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1
p. 20-57
LA MALADIE DE L'AMOUR.
Début :
L'Amour ne faisant pas moins parler de luy que la Mort / Les Graces venoient de laisser l'Amour entre les bras du [...]
Mots clefs :
Amour, Grâces, Destin, Beautés, Jeunesse, Maladie, Remèdes, Bonheur, Vénus, Hyménée , Plaisirs, Mercure, Éloignement, Temps, Raison
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texteReconnaissance textuelle : LA MALADIE DE L'AMOUR.
L'Amour ne faifant pas moins parler de luy que la Mort, adonnélieu depuis quelque temps à la Piece
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
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Résumé : LA MALADIE DE L'AMOUR.
Le texte relate une conversation entre l'Amour et les Grâces, suivie par l'intervention de Vénus et Mercure. L'Amour, épuisé par les ingratitudes et les comportements injustes des hommes, décide de se retirer et de se reposer. Les Grâces, inquiètes, lui préparent un lit de roses et tentent de le consoler. L'Amour exprime son désir de tranquillité et critique les hommes pour leur inconstance et leur ingratitude, refusant de revenir sur terre et préférant rester avec les Grâces. Vénus, furieuse de voir ses temples profanés, tente de convaincre son fils de revenir, mais sans succès. Mercure informe l'Amour des changements sur terre, où l'intérêt et la discorde règnent. L'Amour se réjouit de ces malheurs, trouvant son repos doux et agréable. La Raison intervient alors et demande à l'Amour de revenir pour rétablir l'ordre et la justice. Parallèlement, une conversation critique l'absence de l'Amour, qui a laissé le monde dans le chaos. La Raison et la Gloire rappellent l'importance de l'Amour, soulignant que sans lui, les exploits héroïques sont vains et que la valeur sans amour est aveugle et brutale. La Beauté, la Constance, la Galanterie et les Plaisirs se plaignent également de leur souffrance due à l'absence de l'Amour, qui a conduit à une débauche brutale parmi les jeunes gens. Touché par ces plaintes, l'Amour accepte de revenir à condition que la Raison et la Gloire l'accompagnent pour éviter les brutalités et les mauvaises interprétations. Les Grâces approuvent cette décision, promettant de ne plus abandonner l'Amour.
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2
p. 273-275
BALADE.
Début :
Le Cavalier que vous me mandez qui se marie par amour dans / Dans ce Hameau je voy de toutes parts [...]
Mots clefs :
Hameau, Amour, Bacchus, Cérès, Hyménée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALADE.
Le Cavalier que vous me mandez
qui se marie par amour dans
vostre Province, ne fuit pas l'avis
d'une Personne des plus spirituelles
de vostre beau Sexe. Je
parlede l'illettré Madame des
Houlieres, qui s'est déclarée sur
cette nlatÏere: par les Vers qui
suivent.
BALADE.
DAns ce HAmeAHje voy de tontes
parts
De beaux atours mainte Fillete ornée;
Je gagerois quequelque jeune Gars
Avec Catin unit sa destinée.
Elleal'oeil doux,Ile a les traits mi¡nars,.
L\iirgratieux, l'humeur point obstinée)
Maisgranddéfautgasse toussesattraits.
Pointriad'icits-Poiir belle qu'on {oiltée,
L' Amour languitlansBacchus & Cerés.
De doux propos & d'ttmottreux regards
On nesçauroitvivre toute tdnnée.
Jeunes v'aryf deviennenttoifVieillards,'
Quanileurconvientjeûner chaque journée;
Soucis p"lJàm chassentpensers çra'llaràs*
TendreJJè alors est en bref terminée;
S'il en paroiss, ce riefl qu'ad honoles.>
Far maints grands Clercs fAffaire examinée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés,
L'Atre entouré duntasaEnfascriards,
De Créanciers la Porte environnée,
D'untrifte hymen totales autres hasards,
Font endurerpeine d'Ame damnée,
Et donnentjoyeaivfeJ-'însbab'IUirds.
Minh'!s dont fut la tcfle couronne
Voironvoudrait transformez, en Cjprès. un tel desirpoint ne fuisétonnée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés.
1 - ENVOY.
V-ous, gui damourfîtivezlss Etendars,
Pointfiecroyez cauteleux Papelars3
DisansBeautésuffitpourthymenée.
Si vom voûtez, en toutfaireflorès,
'avecBeautéçrosse dot (oit donnée,
L'Amour languitsansBacchus &Cerés.
qui se marie par amour dans
vostre Province, ne fuit pas l'avis
d'une Personne des plus spirituelles
de vostre beau Sexe. Je
parlede l'illettré Madame des
Houlieres, qui s'est déclarée sur
cette nlatÏere: par les Vers qui
suivent.
BALADE.
DAns ce HAmeAHje voy de tontes
parts
De beaux atours mainte Fillete ornée;
Je gagerois quequelque jeune Gars
Avec Catin unit sa destinée.
Elleal'oeil doux,Ile a les traits mi¡nars,.
L\iirgratieux, l'humeur point obstinée)
Maisgranddéfautgasse toussesattraits.
Pointriad'icits-Poiir belle qu'on {oiltée,
L' Amour languitlansBacchus & Cerés.
De doux propos & d'ttmottreux regards
On nesçauroitvivre toute tdnnée.
Jeunes v'aryf deviennenttoifVieillards,'
Quanileurconvientjeûner chaque journée;
Soucis p"lJàm chassentpensers çra'llaràs*
TendreJJè alors est en bref terminée;
S'il en paroiss, ce riefl qu'ad honoles.>
Far maints grands Clercs fAffaire examinée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés,
L'Atre entouré duntasaEnfascriards,
De Créanciers la Porte environnée,
D'untrifte hymen totales autres hasards,
Font endurerpeine d'Ame damnée,
Et donnentjoyeaivfeJ-'însbab'IUirds.
Minh'!s dont fut la tcfle couronne
Voironvoudrait transformez, en Cjprès. un tel desirpoint ne fuisétonnée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés.
1 - ENVOY.
V-ous, gui damourfîtivezlss Etendars,
Pointfiecroyez cauteleux Papelars3
DisansBeautésuffitpourthymenée.
Si vom voûtez, en toutfaireflorès,
'avecBeautéçrosse dot (oit donnée,
L'Amour languitsansBacchus &Cerés.
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Résumé : BALADE.
Madame des Houlières a exprimé son avis sur le mariage par amour dans une ballade. Cette ballade décrit les qualités et les défauts des jeunes filles et met en garde contre les dangers de l'amour sans soutien matériel. Elle souligne que l'amour seul ne suffit pas pour un mariage heureux et durable, car il nécessite également des ressources, symbolisées par Bacchus et Cérès, représentant respectivement le vin et les récoltes. La ballade critique les mariages sans dot et met en avant les souffrances que peuvent endurer les couples sans ressources. Elle conclut en affirmant que l'amour languit sans le soutien matériel.
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3
p. 138-146
A MADAME DE ***
Début :
Le Mariage dont vous me parlez est fait. L'aimable Personne / Rien n'est plus certain, Madame. L'Anglois qui a [...]
Mots clefs :
Amour, Mariage, Langue, Angleterre, Coeur, Langage, Hyménée , Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE ***
Le Mariage dont vous me
parlez eft fait . L'aimable PerGALANT
139
e
kurt juin Leute , you
rez bien aife de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
128 MERCURE
f
1
S
ariage dont vous me
ft fait. L'aimable PerGALANT.
