début :
Le Couronnement du Roi des Romains s'est fait avant hier avec la plus [...]
Mots clefs :
Couronnement, Roi des Romains, Cérémonie, Empereur, Prince, Comte, Chancelier
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texteReconnaissance textuelle : DE FRANCFORT, le 5 Avril 1764.
DE FRANCFORT , les Avril 1764.
Le Couronnement du Roi des Romains s'eft fait
avanthier avec la plus grande pompe. La cérémonie
a duré depuis dix heures du matin juſqu'à huit
heures du foir.
L'Empereur a élevé à la dignité de Princes
de l'Empire le Maréchal de Bathiani , ci-devant
Gouverneur de l'Archiduc Jofeph , aujourd'hui
Roi des Romains , & enfuite Grand-Maître de fa
Maiſon , le Comte de Kevenuller , Grand-Chambellan
de Sa Majesté Impériale ; le Comte de
Colloredo , Vice- Chancelier de l'Empire , & le
Comte de Kaunitz- Rittberg , Chancelier de Cour
& d'Etat de l'Impératrice Reine.
Le Couronnement du Roi des Romains s'eft fait
avanthier avec la plus grande pompe. La cérémonie
a duré depuis dix heures du matin juſqu'à huit
heures du foir.
L'Empereur a élevé à la dignité de Princes
de l'Empire le Maréchal de Bathiani , ci-devant
Gouverneur de l'Archiduc Jofeph , aujourd'hui
Roi des Romains , & enfuite Grand-Maître de fa
Maiſon , le Comte de Kevenuller , Grand-Chambellan
de Sa Majesté Impériale ; le Comte de
Colloredo , Vice- Chancelier de l'Empire , & le
Comte de Kaunitz- Rittberg , Chancelier de Cour
& d'Etat de l'Impératrice Reine.
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Résumé : DE FRANCFORT, le 5 Avril 1764.
Le 16 avril 1764 à Francfort, le couronnement du Roi des Romains a eu lieu de dix heures à huit heures du soir. L'Empereur a élevé plusieurs personnalités au rang de Princes de l'Empire. Le Maréchal de Bathiani est devenu Grand-Maître de la Maison du Roi. Les Comtes de Kevenuller, Colloredo et Kaunitz-Rittberg ont été nommés Grand-Chambellan, Vice-Chancelier de l'Empire et Chancelier de Cour et d'État de l'Impératrice Reine, respectivement.
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47
p. 206-208
MORTS.
Début :
Armand Nompar de Caumont, Duc de la Force, en Périgord, Pair de France, [...]
Mots clefs :
Duc, Colonel, Chanoine, Chancelier, Abbaye, Décès, Épouse, Princesse, Dame
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
T
Armand Nompar de Caumont , Duc de la
OCTOBRE. 1764. 207
Force , en Périgord , Pair de France , ancien
Colonel d'Infanterie , eft mort dans les Terres
le 3 Juillet , dans la foixante - fixiéme année de fon
âge.
Jofeph Barre , Chanoine Régulier de la Congré
gation de France , Chancelier de l'Abbaye Royale
de Sainte Géneviéve , & connu dans la Républi
que des Lettres par plufieurs Ouvrages eftimés ,
& en particulier par fon Hifiore Générale d'Allemagne
, eft mort à l'Abbaye de Sainte Généviéve
le 23 Juin , âgé de foixante - douze ans.
Le Comte d'Aydie, Lieutenant- Général des Armées
du Roi d'Eſpagne , ancien Viceroi de la
Vieille- Caftille , eft mort à fon Château en Périgord
le 3 Juillet , âgé de foixante - dix - huit ans.
Réné Olivier , Comte de Guefclin , eft mort
dans les Terres en Anjou , âgé de foixante- neuf
ans,
Louis Butty , Lyonnois & ancien Prévôt de la
Nation Françoife à Cadix , y eft mort le 9
Juin , agé de près de cent ans
Conftance - Gabrielle Magdelaine Dumoncel de
Lourailles , époufe de Louis - Gabriel de Bats ,
Marquis de Caftelmore , ancien Meftre de Camp
de Cavalerie , eft morte à Paris , le 9 Juillet
âgée de quarante- quatre ans.
