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1
p. 149-165
Particularitez d'un Régal donné à Nimegue par M. le Comte d'Avaux Plenipotentiaire de France. [titre d'après la table]
Début :
Que de Conquestes que de Villes prises, & que de [...]
Mots clefs :
Nimègue, Ambassadeurs, Société pour le jeu, Maréchal d'Estrades, Comte d'Avaux, Dames, Confitures, Buffets, Compagnie, Vins
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texteReconnaissance textuelle : Particularitez d'un Régal donné à Nimegue par M. le Comte d'Avaux Plenipotentiaire de France. [titre d'après la table]
Que de Conqueſtes que de Villes priſes , & que deBatailles gagnéesdepuis ce temps-là:Tant d'avantages remportez fur les
GALANT. 95
!
Ennnemis , leur rendent la Paix
fort neceffaire. Elle dépend des Conférences qui ſe tiennent à
Nimegue , où depuis que l'Af- ſemblée est devenue confidérables , toutes les Ambaffadrices
qui ſe voyent familierement, &
fur tout celles dont les Maris font
demeurez en bonne intelligen- ce avec les Ambaſſadeurs de
France , ont formé une Societé pour le Jeú, qui leur fait paffer agreablement tous lesjours de la Semaine ,de forte qu'elle ſe trou- ve toute partagée entre les Am- baffadrices d'Angleterre,deFran- ce , d'Eſpagne , de Suede , de Dannemarc , & de Hollande.
Chacune reçoit la Compagnie chez elle àfon tour ,& la régale d'une Collation de Fruits & de
Confitures,avec des Vins&des
Liqueurs en abondance, .....
96 LE MERCVRE
Quoy que les Dames n'aillent pas régulierement chez les Am- baſſadeurs qui n'ont point de Femme, elles ne laiſſent pas de s'aſſembler quelquefois chez Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades , &chez Monfieur le Comte
d'Avaux, quiparla maniere dont ils les reçoivent , leur font con- noiſtre que la magnificence eſt inſéparable de l'honneſtetéqu'ils ont pour le Sexe. Ce dernier leuradonnédepuis peuuneFeſte des mieux ordonnées , malgré le peu de temps qu'il eut às'y pré- parer. Il y avoit Aſſemblée àl'or- dinaire chez une des Ambaffadrices,&la correfpondance qui eſtpreſentement àNimegue en- tre les Ambaſſadeurs de France
& d'Eſpagne , ayant fait agréer àMadame laMarquiſedelosBal- baſes une Partie de Jeu pour le lendemain
GALANT. 97
lendemain chez Mr le Comte d'Avaux , toute la Compagnie s'y rendit , quoy que ce fuſt le jour de Madame Tempel Am- -baſſadrice d'Angleterre. Mon- ſieur l'Eveſque de Marseille, que cét Ambaſſadeur avoit reçeu chez luy àſon paſſage de Polo- gneenFrance, partagea le plaifir de cette Feſte. Elle parut avec tout l'éclat poſſible , & il ne s'en faut pas étonner , M² le Comte d'Avaux eſtant tres-commodement logé , meublé magnifique- ment, &fervy par les meilleurs Officiers qui ſoient à Nimegue.
Joignez à cela la joye qu'il ſe fait dene rienépargner pour lesDa- mes,quand il s'agit de les régaler.
Le Jeu commença à trois Tables dans la Chambre d'audiance qui eſt tres richement meublée.
Quelques Ambaſſadeurs y joue
Tome VII. E
98 LE MERCVRE rentaveclesDames. La Marquiſe de los Balbaſes Ambaſſadrice
d'Eſpagne,& Sœur du Conneſta- ble Colonna , s'y eſtoit renduë aveclaDucheffede S.Pedro& la
MarquiſeQuintanyfes deux Fil- les. LeMary de la premiere eſt à
Nimegue , & l'autre eſt mariée au Fils du Preſident de Caſtille
qu'elle n'a point encor veu. Le Marquis de los Balbafes ,de la Maifon de Spinola , y vint avec Dom Ronquillo ſon Collegue,
&apres qu'on eut allumé plu- fieurs grands Torcheres &Flam- beauxdevermeil, onapporta les Liqueurs, les Eaux glacées , les Fruits , & les Confitares. Le
Chocolat fut donné en fuite ,&
pendantque le Jeu continua, les Violonsde Meſſieurs les Ambar
fadeurs de France ſe firent entendre dansl'Antichambre éclai
a
GALAN T. 99 réede Luftres &d'un grand nom- bre de Bougies. Pluſieurs Per- ſonnes conſidérables de l'un &
de l'autre sexe , y danſoient en preſence des Excellences qui ne joüoient point. Le Jeu ayant eſté quité àdixheures du ſoir , toutes
les Dames entrerent dans une
Salle , où vis-à-vis du Bufet il
y avoitune Tableàdeux retours,
&vuide dans le milieu. Elle fut
ſervie avec une propreté mer- veilleuſe , & il n'y manqua rien de tout ce que lePaïs &la Saifon pûrent fournir de plus délicat &
de plus exquis. Une fi grande profufionde toutes choſes ſurprit d'autant plus , que la Partie n'a- voit eſté réſoluë que le ſoir pré- cedent. L'eclat d'un des plus beaux Bufets qu'on puiffe voir,
ne fatisfaiſoit pas moins la veuë par la richeffe & par le grand
Eij
100 LE MERCVRE
nombre de Baffins &de Vaſes
d'un tres-beau vermeil , que la délicateſſe des Mets contentoit la
diverſité des gouſts. Il n'y eut au- cunordrede préſeance. Les Da- mes & quelques Ambaſſadeurs s'affirent à table aux endroits où
chacun ſe trouva apres qu'on fuſt entré dans la Salle. M² le Comte
d'Avaux ſe tint preſque toûjours dansle vuidedela Table où per- ſonne n'eſtoit aſſis. Il voulut fervir les Dames , tandis que les Pa- ges portoient inceſſamment ſur des Soucoupes de vermeil , des meilleurs Vins de France & d'Italie , & des plus délicieuſes Li- queursde l'Europe.Apres le Sou pé , toute la Compagnie paſſa dans la premiere Antichambre,
oùpluſieus rangs deChaiſes pla- cées tout autourlaiſſoient dans le
milieu un vuideaffez grand pour
GALAN T. 101
,
ydanſer commodement. Tout le premier rang êtoit occupé par les Ambaſſadeurs &par les Da- mes , & les autres le furent par ungrandnombre de Demoifelles &de Gentils-homines François,
Allemans , Eſpagnols , Italiens &des autres principales Nations de l'Europe. Les Bourgeois vin- rent en foule regarder l'Aſſem- blée par les Feneſtres. Il leur eftoit nouveau d'en voir une
compoſée de tant de Perſonnes Illuftres. Les Ambaſſadriſſes , &
la plupart des Ambaſſadeurs,qui furent pris pour danſer,ne firent quedes réverences. Il ſeroit diffi- cile de s'en acquiter d'une ma- niere plus galante que fit leMar-- quisde los Balbaſes. LaMarquiſe Quintany ſa Fille ſe fit admirer dans le bon air &dans la juſteſſe de ſadanſe , ſans que ſa Coifure
Eij
102 LE MERCVRE
à l'Eſpagnole , ſes grandes Man- ches de tafetas couleur de feu
attachées au poignet,& fon vaſte Garde-Infant , diminuaſſent rien de la grace qui attira les loüan- gesde tout le monde. La Feſte dura juſqu'à une heure apres mi- nuit. Chacun ſortit également fatisfait de la magnificence &des manieres honneſtes deMonfieur
le Comte d'Avaux , qui avoit fi biendonné ſes ordres,qu'il trou- vamoyen d'empefcher la confu- ſion qui eft preſque toûjours inévitable en de pareilles occa- fions.
Je croy , Madame, que quand le Nom d'Avaux ne vous ſeroit
pas connu par les Grands Hom- mes qui l'ont rendu illuſtre , les Lettres de Voiture vous auroient
appris combien il eſt glorieux de le porter.C'eſt une tres-ancienne
GALAN T. 10.31 Famille; &dés le tempsdeChar- les IX. Henry de Meſmes Sei- gneur de Mallaſſiſe , eſtoit Am- baffadeur en Eſpagne. Il y a eu depuis, dans cette Maiſon des Maiſtres des Requeſtes, desCon- feillers d'Etat , un Lieutenant
Civil&Prevoſt des Marchands,
un Sur-Intendant des Finances & Secretaire de l'Ordre du Roy.
Le Comte d'Avaux Plenipoten- tiaire pourla Paix en l'Aſſem- ON
blée de Munster , s'eſt acquis beaucoupdegloire dans ſes Am- baſſades d'Italie , d'Allemagne,
de Pologne , de Suede &deDan- nemarc. Celuy qui a preſente- ment la meſme qualité dePleni- potentiaire à Nimegue eſt ſon Neveu. On voit aſſez qu'il eſt négalant par ce qu'il fait tous les jours. Il a du merite , de l'eſprit;
& quoy qu'il foit jeune encor, il E iv
104 LE MERCVRE
adéja eſté Ambaſſadeur à Veni- ſe. Il eft Fils de feu M deMefmes Seigneur d'Irval , Preſident à Mortier , & Frere de M de Meſmes qui remplit aujourd'huy cette grande Charge avec une approbation fi generale. Je ne vous dis rien de ce Preſident.
Vous ſçavez qu'il eſt Prevoſt des Ordres , & fort eſtimé du Roy.
Le choix que je vous ay déja mandé qu'on avoit fait de luy dans l'Académie Françoiſe pour fucceder à M. Des-Mareſts , fait
les éloges de fon Efprit. Cepen- dant je ne puis fortir de Nimegue fans vous dire que j'auray fou- vent de pareilles Nouvelles à
vous en donner. Vous ne ſerez
pas fâchée de voir que les Fran- çois s'y diftinguent par la magni- ficence&parla galanterie, come ils font àl'Arméepar la valeur
GALANT. 95
!
Ennnemis , leur rendent la Paix
fort neceffaire. Elle dépend des Conférences qui ſe tiennent à
Nimegue , où depuis que l'Af- ſemblée est devenue confidérables , toutes les Ambaffadrices
qui ſe voyent familierement, &
fur tout celles dont les Maris font
demeurez en bonne intelligen- ce avec les Ambaſſadeurs de
France , ont formé une Societé pour le Jeú, qui leur fait paffer agreablement tous lesjours de la Semaine ,de forte qu'elle ſe trou- ve toute partagée entre les Am- baffadrices d'Angleterre,deFran- ce , d'Eſpagne , de Suede , de Dannemarc , & de Hollande.
Chacune reçoit la Compagnie chez elle àfon tour ,& la régale d'une Collation de Fruits & de
Confitures,avec des Vins&des
Liqueurs en abondance, .....
96 LE MERCVRE
Quoy que les Dames n'aillent pas régulierement chez les Am- baſſadeurs qui n'ont point de Femme, elles ne laiſſent pas de s'aſſembler quelquefois chez Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades , &chez Monfieur le Comte
d'Avaux, quiparla maniere dont ils les reçoivent , leur font con- noiſtre que la magnificence eſt inſéparable de l'honneſtetéqu'ils ont pour le Sexe. Ce dernier leuradonnédepuis peuuneFeſte des mieux ordonnées , malgré le peu de temps qu'il eut às'y pré- parer. Il y avoit Aſſemblée àl'or- dinaire chez une des Ambaffadrices,&la correfpondance qui eſtpreſentement àNimegue en- tre les Ambaſſadeurs de France
& d'Eſpagne , ayant fait agréer àMadame laMarquiſedelosBal- baſes une Partie de Jeu pour le lendemain
GALANT. 97
lendemain chez Mr le Comte d'Avaux , toute la Compagnie s'y rendit , quoy que ce fuſt le jour de Madame Tempel Am- -baſſadrice d'Angleterre. Mon- ſieur l'Eveſque de Marseille, que cét Ambaſſadeur avoit reçeu chez luy àſon paſſage de Polo- gneenFrance, partagea le plaifir de cette Feſte. Elle parut avec tout l'éclat poſſible , & il ne s'en faut pas étonner , M² le Comte d'Avaux eſtant tres-commodement logé , meublé magnifique- ment, &fervy par les meilleurs Officiers qui ſoient à Nimegue.
Joignez à cela la joye qu'il ſe fait dene rienépargner pour lesDa- mes,quand il s'agit de les régaler.
Le Jeu commença à trois Tables dans la Chambre d'audiance qui eſt tres richement meublée.
Quelques Ambaſſadeurs y joue
Tome VII. E
98 LE MERCVRE rentaveclesDames. La Marquiſe de los Balbaſes Ambaſſadrice
d'Eſpagne,& Sœur du Conneſta- ble Colonna , s'y eſtoit renduë aveclaDucheffede S.Pedro& la
MarquiſeQuintanyfes deux Fil- les. LeMary de la premiere eſt à
Nimegue , & l'autre eſt mariée au Fils du Preſident de Caſtille
qu'elle n'a point encor veu. Le Marquis de los Balbafes ,de la Maifon de Spinola , y vint avec Dom Ronquillo ſon Collegue,
&apres qu'on eut allumé plu- fieurs grands Torcheres &Flam- beauxdevermeil, onapporta les Liqueurs, les Eaux glacées , les Fruits , & les Confitares. Le
Chocolat fut donné en fuite ,&
pendantque le Jeu continua, les Violonsde Meſſieurs les Ambar
fadeurs de France ſe firent entendre dansl'Antichambre éclai
a
GALAN T. 99 réede Luftres &d'un grand nom- bre de Bougies. Pluſieurs Per- ſonnes conſidérables de l'un &
de l'autre sexe , y danſoient en preſence des Excellences qui ne joüoient point. Le Jeu ayant eſté quité àdixheures du ſoir , toutes
les Dames entrerent dans une
Salle , où vis-à-vis du Bufet il
y avoitune Tableàdeux retours,
&vuide dans le milieu. Elle fut
ſervie avec une propreté mer- veilleuſe , & il n'y manqua rien de tout ce que lePaïs &la Saifon pûrent fournir de plus délicat &
de plus exquis. Une fi grande profufionde toutes choſes ſurprit d'autant plus , que la Partie n'a- voit eſté réſoluë que le ſoir pré- cedent. L'eclat d'un des plus beaux Bufets qu'on puiffe voir,
ne fatisfaiſoit pas moins la veuë par la richeffe & par le grand
Eij
100 LE MERCVRE
nombre de Baffins &de Vaſes
d'un tres-beau vermeil , que la délicateſſe des Mets contentoit la
diverſité des gouſts. Il n'y eut au- cunordrede préſeance. Les Da- mes & quelques Ambaſſadeurs s'affirent à table aux endroits où
chacun ſe trouva apres qu'on fuſt entré dans la Salle. M² le Comte
d'Avaux ſe tint preſque toûjours dansle vuidedela Table où per- ſonne n'eſtoit aſſis. Il voulut fervir les Dames , tandis que les Pa- ges portoient inceſſamment ſur des Soucoupes de vermeil , des meilleurs Vins de France & d'Italie , & des plus délicieuſes Li- queursde l'Europe.Apres le Sou pé , toute la Compagnie paſſa dans la premiere Antichambre,
oùpluſieus rangs deChaiſes pla- cées tout autourlaiſſoient dans le
milieu un vuideaffez grand pour
GALAN T. 101
,
ydanſer commodement. Tout le premier rang êtoit occupé par les Ambaſſadeurs &par les Da- mes , & les autres le furent par ungrandnombre de Demoifelles &de Gentils-homines François,
Allemans , Eſpagnols , Italiens &des autres principales Nations de l'Europe. Les Bourgeois vin- rent en foule regarder l'Aſſem- blée par les Feneſtres. Il leur eftoit nouveau d'en voir une
compoſée de tant de Perſonnes Illuftres. Les Ambaſſadriſſes , &
la plupart des Ambaſſadeurs,qui furent pris pour danſer,ne firent quedes réverences. Il ſeroit diffi- cile de s'en acquiter d'une ma- niere plus galante que fit leMar-- quisde los Balbaſes. LaMarquiſe Quintany ſa Fille ſe fit admirer dans le bon air &dans la juſteſſe de ſadanſe , ſans que ſa Coifure
Eij
102 LE MERCVRE
à l'Eſpagnole , ſes grandes Man- ches de tafetas couleur de feu
attachées au poignet,& fon vaſte Garde-Infant , diminuaſſent rien de la grace qui attira les loüan- gesde tout le monde. La Feſte dura juſqu'à une heure apres mi- nuit. Chacun ſortit également fatisfait de la magnificence &des manieres honneſtes deMonfieur
le Comte d'Avaux , qui avoit fi biendonné ſes ordres,qu'il trou- vamoyen d'empefcher la confu- ſion qui eft preſque toûjours inévitable en de pareilles occa- fions.
Je croy , Madame, que quand le Nom d'Avaux ne vous ſeroit
pas connu par les Grands Hom- mes qui l'ont rendu illuſtre , les Lettres de Voiture vous auroient
appris combien il eſt glorieux de le porter.C'eſt une tres-ancienne
GALAN T. 10.31 Famille; &dés le tempsdeChar- les IX. Henry de Meſmes Sei- gneur de Mallaſſiſe , eſtoit Am- baffadeur en Eſpagne. Il y a eu depuis, dans cette Maiſon des Maiſtres des Requeſtes, desCon- feillers d'Etat , un Lieutenant
Civil&Prevoſt des Marchands,
un Sur-Intendant des Finances & Secretaire de l'Ordre du Roy.
Le Comte d'Avaux Plenipoten- tiaire pourla Paix en l'Aſſem- ON
blée de Munster , s'eſt acquis beaucoupdegloire dans ſes Am- baſſades d'Italie , d'Allemagne,
de Pologne , de Suede &deDan- nemarc. Celuy qui a preſente- ment la meſme qualité dePleni- potentiaire à Nimegue eſt ſon Neveu. On voit aſſez qu'il eſt négalant par ce qu'il fait tous les jours. Il a du merite , de l'eſprit;
& quoy qu'il foit jeune encor, il E iv
104 LE MERCVRE
adéja eſté Ambaſſadeur à Veni- ſe. Il eft Fils de feu M deMefmes Seigneur d'Irval , Preſident à Mortier , & Frere de M de Meſmes qui remplit aujourd'huy cette grande Charge avec une approbation fi generale. Je ne vous dis rien de ce Preſident.
Vous ſçavez qu'il eſt Prevoſt des Ordres , & fort eſtimé du Roy.
Le choix que je vous ay déja mandé qu'on avoit fait de luy dans l'Académie Françoiſe pour fucceder à M. Des-Mareſts , fait
les éloges de fon Efprit. Cepen- dant je ne puis fortir de Nimegue fans vous dire que j'auray fou- vent de pareilles Nouvelles à
vous en donner. Vous ne ſerez
pas fâchée de voir que les Fran- çois s'y diftinguent par la magni- ficence&parla galanterie, come ils font àl'Arméepar la valeur
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Résumé : Particularitez d'un Régal donné à Nimegue par M. le Comte d'Avaux Plenipotentiaire de France. [titre d'après la table]
Lors des conférences de paix à Nimègue, les ambassadeurs et leurs épouses se réunissent régulièrement pour des parties de jeu et des réceptions, créant une société cosmopolite entre les ambassades de l'Angleterre, la France, l'Espagne, la Suède, le Danemark et la Hollande. Chaque ambassadrice accueille à tour de rôle les invités, offrant des collations de fruits, confitures, vins et liqueurs. Les dames se rassemblent également chez des personnalités influentes comme le Maréchal d'Estrades et le Comte d'Avaux, qui les reçoivent avec magnificence. Le Comte d'Avaux organise une fête mémorable malgré un délai de préparation court. Cet événement inclut des jeux, des danses et un somptueux banquet, avec une profusion de mets délicats et de boissons. Les invités, parmi lesquels des ambassadeurs et des dames de haut rang, sont impressionnés par l'éclat et la générosité de la fête. Le Comte d'Avaux est décrit comme un hôte attentionné et un diplomate expérimenté. Il a déjà servi en tant qu'ambassadeur dans plusieurs pays et est actuellement plénipotentiaire à Nimègue. Sa famille possède une longue histoire de service diplomatique et administratif. La fête se termine tard dans la nuit, laissant tous les invités satisfaits de la magnificence et des manières honnêtes du Comte d'Avaux. Les Français se distinguent par leur magnificence et leur galanterie, qualités appréciées et remarquées, de la même manière qu'ils se distinguent à l'armée par leur valeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 293
Opéra representé à Nimegue par les Filles de M. le Marquis de Spinola. [titre d'après la table]
Début :
De Condé je retourne encor à Nimégue, où mille plaisirs [...]
Mots clefs :
Opéra en italien, Nimègue, Ambassadeurs, Ambassadrices
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texteReconnaissance textuelle : Opéra representé à Nimegue par les Filles de M. le Marquis de Spinola. [titre d'après la table]
DeCondé jeretourne encor à Nimegue , où mille plaifirs nouveaux délaſſent tous les
jours ceux qui prennent le ſoin desgrandes Affaires qui s'y trai- tent. Les Filles de м³ le marquis de Spinola, avec les Dames de leur ſuite , y reciterent dernie- rement un Opéra en Italien.
I iiij
200 LE MERCVRE
Tous les Ambaſſadeurs , les
Ambaſſadrices , & tous ceux
qui ont caractere de miniſtre,
s'y trouverent, à la reſerve des Ambaſſadeurs de Brandebourg
&deHollande. Sij'apprens des particularitez de ce Divertiſſfement , je ne manqueray pas de vous en faire part.
jours ceux qui prennent le ſoin desgrandes Affaires qui s'y trai- tent. Les Filles de м³ le marquis de Spinola, avec les Dames de leur ſuite , y reciterent dernie- rement un Opéra en Italien.
I iiij
200 LE MERCVRE
Tous les Ambaſſadeurs , les
Ambaſſadrices , & tous ceux
qui ont caractere de miniſtre,
s'y trouverent, à la reſerve des Ambaſſadeurs de Brandebourg
&deHollande. Sij'apprens des particularitez de ce Divertiſſfement , je ne manqueray pas de vous en faire part.
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Résumé : Opéra representé à Nimegue par les Filles de M. le Marquis de Spinola. [titre d'après la table]
À Nimègue, les filles du marquis de Spinola ont interprété un opéra en italien. Tous les ambassadeurs, ambassadrices et ministres étaient présents, sauf ceux de Brandebourg et de Hollande. L'auteur promet plus de détails si nécessaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 317-331
Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
Début :
C'est avec raison, Madame, que je vous ay dit bien [...]
Mots clefs :
Roi, André Boureau-Deslandes, M. Cornuet, Siam, Roi de Siam, Terre, Présents, Lettre, Pavillon, Ambassadeurs, François Baron, Indes, France, Pays, Europe
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
C'eft avec railon, Madame
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
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Résumé : Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
En 1680, des ambassadeurs du roi de Siam furent envoyés en France pour reconnaître la grandeur et les conquêtes du roi de France. Le baron, directeur général de la Compagnie Royale de France dans les Indes, mit à disposition un vaisseau pour transporter les ambassadeurs. Ce vaisseau, commandé par M. Cornuet et transportant M. Dellandes, arriva en septembre 1680. Dellandes, choisi pour sa bonne mine et son éducation, portait une lettre et des présents du roi de France. À leur arrivée, ils demandèrent la permission de saluer un pavillon, ce qui fut accordé. Dellandes remarqua un pavillon républicain et insista pour en hisser un royal, ce qui entraîna une salve d'artillerie échangée entre le vaisseau et la forteresse. Dellandes et Cornuet furent ensuite conduits à une maison préparée pour eux. En septembre, trois mandarins vinrent accompagner la lettre et les présents à la cour. Dellandes, accompagné de soldats français, fut reçu par les ministres du roi de Siam. L'audience dura plus d'une heure, durant laquelle Dellandes répondit aux questions sur la France et son monarque. Le roi de Siam, impressionné par les présents, notamment des lustres de cristal et des pièces d'artillerie, décida d'envoyer trois ambassadeurs en France. Ces ambassadeurs, incluant un grand mandarin expérimenté, partirent pour Bantam mais manquèrent le vaisseau Soleil d'Orient. Ils étaient attendus en septembre 1681 sur ce même vaisseau. Le roi de Siam, anticipant des conflits avec une puissance européenne, cherchait à s'allier avec la France. Ses titres incluent 'Roi des Rois' et 'Maître des Eaux', et ses États s'étendent sur plus de trois cents lieues dans les Indes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 91-95
AU ROY DE FRANCE.
Début :
Lettre de la Royale & insigne Ambassade du grand Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Amitié, Royaume de France, Offre, Ambassadeurs, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY DE FRANCE.
AU ROY DE FRANCE.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
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Résumé : AU ROY DE FRANCE.
Le roi de Seryfurthia adresse une lettre au roi de France, exaltant sa grandeur et ses victoires. Il exprime sa loyauté et sa joie après avoir reçu les lettres de la royale ambassade envoyée par Dom François, évêque. Le roi de Seryfurthia souhaite établir une amitié forte et durable entre les deux royaumes. Il annonce l'envoi de vaisseaux et d'ambassadeurs pour renforcer cette alliance et invite le roi de France à formuler toute demande spécifique. Il prie pour la prospérité et la longévité du roi de France, ainsi que pour des victoires sur ses ennemis. La lettre se conclut par un vœu de conservation et d'augmentation des prospérités du roi de France.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 95-99
AU SOUVERAIN PONTIFE.
Début :
Il y a pour subscription à la Lettre que ce Roy a écrite / Lettre de la Royale Ambassade du grand Roy de Siam, [...]
Mots clefs :
Pape, Lettre, Chrétiens, Mérites, Joie, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU SOUVERAIN PONTIFE.
HIlyy a pour ſubſcription à
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
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Résumé : AU SOUVERAIN PONTIFE.
Le roi de Siam adresse une lettre au pape pour exprimer sa joie et son admiration après avoir reçu une missive portée par l'ambassadeur Dom François. Il met en avant l'importance des relations diplomatiques et de l'amitié entre les nations. Le roi décide d'envoyer des ambassadeurs au pape afin de renforcer cette amitié et sollicite l'envoi réciproque d'ambassadeurs. Il souhaite que les échanges diplomatiques se poursuivent sans interruption pour maintenir une amitié durable. Le roi formule également des vœux de bonheur et de prospérité pour le pape et la communauté chrétienne.
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6
p. 304-309
Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy de Siam estant en peine de l'arrivée des Ambassadeurs [...]
Mots clefs :
Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi de Siam, Envoyés, Pays, Marquis, Audience, Compagnie des Indes orientales, Révérences, Ambassadeurs, Ambassade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
Le Roy de Siam eftant en
peine de l'arrivée des Am
baffadeurs qu'il envoya en
1680. au Roy , & ayant appris
par toutes les Nouvelles de
l'Europe, que le Vaiffeau fur
lequel ils s'eftoient embarquez
eftoit perdu , il choiſit
deux des Officiers de fa Maifon
pour eftre envoyez en
France , & en cas que ces
GALANT. 305
Ambaffadeurs y fuffent, leur
remettre la négotiation dont
ils eftoient chargez pour l'é
tabliffement d'un Commerce
entre la Compagnie des Indes
Orientales , & les Sujets
de ce Prince ; & comme le
Roy de Siam a beaucoup de
confiance aux Miffionnaires-
Apoftoliques qui font en ce
Païs -là , il pria M ' l'Evefque
de Metollopolis de joindre à
ces deux Officiers un Miffionnaire
pour les accompa
gner dans ce Voyage. M
Vachet, ancien Miffionnaire
de Cochinchine , ayant efté
Novembre 1684. C c
i
306 MERCURE
choify , les deux Envoyez
Okonne Pichay Valhiten ,
Khonne Pichife On ay tri , avec
fix autres Siamois &mun
Interprete du Païs , partirent
fur un Vaiffeau Anglois les
25. Janvier dernier , & apres
avoir paffé en Angleterre , ils
arrivérent à Calais , où ils fu
rent reçeus par les ordres que
M' le Marquis de Seignelay
avoit donnez pour les faire
conduire à Paris aux dépens
du Roy. Ce Marquis leur en
voya deux Carroffes , pour
rendre à l'Audience qu'il leur
a donnée , & les reçcut dans
fe
GALANT 307
ཋཱ་
fon Cabinet. Ces Envoyez,
apres avoir fait trois réveren
ces la face en terre , & les deux
mains jointes , élevées juſques
au fommet de la tefte , en la
maniere de leur Païs , s'affirent
fur un Tapis , & expliquérent
les principaux Chefs
de leur négotiation pour ce
qui regarde le Commerce, &
dirent en fuite , Qu'ils eftoient
chargez de la part de leur Roy,
de témoigner fa joye de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ; & que dans l'efpérance
que ce Prince avoit conçue
d'une Ambaſſade de la part de Sa
Cc ij
308 MERCURE
Majefté, il avoit fait baftir une
Maifon pour la recevoir, & une
tres grande Eglife pour les Chrétiens.
M' le Marquis de Seignelay,
apres les avoir remerciez de
leur civilité , & leur avoir fait
connoiftre qu'ils avoient efté
traitez par ordre du Roy, leur
témoigna , Que c'eftoit avec
douleur qu'il croyoit que le Vaiffean
fur lequel eftoit embarquez
Les Ambaffadeurs envoyez en
1680. eftoit perdu ; qu'il rendroit
compte à Sa Majefté de ce qu'ils
Luy avoient dit de la part du Roy
laur Maifire ; & qu'il pouvoit
GALANT. 309.
leur dire par avance,que Sa Majesté
eftoit difpofée à iuy envoyer
une Ambaffade, pour luy donner
des marques de l'amitié que Sa
Majefte luy accordoit d'autant
plus volontiers , qu'Elle eſpéroit
que le Roy de Siam inftruit des
erreurs de l'Idolâtrie, affermiroit
cette amitié par le lien d'une
mefme Religion. Les Envoyez
offrirent en fuite leurs Préfcns
, & furent conduits chez
eux de la mefme maniere
qu'ils avoient efté amenez .
peine de l'arrivée des Am
baffadeurs qu'il envoya en
1680. au Roy , & ayant appris
par toutes les Nouvelles de
l'Europe, que le Vaiffeau fur
lequel ils s'eftoient embarquez
eftoit perdu , il choiſit
deux des Officiers de fa Maifon
pour eftre envoyez en
France , & en cas que ces
GALANT. 305
Ambaffadeurs y fuffent, leur
remettre la négotiation dont
ils eftoient chargez pour l'é
tabliffement d'un Commerce
entre la Compagnie des Indes
Orientales , & les Sujets
de ce Prince ; & comme le
Roy de Siam a beaucoup de
confiance aux Miffionnaires-
Apoftoliques qui font en ce
Païs -là , il pria M ' l'Evefque
de Metollopolis de joindre à
ces deux Officiers un Miffionnaire
pour les accompa
gner dans ce Voyage. M
Vachet, ancien Miffionnaire
de Cochinchine , ayant efté
Novembre 1684. C c
i
306 MERCURE
choify , les deux Envoyez
Okonne Pichay Valhiten ,
Khonne Pichife On ay tri , avec
fix autres Siamois &mun
Interprete du Païs , partirent
fur un Vaiffeau Anglois les
25. Janvier dernier , & apres
avoir paffé en Angleterre , ils
arrivérent à Calais , où ils fu
rent reçeus par les ordres que
M' le Marquis de Seignelay
avoit donnez pour les faire
conduire à Paris aux dépens
du Roy. Ce Marquis leur en
voya deux Carroffes , pour
rendre à l'Audience qu'il leur
a donnée , & les reçcut dans
fe
GALANT 307
ཋཱ་
fon Cabinet. Ces Envoyez,
apres avoir fait trois réveren
ces la face en terre , & les deux
mains jointes , élevées juſques
au fommet de la tefte , en la
maniere de leur Païs , s'affirent
fur un Tapis , & expliquérent
les principaux Chefs
de leur négotiation pour ce
qui regarde le Commerce, &
dirent en fuite , Qu'ils eftoient
chargez de la part de leur Roy,
de témoigner fa joye de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ; & que dans l'efpérance
que ce Prince avoit conçue
d'une Ambaſſade de la part de Sa
Cc ij
308 MERCURE
Majefté, il avoit fait baftir une
Maifon pour la recevoir, & une
tres grande Eglife pour les Chrétiens.
M' le Marquis de Seignelay,
apres les avoir remerciez de
leur civilité , & leur avoir fait
connoiftre qu'ils avoient efté
traitez par ordre du Roy, leur
témoigna , Que c'eftoit avec
douleur qu'il croyoit que le Vaiffean
fur lequel eftoit embarquez
Les Ambaffadeurs envoyez en
1680. eftoit perdu ; qu'il rendroit
compte à Sa Majefté de ce qu'ils
Luy avoient dit de la part du Roy
laur Maifire ; & qu'il pouvoit
GALANT. 309.
leur dire par avance,que Sa Majesté
eftoit difpofée à iuy envoyer
une Ambaffade, pour luy donner
des marques de l'amitié que Sa
Majefte luy accordoit d'autant
plus volontiers , qu'Elle eſpéroit
que le Roy de Siam inftruit des
erreurs de l'Idolâtrie, affermiroit
cette amitié par le lien d'une
mefme Religion. Les Envoyez
offrirent en fuite leurs Préfcns
, & furent conduits chez
eux de la mefme maniere
qu'ils avoient efté amenez .
Fermer
Résumé : Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
En 1684, le roi de Siam, préoccupé par la perte d'un vaisseau transportant des ambassadeurs envoyés en 1680, désigna deux officiers pour négocier un accord commercial avec la Compagnie des Indes Orientales. Il demanda également à l'évêque de Metollopolis d'inclure le missionnaire M. Vachet dans la délégation. Les envoyés, Okonne Pichay Valhiten et Khonne Pichise On ay tri, accompagnés de six autres Siamois et d'un interprète, partirent le 25 janvier 1685 sur un vaisseau anglais. Après un passage en Angleterre, ils arrivèrent à Calais, puis furent conduits à Paris aux frais du roi de France. Le marquis de Seignelay les accueillit et écouta leurs propositions commerciales. Ils exprimèrent la joie du roi de Siam pour la naissance du duc de Bourgogne et mentionnèrent la construction d'une maison et d'une église pour les chrétiens. Le marquis de Seignelay assura que le roi de France était prêt à envoyer une ambassade en retour, espérant la conversion du roi de Siam au christianisme pour renforcer leur amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 208-225
Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je n'ay point douté que vous ne fussiez contente du second Article [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Officiers, Repas, Marquis, Audience, Prince, Galeries, Compliments, Conquêtes, Carrosses, Saint-Cloud, Jardins, Réception, Cérémonie, Peuple, Amitié, Discours, Admiration, Bénédictions du ciel, Sa Majesté, Bonté, Adoration, Opéra, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Je n'ay point douté que vous
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
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Résumé : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
En octobre, deux mandarins envoyés par le roi de Siam sont arrivés à Calais avec six domestiques. Ils ont été accueillis par le major de la place et ont ensuite voyagé jusqu'à Paris, où ils ont reçu des honneurs militaires et civils. Leur interprète était le fils d'un Portugais né à Siam. Malgré leur sobriété alimentaire, ils ont été bien traités et ont pu observer diverses cérémonies et lieux prestigieux. À Paris, les mandarins ont rencontré plusieurs personnalités françaises, dont les marquis de Seignelay et de Vachet. Ils ont exprimé leur admiration pour la France et ont été impressionnés par la grandeur et la richesse des lieux visités, tels que le Palais-Royal, Chantilly et Versailles. Ils ont également assisté à des représentations théâtrales et à des cérémonies religieuses. La mission des mandarins était de s'informer sur les ambassadeurs envoyés par le roi de Siam à la cour française, présumés perdus. Ils ont rencontré le ministre Colbert de Croissy, qui leur a transmis les condoléances du roi de France et a exprimé le désir de renforcer les liens entre les deux royaumes. Ils ont également été reçus par le roi de France, qui les a honorés malgré leur statut non officiel d'ambassadeurs. Pendant leur séjour, les mandarins ont été surpris par le froid et la neige, éléments inconnus dans leur pays. Ils ont également été impressionnés par la liberté de parole et la diversité des gens en France. Avant leur départ, ils ont pris congé des ministres Colbert de Croissy et Seignelay. Une lettre sera envoyée en février pour discuter des préfets, des actions qu'ils ont entreprises et reçues, ainsi que de leur départ. Cette lettre mentionnera également le départ de Monsieur le Chevalier de Chaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 230-236
Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés vous avoir mandé dans six de mes Lettres quantité [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Ambassadeurs, Empire, Majesté, Mandarins, Embarquement, Vaisseau, Mr le Chevalier de Chaumont, Équipages, Piété, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
Aprés vous avoir mandé
dans fix de mes Lettres quantité
de chofes curieufes du
Royaume de Siam , & des
Ambaffadeurs
que le Roy de
ce vafte Empire avoit envoyez
à Sa Majeſté , du nauGALANT.
231
gfrage defquels on commence
à ne plus dourer, je dois vous
dire que les Mandarins envoyez
en France par ce mef
me Roy , pour en apprendre
des nouvelles , fe font enfin
embarquez pour retourner à
Siam , ayant toûjours efté défrayez
par ordre , & aux dépens
de Sa Majesté. M' le
Chevalier de Chaumont,Ambaffadeur
du Roy vers celuy
de Siam , s'embarqua à Brest
le premier de ce mois , fur le
Vaiffeau de Guerre nommé
l'Oiseau , & deux jours aprés
il mit à la Voile pour Siam au
232 MERCURE
bruit du Canon , & aux fanfares
des Trompetes. M'
l'Abbé de Choiſy , qui a pouvoir
de Sa Majefté de faire les
fonctions de l'Ambaſſade, au
defaut de M' le Chevalier de
Chaumont , & de demeurer .
auprés du Roy de Siam , s'il
en eſt beſoin , aprés que ce
Chevalier aura pris fon Audience
de Congé pour reve.
nir en France , s'eft embarqué
fur le mefme Vaiffeau ,
qui eft de quarante- fix piéces
de Canon , commandé par
M' de Vaudricour , & ayant
M de Coriton pour Capitai
GALANT. 233
ne en ſecond , M ' les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & M²
de Chammoreau pour Enfeigne
. Uue Frégate du Roy de
vingt- quatre piéces de Canon
les fuit . Elle eft commandée
par M Joyeux , &
par M du Tertre Enſeigne,
& porte une partie de leur
Equipage . Les François ne
voulant point demeurer of
fifs , chacun à Fenvy s'e
empreffé pour eftre de ce
Voyage. M' de Cintré & de
Francine Lieutenans , ort
efté nommez pour cela ,
Mars 1685.
V
234 MERCURE
font à la fuite de l'Ambaffade
, aufli bien que M de
Fretteville , Garde de la Marine.
Ce dernier , qui a efté
Page de la Chambre du Roy,
a merité cet avantage , tant
par les Services de M de
Fretteville fon Pere , que par
l'affiduité & la fageffe avec
laquelle il a luy mefme fervy
Sa Majefté , pendant les années
d'exercice de M' le Duc
de Gefvres , & de M' le Duc
de S. Aignan , auquel il a
l'honneur d'appartenir. Depuis
fa fortie de Page , il s'eft
trouvé à toutes les occafions
GALANT. 235
Les
autres
A
dé Guerre , qu'il y a eu fur la
Mediterranée .
Gardes Marines qui font
comme luy à la fuite de
l'Ambaffade , font MS Compiegne
, Joncous , d'Erbouville
, du Fay , de Palu , de la
Foreft , & de Benneville. Le:
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife
, a creu avec beaucoup
de raifon , qu'il eftoit digne
de luy d'envoyer des Ambaffadeurs
à Siam , en faveur de
la Religion Catholique , qui
commence à yfaire de grands .
progrez,& qui en pourra
encore davantage , eſtant ſe--
faire :
Vij
236 MERCURE
condée du zéle & de la pieté
de Sa Majesté.
dans fix de mes Lettres quantité
de chofes curieufes du
Royaume de Siam , & des
Ambaffadeurs
que le Roy de
ce vafte Empire avoit envoyez
à Sa Majeſté , du nauGALANT.
231
gfrage defquels on commence
à ne plus dourer, je dois vous
dire que les Mandarins envoyez
en France par ce mef
me Roy , pour en apprendre
des nouvelles , fe font enfin
embarquez pour retourner à
Siam , ayant toûjours efté défrayez
par ordre , & aux dépens
de Sa Majesté. M' le
Chevalier de Chaumont,Ambaffadeur
du Roy vers celuy
de Siam , s'embarqua à Brest
le premier de ce mois , fur le
Vaiffeau de Guerre nommé
l'Oiseau , & deux jours aprés
il mit à la Voile pour Siam au
232 MERCURE
bruit du Canon , & aux fanfares
des Trompetes. M'
l'Abbé de Choiſy , qui a pouvoir
de Sa Majefté de faire les
fonctions de l'Ambaſſade, au
defaut de M' le Chevalier de
Chaumont , & de demeurer .
auprés du Roy de Siam , s'il
en eſt beſoin , aprés que ce
Chevalier aura pris fon Audience
de Congé pour reve.
nir en France , s'eft embarqué
fur le mefme Vaiffeau ,
qui eft de quarante- fix piéces
de Canon , commandé par
M' de Vaudricour , & ayant
M de Coriton pour Capitai
GALANT. 233
ne en ſecond , M ' les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & M²
de Chammoreau pour Enfeigne
. Uue Frégate du Roy de
vingt- quatre piéces de Canon
les fuit . Elle eft commandée
par M Joyeux , &
par M du Tertre Enſeigne,
& porte une partie de leur
Equipage . Les François ne
voulant point demeurer of
fifs , chacun à Fenvy s'e
empreffé pour eftre de ce
Voyage. M' de Cintré & de
Francine Lieutenans , ort
efté nommez pour cela ,
Mars 1685.
V
234 MERCURE
font à la fuite de l'Ambaffade
, aufli bien que M de
Fretteville , Garde de la Marine.
Ce dernier , qui a efté
Page de la Chambre du Roy,
a merité cet avantage , tant
par les Services de M de
Fretteville fon Pere , que par
l'affiduité & la fageffe avec
laquelle il a luy mefme fervy
Sa Majefté , pendant les années
d'exercice de M' le Duc
de Gefvres , & de M' le Duc
de S. Aignan , auquel il a
l'honneur d'appartenir. Depuis
fa fortie de Page , il s'eft
trouvé à toutes les occafions
GALANT. 235
Les
autres
A
dé Guerre , qu'il y a eu fur la
Mediterranée .
Gardes Marines qui font
comme luy à la fuite de
l'Ambaffade , font MS Compiegne
, Joncous , d'Erbouville
, du Fay , de Palu , de la
Foreft , & de Benneville. Le:
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife
, a creu avec beaucoup
de raifon , qu'il eftoit digne
de luy d'envoyer des Ambaffadeurs
à Siam , en faveur de
la Religion Catholique , qui
commence à yfaire de grands .
progrez,& qui en pourra
encore davantage , eſtant ſe--
faire :
Vij
236 MERCURE
condée du zéle & de la pieté
de Sa Majesté.
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Résumé : Embarquement de M. le Chevalier de Chaumont, avec les Noms de ceux qui doivent l'accompagner à Siam, [titre d'après la table]
En mars 1685, une ambassade française se prépare à partir pour le Royaume de Siam. Le Chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi de France, s'embarque à Brest sur le vaisseau de guerre 'l'Oiseau', accompagné de l'Abbé de Choisy, représentant de l'ambassade. Le vaisseau, commandé par M. de Vaudricourt et M. de Coriton comme capitaine en second, est équipé de quarante-six pièces de canon. L'équipage comprend deux lieutenants, les Chevaliers de Fourbin et de Sibois, et un enseigne, M. de Chammoreau. Une frégate de vingt-quatre pièces de canon, commandée par M. Joyeux et M. du Tertre comme enseigne, les suit. Plusieurs officiers, dont M. de Cintré et M. de Francine, participent au voyage. M. de Fretteville, Garde de la Marine, est choisi pour ses mérites et son assiduité. D'autres Gardes Marines, tels que M. Compiegne, Joncous, d'Erbouville, du Fay, de Palu, de la Forêt et de Benneville, font également partie de l'expédition. Le roi de France, en tant que Fils aîné de l'Église, envoie des ambassadeurs à Siam pour promouvoir la religion catholique, qui y progresse grâce au zèle et à la piété du roi.
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9
p. 284-299
Suite des Affaires d'Alger, avec l'Audience donnée à l'Envoyé du mesme Etat, [titre d'après la table]
Début :
L'Ambassadeur d'Alger, dont je vous ay mandé des choses [...]
Mots clefs :
Alger, Ambassadeurs, Marquis, Vaisseau, Perles, Galerie, Présents, Envoyés, Royaume, Esclaves, Marquis d'Amfreville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Affaires d'Alger, avec l'Audience donnée à l'Envoyé du mesme Etat, [titre d'après la table]
L'Ambaffadeur d'Alger,
dont je vous ay mandé des
chofes fi curieufes dans toutes
mes Lettres de l'Eté dernier
, s'eftant embarqué vers
la fin du mefme Efté fur le
Vaiffeau de M le Marquis
d'Amfreville , pour retourner
à Alger avec tous les Efclaves
que le Roy avoit rendus
, ce Vaiffeau n'eut pas
น
GALANT. 285
plûtôt paru devant cette forte
Place , qu'elle en fit éclater
fa joye . Vous vous fouvenez
fans doute de M' de Choifeüil
, qui dans la fédition
élevée parmy le Peuple d'Alger
, lors que nos Bombes
defoloient la Ville , fe vit fi
fouvent fur le point d'eftre
exposé à la bouche du Canon
, & qui en fut toûjours
garanty par un genéreux Algérien
. Comme il eftoit demeuré
à Alger depuis ce
temps -là , le Dey Fenvoya
chercher fur l'heure , & luy
dit, Qu'il fçavoit qu'il ne l'a
286 MERCURE
voit jamais regardé en Efclave,
mais comme un Officier de l'Empereur
des François ; & que s'il
avoit efté exposé à la fureur
d'un Peuple ému , il devoit eſtre
perfuadé qu'il n'en avoit pas eſté
le maiftre , parce qu'il n'eftoit pas
pour lors encore bien affermy dans
la nouvelle Dignité où il venoit
de monter. Enfin il luy parla
d'une maniere que l'on peut
prendre pour une fatisfaction
du paffé , & finit en luy difant
, Que pour luy faire connoistre
encore mieux , qu'il ne
l'avoit jamais regardé comme un
Efclave , il le renvoyoit fans
GALANT. 287
S
l'on
qu'il fust compris parmy les au
tres Esclaves qu'il eftoit fur le
point de rendre qu'il en faifoitunPréfent
à l'Empereur de France
, & qu'il pouvoit dés- lors aller
trouver M le Marquis d' Amfreville.
Ainfi il fortit le premier
d'Alger , avant que
euft rendu aucun Efclave de
part ny d'autre. Enfuite on
reftitua cinq cens Chrétiens,
fçavoir trois cens vingt Sujers
du Roy , fuivant les Etats
fournis par M' du Sault , qui
vous eft affez connu par toutes
mes Relations d'Alger;
cent cinq Etrangers de tou288
MERCURE
tes Nations , pris fous le Pa
villon de France pendant la
derniere Guerre , fuivant un
autre Etat fourny par le mef
me M' du Sault , & foixante
& quinze Anglois & Hol
landois , pris auffi pendant la
derniere Guerre , mais fous
des Pavillons Etrangers
, &
que le Roy avoit demandez
d'augmentation. Ces cente
quatrevingt Efclaves de toutes
les Nations de l'Europe ,
qui doivent leur liberté au
Roy , l'ont eue avec les
termes les plus foûmis de la
part du Dey , qui fit dire à
M
GALANT. 289
M le Marquis d'Amfreville,
Que fi Sa Majesté en vouloit
un plus grand nombre , Elle n'avoit
qu'à leur faire fçavoir fes
intentions , & qu'ils obeiroient.
Quand M le Commiffaire
Genéral Hayet vouloit parler
de la grandeur , de la magnificence
, & de la juftice du
Roy , Ce n'est pas à vous à
m'en parler , répondoit Mezomorto
, & je fus icy fon Procureur
, pour foutenir fes intérefts.
+
L'Ambaffadeur d'Alger
qui revenoit de France , étant
débarqué avec fa Suite , & les
Mars 1685.
Bb
290 MERCURE
Efclaves qu'il ramenoit , la
joye fut fi grande dans toute
la Ville , qu'on y fit une Feſte
genérale à la gloire de Sa Majefté
, il fut même réfolu qu'on
la renouvelleroit tous les ans
en mémoire du Roy.Cet Ambaſſadeur
ayant fait un détail
de tous les bons traitemens
qu'il avoit receus en France,
on jugea à propos de dépelcher
un Envoyé Extraordinaire
, pour y conduire les
Chevaux que l'Ambaſſadeur
qui eftoit de retour y devoit
mener , mais qu'on avoit diferé
d'envoyer , parce qu'on
GALANT. 291
n'en avoit pas d'affez beaux
lors qu'il partit pour venir en
France , & qu'on en vouloit
faire chercher par tout le
Pais. Vous fçavez que les
Chevaux de Barbarie font
tres- eftimez , & qu'en ce Païslà
pour conferver la mémoire
des bonnes races , on fait ce
qui ne s'y pratique pas pour
les Hommes , c'est à dire,
la genéalogie des Chevaux .
Ceux que Mezomorto avoit
fait chercher pour le Roy
par toute la Barbarie , ayant
efté choifis avec grand foin,
& amenez à Alger , ce Dey
Bb ij
292 MERCURE
qui ne vouloit envoyer en
France qu'une Perfonne de
la plus haute conſidération ,
jetta les yeux fur Hadgi Mé
hémet. Il avoit efté Controlleur
des Finances dans le
Royaume d'Alger du temps
du Dey Hady Haly. Ce Dey
il fe retira à la
Mecque avec fa Farnille , &
apres y avoir demeuré quelque
temps , il voyagea dans
tout l'Orient pendant douze
ou treize années ; & comme
du temps du Gouvernement
de Hady Haly ce fut cet Hadgi
Méhémet qui fit Mezoeftant
mort ,
GALANT. 293
morto Capitaine de Vaiffeau,
ce nouveau Dey ayant efte
élû , luy écrivit auffi . toft à la
Mecque , Qu'il le prioit de le
venir trouver à Alger , où il
prétendoit l'élever mesme audeffus
de luy, s'il luy eftoit pof
fible ; & à fon retour il n'a
pas crû pouvoir faire rien de
plus glorieux pour un Hom,
me dont il eft Creature ,
que
de l'envoyer auprés du Roy.
C'est l'Envoyé qui eft arrivé
icy. Il fut mené à Versailles
le Dimanche matin 1. de ce
mois , & conduit dans la
fuperbe Gallerie de ce Châ
Bb iij.
294 MERCURE
"
teau. Il vit Sa Majefté com
me par rencontre , lors qu'Elle
traverſoit cette Gallerie pour
aller à la Meffe , car l'on ne
donne point en France d'Audience
dans les formes à ces
fortes d'Envoyez . A pres trois
profondes révérences , il fit
en Langue Turque un Dif
cours au Roy , plein de foumiffion
& de refpect , pour
remercier Sa Majefté de la
liberté qu'il luy avoit plú de
donner aux Turcs & Mores
Sujets d'Alger , qui eſtoient
Efclaves fur fes Galeres , &
compara ce Monarque à Sa
GÁLANT. 295
lomon , avec les termes les
plus magnifiques pour Sa
Majefté , & les plus refpectueux
& les plus foumis pour
le Royaume & la Républi
que d'Alger. Il pria le Roy
d'accepter des Chevaux Barbes
, qu'il avoit ordre de luy
préfenter de la part du Dey..
M' de la Croix le Fils , Secretaire-
Interpréte de Sa Majefté
, expliqua fon Diſcours,
Enfuite cet Envoyé préſenta
au Roy les Lettres du Dey
& du Bacha , qui estoient
dans un Sac de Brocard d'or ,
& Sa Majesté les mit entre
Bb iiij
296 MERCURE
les mains de M' le Marquis
de
Seignelay Secretaire
d'Etat.
L'aprefdinée ce mefme
Envoyé prefenta au Roy les
Barbes dont je viens de vous.
parler. De douze que l'on
avoit embarquez , il en eftoit
mort deux en chemin . Sa
Majefté témoigna que cePrefent
luy eftoit fort agréable,
& en donna deux fur l'heure
à Monfeigneur le Dauphin,
dont il y en avoit un qui
avoit une Houffe en Broderie
de Perles. C'eftoit la plus.
précieufe qu'eûtMezomorto.
GALANT 297
Apres cela , Méhémet Chelebi
, Fils de l'Envoyé , fe profterna
aux pieds de Sa Majefté
, qui le reçut d'une maniere
tres-favorable . Cet Envoyé
a efté charmé de la Perfonne
du Roy , & de la civi
lité de tous les François , & a
dit , Que dans tous les Voyages.
qu'il avoit faits , il n'avoit point
rencontré de Nation fi honnefte.