139
7
*
fonne, à l'avantage de qui vô
tre Parente vous a écrit tant
de chofes , s'eft réfoluë à paffer
fa vie en Angleterre , où
elle a fuivy l'Anglois qui a
fceu toucher fon coeur. Ce
qu'il y a de particulier , c'eſt
qu'aucun des deux n'entendant
la Langue de l'autre , ils
feront réduits pendant quelque
temps à ne fe parler que
par Interprétes . Un Amy de
la Mariée qui s'eft rencontré
à Londres , lors qu'elle y eft
arrivée , a écrit là deffus une
fort jolie Lettre , que vous ferez
bien- aiſe de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
140 MERCURE
255:22222 2522: 2222
A MADAME DE *** :
R
dame.
ne
Ien n'eft plus certain , Madame.
L'Anglois qui a
époufé Mademoiselle de ***
parle point notre Langue , &
Mademoiselle de *** ne sçait
pas un mot d'Anglois . Cela paroift
d'abord affez bizarre , mais
c'eft faute de bien confiderer ce
dont il s'agit.
Dés le moment qu'un cour
foûpire ,
On connoift en tous lieux ce que
cela veut dire ,.
GALANT. 141
Et malgré Babel & fa Tour,
Dans le Climat le plus fauvage,
Ne demandez que de l'amour ,
On entendra voſtre langage .
La Terre en mille Etats à beau fe
partager;
En Afie, en Afrique, en Europe,
il n'importe
L'Amour n'eft jamais Eträger
En quelque Païs qu'on le
porte .
Comme il eft Pere de tous les
Hommes , il eft entendu de tous
fes Enfans. Il eft vray que quand
"il veut faire quelque mauvais
coup , comme ilfaut qu'il fe maf
que et qu'il se déguife , il faut
auffi qu'il fe ferve de la Langue
#
142 MERCURE
du Pais ; mais quand il eft conduit
par l'Hymenée ,fans lequel
il ne peut estre recen chez les
honneftes Gens , il luyfuffit defe
montrer pourfe faire entendre.
En quelque Langue qu'il s'exprime,
On fçait d'abord ce qu'il prétend
;
Et dés qu'il peut parler fans
crime,
Une honnefte Fille l'entend.
La raison de cela , c'eſt que
la Langue d'Amour n'eft
qu'une tradition tres fimple &
tres aifée , dont la Nature eft dépofitaire
, & qu'elle ne manque
GALANT. 143
jamais de reveler à toutes les
Filles quand elles en ont besoin.
Parmy toutes les Nations
Si toft que l'on en vient aux pri
vautez fecretes ,
L'Hymen en ces occafions
A certaines expreffions
Quin'ont point befoin d'interpretes.
que
Ne vous étonnez donc point
deux Perfonnes Etrangeres ,
d'un langagefidiférent, ayent
pú fe résoudre de fe marier enfemble
, & croyez comme un Article
de Foy naturelle, que
fortes de myfleres , tout le monde
parle François . Ajoûtez à cela
dans ces
144 MERCURE
que de jeunes Epoux ont leur
maniere particuliere de s'entretenir
indépendamment de toutes.
les Langues de la Terre.
Les plus beaux difcours qu'on
entend,
Pour des cours enflamez font des -
contes frivoles ,
Et l'Amour pour eftre content
,
Ne s'amufe pas aux paroles .
L'Amour est la feule de tou--
tes les Divinitez dont le fervice
n'a jamais changé ; fon culte est
encore à préfent tel qu'il eftoit au
commencement du Monde. On
luy adreffe les mefmes voeux , on
luy
GALANT. 145
luy fait les mefmes Sacrifices ; on
luy immole les mefmes Victimes ;
quand deux Amans veulent
bien affifter en perfonne à fes
Mifteresfecrets , on n'en a pas fitoft
chaffe les Prophanes , que
pleins de ce Dieu qui les poffede,
ils en comprennent en un moment
toutes les Ceremonies , &
tout ce qui fe fait en fon honneur.
Si vous faifiez ce for Argument
à Thomas Diafoirus ; Vos
deux Epoux ne parlent pas
la mefme Langue ; Ergo , ils
ne s'entendent pas. Il vous
répondroit. Diftinguo , Made-
Février 1685.
N
146 MERCURE
moifelle. Ils ne s'entendent
pas le jour. Concedo , Mademoifelle.
Ils ne s'entendent
pas la nuit. Nego , Mademoifelle
. Or s'entendre la nuit , c'eft
s'entendre la moitié de la vie,
c'est beaucoup pour des Mariez.
Teconnois bien des Gens, &
vous auffi , qui parlent tres bon
François , & qui n'en demanderoient
pas d'avantage.
Qu'un Mariage eft plein d'appas
Quand la nuit un Epoux peur
contenter la Alame,
Et que le jour il n'entend pas
Les fottifes que dit fa Femme.
parlez eft fait . L'aimable PerGALANT
139
e
kurt juin Leute , you
rez bien aife de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
128 MERCURE
f
1
S
ariage dont vous me
ft fait. L'aimable PerGALANT.
139
7
*
fonne, à l'avantage de qui vô
tre Parente vous a écrit tant
de chofes , s'eft réfoluë à paffer
fa vie en Angleterre , où
elle a fuivy l'Anglois qui a
fceu toucher fon coeur. Ce
qu'il y a de particulier , c'eſt
qu'aucun des deux n'entendant
la Langue de l'autre , ils
feront réduits pendant quelque
temps à ne fe parler que
par Interprétes . Un Amy de
la Mariée qui s'eft rencontré
à Londres , lors qu'elle y eft
arrivée , a écrit là deffus une
fort jolie Lettre , que vous ferez
bien- aiſe de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
140 MERCURE
255:22222 2522: 2222
A MADAME DE *** :
R
dame.
ne
Ien n'eft plus certain , Madame.
L'Anglois qui a
époufé Mademoiselle de ***
parle point notre Langue , &
Mademoiselle de *** ne sçait
pas un mot d'Anglois . Cela paroift
d'abord affez bizarre , mais
c'eft faute de bien confiderer ce
dont il s'agit.
Dés le moment qu'un cour
foûpire ,
On connoift en tous lieux ce que
cela veut dire ,.
GALANT. 141
Et malgré Babel & fa Tour,
Dans le Climat le plus fauvage,
Ne demandez que de l'amour ,
On entendra voſtre langage .
La Terre en mille Etats à beau fe
partager;
En Afie, en Afrique, en Europe,
il n'importe
L'Amour n'eft jamais Eträger
En quelque Païs qu'on le
porte .
Comme il eft Pere de tous les
Hommes , il eft entendu de tous
fes Enfans. Il eft vray que quand
"il veut faire quelque mauvais
coup , comme ilfaut qu'il fe maf
que et qu'il se déguife , il faut
auffi qu'il fe ferve de la Langue
#
142 MERCURE
du Pais ; mais quand il eft conduit
par l'Hymenée ,fans lequel
il ne peut estre recen chez les
honneftes Gens , il luyfuffit defe
montrer pourfe faire entendre.
En quelque Langue qu'il s'exprime,
On fçait d'abord ce qu'il prétend
;
Et dés qu'il peut parler fans
crime,
Une honnefte Fille l'entend.
La raison de cela , c'eſt que
la Langue d'Amour n'eft
qu'une tradition tres fimple &
tres aifée , dont la Nature eft dépofitaire
, & qu'elle ne manque
GALANT. 143
jamais de reveler à toutes les
Filles quand elles en ont besoin.
Parmy toutes les Nations
Si toft que l'on en vient aux pri
vautez fecretes ,
L'Hymen en ces occafions
A certaines expreffions
Quin'ont point befoin d'interpretes.
que
Ne vous étonnez donc point
deux Perfonnes Etrangeres ,
d'un langagefidiférent, ayent
pú fe résoudre de fe marier enfemble
, & croyez comme un Article
de Foy naturelle, que
fortes de myfleres , tout le monde
parle François . Ajoûtez à cela
dans ces
144 MERCURE
que de jeunes Epoux ont leur
maniere particuliere de s'entretenir
indépendamment de toutes.
les Langues de la Terre.