Hyacinthe -Gabrielle de Cofnouailles de Saint
George époule de Claude René de Paris , Comte
de Soulanges , Lieutenant des Vaiffeaux du Roi ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
& Dame pour accompagner Mefdames , eft morte
à Compiegne , le Juillet , âgée de vingt- huit
ans .
1
ANGELIQUE - Victoire de Bournonville , Maréchale-
Ducheffe de Duras , Princelle de Bournonville
, Marquise de Richebourg Baronne de
Caumont , Comtelle de Henin- Liétard , Dame
208 MERCURE DE FRANCE.
.
de la Broye , le Boyle , Tamife , S. Amond ,
Bafferode , S. Gilles , Bellefuiwick & autres lieux ,
Dame d'honneur de Mefdames de France , &
époule de Jean de Durfort- Duras , Duc de Duras
, Marquis de Blanquefort , Conte de Rofan ,
Baron de Pujol , & c , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur & Lieutenant
-Général de la Franche-Comté , & Gouverneur
particulier des Ville & Citadelle de
Befarçon , eft morte le 30 du mois dernier dans
la foixante-dix -feptiéme année de fon âge. Les
Branches de Durfort - Duras , les Branches de
Durfort Boiffieres & les Branches de Durfort-
Deyme qui compofent toute la Maiſon de Durfort
, ont pris à cette occafion le deuil pour
fix mois.
*
DAMB Florence- Radegonde - Louife- Eléonor-
Julie Bruneau , Marquife de Crillon , eft morte
dans le Comtat d'Avignon le 6 Août . Sans
vouloir entrer ici dans fa Généalogie , le nom
emprunté fous lequel elle avoit été élevée avant
fon mariage avec le Marquis de Crillon , ayant
dû occafionner des recherches fur fa naiffance
nous copions mot pour mot les Certificats
originaux qu'on nous a remis.
T
Armand Nompar de Caumont , Duc de la
OCTOBRE. 1764. 207
Force , en Périgord , Pair de France , ancien
Colonel d'Infanterie , eft mort dans les Terres
le 3 Juillet , dans la foixante - fixiéme année de fon
âge.
Jofeph Barre , Chanoine Régulier de la Congré
gation de France , Chancelier de l'Abbaye Royale
de Sainte Géneviéve , & connu dans la Républi
que des Lettres par plufieurs Ouvrages eftimés ,
& en particulier par fon Hifiore Générale d'Allemagne
, eft mort à l'Abbaye de Sainte Généviéve
le 23 Juin , âgé de foixante - douze ans.
Le Comte d'Aydie, Lieutenant- Général des Armées
du Roi d'Eſpagne , ancien Viceroi de la
Vieille- Caftille , eft mort à fon Château en Périgord
le 3 Juillet , âgé de foixante - dix - huit ans.
Réné Olivier , Comte de Guefclin , eft mort
dans les Terres en Anjou , âgé de foixante- neuf
ans,
Louis Butty , Lyonnois & ancien Prévôt de la
Nation Françoife à Cadix , y eft mort le 9
Juin , agé de près de cent ans
Conftance - Gabrielle Magdelaine Dumoncel de
Lourailles , époufe de Louis - Gabriel de Bats ,
Marquis de Caftelmore , ancien Meftre de Camp
de Cavalerie , eft morte à Paris , le 9 Juillet
âgée de quarante- quatre ans.
Hyacinthe -Gabrielle de Cofnouailles de Saint
George époule de Claude René de Paris , Comte
de Soulanges , Lieutenant des Vaiffeaux du Roi ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
& Dame pour accompagner Mefdames , eft morte
à Compiegne , le Juillet , âgée de vingt- huit
ans .
