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1
p. 184-216
Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Début :
Les Espagnols avoient formé le dessein d'une grande diversion de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Espagnols, Pays, Catalogne, Valence, Duc de Navailles, Bataillons, Canon, Régiment, Marche, Hauteur, Royaume, Combat, Troupes, Cavalerie, Morts, Bagages, Blessés, Capitaines, Tués
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Les Eſpagnols avoient formé le deffein d'une grande diver- ſion de ce coſté-là ,&cela par politique. CePaïs eſt plus pres d'eux , & les avantages qu'ils ſe tenoient affurez d'y rem- porter, devoient faire une plus forte impreffion fur l'eſprit des Peuples. Ils firent des levées
GALANT. 129
&د
dans toutes leurs Provinces ,
auſquelles ils donnent le nom de Royaumes , & choiſirent le Comte de Monterey pour Viceroy de Catalogne pourGeneral de cette Armée.
Il eſt adroit , vigilant, &d'une exactitude merveilleuſe àfaire
bien ſervir ſon Prince. Ces
grandes levées eſtant faites , &
la plupart des Nobles ayant joint l'Armée , partie comme Volontaires , partie comme Officiers , la Cour d'Eſpagne en eſpera tout , & fe fortifia encor plus dans le deſſein de de faire quelque entrepriſe conſidérable fur les François en Catalogne , pour faire oublier au Peuple de Madrid les Conquestes du Roy en Flan- dre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en
130 LE MERCURE pofte de Sarragofſe où il eſtoit,
d'aller à Barcelone , d'y arrê- ter fix Vaiſſeaux chargez de Troupes pour la Sicile , &de les faire ſervir en Catalogne.
Douze cens Fantaſſins levez
dans le Royaume de Grenade ,
arriverent en mefme temps à
Barcelone.Le Mestre de Camp
de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres;
&d'autres levées faites dans le
meſme Royaume &dansl'Andaloufie , les joignirent pref- que auffitoft . Le Comte de Monterey eſtant arrivé dans l'Armée qu'ildevoit comman- der , Monfieur le Marefchal
Duc de Navailles &luy s'en- voyerent faire de grandes ci- vilitez , & fe firent dire qu'ils ſe verroient. Ce Comte voufut paroiſtre le plus civil. Il fit
GALANT. 131
- avancer ſes Troupes , & mar- cha du coſté de Saint Pierre
Peſcador , où Monfieurde Navailles eſtoit poſté. Ce Duc eſtant bien aiſe de ſuy épar- gner la moitié du chemin , en- voya huit cens Chevaux pour reconnoiſtre les Ennemis , &
ces huit cens Chevaux enleverent leur grande Garde.
Deux jours apres , le Comte deMontereyvoulant paſſer un Défilé à la veuë de noſtre Armée , Monfieur de Navailles
le fit charger , &le contraignit deſe retirer en deſordre apres
une Efcarmouche de trois
2
heures , où les Eſpagnols per- dirent beaucoup de monde.
Quelque temps aprés , Mon- fieur le Duc de Navailles
ayant eu avis que le Comte de Monterey avoit comman
132 LE MERCVRE
de huit cens Miquelets avec un Détachement de Cavalerie , pour nous ofter la com- munication avec le Lampour- dan , il envoya quelques trou- pes ſous Mº de la Rablie- re , Marefchal de Camp , qui les défit. On tua les deux
Commandans, & on prit deux autres Officiers. Voilà toute la
Campagne en peu de mots juſqu'au jour delagrandeDé- faite des Ennemis dont vous
avez entendu parler , & que je vay vous apprendre , avec des particularitez que vous n'avez aſſurément point veuës enſemble. Vous treblez peut- eftre déja que je ne vous aille faire une longue Relation, que
je ne vous accable d'une infi nité de termes de Guerre , &
que je ne vous nomme tous
GALANT. 133 les Villages par où l'on a paſſé,
&tous les poſtes qu'on a oc- cupez. Rafſurez-vous , Madame , je ne vous parleray de la Guerrequed'une maniere qui n'aura rien d'ennuyeux pour vous , & qui fera tres- intelli- gible aux Dames à qui vous faites partde mes Lettres.C'eſt pour elles particulierement que j'écris , & je ne feray ce Recit que comme vousle fe- ON
riez vous-mefme. S'il n'a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez , il aura du moins le charme de la brié
veté. Fiez - vous en moy , je vous prie , & hazardez - vous fur ma parole à lire ce que je vous envoye. Nous étionsen- trez en Catalogne malgré les grandes forces que les Enne- mis y avoient ; nous avions
134 LE MERCVRE
د
fait chez eux tous les dégaſts imaginables , confommé leurs Fourages , enlevé leurs Bef- tiaux & donné en meſme
temps aux Noftres le moyen de faire paiſiblement leur ré- colte dans le Rouffillon ; mais
nous n'avions pû entrer dans le Païs Ennemy , que par des paſſages étroits qui font entre les Montagnes , & queles Ef- pagnols pouvoient aiſement occuper pour nous empeſcher le retour. En effet ils s'étoient
déja ſaiſis de quelques-uns en intention de nous attaquer.
Nos Troupes leur cedoient en nombre. Il eſtoit queſtion de fortir des Montsoù nous nous
eftions engagez, & ce fut dans cette difficulté qu'éclata la prudence & la conduite de
Monfieurle Ducde Navailles.
Il
GALANT. 135 Il envoya ſes ordres à M le Chevalier d'Aubeterre , Gouverneur de Collioure,&Lieu
tenant Generaldes Arméesdu
Roy, de ſe rendre maître d'un Paſſage appellé le Col de Ba- gnols, qu'il ſçavoit qu'on avoit deſſein de luy fermer. M le Chevalier d'Aubeterre partie environ àminuit , avec undé
tachement de ſa Garniſon &
- des Milices du Païs. Il trouva
queles Ennemis avoient occu- -pé des Hauteurs &des Ro- chers eſcarpez. Il les en chaf- ſa avec une vigueur incroya- ble, &fit fuïrdeux Bataillons
qui venoient à leur ſecours.
Le chemin eſtantouvert,MonſieurdeNavailles commença à
faire marcher dés ce jour-là.
Les Ennemis vinrent camper àla portée de noſtre Canon;
D
S
S
Tome VI. M
1
136 LE MERCURE il y eut quelques eſcarmou- ches, &on les recommença le lendemain. Les Eſpagnols en Bataille voulurent gagner une Montagne fort haute, mais on les en empefcha. Cétobſtacle rompit leurs meſures , & nous occupâmes une Hauteur qui nous ofta tout lieu de rien
craindre d'eux. On demeura
trois jours en preſence,&pen- dant tout ce temps on ne fit que des eſcarmouches. On chargea trois EſcadronsEnne-- mis qui avoient paſſé une Ri- viere, &qui estoient foûtenus de ſept Regimens d'Infante- rie. L'avantage nous demeura,
avec perte pour les Eſpagnols de plus de ſept cens Hommes,
qui furent ou tuez ,
prifonniers , ou mis hors de
ou faits
combat. Nôtre General n'ayat
GALANT. 137
ان
S
و
plus rien à faire dans le Païs ,
fongea à s'en retirer , & fit marcher les premiers Bagages.
Cette marche fut dérobée à la
connoiſſance des Ennemis
auffi-bien que celle de toute l'Armée qui commença à dé- filer àminuit.Lors que le Com- te de Monterey en fut averty,
cette nouvelle le mit au deſefpoir , & il marcha avec tant de précipitation , qu'il joignit noſtre Arrieregarde. Monfieur de Navailles avec une adreffe
& une prudence admirable ,
trouva moyen de faire avan- cer encor noftre Armée ce
qui fit perdre haleine aux En- nemis qui nous pourſuivoient.
Les Eſpagnols ayans plus de
,
Troupes eftant compoſées de
S Troupes que nous ,
& ces
1
toute la Nobleſſe de leurs
Mij
138 LE MERCURE Royaumes, ſe répondoient tel- lementde la Victoire,que dans l'impatience de combattre, ils vinrentenfin àboutd'attacher
l'eſcarmouche , ce qu'ils firent avec une impétuoſité qui ſe peut àpeine concevoir. Ils oc- cuperent des Hauteurs; mais les Noſtres aprés les en avoir chaſſez en gagnerent d'autres,
& conferverent fi bien cét
avantage pendattoute la jour- née, qu'ils donnerentlieu aux Bagages d'avancer beaucoup,
&de ſe mettre en ſeureté. M
de Navailles ne craignant plus rien , & ayant fait voir au Comte de Monterey qu'il en fçavoit plus que luy , mit ſon Armée en bataille dans le lieu
qu'il jugea le plus avantageux,
&fit pofter fon Canonde for- te qu'il fut tres-bien fervy , &
GALANT. 139
1
1
incommoda fort les Ennemis.
Noftre General voulut encor
gagnerune Hauteur, &ce qui paroift incroyable , nos Trou- pes qui devoient eſtre fati- guées de tant de mouvemens,
ypaſſerent avec diligence &
fans aucune confufion , parun effet des ordres que Monfieur ☐ de Navailles donnoit avecune application & une prefence d'eſpritqui n'avoient rien d'égal que fon courage. Il animoit tous les Officiers à bien faire ;
& les Soldats encouragez par fon exemple &parſes paroles,
réſolurentde périr plûtoſt que d'abandoner ce dernierPofte.
Les Ennemis vinrent aufſi- toft
ànous en tres-bon ordre , &
le Combat s'engagea. On tira pendant trois heuresde la ſeu le longueur de deux Piques ,
Miij
140 LE MERCURE Bataillons contre Bataillons , la
Cavalerie de part & d'autre eſtant derriere l'Infanterie..
Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement , & on ne les pût obliger à reculer d'un ſeul pas. La Cavalerie quenous avionsſur l'aifle gau- che fit des merveilles : Elle
monta fur une Hauteur pref- que inacceffible , & en chaffa lesEnnemis. Celle de ladroite alla pluſieurs fois à la char- ge , & en tua grand nom.
bre. L'Occafion dura cinq heures & demie , &fe termina avec beaucoup de gloire pour le Roy. Les Eſpagnolsy
ont perdu plus de deux mille Hommes. On leur a entierement défait les Regimensd'Ar--
ragon, de Medina Sidonia , &
deMonteleone. TouslesOffi-
GALANT.: 141 ciers de ces trois Regimens ont eſté tuez , bleffez , ou faits
prifonniers. On a fort mal trai- té ceux de Grenade & de la
Cofte , & il y a eu un tres- grand nombre de prifonniers,
entre leſquels ſont plufieurs Perſonnes de qualité , dont quelques-uns, comme le Com- te de la Fuente, le Vicomte de S.George,& le Colonel Heffe,
✓ font morts de leurs bleſſures..
Cette Action eſt d'autant plus
glorieuſe, qu'on a batu les Ennemisdans leur Païs, quoyque plus forts, qu'ony eft demeuré maître du Champ de Bataille,
qu'on leur a pris des Dra peaux ,&tout cela en ſe reti rant ; ce qui eſt une circon - ſtance remarquable : car les
Retraites font ordinairement
- dangereuses , & on y est rar
142 LE MERCURE
rement attaqué qu'on ne ſoit batu. Les Eſpagnols n'ont rien entrepris depuis ce temps-là ,
& voilà à quoy ont abouty tous ces grands Armemens, &
toutes ces Levées, qui avoient épuiſé leurs RoyaumesdeGre- nade &d'Andaloufie. Jevous
ay tenu parole , Madame. Ce Récit n'eſt embaraſſe d'aucuns'
Noms de Paſſages,&je ne l'ay pas meſme voulu charger de ceux de nos Officiers qui ſe font fait remarquer , afin de vous en laiſſer plus aiſement fuivre le fil . Cela ne me doit
pas empeſcher de leur rendre preſentement juſtice; & pour faire honneur aux Etrangers ,
je vous diray d'abord que les Suiffes & les Allemands ne
donnerent quartier à perſon- ne , fur ce qu'un Trompette
GALANT. 143 des Ennemis vint declarer -qu'ils n'en feroient point aux Etrangers. Si les François euf- ſent ſuivy cet exemple , il ne ſeroit guere demeuré d'Eſpa- gnols.
Les Regimens de Sault, de Furſtemberg , de Navailles ,
d'Erlac , de Gaſſion , de la Rabliere , de Lanſon , de Lebret ,
&de Villeneuve , ſe ſont dif
tinguez , aufli bien que les Dragons., que rien n'a efte ca- pable d'ébranler. Jamais onn'a fi genéralement bien faitdans aucun Combat. Onn'a pas re- marqué un feul Soldat qui ait reculé,&on ne ſçait qui loüer,
particulierement des Officiers,
parce qu'ils meritent tous d'égales loüanges.
*
Monfieur le Mareſchal Duc
de Navailles diviſa ſes Trou-
144 LE MERCURE
pes enpluſieurs Corps,&quoy qu'il fuſt par tout, il ne laiſſa pas de ſe mettre à la teſte d'un de
ces Corps qu'il avoit fi judi- cieuſement diviſez. Mr de la
Rabliere Mareſchal de Camp,
eſtoit à la teſte d'un autre , &
monta fur une Hauteur où il
batit les Ennemis. Mrde Gafſion Lieutenant General , pаreillementàla teſte d'un Corps,
occupa une autre Hauteur ; &
Mr Chevreau Brigadier deCa- valerie , ſe ſignala à la teſte du quatrième Corps. Mr du Sauf- fay donna beaucoup de mar- *ques de cœur & de conduite
en cette occaſion; il commandoit la Cavalerie. M² le Marquis d'Apremont Mareſchalde Camp, y fit des merveilles. II eſtoit par tout. Ce fut luy qui foûtint les premiers efforts des
GALANT. 145
Ennemis , & qui commença à
leur faire connoiſtre qu'ils s'é- toient trompez quand ils s'é- toient voulu répondre ſi fortement de la Victoire. La con- duite des Bagages fut donnée à Mr d'Urban Brigadier d'In- fanterie. Il les mit en ſeûreté,
&revint en ſuite prendre part à la gloire de cette fameuſe journée. M' le Marquis de Villeneuve , Colonel de Cavalerie , après avoir foûtenu les efforts des Ennemis , les chargea vigoureuſement. M le Che- valier de Ganges fit des choſes
ſurprenantes , & forma des Eſcadrons , malgré tout le feu des Ennemis. Mr le Marquis
de Navailles ſervit de Briga- dier en la place de M de S. André , qui avoit eſté envoyé
depuis deux jours à Bellegarde.
146 LE MERCURE 1
Ce Marquis agit avec autant de prudence que de courage.
Il mena les Bataillons à la
Charge , & fe montradigne du Sang dont il fort. M. des
Fontaines Lieutenant d'Artillerie , fit tout ce qu'on pou- voit attendre de luy. Son Ca- non fut bien ſervy, & fi à pro- pos , que les Ennemis en fou- frirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avanta- geufement de Meſſieurs de la
Rabliere & deGaffion , qu'on ne leur peut donner trop de loüanges, non--plus qu'àMon- fieur le Chevalier d'Aubeterre , qui ayant apporté une vi- gilance incroyable à ſe faifir du Col de Bagnols avant le Combat, montra une vigueur extraordinaire à chaffer les
Ennemis qui avoient occupé les
GALANT. 147
les Hauteurs des environs de
ce Paſſage, quoy qu'ils fuſſent beaucoup mieux poftez & en plus grand nombre. Monfieur de Raiſon , Capitaine au Regi- ment de Sault ,& un petit Corps de Suiffes , executerent
tres-bien ſes ordres, Monfieur
le Camus deBeaulicu , Intendant General de tout le Païs,
donna les ſiens fort à propos.
Il avoit receu une Lettre en
chifre de Monfieur le Duc de
Navailles pour faire marcher toute la Milice du Païs avec
M' le Chevalier d'Aubeterre,
& pour tenir preſtes les Munir)
tions de guerre & de bouche,
& il prit ſoin de tout avecune diligence & une ponctualité qui nepeuvent etre allezoſti mées. Il chargea Monfieur He ron, Commiſſaire ordinaire des
Tome VI. N
148 LE MERCVRE Guerres , & des Convois tant
par terre que par Mer, de l'e- xecution'de beaucoup de cho- ſes dont il s'acquita tres-fide- lement. Il ne me reſte plus qu'à vous dire les noms des Morts&des Bleſſez , tant d'actions vigoureuſes n'ayant pû fe faire ſans qu'il nous en ait couſté quelque choſe.
Capitaines tuez.
M.Choueraſqui, м. le Chevalier du Cros, M.Duran.
Capitaines bleſſez.
Mrs Praflon , Davénes, Bardonanche, Maurniay, De Tu- bas , Revellas , Tronc , Romp,
Geſſeret,Bandron,Quantagril,
Guaſque, Saint Géniez , La- barte, Sainte-Coulombe, Lan- glade, Barriere, Brouffan,Cha- tonville Vulaine M. le Marquis deVilleneu
GALANT. 149
ve Colonel de Cavalerie , &
M.de Conflans Major du Re- gimentde laRabliere, ont auffi efté bleſſez .
a
Je ne vous parle point des Eſpagnols morts oubleſſez. Ce font noms qui vous font en tierement inconnus , &d'ailleurs le nombre eneſt ſi grand,
qu'ils ne pourroient que vous ennuyer. Le ComtedeMonterey envoyé demander le Corps du Comtede la Fuente par un Trompete , & dire à
Monfieur de Navailles qu'il avoit eſté plus heureux que luy. Ce Trompete le pria en meſme temps de ſa part d'a- voir ſoin de la Nobleſſe d'ef
pagne qu'il avoit entre ſes mains.
GALANT. 129
&د
dans toutes leurs Provinces ,
auſquelles ils donnent le nom de Royaumes , & choiſirent le Comte de Monterey pour Viceroy de Catalogne pourGeneral de cette Armée.
Il eſt adroit , vigilant, &d'une exactitude merveilleuſe àfaire
bien ſervir ſon Prince. Ces
grandes levées eſtant faites , &
la plupart des Nobles ayant joint l'Armée , partie comme Volontaires , partie comme Officiers , la Cour d'Eſpagne en eſpera tout , & fe fortifia encor plus dans le deſſein de de faire quelque entrepriſe conſidérable fur les François en Catalogne , pour faire oublier au Peuple de Madrid les Conquestes du Roy en Flan- dre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en
130 LE MERCURE pofte de Sarragofſe où il eſtoit,
d'aller à Barcelone , d'y arrê- ter fix Vaiſſeaux chargez de Troupes pour la Sicile , &de les faire ſervir en Catalogne.
Douze cens Fantaſſins levez
dans le Royaume de Grenade ,
arriverent en mefme temps à
Barcelone.Le Mestre de Camp
de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres;
&d'autres levées faites dans le
meſme Royaume &dansl'Andaloufie , les joignirent pref- que auffitoft . Le Comte de Monterey eſtant arrivé dans l'Armée qu'ildevoit comman- der , Monfieur le Marefchal
Duc de Navailles &luy s'en- voyerent faire de grandes ci- vilitez , & fe firent dire qu'ils ſe verroient. Ce Comte voufut paroiſtre le plus civil. Il fit
GALANT. 131
- avancer ſes Troupes , & mar- cha du coſté de Saint Pierre
Peſcador , où Monfieurde Navailles eſtoit poſté. Ce Duc eſtant bien aiſe de ſuy épar- gner la moitié du chemin , en- voya huit cens Chevaux pour reconnoiſtre les Ennemis , &
ces huit cens Chevaux enleverent leur grande Garde.
Deux jours apres , le Comte deMontereyvoulant paſſer un Défilé à la veuë de noſtre Armée , Monfieur de Navailles
le fit charger , &le contraignit deſe retirer en deſordre apres
une Efcarmouche de trois
2
heures , où les Eſpagnols per- dirent beaucoup de monde.
Quelque temps aprés , Mon- fieur le Duc de Navailles
ayant eu avis que le Comte de Monterey avoit comman
132 LE MERCVRE
de huit cens Miquelets avec un Détachement de Cavalerie , pour nous ofter la com- munication avec le Lampour- dan , il envoya quelques trou- pes ſous Mº de la Rablie- re , Marefchal de Camp , qui les défit. On tua les deux
Commandans, & on prit deux autres Officiers. Voilà toute la
Campagne en peu de mots juſqu'au jour delagrandeDé- faite des Ennemis dont vous
avez entendu parler , & que je vay vous apprendre , avec des particularitez que vous n'avez aſſurément point veuës enſemble. Vous treblez peut- eftre déja que je ne vous aille faire une longue Relation, que
je ne vous accable d'une infi nité de termes de Guerre , &
que je ne vous nomme tous
GALANT. 133 les Villages par où l'on a paſſé,
&tous les poſtes qu'on a oc- cupez. Rafſurez-vous , Madame , je ne vous parleray de la Guerrequed'une maniere qui n'aura rien d'ennuyeux pour vous , & qui fera tres- intelli- gible aux Dames à qui vous faites partde mes Lettres.C'eſt pour elles particulierement que j'écris , & je ne feray ce Recit que comme vousle fe- ON
riez vous-mefme. S'il n'a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez , il aura du moins le charme de la brié
veté. Fiez - vous en moy , je vous prie , & hazardez - vous fur ma parole à lire ce que je vous envoye. Nous étionsen- trez en Catalogne malgré les grandes forces que les Enne- mis y avoient ; nous avions
134 LE MERCVRE
د
fait chez eux tous les dégaſts imaginables , confommé leurs Fourages , enlevé leurs Bef- tiaux & donné en meſme
temps aux Noftres le moyen de faire paiſiblement leur ré- colte dans le Rouffillon ; mais
nous n'avions pû entrer dans le Païs Ennemy , que par des paſſages étroits qui font entre les Montagnes , & queles Ef- pagnols pouvoient aiſement occuper pour nous empeſcher le retour. En effet ils s'étoient
déja ſaiſis de quelques-uns en intention de nous attaquer.
Nos Troupes leur cedoient en nombre. Il eſtoit queſtion de fortir des Montsoù nous nous
eftions engagez, & ce fut dans cette difficulté qu'éclata la prudence & la conduite de
Monfieurle Ducde Navailles.
Il
GALANT. 135 Il envoya ſes ordres à M le Chevalier d'Aubeterre , Gouverneur de Collioure,&Lieu
tenant Generaldes Arméesdu
Roy, de ſe rendre maître d'un Paſſage appellé le Col de Ba- gnols, qu'il ſçavoit qu'on avoit deſſein de luy fermer. M le Chevalier d'Aubeterre partie environ àminuit , avec undé
tachement de ſa Garniſon &
- des Milices du Païs. Il trouva
queles Ennemis avoient occu- -pé des Hauteurs &des Ro- chers eſcarpez. Il les en chaf- ſa avec une vigueur incroya- ble, &fit fuïrdeux Bataillons
qui venoient à leur ſecours.
Le chemin eſtantouvert,MonſieurdeNavailles commença à
faire marcher dés ce jour-là.
Les Ennemis vinrent camper àla portée de noſtre Canon;
D
S
S
Tome VI. M
1
136 LE MERCURE il y eut quelques eſcarmou- ches, &on les recommença le lendemain. Les Eſpagnols en Bataille voulurent gagner une Montagne fort haute, mais on les en empefcha. Cétobſtacle rompit leurs meſures , & nous occupâmes une Hauteur qui nous ofta tout lieu de rien
craindre d'eux. On demeura
trois jours en preſence,&pen- dant tout ce temps on ne fit que des eſcarmouches. On chargea trois EſcadronsEnne-- mis qui avoient paſſé une Ri- viere, &qui estoient foûtenus de ſept Regimens d'Infante- rie. L'avantage nous demeura,
avec perte pour les Eſpagnols de plus de ſept cens Hommes,
qui furent ou tuez ,
prifonniers , ou mis hors de
ou faits
combat. Nôtre General n'ayat
GALANT. 137
ان
S
و
plus rien à faire dans le Païs ,
fongea à s'en retirer , & fit marcher les premiers Bagages.
Cette marche fut dérobée à la
connoiſſance des Ennemis
auffi-bien que celle de toute l'Armée qui commença à dé- filer àminuit.Lors que le Com- te de Monterey en fut averty,
cette nouvelle le mit au deſefpoir , & il marcha avec tant de précipitation , qu'il joignit noſtre Arrieregarde. Monfieur de Navailles avec une adreffe
& une prudence admirable ,
trouva moyen de faire avan- cer encor noftre Armée ce
qui fit perdre haleine aux En- nemis qui nous pourſuivoient.
Les Eſpagnols ayans plus de
,
Troupes eftant compoſées de
S Troupes que nous ,
& ces
1
toute la Nobleſſe de leurs
Mij
138 LE MERCURE Royaumes, ſe répondoient tel- lementde la Victoire,que dans l'impatience de combattre, ils vinrentenfin àboutd'attacher
l'eſcarmouche , ce qu'ils firent avec une impétuoſité qui ſe peut àpeine concevoir. Ils oc- cuperent des Hauteurs; mais les Noſtres aprés les en avoir chaſſez en gagnerent d'autres,
& conferverent fi bien cét
avantage pendattoute la jour- née, qu'ils donnerentlieu aux Bagages d'avancer beaucoup,
&de ſe mettre en ſeureté. M
de Navailles ne craignant plus rien , & ayant fait voir au Comte de Monterey qu'il en fçavoit plus que luy , mit ſon Armée en bataille dans le lieu
qu'il jugea le plus avantageux,
&fit pofter fon Canonde for- te qu'il fut tres-bien fervy , &
GALANT. 139
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1
incommoda fort les Ennemis.
Noftre General voulut encor
gagnerune Hauteur, &ce qui paroift incroyable , nos Trou- pes qui devoient eſtre fati- guées de tant de mouvemens,
ypaſſerent avec diligence &
fans aucune confufion , parun effet des ordres que Monfieur ☐ de Navailles donnoit avecune application & une prefence d'eſpritqui n'avoient rien d'égal que fon courage. Il animoit tous les Officiers à bien faire ;
& les Soldats encouragez par fon exemple &parſes paroles,
réſolurentde périr plûtoſt que d'abandoner ce dernierPofte.
Les Ennemis vinrent aufſi- toft
ànous en tres-bon ordre , &
le Combat s'engagea. On tira pendant trois heuresde la ſeu le longueur de deux Piques ,
Miij
140 LE MERCURE Bataillons contre Bataillons , la
Cavalerie de part & d'autre eſtant derriere l'Infanterie..
Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement , & on ne les pût obliger à reculer d'un ſeul pas. La Cavalerie quenous avionsſur l'aifle gau- che fit des merveilles : Elle
monta fur une Hauteur pref- que inacceffible , & en chaffa lesEnnemis. Celle de ladroite alla pluſieurs fois à la char- ge , & en tua grand nom.
bre. L'Occafion dura cinq heures & demie , &fe termina avec beaucoup de gloire pour le Roy. Les Eſpagnolsy
ont perdu plus de deux mille Hommes. On leur a entierement défait les Regimensd'Ar--
ragon, de Medina Sidonia , &
deMonteleone. TouslesOffi-
GALANT.: 141 ciers de ces trois Regimens ont eſté tuez , bleffez , ou faits
prifonniers. On a fort mal trai- té ceux de Grenade & de la
Cofte , & il y a eu un tres- grand nombre de prifonniers,
entre leſquels ſont plufieurs Perſonnes de qualité , dont quelques-uns, comme le Com- te de la Fuente, le Vicomte de S.George,& le Colonel Heffe,
✓ font morts de leurs bleſſures..
Cette Action eſt d'autant plus
glorieuſe, qu'on a batu les Ennemisdans leur Païs, quoyque plus forts, qu'ony eft demeuré maître du Champ de Bataille,
qu'on leur a pris des Dra peaux ,&tout cela en ſe reti rant ; ce qui eſt une circon - ſtance remarquable : car les
Retraites font ordinairement
- dangereuses , & on y est rar
142 LE MERCURE
rement attaqué qu'on ne ſoit batu. Les Eſpagnols n'ont rien entrepris depuis ce temps-là ,
& voilà à quoy ont abouty tous ces grands Armemens, &
toutes ces Levées, qui avoient épuiſé leurs RoyaumesdeGre- nade &d'Andaloufie. Jevous
ay tenu parole , Madame. Ce Récit n'eſt embaraſſe d'aucuns'
Noms de Paſſages,&je ne l'ay pas meſme voulu charger de ceux de nos Officiers qui ſe font fait remarquer , afin de vous en laiſſer plus aiſement fuivre le fil . Cela ne me doit
pas empeſcher de leur rendre preſentement juſtice; & pour faire honneur aux Etrangers ,
je vous diray d'abord que les Suiffes & les Allemands ne
donnerent quartier à perſon- ne , fur ce qu'un Trompette
GALANT. 143 des Ennemis vint declarer -qu'ils n'en feroient point aux Etrangers. Si les François euf- ſent ſuivy cet exemple , il ne ſeroit guere demeuré d'Eſpa- gnols.
Les Regimens de Sault, de Furſtemberg , de Navailles ,
d'Erlac , de Gaſſion , de la Rabliere , de Lanſon , de Lebret ,
&de Villeneuve , ſe ſont dif
tinguez , aufli bien que les Dragons., que rien n'a efte ca- pable d'ébranler. Jamais onn'a fi genéralement bien faitdans aucun Combat. Onn'a pas re- marqué un feul Soldat qui ait reculé,&on ne ſçait qui loüer,
particulierement des Officiers,
parce qu'ils meritent tous d'égales loüanges.
*
Monfieur le Mareſchal Duc
de Navailles diviſa ſes Trou-
144 LE MERCURE
pes enpluſieurs Corps,&quoy qu'il fuſt par tout, il ne laiſſa pas de ſe mettre à la teſte d'un de
ces Corps qu'il avoit fi judi- cieuſement diviſez. Mr de la
Rabliere Mareſchal de Camp,
eſtoit à la teſte d'un autre , &
monta fur une Hauteur où il
batit les Ennemis. Mrde Gafſion Lieutenant General , pаreillementàla teſte d'un Corps,
occupa une autre Hauteur ; &
Mr Chevreau Brigadier deCa- valerie , ſe ſignala à la teſte du quatrième Corps. Mr du Sauf- fay donna beaucoup de mar- *ques de cœur & de conduite
en cette occaſion; il commandoit la Cavalerie. M² le Marquis d'Apremont Mareſchalde Camp, y fit des merveilles. II eſtoit par tout. Ce fut luy qui foûtint les premiers efforts des
GALANT. 145
Ennemis , & qui commença à
leur faire connoiſtre qu'ils s'é- toient trompez quand ils s'é- toient voulu répondre ſi fortement de la Victoire. La con- duite des Bagages fut donnée à Mr d'Urban Brigadier d'In- fanterie. Il les mit en ſeûreté,
&revint en ſuite prendre part à la gloire de cette fameuſe journée. M' le Marquis de Villeneuve , Colonel de Cavalerie , après avoir foûtenu les efforts des Ennemis , les chargea vigoureuſement. M le Che- valier de Ganges fit des choſes
ſurprenantes , & forma des Eſcadrons , malgré tout le feu des Ennemis. Mr le Marquis
de Navailles ſervit de Briga- dier en la place de M de S. André , qui avoit eſté envoyé
depuis deux jours à Bellegarde.
146 LE MERCURE 1
Ce Marquis agit avec autant de prudence que de courage.
Il mena les Bataillons à la
Charge , & fe montradigne du Sang dont il fort. M. des
Fontaines Lieutenant d'Artillerie , fit tout ce qu'on pou- voit attendre de luy. Son Ca- non fut bien ſervy, & fi à pro- pos , que les Ennemis en fou- frirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avanta- geufement de Meſſieurs de la
Rabliere & deGaffion , qu'on ne leur peut donner trop de loüanges, non--plus qu'àMon- fieur le Chevalier d'Aubeterre , qui ayant apporté une vi- gilance incroyable à ſe faifir du Col de Bagnols avant le Combat, montra une vigueur extraordinaire à chaffer les
Ennemis qui avoient occupé les
GALANT. 147
les Hauteurs des environs de
ce Paſſage, quoy qu'ils fuſſent beaucoup mieux poftez & en plus grand nombre. Monfieur de Raiſon , Capitaine au Regi- ment de Sault ,& un petit Corps de Suiffes , executerent
tres-bien ſes ordres, Monfieur
le Camus deBeaulicu , Intendant General de tout le Païs,
donna les ſiens fort à propos.
Il avoit receu une Lettre en
chifre de Monfieur le Duc de
Navailles pour faire marcher toute la Milice du Païs avec
M' le Chevalier d'Aubeterre,
& pour tenir preſtes les Munir)
tions de guerre & de bouche,
& il prit ſoin de tout avecune diligence & une ponctualité qui nepeuvent etre allezoſti mées. Il chargea Monfieur He ron, Commiſſaire ordinaire des
Tome VI. N
148 LE MERCVRE Guerres , & des Convois tant
par terre que par Mer, de l'e- xecution'de beaucoup de cho- ſes dont il s'acquita tres-fide- lement. Il ne me reſte plus qu'à vous dire les noms des Morts&des Bleſſez , tant d'actions vigoureuſes n'ayant pû fe faire ſans qu'il nous en ait couſté quelque choſe.
Capitaines tuez.
M.Choueraſqui, м. le Chevalier du Cros, M.Duran.
Capitaines bleſſez.
Mrs Praflon , Davénes, Bardonanche, Maurniay, De Tu- bas , Revellas , Tronc , Romp,
Geſſeret,Bandron,Quantagril,
Guaſque, Saint Géniez , La- barte, Sainte-Coulombe, Lan- glade, Barriere, Brouffan,Cha- tonville Vulaine M. le Marquis deVilleneu
GALANT. 149
ve Colonel de Cavalerie , &
M.de Conflans Major du Re- gimentde laRabliere, ont auffi efté bleſſez .
a
Je ne vous parle point des Eſpagnols morts oubleſſez. Ce font noms qui vous font en tierement inconnus , &d'ailleurs le nombre eneſt ſi grand,
qu'ils ne pourroient que vous ennuyer. Le ComtedeMonterey envoyé demander le Corps du Comtede la Fuente par un Trompete , & dire à
Monfieur de Navailles qu'il avoit eſté plus heureux que luy. Ce Trompete le pria en meſme temps de ſa part d'a- voir ſoin de la Nobleſſe d'ef
pagne qu'il avoit entre ſes mains.
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Résumé : Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Les Espagnols préparèrent une diversion en Catalogne pour compenser les conquêtes françaises en Flandre. Ils levèrent des troupes dans diverses provinces et nommèrent le Comte de Monterey vice-roi de Catalogne et général de l'armée. Les préparatifs incluaient l'arrivée de vaisseaux chargés de troupes à Barcelone et des renforts de régions comme Grenade et Valence. Le Comte de Monterey reçut l'ordre de se rendre à Barcelone et de préparer des troupes pour la Sicile. Il marcha vers Saint-Pierre-Pescador où le Duc de Navailles était posté. Après une escarmouche, les Espagnols furent contraints de se retirer en désordre. Plus tard, le Duc de Navailles envoya des troupes pour défaire un détachement espagnol près du Lampourdan. Les Français, malgré les forces espagnoles, réussirent à faire des dégâts en Catalogne et à sécuriser les récoltes dans le Roussillon. Cependant, ils étaient limités par des passages étroits entre les montagnes. Le Duc de Navailles envoya le Chevalier d'Aubeterre sécuriser le Col de Bagnols, permettant ainsi aux troupes françaises de progresser. Lors de plusieurs escarmouches, les Espagnols, bien que plus nombreux, furent repoussés. Le Duc de Navailles réussit à retirer ses troupes en sécurité malgré la poursuite des Espagnols. La bataille finale dura cinq heures et demie, se terminant par une victoire française. Les Espagnols perdirent plus de deux mille hommes et plusieurs régiments furent détruits. Les régiments français, notamment ceux de Sault, Furstemberg, et Navailles, se distinguèrent par leur bravoure. Le Duc de Navailles et plusieurs autres officiers reçurent des éloges pour leur conduite et leur courage. Après cette défaite, les Espagnols n'entreprirent plus aucune action militaire significative. Le texte mentionne également les capitaines tués et blessés lors des actions militaires, ainsi que la demande du Comte de Monterey pour le corps du Comte de la Fuente, soulignant la supériorité militaire du Duc de Navailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 238-279
Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Début :
Le Royaume de Siam a plus de trois cens lieües de [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Grands seigneurs, Siamois, Talapoins, Siam, Porte, Peuple, Idoles, Fruits, Terre, Corps, Hommes, Prince, Dieux, Ville, Mer, Maisons, Moeurs, Éléphants, Étrangers, Figure, Fruit, Habits, Officiers, Royaume, Orient, Rivière, Eaux, Chair, Écorce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
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Résumé : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama s'étend sur plus de trois cents lieues du nord au sud et est bordé par le Pégu au nord, la mer du Gange au sud, le petit État de Malaca à l'ouest, et les montagnes à l'est, qui le séparent de la Camboye et de Laros. Situé jusqu'au dix-huitième degré de latitude septentrionale, le royaume est avantageusement situé entre deux mers, facilitant les échanges avec les pays voisins grâce à l'étendue de ses côtes, qui mesurent cinq à six cents lieues de tour. Le royaume est divisé en onze provinces gouvernées par des gouverneurs nommés par le roi. La province de Siam est la principale et donne son nom au royaume ainsi qu'à la ville capitale, située sur la rivière de Menan, qui provient du lac de Chiamay et permet aux vaisseaux de naviguer jusqu'aux portes de Siam, malgré la distance de plus de soixante lieues de la mer. La capitale est bien fortifiée et construite sur l'eau, semblable à Venise, et abrite une grande diversité de nations parlant jusqu'à vingt langues différentes. Le pays est fertile grâce aux inondations causées par les pluies durables de trois à quatre mois, qui noient les campagnes et favorisent la culture du riz, le principal aliment des Siamois. Malgré cette fertilité, de nombreuses terres restent incultes faute de main-d'œuvre ou par la paresse des habitants. Les plaines et forêts servent de refuge à divers animaux sauvages. Le royaume est riche en fruits, notamment le durion, les jacquiers, les mangoustans, la manque et l'areca, ce dernier étant utilisé pour ses propriétés digestives et socialement important dans les échanges de civilité. Les Siamois sont de peau olivâtre, ont un nez court et un naturel doux et affable. Ils valorisent le repos et délèguent le travail à leurs esclaves. Leur mode de vie est marqué par une pauvreté tranquille, et ils se vêtent simplement, souvent pieds nus. Les maisons sont construites sur pilotis pour se protéger des inondations. La nourriture principale est le riz et les fruits, bien que la viande soit consommée occasionnellement. Les Siamois n'ont pas d'exercices physiques ou intellectuels spécifiques et leur médecine repose sur des remèdes traditionnels et la magie. Le gouvernement est monarchique et bien régulé, avec un roi absolu qui consulte parfois les grands seigneurs pour les décisions importantes. Le roi se montre rarement au peuple et est entouré d'une garde de trois cents hommes. Il a de nombreuses concubines et se déplace de manière majestueuse, soit par terre avec des éléphants, soit par eau avec des galères ornées. Les cérémonies royales visent à maintenir la vénération du peuple pour la majesté royale. À la mort du roi, son frère aîné ou son fils aîné lui succède, jamais une fille. Le royaume est ouvert aux étrangers, qui peuvent s'y établir ou commercer librement, à condition de respecter l'État. Chaque nation étrangère a un chef et un protecteur particulier pour prévenir les désordres. Les étrangers doivent renouveler annuellement leur serment de fidélité au roi lors d'une cérémonie solennelle. Le royaume permet la pratique de toutes les religions, attirant ainsi de nombreux étrangers dont la présence est bénéfique pour le commerce. Les Siamois croient en une pluralité de dieux et estiment que chaque divinité exige des cultes différents. Cette diversité rend difficile leur conversion à d'autres religions. Ils reconnaissent la validité de la religion chrétienne mais refusent de rejeter les autres croyances, estimant que toutes honorent les dieux. Les Siamois possèdent de nombreuses idoles de grande taille, souvent dorées et placées dans des temples somptueux et solides, similaires aux églises. Ces temples comportent des galeries avec des idoles de diverses figures et des portes dorées. Les sacrifices aux dieux sont accompagnés de torches, de fleurs et de feux d'artifice. Les Talapoins, ou sacrificateurs, sont nombreux et portent des habits jaunes distinctifs. Ils vivent en communauté, jeûnent souvent et se consacrent à la prière et aux offrandes. Les femmes religieuses, vêtues de blanc, peuvent quitter leur vie monastique à leur convenance. Les Siamois croient en la survie de l'âme après la mort et amassent des trésors pour l'au-delà. Les funérailles sont magnifiques et durent parfois une année entière, avec des cérémonies élaborées et des feux d'artifice. Les mariages parmi les riches sont somptueux mais sans cérémonies religieuses. Les biens sont partagés entre les Talapoins, le roi et les enfants après la mort du propriétaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 242-282
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés avoir satisfait vostre curiosité dans une de mes Lettres, [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Roi de France, Envoyés, Monarque, Présents, Prince, Vaisseau, Bâtiment, Londres, Royaume, Majesté, Remèdes, Argent, Sujets, Missionnaires, Nations, Europe, Gloire, Banten, Amitié, Angleterre, Voyage, États, Religion, Hommes, Peuples, Siam
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Aprés avoir satisfait vostre
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
Fermer
Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Le texte décrit les interactions entre les missionnaires français, appelés Millionnaires, et le roi de Siam. Ces missionnaires, établis au Siam, ont gagné la faveur des habitants en distribuant des remèdes et en soignant les malades sans demander de paiement, ce qui a favorisé l'expansion de la religion catholique dans le royaume. Le roi de Siam, intrigué par ces missionnaires, a découvert qu'ils étaient financés par des missions en France et des donations de particuliers. Impressionné par cette générosité, il a développé une haute estime pour le roi de France. Cependant, la perte d'un vaisseau chargé de présents pour le roi de France a contrarié le roi de Siam. Malgré cet incident, il a décidé d'envoyer de nouveaux envoyés à Paris à bord d'un petit bâtiment anglais. Ces envoyés, choisis parmi les officiers de la maison royale et exempts de certaines taxes, avaient pour missions de s'informer du sort du premier ambassadeur, de solliciter des moyens pour renforcer l'amitié entre les deux couronnes, et de féliciter le roi de France pour la naissance du Duc de Bourgogne. Le roi de Siam a également demandé à un missionnaire, M. Vachet, de les accompagner et de rapporter fidèlement ses observations sur la cour et les États français. Pour éviter que les présents destinés aux ministres français ne soient taxés en Angleterre, le roi de Siam a pris des mesures appropriées et a fourni à M. Vachet un habit de satin pour les audiences. Malgré les tentatives de sabotage par des nations jalouses, les envoyés ont finalement quitté Londres à bord d'un vaisseau anglais pour se rendre à Calais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1-5
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Les vertus du Roy éclatent de plus en plus, & l'on peut [...]
Mots clefs :
Louanges, Vertus, Sa Majesté, Zèle, Provinces, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
MERCURE
GALANT
JANVIER 1685.
Es vertus du Roy
éclatent de plus en
plus , & l'on peut
dire que toute la Terd
re retentit de ſes loüanges ; mais ,
Madame , ce qui doit fort augmenter
l'admiration que vous
avez pour cet augufte Monarque
, c'est que parmy tant demerveilleufes
qualitez qui l'éle-
Fanvier 1685.
A
2 MERCURE
vent audeffus de tous les Hommes
, fa pieté tient toûjours le
premier rang. Il vient encore de
nous en donner de nouvelles
,
marques. Les avis qu'il a reçûs
du mauvais état où font en beaucoup
de Lieux les Nefs des Eglifes
, & les Prefbyteres , l'ont
obligé de remedier à ce defordre.
Pour empefcher qu'il ne continuë
il a efté ordonné par un
Arreft du Confeil d'Etat du 16 .
du dernier mois , que fur les
Procez Verbaux que les Archevefques
& Evefques en feroient
dreffer chacun dans fon Diocéfe
, des Experts feroient nommez
par les Intendans & les Commiffaires
deputez dans les Provinces
& les Generalitez', pour faire la
vifite de ce qui feroit en décadence
, afin de pourvoir enfuite
aux moyens de faire les RéparaGALANT.
3
tions qu'on jugeroit neceffaires.
Dans le temps que Sa Majefté
fait paroiftre un fi grand zéle
pour toutes les chofes qui ont
rapport au culte de Dieu , Elle
n'oublie rien de ce qui peut établir
plus fortement la felicité de
fes Sujets. Ainfi Elle a ordonné
dans toutes les Provinces de fon
Royaume , que , que de fes propres
deniers on fift faire par les Païfans
de chaque Generalité , tour
les Ouvrages qui affureroient la
commodité publique , quelque
confidérable qu'en pût eftre la
dépenfe , & entre autre , ce qui
refte à faire du Canal d'Orleans ,
pour joindre la Riviere de Loire.
Ce fage Monarque , en ce qui
regarde cette entrepriſe , récompenfe
l'induftrie & les foins des
Particuliers , qui parleurs lumie
A 2
4
MERCURE
res contribuent au fuccés des
grands établiffemens ; & en genéral
, il donne à une infinité de
Familles , l'occafion de parvenir
à un état aifé & commode , qu'il
eft feul capable de prévoir & de
procurer. Vous remarquerez ,
Madame,que la Genéralité d'Orleans
a efté l'objet des foins des
trois plus grands Princes du monde,
pour y faire des chofes dignes
de rendre leur Régne immortel.
Céfar y a fait faire un Chemin
qu'on voit encore à préfent, pour
la communication de la Bourgogne
à l'Orleannois . Henry IV. a
fait faire le Canal de Briare , &
LOUIS le Grand fait mettre
celuy d'Orleans dans la
perfection que l'on peut luy fouhaiter.
Ce Canal eft appellé
d'Orleans , à caufe qu'il traverſe
la Foreft d'Orleans , & vient tomGALANT.
ber dans la Loire proche la Ville
qui porte ce nom . Il commence
dans la Riviere de Loing , deux
lieües au- deffous de Montargis,
& eft actuellement navigable
dans une étendüe d'environ huit
heües.
Comme nous fommes dans
le mois d'Etrennes je croy
que vous ferez bien aife de voir
celles de Monfieur Magnin à Sa
Majefté . Voicy dequoy elles
eftoient compofées .
GALANT
JANVIER 1685.
Es vertus du Roy
éclatent de plus en
plus , & l'on peut
dire que toute la Terd
re retentit de ſes loüanges ; mais ,
Madame , ce qui doit fort augmenter
l'admiration que vous
avez pour cet augufte Monarque
, c'est que parmy tant demerveilleufes
qualitez qui l'éle-
Fanvier 1685.
A
2 MERCURE
vent audeffus de tous les Hommes
, fa pieté tient toûjours le
premier rang. Il vient encore de
nous en donner de nouvelles
,
marques. Les avis qu'il a reçûs
du mauvais état où font en beaucoup
de Lieux les Nefs des Eglifes
, & les Prefbyteres , l'ont
obligé de remedier à ce defordre.
Pour empefcher qu'il ne continuë
il a efté ordonné par un
Arreft du Confeil d'Etat du 16 .
du dernier mois , que fur les
Procez Verbaux que les Archevefques
& Evefques en feroient
dreffer chacun dans fon Diocéfe
, des Experts feroient nommez
par les Intendans & les Commiffaires
deputez dans les Provinces
& les Generalitez', pour faire la
vifite de ce qui feroit en décadence
, afin de pourvoir enfuite
aux moyens de faire les RéparaGALANT.
3
tions qu'on jugeroit neceffaires.
Dans le temps que Sa Majefté
fait paroiftre un fi grand zéle
pour toutes les chofes qui ont
rapport au culte de Dieu , Elle
n'oublie rien de ce qui peut établir
plus fortement la felicité de
fes Sujets. Ainfi Elle a ordonné
dans toutes les Provinces de fon
Royaume , que , que de fes propres
deniers on fift faire par les Païfans
de chaque Generalité , tour
les Ouvrages qui affureroient la
commodité publique , quelque
confidérable qu'en pût eftre la
dépenfe , & entre autre , ce qui
refte à faire du Canal d'Orleans ,
pour joindre la Riviere de Loire.
Ce fage Monarque , en ce qui
regarde cette entrepriſe , récompenfe
l'induftrie & les foins des
Particuliers , qui parleurs lumie
A 2
4
MERCURE
res contribuent au fuccés des
grands établiffemens ; & en genéral
, il donne à une infinité de
Familles , l'occafion de parvenir
à un état aifé & commode , qu'il
eft feul capable de prévoir & de
procurer. Vous remarquerez ,
Madame,que la Genéralité d'Orleans
a efté l'objet des foins des
trois plus grands Princes du monde,
pour y faire des chofes dignes
de rendre leur Régne immortel.
Céfar y a fait faire un Chemin
qu'on voit encore à préfent, pour
la communication de la Bourgogne
à l'Orleannois . Henry IV. a
fait faire le Canal de Briare , &
LOUIS le Grand fait mettre
celuy d'Orleans dans la
perfection que l'on peut luy fouhaiter.
Ce Canal eft appellé
d'Orleans , à caufe qu'il traverſe
la Foreft d'Orleans , & vient tomGALANT.
ber dans la Loire proche la Ville
qui porte ce nom . Il commence
dans la Riviere de Loing , deux
lieües au- deffous de Montargis,
& eft actuellement navigable
dans une étendüe d'environ huit
heües.
Comme nous fommes dans
le mois d'Etrennes je croy
que vous ferez bien aife de voir
celles de Monfieur Magnin à Sa
Majefté . Voicy dequoy elles
eftoient compofées .
Fermer
Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
Le 'Mercure Galant' de janvier 1685 célèbre les vertus et les actions du roi de France. Le roi est particulièrement loué pour sa piété, ayant ordonné des réparations des églises et des presbytères en mauvais état via un arrêt du Conseil d'État du 16 décembre précédent. Il montre un grand zèle pour le culte divin et le bien-être de ses sujets, finançant des ouvrages publics dans toutes les provinces. Parmi ces projets figure la construction du Canal d'Orléans, navigable sur environ huit lieues, traversant la forêt d'Orléans et se jetant dans la Loire près d'Orléans. Ce canal commence dans la rivière de Loing, deux lieues en dessous de Montargis. La généralité d'Orléans a déjà été l'objet d'attention de grands princes comme César et Henri IV. Le roi actuel, Louis le Grand, perfectionne le Canal d'Orléans. Le texte se termine par une référence aux étrennes offertes au roi par Monsieur Magnin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 116-141
« Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Début :
Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...]