La Gallerie de Verſailles luy
a paru une chofe furprenante
, & il dit , Qu'il la regardoit
avec application , parce qu'il n'avoit
jamais rien vú de fi beau,
& qu'il eftoit affuré de ne voir
298 MERCURE
"
jamais rien qui approchaft de a
magnificence. Cet Envoyé a
retourné à Verſailles , où il a
eu l'honneur de voir dîner le
Roy. Il fit enfuite preſent à
Monſeigneur le Dauphin de
deux fournimens de Chaffe ,
avec quelques accompagnemens
, & une Ceinture bro
dée de Perles , à laquelle ils
eftoient attachez . Il donna
auſſi à Madame la Dauphine
quelques Curiofitez de for
Païs , & entr'autres des Souliers
brodez de Perles , de la
maniere qu'ils fe portent à
Alger. Il fit à ce Prince & à
GALANT 299
cette Princeffe des Complimens
fort galans , en leur offrant
ces Prefens ; M' de la
Croix les
interpreta .
dont je vous ay mandé des
chofes fi curieufes dans toutes
mes Lettres de l'Eté dernier
, s'eftant embarqué vers
la fin du mefme Efté fur le
Vaiffeau de M le Marquis
d'Amfreville , pour retourner
à Alger avec tous les Efclaves
que le Roy avoit rendus
, ce Vaiffeau n'eut pas
น
GALANT. 285
plûtôt paru devant cette forte
Place , qu'elle en fit éclater
fa joye . Vous vous fouvenez
fans doute de M' de Choifeüil
, qui dans la fédition
élevée parmy le Peuple d'Alger
, lors que nos Bombes
defoloient la Ville , fe vit fi
fouvent fur le point d'eftre
exposé à la bouche du Canon
, & qui en fut toûjours
garanty par un genéreux Algérien
. Comme il eftoit demeuré
à Alger depuis ce
temps -là , le Dey Fenvoya
chercher fur l'heure , & luy
dit, Qu'il fçavoit qu'il ne l'a
286 MERCURE
voit jamais regardé en Efclave,
mais comme un Officier de l'Empereur
des François ; & que s'il
avoit efté exposé à la fureur
d'un Peuple ému , il devoit eſtre
perfuadé qu'il n'en avoit pas eſté
le maiftre , parce qu'il n'eftoit pas
pour lors encore bien affermy dans
la nouvelle Dignité où il venoit
de monter. Enfin il luy parla
d'une maniere que l'on peut
prendre pour une fatisfaction
du paffé , & finit en luy difant
, Que pour luy faire connoistre
encore mieux , qu'il ne
l'avoit jamais regardé comme un
Efclave , il le renvoyoit fans
GALANT. 287
S
l'on
qu'il fust compris parmy les au
tres Esclaves qu'il eftoit fur le
point de rendre qu'il en faifoitunPréfent
à l'Empereur de France
, & qu'il pouvoit dés- lors aller
trouver M le Marquis d' Amfreville.
Ainfi il fortit le premier
d'Alger , avant que
euft rendu aucun Efclave de
part ny d'autre. Enfuite on
reftitua cinq cens Chrétiens,
fçavoir trois cens vingt Sujers
du Roy , fuivant les Etats
fournis par M' du Sault , qui
vous eft affez connu par toutes
mes Relations d'Alger;
cent cinq Etrangers de tou288
MERCURE
tes Nations , pris fous le Pa
villon de France pendant la
derniere Guerre , fuivant un
autre Etat fourny par le mef
me M' du Sault , & foixante
& quinze Anglois & Hol
landois , pris auffi pendant la
derniere Guerre , mais fous
des Pavillons Etrangers
, &
que le Roy avoit demandez
d'augmentation. Ces cente
quatrevingt Efclaves de toutes
les Nations de l'Europe ,
qui doivent leur liberté au
Roy , l'ont eue avec les
termes les plus foûmis de la
part du Dey , qui fit dire à
M
GALANT. 289
M le Marquis d'Amfreville,
Que fi Sa Majesté en vouloit
un plus grand nombre , Elle n'avoit
qu'à leur faire fçavoir fes
intentions , & qu'ils obeiroient.
Quand M le Commiffaire
Genéral Hayet vouloit parler
de la grandeur , de la magnificence
, & de la juftice du
Roy , Ce n'est pas à vous à
m'en parler , répondoit Mezomorto
, & je fus icy fon Procureur
, pour foutenir fes intérefts.
+
L'Ambaffadeur d'Alger
qui revenoit de France , étant
débarqué avec fa Suite , & les
Mars 1685.
Bb
290 MERCURE
Efclaves qu'il ramenoit , la
joye fut fi grande dans toute
la Ville , qu'on y fit une Feſte
genérale à la gloire de Sa Majefté
, il fut même réfolu qu'on
la renouvelleroit tous les ans
en mémoire du Roy.Cet Ambaſſadeur
ayant fait un détail
de tous les bons traitemens
qu'il avoit receus en France,
on jugea à propos de dépelcher
un Envoyé Extraordinaire
, pour y conduire les
Chevaux que l'Ambaſſadeur
qui eftoit de retour y devoit
mener , mais qu'on avoit diferé
d'envoyer , parce qu'on
GALANT. 291
n'en avoit pas d'affez beaux
lors qu'il partit pour venir en
France , & qu'on en vouloit
faire chercher par tout le
Pais. Vous fçavez que les
Chevaux de Barbarie font
tres- eftimez , & qu'en ce Païslà
pour conferver la mémoire
des bonnes races , on fait ce
qui ne s'y pratique pas pour
les Hommes , c'est à dire,
la genéalogie des Chevaux .
Ceux que Mezomorto avoit
fait chercher pour le Roy
par toute la Barbarie , ayant
efté choifis avec grand foin,
& amenez à Alger , ce Dey
Bb ij
292 MERCURE
qui ne vouloit envoyer en
France qu'une Perfonne de
la plus haute conſidération ,
jetta les yeux fur Hadgi Mé
hémet. Il avoit efté Controlleur
des Finances dans le
Royaume d'Alger du temps
du Dey Hady Haly. Ce Dey
il fe retira à la
Mecque avec fa Farnille , &
apres y avoir demeuré quelque
temps , il voyagea dans
tout l'Orient pendant douze
ou treize années ; & comme
du temps du Gouvernement
de Hady Haly ce fut cet Hadgi
Méhémet qui fit Mezoeftant
mort ,
GALANT. 293
morto Capitaine de Vaiffeau,
ce nouveau Dey ayant efte
élû , luy écrivit auffi . toft à la
Mecque , Qu'il le prioit de le
venir trouver à Alger , où il
prétendoit l'élever mesme audeffus
de luy, s'il luy eftoit pof
fible ; & à fon retour il n'a
pas crû pouvoir faire rien de
plus glorieux pour un Hom,
me dont il eft Creature ,
que
de l'envoyer auprés du Roy.
C'est l'Envoyé qui eft arrivé
icy. Il fut mené à Versailles
le Dimanche matin 1. de ce
mois , & conduit dans la
fuperbe Gallerie de ce Châ
Bb iij.
294 MERCURE
"
teau. Il vit Sa Majefté com
me par rencontre , lors qu'Elle
traverſoit cette Gallerie pour
aller à la Meffe , car l'on ne
donne point en France d'Audience
dans les formes à ces
fortes d'Envoyez . A pres trois
profondes révérences , il fit
en Langue Turque un Dif
cours au Roy , plein de foumiffion
& de refpect , pour
remercier Sa Majefté de la
liberté qu'il luy avoit plú de
donner aux Turcs & Mores
Sujets d'Alger , qui eſtoient
Efclaves fur fes Galeres , &
compara ce Monarque à Sa
GÁLANT. 295
lomon , avec les termes les
plus magnifiques pour Sa
Majefté , & les plus refpectueux
& les plus foumis pour
le Royaume & la Républi
que d'Alger. Il pria le Roy
d'accepter des Chevaux Barbes
, qu'il avoit ordre de luy
préfenter de la part du Dey..
M' de la Croix le Fils , Secretaire-
Interpréte de Sa Majefté
, expliqua fon Diſcours,
Enfuite cet Envoyé préſenta
au Roy les Lettres du Dey
& du Bacha , qui estoient
dans un Sac de Brocard d'or ,
& Sa Majesté les mit entre
Bb iiij
296 MERCURE
les mains de M' le Marquis
de
Seignelay Secretaire
d'Etat.
L'aprefdinée ce mefme
Envoyé prefenta au Roy les
Barbes dont je viens de vous.
parler. De douze que l'on
avoit embarquez , il en eftoit
mort deux en chemin . Sa
Majefté témoigna que cePrefent
luy eftoit fort agréable,
& en donna deux fur l'heure
à Monfeigneur le Dauphin,
dont il y en avoit un qui
avoit une Houffe en Broderie
de Perles. C'eftoit la plus.
précieufe qu'eûtMezomorto.
GALANT 297
Apres cela , Méhémet Chelebi
, Fils de l'Envoyé , fe profterna
aux pieds de Sa Majefté
, qui le reçut d'une maniere
tres-favorable . Cet Envoyé
a efté charmé de la Perfonne
du Roy , & de la civi
lité de tous les François , & a
dit , Que dans tous les Voyages.
qu'il avoit faits , il n'avoit point
rencontré de Nation fi honnefte.
La Gallerie de Verſailles luy
a paru une chofe furprenante
, & il dit , Qu'il la regardoit
avec application , parce qu'il n'avoit
jamais rien vú de fi beau,
& qu'il eftoit affuré de ne voir
298 MERCURE
"
jamais rien qui approchaft de a
magnificence. Cet Envoyé a
retourné à Verſailles , où il a
eu l'honneur de voir dîner le
Roy. Il fit enfuite preſent à
Monſeigneur le Dauphin de
deux fournimens de Chaffe ,
avec quelques accompagnemens
, & une Ceinture bro
dée de Perles , à laquelle ils
eftoient attachez . Il donna
auſſi à Madame la Dauphine
quelques Curiofitez de for
Païs , & entr'autres des Souliers
brodez de Perles , de la
maniere qu'ils fe portent à
Alger. Il fit à ce Prince & à
GALANT 299
cette Princeffe des Complimens
fort galans , en leur offrant
ces Prefens ; M' de la
Croix les
interpreta .
Fermer
Résumé : Suite des Affaires d'Alger, avec l'Audience donnée à l'Envoyé du mesme Etat, [titre d'après la table]
En 1685, des échanges diplomatiques significatifs eurent lieu entre la France et Alger. L'ambassadeur d'Alger quitta la France à bord du vaisseau du Marquis d'Amfreville et fut accueilli avec joie à Alger. Le Dey d'Alger exprima sa satisfaction envers M. de Choiseul, un officier français protégé par un Algérien lors d'une rébellion. Le Dey renvoya M. de Choiseul en France avec d'autres esclaves libérés, soulignant qu'il ne l'avait jamais considéré comme un esclave mais comme un officier de l'empereur des Français. La libération des esclaves se poursuivit avec la restitution de cinq cents chrétiens, incluant trois cent vingt sujets du roi de France, cent cinq étrangers pris sous le pavillon français, et soixante-quinze Anglais et Hollandais. Le Dey offrit de libérer davantage d'esclaves si le roi de France le souhaitait. À son retour en France, l'ambassadeur d'Alger fut accueilli avec une grande fête à Alger en l'honneur du roi de France. En réponse, le Dey d'Alger envoya un envoyé extraordinaire, Hadgi Méhémet, pour conduire des chevaux au roi de France. Cet envoyé fut reçu à Versailles et présenta des lettres du Dey et du Bacha, ainsi que des chevaux barbes en cadeau. Le roi de France accepta ces présents et en offrit deux au Dauphin. L'envoyé fut impressionné par la cour et la civilisation française, soulignant la magnificence de la galerie de Versailles. Il fit également des présents au Dauphin et à la Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 299-323
Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je ne croyois pas qu'en fermant ma Lettre, je vous [...]
Mots clefs :
Chevalier de Chaumont, Siam, Roi, France, Roi de Siam, Dignité, Monarque, Ordre, Ambassadeur, Siamois, Audience, Favori, Prince, Chine, Brest, Ambassadeurs, Palais, Temps, Princesse, Nouvelles, Canon, Cap de Bonne-Espérance, Gloire, Santé du roi, Éléphants, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Je ne croyois pas qu'en
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
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Résumé : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage et la mission diplomatique du Chevalier de Chaumont, ambassadeur de France au Siam. Parti de Brest le 3 mars de l'année précédente avec deux navires, il arriva à Versailles le 24 juin, après avoir parcouru 12 000 lieues en moins de 15 mois et demi. Son itinéraire inclut le passage du Tropique du Cancer, du Cap de Bonne Espérance, ainsi que des escales à Batavia et au Siam. À son arrivée, le roi de Siam avait préparé des maisons et des mandarins pour l'accueillir et lui offrit une audience solennelle avec des honneurs exceptionnels, permettant à Chaumont et à ses gentilshommes de rester assis tandis que la cour était prosternée. Le roi de Siam manifesta une grande admiration pour le roi de France et ses actions, demandant des nouvelles de la famille royale française et offrant des présents somptueux. Chaumont visita également des places fortes et permit à un ingénieur de vérifier les fortifications. Il était accompagné de six jésuites, experts en mathématiques et astronomie, destinés à la Chine pour y établir le christianisme. Impressionné par leurs connaissances, le roi de Siam offrit de leur construire une église et une maison. Le roi de Siam, veuf, a une fille, la princesse Reine, qui règne souverainement sur trois grandes provinces. Chaumont reçut la première dignité du royaume, devenant Oya, et fut dispensé de certaines prosternations. Il refusa une partie des meubles du palais mais offrit des présents, dont un miroir à la princesse Reine. Il quitta le Siam avec l'admiration de la cour et du peuple, accompagné par le favori du roi jusqu'à son embarquement. Les ambassadeurs siamois, au nombre de trois, l'accompagnèrent en France avec une suite de cinquante personnes, apportant des présents pour le roi de France et la maison royale. Chaumont arriva à Brest le 19 juin, marquant une grande diligence navale.
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11
p. 168-174
« Je vous tient parole, Madame, & vous vais parler plus [...] »
Début :
Je vous tient parole, Madame, & vous vais parler plus [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Roi, Siam, Vaisseau, France, Nouvelles, Roi de Siam, Portugal, Ambassade , Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous tient parole, Madame, & vous vais parler plus [...] »
Je vous tient parole, Madame,&
vous vais parler
plus
- plus amplement que jene
fis lemois de passédu Voyage MCleChevalierdeChau.
mont à Siam; mais afin de prendre la chose dés sonorigine,
je W vous diray que le a deSiam, ayant aprisil huitou dixans lesgranleschoses
uste que nostre Au- Monarque u'il a faites & continuë de faire enco- tous les jours, & ne pou- ant selasserde donner des
arques de l'admirationqu'-
lesluycausoient,
find'envoyerunecerelesoblruet
mbassadeenFrance,pour
congratulerSaMajesté surses
Conquestes,& luy demander
son amitié. Il fit partir pour
cela en 1682. trois Ambassadeurs
des plus qualifiez de
son Royaume, accompagnez
d'unenombreuse suite,
& chargez de magnifiques
Presens. Ces Ambassadeurs
s'embarquerent sur un Vaisseau
nomméleSoleild'Orient
appartenantàlaCompagnie
de France. Il y a grande ap-.
parence que ce Vaisseau a
pery ,
puis qu'on n'en a points
entendu parler depuis CCJ
temps là. Le Roy de Siamy
plus impatient d'apprendr1 edes
nouvelles du Roy,que de
ses Ambassadeurs. envoya deux de sesSujetsauxMinistres
de France, pours'instruiredes
Affaires de l'Europe,&
sçavoiren mesme temps ce
quesesAmbassadeurs étoient
devenus. Il apprit
paruneautrevoye qu'onne
doutoit point de leur naufrage,
& aussi-tost il en nomma d'autres, & les chargea denouveaux Presens. Ils
viennent par le Portugal, & ilalListe que je vous envoyay yadeuxmois,estuneListe
dece qu'ils apportent. Cependant
le Roy ayant crû
devoirenvoyerdes Ambasfadeurs
à Siam, tant par ce
que ce Roy luy en avoit envoyé,
que pour l'utilité que la
Religion Chrestienne en
peut recevoir, nomma Mrle
Chevalier deChaumont
pourcetteAmbassade, dans
laquelle il a esté accompagné
de Mr l'Abbé de Choisy.
Lors qu'ils arriverent à Siam,
les Ambassadeurs qui viennent
par le Portugal,estoient
partis, & cela n'apasempeschéque
le Roy de Simn'en
ait envoyé d'autres avec Mr
leChevalier de Chaumont,
ne doutant point que ces
8 derniers estant sur des Vais-
1 seaux de SaMajesté,n'arrivassent
seurement en France.
I
Avant que d'entrer dans le
détail de ce qui regarde ce
Voyage, je vais vous faire
part d'une Lettre écrite à
Suratte, touchant les nouvelles
qu'on y a euës du Soleild'Orient,
où les premiers
Ambassadeurs de Siam s'eftoientembarquez.
Un million
à quoy estoit estimée la
charge de ce Vaisseau,n'estpas
ce qui met le plus en peinelesInteressez
; mais comme
la plus part d'eux y ont
des Parens & des Amis,ils
feront bien aisesd'apprendre
tout ce qui se dit de son naufrage.
Si les Nouvelles que
j'en donne jcyenmarquent
la perte, au moins elles n'oftent
pas entierement l'esperance
de revoir ceux qui étoient
dessus.Voicy ce que
porte cette Lettre.
vous vais parler
plus
- plus amplement que jene
fis lemois de passédu Voyage MCleChevalierdeChau.
mont à Siam; mais afin de prendre la chose dés sonorigine,
je W vous diray que le a deSiam, ayant aprisil huitou dixans lesgranleschoses
uste que nostre Au- Monarque u'il a faites & continuë de faire enco- tous les jours, & ne pou- ant selasserde donner des
arques de l'admirationqu'-
lesluycausoient,
find'envoyerunecerelesoblruet
mbassadeenFrance,pour
congratulerSaMajesté surses
Conquestes,& luy demander
son amitié. Il fit partir pour
cela en 1682. trois Ambassadeurs
des plus qualifiez de
son Royaume, accompagnez
d'unenombreuse suite,
& chargez de magnifiques
Presens. Ces Ambassadeurs
s'embarquerent sur un Vaisseau
nomméleSoleild'Orient
appartenantàlaCompagnie
de France. Il y a grande ap-.
parence que ce Vaisseau a
pery ,
puis qu'on n'en a points
entendu parler depuis CCJ
temps là. Le Roy de Siamy
plus impatient d'apprendr1 edes
nouvelles du Roy,que de
ses Ambassadeurs. envoya deux de sesSujetsauxMinistres
de France, pours'instruiredes
Affaires de l'Europe,&
sçavoiren mesme temps ce
quesesAmbassadeurs étoient
devenus. Il apprit
paruneautrevoye qu'onne
doutoit point de leur naufrage,
& aussi-tost il en nomma d'autres, & les chargea denouveaux Presens. Ils
viennent par le Portugal, & ilalListe que je vous envoyay yadeuxmois,estuneListe
dece qu'ils apportent. Cependant
le Roy ayant crû
devoirenvoyerdes Ambasfadeurs
à Siam, tant par ce
que ce Roy luy en avoit envoyé,
que pour l'utilité que la
Religion Chrestienne en
peut recevoir, nomma Mrle
Chevalier deChaumont
pourcetteAmbassade, dans
laquelle il a esté accompagné
de Mr l'Abbé de Choisy.
Lors qu'ils arriverent à Siam,
les Ambassadeurs qui viennent
par le Portugal,estoient
partis, & cela n'apasempeschéque
le Roy de Simn'en
ait envoyé d'autres avec Mr
leChevalier de Chaumont,
ne doutant point que ces
8 derniers estant sur des Vais-
1 seaux de SaMajesté,n'arrivassent
seurement en France.
I
Avant que d'entrer dans le
détail de ce qui regarde ce
Voyage, je vais vous faire
part d'une Lettre écrite à
Suratte, touchant les nouvelles
qu'on y a euës du Soleild'Orient,
où les premiers
Ambassadeurs de Siam s'eftoientembarquez.
Un million
à quoy estoit estimée la
charge de ce Vaisseau,n'estpas
ce qui met le plus en peinelesInteressez
; mais comme
la plus part d'eux y ont
des Parens & des Amis,ils
feront bien aisesd'apprendre
tout ce qui se dit de son naufrage.
Si les Nouvelles que
j'en donne jcyenmarquent
la perte, au moins elles n'oftent
pas entierement l'esperance
de revoir ceux qui étoient
dessus.Voicy ce que
porte cette Lettre.
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Résumé : « Je vous tient parole, Madame, & vous vais parler plus [...] »
En 1682, le roi de Siam envoya des ambassadeurs en France pour féliciter le roi de France sur ses conquêtes et demander son amitié. Trois ambassadeurs, accompagnés d'une suite nombreuse et de présents magnifiques, embarquèrent sur le vaisseau 'le Soleil d'Orient'. Ce vaisseau disparut sans laisser de traces. Le roi de Siam, inquiet, envoya deux sujets aux ministres français pour obtenir des nouvelles. Apprenant que le naufrage n'était pas certain, il nomma de nouveaux ambassadeurs avec des présents supplémentaires, qui arrivèrent par le Portugal. En réponse, le roi de France désigna M. le Chevalier de Chaumont et M. l'Abbé de Choisy pour une mission diplomatique à Siam. À leur arrivée, les ambassadeurs siamais étaient déjà partis. Le roi de Siam envoya alors d'autres ambassadeurs avec M. le Chevalier de Chaumont, espérant qu'ils atteindraient la France en toute sécurité. Une lettre de Suratte mentionnait la disparition du 'Soleil d'Orient', dont la cargaison valait un million, mais sans confirmer le naufrage, laissant un espoir de revoir les passagers.
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12
p. 10-17
Arrivée des Ambassadeurs à Brest. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs étans arrivez à Brest le 18. de Juin [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Chevalier de Chaumont, Honneurs, Roi de Siam, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée des Ambassadeurs à Brest. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs étans
arrivez a Breft le 18.
de Juin à quatre heures.
aprés midy , Male Chevalier
de Chaumont les fic
auffi- toſt ſalüer de tout
le Canon des Vaiſſeaux
de Siam. 11
qui les avoient amenez .
Il dit enſuite à M l'Intendant&
à M" de Ville,que
pour répondre aux honneurs
que luy avoit fait
rendre le Roy de Siam
dans toutes les Villes de
fes Etats par leſquelles il
avoit paflé , & fur tout
dans ſa Ville Capitale , &
dans ſa Cour , & dont il
l'avoit luy-mefme comblé
, on devoit non ſeulementles
recevoir au bruit
du Canon , & leur faire
2
12. Voyage des Amo.
tous lesPrefens qu'on fait
ordinairement aux Ambatfadeurs
des plus grands
Monarques ; mais encore
leur marquer par des Démonftrations
dejoye particulieres
, la fatisfaction
que l'on avoit de les voir ,
que c'eſtoient des Perfonnes
d'une grande confideration
, par leur naiffance
, par leur eſprit &
par leurs emplois ; que le
premier Ambaſſadeur étoit
Frere du défunt Bar
deSiam. 13
calon ( vous ſçavez qu'on
appelle ainſi le premier
Miniftre du Roy de Siam)
que le ſecond avoit efte
Ambaſſadeur auprés de
l'Empereur de la Chine ,
& qu'il s'eſtoit acquiré
de cette Ambaffade avec
beaucoup de diftinction
& de conduite , & que
le troifiéme eſtoit Fils de
l'Ambaſſadeur du Roy de
Siam en Portugal. Il ajouta
que bien que le Roy
n'euſt pas encore donné
14 Voyage des Amb.
les ordres pour leur Reception
, parce que Sa
Majefté n'avoit pas preveu
qu'ils duſſent arriver
fi toſt , on pouvoit fur fa
parole leur accorder les
honneurs dont il venoit
de parler , qu'il répondoit
de l'affaire , & qu'il ſe
chargeoit d'en rendre
compte à la Cour , où il
eſtoit preſt d'aller en pofte
, afin d'eftre le premier
à porter au Roy la nouvelle
de leur arrivée . M²
r
de Siam.
15
le Chevalier de Chaumont
trouva que touS
ceux qui avoient de l'autorité
à Breft, & qui pouvoient
cõtribuer en quelque
choſe à la Reception
des Ambaſſadeurs, étoient
diſpoſez à bien faire là deffus
tout ce qui estoit de
leur devoir , & à montrer
que pour eſtre fort éloignez
de la prefence de Sa
Majefté , ils n'en avoient
pas moins d'ardeur ny
moins de zele pour tou16
Voyage des Amb.
r
tes les choſes qui regardoient
fon fervice . La maniere
dont pendant toute
la route M le Chevalier
deChaumont avoit traité
les Ambaſſadeurs , leur
faifoit attendre tout de
Phonneſteté , & de l'humeur
obligeante des François.
Non ſeulement ilsavoient
eſté tres -fatisfaits
du bon traitement qu'ils
avoient receu dans le
Vaiffeau , mais encore de
la maniere toute reguliere
de Siam.
17
dont on y avoit veſcu ,
des exercices de pieté
qu'on y avoit faits , & qui
eſtoient de ſi bon exemple
que de quelque Religion:
que l'on fuft , il eftoit im
poffible de n'en eftre pas
édifié. Des commence--
mens fifavorables eurent
une ſuite qui leur donna
lieu d'eſtre contens ,& on
leur rendit à Brest tous Ics
honneurs qu'ils avoient
pú efperer.
arrivez a Breft le 18.
de Juin à quatre heures.
aprés midy , Male Chevalier
de Chaumont les fic
auffi- toſt ſalüer de tout
le Canon des Vaiſſeaux
de Siam. 11
qui les avoient amenez .
Il dit enſuite à M l'Intendant&
à M" de Ville,que
pour répondre aux honneurs
que luy avoit fait
rendre le Roy de Siam
dans toutes les Villes de
fes Etats par leſquelles il
avoit paflé , & fur tout
dans ſa Ville Capitale , &
dans ſa Cour , & dont il
l'avoit luy-mefme comblé
, on devoit non ſeulementles
recevoir au bruit
du Canon , & leur faire
2
12. Voyage des Amo.
tous lesPrefens qu'on fait
ordinairement aux Ambatfadeurs
des plus grands
Monarques ; mais encore
leur marquer par des Démonftrations
dejoye particulieres
, la fatisfaction
que l'on avoit de les voir ,
que c'eſtoient des Perfonnes
d'une grande confideration
, par leur naiffance
, par leur eſprit &
par leurs emplois ; que le
premier Ambaſſadeur étoit
Frere du défunt Bar
deSiam. 13
calon ( vous ſçavez qu'on
appelle ainſi le premier
Miniftre du Roy de Siam)
que le ſecond avoit efte
Ambaſſadeur auprés de
l'Empereur de la Chine ,
& qu'il s'eſtoit acquiré
de cette Ambaffade avec
beaucoup de diftinction
& de conduite , & que
le troifiéme eſtoit Fils de
l'Ambaſſadeur du Roy de
Siam en Portugal. Il ajouta
que bien que le Roy
n'euſt pas encore donné
14 Voyage des Amb.
les ordres pour leur Reception
, parce que Sa
Majefté n'avoit pas preveu
qu'ils duſſent arriver
fi toſt , on pouvoit fur fa
parole leur accorder les
honneurs dont il venoit
de parler , qu'il répondoit
de l'affaire , & qu'il ſe
chargeoit d'en rendre
compte à la Cour , où il
eſtoit preſt d'aller en pofte
, afin d'eftre le premier
à porter au Roy la nouvelle
de leur arrivée . M²
r
de Siam.
15
le Chevalier de Chaumont
trouva que touS
ceux qui avoient de l'autorité
à Breft, & qui pouvoient
cõtribuer en quelque
choſe à la Reception
des Ambaſſadeurs, étoient
diſpoſez à bien faire là deffus
tout ce qui estoit de
leur devoir , & à montrer
que pour eſtre fort éloignez
de la prefence de Sa
Majefté , ils n'en avoient
pas moins d'ardeur ny
moins de zele pour tou16
Voyage des Amb.
r
tes les choſes qui regardoient
fon fervice . La maniere
dont pendant toute
la route M le Chevalier
deChaumont avoit traité
les Ambaſſadeurs , leur
faifoit attendre tout de
Phonneſteté , & de l'humeur
obligeante des François.
Non ſeulement ilsavoient
eſté tres -fatisfaits
du bon traitement qu'ils
avoient receu dans le
Vaiffeau , mais encore de
la maniere toute reguliere
de Siam.
17
dont on y avoit veſcu ,
des exercices de pieté
qu'on y avoit faits , & qui
eſtoient de ſi bon exemple
que de quelque Religion:
que l'on fuft , il eftoit im
poffible de n'en eftre pas
édifié. Des commence--
mens fifavorables eurent
une ſuite qui leur donna
lieu d'eſtre contens ,& on
leur rendit à Brest tous Ics
honneurs qu'ils avoient
pú efperer.
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Résumé : Arrivée des Ambassadeurs à Brest. [titre d'après la table]
Le 18 juin à 16 heures, les ambassadeurs de Siam sont arrivés à Brest, accueillis par le canon des vaisseaux. Le Chevalier de Chaumont les a salués et a informé les autorités locales que le roi de Siam leur avait rendu des honneurs dans toutes les villes de ses États. Chaumont a suggéré de les recevoir avec le canon et de leur accorder toutes les préséances réservées aux ambassadeurs des plus grands monarques. Il a souligné la grande considération due à ces ambassadeurs en raison de leur naissance, de leur esprit et de leurs emplois. Le premier ambassadeur était le frère du défunt Barcalon, le premier ministre du roi de Siam. Le second avait été ambassadeur auprès de l'empereur de Chine. Le troisième était le fils de l'ambassadeur du roi de Siam au Portugal. Bien que le roi n'ait pas encore donné d'ordres pour leur réception, Chaumont a assuré qu'il se chargerait d'en rendre compte à la cour. À Brest, les autorités étaient disposées à bien les recevoir, montrant leur zèle et leur ardeur pour le service du roi. Les ambassadeurs avaient été satisfaits du traitement et des exercices de piété à bord du vaisseau et ont reçu à Brest tous les honneurs qu'ils pouvaient espérer.
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13
p. 20-29
Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Cependant Mr Decluseaux manquoit non seulement d'ordres, mais il [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux, Grandeur, Desclouzeaux, Réception, Brest, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Cependant
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
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Résumé : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée des ambassadeurs de Siam en France et les préparatifs de leur accueil. M. D'Cluseaux, en l'absence d'ordres et d'exemples précédents, s'appuie sur la grandeur d'âme du roi de France pour déterminer les honneurs à leur accorder. Il organise une réception incognito où les ambassadeurs sont traités avec respect et curiosité. Le lendemain, ils font une entrée officielle à Brest, accompagnés de chaloupes et de salves de canon. Ils visitent divers lieux, notamment des magasins et des vaisseaux, et sont impressionnés par les ressources et la grandeur des navires français. Les ambassadeurs prennent des notes détaillées et rédigent un journal de leurs observations. Avant leur départ de Brest, ils avaient prévu d'envoyer des mandarins et un interprète pour explorer et documenter des lieux et des châteaux, recueillant des informations sur leurs propriétaires et leurs services.
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14
p. 29-39
Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs estoient accompagnez de huit Mandarins, & de vingt [...]
Mots clefs :
Roi, Storf, Ambassadeurs, Compliment, France, Honneurs, Ordres, Maître
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texteReconnaissance textuelle : Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Ccs Ambaffadeurs eftoient
accompagnez de
huit Mandarins , & de
vingt Domeftiques , quatre
autres Mandarins , &
Cij
30 Voyage des Amb.
pluſieurs Perfonnes de la
fuite des Ambaffadeurs
n'ayant pû arriver affeztoſt
à Bord, pour s'embarquer
lors que M'le Chevalier
deChaumont partit
de Siam.Enfin aprés qu'ils
eurent attendu pendant
treize jours , M² Storf,
Gentilhomme ordinaite
de la Maiſon du Roy,arriva
de la part de Sa Majeſté
pour leur faire compliment,
les accompagner
tant qu'ils feroient en
de Siam. 31
France ,&leur fairerendre
dans tous les lieux où
ils pafferoient les honneurs
dus aux Ambaſſa-
.deurs d'un puiſſant Roy.
Sa Majesté voulant qu'ils
euffent à ſe loüer de la
Reception qui leur feroit
faite dans toutes les Villes
où ils pafferoient , à cauſe
- des honneurs extraordi
naires qu'on a rendus à
Siam à M'le Chevalier de
Chaumont , avoit choiſi
M Storf dont Elle con
Cij
32 Voyage des Amb.
noiſt l'intelligence en de
ſemblables emplois , par
la fatisfaction qu'Elle en a
receuë , ainſi que les Ambaffadeurs
, auprés defquels
il a déja eſté employé.
La difficulté des
chemins , principalement
dans une partie de la
Bretagne , où l'on ſe
fert beaucoup de Lirieres,
avoir efté cauſe qu'il n'avoit
point mené d'équipa
ges ,
mais il avoit des ordres
adreſſezaux Gouver
de Siam. 33
neurs & aux Intendans ,
qui devoient fournir toutes
les Voitures neceffaires.
Ainfiil n'eftoit accompagnéque
de ſes Domeftiques
, & de M² de Sily
- qui estoit chargé du traitement
, & qui remplit
parfaitement bien les fon-
Ctions de cette nature .M
Storf eftant arrivé , dit
- aux Ambaſſadeurs dans le
- Compliment qu'il leur fit,
- Que le Royfon Maistre avoit
refolu d'abord de l'en34
Voyage des Amb.
voyer avec un gros équipage;
mais qu'ayant confideré
que non ſeulement ilſeroit
fort fatigué en arrivant
à cause de l'éloignement
des lieux , mais auſſi
que les équipages du Pays
feroient plus commodes jusques
aux endroits où l'on
en envoyeroit d'autres , Sa
Majestéavoit refolu qu'on
s'enforviroit , puiſque c'étoit
un moyen certain de
les voir plûtoſt. Le premier
Ambaſſadeur répon
de Siam.
35
dit , Que le defir qu'ils avoient
de voir le Roy estoit
fi grand , qu'il leur avoit
rendules ventsfavorables ,
& que s'il estoit perfuade
qu'en faisant le Voya
ge à pied , il puſt voir Sa
Majesté un seul quartd'heure
plûtoft , il l'entreprendroit
avec plaisir. M²
Storf luy fit compliment
enfuite , fur le choix que
le Roy de Siam avoit fait
de fa Perſonne pour l'envoyer
en France , & l'Am36
Voyage des Amb.
baffadeur luy répondit,
Que s'il avoit eſté queſtion
d'une Ambaffade àla Chine
ou au Mogol , pour quelque
Negociation importante
, le Roy ſon Maistre
auroit fait choix de quelque
Sujet plus capable d'y réûffir,
mais que ne s'agiſſant
quede reſpects,Sa Majesté
Siamoiſe avoit crû ne pou
voir choisir uneperſonne qui
répondist mieux àfon Zele
& à ſes intentions ; qu'il
n'avoit point d'autres in
de Siam.
37
ſtructions àſuivre que les
ordres que luy apporteroient
ceux qui le viendroient
trouver de la part du Roy ,
Es que comme apparemment
c'estoit M' Storf qui
les apportoit , il estoit prest
de faire tout ce qu'il luy dir
roit. esqu' ainſiil estoitſeur
deſe bien acquiter de fon
Ambaſſade , puis qu'il ne
feroit que ce qui luy seroit
prescrit , & que s'il manquoit
en quelque chose , la
faute viendroit de ceux qui
38 Voyage des Amb.
luy donneroient les ordres ,
&non pas de luy Dans un
autre temps il dit à M
Storf, aprésluy avoir parlé
du plaifir que le Roy de
Siam s'eftoit fait de paffer
par deffus toutes les coûtumes
& les formalitez
ordinaires , pour recevoir
l'Ambaſſadeur de France
avec plus d'éclat , Que le
Roy Son Maistre avoit
cherchéavectant d'ardeur,
à faire des honneurs extraordinaires
àM' le Che
de Siam.
39
valier de Chaumont , que
que ſi un homme d'esprit
comme luy , qui auroit ſté
à Siam , luy avoit donné
de nouveaux moyens pour
- faire encore plus , il l'auroit
. comblé de biens , quoy qu'il
Sceuſt qu'il n'en avoit pas
besoin .
accompagnez de
huit Mandarins , & de
vingt Domeftiques , quatre
autres Mandarins , &
Cij
30 Voyage des Amb.
pluſieurs Perfonnes de la
fuite des Ambaffadeurs
n'ayant pû arriver affeztoſt
à Bord, pour s'embarquer
lors que M'le Chevalier
deChaumont partit
de Siam.Enfin aprés qu'ils
eurent attendu pendant
treize jours , M² Storf,
Gentilhomme ordinaite
de la Maiſon du Roy,arriva
de la part de Sa Majeſté
pour leur faire compliment,
les accompagner
tant qu'ils feroient en
de Siam. 31
France ,&leur fairerendre
dans tous les lieux où
ils pafferoient les honneurs
dus aux Ambaſſa-
.deurs d'un puiſſant Roy.
Sa Majesté voulant qu'ils
euffent à ſe loüer de la
Reception qui leur feroit
faite dans toutes les Villes
où ils pafferoient , à cauſe
- des honneurs extraordi
naires qu'on a rendus à
Siam à M'le Chevalier de
Chaumont , avoit choiſi
M Storf dont Elle con
Cij
32 Voyage des Amb.
noiſt l'intelligence en de
ſemblables emplois , par
la fatisfaction qu'Elle en a
receuë , ainſi que les Ambaffadeurs
, auprés defquels
il a déja eſté employé.
La difficulté des
chemins , principalement
dans une partie de la
Bretagne , où l'on ſe
fert beaucoup de Lirieres,
avoir efté cauſe qu'il n'avoit
point mené d'équipa
ges ,
mais il avoit des ordres
adreſſezaux Gouver
de Siam. 33
neurs & aux Intendans ,
qui devoient fournir toutes
les Voitures neceffaires.
Ainfiil n'eftoit accompagnéque
de ſes Domeftiques
, & de M² de Sily
- qui estoit chargé du traitement
, & qui remplit
parfaitement bien les fon-
Ctions de cette nature .M
Storf eftant arrivé , dit
- aux Ambaſſadeurs dans le
- Compliment qu'il leur fit,
- Que le Royfon Maistre avoit
refolu d'abord de l'en34
Voyage des Amb.
voyer avec un gros équipage;
mais qu'ayant confideré
que non ſeulement ilſeroit
fort fatigué en arrivant
à cause de l'éloignement
des lieux , mais auſſi
que les équipages du Pays
feroient plus commodes jusques
aux endroits où l'on
en envoyeroit d'autres , Sa
Majestéavoit refolu qu'on
s'enforviroit , puiſque c'étoit
un moyen certain de
les voir plûtoſt. Le premier
Ambaſſadeur répon
de Siam.
35
dit , Que le defir qu'ils avoient
de voir le Roy estoit
fi grand , qu'il leur avoit
rendules ventsfavorables ,
& que s'il estoit perfuade
qu'en faisant le Voya
ge à pied , il puſt voir Sa
Majesté un seul quartd'heure
plûtoft , il l'entreprendroit
avec plaisir. M²
Storf luy fit compliment
enfuite , fur le choix que
le Roy de Siam avoit fait
de fa Perſonne pour l'envoyer
en France , & l'Am36
Voyage des Amb.
baffadeur luy répondit,
Que s'il avoit eſté queſtion
d'une Ambaffade àla Chine
ou au Mogol , pour quelque
Negociation importante
, le Roy ſon Maistre
auroit fait choix de quelque
Sujet plus capable d'y réûffir,
mais que ne s'agiſſant
quede reſpects,Sa Majesté
Siamoiſe avoit crû ne pou
voir choisir uneperſonne qui
répondist mieux àfon Zele
& à ſes intentions ; qu'il
n'avoit point d'autres in
de Siam.
37
ſtructions àſuivre que les
ordres que luy apporteroient
ceux qui le viendroient
trouver de la part du Roy ,
Es que comme apparemment
c'estoit M' Storf qui
les apportoit , il estoit prest
de faire tout ce qu'il luy dir
roit. esqu' ainſiil estoitſeur
deſe bien acquiter de fon
Ambaſſade , puis qu'il ne
feroit que ce qui luy seroit
prescrit , & que s'il manquoit
en quelque chose , la
faute viendroit de ceux qui
38 Voyage des Amb.
luy donneroient les ordres ,
&non pas de luy Dans un
autre temps il dit à M
Storf, aprésluy avoir parlé
du plaifir que le Roy de
Siam s'eftoit fait de paffer
par deffus toutes les coûtumes
& les formalitez
ordinaires , pour recevoir
l'Ambaſſadeur de France
avec plus d'éclat , Que le
Roy Son Maistre avoit
cherchéavectant d'ardeur,
à faire des honneurs extraordinaires
àM' le Che
de Siam.
39
valier de Chaumont , que
que ſi un homme d'esprit
comme luy , qui auroit ſté
à Siam , luy avoit donné
de nouveaux moyens pour
- faire encore plus , il l'auroit
. comblé de biens , quoy qu'il
Sceuſt qu'il n'en avoit pas
besoin .
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Résumé : Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage des ambassadeurs de Siam en France. Ils étaient accompagnés de huit mandarins et vingt domestiques et devaient initialement embarquer avec le Chevalier de Chaumont. Cependant, certains membres de la délégation n'ont pas pu arriver à temps. Treize jours plus tard, Monsieur Storf, gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi, a été envoyé par Sa Majesté pour les accompagner et leur rendre les honneurs dus à des ambassadeurs d'un puissant roi. Les difficultés des chemins, notamment en Bretagne, ont empêché l'utilisation d'équipages. Des ordres ont été donnés aux gouverneurs et intendants pour fournir les voitures nécessaires. Monsieur Storf a expliqué que le Roi de France avait choisi de ne pas envoyer un gros équipage pour éviter la fatigue des ambassadeurs et utiliser des moyens de transport locaux plus commodes. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir le Roi de France le plus tôt possible. Monsieur Storf a complimenté le choix du Roi de Siam de l'envoyer en France, et les ambassadeurs ont assuré qu'ils suivraient les ordres du Roi de France. Ils ont également mentionné les efforts du Roi de Siam pour offrir des honneurs extraordinaires au Chevalier de Chaumont.
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15
p. 39-41
Leur départ par terre, & de leur équipage par Mer. [titre d'après la table]
Début :
Comme ces Ambassadeurs s'estoient chargez d'un grand nombre [...]
Mots clefs :
Ballots, Chevalier de Chaumont, Rouen, Ambassadeurs, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Leur départ par terre, & de leur équipage par Mer. [titre d'après la table]
Comme ces Ambaſſa-
✓ deurs s'eſtoient chargez
d'un grand nombre de
Balots , & qu'avec ceux
de M le Chevalier de
Chaumont , de MT'Abbé
40 Voyage des Amb.
de Choify , & de leur fuite
, il y en avoit cent
trente- deux , dont plu-.
fieurs eftoient extremement
gros , on refolut de
les faire venir par Mer
juſquesà Roüen , pendant
que les Ambaſſadeurs
viendroient par terre , &
prendroient une
r
autre
route . M² Defbroffes , Secretaire
de M² le Chevalier
de Chaumont , fut
chargé de cette conduire ,
avec quelques Domeftide
Siam.
ques des Ambaffadeurs ,
qui l'accompagnerent.
On débarqua tous ces
Balots à Rouen , & ils fu--
rent mis dans des Bateaux
qui les amenerent à Paris.
Les Ambaſſadeurs- partirent
de Breſt le 9. de
Juillet , ils dînerent à Lan
drinot , & coucherent à
Foux.
✓ deurs s'eſtoient chargez
d'un grand nombre de
Balots , & qu'avec ceux
de M le Chevalier de
Chaumont , de MT'Abbé
40 Voyage des Amb.
de Choify , & de leur fuite
, il y en avoit cent
trente- deux , dont plu-.
fieurs eftoient extremement
gros , on refolut de
les faire venir par Mer
juſquesà Roüen , pendant
que les Ambaſſadeurs
viendroient par terre , &
prendroient une
r
autre
route . M² Defbroffes , Secretaire
de M² le Chevalier
de Chaumont , fut
chargé de cette conduire ,
avec quelques Domeftide
Siam.
ques des Ambaffadeurs ,
qui l'accompagnerent.
On débarqua tous ces
Balots à Rouen , & ils fu--
rent mis dans des Bateaux
qui les amenerent à Paris.
Les Ambaſſadeurs- partirent
de Breſt le 9. de
Juillet , ils dînerent à Lan
drinot , & coucherent à
Foux.
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Résumé : Leur départ par terre, & de leur équipage par Mer. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'organisation du transport de cent trente-deux balots appartenant à plusieurs ambassadeurs, dont le Chevalier de Chaumont et l'Abbé de Choisy. Les balots furent acheminés par mer jusqu'à Rouen, puis par bateaux jusqu'à Paris. Monsieur Defroffes supervisa ce transport. Les ambassadeurs partirent de Brest le 9 juillet, dînerent à Landrinot et passèrent la nuit à Fouesnant.
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16
p. 47-49
Ils disnent à Temples, [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs partirent le 15. de Pontchateau, fort satisfaits des [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Temple, Marquise d'Assigny, Madame de Mansfeld
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Temples, [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs partirent
le 15. de Ponchateau
, fort fatisfaits des
R
48 Voyage des Amb.
honneurs qu'ils y avoient
reçûs , & allerent difner à
Temples , où ils admirerent
Madame la Marqui
fe d'Affigny , Coufine de
Madame de Mansfeld ,
Veuve du dernier Duc de
Lorraine , & Femme de
M le Comte de Mansfeld
, Ambaffadeur en Efpagne
pour l'Empereur.
On ne peut avoir plus
d'eſprit qu'en a Madame
laMarquise d'Affigny.Elle
parle François , Allemand
&
de Siam. 49
1
S
& Eſpagnol , & les Ambaſſadeurs
qui furent
charmez de ſes manieres ,
- la prierent à diſner avec
M'fon Mary .
le 15. de Ponchateau
, fort fatisfaits des
R
48 Voyage des Amb.
honneurs qu'ils y avoient
reçûs , & allerent difner à
Temples , où ils admirerent
Madame la Marqui
fe d'Affigny , Coufine de
Madame de Mansfeld ,
Veuve du dernier Duc de
Lorraine , & Femme de
M le Comte de Mansfeld
, Ambaffadeur en Efpagne
pour l'Empereur.
On ne peut avoir plus
d'eſprit qu'en a Madame
laMarquise d'Affigny.Elle
parle François , Allemand
&
de Siam. 49
1
S
& Eſpagnol , & les Ambaſſadeurs
qui furent
charmez de ſes manieres ,
- la prierent à diſner avec
M'fon Mary .
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Résumé : Ils disnent à Temples, [titre d'après la table]
Le 15 du mois, les ambassadeurs quittèrent Ponchateau et se rendirent à Temples, où ils rencontrèrent Madame la Marquise d'Affigny. Cousine de Madame de Mansfeld, elle est épouse de l'ambassadeur en Espagne pour l'Empereur. Elle maîtrise le français, l'allemand, le siamois et l'espagnol. Les ambassadeurs l'invitèrent à dîner avec Monsieur Mary.
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17
p. 66-69
Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs disnerent à Chambor le 24. C'est une [...]
Mots clefs :
Chambord, Ambassadeurs, Cocher, Description, Château de Chambord, Saint-Laurent-des-Eaux, Storf, Chute
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs dif
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
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Résumé : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Le 24, les ambassadeurs du roi de Siam visitèrent Chambord, une Maison Royale située dans le Blaisois, à environ trois ou quatre lieues de Blois, du côté d'Orléans. Le château, commencé par François Ier peu avant sa mort et achevé par Henri II, se trouve au milieu d'un grand parc, près de la rivière de Couffon. Le bâtiment se compose de quatre grands pavillons et d'un escalier en coquille permettant à plusieurs personnes de monter sans se voir tout en pouvant parler ensemble. Les ambassadeurs admirèrent la faïencerie et la canardière, trouvant le château très beau et demandèrent le plan du bâtiment. Ils passèrent la nuit à Saint-Laurent-des-Eaux. Lors du voyage, un accident de voiture eut lieu, mais le premier ambassadeur intervint pour éviter que le cocher ne soit puni, estimant que le malheur subi était suffisant et que personne n'avait été blessé.
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18
p. 74-79
Leur arrivée à Fontainebleau, où ils voyent le Chasteau. [titre d'après la table]
Début :
Le 28. on arriva à Fontainebleau, & l'on y coucha. [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Eaux, Château de Fontainebleau, Ambassadeurs, Galeries, Surprise, Jardins, Marquis de Saint-Hérem
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Fontainebleau, où ils voyent le Chasteau. [titre d'après la table]
Le 28. on arriva à Fontainebleau
, & l'on y coucha.
M le Marquis de
S. Eran , Gouverneur de
Fontainebleau , eſtoit allé
aux Eaux , mais il avoit
donné des ordres au Concierge
pour faire voir le
Chafteau ,& tout ce qui
endépend de maniere que
chacun ſe trouva dans
fon poſte pour les executer.
Les Ambaſſadeurs ,
de Siam.
75
qui avoient déja remarquéla
beauté de la Foreft,
ne pûrent fe laffer de donner
des loüanges aux quatre
Galeries qui font dans
ce fuperbe Chaſteau. Il y
a celle des Cerfs , celle de
la Reyne , celle d'Ulyffe,
&celle de Diane ; & ces
Galeries ont eſté peintes
par les plus grands Maiſtres
que l'on puût trouver
au temps qu'elles furent
faites . Ils virent avec ſurpriſe
que ces quatre Ga
Gij
76 Voyage des Amb.
leries n'empefchoient pas
qu'il n'y euſt grand nombre
d'Appartemens ; &
cette ſurpriſe augmenta
lors qu'ils apperçeurent
quatre grandes Courts,
dans leſquelles paroiſſent
comme autant de Chaſteaux
de differente Architecture
, avec divers
Eſcaliers, dont pas un ne
ſe reſſemble . Il en eſt des
Jardins ainſi que du Baftiment
.Outre legrandParc
où eſt le Canal , & dans
deSiam.
77
lequel font de fi belles
Eaux , il y a pluſieurs petits
Jardins enfermez dans
les Bastimens , que l'on
découvre lors qu'on y
- penſe le moins , en mettant
la teſte aux feneftres.
Enfin ce Chafteau
eſt ſi grand, qu'il pourroit
paffer pour une petite
Ville. Il eſt en Gatinois ,
dans leDioceſe de Sens , &
dans leGouvernement de
l'Ile deFrance . François I.
- commença à embellir ce
Giij
78 Voyage des Amb.
lieu par uneBibliotheque,
qui a eſté tranſportée à
Paris .TouslesRois fesSucceffeurs
y ont depuis augmenté
quelque choſe. Les
Ambaſſadeurs y furent
complimentez parM Brifacier
, Chef des Miffions
Etrangeres. Son difcours
dura un quart d'heure.
L'Interprete eut la memoire
affez heureuſe pour
le retenir prefque entier ,
&ce qui est encore plus
furprenant , c'eſt que le
deSiam.
79
premier Ambaſſadeur repritde
fuire tous les points
du Compliment , & répondità
chacun.
, & l'on y coucha.
M le Marquis de
S. Eran , Gouverneur de
Fontainebleau , eſtoit allé
aux Eaux , mais il avoit
donné des ordres au Concierge
pour faire voir le
Chafteau ,& tout ce qui
endépend de maniere que
chacun ſe trouva dans
fon poſte pour les executer.
Les Ambaſſadeurs ,
de Siam.
75
qui avoient déja remarquéla
beauté de la Foreft,
ne pûrent fe laffer de donner
des loüanges aux quatre
Galeries qui font dans
ce fuperbe Chaſteau. Il y
a celle des Cerfs , celle de
la Reyne , celle d'Ulyffe,
&celle de Diane ; & ces
Galeries ont eſté peintes
par les plus grands Maiſtres
que l'on puût trouver
au temps qu'elles furent
faites . Ils virent avec ſurpriſe
que ces quatre Ga
Gij
76 Voyage des Amb.
leries n'empefchoient pas
qu'il n'y euſt grand nombre
d'Appartemens ; &
cette ſurpriſe augmenta
lors qu'ils apperçeurent
quatre grandes Courts,
dans leſquelles paroiſſent
comme autant de Chaſteaux
de differente Architecture
, avec divers
Eſcaliers, dont pas un ne
ſe reſſemble . Il en eſt des
Jardins ainſi que du Baftiment
.Outre legrandParc
où eſt le Canal , & dans
deSiam.