1
ANGELIQUE - Victoire de Bournonville , Maréchale-
Ducheffe de Duras , Princelle de Bournonville
, Marquise de Richebourg Baronne de
Caumont , Comtelle de Henin- Liétard , Dame
208 MERCURE DE FRANCE.
.
de la Broye , le Boyle , Tamife , S. Amond ,
Bafferode , S. Gilles , Bellefuiwick & autres lieux ,
Dame d'honneur de Mefdames de France , &
époule de Jean de Durfort- Duras , Duc de Duras
, Marquis de Blanquefort , Conte de Rofan ,
Baron de Pujol , & c , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur & Lieutenant
-Général de la Franche-Comté , & Gouverneur
particulier des Ville & Citadelle de
Befarçon , eft morte le 30 du mois dernier dans
la foixante-dix -feptiéme année de fon âge. Les
Branches de Durfort - Duras , les Branches de
Durfort Boiffieres & les Branches de Durfort-
Deyme qui compofent toute la Maiſon de Durfort
, ont pris à cette occafion le deuil pour
fix mois.
*
DAMB Florence- Radegonde - Louife- Eléonor-
Julie Bruneau , Marquife de Crillon , eft morte
dans le Comtat d'Avignon le 6 Août . Sans
vouloir entrer ici dans fa Généalogie , le nom
emprunté fous lequel elle avoit été élevée avant
fon mariage avec le Marquis de Crillon , ayant
dû occafionner des recherches fur fa naiffance
nous copions mot pour mot les Certificats
originaux qu'on nous a remis.
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Résumé : MORTS.
En octobre 1764, plusieurs personnalités notables sont décédées. Armand Nompar de Caumont, Duc de La Force, Pair de France et ancien Colonel d'Infanterie, est mort le 3 juillet à 65 ans. Joseph Barre, Chanoine Régulier de la Congrégation de France et Chancelier de l'Abbaye Royale de Sainte-Geneviève, connu pour son Histoire Générale d'Allemagne, est décédé le 23 juin à 62 ans. Le Comte d'Aydie, Lieutenant-Général des Armées du Roi d'Espagne et ancien Viceroi de la Vieille-Castille, est mort le 3 juillet à 68 ans. René Olivier, Comte de Guefclin, est décédé en Anjou à 69 ans. Louis Butty, ancien Prévôt de la Nation Française à Cadix, est mort le 9 juin à près de 100 ans. Constance-Gabrielle Magdelaine Dumoncel de Lourailles, épouse du Marquis de Castelmore, est décédée à Paris le 9 juillet à 44 ans. Hyacinthe-Gabrielle de Cosnouvaille de Saint George, épouse du Comte de Soulanges, est morte à Compiègne en juillet à 28 ans. Angelique-Victoire de Bournonville, Maréchale-Duchesse de Duras, est décédée le 30 du mois précédent à 67 ans. Florence-Radegonde-Louise-Éléonore-Julie Bruneau, Marquise de Crillon, est morte dans le Comtat d'Avignon le 6 août.
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48
p. 144
De PARIS, le 10 Août 1764.
Début :
Claude Rousselet, Chanoine Regulier de la Congregation de France, [...]
Mots clefs :
Chanoine, Claude Rousselet, Abbaye royale, Chancelier, Nomination, Université
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 10 Août 1764.
De PARIS , le 10 Août 1764.
Claude Rouffeler , Chanoine Regulier de la
Congrégation de France , Licencié en Droit
Canonique & Civil , & Profeffeur en Théolo
gie dans l'Abbaye Royale de Ste Geneviève ,
nommé par l'Abbé à la place de Chancelier de
Ste Genevieve & de l'Univerfité de Paris , a
été reçu en cette dernière qualité dans une Affemblée
extraordinaire de l'Univerfité tenue aux
Mathurins le 3 de ce mois.
Claude Rouffeler , Chanoine Regulier de la
Congrégation de France , Licencié en Droit
Canonique & Civil , & Profeffeur en Théolo
gie dans l'Abbaye Royale de Ste Geneviève ,
nommé par l'Abbé à la place de Chancelier de
Ste Genevieve & de l'Univerfité de Paris , a
été reçu en cette dernière qualité dans une Affemblée
extraordinaire de l'Univerfité tenue aux
Mathurins le 3 de ce mois.
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