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1
p. 15-16
AU ROY.
Début :
Voicy de fort jolis Vers, sur ce que le Roy / Dans vos six vingts Billets si pas un des Bijoux [...]
Mots clefs :
Sort, Honneur, Couronne, Bijoux, Voeux
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy de fort jolis Vers , fur
ce que le Roy n'a eu que des
Billets blancs à la Loterie de Monfeigneur
le Dauphin . Ils font de
Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majesté . Vous
obferverez que Monfeigneur eft
né le matdy.
D
"
AURO Y.
Ans vos fix vingts Billets fi
pas un des Bijoux
·
Ne s'eft trouvé marqué pour vous
SIRE ,faut il qu'on s'en étonne ?
Le Sort en ce rencontre a droit de
s'excufer.
Quel bonneur auroit- il de vous
favorifer.
16 MERCURE
A moins d'une Province , à moins
d'une Couronne ?
Mais les Lots de ce prix font hors
de fon pouvoir ;
Il n'appartient qu'à Mars de vous
les faire avoir;
Et s'il veut quelque jour faire une
Loterie
Dont les Bijoux feront des plus fa
meux Etats.
Eftant fon Favory , SFRE , n'en
doutez pas ,
Vous aurez ce gros Lot digne de
vôtre envie >
Où fe bornent les vaux des plus
grands Potentats.
ce que le Roy n'a eu que des
Billets blancs à la Loterie de Monfeigneur
le Dauphin . Ils font de
Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majesté . Vous
obferverez que Monfeigneur eft
né le matdy.
D
"
AURO Y.
Ans vos fix vingts Billets fi
pas un des Bijoux
·
Ne s'eft trouvé marqué pour vous
SIRE ,faut il qu'on s'en étonne ?
Le Sort en ce rencontre a droit de
s'excufer.
Quel bonneur auroit- il de vous
favorifer.
16 MERCURE
A moins d'une Province , à moins
d'une Couronne ?
Mais les Lots de ce prix font hors
de fon pouvoir ;
Il n'appartient qu'à Mars de vous
les faire avoir;
Et s'il veut quelque jour faire une
Loterie
Dont les Bijoux feront des plus fa
meux Etats.
Eftant fon Favory , SFRE , n'en
doutez pas ,
Vous aurez ce gros Lot digne de
vôtre envie >
Où fe bornent les vaux des plus
grands Potentats.
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Résumé : AU ROY.
Le poème satirique de Monsieur Salbray, valet du roi, relate la loterie organisée par le Dauphin, où le roi n'a obtenu que des billets blancs. Le poème suggère que les grands prix, comme des provinces ou des couronnes, relèvent du domaine de Mars, le dieu de la guerre. Il imagine que si Mars organisait une loterie avec des États célèbres, le roi, favori de Mars, obtiendrait le gros lot.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 157-163
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont [...]
Mots clefs :
Sentiments, Fortune, Amant, Bonheur, Beauté, Martyre, Plaisirs, Larmes, Amour, Liberté, Voeux, Passion, Coeur, Agonie, Raison, Amitié
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte, extrait du Mercure Galant de 1685, explore divers sentiments amoureux et dilemmes moraux. L'auteur compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les désirs sont immédiatement satisfaits et celui qui, après avoir aimé sans espoir, voit finalement son amour réciproque. Il préfère le bonheur immédiat, trouvant peu d'attrait à un amour longuement attendu. L'auteur évoque ensuite sa relation avec Sylvie, exprimant son désir de voir sa reconnaissance sans délai. Il compare cette situation à son amour pour Philis, qu'il voyait librement mais sans empressement, contrairement à maintenant où les obstacles augmentent ses désirs. Il réfléchit sur la nature de l'amour, affirmant qu'un amant est troublé et que la passion est plus forte lorsqu'elle est contrariée. Il se demande si un homme est excusable de sacrifier son honneur pour l'amour, concluant qu'il ne le serait pas. Enfin, l'auteur utilise une métaphore de la mort pour illustrer la difficulté de choisir entre deux amis en fin de vie, soulignant que son cœur s'intéresse davantage à Licidas, malgré la présence de Damon. Il conclut que son choix est dicté par l'utilité et la crainte de blesser Licidas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 216-218
TRADUCTION DE L'ODE D'HORACE Qui commence par Audivere, Lyce, Dij mea vota.
Début :
Enfin mes oveux sont exaucez, [...]
Mots clefs :
Voeux, Vengeance, Cupidon, Merveilles, Beauté, Sylvie, Amour, Tendresse
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION DE L'ODE D'HORACE Qui commence par Audivere, Lyce, Dij mea vota.
TRADUCTION
DE L'ODE D'HORACE
Qui commence par
Audivere, Lyce, Dij mea vota..
Nfin mes voeux font exaucez,
E je fuis vancé de toy, Sylvie ;
Te voila vieille, enfin tes beaux joursfons
pallez,
Et cependant tu ris , & tufais la jolie.
En vain d'une tremblante voix
Tu
du Mercure Galant.
217
Tu tentes Cupidon , quifait la fourde
oreille:
Il a de plus charmans emplois
Auprés d'une jeune Merveille.
Ce petit Importun bait fort les vieilles
Gens,
Il apeur d'un vifage pâle,
Et ce petit Fripon détale
Dés qu'il voit tes cheveux, tes rides & tes
dents.
Le Rouge dont tu peins tous les jours ton
visage.
Tes beaux Habits, tes Bijoux, tes brillans,
Ne terendront pas le bel âge;
Ils nefçauroient rapeler ton Printemps.
Qu'eft devenu ce teint & cet air de jeuneſſe,
Et Sylvie autrefois plus belle que le jour,
Celle pourqui j'avois tant de tendreffe,
Cette Sylvie enfin qui refpiroit l'amour
Q. de Fanvier 1685. T
218 Extraordinaire
·
U
L'Amour a retiréfes traits &fon Flam
beau,
Et l'on verrafans trop attendre,
Ton vifage autrefoisfi charmant & fi bean
Toutcouvert de craffe & de cendre.
DE L'ODE D'HORACE
Qui commence par
Audivere, Lyce, Dij mea vota..
Nfin mes voeux font exaucez,
E je fuis vancé de toy, Sylvie ;
Te voila vieille, enfin tes beaux joursfons
pallez,
Et cependant tu ris , & tufais la jolie.
En vain d'une tremblante voix
Tu
du Mercure Galant.
217
Tu tentes Cupidon , quifait la fourde
oreille:
Il a de plus charmans emplois
Auprés d'une jeune Merveille.
Ce petit Importun bait fort les vieilles
Gens,
Il apeur d'un vifage pâle,
Et ce petit Fripon détale
Dés qu'il voit tes cheveux, tes rides & tes
dents.
Le Rouge dont tu peins tous les jours ton
visage.
Tes beaux Habits, tes Bijoux, tes brillans,
Ne terendront pas le bel âge;
Ils nefçauroient rapeler ton Printemps.
Qu'eft devenu ce teint & cet air de jeuneſſe,
Et Sylvie autrefois plus belle que le jour,
Celle pourqui j'avois tant de tendreffe,
Cette Sylvie enfin qui refpiroit l'amour
Q. de Fanvier 1685. T
218 Extraordinaire
·
U
L'Amour a retiréfes traits &fon Flam
beau,
Et l'on verrafans trop attendre,
Ton vifage autrefoisfi charmant & fi bean
Toutcouvert de craffe & de cendre.
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Résumé : TRADUCTION DE L'ODE D'HORACE Qui commence par Audivere, Lyce, Dij mea vota.
Le texte est une traduction d'une ode d'Horace, publiée dans le Mercure Galant en février 1685. Le poème exprime la déception du narrateur face au vieillissement de Sylvie, une femme autrefois belle et jeune. Il observe que ses vœux sont exaucés, mais que Sylvie a perdu sa jeunesse et sa beauté. Le narrateur note que Sylvie tente encore de séduire, mais que Cupidon, symbole de l'amour, fuit les signes de vieillesse comme les rides et les cheveux gris. Il souligne l'inutilité des artifices tels que le maquillage et les bijoux pour retrouver la jeunesse. Le poème se conclut par une réflexion sur la disparition de la beauté et de la fraîcheur de Sylvie, qui respirait autrefois l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 232-241
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Début :
Si un Mary qui découvre que la Personne qu'il a épousée, [...]
Mots clefs :
Époux, Passion, Femme, Amant, Mariage, Malheur, Amour, Destin, Coeur, Aimer, Liberté, Voeux, Fidélité, Bonheur, Douleur, Tombeaux, Histoire antique, Obsèques, Architecture, Défunts, Sépulture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux thèmes principaux : la fidélité conjugale et l'origine des tombeaux. En ce qui concerne la fidélité conjugale, il compare deux situations : celle d'un mari apprenant une passion passée de son épouse pour un autre homme avant le mariage, et celle d'un mari découvrant l'infidélité de son épouse après le mariage. Le texte conclut que le premier mari est plus à plaindre, bien que les deux soient malheureux. Il souligne également la nature inévitable de l'amour et de l'infidélité, affirmant que l'amour peut survenir à tout moment et que l'infidélité cause une douleur profonde. Sur le plan historique, le texte traite de l'origine des tombeaux. Il attribue aux Égyptiens l'invention des monuments funéraires magnifiques, tels que les pyramides et les obélisques. Il mentionne aussi les sépulcres des Hébreux en Judée, en Palestine et en Idumée. Les Égyptiens accordaient une grande importance à la sépulture, comme en témoigne l'exemple d'Abraham, qui demanda un tombeau pour lui-même, sa femme Sara et sa descendance. Cette pratique fut ensuite adoptée par d'autres peuples, y compris les Grecs et les Romains, et se répandit parmi tous les humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 287-296
IDYLLE SUR LA PAIX.
Début :
Je vous envoye les Vers qui y furent chantez, ils sont / Un plein repos favorise vos voeux, [...]
Mots clefs :
Paix, Repos, Voeux, Délices, Désirs, Terreur, Jardins, Enfers, Ennemis, Roi victorieux, Esprit, Héros, Foudre, Destinée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDYLLE SUR LA PAIX.
Je vous
envoye lesVers qui y furent
chantez , ils font de M. Racine
Tréforier de France, de
288 MERCURE
l'Académie Françoiſe. Ileft
connu par un fi grand nombre
de beaux Ouvrages , que
fon nom fait fon Eloge.
IDYLLE
SUR LA PAIX.
N plein repos favorife vos
UN
voeux
Peuples , chantez la Paix qui nous
rend tous beurcux.
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
ca
Charmante Paix , délices de la Terre,
Fille
GALANT. 289
Fille du Ciel, & mere des Plaiſirs,
Tu reviens combler nos defirs,
Tu bannis la Terreur , & les triftes
Soupirs
Malheureux enfans de la Guerre.
*3
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
03
Tarends le Fils àfa tremblăte Mere.
Par toy la jeune Epoufe fpere
D'eftre long- temps unie à ſon Epoux
aimé.
De ton retour le Laboureur charmé
Ne craint plus deformais , qu'une
main étrangere
Moiffonne avant le temps le champ
qu'il afemértás, a
(nouvelle.
Tu pares nos Jardins d'une grace
3
Fuillet 1685.
Bb
290 MERCURE
Turends le jour plus pur , & la terre
*3 (plus belle.
Un plein repos favorife nos voeux ,
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
Mais quelle main puissante &fecourable
A rappellé du Ciel cette Paix adorable
?
Quel Dieu fenfible aux vaux de
l'Univers
A replongé la Difcorde aux Enfers?
*3
Déja grondoient les borribles tonnerres
Par quifont brifez les rempars.
Déja marchoit devant les étendars
Bellone les cheveux épars ,
Et fe flattoit d'éternifer les guerres
GALANT 291
Que fa fureurSouffloit de toutes
parts.
Divine Paix, appren- nous par quels
charmes
Un calme fi profond fuccede à tant
d'allarmes ?
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux vous a fait ce
loifir.
Ca
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
PA
Ses Ennemis offensez de fa gloire
Vaincus cent fois , & cent fois fupplians,
Bb ij
292 MERCURE
En leurfureur de nouveau s'oublians
Ont ofé dans fes bras irriter la vi-
Etoire.
C
Qu'ont- ils gagné ces Efprits or
gueilleux
Qui menaffoient d'armer la terre entiere
? ST
Ils ont veu de nouveau refferrer leur
*
Luxembourg.
frontiere.
Ils ont veu ce * Roc foureilleux
Deleur orgueil l'efperance derniere,
De nos champs fortunez devenir la
barriere.
**
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
03
Son bras eft craint du couchant à
l'Aurore.
GALANT. 293
La foudre quand il vent tombe aux
Climats gelez ,
Etfur les bords par le Soleil brûlez.
De fon couroux vangeur fur le rivage
More
La terre fume encore.
Malheureux les Ennemis
De ce Prince redoutable !
Heureux les Peuples foumis
Afon empire équitable !
Chantons, Bergers, & nous réjouif
fons.
Qu'il foit le fujet de nos feftes.
Le calme dont nous joüiſſons
N'eft plus fujet aux tempeftes.
Chantons, Bergers , & nous réjouif
fons .
Qu'il foirlefujet de nosfeftes.
Le bonheur dont nous joüions:
Bb iij
294 MERCURE
Le flate autantque toutes fes conque-
(Ates.
De ces lieux l'éclat & les attraits ,
Ces fleurs odorantes ,
Ces eaux bondiffantes ,
Ces ombrages frais ,
Sont des dons de fes mains bienfaifantes.
De ces Lieux l'éclat & les attraits
Sont des fruits de fes bien faits.
RA
Il veut bien quelquefois vifiter nos
bocages.
Nos Iardins ne luy déplaifentpas.
Arbres épais,redoublez vos obrages.
Fleurs , naiffez fous fes pas
RA
O Ciel ! ôfaintes Deftinées !
Qui prenezfoin de fes jours florif
fans ,
Retranchez de nos ans
GALANT. 295
Pour ajoûter à fes années.
**
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'avec luy foit toûjours la Paix
ou la Victoire.
Que le cours de fes ans dure autant
que
le cours
De la Seine & de la Loire.
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'il vive autant que fa gloire.
Ces Vers avoient efté mis
en Mufique par M. de Lully.
Il n'a jamais mieux réüffi
qu'en cette occafion. Les
grands Airs eftoient fi bien
meflez avec les Airs Cham-
Bb iiij
296 MERCURE
peftres , que chacun y trouvoit
dequoy fe fatisfaire felon
fon gouft. Cét Idille fut
chanté par les plus belles
voix de l'Opera .
envoye lesVers qui y furent
chantez , ils font de M. Racine
Tréforier de France, de
288 MERCURE
l'Académie Françoiſe. Ileft
connu par un fi grand nombre
de beaux Ouvrages , que
fon nom fait fon Eloge.
IDYLLE
SUR LA PAIX.
N plein repos favorife vos
UN
voeux
Peuples , chantez la Paix qui nous
rend tous beurcux.
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
ca
Charmante Paix , délices de la Terre,
Fille
GALANT. 289
Fille du Ciel, & mere des Plaiſirs,
Tu reviens combler nos defirs,
Tu bannis la Terreur , & les triftes
Soupirs
Malheureux enfans de la Guerre.
*3
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
03
Tarends le Fils àfa tremblăte Mere.
Par toy la jeune Epoufe fpere
D'eftre long- temps unie à ſon Epoux
aimé.
De ton retour le Laboureur charmé
Ne craint plus deformais , qu'une
main étrangere
Moiffonne avant le temps le champ
qu'il afemértás, a
(nouvelle.
Tu pares nos Jardins d'une grace
3
Fuillet 1685.
Bb
290 MERCURE
Turends le jour plus pur , & la terre
*3 (plus belle.
Un plein repos favorife nos voeux ,
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
Mais quelle main puissante &fecourable
A rappellé du Ciel cette Paix adorable
?
Quel Dieu fenfible aux vaux de
l'Univers
A replongé la Difcorde aux Enfers?
*3
Déja grondoient les borribles tonnerres
Par quifont brifez les rempars.
Déja marchoit devant les étendars
Bellone les cheveux épars ,
Et fe flattoit d'éternifer les guerres
GALANT 291
Que fa fureurSouffloit de toutes
parts.
Divine Paix, appren- nous par quels
charmes
Un calme fi profond fuccede à tant
d'allarmes ?
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux vous a fait ce
loifir.
Ca
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
PA
Ses Ennemis offensez de fa gloire
Vaincus cent fois , & cent fois fupplians,
Bb ij
292 MERCURE
En leurfureur de nouveau s'oublians
Ont ofé dans fes bras irriter la vi-
Etoire.
C
Qu'ont- ils gagné ces Efprits or
gueilleux
Qui menaffoient d'armer la terre entiere
? ST
Ils ont veu de nouveau refferrer leur
*
Luxembourg.
frontiere.
Ils ont veu ce * Roc foureilleux
Deleur orgueil l'efperance derniere,
De nos champs fortunez devenir la
barriere.
**
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
03
Son bras eft craint du couchant à
l'Aurore.
GALANT. 293
La foudre quand il vent tombe aux
Climats gelez ,
Etfur les bords par le Soleil brûlez.
De fon couroux vangeur fur le rivage
More
La terre fume encore.
Malheureux les Ennemis
De ce Prince redoutable !
Heureux les Peuples foumis
Afon empire équitable !
Chantons, Bergers, & nous réjouif
fons.
Qu'il foit le fujet de nos feftes.
Le calme dont nous joüiſſons
N'eft plus fujet aux tempeftes.
Chantons, Bergers , & nous réjouif
fons .
Qu'il foirlefujet de nosfeftes.
Le bonheur dont nous joüions:
Bb iij
294 MERCURE
Le flate autantque toutes fes conque-
(Ates.
De ces lieux l'éclat & les attraits ,
Ces fleurs odorantes ,
Ces eaux bondiffantes ,
Ces ombrages frais ,
Sont des dons de fes mains bienfaifantes.
De ces Lieux l'éclat & les attraits
Sont des fruits de fes bien faits.
RA
Il veut bien quelquefois vifiter nos
bocages.
Nos Iardins ne luy déplaifentpas.
Arbres épais,redoublez vos obrages.
Fleurs , naiffez fous fes pas
RA
O Ciel ! ôfaintes Deftinées !
Qui prenezfoin de fes jours florif
fans ,
Retranchez de nos ans
GALANT. 295
Pour ajoûter à fes années.
**
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'avec luy foit toûjours la Paix
ou la Victoire.
Que le cours de fes ans dure autant
que
le cours
De la Seine & de la Loire.
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'il vive autant que fa gloire.
Ces Vers avoient efté mis
en Mufique par M. de Lully.
Il n'a jamais mieux réüffi
qu'en cette occafion. Les
grands Airs eftoient fi bien
meflez avec les Airs Cham-
Bb iiij
296 MERCURE
peftres , que chacun y trouvoit
dequoy fe fatisfaire felon
fon gouft. Cét Idille fut
chanté par les plus belles
voix de l'Opera .
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Résumé : IDYLLE SUR LA PAIX.
L'idylle dédiée à Jean Racine célèbre la paix, présentée comme une source de bonheur et de repos pour les peuples. La paix est décrite comme une fille du ciel et mère des plaisirs, chassant la terreur et les soucis engendrés par la guerre. Elle permet aux familles de se réunir et aux agriculteurs de travailler sans crainte. Le texte loue un héros, un roi victorieux, qui a restauré la paix après des conflits. Ce roi est redouté par ses ennemis et aimé par ses sujets, incarnant à la fois la paix et la victoire. L'idylle exprime des vœux pour la longévité et le triomphe perpétuel de ce héros. Les vers ont été mis en musique par Jean-Baptiste Lully et interprétés par les meilleures voix de l'Opéra.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 120
PRIERE POUR LE ROY.
Début :
Ah ! Seigneur, pour LOUIS ne nous alarme plus, [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Aimer, Craindre, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIERE POUR LE ROY.
PRIERE POUR LE ROY. AH! Seigneur, pour LOVIS
,
ne nous alarmeplus,
Content de nos jÕupirsn'en exige
point d'autres;
Maispourquoy te lafferpardes vœux
superflus ?
Tes interefis icyfont joints avec les
nofires.
J>)ue pour luy donc, Seigneur, ta
main daigne s'armer;
Conferve-nous long-temps unJi digne Monarque,
Tel que lN pris pour nous lefoin de
leformeri
Qu'on le puisse toujours reconnoijlre" à ta marque,
# Soit qu'ilsefajfe craindre, qh qu^il siftjfl aimer.
,
ne nous alarmeplus,
Content de nos jÕupirsn'en exige
point d'autres;
Maispourquoy te lafferpardes vœux
superflus ?
Tes interefis icyfont joints avec les
nofires.
J>)ue pour luy donc, Seigneur, ta
main daigne s'armer;
Conferve-nous long-temps unJi digne Monarque,
Tel que lN pris pour nous lefoin de
leformeri
Qu'on le puisse toujours reconnoijlre" à ta marque,
# Soit qu'ilsefajfe craindre, qh qu^il siftjfl aimer.
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7
p. 13-22
ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Début :
Comme tous ceux qui ont du talent pour les Vers ou / Grand Roy, tout est grand dans toy, le coeur, l'air, [...]
Mots clefs :
Roi, Coeur, Mars, Bras, Oeil, Corps, Foi, Rhin, Voeux, Peur, Éloge, Monosyllabes, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Comme tous ceux qui
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
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Résumé : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Le texte est un éloge du roi de France, rédigé en vers monosyllabiques et publié dans le Mercure. L'auteur, M. Hongnant, exalte les qualités et les actions du roi. Le poème souligne la grandeur du souverain, sa justice, ainsi que son autorité sur la paix et la guerre. Il met en lumière les succès militaires du roi, tels que la prise de forteresses et la soumission des ennemis. Le texte aborde également la maladie du roi et les vœux de rétablissement exprimés par le peuple, ainsi que les hommages reçus de rois étrangers. Les exploits du fils du roi, notamment lors de campagnes militaires, sont également célébrés. Enfin, le poème se conclut par une référence aux préparatifs militaires en Bretagne et à l'attente des ordres du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 213-241
POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
Début :
Est-ce d'un faux espoir me laisser prévenir, [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Phaon, Épître, Traduction, Voeux, Pleurs, Maux, Malheurs, Charmes
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texteReconnaissance textuelle : POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
POESIE
nouvelle.
TRADUCTION.
Epître de Sapho à Phaon. E St-ced'un faux espoir
me laisserprévenir,
Que de me croire encor
dans vôtre Souvenir?
Mon coeur avecraison a-t-il
dule promettre
Que vous aurez connu doù
vous vient cette lettre ?
Ou mon nom seulement
vous aura-t-il tiré
D'un douce où sans cela
vous feriez demeuré?
Je pense déja voir que vôtre
esprit s'applique
A penetrer pourquoy je renonce
au Lyrique:
Mais pour peindre l'horreur
des maux que je
ressens,
L'Ode me prêteroit de trop
foibles accens.
Semblable à ces moissons
que ravage la flâme,
Par les feux de l'amour je
sens brûlermoname:
Tu vois l'Etna,Phaon;mon
coeur trop enflamé
De même que cemontest
de feux consumé.
En proye aux vifs transports
que ton amour
m'inspire,
Je cherche, mais en vain
les accords de ma lyre.
Pour chanter les Héros, les
Dieux & les combats,
Il faudroit être libre, & je
ne le fuis pas.
Les Muses dont mon coeur
reconnoissoit les charmes,
N'ont plus pour m'arrêter
1 que d'inutiles armes.
Mais pourquoy rappeller
des soupirs mal placez,
Ingrat?ta réunis tous mes
feux dispersez.
Je n'ai pu regarder tes
beaux yeux, ton visage,
Sans de l'amour pour toy
sentirtoute la rage;
Mon coeur pour te bannir
prit des foins superflus,
Il te trouvoit plus beau qu'-
Apollon & Bacchus.
Entre ces Dieux & toy la
feule difference,
C'est qu'ils ont de l'amour
reconnu la puissance;
Ariadne & Daphné leur
donnedonnerent
des fers,
L'une & l'autre pourtant
ne faisoient point
de vers.
Pourmoy toujours le Pinde
en richesses abonde,
Et l'éclat demon nomvole.
par tout le monde.
La nature, il est vrai, par
un peu de beauté
N'apasmontré pour moy
sa libéralité:
1 Mais j'enfuis par l'esprit
assez recompensée
Puisque , je fuis par là connuë
autant qu'Alcée.
Voudrais-tu Seulement recevoir
des liens
De celles dont les traits
ééogalleerroonntt les ttiieennss??
Ah l dans ce vain espoir si
ton ame s arrête,
Jamais femme ne doit s'atd
tendre à ta conquêIl te.
Ainsi
,
sans t'amuser à de
vagues projets,
Viens par un promt retour
expier tes forfaits.
Quand tu lisois mes vers,
je te paroissois belle,
Rien n'eût pu te forcer à te
rendre infidele,
Disois-tu. Pénétré de l'ardeur
de mes sons,
Ton coeur s'abandonnoit à
mes tendres chansons.
Un jour,pleine du feu qui
cause mon martyre,
Aux accens de ma voix je
mariois ma lyre :
Il m'en souvient encor; de
precieux momens
N'e;seffacentjamais de l'es- prit des amans.
Transporte du plaisir où se
-
livroit ton ame,
Tu me donnoisalors des
,
baiserstout de flame;
Alorsjete charmois, je regnois
iur ton'Coeur,
Lui-même il avoiioit sans
honte son vainqueur.
De ces rems fortunez la
trace évanouie
Me laisse le regret d'avoir
été trame.
La Sicile te voit offrir de
nouveaux voeux,
Elle voit éclater tes infideles
feux.
Dieux puissans! faloit-il me
faire Lesbienne?
Que ne m'avez-vous fait
naître Sicilienne?
Et vous,jeunes Beautez,
quand par les voeux
offerts.
Phaon vous veut marquer:
qu'il reconnoît vos fers,
Si comme un tendre amant
vous le voyez paraître,
Tremblez de croire trop ce
, que dira le traître;
Il aura beau jurer de mourir
fous vos loix,
Ce que dira l'ingrat, ilme
l'a dit cent fois.-
Et toy, Venus, & toy qu'on
adore enErice,
Si jamais tu daignasme voir
d'un oeil propice,
Si jamais tu reçus mes vers
avec plaisir,
Sois, pour me le prouver,
promte à me recourir;
Ne laisse point languir mon
coeur dans le murmurey-
Et si je fuis à toy) viens vanger
mon injure.
Mais que. je crains, helas !
que mes voeux rejettes
Ne soient pas feulement devenus
ecoutez.
A me persecuter la fortune
confiante
t
Ne lui permettra pas de - remplir mon attente;
Il faut me préparer à de nou-
; • ; veaux combats.
l-Ié quoy donc, fort cruel
n'es-tu point , encor las?
A peineje goûtois les douceurs
de la vie,
Qu'au jour que je voyois
ma mere fut ravie,
Et mon frere arrêté par d'indignes
liens
Perdit en même tem ps son
honneur & ses biens.
Abattu, consterné
)
reduit
dans la misere,
Ilfit choix sans rougir du
métier de Corsaire;
Pour prix d'avoir voulu lui
parler librement,
Je m'attirai sa haine & son
emportement; Dudestin irrité le barbare
caprice
Me donne dans ma fille un
surcroît de supplice,
Et, pour comble de maux
tes nouvelles amours
Me forcent d'appeller la
mort à mon secours.
Languissante & cedant aux
malheurs que j'endure,
Mes cheveux surmon col
tombent à l'avanture;
Je ne regarde plus ces ornemens
pompeux
Dont je faisois ma joye en
un temps plus heureux.
Eh! pourquoy tous ces soins
& cette étude vaine t
Celui qui la causoit vient de
briser sa chaine.
Je pleure, je gbemis, & mon coeur agité
T'aime encore malgré ton
infidélité.
Soir qu'ainsi lait voulu ma
triste destinée,
Qu'aux horreurs de l'amour
je fusse condamnée; Soit que T * *•, en moy
causant ces mouvemens,
Ait disposé mon coeur aux
tendres sentimens.
Mais dois je m'étonner de
ce que ta jeunesse
A sçû sans nul effort surprendre
ma tendresse ?
J'ai craint plus d'une fois
que les Divinitez
Ne se laissassent trop fur-
,
prendre à tes beautez.
Ah
! par un prompt retour
rends le calme à mon
ame;
Viens de nouveau, Phaon,
te livrer a ma flâme,
Je ne demande plus pour
prix de mon ardeur
Que tu payes mes feux par
le don de toncoeur;
Ce seroit trop oser. Que je
t'aime ôc te voye,
Cela suffira seul pour me
combler de joye.
Pendant que je t'ecris songeant
à mes malheurs,
Je baigne ce papier d'un deluge
de pleurs,
Je pense en ce moment à
ta suiteinfidelle.
Helas! quand j'en appris la
premiere nouvelle,
Lorsquequelqu'un me dit,
Phaon est disparu,
Interdite & confuse à ce
coup imprévu,
Dans l'horreur des tourmens
dont j'éprouvai
l'atteinte,
Je voulus, mais en vain,recourir
à la plainte;
Je voulus m'écrier,& ne le
pus jamais,
Un froid mortel lioit ma
langue à mon palais:
Pour soulager les maux
dont mon ame étoit
pleine,
Je ne pus par des pleurs
faire éclater ma peine:
Mais dés que j'eus repris l'urage
de mes sens,
Me livrant toute entiere a
mes malheurs pressans,
Employant contre moy
mes foibles mains pour
armes,
Je me voulus punir d'avoir
manqué de charmes.
Ah ! de quoy m'ont servi
ces vains emportemens?
Mon coeur aime toujours
l'auteur de ses tourmens.
En vain pour t'oublier je me
- fais une étude
De réfléchir sans cesse à
ton ingratitude.
Bien loin d'être en état de
suivre ce conseil,
Je tetrouve par-tout, même
dans le sommeil
;
Et lorsque sa bonté donne.
, treve àmes larmes,
Il te montre à mon coeur
avec de nouveaux
charmes,
Il te presente à moy dans
ces momens trompeurs
Où tu m'avois juré d'éternelles
ardeurs.
Mais cette illusion dont
mon ame est frapée
Au lever de l'aurore est d'abord
dissipée,
Et j'accusePhebus par mes
frequens soûpirs
De venir éclairer trop tôt
mesdéplaisirs.
Je cherche des forêts les
détours les plus sombres,
Pour les ensevelir dans
rhorreur de leurs ombres,
Et ces bois confidens de
mon bonheur passé
Voyent par mes regrets leur
repos traversé.
Telle qu'une Bacchante à
ses fureurs livrée,
Je cours sans observer une
route assurée,
Et mon esprit errant sur
cent objets divers,
Me conduit quelquefois
dans ces bocages verds,
Dont les arbres toufus & le
séjour tranquile
Prêtoient à nôtre amour un
favorable azile.
J'ai reconnu l'endroit où
)
recevant tes voeux,
Je faisois mon bonheur de
répondre à tes feux,
Et rappellant de toy jusqu'à
la moindre trace,
J'en garde un souvenir qui
jamais ne s'efface.
Ce fatalsouvenir banissant
maraison,
D'un deluge de pleurs j'inonde
le gazon;
Les arbres attendrisdutourment
que j'endure,
Semblent perdre pour moy
l'éclat
l'éclar-de leur verdure,
Et les oiseaux touchez de
mescuifàns soucis,
N'osent par leurs chansons
-
interrompre mes CrIS;
Ils respectent mes maux. La
seule Philomelle
Exprime par ses chants sa
;
douleur immortelle;
Tout le reste insensible à
l'horreur qui me suit,
Garde un silence égal à celui
de la nuit.
Auprès est un ruisseau qui
dans sa course lente
Sur un sable argenté parmi
les fleurs serpente;
Ses bords de toutes parts de
saules entourez
- Au Dieu de la forêt sont,
diton,consacrez.
Proche de ce ruisseau je-,
tois un jour couchée,
Ma tête sur un bras languisfamment
panchée,
Ayant devant les yeux tes
injustes mépris;
Une Nymphe s'offrit à mes
regards surpris.
Puis qu'au gré de tes voeux
tu ne peux, me dit-elle,
Remettre dans ses fers le
coeur d'un infidele,
Loin que son changement;
doive exciter ces pleurs ,-
Par un pareil oublimets fin
*
à tes malheurs,
Le moyen est aisé d'imiter
son exemple.
Aux bords Leucadiens eu
trouveras un Temple;
Par les flots de la mer il est
presque entouré,
Apollon dans ce lieu fut
toûjours adoré.
Deucalion brûlé d'une filme
cruelle,
Nepouvoit dePyrrha dompter
le coeur rebelle;
Triste & desesperant de
voir changer son sort,
Du sommet de ce Temple
ilaffronta lamort,
Et cherchant dans les flots
un remede à ses peines,
Il en [orrit, le coeur dé.
chargé de ses chaines.
De ce Temple voila l'admirable
vertu ; Vadégager ton coeur par
l'amour abattu,
Cours, brave le danger,
que rien ne te retienne
., Et que ta fermeté soit égale
à la renne. àlasienne.
A peine ai-je entendu ce
salutaire avis,
LaNymphe se dérobe àmes
yeux éblouis,
Etmoy pleine d'horreur ra..
me en proye aux alarmes,
J'abandonne ces lieux arrofez
de mes larmes.
Oui, Déesse,j'irai, lui dis-je
avec transport,
Sans craindre le dangerje
remplirai mon fort,
J'irai. La mort pour moy ne
sçauroit être affreuse;
Quoy qu'il puisse arriver, je
ferai plus heureuse.
Et toy, Fils de Venus, sois
sensible à mes nlaux)
En me precipitant soûtiensmoy
surles eaux,
De peur qu'on ne reproche
aux ondes d'Ambracie
QueSapho dans leur sein
a terminé sa vie.
Maispourquoy me forcer
à bannir mon amour?
Viens plutôt l'affermir,
Phaon,par ton retour;
Fais qu'à mon desespoir un
doux calme succede,
Toy seul m'en peux fournir
l'infaillible remede.
Héquoy,sans nul remords
oses-tu concevoir
Que l'on t'imputera mon
fatal desespoir?
Dans l'excés des tourmens
dont mon ame est atccince,
Je voudrois t'adresser une
éloquente plainte:
Mais ma douleur s'oppose àmestristesaccens,
Et mes maux m'ont ôté l'iu
sagede mes sens.
Je ne retrouve plus cette
chaleur sublime
- Par qui du double mont je
surmontai lacime,
Et Phebusquim'ouvroit
jadis tous ses tresors,
Pour animer ma voix s'épuise
en vains efforts.
Cet art que je reçus de la
bonté celeste,
Phaon me l'a ravi par fou
départ funeste.
Ramenez cet ingrat, qu'3i. l1
reprenne ses fers,
Et je vous donnerai d'abord
de nouveaux vers.
Mais il n'écoute rien, mes
prieres sont vaines,
Il ne veut point rentrer
dans ses premieres
chaines.
Mes voeux par le cruel ne
sont
sont point écoutez,
Messoûpirs sont perdus,&
mes pleurs rejettez.
Ah! puis qu'ilest ainsi, du
moins apprens, volage,
Que je vais travailler à bannir
ton image,
Et qu'au fond de la - mer
mon coeur trop agité
Va rencontrer la mort ou
la tranquilité.
nouvelle.
TRADUCTION.
Epître de Sapho à Phaon. E St-ced'un faux espoir
me laisserprévenir,
Que de me croire encor
dans vôtre Souvenir?
Mon coeur avecraison a-t-il
dule promettre
Que vous aurez connu doù
vous vient cette lettre ?
Ou mon nom seulement
vous aura-t-il tiré
D'un douce où sans cela
vous feriez demeuré?
Je pense déja voir que vôtre
esprit s'applique
A penetrer pourquoy je renonce
au Lyrique:
Mais pour peindre l'horreur
des maux que je
ressens,
L'Ode me prêteroit de trop
foibles accens.
Semblable à ces moissons
que ravage la flâme,
Par les feux de l'amour je
sens brûlermoname:
Tu vois l'Etna,Phaon;mon
coeur trop enflamé
De même que cemontest
de feux consumé.
En proye aux vifs transports
que ton amour
m'inspire,
Je cherche, mais en vain
les accords de ma lyre.
Pour chanter les Héros, les
Dieux & les combats,
Il faudroit être libre, & je
ne le fuis pas.
Les Muses dont mon coeur
reconnoissoit les charmes,
N'ont plus pour m'arrêter
1 que d'inutiles armes.
Mais pourquoy rappeller
des soupirs mal placez,
Ingrat?ta réunis tous mes
feux dispersez.
Je n'ai pu regarder tes
beaux yeux, ton visage,
Sans de l'amour pour toy
sentirtoute la rage;
Mon coeur pour te bannir
prit des foins superflus,
Il te trouvoit plus beau qu'-
Apollon & Bacchus.
Entre ces Dieux & toy la
feule difference,
C'est qu'ils ont de l'amour
reconnu la puissance;
Ariadne & Daphné leur
donnedonnerent
des fers,
L'une & l'autre pourtant
ne faisoient point
de vers.
Pourmoy toujours le Pinde
en richesses abonde,
Et l'éclat demon nomvole.
par tout le monde.
La nature, il est vrai, par
un peu de beauté
N'apasmontré pour moy
sa libéralité:
1 Mais j'enfuis par l'esprit
assez recompensée
Puisque , je fuis par là connuë
autant qu'Alcée.
Voudrais-tu Seulement recevoir
des liens
De celles dont les traits
ééogalleerroonntt les ttiieennss??
Ah l dans ce vain espoir si
ton ame s arrête,
Jamais femme ne doit s'atd
tendre à ta conquêIl te.
Ainsi
,
sans t'amuser à de
vagues projets,
Viens par un promt retour
expier tes forfaits.
Quand tu lisois mes vers,
je te paroissois belle,
Rien n'eût pu te forcer à te
rendre infidele,
Disois-tu. Pénétré de l'ardeur
de mes sons,
Ton coeur s'abandonnoit à
mes tendres chansons.
Un jour,pleine du feu qui
cause mon martyre,
Aux accens de ma voix je
mariois ma lyre :
Il m'en souvient encor; de
precieux momens
N'e;seffacentjamais de l'es- prit des amans.
Transporte du plaisir où se
-
livroit ton ame,
Tu me donnoisalors des
,
baiserstout de flame;
Alorsjete charmois, je regnois
iur ton'Coeur,
Lui-même il avoiioit sans
honte son vainqueur.
De ces rems fortunez la
trace évanouie
Me laisse le regret d'avoir
été trame.
La Sicile te voit offrir de
nouveaux voeux,
Elle voit éclater tes infideles
feux.
Dieux puissans! faloit-il me
faire Lesbienne?
Que ne m'avez-vous fait
naître Sicilienne?
Et vous,jeunes Beautez,
quand par les voeux
offerts.
Phaon vous veut marquer:
qu'il reconnoît vos fers,
Si comme un tendre amant
vous le voyez paraître,
Tremblez de croire trop ce
, que dira le traître;
Il aura beau jurer de mourir
fous vos loix,
Ce que dira l'ingrat, ilme
l'a dit cent fois.-
Et toy, Venus, & toy qu'on
adore enErice,
Si jamais tu daignasme voir
d'un oeil propice,
Si jamais tu reçus mes vers
avec plaisir,
Sois, pour me le prouver,
promte à me recourir;
Ne laisse point languir mon
coeur dans le murmurey-
Et si je fuis à toy) viens vanger
mon injure.
Mais que. je crains, helas !
que mes voeux rejettes
Ne soient pas feulement devenus
ecoutez.
A me persecuter la fortune
confiante
t
Ne lui permettra pas de - remplir mon attente;
Il faut me préparer à de nou-
; • ; veaux combats.
l-Ié quoy donc, fort cruel
n'es-tu point , encor las?
A peineje goûtois les douceurs
de la vie,
Qu'au jour que je voyois
ma mere fut ravie,
Et mon frere arrêté par d'indignes
liens
Perdit en même tem ps son
honneur & ses biens.
Abattu, consterné
)
reduit
dans la misere,
Ilfit choix sans rougir du
métier de Corsaire;
Pour prix d'avoir voulu lui
parler librement,
Je m'attirai sa haine & son
emportement; Dudestin irrité le barbare
caprice
Me donne dans ma fille un
surcroît de supplice,
Et, pour comble de maux
tes nouvelles amours
Me forcent d'appeller la
mort à mon secours.
Languissante & cedant aux
malheurs que j'endure,
Mes cheveux surmon col
tombent à l'avanture;
Je ne regarde plus ces ornemens
pompeux
Dont je faisois ma joye en
un temps plus heureux.
Eh! pourquoy tous ces soins
& cette étude vaine t
Celui qui la causoit vient de
briser sa chaine.
Je pleure, je gbemis, & mon coeur agité
T'aime encore malgré ton
infidélité.
Soir qu'ainsi lait voulu ma
triste destinée,
Qu'aux horreurs de l'amour
je fusse condamnée; Soit que T * *•, en moy
causant ces mouvemens,
Ait disposé mon coeur aux
tendres sentimens.
Mais dois je m'étonner de
ce que ta jeunesse
A sçû sans nul effort surprendre
ma tendresse ?
J'ai craint plus d'une fois
que les Divinitez
Ne se laissassent trop fur-
,
prendre à tes beautez.
Ah
! par un prompt retour
rends le calme à mon
ame;
Viens de nouveau, Phaon,
te livrer a ma flâme,
Je ne demande plus pour
prix de mon ardeur
Que tu payes mes feux par
le don de toncoeur;
Ce seroit trop oser. Que je
t'aime ôc te voye,
Cela suffira seul pour me
combler de joye.
Pendant que je t'ecris songeant
à mes malheurs,
Je baigne ce papier d'un deluge
de pleurs,
Je pense en ce moment à
ta suiteinfidelle.
Helas! quand j'en appris la
premiere nouvelle,
Lorsquequelqu'un me dit,
Phaon est disparu,
Interdite & confuse à ce
coup imprévu,
Dans l'horreur des tourmens
dont j'éprouvai
l'atteinte,
Je voulus, mais en vain,recourir
à la plainte;
Je voulus m'écrier,& ne le
pus jamais,
Un froid mortel lioit ma
langue à mon palais:
Pour soulager les maux
dont mon ame étoit
pleine,
Je ne pus par des pleurs
faire éclater ma peine:
Mais dés que j'eus repris l'urage
de mes sens,
Me livrant toute entiere a
mes malheurs pressans,
Employant contre moy
mes foibles mains pour
armes,
Je me voulus punir d'avoir
manqué de charmes.
Ah ! de quoy m'ont servi
ces vains emportemens?
Mon coeur aime toujours
l'auteur de ses tourmens.
En vain pour t'oublier je me
- fais une étude
De réfléchir sans cesse à
ton ingratitude.
Bien loin d'être en état de
suivre ce conseil,
Je tetrouve par-tout, même
dans le sommeil
;
Et lorsque sa bonté donne.
, treve àmes larmes,
Il te montre à mon coeur
avec de nouveaux
charmes,
Il te presente à moy dans
ces momens trompeurs
Où tu m'avois juré d'éternelles
ardeurs.
Mais cette illusion dont
mon ame est frapée
Au lever de l'aurore est d'abord
dissipée,
Et j'accusePhebus par mes
frequens soûpirs
De venir éclairer trop tôt
mesdéplaisirs.
Je cherche des forêts les
détours les plus sombres,
Pour les ensevelir dans
rhorreur de leurs ombres,
Et ces bois confidens de
mon bonheur passé
Voyent par mes regrets leur
repos traversé.
Telle qu'une Bacchante à
ses fureurs livrée,
Je cours sans observer une
route assurée,
Et mon esprit errant sur
cent objets divers,
Me conduit quelquefois
dans ces bocages verds,
Dont les arbres toufus & le
séjour tranquile
Prêtoient à nôtre amour un
favorable azile.
J'ai reconnu l'endroit où
)
recevant tes voeux,
Je faisois mon bonheur de
répondre à tes feux,
Et rappellant de toy jusqu'à
la moindre trace,
J'en garde un souvenir qui
jamais ne s'efface.
Ce fatalsouvenir banissant
maraison,
D'un deluge de pleurs j'inonde
le gazon;
Les arbres attendrisdutourment
que j'endure,
Semblent perdre pour moy
l'éclat
l'éclar-de leur verdure,
Et les oiseaux touchez de
mescuifàns soucis,
N'osent par leurs chansons
-
interrompre mes CrIS;
Ils respectent mes maux. La
seule Philomelle
Exprime par ses chants sa
;
douleur immortelle;
Tout le reste insensible à
l'horreur qui me suit,
Garde un silence égal à celui
de la nuit.
Auprès est un ruisseau qui
dans sa course lente
Sur un sable argenté parmi
les fleurs serpente;
Ses bords de toutes parts de
saules entourez
- Au Dieu de la forêt sont,
diton,consacrez.
Proche de ce ruisseau je-,
tois un jour couchée,
Ma tête sur un bras languisfamment
panchée,
Ayant devant les yeux tes
injustes mépris;
Une Nymphe s'offrit à mes
regards surpris.
Puis qu'au gré de tes voeux
tu ne peux, me dit-elle,
Remettre dans ses fers le
coeur d'un infidele,
Loin que son changement;
doive exciter ces pleurs ,-
Par un pareil oublimets fin
*
à tes malheurs,
Le moyen est aisé d'imiter
son exemple.
Aux bords Leucadiens eu
trouveras un Temple;
Par les flots de la mer il est
presque entouré,
Apollon dans ce lieu fut
toûjours adoré.
Deucalion brûlé d'une filme
cruelle,
Nepouvoit dePyrrha dompter
le coeur rebelle;
Triste & desesperant de
voir changer son sort,
Du sommet de ce Temple
ilaffronta lamort,
Et cherchant dans les flots
un remede à ses peines,
Il en [orrit, le coeur dé.
chargé de ses chaines.
De ce Temple voila l'admirable
vertu ; Vadégager ton coeur par
l'amour abattu,
Cours, brave le danger,
que rien ne te retienne
., Et que ta fermeté soit égale
à la renne. àlasienne.
A peine ai-je entendu ce
salutaire avis,
LaNymphe se dérobe àmes
yeux éblouis,
Etmoy pleine d'horreur ra..
me en proye aux alarmes,
J'abandonne ces lieux arrofez
de mes larmes.
Oui, Déesse,j'irai, lui dis-je
avec transport,
Sans craindre le dangerje
remplirai mon fort,
J'irai. La mort pour moy ne
sçauroit être affreuse;
Quoy qu'il puisse arriver, je
ferai plus heureuse.
Et toy, Fils de Venus, sois
sensible à mes nlaux)
En me precipitant soûtiensmoy
surles eaux,
De peur qu'on ne reproche
aux ondes d'Ambracie
QueSapho dans leur sein
a terminé sa vie.
Maispourquoy me forcer
à bannir mon amour?
Viens plutôt l'affermir,
Phaon,par ton retour;
Fais qu'à mon desespoir un
doux calme succede,
Toy seul m'en peux fournir
l'infaillible remede.
Héquoy,sans nul remords
oses-tu concevoir
Que l'on t'imputera mon
fatal desespoir?
Dans l'excés des tourmens
dont mon ame est atccince,
Je voudrois t'adresser une
éloquente plainte:
Mais ma douleur s'oppose àmestristesaccens,
Et mes maux m'ont ôté l'iu
sagede mes sens.
Je ne retrouve plus cette
chaleur sublime
- Par qui du double mont je
surmontai lacime,
Et Phebusquim'ouvroit
jadis tous ses tresors,
Pour animer ma voix s'épuise
en vains efforts.
Cet art que je reçus de la
bonté celeste,
Phaon me l'a ravi par fou
départ funeste.
Ramenez cet ingrat, qu'3i. l1
reprenne ses fers,
Et je vous donnerai d'abord
de nouveaux vers.
Mais il n'écoute rien, mes
prieres sont vaines,
Il ne veut point rentrer
dans ses premieres
chaines.
Mes voeux par le cruel ne
sont
sont point écoutez,
Messoûpirs sont perdus,&
mes pleurs rejettez.
Ah! puis qu'ilest ainsi, du
moins apprens, volage,
Que je vais travailler à bannir
ton image,
Et qu'au fond de la - mer
mon coeur trop agité
Va rencontrer la mort ou
la tranquilité.
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Résumé : POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
L'épître de Sapho à Phaon révèle la souffrance et la désillusion de Sapho face à l'infidélité de Phaon. Elle se demande si Phaon se souvient d'elle et si sa lettre lui rappellera leur amour passé. Sapho compare son cœur enflammé par l'amour à l'Etna en feu, incapable de chanter les héros et les dieux comme elle le faisait autrefois. Elle se remémore les moments de passion partagée et les serments d'amour de Phaon, désormais réduits à des souvenirs amers. Sapho évoque également ses malheurs personnels, tels que la perte de sa mère et l'emprisonnement de son frère, qui l'ont plongée dans la misère. Elle se sent trahie par Phaon et par le destin, envisageant même de se donner la mort pour échapper à sa souffrance. Elle décrit ses errances dans les forêts, où elle pleure son amour perdu, et rencontre une nymphe qui lui suggère de se jeter du temple de Leucade pour se libérer de son amour. Malgré sa douleur, Sapho exprime son désir de voir Phaon revenir et de retrouver la paix. Elle adresse une dernière supplique aux dieux et à Vénus pour qu'ils interviennent en sa faveur. Elle conclut en annonçant son intention de se jeter à la mer pour échapper à sa souffrance, espérant y trouver la mort ou la tranquillité.
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9
p. 184-193
A MONSIEUR LE PRESIDENT HENAULT, EPITALAME.
Début :
L'autre jour c'étoit feste aux rives du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Hylas, Hymen, Voeux, Nymphe, Règne, Neuf soeurs, Président Hénault
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE PRESIDENT HENAULT, EPITALAME.
A MONSIEUR
LE PRESIDENT
HENAULT,
EPITALAME.
L'Autre jour c'étoit feste
aux rives du Permesse,
Venus y présidoit: aux pieds
de laDéesse
En presence des Ris, des
Graces, &des Jeux
Phebus&les neuf Soeurs
renouvel.
renouvelloient leurs
voeux:
Voeux dont, l'Amour jadis
dressa le Formulaire,
Voeux d'aimer pouraimer,
sans autre engagement,
De promettre, mais sans
serment
Ou sans garans du moins,
que le desirde plaire:
Tous voeux écrits au Rite
de Cythere
Ennemy d'un joug plus sévere.
Mutes à ce grand jour
étoient vos favoris.
-
Ceux qui du beau langage
ont obtenu le prix,
Les Catulles nouveaux;
dont l'amoureuse lyre
Attendrit Lesbie, ou Thamire,
Les Théocrites soupirans,
Les Tragiques fameux
qui, par de certains
charmes,
Des plus plus beaux yeux tirent
des larmes,
Ces derniers en grand
deüil : les Quinauts
plus galans
Vêtus d'habits legers, & de
Cothurnes blancs.
Regne Amour, regne seul
! sur les bordsd'Hypo- -
crene
: S'écrioyent les neuf soeurs.