Mots clefs :
Académie française, Jean Racine, Jean-Louis Bergeret, Gloire, Roi, Parler, Corneille, Esprit, Discours, Vertus, Histoire, Rois, Protecteur, Nom, Paix, Ennemis, Lettres, Place, Royaume, Compagnie, Justice, Monde, Attention, Avantage, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monfieur de Corneille ayant
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
Fermer
Résumé : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monsieur de Bergeret prononce un discours à l'Académie Française, soulignant la grandeur de cette institution qui attire les plus grands princes. Il rend hommage à Monsieur de Cordemoy, louant ses vertus morales et chrétiennes, ainsi que ses talents intellectuels. Cordemoy avait entrepris une grande histoire des rois de France, restée inachevée à cause de sa mort prématurée. Le discours est suivi d'un éloge du Cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie, célébré pour ses contributions à la gloire de l'État et son rôle de protecteur des lettres. Le roi est ensuite loué pour ses qualités exceptionnelles telles que la prudence, la justice, la valeur, la modération, la bonté et son zèle pour la religion. Ses actions pendant la paix et la guerre, notamment la conquête de places stratégiques sans combat et la gestion efficace du royaume malgré les menaces extérieures, illustrent ces vertus. Monsieur Racine, directeur de l'Académie, répond aux nouveaux académiciens en soulignant l'importance de Pierre Corneille pour le théâtre français. Racine décrit l'état chaotique du théâtre avant l'œuvre de Corneille, qui a introduit la raison et la vraisemblance sur scène, surpassant tous ses contemporains. Il compare Corneille aux grands tragiques de l'Antiquité et souligne son impact durable sur la littérature française. Le texte mentionne également la gloire de la France, qui se glorifie d'avoir produit des figures illustres comme Auguste, Horace et Virgile, et prédit que le siècle sera admiré pour ses victoires prodigieuses. Corneille est décrit comme une merveille parmi ces exploits. La France se souviendra avec plaisir que, sous le règne de Louis XIV, le plus célèbre de ses poètes a fleuri. Le roi a honoré Corneille de ses bienfaits, même deux jours avant sa mort, en lui envoyant des marques de libéralité. Les dernières paroles de Corneille ont été des remerciements à Louis XIV, qu'il a loué pour sa probité, sa piété et son esprit de douceur. Racine adresse ensuite la parole à Bergeret, soulignant que l'Académie française a perdu en Cordemoy un homme dédié à l'étude de l'histoire ancienne, mais a choisi un successeur compétent en Bergeret. Ce dernier, après avoir été l'organe d'un parlement célèbre et occupé un emploi important dans l'État, apporte à l'Académie une connaissance parfaite de l'histoire et des livres, ainsi que de l'histoire de son protecteur. Racine loue Bergeret pour sa connaissance des grands événements, des traités, des alliances et des négociations sous le règne de Sa Majesté. Racine mentionne également la supériorité de la France dans les négociations, contrastant avec les politiques passées où la France était souvent désavantagée. Il souligne que l'Espagne, autrefois orgueilleuse, a dû reconnaître publiquement son infériorité et abandonner des places et provinces importantes. Ce changement est attribué à la puissance et à la justice du roi, qui n'a besoin que de déclarer ses volontés pour les voir exécutées. Racine conclut en louant le roi pour sa résolution de mettre fin à la guerre et pour son habileté à tracer des lignes de paix que les ennemis ont dû accepter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 188-262
Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Ce jeune Prince s'estant fait donner un jour la Clef [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Comte, Angleterre, Duc, Troupes, Colonnel, Peuple, Matelot, Ennemis, Noblesse, Vaisseaux, Gentilhomme, Fidélité, Obstacles, Seigneur, Commissaires, Habits, Royaume, Rivière, Général, Crainte, Avantage, Succès, Décès, Héritiers, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Ce
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
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Résumé : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate les événements entourant la fuite et les tentatives de restauration du Duc d'York, futur Jacques II, et du Prince de Galles, futur Charles II. Le Duc d'York, déguisé, s'échappe d'Angleterre et parvient à embarquer malgré les réticences d'un marinier qui reconnaît son ordre de la Jarretière. Le Prince de Galles, après son évasion, suscite une révolte en Angleterre et en Écosse, mais est démasqué par le chevalier Dishinton. En 1648, Charles II tente de rallier des vaisseaux hollandais et anglais pour libérer son père, Charles Ier, mais échoue face à la résistance et à une tempête. Charles Ier est exécuté en 1649, et Charles II, proclamé roi en Écosse, cherche à venger son père. Il envoie chercher le marquis de Montrose, qui est capturé et exécuté malgré ses efforts pour rejoindre Charles II. Ce dernier, malgré les obstacles, continue ses tentatives pour restaurer la monarchie. Le texte décrit également les événements entourant le règne de Charles II en Écosse. Le roi obtient des États écossais l'autorisation de lever seize mille hommes de pied et six mille chevaux. Les commandants nommés incluent le comte de Leven pour l'infanterie et Holborne pour la cavalerie, avec Montgomery et Lefley comme adjoints. Charles II est nommé généralissime. Cependant, les troupes écossaises sont défaites par Cromwell à la bataille de Copperfpec, subissant de lourdes pertes. Cette défaite refroidit les États écossais, qui imposent des restrictions au roi et cherchent à limiter son pouvoir. Malgré ces difficultés, Charles II est couronné roi d'Écosse le 4 janvier 1651 à l'abbaye de Schoone. Après son couronnement, il marche vers l'Angleterre avec son armée, mais est finalement défait à la bataille de Worcester le 22 août 1651. Forcé de fuir, il se cache dans diverses maisons et forêts, notamment dans le célèbre 'Chêne Royal'. Avec l'aide de fidèles sujets comme George Pendrille et Milord Wilmot, il parvient à échapper à ses poursuivants et à se mettre en sécurité. Le texte relate également la fuite du roi Jacques II, déguisé en domestique, accompagné de la demoiselle Lane, vers Bristol. Déguisé grâce à un mélange d'écorces de noix et d'autres drogues, le roi parvient à éviter la reconnaissance. Leur chemin est marqué par plusieurs incidents, comme la perte d'un fer de cheval du roi, qui doit être remplacé, et des rencontres avec des cavaliers envoyés pour l'arrêter. Grâce à l'aide de fidèles sujets, dont Jean Pope et Milord Wilmot, le roi parvient à éviter les obstacles et à se cacher chez divers nobles, tels que le colonel Windhams et M. Hides. Après plusieurs tentatives infructueuses pour trouver un vaisseau, le roi s'embarque finalement à Britemhsthed en Suffolk et arrive à Fécamp en Normandie. Le voyage se déroule sans encombre, et le roi est reconnu par le capitaine du vaisseau, Tetershall. À Rouen, le roi change d'habits et se rend à Paris pour attendre les révolutions politiques. Le texte mentionne également la mort d'Olivier Cromwell et la restauration de la monarchie avec le retour du roi, proclamé par le Parlement et accueilli triomphalement à Londres. Le roi est couronné en 1661 et épouse Catherine de Portugal. Il lutte contre les factieux et remporte des victoires contre les Hollandais. Le texte se termine par la description de la mort du roi en février 1685, après une nuit d'inquiétudes et de souffrances. Le roi laisse plusieurs enfants naturels, dont Jacques Scott, duc de Monmouth, et Charles Lenox, duc de Richemont.
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7
p. 272-279
Ordonnance du mesme Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour il se fit une Ordonnance conçuë en ces / JACQUES ROY. Comme il a plû à Dieu d'appeller à soy dans ses Misericordes [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Gouvernement, Frère, Angleterre, Officiers, Ministres, Emplois, Magistrature, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ordonnance du mesme Roy, [titre d'après la table]
Le mefme jour il ſe fit une
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
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8
p. 272-279
JACQUES ROY.
Début :
Le mesme jour il se fit une Ordonnance conçuë en ces / Comme il a plû à Dieu d'appeller à soy dans ses Misericordes [...]
Mots clefs :
Ordonnance, Charles II, Mémoire, Magistrature, Royaume, Gouvernement, Procédure, Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JACQUES ROY.
Le mefme jour il ſe fit une
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
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Résumé : JACQUES ROY.
Le 6 février 1684, selon l'ancien style calendaire anglais, le roi Charles II émet une ordonnance suite à la mort de son frère, le précédent souverain. Cette ordonnance stipule que l'autorité et le pouvoir de nombreuses charges et emplois dans la magistrature et le gouvernement des royaumes d'Angleterre et d'Irlande ont cessé. Charles II décide de maintenir en fonction tous les titulaires légitimes d'emplois publics ou d'offices au moment du décès du précédent roi, jusqu'à ce qu'il leur donne de nouvelles instructions. L'ordonnance exige également que tous les sujets prêtent secours et aide aux officiers et ministres dans l'exercice de leurs fonctions. De plus, tous les ordres du conseil privé du défunt roi doivent être exécutés comme ils l'auraient été de son vivant. Cette ordonnance est donnée à la Cour de Whitehall.
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9
p. 6-20
Arrests & Déclarations, [titre d'après la table]
Début :
Comme ce Monarque travaille sans cesse pour le bien & [...]
Mots clefs :
Compagnie, Sujets, Commerce, Conseils, Royaume, Déclaration, Religion, Monarque, Marchandises, Articles, Étrangers, Articles, Ordonnances, Conseil d'État
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrests & Déclarations, [titre d'après la table]
Comme ce Monarque travaille
fans ceffe pour le bien
GALANT.
7
>
& pour le repos de fes Sujets,
il ne fe paffe aucun mois où
l'on ne voye plufieurs de fes
Déclarations , & des Arrests
de fon Confeil d'Etat , à leur
avantage. Il a étably depuis
peu par une Déclaration , nne
Compagnie fous le Titre de
Compagnie de Guinée , qui fera
feule à l'exclufion de tous autres,
le Commerce des Négres , de la
Poudre d'or , & de toutes autres
Marchandifes
, qu'elle pourra
> traiter aux Coftes d'Afrique, depuis
la Riviere de Serre - Lionne
inclufivement jufques au Cap de
bonne Efpérance. Les premie
A. iiij
8 MERCURE
[
res lignes de cette Déclara
tion marquent mieux que je
ne pourrois faire , les bonnes
intentions qu'a Sa Majeſté de
faire du bien à fes Sujets.
Elles font conceues en ces
termes . Apres avoir heureuſement
finy tant de longues & de
diferentes Guerres , pendant le
cours defquelles Dieu a beny vifiblement
, & fait profperer nos
Armes , Nous nous fommes apliquez
à donner le repos à nos Peuples
, par les Traitez de Paix
de Tréve que Nous avons
faits avec les Princes & Etats
nos Voifins . Et comme dans la
[ A
GALANT.
(9
t
tranquilité dont jouit à préfent
noftre Royaume , rien ne peutfi
naturellement introduire l'abondance
, que le Commerce, Nous
avons réfolu d'en procurer par
toutes fortes de voyes l'augmentation
, notamment de celuy qui
fe fait dans les Païs éloignez
Ces lignes font affez con
noistre de quelle maniere le
Roy veille au bien de fon
Etat. En voicy d'autres qui
regardent les biens de la
Compagnie en particulier.
Appartiendront à ladite Compagnie
en pleine proprieté les
Terres qu'elle pourra occuper és
10 MERCURE
lieux , & pendant le temps de
fa conceffion , efquels Nous luy
permettons de faire tels Etablif
femens que bon luy femblera , y
conftruire des Forts pour fa fem
reté, y faire transporter des Ar
mes & Canons , # établir
des Commandans , nombre
d'Officiers & Soldats neceſſaires
pour affurerfon Commerce , tant
contre les Etrangers que les Naaurels
, auquel Effet Nous permettons
à la Compagnie de faire
avec les Roys , Négres , tous
Traitez de Commerce quelle avifera
, apres l'expiration du
Privilege par Nous prefenteGALANT.
II
>
que ladite ment accordé , Voulons
Compagnie puiffe difpofer de fes
Habitations , Armes Munitions
, ainfi que de fes autres Effets,
Meubles, Uftancilles, Marchandifes
& Vaiffeaux , comme
de chofes à elle appartenantes
,
en toute proprieté.
2
Le principal foin du Roy
eftant de faire fleurir la Re
ligion Catholique , cette mef
me Déclaration enferme l'Article
qui fuit , Ne pourra ladite
Compagnie employer ny donner
aucunes Commiffions qu'à des
Gens de la Religion Catholique
Apoftolique Romaine , & en
12 MERCURE
cas que ladire Compagnie faffe
quelques établissemens dans les
Pays de la prefente Conceffion,
elle fera obligée de faire paffer
le nombre de Preftres au Miffionnaires
nece ffaires pour l'in
Aruction & exercice de ladite
Religion , & donner les fecours
Spirituels à ceux quiy auront eſtê
envoyez.
De cet Article de Reli
gion , je paffe à une autre
Déclaration du Roy qui la
regarde . Elle eft , Pour la pu
nition des Miniftres de la Reli
gion Prétendue Réformée, qui
fouffrent dans les Temples des
GALANT 13
Perfonnes que le Roy a défendu
d'y admettre , pour l'interdi-
Etion defdits Temples. On y
contrevient fi fouvent , que
l'on ne peut eftre trop rigide
fur cet Article.
Il a auffi paru depuis peu
un Arreft du Confeil d'Etat,
Qui enjoint à tous ceux de la
Religion Prétenduë Réformée,
dont les Charges de Notaires
ont efté remplies de perfonnes
Catholiques
Minutes des Contracts , & autres
Actes , aux Greffes des Inftices
Royales des lieux où ils
étoient. Sans cette prévoyande
remettre les
14 MERCURE
ce du Roy , le Public auroit
fouffert un jour un notable
préjudice , parce qu'avec le
temps ces Minutes auroient
efté diverties ou égarées.
Cet Arreſt a esté ſuivy de
deux autres , tous deux pour
le foûlagement des Sujets de
Sa Majesté. Le premier a
pour Tître , Arrest du Confeil
d'Etat, portant interpretation de
celuy du
30. Decembre dernier,
སྙན
qui décharge du Droit de Fret
les Vaiffeaux étrangers qui
ameneront des Bleds dans le
Royaume. Le Roy par cet
Arreſt ſi judicieux , fait voir
L
GALANT. 15
que fes interefts luy font
moins chers que ceux de fon
Peuple , & donne lieu aux
Etrangers d'amener des Bleds
dans le Royaume. Une prée
le
a
voyance fi defintereffée, marque
mieux que toute chofe,
combien un Monarque eft
digne de commander. Voiilcyl'autre
Arreft dont je vous
ay parlé , il concerne le
Remboursement des Etapes qui
ono efté fournies aux Troupes quz
ont paffe dans les Provinces
Generalitez du Royaume , depuis
l'année 1676. jufques & compris
l'année 1685
16 MERCURE
On voit par cet Arreft que
ceux qui étoient chargez du
remboursement de ces Etapes
, n'ayant pas remboursé
plufieurs Communautez , &
Particuliers , Habitans qui
ont fouffert le Logement effectif
des Gens de Guerre,
& fourny les Etapes en ef
pece , ce qui leur à caufé un
préjudice confiderable , Sa
Majefté y pourvoit . On ne
doit plus s'étonner fi le Roy
entrant inceffamment dans
tout ce qui regarde le bien
& l'utilité de fes Sujets, pafle
les journées entieres à tra
vailler
a
L
GALANT. 17
vailler , ou feul , cu dans fes
Confeils.
Il a aufli paru depuis peu
un Arrest du Confeil d'Etat
qui ordonne , Que les Directeurs
du Domaine d'Occident,
reprefenteront inceffamment pardevant
Ms de Boucherat &
Puffort , Confeillers Ordinaires
au Confeil Royal , un état certifié
des Effets reftans de la Compagnie
des Indes Occidentales.
Tout ce que je pourrois dire
pour faire connoiftre com--
bien le Roy marque de bon--
té pour les Sujets par cet Ar
reft,le feroit beaucoup moins
Mars 1685,
"
B
18 MERCURE
1
que les paroles fuivantes
voir
du mefme Arreft . Et Sa Majesté
voulant eftre informée de la
quantité , & de la qualité des
Effets reftans à prefent , de ceux
laiffez en la dispofition defdits
Directeurs , tant dans les fles
qu'ailleurs , & prendre une connoiffance
particuliere de toutes
les Affaires de la Direction, comme
il a eftéfait pour les Compagnies
des Indes Orientales &
du Nord, & en confequence liquider
les pretentions des Creanciers
& Actionaires , qui demandent
le remboursement ,
mefme pourvoir audit rembour
GALANT. 191
S
fement , à ce qui fe trouvera
plus convenable pour l'augmentation
des Ifles Françoifes de
l'Amerique, & du Canada. Le
Roy étant en fon Confeil
donné, c...
apor-
Il vient auffi de paroiftreune
Déclaration du Roy concernant
la Compagnie des
Indes Orientales . Elle mar
que les grands foins que Sa
Majefté prend pour foûtenir
& faire fleurir fon Commerce ,,
afin de donner à fes Sujets
les occafions de négocier
dans les Pais les plus éloi--
gnez , d'acheter de la pre-
7
Bij
20 MERCURE
micre main les Marchandifes
qui viennent des Indes , &
qu'ils alloient prendre chez
les Etrangers voifins de ce
grand Royaume , & d'intraduire
mefme par le moyen
du Commerce la Religion
Chrétienne , inconnue pref
que dans tous ces Pais . Ja
mais Monarque s'eft- il appli
qué avec tant de prévoyance
& de bonté , à procurer l'a
bondance à les sujets , & à
augmenter la gloire de fon
Etat?
fans ceffe pour le bien
GALANT.
7
>
& pour le repos de fes Sujets,
il ne fe paffe aucun mois où
l'on ne voye plufieurs de fes
Déclarations , & des Arrests
de fon Confeil d'Etat , à leur
avantage. Il a étably depuis
peu par une Déclaration , nne
Compagnie fous le Titre de
Compagnie de Guinée , qui fera
feule à l'exclufion de tous autres,
le Commerce des Négres , de la
Poudre d'or , & de toutes autres
Marchandifes
, qu'elle pourra
> traiter aux Coftes d'Afrique, depuis
la Riviere de Serre - Lionne
inclufivement jufques au Cap de
bonne Efpérance. Les premie
A. iiij
8 MERCURE
[
res lignes de cette Déclara
tion marquent mieux que je
ne pourrois faire , les bonnes
intentions qu'a Sa Majeſté de
faire du bien à fes Sujets.
Elles font conceues en ces
termes . Apres avoir heureuſement
finy tant de longues & de
diferentes Guerres , pendant le
cours defquelles Dieu a beny vifiblement
, & fait profperer nos
Armes , Nous nous fommes apliquez
à donner le repos à nos Peuples
, par les Traitez de Paix
de Tréve que Nous avons
faits avec les Princes & Etats
nos Voifins . Et comme dans la
[ A
GALANT.
(9
t
tranquilité dont jouit à préfent
noftre Royaume , rien ne peutfi
naturellement introduire l'abondance
, que le Commerce, Nous
avons réfolu d'en procurer par
toutes fortes de voyes l'augmentation
, notamment de celuy qui
fe fait dans les Païs éloignez
Ces lignes font affez con
noistre de quelle maniere le
Roy veille au bien de fon
Etat. En voicy d'autres qui
regardent les biens de la
Compagnie en particulier.
Appartiendront à ladite Compagnie
en pleine proprieté les
Terres qu'elle pourra occuper és
10 MERCURE
lieux , & pendant le temps de
fa conceffion , efquels Nous luy
permettons de faire tels Etablif
femens que bon luy femblera , y
conftruire des Forts pour fa fem
reté, y faire transporter des Ar
mes & Canons , # établir
des Commandans , nombre
d'Officiers & Soldats neceſſaires
pour affurerfon Commerce , tant
contre les Etrangers que les Naaurels
, auquel Effet Nous permettons
à la Compagnie de faire
avec les Roys , Négres , tous
Traitez de Commerce quelle avifera
, apres l'expiration du
Privilege par Nous prefenteGALANT.
II
>
que ladite ment accordé , Voulons
Compagnie puiffe difpofer de fes
Habitations , Armes Munitions
, ainfi que de fes autres Effets,
Meubles, Uftancilles, Marchandifes
& Vaiffeaux , comme
de chofes à elle appartenantes
,
en toute proprieté.
2
Le principal foin du Roy
eftant de faire fleurir la Re
ligion Catholique , cette mef
me Déclaration enferme l'Article
qui fuit , Ne pourra ladite
Compagnie employer ny donner
aucunes Commiffions qu'à des
Gens de la Religion Catholique
Apoftolique Romaine , & en
12 MERCURE
cas que ladire Compagnie faffe
quelques établissemens dans les
Pays de la prefente Conceffion,
elle fera obligée de faire paffer
le nombre de Preftres au Miffionnaires
nece ffaires pour l'in
Aruction & exercice de ladite
Religion , & donner les fecours
Spirituels à ceux quiy auront eſtê
envoyez.
De cet Article de Reli
gion , je paffe à une autre
Déclaration du Roy qui la
regarde . Elle eft , Pour la pu
nition des Miniftres de la Reli
gion Prétendue Réformée, qui
fouffrent dans les Temples des
GALANT 13
Perfonnes que le Roy a défendu
d'y admettre , pour l'interdi-
Etion defdits Temples. On y
contrevient fi fouvent , que
l'on ne peut eftre trop rigide
fur cet Article.
Il a auffi paru depuis peu
un Arreft du Confeil d'Etat,
Qui enjoint à tous ceux de la
Religion Prétenduë Réformée,
dont les Charges de Notaires
ont efté remplies de perfonnes
Catholiques
Minutes des Contracts , & autres
Actes , aux Greffes des Inftices
Royales des lieux où ils
étoient. Sans cette prévoyande
remettre les
14 MERCURE
ce du Roy , le Public auroit
fouffert un jour un notable
préjudice , parce qu'avec le
temps ces Minutes auroient
efté diverties ou égarées.
Cet Arreſt a esté ſuivy de
deux autres , tous deux pour
le foûlagement des Sujets de
Sa Majesté. Le premier a
pour Tître , Arrest du Confeil
d'Etat, portant interpretation de
celuy du
30. Decembre dernier,
སྙན
qui décharge du Droit de Fret
les Vaiffeaux étrangers qui
ameneront des Bleds dans le
Royaume. Le Roy par cet
Arreſt ſi judicieux , fait voir
L
GALANT. 15
que fes interefts luy font
moins chers que ceux de fon
Peuple , & donne lieu aux
Etrangers d'amener des Bleds
dans le Royaume. Une prée
le
a
voyance fi defintereffée, marque
mieux que toute chofe,
combien un Monarque eft
digne de commander. Voiilcyl'autre
Arreft dont je vous
ay parlé , il concerne le
Remboursement des Etapes qui
ono efté fournies aux Troupes quz
ont paffe dans les Provinces
Generalitez du Royaume , depuis
l'année 1676. jufques & compris
l'année 1685
16 MERCURE
On voit par cet Arreft que
ceux qui étoient chargez du
remboursement de ces Etapes
, n'ayant pas remboursé
plufieurs Communautez , &
Particuliers , Habitans qui
ont fouffert le Logement effectif
des Gens de Guerre,
& fourny les Etapes en ef
pece , ce qui leur à caufé un
préjudice confiderable , Sa
Majefté y pourvoit . On ne
doit plus s'étonner fi le Roy
entrant inceffamment dans
tout ce qui regarde le bien
& l'utilité de fes Sujets, pafle
les journées entieres à tra
vailler
a
L
GALANT. 17
vailler , ou feul , cu dans fes
Confeils.
Il a aufli paru depuis peu
un Arrest du Confeil d'Etat
qui ordonne , Que les Directeurs
du Domaine d'Occident,
reprefenteront inceffamment pardevant
Ms de Boucherat &
Puffort , Confeillers Ordinaires
au Confeil Royal , un état certifié
des Effets reftans de la Compagnie
des Indes Occidentales.
Tout ce que je pourrois dire
pour faire connoiftre com--
bien le Roy marque de bon--
té pour les Sujets par cet Ar
reft,le feroit beaucoup moins
Mars 1685,
"
B
18 MERCURE
1
que les paroles fuivantes
voir
du mefme Arreft . Et Sa Majesté
voulant eftre informée de la
quantité , & de la qualité des
Effets reftans à prefent , de ceux
laiffez en la dispofition defdits
Directeurs , tant dans les fles
qu'ailleurs , & prendre une connoiffance
particuliere de toutes
les Affaires de la Direction, comme
il a eftéfait pour les Compagnies
des Indes Orientales &
du Nord, & en confequence liquider
les pretentions des Creanciers
& Actionaires , qui demandent
le remboursement ,
mefme pourvoir audit rembour
GALANT. 191
S
fement , à ce qui fe trouvera
plus convenable pour l'augmentation
des Ifles Françoifes de
l'Amerique, & du Canada. Le
Roy étant en fon Confeil
donné, c...
apor-
Il vient auffi de paroiftreune
Déclaration du Roy concernant
la Compagnie des
Indes Orientales . Elle mar
que les grands foins que Sa
Majefté prend pour foûtenir
& faire fleurir fon Commerce ,,
afin de donner à fes Sujets
les occafions de négocier
dans les Pais les plus éloi--
gnez , d'acheter de la pre-
7
Bij
20 MERCURE
micre main les Marchandifes
qui viennent des Indes , &
qu'ils alloient prendre chez
les Etrangers voifins de ce
grand Royaume , & d'intraduire
mefme par le moyen
du Commerce la Religion
Chrétienne , inconnue pref
que dans tous ces Pais . Ja
mais Monarque s'eft- il appli
qué avec tant de prévoyance
& de bonté , à procurer l'a
bondance à les sujets , & à
augmenter la gloire de fon
Etat?
Fermer
Résumé : Arrests & Déclarations, [titre d'après la table]
Le texte relate les actions du monarque en faveur du bien-être de ses sujets et du développement du commerce. Le roi a fondé la Compagnie de Guinée, qui détient le monopole du commerce des esclaves, de la poudre d'or et d'autres marchandises sur la côte africaine, depuis la rivière de Serre-Lionne jusqu'au Cap de Bonne-Espérance. Cette initiative vise à augmenter le commerce et à procurer l'abondance dans le royaume. La compagnie est autorisée à occuper des terres, construire des forts, et établir des commandants et des soldats pour assurer sa sécurité. Le roi insiste également sur l'emploi exclusif de catholiques au sein de la compagnie et sur l'établissement de missionnaires pour propager la religion catholique. Le texte mentionne plusieurs déclarations et arrêts du Conseil d'État visant à punir les ministres de la religion prétendue réformée et à protéger les intérêts des sujets du roi. Par exemple, un arrêt oblige les protestants à remettre les minutes des contrats aux greffes des instances royales. Un autre arrêt exonère de droits de fret les navires étrangers apportant des céréales, facilitant ainsi l'importation de blé. Un autre arrêt prévoit le remboursement des étapes fournies aux troupes depuis 1676. Enfin, un arrêt concerne la liquidation des effets restants de la Compagnie des Indes Occidentales pour rembourser les créanciers et actionnaires, et pour augmenter les îles françaises d'Amérique et du Canada. Le roi montre ainsi une grande sollicitude pour le bien-être de ses sujets et pour le développement du commerce et de la religion catholique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 236-280
Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé assez amplement dans ma derniere Lettre [...]
Mots clefs :
Angleterre, Proclamation, Décès, Monarque, Seigneurs, Milord, Couronne, Conseil, Charge, Armes, Cérémonies, Religion, Obéissance, Serments, Magistrats, Royaume, Archevêque, Héritiers, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Je vous ay parlé aſſez amplement
dans ma derniere
Lettre de ce qui s'eſt paffé
pendant les premiers jours de
la maladie du Roy d'Angleterre
; mais comme je vous
ay dit peu de chofes des deux
derniers
, parce que je n'étois
pas encore bien informé
du détail , je crois que vous
ne ferez pas fâchée que je reprenne
cette matiere , pour
vous apprendre des chofes
que vous pouvez ignorer.
Le leudy is.de Fevrier, veille
GALANT. 237
7 de la mort de ce Monarque,
les Medecins dirent à Mon.
fieur le Duc d'York , qu'il étoit
hors de danger , qu'ils répondoient
de fa vie ; & que s'il mouroit de
cette maladie - là , ce ne pourroit
eftre que par leurfaute . Sur une
affeurance fi pofitive , Monfieur
le Duc d'York , qui par
la prudence qu'on a toûjours
veuë inféparable de toutes fes
actions , avoit fait fermer tous
les Ports d'Angleterre, donna
des ordres pour les faire'r'ouvrir.
Cependant le foir de ce
mefme jour, le Roy fut nouyellement
attaqué de con238
MERCURE
vulfions ; le poux commença
à luy manquer ; depuis le bas
de fon corps la moitié devint
froide , & il perdit peu à peu
la parole,quoy qu'il ait encore
parlé avec une grade préfence
d'efprit , trois heures avant fa
mort. On ne peut montrer
plus de refignation , ny des
fentimens plus pieux & plus
Chrétiens , qu'il en fit voir dás
les intervales de foulagement
que fon grand mal luy laiffoit,
Il demanda premierement
pardon à Dieu , & enfuite à la
Reyne fa femme , qui n'étoit
pas préfente dans ce moment,,
4
GALANT. 239
puis à Mofieur le Duc d'York,
Pappellant fon cher Frere , fon
aimable Frere, qui luy avoit toûjours
efté meilleur Frere , qu'il ne
L'avoit efté pour luy pendantfon
vivant; ce qui attendrit ſi fort
ceux qui l'écoutoient , qu'ils
ne purent retenir leurs larmes.
Il parla auffi fort avantageuſement
du grand merite de Madame
la Ducheffe d'York,
& de la haute eftime qu'il
avoit toûjours euë pour cette
Princeffe. Il recommanda à
tous les grands Officiers de la
Couronne qui eftoient autour
de fon lit , l'entiere obeïffance
240 MERCURE
qu'ils devoient à Monfieur le
Duc d'York , fon unique Frere,
& Heritier du Royaume , les
affurant qu'il le furpafferoit en
bonté pour eux . Apres cela
il pria ce Prince d'avoir foin
des Ducs de Graffeton , Northumberland
, S. Alban , &
Richemont, puis il luy donna
la Clef de fon Cabinet où
eftoient fes Papiers les plus
fecrets , & luy témoigna , & à
tous ceux qui avoient paffé la
nuit dans fa Chambre , & qui.
eftoient la plupart des Grands
du Royaume , beaucoup de
douleur des peines qu'ils prenoient
GALANT 241
noient pour l'affifter. Il ajoûtoit
par intervale , qu'il valoit
• mieux , puifque le temps de fa
1 mort eftoit venu , que ce moment
s'avançaft , afin que leurs fati-
I gues ceffaffent. Trois heures
avant qu'il expiraft , il parla
quelque temps à l'oreille de
Monfieur le Duc d'York , &
I mourut le Vendredy 16. à
onze heures trois quarts du
matin. Il a plus paru de convulfion
dans le fujet de la
mort de ce Monarque , que
d'Apoplexie. On l'a ouvert,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres- bons. Il avoit une eau
X
Mars 1685.
242 MERCURE
noire dans le Cerveau , quelques
- uns veulent que cette
eau foit un effet du Tabac, &
la caufe de fa mort. D'autres
l'attribuent au contretemps
d'avoir arrefté une fluxion
qu'il avoit fur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le
dernier foûpir , Monfieur le
Duc d'York fortit de laChambre
où ce Monarque venoit
de mourir , & dit luy- mefme
aux Seigneurs qu'il trouva
dehors , que le Roy fon Frere
eftoit mort , & qu'il eftoit
devenuleur Souverain . Quoy
que la plus vive douleur fuft
GALANT. 243.
peinte fur fon vifage, il avoit
neanmoins un air de grandeur
& de fermeté , qui imprimoit
du refpect , & qui
auroit pû intimider les malintentionnez
pour luy , s'il
s'en fuft trouvé quelquesuns.
Ce nouveau Monarque
alla enfuite apprendre cette
nouvelle à la Princeffe fa
Femme. Auffi- toft apres , le
Grand Chancelier avec le
Seau , accompagné des Confeillers
d'Etat , vint falüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent
à Sa Majefté fi Elle vouloit
x ij
244 MERCURE
tenir Confeil. Le Roy fe rendit
dans la Chambre où il fe
tient ordinairement , & la
Reyne , à l'Apartement de
la Reyne Douairiere , pour
la confoler dans fon déplaifir.
Le Roy eftant au Confeil
, fit appeller tous ceux
qui le compofoient , & tous
les Pairs du Royaume qui
eftoient pour lors à la Cour,
& Sa Majesté leur fit le Dif
cours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre . J'oubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt , il
ſe ſentit fi vivement pénétré
GALANT. 245
de fa douleur , qu'il ne pût
retenir fes larmes , & pria
l'Affemblée de compatir à la
perte qu'il venoit de faire . Je
vous ay parlé de ce qui fe fit
dans le Confeil , & de la Pro
clamation du Roy , que je
yous ay envoyée dans les
mefmes termes qu'elle fut
faite ; mais je ne vous ay rien
dit des Cerémonies de cette
Proclamation
. Elles font affez
curieuſes pour eftre fçeües .'
Sur les trois heures apres midy
le Duc de Norfolk , Grand-
Maréchal , avec les Hérauts:
d'Armes fuivy du Grand
X iij
246 MERCURE
Chancelier , du Préfident du
Confeil, du Garde des Seaux ,,
de tous les Seigneurs du Confeil
, de l'Archevefque de
Cantorbery , & des Pairs du
Royaume , fit à la Porte de
Witheal la Proclamation du
nouveau Roy & de la nouvelle
Reyne ; & tous enfem
ble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe, partie
à Cheval ,
accompagnez
d'un grand Corps deCavalerie
bien montée & bien armée ,
& dont les Chevaux eftoient
magnifiquement caparaçonnez.
Milord Maire fe trouva à
GALANT. 247.
la Porte de la Ville , fuivy des
Juges & des Magiftrats de la
Ville , reveftus de Robes d'Ecarlate,
& fuperbement montez.
Ils eftoient accompagnez
de cent de leurs Gardes
portans des Halebardes , &
d'un grand nombre d'Offciers
auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que
Milord Maire apperceut !
Grand Maréchal avec faSuite,
il fit fermer la Porte de la
Ville. Un des Hérauts heurta
à cette Porte , criant
le
que
le
Roy
Charles
eftoit
mort
, &
que
Le
Roy
Jacques
vouloit
entrer
.
X iiij
248 MERCURE
LaPortefut auffi toft ouverte,
& l'on y fit une feconde Pro.
clamation . Le Peuple dont
la foule eftoit tres - grande,
cria d'abort en Anglois Vive
le Roy Jacques , avec de grandes
demonftrations d'allegreffe
, & plufieurs mefme,
pour mieux témoigner leur
joye,jettérent leurs Chapeaux
en l'air. Toute la Compagnie
entra dans la Ville avec Milord
Maire. La Cavalerie
eftoit à la tefte & à la queuë.
Cette Marche fut continuée
jufques à la moitié de la
Ville , & s'arreſta devant la
J
GALANT 249
Grande Bourſe , où l'on fit
une nouvelle Proclamation ;
de forte que trois heures apres
la mort du Roy , toutes ces
Cerémonies furent finies ,.
avec une tres - grande tranquilité.
Il ne faut pas s'en
étonner. Le Peuple craint,
eftime & aime le nouveau
Roy , & eft perfuadé de fon
intrépidité & de fa valeur .
Cette Cerémonie eftant finie,
toute l'Artillerie de la Tour
fit plufieurs Salves , & les
Cloches carillonnérent toute
la nuit.Je vous ay déja marqué
le mefme jour le nou
que
250 MERCURE
veau Roy déclara , Que ceux
dont le Pouvoir, & les Reve
nus , ou Salaires eftoient finis &
ceffez, feroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges &
Emplois , fous les meſmes conditions
, & ainfi qu'ils en jouif
foient cy-devant , jusqu'à ce que
les intentions de Sa Majestéfuffent
plus amplement expliquées.
Je dois ajoûter icy , qu'il s'expliqua
dans le mefme temps
fur ce que plufieurs grands
Seigneurs ne payoient point
leurs debres , fous prétexte
qu'ils avoient des Charges à
la Cour , & dit que ce n'é
GALANT. 251
toit pas fon intention. Le 17.
les Juges preftérent Serment,
& reprirent leurs Séances ; &
le lendemain , Milord Chef
de Juſtice , avec tous les Juges
qui l'accompagnoient,
baifa la main à Sa Majefté.
Le mefme jour Elle déclara
par une Proclamation qui fut
publiée , qu'elle avoit deffein
de convoquer dans peu de
temps un Parlement , eſtant
perfuadée qu'il prendroit foin
d'établir des Revenus fuffifans
pour foûtenir les dépen
fes aufquelles le Gouverne
ment de l'Etat l'engageroit.
252 MERCURE
Elle ordonna cependant, que
l'on continüeroit à lever les
droits d'Entrée & de Sortie fur
toutes les Marchandiſes dans
les Ports de fon Royaume.Ce
jour- là Milord Darmouth &
Milord Chef de Juſtice , qui
n'avoient pû fe trouver au
Confeil le 16 , preftérent Serment
entre les mains de ce
Prince, & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé
, & délivré pour cela
par le Comte de Bath , Premier
Gentilhomme
de fa
Chambre , au Comte d'At
lington , Chambellan de fa
1
GALANT. 253
Maiſon . On le tranſporta
fans Cerémonie à l'Apartement
du Prince au Palais de
Sommerfet , où il fut gardé
par fes Officiers jufques au
jour de l'Enterrement . Le
19. le Prince Georges de Dan.
nemark , qui a épousé la feconde
Fille du nouveau Roy,
prit Séance au Confeil Privé
de Sa Majesté. Le 24. le
Cercueil où l'on avoit mis le
Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Westminster, à
l'Eglife de l'Abbaïe , par les
Gentilshommes de la Chambre.
Six Comtes foûtenoient
254 MERCURE
les coins du Drap Mortuaire.
La Marche de ce Convoy fut
commencée par les Domeſtiques
des Seigneurs & des
Officiers de la Couronne , du
Prince & de la Princeffe de
Dannemark , du Roy & de
la Reyne,de la Reyne Douairiere
, & du feu Roy, Les
Officiers fuivoient , puis les
Barons , les Vicomtes , les
Comtes , les Marquis , les
Ducs , les Evefques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon fa Dignité.
L'Archevefque de Cantorbery
marchoit le dernier,
GALANT 255
1
à caufe qu'il eft le Premier
Pair d'Angleterre. Le Prince
Georges de Dannemark,Chef
du Deüil , marchoit apres
eux. Il eftoit conduit par les
Ducs de Sommerfet & de
Beaufort , & accompagné de
feize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne,
& les autres marques de la
Royauté ; & la marche eftoit
fermée par les Gentilshommies
Penfionnaires , & par
les Yeomans de la Garde . Le
Doven & les Chanoines de
Weſtminſter vinrent recevoir
le Corps à la Porte ; & le Ser256
MERCURE
Les
vice ayant efté fait felon l'U.
fage de l'Eglife Anglicane
,
on l'enterra dans la Chapelle
de Henry VII. C'est le Lieu
de la Sépulture ordinaire des
Roys d'Angleterre.
Grands Officiers rompirent
alors leurs Baftons , & un
Roy d'Armes proclama le
Roy Jacques H. felon la coûtume.
Comme en ces occafions
on attend toûjours à
donner les Charges
, que le
dernier Roy foit enterré, cette
lugubreCerémonie
ayanteſté
faite , on donna au Comte
de Rochefter
la Charge de
GALANT. 257
Grand Tréforier d'Angle
terre , exercée depuis quel
ques années par Commif
fion ; celle de Préfident Privé:
au Marquis de Hallifax , &
celle de Garde du Seau Privé
qu'avoit ce Marquis, au Cóte
de Clarendon. On fit le Duc
de Beaufort , Préfident du:
Raïs de Galles , & Milord
Godolphin , Chambellan dè
La Reyne..
Le lendemain 25, le Roy
?
& la Reyne firent leurs dévo
tions dans leur Chapelle , ens
prefence de plufieurs de leurs
premiers Officiers , & de
Mars 1685,
Ya
258 MERCURE
quantité de Seigneurs Anglois
, le Roy ayant fait ou
vrir les portes . Sa Majefté
ayant auparavant communiqué
fa réfolution à fon Confeil
, avoit dit , Que faifant profeffion
de la Religion Catholique,
il croyoit , pour faire mieux connoiftre
fa fincerité, & fa bonne
foy , ne devoirpas fe cacher à l'avenir
, faire mieux fon devoir,
comme chacun eft obligé de
faire dans la Religion qu'il profeffe.
Ces paroles eftant d'un
grand Roy , d'un Prince fincere
& plein de coeur , qui ne
fait point déguifer , & enfin
GALANT.. 259
d'un honnefte Homme , il
n'y a perfonne , de quelque
Religion qu'il puiffe eftre,
qui ne doive approuver la
franchiſe de ce procedé , &
qui ne tombe d'accord que
ce Monarque a pû ſe ſervic
de la mefme liberté qu'il laif
fe à ſes Sujets.
Le 27 on publia une Proclamation
, portant que le
Roy avoit fait examiner le .
Bail de l'Excife , par les Juges
& par les plus habiles Jurif
confultes , l'Excife eft un Impoftfur
la Biere & fur les Boif
fons étrangeres , conclu au:
Y ij
260 MERCURE
nom du feu Roy , par les
Commiflaires de la Treforerie
, avec les Fermiers Generaux
pour trois ans , moyen,
nant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par an,
payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le de ce mois. Je croy,
Madame , que vous fçavez
qu'une livre Sterlin , eft en
viron treize Francs de noftre
Monnoye. Sa Majesté déclára
par cette Proclamation, que
la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Excife , & que
Lon intention estoit qu'on
25.
GALANT. 261
Texecutaft fuivant les Actes
du Parlement , par lesquels
ce Droit a efté accordé au feu
Roy , pour en jouir pendant
fa vie , & à caufe de la part
que les mefmes Actes en accordent
à fes Heritiers & Succeffeurs.
Je ne vous nommeray
point toutes les Villes où
le Roy a efté proclamé, fi-toft
qu'on y a receu la nouvelle
de la mort du Roy Charles II .
Je vous diray feulement que
cette Ceremonie s'eft faire
par tout , avec des marques
de joye extraordinaires . Elles
font connoiftre combien te
262 MERCURE
nouveau Roy eft aimé de fes
Sujets . Apres la Proclamation
faite par le principal Officier
à la grande Place de chaque
Ville, où les Magiftrats fe font
rendus en Robes d'écarlates,
les Canons ont fait trois dé
charges generales , qui ont
efté fuivies d'autant de Salves
des Milices , fous les Armes.
Dans les Villes Maritimes,
tous les Vaiffeaux qui étoient
dans les Ports , ont fait plu
fieurs décharges de leur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour-
& toute la nuit , & on n'a veu
GALANT. 263
que Feux de joye dans toutes
les Ruës. La Proclamation
de l'Univerfité de Cambridge
a efté particuliere. Le Vice-
I Chancelier ayant affemblé
tous les Principaux des Colle-
-ges, & tous les Ecoliers , ils fe
rendirent à la Proceffion à la
5 grande Place de la Ville , où
illût la Proclamation. Enſuite
elle fut annoncée à haute
voix , par l'Ancien de l'Univerfité
, & un grand Repas,
dans lequel on but la fanté du
Roy & de la Reyne , finit la
Ceremonie. Je paffe toutes
les Adreffes que l'on prefente
264 MERCURE
&
tous les jours à Sa Majeſté , aur
nom des principales Villes &
des Communautez du Royau
me. Les Affurances de zéle
& de fidelité pour ſon ſervice
dont elles font pleines , font
conceuës en des termes firef
pectueux & fi foûmis , qu'on
voit ailément qu'elles font
finceres. On y fait pareillement
des remercimens au
Roy,de ce qu'il a déclaré que
fa réfolution eft de maintenir
Gouvernement étably dans
l'Eglife & dans l'Etat , felon
les Loix du Royaume. Les
Compagnies du Commerce
d'Afrique
Le
GALANT 265
201
d'Afrique du Levant , des
Indes Orientales, & plufieurs
autres de Marchands , ont
auffi prefenté des Adreffes à
Sa Majefté , pour luy témoigner
qu'elles fe foûmettent
volontiers à payer les Impofts
fur les Marchandiſes , confor
mément à la Déclaration qui
en a efté publiée.
Il fautvous parler preſente
ment de la Proclamation qui
a efté faite en Ecoffe , apres
qu'on y eut receu les Lettres
du Roy , conceües en ces
termes.
Mars 1685.
z
266 MERCURE
JACQUES
ROY.
J AcquesVII. par la Grace de
Dieu , Roy d'Ecoffe , d'Angleterre
, d'Irlande , Défenfeur
de la Foy , à tous & un chacun
de nos bons Sujets qu'il apartiendra
, Salut. Comme il a plû à
Dieu d'appeller aujourd'huy de
cette vie , le feu Roy noftre trescher
& bien aimé Frere Charles
II, Nous avons jugé à propos
de vous faire fçavoir que
noftre Royal Plaifir eft , Que
tous nos Officiers d'Etat , Con
feillers du Confeil Privé , Ma
giftrats , & autres Officiers quel
GALANT. 267
conques, de Robe ou d'Epée, dans
noftre ancien Royaume d'Ecoffe,
continuent leurs Fonctions , ainfi
qu'ilsfont autorifez par les Prefentes
,pour executer tous cha
cun en particulier , toutes les chofes
qui font du devoir de leurs
> Charges
Commiffions Instructions à
eux données par le feu Roy de
benite Memoire , jufqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles , qui
leur foient envoyées de noftre
part, & cette prefente Lettre
fervira à tous , & à chacun en
particulier à les autorifer fuffi-
Samment pour le faire . Donné à
conformément aux
Z ij
268 MERCURE
Witthal le 16. Fevrier 1685. de
noftre Regne le premier. Par
commandement de Sa Majefté,
I. D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame ,
que fi le Roy qui fe fait nom
mer lacques II. en Angleterre
, prend icy le nom de Iacques
VII . c'est pour conſerver
la fucceffion des Roys d'E
coffe. lacques VI. Roy d'E
coffe , Fils de Marie Stuard,
eftoit petit Fils de Margueri
te d'Angleterre , Soeur de
Henry VIII. & Elizabeth ,Fille
de ce mefme Henry VIII
efant morte en 1603. la Cou
GALANT. 269
&
*
ronne d'Angleterre apartint
de droit à lacques VI. Roy.
d'Ecoffe , qui ayant uny les
trois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande
Bretagne avec le nom de
Lacques I. Ainfi le Roy qui
regne prefentement , eft lacques
II. en Angleterre, & laċques
VII. en Ecoffe. Voicy
les termes dans lefquels Sa
Proclamation a eſté faite en
ce Royaume.
Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles II. noftre
Souverain Seigneur de glorieufe
Z iij
270 MERCURE
Memoire , de la Couronne Temporelle
à une Couronne Eternelle
dans le Ciel , & qu'ainfi le Droit
inconteftable de la fucceffion à la
Couronne de ce Royaume , eft dévolu
à la Perfonne Sacrée de fon
Royal Tres- cher Frere , à prefent
noftre Souverain Seigneur,
que Dieu conferve longues an
nées Nous , les Seigneurs du
Confeil Privé du Roy , autorifez
à cet effet par les Lettres de Sa
Majefté , écrites à Withal le 16.
de ce mois , & du confentement·
de plufieurs autres Seigneurs, Ecclefiaftiques
, des Barons , & des
Bourgeois de ce Royaume, Décla
GALANT. 271
rons &
Proclamons à ce que perfonne
n'en ignore, que noftre Souverain
Seigneur Tacques VII. eft
par legitime indubitable Succeffion,
Roy d'Ecoffe , d'Angleter
re , d'Irlande , & des Pais qui en
dépendent , Défenfeur de la Foy,
c. Que Dieu conferve & beniffe,
en luy accordant une longue,
heureufe vie , glorieuse ,
un heureux Regne. Nous décla
rons que nous sommes réfolus de
Luy obeir , & de le fervir avec
toute lafoumiffion & fidelité poffible
, de le défendre au peril de
nos vies de nos biens , contre
toute forte d'Ennemis , comme
Z iiij
272 MERCURE
noftre feul legitime Roy , ayant
une autorité Souveraine fur toutes
Perſonnes , & en toute forte
d'affaires , comme tenant la Cou
ronne de Dieufeul. En témoi
gnage dequoy , Nous, en la prefence
de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles
Sujets de Sa Majesté , de tous
Etats & Conditions qui fent icy
prefens à cette Publication So-
Temnelle , par laquelle nous reconnoiſſons
fa fupreme # ſouveraine
Autorité , à la Croix du
Marché de cette Ville d'Edim
bourg , déclarons & publions que .
noftre Souverain Seigneur , eft
GALANT. 273
par la Grace & Providence de
Dieu , Tour-puiffant , Roy d'E
coffe , d'Angleterre , d'Irlande,
Pais dépendans ; & en mesme
temps nous faisons Serment
en levant la main , d'avoir une
veritable & entiere fidelité envers
noftre Souverain Seigneur
Lacques VII. Roy de la Grande
Bretagne , &c. & àfes legitimes!
Heritiers & Succeffeurs , & de
nous acquiter de tous devoirs,fervice,
& obeiffance qui luyfont
deus , ainsi qu'il apartient à de
loyaux, foumis , & fidelles Sujets .
Ainfi Dieu nous aide. Par Acte
des Secretaires du Confeil. A
274 MERCURE
Milord Lansdovvn le
Chevalier Silvius , M Poley,
Skelton , Rich , & Etheridge,
que le Roy Charles II. avoit
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinai
res en Efpagne , en Danemark
, en Suéde , en Hollan
de , à Hambourg , & à Ratisbonne
, ont efté confirmez
dans leurs Emplois par Sa
Majeſté.