Les plus beaux difcours qu'on
entend,
Pour des cours enflamez font des -
contes frivoles ,
Et l'Amour pour eftre content
,
Ne s'amufe pas aux paroles .
L'Amour est la feule de tou--
tes les Divinitez dont le fervice
n'a jamais changé ; fon culte est
encore à préfent tel qu'il eftoit au
commencement du Monde. On
luy adreffe les mefmes voeux , on
luy
GALANT. 145
luy fait les mefmes Sacrifices ; on
luy immole les mefmes Victimes ;
quand deux Amans veulent
bien affifter en perfonne à fes
Mifteresfecrets , on n'en a pas fitoft
chaffe les Prophanes , que
pleins de ce Dieu qui les poffede,
ils en comprennent en un moment
toutes les Ceremonies , &
tout ce qui fe fait en fon honneur.
Si vous faifiez ce for Argument
à Thomas Diafoirus ; Vos
deux Epoux ne parlent pas
la mefme Langue ; Ergo , ils
ne s'entendent pas. Il vous
répondroit. Diftinguo , Made-
Février 1685.
N
146 MERCURE
moifelle. Ils ne s'entendent
pas le jour. Concedo , Mademoifelle.
Ils ne s'entendent
pas la nuit. Nego , Mademoifelle
. Or s'entendre la nuit , c'eft
s'entendre la moitié de la vie,
c'est beaucoup pour des Mariez.
Teconnois bien des Gens, &
vous auffi , qui parlent tres bon
François , & qui n'en demanderoient
pas d'avantage.
Qu'un Mariage eft plein d'appas
Quand la nuit un Epoux peur
contenter la Alame,
Et que le jour il n'entend pas
Les fottifes que dit fa Femme.
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Résumé : A MADAME DE ***
Le texte décrit un mariage entre une jeune femme française et un homme anglais. Les époux ne parlent pas la même langue, ce qui les contraint à utiliser des interprètes pour communiquer. Un ami de la mariée, rencontré à Londres, a rédigé une lettre relatant cette situation. Le texte met en avant que l'amour surmonte les barrières linguistiques, permettant aux jeunes mariés de se comprendre malgré leurs différences. Il souligne que l'amour est universel et que les couples trouvent des moyens uniques de communiquer, particulièrement dans l'intimité. Le texte conclut en affirmant que se comprendre la nuit est suffisant pour un couple marié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 11-17
LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Début :
Les Vers qui suivent sont de M. le Clerc de / Digne Heritier d'Armand, & de tous tes Ayeux, [...]
Mots clefs :
Héritiers, Monarque, Palais, Attraits, Saisons, Pleurs, Amour, Paix, Richesses, Douceur, Hyménée , Successeurs, Ombre, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Les Vers qui fuivent font de M. le
Clerc de l'Academie Françoife ; ils
furentprefentez à Me le Duc & à Madame
la Ducheffe de Richelieu, le jour
que cette Ducheffefit fon Entrée dans
la Ville qui portefon nom . Ie vous en
ay envoyé une Relation tres ample dans
Pune de mes Lettres ordinaires..
Sa
12 Extraordinaire
52:5252 5252-525252
LA NYMPHE
DE RICHELIEU
A MONSIEUR LE DUC ,
& à Madame la Ducheffe
de Richelieu .
DigneHeritier &Armand , & da
tous tes yeux ,
Depuis que noftre Grand Monarque
Pour t'approcher de luy te fit quitter ces
lieux ,
Tous nos jours furent ennuyeux
Et de noftre langueur tout y portoit la
marque :
Ces Promenoirs charmans , ce fuperba
Palais ,
Où l'Art a feme tant d'attraits ,
N'eftoient plus qu'une affreuse & vafte
folitude,
du
Mercure Galant. 13
L'horreur regnoit dans nos Boccages
verds,
Le Printemps le plus doux n'avoit rien
que de rude ,
Et l'Autonne & l'Efté n'eftoient que des
Hyvers. $12
Que Pay versé de pleurs , & poußé de
Soupirs
Durant une fi longue abfence !
Enfin le Ciel propice exauce nos defirs
Tu nous ramenes les plaifirs ,
Noftre felicité paffe noftre esperance ;
Ton illuftre Moitié , l'Ornement de la
Cour ,
Le digne choix de ton Amour
Fait briller dans ces lieux fes vertus &
fes charmes;
On voit les fleurs y naiftre fous fespas,
Elle y répand la joye , elle en bannit les
larmes ,
Et les remplit par tout de graces
d'appas.
ទ
&
Voy tes heureux Vaſſaux venir de tous
coftez
८
14
Extraordinaire
En foule pour luy rendre hommage :
Voy que de fa douceur leurs coeursfont
enchantez ;
Voy leurs yeux fur elle arreftez:
Voy la joye & Amour peintes fur leur
viſage ;
Voy prefs à vous fervir leurs Bataillons
armez ,
Et par vos regards animez
Au milieu de laPaix reprefenter la guerre.
Ah! s'il falloit combattre leur
pour
Roy ,
Tu les verrois te fuivre aux deux bouts
de la Terre,
Pour feconder ten zele , & fignaler leur
foy.
Couple chery du Ciel, joüiffez pleinement
Du fort de vos belles années ,
C'est pour vous que fut fait ce Palais fi
Et
charmant ,
par les foins du grand Armand ,
Ces richeffes fans prix vous furent deſtinées
:
(
du Mercure Galant .
15 .
Tout rit à vostre abord , tout y devient
plus beau,
Tout y prend un éclat nouveau,
Nos Bois en font plus gais, nos fardins
refleuriffent,
De nos Vergers les ruiffeaux font plus
clairs ,
Avec plus de vigueur nos Fontaines
jaliffent,
Et d'un plus noble effort s'élancent
dans les airs .
Ces reftes précieux de la rigueur des ans ,
Qui n'en ofa faire fa proye,
Ces Heres , ces faux Dieux dans le
marbre vivans,
Si cheris des Maistres fçavans ,
D'un langage muet vous expriment
leur joye.
Vous avez rendu l'ame à ces fiers
baftimens ,
A ces pompeux appartemens,
A ces riches lambris qui me fem bloient
fi fombres,
3
16 Extraordinaire
Sur l'Orifon l'Aftre de la clarté
Ainfi des triftes nuits vient diffiper
les ombres ,
Et rend à l'Univers fa premiere beauté.
W
Que de plaifirs font joints au plaifir
de vous voir !
La douceur n'en eft point bornée.
Quel prefage flateur , quel favorable
espoir
Ne pouvons - nous pas concevoir
De ce Fruit fi charmant né de vostre
Hymenée ?
Ce tendre & cher Objet , ce jeune
Aftre naiffant,
De qui le regard innocent
Semble déja des coeurs méditer la conqueßte
,
D'un Fils illuftre, est le gage a
feuré,
D'un Fils qui de lauriers couronnera
fa tefte ,
D'un Fils tel qu'il le faut , tel qu'il
eft defiré.
du Mercure Galant.
17
3
Sous ces toits fortunez , fous ce noble
climat,
Nâquit Armand, qui par fes veilles
De tous nos Ennemis fit triompher l'Etat
,
Mais qui de noftre Potentat
Euft eu peine à prévoir les divines
merveilles.
Son Ombre vous demande encor um
Succeffeur,
De qui l'efprit , de qui le coeur
Soutiennent vostre nom , & remplif
Sent l'Hiftoire ,
Palais augufte , admirable Sejour,
Quelle douceur pour nous , quel bon
heur , quelle gloire,
Si ce Heros pouvoit recevoir. le
jour!