à l'invocation
Tous les Choeurs reponzedolieent.
eTneltqruaelîene
Donne même à l'Hymen
: quelque imprécation.
Hylas prés d'Apollon avoit
alors sa place,
Hylas couvert de lauriers
tous nouveaux,
Hylasqui jeune encor, loin
? dé nos vieux Rivaux
Se traça deux chemins au
chemin du Parnasse,
Du pur & libre Amour il
1
maintenoit les droits.
Euterpe ayant en main le
rustique Hautbois
C'estmoy, ditelle, Amour,
qui fuis bien assurée
D'enseigner tes loix aux
humains
Selon leur texte pur telles
que de tes mains
Je les reçus fous le regne
d'Astrée
,
Distingue aussi mes sujets
entre tous.
Mes leçons ont forméplus
d'Amans que d'Epoux.
Amoureux du loisir que
l'Idylerespire
Oùvivroyent-ils mieux
que fous ton Empire?
Du sexe ils font assez
j cheris.
f Elle regardeHylas avec
un doux souris,
| Mais tout à coup une clarté
; plus pure
Luit au double Vallon,
on reconnoistMercure
Qui descend d'un vol
promt ,
du celeste
lambris,
Amy de tout illustre
,
&
qui donne au merite
> Les mesmes soins qu'il doit
aux affaires des Cieux.
A -t'il tort } les hommes
d'Elite
Ne sons-ils pas les vrais
enfans des Dieux?
Chacun sçait quel respect
le Parnasse luy porte
L'hymen marchoit tout
fier d'une si bonne
escorte
Et Plutus les suivoit tous
deux
Peu de gens dans ce lieu
connoissoient son visage
-
Dieu pesant, quicent fois
a foulé fous ses pas
Les fleurs dont le Permesse
embellit son rivage
Il estoit ce jour-là plus
humain, moins sauvage
Il répend ses trésors aux
pieds du jeune Hylas.
Hylas ne regardoit que
! Mercure,& les Muses,
i Jeveuxtoncoeur,tamain
ne me refuse pas
Dit Mercure, l'Hymen
t'offrira des appas.
Hylas pour refuser meditoit
des excuses
Quandl'Hymen à sesyeux,
pour premier de ses
dons,
Dévoila le portrait d'une
Nymphe charmante,
Il s'arreste, il contemple..
Eh bien nous te perdons
S'écria la troupe sçavante
Cette Nymphe à jamais
te dérobe à ces lieux
Elle va t'occuper de soins
plus serieux,
Elle n'est pas vostre ennemie
Répond l'Interprete des
Dieux
Son Pere est pour nos Arts
un amy précieux
Dont, contre le faux goust
la raison affermie
Assure au vray merite un
accuëil
accuëil glorieux.
Paulestre, cette Nymphe
a nos plaisirs fidelle
Suivrasouvent icy son , pere
1
&son Epoux,
Jevois dans l'avenir, d'une
chaine, si belle,
Les fruits se consacrer à
vous.
Par cet espoir flateur,la
troupe un peu remise,
Reçoit l'Hymen, approuve
le party,
L'Amour suivit Hylaschez
laNymphe promise, :)
Il si trouva si bien, qu'il
n'en est point sorti.
LE PRESIDENT
HENAULT,
EPITALAME.
L'Autre jour c'étoit feste
aux rives du Permesse,
Venus y présidoit: aux pieds
de laDéesse
En presence des Ris, des
Graces, &des Jeux
Phebus&les neuf Soeurs
renouvel.
renouvelloient leurs
voeux:
Voeux dont, l'Amour jadis
dressa le Formulaire,
Voeux d'aimer pouraimer,
sans autre engagement,
De promettre, mais sans
serment
Ou sans garans du moins,
que le desirde plaire:
Tous voeux écrits au Rite
de Cythere
Ennemy d'un joug plus sévere.
Mutes à ce grand jour
étoient vos favoris.
-
Ceux qui du beau langage
ont obtenu le prix,
Les Catulles nouveaux;
dont l'amoureuse lyre
Attendrit Lesbie, ou Thamire,
Les Théocrites soupirans,
Les Tragiques fameux
qui, par de certains
charmes,
Des plus plus beaux yeux tirent
des larmes,
Ces derniers en grand
deüil : les Quinauts
plus galans
Vêtus d'habits legers, & de
Cothurnes blancs.
Regne Amour, regne seul
! sur les bordsd'Hypo- -
crene
: S'écrioyent les neuf soeurs.
à l'invocation
Tous les Choeurs reponzedolieent.
eTneltqruaelîene
Donne même à l'Hymen
: quelque imprécation.
Hylas prés d'Apollon avoit
alors sa place,
Hylas couvert de lauriers
tous nouveaux,
Hylasqui jeune encor, loin
? dé nos vieux Rivaux
Se traça deux chemins au
chemin du Parnasse,
Du pur & libre Amour il
1
maintenoit les droits.
Euterpe ayant en main le
rustique Hautbois
C'estmoy, ditelle, Amour,
qui fuis bien assurée
D'enseigner tes loix aux
humains
Selon leur texte pur telles
que de tes mains
Je les reçus fous le regne
d'Astrée
,
Distingue aussi mes sujets
entre tous.
Mes leçons ont forméplus
d'Amans que d'Epoux.
Amoureux du loisir que
l'Idylerespire
Oùvivroyent-ils mieux
que fous ton Empire?
Du sexe ils font assez
j cheris.
f Elle regardeHylas avec
un doux souris,
| Mais tout à coup une clarté
; plus pure
Luit au double Vallon,
on reconnoistMercure
Qui descend d'un vol
promt ,
du celeste
lambris,
Amy de tout illustre
,
&
qui donne au merite
> Les mesmes soins qu'il doit
aux affaires des Cieux.
A -t'il tort } les hommes
d'Elite
Ne sons-ils pas les vrais
enfans des Dieux?
Chacun sçait quel respect
le Parnasse luy porte
L'hymen marchoit tout
fier d'une si bonne
escorte
Et Plutus les suivoit tous
deux
Peu de gens dans ce lieu
connoissoient son visage
-
Dieu pesant, quicent fois
a foulé fous ses pas
Les fleurs dont le Permesse
embellit son rivage
Il estoit ce jour-là plus
humain, moins sauvage
Il répend ses trésors aux
pieds du jeune Hylas.
Hylas ne regardoit que
! Mercure,& les Muses,
i Jeveuxtoncoeur,tamain
ne me refuse pas
Dit Mercure, l'Hymen
t'offrira des appas.
Hylas pour refuser meditoit
des excuses
Quandl'Hymen à sesyeux,
pour premier de ses
dons,
Dévoila le portrait d'une
Nymphe charmante,
Il s'arreste, il contemple..
Eh bien nous te perdons
S'écria la troupe sçavante
Cette Nymphe à jamais
te dérobe à ces lieux
Elle va t'occuper de soins
plus serieux,
Elle n'est pas vostre ennemie
Répond l'Interprete des
Dieux
Son Pere est pour nos Arts
un amy précieux
Dont, contre le faux goust
la raison affermie
Assure au vray merite un
accuëil
accuëil glorieux.
Paulestre, cette Nymphe
a nos plaisirs fidelle
Suivrasouvent icy son , pere
1
&son Epoux,
Jevois dans l'avenir, d'une
chaine, si belle,
Les fruits se consacrer à
vous.
Par cet espoir flateur,la
troupe un peu remise,
Reçoit l'Hymen, approuve
le party,
L'Amour suivit Hylaschez
laNymphe promise, :)
Il si trouva si bien, qu'il
n'en est point sorti.
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Résumé : A MONSIEUR LE PRESIDENT HENAULT, EPITALAME.
Le texte est un épithalame célébrant le mariage de Monsieur le Président Hénault. La fête se déroule aux rives du Permesse, sous la présidence de Vénus, avec Phébus et les neuf Muses renouvelant leurs vœux d'amour. Les favoris du président, parmi lesquels des poètes et des tragédiens, sont présents. L'Amour règne sur les bords de l'Hypocrène, et les Muses invoquent son pouvoir. Hylas, un jeune poète couronné de lauriers, est honoré. Euterpe, muse de la musique, affirme enseigner les lois de l'amour. Mercure, accompagné de l'Hymen et de Plutus, offre à Hylas le portrait d'une nymphe charmante, fille d'un père ami des arts. Cette nymphe est destinée à Hylas, qui accepte cette union. La troupe savante, bien que triste de perdre Hylas, approuve cette alliance, espérant que les fruits de leur amitié continueront à être consacrés aux arts.
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10
p. 14-117
MEMOIRE Touchant les droits de ceux que les Jesuites congedient de leur Compagnie, avant qu'ils y ayent fait les derniers voeux.
Début :
Il faut par rapport à l'affaire presente diviser en deux classes [...]
Mots clefs :
Jésuites, Voeux, Compagnie, Religieux, Public, Familles, Édit, Henry Le Grand, Bien public, Naissance, Propriété, Congrégation, Succession, Sujets, Roi, Ordonnances, Pauvreté, Religion, Jurisprudence, Édits, Mariage, Jouissance, Ecclésiastique, Lois, Compagnie, Droits, Royaume, Noviciat, Héritiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Touchant les droits de ceux que les Jesuites congedient de leur Compagnie, avant qu'ils y ayent fait les derniers voeux.
MEMOIRE
Touchant les droits cL1 ceux queq
*7 les JftitescongtdlLnI dt, Icuril
Compagnie , avant cjutlsy*
aytntjait les derniers vaux,,
Il faut par rapport à l'affaire
presente diviser en deux classes
les sujets qui forment le corps
de la
-
Compagnie de JEStis.,
La première elt composée de
ceuxqui après deux années des
Noviciat ontétéadmis à faire
lesvoeux simples de pauvreté
de ch;«H:aé;&. d'obeïssance. La
fcconvjQcIdflîtlt Compofeç de
ceux qUI après un certain nombre
d'années pssees dans la
Compagnie depuis les. premiersivoe
X:, ont, EFTEADMIS;À
fjire les VCCJX lotemnelsdela
Profession.. "','
: ParlespremiersvoeuxunJe
;
suites'engageàyjvré)perpctuellement
dans la Compagnie,
supposé qu'après l'avoir
éprouvé dans Xes fonctions
pendant un certain temps,elle
lIejugo,) propre à les remplir
pour toujours. Cetengagement
n'est doncque condi~ -
tionnel; la Compagnienes'cn.
gageant de son costéà garder
celuyqui le contracte, qu'autant
qu'elle le trouvera bon,
aprèsl'avoir éprouvé.Aussi ceg
voeux (impies Ce sont-ilsen
particulier, sans que la Compagnie
les reçoive : ils lient le
Jesuite à la Compagniesans
que laCompagnieiclieàluyj
Par les voeux de Professîon
l'engagement eû mutuel entre
leJefuitc & la Compagnie.
Le Jesuite s'engage alors à vivre
perpétuellement dans la
Compagnie, & laCompagnie
l'y reçoit pour toujours. Le
temps
temps dépreuve estfini: l'état
d'un Jesuitedevient fixe,com-,
me celuy de quelque autre Religieux
que ce soit qui a fait
Profl ssion.
La différence qu'il faut mettre
icy entre la Compagnie &
entre les autres Ordres Religieux
; c'est que dans tous les
Ordres Religieux
,
il n'y a
iju'un seul temps d'épreuves ,
au bout duquel on fait la Prosession
; au lieu que dans la
Compagnie il y a deux temps
d'épreuves, tres differcns l'un
de l'autre. Le premier cft le
Noviciat de deux ans ,au bout
duquel on s'engage par les
voeux sim ples. Là commence
le second temps d'épreuves,
pendant lequel la Compagnie
exerce ses sujets dans les fonctions
qui luy sont propres;&
ces secondes épreuves se terminent
par une troisiéme année
de Noviciat, pour se difsposeriauxovoeuxnde
la .Prof.:£: C'est seulement, comme
on l'adit, par ces derniers
voeux, qu'un Jefuitc cft engagé
irrévocablement & sans
retour. Mais cela n'empêche
point que parles voeux simples
qu'il fait après le premier Noviciat.,
ilne devienne véritablement
Religieux. Il est Religieux
,
mais il peut cesser de
l'estre
, parce qu'il n'est pas
Religieux Piofés. Jusqua la
Profession
,
la Compagnie a
droit de le congédier en le dispensant
de sesvoeux; & en cc
cas il devient absolument libre
,
capable de tous les emplois
civils; il peut même, s'il
n'est point dans les Ordres,
contracter un légitimé' mariage
sans autre dispense que
celle qui resulte du congéque
le General de la Compagnie
luy donne. B ij
Telest l'Inftitut de laCompagnie
,
fciemncllcmcnt approuvépar
les SouvsrainsPonti
ses, lefquclsen l'approuvant,
ont établi un droit nouveau
en ce point,quejusques-làil
n'y avoit que lesvoeu x de Pro.
session qui donnessent proprement
la guaJitç de Religieux.
Etant une fois Religieux,'c'éstoit
une necefifjt,é de l'estre
toujours; parce qu'on ne l'étoir
que par la Prose ssion, qui
ne laisse point de retour au siecle.
Mais les Souverains Pontifes,
en approuvant le Corps
des Jesuitescomme un Ordre
Religieux,ont voulu que ceux ui s'y engageoient, & qui en
devenoient membres par les
ACCUX simplesdepauvreté,de
chasteté & d'obéilfancc
,
fussent
aussi parlà devéritables
Religieux. C'est unpoint de
Droit Ecclesiastique que l'Eglise
a ratifié au Concile,de
OTreitte,^ qui aétéreçû sans
concradiction dans tous les
Etats du tnondc,
Il n'est pas difficile de penetrer
le* raisons qui ont porté le
Saint Fondateur de la Compagnie
à y établir un si longtemps
d'épreuves. Par rapport
à la nature &à la multiplicité
des fonctions qu'il embrassoit,«
illuy filloit des sujets qui eussent
& une vertu à l'épreuve,
& des talens qui ne peuvent
se développer dans letemps du
premier Noviciat. Ce qui est
essentiel à l'état des autres Religieux
,
ils le pratiquent des
leur entrée dans la Religion :
ce qu'ils y font pendant une
premiereannée, c'cft ce qu'ils
doivent la plûpart faire toute
la vie. U.1 Jesuite au contraire
hors les exercices de la vie In-'.
terieure, ne fait rien dans le:
premier Noviciat de ce qui
doit l'occuper le reste de fcs
jours. Il luy est essentiel d'être
employé au ministre des
âmes ; il faut qu'il enseigne ou
qu'il prêche; il doit estre prest
à passer dans les pays les plus
barb ires, pour y annoncer la
foy. Or comment dans les simples
exercices du premier Noviciat
,
qui est uniquement dcftiné
à la retraite & à la priere,
la Compagnie pourroit-elle
s'assûrer qu'un sujet est propre
aux - emplois du dehors qui
sont sa fin principale? Comment
pourroit-il s'en assûrer
luy même? Il est donc neces-
1'
faire de l'éprouver dans l'exercicc
de ces emplois, avant qu'il
s'engage sans retour à les remplir
toute sa vie.
Telles ont esté les vûës de
S. Ignace,pour ne borner pas
au premier Noviciat l'épreuve
de ceux qu'il devoit admettre
dans sa Compagnie par les
voeux irrévocables de la Prosession.
Mais comme il eOoira
craindre qu'en differant trop
longtemps de fixer leur état,
quelques-uns ne succombassentau
dégoût d'une épreuve
longue & penible ; il convenoit
dopposerà leur inconf- ', tance
,.
tance l'engagement des voeux
simples. Ces voeux les lient as-
(lz, pour qu'ilsne puissent plus
reculer simplement par legereté
: mais ils ne les lient pas
non plus tellement , qu'ils ne
[puiffent'Cire déliez pour des
raisons legitimes. -Aureste>S.Ignaceen pretnant
ainsises avantages pour leCorps Religieux qu'il avoic
à former, a pourvû aussi avec
toute la sagesse-possible à lavantage
de ceux qui devoient
s'y engager. Pour cela il leur
laisse dans le siecle jusqu'au
moment de leurs derniers
voeux, tous les droits que la
naissance leur donne.Il n'exige
d'eux que les voeux simples de
pauvreté, de chaLteré)d'ob¿i'f.
sance; & ce voeu simple de
pauvreté consiste uniquement
àse dépouiller de l'usage libre
de ses biens.
Il elt vray que le S Fondateur,
pour la perfection particuliere
des sujets de sa Compagnie,
voudroit qu'ils fussent
tous aff, z détachez, pour disposer
de leurs, biens dés qu'ils,
entrent dans la Compagnie,
& pournese laisser plus dercC---«
source dans le siecle. Il veut
même que des le premier Noviciat
,
ils promettent, sans
meanmoins s'y engager par
voeu,d'abandonner r leurs biens,
,yoeij,d ab,indonncr leurs quand le Supérieur le leur ordonnera
pour leur plus grande
perfection. Maisil ordonne en
iroèmc tems aux Superieurs de
me permettre pas aux particuliers
de se dépouiller de la forte
,
si l'on ne s'est auparavant
bien assuré de leur perséverance
dans leur vocation; & il
veut qu'on neprocédé jamais
en cela qu'avec une mûre deliberation.
rAj Juiqu'à cette abdication
volontaire qui dépend de la
volonté du Superieur, & qui
n'est point du tout attachée
aux premiers voeux , comme
on le voie, un Je suite qui n'a
fait que ces premiers voeux conferve ,
,
fclon les Constitutions
de la Compagnie
,
l'entiere
propriété de ses biens acquis;
il a le même droit de succeder
, que s'il étoit encore
dans le siecle; il peut disposer
selon les loix de ce qu'ila
,
de
ce qui luy échoit. Et qui les
luy donne ces droits? c'est sa
naissance. Il les avoit avant
que de faire son voeu de pzu.,
vreté: il n'y renonce pas en le
faisant : illes a donc toûjours
au même titre. Ce qu'il conserve
de droit sur ses biens
, cecyest tout-à-fait digne
d'attention) c'est à sa naissance
cule qu'il en est redevable :
d'être Religieux sansêtreobligé
de renoncer à ces droits
c'cft à son état qu'ille doit.
Et icy se découvre une erreur
confijerable de bien des
gens sur le point dont il s'agit.
Ce ne sont point, comme ils
se l'inlaginent les Constirutions
& les Bulles des Papes qui
donnent à un Jesuite jusqu'à
ses derniers voeux la propriété
& la jcü;{f..nce de ses biens, &
qui le rendent habile à succeder
: son droit sur cela n'est
que le droit naturel, à quoy
les Constitutions & les Bulles
ne font aucun obstacle, en ne
l'obligeant à y renoncer, que
quand il fait les derniers voeux.
Au reste, levoeusimple de
pauvretéjtel qu'on le represenle
ici,n'en poinr particulier aux
Jesuites.Mcssieurs dela Mission,
les Filles de l Union Chrétienneen
font un tout pareil.
Dans ces Congrégations les
sujets retiennent la propriété
de leurs biens; ils en peuvent
disposer par dons, par tesla.
mens;ils perçoivent des successions.
Tout l'engagement
qu'ils contrarient en voüant
la pauvreté,c'estde n'user de
leurs biens que fous le bon
plaisir de leurs Supérieurs; &
les Jesuitesen sinsant leurs
premiers voeux, ne font rien
de plus à cet égard.
Nousavons exposé jusquesicy
le veritable plan de l'Institut
des Jesuites par rapport
à l'affaire presente; & leurs
droits, dans l'étendue que
nous leur avonsdonnée, y font
si clairement marquez, qu'il y
auroit de la temerité à vouloir
formerla moindre copieration
sur ce point. Aussidepuis
l'Indication de leur JCotn.
pagnie, ils .oni partout joui
pleinement&constamment de
ces droits; & ils en joùissent
encore dans tout lemonde
Chrétien, hors la France, même
dans les Etats Protestans
où ils font établis, sans qu'il
leur soit causé le moindre
troubleàcesujet. - Ht
Ils en ont même joui en
France sans aucune modification
, jusqu'au temps où ils
furent obligez d'en sortir. On
le démontre par divers Atrêts,
& entre autres par ceux que le
Parlement de Paris rendit le
Oâobres585. en saveur
de Robillard, & le 13. PC"
cembre 1592. en faveur de la
Grange, tousdeux efhnt dans laCompagnie, qui certainement
étoit alors reçue & regardée
comme un 01.dce Religieux.
C'est ce qui est incontestablement
prouvé par ces Arrestsmêmes
que les Jesuites
produisent, & par l'Arrest de
Noalhes rendu dans le même ¡,.>'
temps au Parlement de Toulouse,
quiest aussi produit. Les
Auteurs contemporains&autrois
conviennent unanimement
que ces Arrests ont esté
renias uniquement sur la difsérence
desvoeux des Jesuites;
ces témoignages font rapportez.
Les Jesuitesproduisent
aussi les Lettres Patentes, où
les Bulles qui approuvent u
confirment leur Influât font
rapportées. Ils produisent entre
autres les Parentes de Charfont
levéesles modifierions
& les icitriâtons de l'Assc de
Poissy, par lequel ils n'avoicnc
été reçûs dans le Royaume que
comme Collège & Société }
celles du même Prince du mois
de FévrierIJ74. enregistrées
au Parlement de Paris, qui autorisent
l'Inflitut des Jesuites
& la fondation des Maisons
Profcfles fondées & à fonder
dans la fuite. Celles d' Henry
III. du mois de MlY 1580.
pareillement enregistrées, qui
rappellent & confirment les
précédentes.
Les deux Arrêts rendus au
Parlement de Paris en faveur
de deux Jesuites, & qu'on rapporte
comme les plus proches
du temps, où la Compagnie
fut obligée de quitter le RoïHJmeJfone
voir quelyétoitson
dernier état avant l'Edit par lequel
Henry le Grand, de gto.
rieuse mémoire
,
voulut
bien
l'y rappeller.
Les per Tonnesen place qui
étoient alorsopposéesaurétabh{
f:m,:nc des Jduires, insiftoienr
particulièrement auprès
du Roy sur lafing-Varité d'un
Corp) Religieux
,
donc les sujcts
con servoienc a près leurs
premiers voeux des droits de
propriclé & de succession inconnus
aux auu es Or dres: &
l'on exageron fort les inconvemiens
qu'il pourroit y avoir
à le (V'ufFur. Ce Prince par une
condt(ccndancc dicme de la
fagclle pour ceux qu'il trouvolt
d'un avis contraireau fien,
crut qu'il falloit un peu ceder
au temps, & apporter aux
droitsdontil étoit question,
un tempérament, quisansruiner
absolument rinftitut des
Jcsu,ltes,dcvoit contenter leurs
advcrfaircs. Ce temperameric
est renfermé dans lart. V. de
l'Edit. Envoicy les termes: Quccyaprès tous ceuxde laditesocieté,
tantceuxqui ontfait
lesvauxfimples feulement, que
lesautres. ne pourront accruttir
dans notredit Royaume aucuns
biens immeubles par achat, dona.
tion ou autrement, sans notre permijjton.
Nepourrontaujjïaux de
ladite Sociétéprendre ni recevoir
aucunefucajjion ni directe ni collaterAle,
non plus que les autres
Rrltgitux. ET NEANMOINS AUCAS
QUE PAR CY APRE'S ILS
F JSSENT LICENTIEZ ET CONGEDIEZ
PAR LADITE COMPAGNIE
, POURRONT REN-.
TRER EN LEURS DROITSi
COMME AUPARAVANT.
Il cit vray que cet Edit ne
sur corrglfire au Pai hITIent
iqu"ipié.%dcs rcmoniranccs failcs
au Roy & de sccondes Lettres
de ltflicn; & qu'au temps
de l'cnreg:ltrco1cnt) il fut arfêté
par la Cour,que le Roy
ycroîl tres-humbhmtnt supplie
pourvoirparune Déclarationàce
ue ceux qui auroientétéquelque
temps dans la Société, ntpûffint
iire reçusaux partages , pour le
trouble qu'ils apporteroient aux
familles, Mais cela montre d'un
lôré
,
combien le Roy avoit
de sortes raisons de maintenir
îledroit des Jesuites;&delautre,
que le Parlement le tenoit
lié sur ce point pat l'Edit, tuC:
qu'à ce qu'il y fût derogé par
une Declaration de Sa Majefté.
On ne sçauroit deviner sur
quel fondement quelques personnes
ont dit que les Etats de
1614avoientaussi demandé
au Roy de fixer un temps aux
Jesuites
,
après lequel sortant
de la Compagnie ils ne pour
roient plus être reçûs à partage.
On ales cahiers imprimez
de ces Etats;iln'yestparlé des
Jesuites que dans le cahier des,
Ecclesiastiques à l'articlesixiéme
i
me qui fut accordé par le Roy.
..e voicy : QjSattendu le fruit
we font journellement les Peres
efuitrs, tant a l'avancement de
« Religion,cjuel'inlfruétion de
1 jeunesse, il plaise à VoftreAfa-
^fiéque leur College de Glermont
sur foit redonné avec leurs anlevmes
fondations, £r les voulutconserver
& prendre en i/oie
protection
, & qu'il en foit
vttid'autres dans chacune des bon.i
zs Villes de ce Royaume
)
aufmlles
ilsferont demandek par le
Ilnfentement desdites Villes
1 &
:
fotimettant par eux aux Loix
m Statuts de l'TJniverfité.
Pour revenir à nôtre sujet,
tel devint l'état des Jsuites en
France par l'Edit de leur récablissement,
qui changea Tan-"
cienne Jurisprudence. Ils ne
pûrent plus succeder à aucun
bien
, comme ils faisoient &
font encore par tout ailleurs
avant leurs derniers voeux, &
comme ilsavoient toûjours
fait en France jusqu'à l'Edit :::
mais il leur conferva cet Edit
le pouvoir de rentrer dans;
tous leurs droits, au cas qu'ils
fossent congediez par la Compagnie.
Or ce que l'Edit a laisse
;
aux Jesuites subsiste-t-il cnco.',
~Te? Et s'il eil: vray qu'il subsiste,
doit il subsister plus longtemps?
C'est ce qu'il en question
d'examiner aujourdhuy.
L'Edit, en ce qu'il declare
les Jesuites capables de rentrer
dans leurs droits, au cas qu'ils
soient congediezpar la Compagnie
,
subsiste-t-il encore?
Ec comment en pourroit on
douter? Y a t-il quelque autre
Edit qui y deroge ? Où est la.
Loy qui paroisse y être contraire.
:
Mais n'est ce pas une Loy
generale
, que tout Religieux
~estmort civilement,&ne peut
plus prétendreà rien dans le
siecle îOiiy, c'est une Loy generale
que tout Religieux Profés
ert mort civilement,&n'a
plus rien à prétendre dans le
siecle: aussi les J;:fuices Profés
n'y prétendent ils plus rien.
Ql'on parcoure routes lesLoix
du Royaume ; ce n'est que le
Religieux Profés nommément
,
qu'on y verra exclus
pour toujours des successions,
& jamais le Religieux simplement
comme Religieux, ja.:
mais le Religieux en general.
CCLOIXne contredisentpoint
l'Edu3 comme l'Edit ne déroge
en aucune façon à ces Loix.
Les Loix regardent les seuls
ReligieuxProsés, à qui le retour
au siecle estinterdit pour
toûjours;&l'Edit regarde uni-
~quement ceux d'entre les Jesuites,
qui n'étantencore Religieux
que par les voeux (imples,
peuvent en être dispensez,
& rentrer dans lesiecle
avec le congé de la Compagnie.
Or
,
dés-làqu'ils peuvent
rentrer dans le siecle., &
V reprendre leur premier état,
~ycontractermêmeun legitime
mariage, ce qui ne leur fut
jamais contesté;quelle justice
yauroit ilde leur y contester
les biens que la naissance leur
donne, au quels ilsn'ont pas
renoncé, donc ils ont besoin
pour eux & pour lesenfansqui
leur peuventnaître?
1
Un homme donne la plus
-
grande partie de son bien à un
ami,qui moyennant cela fait
un mariage considerable.Tandis
que lafamille du donataire
grossit, le donateur s'avise de
se marier luy-même;&au moment
qu'illuy naît un enfant,
sa donation devient nulle selon
les Loix ,& il reprend tout :
ce qu'il a donné. Comment
donc les Loix ôteroient-elles à
un Jesuite legitimement con-
~gédié de la Compagnie, & qui
a la liberté de le marier, le
droic de reprendre dans sa famille
des biens ausquels il n'a
pointrenoncé?
t" Sont-ils donc si coupables
ces hommes qui retournent
au siecle;parce qu'ils ne fc trouventpoint
avoir affcz de santé,
)OU certains talens nec ffaires,
pour fournir la difficile & pemible
carriere d'unJesuite?
Sont-ils si coupables
,
qu'on
noive pour cela les dépoüiller
~k~és droits que la nature leur
cs
donne,&qu'ilss'etoient sage.
ment reservez pour le temps
qu'ils éprouveroient leurs forces,
avant que d'être engagez
sans retour? Cette pieuse épreuve
qu'ils ont voulu faire
d'cux-Inêmes)cfi elle une raison
de les desheriter,& de les
mettre à cet égard au rang des
bâtards, ou des scelerats condamnez
pour toûjours aux galeres
? Les traiterat on plus
mal que des enfans vagabonds,
qui rentrent dans leurs
biens aussitôtqu'ils se fontreconnoitre?
Ce furent ces principes de
1equiré
l'équité naturelle, qui porterent
Henry le Grand à user de
toute son autorité pour aflii*
ret aux Jesuites par son Edit le
droit qu'on le sollicitoit de
leur ôccr. Nulle Loy n'y est
contraire à cet Edit:aucun auire
Edit n'y a derogé: il subsiste
onc encore aujourd'huy dans
route sa vigueur; & le droit
qu'il conferve à ceux que la
Compagnie congedie, cil toûjours
en son entier.
I- Si quelque chose pouvoit
oatoître y avoir donné atteinyc,
ce seroit une suite d'Arr êts
lui auroient été rendus contre
la dispositiondel'Edit,sur
tout dans le premier Parlement
du Royaume. Or ilest conftanr
que depuis l'Edit jusqu'à
1'.,ffjlredusieur lePicard d'Aubercourt,
on ne sçauroit citer
un seul Arrêt de cette nature.
On luy a objecté qu'un
Avocat écrivant en 1685.
dans uneaffaire des JrUlces
convenait d'une Jaritprudence
d'Arrêts opposéeàl'Edit :
mais c'est une méprise de cet
Avocat qui en cela a parlé dei
son chef Les Jesuites n'ont
jamais pûl'avoüer sur unetel-<
le fausseté
,
& ils le désavoüent
; i- 4111
jourd huy
,
aussi bien que
r ce qu'il a dit , qu'iln'y a
oint de differencepoul'enagcmcnc&:
le retranchement
u siecle entre leurs premiers
leurs seconds voeux. Desereurs
de fairne sçauroientnuià
la verité clairement prouée
par des Adtes. n
On a montrécydessus la
ifference essentielle des preoiers
& seconds voeux desJeuites
: & à l'égard de la pré-
:nduë Jurisprudence dont il glt) de trois Arrêts
,
les
,ulsquisoient intervenus sur
matiere jusqu'àl'affaire du
sieur le Picart d' Aubercourt,,
l'un est un Arrêt consenti crutre
les Parties, qui parconsequent
ne decide rien: c'est;
l' Arrêt de Martin du 23. ,No,
vembre1631. Les deuxau.
tres ont esté rendus dans i'afy
faire de Charles Begat. Le premier
qui est du 14. Mars;
1629. luy adjuge la succession,
de ClaudeBegat; & le second
quiest du 30. janvier1631.
enterine la Requête civile contre
le premier;, sur ce que
CharlesBegat se trouvoit avoir
fait les derniers voeux dans lac
Compagnie, & que d'ailleurs
ne produisoitau lieu deconé
qu'un certificat de l'avoir
btenu, & même uncertificat
rgué de faux. Il est manifeste
ue lepremier de ces Arrêts en
iveur deBegat,soy disant conedié
par la Compagnie,conrme
la disposition de l'Edit
faveur des Jesuites
: & que
:
second n'y eH point aire con-
; puisqu'il n'estfondé
Sue sur ce que Begat avoit fait
s derniers voeux, & ne proisoit
point même de congé
n forme, ce qui le mettoic
ors ducas de l'Edit.
Quelqu'un demandera peutêtre
icy commentBegat étoit
sorti des,Jesuites
,
puisqu'il
avoirfait lesderniers voeux,
C'estque parmy les Jesuites
les derniers voeux ne sont pas
Toujours les voeux de Profession
: mais ceux que la Compagnie
ne juge point a propos
d'admettre au degré de
Profés
,
font reçus par elle au
degré de Coadjuteurs spirituels,
Ces Coadjuteurs spirituels
ne font à la véritéque:
des voeux simples
: mais ils les
fDnr"en public entre les mains
du Superieur., & par ces voeux:
publics & reçus du Supérieur,,
ils deviennent, selon lesConstitutions,
incapables dequelque
succession que ce soit, &
font à cet égard au rang des
Profés. C'est là le cas où étoit
Begat, & ce qui le fit exclure
d'une succession qui lui avoit
d'abord étéadjugée conformémental'Edit
, en supposant
qu'il n'avoit encore fait
que ses premiers voeux.
Comme les Coadjuteurs [pi.
rituels ne font que des voeux
simples
,
ils peuvent toûjours
être congediez par la Compagnie
: mais comme en les faisantils
renoncent à rous leurs
droits, la Compagnie ne les
congedie jamais que pour des
raisons bien griéves. Et c'estlà
ce qui peut avoir donné lieu
à Begat de ne produire pas
son veritablecongé, où ces
raisons étoient peut être exprimées.
Quoyqu'il en foit
l'Edit , en faveur des Je suites
congédiez ne reçût aucune atteinte
dans sapersonne:voïons
si depuis il en a reçu quelqu'-
une.
Il subsistoit encore cerrainement
,
lorsque le sieur le Picart
d'Aubercourt en demanda
au Parlement l'cxccution en
sa faveur. En effet, la Cour en
1701. ayant jugé deffnitivement,
qu'ilne pouvoitêtre
debouté de sa demande sur le
fait particulier de l'affaire ,011
d'abord quelques-uns des Juges
avoient crû voir une fin
de non recevoir; Elle ordonna
par son Arrêt du 10. Mais
,
que S. M. feroit tres- humblement
fupphée d'expliquer ses
intentions sur l'Edit par rapport
aux droits des Je fuites
congediez par la Compagnie.
Le Parlement reconnoissoit
donc alors que l'Edit en faveur
des Jesuites congédiez étoit
encore dans toute sa force; &
il le reconnoissoit dans une affaire,
où tout ce qu'il s'est jamais
rendu d'Arrêts dans le
Royaume avoir esté produit ,
comme ils le sont encore aujourd'huy
par1esJefuites.Mais
il reconnoissoit aussienmême
temps, ce quiestcertain, qu'il
ne pouvoit légitimement prononcer
au préjudice de cet Edit
, à moins que le Roy ne se
fût expliqué d'une maniere à
l'y autoriser.
Il est pourtant vray que
s.
M n'ayant pas jugé à propos
de donneralors une
décision
générale,& ayant ordonné de
procéder au jugement définitifde
l'affaire particulière dans
l'état où elleétoit
,
lesieur
d'Aubercourt fut debouté de
les demandes par l'Arrest qui
s'ensuivit. Mais comme il ne
pouvoir plus Tertre par la fin
de non recevoir
,
sur quoy il
avoir g.1gné sa cause;c'est une
necessitéd'avoüer que le Parlement
se détermina enfin à juger
au préjudice de l'Edit, en
attendant qu'il plût au Roy
de s 'expliquer sur ce su jet.
Quelques personnes ont
prétendu que la Cour s'étoit
cruë suffisammentaucorisée à
juger au préjudice de l'Edit,
sur ce que l'ordre du Roy portoit
de rendre aux Parties la justice
cjuElle estimeroit leur estre
dûe. M us le Roy avoit il jamais
pu penser qu'Elle: pût
prouver de la justiceàjuger
formellementcontre un Edit.
auquel il declaroit actuellement
ne vouloir pas déroger.
C'est ce que l'Ordonnance
de S. M. condamne expressement.
Enjoignons aux Cours
l'observation des Edits tant au
jugement des procez qu'autrem,
nIJsansy contrevenir,ni que
fous prétexted'équité, bien public
, accélération de la 7ufilce
J ou
de ce que les Cours auraient à nous
reprtfenter, Elles, ni les autres
Juges, s'en pwjf-nt di.ff:>nfèr) ou
en moderer les diftofuions en quel
casy ou pour quelque cause que
ce soit. arc. 6. tit. I. de l'Observation.
1
L'Arrest du sieur d'Aubercourt
rendu au préjudice &
contre la disposition ex presse
de l'Edit ,;1 frayé le chemin à
un autre Arrestporté depuis
contre le sieur Boudart de
Cousturelle, Gentilhomme
d'Artois. Le sieur Boudart sur
les Traitez de Capitulation
,
les Déclarations & Lettres Patentes
de Sa Majclié en faveur
des Jesuites de Flandre
,
avoic
été maintenu dans tous ses
droits par Sentencecontradictoire
du Conseil d'Artois,
renduë le 21. ÑIJY 1711. La
seconde Chambre des Enquestes
par son Arrest du15.juillet
1712. annulla laSentence;
& le sieur Boudart fut débouté
malgre les Déclarations du
Roy pour la Flandre,ainsi que
le sieur dAubercourt l'avoic
étémalgré l'Editd'Henry IV.
pour la France.
- Les Jesuites n'ont pointété
jppciKzàcesjugemens: mais
ss voyant sur le point de si
multiplier, ils n'ont pas crû
ilevoir garder un plus long sibnce.
On en auroit peut-estre
Iré avantage contre eux; &on i feroit persuadé qu'ils ne
prennent point de part à fin
Tadtion de l'Edit, s'ils avoient
11tendu- plus,longtems à s'en
Plaindre.
LAfrest du sieur Boudarc
fiant dans une espece étrangèreàjPEdi-
t, il ne se trouve
incoreapréstoutd"Arteft conxe
la disposition de cet Edit)
que 1Arrête du sieur d'Aubercourt.
Or un Arrest contre lequella
partie- est en état & en
voye de se pourvoir en cassation
,
& contre lequel l'Edit
même & les Ordonnances de
S. M. sont un moyen certain
&infaillible decassation, peutil
estre serieusement opposé.
aux Jesuits&appellé la Jurisprudence
des Arrests? Des Arrests
contre un Edit peuventils
faire Loy au préjudice de
l'Edit ? C'est au Prince seul à
changer, à revoquer les Edits.
Ils subsistent donc, tandis que
le Prince n'y a point derogé:
&,
y tandis qu ils subsistent, bien
oin que les Magistrats puisent
les abroger par des jugenens
contraires, ce sontleurs
ogemens mêmes qui sont
lors reformez selon les Edits.
Il ne leur est pas même pernis
dans les doutes &lcdlfii.
ultez sur le sens des Edits, de
i:s interpréterpar leurs jugenens,
avant que d'estre ins
puits des intentions de Sa Ma C'est ce que portent les
Ordonnances : Si dans lespro-
':{ qui seront pendans en nos
ours
,
ilsurvient quelques dou-
~s ou difficultezsuraucuns articles
de nos Editi, Déclarations (Y
Lettres Patentes : Mous leurdéfendons
de les interpréter ; mais
voulons opuElles tryent à Je retirerpardevm
Nous,pour apprendre
ce qui Jera de nostre intention.
¡.
Mais en attendantque le
Roy foit consulté ,ou bienSa
Majelté différantàdeclaer ses;
intentions, si lesCourscroient
devoir prononcer au préjudice)
des Ordonnances, & qu'il foie!
intervenu consequemment un
grand nombre
d'Arrestscon-l
foriiics;cccre multitude d' Arrefis
ne fera-t elle pas une Ja-j
1
risprudence? Non:car surune
question decidée par quantité
d' Arrests qui avoient formé
uneJurisprudence presque uniforme
dans toutes les Cours
contraire aux articles 57. &
58. de l'Ordonnance de Moulins,
ileft dit dans la Dcclaration
du Roy, enregistréeau,
Parlement de Paris par Arrest
uneJurisprudence estant contraire
à une Ordonnance
, ne
peut eltre solidement établie
K]ne par une Déclaration quiy
deroge. Pour cet effet, le Roi
ed ecl are qu'ilveut bienamoriser
ces Arrests; & pour le faire,
il dérogéexpressementauxarticles
57. & jg de l'Ordonnance
de Moulins.
1
:
Delàil resulte évidemment,
que quelque nombre qu'on
pût produire d'Arrests contrai.,
res à l'Edit de 1603.en faveur:
des Je uites congédiez, ces Arrests
feroient nuls aux termes
des Ordonnances,&ne pourroient
avoir de force, qu'au-j
tant qu'il plairoit au Roy de
les autori fer
, en dérogeant àj
l'Edit dont les Cours nausoient
pas suivy la dicpofition.
Déclarons tous Arrests cr
Jrte-',
Lynl&ca&p, DVLJ^rctdZc)c-Tt^mctftcdrt
1
- 1
,
il 3 Y- i JPclsjeez^ucxttLoc,ioiws pcwscz^ coup ciici
<9omjcn^à^iusS't-uastc- taurOl
-
1 '1 ,. If joitur ele.cilarniespow* nioy>*_A£eribertfn-*clcgsjc dGl '¿.ILrurc. -
JLJvu 1 : I.. t~.y. 1*1I|»1-? l7C/"Coy-, cotltvunt J«d att-r- ¿L
.: ttcrfjrci^xnyver jue &--Il-,f
convient Seul emoz
Civ
_r
huuOtt Jm.è[;¡:é?aJ me. hvrc,Peufis
mens quiferont donnfZ contre la
disposition de nos Ordonnances,
Edits çy Déclarationsynnls fY
denuleffetcmvaleur. Art. 8.de
l'Ordonn. titre 1.
A la vérité l'usage est quelquefois
l'interprète des LOIX:
mais c'est des Loix que l'usage
même a établies,& non de celles
qui font portées dans les
Edits du Prince. Il n'appartient
qu'au Prince luy même, ainsi
qu'onla déjà dit,à les interpréter
ces Loix
, ou à y deroger
,
s'ille trouve bon: jusques-
là l'usage qui y seroit
É
gardé que comme un abus à
reformerselon la teneur des
Edirs qui lesrenfrrment.
Mais s'il est vray en toute
matiere quenul nombre d'Ar.,
restsne peut abroger un Edir„
il l'est sur tout dans la matière
pre fente, où il s'agit de TétaC
des hommesqui ne Içiuroitfis:
pre scrire. Etant attaché à leur
naissance, il est du droit public
& pu consequent il ne peut
estre changé que par la Loy::
Qvoe funt publicijuris, sola leges.
dari, sola lege adimi possunt.
Cest sur ces principes que:
feu M. Erard, Avocatcélébré,,
consulté sur l'affaire du sieur
bd'Aubercourt
,
s'explique en
xes termes dans sa Consulta-
Kion du 1j Novembre 1699.
UEditde1603. quiconferve
.Yxprfjfément le droit defuccedcr
y,,r tous les effets civils a ceux
uiferont congediez par la Compagnie
des ¡t'fuites
, & qui portent
qu'ils rentreront dans leurs
k/roits
,
na eslé changé par aucun
vautre E-dit ni Loy du Royaume.
)sAlnfxcess une LOy (ubfiftantc que
tious lesfijetsfont obligezdfui.
\jvre. VArrête que la Cour mit
ur[es Registres enfuite de la verification
de cet Edit,ne peut pas
3
ne
en empêcher l'execution : ce riétoit
qu'un voeu qu"elle faisoit
y qu'ilplutau Roy fixer un terme
vour la sortie de cette Societé.
Mais elle ne le fixe point, (7
elle reconnoit même par-là, qu'il
n'appartient qu'au Roy de lefixer.
Elle luy en a fait lafûpplication
: il n'y a pointeu d'égard, eil a latjjel'Edit dans son entier
: son refus efi encore une confirmationsurabondante
de la dif
position de l'Edit. Or cela étant,
les Juges peuvent-ils juger contre
cette dispositionsPeuvent-ils donner
atteinte à l'état d'un homme
qui s'ejt engagé dans la Société
des
des Jesuites
, (y qui en (si sorti
lafoy de cet Edit?
Que peut-on donc oppo.
ser à un particulier, qui avec
uncongé légitime de la Compagnie
se pre fenre pour ptentHrc
sa part dans l'heritagc de
Tes percs ?Je redemande, die-
1,1 ce que la naissance m'a don-,
né ,& à quoy je n'ay jamais
renoncé: sur quel fondement
me refu reroit-on ce quiest veritablement
à moy ? Ou est la,
loyquime dépouille de mon
troit naturel? J'en voy une
qui m'ymaintient,c'estEdit
D'Henry le Grand: qu'on me
montre celleen vertu de laquelleon
voudroit ncdfcsheriter
,
& changer mon état. La
Loyest précise en ma faveur
:
en vain doncm'opposeroi ")0
une prétendue Jusprudence
des Ârrets:j'appelleray deces
Arrests à la Loy
,
à tEdtr du
Prince ; c'est la regle des juftesi
Arrets. La Loy me laisse la 11-:
bertéde m'établir dans le monde,
d'entrer dans des Charges:t
comment donc pourroit-oni
prérendrequ'elle me dépouille:
du bien que le me fuis reservé,
& qui m'estnecessairepourcet
effVi ? La Loy ne sçauroitainsi
se contredire.
MJlS si ce Jesuite-étoit le
seul héritier d une famille riche
& honorable, comme il
est arrivé, & commeilpeut
arriver quelquefois; ne seroit-*
il pas odieux d'en transporter*
les biens à descollatéraux,plûtôt
que d'en laisser jouirl'hériticr
legitime,qui n'a rien fait
qUlldépoüdle »& qui esten
état de perpétuer le nom de
ses peres? Et qui doute que ce
ne fut-là violer les Loix si uni.
versellement,& si Ggemenc
établiesdanstout leRoyaume,
qui rappellent aux successions
la ligne dircte àl'infini, pour
porter) s'il se peut, à l'infini
le nom desfamilles?
On se flattedavoir suffisamment
éclairci la premicre
question
,
sçavoir sij l'Edit
d'Henry le Grand en faveur
des Jesuites congédiez subsiste
encore. Oui, cet Edit subsiste:f
& les Jesuites congédiez par la
Compagnie peuvent encore
aujourd'huy,ainsi qu'ils l'ont
toujours pû
,
reprendre dans
le siecle tous leurs droits. Mais
cet Edit doit-il subsister plus
longtems ? Henry le Grand a
déjà limité les droits des Jesuites
, en leur ôtant aptés leurs'
premiers voeuxle droit de joüir
& de disposer de leurs biens,
& ne leur biffant jusqu'aux
derniers: voeax que le seul droit
d'y rentrer, au cas qu'ils fuCsent
congédiez par la Compagnie.
Ne convient-il pas de
le modifier encore ce droit
,
:OU, de l'abroger même tout- àfait
, en reduisant les Jesuites
aurang de tous les aurres Religieux
î C'estla secondé quef-
:éofëiqji'il nous resteà examine*.
.;, Me ferat-il p, ermis de de.
mander icy si les Jesuites depuis
qu'ils ont été rappeliezen
France par l'EditHenry. le
Grand
, ont mérité par quelque
faute*qu'on ule envers
eux d'une nouvelle rigueur ?
Les temps doivent ils être aujourdhuy
plus fâcheux pour
eux, qu'ilsne l'éroienralors?
Les services qu'ils onttaché
de rendre à l'Etat depuis leur
rappel*, ne semblent ils pas au
contraire demander qu'onleur
rende
-
ce qui leur fut ôré dans
ces tem ps de disgrace';rp!&ôc
que de leur ôter ce gu't!..nry
le Grand
,
malgré tout ce qu'il
trouva d'obstacles
,
crur'devoir
alors leurconserver fii
C'dl
,
diton, l'interêt public
qui demande qu'on reduifc
les Je suites sur le pied des
autres Religieux. Mais l'interêtpublicn'est
il pas lemême
à cet égard dans tous les Etats
du monde Chrétien, où les jfuites non seulement reprennent
leurs droitsquand ils
sortent de la Compagnie avant
leurs derniers voeux ,
mais où
ils joii'fTcnr & peuvent disposer
de leurs biens dans laCompagniemême
,
pendanttout
le temps qu'elle les éprouve?
On ne les inquiète là dessus en
nul endroit du monde.
En second lieu, ce qu'on
semble trouver aujourd'huy si
contraire au bien public, fut
tant de fois & en tant de maniérés
representé comme telà
Henry le Grand, avant que
soônEdit fût enregistré. Ce
grandPrincedontla fagelfc
sur encore au dessus de sa valeur
,
après avoir tout entendu
, tout pesé
, en jugea autrement.
Il crut faire assez pour
lesfamilles,quedoter aux Jesuites
, tandis qu'ils le seroient,
la joüssance & la disposition
de leurs biens. Dépoüiller absolument
de leurs biens des sujets
qui n'y renonçoient point
par leurétat,&neleurlaisser
de partage dans le siecle où ils
pouvoienc retourner, que la
mendicité;c'est ce que ce Prince
plein d'équité eût horreur
de faire. La Compagnie se reservant
le droit de congedier
ses sujets jusqu'à la Profession,
il trouvoit de l'inhumanité à
les dépouiller de leurs droits
avant que ce temps foit expiré
; & il ne voulut jamais entendre
à y apporter aucune limitation.
Ce refus d'Henry
IV. ne doit-il pas aujourd'huy
tenir lieu de Loy ?
L'Edit de ce Prince en faveur
des Jouîtes congédiez
est , comme la Loy que les Romains
appelloient Juspostliminit,
laquelle permertoit aux
captifs dont le droit étoit demeuré
en suspens pendant leur
captivité, derentrer à leur retour
dans tous leurs biens.Ce
droit ne se preserivoit pas, parce
qu'il n'érait pas au pouvoir
ducapusderecouvrerla liber-,
té; comme il n'est pas au pouvoir
d'un Jesuite qui a fait les
premiers voeux ,
de se délier
luy même
,
il faut qu'on le congédié.:,
itr,i Tandis que les Jesuites n'onc
pas encore fait leurs derniers
'ioe)x)oncftJdit-onincertain
Hans les familles, s'ils ne reviendront
point y reprendre
eurs drOir?'9*cê quiempêche
les éta blArÍnens confinerao!
ès5,quand il s yrevien- iiell ;dvy jettent le trouble
irnHe nouveaux partages qu'il
Ssutefaire C'està ces deux chefs re duisent les raisons
Bune-.êrpublic,pour oblig r
_>csJ'fiîices à renoncer à tous
eurs droits des le temps de
Uf5 premiers VOBJX : examirdôns
en la solidité.