Apres plufieurs Affemblées
des Seigneurs du Confeil Privé
, touchant les préparatifs
du Couronnement du Roy,
il a eſté réſolu qu'il fe fera le
GALANT. 275
May , Feſte de S. Georges,.
felon l'ancien Calendrier. On
y obfervera toutes les Cere-:
monies de celuy du défunt
Roy , à la referve de celle de
créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Cavalcade de Witheal
à Weſtminſter , & d'une
partie des Services qui fe faifoient
ordinairement au Cel
pas Royal , apres le Couron
nement. La Reyne fera cou
ronnée en mefme temps,
comme le füt Anne de Danemark
,avec lacques I. Ayeuls
de Sa Majefté. Le Duc d'Or
mond , Gouverneur General
276 MERCURE
d'Irlande , a ordre de venir à
la Cour L'Archevefque d'Armagh
, Primat d'Irlande , &
le Comte de Granard , doivent
gouverner le Royaume,
comme Lords -Juftices , Out
fuprêmes Magiftrats , ſuivant
une Commiffion qui leur a
efté crpadiée par re du
Roy , & dont ils ne feront
ouverture qu'apres le depart
du Duc d'Ormond. On a
expedié les Lettres circulaires
pour convoquer le Parlement
au 29. May prochain , &
on les a envoyées dans les
Provinces, afin que les Villes ,
GALANT. 277.
les Bourgs & les Communautez
élifent les Députez , qui
doivent entrer à la Chambre
des Communes. Le feu Roy
avoit convoqué le Parlement
d'Ecoffe , & il devoit s'affembler
à Edimbourg , mais l'au
torité des Lettres Patentes ne
fubfiftant plus , Sa Majeſté
qui devoit y préfider en qualité
de grand Commiffaire , a
ordonné qu'il s'affemblera en
la maniere accoûtumée le 9.
d'Avril , fans avoir encore
'nommé celuy qui exercera la
Commiflion . On publia la
Proclamation à Edimbourg
278 MERCURE
le zo. du dernier mois , Par
my les Adreffes que l'on continue
de prefenter au Roy au
nom des principales Villes,
celle de l'Univerfitéd'Oxford
eft fort remarquable. Cette
Adreffe porte que confor
mément à la Religion que
les Loix ont établie , & à la
doctrine que profeffe cette
Univerfité , elle fe croit indifpenfablement
obligée à une
fidelité inviolable envers le
Roy,fans aucune reſtriction ,
nylimitation ; que ceux de fon
Corps l'ont affez fait paroiftre
dans les troubles arrivez fous 1
GALANT. 279
le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurát
fermes dás l'obeiffance qu'ils
devoient au Roy Charles II.
qu'ils font dans les mefmes
fentimens de fidelité & de
refpect pour Sa Majesté à
preſent regnante , & qu'ils
font prefts de luy en donner
des marques en toutes fortes
d'occafions , en maintenant
cette mefme Doctrine , & en
l'enſeignant dans les Ecoles ,
pour affeurer la tranquilité
publique. Le Roy doit aller
demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommer280
MERCURE
fet , & on le prépare pour fon
logement. Le Service de la
Chapelle Royale à Witheal,
fe fait tous les jours de la
mefme maniere qu'il le faifoit
du temps du feu Roy . Le 4
de ce mois , Sa Majeſté apres
avoir entendu la Prédication ,
affifta à la Meffe dans la Chapelle
de la Reyne , & y communia.
dans ma derniere
Lettre de ce qui s'eſt paffé
pendant les premiers jours de
la maladie du Roy d'Angleterre
; mais comme je vous
ay dit peu de chofes des deux
derniers
, parce que je n'étois
pas encore bien informé
du détail , je crois que vous
ne ferez pas fâchée que je reprenne
cette matiere , pour
vous apprendre des chofes
que vous pouvez ignorer.
Le leudy is.de Fevrier, veille
GALANT. 237
7 de la mort de ce Monarque,
les Medecins dirent à Mon.
fieur le Duc d'York , qu'il étoit
hors de danger , qu'ils répondoient
de fa vie ; & que s'il mouroit de
cette maladie - là , ce ne pourroit
eftre que par leurfaute . Sur une
affeurance fi pofitive , Monfieur
le Duc d'York , qui par
la prudence qu'on a toûjours
veuë inféparable de toutes fes
actions , avoit fait fermer tous
les Ports d'Angleterre, donna
des ordres pour les faire'r'ouvrir.
Cependant le foir de ce
mefme jour, le Roy fut nouyellement
attaqué de con238
MERCURE
vulfions ; le poux commença
à luy manquer ; depuis le bas
de fon corps la moitié devint
froide , & il perdit peu à peu
la parole,quoy qu'il ait encore
parlé avec une grade préfence
d'efprit , trois heures avant fa
mort. On ne peut montrer
plus de refignation , ny des
fentimens plus pieux & plus
Chrétiens , qu'il en fit voir dás
les intervales de foulagement
que fon grand mal luy laiffoit,
Il demanda premierement
pardon à Dieu , & enfuite à la
Reyne fa femme , qui n'étoit
pas préfente dans ce moment,,
4
GALANT. 239
puis à Mofieur le Duc d'York,
Pappellant fon cher Frere , fon
aimable Frere, qui luy avoit toûjours
efté meilleur Frere , qu'il ne
L'avoit efté pour luy pendantfon
vivant; ce qui attendrit ſi fort
ceux qui l'écoutoient , qu'ils
ne purent retenir leurs larmes.
Il parla auffi fort avantageuſement
du grand merite de Madame
la Ducheffe d'York,
& de la haute eftime qu'il
avoit toûjours euë pour cette
Princeffe. Il recommanda à
tous les grands Officiers de la
Couronne qui eftoient autour
de fon lit , l'entiere obeïffance
240 MERCURE
qu'ils devoient à Monfieur le
Duc d'York , fon unique Frere,
& Heritier du Royaume , les
affurant qu'il le furpafferoit en
bonté pour eux . Apres cela
il pria ce Prince d'avoir foin
des Ducs de Graffeton , Northumberland
, S. Alban , &
Richemont, puis il luy donna
la Clef de fon Cabinet où
eftoient fes Papiers les plus
fecrets , & luy témoigna , & à
tous ceux qui avoient paffé la
nuit dans fa Chambre , & qui.
eftoient la plupart des Grands
du Royaume , beaucoup de
douleur des peines qu'ils prenoient
GALANT 241
noient pour l'affifter. Il ajoûtoit
par intervale , qu'il valoit
• mieux , puifque le temps de fa
1 mort eftoit venu , que ce moment
s'avançaft , afin que leurs fati-
I gues ceffaffent. Trois heures
avant qu'il expiraft , il parla
quelque temps à l'oreille de
Monfieur le Duc d'York , &
I mourut le Vendredy 16. à
onze heures trois quarts du
matin. Il a plus paru de convulfion
dans le fujet de la
mort de ce Monarque , que
d'Apoplexie. On l'a ouvert,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres- bons. Il avoit une eau
X
Mars 1685.
242 MERCURE
noire dans le Cerveau , quelques
- uns veulent que cette
eau foit un effet du Tabac, &
la caufe de fa mort. D'autres
l'attribuent au contretemps
d'avoir arrefté une fluxion
qu'il avoit fur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le
dernier foûpir , Monfieur le
Duc d'York fortit de laChambre
où ce Monarque venoit
de mourir , & dit luy- mefme
aux Seigneurs qu'il trouva
dehors , que le Roy fon Frere
eftoit mort , & qu'il eftoit
devenuleur Souverain . Quoy
que la plus vive douleur fuft
GALANT. 243.
peinte fur fon vifage, il avoit
neanmoins un air de grandeur
& de fermeté , qui imprimoit
du refpect , & qui
auroit pû intimider les malintentionnez
pour luy , s'il
s'en fuft trouvé quelquesuns.
Ce nouveau Monarque
alla enfuite apprendre cette
nouvelle à la Princeffe fa
Femme. Auffi- toft apres , le
Grand Chancelier avec le
Seau , accompagné des Confeillers
d'Etat , vint falüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent
à Sa Majefté fi Elle vouloit
x ij
244 MERCURE
tenir Confeil. Le Roy fe rendit
dans la Chambre où il fe
tient ordinairement , & la
Reyne , à l'Apartement de
la Reyne Douairiere , pour
la confoler dans fon déplaifir.
Le Roy eftant au Confeil
, fit appeller tous ceux
qui le compofoient , & tous
les Pairs du Royaume qui
eftoient pour lors à la Cour,
& Sa Majesté leur fit le Dif
cours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre . J'oubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt , il
ſe ſentit fi vivement pénétré
GALANT. 245
de fa douleur , qu'il ne pût
retenir fes larmes , & pria
l'Affemblée de compatir à la
perte qu'il venoit de faire . Je
vous ay parlé de ce qui fe fit
dans le Confeil , & de la Pro
clamation du Roy , que je
yous ay envoyée dans les
mefmes termes qu'elle fut
faite ; mais je ne vous ay rien
dit des Cerémonies de cette
Proclamation
. Elles font affez
curieuſes pour eftre fçeües .'
Sur les trois heures apres midy
le Duc de Norfolk , Grand-
Maréchal , avec les Hérauts:
d'Armes fuivy du Grand
X iij
246 MERCURE
Chancelier , du Préfident du
Confeil, du Garde des Seaux ,,
de tous les Seigneurs du Confeil
, de l'Archevefque de
Cantorbery , & des Pairs du
Royaume , fit à la Porte de
Witheal la Proclamation du
nouveau Roy & de la nouvelle
Reyne ; & tous enfem
ble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe, partie
à Cheval ,
accompagnez
d'un grand Corps deCavalerie
bien montée & bien armée ,
& dont les Chevaux eftoient
magnifiquement caparaçonnez.
Milord Maire fe trouva à
GALANT. 247.
la Porte de la Ville , fuivy des
Juges & des Magiftrats de la
Ville , reveftus de Robes d'Ecarlate,
& fuperbement montez.
Ils eftoient accompagnez
de cent de leurs Gardes
portans des Halebardes , &
d'un grand nombre d'Offciers
auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que
Milord Maire apperceut !
Grand Maréchal avec faSuite,
il fit fermer la Porte de la
Ville. Un des Hérauts heurta
à cette Porte , criant
le
que
le
Roy
Charles
eftoit
mort
, &
que
Le
Roy
Jacques
vouloit
entrer
.
X iiij
248 MERCURE
LaPortefut auffi toft ouverte,
& l'on y fit une feconde Pro.
clamation . Le Peuple dont
la foule eftoit tres - grande,
cria d'abort en Anglois Vive
le Roy Jacques , avec de grandes
demonftrations d'allegreffe
, & plufieurs mefme,
pour mieux témoigner leur
joye,jettérent leurs Chapeaux
en l'air. Toute la Compagnie
entra dans la Ville avec Milord
Maire. La Cavalerie
eftoit à la tefte & à la queuë.
Cette Marche fut continuée
jufques à la moitié de la
Ville , & s'arreſta devant la
J
GALANT 249
Grande Bourſe , où l'on fit
une nouvelle Proclamation ;
de forte que trois heures apres
la mort du Roy , toutes ces
Cerémonies furent finies ,.
avec une tres - grande tranquilité.
Il ne faut pas s'en
étonner. Le Peuple craint,
eftime & aime le nouveau
Roy , & eft perfuadé de fon
intrépidité & de fa valeur .
Cette Cerémonie eftant finie,
toute l'Artillerie de la Tour
fit plufieurs Salves , & les
Cloches carillonnérent toute
la nuit.Je vous ay déja marqué
le mefme jour le nou
que
250 MERCURE
veau Roy déclara , Que ceux
dont le Pouvoir, & les Reve
nus , ou Salaires eftoient finis &
ceffez, feroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges &
Emplois , fous les meſmes conditions
, & ainfi qu'ils en jouif
foient cy-devant , jusqu'à ce que
les intentions de Sa Majestéfuffent
plus amplement expliquées.
Je dois ajoûter icy , qu'il s'expliqua
dans le mefme temps
fur ce que plufieurs grands
Seigneurs ne payoient point
leurs debres , fous prétexte
qu'ils avoient des Charges à
la Cour , & dit que ce n'é
GALANT. 251
toit pas fon intention. Le 17.
les Juges preftérent Serment,
& reprirent leurs Séances ; &
le lendemain , Milord Chef
de Juſtice , avec tous les Juges
qui l'accompagnoient,
baifa la main à Sa Majefté.
Le mefme jour Elle déclara
par une Proclamation qui fut
publiée , qu'elle avoit deffein
de convoquer dans peu de
temps un Parlement , eſtant
perfuadée qu'il prendroit foin
d'établir des Revenus fuffifans
pour foûtenir les dépen
fes aufquelles le Gouverne
ment de l'Etat l'engageroit.
252 MERCURE
Elle ordonna cependant, que
l'on continüeroit à lever les
droits d'Entrée & de Sortie fur
toutes les Marchandiſes dans
les Ports de fon Royaume.Ce
jour- là Milord Darmouth &
Milord Chef de Juſtice , qui
n'avoient pû fe trouver au
Confeil le 16 , preftérent Serment
entre les mains de ce
Prince, & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé
, & délivré pour cela
par le Comte de Bath , Premier
Gentilhomme
de fa
Chambre , au Comte d'At
lington , Chambellan de fa
1
GALANT. 253
Maiſon . On le tranſporta
fans Cerémonie à l'Apartement
du Prince au Palais de
Sommerfet , où il fut gardé
par fes Officiers jufques au
jour de l'Enterrement . Le
19. le Prince Georges de Dan.
nemark , qui a épousé la feconde
Fille du nouveau Roy,
prit Séance au Confeil Privé
de Sa Majesté. Le 24. le
Cercueil où l'on avoit mis le
Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Westminster, à
l'Eglife de l'Abbaïe , par les
Gentilshommes de la Chambre.
Six Comtes foûtenoient
254 MERCURE
les coins du Drap Mortuaire.
La Marche de ce Convoy fut
commencée par les Domeſtiques
des Seigneurs & des
Officiers de la Couronne , du
Prince & de la Princeffe de
Dannemark , du Roy & de
la Reyne,de la Reyne Douairiere
, & du feu Roy, Les
Officiers fuivoient , puis les
Barons , les Vicomtes , les
Comtes , les Marquis , les
Ducs , les Evefques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon fa Dignité.
L'Archevefque de Cantorbery
marchoit le dernier,
GALANT 255
1
à caufe qu'il eft le Premier
Pair d'Angleterre. Le Prince
Georges de Dannemark,Chef
du Deüil , marchoit apres
eux. Il eftoit conduit par les
Ducs de Sommerfet & de
Beaufort , & accompagné de
feize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne,
& les autres marques de la
Royauté ; & la marche eftoit
fermée par les Gentilshommies
Penfionnaires , & par
les Yeomans de la Garde . Le
Doven & les Chanoines de
Weſtminſter vinrent recevoir
le Corps à la Porte ; & le Ser256
MERCURE
Les
vice ayant efté fait felon l'U.
fage de l'Eglife Anglicane
,
on l'enterra dans la Chapelle
de Henry VII. C'est le Lieu
de la Sépulture ordinaire des
Roys d'Angleterre.
Grands Officiers rompirent
alors leurs Baftons , & un
Roy d'Armes proclama le
Roy Jacques H. felon la coûtume.
Comme en ces occafions
on attend toûjours à
donner les Charges
, que le
dernier Roy foit enterré, cette
lugubreCerémonie
ayanteſté
faite , on donna au Comte
de Rochefter
la Charge de
GALANT. 257
Grand Tréforier d'Angle
terre , exercée depuis quel
ques années par Commif
fion ; celle de Préfident Privé:
au Marquis de Hallifax , &
celle de Garde du Seau Privé
qu'avoit ce Marquis, au Cóte
de Clarendon. On fit le Duc
de Beaufort , Préfident du:
Raïs de Galles , & Milord
Godolphin , Chambellan dè
La Reyne..
Le lendemain 25, le Roy
?
& la Reyne firent leurs dévo
tions dans leur Chapelle , ens
prefence de plufieurs de leurs
premiers Officiers , & de
Mars 1685,
Ya
258 MERCURE
quantité de Seigneurs Anglois
, le Roy ayant fait ou
vrir les portes . Sa Majefté
ayant auparavant communiqué
fa réfolution à fon Confeil
, avoit dit , Que faifant profeffion
de la Religion Catholique,
il croyoit , pour faire mieux connoiftre
fa fincerité, & fa bonne
foy , ne devoirpas fe cacher à l'avenir
, faire mieux fon devoir,
comme chacun eft obligé de
faire dans la Religion qu'il profeffe.
Ces paroles eftant d'un
grand Roy , d'un Prince fincere
& plein de coeur , qui ne
fait point déguifer , & enfin
GALANT.. 259
d'un honnefte Homme , il
n'y a perfonne , de quelque
Religion qu'il puiffe eftre,
qui ne doive approuver la
franchiſe de ce procedé , &
qui ne tombe d'accord que
ce Monarque a pû ſe ſervic
de la mefme liberté qu'il laif
fe à ſes Sujets.
Le 27 on publia une Proclamation
, portant que le
Roy avoit fait examiner le .
Bail de l'Excife , par les Juges
& par les plus habiles Jurif
confultes , l'Excife eft un Impoftfur
la Biere & fur les Boif
fons étrangeres , conclu au:
Y ij
260 MERCURE
nom du feu Roy , par les
Commiflaires de la Treforerie
, avec les Fermiers Generaux
pour trois ans , moyen,
nant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par an,
payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le de ce mois. Je croy,
Madame , que vous fçavez
qu'une livre Sterlin , eft en
viron treize Francs de noftre
Monnoye. Sa Majesté déclára
par cette Proclamation, que
la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Excife , & que
Lon intention estoit qu'on
25.
GALANT. 261
Texecutaft fuivant les Actes
du Parlement , par lesquels
ce Droit a efté accordé au feu
Roy , pour en jouir pendant
fa vie , & à caufe de la part
que les mefmes Actes en accordent
à fes Heritiers & Succeffeurs.
Je ne vous nommeray
point toutes les Villes où
le Roy a efté proclamé, fi-toft
qu'on y a receu la nouvelle
de la mort du Roy Charles II .
Je vous diray feulement que
cette Ceremonie s'eft faire
par tout , avec des marques
de joye extraordinaires . Elles
font connoiftre combien te
262 MERCURE
nouveau Roy eft aimé de fes
Sujets . Apres la Proclamation
faite par le principal Officier
à la grande Place de chaque
Ville, où les Magiftrats fe font
rendus en Robes d'écarlates,
les Canons ont fait trois dé
charges generales , qui ont
efté fuivies d'autant de Salves
des Milices , fous les Armes.
Dans les Villes Maritimes,
tous les Vaiffeaux qui étoient
dans les Ports , ont fait plu
fieurs décharges de leur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour-
& toute la nuit , & on n'a veu
GALANT. 263
que Feux de joye dans toutes
les Ruës. La Proclamation
de l'Univerfité de Cambridge
a efté particuliere. Le Vice-
I Chancelier ayant affemblé
tous les Principaux des Colle-
-ges, & tous les Ecoliers , ils fe
rendirent à la Proceffion à la
5 grande Place de la Ville , où
illût la Proclamation. Enſuite
elle fut annoncée à haute
voix , par l'Ancien de l'Univerfité
, & un grand Repas,
dans lequel on but la fanté du
Roy & de la Reyne , finit la
Ceremonie. Je paffe toutes
les Adreffes que l'on prefente
264 MERCURE
&
tous les jours à Sa Majeſté , aur
nom des principales Villes &
des Communautez du Royau
me. Les Affurances de zéle
& de fidelité pour ſon ſervice
dont elles font pleines , font
conceuës en des termes firef
pectueux & fi foûmis , qu'on
voit ailément qu'elles font
finceres. On y fait pareillement
des remercimens au
Roy,de ce qu'il a déclaré que
fa réfolution eft de maintenir
Gouvernement étably dans
l'Eglife & dans l'Etat , felon
les Loix du Royaume. Les
Compagnies du Commerce
d'Afrique
Le
GALANT 265
201
d'Afrique du Levant , des
Indes Orientales, & plufieurs
autres de Marchands , ont
auffi prefenté des Adreffes à
Sa Majefté , pour luy témoigner
qu'elles fe foûmettent
volontiers à payer les Impofts
fur les Marchandiſes , confor
mément à la Déclaration qui
en a efté publiée.
Il fautvous parler preſente
ment de la Proclamation qui
a efté faite en Ecoffe , apres
qu'on y eut receu les Lettres
du Roy , conceües en ces
termes.
Mars 1685.
z
266 MERCURE
JACQUES
ROY.
J AcquesVII. par la Grace de
Dieu , Roy d'Ecoffe , d'Angleterre
, d'Irlande , Défenfeur
de la Foy , à tous & un chacun
de nos bons Sujets qu'il apartiendra
, Salut. Comme il a plû à
Dieu d'appeller aujourd'huy de
cette vie , le feu Roy noftre trescher
& bien aimé Frere Charles
II, Nous avons jugé à propos
de vous faire fçavoir que
noftre Royal Plaifir eft , Que
tous nos Officiers d'Etat , Con
feillers du Confeil Privé , Ma
giftrats , & autres Officiers quel
GALANT. 267
conques, de Robe ou d'Epée, dans
noftre ancien Royaume d'Ecoffe,
continuent leurs Fonctions , ainfi
qu'ilsfont autorifez par les Prefentes
,pour executer tous cha
cun en particulier , toutes les chofes
qui font du devoir de leurs
> Charges
Commiffions Instructions à
eux données par le feu Roy de
benite Memoire , jufqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles , qui
leur foient envoyées de noftre
part, & cette prefente Lettre
fervira à tous , & à chacun en
particulier à les autorifer fuffi-
Samment pour le faire . Donné à
conformément aux
Z ij
268 MERCURE
Witthal le 16. Fevrier 1685. de
noftre Regne le premier. Par
commandement de Sa Majefté,
I. D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame ,
que fi le Roy qui fe fait nom
mer lacques II. en Angleterre
, prend icy le nom de Iacques
VII . c'est pour conſerver
la fucceffion des Roys d'E
coffe. lacques VI. Roy d'E
coffe , Fils de Marie Stuard,
eftoit petit Fils de Margueri
te d'Angleterre , Soeur de
Henry VIII. & Elizabeth ,Fille
de ce mefme Henry VIII
efant morte en 1603. la Cou
GALANT. 269
&
*
ronne d'Angleterre apartint
de droit à lacques VI. Roy.
d'Ecoffe , qui ayant uny les
trois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande
Bretagne avec le nom de
Lacques I. Ainfi le Roy qui
regne prefentement , eft lacques
II. en Angleterre, & laċques
VII. en Ecoffe. Voicy
les termes dans lefquels Sa
Proclamation a eſté faite en
ce Royaume.
Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles II. noftre
Souverain Seigneur de glorieufe
Z iij
270 MERCURE
Memoire , de la Couronne Temporelle
à une Couronne Eternelle
dans le Ciel , & qu'ainfi le Droit
inconteftable de la fucceffion à la
Couronne de ce Royaume , eft dévolu
à la Perfonne Sacrée de fon
Royal Tres- cher Frere , à prefent
noftre Souverain Seigneur,
que Dieu conferve longues an
nées Nous , les Seigneurs du
Confeil Privé du Roy , autorifez
à cet effet par les Lettres de Sa
Majefté , écrites à Withal le 16.
de ce mois , & du confentement·
de plufieurs autres Seigneurs, Ecclefiaftiques
, des Barons , & des
Bourgeois de ce Royaume, Décla
GALANT. 271
rons &
Proclamons à ce que perfonne
n'en ignore, que noftre Souverain
Seigneur Tacques VII. eft
par legitime indubitable Succeffion,
Roy d'Ecoffe , d'Angleter
re , d'Irlande , & des Pais qui en
dépendent , Défenfeur de la Foy,
c. Que Dieu conferve & beniffe,
en luy accordant une longue,
heureufe vie , glorieuse ,
un heureux Regne. Nous décla
rons que nous sommes réfolus de
Luy obeir , & de le fervir avec
toute lafoumiffion & fidelité poffible
, de le défendre au peril de
nos vies de nos biens , contre
toute forte d'Ennemis , comme
Z iiij
272 MERCURE
noftre feul legitime Roy , ayant
une autorité Souveraine fur toutes
Perſonnes , & en toute forte
d'affaires , comme tenant la Cou
ronne de Dieufeul. En témoi
gnage dequoy , Nous, en la prefence
de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles
Sujets de Sa Majesté , de tous
Etats & Conditions qui fent icy
prefens à cette Publication So-
Temnelle , par laquelle nous reconnoiſſons
fa fupreme # ſouveraine
Autorité , à la Croix du
Marché de cette Ville d'Edim
bourg , déclarons & publions que .
noftre Souverain Seigneur , eft
GALANT. 273
par la Grace & Providence de
Dieu , Tour-puiffant , Roy d'E
coffe , d'Angleterre , d'Irlande,
Pais dépendans ; & en mesme
temps nous faisons Serment
en levant la main , d'avoir une
veritable & entiere fidelité envers
noftre Souverain Seigneur
Lacques VII. Roy de la Grande
Bretagne , &c. & àfes legitimes!
Heritiers & Succeffeurs , & de
nous acquiter de tous devoirs,fervice,
& obeiffance qui luyfont
deus , ainsi qu'il apartient à de
loyaux, foumis , & fidelles Sujets .
Ainfi Dieu nous aide. Par Acte
des Secretaires du Confeil. A
274 MERCURE
Milord Lansdovvn le
Chevalier Silvius , M Poley,
Skelton , Rich , & Etheridge,
que le Roy Charles II. avoit
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinai
res en Efpagne , en Danemark
, en Suéde , en Hollan
de , à Hambourg , & à Ratisbonne
, ont efté confirmez
dans leurs Emplois par Sa
Majeſté.
Apres plufieurs Affemblées
des Seigneurs du Confeil Privé
, touchant les préparatifs
du Couronnement du Roy,
il a eſté réſolu qu'il fe fera le
GALANT. 275
May , Feſte de S. Georges,.
felon l'ancien Calendrier. On
y obfervera toutes les Cere-:
monies de celuy du défunt
Roy , à la referve de celle de
créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Cavalcade de Witheal
à Weſtminſter , & d'une
partie des Services qui fe faifoient
ordinairement au Cel
pas Royal , apres le Couron
nement. La Reyne fera cou
ronnée en mefme temps,
comme le füt Anne de Danemark
,avec lacques I. Ayeuls
de Sa Majefté. Le Duc d'Or
mond , Gouverneur General
276 MERCURE
d'Irlande , a ordre de venir à
la Cour L'Archevefque d'Armagh
, Primat d'Irlande , &
le Comte de Granard , doivent
gouverner le Royaume,
comme Lords -Juftices , Out
fuprêmes Magiftrats , ſuivant
une Commiffion qui leur a
efté crpadiée par re du
Roy , & dont ils ne feront
ouverture qu'apres le depart
du Duc d'Ormond. On a
expedié les Lettres circulaires
pour convoquer le Parlement
au 29. May prochain , &
on les a envoyées dans les
Provinces, afin que les Villes ,
GALANT. 277.
les Bourgs & les Communautez
élifent les Députez , qui
doivent entrer à la Chambre
des Communes. Le feu Roy
avoit convoqué le Parlement
d'Ecoffe , & il devoit s'affembler
à Edimbourg , mais l'au
torité des Lettres Patentes ne
fubfiftant plus , Sa Majeſté
qui devoit y préfider en qualité
de grand Commiffaire , a
ordonné qu'il s'affemblera en
la maniere accoûtumée le 9.
d'Avril , fans avoir encore
'nommé celuy qui exercera la
Commiflion . On publia la
Proclamation à Edimbourg
278 MERCURE
le zo. du dernier mois , Par
my les Adreffes que l'on continue
de prefenter au Roy au
nom des principales Villes,
celle de l'Univerfitéd'Oxford
eft fort remarquable. Cette
Adreffe porte que confor
mément à la Religion que
les Loix ont établie , & à la
doctrine que profeffe cette
Univerfité , elle fe croit indifpenfablement
obligée à une
fidelité inviolable envers le
Roy,fans aucune reſtriction ,
nylimitation ; que ceux de fon
Corps l'ont affez fait paroiftre
dans les troubles arrivez fous 1
GALANT. 279
le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurát
fermes dás l'obeiffance qu'ils
devoient au Roy Charles II.
qu'ils font dans les mefmes
fentimens de fidelité & de
refpect pour Sa Majesté à
preſent regnante , & qu'ils
font prefts de luy en donner
des marques en toutes fortes
d'occafions , en maintenant
cette mefme Doctrine , & en
l'enſeignant dans les Ecoles ,
pour affeurer la tranquilité
publique. Le Roy doit aller
demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommer280
MERCURE
fet , & on le prépare pour fon
logement. Le Service de la
Chapelle Royale à Witheal,
fe fait tous les jours de la
mefme maniere qu'il le faifoit
du temps du feu Roy . Le 4
de ce mois , Sa Majeſté apres
avoir entendu la Prédication ,
affifta à la Meffe dans la Chapelle
de la Reyne , & y communia.
Fermer
Résumé : Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate les événements entourant la maladie, la mort de Charles II et l'accession au trône de son frère Jacques II. Le 7 février, les médecins rassurent le duc d'York (futur Jacques II) sur l'état de santé du roi, mais Charles II est de nouveau victime de convulsions et perd progressivement la parole. Le roi exprime sa résignation et ses sentiments pieux, demande pardon à Dieu, à la reine et au duc d'York, et recommande l'obéissance à ce dernier. Charles II meurt le 16 février à onze heures trois quarts du matin. Jacques II, devenu roi, annonce la nouvelle avec dignité et fermeté. Les cérémonies de proclamation se déroulent rapidement et sans trouble, le peuple acclamant le nouveau roi. Jacques II déclare que les fonctionnaires conservent leurs charges jusqu'à nouvel ordre et exprime son intention de convoquer un Parlement pour établir des revenus suffisants. Le corps de Charles II est embaumé et enterré à l'abbaye de Westminster. Jacques II et la reine font des dévotions publiques, et le roi annonce sa profession de la religion catholique, appelant à la franchise et à la sincérité. Les cérémonies et proclamations suivant l'accession au trône de Jacques II en Angleterre et Jacques VII en Écosse sont marquées par des manifestations de joie extraordinaire dans toutes les villes, avec des salves d'artillerie, des feux de joie et des proclamations officielles. Les magistrats, vêtus de robes d'écarlate, proclament l'avènement du nouveau roi, suivi de décharges de canons et de salves des milices. Dans les villes maritimes, les vaisseaux tirent également des salves. À Cambridge, la proclamation est faite lors d'une procession académique, suivie d'un grand repas en l'honneur du roi et de la reine. Les principales villes et communautés présentent des adresses au roi, exprimant leur zèle et leur fidélité, et remerciant le roi pour son engagement à maintenir le gouvernement établi dans l'Église et l'État selon les lois du royaume. Les compagnies de commerce soumettent également des adresses, acceptant de payer les impôts sur les marchandises conformément à la déclaration publiée. En Écosse, la proclamation est faite après la réception des lettres du roi, confirmant la continuité des officiers d'État et des magistrats dans leurs fonctions jusqu'à nouvel ordre. Jacques II, devenu Jacques VII en Écosse, est proclamé roi d'Écosse, d'Angleterre et d'Irlande, avec des serments de fidélité prêtés par les sujets. Les préparatifs pour le couronnement sont planifiés pour le mois de mai, avec des cérémonies similaires à celles du règne précédent, à l'exception de certaines traditions comme la création des chevaliers du Bain. Le duc d'Ormond reçoit l'ordre de se rendre à la cour, et des lettres circulaires sont envoyées pour convoquer le Parlement. L'université d'Oxford présente également une adresse, affirmant sa fidélité au roi et son engagement à maintenir la doctrine religieuse établie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 284-299
Suite des Affaires d'Alger, avec l'Audience donnée à l'Envoyé du mesme Etat, [titre d'après la table]
Début :
L'Ambassadeur d'Alger, dont je vous ay mandé des choses [...]
Mots clefs :
Alger, Ambassadeurs, Marquis, Vaisseau, Perles, Galerie, Présents, Envoyés, Royaume, Esclaves, Marquis d'Amfreville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Affaires d'Alger, avec l'Audience donnée à l'Envoyé du mesme Etat, [titre d'après la table]
L'Ambaffadeur d'Alger,
dont je vous ay mandé des
chofes fi curieufes dans toutes
mes Lettres de l'Eté dernier
, s'eftant embarqué vers
la fin du mefme Efté fur le
Vaiffeau de M le Marquis
d'Amfreville , pour retourner
à Alger avec tous les Efclaves
que le Roy avoit rendus
, ce Vaiffeau n'eut pas
น
GALANT. 285
plûtôt paru devant cette forte
Place , qu'elle en fit éclater
fa joye . Vous vous fouvenez
fans doute de M' de Choifeüil
, qui dans la fédition
élevée parmy le Peuple d'Alger
, lors que nos Bombes
defoloient la Ville , fe vit fi
fouvent fur le point d'eftre
exposé à la bouche du Canon
, & qui en fut toûjours
garanty par un genéreux Algérien
. Comme il eftoit demeuré
à Alger depuis ce
temps -là , le Dey Fenvoya
chercher fur l'heure , & luy
dit, Qu'il fçavoit qu'il ne l'a
286 MERCURE
voit jamais regardé en Efclave,
mais comme un Officier de l'Empereur
des François ; & que s'il
avoit efté exposé à la fureur
d'un Peuple ému , il devoit eſtre
perfuadé qu'il n'en avoit pas eſté
le maiftre , parce qu'il n'eftoit pas
pour lors encore bien affermy dans
la nouvelle Dignité où il venoit
de monter. Enfin il luy parla
d'une maniere que l'on peut
prendre pour une fatisfaction
du paffé , & finit en luy difant
, Que pour luy faire connoistre
encore mieux , qu'il ne
l'avoit jamais regardé comme un
Efclave , il le renvoyoit fans
GALANT. 287
S
l'on
qu'il fust compris parmy les au
tres Esclaves qu'il eftoit fur le
point de rendre qu'il en faifoitunPréfent
à l'Empereur de France
, & qu'il pouvoit dés- lors aller
trouver M le Marquis d' Amfreville.
Ainfi il fortit le premier
d'Alger , avant que
euft rendu aucun Efclave de
part ny d'autre. Enfuite on
reftitua cinq cens Chrétiens,
fçavoir trois cens vingt Sujers
du Roy , fuivant les Etats
fournis par M' du Sault , qui
vous eft affez connu par toutes
mes Relations d'Alger;
cent cinq Etrangers de tou288
MERCURE
tes Nations , pris fous le Pa
villon de France pendant la
derniere Guerre , fuivant un
autre Etat fourny par le mef
me M' du Sault , & foixante
& quinze Anglois & Hol
landois , pris auffi pendant la
derniere Guerre , mais fous
des Pavillons Etrangers
, &
que le Roy avoit demandez
d'augmentation. Ces cente
quatrevingt Efclaves de toutes
les Nations de l'Europe ,
qui doivent leur liberté au
Roy , l'ont eue avec les
termes les plus foûmis de la
part du Dey , qui fit dire à
M
GALANT. 289
M le Marquis d'Amfreville,
Que fi Sa Majesté en vouloit
un plus grand nombre , Elle n'avoit
qu'à leur faire fçavoir fes
intentions , & qu'ils obeiroient.
Quand M le Commiffaire
Genéral Hayet vouloit parler
de la grandeur , de la magnificence
, & de la juftice du
Roy , Ce n'est pas à vous à
m'en parler , répondoit Mezomorto
, & je fus icy fon Procureur
, pour foutenir fes intérefts.
+
L'Ambaffadeur d'Alger
qui revenoit de France , étant
débarqué avec fa Suite , & les
Mars 1685.
Bb
290 MERCURE
Efclaves qu'il ramenoit , la
joye fut fi grande dans toute
la Ville , qu'on y fit une Feſte
genérale à la gloire de Sa Majefté
, il fut même réfolu qu'on
la renouvelleroit tous les ans
en mémoire du Roy.Cet Ambaſſadeur
ayant fait un détail
de tous les bons traitemens
qu'il avoit receus en France,
on jugea à propos de dépelcher
un Envoyé Extraordinaire
, pour y conduire les
Chevaux que l'Ambaſſadeur
qui eftoit de retour y devoit
mener , mais qu'on avoit diferé
d'envoyer , parce qu'on
GALANT. 291
n'en avoit pas d'affez beaux
lors qu'il partit pour venir en
France , & qu'on en vouloit
faire chercher par tout le
Pais. Vous fçavez que les
Chevaux de Barbarie font
tres- eftimez , & qu'en ce Païslà
pour conferver la mémoire
des bonnes races , on fait ce
qui ne s'y pratique pas pour
les Hommes , c'est à dire,
la genéalogie des Chevaux .
Ceux que Mezomorto avoit
fait chercher pour le Roy
par toute la Barbarie , ayant
efté choifis avec grand foin,
& amenez à Alger , ce Dey
Bb ij
292 MERCURE
qui ne vouloit envoyer en
France qu'une Perfonne de
la plus haute conſidération ,
jetta les yeux fur Hadgi Mé
hémet. Il avoit efté Controlleur
des Finances dans le
Royaume d'Alger du temps
du Dey Hady Haly. Ce Dey
il fe retira à la
Mecque avec fa Farnille , &
apres y avoir demeuré quelque
temps , il voyagea dans
tout l'Orient pendant douze
ou treize années ; & comme
du temps du Gouvernement
de Hady Haly ce fut cet Hadgi
Méhémet qui fit Mezoeftant
mort ,
GALANT. 293
morto Capitaine de Vaiffeau,
ce nouveau Dey ayant efte
élû , luy écrivit auffi . toft à la
Mecque , Qu'il le prioit de le
venir trouver à Alger , où il
prétendoit l'élever mesme audeffus
de luy, s'il luy eftoit pof
fible ; & à fon retour il n'a
pas crû pouvoir faire rien de
plus glorieux pour un Hom,
me dont il eft Creature ,
que
de l'envoyer auprés du Roy.
C'est l'Envoyé qui eft arrivé
icy. Il fut mené à Versailles
le Dimanche matin 1. de ce
mois , & conduit dans la
fuperbe Gallerie de ce Châ
Bb iij.
294 MERCURE
"
teau. Il vit Sa Majefté com
me par rencontre , lors qu'Elle
traverſoit cette Gallerie pour
aller à la Meffe , car l'on ne
donne point en France d'Audience
dans les formes à ces
fortes d'Envoyez . A pres trois
profondes révérences , il fit
en Langue Turque un Dif
cours au Roy , plein de foumiffion
& de refpect , pour
remercier Sa Majefté de la
liberté qu'il luy avoit plú de
donner aux Turcs & Mores
Sujets d'Alger , qui eſtoient
Efclaves fur fes Galeres , &
compara ce Monarque à Sa
GÁLANT. 295
lomon , avec les termes les
plus magnifiques pour Sa
Majefté , & les plus refpectueux
& les plus foumis pour
le Royaume & la Républi
que d'Alger. Il pria le Roy
d'accepter des Chevaux Barbes
, qu'il avoit ordre de luy
préfenter de la part du Dey..
M' de la Croix le Fils , Secretaire-
Interpréte de Sa Majefté
, expliqua fon Diſcours,
Enfuite cet Envoyé préſenta
au Roy les Lettres du Dey
& du Bacha , qui estoient
dans un Sac de Brocard d'or ,
& Sa Majesté les mit entre
Bb iiij
296 MERCURE
les mains de M' le Marquis
de
Seignelay Secretaire
d'Etat.
L'aprefdinée ce mefme
Envoyé prefenta au Roy les
Barbes dont je viens de vous.
parler. De douze que l'on
avoit embarquez , il en eftoit
mort deux en chemin . Sa
Majefté témoigna que cePrefent
luy eftoit fort agréable,
& en donna deux fur l'heure
à Monfeigneur le Dauphin,
dont il y en avoit un qui
avoit une Houffe en Broderie
de Perles. C'eftoit la plus.
précieufe qu'eûtMezomorto.
GALANT 297
Apres cela , Méhémet Chelebi
, Fils de l'Envoyé , fe profterna
aux pieds de Sa Majefté
, qui le reçut d'une maniere
tres-favorable . Cet Envoyé
a efté charmé de la Perfonne
du Roy , & de la civi
lité de tous les François , & a
dit , Que dans tous les Voyages.
qu'il avoit faits , il n'avoit point
rencontré de Nation fi honnefte.
La Gallerie de Verſailles luy
a paru une chofe furprenante
, & il dit , Qu'il la regardoit
avec application , parce qu'il n'avoit
jamais rien vú de fi beau,
& qu'il eftoit affuré de ne voir
298 MERCURE
"
jamais rien qui approchaft de a
magnificence. Cet Envoyé a
retourné à Verſailles , où il a
eu l'honneur de voir dîner le
Roy. Il fit enfuite preſent à
Monſeigneur le Dauphin de
deux fournimens de Chaffe ,
avec quelques accompagnemens
, & une Ceinture bro
dée de Perles , à laquelle ils
eftoient attachez . Il donna
auſſi à Madame la Dauphine
quelques Curiofitez de for
Païs , & entr'autres des Souliers
brodez de Perles , de la
maniere qu'ils fe portent à
Alger. Il fit à ce Prince & à
GALANT 299
cette Princeffe des Complimens
fort galans , en leur offrant
ces Prefens ; M' de la
Croix les
interpreta .
dont je vous ay mandé des
chofes fi curieufes dans toutes
mes Lettres de l'Eté dernier
, s'eftant embarqué vers
la fin du mefme Efté fur le
Vaiffeau de M le Marquis
d'Amfreville , pour retourner
à Alger avec tous les Efclaves
que le Roy avoit rendus
, ce Vaiffeau n'eut pas
น
GALANT. 285
plûtôt paru devant cette forte
Place , qu'elle en fit éclater
fa joye . Vous vous fouvenez
fans doute de M' de Choifeüil
, qui dans la fédition
élevée parmy le Peuple d'Alger
, lors que nos Bombes
defoloient la Ville , fe vit fi
fouvent fur le point d'eftre
exposé à la bouche du Canon
, & qui en fut toûjours
garanty par un genéreux Algérien
. Comme il eftoit demeuré
à Alger depuis ce
temps -là , le Dey Fenvoya
chercher fur l'heure , & luy
dit, Qu'il fçavoit qu'il ne l'a
286 MERCURE
voit jamais regardé en Efclave,
mais comme un Officier de l'Empereur
des François ; & que s'il
avoit efté exposé à la fureur
d'un Peuple ému , il devoit eſtre
perfuadé qu'il n'en avoit pas eſté
le maiftre , parce qu'il n'eftoit pas
pour lors encore bien affermy dans
la nouvelle Dignité où il venoit
de monter. Enfin il luy parla
d'une maniere que l'on peut
prendre pour une fatisfaction
du paffé , & finit en luy difant
, Que pour luy faire connoistre
encore mieux , qu'il ne
l'avoit jamais regardé comme un
Efclave , il le renvoyoit fans
GALANT. 287
S
l'on
qu'il fust compris parmy les au
tres Esclaves qu'il eftoit fur le
point de rendre qu'il en faifoitunPréfent
à l'Empereur de France
, & qu'il pouvoit dés- lors aller
trouver M le Marquis d' Amfreville.
Ainfi il fortit le premier
d'Alger , avant que
euft rendu aucun Efclave de
part ny d'autre. Enfuite on
reftitua cinq cens Chrétiens,
fçavoir trois cens vingt Sujers
du Roy , fuivant les Etats
fournis par M' du Sault , qui
vous eft affez connu par toutes
mes Relations d'Alger;
cent cinq Etrangers de tou288
MERCURE
tes Nations , pris fous le Pa
villon de France pendant la
derniere Guerre , fuivant un
autre Etat fourny par le mef
me M' du Sault , & foixante
& quinze Anglois & Hol
landois , pris auffi pendant la
derniere Guerre , mais fous
des Pavillons Etrangers
, &
que le Roy avoit demandez
d'augmentation. Ces cente
quatrevingt Efclaves de toutes
les Nations de l'Europe ,
qui doivent leur liberté au
Roy , l'ont eue avec les
termes les plus foûmis de la
part du Dey , qui fit dire à
M
GALANT. 289
M le Marquis d'Amfreville,
Que fi Sa Majesté en vouloit
un plus grand nombre , Elle n'avoit
qu'à leur faire fçavoir fes
intentions , & qu'ils obeiroient.
Quand M le Commiffaire
Genéral Hayet vouloit parler
de la grandeur , de la magnificence
, & de la juftice du
Roy , Ce n'est pas à vous à
m'en parler , répondoit Mezomorto
, & je fus icy fon Procureur
, pour foutenir fes intérefts.
+
L'Ambaffadeur d'Alger
qui revenoit de France , étant
débarqué avec fa Suite , & les
Mars 1685.
Bb
290 MERCURE
Efclaves qu'il ramenoit , la
joye fut fi grande dans toute
la Ville , qu'on y fit une Feſte
genérale à la gloire de Sa Majefté
, il fut même réfolu qu'on
la renouvelleroit tous les ans
en mémoire du Roy.Cet Ambaſſadeur
ayant fait un détail
de tous les bons traitemens
qu'il avoit receus en France,
on jugea à propos de dépelcher
un Envoyé Extraordinaire
, pour y conduire les
Chevaux que l'Ambaſſadeur
qui eftoit de retour y devoit
mener , mais qu'on avoit diferé
d'envoyer , parce qu'on
GALANT. 291
n'en avoit pas d'affez beaux
lors qu'il partit pour venir en
France , & qu'on en vouloit
faire chercher par tout le
Pais. Vous fçavez que les
Chevaux de Barbarie font
tres- eftimez , & qu'en ce Païslà
pour conferver la mémoire
des bonnes races , on fait ce
qui ne s'y pratique pas pour
les Hommes , c'est à dire,
la genéalogie des Chevaux .
Ceux que Mezomorto avoit
fait chercher pour le Roy
par toute la Barbarie , ayant
efté choifis avec grand foin,
& amenez à Alger , ce Dey
Bb ij
292 MERCURE
qui ne vouloit envoyer en
France qu'une Perfonne de
la plus haute conſidération ,
jetta les yeux fur Hadgi Mé
hémet. Il avoit efté Controlleur
des Finances dans le
Royaume d'Alger du temps
du Dey Hady Haly. Ce Dey
il fe retira à la
Mecque avec fa Farnille , &
apres y avoir demeuré quelque
temps , il voyagea dans
tout l'Orient pendant douze
ou treize années ; & comme
du temps du Gouvernement
de Hady Haly ce fut cet Hadgi
Méhémet qui fit Mezoeftant
mort ,
GALANT. 293
morto Capitaine de Vaiffeau,
ce nouveau Dey ayant efte
élû , luy écrivit auffi . toft à la
Mecque , Qu'il le prioit de le
venir trouver à Alger , où il
prétendoit l'élever mesme audeffus
de luy, s'il luy eftoit pof
fible ; & à fon retour il n'a
pas crû pouvoir faire rien de
plus glorieux pour un Hom,
me dont il eft Creature ,
que
de l'envoyer auprés du Roy.
C'est l'Envoyé qui eft arrivé
icy. Il fut mené à Versailles
le Dimanche matin 1. de ce
mois , & conduit dans la
fuperbe Gallerie de ce Châ
Bb iij.
294 MERCURE
"
teau. Il vit Sa Majefté com
me par rencontre , lors qu'Elle
traverſoit cette Gallerie pour
aller à la Meffe , car l'on ne
donne point en France d'Audience
dans les formes à ces
fortes d'Envoyez . A pres trois
profondes révérences , il fit
en Langue Turque un Dif
cours au Roy , plein de foumiffion
& de refpect , pour
remercier Sa Majefté de la
liberté qu'il luy avoit plú de
donner aux Turcs & Mores
Sujets d'Alger , qui eſtoient
Efclaves fur fes Galeres , &
compara ce Monarque à Sa
GÁLANT. 295
lomon , avec les termes les
plus magnifiques pour Sa
Majefté , & les plus refpectueux
& les plus foumis pour
le Royaume & la Républi
que d'Alger. Il pria le Roy
d'accepter des Chevaux Barbes
, qu'il avoit ordre de luy
préfenter de la part du Dey..
M' de la Croix le Fils , Secretaire-
Interpréte de Sa Majefté
, expliqua fon Diſcours,
Enfuite cet Envoyé préſenta
au Roy les Lettres du Dey
& du Bacha , qui estoient
dans un Sac de Brocard d'or ,
& Sa Majesté les mit entre
Bb iiij
296 MERCURE
les mains de M' le Marquis
de
Seignelay Secretaire
d'Etat.
L'aprefdinée ce mefme
Envoyé prefenta au Roy les
Barbes dont je viens de vous.
parler. De douze que l'on
avoit embarquez , il en eftoit
mort deux en chemin . Sa
Majefté témoigna que cePrefent
luy eftoit fort agréable,
& en donna deux fur l'heure
à Monfeigneur le Dauphin,
dont il y en avoit un qui
avoit une Houffe en Broderie
de Perles. C'eftoit la plus.
précieufe qu'eûtMezomorto.
GALANT 297
Apres cela , Méhémet Chelebi
, Fils de l'Envoyé , fe profterna
aux pieds de Sa Majefté
, qui le reçut d'une maniere
tres-favorable . Cet Envoyé
a efté charmé de la Perfonne
du Roy , & de la civi
lité de tous les François , & a
dit , Que dans tous les Voyages.
qu'il avoit faits , il n'avoit point
rencontré de Nation fi honnefte.
La Gallerie de Verſailles luy
a paru une chofe furprenante
, & il dit , Qu'il la regardoit
avec application , parce qu'il n'avoit
jamais rien vú de fi beau,
& qu'il eftoit affuré de ne voir
298 MERCURE
"
jamais rien qui approchaft de a
magnificence. Cet Envoyé a
retourné à Verſailles , où il a
eu l'honneur de voir dîner le
Roy. Il fit enfuite preſent à
Monſeigneur le Dauphin de
deux fournimens de Chaffe ,
avec quelques accompagnemens
, & une Ceinture bro
dée de Perles , à laquelle ils
eftoient attachez . Il donna
auſſi à Madame la Dauphine
quelques Curiofitez de for
Païs , & entr'autres des Souliers
brodez de Perles , de la
maniere qu'ils fe portent à
Alger. Il fit à ce Prince & à
GALANT 299
cette Princeffe des Complimens
fort galans , en leur offrant
ces Prefens ; M' de la
Croix les
interpreta .
Fermer
Résumé : Suite des Affaires d'Alger, avec l'Audience donnée à l'Envoyé du mesme Etat, [titre d'après la table]
En 1685, des échanges diplomatiques significatifs eurent lieu entre la France et Alger. L'ambassadeur d'Alger quitta la France à bord du vaisseau du Marquis d'Amfreville et fut accueilli avec joie à Alger. Le Dey d'Alger exprima sa satisfaction envers M. de Choiseul, un officier français protégé par un Algérien lors d'une rébellion. Le Dey renvoya M. de Choiseul en France avec d'autres esclaves libérés, soulignant qu'il ne l'avait jamais considéré comme un esclave mais comme un officier de l'empereur des Français. La libération des esclaves se poursuivit avec la restitution de cinq cents chrétiens, incluant trois cent vingt sujets du roi de France, cent cinq étrangers pris sous le pavillon français, et soixante-quinze Anglais et Hollandais. Le Dey offrit de libérer davantage d'esclaves si le roi de France le souhaitait. À son retour en France, l'ambassadeur d'Alger fut accueilli avec une grande fête à Alger en l'honneur du roi de France. En réponse, le Dey d'Alger envoya un envoyé extraordinaire, Hadgi Méhémet, pour conduire des chevaux au roi de France. Cet envoyé fut reçu à Versailles et présenta des lettres du Dey et du Bacha, ainsi que des chevaux barbes en cadeau. Le roi de France accepta ces présents et en offrit deux au Dauphin. L'envoyé fut impressionné par la cour et la civilisation française, soulignant la magnificence de la galerie de Versailles. Il fit également des présents au Dauphin et à la Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 1-15
Prélude, contenant plusieurs Actions de grandeur, de bonté & de libéralité du Roy, & plusieurs Piéces à la gloire de ce Monarque, [titre d'après la table]
Début :
J'AY bien crû, Madame, que ce que je vous ay dit touchant [...]
