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1
p. 48-68
DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
Début :
L'Autheur du Dialogue que vous avez veu sur les choses / BELOROND. LAMBRET. BELOROND. Vous me trouvez en lisant chez Aulu-Gelle [...]
Mots clefs :
Nature, Peuples, Larcins, Opinions, Larron, Peines, Royaume, Capitaine, Plantes, Curiosité, Voyage, Croyance, Province, Amérique, Bourreau
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
L'Autheur du Dialogue:
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
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Résumé : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
En avril 1685, Belorond et Lambret discutent des pratiques variées concernant le vol et la punition des voleurs à travers différentes cultures. Belorond observe que les petits voleurs sont souvent punis, tandis que les grands voleurs sont parfois honorés. Lambret renchérit en affirmant que les petits crimes sont punis, alors que les grands sont souvent célébrés. Ils citent des exemples comme le royaume de Tangeo, où les familles se vantent d'ancêtres pendus pour vol, et Sparte, où le vol était encouragé pour développer la ruse. Belorond mentionne des pratiques anciennes chez les Germains, les Romains et les Égyptiens. Lambret parle d'un officier au service du Prêtre Jean chargé de voler pour le roi. Belorond évoque des peines sévères chez les Amérindiens et en Carinthie, contrastées avec des punitions plus légères au Laos et en Moscovie. Leur dialogue se conclut par une réflexion sur la diversité des coutumes humaines, chaque culture trouvant ses pratiques raisonnables même si elles semblent ridicules à d'autres. Le texte aborde également la diversité et les étrangetés observées dans la nature et chez les hommes. Lambret souligne que les hommes sont souvent surpris par les bizarreries des coutumes et des opinions humaines, mais que la nature est encore plus surprenante. Il cite plusieurs exemples extraordinaires, tels qu'un lac en Éthiopie révélant les secrets de ceux qui en boivent, une plante en Amérique représentant les instruments de la Passion du Christ, une plante lumineuse en vallée Baaras, un arbre aux feuilles sensibles en Inde, et une plante carnivore chez les Tartares Zavolhans. Il mentionne aussi des oiseaux éphémères décrits par Aristote. Lambret reconnaît que certains auteurs peuvent exagérer ou inventer des récits, mais affirme que les observations de grands naturalistes méritent crédibilité. Belorond ajoute que l'incrédulité face à ces phénomènes vient souvent de l'incompréhension de leurs mécanismes. Il conclut en acceptant l'ignorance humaine devant les merveilles de la nature et de la religion, citant 'Hac Deus mirari voluit, scire noluit'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 3-12
Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Bienheureux le mortel dont la fertile plume [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Ordre du Mercure, Invention , Château en Espagne
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texteReconnaissance textuelle : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
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Résumé : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre discute de la publication d'un ouvrage intitulé 'Mercure'. Il exprime son admiration pour cet ouvrage tout en mettant en garde contre les apparences trompeuses, comparant Mercure au dieu des fourbes et des voleurs. L'ouvrage, bien que semblant coûteux, a été réalisé avec peu d'efforts et comprend deux volumes au lieu d'un, en raison de la fortune qui a incité cette décision. L'auteur reconnaît certaines négligences mais assure que le contenu des volumes est de qualité. Il note également que l'ordre habituel des publications est inversé ce mois-ci, soulignant son refus de suivre une méthode fixe. La lettre se conclut par un poème exprimant l'impatience et le désir de moments heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 208-210
« Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...] »
Début :
Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Voleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...] »
Je n'eus pas plûtôt entendu
cette Fable
,
& les suffrages
qu'elle avoit attirez à son Auteur,
que je me dérobay de
l'Académie
l'Académie comme un voleur;
jegagnay aussitôt mon logis,
j'y dépofay d'abord mon larcin,
& plus content de moy
que si l'on m'eût donné de
quoy payer mes dettes, je regarday
d'un cet! tranquille un
tas de papiers cachetez qu'en
moins de deux heures on avoit
apportez chez moy. Je les ouvris
tous les uns après les auprès.
Bon Dieu! que je lûs de
ottises! desesperant enfin de
rien trouver qui me satisfit, je
recommençay à me feliciter du
iol que jevenois de faireà M.
le la Mocte. Cependant je mis
indifferemment la main su
une Lettre donc je lûsl'adrest
en pensant à autre chose. L
titre de Mercure enrichi d
plusieurs belles épithetes, m
fit ouvrir les yeux.
cette Fable
,
& les suffrages
qu'elle avoit attirez à son Auteur,
que je me dérobay de
l'Académie
l'Académie comme un voleur;
jegagnay aussitôt mon logis,
j'y dépofay d'abord mon larcin,
& plus content de moy
que si l'on m'eût donné de
quoy payer mes dettes, je regarday
d'un cet! tranquille un
tas de papiers cachetez qu'en
moins de deux heures on avoit
apportez chez moy. Je les ouvris
tous les uns après les auprès.
Bon Dieu! que je lûs de
ottises! desesperant enfin de
rien trouver qui me satisfit, je
recommençay à me feliciter du
iol que jevenois de faireà M.
le la Mocte. Cependant je mis
indifferemment la main su
une Lettre donc je lûsl'adrest
en pensant à autre chose. L
titre de Mercure enrichi d
plusieurs belles épithetes, m
fit ouvrir les yeux.