A l'égard de l'incertitude
doncil s'agit, le monde est
plein de ces fortes d'incertitudes,
sans qu'on se foit encore
avisé de penser qu'il fût de
bien public d'y remedier pa
de nouvelles Loix. Un per
veuf marie un fils unique: q!
fils cfl; dans l'incertitude si fo".
pere ne se remariera point, &
n'aura point d'autres enfant
qui partagent la succession.
fautil que les Loix épargnée,
au fils cetteincertitude ,en or
bligeant le pere, ou de luy ce
der tout son bien
, ou dere
noncer à un second mariage
e fils en ce cas trouveroit un
tablissement plus confidera- le mais le pere est-il obligé
se le luy procurer àce prix?
1t peut il venir dans l'esprit
qu'il soit de l'intérêtpublicde
w obliger par quelque Loy
cr)uvcllc? Cette sorte de Loy
roit au reste d'autant plus
cessairedanslesystême que
ous combattons, que pour
Jesuite qui par le délay de
Profession tient ses freres &
eurs dans cette sorte d'incerjiude
,
il y a dans le Royause
cent peres ou mères veufs,
iui par le droit qu'on leur laisle
de leremarier,tiennentleurs
enfrns dans l'incertitudex&c{
les empêchentpar-là de scladi
biu à leur gré,souventmême;
comme il conviendroit au
foû*
tienJe la fami«Ic.sj.IrVj
Mais faisons sur cela
un
fuppofinon dans nôtre fUlct
nême, & faisons la la plus
favorable qui- sepeutà la prétention
de nos adver faires.
Un jeune homme sefait Je-j
fuite,& laisse dans le siècle une
soeur unique
,
qui ne sçauroit
s'établir comme il convient Jtj
sans la portion de son frere;
qu'il conservejusquà la PIO;,
Hfcflîon. Volia sans douter ce qu on peut proposer de plus
specieux contre le droit que la
Loy rcfcrve aux Jesuites,tandis
qu'ils n'ont fait que les pie..
mniersvceux. x •;;;
Mais le demande en premierlieu
sicette fille aimeroit
mieux que son frere, sefist Ececlesiastique,
ou de 1 Oratoire,
ou qu'ilentrai chez Messieurs
WC la Mission , que de le voir.
t'eruitTroùveroi[ ellemieux
Mon compte ,
ftroitcllt, mieux
ou plûtôt mariée
,
s'illuy falloitattendre
lamort naturelle
de son frere dans ces états,où
l'on conservependant toute
la vie la jouissance & la propriété
de ses biens, que quand
illuy en faudroit attendre la
mort civile par les derniers
voeux que font les Jesuites au
bout de quelques années d'épreuve
? Pour établir toutes les
fillesqui auroient un frere Ecclesiastique,
ou de l'Oratoire,
ou de la Missîon
,
faut-il faire
une Loy qui oblige à renoncer
à ses biens, aussi-tôt qu'on embrasse
ces genres de vie ? Mais
il faudroit encore dans ces
principes que les Loix obligeassent
les Chevaliers de Malthc~
the à ne pas differer leur Profession
les trente & quarante
années, comme ils font presque
tous,& à se contenter au
moins jusques là d'une penïïon
alimentaire, pour fixer
l'incertitude des familles sur
leur sujet, & ne point mettre
d'obstacle à l'établissement de
fleurs fieres & soeurs. Il fau-
Hroitmême que ces Loix s'éendissent
jusqu'aucelibat;que
peux qui en font profession
devinssent aprés * un certain
3:emps incapables de mariage;
& que ne le reservant de leurs
oiens qu'un honnête necessaire
, ils sacrifiassent le reste au
repos & à l'établissement de
leurs familles. Revenons à nôtre
exemple.
En second lieu, ceux ouii
trouvent le bien public à ne
laisser point cettefille dans la
necessité, ou de ne s'établirpas
ou de s'établirmoins blrltan..
dis qu'elle attend les derniers:
VCÊJX de son fiere; le trouveront
ilsaussiàobligersonfrere
de luy ceder fort bien, & dei
se dépoü ller du necelTairene
pour rétablir, ou pour l'éta-j
blir mieux ? Unperen'est Probligé
de se priver du rieceffaW
re pour établir ses enfans:comrment
un frerc peut-,1 y être
aobhgé pour établir une f-oe,Ur?
Il s'agit en effet du necessaire
pour le frere : car il peut être
congedié par la Compagnie;
)& le cas arrivant, de quoy fbsistera-
t'il après qu'on laura
dépoüillé de tous ses droits? Il
faudra donc quecefrerepour
rétablir sa foeur , foie exposé
lui même àune honteuse mendicité:'
Le bel avantage pour
unefamille! La soeuremportetroit
le bien dansune famille
étrangere ; & celuy que les
Loix destinent à en per petuer
le nom ,
l'enseveliroit dans une
ignominieuse obscurité. Ce
n'est donc point le bien public
,ce n'est pas même l'avantage
des familles qu'on procurerait
; en dépouillant les Jeftkcfridudroit
naturel que la
naissance leur donne jusqu'a
leurs derniers voeux; c'est le
(impie avantage d'un enfant
qu'on procureroit au préjudice
d'un autre, & le plus souvent
mêmeaupréjudice de la
famille.
Mais un Jesuite congedié
peut il manquer de causer du
trouble dans sa famille en y
venant
reprendre ses droits? Et
ce trouble n'etf-ce pas aux
Loix à le prévenir?C'estla seconde
raison d'interest public
que l'on oppose au droit des
Jesuites, & dont il est aisé de
faire sentirlefoible.
Qael trouble pour ce donataire
dont nous avons parlé
cy-dessus,lorsqu'il r voit obligé;
de rendre ce qui luy enne..
cessaire pour soûtenir sa famille;
Mais ce trouble
,
la Loy
doit-elle le luy épargner ? Il a
dû le prévoir, & s'arranger
surce pied-là.
Que les familles fassent attention,
commeelles doivent,
que les premiersvoeux d'un Je.
fuite ne leur donnent pas le
droit de compter abfolumenc
sut sa per feverance
-, & que la
joüissance de ses biens ne leur
efl; laissée par le bienfait du
Prince
,
qua condition de les:
rendre en cas de sortie: qu'elless'arrangent
suivantla dl.f-..
position de l'Edit d'Henry IV(,
& elles ne se trouveront point
troublées, quand un Jesuite legitimement
congédié avant (es?
derniers voeux viendra y reprendre
sa place & ses droirs.,.
Des peres fages établissentleurs?
familles sur la disposition des
Loix ,&jamais les Loix n'en
troublent la Tranquillité : les
Loix ne troublent que ceux qui
refusentdes'yassujettir.
lînJefuitc congedié qui de-
1 mande à rentrer dans ses biens,
ne demande rien à quoy il ait
renoncé
,
& dont il nVittoû-
Il joursestépropriétaire à juste Ititre? Que si safamille se les est
tappropriez ces biens,c"elfune
jtipjuftice qu'elle luy a faite
; &
lesLoixn'ont jamais empêche
qu'onne pût troubler un poc.
széisosenurinjuste. La simple led'un
cohéritier renverse 1 •icritier r~nverft
après vingt & trente ans des
parcages.L'absent présumé
mort revient; y eût-il cent
partages, on les reforme, pour
luy rendre le capital & les
fruits. Si donc une famille fait
des partages, sans avoir égard
au pouvoir que les Loix Ecclesiastiques
& Civiles
,
aussibien
quelaLoy naturelle,laissent
à un jeune Jesuite derentrer
dans ses droits ;elle contrevient
auxLoix cette famille,
& par cette contravention elle
merite d'être troubléedans ses
partages faits conrre ladispohtion
expressedelaLoy.. ", Un.
Un homme prest à faire un
long & périlleux voyage, laisse
en dépôt dix mille écus à un
parent, en luy disant qu'illuy
en donne l'usage jusqu'à son
retour, & la propriété même
IJaU cas que la mort le prenne
un chemin. Le voyageur revient,
&redemande le dépôt.
trouve un jeune homme qui
s'engage dans la Compagnie
pour y estre éprouvé,& qui
en sort avant les derniers
voeux Il redemande sa portion
d'herirage
,
dontil a laide ses
coheritiers dépositaires; & on
luy répond:Onenadisposé
pour aider à établir vos freres
& vos soeurs; mal-àpropos
vous venez troublervostre famille.
Eh !c'esrmoymême,s'écriera
t'il,quemafamilletroubIc,
en me re fusant ce qui est
à moy selon toures les Loix,
en voulant inhumainement
me desheriter contre tout
droit. Celuy qui ne demande
que ce qui l-uy appartient selon
les Loix,nefaitpas letrouble;
ou s'ille fait ,ceux qui le
souffrent pour avoir disposé
de ce qui ne leur appartenoit
pas, ou pour vouloir le retenirinjustement
,
doivent se
l'imputer à eux seuls.
Lors donc qu'un Jesuite
congedié parlaCompagnie va
reprendre dans le siecle des
droits au squels il n'a pas renoncé
;si la famille comptant,
comme elle a dû faire
,
qu'il
pourroir ne point per severer,
s'est arrangée sur ce pied,là,il
ne la trouble en aucune façon.
Si elle a compté absolument
sur sa perseverance, ou si elle
s'est persuadée que ne perseverant
pas, il ne pourroit rentrer
dans ses droits; ce sont
des mécompres donc elle doit
feule porter la peine par le
trouble & l'embarras ou elle
se trouve: pourquoy ignorct'ellelaLoy!
Mais convient-il de se gros
nr ainsi les objets ? Un Jesuite
congédié qui revient dans sa
famille, n'est après tout qu'un
enfant de plus qui doit en partager
le bien;unenfant
,
quia
ses-droits acquis commelesautres;
un enfant,qui sans avoir
cjlé à charge à sa famille, luy
revient souvent en état de luy
faire honneur,& d'en e stre le
soûtien par ses ralens & l'éducation
qu'il a euë. Ell-celàen
verité dequoy jetter letrouble
dans lesfamilles?Voyons nous
que lanaissance tardivedesensans
qui suivent de loin les premicr
trouble des peres &. des
meres qui ne s'attendoient plus
a en avoir? Les premiers nez
peuvent ressentir de là peine,
envoyant croître le nombre
de leurs coheritiers:mais serace
jamais la une raison d'exclurede
la succession paternelle
ceux qui viendroienr un peu
tard à la partager ,
& de fixer
par les Loix le nombre desensans
habiles à succeder?
Que deviennent donc les
raisons de bien public
, pour
retrancher aux Jc suites les
droits que la natureleur donne,
& que les Loix leuront as
sûrezjusqu'icy ? Il n'est pascontre
le bien public que les
sujets des Congregations de
l'Oratoire
,
de la Mission,da.
l'Union Chrétienne :) conservent
tous jusqu'à la mort la
)joiiflince & la proprieté de
¡leul'5 biens;qu'ilspuissent toûjoursen
disposer, & mêmeen
faveur des Congregations où
ils vivenr. Comment donc
pourroit il estre contre le bien
public de laisser aux Jesuites de
[France juTcjua leurs derniers
"Voeux le seul droit qu'ils se
sont reservez de rentrer dans
leurs biens,au casqu'ils soient
obligez de rentrer dans le fiecIe?
Dans toutes ces Congregations
les sujets peuvent enlever
à leurs familles tout ce
qui est à eux, sans qu'on ait
crû jusques icy devoir y apporterd'obstacle.
Un Jesuite,
tandis qu'il est Jesuite, n'oste
rien à la famille ; il ne se reserve
que le pouvoir de reprendre
sesdroits,&cela pendant
letemps que la Compagniel'éprouve
pour l'admettre
aux derniers voeux: peuton
le réduire à moins? Entre
les Jesuites que la Compagnie
rient dans les épreuves, elle en
congediera peutestre quatre
ou cinq sur cent: cft ce là dequoy
s'allarmer pour le bien
public?
Mais les Jesuites qui sont
encore dans le temps d'épreuves
,qu'ont-ils fait plus que les
autres sujets des autres Congregations
,pour les vouloir
fairechanger d'étatmalgré
eux, en les dépouillant des
droits que la naissance leur
donne, queleur Institut permet
qu'ils conservent,qu'un
Edit du Prince autorité ? C'est
sur lafoy de cet Edit qu'ils se
font engagez à la Compagnie
par des voeux simples
; c'est
dans l'assûrancc que si elle ne
jugeoit pas à propos de se les
engagerpourtoûjours
,
engager pour toûjours) ils
pourroient au moins reprendre
avec la dispense de leurs
voeux Luipremieretat&leurs
droits dans le siecle. De[oO'i.[
aujourd'huy à Ï) cet Editiliefc,-
roit ce pas les autoriser à reclamer
contre un engage-
1TIent dont on changreroit une
des conditions des pVlfus essentielles,&
faire par là une playe
mortelleàla Compagnie?
Ilest vray que des familles
se trouveront quelquefois surchargées
d'un sujet que la
Compagnie aura congedié.
Mils quelest le plusjuste,ou
qu'unefamille reprenneun fujet
que la nai flTmce luy donne ;
ou que la Compagnie qui ne
a pris qu'a l'esty
,
le gade
sans pouvoir s'en aider? L'avantage
de quelques familles
ooit il l'emporter sur l'interest
pital d'un Corps de Religieux
,tous dévoüez par leurs
emplois au service du public?
Comment la Compagnie
oourroitelle les soûvenir ces - emplois, si elle n'avoir des sujets
éprouvez? Et comment
seroient ils tels, si on luy ôtoit
: moyen de leséprouver? Ne
souvant plus en renvoyer atrés
les premiers voeux ,
sans
.taindre de les voir réduits à la
~endicité,nese verroit-elle
pas comme forcée d'en garde
plusieurs qui ne luy convien
droient point,&peut-estre
même au péril d'en estre des'
honorée au dehors? D'ailleurs,
combien d'enfans de famille
& de bons su jets seroient détournez
d'encrer dans la Compagnie,
par la pensée qu'ils se
trouveroiont un joursansressource,
s'ils venoient à en sortir?
Souffrir des sujets défectueux
, manquerd'en recevoir
beaucoup de bons, ce seroit la
suite inévitable du ch angementessentiel
qu'on voudroit
faire à l'Institut de la Compa-
'Â
nie,par la suppressiondel'E-
~t dHenry le Grand. i- : Mais les Jesuites croyent
>YOII tout lieu d'esperer dela
bonté&delajustice duRoy,
»ue s'il y avoit quelque chanixment
à faire à l'Edit
, ce
~roit en leur faveur qu'il deçoit
être fait. Sa Majesté
j'ignore pas que son glorieux.
,yeul ,enrétablissant les Jesuites
en France par son Edit
croit voulu les y remettre sur
la même pied où ils y avoient é ; qu'ilnecroyoit pas qu'ils
Iwflcnt être moins bien traitez
~ns ses Etats, qu'ils l'étoient
danstous les autres Etats
<
monde,&tlvzlesPiotiftî
mêmes ; qu'il étoit rcfolu
ainsi qu'il l'avoir -fait dire ;
Pape de faire dans la fuite
petit à petit ce qu'il n'avo
pas pû fairetout à uncoup)
ce sont ses propres paroles
qu'il accorda même aprés fo
son Edir à des sujets de (
Compagnie quin'avoient p
encore fait leurs demie
voeux, dy recevoir des su
cessions pour en disposerain
qu'ils le jugeroient à propos
'&qu'ifdonna une Declar^noi
surcesujet. Seroit il rien 1
plus naturel,que le Koy vou- fûtconsommer en faveurdes
suites, un ouvrage que son
tglo.ricux Ayeul n'eût pas le
temps de conduireà sa fin,
ainsiqu'ille desiroit ? Et que
ce qu Henry le Grand croyoit
devoir àla Compagnie il y a
plus d'un fictlc, Loüis le Grand
crût pouvoir l'accorderaux
services qu'elle n'a depuis cessé
berendre à1Erat?p
L'esperancequ'auroientles
Jesuites de se voirremis dans
tous les droits que leursConstitutions
leur donnent, pourroit
paroître d'autant mieux
fondée, que le temps & l'experience
en ont levé le plus grand
obstacle, par l'établissement
de diversesCongregations,où
l'on conserve jusqu'à la mort
la joüissance & la propriété de
ses biens. Un tel usage a pû
paroître d'abqrd sujet à desinconveniens
:mais en pourroiton
trouver aujourdhuy à laisser
aux Jesuites pour le temps
que laCompagnie les éprouve,
le droit dont depuis longtems
on voit joüir sans inconvénient
les su jets de plusieurs
Congrégations pendant toute
leurvie>„
Les
Les Je1ùicesjileltvray^onc
[ Religieux dés le moment qlJils
ont fait leurs premiers
voeux:mais ils ne le sont en-
> coreque par les VCCJX simples,
) en fortequ'ils peuvent cesser
) de l'estre : la qualité de Rcligicux
ne sauroit donc préju-
) dicier en rien à leur droit. Le
voeu simple de pauvretéqu'ils
ont fait, ne les a pas dépoüillez
davantage,selon leurs Cons-
; titutions
, que le voeu simple
de pauvreté ne dépouille ceux
qui le font chez Messieurs de la
Mission,chez les Filles de l'Union
Chrétienne; & l'engagement
des voeux simples n'est
pas plus irrevocable pour un
Jesuite que pour les sujets de
ces Congrégations. En un
mot, l'Eglise qui a déclaré les
premiers voeox des Jesuites
voeux de Religion a déclaré
aussi quecesvoeux ne les dépoüillent
point de la propriété
de leurs biens. On ne peut
donc pas conclure de ce que
les Je suites font Religieux par
les voe.¿x simples
,
qu'ils sont
aussi incapables de rien posseder.
L'institution des voeux
CLnr de Droit Ecclesiastique
,
il n'appartient quaiEglise,&
d'en établir la forme
,
& d'en
interpreter les obligations.
-
Il seroit même du repos puolic
que les Jesuites reprissent
en France leurs droits, ainsi
JJJU'IISenjoiiiflent par tout ailleurs.
Conservant alors jufigu'à
leurs derniers voeux la
joüissance de leurs bienslors-
Jou'lls seroient congediez par
a Compagnie, ils n'éprouveoient
pas les difficultez qu'ils
prouvent aujourd'huy pour
"en remettreen possession. Et
iVeft-làla vraïe source du trou-
~ole des familles. La longue
joüissance d'un bien fait qu'on
s'accoûtume à le regarder con
me propre:&accoutumé qu
on est à le regarder comm
propre, on ne peut plus seré
foudre à le rendre. Delà le
violences, les contestation
qu'ont eu à essuyer depuis l'
dit, les Jesuites que la Com
pagnie a congédiez. Ce n'es
donc pas véritablement 1
droit des Jesuites qui troubl
les familles,c'est la restrictio
de leur droit, qui fouve
a troublées par l'avidité de
coheritiers à laquellecette~res
triction a donné lieu. Juftc
raisons pour lesJesuitesde Tou
haitter & d'esperer mesme
d'estre remis par le Roy dans
tous leurs droits. Ce seroit une
grande joye pour eux de revoir
sur ce point, comme sur
tout le reste
,
l'uniformité de
laCompagnieétabliedans tout
le monde.
DE SACY,Avocat.
Touchant les droits cL1 ceux queq
*7 les JftitescongtdlLnI dt, Icuril
Compagnie , avant cjutlsy*
aytntjait les derniers vaux,,
Il faut par rapport à l'affaire
presente diviser en deux classes
les sujets qui forment le corps
de la
-
Compagnie de JEStis.,
La première elt composée de
ceuxqui après deux années des
Noviciat ontétéadmis à faire
lesvoeux simples de pauvreté
de ch;«H:aé;&. d'obeïssance. La
fcconvjQcIdflîtlt Compofeç de
ceux qUI après un certain nombre
d'années pssees dans la
Compagnie depuis les. premiersivoe
X:, ont, EFTEADMIS;À
fjire les VCCJX lotemnelsdela
Profession.. "','
: ParlespremiersvoeuxunJe
;
suites'engageàyjvré)perpctuellement
dans la Compagnie,
supposé qu'après l'avoir
éprouvé dans Xes fonctions
pendant un certain temps,elle
lIejugo,) propre à les remplir
pour toujours. Cetengagement
n'est doncque condi~ -
tionnel; la Compagnienes'cn.
gageant de son costéà garder
celuyqui le contracte, qu'autant
qu'elle le trouvera bon,
aprèsl'avoir éprouvé.Aussi ceg
voeux (impies Ce sont-ilsen
particulier, sans que la Compagnie
les reçoive : ils lient le
Jesuite à la Compagniesans
que laCompagnieiclieàluyj
Par les voeux de Professîon
l'engagement eû mutuel entre
leJefuitc & la Compagnie.
Le Jesuite s'engage alors à vivre
perpétuellement dans la
Compagnie, & laCompagnie
l'y reçoit pour toujours. Le
temps
temps dépreuve estfini: l'état
d'un Jesuitedevient fixe,com-,
me celuy de quelque autre Religieux
que ce soit qui a fait
Profl ssion.
La différence qu'il faut mettre
icy entre la Compagnie &
entre les autres Ordres Religieux
; c'est que dans tous les
Ordres Religieux
,
il n'y a
iju'un seul temps d'épreuves ,
au bout duquel on fait la Prosession
; au lieu que dans la
Compagnie il y a deux temps
d'épreuves, tres differcns l'un
de l'autre. Le premier cft le
Noviciat de deux ans ,au bout
duquel on s'engage par les
voeux sim ples. Là commence
le second temps d'épreuves,
pendant lequel la Compagnie
exerce ses sujets dans les fonctions
qui luy sont propres;&
ces secondes épreuves se terminent
par une troisiéme année
de Noviciat, pour se difsposeriauxovoeuxnde
la .Prof.:£: C'est seulement, comme
on l'adit, par ces derniers
voeux, qu'un Jefuitc cft engagé
irrévocablement & sans
retour. Mais cela n'empêche
point que parles voeux simples
qu'il fait après le premier Noviciat.,
ilne devienne véritablement
Religieux. Il est Religieux
,
mais il peut cesser de
l'estre
, parce qu'il n'est pas
Religieux Piofés. Jusqua la
Profession
,
la Compagnie a
droit de le congédier en le dispensant
de sesvoeux; & en cc
cas il devient absolument libre
,
capable de tous les emplois
civils; il peut même, s'il
n'est point dans les Ordres,
contracter un légitimé' mariage
sans autre dispense que
celle qui resulte du congéque
le General de la Compagnie
luy donne. B ij
Telest l'Inftitut de laCompagnie
,
fciemncllcmcnt approuvépar
les SouvsrainsPonti
ses, lefquclsen l'approuvant,
ont établi un droit nouveau
en ce point,quejusques-làil
n'y avoit que lesvoeu x de Pro.
session qui donnessent proprement
la guaJitç de Religieux.
Etant une fois Religieux,'c'éstoit
une necefifjt,é de l'estre
toujours; parce qu'on ne l'étoir
que par la Prose ssion, qui
ne laisse point de retour au siecle.
Mais les Souverains Pontifes,
en approuvant le Corps
des Jesuitescomme un Ordre
Religieux,ont voulu que ceux ui s'y engageoient, & qui en
devenoient membres par les
ACCUX simplesdepauvreté,de
chasteté & d'obéilfancc
,
fussent
aussi parlà devéritables
Religieux. C'est unpoint de
Droit Ecclesiastique que l'Eglise
a ratifié au Concile,de
OTreitte,^ qui aétéreçû sans
concradiction dans tous les
Etats du tnondc,
Il n'est pas difficile de penetrer
le* raisons qui ont porté le
Saint Fondateur de la Compagnie
à y établir un si longtemps
d'épreuves. Par rapport
à la nature &à la multiplicité
des fonctions qu'il embrassoit,«
illuy filloit des sujets qui eussent
& une vertu à l'épreuve,
& des talens qui ne peuvent
se développer dans letemps du
premier Noviciat. Ce qui est
essentiel à l'état des autres Religieux
,
ils le pratiquent des
leur entrée dans la Religion :
ce qu'ils y font pendant une
premiereannée, c'cft ce qu'ils
doivent la plûpart faire toute
la vie. U.1 Jesuite au contraire
hors les exercices de la vie In-'.
terieure, ne fait rien dans le:
premier Noviciat de ce qui
doit l'occuper le reste de fcs
jours. Il luy est essentiel d'être
employé au ministre des
âmes ; il faut qu'il enseigne ou
qu'il prêche; il doit estre prest
à passer dans les pays les plus
barb ires, pour y annoncer la
foy. Or comment dans les simples
exercices du premier Noviciat
,
qui est uniquement dcftiné
à la retraite & à la priere,
la Compagnie pourroit-elle
s'assûrer qu'un sujet est propre
aux - emplois du dehors qui
sont sa fin principale? Comment
pourroit-il s'en assûrer
luy même? Il est donc neces-
1'
faire de l'éprouver dans l'exercicc
de ces emplois, avant qu'il
s'engage sans retour à les remplir
toute sa vie.
Telles ont esté les vûës de
S. Ignace,pour ne borner pas
au premier Noviciat l'épreuve
de ceux qu'il devoit admettre
dans sa Compagnie par les
voeux irrévocables de la Prosession.
Mais comme il eOoira
craindre qu'en differant trop
longtemps de fixer leur état,
quelques-uns ne succombassentau
dégoût d'une épreuve
longue & penible ; il convenoit
dopposerà leur inconf- ', tance
,.
tance l'engagement des voeux
simples. Ces voeux les lient as-
(lz, pour qu'ilsne puissent plus
reculer simplement par legereté
: mais ils ne les lient pas
non plus tellement , qu'ils ne
[puiffent'Cire déliez pour des
raisons legitimes. -Aureste>S.Ignaceen pretnant
ainsises avantages pour leCorps Religieux qu'il avoic
à former, a pourvû aussi avec
toute la sagesse-possible à lavantage
de ceux qui devoient
s'y engager. Pour cela il leur
laisse dans le siecle jusqu'au
moment de leurs derniers
voeux, tous les droits que la
naissance leur donne.Il n'exige
d'eux que les voeux simples de
pauvreté, de chaLteré)d'ob¿i'f.
sance; & ce voeu simple de
pauvreté consiste uniquement
àse dépouiller de l'usage libre
de ses biens.
Il elt vray que le S Fondateur,
pour la perfection particuliere
des sujets de sa Compagnie,
voudroit qu'ils fussent
tous aff, z détachez, pour disposer
de leurs, biens dés qu'ils,
entrent dans la Compagnie,
& pournese laisser plus dercC---«
source dans le siecle. Il veut
même que des le premier Noviciat
,
ils promettent, sans
meanmoins s'y engager par
voeu,d'abandonner r leurs biens,
,yoeij,d ab,indonncr leurs quand le Supérieur le leur ordonnera
pour leur plus grande
perfection. Maisil ordonne en
iroèmc tems aux Superieurs de
me permettre pas aux particuliers
de se dépouiller de la forte
,
si l'on ne s'est auparavant
bien assuré de leur perséverance
dans leur vocation; & il
veut qu'on neprocédé jamais
en cela qu'avec une mûre deliberation.
rAj Juiqu'à cette abdication
volontaire qui dépend de la
volonté du Superieur, & qui
n'est point du tout attachée
aux premiers voeux , comme
on le voie, un Je suite qui n'a
fait que ces premiers voeux conferve ,
,
fclon les Constitutions
de la Compagnie
,
l'entiere
propriété de ses biens acquis;
il a le même droit de succeder
, que s'il étoit encore
dans le siecle; il peut disposer
selon les loix de ce qu'ila
,
de
ce qui luy échoit. Et qui les
luy donne ces droits? c'est sa
naissance. Il les avoit avant
que de faire son voeu de pzu.,
vreté: il n'y renonce pas en le
faisant : illes a donc toûjours
au même titre. Ce qu'il conserve
de droit sur ses biens
, cecyest tout-à-fait digne
d'attention) c'est à sa naissance
cule qu'il en est redevable :
d'être Religieux sansêtreobligé
de renoncer à ces droits
c'cft à son état qu'ille doit.
Et icy se découvre une erreur
confijerable de bien des
gens sur le point dont il s'agit.
Ce ne sont point, comme ils
se l'inlaginent les Constirutions
& les Bulles des Papes qui
donnent à un Jesuite jusqu'à
ses derniers voeux la propriété
& la jcü;{f..nce de ses biens, &
qui le rendent habile à succeder
: son droit sur cela n'est
que le droit naturel, à quoy
les Constitutions & les Bulles
ne font aucun obstacle, en ne
l'obligeant à y renoncer, que
quand il fait les derniers voeux.
Au reste, levoeusimple de
pauvretéjtel qu'on le represenle
ici,n'en poinr particulier aux
Jesuites.Mcssieurs dela Mission,
les Filles de l Union Chrétienneen
font un tout pareil.
Dans ces Congrégations les
sujets retiennent la propriété
de leurs biens; ils en peuvent
disposer par dons, par tesla.
mens;ils perçoivent des successions.
Tout l'engagement
qu'ils contrarient en voüant
la pauvreté,c'estde n'user de
leurs biens que fous le bon
plaisir de leurs Supérieurs; &
les Jesuitesen sinsant leurs
premiers voeux, ne font rien
de plus à cet égard.
Nousavons exposé jusquesicy
le veritable plan de l'Institut
des Jesuites par rapport
à l'affaire presente; & leurs
droits, dans l'étendue que
nous leur avonsdonnée, y font
si clairement marquez, qu'il y
auroit de la temerité à vouloir
formerla moindre copieration
sur ce point. Aussidepuis
l'Indication de leur JCotn.
pagnie, ils .oni partout joui
pleinement&constamment de
ces droits; & ils en joùissent
encore dans tout lemonde
Chrétien, hors la France, même
dans les Etats Protestans
où ils font établis, sans qu'il
leur soit causé le moindre
troubleàcesujet. - Ht
Ils en ont même joui en
France sans aucune modification
, jusqu'au temps où ils
furent obligez d'en sortir. On
le démontre par divers Atrêts,
& entre autres par ceux que le
Parlement de Paris rendit le
Oâobres585. en saveur
de Robillard, & le 13. PC"
cembre 1592. en faveur de la
Grange, tousdeux efhnt dans laCompagnie, qui certainement
étoit alors reçue & regardée
comme un 01.dce Religieux.
C'est ce qui est incontestablement
prouvé par ces Arrestsmêmes
que les Jesuites
produisent, & par l'Arrest de
Noalhes rendu dans le même ¡,.>'
temps au Parlement de Toulouse,
quiest aussi produit. Les
Auteurs contemporains&autrois
conviennent unanimement
que ces Arrests ont esté
renias uniquement sur la difsérence
desvoeux des Jesuites;
ces témoignages font rapportez.
Les Jesuitesproduisent
aussi les Lettres Patentes, où
les Bulles qui approuvent u
confirment leur Influât font
rapportées. Ils produisent entre
autres les Parentes de Charfont
levéesles modifierions
& les icitriâtons de l'Assc de
Poissy, par lequel ils n'avoicnc
été reçûs dans le Royaume que
comme Collège & Société }
celles du même Prince du mois
de FévrierIJ74. enregistrées
au Parlement de Paris, qui autorisent
l'Inflitut des Jesuites
& la fondation des Maisons
Profcfles fondées & à fonder
dans la fuite. Celles d' Henry
III. du mois de MlY 1580.
pareillement enregistrées, qui
rappellent & confirment les
précédentes.
Les deux Arrêts rendus au
Parlement de Paris en faveur
de deux Jesuites, & qu'on rapporte
comme les plus proches
du temps, où la Compagnie
fut obligée de quitter le RoïHJmeJfone
voir quelyétoitson
dernier état avant l'Edit par lequel
Henry le Grand, de gto.
rieuse mémoire
,
voulut
bien
l'y rappeller.
Les per Tonnesen place qui
étoient alorsopposéesaurétabh{
f:m,:nc des Jduires, insiftoienr
particulièrement auprès
du Roy sur lafing-Varité d'un
Corp) Religieux
,
donc les sujcts
con servoienc a près leurs
premiers voeux des droits de
propriclé & de succession inconnus
aux auu es Or dres: &
l'on exageron fort les inconvemiens
qu'il pourroit y avoir
à le (V'ufFur. Ce Prince par une
condt(ccndancc dicme de la
fagclle pour ceux qu'il trouvolt
d'un avis contraireau fien,
crut qu'il falloit un peu ceder
au temps, & apporter aux
droitsdontil étoit question,
un tempérament, quisansruiner
absolument rinftitut des
Jcsu,ltes,dcvoit contenter leurs
advcrfaircs. Ce temperameric
est renfermé dans lart. V. de
l'Edit. Envoicy les termes: Quccyaprès tous ceuxde laditesocieté,
tantceuxqui ontfait
lesvauxfimples feulement, que
lesautres. ne pourront accruttir
dans notredit Royaume aucuns
biens immeubles par achat, dona.
tion ou autrement, sans notre permijjton.
Nepourrontaujjïaux de
ladite Sociétéprendre ni recevoir
aucunefucajjion ni directe ni collaterAle,
non plus que les autres
Rrltgitux. ET NEANMOINS AUCAS
QUE PAR CY APRE'S ILS
F JSSENT LICENTIEZ ET CONGEDIEZ
PAR LADITE COMPAGNIE
, POURRONT REN-.
TRER EN LEURS DROITSi
COMME AUPARAVANT.
Il cit vray que cet Edit ne
sur corrglfire au Pai hITIent
iqu"ipié.%dcs rcmoniranccs failcs
au Roy & de sccondes Lettres
de ltflicn; & qu'au temps
de l'cnreg:ltrco1cnt) il fut arfêté
par la Cour,que le Roy
ycroîl tres-humbhmtnt supplie
pourvoirparune Déclarationàce
ue ceux qui auroientétéquelque
temps dans la Société, ntpûffint
iire reçusaux partages , pour le
trouble qu'ils apporteroient aux
familles, Mais cela montre d'un
lôré
,
combien le Roy avoit
de sortes raisons de maintenir
îledroit des Jesuites;&delautre,
que le Parlement le tenoit
lié sur ce point pat l'Edit, tuC:
qu'à ce qu'il y fût derogé par
une Declaration de Sa Majefté.
On ne sçauroit deviner sur
quel fondement quelques personnes
ont dit que les Etats de
1614avoientaussi demandé
au Roy de fixer un temps aux
Jesuites
,
après lequel sortant
de la Compagnie ils ne pour
roient plus être reçûs à partage.
On ales cahiers imprimez
de ces Etats;iln'yestparlé des
Jesuites que dans le cahier des,
Ecclesiastiques à l'articlesixiéme
i
me qui fut accordé par le Roy.
..e voicy : QjSattendu le fruit
we font journellement les Peres
efuitrs, tant a l'avancement de
« Religion,cjuel'inlfruétion de
1 jeunesse, il plaise à VoftreAfa-
^fiéque leur College de Glermont
sur foit redonné avec leurs anlevmes
fondations, £r les voulutconserver
& prendre en i/oie
protection
, & qu'il en foit
vttid'autres dans chacune des bon.i
zs Villes de ce Royaume
)
aufmlles
ilsferont demandek par le
Ilnfentement desdites Villes
1 &
:
fotimettant par eux aux Loix
m Statuts de l'TJniverfité.
Pour revenir à nôtre sujet,
tel devint l'état des Jsuites en
France par l'Edit de leur récablissement,
qui changea Tan-"
cienne Jurisprudence. Ils ne
pûrent plus succeder à aucun
bien
, comme ils faisoient &
font encore par tout ailleurs
avant leurs derniers voeux, &
comme ilsavoient toûjours
fait en France jusqu'à l'Edit :::
mais il leur conferva cet Edit
le pouvoir de rentrer dans;
tous leurs droits, au cas qu'ils
fossent congediez par la Compagnie.
Or ce que l'Edit a laisse
;
aux Jesuites subsiste-t-il cnco.',
~Te? Et s'il eil: vray qu'il subsiste,
doit il subsister plus longtemps?
C'est ce qu'il en question
d'examiner aujourdhuy.
L'Edit, en ce qu'il declare
les Jesuites capables de rentrer
dans leurs droits, au cas qu'ils
soient congediezpar la Compagnie
,
subsiste-t-il encore?
Ec comment en pourroit on
douter? Y a t-il quelque autre
Edit qui y deroge ? Où est la.
Loy qui paroisse y être contraire.
:
Mais n'est ce pas une Loy
generale
, que tout Religieux
~estmort civilement,&ne peut
plus prétendreà rien dans le
siecle îOiiy, c'est une Loy generale
que tout Religieux Profés
ert mort civilement,&n'a
plus rien à prétendre dans le
siecle: aussi les J;:fuices Profés
n'y prétendent ils plus rien.
Ql'on parcoure routes lesLoix
du Royaume ; ce n'est que le
Religieux Profés nommément
,
qu'on y verra exclus
pour toujours des successions,
& jamais le Religieux simplement
comme Religieux, ja.:
mais le Religieux en general.
CCLOIXne contredisentpoint
l'Edu3 comme l'Edit ne déroge
en aucune façon à ces Loix.
Les Loix regardent les seuls
ReligieuxProsés, à qui le retour
au siecle estinterdit pour
toûjours;&l'Edit regarde uni-
~quement ceux d'entre les Jesuites,
qui n'étantencore Religieux
que par les voeux (imples,
peuvent en être dispensez,
& rentrer dans lesiecle
avec le congé de la Compagnie.
Or
,
dés-làqu'ils peuvent
rentrer dans le siecle., &
V reprendre leur premier état,
~ycontractermêmeun legitime
mariage, ce qui ne leur fut
jamais contesté;quelle justice
yauroit ilde leur y contester
les biens que la naissance leur
donne, au quels ilsn'ont pas
renoncé, donc ils ont besoin
pour eux & pour lesenfansqui
leur peuventnaître?
1
Un homme donne la plus
-
grande partie de son bien à un
ami,qui moyennant cela fait
un mariage considerable.Tandis
que lafamille du donataire
grossit, le donateur s'avise de
se marier luy-même;&au moment
qu'illuy naît un enfant,
sa donation devient nulle selon
les Loix ,& il reprend tout :
ce qu'il a donné. Comment
donc les Loix ôteroient-elles à
un Jesuite legitimement con-
~gédié de la Compagnie, & qui
a la liberté de le marier, le
droic de reprendre dans sa famille
des biens ausquels il n'a
pointrenoncé?
t" Sont-ils donc si coupables
ces hommes qui retournent
au siecle;parce qu'ils ne fc trouventpoint
avoir affcz de santé,
)OU certains talens nec ffaires,
pour fournir la difficile & pemible
carriere d'unJesuite?
Sont-ils si coupables
,
qu'on
noive pour cela les dépoüiller
~k~és droits que la nature leur
cs
donne,&qu'ilss'etoient sage.
ment reservez pour le temps
qu'ils éprouveroient leurs forces,
avant que d'être engagez
sans retour? Cette pieuse épreuve
qu'ils ont voulu faire
d'cux-Inêmes)cfi elle une raison
de les desheriter,& de les
mettre à cet égard au rang des
bâtards, ou des scelerats condamnez
pour toûjours aux galeres
? Les traiterat on plus
mal que des enfans vagabonds,
qui rentrent dans leurs
biens aussitôtqu'ils se fontreconnoitre?
Ce furent ces principes de
1equiré
l'équité naturelle, qui porterent
Henry le Grand à user de
toute son autorité pour aflii*
ret aux Jesuites par son Edit le
droit qu'on le sollicitoit de
leur ôccr. Nulle Loy n'y est
contraire à cet Edit:aucun auire
Edit n'y a derogé: il subsiste
onc encore aujourd'huy dans
route sa vigueur; & le droit
qu'il conferve à ceux que la
Compagnie congedie, cil toûjours
en son entier.
I- Si quelque chose pouvoit
oatoître y avoir donné atteinyc,
ce seroit une suite d'Arr êts
lui auroient été rendus contre
la dispositiondel'Edit,sur
tout dans le premier Parlement
du Royaume. Or ilest conftanr
que depuis l'Edit jusqu'à
1'.,ffjlredusieur lePicard d'Aubercourt,
on ne sçauroit citer
un seul Arrêt de cette nature.
On luy a objecté qu'un
Avocat écrivant en 1685.
dans uneaffaire des JrUlces
convenait d'une Jaritprudence
d'Arrêts opposéeàl'Edit :
mais c'est une méprise de cet
Avocat qui en cela a parlé dei
son chef Les Jesuites n'ont
jamais pûl'avoüer sur unetel-<
le fausseté
,
& ils le désavoüent
; i- 4111
jourd huy
,
aussi bien que
r ce qu'il a dit , qu'iln'y a
oint de differencepoul'enagcmcnc&:
le retranchement
u siecle entre leurs premiers
leurs seconds voeux. Desereurs
de fairne sçauroientnuià
la verité clairement prouée
par des Adtes. n
On a montrécydessus la
ifference essentielle des preoiers
& seconds voeux desJeuites
: & à l'égard de la pré-
:nduë Jurisprudence dont il glt) de trois Arrêts
,
les
,ulsquisoient intervenus sur
matiere jusqu'àl'affaire du
sieur le Picart d' Aubercourt,,
l'un est un Arrêt consenti crutre
les Parties, qui parconsequent
ne decide rien: c'est;
l' Arrêt de Martin du 23. ,No,
vembre1631. Les deuxau.
tres ont esté rendus dans i'afy
faire de Charles Begat. Le premier
qui est du 14. Mars;
1629. luy adjuge la succession,
de ClaudeBegat; & le second
quiest du 30. janvier1631.
enterine la Requête civile contre
le premier;, sur ce que
CharlesBegat se trouvoit avoir
fait les derniers voeux dans lac
Compagnie, & que d'ailleurs
ne produisoitau lieu deconé
qu'un certificat de l'avoir
btenu, & même uncertificat
rgué de faux. Il est manifeste
ue lepremier de ces Arrêts en
iveur deBegat,soy disant conedié
par la Compagnie,conrme
la disposition de l'Edit
faveur des Jesuites
: & que
:
second n'y eH point aire con-
; puisqu'il n'estfondé
Sue sur ce que Begat avoit fait
s derniers voeux, & ne proisoit
point même de congé
n forme, ce qui le mettoic
ors ducas de l'Edit.
Quelqu'un demandera peutêtre
icy commentBegat étoit
sorti des,Jesuites
,
puisqu'il
avoirfait lesderniers voeux,
C'estque parmy les Jesuites
les derniers voeux ne sont pas
Toujours les voeux de Profession
: mais ceux que la Compagnie
ne juge point a propos
d'admettre au degré de
Profés
,
font reçus par elle au
degré de Coadjuteurs spirituels,
Ces Coadjuteurs spirituels
ne font à la véritéque:
des voeux simples
: mais ils les
fDnr"en public entre les mains
du Superieur., & par ces voeux:
publics & reçus du Supérieur,,
ils deviennent, selon lesConstitutions,
incapables dequelque
succession que ce soit, &
font à cet égard au rang des
Profés. C'est là le cas où étoit
Begat, & ce qui le fit exclure
d'une succession qui lui avoit
d'abord étéadjugée conformémental'Edit
, en supposant
qu'il n'avoit encore fait
que ses premiers voeux.
Comme les Coadjuteurs [pi.
rituels ne font que des voeux
simples
,
ils peuvent toûjours
être congediez par la Compagnie
: mais comme en les faisantils
renoncent à rous leurs
droits, la Compagnie ne les
congedie jamais que pour des
raisons bien griéves. Et c'estlà
ce qui peut avoir donné lieu
à Begat de ne produire pas
son veritablecongé, où ces
raisons étoient peut être exprimées.
Quoyqu'il en foit
l'Edit , en faveur des Je suites
congédiez ne reçût aucune atteinte
dans sapersonne:voïons
si depuis il en a reçu quelqu'-
une.
Il subsistoit encore cerrainement
,
lorsque le sieur le Picart
d'Aubercourt en demanda
au Parlement l'cxccution en
sa faveur. En effet, la Cour en
1701. ayant jugé deffnitivement,
qu'ilne pouvoitêtre
debouté de sa demande sur le
fait particulier de l'affaire ,011
d'abord quelques-uns des Juges
avoient crû voir une fin
de non recevoir; Elle ordonna
par son Arrêt du 10. Mais
,
que S. M. feroit tres- humblement
fupphée d'expliquer ses
intentions sur l'Edit par rapport
aux droits des Je fuites
congediez par la Compagnie.
Le Parlement reconnoissoit
donc alors que l'Edit en faveur
des Jesuites congédiez étoit
encore dans toute sa force; &
il le reconnoissoit dans une affaire,
où tout ce qu'il s'est jamais
rendu d'Arrêts dans le
Royaume avoir esté produit ,
comme ils le sont encore aujourd'huy
par1esJefuites.Mais
il reconnoissoit aussienmême
temps, ce quiestcertain, qu'il
ne pouvoit légitimement prononcer
au préjudice de cet Edit
, à moins que le Roy ne se
fût expliqué d'une maniere à
l'y autoriser.
Il est pourtant vray que
s.
M n'ayant pas jugé à propos
de donneralors une
décision
générale,& ayant ordonné de
procéder au jugement définitifde
l'affaire particulière dans
l'état où elleétoit
,
lesieur
d'Aubercourt fut debouté de
les demandes par l'Arrest qui
s'ensuivit. Mais comme il ne
pouvoir plus Tertre par la fin
de non recevoir
,
sur quoy il
avoir g.1gné sa cause;c'est une
necessitéd'avoüer que le Parlement
se détermina enfin à juger
au préjudice de l'Edit, en
attendant qu'il plût au Roy
de s 'expliquer sur ce su jet.
Quelques personnes ont
prétendu que la Cour s'étoit
cruë suffisammentaucorisée à
juger au préjudice de l'Edit,
sur ce que l'ordre du Roy portoit
de rendre aux Parties la justice
cjuElle estimeroit leur estre
dûe. M us le Roy avoit il jamais
pu penser qu'Elle: pût
prouver de la justiceàjuger
formellementcontre un Edit.
auquel il declaroit actuellement
ne vouloir pas déroger.
C'est ce que l'Ordonnance
de S. M. condamne expressement.
Enjoignons aux Cours
l'observation des Edits tant au
jugement des procez qu'autrem,
nIJsansy contrevenir,ni que
fous prétexted'équité, bien public
, accélération de la 7ufilce
J ou
de ce que les Cours auraient à nous
reprtfenter, Elles, ni les autres
Juges, s'en pwjf-nt di.ff:>nfèr) ou
en moderer les diftofuions en quel
casy ou pour quelque cause que
ce soit. arc. 6. tit. I. de l'Observation.
1
L'Arrest du sieur d'Aubercourt
rendu au préjudice &
contre la disposition ex presse
de l'Edit ,;1 frayé le chemin à
un autre Arrestporté depuis
contre le sieur Boudart de
Cousturelle, Gentilhomme
d'Artois. Le sieur Boudart sur
les Traitez de Capitulation
,
les Déclarations & Lettres Patentes
de Sa Majclié en faveur
des Jesuites de Flandre
,
avoic
été maintenu dans tous ses
droits par Sentencecontradictoire
du Conseil d'Artois,
renduë le 21. ÑIJY 1711. La
seconde Chambre des Enquestes
par son Arrest du15.juillet
1712. annulla laSentence;
& le sieur Boudart fut débouté
malgre les Déclarations du
Roy pour la Flandre,ainsi que
le sieur dAubercourt l'avoic
étémalgré l'Editd'Henry IV.
pour la France.
- Les Jesuites n'ont pointété
jppciKzàcesjugemens: mais
ss voyant sur le point de si
multiplier, ils n'ont pas crû
ilevoir garder un plus long sibnce.
On en auroit peut-estre
Iré avantage contre eux; &on i feroit persuadé qu'ils ne
prennent point de part à fin
Tadtion de l'Edit, s'ils avoient
11tendu- plus,longtems à s'en
Plaindre.
LAfrest du sieur Boudarc
fiant dans une espece étrangèreàjPEdi-
t, il ne se trouve
incoreapréstoutd"Arteft conxe
la disposition de cet Edit)
que 1Arrête du sieur d'Aubercourt.
Or un Arrest contre lequella
partie- est en état & en
voye de se pourvoir en cassation
,
& contre lequel l'Edit
même & les Ordonnances de
S. M. sont un moyen certain
&infaillible decassation, peutil
estre serieusement opposé.
aux Jesuits&appellé la Jurisprudence
des Arrests? Des Arrests
contre un Edit peuventils
faire Loy au préjudice de
l'Edit ? C'est au Prince seul à
changer, à revoquer les Edits.
Ils subsistent donc, tandis que
le Prince n'y a point derogé:
&,
y tandis qu ils subsistent, bien
oin que les Magistrats puisent
les abroger par des jugenens
contraires, ce sontleurs
ogemens mêmes qui sont
lors reformez selon les Edits.
Il ne leur est pas même pernis
dans les doutes &lcdlfii.
ultez sur le sens des Edits, de
i:s interpréterpar leurs jugenens,
avant que d'estre ins
puits des intentions de Sa Ma C'est ce que portent les
Ordonnances : Si dans lespro-
':{ qui seront pendans en nos
ours
,
ilsurvient quelques dou-
~s ou difficultezsuraucuns articles
de nos Editi, Déclarations (Y
Lettres Patentes : Mous leurdéfendons
de les interpréter ; mais
voulons opuElles tryent à Je retirerpardevm
Nous,pour apprendre
ce qui Jera de nostre intention.
¡.
Mais en attendantque le
Roy foit consulté ,ou bienSa
Majelté différantàdeclaer ses;
intentions, si lesCourscroient
devoir prononcer au préjudice)
des Ordonnances, & qu'il foie!
intervenu consequemment un
grand nombre
d'Arrestscon-l
foriiics;cccre multitude d' Arrefis
ne fera-t elle pas une Ja-j
1
risprudence? Non:car surune
question decidée par quantité
d' Arrests qui avoient formé
uneJurisprudence presque uniforme
dans toutes les Cours
contraire aux articles 57. &
58. de l'Ordonnance de Moulins,
ileft dit dans la Dcclaration
du Roy, enregistréeau,
Parlement de Paris par Arrest
uneJurisprudence estant contraire
à une Ordonnance
, ne
peut eltre solidement établie
K]ne par une Déclaration quiy
deroge. Pour cet effet, le Roi
ed ecl are qu'ilveut bienamoriser
ces Arrests; & pour le faire,
il dérogéexpressementauxarticles
57. & jg de l'Ordonnance
de Moulins.
1
:
Delàil resulte évidemment,
que quelque nombre qu'on
pût produire d'Arrests contrai.,
res à l'Edit de 1603.en faveur:
des Je uites congédiez, ces Arrests
feroient nuls aux termes
des Ordonnances,&ne pourroient
avoir de force, qu'au-j
tant qu'il plairoit au Roy de
les autori fer
, en dérogeant àj
l'Edit dont les Cours nausoient
pas suivy la dicpofition.
Déclarons tous Arrests cr
Jrte-',
Lynl&ca&p, DVLJ^rctdZc)c-Tt^mctftcdrt
1
- 1
,
il 3 Y- i JPclsjeez^ucxttLoc,ioiws pcwscz^ coup ciici
<9omjcn^à^iusS't-uastc- taurOl
-
1 '1 ,. If joitur ele.cilarniespow* nioy>*_A£eribertfn-*clcgsjc dGl '¿.ILrurc. -
JLJvu 1 : I.. t~.y. 1*1I|»1-? l7C/"Coy-, cotltvunt J«d att-r- ¿L
.: ttcrfjrci^xnyver jue &--Il-,f
convient Seul emoz
Civ
_r
huuOtt Jm.è[;¡:é?aJ me. hvrc,Peufis
mens quiferont donnfZ contre la
disposition de nos Ordonnances,
Edits çy Déclarationsynnls fY
denuleffetcmvaleur. Art. 8.de
l'Ordonn. titre 1.