Mots clefs :
Aqueduc , Roi, Sujets, Bonté, Charges, Aumônier, Troupes, Embellissements, Rivière, Travail, Prince, Seigneur, Royaume, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, contenant plusieurs Actions de grandeur, de bonté & de libéralité du Roy, & plusieurs Piéces à la gloire de ce Monarque, [titre d'après la table]
'AY bien crû, Madame,
que ce que je vous ay
dit touchant l'Aqueduc
qui doit conduire la Riviere
d'Eure à Verſailles , vous paroiſtroit
auſſi ſurprenant que
digne d'admiration , & que
vous donneriez mille loüan-
Avril 1685. A
MERCURE
ges aux motifs de bonté qui
ont inſpiré ce deſſein au Roy,
puis que ce qu'il a eu principalement
en veuë dans cette
grande entrepriſe , a eſté de
faire trouver les moyens
de ſubſiſter à ceux d'entre
ſes Sujets , qui avoient
beſoin de quelque ſecours,
pour ne pas mener une vie
entierement malheureuſe , &
de fournir de l'occupation à
ſes Troupes , afin qu'une
longue oyſiveté ne les fift
pas devenir inhabiles au
travail , ſi quelques Puiſſances
jalouſes de la Grandeur,
GALANT.
3
troubloient le repos qu'il a
donné à l'Europe. Aprés avoir
ainſi conſulté ſa bonté
pour ſes Sujets , & l'avantage
que pourroit tirer l'Etat
fſii ſes Troupes eſtoient toûjours
endurcies au travail du
remuement des Terres , qui
eſt le travail le plus néceſfaire
dans le Meſtier de la
Guerre , il a regardé qu'en
exécutant cét admirable projet
, il couvroit la France d'u
ne gloire fans égale , & luy
donnoit lieu de ſe vanter d'être
venuë à bout d'un Ouvrage
plus grand qu'aucun
A ij
4 MERCURE
de
de ceux qui ayent jamais
eſté entrepris par les plus
puiſſans Empereurs Romains
; de forte que l'embelliſſement
que Verſailles
recevra des Eaux que cét
étonnant & miraculeux Aqueduc
y doit conduire , n'a
preſque pas eſté conſideré
par le Roy : ce Monarque
comptant pour rien ce qui
regarde ſes propres plaiſirs.
Ce n'eſt pas que la beauté
de Verſailles ſoit pour luy
ſeul. Il ſe fait une joye de
donner cét ornement à la
France , & de tenir ſa Cour
GALANT S
dans un lieu délicieux , où
elle joüit des plaiſirs de toutes
les belles Saiſons , & de
celuy d'eſtre bien logée,
pendant que les ſoins de la
grandeur & du repos de l'Etat
le tiennent dans un travail
qui a fort peu de relâche.
Mais ce Prince eſt auſſi
content , lors que fa Cour,
ſes Sujets , & les Etrangers
joüiffent des charmes de ce
magnifique lieu , & des divertiſſemens
qu'il y donne,
que s'il les prenoit ſans ceſſe
-luy meſme. L'exemple du
travail de l'Aqueduc , a pro-
A iij
6 MERCURE
د
duit un autre bien pour les
malheureux
qui n'ayant
point d'employ à Paris , n'y
pouvoient trouver les moyés
de vivre . Mrs les Prevolt
des Marchands , & Echevins
de la Ville ont fait publier,
non ſeulement qu'ils em
ployeroient toutes les Pernes
qui voudroient travailler
à remuer la Terre des Ramparts
qu'on fait autour de Paris
; mais auſſi qu'ils donneroient
tous les inftrumens
néceſſaires pour ce travail à
ceux qui n'auroient pas dequoy
en avoir. C'eſt ce qu'ils
A
GALANT.
ont fait le neufiéme de ce
mois ; de ſorte que ſi l'on
voit preſentement des Gens
fans employ , & preſſez de la
neceſſité, on ne le doit imputer
qu'à leur pareſſe , &à leur
faineantiſe. On peut ajoûter
à tout cela que ceux qui ont
voulu s'occuper , en ont toûjours
trouvé les occafions,
le Roy ayant fait travailler il
y a déja long-temps àune Levée
depuis Paris juſqu'au
bord de la Riviere qui regar--
de Seve , afin de rendre le
chemin plus praticable , &
plus commode pour ceux
A iiij
8 MERCURE
qui font obligez d'aller à
Verſailles . C'eſt dans cette
meſme veuë que Sa Majeſté
a cru qu'il falloit qu'il y euſt
un Pont au bout de cette Levée
qui conduiſiſt à Seve,
d'où Elle a fait applanir , élargir
, & paver le chemin
juſqu'à Verſailles ; ce qui le
rendra plus aifé & plus
court. Comme Elle a voulu
que ce Pont fuſt achevé en
peu de temps , Elle en a donné
le revenu pour cinquante
ans à des Particuliers qui l'ont
fait conftruire.
On en commence icy un
1
GALANT. 9 ,
de Pierre qu'on appellera le
e fait a Pont Royal , & on le fait aux
dépens de ce genéreux Monarque
, qui n'épargne rien
pour l'embelliſſement de la
Ville , & pour la commodité
de ſes Sujets. Il ſera un peu
plus proche des Tuilleries,
que celuy qu'on appelloit le
Pont Rouge , & que les Eaux.
ont entraîné depuis quelque
temps..
Quoy que le Roy n'ait
point d'occupation plus forte
que de penſer au general , il
ne laiſſe pas de ſe ſouvenir
du particulier..On le voit
८
10 MERCURE
par les penſions des Dames
du Palais , qu'il a conſervées
,
à Madame la Princeſſe de
Tingry , & à Mesdames les
Comtefles de Granmont , &
de Saint Geran qui les
avoient euës du vivant de la
Reyne. M l'Abbé de Rohan
, ſecond Fils de M le
Prince de Soubiſe a efté د
pourveu de l'Abbaye de Saint
Taurin , Ordre de S. Benoiít,
Diocéſe d'Evreux vacante
par la démiſſion volontaire de
M' l'Abbé du Frénoy , qui ſe
trouvant l'aîné de ſa Maiſon,
a cru devoir ſemettre en état
GALANT. II
de la ſoûtenir. Ces grandes
Abbayes ne devant eſtre pof
fedées que par des Perſonnes
d'une distinction particuliere
, on ne peut que loüer ce
choix du Roy , aufli bienque.
celuy qu'il a fait de M' l'Abbé
de Beuvron qu'il a gratifié
de la Charge de l'un de ſes
Aumôniers , vacante depuis
la mort de M' l'Abbé de Saint
Luc. Il y a déja quelque
temps que M'l'Abbé de Beuvron
avoit offert de l'argent
d'une autre Charge d'Aumônier
, mais l'affaire ne ſe put
conclurre , & il a eu du Roy
12 MERCURE
en pur don , celle dont il
vient d'eſtre pourveu , ſaMa
jeſté ne permettát plusque ſes
Charges d'Aumônier ſe vendent
, &voulant à l'avenir les
remplir Elle-meſme de Perſonnes
de merite. C'eſt par
là qu'Elle a donné à M'l'Abbé
de la Sale , Frere de M'de
la Sale Maiſtre de ſa Garderobe
, une autre Charge
d'Aumônier , vacante par la
démiffion volontaire de M
l'Abbé de Saint Valier , qui
eſt party pour le Canada , où
il doit eſtre Coadjuteur de
M lEveſque de Quebec.
GALANT. 13
- Une grande dévotion & le
zele de convertir des Infidé
1
les , luy font faire ce Voyage.
Il accompagne M' le Marquis
d'Enonvile , Colonel des
Dragons de la Reyne , qui
doit eftre Commandant en
ce Païs- là , dont vous ſçavez
que M' le Maréchal d'Eſtrades
eſt Viceroy.
Dans le meſme temps que
le Roy s'applique aux differens
ſoins que je viens de
vous marquer , il ſonge à donner
moyen à la plus jeune
& la plus qualifiée Nobleſſe
de ſon Royaume , des'entre-
4
14 MERCURE
tenir toûjours dans les exer
cices qui font les plus dignes
d'elle , &qui font qu'elle ferd
l'Etat avec plus de gloire &
plus d'avantage , lors qu'ileft
queſtion, ou de le défendre,
ou de le remettre dans ſes juſtes
bornes. C'eſt pour cela
que ce Prince a la bonté de
contribuer à la plus grande
partie de la dépenſe néceſſaire
, pour faire une Courſe de
Têtes,avec toutl'éclat qu'elle
peut eſtre par les plus grands
Seigneurs d'une Cour , qui
n'eſt pas moins renommée
par la bravoure que par la
GALANT 15
galanterie.
que ce que je vous ay
dit touchant l'Aqueduc
qui doit conduire la Riviere
d'Eure à Verſailles , vous paroiſtroit
auſſi ſurprenant que
digne d'admiration , & que
vous donneriez mille loüan-
Avril 1685. A
MERCURE
ges aux motifs de bonté qui
ont inſpiré ce deſſein au Roy,
puis que ce qu'il a eu principalement
en veuë dans cette
grande entrepriſe , a eſté de
faire trouver les moyens
de ſubſiſter à ceux d'entre
ſes Sujets , qui avoient
beſoin de quelque ſecours,
pour ne pas mener une vie
entierement malheureuſe , &
de fournir de l'occupation à
ſes Troupes , afin qu'une
longue oyſiveté ne les fift
pas devenir inhabiles au
travail , ſi quelques Puiſſances
jalouſes de la Grandeur,
GALANT.
3
troubloient le repos qu'il a
donné à l'Europe. Aprés avoir
ainſi conſulté ſa bonté
pour ſes Sujets , & l'avantage
que pourroit tirer l'Etat
fſii ſes Troupes eſtoient toûjours
endurcies au travail du
remuement des Terres , qui
eſt le travail le plus néceſfaire
dans le Meſtier de la
Guerre , il a regardé qu'en
exécutant cét admirable projet
, il couvroit la France d'u
ne gloire fans égale , & luy
donnoit lieu de ſe vanter d'être
venuë à bout d'un Ouvrage
plus grand qu'aucun
A ij
4 MERCURE
de
de ceux qui ayent jamais
eſté entrepris par les plus
puiſſans Empereurs Romains
; de forte que l'embelliſſement
que Verſailles
recevra des Eaux que cét
étonnant & miraculeux Aqueduc
y doit conduire , n'a
preſque pas eſté conſideré
par le Roy : ce Monarque
comptant pour rien ce qui
regarde ſes propres plaiſirs.
Ce n'eſt pas que la beauté
de Verſailles ſoit pour luy
ſeul. Il ſe fait une joye de
donner cét ornement à la
France , & de tenir ſa Cour
GALANT S
dans un lieu délicieux , où
elle joüit des plaiſirs de toutes
les belles Saiſons , & de
celuy d'eſtre bien logée,
pendant que les ſoins de la
grandeur & du repos de l'Etat
le tiennent dans un travail
qui a fort peu de relâche.
Mais ce Prince eſt auſſi
content , lors que fa Cour,
ſes Sujets , & les Etrangers
joüiffent des charmes de ce
magnifique lieu , & des divertiſſemens
qu'il y donne,
que s'il les prenoit ſans ceſſe
-luy meſme. L'exemple du
travail de l'Aqueduc , a pro-
A iij
6 MERCURE
د
duit un autre bien pour les
malheureux
qui n'ayant
point d'employ à Paris , n'y
pouvoient trouver les moyés
de vivre . Mrs les Prevolt
des Marchands , & Echevins
de la Ville ont fait publier,
non ſeulement qu'ils em
ployeroient toutes les Pernes
qui voudroient travailler
à remuer la Terre des Ramparts
qu'on fait autour de Paris
; mais auſſi qu'ils donneroient
tous les inftrumens
néceſſaires pour ce travail à
ceux qui n'auroient pas dequoy
en avoir. C'eſt ce qu'ils
A
GALANT.
ont fait le neufiéme de ce
mois ; de ſorte que ſi l'on
voit preſentement des Gens
fans employ , & preſſez de la
neceſſité, on ne le doit imputer
qu'à leur pareſſe , &à leur
faineantiſe. On peut ajoûter
à tout cela que ceux qui ont
voulu s'occuper , en ont toûjours
trouvé les occafions,
le Roy ayant fait travailler il
y a déja long-temps àune Levée
depuis Paris juſqu'au
bord de la Riviere qui regar--
de Seve , afin de rendre le
chemin plus praticable , &
plus commode pour ceux
A iiij
8 MERCURE
qui font obligez d'aller à
Verſailles . C'eſt dans cette
meſme veuë que Sa Majeſté
a cru qu'il falloit qu'il y euſt
un Pont au bout de cette Levée
qui conduiſiſt à Seve,
d'où Elle a fait applanir , élargir
, & paver le chemin
juſqu'à Verſailles ; ce qui le
rendra plus aifé & plus
court. Comme Elle a voulu
que ce Pont fuſt achevé en
peu de temps , Elle en a donné
le revenu pour cinquante
ans à des Particuliers qui l'ont
fait conftruire.
On en commence icy un
1
GALANT. 9 ,
de Pierre qu'on appellera le
e fait a Pont Royal , & on le fait aux
dépens de ce genéreux Monarque
, qui n'épargne rien
pour l'embelliſſement de la
Ville , & pour la commodité
de ſes Sujets. Il ſera un peu
plus proche des Tuilleries,
que celuy qu'on appelloit le
Pont Rouge , & que les Eaux.
ont entraîné depuis quelque
temps..
Quoy que le Roy n'ait
point d'occupation plus forte
que de penſer au general , il
ne laiſſe pas de ſe ſouvenir
du particulier..On le voit
८
10 MERCURE
par les penſions des Dames
du Palais , qu'il a conſervées
,
à Madame la Princeſſe de
Tingry , & à Mesdames les
Comtefles de Granmont , &
de Saint Geran qui les
avoient euës du vivant de la
Reyne. M l'Abbé de Rohan
, ſecond Fils de M le
Prince de Soubiſe a efté د
pourveu de l'Abbaye de Saint
Taurin , Ordre de S. Benoiít,
Diocéſe d'Evreux vacante
par la démiſſion volontaire de
M' l'Abbé du Frénoy , qui ſe
trouvant l'aîné de ſa Maiſon,
a cru devoir ſemettre en état
GALANT. II
de la ſoûtenir. Ces grandes
Abbayes ne devant eſtre pof
fedées que par des Perſonnes
d'une distinction particuliere
, on ne peut que loüer ce
choix du Roy , aufli bienque.
celuy qu'il a fait de M' l'Abbé
de Beuvron qu'il a gratifié
de la Charge de l'un de ſes
Aumôniers , vacante depuis
la mort de M' l'Abbé de Saint
Luc. Il y a déja quelque
temps que M'l'Abbé de Beuvron
avoit offert de l'argent
d'une autre Charge d'Aumônier
, mais l'affaire ne ſe put
conclurre , & il a eu du Roy
12 MERCURE
en pur don , celle dont il
vient d'eſtre pourveu , ſaMa
jeſté ne permettát plusque ſes
Charges d'Aumônier ſe vendent
, &voulant à l'avenir les
remplir Elle-meſme de Perſonnes
de merite. C'eſt par
là qu'Elle a donné à M'l'Abbé
de la Sale , Frere de M'de
la Sale Maiſtre de ſa Garderobe
, une autre Charge
d'Aumônier , vacante par la
démiffion volontaire de M
l'Abbé de Saint Valier , qui
eſt party pour le Canada , où
il doit eſtre Coadjuteur de
M lEveſque de Quebec.
GALANT. 13
- Une grande dévotion & le
zele de convertir des Infidé
1
les , luy font faire ce Voyage.
Il accompagne M' le Marquis
d'Enonvile , Colonel des
Dragons de la Reyne , qui
doit eftre Commandant en
ce Païs- là , dont vous ſçavez
que M' le Maréchal d'Eſtrades
eſt Viceroy.
Dans le meſme temps que
le Roy s'applique aux differens
ſoins que je viens de
vous marquer , il ſonge à donner
moyen à la plus jeune
& la plus qualifiée Nobleſſe
de ſon Royaume , des'entre-
4
14 MERCURE
tenir toûjours dans les exer
cices qui font les plus dignes
d'elle , &qui font qu'elle ferd
l'Etat avec plus de gloire &
plus d'avantage , lors qu'ileft
queſtion, ou de le défendre,
ou de le remettre dans ſes juſtes
bornes. C'eſt pour cela
que ce Prince a la bonté de
contribuer à la plus grande
partie de la dépenſe néceſſaire
, pour faire une Courſe de
Têtes,avec toutl'éclat qu'elle
peut eſtre par les plus grands
Seigneurs d'une Cour , qui
n'eſt pas moins renommée
par la bravoure que par la
GALANT 15
galanterie.
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Résumé : Prélude, contenant plusieurs Actions de grandeur, de bonté & de libéralité du Roy, & plusieurs Piéces à la gloire de ce Monarque, [titre d'après la table]
Le texte, daté d'avril 1685, discute principalement de l'aqueduc projeté pour acheminer l'eau de la rivière d'Eure à Versailles. L'auteur exprime son admiration pour ce projet, soulignant la bienveillance du roi qui cherche à fournir des moyens de subsistance à ses sujets dans le besoin et à occuper ses troupes pour éviter l'oisiveté. Le roi voit également cet ouvrage comme une source de gloire pour la France, surpassant les réalisations des empereurs romains. L'embellissement de Versailles, bien que notable, n'est pas la principale motivation du roi, qui se préoccupe davantage du bien-être de ses sujets et de la grandeur de l'État. Le texte mentionne également les initiatives prises pour employer les habitants de Paris. Les prévôts des marchands et les échevins offrent des travaux de terrassement et des outils nécessaires. De plus, le roi a entrepris des travaux pour améliorer les routes et les ponts, comme le Pont Royal, afin de faciliter les déplacements vers Versailles. Le roi montre également sa sollicitude envers les particuliers en conservant les pensions des dames du palais et en nommant des abbés à des charges vacantes. Il refuse de vendre les charges d'aumôniers, préférant les attribuer à des personnes de mérite. Il soutient aussi la noblesse en contribuant à l'organisation de courses de têtes, mettant en avant la bravoure et la galanterie de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 48-68
DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
Début :
L'Autheur du Dialogue que vous avez veu sur les choses / BELOROND. LAMBRET. BELOROND. Vous me trouvez en lisant chez Aulu-Gelle [...]
Mots clefs :
Nature, Peuples, Larcins, Opinions, Larron, Peines, Royaume, Capitaine, Plantes, Curiosité, Voyage, Croyance, Province, Amérique, Bourreau
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
L'Autheur du Dialogue:
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
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Résumé : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
En avril 1685, Belorond et Lambret discutent de pratiques surprenantes concernant le vol et les punitions associées. Belorond observe que les petits voleurs sont souvent punis, tandis que les grands voleurs sont honorés. Lambret confirme cette pratique en mentionnant le royaume de Tangeo, où avoir des parents pendus pour vol est perçu comme un honneur. Il cite également les Lacedémoniens, qui encourageaient le vol pour développer la ruse en temps de guerre. Belorond rapporte des exemples historiques où le vol était toléré ou encouragé, comme chez les anciens Allemans, les Égyptiens, et lors de certaines fêtes romaines. Lambret évoque un officier dans la cour du Prête-Jan, chargé de lever et d'accommoder les tentes du roi. Les interlocuteurs abordent ensuite les différentes punitions infligées aux voleurs dans diverses cultures. Chez les Américains, les voleurs étaient empalés vivants. En Carinthie, ils étaient pendus sur simple soupçon. En Lao, les voleurs subissaient des amputations proportionnelles à la gravité du vol. En Moscovie, l'accusateur et l'accusé étaient soumis à la question pour vérifier la validité de l'accusation. Lambret conclut en soulignant la bizarrerie des opinions et des coutumes humaines, comparables à celles de la nature. Il cite des phénomènes naturels extraordinaires, comme un lac en Éthiopie dont les eaux troublent l'esprit, une plante en Amérique représentant les instruments de la Passion, et une plante en Tartarie qui se nourrit de l'herbe autour d'elle. Belorond et Lambret conviennent que, bien que certaines choses soient difficiles à croire, elles existent réellement et méritent admiration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 213-232
Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Tant de Personnes m'ont témoigné avoir leu avec plaisir les [...]
Mots clefs :
Angleterre, Roi, Malheurs, Apoplexie, Décès, Trône, Vengeance, Héritier, Joies, Peuple, Confiance, Grandeur, Tranquilité, Couronnement, Cérémonie, Westminster, Fonctions, Titres, Élections, Assemblées, Liste des élus, Duc, Serment, Conseiller, Royaume, Désordres, Voleurs, Proclamation, Sureté publique, Larron, Récompenses, Guillaume Bridgeman
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texteReconnaissance textuelle : Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Tant de Perſonnes m'ont
témoigné avoir leu avec plai.
fir les Nouvelles d'Angleterre
, qui font des Articles importans
dans mes deux dernieres
Lettres , que je puis
croire que vous me parlez
fincerement quand vous
m'aſſeurez que vous en eſtes
contente . L'Hiſtoire des malheurs
du Roy , dont je vous
ay fait un abregé , pouvoit ſe
trouver ſéparément en plu
ſieurs Volumes , mais peuteſtre
toutes les Relations qui
ont couru ne vous auroient
pas fourny le triſte Journal
و
ال
214 MERCURE
de ce qui s'eſtoit paſſé dans
le peu de temps qu'a duré ſa
maladie , ſi je n'avois eu le
foin d'en ramaffer les plus remarquables
circonstances.
Elle a commencé par une attaque
d'Apoplexie , contre
laquelle l'Art des Medecins 2.
efté ſans force. Il ſemble que
comme ſa vie avoit eſté extraordinaire
, il falloit auffi
que ſa mort le fuft. Je vous
envoye un Sonnet qui a esté
fait ſur cette penſée..
GALANT. 215
SUR LA MORT
DU ROY D'ANGLETERRE.
Q
Vinesçait de ceRoy l'étonnan-.
temifere!
Ses malheurs purent-ils abairefon.
grand coeur?
Un Trônequi fumoit encor dufang
d'un Pere
Poury monterfi- 10ft luyfaisoit trop
d'horreur.
Ledefirdevangeruneteftesi chere
Al'Univers entier exprimafa dou-
Ieur.
Qu'ily fatisfitbien quandle Cicl 業
moins contraire
Enfindansfes Etatsle ramena vainqueur!
Mais belas ! iln'estplus ; l'impitoyable
Parque
216 MERCURE
Vientde trancher lefildesjours de ce
..... Monarque..
C'auroit estétrop peu cependant pour
lefort
Qui d'abord lefoûmit aux fureurs
de l'envie,
D'avoirpar de grands traits voulu
marquersaviesa :
S'il n'eust faitremarquer le genre de
Samort.
Je vous ay appris avec
quelle fermeté fon Auguste
Succeffeur s'eſt déclaré Ca
tholique. Sa fincerité a efte
heureuſe. Les Peuples ont
eu de la joye de voir qu'il ne
cherchoit point à les trom
per , & qu'il s'en croyoit affez
aimé,
GALANT. 217
aimé , pour leur confier un
fecret de cette importance,
ſans qu'il en deuſt rien apprehender
de fâcheux. La
confiance qu'il a cuë dans l'amour
de ſes Sujets , a produit
l'effet qu'il en avoit attendu.
L'intrepidité en toutes chofes
leur paroiffant digne d'un
Monarque né pour leur donner
des Loix , ils ont eſtimé
en luy cette grandeur d'ame
✓ qui l'engage à foûtenir l'indépendance
du rang ou le
Ciel l'a élevé. Puis qu'il leur
laiſſe une entiere liberté de
confcience , il la doit avoir
Avril 1685. T
218 MERCURE
comme eux , & il feroit bien
injuſte qu'il ne joüiſt pas
d'un Privilege qu'il veut bien
leur accorder. Toutes les
Lettres qui viennent de ce
Pays là ne parlent que de la
tranquilité où tout le monde
s'y trouve , des Adreſſes pleines
de ſoûmiffion & de ref
pect , qu'on préſente de toutes
partsau nouveau Roy , &
du choix des Députez pour
le prochain Parlement. Le
16. du dernier mois on expedia
un ordre pour fignifier à
tous les Pairs du Royaume &
à leurs Femmes , de ſe trou
GALANT. 219
ver au Couronnement du
Royavec leurs Robes deCe
remonies & leurs Couron
nes. Les Barons & leurs Femmestauront
des Robes de
Velours Cramoiſy , de meſ
me que les Vicomtes & les
autres Pairs d'une dignité
plus relevée. On a nommé
le Docteur Turner Eveſque
d'Ely , pour preſcher en préſence
de leurs Majeſtez le
jourde cette ceremonie. Les
circonstances en ont eſté ré
ſoluës devant le Roy par le
Conſeil Privé qui s'eſt aſſemblépour
les regler. Les Com-
Tij
220 MERCURE
miſſaires que l'on a choiſis
pour citer tous ceux que le
devoir de leurs Charges , ou
les redevances de leurs Fiefs
obligent à faire quelques
fonctions auCouronnement,
s'affemblerent le 3. de ce
mois dans la Chambre Peinte
du Palais de Westminster,
&commencerent à recevoir
les Requeſtes de ceux qui
prétendent avoir droit de faire
ces fonctions. Ils s'occupentà
verifier lesTitres qu'on
leur préſente , pour accorder
àchacun la fonction qui luy
appartient. Sa Majeſté a fait
GALANT. 221
donner de nouvelles Lettres
à tous les Lords Lieutenans,
ou Gouverneurs des Provinces
que le feu Roy avoit établis.
Les Affemblées pour
les Elections des Députez
qui doivent entrer au Parlement,
ſe font par tout avec
beaucoup de tranquilité.
Ces Elections ont déja eſté
faites par l'Univerſité de
Cambridge , par celle d'OK--
ford , par les Comtez de Bedford
, de Brecon , de Kenr,
deHamp , de Middleſer , de
Durban , de Glocefter , de
Hereford, de Sommerſet, de
Tiij
222 MERCURE
Cambridge , de Suffer , de
Leiceſter , de Hartford , de
Chefter , de Lincoln , de
Huntington , de Darby,
de Radnor , & par les Villes
de Cantorbury , de Darby,
de Shaftsbury , de Wood.
ſtocke , de Midhurst de
Steyning , de Bedvvyn , d'Amodesham
, d'Aileſbury , de
Ludgerſtall , d'Andover , de
Durham , de Warvvicke , de
Leiceſter , de Reading , de
Devvntom , de Heddon , de
Corfe , de Shoreham , de
Stamford , de Brecon , de
Winchester , de Chippin
GALANT. 223
Wicomb , de Chippenham,
d'Ipſvvich , de Hindon , de
Peterboroug , de Southamptom
, de Limmington ,
Westminster , d'Yorc , de
Neſtingham , de Wendover
, d'Eaft-Grimſtead ,
de
d'Abington
,, ddee LLyymm ,, de Covventry
, d'Orford , de Tornes
, de Poole , de Warcham
, de Sbareham , de
Weoby , de Petersfield , de
Nevvcastle , de Borróbridge,
d'Albroug , de Thirske , du
Grand Yarmouth , de Colcheſter
, d'Huſlemere , de
Hereford , de Lempſter , do
T iiij.
224 MERCURE
1
Cardiffe , de Marleboroug,
d'Ilcheſter , de Nevv- Sarum,
de Castle- Rifing , de Tavi
ſtocke , de Chriſt Church,
de Rygate , de Windfor , de
Malton , deNorthallerten,
Nevvarke, de Richmond, de
de
Beverley , de Pontefract, de
Leaverpoole , de Stafford, de
Sandvvick de Cirenceſter, de
Weymouth, de Melcomb, de
Devices , de Hasting , de
Norfolk , de Higham-Ferfars
, de Hetsbury , de Thet
ford & de Dunvvich. Tous
ceux que l'on a choiſis font
Gens d'une grande probité,
GALANT. 225
&dont la pluſpart ont fair
paroiſtre un attachement in
violable au feu Roy dans
les temps les plus difficiles .
Le 6. de ce mois le Duc de
Queenſborouhg grand Trefo
rier , & préſentement grand
Commiſſaire de Sa Majesté
au Royaume d'Ecoffe , & le
Comte de Perth , grand
Chacelier du meſme Royaume
, preſtérent les Sermens
accoûtumez , en qualité de
Conſeillers d'Etat du Conseil
Privé du Roy , & prirent
ſeance au Conſeil ſelon leur
rang . Peu de jours aprés le
226 MERCURE
Duc d'Ormond arriva d'Irlande.
Plus de quarante Carroſſes
à fix Chevaux allerent
au devant de luy, avec quantitéde
Nobleſſe à Cheval. Il alla
auſſi-toſt ſaluer le Roy,& il en
receut un accueil tres -favorable.
Ce Monarque luy donna
en meſme temps le Bâton
de la Charge de Lord Stevvard
, ou Grand Maiſtre de ſa
Maiſon,qu'il poſſedoit ſous le
Roy Charles II. Comme il
employe tous ſes ſoins à éta.
blir la tranquilité de fon
Royaume , & à reprimer tous
les defordres qu'y pourGALANT.
227
}
C
roient commettre lesVoleurs
de grand chemin , il fit publier
le mois paſſe la Proclamation
dont voicy les termes.
A la Courde VVitheal.
DE PAR LE ROY,
& les Seigneurs de ſon Confeil
Privé.
TERoy voulant pourvoir à
lafeureté de fes Sujets dans
les Voyages qu'ils font en ce
Royaume , pour vaquer à leurs
affaires , a ordonné aujourd'huy
228 MERCURE
eſtant en fon Confeil , & il est
ordonné par ces Preſentes à tous
fes Officiers de Justice , &à tous
ſes autres amez Sujets de faire
leurs efforts , & d'user de dili
gence , pour apprehender tous
Larrons & Voleurs de grand
chemin , afin qu'on puiſſe proceceder
contr'eux felon les Loix; &
pour encourager ceux qui appre
benderont lesdits Voleurs , il est
de plus ordonné par Sa Majesté,
que l'on donnera une récompense
de dix livres sterling pour chaque
Voleur arreſté , à celuy ou à ceux
qui en quelque temps que ce ſoit,
depuis le jour de la date des pré
> GALANT. 229
fentes , jusqu'à ce qu'il plaiſe à
Sa Majesté de rappeller cét ordre
par proclamation , ou par un autre
ordre fait en ſon Confeil,
prendront ou apprehenderont aucun
Larron ou Voleur de grand
chemin , & le feront mettre en
lieu de ſeureté. Laquelle ſomme
de dix livres sterling leur fera
payée quinze jours aprés que ledit
Voleur aura esté convaincu ou
prouvé eſtre tel. Et il est enjoint
par ces Préfentes à tous les Sherifs
des Comtez , or autres dans
L'étenduë de leur Jurisdiction ou
telle conviction aura estéfaite ,de
payer à celuy ou à ceux qui ap-
い
230 MERCURE
ON
prehenderont de tels Malfai-
Eteurs,la recompenſeſuſdite dans
le temps cy-deſſus ſpecifié , pour
chaque Voleur ainſi pris &convaincu
,furle Certificat dufuge
ou de deux , ou davantage defuges
de Paix , devant lequel,
lesquels tel Voleur aura efté convaincu.
Laquelle ſomme d'argent
ils prendront des deniers de
Sa Majesté , par eux receus dans
leComté ou telle conviction aura
eſté faite , & laquelle leur fera
paffée encompte, lors qu'ils viendront
rendre leurs comptes à l'Echiquier,
ou Chambre des Finances.
Et le GrandTreforierd'An
GALANT. 231
:
gleterre est autorisé par ces Préſentes
, & a pouvoir de donner
des ordres aux Officiers de l'Echi
quier , de paffer lesdits deniers en
compte aufdits Sherifs selon le
préſent ordre. Il est encore ordonné
àtous Gouverneurs, Lientenans
Gouverneurs , Fuges de
Paix, Maires , Sherifs , Baillis,
&autres Officiers & Perſonnes
de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de prendre cond
- noiſſance du préfent ordre &y
obeïr , comme auffi de prefter fecours
& affistance en tout ce qui
regardera l'execution , ſur peine
d'encourir le déplaisir de SaMa
232 MERCURE
jesté,&d'estre poursuivis comme
contempteurs defon Autorité
Royale.
GUILLAUME BRIDGEMAN.
témoigné avoir leu avec plai.
fir les Nouvelles d'Angleterre
, qui font des Articles importans
dans mes deux dernieres
Lettres , que je puis
croire que vous me parlez
fincerement quand vous
m'aſſeurez que vous en eſtes
contente . L'Hiſtoire des malheurs
du Roy , dont je vous
ay fait un abregé , pouvoit ſe
trouver ſéparément en plu
ſieurs Volumes , mais peuteſtre
toutes les Relations qui
ont couru ne vous auroient
pas fourny le triſte Journal
و
ال
214 MERCURE
de ce qui s'eſtoit paſſé dans
le peu de temps qu'a duré ſa
maladie , ſi je n'avois eu le
foin d'en ramaffer les plus remarquables
circonstances.
Elle a commencé par une attaque
d'Apoplexie , contre
laquelle l'Art des Medecins 2.
efté ſans force. Il ſemble que
comme ſa vie avoit eſté extraordinaire
, il falloit auffi
que ſa mort le fuft. Je vous
envoye un Sonnet qui a esté
fait ſur cette penſée..
GALANT. 215
SUR LA MORT
DU ROY D'ANGLETERRE.
Q
Vinesçait de ceRoy l'étonnan-.
temifere!
Ses malheurs purent-ils abairefon.
grand coeur?
Un Trônequi fumoit encor dufang
d'un Pere
Poury monterfi- 10ft luyfaisoit trop
d'horreur.
Ledefirdevangeruneteftesi chere
Al'Univers entier exprimafa dou-
Ieur.
Qu'ily fatisfitbien quandle Cicl 業
moins contraire
Enfindansfes Etatsle ramena vainqueur!
Mais belas ! iln'estplus ; l'impitoyable
Parque
216 MERCURE
Vientde trancher lefildesjours de ce
..... Monarque..
C'auroit estétrop peu cependant pour
lefort
Qui d'abord lefoûmit aux fureurs
de l'envie,
D'avoirpar de grands traits voulu
marquersaviesa :
S'il n'eust faitremarquer le genre de
Samort.
Je vous ay appris avec
quelle fermeté fon Auguste
Succeffeur s'eſt déclaré Ca
tholique. Sa fincerité a efte
heureuſe. Les Peuples ont
eu de la joye de voir qu'il ne
cherchoit point à les trom
per , & qu'il s'en croyoit affez
aimé,
GALANT. 217
aimé , pour leur confier un
fecret de cette importance,
ſans qu'il en deuſt rien apprehender
de fâcheux. La
confiance qu'il a cuë dans l'amour
de ſes Sujets , a produit
l'effet qu'il en avoit attendu.
L'intrepidité en toutes chofes
leur paroiffant digne d'un
Monarque né pour leur donner
des Loix , ils ont eſtimé
en luy cette grandeur d'ame
✓ qui l'engage à foûtenir l'indépendance
du rang ou le
Ciel l'a élevé. Puis qu'il leur
laiſſe une entiere liberté de
confcience , il la doit avoir
Avril 1685. T
218 MERCURE
comme eux , & il feroit bien
injuſte qu'il ne joüiſt pas
d'un Privilege qu'il veut bien
leur accorder. Toutes les
Lettres qui viennent de ce
Pays là ne parlent que de la
tranquilité où tout le monde
s'y trouve , des Adreſſes pleines
de ſoûmiffion & de ref
pect , qu'on préſente de toutes
partsau nouveau Roy , &
du choix des Députez pour
le prochain Parlement. Le
16. du dernier mois on expedia
un ordre pour fignifier à
tous les Pairs du Royaume &
à leurs Femmes , de ſe trou
GALANT. 219
ver au Couronnement du
Royavec leurs Robes deCe
remonies & leurs Couron
nes. Les Barons & leurs Femmestauront
des Robes de
Velours Cramoiſy , de meſ
me que les Vicomtes & les
autres Pairs d'une dignité
plus relevée. On a nommé
le Docteur Turner Eveſque
d'Ely , pour preſcher en préſence
de leurs Majeſtez le
jourde cette ceremonie. Les
circonstances en ont eſté ré
ſoluës devant le Roy par le
Conſeil Privé qui s'eſt aſſemblépour
les regler. Les Com-
Tij
220 MERCURE
miſſaires que l'on a choiſis
pour citer tous ceux que le
devoir de leurs Charges , ou
les redevances de leurs Fiefs
obligent à faire quelques
fonctions auCouronnement,
s'affemblerent le 3. de ce
mois dans la Chambre Peinte
du Palais de Westminster,
&commencerent à recevoir
les Requeſtes de ceux qui
prétendent avoir droit de faire
ces fonctions. Ils s'occupentà
verifier lesTitres qu'on
leur préſente , pour accorder
àchacun la fonction qui luy
appartient. Sa Majeſté a fait
GALANT. 221
donner de nouvelles Lettres
à tous les Lords Lieutenans,
ou Gouverneurs des Provinces
que le feu Roy avoit établis.
Les Affemblées pour
les Elections des Députez
qui doivent entrer au Parlement,
ſe font par tout avec
beaucoup de tranquilité.
Ces Elections ont déja eſté
faites par l'Univerſité de
Cambridge , par celle d'OK--
ford , par les Comtez de Bedford
, de Brecon , de Kenr,
deHamp , de Middleſer , de
Durban , de Glocefter , de
Hereford, de Sommerſet, de
Tiij
222 MERCURE
Cambridge , de Suffer , de
Leiceſter , de Hartford , de
Chefter , de Lincoln , de
Huntington , de Darby,
de Radnor , & par les Villes
de Cantorbury , de Darby,
de Shaftsbury , de Wood.
ſtocke , de Midhurst de
Steyning , de Bedvvyn , d'Amodesham
, d'Aileſbury , de
Ludgerſtall , d'Andover , de
Durham , de Warvvicke , de
Leiceſter , de Reading , de
Devvntom , de Heddon , de
Corfe , de Shoreham , de
Stamford , de Brecon , de
Winchester , de Chippin
GALANT. 223
Wicomb , de Chippenham,
d'Ipſvvich , de Hindon , de
Peterboroug , de Southamptom
, de Limmington ,
Westminster , d'Yorc , de
Neſtingham , de Wendover
, d'Eaft-Grimſtead ,
de
d'Abington
,, ddee LLyymm ,, de Covventry
, d'Orford , de Tornes
, de Poole , de Warcham
, de Sbareham , de
Weoby , de Petersfield , de
Nevvcastle , de Borróbridge,
d'Albroug , de Thirske , du
Grand Yarmouth , de Colcheſter
, d'Huſlemere , de
Hereford , de Lempſter , do
T iiij.
224 MERCURE
1
Cardiffe , de Marleboroug,
d'Ilcheſter , de Nevv- Sarum,
de Castle- Rifing , de Tavi
ſtocke , de Chriſt Church,
de Rygate , de Windfor , de
Malton , deNorthallerten,
Nevvarke, de Richmond, de
de
Beverley , de Pontefract, de
Leaverpoole , de Stafford, de
Sandvvick de Cirenceſter, de
Weymouth, de Melcomb, de
Devices , de Hasting , de
Norfolk , de Higham-Ferfars
, de Hetsbury , de Thet
ford & de Dunvvich. Tous
ceux que l'on a choiſis font
Gens d'une grande probité,
GALANT. 225
&dont la pluſpart ont fair
paroiſtre un attachement in
violable au feu Roy dans
les temps les plus difficiles .
Le 6. de ce mois le Duc de
Queenſborouhg grand Trefo
rier , & préſentement grand
Commiſſaire de Sa Majesté
au Royaume d'Ecoffe , & le
Comte de Perth , grand
Chacelier du meſme Royaume
, preſtérent les Sermens
accoûtumez , en qualité de
Conſeillers d'Etat du Conseil
Privé du Roy , & prirent
ſeance au Conſeil ſelon leur
rang . Peu de jours aprés le
226 MERCURE
Duc d'Ormond arriva d'Irlande.
Plus de quarante Carroſſes
à fix Chevaux allerent
au devant de luy, avec quantitéde
Nobleſſe à Cheval. Il alla
auſſi-toſt ſaluer le Roy,& il en
receut un accueil tres -favorable.
Ce Monarque luy donna
en meſme temps le Bâton
de la Charge de Lord Stevvard
, ou Grand Maiſtre de ſa
Maiſon,qu'il poſſedoit ſous le
Roy Charles II. Comme il
employe tous ſes ſoins à éta.
blir la tranquilité de fon
Royaume , & à reprimer tous
les defordres qu'y pourGALANT.
227
}
C
roient commettre lesVoleurs
de grand chemin , il fit publier
le mois paſſe la Proclamation
dont voicy les termes.
A la Courde VVitheal.
DE PAR LE ROY,
& les Seigneurs de ſon Confeil
Privé.
TERoy voulant pourvoir à
lafeureté de fes Sujets dans
les Voyages qu'ils font en ce
Royaume , pour vaquer à leurs
affaires , a ordonné aujourd'huy
228 MERCURE
eſtant en fon Confeil , & il est
ordonné par ces Preſentes à tous
fes Officiers de Justice , &à tous
ſes autres amez Sujets de faire
leurs efforts , & d'user de dili
gence , pour apprehender tous
Larrons & Voleurs de grand
chemin , afin qu'on puiſſe proceceder
contr'eux felon les Loix; &
pour encourager ceux qui appre
benderont lesdits Voleurs , il est
de plus ordonné par Sa Majesté,
que l'on donnera une récompense
de dix livres sterling pour chaque
Voleur arreſté , à celuy ou à ceux
qui en quelque temps que ce ſoit,
depuis le jour de la date des pré
> GALANT. 229
fentes , jusqu'à ce qu'il plaiſe à
Sa Majesté de rappeller cét ordre
par proclamation , ou par un autre
ordre fait en ſon Confeil,
prendront ou apprehenderont aucun
Larron ou Voleur de grand
chemin , & le feront mettre en
lieu de ſeureté. Laquelle ſomme
de dix livres sterling leur fera
payée quinze jours aprés que ledit
Voleur aura esté convaincu ou
prouvé eſtre tel. Et il est enjoint
par ces Préfentes à tous les Sherifs
des Comtez , or autres dans
L'étenduë de leur Jurisdiction ou
telle conviction aura estéfaite ,de
payer à celuy ou à ceux qui ap-
い
230 MERCURE
ON
prehenderont de tels Malfai-
Eteurs,la recompenſeſuſdite dans
le temps cy-deſſus ſpecifié , pour
chaque Voleur ainſi pris &convaincu
,furle Certificat dufuge
ou de deux , ou davantage defuges
de Paix , devant lequel,
lesquels tel Voleur aura efté convaincu.
Laquelle ſomme d'argent
ils prendront des deniers de
Sa Majesté , par eux receus dans
leComté ou telle conviction aura
eſté faite , & laquelle leur fera
paffée encompte, lors qu'ils viendront
rendre leurs comptes à l'Echiquier,
ou Chambre des Finances.
Et le GrandTreforierd'An
GALANT. 231
:
gleterre est autorisé par ces Préſentes
, & a pouvoir de donner
des ordres aux Officiers de l'Echi
quier , de paffer lesdits deniers en
compte aufdits Sherifs selon le
préſent ordre. Il est encore ordonné
àtous Gouverneurs, Lientenans
Gouverneurs , Fuges de
Paix, Maires , Sherifs , Baillis,
&autres Officiers & Perſonnes
de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de prendre cond
- noiſſance du préfent ordre &y
obeïr , comme auffi de prefter fecours
& affistance en tout ce qui
regardera l'execution , ſur peine
d'encourir le déplaisir de SaMa
232 MERCURE
jesté,&d'estre poursuivis comme
contempteurs defon Autorité
Royale.
GUILLAUME BRIDGEMAN.
Fermer
15
p. 187
II.
Début :
On croit que c'est pour vous railler [...]
Mots clefs :
Quenouille, Raillerie, Lys, Louis, Royaume, Règne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
IL ONcroit que cestpourvous railler
Que vous nous envoyez*,Mercureà
Une Quenouille pour filer;
Les Lys ne filent point,ditUfeinta
Ecriture,
Les Sujets de LOVIS ne la recevront
pas>
Ses Exploits,fan Exempleinspirent du
courage,
Et nous avons cet avantage,
Son Royaume n'efi point comme cfautres
Eflats.
Dans. la France voit-on des lâches ($*
des poules?
Non, non,par la Valeur son Regnt est
Tout-pnijfant;
Renvoyez. - donc vostre pressent
.Aux lieux ou vousfifavez, epîon fizit cas
des Quenouilles.
LA PETITE ASSEMBLEE G.
du Havre.
Que vous nous envoyez*,Mercureà
Une Quenouille pour filer;
Les Lys ne filent point,ditUfeinta
Ecriture,
Les Sujets de LOVIS ne la recevront
pas>
Ses Exploits,fan Exempleinspirent du
courage,
Et nous avons cet avantage,
Son Royaume n'efi point comme cfautres
Eflats.
Dans. la France voit-on des lâches ($*
des poules?
Non, non,par la Valeur son Regnt est
Tout-pnijfant;
Renvoyez. - donc vostre pressent
.Aux lieux ou vousfifavez, epîon fizit cas
des Quenouilles.
LA PETITE ASSEMBLEE G.
du Havre.
Fermer
16
p. 185-325
Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Début :
Je viens au détail du Voyage de Mr le Chevalier [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier de Chaumont, Siam, Ambassadeur, Hollandais, Mandarins, Eau, Roi de Siam, Terre, Vaisseau, Pays, Banten, Bord, Canon, Tigre, Mer, Rivière, Batavia, Maisons, Côte, Royaume, Constance, Abbé, Vaisseaux, Cap, Général, Gouverneur, Loge, France, Pagode, Frégate, Malades, Europe, Indes, Siamois, Ballon, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Je viensau détail du VoyaJ.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
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Résumé : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage du Chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi de France, vers le roi de Siam, accompagné de l'Abbé de Choisy. Ils embarquent à Brest le 3 mars sur le vaisseau 'L'Oiseau' et la frégate 'La Maligne'. La traversée jusqu'à la ligne équatoriale se déroule sans incident, marquée par des exercices de piété quotidiens. Chaumont refuse de jurer sur les Évangiles lors de la cérémonie du baptême équatorial et paie pour éviter cette obligation. Le voyage continue jusqu'au Cap de Bonne Espérance, où ils font escale pour se ravitailler et soigner les malades. Le Cap est décrit comme un lieu bien fortifié avec un jardin luxuriant et des habitants locaux appelés Cafres, vivant de manière primitive. Les Hollandais y ont établi une forteresse et des habitations. Après sept jours, ils repartent vers Batavia, mais la traversée est plus difficile. Ils arrivent à Java, une île dont les habitants prétendent descendre des Chinois. Ils font escale à Bantam, où les Hollandais contrôlent le royaume après une guerre civile. Enfin, ils atteignent Batavia, où ils restent sept jours pour soigner les malades. Batavia est décrite comme une ville bien située et protégée. Le texte mentionne également les conflits entre les Hollandais, les Anglais, et les Indiens dans les Indes orientales au début du XVIIe siècle. En 1619, les Indiens profitent de la mauvaise entente entre les Hollandais et les Anglais pour se libérer de la domination hollandaise. Une bataille navale entre les flottes anglaise et hollandaise a lieu le 2 janvier 1619, et les Hollandais reprennent le fort de Batavia après six mois de siège. Ils consolident leur position en construisant des fortifications et en établissant des relations commerciales avec les Chinois, les Japonais, et les Siamois. À Siam, l'ambassadeur est accueilli avec magnificence et loge dans des maisons neuves et richement meublées. Il reçoit des saluts canoniques et est traité avec honneur. Il rencontre des dignitaires siamois et présente la lettre du roi de France de manière solennelle. La salle de l'audience est richement décorée, et le roi du Siam exprime sa joie de recevoir les marques d'estime et d'amitié du roi de France. L'ambassadeur visite également plusieurs pagodes, dont une contenant une grande idole d'or endommagée lors d'une guerre contre Pegu. Il observe les éléphants du roi et une pièce de canon de fonte. Des réjouissances sont organisées pour célébrer le couronnement du roi de Portugal. Le roi de Siam mène une vie réglée, se levant tôt pour donner l'aumône et recevoir des audiences. Le texte se termine par la mention de la visite de l'ambassadeur à Louvo, une maison de plaisance du roi, et promet une seconde partie avec d'autres nouvelles sur le royaume de Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 59-110
« Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Début :
Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Siam, Éléphants, Constantin Phaulkon, Mandarins, Audience, Manière, Royaume, Pères, Palais, Évêque, Chine, Pagode, Éléphant, Argent, Ballons, Lettre, Maison, Hommes, Présent, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Cette Harangue fur interpretée
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
Fermer
Résumé : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Le texte relate un voyage au Siam (actuelle Thaïlande) et les interactions avec le roi de Siam et les dignitaires locaux. Un ambassadeur français est reçu en audience par le roi de Siam, qui accepte une lettre du roi de France après un moment de tension. Le roi de Siam, âgé de cinquante-cinq ans, est décrit comme un monarque courageux, politique, magnifique et libéral. Il est vêtu richement, portant une couronne de diamants et des vêtements ornés d'or et de pierres précieuses. L'audience se déroule dans une salle richement décorée, avec des mandarins prosternés. L'ambassadeur visite ensuite le palais, y voyant des éléphants et des objets précieux, et reçoit des présents conformément à la coutume locale. Le roi de Siam s'intéresse aux nouvelles de la cour de France et aux récentes conquêtes, notamment celle du Luxembourg. Il exprime sa satisfaction des victoires françaises et de la paix en Europe. L'ambassadeur assiste à divers événements, y compris des combats d'éléphants, des visites de pagodes et des réjouissances pour l'avènement du roi de Portugal. Il participe également à un festin organisé par Monsieur Conftans, où des spectacles de théâtre et de marionnettes sont présentés. Le roi de Siam visite une pagode, accompagné d'une procession en barques décorées. Le texte décrit également une cérémonie où le roi du Siam, accompagné de 140 bateaux dorés, chacun avec 185 rameurs, change de bateau et offre un prix au bateau arrivant premier au palais. La rivière est remplie de bateaux de particuliers venus voir le roi. Le soir, un feu d'artifice célèbre le couronnement du roi d'Angleterre, suivi de tirs de canon toute la journée. Le roi se rend ensuite à Louvo, une maison de plaisance, où le narrateur assiste à un combat d'éléphants. Le roi offre des sabres et des chaînes en or aux capitaines français Vaudricourt et Joyeuse en signe de distinction. Le narrateur reçoit un vase d'or appelé Boffette, une marque d'honneur équivalente au Cordon bleu en France. Il reçoit également des porcelaines, des paravents, des tapis, et un crucifix en or et en tambacq. Le roi du Siam demande au narrateur de visiter les fortifications et de proposer des améliorations. Le narrateur rencontre des jésuites, dont les pères Fontenay, Tachart, et Gerbillon, qui sont chargés de faire des observations mathématiques en Chine. Le roi, impressionné par leurs compétences, leur offre des présents et propose de construire des observatoires et des églises. Le texte mentionne également les difficultés rencontrées par certains compagnons du narrateur lors de leur retour en bateau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1-70
ETAT Du Gouvernement, des Moeurs, de la Religion, & du Commerce du Royaume de Siam, dans les pays voisins, & plusieurs autres particularités.