77
lequel font de fi belles
Eaux , il y a pluſieurs petits
Jardins enfermez dans
les Bastimens , que l'on
découvre lors qu'on y
- penſe le moins , en mettant
la teſte aux feneftres.
Enfin ce Chafteau
eſt ſi grand, qu'il pourroit
paffer pour une petite
Ville. Il eſt en Gatinois ,
dans leDioceſe de Sens , &
dans leGouvernement de
l'Ile deFrance . François I.
- commença à embellir ce
Giij
78 Voyage des Amb.
lieu par uneBibliotheque,
qui a eſté tranſportée à
Paris .TouslesRois fesSucceffeurs
y ont depuis augmenté
quelque choſe. Les
Ambaſſadeurs y furent
complimentez parM Brifacier
, Chef des Miffions
Etrangeres. Son difcours
dura un quart d'heure.
L'Interprete eut la memoire
affez heureuſe pour
le retenir prefque entier ,
&ce qui est encore plus
furprenant , c'eſt que le
deSiam.
79
premier Ambaſſadeur repritde
fuire tous les points
du Compliment , & répondità
chacun.
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Résumé : Leur arrivée à Fontainebleau, où ils voyent le Chasteau. [titre d'après la table]
Le 28, des visiteurs, dont les ambassadeurs de Siam, arrivèrent à Fontainebleau et y passèrent la nuit. Le Marquis de S. Eran, Gouverneur de Fontainebleau, ayant donné des instructions au concierge, les visiteurs purent explorer le château et ses dépendances. Les ambassadeurs admirèrent les quatre galeries du château : celles des Cerfs, de la Reine, d'Ulysse et de Diane, peintes par des maîtres renommés. Ils furent également impressionnés par les quatre grandes cours, chacune avec une architecture unique et des escaliers distincts. Les jardins, variés et surprenants, comprenaient un grand parc et plusieurs petits jardins cachés. Le château, situé en Gâtinais, dans le diocèse de Sens et le gouvernement de l'Île-de-France, fut embelli par François Ier, qui y installa une bibliothèque ensuite transportée à Paris. Ses successeurs ajoutèrent divers éléments au château. Les ambassadeurs furent reçus par M. Brifacier, Chef des Missions Étrangères, qui leur adressa un discours d'un quart d'heure, fidèlement répété par le premier ambassadeur.
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19
p. 80-89
Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
Début :
On alla le soir coucher à Vincennes. Les Ambassadeurs auroient [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Vincennes, Chambre, Paris, Coucher, Ambassadeurs, Château de Vincennes, Storf, Père de La Chaise, Entrée publique
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
On alla
le foir coucher à Vincennes.
Les Ambaſſadeurs
auroient couché dans le
Chaſteau , s'il n'euſt point
eſté remply d'Ouvriers
qui y travailloient à quel.
ques racommodemens .
de Siam. 81
On les logea dans la. Maifon
du lieu qu'on trouva
la plus commode . On avoit
marqué une chambre
pour le troifiéme Ambaſſadeur
au deſſus de
celle du premier . M² Storf
le mena voir cette chambre
, qui luy pleut beaucoup
à cauſe de la veuë.
Aprés qu'il l'eut bien confiderée
, & qu'il eut auffi
regardé Paris , & l'Arc de
Triomphe qui est hors la
Porte de S. Antoine , il
82 Voyage des Amb.
&
s'aviſa de demander qui
eſtoit celuy qui devoit
coucher au deſſous de
cette Chambre. On luy
répondit que c'eſtoit le
premier Ambaffadeur ,
auffi- toft changeant de
viſage , & ne pouvant déguiſer
le trouble qui l'agitoit
, il fortit avec précipitation
comme s'il luy
fuſt arrivé quelque malheur
extraordinaire . On
luy endemanda la cauſe ,
&il dit , Que la Lettre du
de Siam. 83
e
Roy de Siam devoit estre
dans la chambre qui estoit
au deffons de celle que l'on
vouloit luy donner , & que
devant eftre toûjours plus
3 bas que la Lettre, il n'avoit
garde de coucher au deffus
d'unlieu où il ſçavoit bien
qu'on la mettroit. Quoy
Y
10
qu'il ne fuſt pas aifé de
trouver une autre cham-
1. bre dans tout ce logis qui
convinſt à fadignitéd'Ame,
baſſadeur , il aima mieux
eftre incommodé & mal
84 Voyage des Amb.
logé, que de ne pas fatisfaire
à un reſpect qu'il regardoit
comme un devoir
indiſpenſable , & auquel
il ne pouvoit manquer
fans commettre un crime
capital. Le lendemain ils
allerent voir les Animaux
qui font gardez dans le
Parc . Ils virent auſſi le
Chaſteau , & ayant remarqué
d'abord que les
Appartemens en eſtoient
doubles , ils dirent que de
pareils Logemens eſtoient
de Siam. 85
fort commodes. Ils vifiterent
les Tours ,&firent
plufieurs queſtions , fur
tout ce qui leur parut digned'eſtre
examiné. Si toſt
qu'on eut ſçeu icy leur
arrivée à Vincennes , &
quele bruit ſe fut répandu
e qu'ils y devoient paffer
e quelque temps , les plus
curieux s'y rendirent pour
es les voir , croyant qu'il y
at auroit moins de foule
e qu'on n'en trouveroit
quand ils feroient à Paris .
86 Voyage des Amb.
Cependant le nombre de
ceux dont la curiofité ne
put fouffrir de retardement
ſe trouva fort
grand. Le Pere de la Chaife
, plein de reconnoiffance
de l'eſtime particuliere
que le Roy de Siam fait
de tous ceuxde fonOrdre,
des marques qu'il en a
données aux Jefuites qui
paffoient par ſes Etats
pour ſe rendreà la Chine ,
& de l'honneur qu'il a
fait à leur Societé , en dede
Siam. 87
mandant pluſieurs de
1 leurs Peres pour demeurer
dans fon Royaume ,
avec offre de leur faire
baſtir des Eglifes & des
Maiſons , alla leur faire
compliment à Vincennes.
Lors qu'ils eurent ſceu le
Trang que ce Pere tient en
France ,& fon merite perfonnel,
ils ſe tinrent extremement
honorez de fa
e viſite , & luy firent tous
les honneurs qu'ils purent
s'imaginer . A durnos
88 Voyage des Amb.
Comme les Balots qui
renfermoient leurs Preſens
, ne pouvoient fi- toſt
arriver icy, parce qu'aprés
avoir eſté débarquez , il
avoit falu les mettre à
Roüen dans des Bateaux
qui ſont obligez de remonter
la Riviere de Seine
pour venir à Paris , ce
qui demande beaucoup
de temps , les Ambaſſadeurs
voyant qu'ils ne
pourroient avoir fi promtement
Audience de Sa
de Siam. 89
1
Majesté , à cauſe que ces
Preſens devoient eftre
conduits à Versailles , &
expoſez dans le lieu de
l'Audience , fuivant l'uſage
de leur Pays , furent
bien aiſes de differer leur
Entrée publique à Paris.
le foir coucher à Vincennes.
Les Ambaſſadeurs
auroient couché dans le
Chaſteau , s'il n'euſt point
eſté remply d'Ouvriers
qui y travailloient à quel.
ques racommodemens .
de Siam. 81
On les logea dans la. Maifon
du lieu qu'on trouva
la plus commode . On avoit
marqué une chambre
pour le troifiéme Ambaſſadeur
au deſſus de
celle du premier . M² Storf
le mena voir cette chambre
, qui luy pleut beaucoup
à cauſe de la veuë.
Aprés qu'il l'eut bien confiderée
, & qu'il eut auffi
regardé Paris , & l'Arc de
Triomphe qui est hors la
Porte de S. Antoine , il
82 Voyage des Amb.
&
s'aviſa de demander qui
eſtoit celuy qui devoit
coucher au deſſous de
cette Chambre. On luy
répondit que c'eſtoit le
premier Ambaffadeur ,
auffi- toft changeant de
viſage , & ne pouvant déguiſer
le trouble qui l'agitoit
, il fortit avec précipitation
comme s'il luy
fuſt arrivé quelque malheur
extraordinaire . On
luy endemanda la cauſe ,
&il dit , Que la Lettre du
de Siam. 83
e
Roy de Siam devoit estre
dans la chambre qui estoit
au deffons de celle que l'on
vouloit luy donner , & que
devant eftre toûjours plus
3 bas que la Lettre, il n'avoit
garde de coucher au deffus
d'unlieu où il ſçavoit bien
qu'on la mettroit. Quoy
Y
10
qu'il ne fuſt pas aifé de
trouver une autre cham-
1. bre dans tout ce logis qui
convinſt à fadignitéd'Ame,
baſſadeur , il aima mieux
eftre incommodé & mal
84 Voyage des Amb.
logé, que de ne pas fatisfaire
à un reſpect qu'il regardoit
comme un devoir
indiſpenſable , & auquel
il ne pouvoit manquer
fans commettre un crime
capital. Le lendemain ils
allerent voir les Animaux
qui font gardez dans le
Parc . Ils virent auſſi le
Chaſteau , & ayant remarqué
d'abord que les
Appartemens en eſtoient
doubles , ils dirent que de
pareils Logemens eſtoient
de Siam. 85
fort commodes. Ils vifiterent
les Tours ,&firent
plufieurs queſtions , fur
tout ce qui leur parut digned'eſtre
examiné. Si toſt
qu'on eut ſçeu icy leur
arrivée à Vincennes , &
quele bruit ſe fut répandu
e qu'ils y devoient paffer
e quelque temps , les plus
curieux s'y rendirent pour
es les voir , croyant qu'il y
at auroit moins de foule
e qu'on n'en trouveroit
quand ils feroient à Paris .
86 Voyage des Amb.
Cependant le nombre de
ceux dont la curiofité ne
put fouffrir de retardement
ſe trouva fort
grand. Le Pere de la Chaife
, plein de reconnoiffance
de l'eſtime particuliere
que le Roy de Siam fait
de tous ceuxde fonOrdre,
des marques qu'il en a
données aux Jefuites qui
paffoient par ſes Etats
pour ſe rendreà la Chine ,
& de l'honneur qu'il a
fait à leur Societé , en dede
Siam. 87
mandant pluſieurs de
1 leurs Peres pour demeurer
dans fon Royaume ,
avec offre de leur faire
baſtir des Eglifes & des
Maiſons , alla leur faire
compliment à Vincennes.
Lors qu'ils eurent ſceu le
Trang que ce Pere tient en
France ,& fon merite perfonnel,
ils ſe tinrent extremement
honorez de fa
e viſite , & luy firent tous
les honneurs qu'ils purent
s'imaginer . A durnos
88 Voyage des Amb.
Comme les Balots qui
renfermoient leurs Preſens
, ne pouvoient fi- toſt
arriver icy, parce qu'aprés
avoir eſté débarquez , il
avoit falu les mettre à
Roüen dans des Bateaux
qui ſont obligez de remonter
la Riviere de Seine
pour venir à Paris , ce
qui demande beaucoup
de temps , les Ambaſſadeurs
voyant qu'ils ne
pourroient avoir fi promtement
Audience de Sa
de Siam. 89
1
Majesté , à cauſe que ces
Preſens devoient eftre
conduits à Versailles , &
expoſez dans le lieu de
l'Audience , fuivant l'uſage
de leur Pays , furent
bien aiſes de differer leur
Entrée publique à Paris.
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Résumé : Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée des ambassadeurs de Siam à Vincennes. Initialement destinés à loger au château, ils furent hébergés dans une maison locale en raison des travaux. Le troisième ambassadeur insista pour ne pas loger au-dessus du premier, afin de respecter la hiérarchie imposée par la lettre du roi de Siam. Le lendemain, ils visitèrent les animaux du parc et le château, appréciant les appartements doubles. Leur arrivée suscita la curiosité des habitants. Le Père de la Chaise leur rendit visite, exprimant la gratitude du roi de Siam envers les Jésuites. Les ambassadeurs retardèrent leur entrée publique à Paris en attendant l'arrivée de leurs présents, nécessaires pour l'audience avec le roi de France.
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20
p. 102-131
Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient encore à Berny, lors qu'ils furent priez [...]
Mots clefs :
Tragédie, Femmes, Berny, Ambassadeurs, Roi, Collège Louis le Grand, Hercule, Ballet, Siam, Ambassadeur, Père de La Chaise, Enfants, Plaisir, Esprit, Princesses, Cheval, Portrait, Clovis, Hôtel des ambassadeurs, Abbé de Dangeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Ils estoient encore à
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Fermer
Résumé : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, alors à Berny, reçurent une invitation du Père de la Chaise pour assister à une tragédie intitulée 'Clovis' au Collège de Louis-le-Grand. Ils déclinèrent initialement, souhaitant d'abord rendre leurs respects au roi, mais acceptèrent finalement en raison de la sagesse du Père. Le jour de la tragédie, ils se rendirent incognito à l'Hôtel des Ambassadeurs pour se reposer. Ils furent impressionnés par la grandeur du théâtre et la multitude de personnes présentes. La tragédie comprenait un ballet en quatre parties, représentant les exploits d'Hercule et les actions du roi de France. Les ambassadeurs apprécièrent particulièrement les danses des enfants pensionnaires, dont ceux du Duc de Villeroy et du Chevalier d'Avaux. Après la représentation, ils reçurent diverses visites, notamment celle de l'Abbé de Dangeau, qui exprima son désir d'apprendre la langue siamoise. Les ambassadeurs montrèrent une grande civilité et esprit, répondant avec finesse aux questions et railleries des visiteurs. Ils assistèrent également à une cavalcade de princesses et dames françaises, qu'ils complimentèrent sur leur adresse à cheval. Lors d'un souper, ils burent à la santé des princesses et répondirent avec humour aux questions sur leurs vingt-deux femmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 132-145
Tout ce qui s'est passe le jour de leur Entrée publique à Paris, avec le compliment fait à M. de la Feuillade. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ayant arresté que ces Ambassadeurs feroient leur entrée [...]
Mots clefs :
Roi, Carosses, Ambassadeurs, Madame la Dauphine, Duc de La Feuillade, Maison, Paris, Maison, Valets, Rois, Entrée publique à Paris, Maison de Rambouillet, Siam, Storf, Compliment
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passe le jour de leur Entrée publique à Paris, avec le compliment fait à M. de la Feuillade. [titre d'après la table]
Le Roy ayant arreſté
que ces Ambaſſadeurs feroient
leur entréeà Paris
le 12. du mois paffé , ils
furent conduits à Ramboüillet,
qui eft une Maifon
fort agréable au bout
du Fauxbourg S.Antoine.
C'eſt en ce lieu là qu'on
va ordinairement recevoir
les Ambaſſadeurs des
Rois , & ceux des Souverains
qui font traitez comme
Teſtes couronnées.
Outre les Caroffes du
2
de Siam.
13
Roy , de Madame la Dauphine
, de Monfieur , de
- Madame , & des Princes
& Princeffes du Sang , il y
en eut beaucoup d'autres
qu'envoyerent pluſieurs
Perſonnes de marque , qui
font obligées à la Couronne
de Siam , comme
Ms de Chaumont , de
Lionne , de Choiſy , les
Jefuites , & les Miffionnaires
des Miffions Etrangeres
. Ceux de M'leMaréchal
Duc de la Feüilla
134 Voyage des Amb.
de, & de M² de Bonneüil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, s'y joignirent , &
tout cela faifoit environ
foixante Caroffes à fix
chevaux. Vous pourriez
eftre ſurpriſe de n'en point
trouver de Monfeigneur
le Dauphin parmy ce
grand nombre , ſi vous
ignoriez que ce Prince eft
fervy par les Officiers du
Roy , & qu'il n'a point
d'autre Maiſon . Il y avoit
dans chaque Caroffe de
de Siam.
135
ceux qui en avoient en
voyé, un Ecuyer, ou quelque
autre Gentilhomme
- de la Maiſon. A meſure
i que ces Caroffes arrive-
- rent, tous les Ecuyers en
defcendirent , & furent
el preſentez par Mr Storf
aux Ambaſſadeurs.Ils leur
firent tous compliment
en peu de paroles de la
part de leurs Maiſtres, ou
or de leurs Maiſtreffes . Le
20 premier Ambaſſadeur ré-
{ pondit à tous , & quoy
9
136 Voyage des Amb.
qu'il n'euſt que des remer
ciemens à faire, onremarqua
qu'il y avoit quelque
choſe de different dans
tout ce qu'il dit. Tous les
complimens finis , M² le
Duc de la Feüillade arriva
avec les Caroffes du Roy,
de Madame la Dauphine,
de Monfieur& de Madame.
Il eſtoit accompagné
de pluſieurs Valets de
pied de Sa Majefté , &
d'un grand nombre des
fiens , avec une fort belle
deSiam.
137
ne Livrée & toute neuve. Il
al
01
y avoit auffi deux de ſes.
Caroffes remplis de Genan
tilshommes. Il fit unCompliment
fort court aux
Ambaſſadeurs fur leur
heureux Voyage , & fur
la joye qu'il avoit d'avoir
eſté nommé pour les redcevoir.
A quoy le premier
Ambaſſadeur répondit
Quesa valeur esſon me..
rite avoient paßé jusques
en Alie , &qu'onysçavoit
les victoires qu'il avoit
M
D
138 Voyagedes Amb.
2
remportées contre les Turcs.
On monta enfuite en Caroffe.
Le premier Ambaffadeur
fut placé dans le
fond de celuy du Roy
avec M. de la Feuillade ,
M.de Bonncüil & M.Storf
ſe mirent vis à vis d'eux.
Les deux autres Ambaffadeurs
eftoient dans le
Caroſse de Madame la
Dauphine avecM.Giraut,
les Mandarins dans ceux
de Monfieur & de Madame
, & les Secretaires &
deSiam
139
Valets de Chambre des
Ambaſſadeurs dans plufieurs
autres Caroffes. Le
Roy en avoit auffi envoyé
매 pour leurs Valets , & ces
e, Carroffes qui n'avoient
pourtant pointles Armes.
I de Sa Majesté , marche--
frent à la teſte de tout. Ils.
k furent ſuivis de douze
Trompetes du Royà che
val , qui precederent tous
☑les Carroffes dont je viens
de vous parler . On paffa
☆ par le Faux- bourg , & la
aa
Miy
140 Voyage des Amb.
Porte Saint Antoine. On
traverſa la rue du mefme
nom juques au Cimetiere
S. Jean , par lequel
on ſe rendit dans la ruë
de la Verrerie. On vint
enfuite par cellesde laFerronnerie
, de S. Honoré ,
& de l'Arbre-fec . On paffa
fur le Pont- neuf , &
dans la ruë Dauphine, &
l'on gagna la ruë de Tournon
où eſt l'Hostel des
Ambaſſadeurs. La foule
ſe trouva fi grande dans
de Siam. 141
On tout ce paffage , & il y avoit
ſur tout une fi grande
quantité de Caroffes
ad que les rues en estoient
bordées de chaque coſté ;
nt deforte que ceux des Amer.
baffadeurs ne pouvant
4, paffer , eſtoient ſouvent
af arreſtez pendant des
& quart- d'heures , & meſme
& des demy-heures entieres .
r. Ils reconnurent dans leur
les route les Dames qui ae
voient bien voulu leur
ns donner le plaifir de mon142
Voyage des Amb.
ter à cheval devant eux à
Berny, & ils les ſalüerent
d'un air qui marquoit la
joye qu'ils avoient de les
revoir Enfin aprés avoir
fait cette longue marche,
ils arriverent à l'Hoſtel
des Ambassadeurs. M le
Duc de la Feuillade les
accompagna juſque dans
leur Chambre , & n'eut
qu'une converſation fort
courte avec eux , aprés
quoy il les quitta. Ils l'accompagnerentjuſqu'àfon
deSiam. 143
es
רוז
Carofse , & fe retirerent
ſans vouloir voir perfonne.
Quoy que l'uſage ſoit
de détrayer les Ambaſsadeurs
des Rois dont les
Etats font hors de l'Europe
, & dene traiter que
| trois jours ceux des Rois
nos voiſins , on fuivit l'un
al & l'autre uſage pour les
Ambassadeurs de Siam
For car bien qu'ils euſsent eſté
Je
Cu
Ori
Siam,
traitez tous les jours par
A l'ordre & aux dépens de
Sa Majefté depuis leur
144 Voyage des Amb.
débarquement à Breſt , les
Pourvoyeurs du Roy ne
laiſscrent pas de fournir
eux-meſmes tout ce qui
eſtoit neceſsaire pour
leur traitement, pendant
les trois premiers jours
qui ſuivirent leur Entrée,
& M² de Chanteloup,
Maistre d'Hoſtel de quartier
, & un des Controleurs
de la Maiſon du
Roy auſſi de quartier
vinrent tous les matins
pendant ces trois jours,
faire
deSiam.
145
It faire là-deſsus ce qui estoit
de leur Charge.
que ces Ambaſſadeurs feroient
leur entréeà Paris
le 12. du mois paffé , ils
furent conduits à Ramboüillet,
qui eft une Maifon
fort agréable au bout
du Fauxbourg S.Antoine.
C'eſt en ce lieu là qu'on
va ordinairement recevoir
les Ambaſſadeurs des
Rois , & ceux des Souverains
qui font traitez comme
Teſtes couronnées.
Outre les Caroffes du
2
de Siam.
13
Roy , de Madame la Dauphine
, de Monfieur , de
- Madame , & des Princes
& Princeffes du Sang , il y
en eut beaucoup d'autres
qu'envoyerent pluſieurs
Perſonnes de marque , qui
font obligées à la Couronne
de Siam , comme
Ms de Chaumont , de
Lionne , de Choiſy , les
Jefuites , & les Miffionnaires
des Miffions Etrangeres
. Ceux de M'leMaréchal
Duc de la Feüilla
134 Voyage des Amb.
de, & de M² de Bonneüil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, s'y joignirent , &
tout cela faifoit environ
foixante Caroffes à fix
chevaux. Vous pourriez
eftre ſurpriſe de n'en point
trouver de Monfeigneur
le Dauphin parmy ce
grand nombre , ſi vous
ignoriez que ce Prince eft
fervy par les Officiers du
Roy , & qu'il n'a point
d'autre Maiſon . Il y avoit
dans chaque Caroffe de
de Siam.
135
ceux qui en avoient en
voyé, un Ecuyer, ou quelque
autre Gentilhomme
- de la Maiſon. A meſure
i que ces Caroffes arrive-
- rent, tous les Ecuyers en
defcendirent , & furent
el preſentez par Mr Storf
aux Ambaſſadeurs.Ils leur
firent tous compliment
en peu de paroles de la
part de leurs Maiſtres, ou
or de leurs Maiſtreffes . Le
20 premier Ambaſſadeur ré-
{ pondit à tous , & quoy
9
136 Voyage des Amb.
qu'il n'euſt que des remer
ciemens à faire, onremarqua
qu'il y avoit quelque
choſe de different dans
tout ce qu'il dit. Tous les
complimens finis , M² le
Duc de la Feüillade arriva
avec les Caroffes du Roy,
de Madame la Dauphine,
de Monfieur& de Madame.
Il eſtoit accompagné
de pluſieurs Valets de
pied de Sa Majefté , &
d'un grand nombre des
fiens , avec une fort belle
deSiam.
137
ne Livrée & toute neuve. Il
al
01
y avoit auffi deux de ſes.
Caroffes remplis de Genan
tilshommes. Il fit unCompliment
fort court aux
Ambaſſadeurs fur leur
heureux Voyage , & fur
la joye qu'il avoit d'avoir
eſté nommé pour les redcevoir.
A quoy le premier
Ambaſſadeur répondit
Quesa valeur esſon me..
rite avoient paßé jusques
en Alie , &qu'onysçavoit
les victoires qu'il avoit
M
D
138 Voyagedes Amb.
2
remportées contre les Turcs.
On monta enfuite en Caroffe.
Le premier Ambaffadeur
fut placé dans le
fond de celuy du Roy
avec M. de la Feuillade ,
M.de Bonncüil & M.Storf
ſe mirent vis à vis d'eux.
Les deux autres Ambaffadeurs
eftoient dans le
Caroſse de Madame la
Dauphine avecM.Giraut,
les Mandarins dans ceux
de Monfieur & de Madame
, & les Secretaires &
deSiam
139
Valets de Chambre des
Ambaſſadeurs dans plufieurs
autres Caroffes. Le
Roy en avoit auffi envoyé
매 pour leurs Valets , & ces
e, Carroffes qui n'avoient
pourtant pointles Armes.
I de Sa Majesté , marche--
frent à la teſte de tout. Ils.
k furent ſuivis de douze
Trompetes du Royà che
val , qui precederent tous
☑les Carroffes dont je viens
de vous parler . On paffa
☆ par le Faux- bourg , & la
aa
Miy
140 Voyage des Amb.
Porte Saint Antoine. On
traverſa la rue du mefme
nom juques au Cimetiere
S. Jean , par lequel
on ſe rendit dans la ruë
de la Verrerie. On vint
enfuite par cellesde laFerronnerie
, de S. Honoré ,
& de l'Arbre-fec . On paffa
fur le Pont- neuf , &
dans la ruë Dauphine, &
l'on gagna la ruë de Tournon
où eſt l'Hostel des
Ambaſſadeurs. La foule
ſe trouva fi grande dans
de Siam. 141
On tout ce paffage , & il y avoit
ſur tout une fi grande
quantité de Caroffes
ad que les rues en estoient
bordées de chaque coſté ;
nt deforte que ceux des Amer.
baffadeurs ne pouvant
4, paffer , eſtoient ſouvent
af arreſtez pendant des
& quart- d'heures , & meſme
& des demy-heures entieres .
r. Ils reconnurent dans leur
les route les Dames qui ae
voient bien voulu leur
ns donner le plaifir de mon142
Voyage des Amb.
ter à cheval devant eux à
Berny, & ils les ſalüerent
d'un air qui marquoit la
joye qu'ils avoient de les
revoir Enfin aprés avoir
fait cette longue marche,
ils arriverent à l'Hoſtel
des Ambassadeurs. M le
Duc de la Feuillade les
accompagna juſque dans
leur Chambre , & n'eut
qu'une converſation fort
courte avec eux , aprés
quoy il les quitta. Ils l'accompagnerentjuſqu'àfon
deSiam. 143
es
רוז
Carofse , & fe retirerent
ſans vouloir voir perfonne.
Quoy que l'uſage ſoit
de détrayer les Ambaſsadeurs
des Rois dont les
Etats font hors de l'Europe
, & dene traiter que
| trois jours ceux des Rois
nos voiſins , on fuivit l'un
al & l'autre uſage pour les
Ambassadeurs de Siam
For car bien qu'ils euſsent eſté
Je
Cu
Ori
Siam,
traitez tous les jours par
A l'ordre & aux dépens de
Sa Majefté depuis leur
144 Voyage des Amb.
débarquement à Breſt , les
Pourvoyeurs du Roy ne
laiſscrent pas de fournir
eux-meſmes tout ce qui
eſtoit neceſsaire pour
leur traitement, pendant
les trois premiers jours
qui ſuivirent leur Entrée,
& M² de Chanteloup,
Maistre d'Hoſtel de quartier
, & un des Controleurs
de la Maiſon du
Roy auſſi de quartier
vinrent tous les matins
pendant ces trois jours,
faire
deSiam.
145
It faire là-deſsus ce qui estoit
de leur Charge.
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Résumé : Tout ce qui s'est passe le jour de leur Entrée publique à Paris, avec le compliment fait à M. de la Feuillade. [titre d'après la table]
Le roi a ordonné l'entrée des ambassadeurs de Siam à Paris le 12 du mois précédent. Ils ont été accueillis à Rambouillet, une résidence habituellement réservée aux ambassadeurs de haut rang. Leur cortège comprenait des carrosses du roi, de Madame la Dauphine, de Monsieur, de Madame, et de divers princes et princesses du sang, ainsi que des personnalités notables comme M. de Chaumont, de Lionne, de Choisy, les Jésuites, et les missionnaires des Missions Étrangères. Environ soixante carrosses à six chevaux, incluant ceux du maréchal Duc de La Feuillade et de M. de Bonneüil, ont accompagné les ambassadeurs. Notamment, aucun carrosse du Dauphin n'était présent, car ce dernier est servi par les officiers du roi et n'a pas de maison séparée. À leur arrivée, les écuyers et gentilshommes des maisons des envoyants ont présenté leurs compliments. Le Duc de La Feuillade, accompagné de valets de pied du roi et de nombreux laquais, a salué les ambassadeurs en soulignant la joie de les recevoir. Les ambassadeurs ont répondu en évoquant les victoires du roi contre les Turcs. Le cortège a ensuite traversé Paris, passant par divers quartiers et rues jusqu'à l'Hôtel des Ambassadeurs. La foule était si dense que les carrosses étaient souvent arrêtés. À leur arrivée, le Duc de La Feuillade a accompagné les ambassadeurs dans leur chambre et a eu une brève conversation avec eux avant de les quitter. Depuis leur débarquement à Brest, les ambassadeurs ont été traités quotidiennement, et les pourvoyeurs du roi ont assuré leur subsistance pendant les trois premiers jours suivant leur entrée à Paris.
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22
p. 145-171
Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Début :
Comme les Ambassadeurs n'avoient pas encore eu Audience, ils [...]
Mots clefs :
Paris, France, Chine, Maladie du roi, Roi, Audience, Procession, Abbé de La Mothe, Office, Ambassadeurs, Entrer, Manger, Église, Parlement, Monde, Lettre, Femmes, Religion, Jardins, Père de La Chaise, Hôtel des ambassadeurs, Église de Notre-Dame de Paris
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texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Comme les Ambaſsadeurs
n'avoient pas encore
eu Audience , ils crurent
ne devoir point pa
roiftre en public avant
que d'avoir falué Sa Majeſté
,& ainſi ils demanderent
qu'on ne laiſsaſt entrer
perſonne pour les
dvoir manger. L'ordre en
fut donné , & la connoif
fance qu'on en eur , empefcha
les curieux de fe
33 20 7653333330 27N 28
146 Voyage des Amb.
preſenter à la porte de
leur Hoſtel ; mais quoy
qu'ils euſſent reſolu de
n'en point fortir juſqu'au
jour de l'Audience , on jugea
neanmoins a propos
de leur faire voir la Proceffion
qu'on fait tous les
ans a Noftre-Dame le
jourde l'Aſsomption, parce
qu'elle édifie beaucoup
,& que ne ſe faiſant
qu'une fois l'année , ils
s'en retourneroient fans
la voir s'ils ne prenoient
pas cette occafion. On
de Siam. 147
laiſſa à M l'Abbé de la
Mothe , grand Archidiadf
cre , le ſoin de faire les
honneurs du Chapitre. Il
reſolut qu'avant que de
faire entrer les Ambaffa-
- deurs dans l'Eglife , ils
viendroient ſe repofer
| chez luy , & qu'ils y feroient
collation en atten-
0
ar
dant que l'Office fuſt preſt
■ à commencer . Il fit tout
1 preparer pour cela , mais
inutilement , car la foule
ſe trouva fi grande dans
Nij
148 Voyage des Amb.
le Cloiſtre , qu'il fut impoffible
d'approcher de
fon logis , de forte qu'il
falur aller droit à l'Eglife .
On les conduifit d'abord
devant le Grand Autel,
où voyant que M'l'Abbé
de la Mothe , & M² Stolf
s'agenouilloient , ils ſe mirent
auffi à genoux . On
monta enſuite au Jubé
que M'l'Abbé de la Mothe
avoit fait preparer
pour eux , & où l'on n'avoit
laiſſe entrer perfonne.
Ils confidererent toude
Siam. 149
tel'Eglife avec une applim
di
cation que je ne puis vous
repreſenter. Ils endemanderent
la hauteur , & la
largeur , & témoignerent
or
mefme qu'on leur feroit
-el
b
un fort grand plaifir fi on
leur en donnoit lePlan. La
ol
Muſique leur parut tres-
1 belle ,& ils firent par leur
11
b
10
r
Interprete pluſieurs quer
ſtions à M. l'Abbé de la
* Morhe , qui les éclaircit
de ce qu'ils fouhaitoient
12
UC
مح
fçavoir là- deſſus. Ils de-
Niij
150 Voyage des Amb.
manderent auſſi qu'on
leur expliquaſt quelques
Ceremonies , qui regardoient
l'Office , & l'on fatisfit
leur curiofité , auffibien
que celle qu'ils eurent
de vouloir apprendre
ce que c'eſt que l'Orgue
qu'ils écouterent avec
une grande attention,
& fur laquelle ils firent
des demandes pleines d'efprit.
Is firent mille remercimens
à M. l'Abbé de la
Mothe de la peine qu'il ſe
de Siam. ISE
1.
1-
Ia
1,
d
A
e
donnoit de leur expliquer
toutes ces chofes , & le
premier Ambaſſadeur luy
offrit du Betel , je vous
en ay déja parlé dans ma
Relation de Siam . Ils en
machent auſſi ſouvent ,
que prennent icy du Tabac
en poudre ceux qui
l'aiment davantage , &
qui ont toujours la Tabatiere
à la main . Le Be-
.tel fortifie l'estomach , ८
rend l'haleine plus douce.
L'Office eftant finy , on fir
Niiij
152 Voyage des Amb.
la Proceffion, ou fe trouvent
les Chanoines de fix
Chapitres de Paris , fans
compter ceux de Noftre-
Dame , avec le Parlement
&la Ville en Corps . Comme
cette Proceffion eft
fort celebre , & fort auguſte
, M' l'Archeveſque
de Paris y aſſiſte. Jamais
on n'a regardé plus attentivement
aucune Ceremonie
, que les Ambaſſadeurs
firent cette Proceffion
,&jamais on n'a fait
I
de Siam.
153
S
dequeſtions plus fpirituelles
que X celles qu'ils firent,
fur tout pour ſçavoir ce
e que fignifioit la difference
t
t
des habits des Prefidens
& des Confeillers , & de
ceux du Parlement & de
Meffieurs de Ville . Ils
n'en demeurerent pas là ;
car comme on leur parla
1. des differentes Chambres
e
2.
S
du Parlement , comme de
a. la grand Chambre , des
1. Enqueſtes , des Requeſtes,
it ainſi que de la Chambre
154- Voyagedes Amb.
des Comptes , & de la
Cour des Aydes , ils s'informerent
de la fonction
de tous ces Corps , ce
qui ne leur pût eſtre expliqué
qu'en peu de paroles
, à cauſe du peu de
temps que l'on avoit pour
cela ; M'le Doyen , &
pluſieurs Chanoines , les
vinrent falüer au Jubé, &
ils les receurent avec des
honneſtetez qu'il feroit
difficile d'exprimer . En
fortant ils ſe mirent à gede
Siam. 155
a
-
n
a.
汇
noux devant l'Autel de
la Vierge , & dirent qu'ils
avoient esté tellement édifiez
de ce qu'ils avoient
vû, &fur tout de l' air dont
M'l'Archevesque avoit
fait l'Office , que nonſeulement
ils estoient prefts de
demeurer pour l'entendre
encore, s'il vouloit recommencer,
maisque s'il officioit
quatre fois par jour , 5.
qu'ils puſſent y aßifter autant
de fois , ils le feroient
avec beaucoup de plaisir.
156 Voyage des Amb.
Ils s'en retournerent fi
fatisfaits , & fi remplis de
toutes les chofes qu'ils avoient
veuës , qu'ils employerent
quatre Secreraires
tout le foir , pour
écrire leurs remarques.
Je vous ay déja appris
que le ſecond Ambaffadeur
a eſté en Ambaffade
à la Chine de la part du
Roy de Siam. Comme
c'eft un homme de bon
efprit , fage& fort fincere
, on a voulu ſçavoir de
de Siam.
157
-
iluy la difference qu'il faifoit
de ces deux Erats . Il a
dit qu'il y avoit beaucoup
de monde en la Chine ; que
les bords des Rivieres y efsoient
beaucoup plus peuplez
que le reſte du Païs ,
5 que si la France estoit
à proportion außi peuplée
4 dans toutes ſes Campagnes
quelle l'estoit le long des
bords de la Loire qu'il avoit
vûs, il y avoit autant
de monde en France qu'en
S
1
la Chine , à proportion de
158 Voyage des Amb.
l'étendue de l'unes de l'autre
Etat ; que ſuivant même
ce qu'il venoit de dire ,
on devoit croire qu'ily en a
davantage en France; mais
que ce qui les égaloit , au
moins felon ce qu'il avoit
vû , estoit que la Chine luy
avoit paru peuplée , ainsi
que je viens de vous marquer,
quoy qu'il n'eust point
vû de Femmes , parce qu'-
elles ne s'y montrent point.
Il dit à l'égard de Paris ,
& de la Capitale de la
de Siam.
159
111
re
all
Chine , qu'il avoit vû autant
d'hommes à Pequin ,
qui est le nom de cette Cappiittaallee,,
que d'hommes es de
femmes ensemble à. Paris.
Il peut dire vray , mais il
peut auſſi ſe tromper,
1) n'ayant pas encore affez
vù Paris pour en juger.
Il en parle fur deux chofes
; fur ce qu'il a vû le
jour qu'il fit ſon Entrée ,
&ce qu'il vit dans Noſtre
me&aux environs le jour
nt
s
I de l'Afſomption . A l'égard
150 Voyage des Amb.
des Jardins , que ceux qui
ont fait imprimer des
Voyages de la Chine ,
vantent tant , il affcure
qu'ils font infiniment plus
beaux en France , comme
beaucoup d'autres chofes
. Il faut remarquer que
lors qu'il a parlé ainfi , il
n'avoit point eu Audience
, ny vù les Jardins
de Versailles & de Saint
Cloud;& que ce qu'il dit
à l'égarddu peuple de Paris
feulement , parce qu'il
de Siam. 161
ne l'a pas encore tout vù,
de eſt avantageux à la France
, puis que fa fincerité
ne
paroiffant par là ( au lieu
que d'autres flateroient
m
10
;
el
al
d
Pa
ceux du Pays où ils font )
fait connoiſtre qu'il dit
vray , lors qu'il nous donne
l'avantage fur d'autres
articles..
Quoy que lesAmbaffa
deurs euffent refolu de ne
manger en publicqu'aprés
avoir euAudienceduRoy,
ils ne laiſserentpas de voir
162 Voyage des Amb.
,
quelques Perſonnes diftinguées.
Ils font ſi reconnoifſans
que dés que
parmy beaucoup d'autres,
ils apercevoient quelqu'un
de ceux qui les avoient
reçeusſur leur rou
te avec plus d'affection
que
que d'autres, ils les demêloient
auſſi- toft , leur parloient
les premiers , &
leur faifoient cent careffes
. On ne peut exprimer
celles qu'ils firent à Madame
l'Intendante de
de Siam. 163
1
Je
U
a
UA
e
r
&
de
Breſt , lors qu'ils la virent
à Paris . Ils ne fe contentent
pas de trouver à leur
gouſt les Metsqu'on aprête
en France , ils veulent
ſçavoir de quoy ils font
compofez , & font aporter
devant eux tout ce
qui entre dans les Ragoufts
les plus délicats
non pour le defir d'avoir
de quoy manger délicatement,
mais pour ne s'em
pas retourner en leur Païs
fans y porter tout ce qui
O ij
164 Voyage des Amb.
regarde les Arts , & les
Coûtumes de France , &
afin de nerien oublier, ils
ont mefme greffé des Arbres
dans le Jardin de
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs.
Ce qu'ils fouhairent
le plus d'emporter
d'icy , & qu'ils préferent
à ce qu'on leur pourroit
donner de plus précieux ,
& de plus riche , ce font
des Cartes du Royaume ,
des Plans des Places fortes
,&des Maiſons Royade
Siam. 165
les , des Tableaux ou des
3 Eſtampes , où le Roy
| foit à la teſte de ſes Armées,
d'autres qui leur redeprefentent
, les Armées
1. Navales de Sa Majefté,&
d'autres où ils puiſſent
et voir toutes fes Chaffes .Le
nt Pere de la Chaife , en leur
bit rendant une ſeconde vifite
à Paris , leur fit preſent
de liqueurs , & leur dit ,
2. Que le Roy avoit beaucoup
r. de joye , de ce qu'il entendoit
-2. dire tous les jours d'eux & a
166 Voyage des Amb.
de leur esprit. Lors qu'ils
eſtoient fur le point d'avoir
Audience , le Roy fut
attaqué d'une fiévre quarte,
& ce futalors qu'ils redoublerent
leurs inſtances
pour ne voir perfonne
; ils dirent Que voir du
monde d'eftoit se divertir,
qu'ils ne devoient prendre
aucun plaisir tant que la
Ma'adre du Roy dureroit .
S'ils en uſent de cette maniere
pour un Monarque
dont ils ne font pas nez
A
n
Dolinar Del F
de Siam.
167
Sujets , vous pouvezjuger
de ce qu'ils font pour leur
Souverain . Le profond
refpect qu'ils ont pour luy
leur en a fait rendre un
tres grand à la Lettre dont
il les avoit chargez , pour
l'apporter à Sa Majefté.
Elle estoit placée à l'Hô
tel des Ambaſſadeurs ,
dans le fond de la Ruelle
du Lit de Parade du premier
Ambaſſadeur , de la
maniere que vous la
yoyez dans la Planche
168 Voyage des Amb.
que je vous envoye , &
que j'ay fait deffiner exprés
fur le lieu. On l'avoit
enfermée dans trois
Boëtes . Celle de deffus étoit
de bois verny du Japon;
la feconde d'argent,
& la troifiéme d'or. La
Lettre qui estoit écrite
fur une Lame d'or roulée,
les Roys de Siam n'écrivant
jamais que fur l'or ,
eſtoit dans cette derniere .
Toutes cesBoëtes estoient
couvertes d'un Brocard
d'or
de Siam. 169
1
d'or , & fermées avec le
Sceau du premier Ambaffadeur
qui estoit en Cire
blanche. Les Ambaſſadeurs
mettoient tous les
jours des fleurs nouvelles
deffus ,& toutes les fois
qu'ils paffoient devant
cette Lettre , ils faifoient
de profondes inclinations .
Quoy qu'ils n'ayent point
icy de Talapoins , ils ne
laiſsent pas d'y faire des
exercices de leur Religion
. Ils se mettent à ge
0
P
170 Voyagedes Amb.
noux , élevent les mains
pluſieurs fois,& touchent
la terre de la teſte. Ils diſent
qu'on a rapporté
beaucoup de choſes de
leur Religion qui ne font
pas vrayes , qu'ils font
pluſieurs de Meditations
dont les principales font,
de faire reflexion fur ce
que le Mary doit à ſaFemme
, & la Femme à fon
Mary , le Pere à fon Fils ,
le Fils a fon Pere,& l'Amy
à fon Amy ,& que le plus
de Siam. 171
S
t
1
e
e
t
S
vertueux eft parmy eux
le plus ſaint.
n'avoient pas encore
eu Audience , ils crurent
ne devoir point pa
roiftre en public avant
que d'avoir falué Sa Majeſté
,& ainſi ils demanderent
qu'on ne laiſsaſt entrer
perſonne pour les
dvoir manger. L'ordre en
fut donné , & la connoif
fance qu'on en eur , empefcha
les curieux de fe
33 20 7653333330 27N 28
146 Voyage des Amb.
preſenter à la porte de
leur Hoſtel ; mais quoy
qu'ils euſſent reſolu de
n'en point fortir juſqu'au
jour de l'Audience , on jugea
neanmoins a propos
de leur faire voir la Proceffion
qu'on fait tous les
ans a Noftre-Dame le
jourde l'Aſsomption, parce
qu'elle édifie beaucoup
,& que ne ſe faiſant
qu'une fois l'année , ils
s'en retourneroient fans
la voir s'ils ne prenoient
pas cette occafion. On
de Siam. 147
laiſſa à M l'Abbé de la
Mothe , grand Archidiadf
cre , le ſoin de faire les
honneurs du Chapitre. Il
reſolut qu'avant que de
faire entrer les Ambaffa-
- deurs dans l'Eglife , ils
viendroient ſe repofer
| chez luy , & qu'ils y feroient
collation en atten-
0
ar
dant que l'Office fuſt preſt
■ à commencer . Il fit tout
1 preparer pour cela , mais
inutilement , car la foule
ſe trouva fi grande dans
Nij
148 Voyage des Amb.
le Cloiſtre , qu'il fut impoffible
d'approcher de
fon logis , de forte qu'il
falur aller droit à l'Eglife .
On les conduifit d'abord
devant le Grand Autel,
où voyant que M'l'Abbé
de la Mothe , & M² Stolf
s'agenouilloient , ils ſe mirent
auffi à genoux . On
monta enſuite au Jubé
que M'l'Abbé de la Mothe
avoit fait preparer
pour eux , & où l'on n'avoit
laiſſe entrer perfonne.
Ils confidererent toude
Siam. 149
tel'Eglife avec une applim
di
cation que je ne puis vous
repreſenter. Ils endemanderent
la hauteur , & la
largeur , & témoignerent
or
mefme qu'on leur feroit
-el
b
un fort grand plaifir fi on
leur en donnoit lePlan. La
ol
Muſique leur parut tres-
1 belle ,& ils firent par leur
11
b
10
r
Interprete pluſieurs quer
ſtions à M. l'Abbé de la
* Morhe , qui les éclaircit
de ce qu'ils fouhaitoient
12
UC
مح
fçavoir là- deſſus. Ils de-
Niij
150 Voyage des Amb.
manderent auſſi qu'on
leur expliquaſt quelques
Ceremonies , qui regardoient
l'Office , & l'on fatisfit
leur curiofité , auffibien
que celle qu'ils eurent
de vouloir apprendre
ce que c'eſt que l'Orgue
qu'ils écouterent avec
une grande attention,
& fur laquelle ils firent
des demandes pleines d'efprit.
Is firent mille remercimens
à M. l'Abbé de la
Mothe de la peine qu'il ſe
de Siam. ISE
1.
1-
Ia
1,
d
A
e
donnoit de leur expliquer
toutes ces chofes , & le
premier Ambaſſadeur luy
offrit du Betel , je vous
en ay déja parlé dans ma
Relation de Siam . Ils en
machent auſſi ſouvent ,
que prennent icy du Tabac
en poudre ceux qui
l'aiment davantage , &
qui ont toujours la Tabatiere
à la main . Le Be-
.tel fortifie l'estomach , ८
rend l'haleine plus douce.
L'Office eftant finy , on fir
Niiij
152 Voyage des Amb.
la Proceffion, ou fe trouvent
les Chanoines de fix
Chapitres de Paris , fans
compter ceux de Noftre-
Dame , avec le Parlement
&la Ville en Corps . Comme
cette Proceffion eft
fort celebre , & fort auguſte
, M' l'Archeveſque
de Paris y aſſiſte. Jamais
on n'a regardé plus attentivement
aucune Ceremonie
, que les Ambaſſadeurs
firent cette Proceffion
,&jamais on n'a fait
I
de Siam.
153
S
dequeſtions plus fpirituelles
que X celles qu'ils firent,
fur tout pour ſçavoir ce
e que fignifioit la difference
t
t
des habits des Prefidens
& des Confeillers , & de
ceux du Parlement & de
Meffieurs de Ville . Ils
n'en demeurerent pas là ;
car comme on leur parla
1. des differentes Chambres
e
2.
S
du Parlement , comme de
a. la grand Chambre , des
1. Enqueſtes , des Requeſtes,
it ainſi que de la Chambre
154- Voyagedes Amb.
des Comptes , & de la
Cour des Aydes , ils s'informerent
de la fonction
de tous ces Corps , ce
qui ne leur pût eſtre expliqué
qu'en peu de paroles
, à cauſe du peu de
temps que l'on avoit pour
cela ; M'le Doyen , &
pluſieurs Chanoines , les
vinrent falüer au Jubé, &
ils les receurent avec des
honneſtetez qu'il feroit
difficile d'exprimer . En
fortant ils ſe mirent à gede
Siam. 155
a
-
n
a.
汇
noux devant l'Autel de
la Vierge , & dirent qu'ils
avoient esté tellement édifiez
de ce qu'ils avoient
vû, &fur tout de l' air dont
M'l'Archevesque avoit
fait l'Office , que nonſeulement
ils estoient prefts de
demeurer pour l'entendre
encore, s'il vouloit recommencer,
maisque s'il officioit
quatre fois par jour , 5.
qu'ils puſſent y aßifter autant
de fois , ils le feroient
avec beaucoup de plaisir.
156 Voyage des Amb.
Ils s'en retournerent fi
fatisfaits , & fi remplis de
toutes les chofes qu'ils avoient
veuës , qu'ils employerent
quatre Secreraires
tout le foir , pour
écrire leurs remarques.
Je vous ay déja appris
que le ſecond Ambaffadeur
a eſté en Ambaffade
à la Chine de la part du
Roy de Siam. Comme
c'eft un homme de bon
efprit , fage& fort fincere
, on a voulu ſçavoir de
de Siam.
157
-
iluy la difference qu'il faifoit
de ces deux Erats . Il a
dit qu'il y avoit beaucoup
de monde en la Chine ; que
les bords des Rivieres y efsoient
beaucoup plus peuplez
que le reſte du Païs ,
5 que si la France estoit
à proportion außi peuplée
4 dans toutes ſes Campagnes
quelle l'estoit le long des
bords de la Loire qu'il avoit
vûs, il y avoit autant
de monde en France qu'en
S
1
la Chine , à proportion de
158 Voyage des Amb.
l'étendue de l'unes de l'autre
Etat ; que ſuivant même
ce qu'il venoit de dire ,
on devoit croire qu'ily en a
davantage en France; mais
que ce qui les égaloit , au
moins felon ce qu'il avoit
vû , estoit que la Chine luy
avoit paru peuplée , ainsi
que je viens de vous marquer,
quoy qu'il n'eust point
vû de Femmes , parce qu'-
elles ne s'y montrent point.
Il dit à l'égard de Paris ,
& de la Capitale de la
de Siam.
159
111
re
all
Chine , qu'il avoit vû autant
d'hommes à Pequin ,
qui est le nom de cette Cappiittaallee,,
que d'hommes es de
femmes ensemble à. Paris.
Il peut dire vray , mais il
peut auſſi ſe tromper,
1) n'ayant pas encore affez
vù Paris pour en juger.
Il en parle fur deux chofes
; fur ce qu'il a vû le
jour qu'il fit ſon Entrée ,
&ce qu'il vit dans Noſtre
me&aux environs le jour
nt
s
I de l'Afſomption . A l'égard
150 Voyage des Amb.
des Jardins , que ceux qui
ont fait imprimer des
Voyages de la Chine ,
vantent tant , il affcure
qu'ils font infiniment plus
beaux en France , comme
beaucoup d'autres chofes
. Il faut remarquer que
lors qu'il a parlé ainfi , il
n'avoit point eu Audience
, ny vù les Jardins
de Versailles & de Saint
Cloud;& que ce qu'il dit
à l'égarddu peuple de Paris
feulement , parce qu'il
de Siam. 161
ne l'a pas encore tout vù,
de eſt avantageux à la France
, puis que fa fincerité
ne
paroiffant par là ( au lieu
que d'autres flateroient
m
10
;
el
al
d
Pa
ceux du Pays où ils font )
fait connoiſtre qu'il dit
vray , lors qu'il nous donne
l'avantage fur d'autres
articles..
Quoy que lesAmbaffa
deurs euffent refolu de ne
manger en publicqu'aprés
avoir euAudienceduRoy,
ils ne laiſserentpas de voir
162 Voyage des Amb.
,
quelques Perſonnes diftinguées.
Ils font ſi reconnoifſans
que dés que
parmy beaucoup d'autres,
ils apercevoient quelqu'un
de ceux qui les avoient
reçeusſur leur rou
te avec plus d'affection
que
que d'autres, ils les demêloient
auſſi- toft , leur parloient
les premiers , &
leur faifoient cent careffes
. On ne peut exprimer
celles qu'ils firent à Madame
l'Intendante de
de Siam. 163
1
Je
U
a
UA
e
r
&
de
Breſt , lors qu'ils la virent
à Paris . Ils ne fe contentent
pas de trouver à leur
gouſt les Metsqu'on aprête
en France , ils veulent
ſçavoir de quoy ils font
compofez , & font aporter
devant eux tout ce
qui entre dans les Ragoufts
les plus délicats
non pour le defir d'avoir
de quoy manger délicatement,
mais pour ne s'em
pas retourner en leur Païs
fans y porter tout ce qui
O ij
164 Voyage des Amb.
regarde les Arts , & les
Coûtumes de France , &
afin de nerien oublier, ils
ont mefme greffé des Arbres
dans le Jardin de
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs.