A la vérité l'usage est quelquefois
l'interprète des LOIX:
mais c'est des Loix que l'usage
même a établies,& non de celles
qui font portées dans les
Edits du Prince. Il n'appartient
qu'au Prince luy même, ainsi
qu'onla déjà dit,à les interpréter
ces Loix
, ou à y deroger
,
s'ille trouve bon: jusques-
là l'usage qui y seroit
É
gardé que comme un abus à
reformerselon la teneur des
Edirs qui lesrenfrrment.
Mais s'il est vray en toute
matiere quenul nombre d'Ar.,
restsne peut abroger un Edir„
il l'est sur tout dans la matière
pre fente, où il s'agit de TétaC
des hommesqui ne Içiuroitfis:
pre scrire. Etant attaché à leur
naissance, il est du droit public
& pu consequent il ne peut
estre changé que par la Loy::
Qvoe funt publicijuris, sola leges.
dari, sola lege adimi possunt.
Cest sur ces principes que:
feu M. Erard, Avocatcélébré,,
consulté sur l'affaire du sieur
bd'Aubercourt
,
s'explique en
xes termes dans sa Consulta-
Kion du 1j Novembre 1699.
UEditde1603. quiconferve
.Yxprfjfément le droit defuccedcr
y,,r tous les effets civils a ceux
uiferont congediez par la Compagnie
des ¡t'fuites
, & qui portent
qu'ils rentreront dans leurs
k/roits
,
na eslé changé par aucun
vautre E-dit ni Loy du Royaume.
)sAlnfxcess une LOy (ubfiftantc que
tious lesfijetsfont obligezdfui.
\jvre. VArrête que la Cour mit
ur[es Registres enfuite de la verification
de cet Edit,ne peut pas
3
ne
en empêcher l'execution : ce riétoit
qu'un voeu qu"elle faisoit
y qu'ilplutau Roy fixer un terme
vour la sortie de cette Societé.
Mais elle ne le fixe point, (7
elle reconnoit même par-là, qu'il
n'appartient qu'au Roy de lefixer.
Elle luy en a fait lafûpplication
: il n'y a pointeu d'égard, eil a latjjel'Edit dans son entier
: son refus efi encore une confirmationsurabondante
de la dif
position de l'Edit. Or cela étant,
les Juges peuvent-ils juger contre
cette dispositionsPeuvent-ils donner
atteinte à l'état d'un homme
qui s'ejt engagé dans la Société
des
des Jesuites
, (y qui en (si sorti
lafoy de cet Edit?
Que peut-on donc oppo.
ser à un particulier, qui avec
uncongé légitime de la Compagnie
se pre fenre pour ptentHrc
sa part dans l'heritagc de
Tes percs ?Je redemande, die-
1,1 ce que la naissance m'a don-,
né ,& à quoy je n'ay jamais
renoncé: sur quel fondement
me refu reroit-on ce quiest veritablement
à moy ? Ou est la,
loyquime dépouille de mon
troit naturel? J'en voy une
qui m'ymaintient,c'estEdit
D'Henry le Grand: qu'on me
montre celleen vertu de laquelleon
voudroit ncdfcsheriter
,
& changer mon état. La
Loyest précise en ma faveur
:
en vain doncm'opposeroi ")0
une prétendue Jusprudence
des Ârrets:j'appelleray deces
Arrests à la Loy
,
à tEdtr du
Prince ; c'est la regle des juftesi
Arrets. La Loy me laisse la 11-:
bertéde m'établir dans le monde,
d'entrer dans des Charges:t
comment donc pourroit-oni
prérendrequ'elle me dépouille:
du bien que le me fuis reservé,
& qui m'estnecessairepourcet
effVi ? La Loy ne sçauroitainsi
se contredire.
MJlS si ce Jesuite-étoit le
seul héritier d une famille riche
& honorable, comme il
est arrivé, & commeilpeut
arriver quelquefois; ne seroit-*
il pas odieux d'en transporter*
les biens à descollatéraux,plûtôt
que d'en laisser jouirl'hériticr
legitime,qui n'a rien fait
qUlldépoüdle »& qui esten
état de perpétuer le nom de
ses peres? Et qui doute que ce
ne fut-là violer les Loix si uni.
versellement,& si Ggemenc
établiesdanstout leRoyaume,
qui rappellent aux successions
la ligne dircte àl'infini, pour
porter) s'il se peut, à l'infini
le nom desfamilles?
On se flattedavoir suffisamment
éclairci la premicre
question
,
sçavoir sij l'Edit
d'Henry le Grand en faveur
des Jesuites congédiez subsiste
encore. Oui, cet Edit subsiste:f
& les Jesuites congédiez par la
Compagnie peuvent encore
aujourd'huy,ainsi qu'ils l'ont
toujours pû
,
reprendre dans
le siecle tous leurs droits. Mais
cet Edit doit-il subsister plus
longtems ? Henry le Grand a
déjà limité les droits des Jesuites
, en leur ôtant aptés leurs'
premiers voeuxle droit de joüir
& de disposer de leurs biens,
& ne leur biffant jusqu'aux
derniers: voeax que le seul droit
d'y rentrer, au cas qu'ils fuCsent
congédiez par la Compagnie.
Ne convient-il pas de
le modifier encore ce droit
,
:OU, de l'abroger même tout- àfait
, en reduisant les Jesuites
aurang de tous les aurres Religieux
î C'estla secondé quef-
:éofëiqji'il nous resteà examine*.
.;, Me ferat-il p, ermis de de.
mander icy si les Jesuites depuis
qu'ils ont été rappeliezen
France par l'EditHenry. le
Grand
, ont mérité par quelque
faute*qu'on ule envers
eux d'une nouvelle rigueur ?
Les temps doivent ils être aujourdhuy
plus fâcheux pour
eux, qu'ilsne l'éroienralors?
Les services qu'ils onttaché
de rendre à l'Etat depuis leur
rappel*, ne semblent ils pas au
contraire demander qu'onleur
rende
-
ce qui leur fut ôré dans
ces tem ps de disgrace';rp!&ôc
que de leur ôter ce gu't!..nry
le Grand
,
malgré tout ce qu'il
trouva d'obstacles
,
crur'devoir
alors leurconserver fii
C'dl
,
diton, l'interêt public
qui demande qu'on reduifc
les Je suites sur le pied des
autres Religieux. Mais l'interêtpublicn'est
il pas lemême
à cet égard dans tous les Etats
du monde Chrétien, où les jfuites non seulement reprennent
leurs droitsquand ils
sortent de la Compagnie avant
leurs derniers voeux ,
mais où
ils joii'fTcnr & peuvent disposer
de leurs biens dans laCompagniemême
,
pendanttout
le temps qu'elle les éprouve?
On ne les inquiète là dessus en
nul endroit du monde.
En second lieu, ce qu'on
semble trouver aujourd'huy si
contraire au bien public, fut
tant de fois & en tant de maniérés
representé comme telà
Henry le Grand, avant que
soônEdit fût enregistré. Ce
grandPrincedontla fagelfc
sur encore au dessus de sa valeur
,
après avoir tout entendu
, tout pesé
, en jugea autrement.
Il crut faire assez pour
lesfamilles,quedoter aux Jesuites
, tandis qu'ils le seroient,
la joüssance & la disposition
de leurs biens. Dépoüiller absolument
de leurs biens des sujets
qui n'y renonçoient point
par leurétat,&neleurlaisser
de partage dans le siecle où ils
pouvoienc retourner, que la
mendicité;c'est ce que ce Prince
plein d'équité eût horreur
de faire. La Compagnie se reservant
le droit de congedier
ses sujets jusqu'à la Profession,
il trouvoit de l'inhumanité à
les dépouiller de leurs droits
avant que ce temps foit expiré
; & il ne voulut jamais entendre
à y apporter aucune limitation.
Ce refus d'Henry
IV. ne doit-il pas aujourd'huy
tenir lieu de Loy ?
L'Edit de ce Prince en faveur
des Jouîtes congédiez
est , comme la Loy que les Romains
appelloient Juspostliminit,
laquelle permertoit aux
captifs dont le droit étoit demeuré
en suspens pendant leur
captivité, derentrer à leur retour
dans tous leurs biens.Ce
droit ne se preserivoit pas, parce
qu'il n'érait pas au pouvoir
ducapusderecouvrerla liber-,
té; comme il n'est pas au pouvoir
d'un Jesuite qui a fait les
premiers voeux ,
de se délier
luy même
,
il faut qu'on le congédié.:,
itr,i Tandis que les Jesuites n'onc
pas encore fait leurs derniers
'ioe)x)oncftJdit-onincertain
Hans les familles, s'ils ne reviendront
point y reprendre
eurs drOir?'9*cê quiempêche
les éta blArÍnens confinerao!
ès5,quand il s yrevien- iiell ;dvy jettent le trouble
irnHe nouveaux partages qu'il
Ssutefaire C'està ces deux chefs re duisent les raisons
Bune-.êrpublic,pour oblig r
_>csJ'fiîices à renoncer à tous
eurs droits des le temps de
Uf5 premiers VOBJX : examirdôns
en la solidité.
A l'égard de l'incertitude
doncil s'agit, le monde est
plein de ces fortes d'incertitudes,
sans qu'on se foit encore
avisé de penser qu'il fût de
bien public d'y remedier pa
de nouvelles Loix. Un per
veuf marie un fils unique: q!
fils cfl; dans l'incertitude si fo".
pere ne se remariera point, &
n'aura point d'autres enfant
qui partagent la succession.
fautil que les Loix épargnée,
au fils cetteincertitude ,en or
bligeant le pere, ou de luy ce
der tout son bien
, ou dere
noncer à un second mariage
e fils en ce cas trouveroit un
tablissement plus confidera- le mais le pere est-il obligé
se le luy procurer àce prix?
1t peut il venir dans l'esprit
qu'il soit de l'intérêtpublicde
w obliger par quelque Loy
cr)uvcllc? Cette sorte de Loy
roit au reste d'autant plus
cessairedanslesystême que
ous combattons, que pour
Jesuite qui par le délay de
Profession tient ses freres &
eurs dans cette sorte d'incerjiude
,
il y a dans le Royause
cent peres ou mères veufs,
iui par le droit qu'on leur laisle
de leremarier,tiennentleurs
enfrns dans l'incertitudex&c{
les empêchentpar-là de scladi
biu à leur gré,souventmême;
comme il conviendroit au
foû*
tienJe la fami«Ic.sj.IrVj
Mais faisons sur cela
un
fuppofinon dans nôtre fUlct
nême, & faisons la la plus
favorable qui- sepeutà la prétention
de nos adver faires.
Un jeune homme sefait Je-j
fuite,& laisse dans le siècle une
soeur unique
,
qui ne sçauroit
s'établir comme il convient Jtj
sans la portion de son frere;
qu'il conservejusquà la PIO;,
Hfcflîon. Volia sans douter ce qu on peut proposer de plus
specieux contre le droit que la
Loy rcfcrve aux Jesuites,tandis
qu'ils n'ont fait que les pie..
mniersvceux. x •;;;
Mais le demande en premierlieu
sicette fille aimeroit
mieux que son frere, sefist Ececlesiastique,
ou de 1 Oratoire,
ou qu'ilentrai chez Messieurs
WC la Mission , que de le voir.
t'eruitTroùveroi[ ellemieux
Mon compte ,
ftroitcllt, mieux
ou plûtôt mariée
,
s'illuy falloitattendre
lamort naturelle
de son frere dans ces états,où
l'on conservependant toute
la vie la jouissance & la propriété
de ses biens, que quand
illuy en faudroit attendre la
mort civile par les derniers
voeux que font les Jesuites au
bout de quelques années d'épreuve
? Pour établir toutes les
fillesqui auroient un frere Ecclesiastique,
ou de l'Oratoire,
ou de la Missîon
,
faut-il faire
une Loy qui oblige à renoncer
à ses biens, aussi-tôt qu'on embrasse
ces genres de vie ? Mais
il faudroit encore dans ces
principes que les Loix obligeassent
les Chevaliers de Malthc~
the à ne pas differer leur Profession
les trente & quarante
années, comme ils font presque
tous,& à se contenter au
moins jusques là d'une penïïon
alimentaire, pour fixer
l'incertitude des familles sur
leur sujet, & ne point mettre
d'obstacle à l'établissement de
fleurs fieres & soeurs. Il fau-
Hroitmême que ces Loix s'éendissent
jusqu'aucelibat;que
peux qui en font profession
devinssent aprés * un certain
3:emps incapables de mariage;
& que ne le reservant de leurs
oiens qu'un honnête necessaire
, ils sacrifiassent le reste au
repos & à l'établissement de
leurs familles. Revenons à nôtre
exemple.
En second lieu, ceux ouii
trouvent le bien public à ne
laisser point cettefille dans la
necessité, ou de ne s'établirpas
ou de s'établirmoins blrltan..
dis qu'elle attend les derniers:
VCÊJX de son fiere; le trouveront
ilsaussiàobligersonfrere
de luy ceder fort bien, & dei
se dépoü ller du necelTairene
pour rétablir, ou pour l'éta-j
blir mieux ? Unperen'est Probligé
de se priver du rieceffaW
re pour établir ses enfans:comrment
un frerc peut-,1 y être
aobhgé pour établir une f-oe,Ur?
Il s'agit en effet du necessaire
pour le frere : car il peut être
congedié par la Compagnie;
)& le cas arrivant, de quoy fbsistera-
t'il après qu'on laura
dépoüillé de tous ses droits? Il
faudra donc quecefrerepour
rétablir sa foeur , foie exposé
lui même àune honteuse mendicité:'
Le bel avantage pour
unefamille! La soeuremportetroit
le bien dansune famille
étrangere ; & celuy que les
Loix destinent à en per petuer
le nom ,
l'enseveliroit dans une
ignominieuse obscurité. Ce
n'est donc point le bien public
,ce n'est pas même l'avantage
des familles qu'on procurerait
; en dépouillant les Jeftkcfridudroit
naturel que la
naissance leur donne jusqu'a
leurs derniers voeux; c'est le
(impie avantage d'un enfant
qu'on procureroit au préjudice
d'un autre, & le plus souvent
mêmeaupréjudice de la
famille.
Mais un Jesuite congedié
peut il manquer de causer du
trouble dans sa famille en y
venant
reprendre ses droits? Et
ce trouble n'etf-ce pas aux
Loix à le prévenir?C'estla seconde
raison d'interest public
que l'on oppose au droit des
Jesuites, & dont il est aisé de
faire sentirlefoible.
Qael trouble pour ce donataire
dont nous avons parlé
cy-dessus,lorsqu'il r voit obligé;
de rendre ce qui luy enne..
cessaire pour soûtenir sa famille;
Mais ce trouble
,
la Loy
doit-elle le luy épargner ? Il a
dû le prévoir, & s'arranger
surce pied-là.
Que les familles fassent attention,
commeelles doivent,
que les premiersvoeux d'un Je.
fuite ne leur donnent pas le
droit de compter abfolumenc
sut sa per feverance
-, & que la
joüissance de ses biens ne leur
efl; laissée par le bienfait du
Prince
,
qua condition de les:
rendre en cas de sortie: qu'elless'arrangent
suivantla dl.f-..
position de l'Edit d'Henry IV(,
& elles ne se trouveront point
troublées, quand un Jesuite legitimement
congédié avant (es?
derniers voeux viendra y reprendre
sa place & ses droirs.,.
Des peres fages établissentleurs?
familles sur la disposition des
Loix ,&jamais les Loix n'en
troublent la Tranquillité : les
Loix ne troublent que ceux qui
refusentdes'yassujettir.
lînJefuitc congedié qui de-
1 mande à rentrer dans ses biens,
ne demande rien à quoy il ait
renoncé
,
& dont il nVittoû-
Il joursestépropriétaire à juste Ititre? Que si safamille se les est
tappropriez ces biens,c"elfune
jtipjuftice qu'elle luy a faite
; &
lesLoixn'ont jamais empêche
qu'onne pût troubler un poc.
széisosenurinjuste. La simple led'un
cohéritier renverse 1 •icritier r~nverft
après vingt & trente ans des
parcages.L'absent présumé
mort revient; y eût-il cent
partages, on les reforme, pour
luy rendre le capital & les
fruits. Si donc une famille fait
des partages, sans avoir égard
au pouvoir que les Loix Ecclesiastiques
& Civiles
,
aussibien
quelaLoy naturelle,laissent
à un jeune Jesuite derentrer
dans ses droits ;elle contrevient
auxLoix cette famille,
& par cette contravention elle
merite d'être troubléedans ses
partages faits conrre ladispohtion
expressedelaLoy.. ", Un.
Un homme prest à faire un
long & périlleux voyage, laisse
en dépôt dix mille écus à un
parent, en luy disant qu'illuy
en donne l'usage jusqu'à son
retour, & la propriété même
IJaU cas que la mort le prenne
un chemin. Le voyageur revient,
&redemande le dépôt.
trouve un jeune homme qui
s'engage dans la Compagnie
pour y estre éprouvé,& qui
en sort avant les derniers
voeux Il redemande sa portion
d'herirage
,
dontil a laide ses
coheritiers dépositaires; & on
luy répond:Onenadisposé
pour aider à établir vos freres
& vos soeurs; mal-àpropos
vous venez troublervostre famille.
Eh !c'esrmoymême,s'écriera
t'il,quemafamilletroubIc,
en me re fusant ce qui est
à moy selon toures les Loix,
en voulant inhumainement
me desheriter contre tout
droit. Celuy qui ne demande
que ce qui l-uy appartient selon
les Loix,nefaitpas letrouble;
ou s'ille fait ,ceux qui le
souffrent pour avoir disposé
de ce qui ne leur appartenoit
pas, ou pour vouloir le retenirinjustement
,
doivent se
l'imputer à eux seuls.
Lors donc qu'un Jesuite
congedié parlaCompagnie va
reprendre dans le siecle des
droits au squels il n'a pas renoncé
;si la famille comptant,
comme elle a dû faire
,
qu'il
pourroir ne point per severer,
s'est arrangée sur ce pied,là,il
ne la trouble en aucune façon.
Si elle a compté absolument
sur sa perseverance, ou si elle
s'est persuadée que ne perseverant
pas, il ne pourroit rentrer
dans ses droits; ce sont
des mécompres donc elle doit
feule porter la peine par le
trouble & l'embarras ou elle
se trouve: pourquoy ignorct'ellelaLoy!
Mais convient-il de se gros
nr ainsi les objets ? Un Jesuite
congédié qui revient dans sa
famille, n'est après tout qu'un
enfant de plus qui doit en partager
le bien;unenfant
,
quia
ses-droits acquis commelesautres;
un enfant,qui sans avoir
cjlé à charge à sa famille, luy
revient souvent en état de luy
faire honneur,& d'en e stre le
soûtien par ses ralens & l'éducation
qu'il a euë. Ell-celàen
verité dequoy jetter letrouble
dans lesfamilles?Voyons nous
que lanaissance tardivedesensans
qui suivent de loin les premicr
trouble des peres &. des
meres qui ne s'attendoient plus
a en avoir? Les premiers nez
peuvent ressentir de là peine,
envoyant croître le nombre
de leurs coheritiers:mais serace
jamais la une raison d'exclurede
la succession paternelle
ceux qui viendroienr un peu
tard à la partager ,
& de fixer
par les Loix le nombre desensans
habiles à succeder?
Que deviennent donc les
raisons de bien public
, pour
retrancher aux Jc suites les
droits que la natureleur donne,
& que les Loix leuront as
sûrezjusqu'icy ? Il n'est pascontre
le bien public que les
sujets des Congregations de
l'Oratoire
,
de la Mission,da.
l'Union Chrétienne :) conservent
tous jusqu'à la mort la
)joiiflince & la proprieté de
¡leul'5 biens;qu'ilspuissent toûjoursen
disposer, & mêmeen
faveur des Congregations où
ils vivenr. Comment donc
pourroit il estre contre le bien
public de laisser aux Jesuites de
[France juTcjua leurs derniers
"Voeux le seul droit qu'ils se
sont reservez de rentrer dans
leurs biens,au casqu'ils soient
obligez de rentrer dans le fiecIe?
Dans toutes ces Congregations
les sujets peuvent enlever
à leurs familles tout ce
qui est à eux, sans qu'on ait
crû jusques icy devoir y apporterd'obstacle.
Un Jesuite,
tandis qu'il est Jesuite, n'oste
rien à la famille ; il ne se reserve
que le pouvoir de reprendre
sesdroits,&cela pendant
letemps que la Compagniel'éprouve
pour l'admettre
aux derniers voeux: peuton
le réduire à moins? Entre
les Jesuites que la Compagnie
rient dans les épreuves, elle en
congediera peutestre quatre
ou cinq sur cent: cft ce là dequoy
s'allarmer pour le bien
public?
Mais les Jesuites qui sont
encore dans le temps d'épreuves
,qu'ont-ils fait plus que les
autres sujets des autres Congregations
,pour les vouloir
fairechanger d'étatmalgré
eux, en les dépouillant des
droits que la naissance leur
donne, queleur Institut permet
qu'ils conservent,qu'un
Edit du Prince autorité ? C'est
sur lafoy de cet Edit qu'ils se
font engagez à la Compagnie
par des voeux simples
; c'est
dans l'assûrancc que si elle ne
jugeoit pas à propos de se les
engagerpourtoûjours
,
engager pour toûjours) ils
pourroient au moins reprendre
avec la dispense de leurs
voeux Luipremieretat&leurs
droits dans le siecle. De[oO'i.[
aujourd'huy à Ï) cet Editiliefc,-
roit ce pas les autoriser à reclamer
contre un engage-
1TIent dont on changreroit une
des conditions des pVlfus essentielles,&
faire par là une playe
mortelleàla Compagnie?
Ilest vray que des familles
se trouveront quelquefois surchargées
d'un sujet que la
Compagnie aura congedié.
Mils quelest le plusjuste,ou
qu'unefamille reprenneun fujet
que la nai flTmce luy donne ;
ou que la Compagnie qui ne
a pris qu'a l'esty
,
le gade
sans pouvoir s'en aider? L'avantage
de quelques familles
ooit il l'emporter sur l'interest
pital d'un Corps de Religieux
,tous dévoüez par leurs
emplois au service du public?
Comment la Compagnie
oourroitelle les soûvenir ces - emplois, si elle n'avoir des sujets
éprouvez? Et comment
seroient ils tels, si on luy ôtoit
: moyen de leséprouver? Ne
souvant plus en renvoyer atrés
les premiers voeux ,
sans
.taindre de les voir réduits à la
~endicité,nese verroit-elle
pas comme forcée d'en garde
plusieurs qui ne luy convien
droient point,&peut-estre
même au péril d'en estre des'
honorée au dehors? D'ailleurs,
combien d'enfans de famille
& de bons su jets seroient détournez
d'encrer dans la Compagnie,
par la pensée qu'ils se
trouveroiont un joursansressource,
s'ils venoient à en sortir?
Souffrir des sujets défectueux
, manquerd'en recevoir
beaucoup de bons, ce seroit la
suite inévitable du ch angementessentiel
qu'on voudroit
faire à l'Institut de la Compa-
'Â
nie,par la suppressiondel'E-
~t dHenry le Grand. i- : Mais les Jesuites croyent
>YOII tout lieu d'esperer dela
bonté&delajustice duRoy,
»ue s'il y avoit quelque chanixment
à faire à l'Edit
, ce
~roit en leur faveur qu'il deçoit
être fait. Sa Majesté
j'ignore pas que son glorieux.
,yeul ,enrétablissant les Jesuites
en France par son Edit
croit voulu les y remettre sur
la même pied où ils y avoient é ; qu'ilnecroyoit pas qu'ils
Iwflcnt être moins bien traitez
~ns ses Etats, qu'ils l'étoient
danstous les autres Etats
<
monde,&tlvzlesPiotiftî
mêmes ; qu'il étoit rcfolu
ainsi qu'il l'avoir -fait dire ;
Pape de faire dans la fuite
petit à petit ce qu'il n'avo
pas pû fairetout à uncoup)
ce sont ses propres paroles
qu'il accorda même aprés fo
son Edir à des sujets de (
Compagnie quin'avoient p
encore fait leurs demie
voeux, dy recevoir des su
cessions pour en disposerain
qu'ils le jugeroient à propos
'&qu'ifdonna une Declar^noi
surcesujet. Seroit il rien 1
plus naturel,que le Koy vou- fûtconsommer en faveurdes
suites, un ouvrage que son
tglo.ricux Ayeul n'eût pas le
temps de conduireà sa fin,
ainsiqu'ille desiroit ? Et que
ce qu Henry le Grand croyoit
devoir àla Compagnie il y a
plus d'un fictlc, Loüis le Grand
crût pouvoir l'accorderaux
services qu'elle n'a depuis cessé
berendre à1Erat?p
L'esperancequ'auroientles
Jesuites de se voirremis dans
tous les droits que leursConstitutions
leur donnent, pourroit
paroître d'autant mieux
fondée, que le temps & l'experience
en ont levé le plus grand
obstacle, par l'établissement
de diversesCongregations,où
l'on conserve jusqu'à la mort
la joüissance & la propriété de
ses biens. Un tel usage a pû
paroître d'abqrd sujet à desinconveniens
:mais en pourroiton
trouver aujourdhuy à laisser
aux Jesuites pour le temps
que laCompagnie les éprouve,
le droit dont depuis longtems
on voit joüir sans inconvénient
les su jets de plusieurs
Congrégations pendant toute
leurvie>„
Les
Les Je1ùicesjileltvray^onc
[ Religieux dés le moment qlJils
ont fait leurs premiers
voeux:mais ils ne le sont en-
> coreque par les VCCJX simples,
) en fortequ'ils peuvent cesser
) de l'estre : la qualité de Rcligicux
ne sauroit donc préju-
) dicier en rien à leur droit. Le
voeu simple de pauvretéqu'ils
ont fait, ne les a pas dépoüillez
davantage,selon leurs Cons-
; titutions
, que le voeu simple
de pauvreté ne dépouille ceux
qui le font chez Messieurs de la
Mission,chez les Filles de l'Union
Chrétienne; & l'engagement
des voeux simples n'est
pas plus irrevocable pour un
Jesuite que pour les sujets de
ces Congrégations. En un
mot, l'Eglise qui a déclaré les
premiers voeox des Jesuites
voeux de Religion a déclaré
aussi quecesvoeux ne les dépoüillent
point de la propriété
de leurs biens. On ne peut
donc pas conclure de ce que
les Je suites font Religieux par
les voe.¿x simples
,
qu'ils sont
aussi incapables de rien posseder.
L'institution des voeux
CLnr de Droit Ecclesiastique
,
il n'appartient quaiEglise,&
d'en établir la forme
,
& d'en
interpreter les obligations.
-
Il seroit même du repos puolic
que les Jesuites reprissent
en France leurs droits, ainsi
JJJU'IISenjoiiiflent par tout ailleurs.
Conservant alors jufigu'à
leurs derniers voeux la
joüissance de leurs bienslors-
Jou'lls seroient congediez par
a Compagnie, ils n'éprouveoient
pas les difficultez qu'ils
prouvent aujourd'huy pour
"en remettreen possession. Et
iVeft-làla vraïe source du trou-
~ole des familles. La longue
joüissance d'un bien fait qu'on
s'accoûtume à le regarder con
me propre:&accoutumé qu
on est à le regarder comm
propre, on ne peut plus seré
foudre à le rendre. Delà le
violences, les contestation
qu'ont eu à essuyer depuis l'
dit, les Jesuites que la Com
pagnie a congédiez. Ce n'es
donc pas véritablement 1
droit des Jesuites qui troubl
les familles,c'est la restrictio
de leur droit, qui fouve
a troublées par l'avidité de
coheritiers à laquellecette~res
triction a donné lieu. Juftc
raisons pour lesJesuitesde Tou
haitter & d'esperer mesme
d'estre remis par le Roy dans
tous leurs droits. Ce seroit une
grande joye pour eux de revoir
sur ce point, comme sur
tout le reste
,
l'uniformité de
laCompagnieétabliedans tout
le monde.
DE SACY,Avocat.
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11
p. 96-148
RELATION de la Ceremonie faite dans l'Eglise de la Sainte Trinité d'Angers, pour la consecration de neuf Religieuses de l'Abbaye du Ronceray, le Dimanche 8. Decembre 1715.
Début :
L'Abbaïe du Ronceray, aliàs de Nôtre-Dame de la [...]
Mots clefs :
Abbaye, Choeur, Église, Vierges, Voeux, Autel, Cérémonie, Angers, Religieuses, Dame, Abbaye du Ronceray, Abbesse, Chapelle, Consécration, Chanoine, Sainte Trinité, Diacre, Royaume, Dieu, Filles, Voix, Archidiacre, Genoux, Paroles
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Ceremonie faite dans l'Eglise de la Sainte Trinité d'Angers, pour la consecration de neuf Religieuses de l'Abbaye du Ronceray, le Dimanche 8. Decembre 1715.
RELATIO N
de la Ceremoniefaite dans
l'Eghfc de la Sainte Trinité
r d'Angers, pour la consécration
de neuf Rehgieufes de l*Abbay?
du Ronceray
,
le Dimanche8.
Décembre1715.
LtAbbaÏe du Ronceray,
aliàs de Nôtre- Dame de la
Charité
Charité d'Angers, de l'Ordre
de S. Bcnoilt, cil: une des plus
anciennes & des plus illustres
Abbayes de Filles du Royaume.
Elle a esté fondée dés le
commencement du onzième
siecle par Foulques de Nera
, Comte d'Anjou,qui fit bârir
l'EghCe du Monastere tout à
neuf, dans le lieu où il y avoit
dés auparavant une très ancienne
Chapelle dediée à la
Sainte Vierge
,
& fjmeufe par
des miracles confiderablcs qui
s'y estoient faits; & là il y avoit
déjà des Vierges consacrées à
Dieu
,
quiyvivoienc dans la
retraite & dans la regulariré.
Dans cette Abbaye on
chantc tous les jours l'Office
Canonial
,
les Religieulcs fc
levent àminuic pour ydireles
Matines & les Laudes ;la grande
Mcfle y estcelebréc tous
les jours à Diacre & Soudiacrc,
par un des quatre Chanoines
qui ont esté fondez en même
tems que l'Abbaye, pour en
cftre les Directeurs, & rourensemble
Curez d'une grande
Paroissequi y est annexée, &
dont ifglife dediée à la Sainte
Trinité,c(l contiguë à celle
de l'Abbaye.
Cç qu'il y a de singulier
danscette Abbaye, &la rend
une des plus considerables du
Royaume, c'est qu'on n'y reçoit
à la Profcffion que desDemoifclles
qui font preuve de
Pnoblede dextraâion, ensorte
qu'il n'y a dans cette MaiTon
que des Filles sorties des familles
les plus nobles & les plus
distinguées de la Province
d'Anjou, des Provinces voifines.
Mais un Privilege encore
plus remarquable pour cette
Abbaye, ( puifqLnt tft prefque
unique dans le Royaume,)
c'est que la dorure & la grille
n'y ont jamais estéeltablies,
les Religieuses y ont toujours
vécu dune maniéré si reguliere
& si retenue
,
& leur reputations'eftconfcivéedepuis
tant de siecles avec tant
d'Iore-C
grire, qu'on n'a pas juge qu'elles
eussent besoin d'une autre
barriere pour empêcher la corruption
de s'y ghucr, que de
leur propre vertu r & du bon
naturel que la nobleae de leur
naiffince leurinfpire.
Nonobstant cette liberté si
difhnguéc, on ne laisse pas de
pratiquer dans cette Maison
uneaOèzgranderolterité .car1
outre la longueur de l'Office
Canonial qui occu pe ces faintes
Filles une grande partie du
jour, & qui leur fait même
interrompre leur sommeil au
milieu de la nuit. Outre lejeune
& l'abtfmence de l'Avent
& du Carême
,
qui leur cft
commun avec les autres Rcligicufes,
elles font encore abftinence
de viande tous IcsLun,
dis& Mercredis dç l'année, &
jeûnent rcguliercmenttousles
Vendredis.
Leur habit a quelque chose
de ifnçulier aussi bien que leur
état, sur tout leur coeffure qui
cft trcs majefiueufc, quoique
fort modeste : elles font toûjoursen
habit de Choeur, avec
de grandes manches jusqu'en
terre, & des queues à leurs robes
fort longues, qu'elles laiffent
traîner après elles
,
lorfqu'elles
vont à la fainte Table,
ou en certaines autres cérémonies
qui s'obfervcnt dans le
Choeurj & dans les jours des
Ftllcs (olemncllcs elles portent
une erpeee de surplis de
toile blanche ,dont les manches
(ont plissées au dedans
des grandes manches de leur
habit, ce quileur donne un
airdeChanoinessès.
Aussi fait-on l'Office dans
cette Abbaye à ces jours folemnels
comme dans lesChapitres
: le Chanoine officiant
va dans le Choeur leur donner
l'Eau- benîte & 1 Encens, le
Diacre leur porte le Livre de
l'Evangile à bai fer; on y fait
avant la grande M(Te la Procession
autour du Cloître, ou
aflirtent les quatre Chanoines
avec quatre Vicaires perpetuels
, & les Chapelains de
l'Abbaye, tous revécus de belles
Chapes, & le Diacre &
Soudiacre en Dalmatiques ;
avec deux Enfans de Choeur &
le Bedeau;les Religieuses marchant
ensuite en chantant) &
l'Abbesse après elles avec sa
Crosle portéedevantelle par
la Dame de Chambre.
Pour ce qui est du Temporelde
l'Abbaye du Roncerjy ,
on peut dire qu'elle a des revenus
considerables, mais aufli
il y a beaucoup de charges&
beaucoup de monde à faire
subsister.
Outre le revenu de l'Abbaye
qui, n en la disposition de Madame
1Abbctfe
,
il y a sepe
Prieurez confidcrablcs & un
Office qui en dépendent &
qui font possedez par des Re,)
ligieufes de la Maison qui en
ont cllé pourveuës, ou par des
refignauons enCour deRomc,
ou par la ptefentation de l'Ab.
besse qui en est la Patronc.
•
L Abbaye jouit de tresbeaux
droits
,
Con FIef & sa
jurildiâton s'étendent sur une
grande partie de la Vilie
,
&[
l'on plaide devant lesOfficiers
de la MJtron) un jour réglé de
chaque famine.
1 i
La maison Se les lieux réguliers
ont presque essé.tousbâtis
de neuf par les dernieres
Abbd!es,depu!s jo. à 60. ans,
avec beaucoup de magnifia
eencc.
L'Eglise fc reflenc encore
de son antiquitéquoique depuis
on y ait bâti un fort bel
Autel, & qu'on ait fort décoré
le dedans, & sur tout le
Choeur des Dames, quicompose
proprement la Nef de
cet ancien Bâtiment:c'est fous
le grand Autel que se trouve
presentement cette fameuse
&ancienne Chapelle fousterre
,
dcdiée à la fainte Vierge,
pour laquelle on a toujours
confervé une vénération trcsparticuliere.
Pour venir presentement à
la cercmonie dont on vient
de parler, il faut supposer qu'-
entre les beaux droits & Privilèges
de l'Abbaye du Ronccray
on y a toûjours confervé
l'ancienne pratique de l'Eglise
pour la bénédiction &
confccration des Religieuses
qui y font Profcilion, quoi.
que cetteancienne ceremonic
de la bénédiction des Vierges
ait cettedestre en usage prefque
generalernent dans toute
l'Eglise, depuisledouzième
siecle
,
enlorte qu' il n'y a plusque
les Chartreu Ces qui reçoivent
encorecette bcnedlébon
Eptfèopale, & les Dames de
l'Abbaye du Ronceray Le P.
Mibdton fuit pourtant mention
auiïi d'un Monaftcre de
Reltgieu fesBenedi£hncs deVeoire
,
ni c où l'on pratique encore ) ou
cette ceremonie,au rapport
du P. MJrtenc.
Au relie il y avoir plus de
trente ans qu'on n'avoit saic
1 cette ceremonie à RR.o)nncceerraayy
y jUfqllà l'année 1709. M idame
de Gr^monrayantelle 15.ans
Abbesse de ce Monastere (ans
y recevoir aucune Religieuse
àftkefcs voeux. Ce fut Madame
de-Caumofft de Lauzun,
feeur de M.le Duc de Lauzu,n
qui ayant succedé à Madame
de Grammant,parladétniffion
volontaire qu'ellefit'entic
les mains dù Roy de l'Abbaye-
tu Ronceray
, pour fc
retirer dans la Malfoii du Calvaire,
où ellea depuis ce temslà
mené une vie privée & cxemplairc
,
pensa d'abord à
chercher des sujets propres
pour la -Religion, afin deremplirau
plutôtlesplacesvacances
par la perte d'un grand
nombre de Religieules que la
mort avoic enlevées depuis la
reception des dernieres Professes.
Dés la premiere année il
se presenta douze Filles de
qualité
,
aufquclles Madame
de Caumont donna l'habiten
l'année1707.&au bout des
deux ans de leur Noviciat,
qui dure quelquefoisdans cette
Maison des4. 5.à6.années,
Madame de Belsunce à prefenc
Abbesse, qui a succedé à feue
Madame deCaumont deLauzun
sa tante, dont elle avoic
été d'abord la Coadj-urrlcc.,
acheva l'ouvrage que sa tante
avoit commencé )cnrecevant
les voeux de ces douze Novices
,lcfquclles furent en même
temps bernes & consacrées
par M. l'Evêque d'Angers le
fzj. Aoust de l'année 1709. Depuis ce temps là Madame
de Bellunce ayant donné
l'habit deReligion à plusieurs
autres Filles de qualité qui se
font presentées ,après qu'elles
ont paffé les unes 3. ou4 ans,
& les autres,au moins 2.ans
dans le Noviciat. v Enfinle jour de leur Prosession&
dc leur consecration
fut fixé au Dimanche fécond
dePAvent, jour de la Conception
de Nofire
-
Dame, la
derniere année17iJ.
Les jeunes Novices qui
étoient au nombre de neuf
s'étantdrfpoféesà , cette grande
ceremonie par une retraite
qu'elles ont faite pendant huit
jours, elles ont eu l'avantage
d'entendre tous les jours pendant
ce temps là M. 1 Evêque
d'A ngers ,
quileurafait chaque
jour un difeours treséloqucnt
&tres- pathetique
,
pour inspirer les difpofiuons
necessaires à l'état qu'elles vouloient
embrasser.
Il
Il a falluaufli p.ulkurs préparatifs
au dehors pour rendre
la (olemnitéplus pompeuCe)
& pour régler tout l'ordre qui
devoit s'y obCerver.
Pour cet (ff.[
, comme la
ceremonie le fait ordinairement
dans TEglifede la Sainte
Trinité, qui elt dépendante de
l'Abbaye du Ronceray
,
&
continue
, comme nous avons
dit, àcelle du Monaflereon
dit ce jour-là la grand'Messe
de Paroisse dans la Chapelle
dtrHôpital gênerai
,
qui est
dans la même Parolffe)ana
d'avoircelle de la Trinité
toute libre pour y faire la cex
remanie.
Le jour de la Conception
c1 rant d1onc arrivé, dl 1
,
dés le matin
on rint toutes les portes de
l'Eglifco de la Trinité fermées,
& on mit aux portes des Gardes
qui n'y laifloient entrer
perlonncs
, que ceux qui
avoient des bIllets, qu'on
avoit marquez du Sceau de
MadamePÀbbeflc
, pour cet
effet, & qui ne furent diftribucz
qu'aux parens des jeunes
Professes, &aux autres per fonnes
de qualité ou de famille,
qui s'empressoient de toutes
parts pour y avoir ennee ; ce
quifie que1Eglise qui cil un
fore grand vaisseau (e trouva
remplie de tout ce qu'il y
avoïc du plus beau monde
, &
des pei sonnes les plus diftinguécs
de la Ville & de la Campagne.
Onavoit dressé l'Autel où
M. d'Angers devoit celebrer)
à la portedu Choeur fous le
Crucifix, afin qu'il suc à la
vue de tout le monde, &
que le Jubé qui enferme le
Choeur n'empêchât pas ceux
qui étoient dans la Nefde voir laJceremonie.AA' cofté droit de
l'Autel étoit placé le Trofnc
de l'Evêquc, &de l'autrecofté
vis avisai) y avoir un fauteuil
& un dais au-dessuspour
rAbbcfle, au tour de l'Autel
onavoirfait une enceinte assez
grande avec des si ges autour
pour placer du collé de l'Evê-.
que les Ossi icrs qui l'accompagnoient,
& de l'autre cofté
les Dames du Ronceray avec
le Chanoine Officiant & fes-
Officiers qui les dévoient accompagner.
M.1Evêquc d'A ngers
s'étantdonc rendu à l'Abbaye,
dés huit heures dumatin)il
alla dans l'Eglise de la Trinité,
accompagné de sesArchdia"
cres &autresAfliltans&Offrcicrs
, pour se preparer, & se
revestir de ses habits pontificaux
pour la grand 'Mdfe quisuc
chantée parla musiquede
la Cathédralequ'on avoir placée
dans le Jubé
,
au-dessus &
à cofté de l'Autel, où rEvcfqiae
celebroir.
PendantquerEvêquefedifporait
à commencer la Mcffc,
les neuf Novices firent leurs
voeux entre les mams de Madame
TAbbefle
,
dans le
Ghoear de rAbbaye, Elles
etoient revenues de kurshabits
blancs, comme elles Tonc
au jourqu'elle prennent l'habit
, avec de beaux surplis de
point par dessus leurs robes
blanches. Eiles viennent en cet
état deuxàdeuxconduites par
la Doyenne du Couvent) &
precedées du Chmoine Officiant
en ch.1pe avec le Diacre
& le Soûiiacre poîtant la
Croix. Et après qu'on a chanté
le Vtm Creator ,elles vont
toutes fuccelfivement prononcer
leurs voeux aux pied- de
FAbb ne aflile dans ton si ge,
avec la Clofiè
, & luy laiflenc
en main le parchemin où ils
font écrits & figncz de leurs
o
mains.
Apres que les Novices eurent
fait leurs Voeux, toutes
CleshoeRueglri&gieuses partirent du
allèrent prendre
place dans lEgiife de la Trinité,
conduites par le Chanoine
Officiant en chape & les Officiers,
avec la Croix levée, pour
assister à la Mesle que l'Evêquc
commença pour lors. Il resta
feulement dans le Chceur lesneuf
jeunes Profeiïes avec les
neuf Religieuses qui leur fervoienc
de Paranymphes, &
Madamclabbcile qui dévoie
conduire la première.
Ce n'est qu'après le graduel
que commença la Cérémonie
de la Bcned;6tion des Vierges;
lor sque la musique eut achevé
,
de le chanter, 1Evef^IiN^s.ddecf1--
cendit de son Trofne, & alla
fc placer dans un fauteiiil sur
le marche pied de l'Autel, le
visagetourné vers la grande
porte de l'Eglise, & dans le
moment le grand Archidiacre
en chape partir de l'Autel accompagné
du Mettre des Cérémonies
aussi enchipepour
aller dans le Choeur du Ronceray
,
ray, annoncer aux RcJigicufcs
qu'elles euflenc à partir avec
luy, pour venir à l'Eglise où
1Evcfque celebroit, ce qu'il
fie en chantant rAnticnne:
Prudentes Virgines
, aptate lampaàesveflras3
ecce sponsusvenit,
exiteobviant ti; Vierges fages,
préparez vos lampes, car, voicy
l'Epoux @'arrive; allez
promptemenr au devant de
luy. Auili tost que les Vierges
eurent entendu la voix de
l'A rchidiacre, elles allumèrent
leurs cierges qu'e lles tenoienc
tout prests à la ,m.Ho, & partirent
dans le moment pour le
suivre, deux à deux,accompagnécs
de leurs Paranymphes;
Madamel'Abbesse étant à la
tête,&conduifant la premicre,
qui cO: la fille de M. le Comte
de Vanerot, petite niece de
feuë Madame de Grammonc,
sa Crosleétantportée devant
elle par la Dame de Chambre.
•
D'abord les Vierges
font entrées dans 1Eglise de
la Trinité, qui cil contiguë à
celle de l'Abbaye,il y a une
portede communication qui
fait qu'elles font à la vue de
l'Evcfquc., elles s'arrêtent& se
mettent à genoux, & pour lors
1
l'Archidiacre qui cH à leur tête
,dit à haute voix à TEvcfque
ces paroles qui font dans le
Pontifical : ReverendiJJime P.,
terJ &c. Très Reverend Perc
en Dieu, l'Eglise nôtre Sainte
Mcrc demande que vousvcütl.
lica bien Bénir & Consacrer
ces Vierges, en les époufanc
à N S J. C.
Et rEvefqueluy répond:
Scis illas aign45 cpt' ? Estes-vous
bien sur qu'elles en foienc
dignes? A quoy l'Archidiacre
répliqueiQuantùm humanafiragilitas,&
c. Auranr que la foibleflc
humaine permet de le
içavoir
,
je croy, & je puis
assûrer vostre Grandeur qu'.
elles font dignes de cet honneur.
Pour lors l'Evefquc, après
avoir adressé quelques paroles
aux Assistans, pour leur marquer
qu'ilestdans le desseinde
faire la Consecration de ces
Vierges. avec le fccours de la
C3 * Grace de N. S. Auxvtante Domino
j £rc. I! sadrefîcà elles3
& les appelle à haute voix par
ce n'ot qu'il chance;Vtmte;
venez.
Et dans Je moment les
Viergesfelevenc,&répondent
àla voix de leur Pasteur, aussi
en Ghantant ccs paroles: Etnos
fecjmmUf-i Nous allons à vous.
Ettes partent donc du bas
deTEghÉe où ellesetoient arrêtées*
mais après avoir fait
quelquespassess'arrêtent encore,
&Jc remettent à genoux,
juf-qu'à ce que 1Evesque les
appdlc une fécondé fois en
chantant d'un -ton plus haut:
Vtnitti Venez à moy.
Les Vierges se relevent, &
chantant toutes enfcmblc:Et
nunc Jequimur in toto corde ;
Nous allons à vous de tout
noftrc coeur: Elles font encore
quelques pas pour s'approcher
de iEvefqucj mais elles s'arrêtent
enluirc pour La troifiémc
fois, & se tiennent à genoux
jusqu'à ce que FEvcfquc
les rappelle encore, en chantant
d'un ton plus élevé: Veniel'fi/
ltt, &c. Venez mesfilles,
écoutez moy,& jevousenfeigneray
la crainte de Dieu.
Et pour lors les Vierges fc
relèvent, répondent par une
Anrienne qu'elles chantent en
march ant, & qu'ellesne fini(
Tau qu'en artivantdans le
Sandhmre: Etnunc (cqu!mur;
Nous allons à vous de tout
nofire coeurj nous vous craignons
Seigneur, & cependant
nous défiions de voir
voflrc
face; ne nous confondez pas,
mais traitez nous avec vollrc
douceur ordinaire,& Celan la
grandeur de vos milericordes.
Toutes ces jeunes Professes
étant arrivées dans le Sanctuaire,
& Madamel'AbbeÍf<;étant
placée dans le siege qu'on luy
avoit dresse, elles fc mirent d'abord
à genoux, & te profternerent
prcfcjne jusqu'en terre;
ensuite relevant latête
,
l'une
après l'autre,elleschanterenc
toutes fucccilivcrnent 1Antienne
ou le Verfct:Sufcipeme
Dominey &c. Recevez
- moy
Seigneur,fuivancvoilrc promtlie,
afin que jamais aucun
vice ne domine en moy.
Apres qu'elles curent chanté
cc Verser, elles Ce leverenr,
& se rangèrent toutes devant
1Evesque, en forme de dcmy
cercle: & ce fut alors que le
Prélat leur fit une Exhortauon
courte; mais vive, & pleine
des traits les plus brillants de
J'éloquence quilui est si naturelle.
: Apres que ce difeours fut
fi}l) il continua la Cérémonie,
en difanc touc haut a ces
Vierges:5Valtis in Sanélæ yirfinitttispropoflro
perfeuerarc*\
Voulez vous pcr feverer dans
le Voeu de la Sainte Virginité
que vous avez fait; & elles répondirent
toutes ensemble: - Vo/umus; Ouïnous le voulons.
Ensuite les jeunes Profcfles
vont toutes fucceflivement
l'une après l'autre se mettre
à genoux aux pieds de l' Evefcjue
*, & là tenant leurs
mains jointesentre les fiennes,
il leur fait derechef cette interrogation
à chacune en particulier
: Promittis te Virginitalem
perpetuo lervare? Prorner.
tez vous de gardertoujoursla
Virginité? A quoy chacune
répond à son tour: Promitio;
Dur je le promets, & enfuitç
s'en retournent à leur place
aprèsavoirbaisé la main de
l'Evesque, qui les interroge
derecheftoutes enfemblc, par
ces paroles:Vultis bcnedici, çyc.
Voulez vous estre benics êc
confacrécsJ-& devenir les Epoufes
de J. C. le Filsdu Très- -
Haut ?A quoy elles répondent
routes ensembler Volumusi
Ouï nous le souhaitons.
Pour lors l'Evêque & tous
les Miniftrcs de 1Autel fc mertant
à genoux,& les Vierges
fc proiternant sur les tapis la
facecontre terre)on entonna
les Litanies des Saints qui furent
chantées par la nlufiquc.
& ensuite l'Evêque commença
le Veni Creator qui fut au(si
continué par la musique.
Après que l'Hymne sur fini,
les jeunes Religieuses partirent
deux à deux pour aller
dans la Sacristie quitter leurs
surplis & leurs habits blancs
,
pour fc revêtir ensuite des ba..
bits noirs qu'on leur porra , après que l'Evêque les cut
beny.Il sir enfuire la bénédiction
de leurs voiles
,
de leurs
anneaux, & de leurs couronnes.
r
Les jeunes Professes estanc
revêrues de leur habit noir,
qui est1habit ordinaire de leur
Maison
,
elles retournèrent a
l'Aurel deux à deux toujours
accompagnées de leurs paranymphes,
enchantant leRé1
pons : Regnum mundi: Jevais
mépnfer leRoyaume du monde
,
& tous les ornemnts du
siecle
, pour l'amour de mon
Seigneur J C.que j'aime de
- tout mon coeur, & en qui j'ay
01
mis toute ma confiance;mon
coeur a proféré une bonne pa*
rolc5 c'tft que j'ay consacré
toutes mes allions au Roy des
Rois.
! LEvcque pour lors fc tournant
vers elles, il chante une
longue Préfacé
,
à la fin de laquelle
il entonne le Répons:
Vtm elefla
, que le Choeur con.
tinue: Venez ma bien aimée,
je veux établir mon TbÍônc
en vous, car le Roy des Rois
est épris de v-ostrebeauté.