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4
p. 805-806
A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
Début :
Au milieu des travaux, où brille ta prudence, [...]
Mots clefs :
Lynx, Prudence, Simplicité, Vertu, Larcins, Vice, Sphynx, Vigilance , Équité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
A M. HERAULT,
CONSEILLER D'ETAT ,
ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE
LE LYNX. Fable.
Au milieu des travaux , où brille ta prudence ,
Herault , je te demande un instant d'audiance ;
Daigne me l'accorder , et souffre que ma voix ,
Loin du monde et du bruit t'appelle dans les bois ;
D'autres pour acquerir l'honneur de ton estime ,
Pourront avec éclat prendre un essor sublime ,
Mon style manque d'art , mais sa simplicité ,
Sçait rendre à la vertu ce qu'elle a merité.
Certaine Chronique rapporte ,
Que dans une Forêt pleine d'Oiseaux divers
Et d'animaux de toute sorte ,
Entra jadis l'esprit pervers :
Aussi- tôt les larcins , les meurtres ,
Les trahisons , le brigandage ,
le
carnage ,
Y vinrent déployer leurs coupables fureurs ;
La
806 MERCURE DE FRANCE
La raison du plus fort emportoit la balance ,
Le vice triomphoit , la timide innocence ,
Perdoit ses soupirs et ses pleurs :
Sultan Lyon , dont l'ame genereuse ,
Souffroit avec chagrin de pareils attentats »»
Résolut d'extirper du sein de ses Etats ,
Cette licence dangereuse ;
Pour remplir un projet si beau ,
Il se servit du ministere
D'un Lynx qui suivoit le flambeau ,
De l'Equité la plus austere..
A son aspect les crimes confondus ,
Chercherent en vain un azile
Sa vigilance et ses soins assidus.
Rendirent la Forêt tranquille ;
Le Pigeon du Vautour méprisa la fureur ,
Et l'innocent Agneau vit le Loup sans terreur.
Sage Magistrat , cette Fable ,
N'a point l'obscurité des Enigmes du Sphynx ,
Paris de son repos à tes soins redevable ,
Verra facilement que ma Muse équitable ,
Ne songeoit qu'à toi seul en dépeignant le Lynx
I Par M.de Gastera..
CONSEILLER D'ETAT ,
ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE
LE LYNX. Fable.
Au milieu des travaux , où brille ta prudence ,
Herault , je te demande un instant d'audiance ;
Daigne me l'accorder , et souffre que ma voix ,
Loin du monde et du bruit t'appelle dans les bois ;
D'autres pour acquerir l'honneur de ton estime ,
Pourront avec éclat prendre un essor sublime ,
Mon style manque d'art , mais sa simplicité ,
Sçait rendre à la vertu ce qu'elle a merité.
Certaine Chronique rapporte ,
Que dans une Forêt pleine d'Oiseaux divers
Et d'animaux de toute sorte ,
Entra jadis l'esprit pervers :
Aussi- tôt les larcins , les meurtres ,
Les trahisons , le brigandage ,
le
carnage ,
Y vinrent déployer leurs coupables fureurs ;
La
806 MERCURE DE FRANCE
La raison du plus fort emportoit la balance ,
Le vice triomphoit , la timide innocence ,
Perdoit ses soupirs et ses pleurs :
Sultan Lyon , dont l'ame genereuse ,
Souffroit avec chagrin de pareils attentats »»
Résolut d'extirper du sein de ses Etats ,
Cette licence dangereuse ;
Pour remplir un projet si beau ,
Il se servit du ministere
D'un Lynx qui suivoit le flambeau ,
De l'Equité la plus austere..
A son aspect les crimes confondus ,
Chercherent en vain un azile
Sa vigilance et ses soins assidus.
Rendirent la Forêt tranquille ;
Le Pigeon du Vautour méprisa la fureur ,
Et l'innocent Agneau vit le Loup sans terreur.
Sage Magistrat , cette Fable ,
N'a point l'obscurité des Enigmes du Sphynx ,
Paris de son repos à tes soins redevable ,
Verra facilement que ma Muse équitable ,
Ne songeoit qu'à toi seul en dépeignant le Lynx
I Par M.de Gastera..
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Résumé : A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
Le texte est une fable dédiée à M. Hérault, conseiller d'État et lieutenant général de police. L'auteur sollicite son attention pour lui présenter une fable. Cette fable relate comment une forêt, autrefois paisible, fut perturbée par le vice, entraînant des larcins, des meurtres, des trahisons et des brigandages. Indigné par ces actes, le sultan Lyon décida d'y mettre fin. Il choisit un lynx, symbole de vigilance et d'équité, pour rétablir l'ordre. Grâce à la vigilance du lynx, la forêt retrouva la tranquillité, permettant aux animaux innocents de vivre sans crainte. L'auteur compare Hérault au lynx, soulignant que, comme ce dernier, Hérault veille sur Paris et y maintient l'ordre et la justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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