Ce qu'ils fouhairent
le plus d'emporter
d'icy , & qu'ils préferent
à ce qu'on leur pourroit
donner de plus précieux ,
& de plus riche , ce font
des Cartes du Royaume ,
des Plans des Places fortes
,&des Maiſons Royade
Siam. 165
les , des Tableaux ou des
3 Eſtampes , où le Roy
| foit à la teſte de ſes Armées,
d'autres qui leur redeprefentent
, les Armées
1. Navales de Sa Majefté,&
d'autres où ils puiſſent
et voir toutes fes Chaffes .Le
nt Pere de la Chaife , en leur
bit rendant une ſeconde vifite
à Paris , leur fit preſent
de liqueurs , & leur dit ,
2. Que le Roy avoit beaucoup
r. de joye , de ce qu'il entendoit
-2. dire tous les jours d'eux & a
166 Voyage des Amb.
de leur esprit. Lors qu'ils
eſtoient fur le point d'avoir
Audience , le Roy fut
attaqué d'une fiévre quarte,
& ce futalors qu'ils redoublerent
leurs inſtances
pour ne voir perfonne
; ils dirent Que voir du
monde d'eftoit se divertir,
qu'ils ne devoient prendre
aucun plaisir tant que la
Ma'adre du Roy dureroit .
S'ils en uſent de cette maniere
pour un Monarque
dont ils ne font pas nez
A
n
Dolinar Del F
de Siam.
167
Sujets , vous pouvezjuger
de ce qu'ils font pour leur
Souverain . Le profond
refpect qu'ils ont pour luy
leur en a fait rendre un
tres grand à la Lettre dont
il les avoit chargez , pour
l'apporter à Sa Majefté.
Elle estoit placée à l'Hô
tel des Ambaſſadeurs ,
dans le fond de la Ruelle
du Lit de Parade du premier
Ambaſſadeur , de la
maniere que vous la
yoyez dans la Planche
168 Voyage des Amb.
que je vous envoye , &
que j'ay fait deffiner exprés
fur le lieu. On l'avoit
enfermée dans trois
Boëtes . Celle de deffus étoit
de bois verny du Japon;
la feconde d'argent,
& la troifiéme d'or. La
Lettre qui estoit écrite
fur une Lame d'or roulée,
les Roys de Siam n'écrivant
jamais que fur l'or ,
eſtoit dans cette derniere .
Toutes cesBoëtes estoient
couvertes d'un Brocard
d'or
de Siam. 169
1
d'or , & fermées avec le
Sceau du premier Ambaffadeur
qui estoit en Cire
blanche. Les Ambaſſadeurs
mettoient tous les
jours des fleurs nouvelles
deffus ,& toutes les fois
qu'ils paffoient devant
cette Lettre , ils faifoient
de profondes inclinations .
Quoy qu'ils n'ayent point
icy de Talapoins , ils ne
laiſsent pas d'y faire des
exercices de leur Religion
. Ils se mettent à ge
0
P
170 Voyagedes Amb.
noux , élevent les mains
pluſieurs fois,& touchent
la terre de la teſte. Ils diſent
qu'on a rapporté
beaucoup de choſes de
leur Religion qui ne font
pas vrayes , qu'ils font
pluſieurs de Meditations
dont les principales font,
de faire reflexion fur ce
que le Mary doit à ſaFemme
, & la Femme à fon
Mary , le Pere à fon Fils ,
le Fils a fon Pere,& l'Amy
à fon Amy ,& que le plus
de Siam. 171
S
t
1
e
e
t
S
vertueux eft parmy eux
le plus ſaint.
Fermer
Résumé : Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, en attente de leur audience avec le roi de France, décidèrent de ne pas apparaître en public avant cette rencontre et demandèrent que personne ne les voie manger. Ils furent invités à assister à la procession annuelle de l'Assomption à Notre-Dame, où ils furent accueillis par l'abbé de la Mothe. La foule les obligea à se rendre directement à l'église. À l'intérieur, ils montrèrent un grand intérêt pour l'architecture de l'église, posant des questions sur sa hauteur et sa largeur et exprimant le désir d'obtenir un plan. Ils furent également impressionnés par la musique et l'orgue, posant des questions détaillées à l'abbé de la Mothe. Après l'office, ils observèrent attentivement les différences dans les habits des dignitaires et reçurent plusieurs d'entre eux avec honneur. Les ambassadeurs étaient très reconnaissants et curieux, posant des questions sur divers aspects de la religion et des cérémonies. Ils offrirent du bétel à l'abbé de la Mothe, expliquant ses bienfaits. Après la procession, ils s'agenouillèrent devant l'autel de la Vierge, déclarant qu'ils auraient aimé assister à d'autres offices. Ils employèrent quatre secrétaires pour noter toutes leurs observations. Le second ambassadeur, ayant été en mission en Chine, compara les deux pays, notant que la France semblait aussi peuplée que la Chine, bien qu'il n'ait pas vu de femmes en Chine. Il trouva les jardins français plus beaux que ceux de la Chine. Les ambassadeurs rencontrèrent plusieurs personnes distinguées et leur firent des marques d'affection, malgré leur résolution de ne pas manger en public avant l'audience royale. Ils étaient également intéressés par la composition des mets français et voulurent tout apprendre sur les arts et coutumes de France. Ils plantèrent même des arbres dans le jardin de leur hôtel pour ne rien oublier. Lorsqu'ils furent sur le point d'avoir audience, le roi tomba malade, et ils redoublèrent leurs instances pour ne voir personne, montrant un profond respect pour leur souverain. La lettre qu'ils devaient remettre au roi de France était placée dans trois boîtes emboîtées, la dernière en or, et était écrite sur une lame d'or. Ils faisaient des inclinations profondes chaque fois qu'ils passaient devant cette lettre. Malgré l'absence de talapoins en France, ils pratiquaient leur religion en se mettant à genoux et en touchant le sol avec leur tête. Ils méditaient sur les devoirs familiaux et amicaux, considérant la vertu comme la sainteté suprême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 171-225
Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy estant guery de la Fiévre-quarte, dont il [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Siam, Trône, Audience, Ambassadeur, Ambassadeurs, Gardes du corps, Prince, Galerie, Duc de La Feuillade, Dauphin, Gardes de la porte, Suisses, Bonnets, Fleurs, Inclinations, Religion, Parler, France, Officiers, Versailles, Gardes françaises, Louvre, Trompettes, Compliments, Cérémonies, Maison royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Le Roy estant guery de
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Après sa guérison de la fièvre quarte, le roi de France annonça qu'il recevrait les ambassadeurs siamois le 1er septembre. Le maréchal Duc de la Feuillade, accompagné de M. de Bonneuil et M. Giraut, se rendit à leur hôtel pour les escorter. Durant le trajet vers Versailles, les ambassadeurs discutèrent de la religion des Siamois, soulignant que chaque religion peut sembler ridicule à ceux qui en ignorent les détails. À Versailles, les ambassadeurs furent accueillis par des gardes en uniforme et traversèrent plusieurs cours avant d'être conduits dans la salle de descente. Ils refusèrent de déjeuner mais se préparèrent en mettant leurs bonnets de dignité ornés de couronnes d'or et de rubis. Escortés par plusieurs dignitaires, ils furent conduits à l'escalier du roi. La lettre du roi de Siam, portée par douze Suisses, fut accompagnée de tambours et de trompettes. Les ambassadeurs traversèrent les cours remplies de monde, montèrent l'escalier au son des fanfares et firent des inclinations profondes en entrant dans la galerie. Le roi, vêtu d'un habit brodé de pierreries, était entouré de princes et de grands officiers. Après la harangue de l'ambassadeur, traduite par l'abbé de Lionne, le roi reçut la lettre debout et découvert. Il demanda des nouvelles du roi de Siam et de la reine, puis invita l'ambassadeur à faire des propositions. Les ambassadeurs se retirèrent en faisant des inclinations et en marchant à reculons jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus voir le roi. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la beauté et la richesse des appartements royaux. Ils furent invités à un dîner somptueux, avec une table décorée de fleurs et de nombreux plats. Après le repas, ils rencontrèrent le Dauphin, qui répondit favorablement à leurs compliments. Ils rendirent également visite au duc de Bourgogne, au duc d'Anjou, et au duc de Berry, en leur adressant des compliments appropriés. Ils rencontrèrent également Monsieur et Madame, exprimant leur admiration pour leurs exploits et leur union avec le roi. Tout au long de leur visite, les ambassadeurs montrèrent une grande déférence et furent reçus avec des honneurs égaux pour toute la maison royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 232-235
Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Début :
Le 5. ils furent conduits au Palais de Luxembourg par [...]
Mots clefs :
Princesse, Audience, Ambassadeurs, Mademoiselle d'Orléans, Palais du Luxembourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 5.ils furent conduits
de Siam. 233
au Palais de Luxembourg
par M de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſa
deurs , à l'Audience de
Mademoiselle d'Orleans ,,
où se trouva Madame la
Grande Ducheffe Sa Cour
eſtoit fort groffe & fort
brillante , & comme certe
Princeffe eft extréme--
ment aimée , un ſi grand.
nombre de Princeffes ,de
Ducheffes ,& d'autres Da--
mes qualifiées , s'eftoient
rendues dans ſon Appar
V
234 Voyage des Amb.
tement , pour l'accompagner
pendant cette Audience
, que beaucoup ne
pûrent trouver place dans
la chambre où elle receut
les Ambaſſadeurs . Le ſujet
du Compliment du
premier Ambaſſadeur fut,
fur ce que le merite defon
Alteffe Royale auroit esté
feul capable de l'attirer ,
quand ce qu'il estoit obligé
de rendre au Sang Royal ,
ne l'auroit pas obligé à la
voir. Il fut extrémement
de Siam.
237
fatisfait de la réponſe que
luy fit cette Princeffe ,
tant à l'égard du Roy de
Siam , que pour ce qui
regardoit ſes Ambaſſadeurs
,& il le fut encore
beaucoup des honnefterez
qu'elle eut pour
eux, cette Princeffe ayant
toûjours avancé pour less
reconduire, à meſure qu
ils marchoientpour ſe retirer
ſans tourner le dos...
de Siam. 233
au Palais de Luxembourg
par M de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſa
deurs , à l'Audience de
Mademoiselle d'Orleans ,,
où se trouva Madame la
Grande Ducheffe Sa Cour
eſtoit fort groffe & fort
brillante , & comme certe
Princeffe eft extréme--
ment aimée , un ſi grand.
nombre de Princeffes ,de
Ducheffes ,& d'autres Da--
mes qualifiées , s'eftoient
rendues dans ſon Appar
V
234 Voyage des Amb.
tement , pour l'accompagner
pendant cette Audience
, que beaucoup ne
pûrent trouver place dans
la chambre où elle receut
les Ambaſſadeurs . Le ſujet
du Compliment du
premier Ambaſſadeur fut,
fur ce que le merite defon
Alteffe Royale auroit esté
feul capable de l'attirer ,
quand ce qu'il estoit obligé
de rendre au Sang Royal ,
ne l'auroit pas obligé à la
voir. Il fut extrémement
de Siam.
237
fatisfait de la réponſe que
luy fit cette Princeffe ,
tant à l'égard du Roy de
Siam , que pour ce qui
regardoit ſes Ambaſſadeurs
,& il le fut encore
beaucoup des honnefterez
qu'elle eut pour
eux, cette Princeffe ayant
toûjours avancé pour less
reconduire, à meſure qu
ils marchoientpour ſe retirer
ſans tourner le dos...
Fermer
Résumé : Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 5, les ambassadeurs de Siam furent conduits au Palais de Luxembourg par M. de Bonneüil pour une audience avec Mademoiselle d'Orléans. La cour de la Grande Duchesse était très nombreuse et brillante, avec de nombreuses princesses, duchesses et autres dames qualifiées présentes pour accompagner Mademoiselle d'Orléans. Le premier ambassadeur souligna le mérite de Mademoiselle d'Orléans, capable d'attirer les ambassadeurs indépendamment de l'obligation liée au sang royal. L'ambassadeur exprima sa satisfaction quant à la réponse de Mademoiselle d'Orléans, tant pour le roi de Siam que pour ses ambassadeurs. Il fut également impressionné par les honneurs qu'elle leur accorda, notamment en les reconduisant sans qu'ils aient à tourner le dos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 339-356
Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Début :
Lors qu'ils allerent au vieux Louvre, ils furent reçeus [...]
Mots clefs :
Galerie, Louvre, Salle, Fenêtres, Roi, Dorure, Ambassadeurs, Tableaux, Sculpture, Voir, Vieux Louvre, Appartement, Cabinet, Colonnes de marbre, Beauté, Majesté, Dessin, Palais, Tuileries, Machines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Lors qu'ils allerent au
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
Fermer
Résumé : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent le vieux Louvre, accueillis par M. Seguin, capitaine. Ils commencèrent par la salle des Cent Suisses et traversèrent l'appartement de la reine-mère, admirant la dorure ancienne. Ils visitèrent ensuite le cabinet des Bains, orné de colonnes de marbre et de portraits de la Maison d'Autriche, avec une cuve de marbre et un plancher de Siam. Les ambassadeurs furent particulièrement impressionnés par les colonnes de marbre et les fleurs de bois rapportées. Ils passèrent dans un grand salon avec de grands tableaux, puis dans l'appartement de la reine-mère, une enfilade de sept ou huit grandes pièces avec des sculptures dorées et des plafonds peints par Romanelli. Ils virent également des tableaux de M. Bourson représentant des vues de mer. Ils entrèrent ensuite dans un cabinet donnant sur la rivière, admirant la dorure et les peintures de Siam. Les ambassadeurs traversèrent la salle des Antiques, détruite par un incendie, et visitèrent la galerie où le roi loge les artistes. Ils montèrent chez M. Girardon, dont le cabinet était rempli d'ouvrages curieux et antiques. Ils remercièrent M. Girardon pour ses explications et traversèrent à nouveau l'appartement de la reine-mère avant de monter chez le roi par le grand escalier du Louvre. Ils visitèrent la salle des Gardes, une terrasse pour voir l'étendue de la cour, et traversèrent les appartements du roi et de la reine défunte. Ils admirèrent les alcôves dorées et plusieurs tableaux, notamment ceux de l'histoire d'Alexandre peints par M. le Brun. Ils visitèrent ensuite la galerie d'Apollon, encore inachevée, et la grande galerie, longue de trois cents toises, qui commence au vieux Louvre et finit au Palais des Tuileries. Les ambassadeurs traversèrent ensuite les Tuileries, admirant le théâtre et les appartements remplis de peintures et de dorures. Ils visitèrent une galerie avec des cabinets précieux, dont certains faits aux Gobelins, et traversèrent la salle des Machines, considérée comme l'un des plus beaux ouvrages de son temps. Ils descendirent par le grand escalier et furent conduits à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, dont M. de Louvois est le protecteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 356-363
Ils vont à l'Academie Royale de Peinture & de Sculpture. Description de cette Academie. [titre d'après la table]
Début :
Tout le monde sçait ce qu'elle doit à ses soins. [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Ambassadeurs, Charles Le Brun, Marbre, Figures, Salle, Cheval de bronze, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont à l'Academie Royale de Peinture & de Sculpture. Description de cette Academie. [titre d'après la table]
Tout le monde ſçait
ce qu'elle doit à ſes ſoins.
Elle est à l'entrée de la ruë
de Richelieu dans une des
Galleries du Palais Royal.
Les Ambaſſadeurs furent reçûs
en deſcendant de Carof
ſe , par M. le Brun qui eſt
Chancelier & Directeur de
de Siam. 357
cette Academie , & par Mrs
Girardon, Desjardins , de Seye,
le Hongre , Beaubrun , &
Coëpel qui en font les principaux
Officiers , & les plus
illuftres dans leurArt. Ils efaoient
accompagnez de plufieurs
autres , & d'un grand
nombre d'Academiciens qui
ne font point du Corps des
Officiers . Les Ambaſſadeurs
virent d'abord dans la premiere
Salle pluſieurs Tableaux
& pluſieurs Basreliefs de
1 marbie, faits par lesEtudians
qui travaillent tous les ans
pour lesPrix que le Roy don358
Voyage des Amb.
ne . Ils entrerent enſuite dans
la Sale , où les Ecoliers deffinent
d'aprés les Modeles ,
& où ils travailloient alors
aprés un Groupe de deux
hommes nuds , qui estoient
au milieu de cette Sale. Le
premier Ambaſſadeur fit une
choſe qui furprit toute l'Affemblée
, & qui le fit admi
rer . Il prit les deſſeins de la
pluſpart des Ecoliers,les confidera
les uns aprés les autres
, & montra celuy qu'il
croyoit le meilleur. M le
Brun dit quil avoit jugé juſte
, & pour faire voir qu'il
de Siam.
359
ne le flatoit point , il donna
le defſſein à examiner à ceux
de 'l Academie , qui estoient
autour de luy . On entra de
là dans la grande Sale , où
M's de l'Academie tiennent
leurs Affmblées Elle est toute
remplie de Tableaux, faits
par les plus excellens Peintres
que nous ayons , & de
Buftes , de Bas-reliefs , & de
Médailles de Marbre , travaillez
par les plus habiles
Sculpteurs. On peut dire que
ce font autant de Chefsd'oeuvres
, puis que ce font
en effet les Chefs-d'oeuvres ,
360 Voyage des Amb.
de tous les Peintres , & de
tous les Sculpteurs qui font
reçeus à l'Academie, où chacun
est obligé de donner ou
unTableau, ou unOuvragede
Sculpture pour y eftre reçû.
Les Ambaſſadeurs eſtant au
milieu de tant de belles choſes
, en examinerent le plus
grand nombre qu'ils pûrent,
& firent tant de queſtions ,
que la pluſpart des Academiciens
ſe trouverent occupez
en mefme temps à leur
répondre. Ils virent dans le
mefine lieu l'Hercule , & la
Flore , qui font des Figures
de
de Siam.
361
de dix pieds de haut , & demanderent
fi ces Figures eftoient
d'Italie. On leur dit
que ce n'eſtoit là que des
Modelles ; qu'il y en avoit
de ſemblables en Italie qui
eſtoient de Marbre, & qu'on
en faifoit auffi de Marbre à
Paris , pour le Roy , qui devoient
eſtre bien - toft achevées.
Aprés cela ils approcherent
des feneftres qui
donnent dans la Court de
l'Academie, & s'attacherent
à regarder un Cheval de
bronze qui eſt au milieu fur
un piedestal , & un Modelle
Hh
362 Voyage des Amb.
de plaftre de l'Empereur
Marc-Aurele à cheval. De
cette Sale ils paſſerent dans
celle où font les Portraits des
perſonnes de l'Academie,
que ceux qui ont eſté reçeus
ont choiſy de faire pour
leurs Tableaux de reception.
En entrant le premier Am..
baffadeur reconnut de loin
celuy de M² le Brun , & s'attacha
enſuite à quelques autres
, dont la peinture fembloit
donner du relief aux
Figures. Ils fortirent aprés
avoir confideré tous ces Tableaux,&
dirent à ces Ms,
de Siam.to 363
Qu'ils ne s'étonnoient pas fi l'on
voyoit tant de belles choses en
France ,puis qu'il y avoit un ft
grand nombre d'habiles Gens. Ils
furent reconduits juſques à
leur Caroffe par tous ceux
qui avoient eſtéles recevoir,
àla referve de M² le Brun ,
qui eſtoit partyun peu avant
eux, afin de les aller attendre
aux Gobelins. Les Ambaſſadeurs
eftant montez en Caroſſe
, ſaluërent encore tous
ceux de l'Academie avant
que de partir .
ce qu'elle doit à ſes ſoins.
Elle est à l'entrée de la ruë
de Richelieu dans une des
Galleries du Palais Royal.
Les Ambaſſadeurs furent reçûs
en deſcendant de Carof
ſe , par M. le Brun qui eſt
Chancelier & Directeur de
de Siam. 357
cette Academie , & par Mrs
Girardon, Desjardins , de Seye,
le Hongre , Beaubrun , &
Coëpel qui en font les principaux
Officiers , & les plus
illuftres dans leurArt. Ils efaoient
accompagnez de plufieurs
autres , & d'un grand
nombre d'Academiciens qui
ne font point du Corps des
Officiers . Les Ambaſſadeurs
virent d'abord dans la premiere
Salle pluſieurs Tableaux
& pluſieurs Basreliefs de
1 marbie, faits par lesEtudians
qui travaillent tous les ans
pour lesPrix que le Roy don358
Voyage des Amb.
ne . Ils entrerent enſuite dans
la Sale , où les Ecoliers deffinent
d'aprés les Modeles ,
& où ils travailloient alors
aprés un Groupe de deux
hommes nuds , qui estoient
au milieu de cette Sale. Le
premier Ambaſſadeur fit une
choſe qui furprit toute l'Affemblée
, & qui le fit admi
rer . Il prit les deſſeins de la
pluſpart des Ecoliers,les confidera
les uns aprés les autres
, & montra celuy qu'il
croyoit le meilleur. M le
Brun dit quil avoit jugé juſte
, & pour faire voir qu'il
de Siam.
359
ne le flatoit point , il donna
le defſſein à examiner à ceux
de 'l Academie , qui estoient
autour de luy . On entra de
là dans la grande Sale , où
M's de l'Academie tiennent
leurs Affmblées Elle est toute
remplie de Tableaux, faits
par les plus excellens Peintres
que nous ayons , & de
Buftes , de Bas-reliefs , & de
Médailles de Marbre , travaillez
par les plus habiles
Sculpteurs. On peut dire que
ce font autant de Chefsd'oeuvres
, puis que ce font
en effet les Chefs-d'oeuvres ,
360 Voyage des Amb.
de tous les Peintres , & de
tous les Sculpteurs qui font
reçeus à l'Academie, où chacun
est obligé de donner ou
unTableau, ou unOuvragede
Sculpture pour y eftre reçû.
Les Ambaſſadeurs eſtant au
milieu de tant de belles choſes
, en examinerent le plus
grand nombre qu'ils pûrent,
& firent tant de queſtions ,
que la pluſpart des Academiciens
ſe trouverent occupez
en mefme temps à leur
répondre. Ils virent dans le
mefine lieu l'Hercule , & la
Flore , qui font des Figures
de
de Siam.
361
de dix pieds de haut , & demanderent
fi ces Figures eftoient
d'Italie. On leur dit
que ce n'eſtoit là que des
Modelles ; qu'il y en avoit
de ſemblables en Italie qui
eſtoient de Marbre, & qu'on
en faifoit auffi de Marbre à
Paris , pour le Roy , qui devoient
eſtre bien - toft achevées.
Aprés cela ils approcherent
des feneftres qui
donnent dans la Court de
l'Academie, & s'attacherent
à regarder un Cheval de
bronze qui eſt au milieu fur
un piedestal , & un Modelle
Hh
362 Voyage des Amb.
de plaftre de l'Empereur
Marc-Aurele à cheval. De
cette Sale ils paſſerent dans
celle où font les Portraits des
perſonnes de l'Academie,
que ceux qui ont eſté reçeus
ont choiſy de faire pour
leurs Tableaux de reception.
En entrant le premier Am..
baffadeur reconnut de loin
celuy de M² le Brun , & s'attacha
enſuite à quelques autres
, dont la peinture fembloit
donner du relief aux
Figures. Ils fortirent aprés
avoir confideré tous ces Tableaux,&
dirent à ces Ms,
de Siam.to 363
Qu'ils ne s'étonnoient pas fi l'on
voyoit tant de belles choses en
France ,puis qu'il y avoit un ft
grand nombre d'habiles Gens. Ils
furent reconduits juſques à
leur Caroffe par tous ceux
qui avoient eſtéles recevoir,
àla referve de M² le Brun ,
qui eſtoit partyun peu avant
eux, afin de les aller attendre
aux Gobelins. Les Ambaſſadeurs
eftant montez en Caroſſe
, ſaluërent encore tous
ceux de l'Academie avant
que de partir .
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Résumé : Ils vont à l'Academie Royale de Peinture & de Sculpture. Description de cette Academie. [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des ambassadeurs de Siam à l'Académie royale de peinture et de sculpture, située dans les Galleries du Palais Royal. Ils furent reçus par Charles Le Brun, Chancelier et Directeur de l'Académie, ainsi que par des membres éminents tels que Girardon, Desjardins, de Seye, le Hongre, Beaubrun et Coëpel. Les ambassadeurs commencèrent par admirer des tableaux et des bas-reliefs réalisés par les étudiants pour les prix royaux. Ils observèrent ensuite les élèves dessiner d'après des modèles, notamment un groupe de deux hommes nus. Un ambassadeur surprit l'assemblée en choisissant le meilleur dessin parmi ceux des élèves, choix approuvé par Le Brun. La visite se poursuivit dans la grande salle où sont exposés des chefs-d'œuvre des peintres et sculpteurs de l'Académie. Les ambassadeurs posèrent de nombreuses questions, admirèrent des figures comme l'Hercule et la Flore, et observèrent un cheval de bronze et un modèle en plâtre de l'empereur Marc-Aurèle. Ils terminèrent par la salle des portraits des membres de l'Académie, reconnaissant notamment celui de Le Brun. Avant de partir, ils complimentèrent les membres de l'Académie sur la qualité des œuvres et furent reconduits à leur carrosse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
Ceux qui ne jugent des Ouvrages que par le Titre, [...]
Mots clefs :
Siam, France, Titre, Partie, Livre, Roi, Voyage, Ambassadeurs, Description
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AU LECTEUR.
Eux qui ne jugent dei
Ouvrages quepar le Titre
)
sans fè donner 14
peine d'en rien lire5 & sans faire
mesme un injlant de reflexion sur
ce qutlsvoyent, pourront se rebu.
ter d'abord du mot de Siam qu'ils
trouveront à la tefie de lafecende
Partie de ce Mercure. {0 dire que
cefltrop parlerfurune mefrne mat\
ere> cependant avec une mefmc
matiere on fait tous les jour! mille
chojesdifférentes On pur"V
< FL
gures £Homm°s & d\Anim-.nx
avec du Marbre, AUJJIbv n que
des colomnes,&tout ce qu'onveut
fairerepresenter, c& 1-i fuite dn
Livrefoenquil ait le mesme Titre
t ne doit avoir que le Titre de
commun avec ce quil'a précédé.Il
fautfeparerce quireperde les Livre*
qui parlent de Shtm en deux
matières3 qui renferment deux
dmbafjad?.;fçavoir Ârr. baJJade
de M le ChevalierdeCb-vmont
AU Royaume de Siam, FFR) celle des
j4rrib-jfadeurs du Roy de Siam en
France. Ldmbajfade de M1 le
Chevalier de Chaumont a esle
faite par luy
-
mejme en un seul
~c~~w~~r la me/me Ambajjade,
& non 1afuite>a eslé mise dans le-
Mercure de Juillet, & dans un
Volume entier qui luy [en de fécondé
Partie. On a traite le mefme
sujet,parce qu'on a eu divers Memoires
pour faire cette R lation
plus ample 3&tout ce qui r rardecctte
AmbaJJade efl finy dans ces
trois Volume4. A-inif il rieflplusquefilon
que de ïAmi? ffide des
(" F C '1 l ,
)
ySiamoisen France. Celle a riessit;
ppOoiinntt doOuUbUleit}.,rinayant -fié traitée- l'ffe traueeque
par le stul Autheur du Mercure.
Le premier Prolumea pou*
Titre, Voyage des Ambassadeurs
deSiam en France contenant
la Reception quileur
a esté faite dans les Villes où
ils ont pafle^ leur Entrée à
Paris, les Ceremonies observées
dans l'Audience qu'ils
ont euë du Roy, & de la Mait>
n Royale, les Complimens
quils ont faits,la Description
des lieux ou ils ont ciléy& ce
qu'ils ont dit de remarquablefîiriout
ce au'ils ont veu.
Le secondVolume est intitul*é,
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France,
contenant ce qui s'est pasle
à l'Audience de Madame la
Dauphine,des Princesses du
Sang, & de MC; de Croissy
& deSeignelay, avec une
Description exacte des Chafteaux,
Appartenons, Jardins,
& Fontaines de Versailles,
S. Germain, Marly,& Clagny;
de la Machine de Marly
, des Invalides, de l'Observatoire,&
de ce que ces
Ambassadeurs ont veu dans
tous les autres lieux où ilsont
esté depuis la premiere Relation,
à quoy l'on a joint le
Discours qu'ils ont fait au
Roy.
AU LECTEUR.
Onpeut'voirpar ces deux Titres,
que ces Ouvrages ne parlent
point desmesmesebofes,mais on
Avertiticy que l'extrême curio/îté
desAmbdfjadeurs de Siam ayant
toujoursaumente,&leurayant
faitdemanderl'explrcaton de tout
ce qu'ilsrntv>u, {."S mrMerei qui
font dans leje. ndjournal de cette
j4mbc\j]ttde, font t>\rtee$encre
plus à fond que dans le pr:micr
Volume) & que les AUnfns
Royales3&surtout Verfaillesty
font décrites avec tvite texachtuÀe
pGjJt!?!?
,
$ff d'une maniéré à
donner autant dintelligence sux
curieux, que s'ils avoient le Plan
AU LECTEUR.
ala main. On peut dire que l'on
verra dans ce Vo!ume la feule
Description de Verfailles qui ait
elle jufquizydonnée au Public,
les
Lambeaux
qui en ontparu ne
pouvant pas monter à la vingtième
partie de ce qu'ony trouvera9
& les chofis mesmesayant entierement
changé de figure depuis ce
temps-là. On ne dit rien du refledu
Livre qui contientJeptou huit
autres Articles aussi curieux quenouveaux,
cess à dire
, qui riont
point encore esié imprime^
On peut cuire que cette Amhajfiade
ayant déja remply deux
Volumesy on ne la laissera po
AU LECTEUR.
imparfaite, sans quoy ce qu'on a
donné au Public ne pajfroit que
pour des Fragmens. Ainftaprès
avoir fait un Journal de tout ce
qui regarde les Ambajpideurs depuis
Tïrefk, où on les a pris en
débarquant, on les y reconduit,
afin que tous ces Volumes ensemble
ne fajftnt qu'un corps de cette
Ambajfiidcyqui pourratenirrang
parmy les Voyants les plus cu- rieux qui pourraeflre utile à
tous les Ambassadeursquiviendronten
France,pour leur appren,
ire ce qu'ils doivent voir. Les Lu
wm dambaeades ont toûjouri
ffiéfort recherchez
3 c, nous ne
AU LECTEUR.
connoiffions point mieux taChine
que dans un Livre in folioremply
de Figures, qui décrit lagrande
udmbaffiade que les HolLudoisy
firent en léçj. dédié a feu Mt
Colbert. On noubliera pas dans
lIt fécondé Partie de ce Iournalle
Voyage de Flandres, qui afait
connoifireauxdmbajfia.deur$ la
Grandeur du RoyJ &qui enfaifiantvoir
mille ebofiesquiregardent
la Guerre3 n'a pas laififéd'eflre
tout remply de Fejles dr de
'galanteries. On ne marque point
qu'onnelaififera rien à dire sur
cette mattere
y
on peut voirsil'on
a traité à fiond celle que renserAU
LECTEUR.
ment les deux Volumes de celte
.ArnbajJadej dont le dernier vient
de paroistre avec celuy-cy.
Eux qui ne jugent dei
Ouvrages quepar le Titre
)
sans fè donner 14
peine d'en rien lire5 & sans faire
mesme un injlant de reflexion sur
ce qutlsvoyent, pourront se rebu.
ter d'abord du mot de Siam qu'ils
trouveront à la tefie de lafecende
Partie de ce Mercure. {0 dire que
cefltrop parlerfurune mefrne mat\
ere> cependant avec une mefmc
matiere on fait tous les jour! mille
chojesdifférentes On pur"V
< FL
gures £Homm°s & d\Anim-.nx
avec du Marbre, AUJJIbv n que
des colomnes,&tout ce qu'onveut
fairerepresenter, c& 1-i fuite dn
Livrefoenquil ait le mesme Titre
t ne doit avoir que le Titre de
commun avec ce quil'a précédé.Il
fautfeparerce quireperde les Livre*
qui parlent de Shtm en deux
matières3 qui renferment deux
dmbafjad?.;fçavoir Ârr. baJJade
de M le ChevalierdeCb-vmont
AU Royaume de Siam, FFR) celle des
j4rrib-jfadeurs du Roy de Siam en
France. Ldmbajfade de M1 le
Chevalier de Chaumont a esle
faite par luy
-
mejme en un seul
~c~~w~~r la me/me Ambajjade,
& non 1afuite>a eslé mise dans le-
Mercure de Juillet, & dans un
Volume entier qui luy [en de fécondé
Partie. On a traite le mefme
sujet,parce qu'on a eu divers Memoires
pour faire cette R lation
plus ample 3&tout ce qui r rardecctte
AmbaJJade efl finy dans ces
trois Volume4. A-inif il rieflplusquefilon
que de ïAmi? ffide des
(" F C '1 l ,
)
ySiamoisen France. Celle a riessit;
ppOoiinntt doOuUbUleit}.,rinayant -fié traitée- l'ffe traueeque
par le stul Autheur du Mercure.
Le premier Prolumea pou*
Titre, Voyage des Ambassadeurs
deSiam en France contenant
la Reception quileur
a esté faite dans les Villes où
ils ont pafle^ leur Entrée à
Paris, les Ceremonies observées
dans l'Audience qu'ils
ont euë du Roy, & de la Mait>
n Royale, les Complimens
quils ont faits,la Description
des lieux ou ils ont ciléy& ce
qu'ils ont dit de remarquablefîiriout
ce au'ils ont veu.
Le secondVolume est intitul*é,
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France,
contenant ce qui s'est pasle
à l'Audience de Madame la
Dauphine,des Princesses du
Sang, & de MC; de Croissy
& deSeignelay, avec une
Description exacte des Chafteaux,
Appartenons, Jardins,
& Fontaines de Versailles,
S. Germain, Marly,& Clagny;
de la Machine de Marly
, des Invalides, de l'Observatoire,&
de ce que ces
Ambassadeurs ont veu dans
tous les autres lieux où ilsont
esté depuis la premiere Relation,
à quoy l'on a joint le
Discours qu'ils ont fait au
Roy.
AU LECTEUR.
Onpeut'voirpar ces deux Titres,
que ces Ouvrages ne parlent
point desmesmesebofes,mais on
Avertiticy que l'extrême curio/îté
desAmbdfjadeurs de Siam ayant
toujoursaumente,&leurayant
faitdemanderl'explrcaton de tout
ce qu'ilsrntv>u, {."S mrMerei qui
font dans leje. ndjournal de cette
j4mbc\j]ttde, font t>\rtee$encre
plus à fond que dans le pr:micr
Volume) & que les AUnfns
Royales3&surtout Verfaillesty
font décrites avec tvite texachtuÀe
pGjJt!?!?
,
$ff d'une maniéré à
donner autant dintelligence sux
curieux, que s'ils avoient le Plan
AU LECTEUR.
ala main. On peut dire que l'on
verra dans ce Vo!ume la feule
Description de Verfailles qui ait
elle jufquizydonnée au Public,
les
Lambeaux
qui en ontparu ne
pouvant pas monter à la vingtième
partie de ce qu'ony trouvera9
& les chofis mesmesayant entierement
changé de figure depuis ce
temps-là. On ne dit rien du refledu
Livre qui contientJeptou huit
autres Articles aussi curieux quenouveaux,
cess à dire
, qui riont
point encore esié imprime^
On peut cuire que cette Amhajfiade
ayant déja remply deux
Volumesy on ne la laissera po
AU LECTEUR.
imparfaite, sans quoy ce qu'on a
donné au Public ne pajfroit que
pour des Fragmens. Ainftaprès
avoir fait un Journal de tout ce
qui regarde les Ambajpideurs depuis
Tïrefk, où on les a pris en
débarquant, on les y reconduit,
afin que tous ces Volumes ensemble
ne fajftnt qu'un corps de cette
Ambajfiidcyqui pourratenirrang
parmy les Voyants les plus cu- rieux qui pourraeflre utile à
tous les Ambassadeursquiviendronten
France,pour leur appren,
ire ce qu'ils doivent voir. Les Lu
wm dambaeades ont toûjouri
ffiéfort recherchez
3 c, nous ne
AU LECTEUR.
connoiffions point mieux taChine
que dans un Livre in folioremply
de Figures, qui décrit lagrande
udmbaffiade que les HolLudoisy
firent en léçj. dédié a feu Mt
Colbert. On noubliera pas dans
lIt fécondé Partie de ce Iournalle
Voyage de Flandres, qui afait
connoifireauxdmbajfia.deur$ la
Grandeur du RoyJ &qui enfaifiantvoir
mille ebofiesquiregardent
la Guerre3 n'a pas laififéd'eflre
tout remply de Fejles dr de
'galanteries. On ne marque point
qu'onnelaififera rien à dire sur
cette mattere
y
on peut voirsil'on
a traité à fiond celle que renserAU
LECTEUR.
ment les deux Volumes de celte
.ArnbajJadej dont le dernier vient
de paroistre avec celuy-cy.
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Résumé : AU LECTEUR.
Le texte met en garde les lecteurs contre le jugement hâtif des ouvrages uniquement par leur titre, soulignant que le mot 'Siam' peut prêter à confusion. Il existe deux principaux ouvrages sur l'ambassade des Siamois en France : celui du Chevalier de Chaumont et celui des ambassadeurs du roi de Siam. Le premier ouvrage, écrit par le Chevalier de Chaumont, a été publié en plusieurs parties, dont une dans le Mercure de Juillet et un volume entier. Ce sujet a été repris en raison de la disponibilité de divers mémoires enrichissant la relation de l'ambassade. Le premier volume, intitulé 'Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', décrit la réception des ambassadeurs dans les villes traversées, leur entrée à Paris, les cérémonies lors de l'audience royale, les compliments échangés, et les descriptions des lieux visités. Le second volume, intitulé 'Suite du Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', couvre les audiences avec Madame la Dauphine, les princesses du sang, et des ministres, ainsi que des descriptions détaillées des châteaux, jardins, et autres lieux visités. Les ouvrages ne traitent pas des mêmes sujets mais répondent à la curiosité croissante des ambassadeurs de Siam, qui ont demandé des explications sur tout ce qu'ils ont vu. Les descriptions des lieux, notamment de Versailles, sont très détaillées et exactes, offrant une intelligence complète aux curieux. Le troisième volume promet de compléter l'ambassade, offrant une description exhaustive et utile pour les futurs ambassadeurs. Le texte mentionne également d'autres ouvrages, comme celui sur l'ambassade hollandaise en Chine dédié à Colbert, et un journal de voyage en Flandre, qui montrent la grandeur du roi et la guerre sans se concentrer sur des sujets frivoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 1-10
Paroles & actions du premier Ambassadeur, [titre d'après la table]
Début :
PUISQUE vous souhaitez avec tant d'empressement que je vous [...]
Mots clefs :
Honneur, Jour, Ambassadeurs, Roi, France, Siam, Comtesse de Béthune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Paroles & actions du premier Ambassadeur, [titre d'après la table]
UISQUE VOUSs fou-
Phaitez avec tant
d'empreſſement que
je vous envoye la ſuite du
Voyage des Ambaſſadeurs
: du Roy de Siam en France ,
A
2 Suite du Voyage
je vay non ſeulement fatiffaire
voſtre curioſité ſur ce
que vous attendez de moy ;
mais pour vous marquer
mon exactitude à rechercher
tout ce que ces Ambaſſadeurs
ont dit , & tout ce
qu'ils ont fait , je vay vous
apprendre encore beaucoup
de choſes dignes de remarque
& qui m'eſtoient échapées
lors que je vous écrivis
ma premiere Lettre. Lejour
qu'ils curent Audience à S.
Cloud de Monfieur le Duc
de Chartres , Monfieur leur
ayant fait l'honneur de leur
parler avec cet air de bonté
des Amb. de Siam. 3
- qui luy eſt ſi naturel , le prece
mier Ambaſſadeur dit dans
;
er
l'inſtant meſme qu'il eut quiex
té ſon Alteſſe Royale , en
montrant ceux de ſa ſuite qui
ace
l'accompagnoient, Qu'il estoit
bienheureux d'avoir tant de té
Dus moins de l'honneur qu'il venoit
up de recevoir , puis que le Roy fon
ar- Maistre n'auroit pas cruſurſon
na rapport feul , qu'il euft eu le gloivis
rieux avantage d'entretenir le
Out Frere d'un auffi puißant Roy que
S. celuy de France , avec aurant
Duc de familiarité qu'il avoitplû à
cur Monsieur d'en avoir.
leut On luy demanda s'il vouontt
loit aller voir le Feu que Me
A ij
4 Suite du Voyage
le Comte de Lobcovvits,Envoyé
extraordinaire de l'Empereur
, devoit faire tirer en
réjoüiſſance de la priſe de
Bude, & il répondit, Que quoy
que ſa curiosité fuft grande pour
tout ce qui se faisoit en France ,
parce que tout ce qu'on y voyoit
estoit digne d'admiration , il étoit
neanmoins obligé de ſe priver du
plaisir de voir ce Feu, puis qu'il
n'avoit pû aller à celuy que la
Ville avoit faitpour Monseigneur
le Duc de Berry , dont Mile
"Prevoſt des Marchands luy avoit
fait l'honneur de le prier. Et il
ajoûta , Que n'ayant pas esté
à un Divertiſſement donnépar la
desAmb. de Siam.
5
Ville de Paris , il auroit mauvaiſe
grace d'aller àceluy d'un Etrannger.
e On ne peut avoir plus
d'honnêteté qu'il en a pour
earles Perſonnes diftinguées par
e, leur naiſſance ou par leur
it merite dans les Lettres &
it dans les Arts.Outre les comduplimens
qu'il leur fait , & les
Pilloüanges qu'il leur donne
la proportionnées à ce qu'ils
font , ils les arreſte à diſner ,
boit à leur ſanté ,& prend la
it peine , luy & les deux autres
le
i | Ambaſſadeurs , de leur ſervir
#tout ce qui luy paroît demeil-
14 leur ſur la table. Quant aux
۹
A iij
6 Snite du Voyage
Dames, il donne le plus beau
fruit , à celles qu'il croit les
plus diftinguées , ou qui meritent
de l'eftre par l'agrément
de leur perſonne. Il
fçeut un jour qu'il y avoit
parmy celles qui le regardoient
difner , une Parente
d'un homme dont ils avoient
lieu d'eſtre fatisfaits , à cauſe
de la bonne reception qu'il
leur avoit fait dans un lieur
où ils avoient eſté. Il ne
manqua pas de luy preſenter
du fruit ; & comme il
vouloit luy faire beaucoup
d'honneur , & la traiter avec
distinction , il n'en donna ce
des Amb. de Siam.
70
a
es
it
jour-la à aucune autre. Une
Dame de la compagnie , tou
te brillante d'or & de pierre-
.ries , ſe ſandalifa de n'avoir
Il pas eu le mefme honneur.
L'Ambaſſadeur le comprit,
& dit avec un grand fang
froid : Les bonneurs d'aujournt
d'buy font finis , nous aurons
fe peut efpre celuy de voir Madame
il un autre jour , &nous luy rendrons
ce qui luy est dew.
te
eu
ne
en
il
On ne sçauroit exprimer
les honneurs qu'il fit à Madame
la Comteſſe de Bethune
, lors qu'il eut ſçeu qu'elle
étoit Soeur de la Reyne de Poct
logne. Il fut long- temps fans
up
Jec
A iiij
8 Suite du Voyage
ſe vouloir mettre à table. 11
la pria inſtamment de diſner,
&luy voulut ceder ſa place ;
il en fit auſſi beaucoup au
Fils du grand General de Pologne
, qui eſtoit avec elle ,
& ce jeune Seigneur en fût
ſi charmé , qu'il luy fit le
lendemain preſent du Portrait
de Sa Majeſté Polonoiſe,
parce qu'ils avoient parléde
ce Monarque. Quoy que les
honneſtetez de cet Ambaſladeur
ayent toûjours defté
grandes , il n'eſt point neanmoins
forty du caractere que
fa digneté demande
ſçait le faire paroiſtre à pro-
,
& il
des Amb. de Siam. 9
pos . Il loüe ce qui merite
-, d'eſtre loüé , & ſe taie avec
;
e,
le
eſprit , quand il eſt plus à prou
pos de ſetaire que de parler.
Comme pluſieurs perſonnes
l'accabloient un jour indif
it cretement , en luy deman
dant fi ce qu'il voyoit eſtoit
quin
r. beau , il répondit : Si vous
e, voulez sçavoirsi je trouve une
de chose belle , vous n'avez qu'à
les voirfielle l'est en effet , & alors
a- vous pouvez croire qu'elle ne me
Ne paroist pas moinsbelle qu'à vous.
Phaitez avec tant
d'empreſſement que
je vous envoye la ſuite du
Voyage des Ambaſſadeurs
: du Roy de Siam en France ,
A
2 Suite du Voyage
je vay non ſeulement fatiffaire
voſtre curioſité ſur ce
que vous attendez de moy ;
mais pour vous marquer
mon exactitude à rechercher
tout ce que ces Ambaſſadeurs
ont dit , & tout ce
qu'ils ont fait , je vay vous
apprendre encore beaucoup
de choſes dignes de remarque
& qui m'eſtoient échapées
lors que je vous écrivis
ma premiere Lettre. Lejour
qu'ils curent Audience à S.
Cloud de Monfieur le Duc
de Chartres , Monfieur leur
ayant fait l'honneur de leur
parler avec cet air de bonté
des Amb. de Siam. 3
- qui luy eſt ſi naturel , le prece
mier Ambaſſadeur dit dans
;
er
l'inſtant meſme qu'il eut quiex
té ſon Alteſſe Royale , en
montrant ceux de ſa ſuite qui
ace
l'accompagnoient, Qu'il estoit
bienheureux d'avoir tant de té
Dus moins de l'honneur qu'il venoit
up de recevoir , puis que le Roy fon
ar- Maistre n'auroit pas cruſurſon
na rapport feul , qu'il euft eu le gloivis
rieux avantage d'entretenir le
Out Frere d'un auffi puißant Roy que
S. celuy de France , avec aurant
Duc de familiarité qu'il avoitplû à
cur Monsieur d'en avoir.
leut On luy demanda s'il vouontt
loit aller voir le Feu que Me
A ij
4 Suite du Voyage
le Comte de Lobcovvits,Envoyé
extraordinaire de l'Empereur
, devoit faire tirer en
réjoüiſſance de la priſe de
Bude, & il répondit, Que quoy
que ſa curiosité fuft grande pour
tout ce qui se faisoit en France ,
parce que tout ce qu'on y voyoit
estoit digne d'admiration , il étoit
neanmoins obligé de ſe priver du
plaisir de voir ce Feu, puis qu'il
n'avoit pû aller à celuy que la
Ville avoit faitpour Monseigneur
le Duc de Berry , dont Mile
"Prevoſt des Marchands luy avoit
fait l'honneur de le prier. Et il
ajoûta , Que n'ayant pas esté
à un Divertiſſement donnépar la
desAmb. de Siam.
5
Ville de Paris , il auroit mauvaiſe
grace d'aller àceluy d'un Etrannger.
e On ne peut avoir plus
d'honnêteté qu'il en a pour
earles Perſonnes diftinguées par
e, leur naiſſance ou par leur
it merite dans les Lettres &
it dans les Arts.Outre les comduplimens
qu'il leur fait , & les
Pilloüanges qu'il leur donne
la proportionnées à ce qu'ils
font , ils les arreſte à diſner ,
boit à leur ſanté ,& prend la
it peine , luy & les deux autres
le
i | Ambaſſadeurs , de leur ſervir
#tout ce qui luy paroît demeil-
14 leur ſur la table. Quant aux
۹
A iij
6 Snite du Voyage
Dames, il donne le plus beau
fruit , à celles qu'il croit les
plus diftinguées , ou qui meritent
de l'eftre par l'agrément
de leur perſonne. Il
fçeut un jour qu'il y avoit
parmy celles qui le regardoient
difner , une Parente
d'un homme dont ils avoient
lieu d'eſtre fatisfaits , à cauſe
de la bonne reception qu'il
leur avoit fait dans un lieur
où ils avoient eſté. Il ne
manqua pas de luy preſenter
du fruit ; & comme il
vouloit luy faire beaucoup
d'honneur , & la traiter avec
distinction , il n'en donna ce
des Amb. de Siam.
70
a
es
it
jour-la à aucune autre. Une
Dame de la compagnie , tou
te brillante d'or & de pierre-
.ries , ſe ſandalifa de n'avoir
Il pas eu le mefme honneur.
L'Ambaſſadeur le comprit,
& dit avec un grand fang
froid : Les bonneurs d'aujournt
d'buy font finis , nous aurons
fe peut efpre celuy de voir Madame
il un autre jour , &nous luy rendrons
ce qui luy est dew.
te
eu
ne
en
il
On ne sçauroit exprimer
les honneurs qu'il fit à Madame
la Comteſſe de Bethune
, lors qu'il eut ſçeu qu'elle
étoit Soeur de la Reyne de Poct
logne. Il fut long- temps fans
up
Jec
A iiij
8 Suite du Voyage
ſe vouloir mettre à table. 11
la pria inſtamment de diſner,
&luy voulut ceder ſa place ;
il en fit auſſi beaucoup au
Fils du grand General de Pologne
, qui eſtoit avec elle ,
& ce jeune Seigneur en fût
ſi charmé , qu'il luy fit le
lendemain preſent du Portrait
de Sa Majeſté Polonoiſe,
parce qu'ils avoient parléde
ce Monarque. Quoy que les
honneſtetez de cet Ambaſladeur
ayent toûjours defté
grandes , il n'eſt point neanmoins
forty du caractere que
fa digneté demande
ſçait le faire paroiſtre à pro-
,
& il
des Amb. de Siam. 9
pos . Il loüe ce qui merite
-, d'eſtre loüé , & ſe taie avec
;
e,
le
eſprit , quand il eſt plus à prou
pos de ſetaire que de parler.
Comme pluſieurs perſonnes
l'accabloient un jour indif
it cretement , en luy deman
dant fi ce qu'il voyoit eſtoit
quin
r. beau , il répondit : Si vous
e, voulez sçavoirsi je trouve une
de chose belle , vous n'avez qu'à
les voirfielle l'est en effet , & alors
a- vous pouvez croire qu'elle ne me
Ne paroist pas moinsbelle qu'à vous.
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Résumé : Paroles & actions du premier Ambassadeur, [titre d'après la table]
Le texte décrit la suite du voyage des ambassadeurs du roi de Siam en France. L'auteur exprime son désir de partager davantage de détails sur les actions et les paroles des ambassadeurs. Lors d'une audience avec Monsieur le Duc de Chartres, le premier ambassadeur exprime sa gratitude et son bonheur de recevoir un tel honneur, soulignant la familiarité et la bonté du Duc. Les ambassadeurs montrent une grande curiosité pour les événements en France mais déclinent certaines invitations par politesse, comme celle de voir un feu d'artifice en l'honneur de la prise de Bude, car ils n'avaient pas assisté à celui pour le Duc de Berry. Ils manifestent une honnêteté et un respect particuliers envers les personnes distinguées par leur naissance ou leurs mérites. Ils offrent des compliments, des friandises, et invitent souvent ces personnes à dîner, leur servant eux-mêmes. Avec les dames, ils offrent les meilleurs fruits à celles qu'ils jugent les plus dignes. Un jour, un ambassadeur refuse de donner des fruits à une dame brillante de bijoux, préférant en offrir à une parente d'une personne qui leur avait bien accueillis, promettant de rendre honneur à la première dame un autre jour. Les ambassadeurs montrent également des marques de respect particulières envers des personnes de haut rang, comme la Comtesse de Bethune, sœur de la reine de Pologne. Malgré leurs grandes honnêtetés, ils savent aussi se taire quand il est plus approprié de le faire. Lors d'une discussion sur la beauté des choses, un ambassadeur répond que s'il trouve quelque chose beau, c'est que cela l'est effectivement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 21-28
Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à la suite du Journal. Les Ambassadeurs ayant [...]
Mots clefs :
Charles Colbert de Croissy, Conversation, Croissy, Ambassadeurs, Ministre, Majesté, Ambassadeur, Abbé de Lionne, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Je viens à la fuire du Journal.
Les Ambaſſadeurs ayant
rendu viſite à Mede Croiſſy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
dans ſon Hoſtel à Paris , ce
Miniſtre leur rendit cette
viſite le 24. Septembre , à
'Hoſtel des Ambaſladeurs
Extraordinaires , où ils font
A
togez . Si toſt qu'il fut entré
desAmb. de Siam . z
rs
er
dans la court , fix Mandarins
deſcendirent pour le receue
voir à la deſcente de ſon Caerroffe
, & les Ambaſſadeurs.
l'attendirent au haut du de-
& gré. Ils paſſerent enſuite dans.
bu la Chambre de parade , fous
le Dais de laquelle il y avoit
ur quatre Fauteüils préparez ;
ant ſçavoir un à la droite ,& les
Ty, trois autres vis à vis de ce
at, Fauteüil. M. de Croiſſy ſe
ce mit dans le premier , & les
ette Ambaſſadeurs ſe placerent
, dans les autres. Ce Miniftre
eus leur dit qu'il n'avoit pasen-
Con core eu le temps de s'acquiter de
La visite qui leur de voir qu'ik AAN
২
Biij
22
t
Suite duVoyage
mé
avoit rendu compte à Sa Majesté
de la Lettre que leRoyde Siam
luy avoit fait l'honneur de luy
écrire , & qu'il l'avoit trouvée
diſpoſee à entretenir l'alliance qui
eſtoit entre les deux Rois ,
me à la fortifier ; que SaMajeſté
avoit souvent ouy parler de
leur esprit , &qu'elle avoit reconnu
qu'ils en avoient beaucoup
parles choses qu'on luy avoit rapportées
cequi luy avoitfaitplaifir;
qu'au refte. Elle estoit tres-
Satisfaite de leur conduitte ,puis
qu'ils n'avoient fait aucune dé
marche depuis qu'ils estoient en
France, qui ne luy eust esté agréa
ble. L'Ambaſſadeur répondit
des Amb. de Siam.