Clerc de l'Academie Françoife ; ils
furentprefentez à Me le Duc & à Madame
la Ducheffe de Richelieu, le jour
que cette Ducheffefit fon Entrée dans
la Ville qui portefon nom . Ie vous en
ay envoyé une Relation tres ample dans
Pune de mes Lettres ordinaires..
Sa
12 Extraordinaire
52:5252 5252-525252
LA NYMPHE
DE RICHELIEU
A MONSIEUR LE DUC ,
& à Madame la Ducheffe
de Richelieu .
DigneHeritier &Armand , & da
tous tes yeux ,
Depuis que noftre Grand Monarque
Pour t'approcher de luy te fit quitter ces
lieux ,
Tous nos jours furent ennuyeux
Et de noftre langueur tout y portoit la
marque :
Ces Promenoirs charmans , ce fuperba
Palais ,
Où l'Art a feme tant d'attraits ,
N'eftoient plus qu'une affreuse & vafte
folitude,
du
Mercure Galant. 13
L'horreur regnoit dans nos Boccages
verds,
Le Printemps le plus doux n'avoit rien
que de rude ,
Et l'Autonne & l'Efté n'eftoient que des
Hyvers. $12
Que Pay versé de pleurs , & poußé de
Soupirs
Durant une fi longue abfence !
Enfin le Ciel propice exauce nos defirs
Tu nous ramenes les plaifirs ,
Noftre felicité paffe noftre esperance ;
Ton illuftre Moitié , l'Ornement de la
Cour ,
Le digne choix de ton Amour
Fait briller dans ces lieux fes vertus &
fes charmes;
On voit les fleurs y naiftre fous fespas,
Elle y répand la joye , elle en bannit les
larmes ,
Et les remplit par tout de graces
d'appas.
ទ
&
Voy tes heureux Vaſſaux venir de tous
coftez
८
14
Extraordinaire
En foule pour luy rendre hommage :
Voy que de fa douceur leurs coeursfont
enchantez ;
Voy leurs yeux fur elle arreftez:
Voy la joye & Amour peintes fur leur
viſage ;
Voy prefs à vous fervir leurs Bataillons
armez ,
Et par vos regards animez
Au milieu de laPaix reprefenter la guerre.
Ah! s'il falloit combattre leur
pour
Roy ,
Tu les verrois te fuivre aux deux bouts
de la Terre,
Pour feconder ten zele , & fignaler leur
foy.
Couple chery du Ciel, joüiffez pleinement
Du fort de vos belles années ,
C'est pour vous que fut fait ce Palais fi
Et
charmant ,
par les foins du grand Armand ,
Ces richeffes fans prix vous furent deſtinées
:
(
du Mercure Galant .
15 .
Tout rit à vostre abord , tout y devient
plus beau,
Tout y prend un éclat nouveau,
Nos Bois en font plus gais, nos fardins
refleuriffent,
De nos Vergers les ruiffeaux font plus
clairs ,
Avec plus de vigueur nos Fontaines
jaliffent,
Et d'un plus noble effort s'élancent
dans les airs .
Ces reftes précieux de la rigueur des ans ,
Qui n'en ofa faire fa proye,
Ces Heres , ces faux Dieux dans le
marbre vivans,
Si cheris des Maistres fçavans ,
D'un langage muet vous expriment
leur joye.
Vous avez rendu l'ame à ces fiers
baftimens ,
A ces pompeux appartemens,
A ces riches lambris qui me fem bloient
fi fombres,
3
16 Extraordinaire
Sur l'Orifon l'Aftre de la clarté
Ainfi des triftes nuits vient diffiper
les ombres ,
Et rend à l'Univers fa premiere beauté.
W
Que de plaifirs font joints au plaifir
de vous voir !
La douceur n'en eft point bornée.
Quel prefage flateur , quel favorable
espoir
Ne pouvons - nous pas concevoir
De ce Fruit fi charmant né de vostre
Hymenée ?
Ce tendre & cher Objet , ce jeune
Aftre naiffant,
De qui le regard innocent
Semble déja des coeurs méditer la conqueßte
,
D'un Fils illuftre, est le gage a
feuré,
D'un Fils qui de lauriers couronnera
fa tefte ,
D'un Fils tel qu'il le faut , tel qu'il
eft defiré.
du Mercure Galant.
17
3
Sous ces toits fortunez , fous ce noble
climat,
Nâquit Armand, qui par fes veilles
De tous nos Ennemis fit triompher l'Etat
,
Mais qui de noftre Potentat
Euft eu peine à prévoir les divines
merveilles.
Son Ombre vous demande encor um
Succeffeur,
De qui l'efprit , de qui le coeur
Soutiennent vostre nom , & remplif
Sent l'Hiftoire ,
Palais augufte , admirable Sejour,
Quelle douceur pour nous , quel bon
heur , quelle gloire,
Si ce Heros pouvoit recevoir. le
jour!
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Résumé : LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Le poème célèbre le retour du Duc et de la Duchesse de Richelieu dans leur ville. Les auteurs expriment leur joie et leur soulagement après une longue absence, notant que la présence du couple a transformé les lieux lugubres en un espace de bonheur et de beauté. La Duchesse est particulièrement louée pour ses vertus et ses charmes, qui apportent joie et grâce. Les vassaux manifestent leur enthousiasme et leur dévouement, prêts à servir et à combattre pour eux. Le palais, restauré et animé par leur présence, est décrit comme riche et beau. Le texte mentionne également la naissance d'un fils, annonçant un avenir glorieux, et fait référence à Armand, le fondateur du palais, qui espère un successeur digne de son héritage.
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5
p. 156-166
EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
Début :
Un Envoyé du brillant Hymenée [...]
Mots clefs :
Hyménée , Vénus, Plaisirs, Beauté, Jeunesse, Flore, Amour, Mariée , Contrat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
EXTRAIT
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
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Résumé : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
La Gazette de Cithère du 4 décembre 1713 relate une scène où l'Hyménée, dieu du mariage, est accueilli par Vénus et les Rires. L'Hyménée évoque une coupe qui réjouit la table des Dieux et exprime le désir de retrouver les plaisirs et les jeux. Il mentionne un jeune individu comparé à Hébé et à la jeunesse, avec la beauté de Flore et de l'Aurore, et des attraits hérités de sa mère. Ce jeune individu, non encore soumis à un quelconque empire, possède cent beautés et est comparé à la jeune Pleneuf, reconnue par la Reine d'Amathonte. L'Hyménée exprime son courroux mais se souvient que la mère du jeune individu était plus jeune lorsqu'elle s'est mariée par amour, ce qui a bénéficié à sa famille. Il appelle l'Amour à l'aider, surtout dans les cas où la première nuit assemble mère et fille sous le même toit, pour éviter toute erreur. Il conseille de bien examiner avant de marier une fille ayant une mère jeune. Enfin, il invite l'enfant amoureux à cueillir un baiser sur les lèvres de Cithérée pour les époux heureux, afin que ce baiser les remplisse de flamme et demeure à jamais dans leur âme.
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6
p. 103-113
ARTICLE DES SPECTACLES
Début :
Le 7 du mois dernier, l'Academie Royale de Musique représenta [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Tragédie, Auteurs de musique, Opéra, Versificateur, Fable, Ariane , Minos, Minotaure, Thésée, Crète, Princesse, Jalousie, Hyménée , Athéniens, Vaisseau, Labyrinthe, Actes, Comédiens italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES
ARTICLE DES SPECTACLES
E l'Aca-
Ldemie Royale de Mufique repréfenta
pour la prémiére fois
ARIANE , Tragédie nouvelle .