Début :
TOUS les jours les Mandarins qui sont destinez pour rendre [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Royaume, Ambassadeur, Siamois, Argent, Commerce, Nation, Chine, Manière, Marchandises, Officiers, Femmes, Fille, Pays, Étrangers, Terre, Talpoins, Corps, Ville, Fruit, Mandarins, Palais, Éléphants, Pagodes, Ministres, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT Du Gouvernement, des Moeurs, de la Religion, & du Commerce du Royaume de Siam, dans les pays voisins, & plusieurs autres particularités.
ETAT
Du Gouvernement , des
Moeurs, de la Religion ,
& du Commerce du
Royaume de Siam, dans
les pays voisins , &plufieurs
autres particularités.
OUS les jours les
Mandarins qui font
deſtinez pour rendre
la juſtice s'aſſemblent
dans une falle où ils
donnent audiance , c'eſt comme
1a Cour du Palais à Paris ,& elle
2 RELATION
eſt dans le Palais du Roy , où
ceux qui ont quelque requête à
preſenter ſe tiennent à la porte
juſqu'à ce qu'on les appellé , &
quand on le fait ils entrent leur
requête à la main & la prefentent.
Les Etrangers qui intentent
procés au ſujet des marchandiſes,
la preſentent au Barcalon , c'eſt
le premier Miniſtre du Roy ,
qui juge toutes les affaires concernant
les Marchands & les
Etrangers ; en ſon abſence , c'eſt
ſon Lieutenant , & en l'absence
des deux , une maniere d'Eſche
wins. Il y a un Officier prépoſé
pour les tailles & tributs auquel
on s'adreſſe , & ainſi des autres
Officiers. Aprés que les affaires
font difcutées on les fait ſçavoir
aux Officiers du dedans du Palais
, qui en avertiſſent le Roy
eſtant lors ſur un Trône élevé
DU VOYAGE DE SIAM . 3
de trois braffes , tous les Mandarins
ſe proſternent la face contre
terre , & le Barcalon ou autres
des premiers Oyas , rapportent
au Roy les affaires & leurs jugemens
, il les confirme , ou il les
change ſuivant ſa volonté , c'eſt
à l'égard des principaux procés ,
& tres- ſouvent il ſe fait apporter
les procés au dedans du Palais
, & leur envoye ſon jugementpar
écrit.
Le Roy eſt tres- abſolu , on diroit
quaſi qu'il eſt le Dieu des
Siamois , ils n'ofent pas l'appeller
de ſon nom. Il châtie tres-feverement
le moindre crime ; car
ſes Sujets veulent eſtre gouvernez
la verge à la main , il ſeſert même
quelquefois des Soldats de ſa
garde pour punir les coupables
quand leur crime eſt extraordinaire
& fuffisamment prouvé.
Ceux qui font ordinairement ema
ij
4 RELATION
ployez ces fortes d'executions
font 150. Soldats ou environ qui
ont les bras peints depuis l'épaule
juſqu'au poignet ; les châtimens
ordinaires ſont des coups
de rottes , trente, quarante , cinquante
& plus , ſur les épaules des
criminels , felon la grandeur du
crime , aux autres il fait piquer
la tête avec un fer pointu : à l'égard
des complices d'un crime
digne de mort , aprés avoir fait
couper la tête au veritable criminel
, il la fait attacher au col
du complice , & on la laiſſe pourir
expoſée au Soleil fans couvrir
la tête pendant trois jours
&trois nuits , ce qui cauſe à celui
qui la porteune grande puantour,
Dans ce Royaume , la peine
du talion eſt fort en uſage , le
dernier des fupplices eſtoit , il n'y
a pas long-temps, de les condamDU
VOYAGE DE SIAM. یک
ner à la Riviere , qui eſt proprement
comme nos Forçats de Galere
, & encorepis ; mais maintenant
on les punit de mort. Le
Roy fait travailler plus qu'aucun
Roy de ſes predeceffeurs, en bâ
timens , à reparer les murs des
Villes , à édifier des Pagodes , à
embellir fon Palais , à bâtir des
Maiſons pour les Etrangers , & à
conſtruire des Navires à l'Euro .
peane , il eſt fort favorable aux
Etrangers , il en a beaucoup à
fon ſervice,& en prend quand il
en trouve .
Les Roys de Siam n'avoient'
pas accoûtumé de ſe faire voir
auſſi ſouvent que celui-cy. Ils
vivoient preſque ſeuls , celuy
d'apreſent vivoit comme les autres
: mais Monfieur de Berithe
Vicaire Apoftolique , s'eſtant ſer
vi d'un certain Brame , qui faifant
le plaiſant avoit beaucoup
1
a iij
6 RELATION
de liberté de parler à ce Monarque
, trouva le moyen de faire
connoître à ce Prince , la puif
fance & la maniere de gouverner
de nôtre grand Roy , & en même
temps les coûtumes de tous
les Roys d'Europe , de ſe faire
voir à leurs Sujets & aux Etrangers
; de maniere qu'ayant un
auffi grand ſens que je l'ay déja
remarqué , il jugea à propos de
voir Monfieur de Berithe , & enfuite
pluſieurs autres ; depuis ce
temps- là il s'eſt rendu affable &
acceſſible à tous les Etrangers.
On appelle ceux qui rendent la
justice ſuivant leurs differentes
fonctions , Oyas Obrat , Oyas
Momrat , Oyas Campheng, Oyas
Ricchou , Oyas Shaynan , Opran,
Oluan ; Oeun , Omun .
Comme autrefois les Roys ne
ſe faisoient point voir , les Miniftres
faifoient ce qu'ils vouloient,
DU VOYAGE DE SIAM. 7
mais le Roy d'apreſent qui a un
tres-grand jugement , & eſt un
grand Politique,veut ſçavoir tout;
il a attaché auprés de luy le Sei
gneur Conftans dont j'ay déja
parlé diverſes fois , il eſt Grec
de nation , d'une grande penetration
, & vivacité d'eſprit
&d'une prudence toute extraordinaire
, il peut & fait tout
fous l'autorité du Roy dans le
Royaume , mais ce Miniſtre n'a
jamais voulu accepter aucune des
premieres Charges que leRoyluy
a fait offrir pluſieurs fois. Le Barcalon
qui mourut ily a deux ans ,&
qui par le droit de ſa Charge
avoit le gouvernement de toutes
les affaires del'Etat , eſtoit homme
d'un tres-grand eſprit , qui
gouvernoit fort bien , & fe faifoit
fort aimer , celuy quiluy fucce
da eſtoit Malais de nation, qui eft
un pays voiſin de Siam , il ſe fera
iiij
8 RELATION
vit de Monfieur Baron , Anglois.
de nation , pour mettre mal Monſieur
Conftans dans l'eſprit du
Roy , & le luy rendre ſuſpect ,
mais le Roy reconnut ſa malice ,
il le fit battre juſqu'à le laiſſer
pour mort , & le dépoſſeda de ſa
Charge , celui qui l'occupe preſentement
vit dans une grande
intelligence avec Monfieur Conſtans
.
Comme par les loix introduites
par les Sacrificateurs des Idoles
qu'on nomme Talapoins , il
n'eſt pas permis de tuer , on condamnoit
autrefois les grands criminels
ou à la chaîne pour leur
vie , ou à les jetter dans quelques
deferts pout y mourir de faim ;
mais le Roy d'apreſent leur fait
maintenant trancher la teſte &
les livre aux Elephans .
Le Roy a des Eſpions pour
ſcavoir ſi on luy cache quelque
DU VOYAGE DE SIAM .
choſe d'importance , il fait châtier
tres - rigoureuſement ceux qui
abuſent de leur autorité . Chaque
Nation étrangere établie dans le
Royaume de Siam a ſes Officiers
particuliers , & le Roy prend de
toutes ces Nations- là des gens
qu'il fait Officiers generaux pour
tout ſon Royaume. Il y a dans
fon Etat beaucoup de Chinois ,
& il y avoit autrefois beaucoup
de Maures ; mais les années pafſées
il découvrit de ſi noires trahiſons
, des concuffions & des
tromperies ſi grandes dans ceux
de cette nation , qu'il en a obligé
un fort grand nombre à déferter
, & à s'en aller en d'autres.
Royaumes.
Le commerce des Marchands
Etrangers y eſtoit autrefois tresbon
, on y en trouvoit de toutes
parts ; mais depuis quelques années
,les diverſes revolutions qui
ΟΙ RELATION
font arrivées à la Chine , au Japon
& dans les Indes , ont empeſché
les Marchands Etrangers
de venir en ſi grand nombre.
On eſpere neanmoins, que puif
que tousces troubles font appaiſez
, le commerce recommencera
comme auparavant , & que le
Roy de Siam par le moyen de fon
Miniſtre envoyera fes Vaiſſeaux
pour aller prendre les Marchandi
ſes les plus precieuſes , & les
plus rares de tous les Royaumes
d'Orient,&remettra toutes chofes
en leur premier & fleuriſſant état.
Ils font la guerre d'une maniere
bien differente de celle de la plûpart
des autres nations , c'eſt à
dire à pouſſer leurs ennemis hors
de leurs places ſans pourtant
leur faire d'autre mal que de les
rendre eſclaves , & s'ils portent
des armes , c'eſt ce ſemble plûtôt
pour leur faire peur en les tirant
,
DU VOYAGE DE SIAM. II
contre terre , ou en l'air, que pour
les tuër , & s'ils le font c'eſt tout
au plus pour ſe deffendre dans la
neceſſité ; mais cette neceſſité
de tuër arrive rarement parce
que prefque tous leurs ennenemis
qui en uſent comme eux,ne
tendent qu'aux mêmes fins . Il ya
des Compagnies & des Regimens
qui ſe détachentde l'arméependát
la nuit,&vont enlever tous leshabitans
des Villages ennemis , &
font marcher hommes, femmes &
enfans que l'on fait eſclaves , &
le Roy leur donne des terres&
des bufles pour les labourer , &
quand le Roy en a beſoin il s'en
fert. Ces dernieres années , le
Roi a fait la guerre contre les
Cambogiens revoltez , aidez des
Chinois & Cochinchinois , où il
a fallu ſe battre tout de bon , & il
y a eu pluſieurs Soldats tuez de
part &d'autre ; il a eu pluſieurs
21 RELATION
Chefs d'Europeans qui les inſtrui
fent àcombattre en nôtre maniere .
Ils ont une continuelle guerre
contre ceux du Royaume de
Laos , qui eſt venuë , de ce qu'un
Maure tres-riche allant en ce
Royaume- là pour le compte du
Royde Siam,y reſta avec de grandes
ſommes , le Roy de Siam , le
demanda auRoy de Laos , mais
celui-cile luy refuſa, ce qui a obligé
le Roy de Siam de luydeclarer
la guerre.
Avant cette guerre ily avoit un
grand commerce entre leurs Etats,
& celuy de Siam en tiroit de
grands profits par l'extrême
quantité d'or , de muſc , de benjoüin
, de dents d'Elephant &
autres marchandiſes qui lui venoient
de Laos , en échange des
toiles & autres marchandiſes .
Le Roy de Siam a encore guerre
contre celui de Pegu ; il y a quanDU
VOYAGE DE SIAM . 13
tité d'Eſclaves de cette Nation .
Il y a pluſieurs Nations Etrangeres
dans ſon Royaume , les
Maures y estoient , comme j'ay
dit , en tres-grand nombre , mais
maintenant il y en a pluſieurs qui
font refugiez dans le Royaume
de Colconde, ils eſtoient au ſervice
du Roy , & ils luy ont emporté
plus de vingt mille catis , chaque
catis vallant cinquante écus , le
Roy de Siam écrivit au Roy de
Colconde de luy rendre ces perſonnes
ou de les obliger à luy
payer cette ſomme , mais le Roy
de Colconden'en voulutrien faire
, ny même écouter les Ambafſadeurs
qu'il luy envoya ; ce quia
fait que le Roy de Siam luy a
declaré la guerre & luy a pris
dans le tems que j'étois à Siam ,
un Navire dont la charge valloit
plus de centmille écus . Il y a fix
Fregates commandées par des
14
RELATION
François & des Anglois qui
croiſent ſur ſes côtes .
Depuis quelque temps l'Empereur
de la Chine a donné liberté
à tous les Etrangers de venir
negocier en ſon Royaume ;
cette liberté n'eſt donnée que
pour cinq ans , mais on efpere
qu'elle durera , puiſque c'eſt un
grand avatage pour ſon Royaume .
Ce Prince a grand nombre de
Malais dans ſon Royaume , ils
font Mahometans , & bons Soldats
, mais il y a quelque difference
de leur Religion à celle
des Maures. Les Pegovans font
dans ſon Etat preſque en auſſi
grande quantité queles Siamois
originaires du pays .
Les Laos y font en tres-grande
quantité , principalement vers
le Nort.
Il y a dans cet Etat huit ou neuf
familles de Portugais veritables ,
DU VOYAGE DE SIAM.
mais de ceux que l'on nomme
Meſties , plus de mille , c'eſt à dire
de ceux qui naiſſent d'un Portugais
& d'une Siamoiſe .
Les Hollandois n'y ont qu'une
facturie.
Les Anglois de même.
Les François de même.
Les Cochinchinois ſont environ
cent familles , la plupart
Chreftiens.
Parmy les Tonquinois ily en a
ſeptou huit familles Chrétiennes .
Les Malais y font en afſez grand
nombre,qui font la plupart eſclaves,&
qui par conſequent ne font
pointde corps .
Les Macaſſars & pluſieurs des
peuples de l'Iſle de Java y font
établis, de meſme que les Maures:
ſous le nom de ces derniers ſont
compris en ce pays- là, les Turcs,
les Perfans les Mogols les
Colcondois & ceux de Bengala .
, د
16 RELATION
Les Armeniens font un corps
à part , ils font quinze ou ſeize
familles toutes Chrétiennes , Catholiques
, la plupart ſont Cavaliers
de la garde du Roy.
A l'égard des moeurs des Siamois
ils font d'une grande docilité
qui procede plûtoſt de leur
naturel amoureux du repos que
de toute autre cauſe , c'eſt pourquoi
les Talapoins qui fontprofeffion
de cette apparente vertu ,
defendentpour cela de tuër toutes
fortes d'animaux ; cependant lorfque
tout autre qu'eux tuë des
poules & des canards , ils en mangentla
chair ſans s'informer qui
les a tués , ou pourquoi on les a
tués , & ainſi des autres animaux .
Les Siamois font ordinairement
chaſtes , ils n'ont qu'une femme ,
mais les riches comme les Mandarins
ont des Concubines , qui
demeurent enfermées toute leur
vie
DU VOYAGE DE SIAM. 17
vie. Le peuple eſt aſſez fidele &
ne volle point ; mais il n'en eft
pas de même de quelques-uns des
Mandarins , les Malais qui font
en tres-grand nombre dans ce
Royaume- là font tres- méchants
&grands voleurs .
Dans ce grand Royaume il y
a beaucoup de Pegovans qui
ont eſté pris en guerre , ils font
plus remuants que les Siamois
& font d'ordinaire plus vigoureux
, il y a parmy les femmes du
libertinage , leur converſation eft
perilleuſe.
Les Laos peuplent la quatriéme
partie du Royaume de Siam",
comme ils font à demy Chinois ,
ils tiennent de leur humeur , de
leur adreſſe& de l'inclination a
voller par fineſſe; leurs femmes
font blanches & belles , tres - familieres
& par confequent dangereuſes.
Dans le Royaume de
b
18 RELATION
Laos , un homme qui rencontre
une femme pour la falüer avec
la civilité accoûtumée , la baife
publiquement ; & s'il ne le faiſoit
pas il l'offenferoit .
Les Siamois tant Officiers que
Mandarins ſont ordinairement
riches , parce qu'ils ne dépenfent
preſque rien , le Roy leur
donnant des valets pour les fervir
, ces valets font obligez de ſe
nourir à leurs dépens, eſtant com--
me efclaves,ils font en obligation
de les ſervir pour rien pendant:
la moitié de l'année : & comme
cesMeſſieurs-làen ontbeaucoup,
ils ſe ſervent d'une partie pendant
que l'autre ſe repoſe ; mais
ceux qui ne les ſervent point:
leur payent une fomme tous les
ans , leurs vivres font à bon marché
, car ce n'eſt que duris , du
poiffon , & tres -peu de viande, &
tout cela eft en abondance dans
DU VOYAGE DE SIAM . 19
leur pays ; leurs vêtemens leur
fervent long- temps , ce ne font
que des pieces d'étoffes toutes
entieres qui ne s'uſent pas fi faci
lement que nos habits &ne coutent
que tres-peu : la plupart des
Siamois font Maſſons ou Charpentiers
, & il y en a de tres habiles,
imitant parfaitement bien les
beaux ouvrages de l'Europe en
Sculpture& en dorure. Pour ce
qui eſt de la peinture ils ne ſçavent
point s'en ſervir , il y a des
ouvrages en Sculpture dans leurs
Pagodes , & dans leurs Mauſolées
fort polis & tres-beaux.
Ils en font auſſi de tres -beaux
avec de la chaux , qu'ils détrempent
dans de l'eau qu'ils tirent de
l'écorce d'un arbre qu'on trouve
dans les Forefts , quilarend ſi forte,
qu'elle dure des cent& deux
cens ans , quoi qu'ils foient expoſés
aux injures du temps ..
bij
20 RELATION
1
i
1.
i
Leur Religion n'eſt à parler proprement
qu'un grand ramas
d'Hiſtoires fabuleuſes , qui ne
tend qu'à faire rendre des hommages
& deshonneurs auxTalapoins,
qui ne recommandent tant:
aucune vertu que celle de leur
faire l'aumône , ils ont des loix
qu'ils obfervent exactement au
moins dans l'exterieur ; leur fin
dans toutes leurs bonnes oeuvres
eſt l'eſperance d'une heureuſe
tranfmigration aprés leur mort ,
dans le corps d'un homme riche ,..
d'un Roy , d'un grand Seigneur
ou d'un animal docile , comme
font les Vaches & les Moutons :
car ces peuples-là croyent la Metempſicoſe
; ils eſtiment pour cette
raiſonbeaucoup ces animaux ,
&n'ofent, comme je l'ai déja dit,
en tuër aucun , craignant de donner
la mort à leur Pere ou à leur
Mere , ou à quelqu'un de leurs
DU VOYAGE DE SIAM . 2
parens . Ils croyent un enfer où les
énormes pechez ſont ſeverement .
punis , ſeulement pour quelque
temps , ainſi qu'un Paradis , dans
lequel les vertus fublimes ſont
recompenſées dans le Ciel , où aprés
eſtre devenus des Anges
pour quelque temps , ils retournent
dans quelque corps d'hom--
me ou d'animal .
L'occupation des Talapoins .
eſt de lire , dormir, manger, chan--
ter , & demander l'aumône ; de
cette forte , ils vont tous les matins
ſe preſenter devant la porte
ou balon des perſonnes qu'ils connoiffent
,&ſe tiennent-là unmométavecunegrande
modeſtie ſans
rien dire, tenant leur évantail , de
maniere qu'il leur couvre la moitié
du viſage , s'ils voyent qu'on ſe
diſpoſe àleur donner quelque choſe
, ils attendent juſqu'à ce qu'ils
l'ayent receuë ; ils mangent de
biij
22 RELATION
د
3
tout ce qu'on leur donne même
des poulles & autres viandes
mais ils ne boiventjamais de vin ,
au moins en prefence des gens du
monde; ils ne font point d'office
ny de prieres à aucune Divinité.
Les Siamois croyent qu'il y a eu
trois grands Talapoins , qui par
leurs merites tres-fublimes acquis
dans pluſieurs milliers de tranſmigrations
ſont devenus des Dieux ,
&aprés avoir eſté faits Dieux ,
ils ont encore acquis de ſi grands
merites qu'ils ont eſté tous aneantis
, ce qui eſt le terme du plus .
grand merite & la plus grande recompenſe
qu'on puiffe acquerir ,
pour n'eſtre plus fatigué en changeant
ſi ſouventde corps dans un
autre; le dernier de ces trois Ta--
lapoins eſt le plus grand Dieu appellé
Nacodon , parce qu'il a eſté
dans cinq mille corps , dans l'une
de ces tranfmigrations , de Talapoin
il devint vache , fon frere le
DU VOYAGE DE SIAM .
23
voulut tuër pluſieurs fois ; mais il
faudroit un gros livre pour décrire
les grands miracles qu'ils difent
que la nature& non pasDieu,
fit pour le proteger : enfin ce frere
fut precipité en Enfer pour ſes
grands pechez , où Nacodon le
fit crucifier ; c'eſt pour cette raifon
qu'ils ont en horreur l'Image
de Jeſus-Chriſt crucifié , diſant
que nous adorons l'Image de ce
frere de leur grand Dieu , qui
avoit eſté crucifié pour ſes crimes ..
CeNacodon eſtant doncaneanti,
il ne leur reſte plus de Dieu à
preſent , ſaloy ſubſiſte pourtant ;
mais ſeulement parmi les Talapoins
qui diſent qu'aprés quelques
fiecles il y aura un Ange qui
viendra ſe faire Talapoin ,& enfuite
Dieu Souverain , qui par ſes
grands merites pourra être anean
ti : voilà le fondement de leur
creance ; car il ne faut pas s'imaginer
qu'ils adorent les Idoles
24 RELATION
"
1
qui font dans leurs Pagodes comme
des Divinitez , mais ils leur
rendent ſeulement des honneurs'
comme à des hommes d'un grand
merite , dont l'ame eſt à preſent
en quelque Roy , vache ou Talapoin
: voilà en quoi conſiſte leur
Religion , qui à proprement parler
ne reconnoît aucun Dieu , &
qui n'attribuë toute la recompenſede
la vertu qu'à la vertumême ,
qui a par elle le pouvoir de rendre
heureux celuy dont elle fair
paſſer l'ame dans le corps de quelque
puiſſant & riche Seigneur
ou dans celuy de quelque vache ,
levice ,diſent-ils, porte avec ſoy
ſon châtiment , en faiſant paffer
l'ame dans le corps de quelque
méchant homme , de quelque
Pourceau , de quelque Corbeau ,
Tigre ou autre animal. Ils admetrent
des Anges , qu'ils croyent
eſtre les ames des juſtes & des
bons
2
L
L
DUVOYAGE DE SIAM. 25
bons Talapoins; pour ce qui eſt des
Demons , ils eſtiment qu'ils font
les ames des méchans .
Les Talapoins font tres-refpe-
Etés de tout le peuple , & même
du Roy, ils ne ſe profternent point
lorſqu'ils luy parlent comme le
font les plusgrands du Royaume ,
& le Roy & les grands Seigneurs
les ſaluënt les premiers ; lorſque
ces Talapoins remercient quelqu'un,
ils mettentla main proche
leur front , mais pour ce qui eſt du
petit peuple, ils ne le ſalüent point ;
leurs vêtemens ſont ſemblables à
ceux des Siamois ,àla referve que
la toile eſt jaune , ils font nuds
jambes & nuds pieds fans chapeau
, ils portent ſur leur tête un
évantail fait d'une fcüille de palme
fort grande pour ſe garantir
du Soleil , qui eſt fort brûlant ;
ils ne font qu'un veritable repas
par jour, à ſçavoir le matin , & ils
G
26 RELATION
ne mangent le ſoir que quelques
bananes ou quelques figues ou
d'autres fruits ; ils peuvent quitter
quand ils veulent l'habit de
Talapoin pour ſe marier , n'ayant
aucun engagement que celuy de
porter l'habit jaune , & quand ils
le quittentils deviennent libres ;
cela fait qu'ils font en ſi grand
nombre qu'ils font preſque le tiers
du Royaume de Siam . Ce qu'ils
chantent dans les Pagodes font
quelques Hiſtoires fabuleuſes.,
entremêlées de quelques Sentences;
celles qu'ils chantent pendant
les funerailles des Morts font ,
nous devons tous mourir , nous
ſommes tous mortels ; on brûle les
corps morts au ſon des muſettes
& autres Inſtrumens , on dépenſe
beaucoup à ces funerailles , &
aprés qu'on a brûlé les corps de
ceux qui font morts , l'on met
leurs cendres ſous de grandes piramides
toutes dorées , élevées à
DU VOYAGE DE SIAM. 27
l'entour de leur Pagodes. Les
Talapoins pratiquent une eſpece
de Confeſſion ; car les Novices
vont au Soleil levantſe proſterner
ou s'affeoir fur leurs talons & marmottent
quelques paroles , aprés
quoy le vieux Talapoin leve la
main à côté deſa joie & lui donne
une forte de benediction , aprés
laquelle le Novice ſe retire.
Quand ils prêchent, ils exhortent
de donner l'aumône au Talapoin ,
& ſe creyent fort ſçavants , lorfqu'ils
citent quelques paſſages
de leurs Livres anciens en Langue
Baly , qui eft comme le Latin
chez nous; cette Langue eſt tresbelle
& emphatique , elle a ſes
conjuguaiſons comme la Latine.
Lorſqueles Siamois veulent ſe
marier , les parens de l'homme
vont premierement ſonder la volontéde
ceux de la fille, & quand
ils ont fait leur accord entr'eux
cij
28 RELATION
les parens du garçon vont preſenter
ſept boſſettes ou boiſtes de
betel & d'arest à ceux de la fille ,
& quoy qu'ils les acceptent &
qu'on les regarde déja comme
mariez le mariage ſe peut rompre
, & on ne peut encore асси-
fer devant le Juge , ny les uns ny
les autres , s'ils le ſeparent aprés
cette ceremonie .
Quelques jours aprés les parens
de l'homme le vont preſenter , &
il offre luy-même plus de boſſettes
qu'auparavant ; l'ordinaire eft
qu'il y en ait dix ou quatorze ,
& lors celuy qui ſe marie demeure
dans la maiſon de ſon beaupere,
ſans pourtant qu'il y ait conſommation
, & ce n'eſt que pour
voir la fille & pour s'accoûtumer
peu à peu à vivre avec elle durant
un ou deux mois ; aprés cela
tous les parens s'aſſemblent
avec les plus anciens de la caſte
ou nation ; ils mettent dans une
DU VOYAGE DE SIAM. 2.9
bourſe, l'un un anneau & l'autre
des bracelets , l'autre de l'argent ,
il y en a d'autres qui mettentdes
pieces d'étoffes au milieu de la table
: enſuite le plus ancien prend
une bougie allumée & la paffe
ſept fois au tour de ces prefens,
pendant que toute l'aſſemblée
crie en ſouhaitant aux Epoux un
heureux mariage , une parfaite
ſanté &une longue vie , ils mangent
& boivent enfuite , & voilà
le mariage achevé. Pour le dot
c'eſt comme en France , finon
que les parens du garçon portent
ſon argent aux parens de la fille ,
mais tout cela revient à un ; car
le dot de la fille eſt auſſi mis à
part , & tout eſt donné aux nouveaux
mariez pour le faire valoir.
Si le mary repudie ſa femme ſans
forme de Juſtice , it perd l'argent
qu'onluy a donné, s'illarepudie
par Sentence de Juge , qui
č iij
30
RELATION
ne la refuſe jamais, les parensde
la fille luy rendent ſon bien ; s'il
y a des enfans , ſi c'eſt un garçon
ou une fille , le garçon fuit la mere
, & la fille le pere , s'il y a deux
garçons & deux filles , un garçon
&une fille vont avec le pere, &
un garçon & une fille vont avec
lamere.
,
Al'égarddes monnoyes ilsn'en
ontpoint d'or , la plus groſſe d'argent
s'appelle tical , & vaut environ
quarante ſols , la ſeconde
mayon qui péſe la quatriéme partie
d'un tical , & vaux dix fols
la troiſieme eſt un foüen , qui
vaut cinq ſols , la quatriéme eſt
un fontpaye qui vaut deux fols
&demy, enfin les plus baſſes monnoyes
font les coris qui font des
coquillages que les Hollandois
leur portent des Maldives , ouυ
qui leur viennent des Malais &
des Cochinchinois ou d'autres
DU VOYAGE DE SIAM. 31
côtez , donthuit cens valent un
fouën qui eſt cinq fols .
le
Al'égard des Places fortes dur
Royaume , il ya Bancoc qui eft
environ dix lieuës dans la Riviere
de Siam , où il y a deux Forterefſes
, comme j'ay déja dit. Il y a la
Ville Capitale nommée Juthia ,
autrement nommée Siam , qu'on
fortifie de nouveau par une enceinte
de murailles de bricque ;
Corfuma frontiere contre
Royaume de Camboye eſt peu
forte; Tanaferin à l'oppoſite de la
côte de Malabar eft peu fortifiée .
Merequi n'eſt pas fortifiée, mais
ſe pouroit fortifier , & on y pouroit
faire un bon Port. Porcelut
frontiere de Laos eſt auſſi peu
fortifiée . Chenat n'a que le nom
de Ville , & il reſte quelque apparence
de barrieres , qui autrefois
faifoient fon mur. Louvo où
le Roy demeure neuf mois de
c iiij
32 RELATION
l'année , pour prendre le plaiſir
de la chaſſe del'Elephant & du
Tygre , étoit autrefois un aſſem-
Blage de Pagodes entouré de
terraffes , mais à preſent le Roy
l'arendu incomparablement plus
beau par les Edifices qu'il y fait
faire , & quant au Palais qu'il ya
it l'a extrêmement embelli par les
caux qu'il y fait venir des Montagnes.
Patang eſt un Port des plus
beaux du côté des Malais , où
l'on peut faire grand commerce.
LeRoy de Siam a refuſé aux Compagnies
Angloiſes & Hollandoiſes
de s'y établir : l'on y pourroit
faire un grand établiſſement qui
feroit plus avantageux que Siam
àcausede la ſituation du lieu ; les
Chinois y vont& pluſieurs autres
Nations , on peut s'y fortifier aifément
fur le bord de la Riviere .
CettePlace appartient àune Rey
DU VOYAGE DE SIAM. 33
nequi eſt tributaire du Roy de
Siam , qui à parler proprement en
eſt quaſi le maître .
Quant à leurs Soldats ce n'étoit
point lacoûtume de les payer;
le Roy d'apreſent ayant ouy dire
que les Roys d'Europe payoient
leurs troupes , voulut faire la ſupputationà
combien monteroit la
paye d'un foüen par jour , qui eſt
cinq fols ; mais les Controlleurs
luy firent voir qu'il falloit des
ſommes immenfes , à cauſe de la
multitude de ſes Soldats , de forte
qu'il changea cette paye en ris
qu'il leur fait diſtribuer , du depuis
, il y en a ſuffisamment pour
Ieurs nourritures, &cela lesrend
tres- contens ; car autrefois il falloit
que chaque Soldat ſe fournit
de ris , & qu'il le portât avec ſes
armes, ce qui leur peſoitbeaucoup .
A l'égard de leurs Bâteaux &
Vaiſſeaux , leurs Balons d'Etat ou
34
RELATION
Bâteaux que nous appellons font
les plus beauxdu monde; ils font
d'un ſeul arbre , &d'une longueur
prodigieuſe , il y ena qui tiennent
cinquante juſqu'à cent & cent
quatre-vingt rameurs ; les deux
pointes font tres- relevées , & celuy
qui les gouverne donnant du
pied ſur lapoupefait branler tout
le Balon , & l'on diroit que c'eſt
un Cheval qui ſaute,touty eft doré
avec des Sculptures tres- belles
, & au milieu il y a un Siege
fait en forme de Trône en piramide
, d'une Sculpture tres- belle
& toute dorée , & il y en a de
plus de cent ornemens differents,
mais tous bien dorez &tres-beaux.
Autrefois ils n'avoient que des
Navires faits comme ceux de la
Chine , qu'on nomme Somme ; il
y ena encore pour aller auJapon,
à la Chine , à Tonquin ; mais le
Roy a fait faire pluſieurs Vaif-
1
DU VOYAGE DE SIAM. 35
feaux à l'Europeenne , & en a
acheté des Anglois quelques-uns,
tous agréés & appareillés . Il y a
environ cinquante Galeres pour
garder la Riviere & la côte ; ſes
Galeres ne font pas comme ceux
de France , il n'y a qu'un homme
àchâque Rame , & font environ
quarante ou cinquante au plus fur
chacune ; les Rameurs fervent de
Soldats , le Royne ſe ſert que des
Mores , des Chinois&des Malabars
pour naviger , & s'il y met
quelque Siamois pour Matelots,
cen'eſt qu'en petit nombre,& afin
qu'ils apprennent la navigation.
LesCommandants de ſes Navires
font Anglois ou François , parce
que les autres Nations font tresméchants
navigateurs .
Il envoye tous les ans cinq ou
fix de ces Vaiſſeaux appellez
Sommes à la Chine , dont il y en
a de mille juſqu'à quinze cens
36 RELATION
Tonneaux chargés de quelques
draps , corail , de diverſes marchandiſes
de la côte de Coromandel
& de Suratte , du ſalpêtre , de
l'étain &de l'argent; il en tire des
ſoyes cruës , des étoffes de ſoye ,
des ſatin's de Thé , dumufc , de la
rubarbe , des poureelines , des
ouvrages vernis , du bois de la
Chine , de l'or , & des rubis . Ils
ſe ſervent de pluſieurs racines
pour la Medecine , entr'autres de
la couproſe , ce qui leur apporte
de grands profits .
Le Roy envoye au Japon deux
ou trois Sommes , mais plus petites
que les autres , chargées des
mêmes marchandises , & il n'eſt
pas neceſſaire d'y envoyer de
l'argent ; les marchandiſes que
L'ony porte ſont des moindres ,
&au meilleur marché , les cuirs
de toutes fortes d'animaux y font
bons , & c'eſt la meilleure marDU
VOYAGE DE SIAM. 37
chandiſe que l'on y peut porter ;
on en tire de l'or , de l'argent en
barre , du cuivre rouge , toutes
fortes d'ouvrages d'Orphevrerie ,
des paravants , des Cabinets vernis
,des porcelines , du Thé &
autres choſes ; il en envoye quelquefois
un , deux & trois au
Tonquin de deux à trois cent tonneaux
au plus , avec des draps ,
de corail , de l'Etain , de l'Ivoire ,
du poivre , du ſalpêtre , du bois
de ſapin, & quelques autres marchandiſes
des Indes & de l'argent
au moins le tiers du capital,
on en tire du muſc , des étoffes
de ſoye , de la ſoye crüe , & jaune,
des Camelots , de pluſieurs fortes
de ſatins , du velours , toutes fortes
de bois vernis , des porcelines
propres pour les Indes , & de l'ar
-en barre , à Macao , le Roy envoye
un Navire au plus chargé
de pareilles Marchandiſes qu'à la
38
RELATION
•
Chine. On y peut encore envoyer
quelque mercerie , des dentelles
d'or , d'argent & de foye & des
armes , on en tire des mêmes
marchandiſes que de la Chine ,
mais pas à ſi bon compte.
A Labs le commerce ſe fait par
terre ou par la Riviere , ayant des
bâteaux plats , on y envoye des
draps & des toiles de Surate , &
de la côte , & on en tire des rubis
, du muſc , de la gomme ,
des dents d'Elephans, du Canfre ,
des cornes de Rinocerot , des
peaux de Buffes & d'Elans , à
tres-bon marché , & il y a grand
profit à ce commerce que l'on
fait ſans riſque.
ACamboye on envoye des petites
barques avec quelques draps,
des toiles de Surate & de la côte,
des uſtenciles de cuiſine qui viennent
de la Chine , on en tire des
dents d'Elephans , du benjoüin ,
DU VOYAGE DE SIAM. 39
trois fortes de gomes gutte , des
peaux de Buffes , & d'Elans , des
nids d'oiſeaux pour la Chine dont
je parleray bien- toft & des nerfs
de Cerfs .
On envoye auſſi à la Cochinchine
, mais rarement : car de peuple
n'eſt pas bien traitable , parce
qu'ils font la plupart de méchante
foy , ce qui empéche le commerce
, on y porte de l'argent
du Japon où l'on profite confiderablement
, du laurier rouge ,
de la cire jaune, duris , du plomb,
du ſalpêtre , quelques draps rouges&
noirs , quelques toiles blanches
, de la terre rouge , du vermillon
& vif argent.
On en tire de la ſoye cruë , du
fucre candy , & de la cafſonnade
, peu de poivre , des nids
d'oiſeaux qui ſont faits comme
ceux des Irondelles qu'on trouve
fur des Rochers au bord de
J
40 RELATION
la mer , ils font de tres-bon commerce
pour la Chine & pour pluſieurs
autres endroits ; car aprés
avoir bien lavé ces nids & les
avoir bien feichés ils deviennent
durs comme de la corne , & on
les met dans des boüillons ; ils
font admirables pour les maladies
de langueur &pour les maux d'eftomach
, j'en ay apporté quelques-
uns en France , du bois d'aigle
&de Calamba , du cuivre &
autres marchandises qu'on y apporte
du Japon , de l'or de plufieurs
touches , & du bois de fapan.
Lorſqu'on ne trouve pas de
Navire à Fret , on en envoye un
à Surate , chargé avec du cuivre ,
de l'étain , du ſalpêtre , de l'alun ,
des dents d'Elephants , du bois
de ſapan , &pluſieurs autres marchandiſes
qui viennent des autres
parts des Indes , on en tire des
toiles
DU VOYAGE DE- SIAM. 41
& autres marchandifes d'Europe,
quand il n'en vient point à Siam .
On envoye à la côte de Coromandel
, Malabar , & Bengala
&de Tanaferin , des Elephans
de l'étein , du ſalpêtre , du, cuivre
du plomb , & l'on en tire des toiles
de toutes fortes ,
,
On envoye à Borneo rarement ;
c'eſt une Iſle qui eſt proche de
celle de Java , d'où l'on tire du
poivre . du ſangde Dragon , camphre
blanc , cire jaune ,bois d'aigle
, du bray , de l'or , des perles,
&desdiamans les plus beaux du
monde ; on y envoye des marchandiſes
de Surate , c'eſt à dire
des toiles , quelques pieces de
drap rouge & vert , & de l'argent
d'Eſpagne..
Le Prince qui poffede cette Ifle
ne fouffre qu'avec peine le commerce
, & il craint toûjours d'êtte
ſurpris ; il ne veut pas permetd
42
RELATION
tre à aucune Nation Europeenne
de s'établir chez luy. Il y a cu
des François qui y ont commercé
, il ſe fie plus à eux qu'à aucune
autre Nation .
On envoye encore à Timor
Ifle proche des Molucques , d'où
l'on tire de la cire jaune & blanche
, de l'or de trois touches , des
eſclaves, du gamouty noir , dont
on ſe ſett pour faire des cordages
, & on y envoye des toiles de
Surate , du plomb, des dents d'Elephans,
de la poudre, de l'eau-devie
, quelques armes , peu de drap
rouge & noir , & de l'argent. Le
peuple y eſt paiſible , & negocie
fort bien . Il y a grand nombre
de Portugais.
Al'égard des Marchandiſes du
crû de Siam , il n'y a que de l'étain
, du plomb , du bois de fapan,
de l'Ivoire , des cuirs d'Elans.
& d'Elephans ; il y aura quantité
1
1
!
DU VOYAGE DE SIAM. 43
de poivre en peu de temps , c'eſt
à dire l'année prochaine ,de larrek
, du fer en petits morceaux ,
du ris en quantité , mais l'on y
trouve des marchandises de tous
les lieux ſpecifiés ci-deſfus , & à
affez bon compte. On y apporte
quelques draps & ferges d'Angleterre,
peu de corail &d'ambre,
des toiles de la côte de Coromandel
& de Surate , de l'argent en
piaſtre que l'on trocque ; mais
comme je l'ai dit maintenant ,
que la plupart des Marchands ont
quitté depuis que le Roi a voulu
faire le commerce , les Etrangers
n'y apportent que tres-peu de
choſes ,que les Navires qui ont
accoûtumé d'yvenir n'y font pas
venus l'année derniere , &on n'y
trouve rien , & fi peu qu'il y en
a , il eſt entre les mains du Roi ,
& ſes Miniſtres les vendent au
prix qu'ils veulent.
dij
44
RELATION
Le Roïaume de Siam a prés de
trois cens lieuës de long , fans y
comprendre les Roïaumes tributaires
, à ſçavoir Camboges ,
Gelior , Patavi , Queda , &c . du
Septentrion au Midi , il eſt plus
étroit de l'Orient à l'Occident. Il
eſt borné du côté du Septentrion
par le Roïaume de Pegu & parla
Mer du Gange du côté du Couchant,
du Midi par le petit détroit
de Maláca , qui fut enlevé au Roi
de Siam par les Portugais ils l'ont
poſſedé plus de foixante ans . Les
Hollandois le leur ont pris , &
le poffedent encore ; du côté
d'Orient , il eſt borné par la Mer
& par les Montagnes qui le ſeparent
de. Camboges & de Laos ..
La fituation de ce Roïaume eſt
avantageuſe à cauſe de la grande
étenduë de ſes côtes , ſe trouvant
comme entre deux Mers qui
lui ouvrent le paſſage à tant de.
DU VOYAGE DE SIAM. 45
vaſtes Regions , ſes côtes ont
cinq cens lieuës de tour ; on y
aborde de toutes parts , du Japon
, de la Chine , des Iſles Philippines
, du Tonquin , de la Cochinchine
, de Siampa , de Camboge
, des Ifles de Java , de Sumatra
, de Colconde , de Bengala
, de toute la côte de Coromandel
, de Perſe , de Surate , de Lameque,
de l'Arabie ,& d'Europe
c'eſtpourquoi l'on y peut faire un
grand commerce , ſuppoſé que le
Roi permette à tous les MarchandsEtrangers
d'y revenir comme
ils le faifoient autrefois .
Le Roïaume ſe diviſe en onze
Provinces , ſçavoir celle de Siam ,
de Mitavin , de Tanaferin , de
Jonſalam, de Reda, de Pra, d'Ior,
de Paam, de Parana , de Ligor ,
de Siama . Ces Provinces - là
avoient autrefois la qualité de
Roïaume ; mais elles ſont aujour
46 RELATION
d'hui ſous ladomination du Roide
Siam qui leur donne des Gouverneurs
. Il y en a telles qui peuvent
retenir le nomde Principauté;mais
les Gouverneurs dépendent du
Roy& lui payent tribut. Siam eft
la principale Province de ce
Royaume , la Ville Capitale eſt ſituée
à quatorze degrez & demy
de latitude du Nort , fur le bord
d'une tres-grande & belle riviere ,
& les Vaiſſeaux tous chargés la
paſſent juſqu'aux portes de la Ville,
qui eſt éloignée de la Mer de
plus de quarante lieuës , & s'étend
àplus de deux cens lieuës dans le
pays , & parce moyen elle conduit
dans une partie des Provinces,
dontj'ai parlé ci- deſſus.Cette
Riviere eſt fort poiſſonneuſe &
fes rivages font affez bien peuplez
, quoiqu'ils demeurentinondésune
partie de l'année. Le terroir
y eſt paſſablement fertile 3
DU VOYAGE DE SIAM . 47
mais tres-mal cultivé , l'inondation
provient des grandes pluyes
qu'il y tombe durant trois ou quatre
mois de l'année ; ce qui fait
beaucoup croître leur ris ; en forte
que plus l'inondation dure ,
plus les recoltes du ris ſont en
abondance , & loin des'en plaindre
ils ne craignent que la trop
grande ſeichereſſe. Il y a beaucoup
de terre en friche ,& faute
d'habitans elles ont eſté dépeu--
plées par les guerres precedentes,
& comme ils font ennemis du
travail , ils n'aiment à faire que
les choſes aiſées. Ces plaines abandonnées
& ces épaiſſes Fo--
rets qu'on voit ſur les Montagnes
ſervent de retraite aux Elephans,
aux Tygres , aux Boeufs & Vaches
ſauvages , aux Cerfs , aux Biches,
Rinoceros & autres animaux
que l'ony trouve en quantité.
Al'égard des plantes & des
د
48 RELATION
fruits , il y en a pluſieurs dans le
païs ; mais qui ne font pas rares.
& qui ne ſe peuvent porter que,
difficilement en France , à cauſe
de lalongueur de la navigation .
Il n'y a point d'oiſeaux particuliers
qui ne foient en France , à
la referve d'un oiſeau fait comme
un merle ,qui contrefa it l'homme
à l'égard du rire , du chanter &
du fiffler , les fruits les plus eſtimés
y font les durions ;ils ont
une odeur tres- forte qui n'agrée
pas à pluſieurs, mais à l'égard du
goût il eſt tres- excellent. Ce fruit
eſt tres chaud & tres -dangereux
pour lafanté , quand on en mange
beaucoup; il ya un gros noyau,
à l'entour duquel eſt une eſpece
de creme renfermée dans une écorce
environnée de pluſieurs piquants
, & qui eft faite en pointe
de diamant ; mon goût n'a ja
mais pu s'y accommoder. La mangue
:
DU VOYAGE DE SIAM . 49
gue en ce pays-là eſt en prodigieuſe
quantité , & c'eſt le meil
leur fruit des Indes , d'un goût
exquis , n'incommodant aucunement,
àmoins que d'en manger en
trop grande quantité , alors elle
pouroit bien cauſer la fiévre ; elle
a la figure d'une amande , mais
auffi groſſe qu'une poire de Mef
fire-Jean; ſa peau eſt aſſés mince
& a la chair jaune ; le mangoûstan
eſt un fruit reſſemblant à
une noix verte , qui a dedans un
fruit blanc d'un goût aigret &
agreable , & qui approche fort
deceluide la pêche &de la prune,
il est tres- froid & reſtraintif.
LeJacques eſtun gros fruit qui
eſt bon , mais tres- chaud & indigefte
, & cauſe le flus de ventre
quand on en mange avec excés .
La nana eft preſque comme le
durion , c'eſt à dire à l'égard de
la peau ; il a au bout une courone
50
RELATION
ne de feüilles comme celle de
l'artichaud ; la chair en eſt tresbonne
& a le goût de la pêche
& de l'abricot tout enſemble ; il
eft tres-chaud & furieux ; ce qui
fait que l'on le mange ordinairement
trempé dans le vin.
La figue eſtun fruit tres -doux,
fuave&bien faiſant ; cependant
un peu flegmatique , il y en a pendant
toute l'année .
L'ate eſt un fruit doux & tresbon
, & ne fait point de mal ; il
y en a qui l'eſtiment plus que
tous les fruits des Indes. Il y a
des oranges en tres - grande
quantité de pluſieurs fortes tresbonnes
& fort douces .
La pataïe eſt un fruit tres-bon,
mais l'arbre qui le porte ne dure
que deux ans.
Il y a de toute forte d'oranges
en quantité & de tres - bon goût .
La penplemouſe eſt un fruit
tres-bon pour la ſanté à peu prés
DU VOYAGE DE SIAM . SI
comme l'orange,mais qui a un petit
goût aigret. Il y a pluſieurs
autres fruits qui ne font pas fort
bons.
On a commencé il y a quelques
années à ſemer beaucoup
de bleds dans le pays haut proche
des montagnes qui y vient
bien & eft tres - bon .
On y a planté pluſieurs fois
des vignes qui y viennent bien ,
mais qui ne peuventdurer, à cauſe
d'une eſpece de fourmy blanc
qui la mange juſqu'à la racine.
Il y a beaucoup de canes de
fucre qui rapportent extrémement
; il y a auſſi du tabac en
quantité que les Siamois mangent
avec l'arrek & la chaud .
A l'égard de l'arrek, les Siamois
eſliment ce fruit plus que tout
autre , & c'eſt leur manger ordi
naire ; il y en a une ſi grande
quantité que les marchés en
e ij
52 RELATION
font pleins , & un Siamois croiroit
faire une grande incivilité
s'il parloit à quelqu'un ſans avoir
la bouche pleine de darek , de
betel , de chaud ou de tabac .
,
Il y a grande quantité de ris
dans tout le Roïaume & à tresbon
compte ,& comme ce païs
eſt toûjours inondé , cela fait
qu'il eſt plus abondant , car le ris
ſe nourrit dans l'eau & à meſure
que l'eau croît , le ris croît pareillement
,& fil'eau croît d'un pied
en vingt-quatre heures ce qui
arrive quelquefois , le ris croît
aufli àproportion &a toûjours fa
tige au deſſus de l'eau , il ne reſte
que cinq ou fix mois au plus en
terre , il vient comme l'avoine,
Il n'y a point de ville dans l'Orient
où l'on voye plus de Nations
differentes , que dans la Ville
Capitale de Siam , & où l'on
parle de tant de langues differentes
, elle a deux lieuës de
DU VOYAGE DE SIAM .
53
tour & une demie lieuë de large,
elle eſt tres- peuplée , quoi qu'elle
ſoit preſque toûjours inondée ,
enfortequ'elle reſſemble plûtoſtà
une Ifle , il n'y a que des Maures
, des Chinois , des François
& des Anglois , qui demeurent
dans la Ville , toutes les autres
Nations eſtant logées aux environspar
camps ; c'eſt à dire chaque
nation enſemble , ſi elles estoient
affemblées elles occuperoient
autant d'eſpace que la Ville qui
eſtoit autrefois tres- marchande ,
mais les raiſons que j'ay dites cydevant
empêchent la plupartdes
Nations Etrangeres d'y venir &
d'y rien porter.
Le peuple eſt obligé de ſervir
le Roy quatre mois de l'année
regulierement , & durant toute
l'année , s'il en a beſoin ; il ne leur
donne pas un fol de paye, eſtant
obligez de ſe nourir eux-mêmes
e iij
54 RELATION
& de s'entretenir ; c'eſt ce qui
a faitque les femmes travaillent
afin de nourir leurs maris .