LorfqueceRéponseftfini,
les Vierges se lèvent&vont
deux à deux se mettre à geDOUX
aux pieds de l'Eveque
où , elles chantent toutes les
deux enlemble rAntienne:
AnczUa CbrijîiJum, &c. Je fuis
la servante du Seigneur,& je
fais gloire de me confacrcr à
son service , & après qu'elles
ont chanté cette Antienne,
l'Eveque les interroge de rcchcf:
VI4ltisVoulez
vous pcffilkr dans le voeu
de virgmitéque vous avez fair,
& elles répondent toutes les
deux : Volumus : Oüy nous le
voulons Ensuite l'Evêque leur
met sur la tête le voile beny
,
en difanc à chacune: décape
velamen, &c. Recevez ce voile
sacré qui vous fera connokrc
que vous avez mepriséle monde
pour vous contacter à J C.
que je prie de vous prclerver
de tous maux & de vous conduire
à la vie éternelle; & incontinent
les deux Vierges
étant voilées de la main de l'E..
vêque
,
chantent à ses pieds
l'Antienne Posuit
Le Seigneur a mis un signal sur
mon vi rage,afin que je n'aye
jamais d'autre Amant que lui.
Toutes les autres viennent ainsi
fucceffivcment à 1 Eveque,
presentées par leurs pclranymphcs
pour recevoir le voile
beny de sa main,avec la même
ceremonie.j Apres que l'Evêque a die
une Oraison sur les Vierges,
illesappelle derechefpar cette
Antienne: Dejponfarp dileéîa
utnï : Venez ma bien aimée
pour époufer, &c. & dans le
moment les jeunes Profeflcs
viennent comme auparavant
,
aux pieds de l'Evêque, qui leur
met à chacune un anneau bcni
dans le doigt annulaire de la
main droite,en disant à chacune
: Defponfo teJefu-Cbriflo,
&c. Je vous épouse avec J. C.
le
leluis du Très Haut. Recevez
donc cet anneau de fidélité
,
comme le Sceau du S. Esprit,
qui vous donne le nom- d'Epoufe
de J, Ce Si vous le servez
fidellementjVousferez couronnée
dans l'Eternité au nom,
êcc. Apres qu'elles ont reeeu
l'anneau, elles chantent toutes
les deux l'Antienne ;Ipjtfum
dcfyonfata : Je fuis épousée à
celuy que les Anges adorent.
& dont le Soleil & la Lune admirent
la beauté.
Quand elles ont toutes reçû
L'Anneau beni, & qu'ellcs font
retournées dans leurs places
elles chantent l'Antienne An.'
nulo (uoen levant la main droicc
en haur, J C. mon Seigneur
m'a marquée de son Anneau,
& m'aornée d'une Couronne
comme son Epouse.
Après cela 1 Evesque ayant
dit sur ellesune Oraison,illes
appelle encore par une Antienne
qu'il commence & que
le Choeur continue: Veni
Sponsa, &c. Venez Epouse de
J. C, recevez la Couronne que
le Seigneur vous a préparée
pour lercrnité; & à rlofiant
les Vierges vont deux à deux
se mettre à genoux à ses pieds,
pour y recevoir une Couronne
de perles & de pierreries, qu'il
leur met sur la teste,en difanc
à chacune: Accipc Coronam,
Cc. Recevez la Couronne
précicufe de Virginité) afin
que comme vous cftes cou.
ronnée de noflremain sur la
Terre, vous soyezaussi couronnée
de J. C. dans le Ciel,
&c. Ensuite les deux Vierges
couronnées chantcnt aux
pieds de TEvefque l'Antienne:
Induitme Le Seigneur
m'a revêtue d'une robe
tiffiië d'or, & honorée d'une
coëffure de perles fines.
Les Couronnes qu'on donne
à ces jeunes Professes font
toutes enrichies de per les fines,
& de toutc forte de pierreries:
on prétend que les neuf Couronncs
valentplus de cent mil
livres.
Q:and elles ont toutes été
Couionnées, & que lEvesque
a dit quelques Oraisons sur
elles, elles Ce levent & chantent
toutes enfcmble rAntienne:
Eaecjvod concup:v!t, &c. Je
voy presentement ce que j'ay
souhaité; je poflldeee que j'efperois
; & je fuis unie dans le
Cid à ccluy que j'ay aime de
toute l'affection de mon coeur
sur la Terre.
Et cest icy proprement où
l'Evesquefinie laConfccration
des Vierges, par une BcnedÍIItion
solemnelle qu'il prononce
sur elles, la Mitre en teste:
Benedicatvos,&c. Ecenfuitc
ilfait lire par l'Archidiacre un
Anathême qui fulmine contre
ceux quivoudront troubler ces
Vieroges dans le Service divin.*
& dans la jouiffancc de leurs
biens:Automateomnipotentis
&c. Apres cela il continuë la
Mcffe, & le Choeur reprend à
WAMmaoxi l'on en estoie demeure.
A l'Offertoire les Vierges
consacrées vont à l'Offrande)
où elles prefentenc à l'Autel
les cierges qu'elles ont en
main, & baisent l'anneau du
PrcJat,enfuirc retournent dans
leurs places, pour se disposer
àla Communion.
Après que TEvêque a communié
,
les Vierges benites
s'approchent del'Autel &reçoivent
de sa main la communion
câpres qu'elles font retournées
dans leurs places,ellcs
chantent toutes ensemble
l'Antienne Mel gr lac, &c.
J'ay goûté le lait & le miel qui
fôrt de sa bouche,& son fang
a rougimes levres. Puis l Evêque
finie laMesse & donne à
la fin la benedlalon folemnellc
au peuple.
Enfuitcs'étant mis dans son
fauteuilles Vierges consacrées
allant encore à luy deux à
deux
,
qui leur presente le
Bréviaire sur lequel elles mettent
les deux mains pendant
qu'illeur dit :Aicisitelibrum:
Recevez ce Livre avec le pouvoir
de commencer au Choeur
lesHures Canoniales
,
&de
lire lOffice Divin dans l'Eglise,
aunomdu Ptre.,&C.
Puis l'Evêqueentonna le
Te Deum, quifut chanté par
la musique
, que le Prelat termina
par une Oraison.
La ceremonie ainsi achevée,
les Religieuses partirent dans
le moment pour s'enretourner
au Monastere conduites par
le Chanoine Officiant en chax
pe , avec la Croix devanr
PAbbcflcfaifanc , porter sa
Crosle devant elle,enCuire les
Vierges consacrées conduites
par le Maistre des ceremonies
cncha pe,quimarchoiràleur
têcc
, retournerenc pareillement
en Choeur & s'ariêtcrenc
a
à la porte, où elles fc tinrent à
genoux pour attendre l'Evêque
qui vint après ClIcs)la
Mureentefte, & sa Croflfc
marchant devant lui avec ses
Officiers & Assistans, jusqu'à
la porte du Choeur de l'Abbaye,
oùilsadressaàl'AbbeHc
parcesparoles: Videquomodo,
tftas confecratas Deo serves, cmc.
Prenez garde de bien conferver
pour Dieu ces Vierges qui
viennent de luy eftrc confacrées,
afin de les luy reprcfcnter
pures & sans tache,vous
souvenant que vous rendrez
compte d'elles au Tribunal de
leur Epoux qui fera voltre Juge;
puis l'Evêque s'en retourna
à 1 Eghfe de la Trinité pour
quitter fcs hi bits pontificaux,
en disant l' EvangileInpnneipto.
Cette augulte ccremonic
fut cxecutée de la plus belle
manière du monde, tant par
le Prelat qui fait toutes les
fonctions avec une grâce toute
parriculiere) que par les jeunes
Profcfîes consacréesqui
firent paroistre dans leur facrisice
une pieté& une modeftic
si édifiantes, que plusieurs des
afliltans en furent attendris
jusqu'à verser des larmes.
Il etoit une heure après midy,
quand la ceremonie suc
finie, il y eut un grand repas à
l'Abbaye, où plusieurs personnes
de diftmdtion furent conviées
, on y servit plusieurs
tables. Pour ce qui est de Madame
TAbbefTe
,
elle voulut
manger à latable des mariées,
où l'on servit en maigre auffibienqu'à
la Communauté dès
autres Religieuses.
- Le premier aâc d'obéïffancc
que les Vierges nouvellemontconsacrées
pratiquent c'eftde garder pendant neu,f
jours le silence que Madame
rAbbi. flc leur impose, &pendant
toutce tems là elles portent
continuellement leurs
couronnes sur la tête avec leurs
habits de cercmonie.
FaitparM.le Masson, Docteur
en Thcologic,Corrcdlcur
de l'Eglise de la Sainte Trinité
d'Angers.
de la Ceremoniefaite dans
l'Eghfc de la Sainte Trinité
r d'Angers, pour la consécration
de neuf Rehgieufes de l*Abbay?
du Ronceray
,
le Dimanche8.
Décembre1715.
LtAbbaÏe du Ronceray,
aliàs de Nôtre- Dame de la
Charité
Charité d'Angers, de l'Ordre
de S. Bcnoilt, cil: une des plus
anciennes & des plus illustres
Abbayes de Filles du Royaume.
Elle a esté fondée dés le
commencement du onzième
siecle par Foulques de Nera
, Comte d'Anjou,qui fit bârir
l'EghCe du Monastere tout à
neuf, dans le lieu où il y avoit
dés auparavant une très ancienne
Chapelle dediée à la
Sainte Vierge
,
& fjmeufe par
des miracles confiderablcs qui
s'y estoient faits; & là il y avoit
déjà des Vierges consacrées à
Dieu
,
quiyvivoienc dans la
retraite & dans la regulariré.
Dans cette Abbaye on
chantc tous les jours l'Office
Canonial
,
les Religieulcs fc
levent àminuic pour ydireles
Matines & les Laudes ;la grande
Mcfle y estcelebréc tous
les jours à Diacre & Soudiacrc,
par un des quatre Chanoines
qui ont esté fondez en même
tems que l'Abbaye, pour en
cftre les Directeurs, & rourensemble
Curez d'une grande
Paroissequi y est annexée, &
dont ifglife dediée à la Sainte
Trinité,c(l contiguë à celle
de l'Abbaye.
Cç qu'il y a de singulier
danscette Abbaye, &la rend
une des plus considerables du
Royaume, c'est qu'on n'y reçoit
à la Profcffion que desDemoifclles
qui font preuve de
Pnoblede dextraâion, ensorte
qu'il n'y a dans cette MaiTon
que des Filles sorties des familles
les plus nobles & les plus
distinguées de la Province
d'Anjou, des Provinces voifines.
Mais un Privilege encore
plus remarquable pour cette
Abbaye, ( puifqLnt tft prefque
unique dans le Royaume,)
c'est que la dorure & la grille
n'y ont jamais estéeltablies,
les Religieuses y ont toujours
vécu dune maniéré si reguliere
& si retenue
,
& leur reputations'eftconfcivéedepuis
tant de siecles avec tant
d'Iore-C
grire, qu'on n'a pas juge qu'elles
eussent besoin d'une autre
barriere pour empêcher la corruption
de s'y ghucr, que de
leur propre vertu r & du bon
naturel que la nobleae de leur
naiffince leurinfpire.
Nonobstant cette liberté si
difhnguéc, on ne laisse pas de
pratiquer dans cette Maison
uneaOèzgranderolterité .car1
outre la longueur de l'Office
Canonial qui occu pe ces faintes
Filles une grande partie du
jour, & qui leur fait même
interrompre leur sommeil au
milieu de la nuit. Outre lejeune
& l'abtfmence de l'Avent
& du Carême
,
qui leur cft
commun avec les autres Rcligicufes,
elles font encore abftinence
de viande tous IcsLun,
dis& Mercredis dç l'année, &
jeûnent rcguliercmenttousles
Vendredis.
Leur habit a quelque chose
de ifnçulier aussi bien que leur
état, sur tout leur coeffure qui
cft trcs majefiueufc, quoique
fort modeste : elles font toûjoursen
habit de Choeur, avec
de grandes manches jusqu'en
terre, & des queues à leurs robes
fort longues, qu'elles laiffent
traîner après elles
,
lorfqu'elles
vont à la fainte Table,
ou en certaines autres cérémonies
qui s'obfervcnt dans le
Choeurj & dans les jours des
Ftllcs (olemncllcs elles portent
une erpeee de surplis de
toile blanche ,dont les manches
(ont plissées au dedans
des grandes manches de leur
habit, ce quileur donne un
airdeChanoinessès.
Aussi fait-on l'Office dans
cette Abbaye à ces jours folemnels
comme dans lesChapitres
: le Chanoine officiant
va dans le Choeur leur donner
l'Eau- benîte & 1 Encens, le
Diacre leur porte le Livre de
l'Evangile à bai fer; on y fait
avant la grande M(Te la Procession
autour du Cloître, ou
aflirtent les quatre Chanoines
avec quatre Vicaires perpetuels
, & les Chapelains de
l'Abbaye, tous revécus de belles
Chapes, & le Diacre &
Soudiacre en Dalmatiques ;
avec deux Enfans de Choeur &
le Bedeau;les Religieuses marchant
ensuite en chantant) &
l'Abbesse après elles avec sa
Crosle portéedevantelle par
la Dame de Chambre.
Pour ce qui est du Temporelde
l'Abbaye du Roncerjy ,
on peut dire qu'elle a des revenus
considerables, mais aufli
il y a beaucoup de charges&
beaucoup de monde à faire
subsister.
Outre le revenu de l'Abbaye
qui, n en la disposition de Madame
1Abbctfe
,
il y a sepe
Prieurez confidcrablcs & un
Office qui en dépendent &
qui font possedez par des Re,)
ligieufes de la Maison qui en
ont cllé pourveuës, ou par des
refignauons enCour deRomc,
ou par la ptefentation de l'Ab.
besse qui en est la Patronc.
•
L Abbaye jouit de tresbeaux
droits
,
Con FIef & sa
jurildiâton s'étendent sur une
grande partie de la Vilie
,
&[
l'on plaide devant lesOfficiers
de la MJtron) un jour réglé de
chaque famine.
1 i
La maison Se les lieux réguliers
ont presque essé.tousbâtis
de neuf par les dernieres
Abbd!es,depu!s jo. à 60. ans,
avec beaucoup de magnifia
eencc.
L'Eglise fc reflenc encore
de son antiquitéquoique depuis
on y ait bâti un fort bel
Autel, & qu'on ait fort décoré
le dedans, & sur tout le
Choeur des Dames, quicompose
proprement la Nef de
cet ancien Bâtiment:c'est fous
le grand Autel que se trouve
presentement cette fameuse
&ancienne Chapelle fousterre
,
dcdiée à la fainte Vierge,
pour laquelle on a toujours
confervé une vénération trcsparticuliere.
Pour venir presentement à
la cercmonie dont on vient
de parler, il faut supposer qu'-
entre les beaux droits & Privilèges
de l'Abbaye du Ronccray
on y a toûjours confervé
l'ancienne pratique de l'Eglise
pour la bénédiction &
confccration des Religieuses
qui y font Profcilion, quoi.
que cetteancienne ceremonic
de la bénédiction des Vierges
ait cettedestre en usage prefque
generalernent dans toute
l'Eglise, depuisledouzième
siecle
,
enlorte qu' il n'y a plusque
les Chartreu Ces qui reçoivent
encorecette bcnedlébon
Eptfèopale, & les Dames de
l'Abbaye du Ronceray Le P.
Mibdton fuit pourtant mention
auiïi d'un Monaftcre de
Reltgieu fesBenedi£hncs deVeoire
,
ni c où l'on pratique encore ) ou
cette ceremonie,au rapport
du P. MJrtenc.
Au relie il y avoir plus de
trente ans qu'on n'avoit saic
1 cette ceremonie à RR.o)nncceerraayy
y jUfqllà l'année 1709. M idame
de Gr^monrayantelle 15.ans
Abbesse de ce Monastere (ans
y recevoir aucune Religieuse
àftkefcs voeux. Ce fut Madame
de-Caumofft de Lauzun,
feeur de M.le Duc de Lauzu,n
qui ayant succedé à Madame
de Grammant,parladétniffion
volontaire qu'ellefit'entic
les mains dù Roy de l'Abbaye-
tu Ronceray
, pour fc
retirer dans la Malfoii du Calvaire,
où ellea depuis ce temslà
mené une vie privée & cxemplairc
,
pensa d'abord à
chercher des sujets propres
pour la -Religion, afin deremplirau
plutôtlesplacesvacances
par la perte d'un grand
nombre de Religieules que la
mort avoic enlevées depuis la
reception des dernieres Professes.
Dés la premiere année il
se presenta douze Filles de
qualité
,
aufquclles Madame
de Caumont donna l'habiten
l'année1707.&au bout des
deux ans de leur Noviciat,
qui dure quelquefoisdans cette
Maison des4. 5.à6.années,
Madame de Belsunce à prefenc
Abbesse, qui a succedé à feue
Madame deCaumont deLauzun
sa tante, dont elle avoic
été d'abord la Coadj-urrlcc.,
acheva l'ouvrage que sa tante
avoit commencé )cnrecevant
les voeux de ces douze Novices
,lcfquclles furent en même
temps bernes & consacrées
par M. l'Evêque d'Angers le
fzj. Aoust de l'année 1709. Depuis ce temps là Madame
de Bellunce ayant donné
l'habit deReligion à plusieurs
autres Filles de qualité qui se
font presentées ,après qu'elles
ont paffé les unes 3. ou4 ans,
& les autres,au moins 2.ans
dans le Noviciat. v Enfinle jour de leur Prosession&
dc leur consecration
fut fixé au Dimanche fécond
dePAvent, jour de la Conception
de Nofire
-
Dame, la
derniere année17iJ.
Les jeunes Novices qui
étoient au nombre de neuf
s'étantdrfpoféesà , cette grande
ceremonie par une retraite
qu'elles ont faite pendant huit
jours, elles ont eu l'avantage
d'entendre tous les jours pendant
ce temps là M. 1 Evêque
d'A ngers ,
quileurafait chaque
jour un difeours treséloqucnt
&tres- pathetique
,
pour inspirer les difpofiuons
necessaires à l'état qu'elles vouloient
embrasser.
Il
Il a falluaufli p.ulkurs préparatifs
au dehors pour rendre
la (olemnitéplus pompeuCe)
& pour régler tout l'ordre qui
devoit s'y obCerver.
Pour cet (ff.[
, comme la
ceremonie le fait ordinairement
dans TEglifede la Sainte
Trinité, qui elt dépendante de
l'Abbaye du Ronceray
,
&
continue
, comme nous avons
dit, àcelle du Monaflereon
dit ce jour-là la grand'Messe
de Paroisse dans la Chapelle
dtrHôpital gênerai
,
qui est
dans la même Parolffe)ana
d'avoircelle de la Trinité
toute libre pour y faire la cex
remanie.
Le jour de la Conception
c1 rant d1onc arrivé, dl 1
,
dés le matin
on rint toutes les portes de
l'Eglifco de la Trinité fermées,
& on mit aux portes des Gardes
qui n'y laifloient entrer
perlonncs
, que ceux qui
avoient des bIllets, qu'on
avoit marquez du Sceau de
MadamePÀbbeflc
, pour cet
effet, & qui ne furent diftribucz
qu'aux parens des jeunes
Professes, &aux autres per fonnes
de qualité ou de famille,
qui s'empressoient de toutes
parts pour y avoir ennee ; ce
quifie que1Eglise qui cil un
fore grand vaisseau (e trouva
remplie de tout ce qu'il y
avoïc du plus beau monde
, &
des pei sonnes les plus diftinguécs
de la Ville & de la Campagne.
Onavoit dressé l'Autel où
M. d'Angers devoit celebrer)
à la portedu Choeur fous le
Crucifix, afin qu'il suc à la
vue de tout le monde, &
que le Jubé qui enferme le
Choeur n'empêchât pas ceux
qui étoient dans la Nefde voir laJceremonie.AA' cofté droit de
l'Autel étoit placé le Trofnc
de l'Evêquc, &de l'autrecofté
vis avisai) y avoir un fauteuil
& un dais au-dessuspour
rAbbcfle, au tour de l'Autel
onavoirfait une enceinte assez
grande avec des si ges autour
pour placer du collé de l'Evê-.
que les Ossi icrs qui l'accompagnoient,
& de l'autre cofté
les Dames du Ronceray avec
le Chanoine Officiant & fes-
Officiers qui les dévoient accompagner.
M.1Evêquc d'A ngers
s'étantdonc rendu à l'Abbaye,
dés huit heures dumatin)il
alla dans l'Eglise de la Trinité,
accompagné de sesArchdia"
cres &autresAfliltans&Offrcicrs
, pour se preparer, & se
revestir de ses habits pontificaux
pour la grand 'Mdfe quisuc
chantée parla musiquede
la Cathédralequ'on avoir placée
dans le Jubé
,
au-dessus &
à cofté de l'Autel, où rEvcfqiae
celebroir.
PendantquerEvêquefedifporait
à commencer la Mcffc,
les neuf Novices firent leurs
voeux entre les mams de Madame
TAbbefle
,
dans le
Ghoear de rAbbaye, Elles
etoient revenues de kurshabits
blancs, comme elles Tonc
au jourqu'elle prennent l'habit
, avec de beaux surplis de
point par dessus leurs robes
blanches. Eiles viennent en cet
état deuxàdeuxconduites par
la Doyenne du Couvent) &
precedées du Chmoine Officiant
en ch.1pe avec le Diacre
& le Soûiiacre poîtant la
Croix. Et après qu'on a chanté
le Vtm Creator ,elles vont
toutes fuccelfivement prononcer
leurs voeux aux pied- de
FAbb ne aflile dans ton si ge,
avec la Clofiè
, & luy laiflenc
en main le parchemin où ils
font écrits & figncz de leurs
o
mains.
Apres que les Novices eurent
fait leurs Voeux, toutes
CleshoeRueglri&gieuses partirent du
allèrent prendre
place dans lEgiife de la Trinité,
conduites par le Chanoine
Officiant en chape & les Officiers,
avec la Croix levée, pour
assister à la Mesle que l'Evêquc
commença pour lors. Il resta
feulement dans le Chceur lesneuf
jeunes Profeiïes avec les
neuf Religieuses qui leur fervoienc
de Paranymphes, &
Madamclabbcile qui dévoie
conduire la première.
Ce n'est qu'après le graduel
que commença la Cérémonie
de la Bcned;6tion des Vierges;
lor sque la musique eut achevé
,
de le chanter, 1Evef^IiN^s.ddecf1--
cendit de son Trofne, & alla
fc placer dans un fauteiiil sur
le marche pied de l'Autel, le
visagetourné vers la grande
porte de l'Eglise, & dans le
moment le grand Archidiacre
en chape partir de l'Autel accompagné
du Mettre des Cérémonies
aussi enchipepour
aller dans le Choeur du Ronceray
,
ray, annoncer aux RcJigicufcs
qu'elles euflenc à partir avec
luy, pour venir à l'Eglise où
1Evcfque celebroit, ce qu'il
fie en chantant rAnticnne:
Prudentes Virgines
, aptate lampaàesveflras3
ecce sponsusvenit,
exiteobviant ti; Vierges fages,
préparez vos lampes, car, voicy
l'Epoux @'arrive; allez
promptemenr au devant de
luy. Auili tost que les Vierges
eurent entendu la voix de
l'A rchidiacre, elles allumèrent
leurs cierges qu'e lles tenoienc
tout prests à la ,m.Ho, & partirent
dans le moment pour le
suivre, deux à deux,accompagnécs
de leurs Paranymphes;
Madamel'Abbesse étant à la
tête,&conduifant la premicre,
qui cO: la fille de M. le Comte
de Vanerot, petite niece de
feuë Madame de Grammonc,
sa Crosleétantportée devant
elle par la Dame de Chambre.
•
D'abord les Vierges
font entrées dans 1Eglise de
la Trinité, qui cil contiguë à
celle de l'Abbaye,il y a une
portede communication qui
fait qu'elles font à la vue de
l'Evcfquc., elles s'arrêtent& se
mettent à genoux, & pour lors
1
l'Archidiacre qui cH à leur tête
,dit à haute voix à TEvcfque
ces paroles qui font dans le
Pontifical : ReverendiJJime P.,
terJ &c. Très Reverend Perc
en Dieu, l'Eglise nôtre Sainte
Mcrc demande que vousvcütl.
lica bien Bénir & Consacrer
ces Vierges, en les époufanc
à N S J. C.
Et rEvefqueluy répond:
Scis illas aign45 cpt' ? Estes-vous
bien sur qu'elles en foienc
dignes? A quoy l'Archidiacre
répliqueiQuantùm humanafiragilitas,&
c. Auranr que la foibleflc
humaine permet de le
içavoir
,
je croy, & je puis
assûrer vostre Grandeur qu'.
elles font dignes de cet honneur.
Pour lors l'Evefquc, après
avoir adressé quelques paroles
aux Assistans, pour leur marquer
qu'ilestdans le desseinde
faire la Consecration de ces
Vierges. avec le fccours de la
C3 * Grace de N. S. Auxvtante Domino
j £rc. I! sadrefîcà elles3
& les appelle à haute voix par
ce n'ot qu'il chance;Vtmte;
venez.
Et dans Je moment les
Viergesfelevenc,&répondent
àla voix de leur Pasteur, aussi
en Ghantant ccs paroles: Etnos
fecjmmUf-i Nous allons à vous.
Ettes partent donc du bas
deTEghÉe où ellesetoient arrêtées*
mais après avoir fait
quelquespassess'arrêtent encore,
&Jc remettent à genoux,
juf-qu'à ce que 1Evesque les
appdlc une fécondé fois en
chantant d'un -ton plus haut:
Vtnitti Venez à moy.
Les Vierges se relevent, &
chantant toutes enfcmblc:Et
nunc Jequimur in toto corde ;
Nous allons à vous de tout
noftrc coeur: Elles font encore
quelques pas pour s'approcher
de iEvefqucj mais elles s'arrêtent
enluirc pour La troifiémc
fois, & se tiennent à genoux
jusqu'à ce que FEvcfquc
les rappelle encore, en chantant
d'un ton plus élevé: Veniel'fi/
ltt, &c. Venez mesfilles,
écoutez moy,& jevousenfeigneray
la crainte de Dieu.
Et pour lors les Vierges fc
relèvent, répondent par une
Anrienne qu'elles chantent en
march ant, & qu'ellesne fini(
Tau qu'en artivantdans le
Sandhmre: Etnunc (cqu!mur;
Nous allons à vous de tout
nofire coeurj nous vous craignons
Seigneur, & cependant
nous défiions de voir
voflrc
face; ne nous confondez pas,
mais traitez nous avec vollrc
douceur ordinaire,& Celan la
grandeur de vos milericordes.
Toutes ces jeunes Professes
étant arrivées dans le Sanctuaire,
& Madamel'AbbeÍf<;étant
placée dans le siege qu'on luy
avoit dresse, elles fc mirent d'abord
à genoux, & te profternerent
prcfcjne jusqu'en terre;
ensuite relevant latête
,
l'une
après l'autre,elleschanterenc
toutes fucccilivcrnent 1Antienne
ou le Verfct:Sufcipeme
Dominey &c. Recevez
- moy
Seigneur,fuivancvoilrc promtlie,
afin que jamais aucun
vice ne domine en moy.
Apres qu'elles curent chanté
cc Verser, elles Ce leverenr,
& se rangèrent toutes devant
1Evesque, en forme de dcmy
cercle: & ce fut alors que le
Prélat leur fit une Exhortauon
courte; mais vive, & pleine
des traits les plus brillants de
J'éloquence quilui est si naturelle.
: Apres que ce difeours fut
fi}l) il continua la Cérémonie,
en difanc touc haut a ces
Vierges:5Valtis in Sanélæ yirfinitttispropoflro
perfeuerarc*\
Voulez vous pcr feverer dans
le Voeu de la Sainte Virginité
que vous avez fait; & elles répondirent
toutes ensemble: - Vo/umus; Ouïnous le voulons.
Ensuite les jeunes Profcfles
vont toutes fucceflivement
l'une après l'autre se mettre
à genoux aux pieds de l' Evefcjue
*, & là tenant leurs
mains jointesentre les fiennes,
il leur fait derechef cette interrogation
à chacune en particulier
: Promittis te Virginitalem
perpetuo lervare? Prorner.
tez vous de gardertoujoursla
Virginité? A quoy chacune
répond à son tour: Promitio;
Dur je le promets, & enfuitç
s'en retournent à leur place
aprèsavoirbaisé la main de
l'Evesque, qui les interroge
derecheftoutes enfemblc, par
ces paroles:Vultis bcnedici, çyc.
Voulez vous estre benics êc
confacrécsJ-& devenir les Epoufes
de J. C. le Filsdu Très- -
Haut ?A quoy elles répondent
routes ensembler Volumusi
Ouï nous le souhaitons.
Pour lors l'Evêque & tous
les Miniftrcs de 1Autel fc mertant
à genoux,& les Vierges
fc proiternant sur les tapis la
facecontre terre)on entonna
les Litanies des Saints qui furent
chantées par la nlufiquc.
& ensuite l'Evêque commença
le Veni Creator qui fut au(si
continué par la musique.
Après que l'Hymne sur fini,
les jeunes Religieuses partirent
deux à deux pour aller
dans la Sacristie quitter leurs
surplis & leurs habits blancs
,
pour fc revêtir ensuite des ba..
bits noirs qu'on leur porra , après que l'Evêque les cut
beny.Il sir enfuire la bénédiction
de leurs voiles
,
de leurs
anneaux, & de leurs couronnes.
r
Les jeunes Professes estanc
revêrues de leur habit noir,
qui est1habit ordinaire de leur
Maison
,
elles retournèrent a
l'Aurel deux à deux toujours
accompagnées de leurs paranymphes,
enchantant leRé1
pons : Regnum mundi: Jevais
mépnfer leRoyaume du monde
,
& tous les ornemnts du
siecle
, pour l'amour de mon
Seigneur J C.que j'aime de
- tout mon coeur, & en qui j'ay
01
mis toute ma confiance;mon
coeur a proféré une bonne pa*
rolc5 c'tft que j'ay consacré
toutes mes allions au Roy des
Rois.
! LEvcque pour lors fc tournant
vers elles, il chante une
longue Préfacé
,
à la fin de laquelle
il entonne le Répons:
Vtm elefla
, que le Choeur con.
tinue: Venez ma bien aimée,
je veux établir mon TbÍônc
en vous, car le Roy des Rois
est épris de v-ostrebeauté.
LorfqueceRéponseftfini,
les Vierges se lèvent&vont
deux à deux se mettre à geDOUX
aux pieds de l'Eveque
où , elles chantent toutes les
deux enlemble rAntienne:
AnczUa CbrijîiJum, &c. Je fuis
la servante du Seigneur,& je
fais gloire de me confacrcr à
son service , & après qu'elles
ont chanté cette Antienne,
l'Eveque les interroge de rcchcf:
VI4ltisVoulez
vous pcffilkr dans le voeu
de virgmitéque vous avez fair,
& elles répondent toutes les
deux : Volumus : Oüy nous le
voulons Ensuite l'Evêque leur
met sur la tête le voile beny
,
en difanc à chacune: décape
velamen, &c. Recevez ce voile
sacré qui vous fera connokrc
que vous avez mepriséle monde
pour vous contacter à J C.
que je prie de vous prclerver
de tous maux & de vous conduire
à la vie éternelle; & incontinent
les deux Vierges
étant voilées de la main de l'E..
vêque
,
chantent à ses pieds
l'Antienne Posuit
Le Seigneur a mis un signal sur
mon vi rage,afin que je n'aye
jamais d'autre Amant que lui.
Toutes les autres viennent ainsi
fucceffivcment à 1 Eveque,
presentées par leurs pclranymphcs
pour recevoir le voile
beny de sa main,avec la même
ceremonie.j Apres que l'Evêque a die
une Oraison sur les Vierges,
illesappelle derechefpar cette
Antienne: Dejponfarp dileéîa
utnï : Venez ma bien aimée
pour époufer, &c. & dans le
moment les jeunes Profeflcs
viennent comme auparavant
,
aux pieds de l'Evêque, qui leur
met à chacune un anneau bcni
dans le doigt annulaire de la
main droite,en disant à chacune
: Defponfo teJefu-Cbriflo,
&c. Je vous épouse avec J. C.
le
leluis du Très Haut. Recevez
donc cet anneau de fidélité
,
comme le Sceau du S. Esprit,
qui vous donne le nom- d'Epoufe
de J, Ce Si vous le servez
fidellementjVousferez couronnée
dans l'Eternité au nom,
êcc. Apres qu'elles ont reeeu
l'anneau, elles chantent toutes
les deux l'Antienne ;Ipjtfum
dcfyonfata : Je fuis épousée à
celuy que les Anges adorent.
& dont le Soleil & la Lune admirent
la beauté.
Quand elles ont toutes reçû
L'Anneau beni, & qu'ellcs font
retournées dans leurs places
elles chantent l'Antienne An.'
nulo (uoen levant la main droicc
en haur, J C. mon Seigneur
m'a marquée de son Anneau,
& m'aornée d'une Couronne
comme son Epouse.
Après cela 1 Evesque ayant
dit sur ellesune Oraison,illes
appelle encore par une Antienne
qu'il commence & que
le Choeur continue: Veni
Sponsa, &c. Venez Epouse de
J. C, recevez la Couronne que
le Seigneur vous a préparée
pour lercrnité; & à rlofiant
les Vierges vont deux à deux
se mettre à genoux à ses pieds,
pour y recevoir une Couronne
de perles & de pierreries, qu'il
leur met sur la teste,en difanc
à chacune: Accipc Coronam,
Cc. Recevez la Couronne
précicufe de Virginité) afin
que comme vous cftes cou.
ronnée de noflremain sur la
Terre, vous soyezaussi couronnée
de J. C. dans le Ciel,
&c. Ensuite les deux Vierges
couronnées chantcnt aux
pieds de TEvefque l'Antienne:
Induitme Le Seigneur
m'a revêtue d'une robe
tiffiië d'or, & honorée d'une
coëffure de perles fines.
Les Couronnes qu'on donne
à ces jeunes Professes font
toutes enrichies de per les fines,
& de toutc forte de pierreries:
on prétend que les neuf Couronncs
valentplus de cent mil
livres.
Q:and elles ont toutes été
Couionnées, & que lEvesque
a dit quelques Oraisons sur
elles, elles Ce levent & chantent
toutes enfcmble rAntienne:
Eaecjvod concup:v!t, &c. Je
voy presentement ce que j'ay
souhaité; je poflldeee que j'efperois
; & je fuis unie dans le
Cid à ccluy que j'ay aime de
toute l'affection de mon coeur
sur la Terre.
Et cest icy proprement où
l'Evesquefinie laConfccration
des Vierges, par une BcnedÍIItion
solemnelle qu'il prononce
sur elles, la Mitre en teste:
Benedicatvos,&c. Ecenfuitc
ilfait lire par l'Archidiacre un
Anathême qui fulmine contre
ceux quivoudront troubler ces
Vieroges dans le Service divin.*
& dans la jouiffancc de leurs
biens:Automateomnipotentis
&c. Apres cela il continuë la
Mcffe, & le Choeur reprend à
WAMmaoxi l'on en estoie demeure.
A l'Offertoire les Vierges
consacrées vont à l'Offrande)
où elles prefentenc à l'Autel
les cierges qu'elles ont en
main, & baisent l'anneau du
PrcJat,enfuirc retournent dans
leurs places, pour se disposer
àla Communion.
Après que TEvêque a communié
,
les Vierges benites
s'approchent del'Autel &reçoivent
de sa main la communion
câpres qu'elles font retournées
dans leurs places,ellcs
chantent toutes ensemble
l'Antienne Mel gr lac, &c.
J'ay goûté le lait & le miel qui
fôrt de sa bouche,& son fang
a rougimes levres. Puis l Evêque
finie laMesse & donne à
la fin la benedlalon folemnellc
au peuple.
Enfuitcs'étant mis dans son
fauteuilles Vierges consacrées
allant encore à luy deux à
deux
,
qui leur presente le
Bréviaire sur lequel elles mettent
les deux mains pendant
qu'illeur dit :Aicisitelibrum:
Recevez ce Livre avec le pouvoir
de commencer au Choeur
lesHures Canoniales
,
&de
lire lOffice Divin dans l'Eglise,
aunomdu Ptre.,&C.
Puis l'Evêqueentonna le
Te Deum, quifut chanté par
la musique
, que le Prelat termina
par une Oraison.
La ceremonie ainsi achevée,
les Religieuses partirent dans
le moment pour s'enretourner
au Monastere conduites par
le Chanoine Officiant en chax
pe , avec la Croix devanr
PAbbcflcfaifanc , porter sa
Crosle devant elle,enCuire les
Vierges consacrées conduites
par le Maistre des ceremonies
cncha pe,quimarchoiràleur
têcc
, retournerenc pareillement
en Choeur & s'ariêtcrenc
a
à la porte, où elles fc tinrent à
genoux pour attendre l'Evêque
qui vint après ClIcs)la
Mureentefte, & sa Croflfc
marchant devant lui avec ses
Officiers & Assistans, jusqu'à
la porte du Choeur de l'Abbaye,
oùilsadressaàl'AbbeHc
parcesparoles: Videquomodo,
tftas confecratas Deo serves, cmc.
Prenez garde de bien conferver
pour Dieu ces Vierges qui
viennent de luy eftrc confacrées,
afin de les luy reprcfcnter
pures & sans tache,vous
souvenant que vous rendrez
compte d'elles au Tribunal de
leur Epoux qui fera voltre Juge;
puis l'Evêque s'en retourna
à 1 Eghfe de la Trinité pour
quitter fcs hi bits pontificaux,
en disant l' EvangileInpnneipto.
Cette augulte ccremonic
fut cxecutée de la plus belle
manière du monde, tant par
le Prelat qui fait toutes les
fonctions avec une grâce toute
parriculiere) que par les jeunes
Profcfîes consacréesqui
firent paroistre dans leur facrisice
une pieté& une modeftic
si édifiantes, que plusieurs des
afliltans en furent attendris
jusqu'à verser des larmes.
Il etoit une heure après midy,
quand la ceremonie suc
finie, il y eut un grand repas à
l'Abbaye, où plusieurs personnes
de diftmdtion furent conviées
, on y servit plusieurs
tables. Pour ce qui est de Madame
TAbbefTe
,
elle voulut
manger à latable des mariées,
où l'on servit en maigre auffibienqu'à
la Communauté dès
autres Religieuses.
- Le premier aâc d'obéïffancc
que les Vierges nouvellemontconsacrées
pratiquent c'eftde garder pendant neu,f
jours le silence que Madame
rAbbi. flc leur impose, &pendant
toutce tems là elles portent
continuellement leurs
couronnes sur la tête avec leurs
habits de cercmonie.
FaitparM.le Masson, Docteur
en Thcologic,Corrcdlcur
de l'Eglise de la Sainte Trinité
d'Angers.
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12
p. 81-89
HARANGUE FAITE AU ROY PAR Mr DE MONTEMPUYS, Recteur de l'Université. En présentant un Cierge à SA MAJESTÉ au Louvre, le premier Février 1717.
Début :
Sire, L'Université réglant les voeux qu'elle adresse à Dieu pour [...]
Mots clefs :
Université, Voeux, Sa Majesté, Moeurs, Gloire, Religion, Espérance, Sentiments, Loi, Duc, Serment, Charges, Cérémonie, Mouvements des troupes, Duchesse, Princesse, Ornements, Abbaye
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HARANGUE FAITE AU ROY PAR Mr DE MONTEMPUYS, Recteur de l'Université. En présentant un Cierge à SA MAJESTÉ au Louvre, le premier Février 1717.
HARANGUE
FAITE AU ROY
PAR M DE MONTEMPUYS ,
Recteur de l'Univerfité.
En préfentantunCierge à SAMAIESTE
an Louvre , le premier Février
SIRE,
1717.
L'Univerfité réglant les voeux
qu'elle adreffe à Dieu pour Vous
fur l'état préfent de VOTRE
MAJESTE', eft toute occupée du
moment auquel doit commencer
Votre Inftruction .
Tems précieux pour VOTRE
MAJESTE , SIRE , qui fera le
feul de Votre Vie , où l'on ofera
Vous parler fincérement fur vos actions
, & où n'étant point chargé de
Vos Etats , Vous pourez ne penfer
qu'à Vous même , & Vous donner
82 LE NOUVEAU
tout entier à ce qui pent former
Votre Efprit , & régler Vos Maurs.
Tems important pour Votre
Royaume , dont la gloire & le bonheur
dépendent des Principes que
VOTRE MAJESTE va recevoir
fur la Religion , fur l'Eglife ,
fur les Droits de Sa Couronne
& fur Ses devoirs ; & de
l'habitude qu'Elle prendra de s'y
conformer.
2
Mais quelles efpérances d'une
Education parfaite ne donnent pas
à Votre Peuple , SIRE , la droiture
& l'élévation de Vos fentimens
cultivés par la Perfonne illuftre qui
a eûfoin de Votre Enfance , les qualités
naturelles de Votre efprit
l'expérience & le dés-intereffement
des Perfonnes qui font apellées àl'honneur
de Vous conduire & de
Vous inftruire !
Pour Nous , SIRE , perfuadés
que nous fommes , que la bonne conduite
des Rois , eft pour leur Peuune
Loi puiffante , nous ferons
les premiers à tirer avantage du pro
>
MERCURE. 83
grés que Vous ferez dans les Sciences
; nous propoferons Votre Exemple
à Vos jeunes Sujets qui font confiés
à nos foins , & nous ferons enforte
que lors que Vous ferez en
état de leur donner des Loix, SIRE ,
Vous reconnoiffiez avec quelle application
nous leur aurons donné
des leçons de refpect , d'obéiffance
& d'amour envers VOTRE
MAJESTE'.
Le 25 , le Roy accorda à Mr
le Duc de S. Simon tous les honneurs
du Louvre.
Le 26 M Le Duc de Chaulnes
fut gratifié par le Roy , de la furvivance
de la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux Legers pour Mr fon fils,
âgé de fix ans , Sa Majeſté y a joint
un Brevet de retenuë de quatre cent
mille livres , en cas de mort. >
Le 27 à trois heures Mgr le Duc
Regent s'étant rendu chez le Roy ,
S. M. recût le Serment de Mr le
Marquis de Gefvres , pour la furvivance
de la Charge de Premier
84
LE
NOUVEAU
Gentil-homme de la Chambre , en
préfence de Mr le Duc de Trefmes
fon pere & de quantité de Seigneurs.
Cette Cérémonie avoit été précédée
de celle du Serment prêté,quelques
moments auparavant , par M¹
le Prince de Soubize, pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
, entre les mains de Mr le
Maréchal de Tallard . Ce droit appartenoit
autrefois au Conêtable :
mais depuis l'extinction de cette
Charge , les Grands Officiers ont
la liberté de choifir › pour recevoir
la preſtation de leur Serment , celui
des Maréchaux de France qui leur
agrée davantage.
,
Aprés le Serment prêté par Mr le
Marquis de Gefvres ; le Roy accompagné
de ME le Duc Regent , de
Mer le Duc , de Mers les Princes , de
M le Maréchal de Villeroy &c.
Sa Majesté voulut voir du balcon
de la Salle des Cent-Suiffes , la
Compagnie des Gendarmes de quartier
; Mr le Prince de Rohan , &
Mr le Prince de Soubize à cheval ,
firent
MERCURE. 35
firent faire divers mouvemens .
Aprés que la Compagnie eut défilé
, Mr le Prince de Rohan demanda
l'ordre au Roy , qui répondit
qu'on pouvoit s'en aller. S. M.
parut prendre beaucoup de plaifir à
cette revuë.
Ce fut dans ce temps - là que
Madanie Ducheffe de Berry arriva
dans un magnifique Caroffe , efcortée
d'un détachement de fes Gardes
; elle monta chez le Roy , d'où
elle fe rendit avec S. M. dans la
Chapelle , pour y tenir fur les Fonds
de Batême une fille de Mr le Marquis
de Monchy, Maître de la Garde-
Robe de feu M8 le Duc de Berry;
le Roy y avoit été précédéparMr le
Cardinal de Rohan, Grand Aumônier
de France. Monfieur l'Abbé de
Maulevrier & Mr l'Abbé d'Argentré
Aumôniers du Roy . S. M. étoit
accompagnéede
Mr le Maréchal de
Villeroy , de Mr le Prince Charles
Grand Ecuyer de France , de tous
les Officiers des Gardes.Le Roy portoit
un habit de Velours couleur de
Pourpre enrichi de gros boutons de
Mars 1717. H
86 LE NOUVEAU
diamans. MadameDucheffe de Berry
y avoit été précédée parM l'Abbé de
Caftriez nommé à l'Archevêché de
Tours , fon prémier Aumonier , Mr
l'Abbé de Rouget , & M l'Abbé de
Parthenay fes Aumoniers : elle étoit
accompagnée de Mde la Ducheſſe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, de Mde la Marquise de Pons
fa Dame d'atour , de fes Dames du
Palais , de Mr le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'honneur , de
Mile Chevalier d'Hautefort fon prémier
Ecuyer , & du refte de fa Maifon.
Cette Princeffe portoit une Robe
d'une étoffe d'or , toute couverte
de pierreries ; ſa coëffure en étoit
toute brillante . Mde la Ducheſſe de
Saint Simon s'y diftingua auffi par
une grande quantité de Diamans fur
fa robe , & à fa coëffure . Le Roy
fit pareillement l'honneur à Mr le
Marquis d'Arfy , un , des quatre
Gentilshommes de la Manche , de
tenir fon fils avec Mde la Ducheffe
du Mayne.
Cette double cérémonie fut faite
MERCURE.
87
par Mr le Grand Aumônier, Mrs les
Curez de Saint Germain l'Auxerrois
& de Saint Sulpice , préfents ,au
premier Batême , & Mr le Curé de
S. Roch au fecond. Mr le Curé de
Saint Germain l'Auxerrois affiſta
aux deux , avec l'Etole . Tous ont
fignés fur le Regiſtre .
Un monde infini s'étoit affemblé
pour voir ces cérémonies extraordinaires
; dautant plus que c'étoit le
jour de la préfentation des Placets.
L'Abbaye reguliere de Clairemarais
en Artois , elt vacante . Celle
de S. Ambroise de Bourges l'eit
pa
reillement par la mort de M¹ l'Abbé
de Fourcy.
Le premier de ce mois Mr le Maréchal
de Villeroy ayant jugé à
propos d'établir une régle conftante
pour tous les exercices de S. M. fit
lever le Roy à huit heures & demie.
Le 3. on créa une troifiéme
Charge d'Huiffier de l'Anti-chambre
, en faveur de Mr Pernault le
cadet , par la confiance que l'on
a en lui. Ona crû cette augmenta-
Hij
88 LE NOUVEAU
tion neceffaire , à caufe des difficultés
& des peines qui font attachées
à ce pofte , qui demande des foins
& une attention toute particuliére:
Elle a été créé a l'inſtar des deux autres
, avec l'attribution des mêmes
gages : mais afin que ce nouvel Officier
ne puiffe pas préjudicier aux
droits de fes Confreres : il a été ſtatüé
qu'il ne partagera point les droits
anciens avec eux. Le Roy , pour
le dédommager de ces retranchemens
, a ordonné qu'on en fit un
état, afin de les lui payer par que!-
qu'autre équivalent au prorata. La
furvivance de la Charge de M. N. .
Pernault l'aîné , accordée à fon cadet
, reite comme elle étoit.
On a fait un retranchement qu'on
a crû neceffaire pour les dépenfes du
Roy fur fa Table , & dans chaque
Office ; ce qui peut monter en tour
50. mille écus.
L'Abbaye de S. GILBERT à Clermont
en Auvergne , eft vacante par
la mort de M l'Abbé LARCHER
Chapelain ordinaire du Roy , cyMERCURE.
89
devant Sacriftain de la grande Chapelle
Charge qu'il avoit venduë
à Mr l'Abbé Gault , Chapelain du
Roy , & Beau-frere de Mi le Procureur
du Roy au Châtelet .
FAITE AU ROY
PAR M DE MONTEMPUYS ,
Recteur de l'Univerfité.
En préfentantunCierge à SAMAIESTE
an Louvre , le premier Février
SIRE,
1717.
L'Univerfité réglant les voeux
qu'elle adreffe à Dieu pour Vous
fur l'état préfent de VOTRE
MAJESTE', eft toute occupée du
moment auquel doit commencer
Votre Inftruction .
Tems précieux pour VOTRE
MAJESTE , SIRE , qui fera le
feul de Votre Vie , où l'on ofera
Vous parler fincérement fur vos actions
, & où n'étant point chargé de
Vos Etats , Vous pourez ne penfer
qu'à Vous même , & Vous donner
82 LE NOUVEAU
tout entier à ce qui pent former
Votre Efprit , & régler Vos Maurs.
Tems important pour Votre
Royaume , dont la gloire & le bonheur
dépendent des Principes que
VOTRE MAJESTE va recevoir
fur la Religion , fur l'Eglife ,
fur les Droits de Sa Couronne
& fur Ses devoirs ; & de
l'habitude qu'Elle prendra de s'y
conformer.
2
Mais quelles efpérances d'une
Education parfaite ne donnent pas
à Votre Peuple , SIRE , la droiture
& l'élévation de Vos fentimens
cultivés par la Perfonne illuftre qui
a eûfoin de Votre Enfance , les qualités
naturelles de Votre efprit
l'expérience & le dés-intereffement
des Perfonnes qui font apellées àl'honneur
de Vous conduire & de
Vous inftruire !
Pour Nous , SIRE , perfuadés
que nous fommes , que la bonne conduite
des Rois , eft pour leur Peuune
Loi puiffante , nous ferons
les premiers à tirer avantage du pro
>
MERCURE. 83
grés que Vous ferez dans les Sciences
; nous propoferons Votre Exemple
à Vos jeunes Sujets qui font confiés
à nos foins , & nous ferons enforte
que lors que Vous ferez en
état de leur donner des Loix, SIRE ,
Vous reconnoiffiez avec quelle application
nous leur aurons donné
des leçons de refpect , d'obéiffance
& d'amour envers VOTRE
MAJESTE'.
Le 25 , le Roy accorda à Mr
le Duc de S. Simon tous les honneurs
du Louvre.
Le 26 M Le Duc de Chaulnes
fut gratifié par le Roy , de la furvivance
de la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux Legers pour Mr fon fils,
âgé de fix ans , Sa Majeſté y a joint
un Brevet de retenuë de quatre cent
mille livres , en cas de mort. >
Le 27 à trois heures Mgr le Duc
Regent s'étant rendu chez le Roy ,
S. M. recût le Serment de Mr le
Marquis de Gefvres , pour la furvivance
de la Charge de Premier
84
LE
NOUVEAU
Gentil-homme de la Chambre , en
préfence de Mr le Duc de Trefmes
fon pere & de quantité de Seigneurs.
Cette Cérémonie avoit été précédée
de celle du Serment prêté,quelques
moments auparavant , par M¹
le Prince de Soubize, pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
, entre les mains de Mr le
Maréchal de Tallard . Ce droit appartenoit
autrefois au Conêtable :
mais depuis l'extinction de cette
Charge , les Grands Officiers ont
la liberté de choifir › pour recevoir
la preſtation de leur Serment , celui
des Maréchaux de France qui leur
agrée davantage.