M. Roy & M. de la Grange font
Auteurs du Poëme..
Le fieur Mouret eft Auteur de
la Mufique.
Cet Opéra n'a pas été accueilli
favorablement du Public. Je crois
néanmoins qu'on fera bien aiſe d'en
voir le Plan.
Les Auteurs du Poëme me permettront
, s'il leur plaît , de dire
en général , qu'il s'en faut beaucoup
que la Fable de leur Piéce
réponde à la haute espérance que
le Public avoit concuë de leur
union. Il n'étoit pas cependant poffible
que deux Verfificateurs de leur
104 LE MERCURE
mérite ne répandiffent dans l'ouvra.
ge commun , grand nombre de traits
marqués au coin du Génie. Auffi
peut-on dire qu'il n'y a aucun Acte
dans lequel on ne trouve des Morceaux
faillants , des graces neuves,
des hardieffes heureufes mais cela
ne fuffit pas pour fauver un Ouvrage
dont le tiffu n'est pas induf
trieux ; rien ne rachette le vice d'une
Fable qui viole les bienfeances
ou qui pêche contre la vrai -femblance
, telle eft la Fable d'Ariane .
FABLE DE LA TRAGEDIE
d'Ariane.
ANDROGE'E fils de Minos
ayant été affaffiné par les Athéniens
; les Crétois arment contre
les Coupables , & les forcent par
un Traité de Paix ,à livrer tous les
ans , certain nombre d'Athéniens ,
pour être dévorez par le Minotaure
afin de venger la mort d'Androgée
.
THESE'E Voulant affranchir les
D'AVRI L. 105
Athéniens de ce barbare Tribut ,
forme une Ligue puiffante. Vingt
Roys fes Alliez , s'embarquent avec
lui pour defcendre en Créte :
la Flotte conféderée et battue
de la Tempête ; tout l'Armement
périt , & le feul Vaiffeau qui
porte Théfée eft jetté par les vents
au Port de Sydonie en Créte.
MINOS eft parti pour fe faire
livrer les Victimes Athéniénes , il a
deffendu en partant qu'on laiffât entrer
aucun Etranger dans le Port .
ARIANE reçoit Théfée , &
quoiquelle ne voye en lui qu'un
Etranger fans nom , elle s'enfâmme
pourcet inconnu d'une violente
paffion.
On annonce le retour de Minos.
en Créte , Ariane dit à l'Etranger
de fuir la colere de Minos .
Lorfque je vous permis d'entrer
dans fes Etats.
وو
Je trahis fa Loy fouveraine.
Minos arrive au Port avec les
Captifs Athéniens. Peribée Princeffe
Athéniene , deftinée à l'Hy106
LE MERCURE
men de Thefée , eft au nombre des
Captifs.Minos à conçu une violente
paffion pour cette Princeffe ; il compâtit
à fon fort , & charge Ariane
de propofer à la Princeffe captive ,
de fauver fes jours en époufant Minos
Ariane s'acquite de cette
Commiffion , mais Peribée refiftant
courageufement à cette offre , on la
conduit avec les autres Captifs au
Tombeau d'Androgée , pour y être
immolée . Lorsqu'on eft fur le point
de faire ce Sacrifice Théfée
arrive feul , qui aprend aux Athéniens
qu'il a forcé la Garde , pour
accourir à leur fecours , & dit à Péribée
& aux autres Captifs , de le
fuivre & de prendre les armes des
Soldats qu'il vient de tuer à la
Porte ; les Captifs nomment Théfée
& le fuivent fans obftacle.
>
Ariane qui aprend que l'Etranger
qu'elle aime , eft Thefée , &
qu'elle a dans Péribée une Rivale ,
pour qui fon Amant foupçonné d'ingratitude
, vient d'ofer tant hazarder,
Ariane , dis -je , fe livre aux fureurs
de la jaloufie .
D'AVRIL. 107
Quoique Théfée & les Captifs faffent
des prodiges de valeur , ils font
néanmoins vaincus par les Troupes
de Minos , & remis dans les fers ;
Minos témoin du courage de Péribée
, s'eft de plus en plus enflâmé
pour Elle. Il propofe à Péribée de
T'époufer , à cette condition il s'engage
de faire grace aux Athéniens ,
& de les délivrer à jamais du Tribut
annuel . Péribée , pour fauver
Théfée & fa Patrie, accepte la main
de Minos , réfoluë de fe donner la
mort,aprés avoir fauvé l'un& l'autre
Les Epoux arrivent à l'Autel
de l'Hymen pour fe jurer la
Foy mutuelle . Les ferments de
Minosfont interrompus
par l'Ombre
d'Androgée
, qui exige une
Victime unique , que le fort doit
choifir entre les Captifs .
On prépare une Urne où les Athéniens
Captifs doivent mettre leur
nom. Théfée fubftitue le fien à celui
de Peribée.
Peribée qui a fû de Théfee même.
qu'il s'expofe pour elle , im108
LE MERCURE
plore la Juftice de Minos , & le prie
envain de la rendre à fon fort , en
fauvant Thefée . Le fort fatal
tombe fur Thefée .
Ariane émuë du danger de fon
Amant, s'emflâmme d'autant plus
pour lui , qu'elle a fû de lui même ,
que le devoir feul & non l'Amour,
l'a forcé à fe dévouer pour Peribée
, elle médite de le fécourir ,
s'il eft poffible.
On conduit la Victime au Labirinthe
, pour y être dévorée par le
Minotaure . Ariane trouve le moïen
d'armer Théfée, & met tout fon
efpoir dans le courage du Héros .
Elle prend toutefois la précaution
de faire préparer un Vaiffeau prés
du Rivage deftiné à le conduire
àAthènes aprés la mort du Monftre .
Thefte fort vainqueur du Labirin .
the , Ariane qui fe trouve à fa rencontre
, le preffe de s'embarquer
dans le Vaiffeau préparé. Thefée
ne peut fe réfoudre , comme galant
homme , de laiffer Ariane en proïe
aux fureurs de Minos. Envain il
l'invite .
DAVRIL. 109
l'invite , il la preffè à fuir avec lui.
Peribée arrive avec empreffement
& avertit Thefée , que Minos vient
avec des Troupes pour ſe faifir de
lui. Minos paroît dans l'inftant même
, & fait éclarer fa fureur contre
Ariane. Un nuage épais envelope
fort à propos Ariane & Thefée ,
& les tranfporte dans le Vaiffeau
qui doit les ramener à Athenes .
Venus qui a operé ce prodige .
infulte à Minos , & découvre à Peribée
la trahifon de Thefée.
Peribée fe donne la mort , & Minos
défefpéré appelle la foudre
qui , à fon commandement , réduit
le Labirinthe en cendres.
Les perfonnes qui n'ont point lû
ce Poëme, pourront aifément juger
de fa conftitution , par le tiflu dont
je viens de donner l'extrait. Du
refte , le Poëme étoit femé de quantité
de traits qui font honneur aux
deux Poëtes affuciez . Peut- on rien
de plus noble que ce que dir
Thefée inconnu à Ariane dans la
2e Scene du 1er Acte ? aprés la dé-
Avril , 1717.
>
K
110 LE MERCURE
claration d'amour qu'il a fait à
cette Princeffe , qui en témoigne
fon indignation par ces paroles.
Qu'entens- je , quel difcours ?
,, On reconnoît ainfi les bontés
d'Ariane . "
THESE E LUI REPOND ,
,, Il n'eft plus tems de fuir. D'un
Amour malheureux ,
Vous avez percé le мyftere :
,, Vous m'avez fait parler , quand
j'ai voulu me taire .