A l'égard des Officiers depuis
les plus grands Seigneurs de la
Cour juſqu'au plus petit du
Royaume, le Roy neleur donne
que de tres- petits appointemens,
ils font auſſi eſclaves que les autres
, & c'eſt ce qui luy épargne
beaucoup d'argent. Les Provinces
éloignées dont les habitans
ne le ſervent point actuellement,
luy payent un certain tribut par
teſte. J'arrivay dans le temps que
le pays eſtoit tout-à-fait inondé
, la Ville en paroît plus agreable,
les ruës en ſont extremement
longues , larges & fort droites,
il y a aux deux côtez des
maiſons bâties ſur des pilotis &
des arbres plantés tout à l'entour
, ce qui fait une verdeur
admirable , & on n'y peut aller
DU VOYAGE DE SIAM. 55
qu'en ballon ; en la regardant l'on
croiroit voir d'un coup d'oeil ,
une ville , une mer & une vaſte
foreſt , où l'on trouve quantité
de Pagodes qui font leurs Eglifes
, & la plupart font fort dorées,
à l'entour de ces Pagodes', il ya
comme des Cemetieres plantés
d'arbres la plupart fruitiers , les
maiſons des Talapoins font les
plus grandes& les plus belles&
font en tres-grand nombre .
Ce païs-là eſt plus ſain que les
autres des Indes ,les Siamois ſont
communément affez bien-faits ,
quoi qu'ils ayent tous le viſage
bazanné , leur taille eſt affez
grande , leurs cheveux font
noirs , ils les portent aſſez courts
àcauſe de la chaleur , ils ſe baignent
ſouvent , ce qui contribuë
àla conſervation de leur ſanté
les Europeans qui y demeurent
en font de même pour éviter les
a
e iiij
56 RELATION
maladies ; ils tiennent leurs marchés
ſur des places inondées dans
leurs balons pendant fix ou ſept
mois de l'année que l'inondation
dure.
Le Roy ſe leve du matin &
tient un grand Conſeil vers les
dix heures ,où l'on parle de toutes
fortes d'affaires, qui dure juſqu'à
midy , aprés qu'il eſt fini ſes Medecins
s'aſſemblent pour ſçavoir
l'état de ſa ſanté , & enſuite il
va dîner ; il ne fait qu'un repas
par jour , l'aprés-dînée il ſe retire
dans ſon appartement où il dort
deux ou trois heures , & l'on ne
ſçait pas à quoyil employe le reſte
dujour, n'étant permis pas même
à ſes Officiers d'entrer dans ſa
chambre . Sur les dix heures du
foir, il tient un autre Conſeil ſecret
, où il y a ſept ou huit Mandarins
de ceux qu'il favoriſe le
plus , ce Conſeil dure juſqu'à
DU VOYAGE DE SIAM . 57
minuit . Enſuite on luy lit des
hiſtoires ou des vers qui ſont faits
à leurs manieres , pour le divertir
& d'ordinaire après ce Conſeil ,
Monfieur Conſtans demeure ſeul
aveclui , auquel il parle à coeur
ouvert , comme le Roy luy trouve
un eſprit tout-à- fait vaſte , ſa
converſation luy plaît , & il luy
communique toutes ſes plus fecrettes
penſées ; il ne ſe retire
d'ordinaire qu'à trois heures aprés
minuit pour s'aller coucher , voilà
la maniere dontle Roy vît toûjours
, & de cette forte toutes les
affaires de ſon Royaume paſſent
devant luy ; dans de certains
tempsil prend plaiſir à la chaſſe ,
comme j'ay dit ; il aime fort les
bijoux même ceux d'émail & de
verre , il eſt toûjours fort proprement
vêtu , il n'a d'enfans qu'une
fille , que l'on appelle la Princef
ſeReyne , âgée d'environ vingt58
RELATION
fept ou vingt-huit ans le Roi
l'aime beaucoup , on m'a dit qu'elle
étoit bien faite ; mais jamais les
hommes ne la voyent, elle mange
dans le même lieu & à même
tems que le Roy,mais à une table
feparée ; & ce ſont des femmes
qui les ſervent qui ſont toûjours
proſternées.
Cette Princeſſe a ſa Cour compoſéedes
femmes des Mandarins
qui la voyent tous les jours , &
elletientConſeil avec ſes femmes
de toutes ſes affaires , elle rend
juſticeà ceux qui luy appartiennent
, &leRoy luy ayant donné
desProvinces dont elle tire le revenu&
en entretient fa Maiſon ,
elle a ſes châtimens & exerce la
juſtice. Il y eſt arrivé quelquefois
que lorſque quelques femmes de
ſamaiſon ont eſté convaincuës de
mediſances d'extrême confideration
, ou d'avoir revelé des ſecrets
DU VOYAGE DE SIAM. 59
de tres-grende importance , elle
leur a fait coudre la bouche .
Avant la mort de la Reyne ſa
mere, elle avoit à ce que l'on dit
du penchant à faire punir avec
plus de ſeverité , mais du depuis
qu'elle l'a perduë elle en uſe avec
beaucoup plus de douceur ; elle
va quelquefois àla chaſſe avec le
Roy , mais c'eſt dans une fort
belle chaiſe placée ſur un Elephant
& où quoy qu'on ne la
voye point elle voit neanmoins
tout ce qui s'y paſſe. Il y a des Cavaliers
qui marchent devant elle
pour faire retirer le monde , & fi
par hazard il ſe trouvoit quelque
homme ſur ſon chemin qui ne pût
pas ſe retirer,il ſe proſterne en terre
& luy tourne le dos. Elle eſt
tout le jour enfermée avec ſes
femmes ne ſe divertiſſantà faire
aucun ouvrage , ſon habillement
eſt affez ſimple & fort leger , elle
60 RELATION'
eſt nuë jambe , elle a à ſes pieds
des petites mulles ſans talons
d'un autre façon que celles de
France ; ce qui lui fertdejuppe eſt
une piece d'étoffe de ſoye ou de
coton qu'on appelle paigne , qui
l'enveloppe depuis la ceinture
en bas & s'atrache par les deux
bouts, qui n'eſt point plicée , de
la ſceinture en haut elle n'a rien
qu'une chemiſe de mouſſeline
qui luy tombe deſſus cette maniere
de juppe , & qui eſt faite
de meſme que celle des hommes,
elle a une écharpe fur la gorge
qui luy couvre le col & qui paffe
par deſſous les bras , elle eſt toûjours
nuë teſte , & n'a pas les
cheveux plus longs que de quatre
ou cinq doigts , ils lui font comme
une tête naiſſante ; elle aime
fort les odeurs , elle fe met de
P'huileà la teſte ; car il faut en ces
lieux-là que les cheveux foient
DU VOYAGE DE SIAM . 61
luifans , pour eſtre beaux , elle
ſe baigne tous les jours meſme
plus d'une fois qui eſt la coûtume
de toutes les Indes , tant à l'égard
deshommes quedes femmes ;j'ay
apris tout ceci de Madame Conſtans
qui va ſouvent luy faire ſa
Cour. Toutes les femmes qui
font dans ſa Chambre ſont toûjours
proſternées & par rang ,
c'eſt à dire les plus vieilles ſont
les plus proches d'elle , & elles
ont la liberté de regarder la Princeffe
, ce que les hommes n'ont
point avec le Roy de quelque
qualité qu'ils foient , car tant
qu'ils font devant luy , ils ſont
profternez & meſme en luy parlant.
Le Roy a deux freres , les freres
du Roy heritent de la Couronne
de Siam preferablement à
fes enfans . Quand le Roy fort
pour aller à la Chaſſe ou à la
62 RELATION
promenade, on fait avertir tous
les Européens de ne ſe point trouver
ſur ſon chemin , à moins qu'ils
ne veulent ſe profterner un moment:
avant qu'il forte de fon Palais
on entend des trompettes &
des tambours qui avertiſſent &
qui marchent devant le Roy , à
ce bruit les Soldats qui font en
haye ſe proſternent le front contre
terre & tiennent leurs moufquets
ſous eux ; ils font en cette
poſture autant de temps que
le Roy les peut voirde deſſus ſon
Elephant , où il eſt aſſis dans une
chaiſe d'or couverte , la garde à
cheval qui l'accompagne & qui
eſt compoſée de Maures eſt environ
quarante Maiſtres marchant
fur les aîles ; toute la Maiſon du
Roy eſt à pied devant , derriere
&à côté , tenant les mains jointes,&
elle le ſuit de cette maniere.
Il y a quelques Mandarins des
DUVOYAGE DE SIAM. 63
principaux qui le fuivent ſur des
Elephans , dix ou douze Officiers
qui portent de grands paraſſols
tout à l'entour du Roy , & il n'y
a que ceux- là qui ne ſe proſternent
point ; car dés le moment
que le Roy s'arreſte tous les autres
ſe proſternent , & mefme
ceux qui ſont ſur les Elephans.
Quant à la maniere que le Roy
de Siam obſerve à la reception
des Ambaſſadeurs , comme ceux
de la Cochinchine , de Tonquin,
de Colconda , des Malais , de
Java & des autres Roys , il les
reçoit dans une Salle couverte de
tapis , les grands & principaux
du Roïaume font dans une autre
ſalleun peu plus baffe , & les autres
Officiers de moindre qualité
dans une autre ſalle encore plus
baſſe, tous proſternés ſur des tapis
en attendant que le Roy pa
64 RELATION
roiſſe par une feneſtre qui eſt visà-
vis; la ſalle où doivent eſtre les
Ambaſſadeurs eſt élevée d'environ
dix ou douze pieds & diſtante
de cette falle de trente pieds ;
l'on ſçait que le Roy va paroître
par le bruit des trompettes , des
tambours & des autres Inſtrumens
; les Ambaſſadeurs font derriere
une muraille qui renferme
cette ſalle qui attendent la fortie
du Roy , & ordre des Miniſtres
que le Roy envoye appeller par
un des Officiers de ſa Chambre,
ſuivant la qualité des Ambaſſadeurs
, & fes Officiers fervent en
telles occaſions; aprés queles Miniſtres
ont la permiffion du Roy
on ouvre la porte de la ſalle &
auſſi- tôt les Ambaſſadeurs paroifſent
avec leur Interprete , &
l'Officier de la Chambre du Roi
qui ſert de Maiſtre de Ceremonies&
marchent devant eux profternez
DU VOYAGE DE SIAM. 65
ternez ſur des tapis qui ſont ſur
la terre , faiſant trois reverences
la teſte en bas à leur maniere
aprés quoy le Maiſtre des Ceremonie
marche à genoux les mains
jointes , l'Ambaſſadeur avec fes
Interprettes le ſuit en la même
poſture avec beaucoup de modeſtie
juſques au milieu de la
diſtance d'où il doit aller , & fait
trois reverences en la meſme forme
; il continue à marcher jufqu'au
coin le plus proche des falles
où les Grands font , & il recommence
à faire des reverences
où il s'arrête ; il y a une table
entre le Roy & l'Ambaſſadeur ,
diſtante de huit pieds , où ſont
les preſens que l'Ambaſſadeur apporte
au Roy , & entre cette table
& les Ambaſſadeurs il ya un
Mandarin qui reçoit les paroles
de ſa Majesté , & dans cette Salle
ſont les Miniſtres du Roy diff
66 RELATION
tants de l'Ambaſſadeur d'environ
trois pas , & le Capitaine qui
gouverne la Nation d'où eſt l'Ambaffadeur
eft entre luy & les Miniſtres
; le Roy commence à parler
le premier & non l'Ambaffadeur
, ordonnant à ſes Miniſtres
de s'informer de l'Ambaffadeur
quand il eſt party de la preſence
duRoy ſon Maiſtre , file Roy
& toute la famille Royale eſtoit
en ſanté , auquel l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt par fon Interprete
, l'Interprete le dit au
Capitaine de la Nation d'où eſt
l'Ambaſſadeur , le Capitaine au
Barcalon & leBarcalon au Roy.
Aprés cela le Roy fait quelque
demande fur deux ou trois points
concernant l'Ambaſſadeur ; enfuitele
Roy ordonne à l'Officier
qui eſt proche la table de donner
du betel àl'Ambaſſadeur , ce
qui ſert de ſignal pour que l'on
DU VOYAGE DE SIAM. 67
luy preſente une veſte , & incontinent
le Roy ſe retire au bruit
des tambours, des trompettes&
des autres inſtrumens. La premiereAudiencede
l'Ambaſſadeur
ſe paſſe entreluy & le Ministre ,
qui examine la Lettre &les prefens
du Prince qui l'a envoyés
l'Ambaſſadeur ne preſente point
la Lettre au Roy , mais au Miniſtre
, aprés quelques jours du
Conſeil tenu ſur ce ſujet.
Quand ce font des Ambaſſadeurs
des Roys indépendans de
quelque Couronne , que ce ſoit
de ſes pays , commePerſe , grand
Mogol , l'Empereur de la Chine ,
de Japon , on les reçoit enlamaniere
ſuivanre.
Les Grands du premier & du
ſecond Ordre vont aupied de la
feneſtre où eſt le Roy ſe proſter-:
ner ſuivant leurs qualitez ſur des
tapis , & ceux du troiſieme , quafij
68 RELATION
triéme & cinquiéme , ſont dans
une ſalle plus baffe & attendent
la fortie du Roy qui paroiſt par
une feneſtre qui eſt enfoncée
dans la muraille , & élevée de
dix pieds ; les Ambaſſadeurs font
dans un lieuhors du Palais , en
attendant le Maiſtre des Ceremonies
qui les vient recevoir , &
l'on fait les meſmes ceremonies
dont j'ay parlé cy -deſſus : l'Ambaſſadeur
entrant dans le Palais
leve les mains ſur ſa teſte & marche
entre deux Salles qu'il ya &
monte des degrez qui font visà-
vis la feneſtre où eſtle Roy , &
quand il eſtau haut il poſe un genou
en terre , & auffi-tôt on
ouvre une porte pour qu'il puiſſe
paroître devant le Roy ; enſuite
on pratique les mêmes ceremonies
qui viennent d'eſtre marquées
cy-devant. Ily a un bandege
ou plat d'or ſur la table où
DU VOYAGE DE SIAM. 69
eſt la Lettre traduite & ouverte ,
ayant été receuë par les Miniſtres
quelques jours auparavant dans
une ſalle deſtinée à cet uſage ;
quand l'Ambaſſadeur eſt dans ſa
place le Lieutenant du Miniſtre
prend laLettre& la lit tout haut;
aprés qu'il l'a leuë , le Roy fait
faire quelque demande à l'Ambaſſadeur
par ſon Miniſtre , fon
Miniſtre par le Capitaine de la
Nation , & le Capitaine par l'Interprete
, & l'Interprete enfin
parle à l'Ambaſſadeur. Ces demandes
ſont ſile Roy ſon Maître
& la famille Royale font en ſanté
, & s'il la chargé de quelqu'au
tre choſe qui ne fût pas dans la
Lettre , à quoy l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt ; leRoy luy
fait encore troisou quatre deman.
des , & donne ordre qu'on luy
donne une veſte & du betel : aprés
quoy le Roy ſe retire au bruit des
70 RELATION
tambours & des trompettes ,&
l'Ambaſſadeur reſte un peu de
temps , & ceux qui l'ont reccu
le reconduiſent juſqu'à fon logis
fans autre accompagnement ; &
comme j'appris cette manierede
recevoir les Ambaſſadeurs qui ne
me parût pas répondre à la grandeur
du Monarque de la part
de qui je venois , j'envoyay au
Roy de Siam deux Mandarins
qui estoientavec moy de ſa part ,
pour ſçavoir ce que je ſouhaitterois
, pour le prier de me faire la
mefme reception que l'on a accoûtumé
de faire en France , ce
qu'il m'accorda de la maniere
queje l'ay raconté cy-devant.
Du Gouvernement , des
Moeurs, de la Religion ,
& du Commerce du
Royaume de Siam, dans
les pays voisins , &plufieurs
autres particularités.
OUS les jours les
Mandarins qui font
deſtinez pour rendre
la juſtice s'aſſemblent
dans une falle où ils
donnent audiance , c'eſt comme
1a Cour du Palais à Paris ,& elle
2 RELATION
eſt dans le Palais du Roy , où
ceux qui ont quelque requête à
preſenter ſe tiennent à la porte
juſqu'à ce qu'on les appellé , &
quand on le fait ils entrent leur
requête à la main & la prefentent.
Les Etrangers qui intentent
procés au ſujet des marchandiſes,
la preſentent au Barcalon , c'eſt
le premier Miniſtre du Roy ,
qui juge toutes les affaires concernant
les Marchands & les
Etrangers ; en ſon abſence , c'eſt
ſon Lieutenant , & en l'absence
des deux , une maniere d'Eſche
wins. Il y a un Officier prépoſé
pour les tailles & tributs auquel
on s'adreſſe , & ainſi des autres
Officiers. Aprés que les affaires
font difcutées on les fait ſçavoir
aux Officiers du dedans du Palais
, qui en avertiſſent le Roy
eſtant lors ſur un Trône élevé
DU VOYAGE DE SIAM . 3
de trois braffes , tous les Mandarins
ſe proſternent la face contre
terre , & le Barcalon ou autres
des premiers Oyas , rapportent
au Roy les affaires & leurs jugemens
, il les confirme , ou il les
change ſuivant ſa volonté , c'eſt
à l'égard des principaux procés ,
& tres- ſouvent il ſe fait apporter
les procés au dedans du Palais
, & leur envoye ſon jugementpar
écrit.
Le Roy eſt tres- abſolu , on diroit
quaſi qu'il eſt le Dieu des
Siamois , ils n'ofent pas l'appeller
de ſon nom. Il châtie tres-feverement
le moindre crime ; car
ſes Sujets veulent eſtre gouvernez
la verge à la main , il ſeſert même
quelquefois des Soldats de ſa
garde pour punir les coupables
quand leur crime eſt extraordinaire
& fuffisamment prouvé.
Ceux qui font ordinairement ema
ij
4 RELATION
ployez ces fortes d'executions
font 150. Soldats ou environ qui
ont les bras peints depuis l'épaule
juſqu'au poignet ; les châtimens
ordinaires ſont des coups
de rottes , trente, quarante , cinquante
& plus , ſur les épaules des
criminels , felon la grandeur du
crime , aux autres il fait piquer
la tête avec un fer pointu : à l'égard
des complices d'un crime
digne de mort , aprés avoir fait
couper la tête au veritable criminel
, il la fait attacher au col
du complice , & on la laiſſe pourir
expoſée au Soleil fans couvrir
la tête pendant trois jours
&trois nuits , ce qui cauſe à celui
qui la porteune grande puantour,
Dans ce Royaume , la peine
du talion eſt fort en uſage , le
dernier des fupplices eſtoit , il n'y
a pas long-temps, de les condamDU
VOYAGE DE SIAM. یک
ner à la Riviere , qui eſt proprement
comme nos Forçats de Galere
, & encorepis ; mais maintenant
on les punit de mort. Le
Roy fait travailler plus qu'aucun
Roy de ſes predeceffeurs, en bâ
timens , à reparer les murs des
Villes , à édifier des Pagodes , à
embellir fon Palais , à bâtir des
Maiſons pour les Etrangers , & à
conſtruire des Navires à l'Euro .
peane , il eſt fort favorable aux
Etrangers , il en a beaucoup à
fon ſervice,& en prend quand il
en trouve .
Les Roys de Siam n'avoient'
pas accoûtumé de ſe faire voir
auſſi ſouvent que celui-cy. Ils
vivoient preſque ſeuls , celuy
d'apreſent vivoit comme les autres
: mais Monfieur de Berithe
Vicaire Apoftolique , s'eſtant ſer
vi d'un certain Brame , qui faifant
le plaiſant avoit beaucoup
1
a iij
6 RELATION
de liberté de parler à ce Monarque
, trouva le moyen de faire
connoître à ce Prince , la puif
fance & la maniere de gouverner
de nôtre grand Roy , & en même
temps les coûtumes de tous
les Roys d'Europe , de ſe faire
voir à leurs Sujets & aux Etrangers
; de maniere qu'ayant un
auffi grand ſens que je l'ay déja
remarqué , il jugea à propos de
voir Monfieur de Berithe , & enfuite
pluſieurs autres ; depuis ce
temps- là il s'eſt rendu affable &
acceſſible à tous les Etrangers.
On appelle ceux qui rendent la
justice ſuivant leurs differentes
fonctions , Oyas Obrat , Oyas
Momrat , Oyas Campheng, Oyas
Ricchou , Oyas Shaynan , Opran,
Oluan ; Oeun , Omun .
Comme autrefois les Roys ne
ſe faisoient point voir , les Miniftres
faifoient ce qu'ils vouloient,
DU VOYAGE DE SIAM. 7
mais le Roy d'apreſent qui a un
tres-grand jugement , & eſt un
grand Politique,veut ſçavoir tout;
il a attaché auprés de luy le Sei
gneur Conftans dont j'ay déja
parlé diverſes fois , il eſt Grec
de nation , d'une grande penetration
, & vivacité d'eſprit
&d'une prudence toute extraordinaire
, il peut & fait tout
fous l'autorité du Roy dans le
Royaume , mais ce Miniſtre n'a
jamais voulu accepter aucune des
premieres Charges que leRoyluy
a fait offrir pluſieurs fois. Le Barcalon
qui mourut ily a deux ans ,&
qui par le droit de ſa Charge
avoit le gouvernement de toutes
les affaires del'Etat , eſtoit homme
d'un tres-grand eſprit , qui
gouvernoit fort bien , & fe faifoit
fort aimer , celuy quiluy fucce
da eſtoit Malais de nation, qui eft
un pays voiſin de Siam , il ſe fera
iiij
8 RELATION
vit de Monfieur Baron , Anglois.
de nation , pour mettre mal Monſieur
Conftans dans l'eſprit du
Roy , & le luy rendre ſuſpect ,
mais le Roy reconnut ſa malice ,
il le fit battre juſqu'à le laiſſer
pour mort , & le dépoſſeda de ſa
Charge , celui qui l'occupe preſentement
vit dans une grande
intelligence avec Monfieur Conſtans
.
Comme par les loix introduites
par les Sacrificateurs des Idoles
qu'on nomme Talapoins , il
n'eſt pas permis de tuer , on condamnoit
autrefois les grands criminels
ou à la chaîne pour leur
vie , ou à les jetter dans quelques
deferts pout y mourir de faim ;
mais le Roy d'apreſent leur fait
maintenant trancher la teſte &
les livre aux Elephans .
Le Roy a des Eſpions pour
ſcavoir ſi on luy cache quelque
DU VOYAGE DE SIAM .
choſe d'importance , il fait châtier
tres - rigoureuſement ceux qui
abuſent de leur autorité . Chaque
Nation étrangere établie dans le
Royaume de Siam a ſes Officiers
particuliers , & le Roy prend de
toutes ces Nations- là des gens
qu'il fait Officiers generaux pour
tout ſon Royaume. Il y a dans
fon Etat beaucoup de Chinois ,
& il y avoit autrefois beaucoup
de Maures ; mais les années pafſées
il découvrit de ſi noires trahiſons
, des concuffions & des
tromperies ſi grandes dans ceux
de cette nation , qu'il en a obligé
un fort grand nombre à déferter
, & à s'en aller en d'autres.
Royaumes.
Le commerce des Marchands
Etrangers y eſtoit autrefois tresbon
, on y en trouvoit de toutes
parts ; mais depuis quelques années
,les diverſes revolutions qui
ΟΙ RELATION
font arrivées à la Chine , au Japon
& dans les Indes , ont empeſché
les Marchands Etrangers
de venir en ſi grand nombre.
On eſpere neanmoins, que puif
que tousces troubles font appaiſez
, le commerce recommencera
comme auparavant , & que le
Roy de Siam par le moyen de fon
Miniſtre envoyera fes Vaiſſeaux
pour aller prendre les Marchandi
ſes les plus precieuſes , & les
plus rares de tous les Royaumes
d'Orient,&remettra toutes chofes
en leur premier & fleuriſſant état.
Ils font la guerre d'une maniere
bien differente de celle de la plûpart
des autres nations , c'eſt à
dire à pouſſer leurs ennemis hors
de leurs places ſans pourtant
leur faire d'autre mal que de les
rendre eſclaves , & s'ils portent
des armes , c'eſt ce ſemble plûtôt
pour leur faire peur en les tirant
,
DU VOYAGE DE SIAM. II
contre terre , ou en l'air, que pour
les tuër , & s'ils le font c'eſt tout
au plus pour ſe deffendre dans la
neceſſité ; mais cette neceſſité
de tuër arrive rarement parce
que prefque tous leurs ennenemis
qui en uſent comme eux,ne
tendent qu'aux mêmes fins . Il ya
des Compagnies & des Regimens
qui ſe détachentde l'arméependát
la nuit,&vont enlever tous leshabitans
des Villages ennemis , &
font marcher hommes, femmes &
enfans que l'on fait eſclaves , &
le Roy leur donne des terres&
des bufles pour les labourer , &
quand le Roy en a beſoin il s'en
fert. Ces dernieres années , le
Roi a fait la guerre contre les
Cambogiens revoltez , aidez des
Chinois & Cochinchinois , où il
a fallu ſe battre tout de bon , & il
y a eu pluſieurs Soldats tuez de
part &d'autre ; il a eu pluſieurs
21 RELATION
Chefs d'Europeans qui les inſtrui
fent àcombattre en nôtre maniere .
Ils ont une continuelle guerre
contre ceux du Royaume de
Laos , qui eſt venuë , de ce qu'un
Maure tres-riche allant en ce
Royaume- là pour le compte du
Royde Siam,y reſta avec de grandes
ſommes , le Roy de Siam , le
demanda auRoy de Laos , mais
celui-cile luy refuſa, ce qui a obligé
le Roy de Siam de luydeclarer
la guerre.
Avant cette guerre ily avoit un
grand commerce entre leurs Etats,
& celuy de Siam en tiroit de
grands profits par l'extrême
quantité d'or , de muſc , de benjoüin
, de dents d'Elephant &
autres marchandiſes qui lui venoient
de Laos , en échange des
toiles & autres marchandiſes .
Le Roy de Siam a encore guerre
contre celui de Pegu ; il y a quanDU
VOYAGE DE SIAM . 13
tité d'Eſclaves de cette Nation .
Il y a pluſieurs Nations Etrangeres
dans ſon Royaume , les
Maures y estoient , comme j'ay
dit , en tres-grand nombre , mais
maintenant il y en a pluſieurs qui
font refugiez dans le Royaume
de Colconde, ils eſtoient au ſervice
du Roy , & ils luy ont emporté
plus de vingt mille catis , chaque
catis vallant cinquante écus , le
Roy de Siam écrivit au Roy de
Colconde de luy rendre ces perſonnes
ou de les obliger à luy
payer cette ſomme , mais le Roy
de Colconden'en voulutrien faire
, ny même écouter les Ambafſadeurs
qu'il luy envoya ; ce quia
fait que le Roy de Siam luy a
declaré la guerre & luy a pris
dans le tems que j'étois à Siam ,
un Navire dont la charge valloit
plus de centmille écus . Il y a fix
Fregates commandées par des
14
RELATION
François & des Anglois qui
croiſent ſur ſes côtes .
Depuis quelque temps l'Empereur
de la Chine a donné liberté
à tous les Etrangers de venir
negocier en ſon Royaume ;
cette liberté n'eſt donnée que
pour cinq ans , mais on efpere
qu'elle durera , puiſque c'eſt un
grand avatage pour ſon Royaume .
Ce Prince a grand nombre de
Malais dans ſon Royaume , ils
font Mahometans , & bons Soldats
, mais il y a quelque difference
de leur Religion à celle
des Maures. Les Pegovans font
dans ſon Etat preſque en auſſi
grande quantité queles Siamois
originaires du pays .
Les Laos y font en tres-grande
quantité , principalement vers
le Nort.
Il y a dans cet Etat huit ou neuf
familles de Portugais veritables ,
DU VOYAGE DE SIAM.
mais de ceux que l'on nomme
Meſties , plus de mille , c'eſt à dire
de ceux qui naiſſent d'un Portugais
& d'une Siamoiſe .
Les Hollandois n'y ont qu'une
facturie.
Les Anglois de même.
Les François de même.
Les Cochinchinois ſont environ
cent familles , la plupart
Chreftiens.
Parmy les Tonquinois ily en a
ſeptou huit familles Chrétiennes .
Les Malais y font en afſez grand
nombre,qui font la plupart eſclaves,&
qui par conſequent ne font
pointde corps .
Les Macaſſars & pluſieurs des
peuples de l'Iſle de Java y font
établis, de meſme que les Maures:
ſous le nom de ces derniers ſont
compris en ce pays- là, les Turcs,
les Perfans les Mogols les
Colcondois & ceux de Bengala .
, د
16 RELATION
Les Armeniens font un corps
à part , ils font quinze ou ſeize
familles toutes Chrétiennes , Catholiques
, la plupart ſont Cavaliers
de la garde du Roy.
A l'égard des moeurs des Siamois
ils font d'une grande docilité
qui procede plûtoſt de leur
naturel amoureux du repos que
de toute autre cauſe , c'eſt pourquoi
les Talapoins qui fontprofeffion
de cette apparente vertu ,
defendentpour cela de tuër toutes
fortes d'animaux ; cependant lorfque
tout autre qu'eux tuë des
poules & des canards , ils en mangentla
chair ſans s'informer qui
les a tués , ou pourquoi on les a
tués , & ainſi des autres animaux .
Les Siamois font ordinairement
chaſtes , ils n'ont qu'une femme ,
mais les riches comme les Mandarins
ont des Concubines , qui
demeurent enfermées toute leur
vie
DU VOYAGE DE SIAM. 17
vie. Le peuple eſt aſſez fidele &
ne volle point ; mais il n'en eft
pas de même de quelques-uns des
Mandarins , les Malais qui font
en tres-grand nombre dans ce
Royaume- là font tres- méchants
&grands voleurs .
Dans ce grand Royaume il y
a beaucoup de Pegovans qui
ont eſté pris en guerre , ils font
plus remuants que les Siamois
& font d'ordinaire plus vigoureux
, il y a parmy les femmes du
libertinage , leur converſation eft
perilleuſe.
Les Laos peuplent la quatriéme
partie du Royaume de Siam",
comme ils font à demy Chinois ,
ils tiennent de leur humeur , de
leur adreſſe& de l'inclination a
voller par fineſſe; leurs femmes
font blanches & belles , tres - familieres
& par confequent dangereuſes.
Dans le Royaume de
b
18 RELATION
Laos , un homme qui rencontre
une femme pour la falüer avec
la civilité accoûtumée , la baife
publiquement ; & s'il ne le faiſoit
pas il l'offenferoit .
Les Siamois tant Officiers que
Mandarins ſont ordinairement
riches , parce qu'ils ne dépenfent
preſque rien , le Roy leur
donnant des valets pour les fervir
, ces valets font obligez de ſe
nourir à leurs dépens, eſtant com--
me efclaves,ils font en obligation
de les ſervir pour rien pendant:
la moitié de l'année : & comme
cesMeſſieurs-làen ontbeaucoup,
ils ſe ſervent d'une partie pendant
que l'autre ſe repoſe ; mais
ceux qui ne les ſervent point:
leur payent une fomme tous les
ans , leurs vivres font à bon marché
, car ce n'eſt que duris , du
poiffon , & tres -peu de viande, &
tout cela eft en abondance dans
DU VOYAGE DE SIAM . 19
leur pays ; leurs vêtemens leur
fervent long- temps , ce ne font
que des pieces d'étoffes toutes
entieres qui ne s'uſent pas fi faci
lement que nos habits &ne coutent
que tres-peu : la plupart des
Siamois font Maſſons ou Charpentiers
, & il y en a de tres habiles,
imitant parfaitement bien les
beaux ouvrages de l'Europe en
Sculpture& en dorure. Pour ce
qui eſt de la peinture ils ne ſçavent
point s'en ſervir , il y a des
ouvrages en Sculpture dans leurs
Pagodes , & dans leurs Mauſolées
fort polis & tres-beaux.
Ils en font auſſi de tres -beaux
avec de la chaux , qu'ils détrempent
dans de l'eau qu'ils tirent de
l'écorce d'un arbre qu'on trouve
dans les Forefts , quilarend ſi forte,
qu'elle dure des cent& deux
cens ans , quoi qu'ils foient expoſés
aux injures du temps ..
bij
20 RELATION
1
i
1.
i
Leur Religion n'eſt à parler proprement
qu'un grand ramas
d'Hiſtoires fabuleuſes , qui ne
tend qu'à faire rendre des hommages
& deshonneurs auxTalapoins,
qui ne recommandent tant:
aucune vertu que celle de leur
faire l'aumône , ils ont des loix
qu'ils obfervent exactement au
moins dans l'exterieur ; leur fin
dans toutes leurs bonnes oeuvres
eſt l'eſperance d'une heureuſe
tranfmigration aprés leur mort ,
dans le corps d'un homme riche ,..
d'un Roy , d'un grand Seigneur
ou d'un animal docile , comme
font les Vaches & les Moutons :
car ces peuples-là croyent la Metempſicoſe
; ils eſtiment pour cette
raiſonbeaucoup ces animaux ,
&n'ofent, comme je l'ai déja dit,
en tuër aucun , craignant de donner
la mort à leur Pere ou à leur
Mere , ou à quelqu'un de leurs
DU VOYAGE DE SIAM . 2
parens . Ils croyent un enfer où les
énormes pechez ſont ſeverement .
punis , ſeulement pour quelque
temps , ainſi qu'un Paradis , dans
lequel les vertus fublimes ſont
recompenſées dans le Ciel , où aprés
eſtre devenus des Anges
pour quelque temps , ils retournent
dans quelque corps d'hom--
me ou d'animal .
L'occupation des Talapoins .
eſt de lire , dormir, manger, chan--
ter , & demander l'aumône ; de
cette forte , ils vont tous les matins
ſe preſenter devant la porte
ou balon des perſonnes qu'ils connoiffent
,&ſe tiennent-là unmométavecunegrande
modeſtie ſans
rien dire, tenant leur évantail , de
maniere qu'il leur couvre la moitié
du viſage , s'ils voyent qu'on ſe
diſpoſe àleur donner quelque choſe
, ils attendent juſqu'à ce qu'ils
l'ayent receuë ; ils mangent de
biij
22 RELATION
د
3
tout ce qu'on leur donne même
des poulles & autres viandes
mais ils ne boiventjamais de vin ,
au moins en prefence des gens du
monde; ils ne font point d'office
ny de prieres à aucune Divinité.
Les Siamois croyent qu'il y a eu
trois grands Talapoins , qui par
leurs merites tres-fublimes acquis
dans pluſieurs milliers de tranſmigrations
ſont devenus des Dieux ,
&aprés avoir eſté faits Dieux ,
ils ont encore acquis de ſi grands
merites qu'ils ont eſté tous aneantis
, ce qui eſt le terme du plus .
grand merite & la plus grande recompenſe
qu'on puiffe acquerir ,
pour n'eſtre plus fatigué en changeant
ſi ſouventde corps dans un
autre; le dernier de ces trois Ta--
lapoins eſt le plus grand Dieu appellé
Nacodon , parce qu'il a eſté
dans cinq mille corps , dans l'une
de ces tranfmigrations , de Talapoin
il devint vache , fon frere le
DU VOYAGE DE SIAM .
23
voulut tuër pluſieurs fois ; mais il
faudroit un gros livre pour décrire
les grands miracles qu'ils difent
que la nature& non pasDieu,
fit pour le proteger : enfin ce frere
fut precipité en Enfer pour ſes
grands pechez , où Nacodon le
fit crucifier ; c'eſt pour cette raifon
qu'ils ont en horreur l'Image
de Jeſus-Chriſt crucifié , diſant
que nous adorons l'Image de ce
frere de leur grand Dieu , qui
avoit eſté crucifié pour ſes crimes ..
CeNacodon eſtant doncaneanti,
il ne leur reſte plus de Dieu à
preſent , ſaloy ſubſiſte pourtant ;
mais ſeulement parmi les Talapoins
qui diſent qu'aprés quelques
fiecles il y aura un Ange qui
viendra ſe faire Talapoin ,& enfuite
Dieu Souverain , qui par ſes
grands merites pourra être anean
ti : voilà le fondement de leur
creance ; car il ne faut pas s'imaginer
qu'ils adorent les Idoles
24 RELATION
"
1
qui font dans leurs Pagodes comme
des Divinitez , mais ils leur
rendent ſeulement des honneurs'
comme à des hommes d'un grand
merite , dont l'ame eſt à preſent
en quelque Roy , vache ou Talapoin
: voilà en quoi conſiſte leur
Religion , qui à proprement parler
ne reconnoît aucun Dieu , &
qui n'attribuë toute la recompenſede
la vertu qu'à la vertumême ,
qui a par elle le pouvoir de rendre
heureux celuy dont elle fair
paſſer l'ame dans le corps de quelque
puiſſant & riche Seigneur
ou dans celuy de quelque vache ,
levice ,diſent-ils, porte avec ſoy
ſon châtiment , en faiſant paffer
l'ame dans le corps de quelque
méchant homme , de quelque
Pourceau , de quelque Corbeau ,
Tigre ou autre animal. Ils admetrent
des Anges , qu'ils croyent
eſtre les ames des juſtes & des
bons
2
L
L
DUVOYAGE DE SIAM. 25
bons Talapoins; pour ce qui eſt des
Demons , ils eſtiment qu'ils font
les ames des méchans .
Les Talapoins font tres-refpe-
Etés de tout le peuple , & même
du Roy, ils ne ſe profternent point
lorſqu'ils luy parlent comme le
font les plusgrands du Royaume ,
& le Roy & les grands Seigneurs
les ſaluënt les premiers ; lorſque
ces Talapoins remercient quelqu'un,
ils mettentla main proche
leur front , mais pour ce qui eſt du
petit peuple, ils ne le ſalüent point ;
leurs vêtemens ſont ſemblables à
ceux des Siamois ,àla referve que
la toile eſt jaune , ils font nuds
jambes & nuds pieds fans chapeau
, ils portent ſur leur tête un
évantail fait d'une fcüille de palme
fort grande pour ſe garantir
du Soleil , qui eſt fort brûlant ;
ils ne font qu'un veritable repas
par jour, à ſçavoir le matin , & ils
G
26 RELATION
ne mangent le ſoir que quelques
bananes ou quelques figues ou
d'autres fruits ; ils peuvent quitter
quand ils veulent l'habit de
Talapoin pour ſe marier , n'ayant
aucun engagement que celuy de
porter l'habit jaune , & quand ils
le quittentils deviennent libres ;
cela fait qu'ils font en ſi grand
nombre qu'ils font preſque le tiers
du Royaume de Siam . Ce qu'ils
chantent dans les Pagodes font
quelques Hiſtoires fabuleuſes.,
entremêlées de quelques Sentences;
celles qu'ils chantent pendant
les funerailles des Morts font ,
nous devons tous mourir , nous
ſommes tous mortels ; on brûle les
corps morts au ſon des muſettes
& autres Inſtrumens , on dépenſe
beaucoup à ces funerailles , &
aprés qu'on a brûlé les corps de
ceux qui font morts , l'on met
leurs cendres ſous de grandes piramides
toutes dorées , élevées à
DU VOYAGE DE SIAM. 27
l'entour de leur Pagodes. Les
Talapoins pratiquent une eſpece
de Confeſſion ; car les Novices
vont au Soleil levantſe proſterner
ou s'affeoir fur leurs talons & marmottent
quelques paroles , aprés
quoy le vieux Talapoin leve la
main à côté deſa joie & lui donne
une forte de benediction , aprés
laquelle le Novice ſe retire.
Quand ils prêchent, ils exhortent
de donner l'aumône au Talapoin ,
& ſe creyent fort ſçavants , lorfqu'ils
citent quelques paſſages
de leurs Livres anciens en Langue
Baly , qui eft comme le Latin
chez nous; cette Langue eſt tresbelle
& emphatique , elle a ſes
conjuguaiſons comme la Latine.
Lorſqueles Siamois veulent ſe
marier , les parens de l'homme
vont premierement ſonder la volontéde
ceux de la fille, & quand
ils ont fait leur accord entr'eux
cij
28 RELATION
les parens du garçon vont preſenter
ſept boſſettes ou boiſtes de
betel & d'arest à ceux de la fille ,
& quoy qu'ils les acceptent &
qu'on les regarde déja comme
mariez le mariage ſe peut rompre
, & on ne peut encore асси-
fer devant le Juge , ny les uns ny
les autres , s'ils le ſeparent aprés
cette ceremonie .
Quelques jours aprés les parens
de l'homme le vont preſenter , &
il offre luy-même plus de boſſettes
qu'auparavant ; l'ordinaire eft
qu'il y en ait dix ou quatorze ,
& lors celuy qui ſe marie demeure
dans la maiſon de ſon beaupere,
ſans pourtant qu'il y ait conſommation
, & ce n'eſt que pour
voir la fille & pour s'accoûtumer
peu à peu à vivre avec elle durant
un ou deux mois ; aprés cela
tous les parens s'aſſemblent
avec les plus anciens de la caſte
ou nation ; ils mettent dans une
DU VOYAGE DE SIAM. 2.9
bourſe, l'un un anneau & l'autre
des bracelets , l'autre de l'argent ,
il y en a d'autres qui mettentdes
pieces d'étoffes au milieu de la table
: enſuite le plus ancien prend
une bougie allumée & la paffe
ſept fois au tour de ces prefens,
pendant que toute l'aſſemblée
crie en ſouhaitant aux Epoux un
heureux mariage , une parfaite
ſanté &une longue vie , ils mangent
& boivent enfuite , & voilà
le mariage achevé. Pour le dot
c'eſt comme en France , finon
que les parens du garçon portent
ſon argent aux parens de la fille ,
mais tout cela revient à un ; car
le dot de la fille eſt auſſi mis à
part , & tout eſt donné aux nouveaux
mariez pour le faire valoir.
Si le mary repudie ſa femme ſans
forme de Juſtice , it perd l'argent
qu'onluy a donné, s'illarepudie
par Sentence de Juge , qui
č iij
30
RELATION
ne la refuſe jamais, les parensde
la fille luy rendent ſon bien ; s'il
y a des enfans , ſi c'eſt un garçon
ou une fille , le garçon fuit la mere
, & la fille le pere , s'il y a deux
garçons & deux filles , un garçon
&une fille vont avec le pere, &
un garçon & une fille vont avec
lamere.
,
Al'égarddes monnoyes ilsn'en
ontpoint d'or , la plus groſſe d'argent
s'appelle tical , & vaut environ
quarante ſols , la ſeconde
mayon qui péſe la quatriéme partie
d'un tical , & vaux dix fols
la troiſieme eſt un foüen , qui
vaut cinq ſols , la quatriéme eſt
un fontpaye qui vaut deux fols
&demy, enfin les plus baſſes monnoyes
font les coris qui font des
coquillages que les Hollandois
leur portent des Maldives , ouυ
qui leur viennent des Malais &
des Cochinchinois ou d'autres
DU VOYAGE DE SIAM. 31
côtez , donthuit cens valent un
fouën qui eſt cinq fols .
le
Al'égard des Places fortes dur
Royaume , il ya Bancoc qui eft
environ dix lieuës dans la Riviere
de Siam , où il y a deux Forterefſes
, comme j'ay déja dit. Il y a la
Ville Capitale nommée Juthia ,
autrement nommée Siam , qu'on
fortifie de nouveau par une enceinte
de murailles de bricque ;
Corfuma frontiere contre
Royaume de Camboye eſt peu
forte; Tanaferin à l'oppoſite de la
côte de Malabar eft peu fortifiée .
Merequi n'eſt pas fortifiée, mais
ſe pouroit fortifier , & on y pouroit
faire un bon Port. Porcelut
frontiere de Laos eſt auſſi peu
fortifiée . Chenat n'a que le nom
de Ville , & il reſte quelque apparence
de barrieres , qui autrefois
faifoient fon mur. Louvo où
le Roy demeure neuf mois de
c iiij
32 RELATION
l'année , pour prendre le plaiſir
de la chaſſe del'Elephant & du
Tygre , étoit autrefois un aſſem-
Blage de Pagodes entouré de
terraffes , mais à preſent le Roy
l'arendu incomparablement plus
beau par les Edifices qu'il y fait
faire , & quant au Palais qu'il ya
it l'a extrêmement embelli par les
caux qu'il y fait venir des Montagnes.
Patang eſt un Port des plus
beaux du côté des Malais , où
l'on peut faire grand commerce.
LeRoy de Siam a refuſé aux Compagnies
Angloiſes & Hollandoiſes
de s'y établir : l'on y pourroit
faire un grand établiſſement qui
feroit plus avantageux que Siam
àcausede la ſituation du lieu ; les
Chinois y vont& pluſieurs autres
Nations , on peut s'y fortifier aifément
fur le bord de la Riviere .
CettePlace appartient àune Rey
DU VOYAGE DE SIAM. 33
nequi eſt tributaire du Roy de
Siam , qui à parler proprement en
eſt quaſi le maître .
Quant à leurs Soldats ce n'étoit
point lacoûtume de les payer;
le Roy d'apreſent ayant ouy dire
que les Roys d'Europe payoient
leurs troupes , voulut faire la ſupputationà
combien monteroit la
paye d'un foüen par jour , qui eſt
cinq fols ; mais les Controlleurs
luy firent voir qu'il falloit des
ſommes immenfes , à cauſe de la
multitude de ſes Soldats , de forte
qu'il changea cette paye en ris
qu'il leur fait diſtribuer , du depuis
, il y en a ſuffisamment pour
Ieurs nourritures, &cela lesrend
tres- contens ; car autrefois il falloit
que chaque Soldat ſe fournit
de ris , & qu'il le portât avec ſes
armes, ce qui leur peſoitbeaucoup .
A l'égard de leurs Bâteaux &
Vaiſſeaux , leurs Balons d'Etat ou
34
RELATION
Bâteaux que nous appellons font
les plus beauxdu monde; ils font
d'un ſeul arbre , &d'une longueur
prodigieuſe , il y ena qui tiennent
cinquante juſqu'à cent & cent
quatre-vingt rameurs ; les deux
pointes font tres- relevées , & celuy
qui les gouverne donnant du
pied ſur lapoupefait branler tout
le Balon , & l'on diroit que c'eſt
un Cheval qui ſaute,touty eft doré
avec des Sculptures tres- belles
, & au milieu il y a un Siege
fait en forme de Trône en piramide
, d'une Sculpture tres- belle
& toute dorée , & il y en a de
plus de cent ornemens differents,
mais tous bien dorez &tres-beaux.
Autrefois ils n'avoient que des
Navires faits comme ceux de la
Chine , qu'on nomme Somme ; il
y ena encore pour aller auJapon,
à la Chine , à Tonquin ; mais le
Roy a fait faire pluſieurs Vaif-
1
DU VOYAGE DE SIAM. 35
feaux à l'Europeenne , & en a
acheté des Anglois quelques-uns,
tous agréés & appareillés . Il y a
environ cinquante Galeres pour
garder la Riviere & la côte ; ſes
Galeres ne font pas comme ceux
de France , il n'y a qu'un homme
àchâque Rame , & font environ
quarante ou cinquante au plus fur
chacune ; les Rameurs fervent de
Soldats , le Royne ſe ſert que des
Mores , des Chinois&des Malabars
pour naviger , & s'il y met
quelque Siamois pour Matelots,
cen'eſt qu'en petit nombre,& afin
qu'ils apprennent la navigation.
LesCommandants de ſes Navires
font Anglois ou François , parce
que les autres Nations font tresméchants
navigateurs .
Il envoye tous les ans cinq ou
fix de ces Vaiſſeaux appellez
Sommes à la Chine , dont il y en
a de mille juſqu'à quinze cens
36 RELATION
Tonneaux chargés de quelques
draps , corail , de diverſes marchandiſes
de la côte de Coromandel
& de Suratte , du ſalpêtre , de
l'étain &de l'argent; il en tire des
ſoyes cruës , des étoffes de ſoye ,
des ſatin's de Thé , dumufc , de la
rubarbe , des poureelines , des
ouvrages vernis , du bois de la
Chine , de l'or , & des rubis . Ils
ſe ſervent de pluſieurs racines
pour la Medecine , entr'autres de
la couproſe , ce qui leur apporte
de grands profits .
Le Roy envoye au Japon deux
ou trois Sommes , mais plus petites
que les autres , chargées des
mêmes marchandises , & il n'eſt
pas neceſſaire d'y envoyer de
l'argent ; les marchandiſes que
L'ony porte ſont des moindres ,
&au meilleur marché , les cuirs
de toutes fortes d'animaux y font
bons , & c'eſt la meilleure marDU
VOYAGE DE SIAM. 37
chandiſe que l'on y peut porter ;
on en tire de l'or , de l'argent en
barre , du cuivre rouge , toutes
fortes d'ouvrages d'Orphevrerie ,
des paravants , des Cabinets vernis
,des porcelines , du Thé &
autres choſes ; il en envoye quelquefois
un , deux & trois au
Tonquin de deux à trois cent tonneaux
au plus , avec des draps ,
de corail , de l'Etain , de l'Ivoire ,
du poivre , du ſalpêtre , du bois
de ſapin, & quelques autres marchandiſes
des Indes & de l'argent
au moins le tiers du capital,
on en tire du muſc , des étoffes
de ſoye , de la ſoye crüe , & jaune,
des Camelots , de pluſieurs fortes
de ſatins , du velours , toutes fortes
de bois vernis , des porcelines
propres pour les Indes , & de l'ar
-en barre , à Macao , le Roy envoye
un Navire au plus chargé
de pareilles Marchandiſes qu'à la
38
RELATION
•
Chine. On y peut encore envoyer
quelque mercerie , des dentelles
d'or , d'argent & de foye & des
armes , on en tire des mêmes
marchandiſes que de la Chine ,
mais pas à ſi bon compte.
A Labs le commerce ſe fait par
terre ou par la Riviere , ayant des
bâteaux plats , on y envoye des
draps & des toiles de Surate , &
de la côte , & on en tire des rubis
, du muſc , de la gomme ,
des dents d'Elephans, du Canfre ,
des cornes de Rinocerot , des
peaux de Buffes & d'Elans , à
tres-bon marché , & il y a grand
profit à ce commerce que l'on
fait ſans riſque.
ACamboye on envoye des petites
barques avec quelques draps,
des toiles de Surate & de la côte,
des uſtenciles de cuiſine qui viennent
de la Chine , on en tire des
dents d'Elephans , du benjoüin ,
DU VOYAGE DE SIAM. 39
trois fortes de gomes gutte , des
peaux de Buffes , & d'Elans , des
nids d'oiſeaux pour la Chine dont
je parleray bien- toft & des nerfs
de Cerfs .
On envoye auſſi à la Cochinchine
, mais rarement : car de peuple
n'eſt pas bien traitable , parce
qu'ils font la plupart de méchante
foy , ce qui empéche le commerce
, on y porte de l'argent
du Japon où l'on profite confiderablement
, du laurier rouge ,
de la cire jaune, duris , du plomb,
du ſalpêtre , quelques draps rouges&
noirs , quelques toiles blanches
, de la terre rouge , du vermillon
& vif argent.