23
favec la maniere honneſte &
am fpirituelle , qui luy a attiré
( Teſtime de tous ceux qui ont
cudes affaires avec luy , ou
qu occaſion de luy parler. Il remt
mercia M² deCroiſſy de ce
daje qu'il avoit dit au Roy , &
marqua une ſenſible joye de
t ce qu'on étoit content d'eux.
400 L dit , Que tout ce qu'il avoient
rap fait , n'estoit que pourse conformer
plat aux ordres du Royleur Maistre
trer qu'ils avoient táché deſuivre en
plus exactement qu'il leur
Jede avoit esté poſſible ; qu'il les avoirs
mt a fur tout chargez de se gouverner
de maniere, qu'il puiffent estre a
و ر
grew
pi tout le
Sindi gréables au Roy , qu'ils y met24
Suite du Voyage
toient toute leur application, qu'ils
voudroient avoir le bonheur de
plaire jusqu'au moindre François,
&qu'ils s'y attacheroient avec
tant de ſoin fi les Coutumes de
France leur estoient mieux connuës
, qu'ils se tiendroient feur
d'y réüffir. Mr de Croiſſy leur
dit enſuite , Que le plusgrand
plaisir que le Roy de Siam pust
faire à Sa Majesté , es la plus
grande marque d'amitié qu'ilpuſt
luy donner , c'estoit nonſeulement
de proteger les Miſſionaires François
qui estoient enſes Estats,mais
auſſi les siamois qui se feroient
Catholiques. L'Ambaſſadeur
répondit , Que leRoyfonMai-
Stre
des Amb. de Siam,
25
-d
stre avoit déja fait tout ce que le
da Roy Souhaitoit de luy là-deſſus ;
ith & il en prit à témoin M'l'Abbé
de Lionne , qui ſervoit
d'Interprete en cette Converſation.
Il ajoûta , Qu'il ne
fem doutoit point que l'amitié des deux
cut Rois eftant augmentée par toutes
and les preuves que ces deux Souvepu
rains s'estoient données d'uneforte
pla &fincere eftime , elle nefist augmenter
auffi la protection que le
met Roy fon Maistre donnoit aux
rah Mißionnaires & aux Catholimai
ques qui estoient dans ſes Estats.
with Cette Converfation , qui fue
Hew publique , attira des applaus
Mar diffemens de tous ceux qui
C
26 Snite du Voyage
l'entendirent , & chacun ſe
récria ſur le diſcours que fit
Mr de Croiſſy en faveurde la
Religion. Mais ce Miniſtre
ayant là - deffus l'efprit du
Roy , dont il ſeconde les intontions
en toutes chofes ,
eſtoit animé d'un zele trop
fincere & trop ardent pour
oublier rien de ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Il finit
endiſant aux Ambaffadeurs,
Que ce jour- là eftant un jour de
divertißement pour eux, puis qu'il
devoient aller à l'Opera , il ne
vouloit pas pouffer plus loin la
Conversation , de crainte de reculer
leurs plaisirs. Ils l'accompades
Amb. de Siam.
27
gnerent juſqu'au bas du degré
avec tous les Mandarins
de leur fuire.
Les Ambaſſadeurs ayant
rendu viſite à Mede Croiſſy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
dans ſon Hoſtel à Paris , ce
Miniſtre leur rendit cette
viſite le 24. Septembre , à
'Hoſtel des Ambaſladeurs
Extraordinaires , où ils font
A
togez . Si toſt qu'il fut entré
desAmb. de Siam . z
rs
er
dans la court , fix Mandarins
deſcendirent pour le receue
voir à la deſcente de ſon Caerroffe
, & les Ambaſſadeurs.
l'attendirent au haut du de-
& gré. Ils paſſerent enſuite dans.
bu la Chambre de parade , fous
le Dais de laquelle il y avoit
ur quatre Fauteüils préparez ;
ant ſçavoir un à la droite ,& les
Ty, trois autres vis à vis de ce
at, Fauteüil. M. de Croiſſy ſe
ce mit dans le premier , & les
ette Ambaſſadeurs ſe placerent
, dans les autres. Ce Miniftre
eus leur dit qu'il n'avoit pasen-
Con core eu le temps de s'acquiter de
La visite qui leur de voir qu'ik AAN
২
Biij
22
t
Suite duVoyage
mé
avoit rendu compte à Sa Majesté
de la Lettre que leRoyde Siam
luy avoit fait l'honneur de luy
écrire , & qu'il l'avoit trouvée
diſpoſee à entretenir l'alliance qui
eſtoit entre les deux Rois ,
me à la fortifier ; que SaMajeſté
avoit souvent ouy parler de
leur esprit , &qu'elle avoit reconnu
qu'ils en avoient beaucoup
parles choses qu'on luy avoit rapportées
cequi luy avoitfaitplaifir;
qu'au refte. Elle estoit tres-
Satisfaite de leur conduitte ,puis
qu'ils n'avoient fait aucune dé
marche depuis qu'ils estoient en
France, qui ne luy eust esté agréa
ble. L'Ambaſſadeur répondit
des Amb. de Siam.
23
favec la maniere honneſte &
am fpirituelle , qui luy a attiré
( Teſtime de tous ceux qui ont
cudes affaires avec luy , ou
qu occaſion de luy parler. Il remt
mercia M² deCroiſſy de ce
daje qu'il avoit dit au Roy , &
marqua une ſenſible joye de
t ce qu'on étoit content d'eux.
400 L dit , Que tout ce qu'il avoient
rap fait , n'estoit que pourse conformer
plat aux ordres du Royleur Maistre
trer qu'ils avoient táché deſuivre en
plus exactement qu'il leur
Jede avoit esté poſſible ; qu'il les avoirs
mt a fur tout chargez de se gouverner
de maniere, qu'il puiffent estre a
و ر
grew
pi tout le
Sindi gréables au Roy , qu'ils y met24
Suite du Voyage
toient toute leur application, qu'ils
voudroient avoir le bonheur de
plaire jusqu'au moindre François,
&qu'ils s'y attacheroient avec
tant de ſoin fi les Coutumes de
France leur estoient mieux connuës
, qu'ils se tiendroient feur
d'y réüffir. Mr de Croiſſy leur
dit enſuite , Que le plusgrand
plaisir que le Roy de Siam pust
faire à Sa Majesté , es la plus
grande marque d'amitié qu'ilpuſt
luy donner , c'estoit nonſeulement
de proteger les Miſſionaires François
qui estoient enſes Estats,mais
auſſi les siamois qui se feroient
Catholiques. L'Ambaſſadeur
répondit , Que leRoyfonMai-
Stre
des Amb. de Siam,
25
-d
stre avoit déja fait tout ce que le
da Roy Souhaitoit de luy là-deſſus ;
ith & il en prit à témoin M'l'Abbé
de Lionne , qui ſervoit
d'Interprete en cette Converſation.
Il ajoûta , Qu'il ne
fem doutoit point que l'amitié des deux
cut Rois eftant augmentée par toutes
and les preuves que ces deux Souvepu
rains s'estoient données d'uneforte
pla &fincere eftime , elle nefist augmenter
auffi la protection que le
met Roy fon Maistre donnoit aux
rah Mißionnaires & aux Catholimai
ques qui estoient dans ſes Estats.
with Cette Converfation , qui fue
Hew publique , attira des applaus
Mar diffemens de tous ceux qui
C
26 Snite du Voyage
l'entendirent , & chacun ſe
récria ſur le diſcours que fit
Mr de Croiſſy en faveurde la
Religion. Mais ce Miniſtre
ayant là - deffus l'efprit du
Roy , dont il ſeconde les intontions
en toutes chofes ,
eſtoit animé d'un zele trop
fincere & trop ardent pour
oublier rien de ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Il finit
endiſant aux Ambaffadeurs,
Que ce jour- là eftant un jour de
divertißement pour eux, puis qu'il
devoient aller à l'Opera , il ne
vouloit pas pouffer plus loin la
Conversation , de crainte de reculer
leurs plaisirs. Ils l'accompades
Amb. de Siam.
27
gnerent juſqu'au bas du degré
avec tous les Mandarins
de leur fuire.
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Résumé : Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Le texte décrit une visite diplomatique entre les ambassadeurs de Siam et M. de Croissy, Ministre et Secrétaire d'État, à Paris. Le 24 septembre, M. de Croissy se rendit à l'hôtel des ambassadeurs. À son arrivée, des mandarins descendirent pour l'accueillir, et les ambassadeurs l'attendirent en haut des marches. Ils se dirigèrent ensuite vers la chambre de parade, où quatre fauteuils étaient préparés. M. de Croissy s'assit dans le premier fauteuil, et les ambassadeurs se placèrent dans les autres. M. de Croissy expliqua qu'il n'avait pas encore eu le temps de rendre compte au roi de France de la lettre du roi de Siam, mais que Sa Majesté était disposée à entretenir et renforcer l'alliance entre les deux royaumes. Il exprima également sa satisfaction quant à la conduite des ambassadeurs depuis leur arrivée en France. L'ambassadeur de Siam répondit avec honneur et esprit, remerciant M. de Croissy et exprimant sa joie de voir que leur conduite était appréciée. Il souligna que leurs actions étaient conformes aux ordres du roi de Siam et qu'ils cherchaient à plaire au roi de France et à tous les Français. M. de Croissy mentionna que la plus grande marque d'amitié que le roi de Siam pouvait offrir au roi de France était de protéger les missionnaires français et les Siamois catholiques dans ses États. L'ambassadeur de Siam assura que le roi de Siam avait déjà pris des mesures en ce sens et que l'amitié entre les deux rois se renforcerait par la protection des missionnaires et des catholiques. La conversation, qui fut publique, reçut des applaudissements pour le discours de M. de Croissy en faveur de la religion. Ce dernier conclut en souhaitant aux ambassadeurs de profiter de leur journée de divertissement à l'opéra, mettant ainsi fin à la conversation.
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30
p. 205-208
Parterre du Nort, & ses figures de Marbre. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs allerent ensuite au Parterre du Nord, qui est [...]
Mots clefs :
Parterre du nord, Figures, Ambassadeurs, Parterre, Allée, Eau, Tritons, Admirer, Fer à cheval, Étienne Le Hongre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parterre du Nort, & ses figures de Marbre. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs allerent
enfuite au Parterre du Nord,
qui eſt au bout de l'Allée
d'eau , où ils trouverent encore
deux Baffins qui font un
peu au - delà de celuy de lå
Pyramide. On y voit des Tritons
& des Sirenes qui ſoûtiennent
de riches Couronnes
, & il en fort beaucoup
de jets d'eau. Ils admirerent
encore dans ce lieu , deux
Vaſes d'environ cinq pieds
de haut , avec leurs couvercles
, autour deſquels il y a
des Bas- reliefs qui reprefentent
des Nymphes , des Tritons
, des Enfans & des Tefdes
Amb. de Siam.
199
or
tes de Belier , dont les cornes
fervent d'anſe. Ces.Va-
Ak ſes ont eſté faits par Mr Girardon.
Les Ambaſſadeurs viatt
rent enſuite les Figures de
marbre , qui font le long des
I paliſſades du Parterre du
Nord , & celles qui font en
remontant juſques à l'endroit
co) appelé le Fer àcheval , quireet
garde l'Allée Royale, qui fait
des faces au Château. Entre ces
pad Figures font les 4. Saifons, les
4. Parties du monde , les 4
Ages, les quatre Poëmes, les 4
ele Parties du four & de la Nuit,
In & les 4. Elemens. Toutes ces
1 Figures ont eſté faites fur les
Rij
200 Suite du Voyage
deſſeins de Mr le Brun. Ils
admirerent la Figure de l'Air,
faite par Mele Hongre , qui
eſt du nombre de ces 24. &
qui eſt beaucoup eſtimée
pour la delicateſſe du travail,
&pour la correction du deffein.
enfuite au Parterre du Nord,
qui eſt au bout de l'Allée
d'eau , où ils trouverent encore
deux Baffins qui font un
peu au - delà de celuy de lå
Pyramide. On y voit des Tritons
& des Sirenes qui ſoûtiennent
de riches Couronnes
, & il en fort beaucoup
de jets d'eau. Ils admirerent
encore dans ce lieu , deux
Vaſes d'environ cinq pieds
de haut , avec leurs couvercles
, autour deſquels il y a
des Bas- reliefs qui reprefentent
des Nymphes , des Tritons
, des Enfans & des Tefdes
Amb. de Siam.
199
or
tes de Belier , dont les cornes
fervent d'anſe. Ces.Va-
Ak ſes ont eſté faits par Mr Girardon.
Les Ambaſſadeurs viatt
rent enſuite les Figures de
marbre , qui font le long des
I paliſſades du Parterre du
Nord , & celles qui font en
remontant juſques à l'endroit
co) appelé le Fer àcheval , quireet
garde l'Allée Royale, qui fait
des faces au Château. Entre ces
pad Figures font les 4. Saifons, les
4. Parties du monde , les 4
Ages, les quatre Poëmes, les 4
ele Parties du four & de la Nuit,
In & les 4. Elemens. Toutes ces
1 Figures ont eſté faites fur les
Rij
200 Suite du Voyage
deſſeins de Mr le Brun. Ils
admirerent la Figure de l'Air,
faite par Mele Hongre , qui
eſt du nombre de ces 24. &
qui eſt beaucoup eſtimée
pour la delicateſſe du travail,
&pour la correction du deffein.
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Résumé : Parterre du Nort, & ses figures de Marbre. [titre d'après la table]
Les Ambassadeurs visitèrent le Parterre du Nord, situé au bout de l'Allée d'eau, où ils découvrirent deux bassins appelés Baffins, au-delà du bassin de la Pyramide. Ces bassins étaient ornés de Tritons et de Sirènes soutenant des couronnes riches, avec de nombreux jets d'eau. Ils admirèrent également deux vases hauts de cinq pieds, réalisés par Monsieur Girardon, avec des couvercles et des bas-reliefs représentant des Nymphes, des Tritons, des Enfants et des Têtes de Bélier. Ensuite, ils observèrent les figures de marbre alignées le long des palissades du Parterre du Nord et jusqu'au Fer à cheval, qui garde l'Allée Royale face au Château. Parmi ces figures se trouvaient les quatre Saisons, les quatre Parties du monde, les quatre Âges, les quatre Poèmes, les quatre Parties du jour et de la nuit, et les quatre Éléments, toutes conçues d'après les dessins de Monsieur Le Brun. Ils apprécièrent particulièrement la Figure de l'Air, réalisée par Mele Hongre, pour la délicatesse de son travail et la correction de son dessin.
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31
p. 327-343
Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Début :
Pendant le sejour qu'ils ont fait à Versailles, ils ont [...]
Mots clefs :
Audiences, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Audience, Ordres, Plaisir, Flandres, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant le ſejour qu'ils ont
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant leur séjour à Versailles, les ambassadeurs du Siam ont rencontré à plusieurs reprises le marquis de Seignelay, qui les a également reçus à Clagny. Des audiences cérémonielles et des entretiens ont été organisés pour discuter des affaires. Les ambassadeurs ont exprimé leur gratitude envers Seignelay pour ses bons offices et les ordres donnés en leur faveur. Seignelay a assuré les ambassadeurs qu'il avait agi selon les ordres du roi de France pour veiller à leur bien-être. Les ambassadeurs ont loué l'intendant Decluzeaux à Brest et Monsieur Torf, ainsi que la prudence et la disposition favorable de Seignelay, qui renforcerait l'amitié entre les deux rois. Seignelay a répondu que l'amitié entre les rois s'accroîtrait, car le roi de France se plairait toujours à faire ce qui serait agréable au roi de Siam. Il a mentionné son intervention en leur faveur pour suivre les ordres du roi et par considération pour le roi de Siam. Les ambassadeurs ont marqué leur extrême reconnaissance et ont remercié Seignelay pour la bonne réception des mandarins deux ans auparavant. Une collation magnifique a été servie, à laquelle ont participé Madame la Princesse d'Espinoy et plusieurs duchesses. Lors d'une visite de Seignelay chez les ambassadeurs, ils ont discuté d'affaires en privé après avoir renvoyé leur entourage et les curieux. Les ambassadeurs ont ensuite rendu visite à Seignelay, qui les a informés qu'il n'aurait pas été présent sans l'ordre du roi. Ils ont discuté de la magnificence de Versailles, l'ambassadeur soulignant que seules les beautés dispersées dans l'Orient ne pouvaient égaler celles de Versailles. Seignelay a expliqué que Versailles était le plus bel endroit d'Europe et que son règne avait porté la magnificence à un niveau sans précédent, tout en menant une guerre glorieuse contre plusieurs puissances européennes. Seignelay a également parlé du voyage des ambassadeurs pour voir les conquêtes du roi, réduit à la Flandre pour éviter les fatigues d'une saison difficile. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir toutes les conquêtes, malgré les froids auxquels ils n'étaient pas habitués. Seignelay leur a conseillé de prendre des précautions contre le froid. Le texte mentionne également des détails sur le voyage des ambassadeurs à Versailles, leurs activités à Paris, et les réceptions qu'ils ont reçues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 343-348
Harangue des Ambassadeurs au Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Compliment fut precedé d'un prélude fort court, dans [...]
Mots clefs :
Harangue, Ambassadeurs, Premier ambassadeur, Roi, Joie, Troupes, Roi de Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue des Ambassadeurs au Roy, [titre d'après la table]
Le Compliment fut precedé
d'un prélude fort court ,
dans lequel le premier Ambaſſadeur
( ſuivant l'uſage de
fon Païs ) demanda au Roy la
permiſſion de parler. Il commença
enſuite ſon Difcours ,
328 Suite du Voyages
&dit, Qu'ilsse prefentoient avec
d'autant plus de joye devant St
Majesté,qu' Elle en estoit Elle-mefme
comblée par la naiſſance de
Monseigneur le Duc de Berry.
Aprés cela , fon Difcours roula
fur ce que le Roy de Siam
eſtoit pleinement informé de
lagrandeur du Roy , dont il
fit une vive peinture. Il parla
des Places conquiſes par Sa
Majesté , de fes grands Travaux
dont Elle tiroit une gloire
ſi folide , & fi univerſellement
reconnuë ; & s'étendit
fur ces articles, auffi- bien que
fur le nombre & la beauté
des Troupes de ce Monarque,
des Amb. de Siam. 329
dont il loüa le Gouvernement
, en faiſant connoiſtre
qu'une ſi grande ſageſſe ne
ſe rencontroit pas toûjours
avec un ſi grand pouvoir. Il
parla enſuite des grandes qualitez
de l'Ame du Roy , du
merite des Seigneurs de ſa
Cour , de l'intelligence & de
l'eſprit de ſes miniſtres , qu'il
avoit rendus capables d'executer
ſes ordres , & à qui rien.
de ce qu'il leur commandoit
n'eſtoit impoſſible. Enfin
aprés avoir fait voir que le
Roy s'eſt acquis le nom de
Grand par fon propre merite,
par la poſſeſſion d'un Royau330
Suite du Voyage
1
me floriſſant , par le nombre
de ſes Victoires & de ſes Conquêres,
par celuy des Seigneurs
qui compoſent ſa Cour , &
dont la valeur eſt ſi connuë ,
par des Troupes toûjours victorieuſes
& toujours preftes
à vaincre, & par des Miniftres
vigilans , zelez & habiles ; il
conclut de toutes ces chofes ,
que le Roy de Siam avoit une
ſenſible joye d'apprendre la
fincere amitié qu'avoit pour
luy un monarque fi veritablement
Grand, &par luy-même,
& par tout ce qui peut marquer
la Grandeur humaine. Il
ajoûta, Que pour ce qui regardoit
des Amb, de Siam. 331
leurs Personnes , celles des
Mandarins qui les accompagnoient
ils avonoient à Sa Majesté qu'ils
avoient d'abord reffinty quelque
triſteſſe de quitter leur Patrie pour
entreprendre unfi long Voyage,parce
qu'ils ne ſont pas accoûtumez à
ces fortes de Navigations ; mais
qu'ayant l'avantage de voir de
leurs propres yeux l'éclat qui environnoit
Sa Majesté , & de reconnoiſtre
eux- mêmes que tout ce que
la Renommée publioit deſes Grandeurs
& de ses Qualitez heroïques,
estoit encore au dessous de la
verité , ce bonheur diffipoit toute
leur triſteſſe , & qu'ils goûtoient
une paix & une joye außi entiere ;
332 Suite du Voyage
que s'ils estoient auprés du Roy
leur Maître à recevoir les témoignages
lesplus touchans deſa bonté.
Ils marquerent enſuite que
le Roy de Siam avoit moins
cherché à faire de riches Preſens
auRoy , qu'à luy en faire
d'agreables , & qu'il avoit
ſeulement envoyé des choſes
qui ſe trouvoient dans les
Indes. Aprés quoy ils finirent
, en suppliant tres-humblement
Sa Maiefté de les prendre
Sous sa Royale protection tout le
temps qu'ils auroient l'honneur
de demeurer dans ſon Royaume.
d'un prélude fort court ,
dans lequel le premier Ambaſſadeur
( ſuivant l'uſage de
fon Païs ) demanda au Roy la
permiſſion de parler. Il commença
enſuite ſon Difcours ,
328 Suite du Voyages
&dit, Qu'ilsse prefentoient avec
d'autant plus de joye devant St
Majesté,qu' Elle en estoit Elle-mefme
comblée par la naiſſance de
Monseigneur le Duc de Berry.
Aprés cela , fon Difcours roula
fur ce que le Roy de Siam
eſtoit pleinement informé de
lagrandeur du Roy , dont il
fit une vive peinture. Il parla
des Places conquiſes par Sa
Majesté , de fes grands Travaux
dont Elle tiroit une gloire
ſi folide , & fi univerſellement
reconnuë ; & s'étendit
fur ces articles, auffi- bien que
fur le nombre & la beauté
des Troupes de ce Monarque,
des Amb. de Siam. 329
dont il loüa le Gouvernement
, en faiſant connoiſtre
qu'une ſi grande ſageſſe ne
ſe rencontroit pas toûjours
avec un ſi grand pouvoir. Il
parla enſuite des grandes qualitez
de l'Ame du Roy , du
merite des Seigneurs de ſa
Cour , de l'intelligence & de
l'eſprit de ſes miniſtres , qu'il
avoit rendus capables d'executer
ſes ordres , & à qui rien.
de ce qu'il leur commandoit
n'eſtoit impoſſible. Enfin
aprés avoir fait voir que le
Roy s'eſt acquis le nom de
Grand par fon propre merite,
par la poſſeſſion d'un Royau330
Suite du Voyage
1
me floriſſant , par le nombre
de ſes Victoires & de ſes Conquêres,
par celuy des Seigneurs
qui compoſent ſa Cour , &
dont la valeur eſt ſi connuë ,
par des Troupes toûjours victorieuſes
& toujours preftes
à vaincre, & par des Miniftres
vigilans , zelez & habiles ; il
conclut de toutes ces chofes ,
que le Roy de Siam avoit une
ſenſible joye d'apprendre la
fincere amitié qu'avoit pour
luy un monarque fi veritablement
Grand, &par luy-même,
& par tout ce qui peut marquer
la Grandeur humaine. Il
ajoûta, Que pour ce qui regardoit
des Amb, de Siam. 331
leurs Personnes , celles des
Mandarins qui les accompagnoient
ils avonoient à Sa Majesté qu'ils
avoient d'abord reffinty quelque
triſteſſe de quitter leur Patrie pour
entreprendre unfi long Voyage,parce
qu'ils ne ſont pas accoûtumez à
ces fortes de Navigations ; mais
qu'ayant l'avantage de voir de
leurs propres yeux l'éclat qui environnoit
Sa Majesté , & de reconnoiſtre
eux- mêmes que tout ce que
la Renommée publioit deſes Grandeurs
& de ses Qualitez heroïques,
estoit encore au dessous de la
verité , ce bonheur diffipoit toute
leur triſteſſe , & qu'ils goûtoient
une paix & une joye außi entiere ;
332 Suite du Voyage
que s'ils estoient auprés du Roy
leur Maître à recevoir les témoignages
lesplus touchans deſa bonté.
Ils marquerent enſuite que
le Roy de Siam avoit moins
cherché à faire de riches Preſens
auRoy , qu'à luy en faire
d'agreables , & qu'il avoit
ſeulement envoyé des choſes
qui ſe trouvoient dans les
Indes. Aprés quoy ils finirent
, en suppliant tres-humblement
Sa Maiefté de les prendre
Sous sa Royale protection tout le
temps qu'ils auroient l'honneur
de demeurer dans ſon Royaume.
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Résumé : Harangue des Ambassadeurs au Roy, [titre d'après la table]
Un ambassadeur de Siam prononce un discours devant un roi, débutant par une demande de permission de parler et une expression de joie pour la naissance du Duc de Berry. Il vante ensuite la grandeur du roi, mentionnant ses conquêtes, ses travaux glorieux et ses troupes. L'ambassadeur loue également le gouvernement du roi de Siam, soulignant sa sagesse et son pouvoir. Il met en avant les qualités du roi, la valeur de sa cour, l'intelligence de ses ministres et la vaillance de ses troupes. L'ambassadeur conclut en exprimant la joie du roi de Siam d'apprendre l'amitié sincère du roi. Les ambassadeurs avouent initialement une tristesse de quitter leur patrie, mais cette tristesse est dissipée par la grandeur et les qualités héroïques du roi. Ils précisent que les présents offerts au roi sont choisis pour leur agrément plutôt que pour leur richesse et demandent la protection royale pour la durée de leur séjour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
La troisiéme Partie du Voyage des Ambassadeurs de Siam en [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Description, Roi, Voyage, Siam, Public, Esprit, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AU LECTEUR
.
L
A troisième Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France vient d'eftre donnée au Public
avec ce Volume . Elle a pour
Fitre , Troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France, contenant la fuite de la
Defcription de Verfailles , celle
des Chevaux qui font dans les
deux Ecuries du Roy , ce qui
s'eft paffe dans les Vifites qui
leur ont efté rendues , les experiences
de la pefanteur de l'Air
faites devant eux, la Defcription
de la Galerie de Sceaux , & les
á ij
AU LECTEUR .
Receptions avec les Harangues
'qu'on leur a faites dans plufieurs
Villes de Flandres. Versailles
s'eftant trouvé décrit avec beaucoup
d'exactitude dans leVolume qui
précedé celuy- cy , & le Public ayant
fouhaité que ce qui manquoit à cette
Defcription , fe trouvaft dans cette
troifiéme Partie avec la mefme regularité
, on a fatisfait à fon em
preffement. On a mefme fait plus,
puis qu'en décrivant les Ecuries ,
qui font l'étonnement de tous ceux
qui les voyent, & particulierement
des Eirangers , on a fait voir ce
qu'elles contiennent de Chevaux , de
quels pays ils viennent , & à quels
ufages ils font employez Il y a
long- temps qu'on afpiroit aprés une
Relation entiere de Versailles , mais
te grand nombre de chofes qu'il y
AU LECTEUR.
avoit à décrire étonnoit ; cependant
en voila une que ceux qui auront
les deux Volumes qui en parlent ,
pourront fe vanter d'avoir entiere.
On peut dire que c'est aux Ambaffadeurs
de Siam à qui le Public
doit cet Ouvrage , puis que la ma-.
niere curicufe avec laquelle ils regardent,
mefurent toutes chofes,&
les éclairciffemens qu'ils demandent,
ont fait que l'on a appris ce qu'il
auroit efte dificile de fçavoir , à
caufe du grand nombre de differentes
perfonnes qui peuvent donner
ces explications. On ne dit rien des
autres chofes curieufes que cette
mefme Partie contient , mais feulement
que les Ambaffadeurs n'ont
jamais fait voir tant d'efprit que
dans le Voyage de Flandres , qu'on
* trouvera décrit. On fçait déja
AU LECTEUR .
que les Mots qu'ils ont donnez , lors
que les Gouverneurs & les Majors.
des Places font venus prendre Lor
dre d'eux , ont efté admirez de toute
la Cour , qui a voulu les fçavoir 3,
mais s'ils ont efte trouvez fi beaux
fans eftre accompagnez des raifons
qui les ont obligez à les donner , &
qu'on trouvera dans la Defcription,
de leur Voyrge , que ne doivent- ils
point paroiftre alors à ceux qui examineront
avec quelle justeffe , &
quelle prudence ils les ont donnez !
On croit avoir efté aſſez bien informé
de ce qu'ils ont dit , pour n'avoir
rien oublié de tout ce qui cft
digne d'eftre remarqué , & l'on a pris
ce foin , parce que la plupart de
ces chofes tombent fur le Roy, &
que les louanges de cette nature font
moins fufpectes , qus celles que le
AU LECTEUR .
avec
zele d'un Sujet fait donner. On
voit outre cela dans cette Relation
plufieurs Harangues qui ont efté
faites aux Ambassadeurs
leurs réponſes , & une Defcription
hiftorique de toutes les Villes où ils
ontpaffe On avertit que
Pon trouvera
dans ce Volume une Eftampe qui
reprefente le Trofne du Roy, de lamanere
qu'il eftoit le jour que les Ambaffadeurs
curent leur premiere Audience
de Sa Majesté . On en voit
beaucoup d'autres qui n'approchent
en aucune chofe de la verité ; au
lieu que celle- cy a efté deſſinée d'aprés
le Trofne mefme. Il y a plus
ony voit les rangs de tous les Princes
, & de tous les Grands Officiers
qui estoient aux coftez & derriere le
Roy , ainfi que ceux des Ambaffa
deurs , & des perfonnes qui les ac
RADORKM
AU LECTEUR.
compagnoient ; & comme la confu
fion empefcheroit de les diftinguer
s'ily avoit tant de Figures dans une
Planche , & mefme que l'explica
tion qui marque la raison de la pluf
·part de ces rangs n'y pourroit entrer,
on s'eft fervy d'un Alphabet ,
& de plufieurs chiffres , pour donner
une parfaite intelligence de toutes
ces choſes.
.
L
A troisième Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France vient d'eftre donnée au Public
avec ce Volume . Elle a pour
Fitre , Troifiéme Partie du Voyage
des Ambaffadeurs de Siam en
France, contenant la fuite de la
Defcription de Verfailles , celle
des Chevaux qui font dans les
deux Ecuries du Roy , ce qui
s'eft paffe dans les Vifites qui
leur ont efté rendues , les experiences
de la pefanteur de l'Air
faites devant eux, la Defcription
de la Galerie de Sceaux , & les
á ij
AU LECTEUR .
Receptions avec les Harangues
'qu'on leur a faites dans plufieurs
Villes de Flandres. Versailles
s'eftant trouvé décrit avec beaucoup
d'exactitude dans leVolume qui
précedé celuy- cy , & le Public ayant
fouhaité que ce qui manquoit à cette
Defcription , fe trouvaft dans cette
troifiéme Partie avec la mefme regularité
, on a fatisfait à fon em
preffement. On a mefme fait plus,
puis qu'en décrivant les Ecuries ,
qui font l'étonnement de tous ceux
qui les voyent, & particulierement
des Eirangers , on a fait voir ce
qu'elles contiennent de Chevaux , de
quels pays ils viennent , & à quels
ufages ils font employez Il y a
long- temps qu'on afpiroit aprés une
Relation entiere de Versailles , mais
te grand nombre de chofes qu'il y
AU LECTEUR.
avoit à décrire étonnoit ; cependant
en voila une que ceux qui auront
les deux Volumes qui en parlent ,
pourront fe vanter d'avoir entiere.
On peut dire que c'est aux Ambaffadeurs
de Siam à qui le Public
doit cet Ouvrage , puis que la ma-.
niere curicufe avec laquelle ils regardent,
mefurent toutes chofes,&
les éclairciffemens qu'ils demandent,
ont fait que l'on a appris ce qu'il
auroit efte dificile de fçavoir , à
caufe du grand nombre de differentes
perfonnes qui peuvent donner
ces explications. On ne dit rien des
autres chofes curieufes que cette
mefme Partie contient , mais feulement
que les Ambaffadeurs n'ont
jamais fait voir tant d'efprit que
dans le Voyage de Flandres , qu'on
* trouvera décrit. On fçait déja
AU LECTEUR .
que les Mots qu'ils ont donnez , lors
que les Gouverneurs & les Majors.
des Places font venus prendre Lor
dre d'eux , ont efté admirez de toute
la Cour , qui a voulu les fçavoir 3,
mais s'ils ont efte trouvez fi beaux
fans eftre accompagnez des raifons
qui les ont obligez à les donner , &
qu'on trouvera dans la Defcription,
de leur Voyrge , que ne doivent- ils
point paroiftre alors à ceux qui examineront
avec quelle justeffe , &
quelle prudence ils les ont donnez !
On croit avoir efté aſſez bien informé
de ce qu'ils ont dit , pour n'avoir
rien oublié de tout ce qui cft
digne d'eftre remarqué , & l'on a pris
ce foin , parce que la plupart de
ces chofes tombent fur le Roy, &
que les louanges de cette nature font
moins fufpectes , qus celles que le
AU LECTEUR .
avec
zele d'un Sujet fait donner. On
voit outre cela dans cette Relation
plufieurs Harangues qui ont efté
faites aux Ambassadeurs
leurs réponſes , & une Defcription
hiftorique de toutes les Villes où ils
ontpaffe On avertit que
Pon trouvera
dans ce Volume une Eftampe qui
reprefente le Trofne du Roy, de lamanere
qu'il eftoit le jour que les Ambaffadeurs
curent leur premiere Audience
de Sa Majesté . On en voit
beaucoup d'autres qui n'approchent
en aucune chofe de la verité ; au
lieu que celle- cy a efté deſſinée d'aprés
le Trofne mefme. Il y a plus
ony voit les rangs de tous les Princes
, & de tous les Grands Officiers
qui estoient aux coftez & derriere le
Roy , ainfi que ceux des Ambaffa
deurs , & des perfonnes qui les ac
RADORKM
AU LECTEUR.
compagnoient ; & comme la confu
fion empefcheroit de les diftinguer
s'ily avoit tant de Figures dans une
Planche , & mefme que l'explica
tion qui marque la raison de la pluf
·part de ces rangs n'y pourroit entrer,
on s'eft fervy d'un Alphabet ,
& de plufieurs chiffres , pour donner
une parfaite intelligence de toutes
ces choſes.
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Résumé : AU LECTEUR.
Le texte décrit la troisième partie du récit du voyage des ambassadeurs de Siam en France. Il inclut une description détaillée de Versailles, des écuries royales et des chevaux qu'elles abritent. Les ambassadeurs ont également assisté à diverses expériences scientifiques. La galerie de Sceaux et les réceptions avec des harangues dans plusieurs villes de Flandres sont également mentionnées. En réponse au souhait du public, la description de Versailles a été complétée avec précision. La curiosité et les questions des ambassadeurs ont permis de recueillir des informations détaillées sur divers sujets. Leur voyage en Flandres est souligné pour leur esprit et leur prudence. Le volume contient des harangues, des réponses des ambassadeurs, et des descriptions historiques des villes visitées. Une estampe représente le trône du roi lors de la première audience des ambassadeurs, accompagnée d'une explication des rangs des princes et des grands officiers présents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 1-4
PRELUDE. [titre d'après la table]
Début :
Vous devez estre persuadée, Madame, que puis que je vous [...]
Mots clefs :
Matière, Ambassadeurs, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRELUDE. [titre d'après la table]
Ous devez eſtre perfuadée
, Madame ,
que puis que je vous
écris juſques à trois fois ſur
la meſme matiere , je ſuis
A
2 III. P. duVoyage
pleinement convaincu, que
non ſeulement mes Lettres
vous ont eſté agreables , mais
qu'elles ont eu auſſi l'avantage
de plaire à ceux qui les ont
leuës aprés vous. Il eſt vray
qu'elles ſeroient imparfaites,
&qu'elles ne paſſeroient que
pour des Fragmens , ſi je n'a
chevois pas le Journal dont
vous avez vû les deux premie.
res Parties . Je vais continüer
par les choſes qui me reſtent
à vous dire deVerſailles,aprés
quoy je vous marqueray ce
que les Ambaſſadeurs ont
fait à Paris juſques au jour
des Amb. de Siam. 3
qu'ils en font partis pour aller
en Flandre vifiter lesConqueſtes
de Sa Majesté , & je
finiray par une Relation de
tout ce Voyage Ainſi vous
voyez quettout fera nouveau
dans ma Lettre,& que la matiere
qui regarde les deux
precedentes n'y ſera point
rebatuë .
Tout ce que je vous ay
dit dans ma derniere que les
Ambaſſadeurs avoient veu à
Verſailles, leur avoit marqué
la grandeur du Roy d'une
manière qui les avoit extrémement
étonnez , quoy qu'il
A ij
4 III.P.du Voyage
paruſt qu'ils ſe fuſſent attendus
à voir tout ce qu'on ſe
peut imaginer de ſurprenant.
, Madame ,
que puis que je vous
écris juſques à trois fois ſur
la meſme matiere , je ſuis
A
2 III. P. duVoyage
pleinement convaincu, que
non ſeulement mes Lettres
vous ont eſté agreables , mais
qu'elles ont eu auſſi l'avantage
de plaire à ceux qui les ont
leuës aprés vous. Il eſt vray
qu'elles ſeroient imparfaites,
&qu'elles ne paſſeroient que
pour des Fragmens , ſi je n'a
chevois pas le Journal dont
vous avez vû les deux premie.
res Parties . Je vais continüer
par les choſes qui me reſtent
à vous dire deVerſailles,aprés
quoy je vous marqueray ce
que les Ambaſſadeurs ont
fait à Paris juſques au jour
des Amb. de Siam. 3
qu'ils en font partis pour aller
en Flandre vifiter lesConqueſtes
de Sa Majesté , & je
finiray par une Relation de
tout ce Voyage Ainſi vous
voyez quettout fera nouveau
dans ma Lettre,& que la matiere
qui regarde les deux
precedentes n'y ſera point
rebatuë .
Tout ce que je vous ay
dit dans ma derniere que les
Ambaſſadeurs avoient veu à
Verſailles, leur avoit marqué
la grandeur du Roy d'une
manière qui les avoit extrémement
étonnez , quoy qu'il
A ij
4 III.P.du Voyage
paruſt qu'ils ſe fuſſent attendus
à voir tout ce qu'on ſe
peut imaginer de ſurprenant.
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Résumé : PRELUDE. [titre d'après la table]
L'auteur écrit à une destinataire de haut rang pour confirmer la réception et l'appréciation de ses lettres précédentes. Il souligne que ses lettres seraient incomplètes sans le journal qu'elle a déjà consulté. Il prévoit de continuer en décrivant les événements à Versailles, les activités des ambassadeurs à Paris jusqu'au jour des ambassadeurs de Siam, leur départ pour la Flandre, et une relation complète de tout le voyage. L'auteur assure que sa lettre contiendra des informations nouvelles et ne répétera pas les matières des lettres précédentes. Il rappelle également que les ambassadeurs ont été extrêmement étonnés par la grandeur du roi lors de leur visite à Versailles, bien qu'ils se soient attendus à voir des choses surprenantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 32-36
Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Mots clefs :
Chevaux, Ambassadeurs, Poil, Jacques-Louis de Beringhen, Roi, Rang, Perle, Rubans, Tête, Chevaux de carrosse, Petite écurie
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texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs ont eſté
voir ces Ecuries. Ils entrerent
dans la Petite par la grille, &
furent receus à la porte de
l'Ecurie par Male Marquis de
Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, receu en ſurvivance.
Il eſtoit ſuivy de M. de Ca
des Amb. de Siam.
3.3
banac , & de deux autres Efcuyers
, du Gouverneur des
Pages , avec la plus grande
partie de cette Nobleffe , le
reſte eſtant au rendez-vous
de Chaſſe de Monſeigneur
Il y avoit auſſi beaucoup de
Valets- de- pied , & un nombre
preſque infiny de perſonnes
de Livrée , quoyqu'il
en fuſt demeuré plufieurs
dans tous les rangs .
Aprés que les Ambaſſadeurs
& M de Beringhen ſe furent
ſaluez , & que les complimens
de civilité eurent eſté
faits , on entra dans le dou
34 III. P. du Voyage
ble rang, où l'on fit voir d'abord
aux Ambaſſadeurs cinq
Attelages à dix Chcvaux, entre
leſquels ils remarquerent,
Ceux d'Eſpagne , de poil
noir.
Les Brandebourgs , de poil
bay, qui viennent de la Pruffe
Ducale,&dont M l'Electeur
de Brandebourg fit prefent
au Roy il y a environ cinq
ans .
Les gris de perle , qui font
de trés-nobles Chevaux, fortis
du haras du Comte d'Oldembourg.
Les Tygres , qui viennent
des Amb de Siam. 35
du coſté de Pologne.
Les feüilles-mortes, qui font
d'un poil trés - rare & tresbeaux
, & qui viennent du
meſme pays que les gris de
perle.
Les Ambaſſadeurs n'admirerent
pas ſeulement la fierté
de tous ces Chevaux , mais
encore la beauté & la diver
ſité de leur poil. Ils pafferent
de là au rang des Montures
de Monſeigneur , où ils virent
un fort grand nombre
de trés-beaux Chevaux, tant
de France , que d'Angleterre.
Ils eftoient tous en bridons
36 III . P. du Voyage
blancs, avec des rubans couleur
de feu à la teſte , ainſi
que les Chevaux de carroſſe,
qu'ils avoient déja vûs , &
dont les queuës eſtoient pareillement
garnies de rubans.
Ceux qu'ils virent aprés cela
en avoient auſſi , j'entens les
Chevaux de carroſſe, les autres
n'en ayant qu'à la teſte.
voir ces Ecuries. Ils entrerent
dans la Petite par la grille, &
furent receus à la porte de
l'Ecurie par Male Marquis de
Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, receu en ſurvivance.
Il eſtoit ſuivy de M. de Ca
des Amb. de Siam.
3.3
banac , & de deux autres Efcuyers
, du Gouverneur des
Pages , avec la plus grande
partie de cette Nobleffe , le
reſte eſtant au rendez-vous
de Chaſſe de Monſeigneur
Il y avoit auſſi beaucoup de
Valets- de- pied , & un nombre
preſque infiny de perſonnes
de Livrée , quoyqu'il
en fuſt demeuré plufieurs
dans tous les rangs .
Aprés que les Ambaſſadeurs
& M de Beringhen ſe furent
ſaluez , & que les complimens
de civilité eurent eſté
faits , on entra dans le dou
34 III. P. du Voyage
ble rang, où l'on fit voir d'abord
aux Ambaſſadeurs cinq
Attelages à dix Chcvaux, entre
leſquels ils remarquerent,
Ceux d'Eſpagne , de poil
noir.
Les Brandebourgs , de poil
bay, qui viennent de la Pruffe
Ducale,&dont M l'Electeur
de Brandebourg fit prefent
au Roy il y a environ cinq
ans .
Les gris de perle , qui font
de trés-nobles Chevaux, fortis
du haras du Comte d'Oldembourg.
Les Tygres , qui viennent
des Amb de Siam. 35
du coſté de Pologne.
Les feüilles-mortes, qui font
d'un poil trés - rare & tresbeaux
, & qui viennent du
meſme pays que les gris de
perle.
Les Ambaſſadeurs n'admirerent
pas ſeulement la fierté
de tous ces Chevaux , mais
encore la beauté & la diver
ſité de leur poil. Ils pafferent
de là au rang des Montures
de Monſeigneur , où ils virent
un fort grand nombre
de trés-beaux Chevaux, tant
de France , que d'Angleterre.
Ils eftoient tous en bridons
36 III . P. du Voyage
blancs, avec des rubans couleur
de feu à la teſte , ainſi
que les Chevaux de carroſſe,
qu'ils avoient déja vûs , &
dont les queuës eſtoient pareillement
garnies de rubans.
Ceux qu'ils virent aprés cela
en avoient auſſi , j'entens les
Chevaux de carroſſe, les autres
n'en ayant qu'à la teſte.
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Résumé : Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Les Ambassadeurs de Siam visitèrent les écuries royales, accueillis par le Marquis de Beringhen, Premier Écuyer du Roi, et d'autres Écuyers ainsi que la noblesse. La visite fut marquée par la présence de nombreux valets et personnes en livrée. Après les salutations, les Ambassadeurs admirèrent cinq attelages de dix chevaux chacun, incluant des chevaux d'Espagne, des Brandebourgs de Prusse, des gris de perle du Comte d'Oldembourg, des Tygres de Pologne et des feuilles-mortes du même Comte. Ils notèrent la fierté, la beauté et la diversité des chevaux. Ensuite, ils furent conduits au rang des montures de Monseigneur, où ils virent des chevaux français et anglais ornés de bridons blancs et de rubans rouges, ainsi que des chevaux de carrosse garnis de rubans aux queues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 48-58
Les Ambassadeurs sont receus à la Grande Ecurie par Mr le Comte de Brionne, avec le détail de tout ce qui regarde cette Ecurie, & les Chevaux qu'on y voit, & qu'on fit monter devant les Ambassadeurs, & tout ce qui s'est fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le même jour à la grande Ecurie. Mr le [...]
Mots clefs :
Grande écurie, Henri de Lorraine, Comte de Brionne, Chevaux, Pages, Ambassadeurs, Écuyers, Livrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs sont receus à la Grande Ecurie par Mr le Comte de Brionne, avec le détail de tout ce qui regarde cette Ecurie, & les Chevaux qu'on y voit, & qu'on fit monter devant les Ambassadeurs, & tout ce qui s'est fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Ils allerent le même jour
à la grande Ecurie. Mle
Comte de Brionne , receu en
furvivance de la Charge de
Grand Ecuyer , que poffede
Me le Comte d'Armagnanc
fon pere, les y reçut. Il eſtoit
accompagné de ſes Ecuyers,
Sousdes
Amb. de Siam. 49
Sous-Ecuyers , Gouverneurs,
des Pages, de pluſieurs autres
Officiers , de so à 60 Pages&
Valets de pieds ; d'un trésgrand
nombre d'autres gens
de Livrée , ſervant aux Carroffes
& aux Chevaux , &
d'autres qui ont diverſes
fonctions dans les Ecuries.
Ils furent d'autant plus furpris
de voir tant de perſonnes
vêtues de Livrée, qu'-
ils en venoient de voir à la
petite Ecurie , un nombre
qui leur avoit paru infiny.
Cependant ils auroient eſté
moins étonnez , s'ils avoient
E
50 III. P. du Voyage
ſçû que plufieurs Voyageurs
ont remarqué &même fait
imprimer dans les Livres de
Voyage qu'ils ont donnez au
Public, qu'il y a peu de Souverains
en Europe , meſme
parmy les plus puiſſans, dont
laMaiſon ſoit composée d'autant
d'Officiers que le Roy
de France a ſeulement de perfonnes
de Livrée à fon fervice.
Les Ambaſſadeurs remarquerent
d'abord la be auté
du Bâtiment, dont ils s'entre
tinrent avec Mr le Comte
deBrionne. Ils firent le tour
des Ecuries , & virent plus de
:
des Amb. de Siam. 51
deux cens Chevaux de Manege,
attachez aux rateliers avec
des bridons à l'Angloiſe . Ces
Chevaux avoient des rubans
comme ceux de la petite Ecu
rie . Parmy ce nombre il y en
avoit beaucoup des Haras du
Roy d'Eſpagne, d'autres d'Italie
, & des Barbes de different
poil , des plus beaux
qu'il y ait au monde , que Sa
Majesté entretient, tant pour
ſa perſonne dans le temps de
Guerre, que pour faire aprendre
à ſes Pages à monter à
Cheval. Ils virent enſuite
cent trés - beaux Coureurs
E ij
52 III . P. du Voyage
Anglois, que leRoy entretient
pour la Chaſſe ; aprés quoy
M le Comte de Brionne
voulut leur donner le plaifir
de faire monter devant eux
quelques Chevaux de Manege.
Comme ce plaiſir devoit
durer longtemps,on fit affeoir
les Ambaſſadeurs. M du Plef
fis , Ecuyer du Roy , qui eſt
un des plus habiles dont on
ait encore ouy parler ; & M
Denos dont la reputation eſt
auffi beaucoup connue, firent
feller enyiron quarante Chevaux
avec de trés- riches Seltes
. Ils en firent monter cinq
des Amb. de Siam. 53
ou fix par des Pages, qui hors
de la prefence de leursMaîtres
auroient pû paſſfer eux-mefmes
pour de grands Maiſtres .
Les Ambaſſadeurs furent furpris
de voir des Chevaux qui
ſemblét n'avoir d'autrevolonté
que celle d'obeir au Cavalier
qui les monte , & de
plaire à ceux devant qui ils
paroiffent. M du Queſmy &
M Marbeuf, Pages du Roy,
y firent remarquer leur adrefſe
; le premier, ſur un Cheval
de galopade , qui ſembloit
n'eſtre fait que pour le
plaiſir & la feureté del'hom-
E iij
54 III. P. du Voyage
me ; & l'autre ſur un desplus
rudes Sauteurs qui ſe voyent.
Ce dernier par ſes fauts redoublez
, & d'une hauteur prodigieuſe
, ne ſurprit pas feulement
l'attente des Ambaſſadeurs,
mais fit paroiftre prefque
impoffible l'art de fe pouvoir
tenir deſſus , & celuy de
l'avoir pû mettre à un air fi
relevé ; de forte que leur êtonnemét
euſt preſque fait croire
qu'ils penſoient que les hõmes
eſtoient colez aux Chevaux.
Enfin ils plaignirent fort ceux
qui montoient les Sauteurs.
Mª de la Chenaye fils d'un
des Amb. de Siam. 55
des Gouverneurs des Pages
du Roy , & Ecolier de Monſieur
du Pleſſis , fit voir par
deux Chevaux de galopade &
de volte qu'il monta ; que ce
n'eſt pas fans raiſon qu'on
donne tant de loüanges à ſa
juſteſſe & à ſa bonne grace,
& qu'il eſt digne Ecolier d'un
fi grandMaiſtre
Les Ambaſſadeurs furent fi
fatisfaits de ce qu'ils virent ,
qu'ils témoignerent qu'ils auroient
beaucoup de joye fi avant
leur départ , ils pouvoient jouïr
encore une fois du mesme plaisir,
dirent à M's les Ecuyers
Eiiij
56 III. P. du Voyage
qu'ils avoient de bons Diſciples,
& qu'on nese pouvoit mieux
divertir qu'ils venoient de faire.
Ils finirent par lesCoureurs
que commande M. de Boifeuil,
ce qui les ſurprit aprés
la quantité deChevaux qu'ils
avoient déja vûs.
On leur montra auſſi la
Sellerie ; je ne vous en dis
rien , parceque je viens de
vous en décrire deux. Vous
pouvez par là vous reprefenter
cette derniere ; elle eft
au Roy , & toutes les chofes
qui appartiennent à ceMonarque
ſont également belles,
des Amb. de Siam. 57
c'est-à-dire ſelon leur nature.
Je ne vous dis rien non plus
des Infirmeries des Chevaux,
que les Ambaſſadeurs virent.
J'adjoûteray feulement qu'eftant
entrez dans la grande
Ecurie ſur les quatre heures
aprés midy, ils n'en fortirent
qu'à la nuit , dans un temps
que les jours eſtoient encore
affez longs. Ils eftoient ravis
de voir l'adreſſe des hommes,
la docilité des Chevaux les
plus fiers ; & par deffus tout
cela ils eftoient charmez des
honnêtetez de Mle Comte
de Brionne , à qui en fortant
58 III . P. du Voyage
ils firent mille honnêtetez &
mille remercimens .
à la grande Ecurie. Mle
Comte de Brionne , receu en
furvivance de la Charge de
Grand Ecuyer , que poffede
Me le Comte d'Armagnanc
fon pere, les y reçut. Il eſtoit
accompagné de ſes Ecuyers,
Sousdes
Amb. de Siam. 49
Sous-Ecuyers , Gouverneurs,
des Pages, de pluſieurs autres
Officiers , de so à 60 Pages&
Valets de pieds ; d'un trésgrand
nombre d'autres gens
de Livrée , ſervant aux Carroffes
& aux Chevaux , &
d'autres qui ont diverſes
fonctions dans les Ecuries.
Ils furent d'autant plus furpris
de voir tant de perſonnes
vêtues de Livrée, qu'-
ils en venoient de voir à la
petite Ecurie , un nombre
qui leur avoit paru infiny.