,, Ma mort doit prévénir vos ordres
rigoureux ;
"> Mais avant ce moment , on pourra
me connoître :
,, Et mes derniers foûpiis juftificront
peut-être ,
La témérité de mes feux .
Minos frapé d'admiration pour le
courage héroïque de Peribée qu'il
avûà la tête de fes Compagnes ,
deffendant les jours de Thefée
s'exprime ainfi dans la 2e Scene ,
D'AVRIL. 111
du troifiéme Acte .
17
J'ai vu la fureur dans les Graces ,
" J'ai vû la beauté même effrayer
mes regards,
" J'ai vu cette Princeffe & terrible
& charmante ,
19
A côté de Thefée , imiter fes
exploits.
Elle fe montroit à la fois
Et fa Rivale & fon Amante.
La Scene 4º du 4º Acté eſt tout à
fait touchante & bien dialoguée ,
comme il faudroit la tranfcrire toute
entiere ; je fuis obligé d'y renvoyer
mon Lecteur , afin de paffer à
quelque autre Article.
La Mufique de cet Opera eft de
M. Mouret , Auteur de la mufique.
des Fêtes de Thalie. Le Public
a grand penchant à l'abfoudre ; il
eft tres -digne de cette indulgence.
Cet Opera a été relevé par HYPER.
MNESTRE remife au Théatre , avec
un se Acte fubftitué à l'ancien ;
on y a fait encore d'autres changemens
que l'on a jugé neceffaires .
Kij
D'AVRIL.
En tout cas on repere actuellement
TANCREDE, qui fera fuivi des
Fêtes Corinthiennes , Balet que
l'on prépare pour le commencement
de Juin. Les Paroles font de м.
AUTEREAU , & la мufique de м.
CAMPRA.
Les Comediens Italiens jouérent
le 7 du mois pour la premiere
fois , fur le Téatre de l'Hôtel de
Bourgogne , la pauvreté de Renauld
de Montauban , Comedie
tirée de l'Espagnole , à laquelle le
Public ne fit pas un favorable accueil.
Le Samedy onze, les Comediens
François donnerent la premiere
Réprefentation de SEMIRAMIS
Tragédie de M. de Crebillon. On
en a d'abord dit du moins autant
de mal , que de bien ; c'eſt l'allure
ordinaire . Malgré ce partage de
fentimens , elle fut continuée le
Lundi , le mercredi fuivant & le
Jeudi : Elle fut jouée avec fuccez ,
en préfence de la Cour fur le Théaue
du Palais Royal : ce qui fait
D'AVRIL. II3
préfumer qu'elle fe foûtiendra malgré
la critique. Mile Defiarts qui
fait le Rôle de SEMIRAMIS , m'en
eft caution : D'ailleurs , le Rôle
D'AGENOR qui eft le dominant
de la Piéce , & fenfément executé
par M. Beaubourg , ne contribuera
pas peu à la maintenir . Je
m'abftiendrai donc d'hazarder mon
jugement, jufques à ce qu'elle foit
imprimée , ou dévolte à la Troupe.
C'est une Loi que je me fuis impofée
, à laquelle je ferai fort religieux
par la fuite. On doit ces égards
aux Auteurs , tant que leur Piéce
eft en vigueur ; après quoi , il eſt
du devoir du Mercure d'en rendre
compte au Public , en faifant un
examen équitable fur les differentes
parties qui entrent dans l'oeconomie
d'un ouvrage de Théatre .
E l'Aca-
Ldemie Royale de Mufique repréfenta
pour la prémiére fois
ARIANE , Tragédie nouvelle .
M. Roy & M. de la Grange font
Auteurs du Poëme..
Le fieur Mouret eft Auteur de
la Mufique.
Cet Opéra n'a pas été accueilli
favorablement du Public. Je crois
néanmoins qu'on fera bien aiſe d'en
voir le Plan.
Les Auteurs du Poëme me permettront
, s'il leur plaît , de dire
en général , qu'il s'en faut beaucoup
que la Fable de leur Piéce
réponde à la haute espérance que
le Public avoit concuë de leur
union. Il n'étoit pas cependant poffible
que deux Verfificateurs de leur
104 LE MERCURE
mérite ne répandiffent dans l'ouvra.
ge commun , grand nombre de traits
marqués au coin du Génie. Auffi
peut-on dire qu'il n'y a aucun Acte
dans lequel on ne trouve des Morceaux
faillants , des graces neuves,
des hardieffes heureufes mais cela
ne fuffit pas pour fauver un Ouvrage
dont le tiffu n'est pas induf
trieux ; rien ne rachette le vice d'une
Fable qui viole les bienfeances
ou qui pêche contre la vrai -femblance
, telle eft la Fable d'Ariane .
FABLE DE LA TRAGEDIE
d'Ariane.
ANDROGE'E fils de Minos
ayant été affaffiné par les Athéniens
; les Crétois arment contre
les Coupables , & les forcent par
un Traité de Paix ,à livrer tous les
ans , certain nombre d'Athéniens ,
pour être dévorez par le Minotaure
afin de venger la mort d'Androgée
.
THESE'E Voulant affranchir les
D'AVRI L. 105
Athéniens de ce barbare Tribut ,
forme une Ligue puiffante. Vingt
Roys fes Alliez , s'embarquent avec
lui pour defcendre en Créte :
la Flotte conféderée et battue
de la Tempête ; tout l'Armement
périt , & le feul Vaiffeau qui
porte Théfée eft jetté par les vents
au Port de Sydonie en Créte.
MINOS eft parti pour fe faire
livrer les Victimes Athéniénes , il a
deffendu en partant qu'on laiffât entrer
aucun Etranger dans le Port .
ARIANE reçoit Théfée , &
quoiquelle ne voye en lui qu'un
Etranger fans nom , elle s'enfâmme
pourcet inconnu d'une violente
paffion.
On annonce le retour de Minos.
en Créte , Ariane dit à l'Etranger
de fuir la colere de Minos .
Lorfque je vous permis d'entrer
dans fes Etats.
وو
Je trahis fa Loy fouveraine.
Minos arrive au Port avec les
Captifs Athéniens. Peribée Princeffe
Athéniene , deftinée à l'Hy106
LE MERCURE
men de Thefée , eft au nombre des
Captifs.Minos à conçu une violente
paffion pour cette Princeffe ; il compâtit
à fon fort , & charge Ariane
de propofer à la Princeffe captive ,
de fauver fes jours en époufant Minos
Ariane s'acquite de cette
Commiffion , mais Peribée refiftant
courageufement à cette offre , on la
conduit avec les autres Captifs au
Tombeau d'Androgée , pour y être
immolée . Lorsqu'on eft fur le point
de faire ce Sacrifice Théfée
arrive feul , qui aprend aux Athéniens
qu'il a forcé la Garde , pour
accourir à leur fecours , & dit à Péribée
& aux autres Captifs , de le
fuivre & de prendre les armes des
Soldats qu'il vient de tuer à la
Porte ; les Captifs nomment Théfée
& le fuivent fans obftacle.
>
Ariane qui aprend que l'Etranger
qu'elle aime , eft Thefée , &
qu'elle a dans Péribée une Rivale ,
pour qui fon Amant foupçonné d'ingratitude
, vient d'ofer tant hazarder,
Ariane , dis -je , fe livre aux fureurs
de la jaloufie .