On en tire de la ſoye cruë , du
fucre candy , & de la cafſonnade
, peu de poivre , des nids
d'oiſeaux qui ſont faits comme
ceux des Irondelles qu'on trouve
fur des Rochers au bord de
J
40 RELATION
la mer , ils font de tres-bon commerce
pour la Chine & pour pluſieurs
autres endroits ; car aprés
avoir bien lavé ces nids & les
avoir bien feichés ils deviennent
durs comme de la corne , & on
les met dans des boüillons ; ils
font admirables pour les maladies
de langueur &pour les maux d'eftomach
, j'en ay apporté quelques-
uns en France , du bois d'aigle
&de Calamba , du cuivre &
autres marchandises qu'on y apporte
du Japon , de l'or de plufieurs
touches , & du bois de fapan.
Lorſqu'on ne trouve pas de
Navire à Fret , on en envoye un
à Surate , chargé avec du cuivre ,
de l'étain , du ſalpêtre , de l'alun ,
des dents d'Elephants , du bois
de ſapan , &pluſieurs autres marchandiſes
qui viennent des autres
parts des Indes , on en tire des
toiles
DU VOYAGE DE- SIAM. 41
& autres marchandifes d'Europe,
quand il n'en vient point à Siam .
On envoye à la côte de Coromandel
, Malabar , & Bengala
&de Tanaferin , des Elephans
de l'étein , du ſalpêtre , du, cuivre
du plomb , & l'on en tire des toiles
de toutes fortes ,
,
On envoye à Borneo rarement ;
c'eſt une Iſle qui eſt proche de
celle de Java , d'où l'on tire du
poivre . du ſangde Dragon , camphre
blanc , cire jaune ,bois d'aigle
, du bray , de l'or , des perles,
&desdiamans les plus beaux du
monde ; on y envoye des marchandiſes
de Surate , c'eſt à dire
des toiles , quelques pieces de
drap rouge & vert , & de l'argent
d'Eſpagne..
Le Prince qui poffede cette Ifle
ne fouffre qu'avec peine le commerce
, & il craint toûjours d'êtte
ſurpris ; il ne veut pas permetd
42
RELATION
tre à aucune Nation Europeenne
de s'établir chez luy. Il y a cu
des François qui y ont commercé
, il ſe fie plus à eux qu'à aucune
autre Nation .
On envoye encore à Timor
Ifle proche des Molucques , d'où
l'on tire de la cire jaune & blanche
, de l'or de trois touches , des
eſclaves, du gamouty noir , dont
on ſe ſett pour faire des cordages
, & on y envoye des toiles de
Surate , du plomb, des dents d'Elephans,
de la poudre, de l'eau-devie
, quelques armes , peu de drap
rouge & noir , & de l'argent. Le
peuple y eſt paiſible , & negocie
fort bien . Il y a grand nombre
de Portugais.
Al'égard des Marchandiſes du
crû de Siam , il n'y a que de l'étain
, du plomb , du bois de fapan,
de l'Ivoire , des cuirs d'Elans.
& d'Elephans ; il y aura quantité
1
1
!
DU VOYAGE DE SIAM. 43
de poivre en peu de temps , c'eſt
à dire l'année prochaine ,de larrek
, du fer en petits morceaux ,
du ris en quantité , mais l'on y
trouve des marchandises de tous
les lieux ſpecifiés ci-deſfus , & à
affez bon compte. On y apporte
quelques draps & ferges d'Angleterre,
peu de corail &d'ambre,
des toiles de la côte de Coromandel
& de Surate , de l'argent en
piaſtre que l'on trocque ; mais
comme je l'ai dit maintenant ,
que la plupart des Marchands ont
quitté depuis que le Roi a voulu
faire le commerce , les Etrangers
n'y apportent que tres-peu de
choſes ,que les Navires qui ont
accoûtumé d'yvenir n'y font pas
venus l'année derniere , &on n'y
trouve rien , & fi peu qu'il y en
a , il eſt entre les mains du Roi ,
& ſes Miniſtres les vendent au
prix qu'ils veulent.
dij
44
RELATION
Le Roïaume de Siam a prés de
trois cens lieuës de long , fans y
comprendre les Roïaumes tributaires
, à ſçavoir Camboges ,
Gelior , Patavi , Queda , &c . du
Septentrion au Midi , il eſt plus
étroit de l'Orient à l'Occident. Il
eſt borné du côté du Septentrion
par le Roïaume de Pegu & parla
Mer du Gange du côté du Couchant,
du Midi par le petit détroit
de Maláca , qui fut enlevé au Roi
de Siam par les Portugais ils l'ont
poſſedé plus de foixante ans . Les
Hollandois le leur ont pris , &
le poffedent encore ; du côté
d'Orient , il eſt borné par la Mer
& par les Montagnes qui le ſeparent
de. Camboges & de Laos ..
La fituation de ce Roïaume eſt
avantageuſe à cauſe de la grande
étenduë de ſes côtes , ſe trouvant
comme entre deux Mers qui
lui ouvrent le paſſage à tant de.
DU VOYAGE DE SIAM. 45
vaſtes Regions , ſes côtes ont
cinq cens lieuës de tour ; on y
aborde de toutes parts , du Japon
, de la Chine , des Iſles Philippines
, du Tonquin , de la Cochinchine
, de Siampa , de Camboge
, des Ifles de Java , de Sumatra
, de Colconde , de Bengala
, de toute la côte de Coromandel
, de Perſe , de Surate , de Lameque,
de l'Arabie ,& d'Europe
c'eſtpourquoi l'on y peut faire un
grand commerce , ſuppoſé que le
Roi permette à tous les MarchandsEtrangers
d'y revenir comme
ils le faifoient autrefois .
Le Roïaume ſe diviſe en onze
Provinces , ſçavoir celle de Siam ,
de Mitavin , de Tanaferin , de
Jonſalam, de Reda, de Pra, d'Ior,
de Paam, de Parana , de Ligor ,
de Siama . Ces Provinces - là
avoient autrefois la qualité de
Roïaume ; mais elles ſont aujour
46 RELATION
d'hui ſous ladomination du Roide
Siam qui leur donne des Gouverneurs
. Il y en a telles qui peuvent
retenir le nomde Principauté;mais
les Gouverneurs dépendent du
Roy& lui payent tribut. Siam eft
la principale Province de ce
Royaume , la Ville Capitale eſt ſituée
à quatorze degrez & demy
de latitude du Nort , fur le bord
d'une tres-grande & belle riviere ,
& les Vaiſſeaux tous chargés la
paſſent juſqu'aux portes de la Ville,
qui eſt éloignée de la Mer de
plus de quarante lieuës , & s'étend
àplus de deux cens lieuës dans le
pays , & parce moyen elle conduit
dans une partie des Provinces,
dontj'ai parlé ci- deſſus.Cette
Riviere eſt fort poiſſonneuſe &
fes rivages font affez bien peuplez
, quoiqu'ils demeurentinondésune
partie de l'année. Le terroir
y eſt paſſablement fertile 3
DU VOYAGE DE SIAM . 47
mais tres-mal cultivé , l'inondation
provient des grandes pluyes
qu'il y tombe durant trois ou quatre
mois de l'année ; ce qui fait
beaucoup croître leur ris ; en forte
que plus l'inondation dure ,
plus les recoltes du ris ſont en
abondance , & loin des'en plaindre
ils ne craignent que la trop
grande ſeichereſſe. Il y a beaucoup
de terre en friche ,& faute
d'habitans elles ont eſté dépeu--
plées par les guerres precedentes,
& comme ils font ennemis du
travail , ils n'aiment à faire que
les choſes aiſées. Ces plaines abandonnées
& ces épaiſſes Fo--
rets qu'on voit ſur les Montagnes
ſervent de retraite aux Elephans,
aux Tygres , aux Boeufs & Vaches
ſauvages , aux Cerfs , aux Biches,
Rinoceros & autres animaux
que l'ony trouve en quantité.
Al'égard des plantes & des
د
48 RELATION
fruits , il y en a pluſieurs dans le
païs ; mais qui ne font pas rares.
& qui ne ſe peuvent porter que,
difficilement en France , à cauſe
de lalongueur de la navigation .
Il n'y a point d'oiſeaux particuliers
qui ne foient en France , à
la referve d'un oiſeau fait comme
un merle ,qui contrefa it l'homme
à l'égard du rire , du chanter &
du fiffler , les fruits les plus eſtimés
y font les durions ;ils ont
une odeur tres- forte qui n'agrée
pas à pluſieurs, mais à l'égard du
goût il eſt tres- excellent. Ce fruit
eſt tres chaud & tres -dangereux
pour lafanté , quand on en mange
beaucoup; il ya un gros noyau,
à l'entour duquel eſt une eſpece
de creme renfermée dans une écorce
environnée de pluſieurs piquants
, & qui eft faite en pointe
de diamant ; mon goût n'a ja
mais pu s'y accommoder. La mangue
:
DU VOYAGE DE SIAM . 49
gue en ce pays-là eſt en prodigieuſe
quantité , & c'eſt le meil
leur fruit des Indes , d'un goût
exquis , n'incommodant aucunement,
àmoins que d'en manger en
trop grande quantité , alors elle
pouroit bien cauſer la fiévre ; elle
a la figure d'une amande , mais
auffi groſſe qu'une poire de Mef
fire-Jean; ſa peau eſt aſſés mince
& a la chair jaune ; le mangoûstan
eſt un fruit reſſemblant à
une noix verte , qui a dedans un
fruit blanc d'un goût aigret &
agreable , & qui approche fort
deceluide la pêche &de la prune,
il est tres- froid & reſtraintif.
LeJacques eſtun gros fruit qui
eſt bon , mais tres- chaud & indigefte
, & cauſe le flus de ventre
quand on en mange avec excés .
La nana eft preſque comme le
durion , c'eſt à dire à l'égard de
la peau ; il a au bout une courone
50
RELATION
ne de feüilles comme celle de
l'artichaud ; la chair en eſt tresbonne
& a le goût de la pêche
& de l'abricot tout enſemble ; il
eft tres-chaud & furieux ; ce qui
fait que l'on le mange ordinairement
trempé dans le vin.
La figue eſtun fruit tres -doux,
fuave&bien faiſant ; cependant
un peu flegmatique , il y en a pendant
toute l'année .
L'ate eſt un fruit doux & tresbon
, & ne fait point de mal ; il
y en a qui l'eſtiment plus que
tous les fruits des Indes. Il y a
des oranges en tres - grande
quantité de pluſieurs fortes tresbonnes
& fort douces .
La pataïe eſt un fruit tres-bon,
mais l'arbre qui le porte ne dure
que deux ans.
Il y a de toute forte d'oranges
en quantité & de tres - bon goût .
La penplemouſe eſt un fruit
tres-bon pour la ſanté à peu prés
DU VOYAGE DE SIAM . SI
comme l'orange,mais qui a un petit
goût aigret. Il y a pluſieurs
autres fruits qui ne font pas fort
bons.
On a commencé il y a quelques
années à ſemer beaucoup
de bleds dans le pays haut proche
des montagnes qui y vient
bien & eft tres - bon .
On y a planté pluſieurs fois
des vignes qui y viennent bien ,
mais qui ne peuventdurer, à cauſe
d'une eſpece de fourmy blanc
qui la mange juſqu'à la racine.
Il y a beaucoup de canes de
fucre qui rapportent extrémement
; il y a auſſi du tabac en
quantité que les Siamois mangent
avec l'arrek & la chaud .
A l'égard de l'arrek, les Siamois
eſliment ce fruit plus que tout
autre , & c'eſt leur manger ordi
naire ; il y en a une ſi grande
quantité que les marchés en
e ij
52 RELATION
font pleins , & un Siamois croiroit
faire une grande incivilité
s'il parloit à quelqu'un ſans avoir
la bouche pleine de darek , de
betel , de chaud ou de tabac .
,
Il y a grande quantité de ris
dans tout le Roïaume & à tresbon
compte ,& comme ce païs
eſt toûjours inondé , cela fait
qu'il eſt plus abondant , car le ris
ſe nourrit dans l'eau & à meſure
que l'eau croît , le ris croît pareillement
,& fil'eau croît d'un pied
en vingt-quatre heures ce qui
arrive quelquefois , le ris croît
aufli àproportion &a toûjours fa
tige au deſſus de l'eau , il ne reſte
que cinq ou fix mois au plus en
terre , il vient comme l'avoine,
Il n'y a point de ville dans l'Orient
où l'on voye plus de Nations
differentes , que dans la Ville
Capitale de Siam , & où l'on
parle de tant de langues differentes
, elle a deux lieuës de
DU VOYAGE DE SIAM .
53
tour & une demie lieuë de large,
elle eſt tres- peuplée , quoi qu'elle
ſoit preſque toûjours inondée ,
enfortequ'elle reſſemble plûtoſtà
une Ifle , il n'y a que des Maures
, des Chinois , des François
& des Anglois , qui demeurent
dans la Ville , toutes les autres
Nations eſtant logées aux environspar
camps ; c'eſt à dire chaque
nation enſemble , ſi elles estoient
affemblées elles occuperoient
autant d'eſpace que la Ville qui
eſtoit autrefois tres- marchande ,
mais les raiſons que j'ay dites cydevant
empêchent la plupartdes
Nations Etrangeres d'y venir &
d'y rien porter.
Le peuple eſt obligé de ſervir
le Roy quatre mois de l'année
regulierement , & durant toute
l'année , s'il en a beſoin ; il ne leur
donne pas un fol de paye, eſtant
obligez de ſe nourir eux-mêmes
e iij
54 RELATION
& de s'entretenir ; c'eſt ce qui
a faitque les femmes travaillent
afin de nourir leurs maris .
A l'égard des Officiers depuis
les plus grands Seigneurs de la
Cour juſqu'au plus petit du
Royaume, le Roy neleur donne
que de tres- petits appointemens,
ils font auſſi eſclaves que les autres
, & c'eſt ce qui luy épargne
beaucoup d'argent. Les Provinces
éloignées dont les habitans
ne le ſervent point actuellement,
luy payent un certain tribut par
teſte. J'arrivay dans le temps que
le pays eſtoit tout-à-fait inondé
, la Ville en paroît plus agreable,
les ruës en ſont extremement
longues , larges & fort droites,
il y a aux deux côtez des
maiſons bâties ſur des pilotis &
des arbres plantés tout à l'entour
, ce qui fait une verdeur
admirable , & on n'y peut aller
DU VOYAGE DE SIAM. 55
qu'en ballon ; en la regardant l'on
croiroit voir d'un coup d'oeil ,
une ville , une mer & une vaſte
foreſt , où l'on trouve quantité
de Pagodes qui font leurs Eglifes
, & la plupart font fort dorées,
à l'entour de ces Pagodes', il ya
comme des Cemetieres plantés
d'arbres la plupart fruitiers , les
maiſons des Talapoins font les
plus grandes& les plus belles&
font en tres-grand nombre .
Ce païs-là eſt plus ſain que les
autres des Indes ,les Siamois ſont
communément affez bien-faits ,
quoi qu'ils ayent tous le viſage
bazanné , leur taille eſt affez
grande , leurs cheveux font
noirs , ils les portent aſſez courts
àcauſe de la chaleur , ils ſe baignent
ſouvent , ce qui contribuë
àla conſervation de leur ſanté
les Europeans qui y demeurent
en font de même pour éviter les
a
e iiij
56 RELATION
maladies ; ils tiennent leurs marchés
ſur des places inondées dans
leurs balons pendant fix ou ſept
mois de l'année que l'inondation
dure.
Le Roy ſe leve du matin &
tient un grand Conſeil vers les
dix heures ,où l'on parle de toutes
fortes d'affaires, qui dure juſqu'à
midy , aprés qu'il eſt fini ſes Medecins
s'aſſemblent pour ſçavoir
l'état de ſa ſanté , & enſuite il
va dîner ; il ne fait qu'un repas
par jour , l'aprés-dînée il ſe retire
dans ſon appartement où il dort
deux ou trois heures , & l'on ne
ſçait pas à quoyil employe le reſte
dujour, n'étant permis pas même
à ſes Officiers d'entrer dans ſa
chambre . Sur les dix heures du
foir, il tient un autre Conſeil ſecret
, où il y a ſept ou huit Mandarins
de ceux qu'il favoriſe le
plus , ce Conſeil dure juſqu'à
DU VOYAGE DE SIAM . 57
minuit . Enſuite on luy lit des
hiſtoires ou des vers qui ſont faits
à leurs manieres , pour le divertir
& d'ordinaire après ce Conſeil ,
Monfieur Conſtans demeure ſeul
aveclui , auquel il parle à coeur
ouvert , comme le Roy luy trouve
un eſprit tout-à- fait vaſte , ſa
converſation luy plaît , & il luy
communique toutes ſes plus fecrettes
penſées ; il ne ſe retire
d'ordinaire qu'à trois heures aprés
minuit pour s'aller coucher , voilà
la maniere dontle Roy vît toûjours
, & de cette forte toutes les
affaires de ſon Royaume paſſent
devant luy ; dans de certains
tempsil prend plaiſir à la chaſſe ,
comme j'ay dit ; il aime fort les
bijoux même ceux d'émail & de
verre , il eſt toûjours fort proprement
vêtu , il n'a d'enfans qu'une
fille , que l'on appelle la Princef
ſeReyne , âgée d'environ vingt58
RELATION
fept ou vingt-huit ans le Roi
l'aime beaucoup , on m'a dit qu'elle
étoit bien faite ; mais jamais les
hommes ne la voyent, elle mange
dans le même lieu & à même
tems que le Roy,mais à une table
feparée ; & ce ſont des femmes
qui les ſervent qui ſont toûjours
proſternées.
Cette Princeſſe a ſa Cour compoſéedes
femmes des Mandarins
qui la voyent tous les jours , &
elletientConſeil avec ſes femmes
de toutes ſes affaires , elle rend
juſticeà ceux qui luy appartiennent
, &leRoy luy ayant donné
desProvinces dont elle tire le revenu&
en entretient fa Maiſon ,
elle a ſes châtimens & exerce la
juſtice. Il y eſt arrivé quelquefois
que lorſque quelques femmes de
ſamaiſon ont eſté convaincuës de
mediſances d'extrême confideration
, ou d'avoir revelé des ſecrets
DU VOYAGE DE SIAM. 59
de tres-grende importance , elle
leur a fait coudre la bouche .
Avant la mort de la Reyne ſa
mere, elle avoit à ce que l'on dit
du penchant à faire punir avec
plus de ſeverité , mais du depuis
qu'elle l'a perduë elle en uſe avec
beaucoup plus de douceur ; elle
va quelquefois àla chaſſe avec le
Roy , mais c'eſt dans une fort
belle chaiſe placée ſur un Elephant
& où quoy qu'on ne la
voye point elle voit neanmoins
tout ce qui s'y paſſe. Il y a des Cavaliers
qui marchent devant elle
pour faire retirer le monde , & fi
par hazard il ſe trouvoit quelque
homme ſur ſon chemin qui ne pût
pas ſe retirer,il ſe proſterne en terre
& luy tourne le dos. Elle eſt
tout le jour enfermée avec ſes
femmes ne ſe divertiſſantà faire
aucun ouvrage , ſon habillement
eſt affez ſimple & fort leger , elle
60 RELATION'
eſt nuë jambe , elle a à ſes pieds
des petites mulles ſans talons
d'un autre façon que celles de
France ; ce qui lui fertdejuppe eſt
une piece d'étoffe de ſoye ou de
coton qu'on appelle paigne , qui
l'enveloppe depuis la ceinture
en bas & s'atrache par les deux
bouts, qui n'eſt point plicée , de
la ſceinture en haut elle n'a rien
qu'une chemiſe de mouſſeline
qui luy tombe deſſus cette maniere
de juppe , & qui eſt faite
de meſme que celle des hommes,
elle a une écharpe fur la gorge
qui luy couvre le col & qui paffe
par deſſous les bras , elle eſt toûjours
nuë teſte , & n'a pas les
cheveux plus longs que de quatre
ou cinq doigts , ils lui font comme
une tête naiſſante ; elle aime
fort les odeurs , elle fe met de
P'huileà la teſte ; car il faut en ces
lieux-là que les cheveux foient
DU VOYAGE DE SIAM . 61
luifans , pour eſtre beaux , elle
ſe baigne tous les jours meſme
plus d'une fois qui eſt la coûtume
de toutes les Indes , tant à l'égard
deshommes quedes femmes ;j'ay
apris tout ceci de Madame Conſtans
qui va ſouvent luy faire ſa
Cour. Toutes les femmes qui
font dans ſa Chambre ſont toûjours
proſternées & par rang ,
c'eſt à dire les plus vieilles ſont
les plus proches d'elle , & elles
ont la liberté de regarder la Princeffe
, ce que les hommes n'ont
point avec le Roy de quelque
qualité qu'ils foient , car tant
qu'ils font devant luy , ils ſont
profternez & meſme en luy parlant.
Le Roy a deux freres , les freres
du Roy heritent de la Couronne
de Siam preferablement à
fes enfans . Quand le Roy fort
pour aller à la Chaſſe ou à la
62 RELATION
promenade, on fait avertir tous
les Européens de ne ſe point trouver
ſur ſon chemin , à moins qu'ils
ne veulent ſe profterner un moment:
avant qu'il forte de fon Palais
on entend des trompettes &
des tambours qui avertiſſent &
qui marchent devant le Roy , à
ce bruit les Soldats qui font en
haye ſe proſternent le front contre
terre & tiennent leurs moufquets
ſous eux ; ils font en cette
poſture autant de temps que
le Roy les peut voirde deſſus ſon
Elephant , où il eſt aſſis dans une
chaiſe d'or couverte , la garde à
cheval qui l'accompagne & qui
eſt compoſée de Maures eſt environ
quarante Maiſtres marchant
fur les aîles ; toute la Maiſon du
Roy eſt à pied devant , derriere
&à côté , tenant les mains jointes,&
elle le ſuit de cette maniere.
Il y a quelques Mandarins des
DUVOYAGE DE SIAM. 63
principaux qui le fuivent ſur des
Elephans , dix ou douze Officiers
qui portent de grands paraſſols
tout à l'entour du Roy , & il n'y
a que ceux- là qui ne ſe proſternent
point ; car dés le moment
que le Roy s'arreſte tous les autres
ſe proſternent , & mefme
ceux qui ſont ſur les Elephans.
Quant à la maniere que le Roy
de Siam obſerve à la reception
des Ambaſſadeurs , comme ceux
de la Cochinchine , de Tonquin,
de Colconda , des Malais , de
Java & des autres Roys , il les
reçoit dans une Salle couverte de
tapis , les grands & principaux
du Roïaume font dans une autre
ſalleun peu plus baffe , & les autres
Officiers de moindre qualité
dans une autre ſalle encore plus
baſſe, tous proſternés ſur des tapis
en attendant que le Roy pa
64 RELATION
roiſſe par une feneſtre qui eſt visà-
vis; la ſalle où doivent eſtre les
Ambaſſadeurs eſt élevée d'environ
dix ou douze pieds & diſtante
de cette falle de trente pieds ;
l'on ſçait que le Roy va paroître
par le bruit des trompettes , des
tambours & des autres Inſtrumens
; les Ambaſſadeurs font derriere
une muraille qui renferme
cette ſalle qui attendent la fortie
du Roy , & ordre des Miniſtres
que le Roy envoye appeller par
un des Officiers de ſa Chambre,
ſuivant la qualité des Ambaſſadeurs
, & fes Officiers fervent en
telles occaſions; aprés queles Miniſtres
ont la permiffion du Roy
on ouvre la porte de la ſalle &
auſſi- tôt les Ambaſſadeurs paroifſent
avec leur Interprete , &
l'Officier de la Chambre du Roi
qui ſert de Maiſtre de Ceremonies&
marchent devant eux profternez
DU VOYAGE DE SIAM. 65
ternez ſur des tapis qui ſont ſur
la terre , faiſant trois reverences
la teſte en bas à leur maniere
aprés quoy le Maiſtre des Ceremonie
marche à genoux les mains
jointes , l'Ambaſſadeur avec fes
Interprettes le ſuit en la même
poſture avec beaucoup de modeſtie
juſques au milieu de la
diſtance d'où il doit aller , & fait
trois reverences en la meſme forme
; il continue à marcher jufqu'au
coin le plus proche des falles
où les Grands font , & il recommence
à faire des reverences
où il s'arrête ; il y a une table
entre le Roy & l'Ambaſſadeur ,
diſtante de huit pieds , où ſont
les preſens que l'Ambaſſadeur apporte
au Roy , & entre cette table
& les Ambaſſadeurs il ya un
Mandarin qui reçoit les paroles
de ſa Majesté , & dans cette Salle
ſont les Miniſtres du Roy diff
66 RELATION
tants de l'Ambaſſadeur d'environ
trois pas , & le Capitaine qui
gouverne la Nation d'où eſt l'Ambaffadeur
eft entre luy & les Miniſtres
; le Roy commence à parler
le premier & non l'Ambaffadeur
, ordonnant à ſes Miniſtres
de s'informer de l'Ambaffadeur
quand il eſt party de la preſence
duRoy ſon Maiſtre , file Roy
& toute la famille Royale eſtoit
en ſanté , auquel l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt par fon Interprete
, l'Interprete le dit au
Capitaine de la Nation d'où eſt
l'Ambaſſadeur , le Capitaine au
Barcalon & leBarcalon au Roy.
Aprés cela le Roy fait quelque
demande fur deux ou trois points
concernant l'Ambaſſadeur ; enfuitele
Roy ordonne à l'Officier
qui eſt proche la table de donner
du betel àl'Ambaſſadeur , ce
qui ſert de ſignal pour que l'on
DU VOYAGE DE SIAM. 67
luy preſente une veſte , & incontinent
le Roy ſe retire au bruit
des tambours, des trompettes&
des autres inſtrumens. La premiereAudiencede
l'Ambaſſadeur
ſe paſſe entreluy & le Ministre ,
qui examine la Lettre &les prefens
du Prince qui l'a envoyés
l'Ambaſſadeur ne preſente point
la Lettre au Roy , mais au Miniſtre
, aprés quelques jours du
Conſeil tenu ſur ce ſujet.
Quand ce font des Ambaſſadeurs
des Roys indépendans de
quelque Couronne , que ce ſoit
de ſes pays , commePerſe , grand
Mogol , l'Empereur de la Chine ,
de Japon , on les reçoit enlamaniere
ſuivanre.
Les Grands du premier & du
ſecond Ordre vont aupied de la
feneſtre où eſt le Roy ſe proſter-:
ner ſuivant leurs qualitez ſur des
tapis , & ceux du troiſieme , quafij
68 RELATION
triéme & cinquiéme , ſont dans
une ſalle plus baffe & attendent
la fortie du Roy qui paroiſt par
une feneſtre qui eſt enfoncée
dans la muraille , & élevée de
dix pieds ; les Ambaſſadeurs font
dans un lieuhors du Palais , en
attendant le Maiſtre des Ceremonies
qui les vient recevoir , &
l'on fait les meſmes ceremonies
dont j'ay parlé cy -deſſus : l'Ambaſſadeur
entrant dans le Palais
leve les mains ſur ſa teſte & marche
entre deux Salles qu'il ya &
monte des degrez qui font visà-
vis la feneſtre où eſtle Roy , &
quand il eſtau haut il poſe un genou
en terre , & auffi-tôt on
ouvre une porte pour qu'il puiſſe
paroître devant le Roy ; enſuite
on pratique les mêmes ceremonies
qui viennent d'eſtre marquées
cy-devant. Ily a un bandege
ou plat d'or ſur la table où
DU VOYAGE DE SIAM. 69
eſt la Lettre traduite & ouverte ,
ayant été receuë par les Miniſtres
quelques jours auparavant dans
une ſalle deſtinée à cet uſage ;
quand l'Ambaſſadeur eſt dans ſa
place le Lieutenant du Miniſtre
prend laLettre& la lit tout haut;
aprés qu'il l'a leuë , le Roy fait
faire quelque demande à l'Ambaſſadeur
par ſon Miniſtre , fon
Miniſtre par le Capitaine de la
Nation , & le Capitaine par l'Interprete
, & l'Interprete enfin
parle à l'Ambaſſadeur. Ces demandes
ſont ſile Roy ſon Maître
& la famille Royale font en ſanté
, & s'il la chargé de quelqu'au
tre choſe qui ne fût pas dans la
Lettre , à quoy l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt ; leRoy luy
fait encore troisou quatre deman.
des , & donne ordre qu'on luy
donne une veſte & du betel : aprés
quoy le Roy ſe retire au bruit des
70 RELATION
tambours & des trompettes ,&
l'Ambaſſadeur reſte un peu de
temps , & ceux qui l'ont reccu
le reconduiſent juſqu'à fon logis
fans autre accompagnement ; &
comme j'appris cette manierede
recevoir les Ambaſſadeurs qui ne
me parût pas répondre à la grandeur
du Monarque de la part
de qui je venois , j'envoyay au
Roy de Siam deux Mandarins
qui estoientavec moy de ſa part ,
pour ſçavoir ce que je ſouhaitterois
, pour le prier de me faire la
mefme reception que l'on a accoûtumé
de faire en France , ce
qu'il m'accorda de la maniere
queje l'ay raconté cy-devant.
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Résumé : ETAT Du Gouvernement, des Moeurs, de la Religion, & du Commerce du Royaume de Siam, dans les pays voisins, & plusieurs autres particularités.
Le texte décrit l'organisation politique, judiciaire et sociale du Royaume de Siam. Les mandarins, responsables de la justice, se réunissent au palais royal pour entendre les requêtes. Les étrangers peuvent porter des plaintes concernant les marchandises auprès du Barcalon, premier ministre du roi, ou de son lieutenant. Le roi de Siam est décrit comme absolu et sévère, châtiant sévèrement les crimes. Les peines incluent des coups de rotte, la décapitation, et des supplices publics pour les complices de crimes capitaux. Le roi travaille intensément à des projets de construction et est favorable aux étrangers, qu'il emploie dans son service. Le roi actuel de Siam se distingue par sa volonté de se montrer à ses sujets et aux étrangers, influencé par les coutumes européennes. Il est assisté par un ministre grec, Monsieur Conftans, qui exerce une grande autorité. Les lois traditionnelles, influencées par les Talapoins, interdisent le meurtre, mais le roi actuel a introduit des peines plus sévères, comme la décapitation et la livraison aux éléphants. Le royaume de Siam est peuplé de diverses nations étrangères, chacune ayant ses officiers particuliers. Le commerce étranger a diminué en raison des troubles dans les régions voisines, mais il est espéré qu'il reprendra. Le royaume est en guerre avec plusieurs voisins, notamment les Cambogiens et le Royaume de Laos, en raison de conflits et de trahisons. Les Siamois sont décrits comme dociles et chastes, bien que les riches puissent avoir des concubines. Les mœurs varient selon les groupes ethniques, avec des différences notables entre Siamois, Pegovans, Laos, et Malais. Les étrangers présents dans le royaume incluent des Portugais, Hollandais, Anglais, Français, Cochinchinois, Tonquinois, Macassars, et Arméniens, chacun ayant des rôles et des statuts variés. Les valets sont contraints de servir les Siamois sans rémunération pendant la moitié de l'année et sont nourris à bas coût, principalement avec du riz et du poisson. Les Siamois sont souvent maçons ou charpentiers, et certains sont très habiles en sculpture et dorure, mais ils ne maîtrisent pas la peinture. Leur religion est marquée par des histoires fabuleuses et la croyance en la métempsycose, où l'âme se réincarne après la mort. Les Talapoins (moines) sont respectés et vivent de l'aumône, sans prier les divinités. Ils croient en trois grands Talapoins devenus dieux et anéantis après avoir acquis des mérites. Les navires siamois, autrefois similaires aux navires chinois appelés 'Sommes', ont été modernisés avec des vaisseaux européens. Le roi de Siam possède environ cinquante galères pour protéger la rivière et la côte, avec des rameurs soldats et des navigateurs principalement mores, chinois et malabars. Les commandants des navires sont souvent anglais ou français. Le commerce de Siam est vaste et diversifié, avec des échanges réguliers avec la Chine, le Japon, le Tonquin, et d'autres régions. Le royaume s'étend sur près de trois cents lieues et est divisé en onze provinces, chacune ayant autrefois été un royaume indépendant mais maintenant sous la domination du roi de Siam. La capitale est située sur une grande rivière, permettant aux vaisseaux de naviguer jusqu'aux portes de la ville. Le territoire est fertile mais mal cultivé, avec de vastes plaines et forêts abritant divers animaux. Les fruits et plantes du Siam sont nombreux, bien que certains soient difficiles à transporter en France. Les orangers produisent en abondance des fruits de bonne qualité, mais les arbres ne durent que deux ans. La pompelmouse est également appréciée pour sa valeur nutritive. Le pays cultive du blé et du riz en grande quantité, ce dernier profitant des inondations fréquentes. Les vignes, bien que prospères, sont détruites par des fourmis blanches. Le tabac et l'arrak sont consommés en grande quantité par les Siamois. La capitale du Siam est une ville très peuplée et cosmopolite, où résident des Maures, des Chinois, des Français et des Anglais. Les habitants doivent servir le roi quatre mois par an sans rémunération, ce qui oblige les femmes à travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Le roi tient des conseils matinaux et nocturnes pour gérer les affaires du royaume. Il a une fille, la princesse, qui exerce également des fonctions judiciaires et vit recluse avec ses femmes. Les cérémonies et les audiences avec les ambassadeurs suivent des protocoles rigoureux, incluant des prosternations et des révérences. Le roi et la princesse se baignent fréquemment pour des raisons de santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1-7
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy fait tant, & de si grandes choses pour [...]
Mots clefs :
Roi, Royaume, Église, Religion chrétienne, Église, Terre, Livres, Missions
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texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
E Roy fait tant, &
de fi grandes chofes
pour l'intereft de l'Eglife
, que depuis plufieurs
années,je ne vous ay pas écrit
une feule fois ,fans vous man.
der quelque chofe de nou-
Aoust 1686.
A
1
2 MERCURE
veau fur cette matiere, toû、
jours à la gloire de cet Augufte
& Pieux Monarque .
Il n'agit pas feulement dans
fon Royaume, mais fon zele
s'étend par toute la terre,
& ce n'eft qu'en faveur de
la Religion qu'il employe
fon credit auprés de ces
grands Souverains , qui char
mez de tout ce qu'il a fait
de grand , ne luy refuſent
rien de ce qu'il demande.
Je parle mefme de ceux qui
ne font que rarement des
graces aux Rois , & jamais
aux Chreftiens , comme le
GALANT.
3
Grand Seigneur , qui vient
d'accorder au Roy tout ce
qu'il luy a demandé pour
des Religieux de la Terre-
Sainte. Que n'a - t - il point
fait dans le Royaume de
Siam , pour y établir la Religion
Chreftienne , & pour
y faire connoiftre le vray
Dieu, puis que c'eſt à cette
feule confideration qu'il a
fait la dépense d'envoyer un
Ambaffadeur avec une nombreuſe
fuite à fix mille
lieues de fon Royaume. Auffi
la Religion Chreftienne
en a non feulement reçeu
A ij
4 MERCURE
des avantages tres- conſiderables
, mais elle eft fur le
point d'en tirer encore de
plus grands , & il y a fujet
d'efperer qu'elle fera un jour
un entier progrés dans tout
tes les Indes. Pendant que
le Roy fonge à l'établir en
Orient , il s'applique à l'affermir
dans fes Etats , avec
des dépenfes qui répondent
à la grandeur de fes foins ; &
c'eft une chofe incroyable
,
que la quantité de Livres
qu'il a fait imprimer à fes
dépens , & qu'on a diſtribuez
par fon ordre à tous les nouGALANT.
5
veaux Convertis , dans toutes
les Provinces de fon
Royaume. Cela joint aux
Miffions qu'il a fait faire
preſque dans toutes les Villes
, où les Prétendus Reformez
ont efté en grand nombre,
a pour ainfi dire, converty
une feconde fois ceux
qui n'eftoient pas encore
bien affermis dans la croyance
des Veritez Catholiques ,
& je puis vous affeurer que
rien n'a mieux fait paroiftre.
le zele du Roy , ny produit
un plus grand fruit que ces
Miffions , & cette diftribu
A
iij
6 MERCURE
tion de Livres, fi propres à
éclairer lorsque l'on s'en fert
de bonne foy. En effet, pourveu
qu'on veuille examiner
ferieufement dequoy il s'agit
, fans cette prévention
aveugle , qui perd tous les
obftinez , il eft impoffible
qu'on ne fe détrompe , &
que les Erreurs où Calvin a
engagé ceux de fon Party ,
ne paroiffent manifeſtes .
C'est
par là qu'une
Dame
tres
-fpirituelle
& d'un
grand
merite
, Femme
de Mr
le
Procureur
du
Roy
de Bergerac
, a reconnu
l'eftat
déGALANT.
7
plorable , où l'a retenue longtemps
le malheur de fa naiffance.
Voïcy ce qu'elle a
écrit fur fon changement, à
une Dame de fes Parentes ,.
Femme d'un Confeiller au
Parlement de Guyenne.
de fi grandes chofes
pour l'intereft de l'Eglife
, que depuis plufieurs
années,je ne vous ay pas écrit
une feule fois ,fans vous man.
der quelque chofe de nou-
Aoust 1686.
A
1
2 MERCURE
veau fur cette matiere, toû、
jours à la gloire de cet Augufte
& Pieux Monarque .
Il n'agit pas feulement dans
fon Royaume, mais fon zele
s'étend par toute la terre,
& ce n'eft qu'en faveur de
la Religion qu'il employe
fon credit auprés de ces
grands Souverains , qui char
mez de tout ce qu'il a fait
de grand , ne luy refuſent
rien de ce qu'il demande.
Je parle mefme de ceux qui
ne font que rarement des
graces aux Rois , & jamais
aux Chreftiens , comme le
GALANT.
3
Grand Seigneur , qui vient
d'accorder au Roy tout ce
qu'il luy a demandé pour
des Religieux de la Terre-
Sainte. Que n'a - t - il point
fait dans le Royaume de
Siam , pour y établir la Religion
Chreftienne , & pour
y faire connoiftre le vray
Dieu, puis que c'eſt à cette
feule confideration qu'il a
fait la dépense d'envoyer un
Ambaffadeur avec une nombreuſe
fuite à fix mille
lieues de fon Royaume. Auffi
la Religion Chreftienne
en a non feulement reçeu
A ij
4 MERCURE
des avantages tres- conſiderables
, mais elle eft fur le
point d'en tirer encore de
plus grands , & il y a fujet
d'efperer qu'elle fera un jour
un entier progrés dans tout
tes les Indes. Pendant que
le Roy fonge à l'établir en
Orient , il s'applique à l'affermir
dans fes Etats , avec
des dépenfes qui répondent
à la grandeur de fes foins ; &
c'eft une chofe incroyable
,
que la quantité de Livres
qu'il a fait imprimer à fes
dépens , & qu'on a diſtribuez
par fon ordre à tous les nouGALANT.
5
veaux Convertis , dans toutes
les Provinces de fon
Royaume. Cela joint aux
Miffions qu'il a fait faire
preſque dans toutes les Villes
, où les Prétendus Reformez
ont efté en grand nombre,
a pour ainfi dire, converty
une feconde fois ceux
qui n'eftoient pas encore
bien affermis dans la croyance
des Veritez Catholiques ,
& je puis vous affeurer que
rien n'a mieux fait paroiftre.
le zele du Roy , ny produit
un plus grand fruit que ces
Miffions , & cette diftribu
A
iij
6 MERCURE
tion de Livres, fi propres à
éclairer lorsque l'on s'en fert
de bonne foy. En effet, pourveu
qu'on veuille examiner
ferieufement dequoy il s'agit
, fans cette prévention
aveugle , qui perd tous les
obftinez , il eft impoffible
qu'on ne fe détrompe , &
que les Erreurs où Calvin a
engagé ceux de fon Party ,
ne paroiffent manifeſtes .
C'est
par là qu'une
Dame
tres
-fpirituelle
& d'un
grand
merite
, Femme
de Mr
le
Procureur
du
Roy
de Bergerac
, a reconnu
l'eftat
déGALANT.
7
plorable , où l'a retenue longtemps
le malheur de fa naiffance.
Voïcy ce qu'elle a
écrit fur fon changement, à
une Dame de fes Parentes ,.
Femme d'un Confeiller au
Parlement de Guyenne.
Fermer
Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
En août 1686, un texte décrit les actions du roi en faveur de l'Église catholique. L'auteur, après plusieurs années de silence, souligne les nombreuses initiatives royales pour soutenir la religion. Le roi agit tant dans son royaume qu'à l'échelle mondiale, utilisant son influence auprès des grands souverains pour promouvoir la foi chrétienne. Par exemple, il a obtenu des faveurs du 'Grand Seigneur' pour des religieux en Terre Sainte et a envoyé une ambassade au Siam pour établir la religion chrétienne. En Orient, il œuvre à l'établissement de la foi, tandis qu'en Occident, il renforce la religion dans ses États par des dépenses considérables pour l'impression et la distribution de livres religieux. Ces actions, accompagnées de missions dans les villes où les protestants étaient nombreux, ont converti de nombreux nouveaux fidèles et affermi la croyance catholique. Une dame spirituelle et méritante, femme du procureur du roi à Bergerac, témoigne de son changement de foi, reconnaissant l'erreur de ses précédentes croyances calvinistes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 8-98
Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est le dessein d'une These pour le Roy, [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Roi, Louis XIV, Thèse, Monarques, Monarque, Ouvrage, Actions, Paix, 1684, 1685, Médaille, Mots, Ordre, France, Royaume, 1677, Villes, Parler, Histoire, Marquer, Détail, Événements, Paroles, Armes, Clémence, Couronne, Thèses, Conduite, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
C'est le des.
sein d'une These pour leRoy,
fait par un homme qui s'est
attaché avec tant d'exactitu
de à rechercher tout ce qui
regarde la Vie de ce Grand
Monarque, que je puis vous
aíïèurer qu'encore qu'on ait ^
tâché de l'imiter , & de le co
pier en beaucoup d'endroits,
dans des Ouvrages qu'on a
GALANT.. 9
presentez {ans avoir ose' les
rendre publics , il est l'original
de tout ce que nousavons
vû de cette nature. Le tra
vail de cet Ouvrage, ou tou
tes les dates font , est quelque
chose d'incomprehensiblej íì
je puis parler ainsi, & pour
le rendre correct, Y Auteur a
a eu besoin de toute l'applicatïon
d'un hommeauíïi zelc
qu'il lest pour le Roy. Tous
les Eloges de ce Monarque i
& rout ce qu'on a fait de son
Histoire, ne nous en sçauroient
faire si bien connoik
tre la grandeur que cet Ou
vrage , & c'est ce qui merite
une réflexion bien serieuse,
& qui jettera dans tâtonne
ment tous ceux qui voudront
la faire. Il ne s'agit que de
marquer ce qu'à fait le R.oyy
fans détail , fans raisonne
ment , & sans éloge .y & ce
pendant cette These peur
passer pour une chose prek
que impoíïîble > à cause du,
grand nombre d'Actions qu'
elle contrent.Tous les Siecle*
ne nous fòurniífënt rien de
semblable. Je purs , & je dois
le dire à la teste d'un Ouvra
ge qui n'est remply que de
GALANT, ii
Faits y. & l'on ne peut ea
voyant cela que se taire , &
demeurer dans 1 etonnement»
Je n'ay dit qu'un mot de ces
raits. là , & ce n'a mefme esté.
que d'une partie ,& j'en ay
parlé dans deux cens Volu
mes. Peut-on dire apres cela
qu'il soit aisé de faire L'HiÇ
toire du Roy , si l'on y veut
renfermer tout ce qu'il a fait
de grand ? Pour moy, je suis
persuadé qu'il faudroit un Sie
cle entier , si ion vouloit
mettre dans leur jour toutes
les actions de ee Monarque M
& que cette .Histoire pour
i2 MERCURE
roit remplir seule des Biblio
theques. Vous en ferez en
tierement convaincuè,quand
vous aurez lû l'Ouvrage sui
vant , qui sera d'une grande
utilité pour tous ceux qui
voudront travailler à cette
Histoire . & qui leur epar
gnera plusieurs annees de
recherches. Sou venez- vous ,
s'il vous plaiít , que l'Auteur
luppose ion dessein executes
& qu'il décrit la Thèse com
me si elle eítoit faite. >
DESSEIN DE L'OUVRAGE.
Les Actions immortelles
de Louis XIV. estant ad
V
GALANT, i?
mirees de touce la Terre , il
n'est pas possible de trouver
aujòurd'huy quelqu'un qui
n'en soit pas informé, & qui
puiíïè demander avec raison,
pourquoy nous appelions ce
Prince Louis le Grand ,
mais afin d'en instruire la
Posterité ,on luy dédie une
These qui pourra luy servir
de regie dans les sentimens
qu'elle doit avoir des vertus
héroïques de nostre incom
parable Monarque. Les prin
cipaux évenemens de son Re
gne depuis 1658. y sont mar
quez d'une maniere qui ne
«4 MERCURE
fera peut estre pas deíagreable.
Quoy qu'il y eust une
infinité de belles choses à di
re avant ce temps. là, on n'a
pas cru devoir remonter plus
haut , afin de ne se pas co
pier soy mesme dans d'autres
Ouvrages, où elles n'ont pas
esté oubliées ; mais plus que
tout cela , pour n'établir les
louanges de Louis le
<j r a n d que fur des actions
d'éclat , dans lesquelles il a
toujours eu la premiere part,
St afin de le suivre plus exa.
#ement depuis un âge où sa
teste / son coeur, son bras &
GALANT. y rç.
son esprit ont commencé d'a
gir de concert pour le bien
2e ses Etats. .L Histoire du
Roy est une matiere riche, &
un vaste champ ouvert à tous
ceux qui s'y voudront exer
cer! Heureux mille fois celuy
cpi le fera avec succès ! On
a cru devoir ne s'expliquer
qu'en François, soit dans les
Inscriptions , soit dans les
Conclusions historiques êc
politiques , parce qu'on a eu
four objet la satisfaction des
Perfonnes qui préferent cet
te Langue , que nos Victoi
res oat rendue si florissante
ì6 MERCURE
dans toutes les Patries du
Monde.
DES C RIPT ION
... . de la Thèse.
Le Portrait du Roy est
placé au milieu d'une Cou
ronne de laurier , relevée de
quatorze Médailles , le tout
posé fur une dépqiïille de
Lion.Quatre grands Octogo
nes avec de riches bordures
accompagnent le Portrait,
&font voir par quatre gran
des Inscriptions la gloire du
Roy dans les quatre Parties
du Monde. / ,
GALANT. 17
/. INSCRIPTION.
HEurope inutilement conjus
rce pour s opposer à la Course
wiclorieusi de LOV IS LE
GRAND, cede a U force de
fin bras , &fi njoit contrainte
£accepter là Paix , que ce Mo
narque luy accorde au milieu de
fis Victoire*.
IL INSCRIPTION.
LÌAfìc étonnée des ABions ad
mirables de la Grandeur dtp
fioy 3 recherche fin Alliance , &
députe trois fois des Ambassa
deurs du Royaume de Siam a*vec
de riches Prefins. '
Janvier 1687. B
18 MERCURE
IN SCRIPT 10m.
il Afrique humiliée par les
frequentes défaites des Corsai
res d'Alger , de Tunis , de Tri
poli, de Maroc & de Salé , que
LOUIS XIV. a punk jusque
dans leurs Portereffe* , <vient de
mander la Paix'au pied du Trô
ne de Sa Majefié.
IV. INSCRIPTION.
L Amerique owverte aux Ar
mes de LOVIS LE GRAND,
a eflé le Theatre des Victoires
qu'il a remportées Jùr Jes Bar
bares 3 & des Conqueftes qùil a
faites à S. Christophe, à Tabagoy
dans toutes leslsles Antilles.
' \
». t . '
. ' 4
19
Les quatorze Médailles
font autantde Vertus ou At
tributs du Roy , representez
par des Devises ou Emblè
mes, 8c expliquez dans l'Exerque
de chaque Médaille..
Comme les Armoiries four
nissent le corps le plus naturel
Sc le plus ordinaire des Devi
ses, on s'est fait icy une obli
gation d'en tirer quatre des'
Lys , qui composent les Ar
mes de nos Rois , quatre du;
Soleil, qui est le symbole du;
Roy , &une du Coq , qui re
presente la France.
zo MERCURE ...
/. M ED AILLE.
Le Soleil éclairant tout le
monde avec ces mots, Eclai
re sVnivers. Dans l'Exerque
pour Vertu , Sagesse.
II. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots, Que
jòn odeur efi douce ! Dans 13*
xerque, Clemence.
III. MEDAILLE.
Une Justice tenant la Ba
lance , avec ces mots , Sou
tien des Loix. Dans l'Exer
que , Justice.
IV. MED AILLE.
Un Laurier. Pour Ame ,
Chery de Minerve & de Marr.
21
Dans l'Exerque , Liberalité.
V. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots. Des
Mortels Vamour & le plaifìn
Dans l'Exerque , Èonté.
VI. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces mots ,
// commande aux Saijòns£)àn&
l'Exerque, Puissance. '
VII. MEDAILLE.
Un Coq qui a une patte
en l'air. avec ces mots , La
terreur des Lions. Dans l'Exer
que , Vigilance.
VIII. MEDAILLE,
Un double Foudre en l'air .
avec ces mots , La terreur des
22 MERCURE
Ingrats. Dans l'Exerque , fer*
metê.
IX. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces paroles,,
A qui rien ne peut refîfter.Da.ns>
l'Exerque, Force.
X. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots , Son
odeur va plus loin. Dans l'E
xerque, Gloire.
XI. MEDAILLE.
Un Foudre fur un Autel
avec ces paroles , Joûijfexde
fin repos. Dans l'Exerque,
Moderation.
, XII. MEDAILLEUne
Caíîolete fumante fur;
- GALANT. 2?
un Autel avec ces mots , La
gloire des Autels. Dans l'Exer*
que, Pieté.
XIII. MEDAILLE.
Un Lys , avec un grand
rejetton à droite ,. & trois au
tres petits à gauche, & pour
ame, NofireJiècondejpoir. Dans
l'Exerque , Bonheur.
XIV. MEDAILLE.
Un Soleil qui parcourt le
Zodiaque, avec ces mots , //
ne peut sarrefter. Dans l'Exer-.
que , Vaillance.
