A Mile DE SCUDERY.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.