D'AVRIL. 107
Quoique Théfée & les Captifs faffent
des prodiges de valeur , ils font
néanmoins vaincus par les Troupes
de Minos , & remis dans les fers ;
Minos témoin du courage de Péribée
, s'eft de plus en plus enflâmé
pour Elle. Il propofe à Péribée de
T'époufer , à cette condition il s'engage
de faire grace aux Athéniens ,
& de les délivrer à jamais du Tribut
annuel . Péribée , pour fauver
Théfée & fa Patrie, accepte la main
de Minos , réfoluë de fe donner la
mort,aprés avoir fauvé l'un& l'autre
Les Epoux arrivent à l'Autel
de l'Hymen pour fe jurer la
Foy mutuelle . Les ferments de
Minosfont interrompus
par l'Ombre
d'Androgée
, qui exige une
Victime unique , que le fort doit
choifir entre les Captifs .
On prépare une Urne où les Athéniens
Captifs doivent mettre leur
nom. Théfée fubftitue le fien à celui
de Peribée.
Peribée qui a fû de Théfee même.
qu'il s'expofe pour elle , im108
LE MERCURE
plore la Juftice de Minos , & le prie
envain de la rendre à fon fort , en
fauvant Thefée . Le fort fatal
tombe fur Thefée .
Ariane émuë du danger de fon
Amant, s'emflâmme d'autant plus
pour lui , qu'elle a fû de lui même ,
que le devoir feul & non l'Amour,
l'a forcé à fe dévouer pour Peribée
, elle médite de le fécourir ,
s'il eft poffible.
On conduit la Victime au Labirinthe
, pour y être dévorée par le
Minotaure . Ariane trouve le moïen
d'armer Théfée, & met tout fon
efpoir dans le courage du Héros .
Elle prend toutefois la précaution
de faire préparer un Vaiffeau prés
du Rivage deftiné à le conduire
àAthènes aprés la mort du Monftre .
Thefte fort vainqueur du Labirin .
the , Ariane qui fe trouve à fa rencontre
, le preffe de s'embarquer
dans le Vaiffeau préparé. Thefée
ne peut fe réfoudre , comme galant
homme , de laiffer Ariane en proïe
aux fureurs de Minos. Envain il
l'invite .
DAVRIL. 109
l'invite , il la preffè à fuir avec lui.
Peribée arrive avec empreffement
& avertit Thefée , que Minos vient
avec des Troupes pour ſe faifir de
lui. Minos paroît dans l'inftant même
, & fait éclarer fa fureur contre
Ariane. Un nuage épais envelope
fort à propos Ariane & Thefée ,
& les tranfporte dans le Vaiffeau
qui doit les ramener à Athenes .
Venus qui a operé ce prodige .
infulte à Minos , & découvre à Peribée
la trahifon de Thefée.
Peribée fe donne la mort , & Minos
défefpéré appelle la foudre
qui , à fon commandement , réduit
le Labirinthe en cendres.
Les perfonnes qui n'ont point lû
ce Poëme, pourront aifément juger
de fa conftitution , par le tiflu dont
je viens de donner l'extrait. Du
refte , le Poëme étoit femé de quantité
de traits qui font honneur aux
deux Poëtes affuciez . Peut- on rien
de plus noble que ce que dir
Thefée inconnu à Ariane dans la
2e Scene du 1er Acte ? aprés la dé-
Avril , 1717.
>
K
110 LE MERCURE
claration d'amour qu'il a fait à
cette Princeffe , qui en témoigne
fon indignation par ces paroles.
Qu'entens- je , quel difcours ?
,, On reconnoît ainfi les bontés
d'Ariane . "
THESE E LUI REPOND ,
,, Il n'eft plus tems de fuir. D'un
Amour malheureux ,
Vous avez percé le мyftere :
,, Vous m'avez fait parler , quand
j'ai voulu me taire .
,, Ma mort doit prévénir vos ordres
rigoureux ;
"> Mais avant ce moment , on pourra
me connoître :
,, Et mes derniers foûpiis juftificront
peut-être ,
La témérité de mes feux .
Minos frapé d'admiration pour le
courage héroïque de Peribée qu'il
avûà la tête de fes Compagnes ,
deffendant les jours de Thefée
s'exprime ainfi dans la 2e Scene ,
D'AVRIL. 111
du troifiéme Acte .
17
J'ai vu la fureur dans les Graces ,
" J'ai vû la beauté même effrayer
mes regards,
" J'ai vu cette Princeffe & terrible
& charmante ,
19
A côté de Thefée , imiter fes
exploits.
Elle fe montroit à la fois
Et fa Rivale & fon Amante.
La Scene 4º du 4º Acté eſt tout à
fait touchante & bien dialoguée ,
comme il faudroit la tranfcrire toute
entiere ; je fuis obligé d'y renvoyer
mon Lecteur , afin de paffer à
quelque autre Article.
La Mufique de cet Opera eft de
M. Mouret , Auteur de la mufique.
des Fêtes de Thalie. Le Public
a grand penchant à l'abfoudre ; il
eft tres -digne de cette indulgence.
Cet Opera a été relevé par HYPER.
MNESTRE remife au Théatre , avec
un se Acte fubftitué à l'ancien ;
on y a fait encore d'autres changemens
que l'on a jugé neceffaires .
Kij
D'AVRIL.
En tout cas on repere actuellement
TANCREDE, qui fera fuivi des
Fêtes Corinthiennes , Balet que
l'on prépare pour le commencement
de Juin. Les Paroles font de м.
AUTEREAU , & la мufique de м.
CAMPRA.
Les Comediens Italiens jouérent
le 7 du mois pour la premiere
fois , fur le Téatre de l'Hôtel de
Bourgogne , la pauvreté de Renauld
de Montauban , Comedie
tirée de l'Espagnole , à laquelle le
Public ne fit pas un favorable accueil.
Le Samedy onze, les Comediens
François donnerent la premiere
Réprefentation de SEMIRAMIS
Tragédie de M. de Crebillon. On
en a d'abord dit du moins autant
de mal , que de bien ; c'eſt l'allure
ordinaire . Malgré ce partage de
fentimens , elle fut continuée le
Lundi , le mercredi fuivant & le
Jeudi : Elle fut jouée avec fuccez ,
en préfence de la Cour fur le Théaue
du Palais Royal : ce qui fait
D'AVRIL. II3
préfumer qu'elle fe foûtiendra malgré
la critique. Mile Defiarts qui
fait le Rôle de SEMIRAMIS , m'en
eft caution : D'ailleurs , le Rôle
D'AGENOR qui eft le dominant
de la Piéce , & fenfément executé
par M. Beaubourg , ne contribuera
pas peu à la maintenir . Je
m'abftiendrai donc d'hazarder mon
jugement, jufques à ce qu'elle foit
imprimée , ou dévolte à la Troupe.
C'est une Loi que je me fuis impofée
, à laquelle je ferai fort religieux
par la fuite. On doit ces égards
aux Auteurs , tant que leur Piéce
eft en vigueur ; après quoi , il eſt
du devoir du Mercure d'en rendre
compte au Public , en faifant un
examen équitable fur les differentes
parties qui entrent dans l'oeconomie
d'un ouvrage de Théatre .
Fermer
7
p. 283-284
A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
Début :
Qu'il vous sied bien ce grand Manteau, [...]
Mots clefs :
Manteau, Parure, Hyménée , Héréditaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
A M. le Marquis D ...
des Ordres du Roi.
Q U'il vous sied bien ce grand Manteau
Seigneur , dont la riche parure
Aux dons que vous fit la nature
Ajoûte un ornement nouveau !
Que l'éclat dont vous environne
Un si pompeux habillement
S'accorde en tout parfaitement
Aux graces de votre personne.
Cependant de si beaux dehors ,
Par une grandeur apparente ,
Ne pourroient remplir notre attente
S'ils n'enfermoient d'autres trésors.
1
J'entends une ame bienfaisante ,
Un coeur droit , un fonds de bonté ,
Qui de la génerosité
Fait votre vertu dominante.