Cependant ils auroient eſté
moins étonnez , s'ils avoient
E
50 III. P. du Voyage
ſçû que plufieurs Voyageurs
ont remarqué &même fait
imprimer dans les Livres de
Voyage qu'ils ont donnez au
Public, qu'il y a peu de Souverains
en Europe , meſme
parmy les plus puiſſans, dont
laMaiſon ſoit composée d'autant
d'Officiers que le Roy
de France a ſeulement de perfonnes
de Livrée à fon fervice.
Les Ambaſſadeurs remarquerent
d'abord la be auté
du Bâtiment, dont ils s'entre
tinrent avec Mr le Comte
deBrionne. Ils firent le tour
des Ecuries , & virent plus de
:
des Amb. de Siam. 51
deux cens Chevaux de Manege,
attachez aux rateliers avec
des bridons à l'Angloiſe . Ces
Chevaux avoient des rubans
comme ceux de la petite Ecu
rie . Parmy ce nombre il y en
avoit beaucoup des Haras du
Roy d'Eſpagne, d'autres d'Italie
, & des Barbes de different
poil , des plus beaux
qu'il y ait au monde , que Sa
Majesté entretient, tant pour
ſa perſonne dans le temps de
Guerre, que pour faire aprendre
à ſes Pages à monter à
Cheval. Ils virent enſuite
cent trés - beaux Coureurs
E ij
52 III . P. du Voyage
Anglois, que leRoy entretient
pour la Chaſſe ; aprés quoy
M le Comte de Brionne
voulut leur donner le plaifir
de faire monter devant eux
quelques Chevaux de Manege.
Comme ce plaiſir devoit
durer longtemps,on fit affeoir
les Ambaſſadeurs. M du Plef
fis , Ecuyer du Roy , qui eſt
un des plus habiles dont on
ait encore ouy parler ; & M
Denos dont la reputation eſt
auffi beaucoup connue, firent
feller enyiron quarante Chevaux
avec de trés- riches Seltes
. Ils en firent monter cinq
des Amb. de Siam. 53
ou fix par des Pages, qui hors
de la prefence de leursMaîtres
auroient pû paſſfer eux-mefmes
pour de grands Maiſtres .
Les Ambaſſadeurs furent furpris
de voir des Chevaux qui
ſemblét n'avoir d'autrevolonté
que celle d'obeir au Cavalier
qui les monte , & de
plaire à ceux devant qui ils
paroiffent. M du Queſmy &
M Marbeuf, Pages du Roy,
y firent remarquer leur adrefſe
; le premier, ſur un Cheval
de galopade , qui ſembloit
n'eſtre fait que pour le
plaiſir & la feureté del'hom-
E iij
54 III. P. du Voyage
me ; & l'autre ſur un desplus
rudes Sauteurs qui ſe voyent.
Ce dernier par ſes fauts redoublez
, & d'une hauteur prodigieuſe
, ne ſurprit pas feulement
l'attente des Ambaſſadeurs,
mais fit paroiftre prefque
impoffible l'art de fe pouvoir
tenir deſſus , & celuy de
l'avoir pû mettre à un air fi
relevé ; de forte que leur êtonnemét
euſt preſque fait croire
qu'ils penſoient que les hõmes
eſtoient colez aux Chevaux.
Enfin ils plaignirent fort ceux
qui montoient les Sauteurs.
Mª de la Chenaye fils d'un
des Amb. de Siam. 55
des Gouverneurs des Pages
du Roy , & Ecolier de Monſieur
du Pleſſis , fit voir par
deux Chevaux de galopade &
de volte qu'il monta ; que ce
n'eſt pas fans raiſon qu'on
donne tant de loüanges à ſa
juſteſſe & à ſa bonne grace,
& qu'il eſt digne Ecolier d'un
fi grandMaiſtre
Les Ambaſſadeurs furent fi
fatisfaits de ce qu'ils virent ,
qu'ils témoignerent qu'ils auroient
beaucoup de joye fi avant
leur départ , ils pouvoient jouïr
encore une fois du mesme plaisir,
dirent à M's les Ecuyers
Eiiij
56 III. P. du Voyage
qu'ils avoient de bons Diſciples,
& qu'on nese pouvoit mieux
divertir qu'ils venoient de faire.
Ils finirent par lesCoureurs
que commande M. de Boifeuil,
ce qui les ſurprit aprés
la quantité deChevaux qu'ils
avoient déja vûs.
On leur montra auſſi la
Sellerie ; je ne vous en dis
rien , parceque je viens de
vous en décrire deux. Vous
pouvez par là vous reprefenter
cette derniere ; elle eft
au Roy , & toutes les chofes
qui appartiennent à ceMonarque
ſont également belles,
des Amb. de Siam. 57
c'est-à-dire ſelon leur nature.
Je ne vous dis rien non plus
des Infirmeries des Chevaux,
que les Ambaſſadeurs virent.
J'adjoûteray feulement qu'eftant
entrez dans la grande
Ecurie ſur les quatre heures
aprés midy, ils n'en fortirent
qu'à la nuit , dans un temps
que les jours eſtoient encore
affez longs. Ils eftoient ravis
de voir l'adreſſe des hommes,
la docilité des Chevaux les
plus fiers ; & par deffus tout
cela ils eftoient charmez des
honnêtetez de Mle Comte
de Brionne , à qui en fortant
58 III . P. du Voyage
ils firent mille honnêtetez &
mille remercimens .
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Résumé : Les Ambassadeurs sont receus à la Grande Ecurie par Mr le Comte de Brionne, avec le détail de tout ce qui regarde cette Ecurie, & les Chevaux qu'on y voit, & qu'on fit monter devant les Ambassadeurs, & tout ce qui s'est fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs du Siam se rendirent à la grande Ecurie, où ils furent accueillis par le comte de Brionne, Grand Ecuyer, entouré de nombreux officiers, pages, valets et autres personnes en livrée. Ils furent impressionnés par le grand nombre de personnes en livrée, ayant déjà observé un nombre important à la petite Ecurie. Ils admirèrent la beauté du bâtiment et visitèrent les écuries, où ils découvrirent plus de deux cents chevaux de manège, provenant notamment des haras du roi d'Espagne, d'Italie et des Barbes. Ils remarquèrent également cent beaux coureurs anglais destinés à la chasse. Le comte de Brionne leur offrit une démonstration de dressage avec des chevaux montés par des écuyers habiles et des pages. Les ambassadeurs furent impressionnés par la docilité des chevaux et l'adresse des cavaliers, en particulier les pages du roi. Ils exprimèrent leur satisfaction et leur désir de revivre cette expérience avant leur départ. Ils admirèrent également la sellerie et les infirmeries des chevaux. Ils quittèrent la grande Ecurie à la nuit, après avoir passé l'après-midi à admirer l'adresse des hommes et la docilité des chevaux, tout en étant charmés par les honnêtetés du comte de Brionne.
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36
37
p. 64-68
Audience donnée aux Ambassadeurs par Madame la Princesse de Carignan. [titre d'après la table]
Début :
Comme ils avoient esté aux Audiances des Princes & Princesses [...]
Mots clefs :
Audience, Ambassadeurs, Princes, Princesses, Louise-Christine de Savoie-Carignan, Écuyer, Gentilshommes, Mesdemoiselles de Soissons
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texteReconnaissance textuelle : Audience donnée aux Ambassadeurs par Madame la Princesse de Carignan. [titre d'après la table]
Comme ils avoient eſté
aux Audiances des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
le rang que leur donne la
naiſlance , ils n'avoient encore
pû aller chez Madame
laPrinceſſe deCarignan, pardes
Amb . de Siam. 65
ceque ce n'eſtoit qu'à leur ſecond
Voyage de Verſailles
qu'ils avoient eu Audiance de
Madame la Dauphine & des
autres Princes & Princeſſes ,
dont je vous ay parlé. Ils allerent
chez Madame de Carignan
avec leurs Bonnets de
Ceremonie, qui font les marques
de leur dignité. Mª de
Bonneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs, & M Girault
les y conduiſirent. Ils furent
receus à la deſcente de leur
Carroſſe par l'Ecuyer de cette
Princeffe,accompagné de pluſieurs
Gentilhommes, & aprés
F
66 III . P. du Voyage
les complimens qui ſe font
ordinairementdepart&d'autre,
en de pareilles occafions,
ceux qui les avoient receus
monterent avec eux. On leur
fit traverſer pluſieurs Salles
remplies de monde , & ils
trouverent à la porte de la
chambre de Madame de Carignan
Meſdamoiſelles de
Soiffons qui les receurent &
les conduiſirent juſqu'à la
ruelle du Lit de cette Princeſſe.
Les Ambaſſadeurs aprés
les trois reverences qu'ils ont
accoûtumé de faire , & dont
je vous ay ſouvent parlé, s'é
des Amb. de Siam. 67
tant affis vis-à-vis de Madame
de Carignan , qui estoit
fur fon Lit , le premier Ambaſſadeur
luy fit un compliment
dans lequel il marqua
l'ordre qu'il avoit de voir tous
les Princes & Princeſſes de fon
rang , & le plaisir qu'il avoit à
l'executer. Cette Princeffe
ayant répondu à ce compli
ment , leur parla de la longueur
de leur Voyage , & de
quelques endroits de Paris, &
aprés une converſation d'un
demy quart-d'heure , ils fortirent
, & furent encore accompagnez
juſques hors la
Fij
68 III. P. duVoyage
porte de la chambre , par
Meſdemoiselles de Soiffons ;
en cet endroit les Ambaſladeurs
leur firent un compliment
pour les remercier. Elles
rentrerent , & les Ambaſſadeurs
pourſuivirent leur chemin
, toûjours accompagnez
de l'Ecuyer& des Gentilhommes
qui les avoient reçûs , &
qui les reconduifirent juſqu'à
leur Carroffe, où les Ambaſſadeurs
les remercierent.
aux Audiances des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
le rang que leur donne la
naiſlance , ils n'avoient encore
pû aller chez Madame
laPrinceſſe deCarignan, pardes
Amb . de Siam. 65
ceque ce n'eſtoit qu'à leur ſecond
Voyage de Verſailles
qu'ils avoient eu Audiance de
Madame la Dauphine & des
autres Princes & Princeſſes ,
dont je vous ay parlé. Ils allerent
chez Madame de Carignan
avec leurs Bonnets de
Ceremonie, qui font les marques
de leur dignité. Mª de
Bonneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs, & M Girault
les y conduiſirent. Ils furent
receus à la deſcente de leur
Carroſſe par l'Ecuyer de cette
Princeffe,accompagné de pluſieurs
Gentilhommes, & aprés
F
66 III . P. du Voyage
les complimens qui ſe font
ordinairementdepart&d'autre,
en de pareilles occafions,
ceux qui les avoient receus
monterent avec eux. On leur
fit traverſer pluſieurs Salles
remplies de monde , & ils
trouverent à la porte de la
chambre de Madame de Carignan
Meſdamoiſelles de
Soiffons qui les receurent &
les conduiſirent juſqu'à la
ruelle du Lit de cette Princeſſe.
Les Ambaſſadeurs aprés
les trois reverences qu'ils ont
accoûtumé de faire , & dont
je vous ay ſouvent parlé, s'é
des Amb. de Siam. 67
tant affis vis-à-vis de Madame
de Carignan , qui estoit
fur fon Lit , le premier Ambaſſadeur
luy fit un compliment
dans lequel il marqua
l'ordre qu'il avoit de voir tous
les Princes & Princeſſes de fon
rang , & le plaisir qu'il avoit à
l'executer. Cette Princeffe
ayant répondu à ce compli
ment , leur parla de la longueur
de leur Voyage , & de
quelques endroits de Paris, &
aprés une converſation d'un
demy quart-d'heure , ils fortirent
, & furent encore accompagnez
juſques hors la
Fij
68 III. P. duVoyage
porte de la chambre , par
Meſdemoiselles de Soiffons ;
en cet endroit les Ambaſladeurs
leur firent un compliment
pour les remercier. Elles
rentrerent , & les Ambaſſadeurs
pourſuivirent leur chemin
, toûjours accompagnez
de l'Ecuyer& des Gentilhommes
qui les avoient reçûs , &
qui les reconduifirent juſqu'à
leur Carroffe, où les Ambaſſadeurs
les remercierent.
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Résumé : Audience donnée aux Ambassadeurs par Madame la Princesse de Carignan. [titre d'après la table]
Lors de leur second voyage à Versailles, les ambassadeurs de Siam furent reçus par Madame la Princesse de Carignan. Ils portaient leurs bonnets de cérémonie et furent introduits par Madame de Bonneuil et Monsieur Girault. À leur arrivée, ils furent accueillis par l'écuyer de la princesse et plusieurs gentilshommes. Après les compliments d'usage, ils traversèrent des salles remplies de monde, guidés par Mesdemoiselles de Soiffons, jusqu'à la ruelle du lit de la princesse. Ils effectuèrent les trois révérences habituelles et s'assirent face à la princesse. Le premier ambassadeur lui adressa un compliment, exprimant l'ordre qu'il avait de rencontrer les princes et princesses de son rang. La princesse répondit en parlant de la longueur de leur voyage et de certains endroits de Paris. Après une conversation d'un demi-quart d'heure, les ambassadeurs prirent congé et furent reconduits jusqu'à la porte de la chambre par Mesdemoiselles de Soiffons. Ils remercièrent ces demoiselles avant de poursuivre leur chemin, accompagnés par l'écuyer et les gentilshommes, jusqu'à leur carrosse.
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38
p. 88-92
Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Début :
Lorsque les Ambassadeurs allerent la premiere fois à Sceaux, ils [...]
Mots clefs :
Galerie de Sceaux, Ambassadeurs, Sceaux, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Portes, Décoration, Tableaux, Mansard, Charles Le Brun
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Lorſque les Ambaſſadeurs
allerent la premiere fois à
Sceaux, ils virent une Galerie
que M de Seignelay faifoit
bâtir dans ſon Jardin , &
qui n'eſtoit pas encore achevée.
Elle leur parut ſi belle
qu'ils témoignerent grande
envie de la revoir , quand le
bâtiment feroit finy. Il ſe
trouva fait , lors qu'ils étoient
fur le point de partir pour
:
des Amb. de Siam. 89
Flandre , de forte que la faifon
eftant encore belle , ils
allerent à Sceaux avant leur
départ. Voicy en quoy confifte
cette Galerie. C'eſt un
grand Bâtiment en aifle iſolés
ſeparé du Château en entrant
à main-gauche. Il a de lon
gueur 44. toiſes ſur s. dans
oeuvre & 6. ſous clef. Il eſt
flanqué au dehors par trois
avant- corps à chaque grande
face , au milieu deſquelles
font trois portes ceintrées.
Ces avant-corps font ornez
de frontons triangulaires , &
aux deux bouts il y a de pay
H
4
90 111 P. du Voyage
reilles portes de dix pieds &
demy de largeur , fur envi
ron le double de leur hauteur.
La face qui regarde le
Midy a dix grandes croiſées,
outre ces trois portes. La décoration
exterieure eſt de pierre
de refand, lecomble de cette
Galerie eſt brifé ; la decoration
du dedans eſt un lambris
de Quadres qui renfer
ment des Tableaux&des panneaux
de glaces . La voute en
ance de pannier , eft portée
par une corniche ornée de
Iculpture ; cette Galerie eft
pavée the marbre noir &
des Amb. de Siam. 91
blanc , & du deſſein de Mr
Manfard ; c'eſt un des plus
beaux ,&des plus vaſtes morceaux
d'Architecture qu'il
foit poſſible de voir. Les
Ambaſſadeurs s'y promenerent
long-temps , & quoy
quelle ne fuſtpas encore toutà-
fait meublée , ils ne laiſſerent
pas d'y remarquer de
tres belles chofes , ils recon
murent des Tableaux , dont
ils avoient veu de pareils à
Fontainebleau , ainſi que plufieurs
ouvrages deM le Brun.
M de Seignelay eſtoit alors
àFontainebleau , & perſonne
Hij
92 III. P. du Voyage
n'avoit eſté averty à Sceaux
que les Ambaſſadeurs y dufſent
aller ; cependant on les
y reçût tres-bien , & l'on fit
joüer toutes les eaux , aufquelles
ils prirent beaucoup
de plaifir , quoy qu'ils les
euſſent déja veuës.
allerent la premiere fois à
Sceaux, ils virent une Galerie
que M de Seignelay faifoit
bâtir dans ſon Jardin , &
qui n'eſtoit pas encore achevée.
Elle leur parut ſi belle
qu'ils témoignerent grande
envie de la revoir , quand le
bâtiment feroit finy. Il ſe
trouva fait , lors qu'ils étoient
fur le point de partir pour
:
des Amb. de Siam. 89
Flandre , de forte que la faifon
eftant encore belle , ils
allerent à Sceaux avant leur
départ. Voicy en quoy confifte
cette Galerie. C'eſt un
grand Bâtiment en aifle iſolés
ſeparé du Château en entrant
à main-gauche. Il a de lon
gueur 44. toiſes ſur s. dans
oeuvre & 6. ſous clef. Il eſt
flanqué au dehors par trois
avant- corps à chaque grande
face , au milieu deſquelles
font trois portes ceintrées.
Ces avant-corps font ornez
de frontons triangulaires , &
aux deux bouts il y a de pay
H
4
90 111 P. du Voyage
reilles portes de dix pieds &
demy de largeur , fur envi
ron le double de leur hauteur.
La face qui regarde le
Midy a dix grandes croiſées,
outre ces trois portes. La décoration
exterieure eſt de pierre
de refand, lecomble de cette
Galerie eſt brifé ; la decoration
du dedans eſt un lambris
de Quadres qui renfer
ment des Tableaux&des panneaux
de glaces . La voute en
ance de pannier , eft portée
par une corniche ornée de
Iculpture ; cette Galerie eft
pavée the marbre noir &
des Amb. de Siam. 91
blanc , & du deſſein de Mr
Manfard ; c'eſt un des plus
beaux ,&des plus vaſtes morceaux
d'Architecture qu'il
foit poſſible de voir. Les
Ambaſſadeurs s'y promenerent
long-temps , & quoy
quelle ne fuſtpas encore toutà-
fait meublée , ils ne laiſſerent
pas d'y remarquer de
tres belles chofes , ils recon
murent des Tableaux , dont
ils avoient veu de pareils à
Fontainebleau , ainſi que plufieurs
ouvrages deM le Brun.
M de Seignelay eſtoit alors
àFontainebleau , & perſonne
Hij
92 III. P. du Voyage
n'avoit eſté averty à Sceaux
que les Ambaſſadeurs y dufſent
aller ; cependant on les
y reçût tres-bien , & l'on fit
joüer toutes les eaux , aufquelles
ils prirent beaucoup
de plaifir , quoy qu'ils les
euſſent déja veuës.
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Résumé : Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent Sceaux et découvrirent une galerie en construction dans le jardin de M. de Seignelay. Impressionnés, ils souhaitèrent la revoir une fois achevée. La galerie, terminée avant leur départ pour la Flandre, est un grand bâtiment isolé de 44 toises de longueur et 6 toises de hauteur. Elle possède trois avant-corps sur chaque grande face, ornés de frontons triangulaires et de portes cintrées. La façade sud comporte dix grandes croisées et trois portes. La décoration extérieure est en pierre de refend, tandis que l'intérieur est orné de lambris avec des tableaux et des panneaux de glaces. La voûte, en anse de panier, est portée par une corniche sculptée. Le sol est pavé de marbre noir et blanc, selon un design de Monsieur Mansart. Les ambassadeurs apprécièrent la galerie malgré son ameublement incomplet et remarquèrent de beaux tableaux, dont certains similaires à ceux de Fontainebleau et des œuvres de Le Brun. En l'absence de M. de Seignelay, ils furent bien accueillis et admirèrent les jeux d'eau du jardin.
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39
p. 97-104
Depart des Ambassadeurs pour Flandre, & ce qui se passe à Saint Denis. [titre d'après la table]
Début :
Ils partirent le Lundy 14. d'Octobre, & allerent disner à S. [...]
Mots clefs :
Flandre, Saint-Denis, Roi, Abbaye, Corps, Bénédictins, Ouverture, Ambassadeurs, Tombeaux, Pierreries
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texteReconnaissance textuelle : Depart des Ambassadeurs pour Flandre, & ce qui se passe à Saint Denis. [titre d'après la table]
Ils partirent le Lundy 14. d'Otobre
,& allerent diſner à S.
Denis,Ville de l'Iſle de France
à deux lieuës de Paris . Vous
ſçavez qu'elle eſt tres-confiderable
par une Abbaye de
Benedictins , qui eſt le lieu de
la Sepulture de nos Rois. Il
y a pluſieurs autres Eglifes
dans laVille , Paroiffes&Monaſteres.
Le Roy Henry I. y
fit aſſembler un grand nom
bredePrelats en 1053. pour ſe
trouver à l'ouverture de la
Chaſſe de S. Denys , fur ce
I
98 III. P. du Voyage
qu'il s'eſtoir émeu quelque
temps auparavant une fameuſe
diſpure , entre les Religieux
de cette Abbaye , & ceux de
S. Himmeran de Ratisbonne.
Ces derniers avoient fait
courir le bruit qu'ils avoient
le Corps de S. Denys Arcopagire
, & qu'il leur avoit été
donné par le Roy Arnoul.
L'ouverture de la Chaffe du
Saint ayant eſté faite en prefence
de ces Prelats affemblez
, on y trouva fon Corps
tout entier , à la referve d'un
bras , que le Pape Estienne
III. avoit emporté à Rome!)
I
1
des Amb.de Siam. 99
Quoy que les Ambaſſadeurs
ne deuſſent s'arreſter à
S. Denis que pour y diſner ,
ils ne laifferent pas de voir le
Trefor & les Tombeaux de
ceux de nos Rois , dont les
Corps ſont dans l'Egliſe de
l'Abbaye. Je ne vous repete
point ce que c'eſt que leTrefor
; il y a peu de perſonnes
enFrance qui ne l'ayentveu,
&d'ailleurs on a fait imprimer
pluſieurs Livres , qui ne
font remplis que de ce qu'il
contient. Les Ambaſſadeurs
s'attacherent particulierement
à regarder les Pierreries. Ils
Fij
100 III . P. du Voyage
en examinerent pluſieurs ,&
mirent meſme de la lumiere
derriere quelques-unes , qui
eftoient enchaſſées de maniere
qu'elles pouvoient eſtre
veuës des deux coſtez , & ils
en trouverent une que la lumiere
ainſi miſe faiſoit paroiſtre
d'une autre couleur.
Il y a quantité de choſes dans
ce Treſor que nous ſommes
obligez de reverer , & que la
Religion nous rend precieufes
, mais comme elles ne devoient
pas les toucher , on
peut dire qu'ils en virent
quantité , auſquelles ils ne
des Amb. de Siam. 101
s'arrêterent pas. On remarqua
même qu'encore que le beau
travail , l'or & les pierreries ,
les attachaffent beaucoup , ils
font tellement frappez de
tout ce qui a du raport au
Roy , qu'ils regarderent avec
beaucoup plus d'attention ,
& de plaifir les Ornemens
Royaux qui ſont conſervez
dans le meſme lieu qui enferme
le Trefor. Les figures
qui ornent les Tombeaux des
Rois , leur parurent merveilleuſes.
Ils en trouverent les
Bas- reliefs fort beaux , mais
fur toutceux qui font autour
I iij
102 111. P. du Voyage
du Tombeau de François I.
où l'on voit pluſieurs Batailles.
Cet ouvrage qui a des
beautez pour toutes les perſonnes
qui le voyent , en a
beaucoup davantage pour
ceux qui ont une parfaite
connoiſſance des beaux Arts .
Ils confidererent attentivement
le Tombeau de feu
Mr de Turenne & quoy
qu'il leur parût par luy-même
tres-digne de leur curiofité,
ils en admirerent encore
moins la magnificence qu'ils
ne firent la reconnoiffance
du Roy qui paroiffoit avec
des Amb.de Siam. 103
tant d'éclat pour un illuftre
Sujet, dans ce monumentque
Sa Majefté avoit fait élever à
ſes dépens. Ils dirent , que ce
Monarque prenoit tant de plaifor
à faire du bien , & à bonorer
le vray merite , qu'il n'épar
gnoit rien pour faire vivre la
memoire de ceux qui n'avoient
point épargnéleursang pour luy,
que cette maniere d'agir excitant
l'ardeur de tous fes braves
Sujets , il eſtoit impoffible qu'il
ne fût toujours vainqueur. Ils
examinerent la hauteur , la
longueur , & la largeur de
l'Eglife , & fortirent apres
I iiij
104 III. P. duVoyage
avoir remercié les Peres Benedictins
qui avoient pris
ſoin de leur faire voir toutes
ces chofes
,& allerent diſner à S.
Denis,Ville de l'Iſle de France
à deux lieuës de Paris . Vous
ſçavez qu'elle eſt tres-confiderable
par une Abbaye de
Benedictins , qui eſt le lieu de
la Sepulture de nos Rois. Il
y a pluſieurs autres Eglifes
dans laVille , Paroiffes&Monaſteres.
Le Roy Henry I. y
fit aſſembler un grand nom
bredePrelats en 1053. pour ſe
trouver à l'ouverture de la
Chaſſe de S. Denys , fur ce
I
98 III. P. du Voyage
qu'il s'eſtoir émeu quelque
temps auparavant une fameuſe
diſpure , entre les Religieux
de cette Abbaye , & ceux de
S. Himmeran de Ratisbonne.
Ces derniers avoient fait
courir le bruit qu'ils avoient
le Corps de S. Denys Arcopagire
, & qu'il leur avoit été
donné par le Roy Arnoul.
L'ouverture de la Chaffe du
Saint ayant eſté faite en prefence
de ces Prelats affemblez
, on y trouva fon Corps
tout entier , à la referve d'un
bras , que le Pape Estienne
III. avoit emporté à Rome!)
I
1
des Amb.de Siam. 99
Quoy que les Ambaſſadeurs
ne deuſſent s'arreſter à
S. Denis que pour y diſner ,
ils ne laifferent pas de voir le
Trefor & les Tombeaux de
ceux de nos Rois , dont les
Corps ſont dans l'Egliſe de
l'Abbaye. Je ne vous repete
point ce que c'eſt que leTrefor
; il y a peu de perſonnes
enFrance qui ne l'ayentveu,
&d'ailleurs on a fait imprimer
pluſieurs Livres , qui ne
font remplis que de ce qu'il
contient. Les Ambaſſadeurs
s'attacherent particulierement
à regarder les Pierreries. Ils
Fij
100 III . P. du Voyage
en examinerent pluſieurs ,&
mirent meſme de la lumiere
derriere quelques-unes , qui
eftoient enchaſſées de maniere
qu'elles pouvoient eſtre
veuës des deux coſtez , & ils
en trouverent une que la lumiere
ainſi miſe faiſoit paroiſtre
d'une autre couleur.
Il y a quantité de choſes dans
ce Treſor que nous ſommes
obligez de reverer , & que la
Religion nous rend precieufes
, mais comme elles ne devoient
pas les toucher , on
peut dire qu'ils en virent
quantité , auſquelles ils ne
des Amb. de Siam. 101
s'arrêterent pas. On remarqua
même qu'encore que le beau
travail , l'or & les pierreries ,
les attachaffent beaucoup , ils
font tellement frappez de
tout ce qui a du raport au
Roy , qu'ils regarderent avec
beaucoup plus d'attention ,
& de plaifir les Ornemens
Royaux qui ſont conſervez
dans le meſme lieu qui enferme
le Trefor. Les figures
qui ornent les Tombeaux des
Rois , leur parurent merveilleuſes.
Ils en trouverent les
Bas- reliefs fort beaux , mais
fur toutceux qui font autour
I iij
102 111. P. du Voyage
du Tombeau de François I.
où l'on voit pluſieurs Batailles.
Cet ouvrage qui a des
beautez pour toutes les perſonnes
qui le voyent , en a
beaucoup davantage pour
ceux qui ont une parfaite
connoiſſance des beaux Arts .
Ils confidererent attentivement
le Tombeau de feu
Mr de Turenne & quoy
qu'il leur parût par luy-même
tres-digne de leur curiofité,
ils en admirerent encore
moins la magnificence qu'ils
ne firent la reconnoiffance
du Roy qui paroiffoit avec
des Amb.de Siam. 103
tant d'éclat pour un illuftre
Sujet, dans ce monumentque
Sa Majefté avoit fait élever à
ſes dépens. Ils dirent , que ce
Monarque prenoit tant de plaifor
à faire du bien , & à bonorer
le vray merite , qu'il n'épar
gnoit rien pour faire vivre la
memoire de ceux qui n'avoient
point épargnéleursang pour luy,
que cette maniere d'agir excitant
l'ardeur de tous fes braves
Sujets , il eſtoit impoffible qu'il
ne fût toujours vainqueur. Ils
examinerent la hauteur , la
longueur , & la largeur de
l'Eglife , & fortirent apres
I iiij
104 III. P. duVoyage
avoir remercié les Peres Benedictins
qui avoient pris
ſoin de leur faire voir toutes
ces chofes
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Résumé : Depart des Ambassadeurs pour Flandre, & ce qui se passe à Saint Denis. [titre d'après la table]
Le 14 octobre, des voyageurs se rendirent à Saint-Denis, ville de l'Île-de-France située à deux lieues de Paris. Saint-Denis est connue pour son abbaye bénédictine, lieu de sépulture des rois de France, ainsi que pour ses nombreuses églises, paroisses et monastères. En 1053, le roi Henri Ier y convoqua des prélats pour ouvrir la châsse de Saint Denis et résoudre une dispute entre les religieux de cette abbaye et ceux de Saint Emmeran de Ratisbonne concernant la possession du corps de Saint Denis. Lors de leur visite, les ambassadeurs du Siam, initialement prévus pour déjeuner, explorèrent le trésor et les tombeaux royaux de l'abbaye. Ils admirèrent les pierreries, les ornements royaux, les figures et les bas-reliefs des tombeaux, notamment celui de François Ier, représentant plusieurs batailles. Ils examinèrent aussi le tombeau du maréchal de Turenne, appréciant la reconnaissance royale manifestée par ce monument. Les ambassadeurs notèrent la grandeur de l'église et remercièrent les pères bénédictins pour leur accueil.
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40
p. 104-110
Ils couchent à Beaumont. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le mesme jour coucher à Beaumont. C'est [...]
Mots clefs :
Beaumont, Villes, Table, Comté, Ambassadeurs, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils couchent à Beaumont. [titre d'après la table]
Ils allerent le meſme
jour coucher à Beaumont.
C'eſt une ville dans l'Iſle de
France avec titre de Comté.
Sa ſituation eſt ſur le panchant
d'une Colline qui s'ézend
juſqu'au bord de la Riviere
d'Oyſe , qu'on y paſſe
fur un beau Pont. Au haut
de cette Colline eſt un Châ
teau ruïné. La Ville n'a de
remarquable qu'une belle ruë
& la Paroiffe avec Doyenné.
La Maiſon des anciens Com.
des Amb. de Siam. 105
tes de Beaumont ſur Oyſe , a
eſté autrefois fort renommée.
Ce Comté fût réüny à la
Couronne en 1371. par la mort
de Philippes Duc d'Orleans
qui ne laiſſa point de poſterité.
Il eſtoit Frere du Roy
Jean qui le luy avoit donné,&
qui l'avoit eu par Traité paffé
avecCharles II . dit le Mauvais
, petit Fils de Loüis de
France Comte d'Evreux , auquel
Philippe le Hardy fon
Pere l'avoit donné.
Comme j'ay beaucoup de
choſes à vous dire des Places
que le Roy a conquiſes , &
106 III . P. du Voyage
que le voyage des Ambaſſadeurs
en Flandre n'a eſté entrepris
que pour les voir , je
ne vous parleray que legere
ment des Villes où ils n'ont
eſté , que parce qu'il falloir
qu'ils ypaflaffent pour arriver
àcelles où la curioſité les at
tiroit. Beaumont eſt de co
nombre. Ainſi j'ajoûteray ſeu
lement à ce que je viens de
vous en dire , que lesAmbaft
fadeurs y furent haranguez
par Mis de Ville , qui leur fi
rentles Prefens de vin acсой-
tumez , les Preſens font tou
jours les mêmes dans toutes
des Amb. de Siam. 107
د
les Villes , & ne changent
point. On peut y augmenter
quelque choſe quand quelque
raifon particuliere engage
à cela
rés dans la ſuite , mais ces
Preſens n'eſtant jamais conſiderables
, chez les autres
Nations, nonplus qu'en Fran
ce , doivent moins eftre regardez
comme des prefens,
que comme des marques d'un
hommage qu'on rend à ceux
àqui on les offre , & c'eſt en
quoy ils meritent qu'on les
confidere. Je vous diray encore
avant que de pouffer
comme vous ver108
III. P. du Voyage
✓cette Relation plus loin , que
ſoit dans les Villes , foit dans
les Villages, la Table des Ambaſſadeurs
a toûjours eſté fervie
comme elle l'eſt à Paris ,
par le Maître d'Hôtel qui en
a le ſoin , & par les mêmes
Officiers, fans que la difficulté
de trouver à la Campagne
tout ce qu'on ſouhaite , &
mefme l'embaras d'une marche
continuelle , ayent ſervy
de pretexte pour la ſervir
avec moins de magnificence;
de forte que dans les Villes
où ces Ambaſſadeurs ont paf
fé , lors qu'ils ont eſté man-
:
des Amb. de Siam. 109
ger chez quelques Gouverneurs
ou autres Commandans
, ce n'a eſté que dans le
deſſein de leur faire honneur ,
puiſque leur table ayant eſté
ſervie par tout avec autant
d'abondance que de propreté
, on peut dire qu'ils ont
eux-meſmes tenu table dans
tous les lieux où ils ont pafſé
, & qu'on eſt venu beaucoup
plus ſouvent manger
chez eux , qu'ils n'ont efté
chez les Commandans des
lieux où ils ont fait quelque
ſejour. Ils étoient même toûjours
les premiers à prier
110 III . P. du Voyage
qu'on vinſt manger avec eux,
afin de faire honneur à la
Table de Sa Majefté.
jour coucher à Beaumont.
C'eſt une ville dans l'Iſle de
France avec titre de Comté.
Sa ſituation eſt ſur le panchant
d'une Colline qui s'ézend
juſqu'au bord de la Riviere
d'Oyſe , qu'on y paſſe
fur un beau Pont. Au haut
de cette Colline eſt un Châ
teau ruïné. La Ville n'a de
remarquable qu'une belle ruë
& la Paroiffe avec Doyenné.
La Maiſon des anciens Com.
des Amb. de Siam. 105
tes de Beaumont ſur Oyſe , a
eſté autrefois fort renommée.
Ce Comté fût réüny à la
Couronne en 1371. par la mort
de Philippes Duc d'Orleans
qui ne laiſſa point de poſterité.
Il eſtoit Frere du Roy
Jean qui le luy avoit donné,&
qui l'avoit eu par Traité paffé
avecCharles II . dit le Mauvais
, petit Fils de Loüis de
France Comte d'Evreux , auquel
Philippe le Hardy fon
Pere l'avoit donné.
Comme j'ay beaucoup de
choſes à vous dire des Places
que le Roy a conquiſes , &
106 III . P. du Voyage
que le voyage des Ambaſſadeurs
en Flandre n'a eſté entrepris
que pour les voir , je
ne vous parleray que legere
ment des Villes où ils n'ont
eſté , que parce qu'il falloir
qu'ils ypaflaffent pour arriver
àcelles où la curioſité les at
tiroit. Beaumont eſt de co
nombre. Ainſi j'ajoûteray ſeu
lement à ce que je viens de
vous en dire , que lesAmbaft
fadeurs y furent haranguez
par Mis de Ville , qui leur fi
rentles Prefens de vin acсой-
tumez , les Preſens font tou
jours les mêmes dans toutes
des Amb. de Siam. 107
د
les Villes , & ne changent
point. On peut y augmenter
quelque choſe quand quelque
raifon particuliere engage
à cela
rés dans la ſuite , mais ces
Preſens n'eſtant jamais conſiderables
, chez les autres
Nations, nonplus qu'en Fran
ce , doivent moins eftre regardez
comme des prefens,
que comme des marques d'un
hommage qu'on rend à ceux
àqui on les offre , & c'eſt en
quoy ils meritent qu'on les
confidere. Je vous diray encore
avant que de pouffer
comme vous ver108
III. P. du Voyage
✓cette Relation plus loin , que
ſoit dans les Villes , foit dans
les Villages, la Table des Ambaſſadeurs
a toûjours eſté fervie
comme elle l'eſt à Paris ,
par le Maître d'Hôtel qui en
a le ſoin , & par les mêmes
Officiers, fans que la difficulté
de trouver à la Campagne
tout ce qu'on ſouhaite , &
mefme l'embaras d'une marche
continuelle , ayent ſervy
de pretexte pour la ſervir
avec moins de magnificence;
de forte que dans les Villes
où ces Ambaſſadeurs ont paf
fé , lors qu'ils ont eſté man-
:
des Amb. de Siam. 109
ger chez quelques Gouverneurs
ou autres Commandans
, ce n'a eſté que dans le
deſſein de leur faire honneur ,
puiſque leur table ayant eſté
ſervie par tout avec autant
d'abondance que de propreté
, on peut dire qu'ils ont
eux-meſmes tenu table dans
tous les lieux où ils ont pafſé
, & qu'on eſt venu beaucoup
plus ſouvent manger
chez eux , qu'ils n'ont efté
chez les Commandans des
lieux où ils ont fait quelque
ſejour. Ils étoient même toûjours
les premiers à prier
110 III . P. du Voyage
qu'on vinſt manger avec eux,
afin de faire honneur à la
Table de Sa Majefté.
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Résumé : Ils couchent à Beaumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour des ambassadeurs de Siam à Beaumont-sur-Oyse, une ville de l'Île-de-France dotée du titre de comté. Beaumont est située sur une colline descendant jusqu'à la rivière Oise, traversée par un pont. La ville est connue pour une belle rue et son église avec un doyenné. La maison des anciens comtes et ambassadeurs de Siam y était autrefois renommée. Le comté fut réuni à la couronne en 1371 à la mort de Philippe, duc d'Orléans, frère du roi Jean, qui l'avait reçu par traité avec Charles II, dit le Mauvais. Les ambassadeurs furent accueillis par les notables de la ville, qui leur offrirent des présents de vin, traditionnels dans toutes les villes visitées. Ces présents, bien que modestes, étaient perçus comme des marques d'hommage. Durant leur voyage, la table des ambassadeurs fut servie avec la même qualité qu'à Paris, par le maître d'hôtel et ses officiers, malgré les difficultés logistiques. Les ambassadeurs invitèrent souvent les gouverneurs et commandants locaux à manger avec eux pour honorer la table de Sa Majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 131-136
Doulens. [titre d'après la table]
Début :
Suivant la route qui avoit esté arrêtée, on devoit aller [...]
Mots clefs :
Doullens, Roi, Ville, Ambassadeurs, Voyage, Citadelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Doulens. [titre d'après la table]
Suivant la route qui avoit
eſté arrêtée , on devoit aller
coucher d'Amiens à Arras ;
mais le temps ſe trouva fi
132 III P.duVoyage
mauvais & les chemins fi
د
rompus , qu'on jugea à propos
d'aller dîner & coucher à
Dourlans. Ainſi quand cette
Ville- là ne ſe ſeroit pas fi
bien acquittée de ſon devoir
que les autres , on n'auroit pas
fujet de s'en plaindre. Čependant
les Ambaſſadeurs ont
eu tout lieu d'en eſtre contens.
Dourlans eſt une Place
forte en Picardie vers les Frontieres
d'Artois, fur la Riviere
d'Authie. Elle fut autrefois
aux Comtes de Ponthieu .
Guillaume II . marié en 1195.
àAlix de France, fille duRoy
des Amb. de Siam. 133
-
Loüis VII . eut Marie Comteſſe
de Ponthieu, qui donna
fon droit ſur Dourlans au
Roy Loüis VIII. Charles VII .
Paliena à Philippes le Bon
Duc de Bourgogne , par le
Traité d'Arras de l'an 1435..
& il fut racheté en 1463. Antoine
de Bayencourt ayant eu
- la Ville de Dourlans en Don,
le Procureur du Roy la fit
faifir en 1559. & enfuite réünir
à la Couronne , comme
eſtant du Domaine Royal .
Les Ambaſſadeurs en arrivant
virent d'abord un gros Efcadron
, que M Sero Lieuter
134 III. P.duVoyage
nant de Roy fit aller au de
vant d'eux. On les receut
au bruit du Canon ; la Garde
ſe trouva poſtée devant leur
Logis , & ils furent complimentez
au nom de la Ville,
qui leur envoya les Prefens
accoûtumez . Ils donnerent
ce foir là pour mot , Profperité
de Voyage. Ce mot convenoit
bien, en ce que cette
Ville eſtant la premierePlace
forte où ils avoient trouvé
Garniſon , il ſembloit que
leur Voyage commençaſt par
là. Ils auroient autrefois trouvé
Amiens bien remply de
1
des Amb. de Siam. 135
Troupes ; mais depuis que les
Conquestes du Roy ont reculé
ſes Frontieres , ce Monarque
a l'avantage d'avoir
mis preſque dans le coeur de
fon Royaume des Places fortes
, leſquelles par cette raifon
n'ont plus beſoin d'eftre
gardées . Les Ambaffadeurs
viſiterent les Ramparts
avec beaucoup d'exactitude ,
auffi-bien que la Citadelle.
Ils marquerent toute la con.
fideration poffible pour Me
la Lieutenante de Roy, dont
le Mary ſoupa avec eux , &
firent aux Dames qui les vi
136 III. P. du Voyage
rent manger, les civilitez qui
leur ont acquis tant de bienveillance
par tout où ils ont
paſſé.
eſté arrêtée , on devoit aller
coucher d'Amiens à Arras ;
mais le temps ſe trouva fi
132 III P.duVoyage
mauvais & les chemins fi
د
rompus , qu'on jugea à propos
d'aller dîner & coucher à
Dourlans. Ainſi quand cette
Ville- là ne ſe ſeroit pas fi
bien acquittée de ſon devoir
que les autres , on n'auroit pas
fujet de s'en plaindre. Čependant
les Ambaſſadeurs ont
eu tout lieu d'en eſtre contens.
Dourlans eſt une Place
forte en Picardie vers les Frontieres
d'Artois, fur la Riviere
d'Authie. Elle fut autrefois
aux Comtes de Ponthieu .
Guillaume II . marié en 1195.
àAlix de France, fille duRoy
des Amb. de Siam. 133
-
Loüis VII . eut Marie Comteſſe
de Ponthieu, qui donna
fon droit ſur Dourlans au
Roy Loüis VIII. Charles VII .
Paliena à Philippes le Bon
Duc de Bourgogne , par le
Traité d'Arras de l'an 1435..
& il fut racheté en 1463. Antoine
de Bayencourt ayant eu
- la Ville de Dourlans en Don,
le Procureur du Roy la fit
faifir en 1559. & enfuite réünir
à la Couronne , comme
eſtant du Domaine Royal .
Les Ambaſſadeurs en arrivant
virent d'abord un gros Efcadron
, que M Sero Lieuter
134 III. P.duVoyage
nant de Roy fit aller au de
vant d'eux. On les receut
au bruit du Canon ; la Garde
ſe trouva poſtée devant leur
Logis , & ils furent complimentez
au nom de la Ville,
qui leur envoya les Prefens
accoûtumez . Ils donnerent
ce foir là pour mot , Profperité
de Voyage. Ce mot convenoit
bien, en ce que cette
Ville eſtant la premierePlace
forte où ils avoient trouvé
Garniſon , il ſembloit que
leur Voyage commençaſt par
là. Ils auroient autrefois trouvé
Amiens bien remply de
1
des Amb. de Siam. 135
Troupes ; mais depuis que les
Conquestes du Roy ont reculé
ſes Frontieres , ce Monarque
a l'avantage d'avoir
mis preſque dans le coeur de
fon Royaume des Places fortes
, leſquelles par cette raifon
n'ont plus beſoin d'eftre
gardées . Les Ambaffadeurs
viſiterent les Ramparts
avec beaucoup d'exactitude ,
auffi-bien que la Citadelle.
Ils marquerent toute la con.
fideration poffible pour Me
la Lieutenante de Roy, dont
le Mary ſoupa avec eux , &
firent aux Dames qui les vi
136 III. P. du Voyage
rent manger, les civilitez qui
leur ont acquis tant de bienveillance
par tout où ils ont
paſſé.
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Résumé : Doulens. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage d'ambassadeurs qui, en raison de mauvaises conditions météorologiques et de chemins détériorés, se dirigèrent vers Dourlans plutôt qu'Arras. Dourlans, une place forte en Picardie située près des frontières de l'Artois sur la rivière Authie, possède une histoire riche. Elle appartenait autrefois aux Comtes de Ponthieu et passa ensuite à divers rois et ducs, notamment Louis VII, Louis VIII et Charles VII. En 1435, elle fut cédée au Duc de Bourgogne par le Traité d'Arras, puis rachetée en 1463. Antoine de Bayencourt en reçut la ville en don, mais elle fut réintégrée au domaine royal en 1559. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par un escadron de cavalerie, des salves de canon et une garde postée devant leur logis. Ils reçurent des présents et des compliments de la ville. Ils visitèrent les remparts et la citadelle avec attention et montrèrent respect et civilité envers les autorités locales et les dames présentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 136-185
Arras [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils disnerent à Sarbret, & ce qu'il y a de surprenant, [...]
Mots clefs :
Arras, Ville, Roi, Ambassadeurs, Comté, France, Dames, Ambassadeur, L'Arbret, Aix-Noulette, Temps, Église cathédrale, Place, Officiers, Actions, Armes, Magnificence, Fortifications, Régiment, Villeneuve, Gloire, Guerre, Prince, Citadelle, Mains, Lieutenant, Honneurs, Capitaine, Monarque, Merveilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arras [titre d'après la table]
Le 19. ils difnerent à Sarbret
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
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Résumé : Arras [titre d'après la table]
Le 19, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Sarbret, où ils furent reçus avec magnificence malgré l'absence de commodités. Ils se dirigèrent ensuite vers Arras, capitale de l'Artois, située sur la rivière de Scarpe. Arras est une ville ancienne, ayant été donnée en dot par Charles le Chauve à Judith, épouse de Baudouin Bras de Fer en 863, et réunie à la France en 1180 par le mariage de Philippe Auguste avec Isabelle de Hainaut. La ville possède des fortifications régulières et plusieurs édifices religieux notables, dont la cathédrale Notre-Dame et l'abbaye de Saint-Vaast. Les ambassadeurs furent accueillis par une cavalerie composée de douze compagnies du régiment de Conigsmark et reçus par le comte de Villeneuve, lieutenant du roi d'Arras. Ils entrèrent dans la ville au bruit du canon et au travers d'une haie d'infanterie. Les magistrats de la ville leur adressèrent un discours, soulignant la loyauté d'Arras envers le roi de France et l'estime portée aux ambassadeurs. Ces derniers répondirent en exprimant leur gratitude et en soulignant que leur visite n'avait pas de but diplomatique, mais visait à honorer le roi de France. Les ambassadeurs visitèrent la citadelle d'Arras, où ils assistèrent à un exercice militaire et reçurent une collation. Ils se rendirent également à la cathédrale Notre-Dame, où ils furent accueillis par le chapitre. Leur séjour à Arras fut marqué par des réceptions et des visites officielles, témoignant de l'importance accordée à leur mission. Les ambassadeurs assistèrent à un concert à Arras, accueillis par Madame de Préfontaine, épouse du Président du Conseil d'Artois, et les principales dames de la ville. Malgré les mesures pour éviter la foule, une grande affluence se rassembla dans la salle. Les ambassadeurs apprécièrent le concert et exprimèrent leur satisfaction à Madame de Préfontaine. De retour chez eux, ils trouvèrent une compagnie suisse en garde à leur porte. Le Major Bissetz leur apporta un plan de la ville, que le premier ambassadeur examina avec intérêt, démontrant ses connaissances en fortifications. Bissetz demanda le mot de passe, et les ambassadeurs mentionnèrent les actions militaires remarquables lors des sièges d'Arras. Le lendemain, les ambassadeurs furent salués par le Lieutenant du Roi et les officiers majors avant de quitter Arras en carrosse, escortés par les troupes et accompagnés par le canon et le carillon de la ville. Ils se rendirent à Aisse pour dîner.
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43
p. 207-215
Calais. [titre d'après la table]
Début :
Ils dînerent à Regouge qui est un petit Village sur [...]
Mots clefs :
Calais, Fort, Ville, Roi, Place, Port, Porte, Ambassadeurs, Canon, Citadelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Calais. [titre d'après la table]
Ils dînerent à
Regouge qui est un petit Vi
208 III. P du Voyage
lage ſur le chemin de Calais ,
&arriverent le ſoir à la Ville
de ce nom. C'eſt un Port de
Mer dans la partie de la Picardie,
appellée Païs reconquis.
La Ville eſt bien bâtie & beaucoup
peuplée , & a de fort belles
ruës. Ily en a une qui commence
à la Porte de Terce, &
qui traverſant la grande Place
où eſt la Maiſon de Ville , aboutit
au Port. C'eſt la plus
confiderable . On voit dans
Calais le Palais de l'Auditoire
la Tour du Guet , de magnifiques
Eglifes , plufieurs Monafteres
, & divers Forts . Edes
Anb. de Siam. 209
doüard III. Roy d'Angleterre
emporta cette Ville ſur les
François en 1347. aprés un
Siege de plus de dix mois. Les
Anglois la conſerverent jufques
en 1558. que le Duc de
Guiſe l'affiegea , & la prit dix
jours apres . L'Archiduc Albert
d'Autriche que le Roy
d'Eſpagne avoit fait Gouverneur
des Pays -bas , la reptit en
1596. & deux ans aprés , elle
fut renduë au Roy Henry IV.
par le Traité de Vervins . Depuis
ce temps-là , elle a eſté
fortifiée tres - regulierement ,
& eſt devenue une des plus
S
210 III. P. du Voyage
importantes Places du Royaume.
Les Ambaſſadeurs y furent
receus au bruit du Canon
& le Major qui commandoit
les Troupes , leur fit compliment
à la porte. Ils paſſerent
àtravers pour ſe rendre aulogis
qui leur avoit efté preparé
, &trouverent à la porte de
leur logement une Compagnie
de so. Hommes , avec unCapitaine
, un Lieutenant , & un
Enſeigne. Apres que Mrs du
Magiſtrat ſe furent acquitez
de leur compliment , en leur
offrant les Preſens de la Ville,
leMajor leur vint demander le
desAmb. de Siam . 211
mot , & celuy qu'il receut
fut , où la valeur reſiſte , la ruſe
fuccombe , parce qu'ils avoient
ſceu qu'on avoit tenté pluſieurs
fois de ſurprendre cette
Place , & que de telles entrepriſes
avoient toûjours
manqué de fuccez .
La pluye qui tomba le
lendemain en abondance, ne
les empeſcha point de viſiter
toutes les Fortifications de la
Ville, avec l'Ingenieur qui en
avoit le Plan , & de l'examiner
en meſme temps. Ils s'attacherent
fort à confiderer le
glacis qui regardeGravelines,
S ij
212 III. P. du Voyage
qu'ils trouverent tres-beau ,
ainſi que celuy d'où l'on peut
voir les Châteaux de Douvres
& les Dunes. Le Port leur parut
également beau &grand...
Il eſt fort feur & feparé en
deux bras pour recevoir les
Vaiſſeaux qu'on y voit toû--
jours en fort grand nombre.
Ils font deffendus par unFort
nommé le Fort de Risban, qui
eft à gauche du Port, & que
les Ambaſſadeurs examinerent
avec grand foin. Ils allerent
auffi à la Citadelle à
laquelle le Roy a fait beaucoup
travailler. Elle est fort
des Amb.de Siam. 213
grande & entourée de foſſez
profonds , & de marais qui
font tous remplis de l'eaude
la mer. Toutes les commoditez
qu'on peut ſouhaiter dans
une Place de guerre, font dans
cette Citadelle , & l'on peut
dire que cette Ville - là tire
encore beaucoup de force du
zéle & de la valeur de fes
Habitans, qui ont donné fort
ſouvent des marques de leur
affection pour la France. Les
Ambaſſadeurs qui avoient
efté receus au bruit du canon
du Fort par M. Vignon
qui en eſt Gouverneur , &
214 III . P. du Voyage
qui leur avoit rendu tous les
honneurs qu'ils pouvoient
attendre , ne le furent pas
moins bien à la Citadelle par
M. de Bouteville Lieutenant
de Roy , & tout s'y paſſa pour
les honneurs & pour l'examen
de la Place, comme dans
les autres Citadelles dont je
vous ay déja parlé. Lorſqu'ils
pafferent devant la Maiſon
de Ville , on tira du canon
qui estoit devant le Corps de
garde de la Place. Ils donnerent
ce foir-là pour mot , il
eſt revenu pour triompher, parce
que le Roy avoit eſté fort
des Amb . de Siam. 215
malade à Calais , & qu'il a
toujours triomphé depuis cette
maladie.