,
Aprés le Serment prêté par Mr le
Marquis de Gefvres ; le Roy accompagné
de ME le Duc Regent , de
Mer le Duc , de Mers les Princes , de
M le Maréchal de Villeroy &c.
Sa Majesté voulut voir du balcon
de la Salle des Cent-Suiffes , la
Compagnie des Gendarmes de quartier
; Mr le Prince de Rohan , &
Mr le Prince de Soubize à cheval ,
firent
MERCURE. 35
firent faire divers mouvemens .
Aprés que la Compagnie eut défilé
, Mr le Prince de Rohan demanda
l'ordre au Roy , qui répondit
qu'on pouvoit s'en aller. S. M.
parut prendre beaucoup de plaifir à
cette revuë.
Ce fut dans ce temps - là que
Madanie Ducheffe de Berry arriva
dans un magnifique Caroffe , efcortée
d'un détachement de fes Gardes
; elle monta chez le Roy , d'où
elle fe rendit avec S. M. dans la
Chapelle , pour y tenir fur les Fonds
de Batême une fille de Mr le Marquis
de Monchy, Maître de la Garde-
Robe de feu M8 le Duc de Berry;
le Roy y avoit été précédéparMr le
Cardinal de Rohan, Grand Aumônier
de France. Monfieur l'Abbé de
Maulevrier & Mr l'Abbé d'Argentré
Aumôniers du Roy . S. M. étoit
accompagnéede
Mr le Maréchal de
Villeroy , de Mr le Prince Charles
Grand Ecuyer de France , de tous
les Officiers des Gardes.Le Roy portoit
un habit de Velours couleur de
Pourpre enrichi de gros boutons de
Mars 1717. H
86 LE NOUVEAU
diamans. MadameDucheffe de Berry
y avoit été précédée parM l'Abbé de
Caftriez nommé à l'Archevêché de
Tours , fon prémier Aumonier , Mr
l'Abbé de Rouget , & M l'Abbé de
Parthenay fes Aumoniers : elle étoit
accompagnée de Mde la Ducheſſe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, de Mde la Marquise de Pons
fa Dame d'atour , de fes Dames du
Palais , de Mr le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'honneur , de
Mile Chevalier d'Hautefort fon prémier
Ecuyer , & du refte de fa Maifon.
Cette Princeffe portoit une Robe
d'une étoffe d'or , toute couverte
de pierreries ; ſa coëffure en étoit
toute brillante . Mde la Ducheſſe de
Saint Simon s'y diftingua auffi par
une grande quantité de Diamans fur
fa robe , & à fa coëffure . Le Roy
fit pareillement l'honneur à Mr le
Marquis d'Arfy , un , des quatre
Gentilshommes de la Manche , de
tenir fon fils avec Mde la Ducheffe
du Mayne.
Cette double cérémonie fut faite
MERCURE.
87
par Mr le Grand Aumônier, Mrs les
Curez de Saint Germain l'Auxerrois
& de Saint Sulpice , préfents ,au
premier Batême , & Mr le Curé de
S. Roch au fecond. Mr le Curé de
Saint Germain l'Auxerrois affiſta
aux deux , avec l'Etole . Tous ont
fignés fur le Regiſtre .
Un monde infini s'étoit affemblé
pour voir ces cérémonies extraordinaires
; dautant plus que c'étoit le
jour de la préfentation des Placets.
L'Abbaye reguliere de Clairemarais
en Artois , elt vacante . Celle
de S. Ambroise de Bourges l'eit
pa
reillement par la mort de M¹ l'Abbé
de Fourcy.
Le premier de ce mois Mr le Maréchal
de Villeroy ayant jugé à
propos d'établir une régle conftante
pour tous les exercices de S. M. fit
lever le Roy à huit heures & demie.
Le 3. on créa une troifiéme
Charge d'Huiffier de l'Anti-chambre
, en faveur de Mr Pernault le
cadet , par la confiance que l'on
a en lui. Ona crû cette augmenta-
Hij
88 LE NOUVEAU
tion neceffaire , à caufe des difficultés
& des peines qui font attachées
à ce pofte , qui demande des foins
& une attention toute particuliére:
Elle a été créé a l'inſtar des deux autres
, avec l'attribution des mêmes
gages : mais afin que ce nouvel Officier
ne puiffe pas préjudicier aux
droits de fes Confreres : il a été ſtatüé
qu'il ne partagera point les droits
anciens avec eux. Le Roy , pour
le dédommager de ces retranchemens
, a ordonné qu'on en fit un
état, afin de les lui payer par que!-
qu'autre équivalent au prorata. La
furvivance de la Charge de M. N. .
Pernault l'aîné , accordée à fon cadet
, reite comme elle étoit.
On a fait un retranchement qu'on
a crû neceffaire pour les dépenfes du
Roy fur fa Table , & dans chaque
Office ; ce qui peut monter en tour
50. mille écus.
L'Abbaye de S. GILBERT à Clermont
en Auvergne , eft vacante par
la mort de M l'Abbé LARCHER
Chapelain ordinaire du Roy , cyMERCURE.
89
devant Sacriftain de la grande Chapelle
Charge qu'il avoit venduë
à Mr l'Abbé Gault , Chapelain du
Roy , & Beau-frere de Mi le Procureur
du Roy au Châtelet .
Fermer
13
p. 149
SARABANDE.
Début :
C'est dans ces lieux qu'on voit l'Amour se plaire, [...]
Mots clefs :
Amour, Attraits, Ardeur , Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SARABANDE.
SARABANDE .
C'Eft dans
Eft dans ces lieux qu'on voit
l'Amour fe plaire ,
C'eft dans ces lieux qu'il a le plus
d'attraits :
On n'y voit point d'ardeur qui foit
légere
Pour nous
festrace
Dieu choifit
Er de ces traits la bleffure eft f
chere ,
:
Qu'on fait des voeux pour n'en
guérir jamais.
C'Eft dans
Eft dans ces lieux qu'on voit
l'Amour fe plaire ,
C'eft dans ces lieux qu'il a le plus
d'attraits :
On n'y voit point d'ardeur qui foit
légere
Pour nous
festrace
Dieu choifit
Er de ces traits la bleffure eft f
chere ,
:
Qu'on fait des voeux pour n'en
guérir jamais.
Fermer
14
p. 157-166
L'ORIGINE DU PREJUGE FABLE.
Début :
Jadis, las des plaisirs qui les avoient flatez, [...]
Mots clefs :
Dieux, Désirs, Voeux, Ennui, Destin, Oisifs, Puissance, Esclavage, Présents, Raison, Secrets, Charme, Discours, Prodige, Monstre, Harangue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ORIGINE DU PREJUGE FABLE.
L'ORIGINE DU PREJUGE'
J
FABLE.
Adis , las des plaifirs qui les avoient
flatez,
Les Dieux ne vouloient plus d'un bonheur
fi tranquile ;
Par l'attrait des difficultez
Leurs defirs languiffans n'êtoient point
irritez ,
A leurs voeux , tout êtoit facile .
Les Graces de la Nouveauté
Manquoient à leur felicité ;
L'Ennui les faififfoit à table ,
Momus n'y laiffoit plus échapper de bons
mots.
Enfin , dégoutez d'un repos
Qui leur étoit infuportable ,
Pour bannir cet ennui des Cieux ,
Jupiter tint confeil , affembla tous les
Dieux.
Mais , n'imaginant rien qui pût les fatisfaire
,
Il pria le Deftin d'examiner l'affaire ,
Et de leur enfeigner, pour combler leurs
fouhaits,
Comment ils fe pouroient occuper defor
mais .
158
LE MERCURE
Pour diffiper l'ennui qui vous domine ,
Voici , dit le Deftin , ce qu'ici j'imagine.
Ne vivez plus oififs comme autrefois
►
Créez un peuple & donnez lui des
loix.
Mettez en lui la connoiffance
De fon neant & de vôtre excellence.
Entre les dons qu'il faut lui départir,
Eclairez le d'une raifon folide ;
Car , qui voudroit regner fur un peuple
ftupide ?
Non , non , il faut qu'il foit capable de
fentir
Quel est votre être , & l'étenduë
immenfe
De votre immortelle puiffance :
Lors , connoiffant quels respect's vous
font dûs •
De fes talents vous raportant l'hommage
2
Vous le verrez par des voeux affidus
S'applaudir de fon esclavage.
Quy , prompts à vous fervir, chaque jour
les Mortels
Feront fûmer l'encens fur vos autels.
Il dit , & tous les Dieux fans tarder
davantage
DE NOVEMBRE. 159
Adopterent l'avis , commencerent l'ouvrage,
Formerent l'Homme , & d'un coma
mun accord
En fa faveur chacun fit un effort.
Tous à Penvi , de quelque don l'orex
nerent ;
Mais , de tous les Préfens des
Dieux
Et le dernier & le plus précieux ,
Fut la Raifon qu'ils lui donnerent.
Alors, par leurs foins achevé,
L'Homme , dit- on , à leurs yeux fut
trouvé
Sans nul défaut , fans la moindre
foibleffe ,
Et fa raifon égalloit leur fageffe .
Il fallut lui donner des loix
De l'augufte affemblée on recueillit les
voix .
Les Dieux alors , tombans de laffitude
›
Accablez du Jommeil qui venoit les
preffer
Ne fongeans qu'à se délaffer
Aprez un travail auffi rude ,
Se baterent de les dicter.
Surpris de la beauté de leur nouvel onvrage
,
160
LE
MERCURE
Ils ne ceffoient de s'en feliciter :
Mais Apollon , par un fecret préfage
L'examinant d'un oeil jaloux ,
De la Raifon conçeut un jufte ombrage.
Hé quoi , dit-il , enflamé de couroux
,
Eft-ce pour l'égaler à nous
Que nous avons fait l'Homme ; & par
quelle manie
Avons nous à l'envi tous orné fon genie
?
J'en crains pour nous un trifte évenement.
On connut , mais trop tard , qu'il pen-
Soit fainement :
L'Homme , en effet , permit àfes lumieres
De pénétrer dans les Caufes premieres
;
Ofa des Dieux dévoiller les fécrets ,
Leur demanda raifon de leurs décrets
,
Epia la Nature : Enfin , de chaque
chofe
Par fon effet fçeut connoître la caufe.
Rien n'échappoit à fon oeil curieux ;
Et de plus prés examinant les Dieux ,
IL
DE NOVEMBRE.. 161
Il fe difoit , pourquoi , par quel ca
price ,
Me traitent- ils avec tant d'injustice ?
Tandis qu'ils font efclaves des plaifirs
>
Qu'ils n'ont jamais combattu leurs
defirs ,
Si l'on en croit leurs loix illegitimes,
Les imiter , c'est commettre des crimes?
N'auroient- ils donc fait naître dans.
mon coeur
DesPaffions le charme feducteur ,
Que pour jouir du biſare avantage
De mepunir, fi j'ofe en faire ufage ?
Tels étoient fes difcours par la Raiſon
dictez :
Les Deux juftement irritez
Du crime de l'humaine engeance
;
Dans un feftin délicieux
Que leur donnoit le fouverain des
Cieux ,
Difputerent entr'eux duchoix de la van
geance :
Chacun crioit à qui mieux mieux,
Leurs Cris troubloient les plaisirs de
·la fête.
Vous euffiez vu le bon Jupin ,
162 LE MERCURE
Durant ce bruit qui lui rempoit la
tête,
Dans des flots de nectar détremper
fon chagrin.
Il en but trop , & la liqueur joyeuse
Echauffant fon Cerveau, lefit gefticuler,
Rire, chanter , caprioler ,
D'une maniere fcandaleufe.
Dans leur étonnement, les Dienx
Honteux pour lui , n'ofoient lever
les yeuxs
Quand tout à coup, trépignant d'allegreffe,
Il dit en bégaiant,filence ici , je crois
Queje vais accoucher une feconde fois ;
Qu'à me feliciter chacun de vous s'em
preffe.
Du je me trompe fort , ou bientôt à
Pallas
Jupiter va donner un Frere :
Dans ma tête je fens un terrible fracas
,
Ceci renferme un angufte Miftere.
Il dit , & dans l'inftant , on vit de fon
Cerveau
Sortir un Prodige nouveau :
Un Monftre pedantefque à contenance
altiere.
Il avoit l'air imperieux »
DE NOVEMBRE. 163
L'orgueil éclattoit dans fes yeux
Cependant , fa foible paupiere
Ne pouvoit foutenir l'éclat de la lumiere.
Les Dieux examinoient fon maintien
affecté ,
Sa demarche , enfin tout , juſqu'à ſon
moindre gefte.
Loin d'en être déconcerté,
Sa fierté s'en accrut ; d'un ton d'autorité
Il fit une barangue à la Troupe Célefte
,
Qui ne pouvant garder fa gravité ;
Abregea le difcours par maint éclat de
rire.
Jupiter confus & furpris
D'avoir pu faire un fils fi digne de
mépris ,
Les yeux baiffez , n'ofoit rien dire.
Bien lui vallut encor dans fon affliction ,
D'avoir bûplus qu'à l'ordinaire :
Mieux que la Raifon n'eut pu faire,
L'yvreffe en cette occafion ,
Lui fauva la monié de la confufion.
Pallas examinant fon ridicule Frere ,
Dit en maître des Dieux. O Vous ! qu'en
ce moment .
L'ai bonte d'apeller mon Pere ,
· Oij
164 LE MERCURE
N'efperez pas impunément
Deshonorer notre famille ,
Ou defavoüez vôtre Fille ,
Ou chaffez ce .... Ho doucement ,
Dit Phoebus ? Calmez vous Déeffe;
Hé quoi , faut-il que Lafageffe
Parle avec tant d'emportement ?
Du fils de Jupiter ne foyez, point en
peine ,
De l'Olimpe on va le bannir
Au Livre du Deftin j'ai lû fon
avenir >
J'ai de fon fort conoiſſance certaine
.
Notre frere , Pallas , fe nomme Préjugé.
Vous voyez qu'aujourdhui , bravant nôtre
puissance ,
L'Homme afpire à l'independance ;
De nos loix , la raifon l'a prefque degagé
:
Mais , il va deformais rentrerſous nôtre
empire ,
Prejugé feul ,peut le reduire.
Chez les Mortels en Docteur erigé
Envoyons ce nouveau Confrere.
Ileft fot , ignorant ; mais n'importe, j'efpere
Que chez eux ilfera bientôt acredité.
DE NOVEMBRE.
165
Il eft impérieux , l'infolence le guide ,
Il viendra de loin , il décide ;
C'en eft affez pour qu'ilfoit écouté.
Nous le verrons avec audace ,
De la Raifon prendre la place ;
Et ramener aujoug les rebelles Humains.
Par mille battements de mains
Ace projet tous les Dieux applandirent
;
Et pour l'éxecuter , voici comme ils s'y
prirent.
Ils donnerent au faux Docteur
En l'envoyant régenter fur la terre ,
Le titre de Legislateur ,
Avec ordre de faire une éternelle guerre
Ala Raifon , à tousfes Adhérans.
Chezles humains arrivépour détruire
De la raifon le fouverain empire ,
Préjugé des plus ignorans
Gagna d'abord la troupe ridicule ;.
Car tout ignorant eft crédule :
Par le nombre entraînez , bientôt tous les
Mortel's
De la raifon briferent les Autels.
En quittant des ingrats qui l'avoient outragée
,
Elle en crut être affez vangée.
Alors, loin de perçer l'obfcure verité ,
Adorateur d'un bizare fiftême ,
166 LE MERCURE
L'homme ne connut plus ce qu'il êtoir
lui-même.
La plus groffiere abfurdité
En impofa fans peine àfa crédulité.
Non content d'encenfer Lupin & ſa Sequele
,
Indignes Habitans des Cieux s
L'Imbécile fe fit maint Idolé nouvelle
Créateur defes propres Dieux.
J
FABLE.
Adis , las des plaifirs qui les avoient
flatez,
Les Dieux ne vouloient plus d'un bonheur
fi tranquile ;
Par l'attrait des difficultez
Leurs defirs languiffans n'êtoient point
irritez ,
A leurs voeux , tout êtoit facile .
Les Graces de la Nouveauté
Manquoient à leur felicité ;
L'Ennui les faififfoit à table ,
Momus n'y laiffoit plus échapper de bons
mots.
Enfin , dégoutez d'un repos
Qui leur étoit infuportable ,
Pour bannir cet ennui des Cieux ,
Jupiter tint confeil , affembla tous les
Dieux.
Mais , n'imaginant rien qui pût les fatisfaire
,
Il pria le Deftin d'examiner l'affaire ,
Et de leur enfeigner, pour combler leurs
fouhaits,
Comment ils fe pouroient occuper defor
mais .
158
LE MERCURE
Pour diffiper l'ennui qui vous domine ,
Voici , dit le Deftin , ce qu'ici j'imagine.
Ne vivez plus oififs comme autrefois
►
Créez un peuple & donnez lui des
loix.
Mettez en lui la connoiffance
De fon neant & de vôtre excellence.
Entre les dons qu'il faut lui départir,
Eclairez le d'une raifon folide ;
Car , qui voudroit regner fur un peuple
ftupide ?
Non , non , il faut qu'il foit capable de
fentir
Quel est votre être , & l'étenduë
immenfe
De votre immortelle puiffance :
Lors , connoiffant quels respect's vous
font dûs •
De fes talents vous raportant l'hommage
2
Vous le verrez par des voeux affidus
S'applaudir de fon esclavage.
Quy , prompts à vous fervir, chaque jour
les Mortels
Feront fûmer l'encens fur vos autels.
Il dit , & tous les Dieux fans tarder
davantage
DE NOVEMBRE. 159
Adopterent l'avis , commencerent l'ouvrage,
Formerent l'Homme , & d'un coma
mun accord
En fa faveur chacun fit un effort.
Tous à Penvi , de quelque don l'orex
nerent ;
Mais , de tous les Préfens des
Dieux
Et le dernier & le plus précieux ,
Fut la Raifon qu'ils lui donnerent.
Alors, par leurs foins achevé,
L'Homme , dit- on , à leurs yeux fut
trouvé
Sans nul défaut , fans la moindre
foibleffe ,
Et fa raifon égalloit leur fageffe .
Il fallut lui donner des loix
De l'augufte affemblée on recueillit les
voix .
Les Dieux alors , tombans de laffitude
›
Accablez du Jommeil qui venoit les
preffer
Ne fongeans qu'à se délaffer
Aprez un travail auffi rude ,
Se baterent de les dicter.
Surpris de la beauté de leur nouvel onvrage
,
160
LE
MERCURE
Ils ne ceffoient de s'en feliciter :
Mais Apollon , par un fecret préfage
L'examinant d'un oeil jaloux ,
De la Raifon conçeut un jufte ombrage.
Hé quoi , dit-il , enflamé de couroux
,
Eft-ce pour l'égaler à nous
Que nous avons fait l'Homme ; & par
quelle manie
Avons nous à l'envi tous orné fon genie
?
J'en crains pour nous un trifte évenement.
On connut , mais trop tard , qu'il pen-
Soit fainement :
L'Homme , en effet , permit àfes lumieres
De pénétrer dans les Caufes premieres
;
Ofa des Dieux dévoiller les fécrets ,
Leur demanda raifon de leurs décrets
,
Epia la Nature : Enfin , de chaque
chofe
Par fon effet fçeut connoître la caufe.
Rien n'échappoit à fon oeil curieux ;
Et de plus prés examinant les Dieux ,
IL
DE NOVEMBRE.. 161
Il fe difoit , pourquoi , par quel ca
price ,
Me traitent- ils avec tant d'injustice ?
Tandis qu'ils font efclaves des plaifirs
>
Qu'ils n'ont jamais combattu leurs
defirs ,
Si l'on en croit leurs loix illegitimes,
Les imiter , c'est commettre des crimes?
N'auroient- ils donc fait naître dans.
mon coeur
DesPaffions le charme feducteur ,
Que pour jouir du biſare avantage
De mepunir, fi j'ofe en faire ufage ?
Tels étoient fes difcours par la Raiſon
dictez :
Les Deux juftement irritez
Du crime de l'humaine engeance
;
Dans un feftin délicieux
Que leur donnoit le fouverain des
Cieux ,
Difputerent entr'eux duchoix de la van
geance :
Chacun crioit à qui mieux mieux,
Leurs Cris troubloient les plaisirs de
·la fête.
Vous euffiez vu le bon Jupin ,
162 LE MERCURE
Durant ce bruit qui lui rempoit la
tête,
Dans des flots de nectar détremper
fon chagrin.
Il en but trop , & la liqueur joyeuse
Echauffant fon Cerveau, lefit gefticuler,
Rire, chanter , caprioler ,
D'une maniere fcandaleufe.
Dans leur étonnement, les Dienx
Honteux pour lui , n'ofoient lever
les yeuxs
Quand tout à coup, trépignant d'allegreffe,
Il dit en bégaiant,filence ici , je crois
Queje vais accoucher une feconde fois ;
Qu'à me feliciter chacun de vous s'em
preffe.
Du je me trompe fort , ou bientôt à
Pallas
Jupiter va donner un Frere :
Dans ma tête je fens un terrible fracas
,
Ceci renferme un angufte Miftere.
Il dit , & dans l'inftant , on vit de fon
Cerveau
Sortir un Prodige nouveau :
Un Monftre pedantefque à contenance
altiere.
Il avoit l'air imperieux »
DE NOVEMBRE. 163
L'orgueil éclattoit dans fes yeux
Cependant , fa foible paupiere
Ne pouvoit foutenir l'éclat de la lumiere.
Les Dieux examinoient fon maintien
affecté ,
Sa demarche , enfin tout , juſqu'à ſon
moindre gefte.
Loin d'en être déconcerté,
Sa fierté s'en accrut ; d'un ton d'autorité
Il fit une barangue à la Troupe Célefte
,
Qui ne pouvant garder fa gravité ;
Abregea le difcours par maint éclat de
rire.
Jupiter confus & furpris
D'avoir pu faire un fils fi digne de
mépris ,
Les yeux baiffez , n'ofoit rien dire.
Bien lui vallut encor dans fon affliction ,
D'avoir bûplus qu'à l'ordinaire :
Mieux que la Raifon n'eut pu faire,
L'yvreffe en cette occafion ,
Lui fauva la monié de la confufion.
Pallas examinant fon ridicule Frere ,
Dit en maître des Dieux. O Vous ! qu'en
ce moment .
L'ai bonte d'apeller mon Pere ,
· Oij
164 LE MERCURE
N'efperez pas impunément
Deshonorer notre famille ,
Ou defavoüez vôtre Fille ,
Ou chaffez ce .... Ho doucement ,
Dit Phoebus ? Calmez vous Déeffe;
Hé quoi , faut-il que Lafageffe
Parle avec tant d'emportement ?
Du fils de Jupiter ne foyez, point en
peine ,
De l'Olimpe on va le bannir
Au Livre du Deftin j'ai lû fon
avenir >
J'ai de fon fort conoiſſance certaine
.
Notre frere , Pallas , fe nomme Préjugé.
Vous voyez qu'aujourdhui , bravant nôtre
puissance ,
L'Homme afpire à l'independance ;
De nos loix , la raifon l'a prefque degagé
:
Mais , il va deformais rentrerſous nôtre
empire ,
Prejugé feul ,peut le reduire.
Chez les Mortels en Docteur erigé
Envoyons ce nouveau Confrere.
Ileft fot , ignorant ; mais n'importe, j'efpere
Que chez eux ilfera bientôt acredité.
DE NOVEMBRE.
165
Il eft impérieux , l'infolence le guide ,
Il viendra de loin , il décide ;
C'en eft affez pour qu'ilfoit écouté.
Nous le verrons avec audace ,
De la Raifon prendre la place ;
Et ramener aujoug les rebelles Humains.
Par mille battements de mains
Ace projet tous les Dieux applandirent
;
Et pour l'éxecuter , voici comme ils s'y
prirent.
Ils donnerent au faux Docteur
En l'envoyant régenter fur la terre ,
Le titre de Legislateur ,
Avec ordre de faire une éternelle guerre
Ala Raifon , à tousfes Adhérans.
Chezles humains arrivépour détruire
De la raifon le fouverain empire ,
Préjugé des plus ignorans
Gagna d'abord la troupe ridicule ;.
Car tout ignorant eft crédule :
Par le nombre entraînez , bientôt tous les
Mortel's
De la raifon briferent les Autels.
En quittant des ingrats qui l'avoient outragée
,
Elle en crut être affez vangée.
Alors, loin de perçer l'obfcure verité ,
Adorateur d'un bizare fiftême ,
166 LE MERCURE
L'homme ne connut plus ce qu'il êtoir
lui-même.
La plus groffiere abfurdité
En impofa fans peine àfa crédulité.
Non content d'encenfer Lupin & ſa Sequele
,
Indignes Habitans des Cieux s
L'Imbécile fe fit maint Idolé nouvelle
Créateur defes propres Dieux.
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15
p. 197-203
STANCES PRESENTEES AU ROY, SUR LES CEREMONIES DU BAPTÊME DE SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE COMTE DE CLERMONT
Début :
Voici des Stances que M. de Martineau Seigneur de Solleyne, a présentées / Quel pieux appareil ! Quel mystere à nos yeux ? [...]
Mots clefs :
Clarté, Serment, Vertu, Cérémonie, Maison Clermont, Voeux, Diadème, Enfer, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES PRESENTEES AU ROY, SUR LES CEREMONIES DU BAPTÊME DE SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE COMTE DE CLERMONT
Oici des Stances que M. de Martineau
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
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16
p. 367-369
MUSETTE.
Début :
Je veux chanter sur ma Musette, [...]
Mots clefs :
Musette, Amour, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSETTE.
FUSETTE,
ÏE veux chanter sur ma Musette ,
:s doux attraits qui m'ont charmé »
jîvion tendre coeur est enflammé
Des yeux 4e la jeune Lisette:
Elle est favorabje à mes voeux,
Won sort n'est-i.I pas trop heureux t
L'Amour a fait son beau visage ,
Pour lancer ses Traits les plus doux j -t
Dès qu'on la voit on sent ses coups ,
• 1 C«r
3*11 NsERCURE DE FRAÍICE^ „
;Car il s'tst peint dans son Ouvrage :
Elle est favorable à mes voeux ,
ífyoa fort n'est- il pas trop heureux.?
Tous les Bergers de ce Village.»
Adorent ses naiiîans appas ,
En tous lieux ils -suivent ses pas î
Mais elle rit de leur hommage :
Elle est favorable à mes voeux ,
■Mon fort n'est- ii pas trop heureux?
Quand je lut vante ma tendresse,
file m'écoute avec plaisir ,
Et quand au gré de mon désir ,
Sur le gazon je la caresse ; .
ÊUe est favorable à mes voeux*
Mon fort R'est-il pas trop heureux*
Ainsi ,Tircis , qu'Amour inspire,
Assis à l'ombre d'un Ormeau .
Un jour en gardant son Troupeau »
Au tendre Echo faisoic redire :
EUe est favorable à mes voeux ,
Mon fore n'est-il pas trop heureux f
II fut surpris de fa Bergère ,
Qui l'çcoutoit ftès d'«n Bnisspn>" ■ * 4
YT>. Et
FEVRIER. î7jov 3**<
Et le refrain de la Chanson ,
Fut repeté sur la fougère : ,
EUé" est favorable à mes voeux, , i
Mon sort n'etì-il pas trop heureux ?
: Par M. l'stffichtrd.
ÏE veux chanter sur ma Musette ,
:s doux attraits qui m'ont charmé »
jîvion tendre coeur est enflammé
Des yeux 4e la jeune Lisette:
Elle est favorabje à mes voeux,
Won sort n'est-i.I pas trop heureux t
L'Amour a fait son beau visage ,
Pour lancer ses Traits les plus doux j -t
Dès qu'on la voit on sent ses coups ,
• 1 C«r
3*11 NsERCURE DE FRAÍICE^ „
;Car il s'tst peint dans son Ouvrage :
Elle est favorable à mes voeux ,
ífyoa fort n'est- il pas trop heureux.?
Tous les Bergers de ce Village.»
Adorent ses naiiîans appas ,
En tous lieux ils -suivent ses pas î
Mais elle rit de leur hommage :
Elle est favorable à mes voeux ,
■Mon fort n'est- ii pas trop heureux?
Quand je lut vante ma tendresse,
file m'écoute avec plaisir ,
Et quand au gré de mon désir ,
Sur le gazon je la caresse ; .
ÊUe est favorable à mes voeux*
Mon fort R'est-il pas trop heureux*
Ainsi ,Tircis , qu'Amour inspire,
Assis à l'ombre d'un Ormeau .
Un jour en gardant son Troupeau »
Au tendre Echo faisoic redire :
EUe est favorable à mes voeux ,
Mon fore n'est-il pas trop heureux f
II fut surpris de fa Bergère ,
Qui l'çcoutoit ftès d'«n Bnisspn>" ■ * 4
YT>. Et
FEVRIER. î7jov 3**<
Et le refrain de la Chanson ,
Fut repeté sur la fougère : ,
EUé" est favorable à mes voeux, , i
Mon sort n'etì-il pas trop heureux ?
: Par M. l'stffichtrd.
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Résumé : MUSETTE.
La chanson 'Fusette' exprime l'amour du narrateur pour Lisette, une jeune femme dont il admire les doux attraits et les yeux enflammants. Le narrateur se réjouit de l'attention favorable de Lisette et se considère chanceux. Tous les bergers du village sont épris de Lisette, mais elle rit de leurs hommages. Cependant, elle écoute avec plaisir les déclarations du narrateur et accepte ses caresses sur le gazon. Dans une scène, Tircis, inspiré par l'amour, répète son admiration pour Lisette à l'écho, et elle l'écoute en souriant. Le refrain souligne la chance du narrateur d'être aimé par Lisette. La chanson est datée de février 1730 et signée par M. l'Abbé de Frayche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 1337-13[4]4
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
Début :
Irrité par la barbarie, [...]
Mots clefs :
Dieu, Seigneur, Psaume, Israël, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
DE SA CREE,
Tirée du Pseaume 113 , In Exitu Israël, &c.
IRrité Rrité par la barbarie ,
D'un Peuple idolâtre et cruel ,
Le Seigneur , aux Fils d'Israël ,
Promit leur ancienne Patrie.
Alors , sous un Chef redouté ,
De Jacob la féconde Race ,
Brisa par une sainte audace ,
Les fers de sa Captivité.
Heureuses Plaines de Judée ,
Le Ciel daigna vous confier ,
La gloire de sanctifier ,
La Troupe qu'il avoit guidée ;
Votre bonheur fut résolu ,
Quand l'Etre par qui tout respire ,
Soumit vos guerets à l'Empire ,
Du Peuple qu'il avoit élû.
Mais en la présence terrible ,
Du Dieu qui créa l'Univers ,
Combien de prodiges divers !
La Mer même y parut sensible ;;
IL Vol. D V Son
1338 MERCURE DE FRANCESon vaste sein s'épouventa ;
Ses flots fuyoient d'un cours rapide,
Tandis que le Jourdain timide ,
Jusqu'à sa source remonta.
On vous vit , superbes Montagnes
On vous vit , steriles Côteaux ,
Aussi legers que les Troupeaux ,
Qui bondissent dans les Campagnes.
O! Mer, qui te fit reculer 2
O! Jourdain , pourquoi sur tes Rives ,
Vit- on les ondes fugitives ,
Vers leur origine couler ?.
Monts sacrez , Collines tranquiles ,,
Apprenez -nous quel changement s
Vous imprime le mouvement ,.
Des animaux les plus agiles ;,
L'Etre Eternel se découvroit ;
La Terre cessa d'être stable ,
A l'aspect du Dieu redoutable ,
Du Dieu que Jacob adoroit.
C'est lui dont la bonté presente ,
Aux cœurs qui sçavent le chercher ,
Change le sterile Rocher ,
En une Source bienfaisante ;
La pierre obéit à sa voix;'
II Vol. M
༣ JUIN 1732 1339 .
Il parle et soudain l'Onde coule ,
'Au gré de cette ingrate foule ,
Qui murmure contre ses Loix.
Seigneur, aux yeux des foibles hommes ;
Quand tu fais briller ta splendeur ,
L'immensité de ta grandeur ,
Nous instruit du peu que nous sommes :
Sage Auteur de notre raison "
Inspire-nous toûjours de croire
Qu'il ne nous est point dû de gloire ;
Qu'il n'en appartient qu'à ton Nom.
Fais que malgré leur arrogance
Les Humains puissent concevoir ,
La verité de ton pouvoir "
Et les trésors de ta clémence ;
Que les. Infideles privez ,
Des avantages de ton culte
N'osent plus dire avec insulte 9
Quel est le Dieu que vous servez ?
Le Dieu qui reçoit notre hommage ,
'Assis sur la Voute des cieux ,
'Attache ŝans cesse ses yeux ,
1
Sur l'homme , son plus cher ouvrage ;
Aux tendres soins de sa bonté ,
Le Monde entier doit sa naissance ,
IL. Vol Et D vj
1340 MERCURE DE FRANCE
Et, pour limite , sa puissance ,
Ne connoît que sa volonté.
Flatez d'esperances frivoles ,
Chaque jour on voit des Mortels,
Dresser, à l'envi , des Autels ,
A de chimeriques Idoles ;
Quelle honte pour les Humains
D'adorer un Métail sordide !
De fléchir un genoüil timide ,
Devant l'ouvrage de leurs mains.
Vainement l'Ouvrier habile,
Prête une bouche à ces faux Dieux
En vain le ciseau sur leurs yeux ,
Taille une paupiere immobile ;
On ne verra point à des sons
Ceder leurs levres inflexibles ,
Ni leurs yeux devenir sensibles ,
Au Soleil dont nous jouissons.
Tel qui veut chanter les merveilles ,
Des Dieux qu'il se fait à son choix,
Ose-t'il penser que sa voix ,
Percera leurs sourdes oreilles ?
Ces vains fantômes de l'erreur ,
Honorez d'un Peuple crédule ,
Dans le moment que l'encens brule ,
Ignorent quelle en est l'odeur.
II. Vol. Sans
JUIN. 1732. 1347
Sans cesse ma raison demande ,
Si jamais leurs pieds agiront ,
Ou si leurs mains discerneront ,
Le prix d'une riche Guirlande ;
Ont-ils quelques droits sur nos jours.
Quand leur silence opiniâtre ,
Résiste aux cris de l'Idolâtre,
Qui les appelle à son secours.
•
Malheur à l'aveugle qui compte,
Sur un Métail inanimé ;
Puisse celui qui l'a forme,
De son Dieu partager la honte!
Puissent tous ceux de qui l'encens,
Indignement se prostituë ,
Devant une froide Statuë,
Perdre l'usage de leurs sens !
Aux pieds du vrai Dieu prosternée,
La sage Maison d'Israël ,
Fonda sur son bras immortel ,
Tout l'espoir de sa destinée.
Par quel secours , par quel appui ,
Le Seigneur , prodigue pour elle ,
A-t'il récompensé le zele ,
Des cœurs qui n'invoquoient que lui ?
Avec la même confiance ,
II.Vol.
Les
1342 MERCURE DE FRANCE
Les Fils illustres d'Aaron ,
En la grandeur de son saint nom ,
Mettant leur plus ferme esperance ;
Par mille bienfaits répandus ,
A chaque instant Dieu se déclare
Le Protecteur de la Thiare ,
Dontil couronne leurs vertus,
Qu'ils sont forts , malgré leur foiblesse
Ceux qui porte au fond du cœur ,
Cette humble crainte du Seigneur
D'où naît la plus haute sagesse ;
Tous ces illustres Combattans ,
Pour prix d'une fidelle attente
Reçoivent la grace constante ,
Qui les soutient dans tous les temps.
".
Mais dans notre triste carriere ,
Nous-mêmes n'éprouvons nous pas
Que le Seigneur à tous nos pas
Prête sa divine lumiere ?
Loin que nos vœux soient oubliez
Tout nous apprend que sa Justice ,
Abeni l'ardent SacrificeDe nos desirs humilicz.
Ainsi d'un secours efficace ,
Israël mérita le don…
II. Vale Ainsi
JUIN. 173.20 7343 Ainsi le Pontife Aaron ,
L'obtint pour son Auguste Race;
Ainsi le Dieu de Verité ,
Soutient par les graces qu'il donne ,
Et la Houlette et la Couronne
De qui craint sa Divinité.
Puisse-t'il, ce Dieu favorable
A qui vous adressez vos vœux
Et sur vous et sur vos neveux
Répandre sa grace ineffable !
Soyez tous benis, du Seigneur,
Dont la voix commande au Tannerre,
Er #
que le Ciel avec la Terre,
Reconnoît pour son Créateur.
Lorsqu'il se proposa lui- même ,
De regler le Monde à son gré,
Au-dessus du Ciel azuré ,
Il plaça son. Trône suprême.
Le Firmament fut son séjour ,
Et la Terre obscure où nous sommes
Devint le partage des hommes,
Qu'avoit enfantez son amour.
Dieu puissant , Souverain des Anges,.
Les Humains plongez par le sort ,
Dans les tenebres de la mort ,
Ne publieront point tes louanges ;
IL. Vob Tom
1334 MERCURE DE FRANCE 4
Ton nom ne sera point chanté ,
Par ces ames infortunées ,
Que tajustice a condamnées ,
Agémir loin de ta clarté,
Mais nous , qui jouissons encore
Du Soleil , que tu fais mouvoir ,
Seigneur , pour benir ton pouvoir ,
Nous sçavons devancer l'Aurore :
Tous nos vœux seront satisfaits,
Des jours que ta bonté nous laisse
Si nous les consacrons sans cesse ,
Au souvenir de tes bienfaits
Tirée du Pseaume 113 , In Exitu Israël, &c.
IRrité Rrité par la barbarie ,
D'un Peuple idolâtre et cruel ,
Le Seigneur , aux Fils d'Israël ,
Promit leur ancienne Patrie.
Alors , sous un Chef redouté ,
De Jacob la féconde Race ,
Brisa par une sainte audace ,
Les fers de sa Captivité.
Heureuses Plaines de Judée ,
Le Ciel daigna vous confier ,
La gloire de sanctifier ,
La Troupe qu'il avoit guidée ;
Votre bonheur fut résolu ,
Quand l'Etre par qui tout respire ,
Soumit vos guerets à l'Empire ,
Du Peuple qu'il avoit élû.
Mais en la présence terrible ,
Du Dieu qui créa l'Univers ,
Combien de prodiges divers !
La Mer même y parut sensible ;;
IL Vol. D V Son
1338 MERCURE DE FRANCESon vaste sein s'épouventa ;
Ses flots fuyoient d'un cours rapide,
Tandis que le Jourdain timide ,
Jusqu'à sa source remonta.
On vous vit , superbes Montagnes
On vous vit , steriles Côteaux ,
Aussi legers que les Troupeaux ,
Qui bondissent dans les Campagnes.
O! Mer, qui te fit reculer 2
O! Jourdain , pourquoi sur tes Rives ,
Vit- on les ondes fugitives ,
Vers leur origine couler ?.
Monts sacrez , Collines tranquiles ,,
Apprenez -nous quel changement s
Vous imprime le mouvement ,.
Des animaux les plus agiles ;,
L'Etre Eternel se découvroit ;
La Terre cessa d'être stable ,
A l'aspect du Dieu redoutable ,
Du Dieu que Jacob adoroit.
C'est lui dont la bonté presente ,
Aux cœurs qui sçavent le chercher ,
Change le sterile Rocher ,
En une Source bienfaisante ;
La pierre obéit à sa voix;'
II Vol. M
༣ JUIN 1732 1339 .
Il parle et soudain l'Onde coule ,
'Au gré de cette ingrate foule ,
Qui murmure contre ses Loix.
Seigneur, aux yeux des foibles hommes ;
Quand tu fais briller ta splendeur ,
L'immensité de ta grandeur ,
Nous instruit du peu que nous sommes :
Sage Auteur de notre raison "
Inspire-nous toûjours de croire
Qu'il ne nous est point dû de gloire ;
Qu'il n'en appartient qu'à ton Nom.
Fais que malgré leur arrogance
Les Humains puissent concevoir ,
La verité de ton pouvoir "
Et les trésors de ta clémence ;
Que les. Infideles privez ,
Des avantages de ton culte
N'osent plus dire avec insulte 9
Quel est le Dieu que vous servez ?
Le Dieu qui reçoit notre hommage ,
'Assis sur la Voute des cieux ,
'Attache ŝans cesse ses yeux ,
1
Sur l'homme , son plus cher ouvrage ;
Aux tendres soins de sa bonté ,
Le Monde entier doit sa naissance ,
IL. Vol Et D vj
1340 MERCURE DE FRANCE
Et, pour limite , sa puissance ,
Ne connoît que sa volonté.
Flatez d'esperances frivoles ,
Chaque jour on voit des Mortels,
Dresser, à l'envi , des Autels ,
A de chimeriques Idoles ;
Quelle honte pour les Humains
D'adorer un Métail sordide !
De fléchir un genoüil timide ,
Devant l'ouvrage de leurs mains.
Vainement l'Ouvrier habile,
Prête une bouche à ces faux Dieux
En vain le ciseau sur leurs yeux ,
Taille une paupiere immobile ;
On ne verra point à des sons
Ceder leurs levres inflexibles ,
Ni leurs yeux devenir sensibles ,
Au Soleil dont nous jouissons.
Tel qui veut chanter les merveilles ,
Des Dieux qu'il se fait à son choix,
Ose-t'il penser que sa voix ,
Percera leurs sourdes oreilles ?
Ces vains fantômes de l'erreur ,
Honorez d'un Peuple crédule ,
Dans le moment que l'encens brule ,
Ignorent quelle en est l'odeur.
II. Vol. Sans
JUIN. 1732. 1347
Sans cesse ma raison demande ,
Si jamais leurs pieds agiront ,
Ou si leurs mains discerneront ,
Le prix d'une riche Guirlande ;
Ont-ils quelques droits sur nos jours.
Quand leur silence opiniâtre ,
Résiste aux cris de l'Idolâtre,
Qui les appelle à son secours.
•
Malheur à l'aveugle qui compte,
Sur un Métail inanimé ;
Puisse celui qui l'a forme,
De son Dieu partager la honte!
Puissent tous ceux de qui l'encens,
Indignement se prostituë ,
Devant une froide Statuë,
Perdre l'usage de leurs sens !
Aux pieds du vrai Dieu prosternée,
La sage Maison d'Israël ,
Fonda sur son bras immortel ,
Tout l'espoir de sa destinée.
Par quel secours , par quel appui ,
Le Seigneur , prodigue pour elle ,
A-t'il récompensé le zele ,
Des cœurs qui n'invoquoient que lui ?
Avec la même confiance ,
II.Vol.
Les
1342 MERCURE DE FRANCE
Les Fils illustres d'Aaron ,
En la grandeur de son saint nom ,
Mettant leur plus ferme esperance ;
Par mille bienfaits répandus ,
A chaque instant Dieu se déclare
Le Protecteur de la Thiare ,
Dontil couronne leurs vertus,
Qu'ils sont forts , malgré leur foiblesse
Ceux qui porte au fond du cœur ,
Cette humble crainte du Seigneur
D'où naît la plus haute sagesse ;
Tous ces illustres Combattans ,
Pour prix d'une fidelle attente
Reçoivent la grace constante ,
Qui les soutient dans tous les temps.
".
Mais dans notre triste carriere ,
Nous-mêmes n'éprouvons nous pas
Que le Seigneur à tous nos pas
Prête sa divine lumiere ?
Loin que nos vœux soient oubliez
Tout nous apprend que sa Justice ,
Abeni l'ardent SacrificeDe nos desirs humilicz.
Ainsi d'un secours efficace ,
Israël mérita le don…
II. Vale Ainsi
JUIN. 173.20 7343 Ainsi le Pontife Aaron ,
L'obtint pour son Auguste Race;
Ainsi le Dieu de Verité ,
Soutient par les graces qu'il donne ,
Et la Houlette et la Couronne
De qui craint sa Divinité.
Puisse-t'il, ce Dieu favorable
A qui vous adressez vos vœux
Et sur vous et sur vos neveux
Répandre sa grace ineffable !
Soyez tous benis, du Seigneur,
Dont la voix commande au Tannerre,
Er #
que le Ciel avec la Terre,
Reconnoît pour son Créateur.
Lorsqu'il se proposa lui- même ,
De regler le Monde à son gré,
Au-dessus du Ciel azuré ,
Il plaça son. Trône suprême.
Le Firmament fut son séjour ,
Et la Terre obscure où nous sommes
Devint le partage des hommes,
Qu'avoit enfantez son amour.
Dieu puissant , Souverain des Anges,.
Les Humains plongez par le sort ,
Dans les tenebres de la mort ,
Ne publieront point tes louanges ;
IL. Vob Tom
1334 MERCURE DE FRANCE 4
Ton nom ne sera point chanté ,
Par ces ames infortunées ,
Que tajustice a condamnées ,
Agémir loin de ta clarté,
Mais nous , qui jouissons encore
Du Soleil , que tu fais mouvoir ,
Seigneur , pour benir ton pouvoir ,
Nous sçavons devancer l'Aurore :
Tous nos vœux seront satisfaits,
Des jours que ta bonté nous laisse
Si nous les consacrons sans cesse ,
Au souvenir de tes bienfaits
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
Le poème relate l'exode des Israélites hors d'Égypte et leur traversée miraculeuse de la mer Rouge. Dieu, irrité par la barbarie d'un peuple idolâtre et cruel, promet aux Israélites leur ancienne patrie. Sous la conduite d'un chef redouté, les Israélites brisent les fers de leur captivité par une sainte audace. Les plaines de Judée sont confiées à la gloire de sanctifier le peuple guidé par Dieu. La mer Rouge et le Jourdain accomplissent des prodiges, comme reculer et remonter à leur source, tandis que les montagnes et les collines se comportent comme des troupeaux légers. Ces événements miraculeux montrent la puissance de Dieu, qui change les rochers en sources bienfaisantes et fait couler l'eau au gré d'une foule ingrate. Le poème exalte la grandeur de Dieu, qui surveille constamment l'homme, son ouvrage le plus cher. Il critique l'adoration des idoles et des faux dieux, incapables de réagir ou d'agir. La Maison d'Israël, prosternée devant le vrai Dieu, fonde son espoir sur son bras immortel. Les fils d'Aaron mettent leur confiance en Dieu, qui les récompense par mille bienfaits. Le texte se conclut par une prière pour que Dieu répande sa grâce sur les fidèles et leurs descendants, reconnaissant son pouvoir sur le ciel et la terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 2806-2814
DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Début :
L'Homme sujet aux passions et à l'erreur, en devient le joüet, quand il [...]
Mots clefs :
Sage, Erreur, Homme, Fragilité, Vérité, Misère, Orgueil, Ressources, Voeux
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
DISCOURS sur ces paroles : Le Sage
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
Fermer
Résumé : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Le texte 'Discours sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes' analyse la nature humaine et la sagesse. L'homme, souvent dominé par ses passions et ses erreurs, tend à dissimuler ses fautes plutôt que de les réparer, ignorant ainsi les dangers qu'il encourt. Le sage, en revanche, reconnaît ses faiblesses et s'efforce de les corriger. Il évite tout ce qui pourrait diminuer son idée d'excellence, une chimère précieuse qu'il porte toujours avec lui et qui guide ses actions et ses pensées. Le texte souligne que tous les hommes reconnaissent intérieurement leur susceptibilité à l'erreur, mais ils doivent chercher à connaître leurs fautes pour se corriger. Le sage est le seul capable de cet examen nécessaire pour connaître ses fautes sans se méprendre. L'homme ordinaire, quant à lui, a une répugnance extrême pour cet examen, car il implique des réflexions troublantes et des recherches gênantes. L'amour-propre désavoue ces efforts et préfère l'indolence, détournant les yeux de ce qui choque pour ne voir que ce qui flatte. Le sage, animé par l'amour de la vérité, utilise ses fautes comme des occasions de progrès. Il ne se contente pas de les connaître, mais les utilise pour avancer dans le chemin de la vertu. Contrairement à l'homme ordinaire, le sage cultive des vertus telles que la prudence, la fermeté, la patience, l'activité et la vigilance. Ces vertus lui rendent faciles les actions que les vices contraires rendent impossibles pour les autres. Le texte conclut en exhortant à imiter le sage, à connaître et à détester les fautes pour en profiter par une pénitence salutaire, au service de la gloire divine et de la sanctification personnelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 2814-2817
A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Début :
Au Parnasse François mon nom est ignoré, [...]
Mots clefs :
Portrait, Injure, Sort, Voeux, Immortelle gloire, Marne, Coeur, Parnasse, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
A Mile de Malcrais de la Vigne ,
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
Fermer
Résumé : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Le texte est une réponse à un madrigal de Mile de Malcrais de la Vigne, publié dans le Mercure d'octobre 1732. L'auteur, restant anonyme au Parnasse français, dresse un tableau de sa vie. Il décrit son portrait, notant que la nature a atténué ses défauts et que l'adversité accentue ses traits. Il apprécie l'équité de ses amis et aspire à la vérité et à la liberté. L'auteur se satisfait du nécessaire, éloigné des grands et des sots, et se consacre aux arts et à la solitude. Il souhaite laisser une trace par ses œuvres et préfère cultiver la gloire par les arts plutôt que par les guerres. Il se définit comme simple et naturel, cherchant à toucher les cœurs plutôt que flatter les esprits. L'auteur regrette un temps passé avec une certaine Zirphée et exprime son désir de la revoir, prêt à tout risquer pour elle. Il conclut en déclarant son ardeur pour les charmes de cette fille divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 600-601
A SON EMINENCE.
Début :
Sage Dispensateur d'une vaste Puissance, [...]
Mots clefs :
Coeur, Voeux, Cardinal de Fleury
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SON EMINENCE.
A SON EMINENCE.
Sage Dispensateur d'une vaste Puissance ,
Qui fait des voeux pour toi , s'acquitte envers la
France
FLEURY , puissent les Dieux ne plus compter les
ans ,
Et puisse leur séjour t'attendre encor long-tems !
Que ta vigueur durable à nos besoins réponde.
Soutien toujours le nom de Bienfaicteur du
Monde.
De l'Europe à ta foy le destin fut remis ,
Et nos Voisins jaloux devinrent nos amis.
Tu rends l'obeïssance et certaine et facile
Le Soldat est payé, le Rentier est tranquille,
Même le Courtisan dispensé de flatter ,
Pour atteindre aux honneurs n'a qu'à les mériter;
Pilote vigilant , joui des vents propices.
D'un Monarque ombrageux essuyant les caprices
,
Armand, voyoit par lui ses projets combattus ;
Lours t'ouvrit son coeur en l'ouvrant aux Vertus.
Possede de ton Roy l'auguste confiance s
Son bonheur t'a placé ; le remps , l'experience ,
Lui font à chaque instant renouveller son choix
Ses regards de tes soins soulagent tout le poids.