C'est par ces rares qualités
Que vous sçavez vous rendre aimable
Et que vous êtes respectable
Autant que par vos dignités ..
Puisse le glorieux salaire
D'une ancienne fidelité ,
Trois fois acquis et merité
Etre chez vous héreditaire.
Seigneur , songez y tout de bon ,
D vj Vous
284 MERCURE DE FRANCE.
Vous sçavez qu'en pareille affaire
Il est besoin d'un Rejetton ,
Et que
c'est à vous à le faire.
Pour mieux assurer vos plaisirs
Par une heureuse destinée ,
Aux douceurs d'un noble hymenée
Excitez vos justes desirs.
Qu'enfin au gré de votre envie
Le Ciel vous fasse un siecle d'or
Et que sur les ans de Nestor
Il regle ceux de votre vie.
Agréez ces voeux les plus doux.
Qu'une Muse reconnoissante ,
Sous le poias des ans chancelante ,
14
Du fond du coeur forme pour vous.
A Paris le 2. Fevrier 1731. A..
des Ordres du Roi.
Q U'il vous sied bien ce grand Manteau
Seigneur , dont la riche parure
Aux dons que vous fit la nature
Ajoûte un ornement nouveau !
Que l'éclat dont vous environne
Un si pompeux habillement
S'accorde en tout parfaitement
Aux graces de votre personne.
Cependant de si beaux dehors ,
Par une grandeur apparente ,
Ne pourroient remplir notre attente
S'ils n'enfermoient d'autres trésors.
1
J'entends une ame bienfaisante ,
Un coeur droit , un fonds de bonté ,
Qui de la génerosité
Fait votre vertu dominante.
C'est par ces rares qualités
Que vous sçavez vous rendre aimable
Et que vous êtes respectable
Autant que par vos dignités ..
Puisse le glorieux salaire
D'une ancienne fidelité ,
Trois fois acquis et merité
Etre chez vous héreditaire.
Seigneur , songez y tout de bon ,
D vj Vous
284 MERCURE DE FRANCE.
Vous sçavez qu'en pareille affaire
Il est besoin d'un Rejetton ,
Et que
c'est à vous à le faire.
Pour mieux assurer vos plaisirs
Par une heureuse destinée ,
Aux douceurs d'un noble hymenée
Excitez vos justes desirs.
Qu'enfin au gré de votre envie
Le Ciel vous fasse un siecle d'or
Et que sur les ans de Nestor
Il regle ceux de votre vie.
Agréez ces voeux les plus doux.
Qu'une Muse reconnoissante ,
Sous le poias des ans chancelante ,
14
Du fond du coeur forme pour vous.
A Paris le 2. Fevrier 1731. A..
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Résumé : A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
Le texte est une lettre poétique adressée à un marquis, mettant en avant ses qualités et ses mérites. L'auteur commence par louer l'apparence majestueuse du marquis, soulignant que ses vêtements somptueux complètent ses grâces naturelles. Cependant, il précise que ces qualités extérieures ne suffisent pas sans les vertus intérieures. Le marquis est décrit comme ayant une âme bienfaisante, un cœur droit et une bonté dominante, ce qui le rend aimable et respectable. L'auteur exprime le souhait que le marquis soit récompensé pour sa fidélité et encourage une union matrimoniale pour assurer ses plaisirs et sa destinée heureuse. Il formule des vœux pour une longue vie prospère, comparable à celle de Nestor. La lettre se conclut par des vœux affectueux et reconnaissants de la part de l'auteur. La lettre est datée du 2 février 1731 et signée par A..
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 427-428
SUR UNE GAGEURE.
Début :
En voyant mille attraits parer votre visage, [...]
Mots clefs :
Gageure, Mariage, Victoire, Beauté, Hyménée , Vertu, Destinée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UNE GAGEURE.
SUR UNE GAGEURE..
EN voyant mille attraits parer votre visage ,
Et mille Amans à vos genoux ;
Je gageai que le mariage ,
Etoit , belle Caton , à quatre pas de vous :
Et qu'avant la fin de l'année ,
Le charmant Dieu de l'Hymenée ,
Formant pour vous les noeuds les plus beaux ,
plus doux ,
Uniroit votre destinée
Au plus fortuné des Epoux.
Vous fûtes assez témeraire ,
Four oser gager le contraire
Et vous l'emportez cependant ;
Ce jour où l'on se renouvelle ,
Vous trouve encore Demoiselle ,.
Vous avez gagné , je me rends.
Je sçavois bien que la victoire ,
De vous suivre en tous lieux faisoit profession }
Mais aussi qui n'auroit du croire ,
Qu'elle vous manqueroit en cette occasion ?
Vainement s'excuseroit- elle ,
Sur sa longue habitude à marcher sur vos pas ,
Ce n'étoit point ici le cas ,
De vous paroître si fidele ;
?
less
Et
428 MERCURE DE FRANCE.
Et j'ai peine à lui pardonner ,
Une si grossiere méprise ,
Car en votre personne il n'est rien qui ne dise,
Que je méritois de gagner.
On y trouve un beau caractère.
Un coeur grand , genereux , sincere ,
La vertu , l'esprit , la beauté ,
Les graces et la majesté ,
Les agrémens de la jeunesse ,
Les traits de la délicatesse ,
J'en dirois cent fois plus que j'en dirois trop peų;
Mais enfin plus je considere ,
Moins je vois comment j'ai pû faire ,
Pour perdre avec un si beau jeu.
EN voyant mille attraits parer votre visage ,
Et mille Amans à vos genoux ;
Je gageai que le mariage ,
Etoit , belle Caton , à quatre pas de vous :
Et qu'avant la fin de l'année ,
Le charmant Dieu de l'Hymenée ,
Formant pour vous les noeuds les plus beaux ,
plus doux ,
Uniroit votre destinée
Au plus fortuné des Epoux.
Vous fûtes assez témeraire ,
Four oser gager le contraire
Et vous l'emportez cependant ;
Ce jour où l'on se renouvelle ,
Vous trouve encore Demoiselle ,.
Vous avez gagné , je me rends.
Je sçavois bien que la victoire ,
De vous suivre en tous lieux faisoit profession }
Mais aussi qui n'auroit du croire ,
Qu'elle vous manqueroit en cette occasion ?
Vainement s'excuseroit- elle ,
Sur sa longue habitude à marcher sur vos pas ,
Ce n'étoit point ici le cas ,
De vous paroître si fidele ;
?
less
Et
428 MERCURE DE FRANCE.
Et j'ai peine à lui pardonner ,
Une si grossiere méprise ,
Car en votre personne il n'est rien qui ne dise,
Que je méritois de gagner.
On y trouve un beau caractère.
Un coeur grand , genereux , sincere ,
La vertu , l'esprit , la beauté ,
Les graces et la majesté ,
Les agrémens de la jeunesse ,
Les traits de la délicatesse ,
J'en dirois cent fois plus que j'en dirois trop peų;
Mais enfin plus je considere ,
Moins je vois comment j'ai pû faire ,
Pour perdre avec un si beau jeu.
Fermer
Résumé : SUR UNE GAGEURE.
Le texte décrit une gageure entre deux individus concernant le mariage de Caton. Le narrateur parie que Caton se mariera avant la fin de l'année, tandis que Caton parie le contraire. À la fin de l'année, Caton reste célibataire, remportant ainsi la gageure. Le narrateur reconnaît sa défaite et exprime son étonnement. Il souligne les nombreuses qualités admirables de Caton, telles qu'un beau caractère, un cœur généreux, de la sincérité, de la vertu, de l'esprit, de la beauté, des grâces, de la majesté, des agréments de jeunesse et des traits de délicatesse. Il se demande comment il a pu perdre la gageure malgré ces qualités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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