Regouge qui est un petit Vi
208 III. P du Voyage
lage ſur le chemin de Calais ,
&arriverent le ſoir à la Ville
de ce nom. C'eſt un Port de
Mer dans la partie de la Picardie,
appellée Païs reconquis.
La Ville eſt bien bâtie & beaucoup
peuplée , & a de fort belles
ruës. Ily en a une qui commence
à la Porte de Terce, &
qui traverſant la grande Place
où eſt la Maiſon de Ville , aboutit
au Port. C'eſt la plus
confiderable . On voit dans
Calais le Palais de l'Auditoire
la Tour du Guet , de magnifiques
Eglifes , plufieurs Monafteres
, & divers Forts . Edes
Anb. de Siam. 209
doüard III. Roy d'Angleterre
emporta cette Ville ſur les
François en 1347. aprés un
Siege de plus de dix mois. Les
Anglois la conſerverent jufques
en 1558. que le Duc de
Guiſe l'affiegea , & la prit dix
jours apres . L'Archiduc Albert
d'Autriche que le Roy
d'Eſpagne avoit fait Gouverneur
des Pays -bas , la reptit en
1596. & deux ans aprés , elle
fut renduë au Roy Henry IV.
par le Traité de Vervins . Depuis
ce temps-là , elle a eſté
fortifiée tres - regulierement ,
& eſt devenue une des plus
S
210 III. P. du Voyage
importantes Places du Royaume.
Les Ambaſſadeurs y furent
receus au bruit du Canon
& le Major qui commandoit
les Troupes , leur fit compliment
à la porte. Ils paſſerent
àtravers pour ſe rendre aulogis
qui leur avoit efté preparé
, &trouverent à la porte de
leur logement une Compagnie
de so. Hommes , avec unCapitaine
, un Lieutenant , & un
Enſeigne. Apres que Mrs du
Magiſtrat ſe furent acquitez
de leur compliment , en leur
offrant les Preſens de la Ville,
leMajor leur vint demander le
desAmb. de Siam . 211
mot , & celuy qu'il receut
fut , où la valeur reſiſte , la ruſe
fuccombe , parce qu'ils avoient
ſceu qu'on avoit tenté pluſieurs
fois de ſurprendre cette
Place , & que de telles entrepriſes
avoient toûjours
manqué de fuccez .
La pluye qui tomba le
lendemain en abondance, ne
les empeſcha point de viſiter
toutes les Fortifications de la
Ville, avec l'Ingenieur qui en
avoit le Plan , & de l'examiner
en meſme temps. Ils s'attacherent
fort à confiderer le
glacis qui regardeGravelines,
S ij
212 III. P. du Voyage
qu'ils trouverent tres-beau ,
ainſi que celuy d'où l'on peut
voir les Châteaux de Douvres
& les Dunes. Le Port leur parut
également beau &grand...
Il eſt fort feur & feparé en
deux bras pour recevoir les
Vaiſſeaux qu'on y voit toû--
jours en fort grand nombre.
Ils font deffendus par unFort
nommé le Fort de Risban, qui
eft à gauche du Port, & que
les Ambaſſadeurs examinerent
avec grand foin. Ils allerent
auffi à la Citadelle à
laquelle le Roy a fait beaucoup
travailler. Elle est fort
des Amb.de Siam. 213
grande & entourée de foſſez
profonds , & de marais qui
font tous remplis de l'eaude
la mer. Toutes les commoditez
qu'on peut ſouhaiter dans
une Place de guerre, font dans
cette Citadelle , & l'on peut
dire que cette Ville - là tire
encore beaucoup de force du
zéle & de la valeur de fes
Habitans, qui ont donné fort
ſouvent des marques de leur
affection pour la France. Les
Ambaſſadeurs qui avoient
efté receus au bruit du canon
du Fort par M. Vignon
qui en eſt Gouverneur , &
214 III . P. du Voyage
qui leur avoit rendu tous les
honneurs qu'ils pouvoient
attendre , ne le furent pas
moins bien à la Citadelle par
M. de Bouteville Lieutenant
de Roy , & tout s'y paſſa pour
les honneurs & pour l'examen
de la Place, comme dans
les autres Citadelles dont je
vous ay déja parlé. Lorſqu'ils
pafferent devant la Maiſon
de Ville , on tira du canon
qui estoit devant le Corps de
garde de la Place. Ils donnerent
ce foir-là pour mot , il
eſt revenu pour triompher, parce
que le Roy avoit eſté fort
des Amb . de Siam. 215
malade à Calais , & qu'il a
toujours triomphé depuis cette
maladie.
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Résumé : Calais. [titre d'après la table]
Le texte relate un voyage vers Calais, une ville portuaire en Picardie, célèbre pour ses rues et ses fortifications. Calais a été conquise par Édouard III d'Angleterre en 1347 après un siège de dix mois et est restée sous contrôle anglais jusqu'en 1558, date à laquelle le Duc de Guise la reprit. L'Archiduc Albert d'Autriche la reconquit en 1596, mais elle fut rendue à Henri IV par le Traité de Vervins en 1598. Depuis, Calais a été régulièrement fortifiée et est devenue une place stratégique du royaume. Les ambassadeurs de Siam y furent reçus avec des honneurs militaires, notamment des salves de canon. Ils visitèrent les fortifications, examinant le glacis vers Gravelines, les Châteaux de Douvres, le Port et le Fort de Risban. La Citadelle, renforcée par le roi, est entourée de fossés et de marais marins et est bien équipée pour la défense. Les habitants de Calais sont reconnus pour leur zèle et leur valeur. Les ambassadeurs reçurent également des honneurs à la Citadelle et passèrent devant la Maison de Ville, où des salves de canon furent tirées. Leur mot du jour fut 'il est revenu pour triompher', en référence à la guérison du roi après une maladie à Calais.
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44
p. 217-234
Dunkerque. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le même jour coucher à Dunkerque, Ville sur [...]
Mots clefs :
Dunkerque, Place, Intendant, Ville, Roi, Fort, Bergues, Comte, Ambassadeurs, Artillerie, Armes, Folie, Remparts, Du Verger, Mer, Citadelle, Ambassadeur, Mégron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dunkerque. [titre d'après la table]
Ils allerent le même jour
coucher à Dunkerque , Ville
fur la Mer dans le Comté de
Flandres . Le Comte Baudoüin
III . dit le Jeune, la fit
bâtir en 960. Elle a de fort
bellesRuës, unPort extrémement
frequenté , & des Ha-
T
218 III . P. du Voyage
bitans fort renommez pour
la Navigation. Marie de Luxembourg
, Comteſſe de S.
Paul, Dame de Dunkerque,
Fille unique de Pierre de Luxembourg
& de Marguerite
de Savoye, épouſa François de
Bourbon, Comte de Vendôme
, quatriéme Ayeul paternel
du Roy. C'eſt ſur cela
que font fondées les legitimes
pretentions qu'a Sa Majeſté
ſur la Ville de Dunkerque.
Les François la prirent
en 1558. Le Duc de Parme
la reprit en 1583. Monfieur
le Prince , alors Duc d'An-
1
des Amb. de Siam. 319
guien, s'en rendit Maiſtre en
1646. & les Eſpagnols qui
l'emporterent en 1652. lagarderent
juſqu'en 1658. que
Mr le Maréchal de Turenne
la leur ôta. Elle fut remiſe
aux Anglois , de qui le Roy
la racheta en 1662. La Citadelle
que Sa Majeſté y a fait
faire , eft tres - confiderable ,
auſſi - bien que les Fortifications.
Les Ambaſſadeurs aprés a
voir paſſé entre le Fort du
Bois &le Fort Mardic , qu'ils
confidererent , approcherent
de la Place au bruit d'une
Tij
220 III. P. du Voyage
groffe Artillerie. M Me
gron Major qui y commandoit
, les reçût à la Porte de
la Ville. Toute la Garniſon,
parmy laquelle il y avoit
beaucoup de Compagnies
Suiffes, eſtoit ſous les Armes.
Ils furent logez à l'Hoſtel de
Ville, où ils reçûrent les complimens
des Magiftrats, & les
Preſens ordinaires. Ils furent
auſſi complimentez par
pluſieurs Corps . Le foir tout
'Hoſtel de Ville ſe trouva
éclairé par l'ordre des Magiſtrats.
Ils donnerent ce
foir- là pour Mot , La clef eft
des Amb de Siam . 221
digne de la ferrure , fur ce
qu'on leur avoit dit que Dunkerque
eſt une Clef du
Royaume. Ils furent ravis
de trouver à Dunkerque Madame
la Princeſſe de Bournonville,
Me la Comteffe de
Sore , & Ms les Princes de
Bournonville & de Robec,
qu'ils avoient veus à Berny, &
dont ils avoient reçû de grandeshonnêtetez.
MadamePatoulet,
femmede M² l'Intendant
de la Marine à Dunkerque
, eſtoit de la Compagnie.
M Deſmadrit Intendant
de Juſtice , Police des
Tiij
222 III . P. du Voyage
Troupes , & Finances de Sa
Majesté, & M Patoulet, vinrent
auſſi les ſalüer . M Defmadrit
leur dit , qu'il alloit à
Ypres , où il auroit l'honneur de
les voir , & qu'il eſperoit qu'ils
luy feroient la grace de diſner
chez luy. Ils fouperent à l'ordinaire
en bonne Compagnie.
Le lendemain ils monterent
en Carroſſe pour aller
du côté de la Mer , où ils
trouverent des Chaloupes
fort propres, & virent les Jettées
& les Forts qui ſont def
ſus, qui les ſalüerent de toute
leur Artillerie. Ils meſurerent
desAmb. de Siam, 223
eux-mêmes les épaiſſeurs &
les hauteurs des murailles , les
hauteurs & les profondeurs
des foſſez , & examinerent
tous les ouvrages avancez. Ils
virent fortir à pleines voiles
un affez gros Vaiffeau, chargé
de tout ſon Canon. De là
ils allerent au Rifban , où ils
monterent & deſcendirent
dans tous les endroits qu'ils
jugerent dignes de leur curioſité.
Ils marquerent une
ſurpriſe qui ne ſe peut exprimer
, & crûrent voir une
des premieres merveilles du
Monde. Ils vinrent enſuite
Tiiij
224 III. P. du Voyage
à pied juſqu'à la Jettée, où
l'on ſe rembarqua pour regagner
le Carroffe. Le lendemain
ils allerent à la Citadelle
que le Roy a fait bâtir.
Ils furent receus au bruit du
Canon , & trouverent l'Infanterie
ſous les Armes ; ils
virent les Magaſins & les Arcenaux
, & dirent que non
Seulement cette Fortereffe leur
paroiſſoit imprenable , mais mefme
qu'ils ne croyoient pas que
l'on pût ſonger à l'attaquer ,
parce qu'on n'attaquoit pas ce
qu'on sçavoit qu'il estoit impoffible
de prendre. On tira une
des Amb. de Siam. 225
Coulevrine , appellée la grande
Coulevrine de Nancy. Comme
on leur avoit donné les
Violons , ce qui continua
tant qu'ils ſéjournerent à
Dunkerque , ils avoient demandé
les noms de pluſieurs
Airs , & même la raiſon des
noms qu'on leur avoit dits.
La Folie d'Eſpagne s'eſtant
trouvée de ce nombre , il ne
ſe rencontra perſonne qui
-leur pût apprendre pourquoy
cét Air avoit eu ce nom : ce
qui fut cauſe que M Megron
leur ayant demádé l'Ordre
, ils dirent la Folie d'Ef
r
226 III. P. du Voyage
pagne. M: Torf leur demanda
, pourquoy ils donnoient
ce mot. Ils répondirent, qu'ils
avoient peut- estre plus de raiſon
de le donner , que le Muſicien
n'en avoit eu de nommer
Folie un Air qui paroiffoit tresbeau
, puiſque c'en estoit une tresgrande
que d'avoir laiffé prendre
une Ville comme Dunkerque.
Lejour ſuivant (car ilsſéjournerent
deux jours àDunkerque
) ils firent le tour de
la Place avec M Megron ,
& trouverent les Ramparts
d'une propreté qui paſſe tout
des Amb. de Siam. 227
د
ce qu'on s'en peut imaginer.
On n'y voit aucune ordure
de quelque nature qu'elle
puiſſe eſtre , & les Jardins les
plus propres & les mieux entretenus
du Prince le plus curieux
ne pourroient qu'à
peine approcher de ce qu'ils
virent. Cela fait connoiftre
que Me Megron ſçaitbien ſe
faire obeïr , & qui fe fait obefr,
doit eſtre du nombre
des meilleurs Officiers . M du
Verger Ingenieur de la Place,
en fit le tour avec les Ambaſſadeurs.
Illeur apprit tout
cequ'ils ſouhaiterent ſçavoir
228 III. P. du Voyage
&répondit ſi bien à toutes
leurs queſtions , qu'ils conçûrentbeaucoup
d'eftime, &
prirent même quelque forte
d'amitié pour luy. Ils dirent,
que le Roy de Siam n'épargneroit
rien pour avoir un auffi habile
Homme qu'il eſtoit , & le
prierent de vouloir bien les accompagner
jusqu'à Bergues, par
où ils devoientpaffer pour aller à
Ypres. Enfin ils luy dirent ,
qu'il s'expliquoit si bien , que
tout marquoit en luy ce qu'il
vouloit dire , & que ceux àqui
il parloit n'avoient que faire de
fçavoirfa langue , pour concedes
Amb. de Siam. 229
voir ce qu'il vouloit faire entendre.
Ils ne quitterent les Ramparts
que pour aller voir l'Arcenal,
où ils ne laiſſerent rien
à viſiter : de forte qu'eſtant
tous remplis de la beauté de
la Place , &de la grandeur du
Roy , ils fortirent en difant,
qu'ils voyoient par tout des chofes
inoüies. M Patoulet Intendant
de Marine , ayant
fait charger pluſieurs Ecluſes,
vint ſur le ſoir les prier d'en
voir l'effet , & leur dit , que
cela ne dureroit qu'un instant.
Ils demanderent, fi leRoy les
avoit fait faire comme le reste.
230 III . P. du Voyage
On leur dit que oüy. Ils repartirent
auffi -toſt , qu'ils ne
doutoient pas que cela ne répon
diſt à la magnificence de Sa Majesté
, &qu'ilsypaſſeroient non
pas un instant , mais la nuit
entiere. Ils monterent dans le
Carroffe de Me l'Intendant,
qui en avoit fait amener
d'autres pour leur Suite. Dés
qu'ils furent arrivez , on ouvrit
les Ecluſes, qui firent les
effets qu'on en attendoit.
L'Ambaſſadeur dit qu'il estoit
caution de la netteté du Port,
tant qu'on entretiendroit cesEclufes-
là. Ils virent le nouveau
L
des Amb. de Siam. 231
Baffin pour les Vaiſſeaux du
Roy , qui eſt encore un des
Ouvrages qui répond le plus
à la grandeur de Sa Majefté.
On leur montra auſſi plufieurs
Vaiſſeaux fur le chantier.
Si je voulois vous faire
un détail entier de tout ce
que les Ambaſſadeurs ont vû
& dit à Dunkerque , & de la
maniere dont le Roy y eſt
ſervy, j'avoue qu'il me feroit
difficile de trouver la fin de
certe Relation . L'Ambaſſadeur
donna ce ſoir-là pour
mot , Nous triomphons par fa
victoire, & dit que c'eſtoit une
234 III . P. du Voyage
verité , puiſque l'état où ef
toit la Ville , depuis qu'elle
avoit eſté conquiſe par Sa
Majesté , & l'opulence des
Peuples , faifoient voir qu'ils
triomphoient par la victoire
de ce
de ce grand Monarque.
Aprés avoir ſejourné à
Dunkerque le 29. & le 30. ils
en partirent avec des honneurs
qui ne peuvent eſtre
comparez qu'à ceux qu'ils avoient
receus en y entrant.
Ils s'embarquerent dés ſept
heures du matin, ſur le canal
de Bergues , qui eſt hors la
Ville, dans un batteau coudes
Amb. de Siam. 233
vert bien meublé & vîtré,
que M Deſmadrit leur avoit
fait préparer. Ils avoient prié
de trop bonne grace M du
Verger de venir avec eux jufques
à Bergues , pour en eſtre
refufez. Il les accompagna
juſque- là, & ils parlerent pendant
tout le chemin de Fortifications
& des inondations
de Siam. L'Ambaſſadeur luy
dit qu'il croyoit qu'il estoit un
homme univerſel. Ils trouverent
fur le chemin de Dunkerque
à Bergues, le long du
Canal, le Fort Louis, & le Fort
S. François , qui font deux
V
234 III. P.du Voyage
Forts Royaux , & quelques
Redoutes . Ils en furent falüez
, & les Garniſons parurent
en bataille ſur les ramparts
. Eftant arrivez à Bergues
, Mª du Verger les quit
ta , dont ils témoignerent du
regret. Ils trouverent leurs
Carroffes , dans lesquels ils
monterent pour continuër
leur route. Ils furent falüez
par l'Artillerie de Bergues , &
trouverent la Garnifon fous
les armes , depuis une Porte
juſques à l'autre. Ils furent
meſme haranguez , & receurent
les Prefens de la Ville.
coucher à Dunkerque , Ville
fur la Mer dans le Comté de
Flandres . Le Comte Baudoüin
III . dit le Jeune, la fit
bâtir en 960. Elle a de fort
bellesRuës, unPort extrémement
frequenté , & des Ha-
T
218 III . P. du Voyage
bitans fort renommez pour
la Navigation. Marie de Luxembourg
, Comteſſe de S.
Paul, Dame de Dunkerque,
Fille unique de Pierre de Luxembourg
& de Marguerite
de Savoye, épouſa François de
Bourbon, Comte de Vendôme
, quatriéme Ayeul paternel
du Roy. C'eſt ſur cela
que font fondées les legitimes
pretentions qu'a Sa Majeſté
ſur la Ville de Dunkerque.
Les François la prirent
en 1558. Le Duc de Parme
la reprit en 1583. Monfieur
le Prince , alors Duc d'An-
1
des Amb. de Siam. 319
guien, s'en rendit Maiſtre en
1646. & les Eſpagnols qui
l'emporterent en 1652. lagarderent
juſqu'en 1658. que
Mr le Maréchal de Turenne
la leur ôta. Elle fut remiſe
aux Anglois , de qui le Roy
la racheta en 1662. La Citadelle
que Sa Majeſté y a fait
faire , eft tres - confiderable ,
auſſi - bien que les Fortifications.
Les Ambaſſadeurs aprés a
voir paſſé entre le Fort du
Bois &le Fort Mardic , qu'ils
confidererent , approcherent
de la Place au bruit d'une
Tij
220 III. P. du Voyage
groffe Artillerie. M Me
gron Major qui y commandoit
, les reçût à la Porte de
la Ville. Toute la Garniſon,
parmy laquelle il y avoit
beaucoup de Compagnies
Suiffes, eſtoit ſous les Armes.
Ils furent logez à l'Hoſtel de
Ville, où ils reçûrent les complimens
des Magiftrats, & les
Preſens ordinaires. Ils furent
auſſi complimentez par
pluſieurs Corps . Le foir tout
'Hoſtel de Ville ſe trouva
éclairé par l'ordre des Magiſtrats.
Ils donnerent ce
foir- là pour Mot , La clef eft
des Amb de Siam . 221
digne de la ferrure , fur ce
qu'on leur avoit dit que Dunkerque
eſt une Clef du
Royaume. Ils furent ravis
de trouver à Dunkerque Madame
la Princeſſe de Bournonville,
Me la Comteffe de
Sore , & Ms les Princes de
Bournonville & de Robec,
qu'ils avoient veus à Berny, &
dont ils avoient reçû de grandeshonnêtetez.
MadamePatoulet,
femmede M² l'Intendant
de la Marine à Dunkerque
, eſtoit de la Compagnie.
M Deſmadrit Intendant
de Juſtice , Police des
Tiij
222 III . P. du Voyage
Troupes , & Finances de Sa
Majesté, & M Patoulet, vinrent
auſſi les ſalüer . M Defmadrit
leur dit , qu'il alloit à
Ypres , où il auroit l'honneur de
les voir , & qu'il eſperoit qu'ils
luy feroient la grace de diſner
chez luy. Ils fouperent à l'ordinaire
en bonne Compagnie.
Le lendemain ils monterent
en Carroſſe pour aller
du côté de la Mer , où ils
trouverent des Chaloupes
fort propres, & virent les Jettées
& les Forts qui ſont def
ſus, qui les ſalüerent de toute
leur Artillerie. Ils meſurerent
desAmb. de Siam, 223
eux-mêmes les épaiſſeurs &
les hauteurs des murailles , les
hauteurs & les profondeurs
des foſſez , & examinerent
tous les ouvrages avancez. Ils
virent fortir à pleines voiles
un affez gros Vaiffeau, chargé
de tout ſon Canon. De là
ils allerent au Rifban , où ils
monterent & deſcendirent
dans tous les endroits qu'ils
jugerent dignes de leur curioſité.
Ils marquerent une
ſurpriſe qui ne ſe peut exprimer
, & crûrent voir une
des premieres merveilles du
Monde. Ils vinrent enſuite
Tiiij
224 III. P. du Voyage
à pied juſqu'à la Jettée, où
l'on ſe rembarqua pour regagner
le Carroffe. Le lendemain
ils allerent à la Citadelle
que le Roy a fait bâtir.
Ils furent receus au bruit du
Canon , & trouverent l'Infanterie
ſous les Armes ; ils
virent les Magaſins & les Arcenaux
, & dirent que non
Seulement cette Fortereffe leur
paroiſſoit imprenable , mais mefme
qu'ils ne croyoient pas que
l'on pût ſonger à l'attaquer ,
parce qu'on n'attaquoit pas ce
qu'on sçavoit qu'il estoit impoffible
de prendre. On tira une
des Amb. de Siam. 225
Coulevrine , appellée la grande
Coulevrine de Nancy. Comme
on leur avoit donné les
Violons , ce qui continua
tant qu'ils ſéjournerent à
Dunkerque , ils avoient demandé
les noms de pluſieurs
Airs , & même la raiſon des
noms qu'on leur avoit dits.
La Folie d'Eſpagne s'eſtant
trouvée de ce nombre , il ne
ſe rencontra perſonne qui
-leur pût apprendre pourquoy
cét Air avoit eu ce nom : ce
qui fut cauſe que M Megron
leur ayant demádé l'Ordre
, ils dirent la Folie d'Ef
r
226 III. P. du Voyage
pagne. M: Torf leur demanda
, pourquoy ils donnoient
ce mot. Ils répondirent, qu'ils
avoient peut- estre plus de raiſon
de le donner , que le Muſicien
n'en avoit eu de nommer
Folie un Air qui paroiffoit tresbeau
, puiſque c'en estoit une tresgrande
que d'avoir laiffé prendre
une Ville comme Dunkerque.
Lejour ſuivant (car ilsſéjournerent
deux jours àDunkerque
) ils firent le tour de
la Place avec M Megron ,
& trouverent les Ramparts
d'une propreté qui paſſe tout
des Amb. de Siam. 227
د
ce qu'on s'en peut imaginer.
On n'y voit aucune ordure
de quelque nature qu'elle
puiſſe eſtre , & les Jardins les
plus propres & les mieux entretenus
du Prince le plus curieux
ne pourroient qu'à
peine approcher de ce qu'ils
virent. Cela fait connoiftre
que Me Megron ſçaitbien ſe
faire obeïr , & qui fe fait obefr,
doit eſtre du nombre
des meilleurs Officiers . M du
Verger Ingenieur de la Place,
en fit le tour avec les Ambaſſadeurs.
Illeur apprit tout
cequ'ils ſouhaiterent ſçavoir
228 III. P. du Voyage
&répondit ſi bien à toutes
leurs queſtions , qu'ils conçûrentbeaucoup
d'eftime, &
prirent même quelque forte
d'amitié pour luy. Ils dirent,
que le Roy de Siam n'épargneroit
rien pour avoir un auffi habile
Homme qu'il eſtoit , & le
prierent de vouloir bien les accompagner
jusqu'à Bergues, par
où ils devoientpaffer pour aller à
Ypres. Enfin ils luy dirent ,
qu'il s'expliquoit si bien , que
tout marquoit en luy ce qu'il
vouloit dire , & que ceux àqui
il parloit n'avoient que faire de
fçavoirfa langue , pour concedes
Amb. de Siam. 229
voir ce qu'il vouloit faire entendre.
Ils ne quitterent les Ramparts
que pour aller voir l'Arcenal,
où ils ne laiſſerent rien
à viſiter : de forte qu'eſtant
tous remplis de la beauté de
la Place , &de la grandeur du
Roy , ils fortirent en difant,
qu'ils voyoient par tout des chofes
inoüies. M Patoulet Intendant
de Marine , ayant
fait charger pluſieurs Ecluſes,
vint ſur le ſoir les prier d'en
voir l'effet , & leur dit , que
cela ne dureroit qu'un instant.
Ils demanderent, fi leRoy les
avoit fait faire comme le reste.
230 III . P. du Voyage
On leur dit que oüy. Ils repartirent
auffi -toſt , qu'ils ne
doutoient pas que cela ne répon
diſt à la magnificence de Sa Majesté
, &qu'ilsypaſſeroient non
pas un instant , mais la nuit
entiere. Ils monterent dans le
Carroffe de Me l'Intendant,
qui en avoit fait amener
d'autres pour leur Suite. Dés
qu'ils furent arrivez , on ouvrit
les Ecluſes, qui firent les
effets qu'on en attendoit.
L'Ambaſſadeur dit qu'il estoit
caution de la netteté du Port,
tant qu'on entretiendroit cesEclufes-
là. Ils virent le nouveau
L
des Amb. de Siam. 231
Baffin pour les Vaiſſeaux du
Roy , qui eſt encore un des
Ouvrages qui répond le plus
à la grandeur de Sa Majefté.
On leur montra auſſi plufieurs
Vaiſſeaux fur le chantier.
Si je voulois vous faire
un détail entier de tout ce
que les Ambaſſadeurs ont vû
& dit à Dunkerque , & de la
maniere dont le Roy y eſt
ſervy, j'avoue qu'il me feroit
difficile de trouver la fin de
certe Relation . L'Ambaſſadeur
donna ce ſoir-là pour
mot , Nous triomphons par fa
victoire, & dit que c'eſtoit une
234 III . P. du Voyage
verité , puiſque l'état où ef
toit la Ville , depuis qu'elle
avoit eſté conquiſe par Sa
Majesté , & l'opulence des
Peuples , faifoient voir qu'ils
triomphoient par la victoire
de ce
de ce grand Monarque.
Aprés avoir ſejourné à
Dunkerque le 29. & le 30. ils
en partirent avec des honneurs
qui ne peuvent eſtre
comparez qu'à ceux qu'ils avoient
receus en y entrant.
Ils s'embarquerent dés ſept
heures du matin, ſur le canal
de Bergues , qui eſt hors la
Ville, dans un batteau coudes
Amb. de Siam. 233
vert bien meublé & vîtré,
que M Deſmadrit leur avoit
fait préparer. Ils avoient prié
de trop bonne grace M du
Verger de venir avec eux jufques
à Bergues , pour en eſtre
refufez. Il les accompagna
juſque- là, & ils parlerent pendant
tout le chemin de Fortifications
& des inondations
de Siam. L'Ambaſſadeur luy
dit qu'il croyoit qu'il estoit un
homme univerſel. Ils trouverent
fur le chemin de Dunkerque
à Bergues, le long du
Canal, le Fort Louis, & le Fort
S. François , qui font deux
V
234 III. P.du Voyage
Forts Royaux , & quelques
Redoutes . Ils en furent falüez
, & les Garniſons parurent
en bataille ſur les ramparts
. Eftant arrivez à Bergues
, Mª du Verger les quit
ta , dont ils témoignerent du
regret. Ils trouverent leurs
Carroffes , dans lesquels ils
monterent pour continuër
leur route. Ils furent falüez
par l'Artillerie de Bergues , &
trouverent la Garnifon fous
les armes , depuis une Porte
juſques à l'autre. Ils furent
meſme haranguez , & receurent
les Prefens de la Ville.
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Résumé : Dunkerque. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite des ambassadeurs de Siam à Dunkerque, une ville située en Flandres, fondée en 960 par le Comte Baudouin III. Dunkerque est réputée pour ses rues pittoresques, son port actif et ses habitants experts en navigation. Marie de Luxembourg, Comtesse de Saint-Pol et Dame de Dunkerque, a épousé François de Bourbon, Comte de Vendôme, ancêtre du roi de France, ce qui a justifié les prétentions royales sur la ville. Dunkerque a connu plusieurs changements de mains au fil des siècles. Elle a été prise par les Français en 1558, reprise par les Espagnols en 1583, conquise par le Duc d'Anjou en 1646, puis de nouveau par les Espagnols en 1652, avant d'être finalement rachetée par le roi de France en 1662. La citadelle et les fortifications de Dunkerque sont particulièrement remarquables. Lors de leur visite, les ambassadeurs de Siam ont été accueillis avec des honneurs militaires et civils. Ils ont été logés à l'Hôtel de Ville et ont reçu des présents. Ils ont visité les fortifications, les jetées et les forts, et ont été impressionnés par la propreté et la discipline des lieux. Ils ont également assisté à des démonstrations de l'artillerie et des écluses, exprimant leur admiration pour les ouvrages et la grandeur du roi. Après deux jours à Dunkerque, ils ont quitté la ville en bateau, accompagnés par des salves d'artillerie et des honneurs militaires.
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45
p. 235-242
Ipres. [titre d'après la table]
Début :
Aprés l'avoir traversée, ils allerent dîner à Rosbruck, qui [...]
Mots clefs :
Ypres, Roesbrugge, Ville, Fort, Roi, La Neuville, Ambassadeurs, Place, Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ipres. [titre d'après la table]
Aprés l'avoir traversée , ils allerent
dîner à Rolbruck , qui
eſt un Bourg ſur le chemin
d'Ipre , où ils coucherent
le 3r. Ipre eſt une Ville
fort riche & qui a pluſieurs
belles Eglifes, dont S. Martin
eft la Cathedrale. Paul IV. y
eftablit un Eveſché en 1550.
ſous la Jurisdiction de l'Archeveſché
de Malines. On y
voit de beaux Edifiors , des
Palais&diverſes Places, entre
leſquelles celle de la Seigneurie
eft confiderable. CerteVille
a foutenu pluſieurs Sieges,
&fut foumiſe à laFrance par
Vij
236 III. P. du Voyage
celuy qu'y mit le Roy en
1678. aprés la priſe de Gand.
M de la Neuville, Lieutenant
de Roy, qui commande dans
la Place , receut les Ambaſſadeurs
à leur arrivée , & leur
marqua qu'il executoit avec
plaifir les ordres qu'il en avoit
eus de Sa Majefté. Le canon
ſe fit entendre,& la Garnifon
leur parut auffi belle que
nombreuſe . Ils allerent defcendre
à la Châtellenie , que
la Ville avoit deſtinée pour
leur logement, &qu'elle avoit
pris ſoin de faire meubler.
Aprés que M de Ville les
desAmb de Siam. 237
eurent complimentez avec la
ceremonie ordinaire des Prefens
, M de la Neuville demanda
le mot. Le premier
Ambaſſadeur donna mauvais
voisin , parceque ceste Ville
eſt proche de Gand & de Bruges,&
que le Roy eſt un dangereux
voiſin quand on l'offenſe
. Le lendemain ils virent
en dehors le corps de la Place,
& tous les Travaux, où ils
trouverent une grande quantité
de Perdrix ; ce qui leur
donna beaucoup de plaifir,
& les obligea de dire qu'il
faloit que Mr de la Neuville
238 III. P. du Voyage
fust un homme d'un grand ordre,
puiſqu'il pouvoit venir à bout
de faire conſerver tout ce Gibier.
Les foffez eſtoient auſſi remplis
de Canards & de Sercelles,&
de toute forte de Gibier
ſauvage. Ils virent un trésgrand
nombre d'Ouvriers qui
travailloient en pluſieurs endroits,
& cela fut cauſe qu'ils
parlerent beaucoup de la
grandeur & de la puiſſance
du Roy , & de l'amour qu'il
avoit pour ſes Sujets , puifqu'il
faifoit tant de dépenſe
pour les mettre en ſeureté.
On dîna chez M Deſmadrit
1
N
des Amb. de Siam. 239
le repas fut propre , magnifique
& grand , & accompagné
de quantité d'inſtrumens ,
ainſi que de pluſieurs fortes
de Liqueurs , dont il y avoit
en abondance. On ſe mit enfuite
dans un bateau fort
propre pour aller voir les éclufes
qui font à une lieuë de S.
Omer . Il y avoit dans ce bateau
un grand nombre de
trompettes qui joüoient alternativement
, & fe repondoient
les uns aux autres. On
arriva aux Ecluſes, où l'on fit
monter deux bateaux chargez
de pierres , ce qui furprit
240 III. P. du Voyage
fort les Ambaſſadeurs , hors
le ſecond qui dit qu'il en avoit
vû de même à la Chine. Ils
prierent qu'on leur fiſt voir
juſques à la moindre partie
de ces écluſes ; on leur donna
cette fatisfaction , ce qui
fut cauſe qu'on rentra fort
tard ; le bruit des Inftrumens
annonça le retour des Ambaſſadeurs
. Ils donnerent ce
foir là pour mot , ſi l'on m'attaque
je rongeray mon bras ,
parce que M de la Neuville
Commandant de la Place chez
د
qui ils alloient ſouper eft
manchot. On ne peut rien
ajouter
des Amb. de Siam. 241
ajoûter à la propreté , & à la
magnificence de ce repas . On
y but la Santé de l'Alliance
Royale , & celle des deux
Rois avec un fi grand bruit
de Canon , que beaucoup de
vitres ſe reſſentirent de cette
grande joye. Ainſi les Ambaſſadeurs
qui chaque jour
eſtoient de plus en plus remplis
de la grandeur de Sa Majeſté
, s'en retournerent charmez
de la bonne reception
que ſes Sujets luy faifoient
par tout. Ils partirent le lendemain
2. deNovembre aprés
avoir fait de grands remer-
4
X
242 III. P. du Voyage
ciemens à ces Ms qui les a
voient fi magnifiquement regalez
, & ne s'éloignerent du
bruit du Canon qui les ſalua
à leur fortie , que pour aller
entendre celuy de Menin.
dîner à Rolbruck , qui
eſt un Bourg ſur le chemin
d'Ipre , où ils coucherent
le 3r. Ipre eſt une Ville
fort riche & qui a pluſieurs
belles Eglifes, dont S. Martin
eft la Cathedrale. Paul IV. y
eftablit un Eveſché en 1550.
ſous la Jurisdiction de l'Archeveſché
de Malines. On y
voit de beaux Edifiors , des
Palais&diverſes Places, entre
leſquelles celle de la Seigneurie
eft confiderable. CerteVille
a foutenu pluſieurs Sieges,
&fut foumiſe à laFrance par
Vij
236 III. P. du Voyage
celuy qu'y mit le Roy en
1678. aprés la priſe de Gand.
M de la Neuville, Lieutenant
de Roy, qui commande dans
la Place , receut les Ambaſſadeurs
à leur arrivée , & leur
marqua qu'il executoit avec
plaifir les ordres qu'il en avoit
eus de Sa Majefté. Le canon
ſe fit entendre,& la Garnifon
leur parut auffi belle que
nombreuſe . Ils allerent defcendre
à la Châtellenie , que
la Ville avoit deſtinée pour
leur logement, &qu'elle avoit
pris ſoin de faire meubler.
Aprés que M de Ville les
desAmb de Siam. 237
eurent complimentez avec la
ceremonie ordinaire des Prefens
, M de la Neuville demanda
le mot. Le premier
Ambaſſadeur donna mauvais
voisin , parceque ceste Ville
eſt proche de Gand & de Bruges,&
que le Roy eſt un dangereux
voiſin quand on l'offenſe
. Le lendemain ils virent
en dehors le corps de la Place,
& tous les Travaux, où ils
trouverent une grande quantité
de Perdrix ; ce qui leur
donna beaucoup de plaifir,
& les obligea de dire qu'il
faloit que Mr de la Neuville
238 III. P. du Voyage
fust un homme d'un grand ordre,
puiſqu'il pouvoit venir à bout
de faire conſerver tout ce Gibier.
Les foffez eſtoient auſſi remplis
de Canards & de Sercelles,&
de toute forte de Gibier
ſauvage. Ils virent un trésgrand
nombre d'Ouvriers qui
travailloient en pluſieurs endroits,
& cela fut cauſe qu'ils
parlerent beaucoup de la
grandeur & de la puiſſance
du Roy , & de l'amour qu'il
avoit pour ſes Sujets , puifqu'il
faifoit tant de dépenſe
pour les mettre en ſeureté.
On dîna chez M Deſmadrit
1
N
des Amb. de Siam. 239
le repas fut propre , magnifique
& grand , & accompagné
de quantité d'inſtrumens ,
ainſi que de pluſieurs fortes
de Liqueurs , dont il y avoit
en abondance. On ſe mit enfuite
dans un bateau fort
propre pour aller voir les éclufes
qui font à une lieuë de S.
Omer . Il y avoit dans ce bateau
un grand nombre de
trompettes qui joüoient alternativement
, & fe repondoient
les uns aux autres. On
arriva aux Ecluſes, où l'on fit
monter deux bateaux chargez
de pierres , ce qui furprit
240 III. P. du Voyage
fort les Ambaſſadeurs , hors
le ſecond qui dit qu'il en avoit
vû de même à la Chine. Ils
prierent qu'on leur fiſt voir
juſques à la moindre partie
de ces écluſes ; on leur donna
cette fatisfaction , ce qui
fut cauſe qu'on rentra fort
tard ; le bruit des Inftrumens
annonça le retour des Ambaſſadeurs
. Ils donnerent ce
foir là pour mot , ſi l'on m'attaque
je rongeray mon bras ,
parce que M de la Neuville
Commandant de la Place chez
د
qui ils alloient ſouper eft
manchot. On ne peut rien
ajouter
des Amb. de Siam. 241
ajoûter à la propreté , & à la
magnificence de ce repas . On
y but la Santé de l'Alliance
Royale , & celle des deux
Rois avec un fi grand bruit
de Canon , que beaucoup de
vitres ſe reſſentirent de cette
grande joye. Ainſi les Ambaſſadeurs
qui chaque jour
eſtoient de plus en plus remplis
de la grandeur de Sa Majeſté
, s'en retournerent charmez
de la bonne reception
que ſes Sujets luy faifoient
par tout. Ils partirent le lendemain
2. deNovembre aprés
avoir fait de grands remer-
4
X
242 III. P. du Voyage
ciemens à ces Ms qui les a
voient fi magnifiquement regalez
, & ne s'éloignerent du
bruit du Canon qui les ſalua
à leur fortie , que pour aller
entendre celuy de Menin.
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Résumé : Ipres. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage d'ambassadeurs de Siam à Ipre, une ville riche et fortifiée. Après avoir traversé une rivière, ils dînèrent à Rolbruck et passèrent la nuit à Ipre, où ils furent accueillis par M. de la Neuville, lieutenant du roi. Ipre, célèbre pour ses églises et édifices, avait connu plusieurs sièges et fut soumise à la France en 1678. Les ambassadeurs visitèrent les fortifications et admirèrent la gestion du gibier par M. de la Neuville. Ils furent impressionnés par les travaux de défense et la quantité d'ouvriers. Un dîner somptueux fut organisé chez M. Desmadrit, suivi d'une visite des écluses près de Saint-Omer. Les ambassadeurs furent surpris par les écluses chargées de pierres, similaires à celles de la Chine. Le soir, ils soupergèrent chez le commandant manchot de la place, M. de la Neuville, et firent des vœux pour l'alliance royale. Le lendemain, ils partirent après avoir remercié leurs hôtes et entendirent le canon de Menin.
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46
p. 245-269
Lille. [titre d'après la table]
Début :
Ce même jour 3. de Novembre ils allerent coucher à [...]
Mots clefs :
Lille, Ville, Fort, Sébastien Le Prestre de Vauban, Roi, La Rablière, Place, Hôtel de la monnaie, Flandre, Citadelle, Ambassadeurs, Monde, Argent, Gendarmes, France, Temps, Dames, Moulin, Peuple, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lille. [titre d'après la table]
Ce même jour 3. de Novembre
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
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Résumé : Lille. [titre d'après la table]
Le 3 novembre, les ambassadeurs séjournèrent à Lille, une ville située sur la rivière Deûle, célèbre pour ses eaux remplissant ses doubles fossés en forme de demi-lunes. Lille est une grande ville avec des églises magnifiques. Baudouin V de Lille, Comte de Flandre, y fonda la collégiale de Saint-Pierre. Lille, capitale de la Flandre gallicane, fut entourée de murailles par Baudouin V en 1046. Philippe le Hardy y établit une Chambre des Comtes en 1385. Le roi la soumit en 1667 et, selon la Paix d'Aix-la-Chapelle en 1668, elle resta à la France. Sa Majesté y fit construire une citadelle flanquée de cinq grands bastions royaux. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par une foule nombreuse et une gendarmerie commandée par M. Doleac. M. de la Rablière, commandant, les reçut et leur présenta les membres du magistrat. Ils entrèrent ensuite dans la ville, où la foule était si dense qu'ils crurent revivre leur entrée à Paris. Après avoir traversé plusieurs rues bordées de troupes, ils retrouvèrent la gendarmerie en bataille sur la place. Le lendemain, M. de la Rablière les conduisit à la citadelle, où ils furent reçus au bruit du canon. Ils visitèrent les remparts avec M. Morion, lieutenant du roi, et l'ingénieur. On leur expliqua que M. de Vauban était le gouverneur de cette citadelle, qu'il avait lui-même construite, et qu'il était réputé pour ses fortifications. Ils visitèrent également le jardin, une grotte, et l'arsenal. Dans l'après-midi, ils participèrent à une chasse et assistèrent à une comédie suivie d'un concert et d'une collation magnifique à l'hôtel de ville. Les ambassadeurs furent ensuite conduits à l'hôtel de la Monnoye, où ils virent la fabrication des monnaies, de la fonte des moules à la mise en circulation des pièces. Ils admirèrent les machines et les processus de fabrication. Ils exprimèrent leur admiration et leur souhait de voir plus de détails, mais le temps manquait. Ils visitèrent également l'hôpital Comtesse, où des religieuses soignaient les malades et les blessés. Elles leur offrirent des bouquets de leurs ouvrages. M. Doleac leur envoya un message pour leur montrer la gendarmerie, mais ils durent décliner en raison de leur emploi du temps chargé. Les ambassadeurs firent le tour de la place, visitèrent les arsenaux et les magasins, et furent impressionnés par leur organisation. Ils se rendirent ensuite chez les Jésuites, où ils virent un moulin à eau remarquable. Ils furent invités à une collation et exprimèrent leur gratitude pour l'accueil reçu. Le soir, ils souperèrent chez M. de la Rablière, où un grand bal fut organisé. Ils ne quittèrent la ville que le lendemain, après avoir dîné de bonne heure, en parlant des grandeurs du roi et des beautés de Lille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 269-301
Tournay. [titre d'après la table]
Début :
Ce mesme jour qui estoit le 6. ils arriverent à Tournay. [...]
Mots clefs :
Tournai, Surmon, Pierre Paul Rubens, Édouard-François Colbert, Comte de Maulévrier, Ville, Ambassadeurs, Voir, Roi, Porte, Dames, Ville, Fort, Comtesse, Place, Citadelle, Table, France, Gouverneur, Fourneaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tournay. [titre d'après la table]
Ce meſme jour qui eſtoit
le 6. ils arriverent à Tournay.
C'eſt une Place tres-forte, défenduë
par un Chafteau, qu'on
dit que les Angiois ont bafty.
Elle eſt ſur l'Eſcaut , & Capitale
d'un petit Païs appellé
le Tournaiſis. Outre l'Eglife
Cathedrale de Nôtre-Dame
qui est tres-belle , elle a dix
Paroiſſes , deux Abbayes , &
diverſes autres Maiſons Religieuſes
. L'Empereur Charles
Zij
270 III . P. du Voyage
V. la prit en 1521. aux François
qui s'en eſtoient rendus
Maiſtres trois ans auparavant.
Elle eſt demeurée au Roy par
le Traité d'Aix la Chapelle.
Sa Majesté l'avoit priſe en
1667. Cette Ville est tres- ancienne.
L'Evêché eſt Suffragant
de Cambray. M le
Comte de Maulevrier , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur des Ville
&Citadelle de Tournay & du
Tournefis , avoit envoyé fur
le midy à une lieuë au devant
des Ambaſſadeurs vingt Maîtres
du Regiment des Cuiraf
r
des Amb. de Siam. 271
fiers qui eſt en garniſon dans
la Ville , commandez par un
Lieutenant , auquel il avoit
marqué le lieu où il devoit ſe
trouver avec ſa Troupe , &
donné ordre qu'aprés que ce
Lieutenant auroit ſalue les
Ambaſſadeurs , il marcheroit
àla teſte de leur Caroſſe avec
fix des ſiens , feroit marcher
les 14. autres derriere , qu'ils
eſcorteroient ainſi ju qu'au
Village de Markin , qui eft à
une demy-lieuë de Tournay ,
où il avoit reſolu de venir
avec un Eſcadron des Cuiraffiers.
Apres que ce Comte
272 III . P. du Voyage
les eût ſaluez , & qu'il leut cût
fait fon compliment au lieu
où il eſtoit venu les attendre,
il prit le devant , & ſe rendit
à la maiſon qu'il leur avoit
fait preparer , & qui estoit magnifiquement
meublée, pendant
que tout l'Eſcadron marchoit
devant & derriere leur
Caroffe. En approchant de la
Barriere , ils furent ſaluez de
vingt coups de Canon , &
paſſerent depuis la porte de
la Ville entre deux hayes d'Infanterie
juſqu'à leur logis , où
Mle Comte de Maulevrier
les receut
د &leur preſenta
des Amb. de Siam , 273
Mrs du Magiftrat. La harangue
qu'ils firent , fut prononcée
par M de Surmon Conſeiller
Penſionnaire, qui adrefſa
la parole au premier Ambaſſadeur
, & luy parla en ces
termes .
MONSEIGNEVR ,
La renommée nous avoit appris
les grandes qualitez du Roy de Siam,
&la grandeur de son genie pour la
conduite deſes Peuples, &nousſçavions
auſſiiessoins particuliers qu'il
y apporte. Nous admirons aujourd'huy
le zele qu'il a fait paroître
pour reconnoître les choses les plus
importantes de la terre , & nous
274 III . P. du Voyage
1
nous réjouiſſons en mesme temps
du bonheur qui a accompagné vôtre
Excellence pourfurmonter les perils
& les fatigues que luy ont causé
l'éloignement & les difficultez du
chemin. Nous avons bien de la joye,
Monseigneur ,du fuccez de ce voyage
que le Ciel a inspiré pour rechercher
l'amitié de nostre Auguste Mo.
narque , qui apres avoir vaincu tous
Ses ennemis,& pouvant encore pouffer
plus loinfes Conquestes,a missa
plus grande gloire , à donner la Paix
à toute l'Europe. Nous voyons pre-
Sentement que Sa Majesté cherche à
fairepart au Roy vostre Maistre de
toutes les lumieres dont ila besoin ,
pour reconnoistre & embrasfer la Foy
Chrétienne , qui ſeule est recenë en
tous ſes Royaumes , afin d'augmenter
par ce moyen le merite de fon zele.
des Amb . de Siam. 275
Nous venons , Monseigneur , de la
part du Magistrat de cette ville
rendre nos reſpects à voſtre Excellence
, & la ſuplier d'agréer l'offre
de nos tres-humbles fervices , & les
Vins honoraires de la Ville que luy
profententfes tres-humbles & tresobeiſſans
Serviteurs , Les Prevost ,
Iurez, Majeur, & Eſchevins de la
Villede Tournay.
Le Preſent de Ville fut de
fix douzaines de Bouteilles
de tres- excellent Vin. L'Ambaſſadeur
répondit ,
MESSIEVRS,
Le Roy de Siam notre Maistre
ayant esté informé de la grandeur
276 III . P. du Voyage
du Roy de France , & de toutes ses
Conquestes , luy a envoyé trois Ambassadeurs
, pour luy demander fon
amitié ; & afin d'estre instruit plus
particulierement de ſes Victoires ,
Sa Majesté nous a fait combler de
tres-grands honneurs dans tous les
endroits de fon Royaume où nous
avons pasé. Nous remercions ,
Meffieurs , la Ville de Tournay de
ceux qu'elle nous rend enfon particulier
, & de ſes Prefens.
Les Magiftrats ſe retirerent
aprés cette réponſe , &
M le Comte de Maulevrier
prit l'ordre des Ambaſſadeurs
, qui le luy donnerent
en ces mots , Aufſfi fidelle que
brave , ce qui s'applique à la
des Amb. de Siam. 277
perſonne de ce Gouverneur.
Sur les cinq heures du ſoir
Me l'Evêque de Tournay leur
rendit viſite, accompagné de
M de Mefgrigny , Gouverneur
de la Citadelle . Une
heure aprés on fit joüer un
Feu d'Artifice , que Mrs du
Magiſtrat avoient fait dreſſer
devant leurs feneftres . Il eftoit
de vingt - quatre pieds
en quarré, fur douze à quinze
d'élevation. Au milieu paroiſſoient
deux Elephans ſur
un Piedeftal , & entr'eux un
Soleil un peu plus élevé , le
tout gaudronné , de maniere
278 III. P. du Voyage
que les Elephans & le Soleil
demeurerent enflâmez pendant
que le Feu dura. Le
reſte eſtoit compofé de quantité
d'Artifice. On avoit cu
deſſein d'orner la machine de
ce Feu de quelques Deviſes
à la gloire des deux Roys ,
&pour cet effet on demanda
aux Ambaſſadeurs le nom du
Roy de Siam ; mais ils répondirent
qu'ils ignoroient le
nom de leurs Roys tant qu'ils
vivoient, & qu'ils ne l'apprenoient
jamais qu'aprés leur mort.
Le Feu finy , ils demanderent
à quoy ſervoient qua
د
des Amb. de Siam. 279
artre
Pompes que l'on avoit
fait mener aux quatre coins.
On leur dit , qu'elles fervoient
à jetter de l'eau dedans &fur
les Maiſons , en cas qu'ily
rivât quelque accidentpar lefeu.
Ils ſouhaiterent en voir l'effet.
On les fit joüer devant
eux ; & comme cela ne ſe
pouvoit fans moüiller le Peuple
, ce fut encore un plaifir
qu'ils eurent. Le troifiéme
Ambaſſadeur defcendit pour
examiner une de ces Machines
. Avant que l'on fiſt joüer
le Feu, il y eur une décharge
d'une trentaine de Boëtes
280 III . P. du Voyage
qu'on avoit rangées autour.
Sur les ſept heures les Ambaſſadeurs
envoyerent prier
Me le Comte de Maulevrier,
de permettre à M le Marquis
fon Fils de venir ſouper
avec eux . Ils ſe mirent à table
ſi- tôt qu'il fut arrivé , &
on ne laiſſa entrer que les
Dames pour les voir manger.
Le lendemain 7. à neuf
heures du matin, Male Comte
de Maulevrier leur envoya
ſes trois Carroſſes , qui les
conduiſirent à la Citadelle, à
l'entrée de laquelle Me de
desAmb de Siam. 281
Meſgrigny les fit faluër de
vingt coups de canon. Aprés
les avoir reçûs , il les mena
d'abord fur le Baſtion Dauphin.
Comme ils avoient en
main le Plan de la Ville &
de la Citadelle, ils ſe contenterent
de voir ce ſeul Baſtion,
& admirerent tous les Ouvrages
qu'ils découvtoient
de ce lieu. Monfieur de
Meſgrigny leur fit entendre
que tout ce qu'ils voyoient
&tous les environs de la Citadelle
estoient minez & contreminez
, & même qu'à la
pointe du glacis de ce Baf
Aa
282 III. P. du Voyage
tion ily avoit trois Fourneaux
chargez, qui estoient preſts à
fauter. Ils demanderent à
defcendre dans les Galeries
afin de mieux examiner ces
Fourneaux ; ce qu'ils firet fort
curieufement , & aprés quel
ques raiſonnemens & quelques
queſtions qu'ils firent à
M de Mefgrigny fur la Fortification
, ils remonterent ,
& fortirent à la Porte Dauphine.
Me de Meſgrigny
leur montra l'endroit où ef
toient les trois Fourneaux ,
que l'on fit ſauter en leur prefence.