L'Histoire , qui souvent prend la haine pour
guide ,
Peint Armand trop severe et Jules trop avide
Veit
Voit-on la cruauté t'inspirer ses transports ?
L'Avarice occupée à compter tes trésors ?
FLEURY , la paix du coeur regne sur ton visage ,
Jamais les Passions n'y forment de nuage ,
Aux Graces ton accueil ajoute un nouveau prix;
Le refus nécessaire est au moins sans mépris ;
Le culte seul en toi trouve un vengeur austeres
La Politique en fait un frein pour le vulgaire ,
Mais il est à tes yeux le vrai devoir des Rois ,
Le principe du bien et la source des Loix.
Poursui sans te lasser ta carriere immortelle ,
Cherche dans ta vertu le seul prix digne d'elles
Les titres, les respects , les éloges pompeux ,
Sont une récompense au - dessous de tes voeux ;
Loin de toi ces Rimeurs que le besoin altere ,
Qui font d'un talent noble- un métier merce
naire ;
Reçoi l'hommage pur que le coeur m'a dicté ;
Mes Vers n'ont d'autre prix que leur sincerité.
Sage Dispensateur d'une vaste Puissance ,
Qui fait des voeux pour toi , s'acquitte envers la
France
FLEURY , puissent les Dieux ne plus compter les
ans ,
Et puisse leur séjour t'attendre encor long-tems !
Que ta vigueur durable à nos besoins réponde.
Soutien toujours le nom de Bienfaicteur du
Monde.
De l'Europe à ta foy le destin fut remis ,
Et nos Voisins jaloux devinrent nos amis.
Tu rends l'obeïssance et certaine et facile
Le Soldat est payé, le Rentier est tranquille,
Même le Courtisan dispensé de flatter ,
Pour atteindre aux honneurs n'a qu'à les mériter;
Pilote vigilant , joui des vents propices.
D'un Monarque ombrageux essuyant les caprices
,
Armand, voyoit par lui ses projets combattus ;
Lours t'ouvrit son coeur en l'ouvrant aux Vertus.
Possede de ton Roy l'auguste confiance s
Son bonheur t'a placé ; le remps , l'experience ,
Lui font à chaque instant renouveller son choix
Ses regards de tes soins soulagent tout le poids.
L'Histoire , qui souvent prend la haine pour
guide ,
Peint Armand trop severe et Jules trop avide
Veit
Voit-on la cruauté t'inspirer ses transports ?
L'Avarice occupée à compter tes trésors ?
FLEURY , la paix du coeur regne sur ton visage ,
Jamais les Passions n'y forment de nuage ,
Aux Graces ton accueil ajoute un nouveau prix;
Le refus nécessaire est au moins sans mépris ;
Le culte seul en toi trouve un vengeur austeres
La Politique en fait un frein pour le vulgaire ,
Mais il est à tes yeux le vrai devoir des Rois ,
Le principe du bien et la source des Loix.
Poursui sans te lasser ta carriere immortelle ,
Cherche dans ta vertu le seul prix digne d'elles
Les titres, les respects , les éloges pompeux ,
Sont une récompense au - dessous de tes voeux ;
Loin de toi ces Rimeurs que le besoin altere ,
Qui font d'un talent noble- un métier merce
naire ;
Reçoi l'hommage pur que le coeur m'a dicté ;
Mes Vers n'ont d'autre prix que leur sincerité.
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Résumé : A SON EMINENCE.
La lettre est adressée à André-Hercule de Fleury, cardinal et principal ministre de Louis XV. L'auteur exprime des vœux pour la longévité et la santé de Fleury, soulignant son rôle bénéfique pour la France et l'Europe. Fleury est loué pour avoir transformé des voisins jaloux en amis et pour avoir assuré la paix et la stabilité. Il est décrit comme un pilote vigilant, capable de gérer les caprices d'un monarque ombrageux. La lettre met en avant la confiance du roi en Fleury, renforcée par le temps et l'expérience. L'auteur conteste les portraits négatifs de l'histoire, affirmant que Fleury est guidé par la vertu et le devoir royal. Il encourage Fleury à poursuivre sa carrière avec la vertu comme seule récompense, rejetant les flatteries et les éloges pompeux. La lettre se conclut par un hommage sincère, valorisant la sincérité des vers écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 621-626
LES DEUX TEMPLES.
Début :
Sur la cime d'un Mont, élevé jusqu'aux Cieux, [...]
Mots clefs :
Temple, Voeux, Mortels, Mortel, Dieux, Damon, Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DEUX TEMPLES.
LES DEUX TEMPLES.
S
Ur la cime d'un Mont , élevé jus
qu'aux Cieux ,
Est un Temple inconnu , que bâti
rent les Dieux ,
Le temps a respecté son antique structure ,
Le Marbre en fait briller la noble Architecture ,
Les portes sont d'argent , la couverture est d'or ,
Autour de l'Edifice il regne un Coridor ,
Trois Ordres élegants , composent la façade ,
A ij Le
822 MERCURE DE FRANCE
Le Parvis est fermé par une Colonnade :
Les Dieux ont au- dehors, prodigué leurs présents:
Et les Mortels devoient enrichir le dedans ,
Ils le devoient , hélas ! chimérique esperance !
Les Mortels sont- ils faits pour la RECONNOISSANCE
?
C'est la Divinité qu'on adore en ce lieu,
Un Autel presque nud occupe le milieu ;
Là , des voeux des Humains on ne voit nulles
traces ,
Tout y ressent l'oubli des faveurs et des graces ;
Et des seuls animaux les hommages sacrez ,
Ont fourni les sujets dont les murs sont parez.
On apperçoit un chien , sans songer à repaître ,
Qui meurt , comme en arrêt , au Tombeau de
son Maître ,
Ce Lion qu'un Mortel garantit du trépas ,
Passe après lui les Mers et suit par tout ses pas.
Penetré d'un bienfait , Damon vint dans c
Temple ,
D'un coeur reconnoissant , donner comme eux
l'exemple :
La Justice d'abord , et la Fidelité ,
Le conduisent aux pieds de la Diviniré :
Je te rends , lui dit-il , un tribut légitime ,
Déesse , sois propice à l'ardeur qui m'anime ,
Daigne, daigne en faveur d'un ami genereux ,
Couronner aujourd'ui mes soupirs et mes voeux
Toi qui devrois regner sur tout ce qui respire ,
Exerce
AVRIL. 623
1733
Exerce au moins sur moi ton adorable Empire ,
Porte , sans hesiter , mon zele au plus haut point ,
Exige tout ; mon coeur ne t'en dédira point :
Cet ami bienfaisant pour qui je te reclame , `
Ariste , désormais , aura toute mon ame ,
Travaille à le combler et d'honneurs et de biens
Retranche de mes jours pour ajoûter aux siens ,
Rends - moi , par la ferveur d'un zele infatigable ,
De sa félicité la source inépuisable.
Si je lui survivois ( Ciel ne le permets pas . )
Fais qu'avec ses enfans je pleure son trépas ,
Et que de ma fortune agréant le partage ,
İls retrouvent en elle un second héritage.
Se peut- il que ton joug ne puisse être porté !
Et que ce Temple saint soit ainsi déserté !
Toutesfois , au moment d'une grace récente ,
Ecoutez un Mortel ; Vous passez son attente ,
Que ne vous doit-il point ? il en perd la raison ,'
Il vous offre son bien , sa table , sa maison ,
Que de voeux ! que d'encens ! vous êtes son Idole,
Rien ne lui coûte enfin , qu'à vous tenir parole :
Ainsi de ses transports le ridicule excès ,
Se calmant tout à coup , passe comme un accès,
He ! quoi ? pour s'acquitter de quelques bons of
fices ,
Exigerois
- tu donc
de si grands
Sacrifices
?
Non , tu veux seulement un simple souvenir ,
Déesse , tu le yeux , et ne peux l'obtenir .
A iij
Loin
624 MERCURE DE FRANCE
Lon de punir en moi leurs offenses mortelles ,
Par ma fidelité confonds ces coeurs rebelles ,
Et que sur tout je puisse ôter le voile épais ,
Dont Ariste prend soin de couvrir ses bienfaits.
Il dit et de l'Autel une vive lumiere ,
Se répandant sur lui consacra sa Priere.
Damon s'en retournoit lorsqu'il vit dans les
champs ,
Un immense concours de Peuples differens.
Où s'adresse , dit-il , cette foule innombrable :
Est -ce ici ? non , reprit un vieillard venerable ,
Au culte des Autels de tout temps consacré ;
Un Temple , ajoûta- t'il , prophane et reveré,
Dirige tous les pas de cette multitude ,
Et paroît insulter à notre solitude.
Celui- cy fut construit par de divines mains
Cet autre fut jadis,l'ouvrage des Humains ,
C'est leur premier labeur , leur honteux do
micile ,
Placé dans un Vallon , la route en est facile.
Le Bâtiment est rond , cent Portiques divers ,
S'ouvrent aux Habitans de ce vaste Univers .
Là , du Fleuve Lethé l'on découvre la source ,
Par une Onde paisible il commence sa course
Puis tombe en écumant , dans un abysme affreux,
Pour se creuser un lit au séjour ténebreux.
Un Monstre qu'avec peine , ici , je vous retrace
Dans ce Temple pervers étale son audace ;
L'inAVRIL.
1733. 625
L'INGRATITUDE enfin est l'objet odieux ,
A qui tous les Mortels y prodiguent leurs voeux
Dans un enfoncement son triste Sanctuaire ,
N'a pour toute clarté qu'un foible luminaire :
Mere du sombre Accueil , et fille de la Nuit ,
Jusques sur son Autel l'Obscurité la suit ,
Elle en fait son triomphe , et ce sont ces ted
nebres ,
Qui rendent en tous lieux ses Mysteres celebres.
Là, sont ensevelis dans un affreux néant ,
Les jours qu'on a passez au service d'un Grand
On vient s'y délivrer avec impatience ,
Du pénible fardeau de la reconnoissance ;
Chacun de sa memoire , efface jusqu'aux traits ,
Du Mortel qui jadis le combla de bienfaits.
Les sermens violez font regner le Parjure .
Toutes graces enfin passent pour une injure
Et ce Monstre superbe engloutit à nos yeux ,
Les faveurs des Mortels , celles même des Dieux,
Car son impieté , sans crainte du tonnerre
Voudroit aneantir leur culte sur la terre :
Pour une ame sensible il n'a que du mépris.
Les Forfaits des Ingrats sout peints sur les Lambris.
›
On voit un malheureux tiré de la misere ,
Méconnoître l'ami qui lui servit de pere.
Un fils dénaturé , souffre à regret le cours ,
Des ans que le Ciel compte à l'Auteur de ses
jours.
A iiij UM
526 MERCURE DE - FRANCE
Un Esclave affranchi, comme un infame traître,
A la proscription s'en va livrer son Maître ,
Ou plutôt , prévenant de cruels ennemis ,
Court , sa tête à la main , en demander le prix.
De perfides sujets attentent à la vie ,
D'un Prince qui s'immole au bien de la Patrie
Et leur fureur hâtant son tragique destin ,
Sur son Trône sanglant place son assassin.
Cessez , reprit Damon , un détail si funeste.
Troublé de tant d'horreurs épargnez moi le
reste ,
Et craignons de soüiller par ce récit affreux ,
De vos jours innocens l'azile bienheureux .
M. Tanevot.
S
Ur la cime d'un Mont , élevé jus
qu'aux Cieux ,
Est un Temple inconnu , que bâti
rent les Dieux ,
Le temps a respecté son antique structure ,
Le Marbre en fait briller la noble Architecture ,
Les portes sont d'argent , la couverture est d'or ,
Autour de l'Edifice il regne un Coridor ,
Trois Ordres élegants , composent la façade ,
A ij Le
822 MERCURE DE FRANCE
Le Parvis est fermé par une Colonnade :
Les Dieux ont au- dehors, prodigué leurs présents:
Et les Mortels devoient enrichir le dedans ,
Ils le devoient , hélas ! chimérique esperance !
Les Mortels sont- ils faits pour la RECONNOISSANCE
?
C'est la Divinité qu'on adore en ce lieu,
Un Autel presque nud occupe le milieu ;
Là , des voeux des Humains on ne voit nulles
traces ,
Tout y ressent l'oubli des faveurs et des graces ;
Et des seuls animaux les hommages sacrez ,
Ont fourni les sujets dont les murs sont parez.
On apperçoit un chien , sans songer à repaître ,
Qui meurt , comme en arrêt , au Tombeau de
son Maître ,
Ce Lion qu'un Mortel garantit du trépas ,
Passe après lui les Mers et suit par tout ses pas.
Penetré d'un bienfait , Damon vint dans c
Temple ,
D'un coeur reconnoissant , donner comme eux
l'exemple :
La Justice d'abord , et la Fidelité ,
Le conduisent aux pieds de la Diviniré :
Je te rends , lui dit-il , un tribut légitime ,
Déesse , sois propice à l'ardeur qui m'anime ,
Daigne, daigne en faveur d'un ami genereux ,
Couronner aujourd'ui mes soupirs et mes voeux
Toi qui devrois regner sur tout ce qui respire ,
Exerce
AVRIL. 623
1733
Exerce au moins sur moi ton adorable Empire ,
Porte , sans hesiter , mon zele au plus haut point ,
Exige tout ; mon coeur ne t'en dédira point :
Cet ami bienfaisant pour qui je te reclame , `
Ariste , désormais , aura toute mon ame ,
Travaille à le combler et d'honneurs et de biens
Retranche de mes jours pour ajoûter aux siens ,
Rends - moi , par la ferveur d'un zele infatigable ,
De sa félicité la source inépuisable.
Si je lui survivois ( Ciel ne le permets pas . )
Fais qu'avec ses enfans je pleure son trépas ,
Et que de ma fortune agréant le partage ,
İls retrouvent en elle un second héritage.
Se peut- il que ton joug ne puisse être porté !
Et que ce Temple saint soit ainsi déserté !
Toutesfois , au moment d'une grace récente ,
Ecoutez un Mortel ; Vous passez son attente ,
Que ne vous doit-il point ? il en perd la raison ,'
Il vous offre son bien , sa table , sa maison ,
Que de voeux ! que d'encens ! vous êtes son Idole,
Rien ne lui coûte enfin , qu'à vous tenir parole :
Ainsi de ses transports le ridicule excès ,
Se calmant tout à coup , passe comme un accès,
He ! quoi ? pour s'acquitter de quelques bons of
fices ,
Exigerois
- tu donc
de si grands
Sacrifices
?
Non , tu veux seulement un simple souvenir ,
Déesse , tu le yeux , et ne peux l'obtenir .
A iij
Loin
624 MERCURE DE FRANCE
Lon de punir en moi leurs offenses mortelles ,
Par ma fidelité confonds ces coeurs rebelles ,
Et que sur tout je puisse ôter le voile épais ,
Dont Ariste prend soin de couvrir ses bienfaits.
Il dit et de l'Autel une vive lumiere ,
Se répandant sur lui consacra sa Priere.
Damon s'en retournoit lorsqu'il vit dans les
champs ,
Un immense concours de Peuples differens.
Où s'adresse , dit-il , cette foule innombrable :
Est -ce ici ? non , reprit un vieillard venerable ,
Au culte des Autels de tout temps consacré ;
Un Temple , ajoûta- t'il , prophane et reveré,
Dirige tous les pas de cette multitude ,
Et paroît insulter à notre solitude.
Celui- cy fut construit par de divines mains
Cet autre fut jadis,l'ouvrage des Humains ,
C'est leur premier labeur , leur honteux do
micile ,
Placé dans un Vallon , la route en est facile.
Le Bâtiment est rond , cent Portiques divers ,
S'ouvrent aux Habitans de ce vaste Univers .
Là , du Fleuve Lethé l'on découvre la source ,
Par une Onde paisible il commence sa course
Puis tombe en écumant , dans un abysme affreux,
Pour se creuser un lit au séjour ténebreux.
Un Monstre qu'avec peine , ici , je vous retrace
Dans ce Temple pervers étale son audace ;
L'inAVRIL.
1733. 625
L'INGRATITUDE enfin est l'objet odieux ,
A qui tous les Mortels y prodiguent leurs voeux
Dans un enfoncement son triste Sanctuaire ,
N'a pour toute clarté qu'un foible luminaire :
Mere du sombre Accueil , et fille de la Nuit ,
Jusques sur son Autel l'Obscurité la suit ,
Elle en fait son triomphe , et ce sont ces ted
nebres ,
Qui rendent en tous lieux ses Mysteres celebres.
Là, sont ensevelis dans un affreux néant ,
Les jours qu'on a passez au service d'un Grand
On vient s'y délivrer avec impatience ,
Du pénible fardeau de la reconnoissance ;
Chacun de sa memoire , efface jusqu'aux traits ,
Du Mortel qui jadis le combla de bienfaits.
Les sermens violez font regner le Parjure .
Toutes graces enfin passent pour une injure
Et ce Monstre superbe engloutit à nos yeux ,
Les faveurs des Mortels , celles même des Dieux,
Car son impieté , sans crainte du tonnerre
Voudroit aneantir leur culte sur la terre :
Pour une ame sensible il n'a que du mépris.
Les Forfaits des Ingrats sout peints sur les Lambris.
›
On voit un malheureux tiré de la misere ,
Méconnoître l'ami qui lui servit de pere.
Un fils dénaturé , souffre à regret le cours ,
Des ans que le Ciel compte à l'Auteur de ses
jours.
A iiij UM
526 MERCURE DE - FRANCE
Un Esclave affranchi, comme un infame traître,
A la proscription s'en va livrer son Maître ,
Ou plutôt , prévenant de cruels ennemis ,
Court , sa tête à la main , en demander le prix.
De perfides sujets attentent à la vie ,
D'un Prince qui s'immole au bien de la Patrie
Et leur fureur hâtant son tragique destin ,
Sur son Trône sanglant place son assassin.
Cessez , reprit Damon , un détail si funeste.
Troublé de tant d'horreurs épargnez moi le
reste ,
Et craignons de soüiller par ce récit affreux ,
De vos jours innocens l'azile bienheureux .
M. Tanevot.
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Résumé : LES DEUX TEMPLES.
Le texte présente deux temples distincts, l'un situé sur une montagne et l'autre dans une vallée. Le premier temple, édifié par les dieux, est somptueusement décoré de marbre, d'argent et d'or. Malgré les présents divins offerts aux mortels, ce temple est désert. Damon, reconnaissant pour un bienfait reçu, prie dans ce temple pour la prospérité de son ami Ariste. Le second temple, construit par les hommes, est dédié à l'ingratitude et attire une multitude de peuples. Ce lieu sombre accueille ceux qui cherchent à se libérer du fardeau de la reconnaissance. Les murs du temple sont ornés de scènes illustrant l'ingratitude, telles qu'un homme méconnaissant son bienfaiteur ou un fils dénaturé. Damon, horrifié par ces visions, demande à cesser ce récit funeste.
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22
p. 47-51
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Thyrrhena Regum, &c.
Début :
Rejetton de Roy qu'on honore, [...]
Mots clefs :
Horace, Temps, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Thyrrhena Regum, &c.
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par ces mots : Thyrrhena
Regum , &c.
R Ejetton de Roy qu'on honore ,
Chez moi je vous réserve un muid tout plein
encore
D'un vin dont la douceur peut répondre à vos
voeux ,
Et je me suis pourvû , Mécêne , entre autre chose,
De Parfums exquis et de Roses
Que je destine à vos cheveux.
Hâtez-vous d'être mon Convive .
Que votre coeur au moins pour quelque temps
se prive
Des transports ravissans dont il se sent pressé ,
A l'aspect de Tibur , des Campagnes d'Esule ,
Et du Mont où fonda Tuscule ,
Le fils d'Ulisse et de Circé .
Quittez , pour remplir mon attente ,
Des repas superflus la pompe dégoutante ;
Quittez ce haut Palais superbement construit ,
Er de l'heureuse Rome , objet de vos tendresses
Cessez d'admirer les richesses ,
L'éclat, la fumée et le bruit
Le
48 MERCURE DE FRANCE
Le changement d'air et de table ,
A l'homme le plus riche est souvent agreable ;
Souvent le toît du pauvre a des charmes pour
Souvent la propreté d'une humble nourriture
Sans pourpre , tapis , ni doruré ,
De son front a chassé l'ennui.
luia
Déja le temps , à qui tout cede ,
Fait sur notre horison du Père d'Andromede
Reparoître les feux depuis long- temps cachez
Déja de Procyon on ressent l'inclémence ,
Et l'âpre Lion recominence.
A brûler nos Champs dessechez .
Les Bergers , les Troupeaux débiles ,
Contre l'ardeur du jour vont chercher pour azile
Les buissons de Sylvain , l'Ombrage et les Ruisseaux.
Tout languit accablé d'une chaleur extrême ,
Le vent ne rafraichit pas même
Les lieux les plus voisins des Eaux.
Cependant votre ame inquiete
S'abandonne aux soucis , dans l'embarras so
jette ,
Toujours craignant pour Rome et veillant à son
bien ;
Vous redoutez toujours , guidé par votre zele ,
Ce
JANVIER. 49 1734
Ce que pourroient tramer contre elle ,
Bactres , * le Scythe et l'Indien .
Le prudent Arbitre du Monde
Nous cache l'avenir dans une nuit profonde ,
Et rit de nos frayeurs qui vont jusqu'à l'excès:
Il suffit de regler les affaires présentes ;
Grace à vos démarches prudentes ,
Tout leur assure un bon succès.
Tout le reste a la ressemblance ,
D'un Fleuve , qui tantôt s'écoule avec silence ,
Et tantôt furieux dans son débordement ,
Entraîne Arbres , Maisons , Rochers, Troupeaux,
Racines ;
Des Monts et des Forêts voisines
Excite le mugissement .
L'inquiétude et les allarmes.
De la vie aux Mortels -enlevent tous les charmes;
Heureux cent fois celui qu'elles n'ont point
vaincu ! .
Et qui toujours exempt d'une crainte effrenée ,
A la fin de chaque journée ,
Peut dire aujourd'hui j'ai vécu. :
Que du nuage le plus sombre ,
* Ville Capitale d'un Pays voisin de la Scyshie,
autrefois subjuguée par Cyrus .
Demain
so MERCURE DE FRANCE
Demain le Roi des Dieux sur nous répande
l'ombre ,
Qu'il fasse du Soleil triompher la clarté ;
Des accidens passez Jupiter n'est plus Maître ,
Et ce qu'une fois il fit être ,
Ne peut plus n'avoir pas été.
La Fortune aveugle et cruelle
Prend un plaisir malin à nous être infidelle ,
Aime à faire passer ses dons de main en main ;
Et tantôt ennemie et tantôt bienfaictrice ,
Selon les loix de son caprice ,
Change du soir au lendemain.
Tant qu'elle est ferme , je la loue ;
Mais dès qu'en s'envolant la perfide me joüe ,
Je lui rends volontiers ce qu'elle m'a prêté.
Des traits du désespoir ma vertu me délivre ,
Et je me tiens content de vivre
Dans une honnête pauvreté.
Sur le sein de l'Onde en colere ,
On ne me verra point , Suppliant , Mercenaire
Traiter avec le Ciel par mille voeux formez ,
Pour empêcher que l'or dont ma Barque ese
chargée ,
N'aille de l'inconstante Egée
Enrichir les Flots affamez.
Libre
JANVIER. 1734. st
Libre d'une telle manie ,
A l'aide d'un Esquif j'aurai soin de ma vie ;
Ma plus grande richesse et mon plus cher trésor
Et bornant tous mes voeux gagner le rivage ,
J'obtienderai ce doux avantage
Et de Pollux et de Castor.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Thyrrhena
Regum , &c.
R Ejetton de Roy qu'on honore ,
Chez moi je vous réserve un muid tout plein
encore
D'un vin dont la douceur peut répondre à vos
voeux ,
Et je me suis pourvû , Mécêne , entre autre chose,
De Parfums exquis et de Roses
Que je destine à vos cheveux.
Hâtez-vous d'être mon Convive .
Que votre coeur au moins pour quelque temps
se prive
Des transports ravissans dont il se sent pressé ,
A l'aspect de Tibur , des Campagnes d'Esule ,
Et du Mont où fonda Tuscule ,
Le fils d'Ulisse et de Circé .
Quittez , pour remplir mon attente ,
Des repas superflus la pompe dégoutante ;
Quittez ce haut Palais superbement construit ,
Er de l'heureuse Rome , objet de vos tendresses
Cessez d'admirer les richesses ,
L'éclat, la fumée et le bruit
Le
48 MERCURE DE FRANCE
Le changement d'air et de table ,
A l'homme le plus riche est souvent agreable ;
Souvent le toît du pauvre a des charmes pour
Souvent la propreté d'une humble nourriture
Sans pourpre , tapis , ni doruré ,
De son front a chassé l'ennui.
luia
Déja le temps , à qui tout cede ,
Fait sur notre horison du Père d'Andromede
Reparoître les feux depuis long- temps cachez
Déja de Procyon on ressent l'inclémence ,
Et l'âpre Lion recominence.
A brûler nos Champs dessechez .
Les Bergers , les Troupeaux débiles ,
Contre l'ardeur du jour vont chercher pour azile
Les buissons de Sylvain , l'Ombrage et les Ruisseaux.
Tout languit accablé d'une chaleur extrême ,
Le vent ne rafraichit pas même
Les lieux les plus voisins des Eaux.
Cependant votre ame inquiete
S'abandonne aux soucis , dans l'embarras so
jette ,
Toujours craignant pour Rome et veillant à son
bien ;
Vous redoutez toujours , guidé par votre zele ,
Ce
JANVIER. 49 1734
Ce que pourroient tramer contre elle ,
Bactres , * le Scythe et l'Indien .
Le prudent Arbitre du Monde
Nous cache l'avenir dans une nuit profonde ,
Et rit de nos frayeurs qui vont jusqu'à l'excès:
Il suffit de regler les affaires présentes ;
Grace à vos démarches prudentes ,
Tout leur assure un bon succès.
Tout le reste a la ressemblance ,
D'un Fleuve , qui tantôt s'écoule avec silence ,
Et tantôt furieux dans son débordement ,
Entraîne Arbres , Maisons , Rochers, Troupeaux,
Racines ;
Des Monts et des Forêts voisines
Excite le mugissement .
L'inquiétude et les allarmes.
De la vie aux Mortels -enlevent tous les charmes;
Heureux cent fois celui qu'elles n'ont point
vaincu ! .
Et qui toujours exempt d'une crainte effrenée ,
A la fin de chaque journée ,
Peut dire aujourd'hui j'ai vécu. :
Que du nuage le plus sombre ,
* Ville Capitale d'un Pays voisin de la Scyshie,
autrefois subjuguée par Cyrus .
Demain
so MERCURE DE FRANCE
Demain le Roi des Dieux sur nous répande
l'ombre ,
Qu'il fasse du Soleil triompher la clarté ;
Des accidens passez Jupiter n'est plus Maître ,
Et ce qu'une fois il fit être ,
Ne peut plus n'avoir pas été.
La Fortune aveugle et cruelle
Prend un plaisir malin à nous être infidelle ,
Aime à faire passer ses dons de main en main ;
Et tantôt ennemie et tantôt bienfaictrice ,
Selon les loix de son caprice ,
Change du soir au lendemain.
Tant qu'elle est ferme , je la loue ;
Mais dès qu'en s'envolant la perfide me joüe ,
Je lui rends volontiers ce qu'elle m'a prêté.
Des traits du désespoir ma vertu me délivre ,
Et je me tiens content de vivre
Dans une honnête pauvreté.
Sur le sein de l'Onde en colere ,
On ne me verra point , Suppliant , Mercenaire
Traiter avec le Ciel par mille voeux formez ,
Pour empêcher que l'or dont ma Barque ese
chargée ,
N'aille de l'inconstante Egée
Enrichir les Flots affamez.
Libre
JANVIER. 1734. st
Libre d'une telle manie ,
A l'aide d'un Esquif j'aurai soin de ma vie ;
Ma plus grande richesse et mon plus cher trésor
Et bornant tous mes voeux gagner le rivage ,
J'obtienderai ce doux avantage
Et de Pollux et de Castor.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Thyrrhena Regum, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace adressée à Mécène. Le poète invite Mécène à fuir les plaisirs et les soucis de Rome pour un moment de détente et de simplicité. Il propose un repas modeste mais agréable, loin des richesses et des bruits de la ville. Le poète souligne que même les plus riches peuvent bénéficier d'un changement d'air et de table. Il décrit la chaleur accablante de l'été, affectant les bergers et les troupeaux, et contraste cela avec l'inquiétude constante de Mécène pour Rome. Le poète rappelle que l'avenir est incertain et que les soucis excessifs enlèvent les charmes de la vie. Il exprime son désir de vivre sans crainte, acceptant les caprices de la fortune. Il se déclare content de vivre dans une honnête pauvreté, libre des désirs excessifs. Enfin, il aspire à atteindre le rivage en toute sécurité, comme les dieux jumeaux Castor et Pollux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 657-659
LES DOUCEURS DU PRINTEMS.
Début :
Quand te reverrons-nous, Printems délicieux, [...]
Mots clefs :
Printemps, Voeux, Temps délicieux, Plaine, Yeux, Foule
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texteReconnaissance textuelle : LES DOUCEURS DU PRINTEMS.
LES DOUCEURS DU PRINTEMS .
Uand te reverrons - nous , Printems déli-
Q
cieux ,
Qui depuis tant de jours es l'objet de nos voeux
Badin zéphir de cette plaine
Chasse l'Aquilon furieux ;
Et qu'on n'entende dans ces lieux
Que le doux bruit de ton haleine .
Toi , Soleil , dissous les Glaçons
Qui couvrent ces Montagnes :
Du brillant feu de tes rayons ,
Décore nos Campagnes ;
Et ramène au plutôt ce temps plutôt ce temps délicieux
?
Qui depuis tant de jours est l'objet de nos voeux.
Mais que vois- je ! à ces voeux le Ciel est faverable
,
L'air
658 MERCURE DE FRANCE
L'air tout-à- coup devient serein ;
Et la Terre quitte soudain ;
Pour prendre un dehors agréable ,
Ce qu'elle avoit de plus hideux ,
Quelle foule d'objets se présente à mes yeux !
Ici paroît une verdure ;
Là, ce sont des Jardins tout émaillez de fleurs ;
Quel mélange charmant des plus vives couleurs
!
Oui , l'on diroit que la nature ,
Pour nous offrir un spectacle si beau ;
A mis au jour quelque secret nouveau.
Tous les Arbres de nos bocages.
80
Se parent de tendres feuillages ;
On voit en de gros Pâturages ,
Bondir les Boeufs et les Agneaux s
Une Troupe volage
De jeunes Oyseaux ,
Font répéter aux Echos
Les accens de leur doux ramage ;
Et par ces Airs mélodieux ,
Semblent nous annoncer le temps délicieux
Qui depuis tant de jours est l'objet de nos voeux
D'autre part j'apperçois une claire Fontaine
Qui roulant ses paisibles eaux
Au travers d'une vaste Plaine ,
Forme à nos yeux mille canaux.
C'est
AVRIL. 1734. 659
C'est - à-présent , Bergers , que laissant vos Hameaux
,
Vous viendrez tous en foule admirer ces Ruisseaux
>
Ce Gazon parsemé de pâles Violettes :
C'est à présent qu'épris du changement heureux
Qui vient de se faire en ces Lieux ,
Vous chanterez sur vos Musettes ,
Il est enfin venu ce temps délicieux
Qui depuis tant de jours est l'objet de nos voeux,
A. X. H.
Uand te reverrons - nous , Printems déli-
Q
cieux ,
Qui depuis tant de jours es l'objet de nos voeux
Badin zéphir de cette plaine
Chasse l'Aquilon furieux ;
Et qu'on n'entende dans ces lieux
Que le doux bruit de ton haleine .
Toi , Soleil , dissous les Glaçons
Qui couvrent ces Montagnes :
Du brillant feu de tes rayons ,
Décore nos Campagnes ;
Et ramène au plutôt ce temps plutôt ce temps délicieux
?
Qui depuis tant de jours est l'objet de nos voeux.
Mais que vois- je ! à ces voeux le Ciel est faverable
,
L'air
658 MERCURE DE FRANCE
L'air tout-à- coup devient serein ;
Et la Terre quitte soudain ;
Pour prendre un dehors agréable ,
Ce qu'elle avoit de plus hideux ,
Quelle foule d'objets se présente à mes yeux !
Ici paroît une verdure ;
Là, ce sont des Jardins tout émaillez de fleurs ;
Quel mélange charmant des plus vives couleurs
!
Oui , l'on diroit que la nature ,
Pour nous offrir un spectacle si beau ;
A mis au jour quelque secret nouveau.
Tous les Arbres de nos bocages.
80
Se parent de tendres feuillages ;
On voit en de gros Pâturages ,
Bondir les Boeufs et les Agneaux s
Une Troupe volage
De jeunes Oyseaux ,
Font répéter aux Echos
Les accens de leur doux ramage ;
Et par ces Airs mélodieux ,
Semblent nous annoncer le temps délicieux
Qui depuis tant de jours est l'objet de nos voeux
D'autre part j'apperçois une claire Fontaine
Qui roulant ses paisibles eaux
Au travers d'une vaste Plaine ,
Forme à nos yeux mille canaux.
C'est
AVRIL. 1734. 659
C'est - à-présent , Bergers , que laissant vos Hameaux
,
Vous viendrez tous en foule admirer ces Ruisseaux
>
Ce Gazon parsemé de pâles Violettes :
C'est à présent qu'épris du changement heureux
Qui vient de se faire en ces Lieux ,
Vous chanterez sur vos Musettes ,
Il est enfin venu ce temps délicieux
Qui depuis tant de jours est l'objet de nos voeux,
A. X. H.
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Résumé : LES DOUCEURS DU PRINTEMS.
Le texte 'Les Douceurs du Printemps' décrit l'attente et l'arrivée du printemps, présenté comme un vœu longtemps désiré. Le poème invite le printemps à chasser les vents furieux et à faire fondre les glaces grâce à la chaleur du soleil. L'auteur observe une transformation soudaine de l'air et de la terre, qui devient agréable et se pare de verdure et de fleurs. La nature révèle une palette de couleurs vives, les arbres se couvrent de feuilles tendres, et les animaux manifestent leur joie. Une fontaine claire roule ses eaux paisibles à travers une vaste plaine, formant de nombreux canaux. Les bergers sont invités à quitter leurs hameaux pour admirer les ruisseaux et le gazon parsemé de violettes, et à célébrer l'arrivée du printemps tant attendu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 1855
CHANSON.
Début :
Tendres Amans, dans l'ardeur qui vous presse, [...]
Mots clefs :
Amants, Objet, Voeux, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
T Endres Amans , dans l'ardeur qui vous preffe,
Flatez l'objet qui caufe vos foupirs ;
Quand fes faveurs comblent votre tendreffe ,
N'y bornez pas vos voeux & vos défirs ;
Tous les plaifirs qu'on peut goûter fans ceffe
Ceffent bien-tôt d'être plaifirs.
Pourquoi languir dans la perfévérance ?
Amans , preffez la fin de vos tourmens
Mais fi l'amour remplit votre espérance ,
- Quittez l'objet qui rend vos voeux contens,
Vous accorder le prix de la conftance ,
C'est vous dire d'être inconftans.
T Endres Amans , dans l'ardeur qui vous preffe,
Flatez l'objet qui caufe vos foupirs ;
Quand fes faveurs comblent votre tendreffe ,
N'y bornez pas vos voeux & vos défirs ;
Tous les plaifirs qu'on peut goûter fans ceffe
Ceffent bien-tôt d'être plaifirs.
Pourquoi languir dans la perfévérance ?
Amans , preffez la fin de vos tourmens
Mais fi l'amour remplit votre espérance ,
- Quittez l'objet qui rend vos voeux contens,
Vous accorder le prix de la conftance ,
C'est vous dire d'être inconftans.
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25
p. 2131-2132
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
Début :
AU milieu des transports du plus tendre & du plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai passé successivement [...]
Mots clefs :
Roi, Médaillon, Dieu, Voeux, Prince, Convalescence, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
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26
p. 94-101
COMPLIMENTS Faits le 26 Septembre 1751, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par la députation des Dames de la Halle.
Début :
AU ROI. SIRE, les voeux de la France sont exaucés, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Espérances, Majesté, Félicité, Peuples, Délices, Allégresse, Voeux, Sujets
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texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENTS Faits le 26 Septembre 1751, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par la députation des Dames de la Halle.
COMPLIMENTS
Faits le 26 Sepiembre 1751, à l'occasion
de la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par la députation des Dames
de la Halle.
AU ROI.
SIRE, les voeux de la France sont
exaucés, une éclatante Aurore nous
avoit annoncé le plus beau jour, il
vient de luire à nos yeux, & ses rayons
sont le terme & l'accomplissement de nos
plus douces espérances; jusqu'ici le ciel
nous laissoit encore des vœux à fotmer;
les succès étonnans & rapides de votre
Majesté, le nombre de ses conquêtes, sa
modération dans ses victoires, sa gran-
deur & sa générosité dans la paix, tant de
traits éclatans qui fourniront aux siécles à
venit moins de sujets d'admiration que
d'incrédulité, nont contribué à la gloire
de votre Majesté & à celle de la France. Il
étoit réservé à Monseigneur le Duc de
Bourgogne de mettre le comble à son bon-
heur, sa naissance assurant votre félicité
JANVIER. 1752.
95
devient la source & le garant de la nôtre.
Ce Prince sera ainsi que vous, Site, la
terteur de ses ennemis, le Pere de ses
peuples, l'arbitre & le modele des Rois
& Iadmiration de l'Univers; en mar-
chant sur vos traces, en suivant celles
de son auguste pere, il sera un jour la gloi-
te de la Nation, les delices de nos artie-
res-neveux & le bonheur de leurs en-
fans.
Quel avantage pour nous, Sire, dans
une occasion si chere, si précieuse à notre
amour, de pouvoir porter aux pieds de vo-
tre Majeste, la joye qui nous anime, &
les sentimens viss & respectueux qu'ellę
nous inspire !
ALAREINE.
MADAME, le Ciel occupé du
bonheur de votre Majesté, & de celui
de ses peuples, vient d'y mettre le comble
par la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne; pénétrées de lajoye vive & pu-
re que nous cause cet heureux événement,
nous osons la porter aux pieds de votre
Majesté, & la suplier d'en agréer le respec-
tueux témoignage. L'Europe entiere parta-
ge notre allegresse, & nous n'y mettons
d'autres bornes que celles de notre amour.
Tel est, Madame, le prix de vos vertus,
Dgsinad hiL0
96 MERCUREDEFRANCE.
le succès de nos voeux & l'accomplissement
de nos desirs: il ne nous en reste plus à
former; les bienfaits précieux que Dieu ré-
pand sur nous, sont de surs garants de no-
tre bonheur, & le gage le plus assuré de
la prospérité de votre Majesté & de toute
la Famille Royale.
AMONSEIGNEURLEDAUPHIN
MONSEIGNEUR, Nous avons partagé
avec vous la vive allégresse que cause à toute
l'Europe la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne; ce gage précieux de la ten-
dresse d'une auguste épouse, nous fait
espérer qu'il est des bienfaits que la re-
connoissance ne peut jamais égaler, & que
les expressions qui pouroient la témoigner
ne servent souvent qu'à l'affoiblir. Quelle
idée pourrions-nous vous donner, Mon-
scigneur, de la joye dont nous sommes
pénétrées, qui pût approcher du sentiment
qui nous l'inspire? Quels voeux nous res-
teroit il ençore à former, tandis que
nous trouvons dans cet événement for-
tuné, le comble de nos espérances & la
source de la félicité publique. La France
trouve dans cet auguste enfant, l'appui de
son Trône & les délices de sespeuples; l'Eu-
rope trouvera en lui un garant du main-
tien de la tranquilité que notre incompara-
ble
JANVIER.
1752.
97
ble Monarque lui a procuré, & nos dernie:s
neveux gouteront l'heureux avantage de
pouvoir comparer leur bonheur à celui de
leur ayeux. Que de titres, Monscigneur
qui consacreront à jamais notre zéle, no-
tre amour & notre reconnoissance!
AMADAME LA DAUPHINE.
MADAME, il ne fut jamais d'occa-
sion plus favorable de faire éclater les
transports de notre joye, que celle de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. Jamais la France n a eû tant de jus-
tes sujets de s'y livrer; vous venez faire
briller un soleil né pour le bonheurdu mon-
de, & ce bonheur est votre ouvrage : aux
vertus de son auguste mere, ce jeune
Prince joindra celles qui font les grands
Rois; il apprendra de Louis le Bien-Ai-
mé & de Monseigneur le Dauphin, l'Art
de regner sur les coeurs, né comme eux
avec ce désir si marqué & toujours suivi de
rendre les peuples heureux, il en aura
un jour le pouvoir, & ne croira pas à leur
exemple en devoir faire un autre usage.
Mais, Madame, ce bonheur n'est réservé
qu'aux siccles à venis. Heureuses d'avoir
tant de motifs de concevoir des espérances
flateuses, dont nos descendans goûteront
II. Vol.
jitized by
98 MERCURE DE FRANCE.
tout le fruit; plus heureuses encore de
graver dans leurs coeurs notre respectueux
amour pour vous, & d'y perpétuer notre
reconnoissance.
A MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSEIGNEUR, nous venons vous
offrit n os respectueux hommages; mais, la
joye qu'e nous inspire votrenaissance, nous
n essayerons pas de vous l'exprimer. Vous
trouverez un jour dans les services & la
fidélité de nos descendans, dont vous fe-
rez les délices, des preuves de l'amour de
leurs peres dont vous faites les douces es-
pérances.
A MADAME.
MADAME, votre naissance fue
pour nous le présage de nos plus douces
espérances, celle de Monseigneur le Duc
de Bourgogne en devient aujourd'hui l'ac-
complissement, l'une excita toute notre
joye, l'autre assure la durée de notre bon-
heur. Vous ferez, Madame, les délices
des peuples sut qui vous regnerez, il fera la
félicité de ceux qui vivront sous ses loix.
Quelle circonstances plus favorables pour
faire éclater les transports de notre allé-
gresse & ceux de notre amour.
JANVIER. 1752.
99
AMESDAMES.
MESDAMES, rien ne peut éga-
ler la joye que nous cause la naissance de
Monseigneut le Duc de Bourgogne, nous
nous livrons aux justes trasports qu'elle
nous inspire, sans pouvoir les contenit,
n'y les rendre; l'encens fome sur les Au-
tels, l'air brille de nouveaux feux & reten-
tit de mille cris d'allégresse; tout annonce
la nôtre, mais ne l'exprime pas; notre
coeur suffit à peine à la sentit, comment
pourrions-nous en faire connoître toute
l'étendue, mais nous nous flattons que vous
en jugez par la vôtre. C'est dans cette
confiance, Mesdames, que nous osons la
faire éclatter, & vous supplions d'en agréer
les respectueux hommages.
AMONSIEUR LE DUC DE
GESVRES.
En supliant votre Grandeur d'agréer les
respectueux hommages que nous osons lui
presenter, c'est remplir le premier de
nos devoirs, c'est vous offrir un foi-
ble tribut que la reconnoissance exige &
que le sentiment nous inspire, notre bon-
heur est d'éprouver vos bontés, & notre
gloire de les publier.
Dépositaire & Ministre de l'autorité
Ei
100 MERCUREDE FRANCE.
sactée que sa Majesté vous a confiée, Paris
& la premiere Province du Royaume ne
connoissent votre pouvoit que par leut
félicité; leurs habitans moins frappés de l'é
clat d'un nom illustre depuis tant de siécles
pat les exploits les plus glorieux, que des
vertus que vous leur faites paroître, voyent
avec autant de plaisit que d'admitation
que vous ayez réuni en vous seul toutes
celles de vos ayeux. Ils regardent à juste
titre que la confiance & l'amitié du plus
grand Roi du monde, les titres honorables
& les dignités éminentes de votre Gran-
deur, sont moins le prix des services de
ses ancêtres, que la preuve & la ré-
compenses des vôtres. Vous les régissez
moins par vôtre autorité quę par vos bien-
faits; mais c'est principalement sur nous
Monseigneur, que vous avez pris plaisir
à les répandre: C'est vous qui rendez notre
très invincible Monarque sensible à nos
prieres; c'est vous qui portez aux pieds
de son Trône nos respects & nos vœux:
ses graces seront le gage de son amour pa-
ternel pour ses sujets & le fruit de vos
soins genéteux; c'est sous vos auspices que
nous venons d'avoir l'honneur de témoi-
gnet à Madame la Dauphine, la vivre
allégresse que nous ressentons de la naissan-
ce de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
ed by Goo
JANVIER. 1752.
101
& que nous avons le glorieux avantage de
publier vos bienfaits & notre reconnois-
sance.
Faits le 26 Sepiembre 1751, à l'occasion
de la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par la députation des Dames
de la Halle.
AU ROI.
SIRE, les voeux de la France sont
exaucés, une éclatante Aurore nous
avoit annoncé le plus beau jour, il
vient de luire à nos yeux, & ses rayons
sont le terme & l'accomplissement de nos
plus douces espérances; jusqu'ici le ciel
nous laissoit encore des vœux à fotmer;
les succès étonnans & rapides de votre
Majesté, le nombre de ses conquêtes, sa
modération dans ses victoires, sa gran-
deur & sa générosité dans la paix, tant de
traits éclatans qui fourniront aux siécles à
venit moins de sujets d'admiration que
d'incrédulité, nont contribué à la gloire
de votre Majesté & à celle de la France. Il
étoit réservé à Monseigneur le Duc de
Bourgogne de mettre le comble à son bon-
heur, sa naissance assurant votre félicité
JANVIER. 1752.
95
devient la source & le garant de la nôtre.
Ce Prince sera ainsi que vous, Site, la
terteur de ses ennemis, le Pere de ses
peuples, l'arbitre & le modele des Rois
& Iadmiration de l'Univers; en mar-
chant sur vos traces, en suivant celles
de son auguste pere, il sera un jour la gloi-
te de la Nation, les delices de nos artie-
res-neveux & le bonheur de leurs en-
fans.
Quel avantage pour nous, Sire, dans
une occasion si chere, si précieuse à notre
amour, de pouvoir porter aux pieds de vo-
tre Majeste, la joye qui nous anime, &
les sentimens viss & respectueux qu'ellę
nous inspire !
ALAREINE.
MADAME, le Ciel occupé du
bonheur de votre Majesté, & de celui
de ses peuples, vient d'y mettre le comble
par la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne; pénétrées de lajoye vive & pu-
re que nous cause cet heureux événement,
nous osons la porter aux pieds de votre
Majesté, & la suplier d'en agréer le respec-
tueux témoignage. L'Europe entiere parta-
ge notre allegresse, & nous n'y mettons
d'autres bornes que celles de notre amour.
Tel est, Madame, le prix de vos vertus,
Dgsinad hiL0
96 MERCUREDEFRANCE.
le succès de nos voeux & l'accomplissement
de nos desirs: il ne nous en reste plus à
former; les bienfaits précieux que Dieu ré-
pand sur nous, sont de surs garants de no-
tre bonheur, & le gage le plus assuré de
la prospérité de votre Majesté & de toute
la Famille Royale.
AMONSEIGNEURLEDAUPHIN
MONSEIGNEUR, Nous avons partagé
avec vous la vive allégresse que cause à toute
l'Europe la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne; ce gage précieux de la ten-
dresse d'une auguste épouse, nous fait
espérer qu'il est des bienfaits que la re-
connoissance ne peut jamais égaler, & que
les expressions qui pouroient la témoigner
ne servent souvent qu'à l'affoiblir. Quelle
idée pourrions-nous vous donner, Mon-
scigneur, de la joye dont nous sommes
pénétrées, qui pût approcher du sentiment
qui nous l'inspire? Quels voeux nous res-
teroit il ençore à former, tandis que
nous trouvons dans cet événement for-
tuné, le comble de nos espérances & la
source de la félicité publique. La France
trouve dans cet auguste enfant, l'appui de
son Trône & les délices de sespeuples; l'Eu-
rope trouvera en lui un garant du main-
tien de la tranquilité que notre incompara-
ble
JANVIER.
1752.
97
ble Monarque lui a procuré, & nos dernie:s
neveux gouteront l'heureux avantage de
pouvoir comparer leur bonheur à celui de
leur ayeux. Que de titres, Monscigneur
qui consacreront à jamais notre zéle, no-
tre amour & notre reconnoissance!
AMADAME LA DAUPHINE.
MADAME, il ne fut jamais d'occa-
sion plus favorable de faire éclater les
transports de notre joye, que celle de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. Jamais la France n a eû tant de jus-
tes sujets de s'y livrer; vous venez faire
briller un soleil né pour le bonheurdu mon-
de, & ce bonheur est votre ouvrage : aux
vertus de son auguste mere, ce jeune
Prince joindra celles qui font les grands
Rois; il apprendra de Louis le Bien-Ai-
mé & de Monseigneur le Dauphin, l'Art
de regner sur les coeurs, né comme eux
avec ce désir si marqué & toujours suivi de
rendre les peuples heureux, il en aura
un jour le pouvoir, & ne croira pas à leur
exemple en devoir faire un autre usage.
Mais, Madame, ce bonheur n'est réservé
qu'aux siccles à venis. Heureuses d'avoir
tant de motifs de concevoir des espérances
flateuses, dont nos descendans goûteront
II. Vol.
jitized by
98 MERCURE DE FRANCE.
tout le fruit; plus heureuses encore de
graver dans leurs coeurs notre respectueux
amour pour vous, & d'y perpétuer notre
reconnoissance.
A MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSEIGNEUR, nous venons vous
offrit n os respectueux hommages; mais, la
joye qu'e nous inspire votrenaissance, nous
n essayerons pas de vous l'exprimer. Vous
trouverez un jour dans les services & la
fidélité de nos descendans, dont vous fe-
rez les délices, des preuves de l'amour de
leurs peres dont vous faites les douces es-
pérances.
A MADAME.
MADAME, votre naissance fue
pour nous le présage de nos plus douces
espérances, celle de Monseigneur le Duc
de Bourgogne en devient aujourd'hui l'ac-
complissement, l'une excita toute notre
joye, l'autre assure la durée de notre bon-
heur. Vous ferez, Madame, les délices
des peuples sut qui vous regnerez, il fera la
félicité de ceux qui vivront sous ses loix.
Quelle circonstances plus favorables pour
faire éclater les transports de notre allé-
gresse & ceux de notre amour.
JANVIER. 1752.
99
AMESDAMES.
MESDAMES, rien ne peut éga-
ler la joye que nous cause la naissance de
Monseigneut le Duc de Bourgogne, nous
nous livrons aux justes trasports qu'elle
nous inspire, sans pouvoir les contenit,
n'y les rendre; l'encens fome sur les Au-
tels, l'air brille de nouveaux feux & reten-
tit de mille cris d'allégresse; tout annonce
la nôtre, mais ne l'exprime pas; notre
coeur suffit à peine à la sentit, comment
pourrions-nous en faire connoître toute
l'étendue, mais nous nous flattons que vous
en jugez par la vôtre. C'est dans cette
confiance, Mesdames, que nous osons la
faire éclatter, & vous supplions d'en agréer
les respectueux hommages.
AMONSIEUR LE DUC DE
GESVRES.
En supliant votre Grandeur d'agréer les
respectueux hommages que nous osons lui
presenter, c'est remplir le premier de
nos devoirs, c'est vous offrir un foi-
ble tribut que la reconnoissance exige &
que le sentiment nous inspire, notre bon-
heur est d'éprouver vos bontés, & notre
gloire de les publier.
Dépositaire & Ministre de l'autorité
Ei
100 MERCUREDE FRANCE.
sactée que sa Majesté vous a confiée, Paris
& la premiere Province du Royaume ne
connoissent votre pouvoit que par leut
félicité; leurs habitans moins frappés de l'é
clat d'un nom illustre depuis tant de siécles
pat les exploits les plus glorieux, que des
vertus que vous leur faites paroître, voyent
avec autant de plaisit que d'admitation
que vous ayez réuni en vous seul toutes
celles de vos ayeux. Ils regardent à juste
titre que la confiance & l'amitié du plus
grand Roi du monde, les titres honorables
& les dignités éminentes de votre Gran-
deur, sont moins le prix des services de
ses ancêtres, que la preuve & la ré-
compenses des vôtres. Vous les régissez
moins par vôtre autorité quę par vos bien-
faits; mais c'est principalement sur nous
Monseigneur, que vous avez pris plaisir
à les répandre: C'est vous qui rendez notre
très invincible Monarque sensible à nos
prieres; c'est vous qui portez aux pieds
de son Trône nos respects & nos vœux:
ses graces seront le gage de son amour pa-
ternel pour ses sujets & le fruit de vos
soins genéteux; c'est sous vos auspices que
nous venons d'avoir l'honneur de témoi-
gnet à Madame la Dauphine, la vivre
allégresse que nous ressentons de la naissan-
ce de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
ed by Goo
JANVIER. 1752.
101
& que nous avons le glorieux avantage de
publier vos bienfaits & notre reconnois-
sance.
Fermer
27
p. 21-26
LA FORTUNE ET L'ESPERANCE. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Trop avides d'un sort heureux, [...]
Mots clefs :
Espérance, Yeux, Fortune, Gloire, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FORTUNE ET L'ESPERANCE. FABLE ALLEGORIQUE.
LA FORTUNE ET L'ESPERANCE.
FABLE ALLEGORIQUE.
TRop avides d'un fort heureux ,
L'Efpérance a toujours nos foupirs & nos voeux,
Loin d'affranchir nos coeurs de cette ardeur com-
1
mune ,
Tous les trésors de la Fortune
Ne font qu'en irriter les feux,
Sans interroger la chronique ,
Sur cette vérité tous les yeux font ouverts ;
Un apologue allégorique
En offre un exemple en ces vers ...
La Fortune avec l'Espérance
Se difputoient l'honneur de régir l'univers ;
Et pour finir la concurrence ,
Vouloient , en arbitres experts !
Juger de leur propre excellence...
Qu'oppofez -vous à mes bienfaits ,
Dit la Fortune à fa rivale ş
Depuis la rive orientale
Jufqu'aux bords où le jour précipite fes traits ,
On refpire pour mes attraits .
Je ne puis dévorer le dépit qui m'excede ;
Je fuis laffe de voir Prélat & Conquérant ,
22 MERCURE DE FRANCE,
Jufqu'au plus ignoble bipede ,
Me fufciter un différend.
11 fuffit qu'un mortel , en fa vaine cervelle ,
Raifonne en téméraire , & s'égare en projets ;
Vous fafcinez fes yeux d'une couleur fi belle ,
Qu'il s'épuife en efforts fans regle ni fuccès.
Vous faites la bévûe , il en a les regrets ;
Et moi j'effuie une querelle.
C'est trop d'impertinens procès.
Peut- être qu'à fes yeux votre audace s'exerce :
Mais pour regner , en vous fuyant ,
Je romps avec vous tout commerce.
C'eft un mauvais expédient ,
Dit l'Espérance , en fouriant .
Ma voix , dans tous les coeurs , fait germer le
courage :
Les hommes font émus à mes confeils flatteurs ;
Un feul de mes regards les charme & les engage.
De l'infortune enfin j'appaiſe les douleurs
Par un enchantement durable.
Je me fers à propos d'un peu d'illuſion.
A travers un prifme agréable ,
Je préſente un attrait à chaque paffion,
Par une vive enluminure
Je déguiſe le naturel ;
Et dans une aimable impoſture
Je leur forme un plaifir réel,
Admirez le roſeau fragile ,
MAI 1755. 23
Qui brave la tempête , & demeure immobile :
Le mortel inconnu , fans état , fans amis ,
N'ayant pour tout tréfor qu'un mérite ſtérile ;
A mes loix fon efprit docile ,
A toutes vos rigueurs n'eft point encor foumis ;
Digérant fa diſgrace avec une ame fiere ,
Ce nouvel Epictete affis dans la pouffiere ,
Envifage un bonheur qu'il efpere obtenir ;
Et tout chargé de ſa miſere , ·
Savourant la douceur d'une gloire à venir
A d'immortels honneurs croit déja parvenir ,
Et fourit à cette chimere.
Tant pis , dit la Fortune , il ſourit à ſes maux :
Attendez que le tems lui marque vos défauts
Vous jouirez de ſa ſurpriſe ;
Et vous verrez , je le prédis ,
Le plus cher de vos favoris ,
Ennuyé du preſtige , abjurer fa mépriſe.
Eh , quoi ! rien d'effectif , & tout en fiction !.
L'eſpoir , fans la difcrétion ,
N'eft qu'une fievre qui confume ;
Et tous les feux folets de cette illufion
Ne valent pas en fomme un rayon de fortune,
Elle dit , & part à ces mots.
Loin d'une rivale importune ,
Elle étale fa pompe au féjour des héros,
Mais ces tréfors fans l'Espérance ,
N'avoient plus les mêmes attraits ,
Un courtisan dans l'opulence ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Rêvait à fes deffeins au fond de fon palais :
C'eft moi , dit la Déeffe ; adorez mes bienfaits.
L'esclave fortuné faupire à la préſence :
Mais replongé dans le filence ,
Voyant borner le cours de fes vaſtes projets ,
Il ouvre fon coeur aux regrets ;
Ne refpirant qu'après la gloire ,
Ses rivaux abaiffés euffent fait la victoire ;
Un feul pas , difoit- il , alloit le rendre heureux.
Maisfur lui la Fortune épuifant fes largeſſes ,
Ne pouvoit fuffire à ſes voeux.
Le mépris la vengea de cet impérieux :
Auprès d'un autre ambitieux ,
Elle va perdre fes careffes.
Hélas ! un riche Abbé foupiroit de douleur
De vieillir au fond d'un Chapitre :
H brûloit , il féchoit , & fon humble candeur
Vouloit briller fous une mitre :
Il y préjugeoit fon bonheur.
Un partiſan bouffi , regorgeant de finance ,
Vouloit convertir Por en titrés de grandeur ;
Vifoit aux emplois d'importance :
Point de repos fans cet honneur.:
Un bourgeois rondelet , & tout fleuri d'aifance,
S'infinuoit à pas comptés
Dans le pourpris des dignités :
Sur la vigilance & l'adreffe ,
Dédaignant de fonder fes hautes qualités ,
Il vouloit pour fa gloire & pour les voluptés ,
Acquerir
M A I.
17558 25
'Acquerir àgrands frais un vernis de nobleffe.
Enfin , dans tout un peuple il n'en étoit pas un
Qui ne portât les yeux au- deffus de ſa ſphere :
Et la Fortune avoit beau faire ,
L'eſpoir étoit le Dieu.commun .
Pleine d'un trouble amer , & brûlant de ven
geance ,
La Fortune vers l'Espérance
Tourne fes pas précipités :
Triomphez , lui dit-elle , au milieu des cités ;
Qu'une foule de tributaires ,
D'adorateurs vifionnaires ,
Vous chériffent dès leur printems ,
Et devenus octogénaires ,
Vous confacrent encor les reftes de leurs ans ;
Peu m'importe : regnez trop heureuſe rivale ;
Je n'ai fait que des mécontens ;
J'ai prodigué les dons , vous recevez l'encens ;
Ma lâche complaifance à mes yeux me ravale.
Combien de fois , hélas ! propice aux voeux d'un
fat ,
L'ai-je fubitement environné d'éclat ?
Quel regret , ô Ciel ! me dévore !
Un traitant à mes yeux jouoit le potentat !
L'infecte m'oublioit & murmuroit
encore ,
Au moment que j'aidois à l'ingrate pécore
A s'engraiffer
de péculat .
Ah ! fi.... Mais à quoi bon , au gré de mon
caprice ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Effrayer l'univers & m'en faire juſtice ?
Soit , reprit l'Espérance , armez votre pouvoir.
Mais l'immortalité borne la convoitiſe ,
Et malgré la fureur d'avoir ,
Le coeur prendra pour ſa deviſe ,
Moins defortune & plus d'eſpoir.
FABLE ALLEGORIQUE.
TRop avides d'un fort heureux ,
L'Efpérance a toujours nos foupirs & nos voeux,
Loin d'affranchir nos coeurs de cette ardeur com-
1
mune ,
Tous les trésors de la Fortune
Ne font qu'en irriter les feux,
Sans interroger la chronique ,
Sur cette vérité tous les yeux font ouverts ;
Un apologue allégorique
En offre un exemple en ces vers ...
La Fortune avec l'Espérance
Se difputoient l'honneur de régir l'univers ;
Et pour finir la concurrence ,
Vouloient , en arbitres experts !
Juger de leur propre excellence...
Qu'oppofez -vous à mes bienfaits ,
Dit la Fortune à fa rivale ş
Depuis la rive orientale
Jufqu'aux bords où le jour précipite fes traits ,
On refpire pour mes attraits .
Je ne puis dévorer le dépit qui m'excede ;
Je fuis laffe de voir Prélat & Conquérant ,
22 MERCURE DE FRANCE,
Jufqu'au plus ignoble bipede ,
Me fufciter un différend.
11 fuffit qu'un mortel , en fa vaine cervelle ,
Raifonne en téméraire , & s'égare en projets ;
Vous fafcinez fes yeux d'une couleur fi belle ,
Qu'il s'épuife en efforts fans regle ni fuccès.
Vous faites la bévûe , il en a les regrets ;
Et moi j'effuie une querelle.
C'est trop d'impertinens procès.
Peut- être qu'à fes yeux votre audace s'exerce :
Mais pour regner , en vous fuyant ,
Je romps avec vous tout commerce.
C'eft un mauvais expédient ,
Dit l'Espérance , en fouriant .
Ma voix , dans tous les coeurs , fait germer le
courage :
Les hommes font émus à mes confeils flatteurs ;
Un feul de mes regards les charme & les engage.
De l'infortune enfin j'appaiſe les douleurs
Par un enchantement durable.
Je me fers à propos d'un peu d'illuſion.
A travers un prifme agréable ,
Je préſente un attrait à chaque paffion,
Par une vive enluminure
Je déguiſe le naturel ;
Et dans une aimable impoſture
Je leur forme un plaifir réel,
Admirez le roſeau fragile ,
MAI 1755. 23
Qui brave la tempête , & demeure immobile :
Le mortel inconnu , fans état , fans amis ,
N'ayant pour tout tréfor qu'un mérite ſtérile ;
A mes loix fon efprit docile ,
A toutes vos rigueurs n'eft point encor foumis ;
Digérant fa diſgrace avec une ame fiere ,
Ce nouvel Epictete affis dans la pouffiere ,
Envifage un bonheur qu'il efpere obtenir ;
Et tout chargé de ſa miſere , ·
Savourant la douceur d'une gloire à venir
A d'immortels honneurs croit déja parvenir ,
Et fourit à cette chimere.
Tant pis , dit la Fortune , il ſourit à ſes maux :
Attendez que le tems lui marque vos défauts
Vous jouirez de ſa ſurpriſe ;
Et vous verrez , je le prédis ,
Le plus cher de vos favoris ,
Ennuyé du preſtige , abjurer fa mépriſe.
Eh , quoi ! rien d'effectif , & tout en fiction !.
L'eſpoir , fans la difcrétion ,
N'eft qu'une fievre qui confume ;
Et tous les feux folets de cette illufion
Ne valent pas en fomme un rayon de fortune,
Elle dit , & part à ces mots.
Loin d'une rivale importune ,
Elle étale fa pompe au féjour des héros,
Mais ces tréfors fans l'Espérance ,
N'avoient plus les mêmes attraits ,
Un courtisan dans l'opulence ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Rêvait à fes deffeins au fond de fon palais :
C'eft moi , dit la Déeffe ; adorez mes bienfaits.
L'esclave fortuné faupire à la préſence :
Mais replongé dans le filence ,
Voyant borner le cours de fes vaſtes projets ,
Il ouvre fon coeur aux regrets ;
Ne refpirant qu'après la gloire ,
Ses rivaux abaiffés euffent fait la victoire ;
Un feul pas , difoit- il , alloit le rendre heureux.
Maisfur lui la Fortune épuifant fes largeſſes ,
Ne pouvoit fuffire à ſes voeux.
Le mépris la vengea de cet impérieux :
Auprès d'un autre ambitieux ,
Elle va perdre fes careffes.
Hélas ! un riche Abbé foupiroit de douleur
De vieillir au fond d'un Chapitre :
H brûloit , il féchoit , & fon humble candeur
Vouloit briller fous une mitre :
Il y préjugeoit fon bonheur.
Un partiſan bouffi , regorgeant de finance ,
Vouloit convertir Por en titrés de grandeur ;
Vifoit aux emplois d'importance :
Point de repos fans cet honneur.:
Un bourgeois rondelet , & tout fleuri d'aifance,
S'infinuoit à pas comptés
Dans le pourpris des dignités :
Sur la vigilance & l'adreffe ,
Dédaignant de fonder fes hautes qualités ,
Il vouloit pour fa gloire & pour les voluptés ,
Acquerir
M A I.
17558 25
'Acquerir àgrands frais un vernis de nobleffe.
Enfin , dans tout un peuple il n'en étoit pas un
Qui ne portât les yeux au- deffus de ſa ſphere :
Et la Fortune avoit beau faire ,
L'eſpoir étoit le Dieu.commun .
Pleine d'un trouble amer , & brûlant de ven
geance ,
La Fortune vers l'Espérance
Tourne fes pas précipités :
Triomphez , lui dit-elle , au milieu des cités ;
Qu'une foule de tributaires ,
D'adorateurs vifionnaires ,
Vous chériffent dès leur printems ,
Et devenus octogénaires ,
Vous confacrent encor les reftes de leurs ans ;
Peu m'importe : regnez trop heureuſe rivale ;
Je n'ai fait que des mécontens ;
J'ai prodigué les dons , vous recevez l'encens ;
Ma lâche complaifance à mes yeux me ravale.
Combien de fois , hélas ! propice aux voeux d'un
fat ,
L'ai-je fubitement environné d'éclat ?
Quel regret , ô Ciel ! me dévore !
Un traitant à mes yeux jouoit le potentat !
L'infecte m'oublioit & murmuroit
encore ,
Au moment que j'aidois à l'ingrate pécore
A s'engraiffer
de péculat .
Ah ! fi.... Mais à quoi bon , au gré de mon
caprice ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Effrayer l'univers & m'en faire juſtice ?
Soit , reprit l'Espérance , armez votre pouvoir.
Mais l'immortalité borne la convoitiſe ,
Et malgré la fureur d'avoir ,
Le coeur prendra pour ſa deviſe ,
Moins defortune & plus d'eſpoir.
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Résumé : LA FORTUNE ET L'ESPERANCE. FABLE ALLEGORIQUE.
Le texte 'La Fortune et l'Espérance' est une fable allégorique qui explore la relation entre la Fortune et l'Espérance. Ces deux entités se disputent la régulation de l'univers et décident de juger de leur propre excellence. La Fortune vante ses bienfaits, soulignant que ses attraits sont recherchés à travers le monde et que même les plus humbles la sollicitent. Elle reproche à l'Espérance de créer des illusions et des regrets chez les hommes. L'Espérance affirme qu'elle inspire le courage et apaise les douleurs de l'infortune par des illusions agréables. Elle donne l'exemple d'un homme méconnu qui, grâce à l'espérance, supporte sa misère en espérant une gloire future. La Fortune rétorque que cette espérance est éphémère et que les hommes finissent par se rendre compte de ses défauts. La Fortune étale ensuite sa pompe au séjour des héros, mais reconnaît que ses trésors n'ont plus les mêmes attraits sans l'Espérance. Elle décrit divers personnages, comme un courtisan, un esclave, un abbé, un financier et un bourgeois, tous insatisfaits malgré leurs richesses ou leurs positions, car ils aspirent toujours à plus de gloire ou de dignité. La Fortune, amère et vengeante, admet finalement que l'Espérance règne sur les cœurs des hommes, même après une longue vie. Elle reconnaît que ses dons n'apportent pas le bonheur, contrairement à l'Espérance qui inspire toujours plus d'espoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 57-58
LA NAISSANCE de Monseigneur le Comte de Provence. MUSETTE. Par M. Thomassin de Juilly, Garde du Corps du Roi ; mise en chant par M. de Buri, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.
Début :
Bruyans tambours, fieres trompettes, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Naissance, Naissance du Comte de Provence, Amour, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE de Monseigneur le Comte de Provence. MUSETTE. Par M. Thomassin de Juilly, Garde du Corps du Roi ; mise en chant par M. de Buri, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.
LA NAISSANCE
de Monfeigneur
le Comte de Provence.
MU. SET TE .
Par M. Thomafin de Juilly , Garde du
Corps du Roi, & mife en chant par M. de..
Buri , Surintendant de la Musique de San
Majefté.
BRuyans tambours , fieres trompettes ,
Faites éclater nos tranfports ;
Au fon de nos tendres mufettes ,
Mêlez pour toujours vos accords ..
Des Dieux vous ferviez la vengeance ,
Maintenant ils font fatisfaits :
N'annoncez plus que leur clémence.
Ne chantez plus que leurs bienfaits.`.
Que tout cede à la douce ivreffe
Que nous inſpire un fi beau jour !
Nous le devons à la tendrefle ,
Puifqu'il eft produit par l'amour.
Libres de foucis & de craintes ,
Livrons-nous aux plus doux loiſirs :
Cv
JS MERCURE DE FRANCE.
Baniffons le trouble & les plaintes ;
Voici le regne des plaifirs.
串
O vous , Race illuftre & féconde ,
Qui rendez l'efpoir à nos voeux !
De Héros rempliffez le Monde :
C'eſt à vous à le rendre heureux.
L'Amour pour embellir nos fêtes ,
Fait régner les Graces , les Ris ;
Mais ce Dieu ne fait des conquêtes
Que pour vous en offrir le prix.
串
Que Lucine à nos voeux propice ,
Préfide à nos jeux , à nos airs !
Que le boccage retentiffe
Du bruit de nos tendres concerts !
Confacrons , Bergers , à la gloire
Et nos chalumeaux & nos voix :
Qu'à jamais fes dons , fa mémoire ,
Soient les délices de nos bois !
A Arc en Barois , le 22 Nouembre 175.5-
de Monfeigneur
le Comte de Provence.
MU. SET TE .
Par M. Thomafin de Juilly , Garde du
Corps du Roi, & mife en chant par M. de..
Buri , Surintendant de la Musique de San
Majefté.
BRuyans tambours , fieres trompettes ,
Faites éclater nos tranfports ;
Au fon de nos tendres mufettes ,
Mêlez pour toujours vos accords ..
Des Dieux vous ferviez la vengeance ,
Maintenant ils font fatisfaits :
N'annoncez plus que leur clémence.
Ne chantez plus que leurs bienfaits.`.
Que tout cede à la douce ivreffe
Que nous inſpire un fi beau jour !
Nous le devons à la tendrefle ,
Puifqu'il eft produit par l'amour.
Libres de foucis & de craintes ,
Livrons-nous aux plus doux loiſirs :
Cv
JS MERCURE DE FRANCE.
Baniffons le trouble & les plaintes ;
Voici le regne des plaifirs.
串
O vous , Race illuftre & féconde ,
Qui rendez l'efpoir à nos voeux !
De Héros rempliffez le Monde :
C'eſt à vous à le rendre heureux.
L'Amour pour embellir nos fêtes ,
Fait régner les Graces , les Ris ;
Mais ce Dieu ne fait des conquêtes
Que pour vous en offrir le prix.
串
Que Lucine à nos voeux propice ,
Préfide à nos jeux , à nos airs !
Que le boccage retentiffe
Du bruit de nos tendres concerts !
Confacrons , Bergers , à la gloire
Et nos chalumeaux & nos voix :
Qu'à jamais fes dons , fa mémoire ,
Soient les délices de nos bois !
A Arc en Barois , le 22 Nouembre 175.5-
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Résumé : LA NAISSANCE de Monseigneur le Comte de Provence. MUSETTE. Par M. Thomassin de Juilly, Garde du Corps du Roi ; mise en chant par M. de Buri, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.
Le poème célèbre la naissance du Comte de Provence, futur Louis XVIII, le 22 novembre 1755 à Arc-en-Barrois. Il commence par une invocation aux tambours et trompettes pour annoncer la joie et la clémence divine. Le texte exprime la gratitude pour ce jour heureux, attribué à l'amour et à la tendresse. Il appelle à bannir les soucis et les plaintes pour entrer dans un règne de plaisirs. Le poème s'adresse à une race illustre et féconde, espérant qu'elle remplisse le monde de héros pour le rendre heureux. L'amour est présenté comme le moteur des fêtes, embellissant les célébrations par les grâces et les rires. Le texte souhaite que Lucine, déesse des accouchements, préside aux jeux et aux airs musicaux. Enfin, il invite les bergers à consacrer leurs chalumeaux et leurs voix à la gloire, afin que les dons et la mémoire de cet événement soient à jamais les délices des bois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 133-140
Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
Début :
Vous avez pris, Monsieur, une trop grande part à l'établissement du College [...]
Mots clefs :
Collège, Collège du Belley, Belley, Marquis de Paulmy, Ministre, Honneur, Province, Coeur, Joie, Chanoine, Guerre, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
Lettre écrite de Belley , à l'occafion du paſſage
de M. le Marquis de Paulmy par cette
ville.
Ous avez pris , Monfieur , une trop
grande part à l'établiffement
du Cotlege
du Belley , dont j'eus l'honneur de
vous entretenir , il y a quelques mois ( 1 ) ,
pour vous laiffer ignorer fes actions d'éclat
& fes fuccés , dans les occafions furtout
qui intéreffent particulierement
la ville
& la province. Vous conviendrez
aifément
que le paffage de M. le Marquis de
Paulmy par Belley , eft un de ces momens
précieux également propres à s'attirer
l'attention de nos Mufes , & à exciter la
joie dans le coeur de nos citoyens .
Ce Miniftre arriva ici le famedi s Juil- S
let dernier fur les dix heures du foir. La
porte de la ville par laquelle il fit fon entrée
, étoit illuminée avec gout , & chargée
d'un cartouche , où on lifoit cette infcription
, qui étoit de M. Vinfon , Chanoine
Régulier de S. Antoine , Syndic du
College.
( 1 ) Voyez le Mercure d'Avril de cette année,
Page 147.
134 MERCURE DE FRANCE.
Felici Adventui
Supremi Bellorum Moderatoris
Tanto exultans hofpite
Bellicenfis Civitas
Plaudit.
L'écuffon des armes de M. le Marquis
de Paulmy faifoit partie de la décoration
de la porte. Vous fçavez que ce font deux
lions d'or paffans fur un fond d'azur . M.
Vinfon y avoit fait ajouter ce mot , Defenfuri
incedunt ; allufion noble , qui caracrerife
heureufement les fonctions du Miniftre
occupé pour lors à la vifite de nos
places de guerre.
L'infcription qui étoit placée fur la façade
de l'Hôtel de ville , pareillement illuminée
, eft de la même main , & elle exprime
la même penfée avec plus de développement
:
Vigilantiffimo
Belli Adminiftro ,
Provincias Tutanti Prafentiá ,
Hoftes Providentia Continenti ,
Gratulatur Bellicium.
Le lendemain de fon arrivée , M. le
Marquis de Paulniy reçut les complimens
des Syndics de la province, & des Corps
DECEMBRE. 1755. 135.
de la ville. Voici celui qui fut prononcé
par M. Granier , Chanoine Régulier de S.
Antoine , Profeffeur de Rhétorique , &
qui fut également gouté du Miniftre &
du Public.
Monfeigneur , votre arrivée eft l'é-
" poque de la joie publique , & vous êtes ,
» Monfeigneur , le digne objet de notre
» admiration & de nos hommages . La na-
» ture , en vous comblant de fes dons les
plus rares , vous infpira l'ardeur de les
» cultiver. Aux talens fupérieurs vous
» joignîtes bientôt les connoiffances les
plus vaftes , les plus fublimes vertus ,
» & vous fçûtes toujours tempérer leur
» éclat par le voile attrayant des qualités
» fociables. Dans un âge encore tendre
» vous fixâtes les regards du Monarque &
" les fuffrages du public. La carriere eft
» d'abord ouverte aux grands hommes.
» Leur mérite en marque l'étendue . Une
nation prudente & notre ancienne alliée
» vous vit menager auprès d'elle les in-
" térêts de notre Monarchie . Elle eut tout
» lieu d'être furprife de trouver dans un
» Ambaſſadeur auffi jeune la pénétration
» la plus vive , la circonfpection la plus
» réfléchie , la prudence la plus confom-
» mée. Devenu depuis l'arbitre de la guer-
» re , on vous voit , Monfeigneur , avec
و ر
"
136 MERCURE DE FRANCE.
, ر
» une activité furprenante , parcourir le
» Royaume de l'une à l'autre extrêmité ,
examiner tout par vous-même , pour-
»voir à la fûreté de nos frontieres , &
faire paffer dans le coeur de nos enne-
»mis cette crainte pleine d'égards , que
la vigilance du gouvernement ne man-
" que jamais d'infpirer. Il convenoit à un
Roi conquerant & pacifique d'avoir un
Miniftre également jaloux de prévenir
» la guerre & de la faire avec fuccès . Plus
» la foudre , dont vous êtes dépofitaire ,
» caufe de terreur , moins vous aimez à
» la faire éclater. C'eft à vos foins & à vo-
» tre prudence que nos provinces doivent
» leur repos. Veuille le ciel conferver
» long - tems une vie fi précieuſe à la France
! Puiffent nos fentimens & nos voeux
» mériter au College de Belley l'honneur
»de votre protection !
Les Penfionnaires du College fignalerent
leur zele par un compliment en vers ,
de la compofition de M. Sutaine , auffi
Chanoine Régulier de S. Antoine , & Profeffeur
de Rhétorique. Ce fut M. Dugaz ,
de Lyon , l'un de ces penfionnaires , qui
devint l'interprete des fentimens communs
, qu'il exprima avec autant d'aflurance
que de bonne grace , en ces termes :
Quelle divinité puiſſante
DECEMBRE. 1755 137
Favorife ces lieux ?
Jamais fous le regne des Dieux ,
L'Univers gouta- t'il de grace plus touchante !
Nous te voyons , Paulmy , nos voeux font fatisfaits.
Le Ciel pouvoit -il mieux feconder nos fouhaits ,
Qu'en accordant à notre impatience
Le bonheur d'admirer le foutien de la France ?
Qui feroit infenfible à tes tendres égards ,
Miniftre du Dieu de la guerre ?
Pour venir dans ces lieux tu quittes ton tonnerre ;
Tu craindrois d'effrayer nos timides regards.
Autour de toi , les jeux , les ris , les
Viennent folâtrer tour à tour;
Et nous ne voyons fur tes traces ,
graces ,
Que des coeurs pénétrés de refpect & d'amour.
Sous l'ordre du plus grand des Princes ,
Ta prévoyante activité
Affure à nos riches Provinces
Une douce tranquillité.
Oui , c'eſt partes bienfaits , qu'aux bords de l'Hyppocrêne
,
Jaloux des faveurs d'Apollon ,
Nous allons cultiver dans le facré vallon
Les fruits heureux d'une innocente veine.
Tu t'en fouviens , Phoebus & les neuf Soeurs
Te répétoient encor leurs chanfons immortelles ,
Quand le plus grand des Rois , par de juftes faveurs
>
138 MERCURE DE FRANCE.
Remit entre tes mains fidelles
Le noble emploi d'aller chez des peuples prudens
( 1 )
Faire briller l'éclat qui t'environne ,
Et foutenir les droits de fa couronne.
Qui n'admira dès -lors les refforts tout puiffans
De ta fage induſtrie ›
A peine revenu dans ta chere Patrie ,
On vit de généreux rivaux , ( 2 )
On vit un corps illuftre , où regnent la ſageſſe ,
Le bon goût , les talens & le dieu du Permeffe ,
Admirer tes nobles travaux ;
Ceindre ton front du laurier de la gloire ,
Partager avec toi fes foins laborieux ;
Graver ton nom au Temple de Mémoire ,
Et t'élever au rang des Dieux.
Sans doute les neuf foeurs firent naître en ton ame
Ce feu divin dont la céleste flamme
Anime ton grand coeur.
Daigne voir leurs enfans avec un oeil flatteur ,
Reçois nos voeux & notre hommage ,
Ce fera de notre bonheur
Le garand le plus fûr , le plus précieux gage .
Ce n'eft point là l'unique témoignage
de la joie qu'a donné le College pendant
le féjour de M. le Marquis de Paulmy à
( 1 ) Ambaſſade de M. de Paulmi en Suiffe.
(2) Réception de M. de Paulmy à l'Académie
Françoile.
DECEMBRE . 1755. 139
Belley ; il a taché de l'amufer , & de le
retenir le plus longtemps qu'il étoit poffible
, par la repréfentation d'une Comédie ;
fpectacle d'autant plus agréable à nos Citoyens
, qu'il paroiffoit pour la premiere
fois dans cette ville. Pour peu que ce coup
d'effai pique votre curiofité , je me ferai
un plaifir de vous envoyer une autrefois
l'analyſe de la piece , à laquelle nous avons
unanimement accordé nos fuffrages.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Belley , le 15 Juillet , 1755 .
Duchefne , Libraire à Paris , rue S. Jacques
, au Temple du Gout , vient de mettre
en vente l'Année Musicale , ouvrage
périodique. Cet ouvrage d'agrément fe
diftribue toutes les femaines par une feuille
grand in 8 °. de quatre pages , contenant
des Ariettes & Vaudevilles nouveaux , &
des petits airs choifis par les plus habiles
Muficiens , tant Italiens que François.
Chaque feuille fe vend fix fols . Les amateurs
qui fouhaiteront s'abonner , payeront
pour Paris quinze livres
par année
& on les leur apportera chez eux au moment
qu'elles fortiront de deffous preffe ;
& pour la province on payera dix- huit livres
par an. Le Libraire fe charge de les
140 MERCURE DE FRANCE.
faire rendre à leur deftination , francs de
port. La premiere feuille a paru le premier
Août 1755.
de M. le Marquis de Paulmy par cette
ville.
Ous avez pris , Monfieur , une trop
grande part à l'établiffement
du Cotlege
du Belley , dont j'eus l'honneur de
vous entretenir , il y a quelques mois ( 1 ) ,
pour vous laiffer ignorer fes actions d'éclat
& fes fuccés , dans les occafions furtout
qui intéreffent particulierement
la ville
& la province. Vous conviendrez
aifément
que le paffage de M. le Marquis de
Paulmy par Belley , eft un de ces momens
précieux également propres à s'attirer
l'attention de nos Mufes , & à exciter la
joie dans le coeur de nos citoyens .
Ce Miniftre arriva ici le famedi s Juil- S
let dernier fur les dix heures du foir. La
porte de la ville par laquelle il fit fon entrée
, étoit illuminée avec gout , & chargée
d'un cartouche , où on lifoit cette infcription
, qui étoit de M. Vinfon , Chanoine
Régulier de S. Antoine , Syndic du
College.
( 1 ) Voyez le Mercure d'Avril de cette année,
Page 147.
134 MERCURE DE FRANCE.
Felici Adventui
Supremi Bellorum Moderatoris
Tanto exultans hofpite
Bellicenfis Civitas
Plaudit.
L'écuffon des armes de M. le Marquis
de Paulmy faifoit partie de la décoration
de la porte. Vous fçavez que ce font deux
lions d'or paffans fur un fond d'azur . M.
Vinfon y avoit fait ajouter ce mot , Defenfuri
incedunt ; allufion noble , qui caracrerife
heureufement les fonctions du Miniftre
occupé pour lors à la vifite de nos
places de guerre.
L'infcription qui étoit placée fur la façade
de l'Hôtel de ville , pareillement illuminée
, eft de la même main , & elle exprime
la même penfée avec plus de développement
:
Vigilantiffimo
Belli Adminiftro ,
Provincias Tutanti Prafentiá ,
Hoftes Providentia Continenti ,
Gratulatur Bellicium.
Le lendemain de fon arrivée , M. le
Marquis de Paulniy reçut les complimens
des Syndics de la province, & des Corps
DECEMBRE. 1755. 135.
de la ville. Voici celui qui fut prononcé
par M. Granier , Chanoine Régulier de S.
Antoine , Profeffeur de Rhétorique , &
qui fut également gouté du Miniftre &
du Public.
Monfeigneur , votre arrivée eft l'é-
" poque de la joie publique , & vous êtes ,
» Monfeigneur , le digne objet de notre
» admiration & de nos hommages . La na-
» ture , en vous comblant de fes dons les
plus rares , vous infpira l'ardeur de les
» cultiver. Aux talens fupérieurs vous
» joignîtes bientôt les connoiffances les
plus vaftes , les plus fublimes vertus ,
» & vous fçûtes toujours tempérer leur
» éclat par le voile attrayant des qualités
» fociables. Dans un âge encore tendre
» vous fixâtes les regards du Monarque &
" les fuffrages du public. La carriere eft
» d'abord ouverte aux grands hommes.
» Leur mérite en marque l'étendue . Une
nation prudente & notre ancienne alliée
» vous vit menager auprès d'elle les in-
" térêts de notre Monarchie . Elle eut tout
» lieu d'être furprife de trouver dans un
» Ambaſſadeur auffi jeune la pénétration
» la plus vive , la circonfpection la plus
» réfléchie , la prudence la plus confom-
» mée. Devenu depuis l'arbitre de la guer-
» re , on vous voit , Monfeigneur , avec
و ر
"
136 MERCURE DE FRANCE.
, ر
» une activité furprenante , parcourir le
» Royaume de l'une à l'autre extrêmité ,
examiner tout par vous-même , pour-
»voir à la fûreté de nos frontieres , &
faire paffer dans le coeur de nos enne-
»mis cette crainte pleine d'égards , que
la vigilance du gouvernement ne man-
" que jamais d'infpirer. Il convenoit à un
Roi conquerant & pacifique d'avoir un
Miniftre également jaloux de prévenir
» la guerre & de la faire avec fuccès . Plus
» la foudre , dont vous êtes dépofitaire ,
» caufe de terreur , moins vous aimez à
» la faire éclater. C'eft à vos foins & à vo-
» tre prudence que nos provinces doivent
» leur repos. Veuille le ciel conferver
» long - tems une vie fi précieuſe à la France
! Puiffent nos fentimens & nos voeux
» mériter au College de Belley l'honneur
»de votre protection !
Les Penfionnaires du College fignalerent
leur zele par un compliment en vers ,
de la compofition de M. Sutaine , auffi
Chanoine Régulier de S. Antoine , & Profeffeur
de Rhétorique. Ce fut M. Dugaz ,
de Lyon , l'un de ces penfionnaires , qui
devint l'interprete des fentimens communs
, qu'il exprima avec autant d'aflurance
que de bonne grace , en ces termes :
Quelle divinité puiſſante
DECEMBRE. 1755 137
Favorife ces lieux ?
Jamais fous le regne des Dieux ,
L'Univers gouta- t'il de grace plus touchante !
Nous te voyons , Paulmy , nos voeux font fatisfaits.
Le Ciel pouvoit -il mieux feconder nos fouhaits ,
Qu'en accordant à notre impatience
Le bonheur d'admirer le foutien de la France ?
Qui feroit infenfible à tes tendres égards ,
Miniftre du Dieu de la guerre ?
Pour venir dans ces lieux tu quittes ton tonnerre ;
Tu craindrois d'effrayer nos timides regards.
Autour de toi , les jeux , les ris , les
Viennent folâtrer tour à tour;
Et nous ne voyons fur tes traces ,
graces ,
Que des coeurs pénétrés de refpect & d'amour.
Sous l'ordre du plus grand des Princes ,
Ta prévoyante activité
Affure à nos riches Provinces
Une douce tranquillité.
Oui , c'eſt partes bienfaits , qu'aux bords de l'Hyppocrêne
,
Jaloux des faveurs d'Apollon ,
Nous allons cultiver dans le facré vallon
Les fruits heureux d'une innocente veine.
Tu t'en fouviens , Phoebus & les neuf Soeurs
Te répétoient encor leurs chanfons immortelles ,
Quand le plus grand des Rois , par de juftes faveurs
>
138 MERCURE DE FRANCE.
Remit entre tes mains fidelles
Le noble emploi d'aller chez des peuples prudens
( 1 )
Faire briller l'éclat qui t'environne ,
Et foutenir les droits de fa couronne.
Qui n'admira dès -lors les refforts tout puiffans
De ta fage induſtrie ›
A peine revenu dans ta chere Patrie ,
On vit de généreux rivaux , ( 2 )
On vit un corps illuftre , où regnent la ſageſſe ,
Le bon goût , les talens & le dieu du Permeffe ,
Admirer tes nobles travaux ;
Ceindre ton front du laurier de la gloire ,
Partager avec toi fes foins laborieux ;
Graver ton nom au Temple de Mémoire ,
Et t'élever au rang des Dieux.
Sans doute les neuf foeurs firent naître en ton ame
Ce feu divin dont la céleste flamme
Anime ton grand coeur.
Daigne voir leurs enfans avec un oeil flatteur ,
Reçois nos voeux & notre hommage ,
Ce fera de notre bonheur
Le garand le plus fûr , le plus précieux gage .
Ce n'eft point là l'unique témoignage
de la joie qu'a donné le College pendant
le féjour de M. le Marquis de Paulmy à
( 1 ) Ambaſſade de M. de Paulmi en Suiffe.
(2) Réception de M. de Paulmy à l'Académie
Françoile.
DECEMBRE . 1755. 139
Belley ; il a taché de l'amufer , & de le
retenir le plus longtemps qu'il étoit poffible
, par la repréfentation d'une Comédie ;
fpectacle d'autant plus agréable à nos Citoyens
, qu'il paroiffoit pour la premiere
fois dans cette ville. Pour peu que ce coup
d'effai pique votre curiofité , je me ferai
un plaifir de vous envoyer une autrefois
l'analyſe de la piece , à laquelle nous avons
unanimement accordé nos fuffrages.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Belley , le 15 Juillet , 1755 .
Duchefne , Libraire à Paris , rue S. Jacques
, au Temple du Gout , vient de mettre
en vente l'Année Musicale , ouvrage
périodique. Cet ouvrage d'agrément fe
diftribue toutes les femaines par une feuille
grand in 8 °. de quatre pages , contenant
des Ariettes & Vaudevilles nouveaux , &
des petits airs choifis par les plus habiles
Muficiens , tant Italiens que François.
Chaque feuille fe vend fix fols . Les amateurs
qui fouhaiteront s'abonner , payeront
pour Paris quinze livres
par année
& on les leur apportera chez eux au moment
qu'elles fortiront de deffous preffe ;
& pour la province on payera dix- huit livres
par an. Le Libraire fe charge de les
140 MERCURE DE FRANCE.
faire rendre à leur deftination , francs de
port. La premiere feuille a paru le premier
Août 1755.
Fermer
Résumé : Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
La lettre, rédigée à Belley, célèbre la visite du Marquis de Paulmy dans cette ville. L'auteur exprime sa reconnaissance envers le Marquis pour son rôle dans la création du Collège de Belley et souligne l'importance de sa venue. Le Marquis est arrivé à Belley le samedi 3 juillet vers dix heures du matin. Il a été accueilli par une porte illuminée et décorée d'un cartouche portant l'inscription 'Felici Adventui Supremi Bellorum Moderatoris' et les armes du Marquis. Le lendemain, le Marquis a reçu les compliments des syndics de la province et de la ville. M. Granier, chanoine régulier de Saint-Antoine et professeur de rhétorique, a prononcé un discours en l'honneur du Marquis, mettant en avant ses talents, ses connaissances et ses vertus, ainsi que son rôle dans la diplomatie et la défense du royaume. Les pensionnaires du Collège ont également exprimé leur admiration par un compliment en vers composé par M. Sutaine. Pour marquer la joie de cette visite, le Collège a organisé une représentation théâtrale, un événement rare pour la ville. L'auteur propose d'envoyer une analyse de la pièce jouée. La lettre se conclut par une mention de la publication de l'Année Musicale par le libraire Duchefne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 165-181
Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Début :
La joie que cet évènement a répandue dans l'Artois, ne s'est [...]
Mots clefs :
Fêtes, Arras, Monseigneur le Comte d'Artois, Naissance, Évêque d'Arras, Te Deum, Mandement, Heureux, Prince, Royaume, Secrétaire, Lettre du roi, Bonheur, Voeux, Providence, Banquets, Conseillers, Militaires, Religieux, Peuple, Vers d'un citoyen d'Arras, Représentations, Feux d'artifice, Destruction d'édifices, Chronographes, Peinture, Médaillons, Symboles, Histoire de l'Artois, Armes, Inscriptions latines, Arts et sciences, Royauté, Bal, Comtes, Comtesses, Marquis, Cérémonies, Sentiments, Vertus, Architecture, Décors, Concert de musique, Jésuites, Capitale, Villes de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Defcription des Fêtes données en la ville d'Arras ,
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
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Résumé : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
À l'occasion de la naissance du Comte d'Artois, Arras a organisé des festivités marquantes. Dès l'annonce de la nouvelle le 11 octobre, des illuminations et des salves d'artillerie ont exprimé la joie publique. L'évêque d'Arras a ordonné un Te Deum le 6 novembre, accompagné d'un mandement célébrant la naissance du prince et appelant à la prière pour sa conservation. Le roi a demandé la célébration du Te Deum dans toutes les églises du diocèse. Le jour de la fête, des cloches ont sonné, des salves d'artillerie ont retenti, et un dîner somptueux a été organisé à l'Hôtel de Ville, avec la présence de personnalités locales. Pendant le repas, de l'argent et des vivres ont été distribués au peuple. Une pièce poétique de M. Harduin a été lue, exprimant la joie et la reconnaissance des citoyens d'Arras. Un feu d'artifice et des illuminations étaient prévus, mais la pluie a perturbé leur réalisation. L'édifice pour le feu d'artifice, conçu par l'architecte Beffara, était orné des armes royales et de chronogrammes. La Société Littéraire a exposé des transparents avec des médaillons imaginés par M. Camp, dont le premier représentait l'histoire de l'Artois symbolisée par une femme tenant un médaillon aux armes du Comte d'Artois. Le 6 novembre, un bal a été organisé à l'Hôtel de Ville, décoré somptueusement, avec un buffet pour deux mille personnes. Les États d'Artois ont reporté leurs actions de grâce pour permettre à tous les membres de participer. Le 21 novembre, après une séance solennelle, un Te Deum a été chanté à l'église des Récollets, suivi d'un dîner pour deux cent vingt-cinq personnes. Des salves d'artillerie ont annoncé les santés du Roi, du Dauphin et du nouveau prince, et des pièces d'argent ont été jetées au peuple. Un feu d'artifice en forme de temple a été tiré sur la grande place, illustrant diverses vertus et emblèmes. Les façades de l'Hôtel des États ont été illuminées, et un concert ainsi qu'un bal ont clôturé la fête. Des soupers et distributions de vivres aux pauvres ont été organisés par l'évêque d'Arras et d'autres dignitaires. Le 30 novembre, les Jésuites ont chanté un Te Deum, et une harangue latine a félicité la province pour la naissance du nouveau Comte. D'autres villes de l'Artois ont également célébré cet événement. Par ailleurs, le Roi a nommé de nouveaux commandants pour les côtes de la Méditerranée, la Guyenne, et le Gouvernement de l'Orléannois.
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31
p. 204
AUTRE.
Début :
Tu ne formas jamais ni des voeux, ni d'accens, [...]
Mots clefs :
Voeux, Hommage, Jupiter, Phébus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Tu ne formas jamais ni des voeux , ni d'accens ,
Plus dignes du grand homme à qui tu rends hom
mage ;
Jupiter eft jaloux de ton nouvel encens ,
Et Phébus l'eft de ton langage.
Tu ne formas jamais ni des voeux , ni d'accens ,
Plus dignes du grand homme à qui tu rends hom
mage ;
Jupiter eft jaloux de ton nouvel encens ,
Et Phébus l'eft de ton langage.
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32
p. 150-151
De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
Début :
Hier, Fête de l'Assomption de la Ste Vierge, Leurs Majestés, [...]
Mots clefs :
Assomption de la Sainte Vierge, Fête, Famille royale, Abbaye royale, Vêpres, Procession, Voeux, Grand prieur, Religieux, Sanctuaires, Officiers, Éducation, Monseigneur le Comte d'Artois, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
De COMPIEGNE , le 16 Août 1764.
HIER , Fête de l'Affomption de la Ste Vierge ,
Leurs Majeftés , accompagnées de Mgr le Dauphin
, de Madame la Dauphine , de Madame
Adélaïde , & de Meldames Victoire , Sophie &
Louife , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye Royale
de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifterent aux
Vêpres & enfuite à la Proceffion qui fe fait
chaque année le même jour dans tout le Royaume
pour l'accompliffement du vou de Louis XIII .
Dom Devis , Grand- Prieur de l'Abbaye , y officia.
Le Chapitre de S. Clément , le Clergé
des deux Paroifles & tout le Clergé Régulier s'y
NOVEMBRE. 1754. 151
trouverent , ainfi que le Bailliage & le Corps de
Ville , qui eurent leur place dans le Choeur ; le
Chapitre de S. Clément & le Clergé des deux
Paroiffes furent placés dans leSanctuaire . Après
la Proceffion qui fe fit dans l'Eglife , Leurs Majeftés
entendirent le Salut ; Elles furent reçues
& reconduites , avec les Cérémonies ordinaires
par le Grand-Prieur de l'Abbaye accompagné de
Les Religieux.
Le Roi, ayant fait choix des Officiers qui doivent
compofer la Maiſon , & être chargés de l'éducation
de Monfeigneur le Comte d'Artois , a nommé
le Duc de la Vauguyon , Gouverneur de la Perfonne
de ce Prince , premier Gentilhomme de fa
Chambre , Grand- Maître de la Garde- Robe , &
Surintendant de fa Maifon ; l'ancien Evêque de
Limoges , Précepteur ; le Chevalier de la Ferrieres
, le Chevalier de Beaujeu , le Marquis de
Sineti & le Marquis de Fougieres , Sous - Gouverneurs
; l'Abbé de Radonvilliers , l'Abbé de Mofrueges
& l'Abbé Gafton , Sous- Précepteurs ; l'Abbé
d'Argentré , Lecteur ; le Comte de Luppé ,
le Marquis de Montefquiou , le Marquis de
Marbeuf , le Comte d'Angivillé , le Comte de
Montaut , le Vicomte de Boifgelin le Baron de
Lieurrai, & le Marquis de Baglion, Gentilshommes
dela Manche.
HIER , Fête de l'Affomption de la Ste Vierge ,
Leurs Majeftés , accompagnées de Mgr le Dauphin
, de Madame la Dauphine , de Madame
Adélaïde , & de Meldames Victoire , Sophie &
Louife , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye Royale
de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifterent aux
Vêpres & enfuite à la Proceffion qui fe fait
chaque année le même jour dans tout le Royaume
pour l'accompliffement du vou de Louis XIII .
Dom Devis , Grand- Prieur de l'Abbaye , y officia.
Le Chapitre de S. Clément , le Clergé
des deux Paroifles & tout le Clergé Régulier s'y
NOVEMBRE. 1754. 151
trouverent , ainfi que le Bailliage & le Corps de
Ville , qui eurent leur place dans le Choeur ; le
Chapitre de S. Clément & le Clergé des deux
Paroiffes furent placés dans leSanctuaire . Après
la Proceffion qui fe fit dans l'Eglife , Leurs Majeftés
entendirent le Salut ; Elles furent reçues
& reconduites , avec les Cérémonies ordinaires
par le Grand-Prieur de l'Abbaye accompagné de
Les Religieux.
Le Roi, ayant fait choix des Officiers qui doivent
compofer la Maiſon , & être chargés de l'éducation
de Monfeigneur le Comte d'Artois , a nommé
le Duc de la Vauguyon , Gouverneur de la Perfonne
de ce Prince , premier Gentilhomme de fa
Chambre , Grand- Maître de la Garde- Robe , &
Surintendant de fa Maifon ; l'ancien Evêque de
Limoges , Précepteur ; le Chevalier de la Ferrieres
, le Chevalier de Beaujeu , le Marquis de
Sineti & le Marquis de Fougieres , Sous - Gouverneurs
; l'Abbé de Radonvilliers , l'Abbé de Mofrueges
& l'Abbé Gafton , Sous- Précepteurs ; l'Abbé
d'Argentré , Lecteur ; le Comte de Luppé ,
le Marquis de Montefquiou , le Marquis de
Marbeuf , le Comte d'Angivillé , le Comte de
Montaut , le Vicomte de Boifgelin le Baron de
Lieurrai, & le Marquis de Baglion, Gentilshommes
dela Manche.
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Résumé : De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
Le 16 août 1764, à Compiègne, les souverains français, accompagnés du Dauphin, de la Dauphine et des princesses Madame Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise, se rendirent à l'église de l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Ils assistèrent aux vêpres et à la procession annuelle en accomplissement du vœu de Louis XIII. Dom Devis, Grand-Prieur de l'Abbaye, officia la cérémonie en présence du Chapitre de Saint-Clément, du clergé des deux paroisses, du clergé régulier, ainsi que du bailliage et du corps de ville. Après la procession, les souverains écoutèrent le salut et furent reçus et reconduits par le Grand-Prieur et les religieux. Par ailleurs, le Roi nomma les officiers chargés de l'éducation du Comte d'Artois. Le Duc de la Vauguyon fut désigné Gouverneur, premier Gentilhomme de la Chambre, Grand-Maître de la Garde-Robe et Surintendant de la Maison. L'ancien Évêque de Limoges devint Précepteur, et les Chevaliers de la Ferrières et de Beaujeu, ainsi que les Marquis de Sineti et de Fougieres, Sous-Gouverneurs. Les Abbés de Radonvilliers, de Mofrueges et Gaston furent nommés Sous-Précepteurs, et l'Abbé d'Argentré, Lecteur. Plusieurs gentilshommes, dont le Comte de Luppé, le Marquis de Montefquiou et le Marquis de Marbeuf, furent désignés Gentilshommes de la Manche.
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