L'un eftoit chargé d'un
r
des Amb. de Siam. 283
millier de Poudre , l'autre de
douze cens livres , & le troifiéme
de trois mille cinq cens
livres . Ces trois Fourneaux
eurent tout l'effet qu'on en
pouvoit efperer , & leur firent
un ſi grand plaiſir, qu'ils
demanderent à voir les Contremines
. M de Mefgrigny
les mena à l'Arcenal , où il
leur en fit voir le Plan. Ils
luy témoignerent quelque envie
de l'avoir ; mais il leur
fit entendre que ces Plans-là
eſtant le vray fecret d'une
Place, ils ne ſe donnoient ny
ne ſe montroient jamais à per-
A a ij
284 III . P. du Voyage
fonne. Aprés l'avoir bien
examiné , & demandé raiſon
de toutes chofes , ils allerent
voir faire l'Exercice à la Compagnie
des jeunes Gentilshommes
, qui fit fort bien à
fon ordinaire.Cela eſtant fait,
ils fortirent de la Citadelle, &
furent falüez par vingt autres
coups de Canon ; & enfuite
ils retournerent chez eux, où
toutes les Dames les virent
dîner. En ſortant de table,
ils monterent en Carroffe , &
allerent à la Porte S. Martin,
où ils trouverent des Chevaux
que Me le Comte de MaudesAmb.
de Siam. 285
levrier leur avoit fait tenir
preſts. Ils s'en ſervirent pour
aller viſiter les Ouvrages de
la Place. Comme ils en avoient
le Plan avec eux , ils
ſe contenterent d'en voir une
partie. Ils rentrerent par la
Porte de Lille , & vinrent à la
Comedie , où madame la
Comteſſe de maulevrier , &
Madame la Comteſſe de ме-
davy , les attendoient avec
une vingtaine de Dames des
mieux faites de la Ville. Ils
y donnerent l'ordre à m ' de
Jearny major de la Ville , en
ces mots : Ie m'appuiray du
د
286 III . P. du Voyage
bâton en combattant de l'épée.
Ce Mot ainſi que le precedent
, eft appliqué à la perfonne
de M le Comte de
Maulevrier . Ce n'eſt pas à
moy à raifonner fur ces mots,
& je n'en dois rien dire , finon
qu'ils furent fort applaudis.
On joüa une Piece
Comique ; mais afin de faire
voir de beaux Habits aux
Ambaſſadeurs , Male Comte
de maulevrier ordonna aux
Comediens de ſe veſtir à
la Romaine ; ce qui réüffit
fort bien. Aprés la Comedie,
ce Comte les fit mener dans
des Amb. de Siam. 287
ſes Carroffes fur l'Eſplanade,
où il leur avoit fait preparer
quatre mortiers , pour leur
faire voir l'effet de deux
Bombes , d'un Boulet rou-
,
ge , & d'une Carcaffe. Ils
admirerent ces machines ,
& en raiſonnerent fort par-
د
ticulierement , ſe faiſant inſtruire
de tout & mefme
des moindres chofes . Ils monterent
fur la muraille , & virent
jetter les bombes dans la
Campagne avec beaucoup
d'admiration. M le Comte
de Maulevrier les conduifit
enfuite dans ſa maiſon , dont
288 III. P. du Voyage
ils trouverent le devant de la
porte & la Cour fort illuminez.
Il les fit monter dans
l'Appartement de Madame la
Comteſſe de Maulevrier qui
les receut avec Madame la
Comteſſe de Medavy & plufieurs
Dames . En attendant
on leur
د l'heure du ſoupé
donna le divertiſſement d'un
Concert de Muſique , compoſé
de tres-belles voix , d'une
viole & de quelques flutes
douces . Ce Concert fut trouvé
bien executé & de bon
goût. L'heure du ſoupé venuë
, ils deſcendirent dans la
grande
desAmb. de Siam. 289
grande Sale , où ils trouverent
une table de vingt-quatre
couverts , remplie de viandes
les plus delicates & les
plus exquiſes. M le Comte de
Maulevrier leur en avoit fait
ſervir devant eux qui eſtoient
appreſtées à la Françoiſe & à
leurs manieres ce qui les fit
د
demeurer plus longtemps à
table qu'ils n'auroient fait.
Leurs trois places eſtoient de
ſuite ſeparées des autres , & à
droit & à gauche eſtoient Mme
la Comteſſe de maulevrier ,
Madame la Comteſſe de Medavy
, & fix Dames des mieux
Bb
290. III. P. du Voyage
faites de la Ville. Pendant le
foupé, on leur donna le divertiſſement
d'un autre Concert
compoſé de voix , de hautbois&
de violons. M. leComte
de maulevrier but à leurs
fantez, & ils luy firent raifon
chacun en particulier avec
toute l'honneſteté imaginable.
Ilbeut enſuite à l'Alliance
des deux Couronnes , &
lorſque les Ambaſſadeurs y
burent auſſi on entendit
une décharge de quantité de
boëttes. Elle fut fuivie prefque
auffi-tôt d'ungrand bruit
de Timbales & de Trompet-
د
des Amb. de Siam. 291
tes qui continua juſqu'à ce
que les Ambaſſadeurs buſſent
à la ſanté du Roy de France.
Pendant que m' le Comte de
Maulevrier leur en fit raifon ,
une autre décharge de boëttes
ſe fit entendre , & le bruit
des Timballes & des Trompettes
recommença. On but
enfuite à la ſanté du puiſſant
Roy de Siam , & pendant ce
temps , la meſme quantité de
boëttes , de Timballes & de
Trompettes fit encore le mê.
me bruit. Il continua lorſque
M. le Comte de Maulevrier
but à leur bonVoyage. Cette
Bb ij
292 III. P. du Voyage
Γ
ſanté leur fit beaucoup de
plaifir. Ils burent auſſi à celle
des Dames. Aprés que l'on
fut forty de table , M² le
Comte de maulevrier les conduifit
dans fon Appartement,
& leur demanda s'ils ne voudroient
point fumer , mais
comme apparemment ils ſçavoient
que cela ſe pratique
peu en France , & fur tout en
compagnie , ils l'en remercierent.
Peu de temps aprés
il les mena à la porte de fon
Jardin , au milieu duquel &
au tour du Baffin , il y avoit
un fort grand nombre de fu
des Amb. de Siam. 293
ſées volantes qu'ils virent tirer
avec beaucoup du plaifir.
Ils rentrerent dans la Sale
ils trouverent les Dames rangées
, & quantité de violons
qui joüoient. Comme ils avoient
ſceu que M. le Comte
de Maulevrier icur vouloit
donner le divertiſſement d'un
Bal , ils prirent les places qui
leur eſtoient preparées , & virent
dancer pendant deux
heures avec une joye qui faiſoit
connoître qu'ils eftoient
tres-fatisfaits de tous cesplaifirs
; aprés quoy ils prirent
congé de M. le Gouverneur ,
Bb iij
294 III P. du Voyage
auquel ils marqueret une tresgrande
reconnoiſſance de tous
les honneurs qu'il leur avoit
rendus. Ils luy firent dire entr'autres
chofes qu'il ſembloit
toute sa famille s'estoit fait
à l'envy un plaisir de les comblerde
toutes fortes d'honneſtetez .
Ils monterent dans ſes Carofſes
, & s'en retournerent à leur
logis. La court& le devant de
la porte eſtoient encore éclai
rez . Tous ces divertiſſemens ſe
pafferent ſans la moindre confufion
, & avec un ordre digne
des precautions que M
&Me la Comteſſe de Maы-
:
1
r
des Amb.de Siam. 295
levrier avoient priſes ſur toutes
choſes.
Le lendemain 8. fur les 9.
heures du matin, les Ambaſſadeurs
envoyerent querir M
le marquis de Maulevrier pour
déjeuner avec eux. Ils ſe mirent
à table ſi-toft qu'il fut
arrivé. Les Dames ; c'eſt à dire
celles qui pouvoient eſtre levées
, les virent encore pendant
ce temps , & apres qu'ils
eurent déjeuné , toutes chofes
eftant preparées pour leur départ
, &M le Comte deMaulevrier
eſtant venu prendre
congé d'eux , ils monterent
Bb iiij
296 III. P. du Voyage
en Caroffe ,& pafſferent entre
deux hayes au milieu d'un
Eſcadron de Cavallerie , &
d'un Bataillon d'Infanterie
rangez ſur la Place , & depuis
la Place juſqu'à la grande Egliſe
qu'ils voulurent voir. Ils y
trouverent M. l'Eveſque de
Tournay qui les y attendoit,&
lui firentdire que s'ils ne l'euffent
pas trouvé là , leur deſſein eſtoit
d'aller chezluy pouravoir l'honneur
de le voir. M² l'Eveſque
les remercia. Il parut qu'en
entrant dans ce magnifique
Temple , ils furent touchez de
quelque ſecret mouvement
des Amb. de Siam. 297
qui leur inſpirade faire dire à
ce Prelat qu'ils le prioient d'obtenir
du vray Dieu qu'ils le puſſent
connoître, & qu'illuy plût de les
tirer des Tenebres où ils pouvoient
estre pourprofeſſerla veritable Religion.
M l'Eveſque leur répondit
, que toute la France &
toute la Chrétienté prioit tous les
jours Dieu pour cela. Il les conduiſit
enſuite dans le Choeur
qui eſt un des plus beaux qu'il
y ait en France. Ils y trouverent
Ms du Chapitre rangez
chacun dans ſa place. Ils les
ſaluerent , & allerent juſqu'au
prés & derriere l'Autel , où
298 III. P du Voyage
ils furent quelque temps à admirer
deux excellens Tableaux
de Rubens, & quantité
de tres- beaux Ouvrages de
Marbre & d'Albatre nouvellement
faits autour de l'Autel.
Delà ils revinrent dans
le Choeur , où Ms du Chapitre
leur firent chanter un
Moret par leur Muſique, aprés
quoy les Ambaſſadeurs firent
repeter encore à M. l'Eveſque
qu'ils leprioient d'obtenir du vray
Dieu qu'il les daignaſt éclairer ,
& mettre en estat de profeffer la
veritable Religion. Ils prirent
enfuite congé de luy & de
des Amb . de Siam . 299
Mrs du Chapitre qu'ils remercierenr
. Eſtant remontez dans
leurs Caroffes , ils pafferent
encore entre deux hayes d'Infanterie
, depuis l'Egliſe jufqu'à
la Porte de Maruis , pour
prendre le chemin de Condé .
M le Comte de Maulevrier
les conduifit avec la meſme
quantité de Cavalerie , qui
avoit eſté au devant d'eux à
leur entrée . L'Artillerie les
ſalua de nouveau à la fortie
de la Barriere .
Le major du Regiment
d'Erlac eſtant venu avec les
Ambaſſadeurs depuis Grave
300 III . P. du Voyage
lines juſqu'à Tournay , où il
commande un Bataillon , ils
conçûrent de l'eftime pour
luy, &dans le chemin l'Ambaſſadeur
monta dans ſa
Chaiſe, pour eſſayer s'il conduiroit
bie cette forte de Voiture.
Il n'eut pas de peine à
faire connoître que fon adreſſe
égale fon eſprit. Ils
furent fi fatisfaits de се ма-
jor , que lorſqu'il prit congé
d'eux quand ils partirent de
Tournay, ils luydemáderent,
s'il ne pouvoitpas venir jusqu'à
Paris avec eux ; mais fon devoir
l'engageoit à demeurer
des Amb de Siam. 301
à Tournay. Ils virent fur le
chemin de Condé un Bourg
appellé Anthoin , qui appartient
à Madame la Princeffe
d'Epinoy , & ils ſe ſouvinrent
qu'ils avoient mangé avec
elle , à la Collation que M
de Seignelay leur donna le
jour qu'ils en eurent Audience.
le 6. ils arriverent à Tournay.
C'eſt une Place tres-forte, défenduë
par un Chafteau, qu'on
dit que les Angiois ont bafty.
Elle eſt ſur l'Eſcaut , & Capitale
d'un petit Païs appellé
le Tournaiſis. Outre l'Eglife
Cathedrale de Nôtre-Dame
qui est tres-belle , elle a dix
Paroiſſes , deux Abbayes , &
diverſes autres Maiſons Religieuſes
. L'Empereur Charles
Zij
270 III . P. du Voyage
V. la prit en 1521. aux François
qui s'en eſtoient rendus
Maiſtres trois ans auparavant.
Elle eſt demeurée au Roy par
le Traité d'Aix la Chapelle.
Sa Majesté l'avoit priſe en
1667. Cette Ville est tres- ancienne.
L'Evêché eſt Suffragant
de Cambray. M le
Comte de Maulevrier , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur des Ville
&Citadelle de Tournay & du
Tournefis , avoit envoyé fur
le midy à une lieuë au devant
des Ambaſſadeurs vingt Maîtres
du Regiment des Cuiraf
r
des Amb. de Siam. 271
fiers qui eſt en garniſon dans
la Ville , commandez par un
Lieutenant , auquel il avoit
marqué le lieu où il devoit ſe
trouver avec ſa Troupe , &
donné ordre qu'aprés que ce
Lieutenant auroit ſalue les
Ambaſſadeurs , il marcheroit
àla teſte de leur Caroſſe avec
fix des ſiens , feroit marcher
les 14. autres derriere , qu'ils
eſcorteroient ainſi ju qu'au
Village de Markin , qui eft à
une demy-lieuë de Tournay ,
où il avoit reſolu de venir
avec un Eſcadron des Cuiraffiers.
Apres que ce Comte
272 III . P. du Voyage
les eût ſaluez , & qu'il leut cût
fait fon compliment au lieu
où il eſtoit venu les attendre,
il prit le devant , & ſe rendit
à la maiſon qu'il leur avoit
fait preparer , & qui estoit magnifiquement
meublée, pendant
que tout l'Eſcadron marchoit
devant & derriere leur
Caroffe. En approchant de la
Barriere , ils furent ſaluez de
vingt coups de Canon , &
paſſerent depuis la porte de
la Ville entre deux hayes d'Infanterie
juſqu'à leur logis , où
Mle Comte de Maulevrier
les receut
د &leur preſenta
des Amb. de Siam , 273
Mrs du Magiftrat. La harangue
qu'ils firent , fut prononcée
par M de Surmon Conſeiller
Penſionnaire, qui adrefſa
la parole au premier Ambaſſadeur
, & luy parla en ces
termes .
MONSEIGNEVR ,
La renommée nous avoit appris
les grandes qualitez du Roy de Siam,
&la grandeur de son genie pour la
conduite deſes Peuples, &nousſçavions
auſſiiessoins particuliers qu'il
y apporte. Nous admirons aujourd'huy
le zele qu'il a fait paroître
pour reconnoître les choses les plus
importantes de la terre , & nous
274 III . P. du Voyage
1
nous réjouiſſons en mesme temps
du bonheur qui a accompagné vôtre
Excellence pourfurmonter les perils
& les fatigues que luy ont causé
l'éloignement & les difficultez du
chemin. Nous avons bien de la joye,
Monseigneur ,du fuccez de ce voyage
que le Ciel a inspiré pour rechercher
l'amitié de nostre Auguste Mo.
narque , qui apres avoir vaincu tous
Ses ennemis,& pouvant encore pouffer
plus loinfes Conquestes,a missa
plus grande gloire , à donner la Paix
à toute l'Europe. Nous voyons pre-
Sentement que Sa Majesté cherche à
fairepart au Roy vostre Maistre de
toutes les lumieres dont ila besoin ,
pour reconnoistre & embrasfer la Foy
Chrétienne , qui ſeule est recenë en
tous ſes Royaumes , afin d'augmenter
par ce moyen le merite de fon zele.
des Amb . de Siam. 275
Nous venons , Monseigneur , de la
part du Magistrat de cette ville
rendre nos reſpects à voſtre Excellence
, & la ſuplier d'agréer l'offre
de nos tres-humbles fervices , & les
Vins honoraires de la Ville que luy
profententfes tres-humbles & tresobeiſſans
Serviteurs , Les Prevost ,
Iurez, Majeur, & Eſchevins de la
Villede Tournay.
Le Preſent de Ville fut de
fix douzaines de Bouteilles
de tres- excellent Vin. L'Ambaſſadeur
répondit ,
MESSIEVRS,
Le Roy de Siam notre Maistre
ayant esté informé de la grandeur
276 III . P. du Voyage
du Roy de France , & de toutes ses
Conquestes , luy a envoyé trois Ambassadeurs
, pour luy demander fon
amitié ; & afin d'estre instruit plus
particulierement de ſes Victoires ,
Sa Majesté nous a fait combler de
tres-grands honneurs dans tous les
endroits de fon Royaume où nous
avons pasé. Nous remercions ,
Meffieurs , la Ville de Tournay de
ceux qu'elle nous rend enfon particulier
, & de ſes Prefens.
Les Magiftrats ſe retirerent
aprés cette réponſe , &
M le Comte de Maulevrier
prit l'ordre des Ambaſſadeurs
, qui le luy donnerent
en ces mots , Aufſfi fidelle que
brave , ce qui s'applique à la
des Amb. de Siam. 277
perſonne de ce Gouverneur.
Sur les cinq heures du ſoir
Me l'Evêque de Tournay leur
rendit viſite, accompagné de
M de Mefgrigny , Gouverneur
de la Citadelle . Une
heure aprés on fit joüer un
Feu d'Artifice , que Mrs du
Magiſtrat avoient fait dreſſer
devant leurs feneftres . Il eftoit
de vingt - quatre pieds
en quarré, fur douze à quinze
d'élevation. Au milieu paroiſſoient
deux Elephans ſur
un Piedeftal , & entr'eux un
Soleil un peu plus élevé , le
tout gaudronné , de maniere
278 III. P. du Voyage
que les Elephans & le Soleil
demeurerent enflâmez pendant
que le Feu dura. Le
reſte eſtoit compofé de quantité
d'Artifice. On avoit cu
deſſein d'orner la machine de
ce Feu de quelques Deviſes
à la gloire des deux Roys ,
&pour cet effet on demanda
aux Ambaſſadeurs le nom du
Roy de Siam ; mais ils répondirent
qu'ils ignoroient le
nom de leurs Roys tant qu'ils
vivoient, & qu'ils ne l'apprenoient
jamais qu'aprés leur mort.
Le Feu finy , ils demanderent
à quoy ſervoient qua
د
des Amb. de Siam. 279
artre
Pompes que l'on avoit
fait mener aux quatre coins.
On leur dit , qu'elles fervoient
à jetter de l'eau dedans &fur
les Maiſons , en cas qu'ily
rivât quelque accidentpar lefeu.
Ils ſouhaiterent en voir l'effet.
On les fit joüer devant
eux ; & comme cela ne ſe
pouvoit fans moüiller le Peuple
, ce fut encore un plaifir
qu'ils eurent. Le troifiéme
Ambaſſadeur defcendit pour
examiner une de ces Machines
. Avant que l'on fiſt joüer
le Feu, il y eur une décharge
d'une trentaine de Boëtes
280 III . P. du Voyage
qu'on avoit rangées autour.
Sur les ſept heures les Ambaſſadeurs
envoyerent prier
Me le Comte de Maulevrier,
de permettre à M le Marquis
fon Fils de venir ſouper
avec eux . Ils ſe mirent à table
ſi- tôt qu'il fut arrivé , &
on ne laiſſa entrer que les
Dames pour les voir manger.
Le lendemain 7. à neuf
heures du matin, Male Comte
de Maulevrier leur envoya
ſes trois Carroſſes , qui les
conduiſirent à la Citadelle, à
l'entrée de laquelle Me de
desAmb de Siam. 281
Meſgrigny les fit faluër de
vingt coups de canon. Aprés
les avoir reçûs , il les mena
d'abord fur le Baſtion Dauphin.
Comme ils avoient en
main le Plan de la Ville &
de la Citadelle, ils ſe contenterent
de voir ce ſeul Baſtion,
& admirerent tous les Ouvrages
qu'ils découvtoient
de ce lieu. Monfieur de
Meſgrigny leur fit entendre
que tout ce qu'ils voyoient
&tous les environs de la Citadelle
estoient minez & contreminez
, & même qu'à la
pointe du glacis de ce Baf
Aa
282 III. P. du Voyage
tion ily avoit trois Fourneaux
chargez, qui estoient preſts à
fauter. Ils demanderent à
defcendre dans les Galeries
afin de mieux examiner ces
Fourneaux ; ce qu'ils firet fort
curieufement , & aprés quel
ques raiſonnemens & quelques
queſtions qu'ils firent à
M de Mefgrigny fur la Fortification
, ils remonterent ,
& fortirent à la Porte Dauphine.
Me de Meſgrigny
leur montra l'endroit où ef
toient les trois Fourneaux ,
que l'on fit ſauter en leur prefence.
L'un eftoit chargé d'un
r
des Amb. de Siam. 283
millier de Poudre , l'autre de
douze cens livres , & le troifiéme
de trois mille cinq cens
livres . Ces trois Fourneaux
eurent tout l'effet qu'on en
pouvoit efperer , & leur firent
un ſi grand plaiſir, qu'ils
demanderent à voir les Contremines
. M de Mefgrigny
les mena à l'Arcenal , où il
leur en fit voir le Plan. Ils
luy témoignerent quelque envie
de l'avoir ; mais il leur
fit entendre que ces Plans-là
eſtant le vray fecret d'une
Place, ils ne ſe donnoient ny
ne ſe montroient jamais à per-
A a ij
284 III . P. du Voyage
fonne. Aprés l'avoir bien
examiné , & demandé raiſon
de toutes chofes , ils allerent
voir faire l'Exercice à la Compagnie
des jeunes Gentilshommes
, qui fit fort bien à
fon ordinaire.Cela eſtant fait,
ils fortirent de la Citadelle, &
furent falüez par vingt autres
coups de Canon ; & enfuite
ils retournerent chez eux, où
toutes les Dames les virent
dîner. En ſortant de table,
ils monterent en Carroffe , &
allerent à la Porte S. Martin,
où ils trouverent des Chevaux
que Me le Comte de MaudesAmb.
de Siam. 285
levrier leur avoit fait tenir
preſts. Ils s'en ſervirent pour
aller viſiter les Ouvrages de
la Place. Comme ils en avoient
le Plan avec eux , ils
ſe contenterent d'en voir une
partie. Ils rentrerent par la
Porte de Lille , & vinrent à la
Comedie , où madame la
Comteſſe de maulevrier , &
Madame la Comteſſe de ме-
davy , les attendoient avec
une vingtaine de Dames des
mieux faites de la Ville. Ils
y donnerent l'ordre à m ' de
Jearny major de la Ville , en
ces mots : Ie m'appuiray du
د
286 III . P. du Voyage
bâton en combattant de l'épée.
Ce Mot ainſi que le precedent
, eft appliqué à la perfonne
de M le Comte de
Maulevrier . Ce n'eſt pas à
moy à raifonner fur ces mots,
& je n'en dois rien dire , finon
qu'ils furent fort applaudis.
On joüa une Piece
Comique ; mais afin de faire
voir de beaux Habits aux
Ambaſſadeurs , Male Comte
de maulevrier ordonna aux
Comediens de ſe veſtir à
la Romaine ; ce qui réüffit
fort bien. Aprés la Comedie,
ce Comte les fit mener dans
des Amb. de Siam. 287
ſes Carroffes fur l'Eſplanade,
où il leur avoit fait preparer
quatre mortiers , pour leur
faire voir l'effet de deux
Bombes , d'un Boulet rou-
,
ge , & d'une Carcaffe. Ils
admirerent ces machines ,
& en raiſonnerent fort par-
د
ticulierement , ſe faiſant inſtruire
de tout & mefme
des moindres chofes . Ils monterent
fur la muraille , & virent
jetter les bombes dans la
Campagne avec beaucoup
d'admiration. M le Comte
de Maulevrier les conduifit
enfuite dans ſa maiſon , dont
288 III. P. du Voyage
ils trouverent le devant de la
porte & la Cour fort illuminez.
Il les fit monter dans
l'Appartement de Madame la
Comteſſe de Maulevrier qui
les receut avec Madame la
Comteſſe de Medavy & plufieurs
Dames . En attendant
on leur
د l'heure du ſoupé
donna le divertiſſement d'un
Concert de Muſique , compoſé
de tres-belles voix , d'une
viole & de quelques flutes
douces . Ce Concert fut trouvé
bien executé & de bon
goût. L'heure du ſoupé venuë
, ils deſcendirent dans la
grande
desAmb. de Siam. 289
grande Sale , où ils trouverent
une table de vingt-quatre
couverts , remplie de viandes
les plus delicates & les
plus exquiſes. M le Comte de
Maulevrier leur en avoit fait
ſervir devant eux qui eſtoient
appreſtées à la Françoiſe & à
leurs manieres ce qui les fit
د
demeurer plus longtemps à
table qu'ils n'auroient fait.
Leurs trois places eſtoient de
ſuite ſeparées des autres , & à
droit & à gauche eſtoient Mme
la Comteſſe de maulevrier ,
Madame la Comteſſe de Medavy
, & fix Dames des mieux
Bb
290. III. P. du Voyage
faites de la Ville. Pendant le
foupé, on leur donna le divertiſſement
d'un autre Concert
compoſé de voix , de hautbois&
de violons. M. leComte
de maulevrier but à leurs
fantez, & ils luy firent raifon
chacun en particulier avec
toute l'honneſteté imaginable.
Ilbeut enſuite à l'Alliance
des deux Couronnes , &
lorſque les Ambaſſadeurs y
burent auſſi on entendit
une décharge de quantité de
boëttes. Elle fut fuivie prefque
auffi-tôt d'ungrand bruit
de Timbales & de Trompet-
د
des Amb. de Siam. 291
tes qui continua juſqu'à ce
que les Ambaſſadeurs buſſent
à la ſanté du Roy de France.
Pendant que m' le Comte de
Maulevrier leur en fit raifon ,
une autre décharge de boëttes
ſe fit entendre , & le bruit
des Timballes & des Trompettes
recommença. On but
enfuite à la ſanté du puiſſant
Roy de Siam , & pendant ce
temps , la meſme quantité de
boëttes , de Timballes & de
Trompettes fit encore le mê.
me bruit. Il continua lorſque
M. le Comte de Maulevrier
but à leur bonVoyage. Cette
Bb ij
292 III. P. du Voyage
Γ
ſanté leur fit beaucoup de
plaifir. Ils burent auſſi à celle
des Dames. Aprés que l'on
fut forty de table , M² le
Comte de maulevrier les conduifit
dans fon Appartement,
& leur demanda s'ils ne voudroient
point fumer , mais
comme apparemment ils ſçavoient
que cela ſe pratique
peu en France , & fur tout en
compagnie , ils l'en remercierent.
Peu de temps aprés
il les mena à la porte de fon
Jardin , au milieu duquel &
au tour du Baffin , il y avoit
un fort grand nombre de fu
des Amb. de Siam. 293
ſées volantes qu'ils virent tirer
avec beaucoup du plaifir.
Ils rentrerent dans la Sale
ils trouverent les Dames rangées
, & quantité de violons
qui joüoient. Comme ils avoient
ſceu que M. le Comte
de Maulevrier icur vouloit
donner le divertiſſement d'un
Bal , ils prirent les places qui
leur eſtoient preparées , & virent
dancer pendant deux
heures avec une joye qui faiſoit
connoître qu'ils eftoient
tres-fatisfaits de tous cesplaifirs
; aprés quoy ils prirent
congé de M. le Gouverneur ,
Bb iij
294 III P. du Voyage
auquel ils marqueret une tresgrande
reconnoiſſance de tous
les honneurs qu'il leur avoit
rendus. Ils luy firent dire entr'autres
chofes qu'il ſembloit
toute sa famille s'estoit fait
à l'envy un plaisir de les comblerde
toutes fortes d'honneſtetez .
Ils monterent dans ſes Carofſes
, & s'en retournerent à leur
logis. La court& le devant de
la porte eſtoient encore éclai
rez . Tous ces divertiſſemens ſe
pafferent ſans la moindre confufion
, & avec un ordre digne
des precautions que M
&Me la Comteſſe de Maы-
:
1
r
des Amb.de Siam. 295
levrier avoient priſes ſur toutes
choſes.
Le lendemain 8. fur les 9.
heures du matin, les Ambaſſadeurs
envoyerent querir M
le marquis de Maulevrier pour
déjeuner avec eux. Ils ſe mirent
à table ſi-toft qu'il fut
arrivé. Les Dames ; c'eſt à dire
celles qui pouvoient eſtre levées
, les virent encore pendant
ce temps , & apres qu'ils
eurent déjeuné , toutes chofes
eftant preparées pour leur départ
, &M le Comte deMaulevrier
eſtant venu prendre
congé d'eux , ils monterent
Bb iiij
296 III. P. du Voyage
en Caroffe ,& pafſferent entre
deux hayes au milieu d'un
Eſcadron de Cavallerie , &
d'un Bataillon d'Infanterie
rangez ſur la Place , & depuis
la Place juſqu'à la grande Egliſe
qu'ils voulurent voir. Ils y
trouverent M. l'Eveſque de
Tournay qui les y attendoit,&
lui firentdire que s'ils ne l'euffent
pas trouvé là , leur deſſein eſtoit
d'aller chezluy pouravoir l'honneur
de le voir. M² l'Eveſque
les remercia. Il parut qu'en
entrant dans ce magnifique
Temple , ils furent touchez de
quelque ſecret mouvement
des Amb. de Siam. 297
qui leur inſpirade faire dire à
ce Prelat qu'ils le prioient d'obtenir
du vray Dieu qu'ils le puſſent
connoître, & qu'illuy plût de les
tirer des Tenebres où ils pouvoient
estre pourprofeſſerla veritable Religion.
M l'Eveſque leur répondit
, que toute la France &
toute la Chrétienté prioit tous les
jours Dieu pour cela. Il les conduiſit
enſuite dans le Choeur
qui eſt un des plus beaux qu'il
y ait en France. Ils y trouverent
Ms du Chapitre rangez
chacun dans ſa place. Ils les
ſaluerent , & allerent juſqu'au
prés & derriere l'Autel , où
298 III. P du Voyage
ils furent quelque temps à admirer
deux excellens Tableaux
de Rubens, & quantité
de tres- beaux Ouvrages de
Marbre & d'Albatre nouvellement
faits autour de l'Autel.
Delà ils revinrent dans
le Choeur , où Ms du Chapitre
leur firent chanter un
Moret par leur Muſique, aprés
quoy les Ambaſſadeurs firent
repeter encore à M. l'Eveſque
qu'ils leprioient d'obtenir du vray
Dieu qu'il les daignaſt éclairer ,
& mettre en estat de profeffer la
veritable Religion. Ils prirent
enfuite congé de luy & de
des Amb . de Siam . 299
Mrs du Chapitre qu'ils remercierenr
. Eſtant remontez dans
leurs Caroffes , ils pafferent
encore entre deux hayes d'Infanterie
, depuis l'Egliſe jufqu'à
la Porte de Maruis , pour
prendre le chemin de Condé .
M le Comte de Maulevrier
les conduifit avec la meſme
quantité de Cavalerie , qui
avoit eſté au devant d'eux à
leur entrée . L'Artillerie les
ſalua de nouveau à la fortie
de la Barriere .
Le major du Regiment
d'Erlac eſtant venu avec les
Ambaſſadeurs depuis Grave
300 III . P. du Voyage
lines juſqu'à Tournay , où il
commande un Bataillon , ils
conçûrent de l'eftime pour
luy, &dans le chemin l'Ambaſſadeur
monta dans ſa
Chaiſe, pour eſſayer s'il conduiroit
bie cette forte de Voiture.
Il n'eut pas de peine à
faire connoître que fon adreſſe
égale fon eſprit. Ils
furent fi fatisfaits de се ма-
jor , que lorſqu'il prit congé
d'eux quand ils partirent de
Tournay, ils luydemáderent,
s'il ne pouvoitpas venir jusqu'à
Paris avec eux ; mais fon devoir
l'engageoit à demeurer
des Amb de Siam. 301
à Tournay. Ils virent fur le
chemin de Condé un Bourg
appellé Anthoin , qui appartient
à Madame la Princeffe
d'Epinoy , & ils ſe ſouvinrent
qu'ils avoient mangé avec
elle , à la Collation que M
de Seignelay leur donna le
jour qu'ils en eurent Audience.
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Résumé : Tournay. [titre d'après la table]
Le 6, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Tournay, une ville forte située sur l'Escaut et capitale du Tournaisis. Tournay est protégée par un château et possède une cathédrale, dix paroisses, deux abbayes et diverses maisons religieuses. La ville avait été prise par l'empereur Charles III en 1521 et restituée au roi de France par le traité d'Aix-la-Chapelle après avoir été reprise en 1667. Le comte de Maulevrier, lieutenant général des armées du roi et gouverneur de la ville et de la citadelle, organisa une réception en leur honneur. Les ambassadeurs furent accueillis par vingt maîtres du régiment des cuirassiers et escortés jusqu'à leur logis, où le comte de Maulevrier les reçut et leur présenta les magistrats de la ville. M. de Surmon, Conseiller Pensionnaire, prononça une harangue louant les qualités du roi de Siam et exprimant la joie de voir ce dernier rechercher l'amitié du roi de France. L'ambassadeur de Siam répondit en remerciant pour les honneurs reçus et en exprimant le désir du roi de Siam de connaître les victoires du roi de France. Les magistrats offrirent un présent de vin, et les ambassadeurs visitèrent ensuite la citadelle, admirant les fortifications et assistant à des démonstrations de feu d'artifice et de bombardements. Le soir, ils furent invités à souper par le comte de Maulevrier, qui organisa divers divertissements, y compris un concert, une comédie et un bal. Les ambassadeurs exprimèrent leur grande satisfaction et leur reconnaissance envers le gouverneur pour les honneurs reçus. Le lendemain, ils invitèrent le marquis de Maulevrier à déjeuner. Après le déjeuner, ils montèrent en carrosse et passèrent entre des haies de cavalerie et d'infanterie jusqu'à une grande église, où ils rencontrèrent l'évêque de Tournay. Ils exprimèrent leur désir de connaître le vrai Dieu et de professer la véritable religion. L'évêque les conduisit dans le chœur, où ils admirèrent des tableaux et des œuvres d'art, écoutèrent un morceau de musique et répétèrent leur prière. Ils prirent ensuite congé et furent escortés jusqu'à la porte de Maruis par le comte de Maulevrier et une escorte militaire. Ils exprimèrent leur estime pour le major du régiment d'Erlac, qui les avait accompagnés depuis Gravelines jusqu'à Tournay. Sur le chemin de Condé, ils passèrent par un bourg appartenant à la princesse d'Epinoy, se souvenant d'un repas partagé avec elle.
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48
p. 324-331
Explication de tous les Chiffres de la Figure. [titre d'après la table]
Début :
Comme on a souhaitté d'avoir une Estampe du Thrône, [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Trône, Roi, Duc, Audience, France, Premier ambassadeur, Second ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de tous les Chiffres de la Figure. [titre d'après la table]
Comme on a ſouhaitté d'avoir
une Eſtampe du Thrône ,
!
des Amb de Siam. 225
dans lequel Sa Majeſté a donné
Audience au bout de la
Galerie de Verſailles , & de
toute l'argenterie qui l'accompagnoit
, on en envoye une
gravée d'aprés le deſſein du
plus fameux Peintre que la
France ait aujourd'huy. Cette
Eſtampe fera connoître dans
les Climats les plus reculés ,
que ce qu'on y publie de la
magnificence du Roy eſt veritable
, & les Ambaſſadeurs
de Siam en pourront confirmer
la verité. Les Lettres
qu'on y voit gravées , marquent
les Places du Roy , des
326 III . P. du Voyage
Princes,de la Maiſon Royale,
& des grands Officiers de Sa
Majefté. Voicy l'ordre qu'on
a crû devoir obſerver pour les
faire connoître .
A Le Roy.
B Monseigneur le Dauphin.
C Monfieur.
D Menfieur le Duc de
Chartres.
E Monfieur le Duc
د
preſent Monfieur le Prince.
à
F Monfieur le Duc de
Bourbon.
G Monfieur le Duc du
Mayne.
H Monfieur le Comte de
des Amb . de Siam. 327
Thouloufe .
I Male Grand Maistre de
la Garderobe .
☑ Mrs les premiers Gentilshommes
de la Chambre.
Les Chifres marquent la
place des Ambaſſadeurs pendant
l'Audience , & de ceux
qui les accompagnoient.
1. Le premier Ambaſſadeur.
2. Le ſecond Ambaſſadeur.
3. Le troifiéme Ambaſſa
deur.
4. M le Maréchal de la
Feüillade. Il avoit rang à
329 III . P. du Voyage
1
cette Audience , parce que
les Maréchaux de France eftant
nommez chacun à leur
tour pour recevoir les Ambaſſadeurs
Extraordinaires ,
fuivant cét ordre M de la
Feüillade accompagnoit les
Ambaſſadeurs . Il eſtoit entre
le premier & le ſecond ; mais
quoy que ce fuſt ſa place , il
ne les coupoit pas tout- à-fait
devant le Roy.
5. M le Maréchal Duc
de Luxembourg. Il eſtoit directement
derriere le premier
Ambaſſadeur , en qualité de
Capitaine des Gardes du
des Amb. de Siam. 329
1
Corps en Quartier, qui avoit
reçû les Ambaſſadeurs à la
porte de la Salle des Gardes,
& qui les avoit conduits jafqu'au
pied du Trône du
Roy .
6. Me de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs.
7. M Torf, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon du
Roy , nommé pour aller recevoir
les Ambaſſadeurs lorf
qu'ils furent entrez en France,
& pour les accompagner jufqu'à
leur rembarquement .
8. M l'Abbé de Lionne.
Ec
330 III. P. duVoyage
Il n'avoit de rang en cette
Ceremonie , que parce qu'il
y ſervoit d'Interprete. Aprés
avoir interpreté tout haut
la Harangue de l'Ambaſſadeur
, il monta juſqu'auprés
du Roy , pour entendre la
réponſe de Sa Majefté.
9. M Giraut , dont la
place n'eſt pas tout-à- fait fixée
, & dont les foins l'obligent
à eſtre tantôt d'un côté,
& tantôt d'un autre.
10. Six Mandarins .
11. Ceux qui portoient les
marques de dignité des Ambaffadeurs.
desAmb. de Siam. 337
Il y avoit encore pluſieurs
Suivans , mais ils estoient
plus éloignez , & n'eftoient
pas dans cette enceinte.
On auroit donné les Por
traits des Ambaſſadeurs
mais le ſieur Hainzelman
les a fi bien gravez, qu'on a
crû qu'il eſtoit impoſſible de
les mieux faire .
une Eſtampe du Thrône ,
!
des Amb de Siam. 225
dans lequel Sa Majeſté a donné
Audience au bout de la
Galerie de Verſailles , & de
toute l'argenterie qui l'accompagnoit
, on en envoye une
gravée d'aprés le deſſein du
plus fameux Peintre que la
France ait aujourd'huy. Cette
Eſtampe fera connoître dans
les Climats les plus reculés ,
que ce qu'on y publie de la
magnificence du Roy eſt veritable
, & les Ambaſſadeurs
de Siam en pourront confirmer
la verité. Les Lettres
qu'on y voit gravées , marquent
les Places du Roy , des
326 III . P. du Voyage
Princes,de la Maiſon Royale,
& des grands Officiers de Sa
Majefté. Voicy l'ordre qu'on
a crû devoir obſerver pour les
faire connoître .
A Le Roy.
B Monseigneur le Dauphin.
C Monfieur.
D Menfieur le Duc de
Chartres.
E Monfieur le Duc
د
preſent Monfieur le Prince.
à
F Monfieur le Duc de
Bourbon.
G Monfieur le Duc du
Mayne.
H Monfieur le Comte de
des Amb . de Siam. 327
Thouloufe .
I Male Grand Maistre de
la Garderobe .
☑ Mrs les premiers Gentilshommes
de la Chambre.
Les Chifres marquent la
place des Ambaſſadeurs pendant
l'Audience , & de ceux
qui les accompagnoient.
1. Le premier Ambaſſadeur.
2. Le ſecond Ambaſſadeur.
3. Le troifiéme Ambaſſa
deur.
4. M le Maréchal de la
Feüillade. Il avoit rang à
329 III . P. du Voyage
1
cette Audience , parce que
les Maréchaux de France eftant
nommez chacun à leur
tour pour recevoir les Ambaſſadeurs
Extraordinaires ,
fuivant cét ordre M de la
Feüillade accompagnoit les
Ambaſſadeurs . Il eſtoit entre
le premier & le ſecond ; mais
quoy que ce fuſt ſa place , il
ne les coupoit pas tout- à-fait
devant le Roy.
5. M le Maréchal Duc
de Luxembourg. Il eſtoit directement
derriere le premier
Ambaſſadeur , en qualité de
Capitaine des Gardes du
des Amb. de Siam. 329
1
Corps en Quartier, qui avoit
reçû les Ambaſſadeurs à la
porte de la Salle des Gardes,
& qui les avoit conduits jafqu'au
pied du Trône du
Roy .
6. Me de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs.
7. M Torf, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon du
Roy , nommé pour aller recevoir
les Ambaſſadeurs lorf
qu'ils furent entrez en France,
& pour les accompagner jufqu'à
leur rembarquement .
8. M l'Abbé de Lionne.
Ec
330 III. P. duVoyage
Il n'avoit de rang en cette
Ceremonie , que parce qu'il
y ſervoit d'Interprete. Aprés
avoir interpreté tout haut
la Harangue de l'Ambaſſadeur
, il monta juſqu'auprés
du Roy , pour entendre la
réponſe de Sa Majefté.
9. M Giraut , dont la
place n'eſt pas tout-à- fait fixée
, & dont les foins l'obligent
à eſtre tantôt d'un côté,
& tantôt d'un autre.
10. Six Mandarins .
11. Ceux qui portoient les
marques de dignité des Ambaffadeurs.
desAmb. de Siam. 337
Il y avoit encore pluſieurs
Suivans , mais ils estoient
plus éloignez , & n'eftoient
pas dans cette enceinte.
On auroit donné les Por
traits des Ambaſſadeurs
mais le ſieur Hainzelman
les a fi bien gravez, qu'on a
crû qu'il eſtoit impoſſible de
les mieux faire .
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Résumé : Explication de tous les Chiffres de la Figure. [titre d'après la table]
Le texte décrit une estampe représentant le trône et l'audience accordée par le roi de France aux ambassadeurs de Siam dans la galerie de Versailles. Réalisée par un peintre célèbre, cette estampe vise à montrer la magnificence royale dans les régions éloignées. Elle inclut des lettres indiquant les places des membres de la famille royale, des princes, de la maison royale et des grands officiers. L'ordre des places est détaillé : le roi, le Dauphin, Monsieur (frère du roi), Monsieur le Duc de Chartres, Monsieur le Duc de Bourbon, Monsieur le Duc du Maine, Monsieur le Comte de Toulouse, Monsieur le Duc de Mayenne, le Grand Maistre de la Garderobe, et les premiers Gentilshommes de la Chambre. Les chiffres marquent les positions des ambassadeurs et de leur suite. Les ambassadeurs sont accompagnés par des personnalités telles que le Maréchal de la Feuillade, le Maréchal Duc de Luxembourg, l'Introducteur des Ambassadeurs, et l'interprète, l'Abbé de Lionne. L'estampe inclut également des mandarins et des porteurs de marques de dignité, bien que les portraits des ambassadeurs n'aient pas été ajoutés en raison de la qualité des gravures existantes.
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49
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
L'Ambassade de Siam en France estant finie, & les quatre Volumes [...]
Mots clefs :
Voyage, Siam, France, Volume, Description, Lecteur, Villes, Paris, Roi, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AU LECTEUR.
L'Ambassade de Siam en France
estantfinie 3 & les quatre Volu
mes qui la coins osent , remplissant
' quatre secondes Partits de quatre
.Mercures , on a souhaite de voirácjr
en feu de paroles , & comme en un
seul.corps j tout ce que cette Ambas
sade contient , parce qu'on les prend
les uns pour les autres , quoy que lét
difference en soit grande. Ze pre
mier Volume a pour Titre ,
Voyage des Ambastàdeur s de Siam eu
France, contenanr la Reception qui. leur
a esté faite dans les Villes où ils onc pa£
fé , leur Entrée à Paris , les Ceremonies
ebservées dans l' Audience qu'ils ©nreuë
du Roy Sc de la Maison Royale, les
.ÇomgUmens q u ils ont faits , la Defisri .
AU LECTEUR.
ption des lieux oìi ils ont este ,& ce qu'ils
ont die de remarquable fur tout ce qu'ils
ont veu.
Le second Volume a pour Titre ,
Suite du Voyage des Ambassadeurs de Siam
en France , contenant ce qui s'est passé à l'Au
dience de Madame ia Dauphine , des Princesses
du Sang» & de MrsdeCroissy & dcSeignekyv
avec une Description exacte des Chasteaux,
Appartemtns j Jardins» , & Fontaines de Ver
sailles, S. Germain , Marly & Clagny ; de la
Machine de Marly , des Invalides, de l'Observatoire
, de S. Cyr , & de ce que ces Ambassa
deurs ont veu dans tous les autres lieux où ils
ont esté depuis la premiere Relation ; à quoy
l'en joint le Discours qu'ils ont fait au Róy .
Lt troijièmc Volume a pour Titre,
Troisième Partie du Voyage des Ambassa
deurs de S iam en France , contenant la fuite de
la De script ion de Versailles, celle des Chevaux
qui font dans les deux Ecuries du Roy , cc qui
s'est passe dans les Visites qui leur ont este renuè's
, les experiences de la pesanteur de l'air
faites devant eux , la Description de la Galerie
de Sceaux , & les Receptions avec toutes lés
Herangues qu'on leur a faites dans toutes les
Villes de Flandres.
Ze quatrième Volume a pour Titre,
Quatrième Sc derniere Partie du Voyage dis
AU LECTEUR.
Ambassadeurs de Siamen France , contenant là
fuite de kur Voyage de Flandres depuis Valenciennes
jusqu'à Paris , la Description des Villes
où ils ont passe , & les Harangues de tous les
Corps , ce qu'ils out veu à Paris depuis leur rc.
tour , avec une Description de tous les lieux où
ils ont esté> & de la Feste donnee par Monsiuur
à S. Cloud , leurs Voyages à Ver(âilles—> leur
Audience de conge , & les dix-sept Audiences'
qu'ils eurent lemesme jour > avec tous les Com.
Íiliniens qu'ils ont faits , la liste des Presens qui
euroiit cité donnez, ce qui s'est passe à leur
départi & les noms des Personnes distinguees
qui vont à Siam.
La moitié du Met cure de Jsuillce
de l'annèe derniere , & la seconde
Partie du mejme Mercure• , contien
nent une Relation du Voyage que
M. le Chevalier de Chaumont a
fait à Siam S en qualité d'Ambas
sadeur de Sa Majesté. On. y trouve
beaucoup de choses dont il n'a poiut
parlé dam celle qu'il a donnée au,
Public j & elle ne doit pas eftre cotlfonduë
avec les quatre Volumes du
Voyage des Ambassadeurs de Siam
eu prance.
L'Ambassade de Siam en France
estantfinie 3 & les quatre Volu
mes qui la coins osent , remplissant
' quatre secondes Partits de quatre
.Mercures , on a souhaite de voirácjr
en feu de paroles , & comme en un
seul.corps j tout ce que cette Ambas
sade contient , parce qu'on les prend
les uns pour les autres , quoy que lét
difference en soit grande. Ze pre
mier Volume a pour Titre ,
Voyage des Ambastàdeur s de Siam eu
France, contenanr la Reception qui. leur
a esté faite dans les Villes où ils onc pa£
fé , leur Entrée à Paris , les Ceremonies
ebservées dans l' Audience qu'ils ©nreuë
du Roy Sc de la Maison Royale, les
.ÇomgUmens q u ils ont faits , la Defisri .
AU LECTEUR.
ption des lieux oìi ils ont este ,& ce qu'ils
ont die de remarquable fur tout ce qu'ils
ont veu.
Le second Volume a pour Titre ,
Suite du Voyage des Ambassadeurs de Siam
en France , contenant ce qui s'est passé à l'Au
dience de Madame ia Dauphine , des Princesses
du Sang» & de MrsdeCroissy & dcSeignekyv
avec une Description exacte des Chasteaux,
Appartemtns j Jardins» , & Fontaines de Ver
sailles, S. Germain , Marly & Clagny ; de la
Machine de Marly , des Invalides, de l'Observatoire
, de S. Cyr , & de ce que ces Ambassa
deurs ont veu dans tous les autres lieux où ils
ont esté depuis la premiere Relation ; à quoy
l'en joint le Discours qu'ils ont fait au Róy .
Lt troijièmc Volume a pour Titre,
Troisième Partie du Voyage des Ambassa
deurs de S iam en France , contenant la fuite de
la De script ion de Versailles, celle des Chevaux
qui font dans les deux Ecuries du Roy , cc qui
s'est passe dans les Visites qui leur ont este renuè's
, les experiences de la pesanteur de l'air
faites devant eux , la Description de la Galerie
de Sceaux , & les Receptions avec toutes lés
Herangues qu'on leur a faites dans toutes les
Villes de Flandres.
Ze quatrième Volume a pour Titre,
Quatrième Sc derniere Partie du Voyage dis
AU LECTEUR.
Ambassadeurs de Siamen France , contenant là
fuite de kur Voyage de Flandres depuis Valenciennes
jusqu'à Paris , la Description des Villes
où ils ont passe , & les Harangues de tous les
Corps , ce qu'ils out veu à Paris depuis leur rc.
tour , avec une Description de tous les lieux où
ils ont esté> & de la Feste donnee par Monsiuur
à S. Cloud , leurs Voyages à Ver(âilles—> leur
Audience de conge , & les dix-sept Audiences'
qu'ils eurent lemesme jour > avec tous les Com.
Íiliniens qu'ils ont faits , la liste des Presens qui
euroiit cité donnez, ce qui s'est passe à leur
départi & les noms des Personnes distinguees
qui vont à Siam.
La moitié du Met cure de Jsuillce
de l'annèe derniere , & la seconde
Partie du mejme Mercure• , contien
nent une Relation du Voyage que
M. le Chevalier de Chaumont a
fait à Siam S en qualité d'Ambas
sadeur de Sa Majesté. On. y trouve
beaucoup de choses dont il n'a poiut
parlé dam celle qu'il a donnée au,
Public j & elle ne doit pas eftre cotlfonduë
avec les quatre Volumes du
Voyage des Ambassadeurs de Siam
eu prance.
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Résumé : AU LECTEUR.
La série de volumes relatant l'ambassade de Siam en France décrit les différentes étapes du voyage des ambassadeurs. Le premier volume, 'Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', détaille leur réception dans diverses villes, leur entrée à Paris, et les cérémonies avec le roi et la maison royale. Le second volume, 'Suite du Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', couvre les audiences avec Madame la Dauphine, les princesses du sang, et des dignitaires, ainsi que des descriptions des châteaux et jardins de Versailles, Saint-Germain, Marly et Clagny, et d'autres lieux comme la Machine de Marly et les Invalides. Le troisième volume, 'Troisième Partie du Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', inclut des descriptions de Versailles, des écuries royales, des expériences scientifiques, et des réceptions en Flandres. Le quatrième volume, 'Quatrième et dernière Partie du Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', relate le retour des ambassadeurs de Flandres à Paris, les observations sur les villes traversées, les harangues des corps, et les audiences de congé. De plus, le Mercure de Juillet contient une relation du voyage du Chevalier de Chaumont à Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 13-34
Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs estoient encore à deux lieuës de cette grande [...]
Mots clefs :
Douai, Roi, Ville, Ambassadeurs, Pièces, Repaire, Monsieur de Pommereuil, Alliance, Dames, Fonderie, Jésuites, Spectacle, Entrée, Canon, Renommée
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texteReconnaissance textuelle : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs eſtoient
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
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Résumé : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, escortés par la cavalerie et les gardes à cheval de Monsieur de Pommereuil, firent une entrée solennelle dans une grande ville par la porte Notre-Dame. Les rues étaient bordées de soldats et de spectateurs, tandis que les fenêtres étaient occupées par des notables. À leur arrivée à l'hôtel préparé pour leur logement, Monsieur de Pommereuil leur rendit visite avec son état-major et présenta les magistrats et divers corps, dont Monsieur Becquet, premier pensionnaire de la ville. Monsieur Becquet souligna les ordres du roi pour rendre les honneurs dus aux ambassadeurs d'un grand monarque asiatique et exprima la joie de la ville de les recevoir. Il rappela également les exploits héroïques du roi de France, notamment sa capacité à vaincre ses ennemis et à apporter la paix en Europe. L'ambassadeur de Siam répondit en affirmant que la grandeur et la puissance du roi de France, ainsi que la magnificence de Versailles, avaient confirmé les récits entendus. L'université les harangua en latin, et l'ambassadeur offrit un mot en latin sur la musique. Le soir, ils furent divertis par des dames et des musiciens envoyés par Monsieur de Pommereuil. Le lendemain, ils visitèrent la fonderie et l'arsenal, admirant les canons, mortiers et autres équipements militaires. Ils assistèrent également à une démonstration de tir à la batterie de l'école des cadets d'artillerie. Après une collation chez Monsieur du Repaire, ils furent invités par les Jésuites à un spectacle célébrant l'alliance entre la France et le Siam. Les ambassadeurs exprimèrent leur satisfaction et leur admiration pour l'éducation dispensée par les Jésuites.
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