Dans le milieu de la bor
dure, au bas du Portrait, font
les Armes de Sa Majeste' en
H MERCURE
tourées des deux Colliers des
Ordres de Saint Michel & du
Saint Esprit, & ornées de Gui
dons, d'Etendards, & de Tro
phees , qui jettent des bran
ches d'Olive , pour marquer
la Clemence de ce Prince ,
qui a bien voulu donner la
Paix au milieu de ses Victoi
res. Il y a deux grandes Trom
pettes qui accompagnent la
Couronne , avec deux aifles
qui s'étendent de chaque costé
, pour porter les Armes
de Louis le Grand ju£
ques aux extrémitez du mon
de. Tous ces ornemens qui
fonc
.GALANT, n
font le haut de la These, sonc
soutenus dune table d'atten
te , ou parement irregulier
d'Architecture d'un ordre
Composite , avec la Corni
che, sa Frise, son Architra
ve , Colomnes , Pilastres ,
Chapiteaux , Piedestaux &c
Baies. Un grand Cartouche
posé sur le milieu de la Frise,
contient ces mots , A L A
POSTERITE'. Le grand
Quadre destiné pour les The.
ses , est échaneré par le bas ,
& pôle entre les Pilastres. U
contient quatorze Theses ou
Conclusions , qui répondent
Janvier 1687. C
26 MERCURE
par ordre aux quatorze Me
dailles , & qui prouvent cha
que Vertu ou Attribut du
Roy. C'est: par cette raison
qu'on s'est attaché à com
mencer la plufpart des Con
clusions par les paroles de la
Devise qu'elles, justifient.
Comme les Theses font le
principal fondement de tout
cet Ouvrage , on croit devoir
en expliquer la conduite su.
vec un peu plus de détail. Le
stileen est assez particulier,
mais cette Philosophie que
nous donnons n'estant pas
ordinaire, & ne faisant que
GALANT. 27
de haistre , elie s'est trouvée
capable de toutes les formes
cju/on a. voulu luy donner.
Certaines expressions de Poe
sie , & d'autres libertez qu'on
ne prendroit pas ailleurs, en
ont rendu les Propositions
courtes & ferrees en des
endroits , & plus étendues
en,* d'autres, Tout cela est
permis en cette occasion, ou
l'on doit dire beaucoup de
choses en peu de paroles. On
peut inesme. parler Ecolier, si
cette expression m'est permi
se , pourveu qu'on le faíïè
pour exprimer plus naturel-
Cij
28 MERCURE .;
lement les opinions que l'on
propose. Nous n'avons pû
nous dispenser d'employer
des chifres pour marquer les
jours & les années de plu
sieurs évenemens. Cela n'est
pas íàns exemple, puis que
nous voyons tanc de Theses
remplies de semblables chi
fres. Cependant on ne l'a fais
que lors que les Actions du
Roy ne íònt pas marquées
dans les autresMédailles donc
nous parlerons dans la fuites
Cette Chronologie a sonutúj
lité, & le Public ne sera peut,
eítre pas fâché de. la tçouyer
GALANT, zf
observée dans cet Ouvrage
avec assez de íòin. Les The-t
ses ont pour Titre \
HtftQrtques&Polittqucs.
.,' Q13ESTION* ;
Qui devez - vous estimer Ic
plus Gi."and de tous les
Monarques de la Terreî
1 CONCLVSION.
LOVIS XIV. donné de
^Dieu d une maniere mira*
culeajè, éclaire Y Univers par
les rayons éclatans de fa SageC
C iij
?o MERCURE
se. Cette Vertu parut en luy
beaucoup de temps avant Vâge
ordinaire. Peut-on dire qu'il ait
manqué une feule fois a prevoir
jusqu'aux moindre* évenemens
dans tout ce qu'il a entrepris f
Qùon montre un Monarque plus
exaBa remplir J&s obligations
mieux reglé dans fa conduite ,
& plus àjjìdu au gouvernement
defm Etat. Cet Augnfte Prince
également habile dans la 'Taix
& dans la Guerre, efi l ame de
Jon Cabinet. Ses secretsfmt im
penetrable*. Il donne autant
dorades o."n de réponses &
. fréfire dwertijjimens íes
GALANT.; ?t
plm innocens au travail quil
devore , pour ainfi dire , afin de
Jòuìagerjon Peuple. Considere^
ay ec quelle Sagesfè il commença,
par le reglement de ses Finan
ces. Ensuite ayant racheté Dunquerque
, il o/la aux Etrangers le
seul Port qui leur reftoit em
France, & aux Corsaires une
ancienne retraite. Compare^ nos
Troupes d aujourdhuy a<vec cel
le* de* Regnes précedens ;faites
reflexion fur le discernement
qu il a dans le choix de ceux qui
le fervent , fur la force & fur
t étendue de fòn Genie. Voye^i
Le hel ordre quil a étably dans>
G nij,
ji MERCURE
toutfin Royaume, & vommac*
cordere^facilement que Lo ii i s.
XIV. eít le plus Sage de tous
les Monarques de la Terre.
//.
G)umd le R jy paroifl armé,
cefipour obliger des Ennemis a
profiter de fi Clemence. Telle
fut la Bataille des Dunes qui fit
conclure la Paix des Pirenées.
Combien de f'is LOUIS a-t.il
épargn é kfxng des Vaincus ? Sa
Clemence empefiha le Sac de
Vtlencienncs , (1677. ) Sans elle
Alger Tunis , Tripoli , Genes ,
& tant £autres Places auroient
esté des bûchers de viçîimes deuë.s
GALANT
a la jufiice defis Armes. Amster
dam , la Haye , & le rcfie de la
Hollande defilée ( 1672.) & mefi
me tonte l Europe firoit encore
un Theatre de feu & desang, fi
ce Grand Prince nefi suft (vain
cu luy.mcfme , ôf s il nefi fuft
arrcfié au milieu de fis Victoi
res , enforçant les Ennemis d ac
cepter la Paix , & enfiúte une
Trêve de vingt ans , aprés en
avoir prescrit l&$ conditions >
qui ont rendu le repos a l Eglifii
& qui font avoûer que
Loiiis XIV. est le plus Paci
fique de cous les Monarques,
de k Terre..
34 MERCURE
///.
> // Joûtient les Loix par la
Justice de fis Ordonnames &
defis Edits. Lific^fin Code, qui i
fuit la reg'e de nos Juges. Ad
mire^ t®m les Arrefis que ce
Monarque a rendus, comme il a
puny les Due'difics , les Empoi
sonneurs ( 1676. ) & les Vfiirim
(168.0. ) Que dites-vous de
ce bel ordre étably pourl' AdmL
nifiration de U Justice } Mon^
trex^moy un Etat ou la Police
soit mieux reglée qùen France, j
Le Roy a-t-il jamais accordé ou
refusé aucune grace quilne fuft ,
Jujk d'accorder ou. de refuser ï
GALANT. #
Mais quand <vous <vous Jouvien^
drev^qùila jugé luy-mefme con
tre Jes propres interefis dans
. lajp ire du Vofé [ufto. ] dit&
^Loiiis XIV. est le plus
Juste de rousles Monarques,
de la Terre.
IV.
Poureflre chery de Miner
ve & de Mars , /'/ faut proteger
les beaux Arts, & récompenser
dignement les Vertus militaires*.
Nos Muses donneront des loiian*
ges éternelles à Sa Majefiépour
avoirflit baflir l Observatoire,
pris la protection de l Academie
Françoise [ 1672. ] institué celles
îá MERCURH
deSoijs.ns, d' Arles, de N(/mes,
de Villefranche^ d Amiens. Le
Journal des Sqavans, qui a com
mencé en 1660 efi deua lamour
que cette protection a injpirée
pour les belles connoijfmces j &
le Mercure G4.Ia.nt qui a com.,
mencé en 1677. efi un fruit de
la grandeur de ses AíTions , qui
en fournijfent la matiere. II a.
ctably l Academie Royale des
Arts & des Sciences > celles de
Peinture & de Sculpture , les
Ecoles de Droit Civil a Parti ,
[ 1679. ] & de Droit François
par tout le Royaume [ 168 1. ]
Combien d habiles Ouvriers en~
GALANT, v
tretenus pour des Ouvrages ra
res au Us ont portes a la dernie-
» re perfiction ! Faites reflexion
Jur le grand nombre de Scavans
qui Jont dans ce Royaume , &
Jur la politejfe que ion y remar
que depuis vingt ans. Admire,z.
la Magnificence de ce Prince
dans l EntréeJolcmnelle quilfit
a la Reyne fin Epousé le 2.6.
Aouft 1660. Confidences Cours,
les Rampars, les Arcs de Triom
phe , l Edifice du Pont Royal ,
les belles Fontaines , iélargisse
ment des Rues , le Quay de la
Riviere , &lesauprcs ornemens
ajoutez, à la Ville de Paris, ^ue
>
?8 MERCURE
penfczjvous des Bafiimens su
perbes de toutes les Maisons
Roydes , de ceux du Louvre &
de ceux de Ver/ailles , qui peut
paffer pour une huitième Merveille
du mondes Voye\ les belles
dépenses que LOUIS LE
CRAND a faites dans les Car
rousels de i«6i. 1685. & l686. h*
Di'vertijsemens de f Isle enchan
tée &de la Paix,avec les grands
Balets , les Machinessurprenan
tes . & les representations des
Opera , fins parier de la richejfe
de fis Meubles & de la ma
gnificence de fa Cour. Mais fur
tout , accorde^- mqy que cefi
GALANT. ?9
dans ce Royaume que les vrais
services de la Noblejfe font re~
connus par le rétablissement de
I Ordre de S. Lazare [1673.]/^
I Institution des Compagnies des
jeunes Gentilshommes [ i68z] £5?
par la fondation de la Maifin
Royale des Dames & DcmoifèL
les de Saint Cyr [ 1686. ] Les
vieux Soldats j ou ceux qui ont
efié cfiropie^ dans le service ,
/ont nourris &Joulage^le reste
de leur vie dans t Hoftel Royal
des Invalides , fondé le 14. lé
vrier 1671. Donc Loiiis XIV.
est le plus Magnifique & le.
plus Liberal de tous les Mo4o
MERCURE.
mrques de la Terre.
V.
LeRqyefl Y Amour & le Plai
sir defin Peuple , dont il efìle
Pere.. Sçavez^vous le grand
nombre de Places quil a bien
voulu rendre en consideration de
la Paix,&'avec combien de bontéila
remis aux Espagnols trois
millions cinq cens mille livres
qu ils luy devoientpour les Con
tributions de la Flandre ( 1684 )
& comme il leur a rendu deux
gros Calions quils avoicntjuftement
perdus dans une défaite en
1686 ì LOVIS L E GR AND
a délivré jusqu'à pesent plus
GMAKs. 4v
de ijra&. Esclaves defis SujetsT
€^ de differentes Nations à Ât~
ger , outre les 600. qùtl aura, de
Tripoli , ffî tous ceux qùildoir
retirer de Tunis (d?- de Maroc..
tiy a plus ; fa bonté luy a fait
dïmnmr les Tailles de trois:
millions prés de 5 00. mille Uvres:
( 1684, ) donner de grandes som
mes pour occuper les Pauvres h
des Travaux aujfí utiles a leur'
Misere qua Vornement des Vil^
les ( 1685. .) fairè des chantes
considerables pendant lafkmnè.
de 166 1. fç) le grand Hiver"
{ 1684. ) & une diminution tres±.
grande four fis Droits fur Us
s Janvier 16S7» I>
ai MERCURE
bled. ( 1685. ) Ses mains RoyaU
les occupées à porter le Sceptre ,
n ont pas dedaigne' depuis fix
ansde composer des Remedespour
le fiulagement , fé) la guerison
deses Sujets ; & de leur en don
ner luy-mesme les secrets qùil d
publie^depuis peu, {g) quilrìavoit
achete^ que pour fin Peu
ple. N oublie^pas encore cetar-.
trfice benin dont il 'vient de Je
sèrqjir ,pour cacher a toute fi.
Famille Royale 0, àfin Royau
me une maladie qui le tourmentoit
, afin de nous épargner l in
quietude g) la douleur de fia-
*vQtr un fi bon Prince dans
4?
les peines.^ Reconnoipz dom'
de bonne.fy qu il merite mieux.
le nom de tres bon que cetËm-.
pereur Romain a qui on le decerna
5 puisque LOUIS XIV.'
vray Pere de la Patrie , est le
plus Aimable &. le Meilleur
de tous les Monarques de la'.
Terre.
VI.
Il commande aux Saisons ,4
lors qu 'il trouve le moyen de'
faire la Guerre au milieu de'
L Hiver. Qui pourra comme luy '
parvenir a cette puiflànce, d as-
Jteger en me/me temps quatre'
Villes tres-fortes [ \6yz. ) & de
D ijj ~
A4 MERCURE
faire recevoir ses Loix en un
mcfme jour a deux Places auffp
considerables que Strasbourg fg)
Ca%al ? Jl a dompté les Jroquois
( i66j. ) & reduit en fìx jours
les Algeriens ,quetout le Regne
de f Empereur ChaHes-Quint avecfa
fortune n eut pas feule~
ment le pouvoir d'intimider.
N a.t il pas contraint les Corfaires
de Tripoli , de Maroc y
de Tunis , de Salé , avec ceux
de Majorque .{ 1681. ) aprés le
avoirfournis , de refpeûer nos
Vaisseaux , fg) de rendre tous nos
Esclaves ? Conjïdere^ce que cest
que de joindre les deux Mers e»
í GALANT. 45
Languedoc par un Canal long
de 64. lieues , commencé le 16*.
Avril 166-7. (ë>r acheve dans le
y me/me mois de l année 1681. Tau
re confiruire l Acqucduc de
Maintenon pour la conduite des
Eaux de la Riviere d'Eure ,
( 1685. ) d°nt ïédifice Jurpajfe
tout Ce que les Romains ont en~
trepris de semblable. Cefi la
puiíïànce du Roy qui Va fait
triompherfur Mer des Anglçis
en 1666. des Hollandois le sep*
tiéme Juin 167.2,. & encore
deux fois de la me/me Na»
tion en 1673. ft) a Stromboli ,
*n Sicile , { Janvier 1676. ) des
4* MERCURE
Ejpagnols , fg) des Hollandais
devant Augufia le n. Avril
suivant , ou le fameux Ruiter
qui commandoit fut blessé à,
mort , le deuxième Juin de Id
mcjme Année devant Palerme ,
ou l on remporta la plus glorieu
se Victoire de Mer qui se fòit
veuè depuis la Bataille de Le
sante ì les Plotés d. Espagne @p
de Hollande ayant efié défaites 3
& ensuite brûlées clans le Port ,
dont le miserable. rejle fut vain
cu le 3. Mars 1677. a Tabago
dans l Amerique. Dom LOUIS
XI V. est le plus Puissant de
'tous les. Monarques de la
Terre.
-GALANT. 47.
.'.y vil
La terreur des Lyons , ccfl
cette vigikfvre qui fait <voir
le Roy , le premier à la tefie da
ses Aimées > moissonner des Pal
mes fg) des Lauriers avant que
le Printemps nous donne des
fleurs. G efi encore cette applica
tion exacte fç) reguliere a gou
verner par luy-mefme , q) À
tenir tous les jours ses Conseils.
Lefoin qùilprend de connoifire
Jès Officiers , de Jefaire rendre
compte de tout , (gf de prévoir
dans le détail a mille choses qui
rendent ïexecution de desordres
plusfacile ft) plusprompte. N'a
48 MERCORjE
vons-nous pas veu baflir une- *
Gídere en dix heures f ( 1679. )
N efi.ce pas par les fins de Sa
Majestéau ily a tant de Gardes. .
fç) d illuminations , pour lafu
reté de Paris ? On lu.y doitauffí
r établijfcment des Compagnies
des Indes Orientales (d?. Occidentales
, (efr de plusieurs belles
Manufactures ) une Compagnie
de Guinée1 ( 1685. ) avec beau
coup d autres avantages procures
à ce Royaume , poury faire fle»\
rir le Commerce avec succes La,
Navigation efiparvenue à une
telle perfection cheries François>
paria, vigilance de LOVÎS LR
GRAND»
GALANT. 49
CRAND y que les autres Na
tions rapprennent de nous. Tou
tes nos Provinces ont acquis la
/curetépar la bonté des Torts de
Merspur les armeniens des F'lo
tes , par lafortification des Villes
frontieres parla construction
'de Saar-Louis , d Huningue , g)
de Mon.Louis , fins parler de
tant de fortes Citadelles baflies
par les Ordres de LOUIS X IV.
ìe plus Vigilant de tous les
Monarques de la Terre.
VIJL
L0V1S prend quelque fois
le foudre en main y pour punir
les ingrats, pour maintenir les
Janvier 1687. E
T° MFRCURE
drain de fa Couronne , fg)pour
rvur.ger la foy publique , (d?- le
droit des gens violes ( 1674. )
dans lAjJemblée de Cologne. Si
la Garde Corse a la temerité
d'attaquer un Minifite Public,
le Ry fîsait en tirer la/àtisfa~
Síijn deu'è afa dignité ^obtenant
tout ce qu'il pouroit pretendre .,
par le traité de Vise conclu le íiì
Mars 1664. avantage ont
remporté les Espagnols en reffini
U pìts a noftrç JmbajC
fadeur a Londres ( 1661. ) fnon
d'avoir efié oblige\depuis a déc
'arerpubliquùmnt qu'ils cedent
par tout la préfëAme aux Bran
GALANT, v
cjmviïe íeurK^pïrkiénfpBsf Á
qttoy bon troubles leï Wibitdns
<£ Andxye \ ^) donner fant ; de
ra^fiùtâ.rfitgàtàiïsû T.rdacé
potier é%ká" de coùctúre ïaffàre
êe £ÌPnduttê fc'efioitpour fiire
ítòarSfc tohte ^Eiïïope ; t^itè U
éRWWb si/fisst p wmdntekir
jfòn titre de Duc de Rmr~
g.gnâ": t tûìó.ï) pour remettre
Jtsv:S*jeù en pòjpjfià ÏÏe UVcf,
chf{\tô$ pourfdre trembler
tmte . tífpÁgne en tenant une
grmde Vhttè bloquéè devant
ôadix ( Í68&.v ) Le Turc a <veu les
Eij
y. MERCURE
Corsaires de Tripofy poursuivis
fç) battusjusque dans le Port de
Chío \ 168 1. ) @r nostre Vlotte
^ victorieuse menaçant les Dar da
nelles , porter lépouvante jus
que dans le coeur de fin Em
pire. Ces preuves de la fermeté
du Roy , (gf. la vigueur de fin.
Ministre en 1677. 1680.(^-1681*
ont obligé le Sultan d'accorder le
Sopha à noftre Ambassadeur , ft)
d'autres Privileges pour la Re
ligion Catholique , ce qui fait
voir qu'il estime davantage
LOVJS LE GRAND que tous
les autres Monarques ensemble.
Jtfvs Allier ont aujst goûté les
GALANT. <î
fruits defa ferme ré , lors qu'il
leur a fit. rendre (1679. ) les
Villes (§>?> les Provinces qu'ils
avoient perdues pendant la,
Guerre ; toute f Europe vient
de recònnoiftre par la réunion de
-' plus de xoo. Villes famées ,.
800. grés Bourgs ffi 3000.
Villages ujurpe^jur la France
pendant les 'Revolutions de ce
Royaume , que LOUIS XIV.
est le plus ferme de tous les
Monarques à maintenir les
droits de sa Couronne.
Rien ne peut resister à la
íbree d'un Roy Invincible „
Eiij,
qui s'efi fut, luy, me/me une
routeJm le Rhin , mal.?iéjò%
extrême largeur *Jk rapidite Cs*
f profondeur ; metuint en der
r.ute une Armée qui <voulokJuy
,eu disputer le píjf^ge. * Tohyii ,
& qui fut contrainte de le luy
ahj^donn£î{ Le it. Juin. i6,7*.f
incomparable Mcfos a fins
&ej- beMwjèwnt plus de
Guerres , gagnéplus de 6p. B%-
t^ïlks ou Combats s bordéde$f
Cûnquefies le&hin ,le Viyahai'i
la Moselle , U Meuse \ íljfel i
la Lys , lFfiut , &f pris plus
4e 6oo. Villes par Sieges ^ TfaL
t&L o ou pifoteçftm. Aprés m fi
GALANT.' vf,
grand nombre de Con^uefiês ,
que d/tes^vms de & force' des
Places , les çriyczjvms imprena
bles f Je <vous oppojèray aujfìtjfl
Dunquerque s le Fort de
Schein, M.ifircic, Valenàennesy
Cambray, Suint Orner , Tpres ,
Puioerda., Strasbourg , Luxem
bourg , & tant, dautres que
vous voyez^parmy les Conquefies
d un Roy toujours le plus fort.
Voulczc^vous au contrairefiûtenir
quïl rìy a. point de Villes
qu'on ne puijfe prendre ? Sans
doute vous ave^mblié que nos
Ennemis ont levé le Siege de
vant Voêrden , & devant Char—
E ÌÌÌj'
*s MERCURE
leroy , ( 1672.. ) devant Oudenxrde
qu'ils affiegeoient avec>
trois Armées , ( Septembre
1674. J devant Haguenau
Saverne ( 1675. ) devant Augufla
en Scicilc [ Janvier ] de
vant Mzftreic le vj. Aoujl 1676.
& devant Chxrlcny le 14. Aouft
1677. Accordons-nous , ffi dïfms
qu'il n'y a point de Villes
imprenables fi Louis les attaque,
& qu'elles ne peuvent efirefor
cées lorsqu'il les dcffend. Vous
Jçave^ auffi que nofire Vlotte
Vichrieufe a toujours battu cel
les de nos Ennemis ; m iis e:iffìe%r
vuus cru , fi toute U terre ne
GALANT, r?
meus en affeuroit que le braie
d'Erlingue avec fin seul Vais
seau \ euft osé livrer le Combat
à 37. Galeres tant Espagnole?
que Genoises [ 1684. ] qu'a
pres les avoir battues , $~ leur
avoir tué zooo hsmmes 3 // cufi
pu heureusement fi retiret danr
son Port. Donc LOUIS XIV.
est: le plus fort de tous les Mo
narques de. la Terre..
X. •
Dans ler Panegyriques des
LOVIS LE GRAND , je pje*
fire toujours la vetité toute/im
pie , a la figure aux Allegotics.
le Juif donc, entierement
$ MF.RCURïï
perju.idé qUilJuffit icy d'ejì.iblir
sa ?\oirc Jurjes propres actions
(d/-sûr des sits connus de toute
l Europe. Jgui osera nier que
f Empereur n ait eu befitn du
secours de France , [ 1664. ]
poursuivcrh Hongrie & toute
s Allemagne qui allait devenir U
proye des Ottamms ì Le Grand
Duc de Mswie a recherché
í Alliance du Roy par ses Am.
b.jfideurs [ i66g & 1*81, }fEm*
percur des Turcs [ 1669. ] un Roy
de Guinée [ 1670. ] t§jr le Roy
de Si^msiit voir par des Presens
magnifiques , @r par trois
Ambajjudes qùi[ envoye du miGALANT
S9
lieu de l Asie, [ i6Sì. ] OMre
1684. &.\en Aoufi 1686. quelle,
efiìme il fut de LOUIS LE
ÇK AND . Ce Prince qui nefi
fin da jcctte cflïme que pour le
bien de la Religion y ria. t-ilpas
feu nn Souverain à fis genoux ?
[ifSf. ] (&y lun defis Gene
reux donner un Pzjjcpon le 2.4.
Septembre 1677. à l Aimée En
nemie beaucoupplus nofnbreufi
qW U nafire , pourfirtir d'un
lieu, oà'eUe benoit de fifiuver, .
nprés avo'.T efié b&ttuë ? Le
grffld Gufîoe<ze qui appeUoit il
y.tì 56 Ans les Autres Monarquesy
des Roitelets en' comparaism dfk
6o MERCURE .
Roy de France 3 s'il vivait au~
sourd huy , ne diroit ilpas avec
nous que la Gloire de LOUIS
XIV. ne peut avoir de bornes*
& que c'eír. avec justice qu'iî
est le plus estimé de tous les
Monarques de la Terre ?
XI.
Joiiiíïèz de son repos, Frìnces
inutilement jaloux d'une
grandeur à laquelle vous' «?
parviendre^jamaìs. L'on a re
fusé les Secours qu il offroit fi
genereusement ; mais fans luy on
n'a pu aller à. la Victoire , puis,
qu'il cflint le Maifire du chemin
qui vonsy acmdmts. Les droits.
' ".GALANT, rît
que ce Prince avoitjur le PaUtinat,
oni.ils esté capables de le
tenter ? Point du tout. Jl a cher,
ché les tvoycs de douceur , ^) fi
dele dans la parole qu'il avoit
donnée de ne point agir, il a
cedé fis propres avantages pour
ne pas interrompre le cours des
zostres. Jgui peut dire qu'il fa
jamais veu en colere ? Ennemy
des loila nges fg) de la flatterie ,
toujours affííble , toujours pa
tient , & le plus moderé de
tous les Monarques.
XII.
La gloire des Autels, c est la
Pieté dont LOVIS LE
MERCURE
€ R A N D, a donné, (èfy* dón±
m feus les jours de fi grandi
exemples. S efi-ilfirwy defèsú.i
wantages k>rs> quïl a <veu l!Allei
vtagne embarajfci t$mébàìùm
pás. a ft moderation een.x que
'vous avez remportez: en Hon
grie* Cefile Beffwfîtfhde^^E*
glija , le VviMfàjcr des. yEv<fl
qu.es , & le Defiruffeurde l'He*
refie. Il a fmi nf de grande?
fimmes. aux Venitiens. (1658. )
pour sûre la Çttdrre. .qu'ils'
efloient obligez defmtenir. H à
proscrit les Blasphèmes & les
Inipietcz^parfis Déclarations &
Edks de 1665. 1667* q) t6?y}
GALANT. 61
V Eglise cl recoww éfa premiere
tranquilîté fr les Jèntimens &
Jur les points delicats de la Re
ligion , par les Joins de ce Mo
narque qui a envoyé dessecours
considerables de Troupes en Can*
die contre les Turcs. [ 166S.
166y. ] ft) employeses forces de.
Mer contre.eux [1670. ] Il a
tefiab fy lexercice denofire Relu
gbn dans les Villes Herretiques
d'Osfy, de Rhimberg, de B u -
fi h ,dVtrech., (g^c. [ 1671.
de Geneve en 16S0. fê) de Stras
bourg en 1681. Ce Prince trespieux
a rtmis en p'ojfcjfion de la,
Garde du S. Sepulcre les Relï*
H MERCURE
gieux de S. François t677, $
leur continuéfa proteêiion Roya
le ses liberalits^ dans toute
la, Terre Sainte. Il a émt au
Roy de Ferse enfaveur des Ca
tholiques , (dr en a obtenu tout
ce qu 'il a demandépour nos Mf
fionnaircs^ Les grandes Con
versons quil a procurées dans
le Royaume de Siam , g) dans la
Chine depuis plusieurs années >
ï Edit de 1681. qui deffènd a ses
Sujets de quitternoftre Religions
g) cet autre de 1683. qui oblige
les Idolatres qui renoncent a
leurs erreurs , d'embrajfer la
Communion Romaine ; En un
[
mot ce qu 'il a ordonné ( ifâçy
pmr le, rejUblijfement des Eglifis
g) des Fresbiïeres y @J ce'
\ Mmdcment pourfaire observer
la, modestie cUns les Eglises ,i
14S6* tout cela ne montre t il
pas la vcritableYxçxè de LOVIS
JLE GRAND .<? Ajouflons , quaprj
la Conversion volontaire ft)
libre de plus de fíx cens mille A~
mes reunies à l Eglise Catholique'
depuis plusieurs années , que le
zgle , les Joins charitablesfs gj.
les belles Ordonnances du Roy
les sollicitent à se convertira it
a revoqué L'Edit de Nantes ,
jait abbatre tous les Temples des>
Janvier 168 j. K
(S MERCURE
tìuguenots.., g) ab&ty s Heresie1
áxns fin Royaume , W me attûée
, ce quejer PredeecjsetìTsna-
^oknt pas fait pendant plus
d un fiede : hissant a lapoflcrite.
un bel exemple dont le Duc de
&&wye u le premier Jùivy les
traces. Ces grands services ren
dus à lEglîJi ijans parler de
ceuxqxtin atteted, prouvent que
LOUIS XIV. est le plus
Pieux de tous les Monar
ques. • l"4 1 '' " \';
C'est pour 4'es grandes Vetttts
du Roy , que "Dieu l a. comblé
d'un jufte Bonheur , en hy .
.l . i rjr. A\\
galant: ef
donnant une nombreuse Pò/fe-
" rite. Heureux dans ï Alliance
qu'il a faite arvec une Keyne parfaite
& remplie des graces du
Ciel : heureux dans un Fils incomparabie,
&dansjfon Augufie
Epwíjc : heureux enfin dans un
Frere félon Jon coeur , & dans
tmdxfíFAmilk 'Rijyalequil <voit"
entierement devoiiee ajonservi- .
ce. Ses Mìnifirts font vigilans, ,
ecíaire^ &fidelles ;Jòn Rojaume '
flwiffìnt Jh Armes' invin
cibles, il eft cbery de fort Peuple, :
estimé de. toute la Terre , & par
tout Vííforieux, Ainfì lors que '
*vsHt ditçs €pue les Defltns jòntr
68 MERCURE .
pour luyjans contrainte , que
cefiparce qu'il a enchaîné laVortune
qu'il efi le plus Grand des
Rois , reconnoijfez. en mefme
temps que cefiparfa propre ver
tu qu'il efi leplus Grand de tous .
les hommes. Voila lafeule raison
pour laquelle Louis XIV. est
ie plus Heureux de cous les
Monarques de la Terre.
ll ne peut s'arrester dans la
belle route des Heros ; ce Prince
Magnanime , nmrry dans le
sein de la Victoire. Ses Ennemis
me/me avoâent qu'il ne fe con
tente pas de marcher le premier
GALANT <9
k la tefle de ses Armées , mais
qu'il les mene en personne au
Combat & a la VÏBoire , d'oà
vient qu'il efi plusbefiin de le
reunir que de l exciter. Sa Vail
lance ne nous fit-eUe pas une
frayeur fans pareille , lors quaprés
s'estre exposé à mille dan
gers , & a des fatigues inconce
vables au Siege de Dunquerque
[ 1658. ] il demeura luy seul in
trepide pendant une dangereuse
maladie qui defcfyeroit toutjòn
Royaume ? Pouvez.- vous Jans
admiration & fans larmes pen
ser avec quelle grandeur dame
LOVJS a souffert fa blejfure
7o MERCURE
dux. Septembre 1683. & une
Operation accompagnee de dou~
leurs aiguës ? [18. Nov. 1686. ]
Suive^ ce Vainqueur en Vranchc-
Comté qu'il prit luy.mcfme
en dix jours au milieu de iHy.
ver: & en Lorraine qu 'il fou
rnit en peu de jours, îl a conquis
en petfinnc fiixante-ánq
Villes en deux mois , fortifiées
dans l&endué d on%e Provinces;
M ifirich , que l<m efitmoit im
prenable , en tre ize jours z & les.
années /ùivantes, Valevúenmsy
Gand , & Tpres. Assiegeant U
Ville de Bouchaïn ìm 1676. les
Armées des Confederres tenteGALANT.
71
sent le secours de cette Place.
Le Roy aÛa au devant , leur
prtfenta la Bataille qu'ils evif
terent par U fuite. Voulc^wous
d autres Victoires rempotréesfar
Terre par L OV I S LE
• G RA N D , .<" Je <vom rapporte
les principales. Ce font les Ba
tailles ou Combats des Dunes le
14. fuin 1658. de S. Godart au
p&Jfage du Raxb en Hongrie le
premier Aoufl 1664. En 1674. de
Zein?ein , de Molsheim , de Se*
n ef contre trois Armées , d'Emf
heim , dans laquelle vingt mille
François défirent trois Arméet
defiixante &fex miUe hommes>
7& MERCURE
commande^ 9 par vingt Princes
Souverains , ou de Maison Soumeraine-,
de Mulhaufein ën 167^.
de Turshcin , apres laquelle les
Csnfedere^ furenf chajfcz^ , &
contraints de repasser le Rhin..
En 1677. lonziéme Avril .celle
de Cajfel, remportée par Son Al
tesse Royale ^ quï defit les Espa
gnols (dp les HoUàndois , mmmande^
pçr le Prince d'"Orange,.
prit enfmte*Sa}rit Orner. Lés
Batailles d'Mpoûille en Catalo
gne , de la SeiÛe, & dAufembourg.
Le Combat du Pont- a-
Mmjfon^ de Koquerberg^outre
vingt-cinq mille hommes perdus
par
GALANT, .71
par les Allemans dans le Cam
pement de Mouron. En 167g.
les Combats de Rheinsfeld le 8.
Juillet , & de Saint Denis le 14.
Aòufi. En 1684. le 16. May le
Combat de Pont . Major , au
pajfige dei la Riviere de Tur. Re.
iconnoijfeç^ donc que U Vaillan
ce duRoy ta rendu leplus grand
Conquerants qu'un concours fi
heureux de tant de Vertus Mo
rales & Politiques \ prouvent
invinciblement que L ou is XI V.
£st çeluy que vous devez esti
mer le plus Grand de tous les
Monarques de la Terre.
Dans le grand Quadre aux
Janvier 1687. G
74 MtkteOKl
deux coffe2 des Theses ©a
Conclusions historiques &
politiques ,sont marquees les
principales ; Conqu'istòs du
Roy selon Tordre dèsanne'eS}
afin qu'on puíílê1 les> tròuvéV
tout d'un corjp,^d%ríè feuX
le veuë , 4en lisant ' tes autres
Actions de ce Prince Cha
que coríjdueste k *fir titèfrífue
pour en> c1>n'si$ïfteM£
tion selón la "Geographie,,
cela se trouve eitpîîqué dans
un Cartouche poï^itfus 'le
Quadre. *^\^r^h
.. .GÀLAKÎV 7s
Pour cottuoifire la situation
des Cottquefies. ,
A AtVòîè^' Cornu, eles JPtys '-ba*
Catholiques. : v; v^,«»'.> '
.'.'Akace ; : ':£attáptèvi4Ì^ iÀBemagne.
. . ' '."'O '
B Brabant1; Dùchí «M&$sÌ>at
Catholiques.
C GleVes'; ^u^ìenlÂneriapie.
f Cologne „ EleBorar^ .en Àlle~
Magne. ' . -* 1
F Flandres, Comté desPJy:-ha.t
G Gueldres , 2>«^ , deiProvïh-
. ces-y^ìes.. , ij^.n-'. ! ? .
IjF HàìnVùt, & ktyi ú*
3J" Cathotîquês. 4t"
G ij
j4 MERCURE
h Hollande , Comté , des Provin
ces-Unies.
L Liège* Principaute , £Attenta-
,gne. ^ x- .> "WïjK
\ Luxembourg, Duché, des Paysbas
Catholiques.
N Namur, Comté , des Pays-bd*
Catholìquts. .'. ...'>' •
O Owerissel , Seigneurie, des Pro
vinces. Unies.
P Palatinat , Eleïlorat , en AUemairie.
:' .£, : J
V Utrecht , Seigneurie des Pro
vinces-Unies. . ; ... ,4. ../'.f
Z Zutphen , Comté , des Provin
ces.Unies, i •.;
Ces seize Provinces ont esté
le Theatre le plus ordinaire
des Conquestes de Louis lk
Grand, quov qu'il cn ait
GALANT. 77
fait beaucoup dans plusieurs
aurres Provinces , qui font
marquées à la fin de chacune
de ces Villes. Ainsi Ton trou
vera peut. estreaíïèr d'utilité
dayotrenïì peu d'espace les
principales Conquestes, lan,
née quelles ont esté faires,
& le Païs pu elles font situées.
Trinàpdes Conquestes du Roy*
Dunkerque. F
Gravelines» ;'" F
Oudenarde. F
Menitì. F
Ypres. F
Comm.ines. F
Grammoat. F
Giìj
78 MERCURE
Dixmude. F
M or tare v Duché de Mitau , en
Jtaïiey \"
1663.
Marûl , en Lorraine.
"... : ."s t&7> . \
L.a Bassée. F
Conde. H
Charle.Roy. . iH
Bergues. > ' ' ' B
T.Huruy. .'. .?. .. V F
AcH, . H
Doiiay. ...I.'...' 'I'- í?
.F urnes. '.. . W
Çourtray. ^ ' |?
Oudenarde- p
Lisle. .fr
.^.lost, deux fois. .• m. . F
Árrnentieres. > ,. , ' Jf
GALANT. 19
.y léóS.'
ècíànçon. . .. . ,~ sf.v . K S
Salins.' • . »
Dole. ' I»
Grais. u O
Chasteau de JoujíVj...:. ^ |
Fort Sainte Anne. >-
£t toute la Franche-Comté. . .
Pont-à.Mousson. ,„ ,y., . \\
Çpinal, Nancy , & toute la Zar*
, rainer
fpngres. . j,,7/L
Weifet. . X
ltfascik. Mjv.'vk
Sjtuar.. . ^ 3. I*
Fsluquemont,,D«^.^ Zifpktìur£.
flLhimberg. v t
jfurìck* .r....;. Ç
G iiij
8o MERCURE
Weícl. • } C
Rées , & son Fort. >:!; C
Fort de Lippe , enVvestfhalie.
Emmeuk. ;:.v ì,- G
Locken, '1 Z
Bvoí kelo. Vvtfifhalìe; >
Grool. * ,: ' Z
Doëtkum, >ír Z
VHrz. ' Z
Brtwoort. ' ' ^.^ 2^
H. sselt. c V . • O
Ommetij .. ''.'• O
Kemperi. O
Zwol. ?- >.••v^:/.|"0;.
Deventer. ' r-:
Zûtphen. H : > . . ' Z
Óoësbourg. ». ' > Z
Fort deSkeink. . ''".rí"'.»>: f
Utreicht. •
Mu'íden. .;:>.''-í\, fc:
Naërden. ••' ' h
GALANT. 8t
E&ourg. . G
Harderwick. >ì . G
Hattettî'ï *ì>♦ ï ..• .. t '>'»*.. ' . G
Amersford. A
V^oërden. h
Oudewarer. %, \v. . ' h
Arnheim. G
Vianem. ~>«t : Ja
W"agcninghen. G
Rhenéen. j:> V
Duëstede. V
'Wic... Duché de Zimècurg.
Knotzeiobourg., *. F
Les Forts de Saint André & de
W'orms. i G
Isles de Bomel & du Betwe, G
Creveeoeur. " : B
Nimegue. ' G
Grave. st
Genep. .<..'.. C
Bodengrave* .> ' 'h']
82 MERCURE
1673.
Mastreick. : '
Tout le Comte de la Marek. ' ? . '
Salins. Sf
Principauté de Lure. »*.
Chafte'au Sainte Anne.
Fauconnié , & toute la Franche-
Comte'. • •'' fj.í
<îermeinsheim. .? P
Duren. ^ Ì..t ; '>> >• 'P
Heiníberg. .'»»'•»• *v p
jpinnick. .'Jwt...i:;:^p
Citadelle de Lieo.e .n...O
.-l^: O » *
Trêves , A'Jemayie.
1674. .
TJinan.
Huy, L
GALANT. 8?
Limbourg y Duché.
F^rt de Monivic Cataleyte.
Augusta , en Sicile.
167$,
Fort de Link. F
Condé. .' H
Bouchain. H
Aire. A
Builloru £•
Tôrmiuna. j >
S.aletta. a?
La Croix. .... £s
Savoca.
Ficumedcntsi.
Fort &Iflc de k Caïenne , dans
tAmerique.
Valenciennes. H
Cambray , &; .& Citadelle. H
Saint-Omer. A
Fribourg.. :.. . .i
8+ MERCURE
ChasteaudeBoslu. s']\ .x > H
Saint Guillain. H
Sarbruk. Lorraine, ...r;
Forts de Tabago & d'Orange.
Amerique. . - \%,;\\
1678.
Fort Rouge.
2s.ores, .v,..)..,.: F
l'uycerda. Catalogne.
... > «
Fort de Kiell. , a
Kampen.
Landav, & le Chasteau de Lichtemberg^
»^//^
apte.
Aix-la Chapelle , & tout le Du.
ché dejuliers excepte la Ca
pitale. i,»C:L Vïlì :.
Nuis. .. ., , .." ^
GALANT 8c
1680.
Chademont. fss
Hombourg , Frontiere du Palàtinat.
;
Virton. JBaillages du
Chin y. Luxembourg,
Enchimont. L
Strasbourg. a
E/CazaI , Italie , en me[me jour. :
1683.
Courtray, p
Dixmude.. ' \ . • ; p
1/84.
Luxembourg. L
Cap-de-Quiers , en Catahqnt. .
réunions.
Fumay. j_j
Le Comté de Rochefort.
Le Marquisat d'Arloh. :' >
Herbemonk ,.,'.'
Urbu.
fc< ME&CfJRE
Orchimont.
Revin.
fiastoine. , > r
La Roche. rs '".lV *
HofFalize, ' ' r
Saint Hubert,
Marche-en Famines : >
Ì.c Neufchateaiu •',' .,,v.
Echternach.
L i Principauté de Sálm,êcci. dam
le Luxembourg. 1
Et les Comtez de Morîçbe'íará^
&íde Sponheim, en A ema<gn&.
LesColomnes,Jçs Pilastres,
& les Feítóns font ie^idrtïs de
cinquante.'huit revérs de Medailles,
qui font autant d'Ins
criptions qui rna&qttent seloû.
Tordre des années y les prihl.
GALANT. 87
cipales Actions du Roy, qui
n'ont pas esté compriiès en
particulier dans les Thèses.
On va les rapporter íuívanc
qu'elles font disposées.
I i! . . J . . ,.l 1 . . . ì
..t.4.; Çharrìhre de Justice, pour
rétablis l'oirdrQ daìis les Finan
ces, 1658. .•..:,/.'. í { ,
ì. Edit contre.Ies Duels , Kjj?.
3 . Les Rois de France & u'ÉC
pagnes voyemt ] & fígntnr la
Paix le 7. Novembre 1659.
4. AccruiíìtiondeDurikerque,
ì'66l. . .Jt*. />'[ ri: 'i . .. , ií í '.
. . 5. Le Roy d'Espagne cede la
préséance â 4a France , & le dé
clare le 14.. Mars 1661. ; r-'
Alliinjce/renouyellée avec
les Suisses j 1663. >; .
88 MERCURE
7. Protection accordée au
Comté de Venaiflìn , 8c à Avi
gnon ,1663.
8. Etablìílement da CommerJ
ce aux Indes , 1664.
9. Piramide élevée á Rome,
Íîour faire satisfaction au Roy de
Iníûltede la Garde Corfe,i<?64.
10. Satisfaction faite au Roy
par le Legat , 1664.
n. Victoire far les Corfaúes
d'Alger, St deTunis, , '
ïì. Grands Jours en Auvergne
pour la Justice, t66$. .
13 .Protection donnée aux Hollandois
contre l'Evefque deMunr
ster &: contre 1 Angleterre, 1666.
; 14. Paix entre la France & Jes
Algeriens, 1666.
„ 15. Paix de 3reda avec les Anglois>
i667. >.r^v.,.:.
16. Les Procedures detruites.
'par le Code » 1667.
17. Paix d'Aix-la- Chapelle ,
166$
iff. Secours de Candie „ r66&.
1669.
19. Le Roy visite ses Conqueftes
, ^70. & 1683.
zo. Le Roy fait fortifier & vi
sité ícs Conquestes , 167s,
11. Les Hollandois forcez ai»
Poste A'AmtidéttyVÍJxi. '
xi. Secours jetté dans Meflîhe
aprés 'la déraite des Ennemis ,
Février 1675V'"
~ 13 . Desunion de s Considerez „
1^78..
24. Les dix Villes imperiales;
d' Alsace prestent ferment de fi»
delité au Roy, 1679, .
. zf. Protection Sc secours don-
Janvier 1687. H
90 MERCURE
nez par Sa Majesté aux Rois de
Portugal,.i668. & de Suede 1679.
16. Les Corsaires de Tripoli
featcus ,.puis défaits jusque dans
le Porc de Cíik>: ce qui allanne le
Turc, Juillet 1681.
27. Les Villes dq Strasbourg ,
& de Gazai soumises au Roy, le
30, Septembre 1,681.
' r8. Paix de Maroc , & de Salé,
Decembre 1 681.
29. Alger foudroyé , Juin 1683.
„ 30. ìì.Decembre Luxembourg
foudio^i, 1683.
: 31. Les Vaisseaux d'Alger b rir
iez à Sarcelles i68ì. &: ces Cor
saires battus plusieurs fois 1683,
, r Genes foudroyée, May 1684.
33 . La Vifle de Trêves déman
telee 6c punie , en Juin 1684*
34. Un de^ ûos vaisseaux Mar
ì ... ^<Ì:PlLM€Tì &
l .cèaods repris au milieu de treoie-
trois, autres , 1684.
35. Protection donnée à l'Evefque
de Lîege contre íés SujjSt4s»
l jtebfeljes,i^..;. ./' y\J
. 36, T rive de ,vipgj ans accor-.
dée. à 1 Éuto,pe par le Roy, r 68 4».
. r. #8. .TîripQ)!! foudroye v .en Jaít»
*' ' p. ^Amrjassá^eû/dé Fránce"
-e&ftent le Sopha à An^rinople
p "áeî^'r^ction de i'Hétesie par tour
ic Royaume , 168'5.
?'-.4^ JLe^avf doàne jdfifîsecowiîs.
sw&ugí.de^ayojfc^r }'>£>o.&~
92 MERCURE
tiort del'Heresie dans sesEstats^
6c afin de reduire les Protestans
rebelles des Vallées , 1686.
Les deux precedentes In£. ^
criptions ont esté pôiëes íùr
lc Piedestal de chaqu c Co
lonne , pour montrer que U
Base & le fondement des
Actions de LOUIS LE
G RAND » cest ta Reli
gion. Les Festons n'estant a~
joûtez que pour TornemenÊ,
l'on a crû qu'ils fefoient trespropres
à porter lés' Médaif- \
les qui contiennent les NaiC
sances , les. Mariages , & les
autres eVenèmens de cette
t ' > .
>
GALANT. <x
forte , qui sont afïèz souvenu
representez par Les Fleurs.
Cette précaution ne déplaira
ï pas aux personnes exactes ,
.qui auroient peut.eftre trou,
vé à redire qu'on eu st meílé
ces faits avec les autres..L'on
n'.a pas eu de peine à se re
soudre à eette separation. Il y '
a tant de belles choses à dire
du Roy , que nous ne /òmmes
pas reduits à la necessite'
d'établir les louanges de ce
grand Monarque fur des efl
rets étrangers. Ainsi Ion a
piis sa Naissance t son Maria
ge, les Enfans qu'il a eus,noa
£4 MERCURE
'pas pour en faire des~ siijets
d'Eloges , mais pour donner
plus; d'osnemeint À cet; Ou
vrage ,ôc a;5n de ne pa& pri
ver ies curieux de ces remar.-
.ques , quirait paru ,de con&-
,rjuencfi. . J \ìs:ìïûy\,i.ï
v> i r : . j '''; >.i ' r,. t
43. Naissancedu Roy, aonae.
. heures avant Midy le Dimanche
5. Septembre' 1638. '* ' .
44 . Le Roy déclare : Ma^Xir te
Jeudy 7.. Septembre tápJ ' i'.'ísí
^ 43., Sacre, du Roy; ;à;R4injï§ £e
"Dimanche 7. Juin .f4f4, j
46^ Mariage *dú Roy te 3. Juki
1660,
47. Naissance de Mouseigiíeur
GALANT. 9Y
k j4^. Naiííànce de Madame" Eli!
zabethde France yle Samedy.r8V
Novembre 1662.,
. 49. Naissance de Madame
Marie Anne de France , le Di
manche 16. Novembre 1664.
50. Naissance de Madame Marie-
Therefe de France , le Di
manche z. Janvier 1667.
51. Naissance de Monsieur Phi
lippes de Bourbon Duc d'An
jou ,1e Dimanche 5. Aoust 1668.
52. Naissance de Monsieur
Louis-François de Bourbon,Dut
d'Anjou ,1e Mardy 14. Juin 1672.
5J. Mariage de Monseigneur ,
le 28.|anvier 1680.
. 54. Naiííànce de Monseigneur
îeiDtrc de Bourgogne , lejeudy
S. Aouft i8f*. ».
íSíaiQàmae de iMxsrièigneu*
oá MERCURE
le Duc d'Anjou , le Dimanche
19. Décembre 1685.
56. Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry , le Sastiedy 31.
Aoust 1686.
$7. Mariage de Madame h
Princeíïê de Conty , le 16. Jan,
vier 1680.
58. Mariage de Madame la Du.,
chessí de Bourbon , le 14. Juil
let lé86v
Voilà un petit crayon du
plus beau Portrait qui fut ja
mais. Si lan trouve que quek
que chose y manque , Ton
fera reflexion que ce n'est icy
qu'un abregé r qui n'a pû
contenir tout ce que le Roy
a fait de grand depuis vingthuit
... GALANT. 97
huit ans. On auroit bien vou
lu marquer tant d'Illustres,
qui ont eu part aux actions
héroïques qui font aujourd'huy
l'admiration de toute
la Terre ; mais l'efpace d'une
These nous borne , il faut se
reserver pour un plus grand
Ouvrage que l'on médite , &
qui renfermera l'Histoire de
nos Braves aprés celle de leur
Auguste Souverain. Nous ne
craignons pas d*y marcher
fur 'lai mesme route que les
autres Auteurs. Celle que
nous suivrons fera nouvelle;
& c'est un bonheur de vivre*
fanyitr 1687*
98 MFRCURE
íous un Monarque, dont toui
tes les démarches sontautanc
<le miracles ; & qui occupe
tellement les Historiens, que <
quelque foin qu'ils aportent ,
ils laiíïèront encore beau
coup à dire pour ceux qui
ecriront aprés eux.
sein d'une These pour leRoy,
fait par un homme qui s'est
attaché avec tant d'exactitu
de à rechercher tout ce qui
regarde la Vie de ce Grand
Monarque, que je puis vous
aíïèurer qu'encore qu'on ait ^
tâché de l'imiter , & de le co
pier en beaucoup d'endroits,
dans des Ouvrages qu'on a
GALANT.. 9
presentez {ans avoir ose' les
rendre publics , il est l'original
de tout ce que nousavons
vû de cette nature. Le tra
vail de cet Ouvrage, ou tou
tes les dates font , est quelque
chose d'incomprehensiblej íì
je puis parler ainsi, & pour
le rendre correct, Y Auteur a
a eu besoin de toute l'applicatïon
d'un hommeauíïi zelc
qu'il lest pour le Roy. Tous
les Eloges de ce Monarque i
& rout ce qu'on a fait de son
Histoire, ne nous en sçauroient
faire si bien connoik
tre la grandeur que cet Ou
vrage , & c'est ce qui merite
une réflexion bien serieuse,
& qui jettera dans tâtonne
ment tous ceux qui voudront
la faire. Il ne s'agit que de
marquer ce qu'à fait le R.oyy
fans détail , fans raisonne
ment , & sans éloge .y & ce
pendant cette These peur
passer pour une chose prek
que impoíïîble > à cause du,
grand nombre d'Actions qu'
elle contrent.Tous les Siecle*
ne nous fòurniífënt rien de
semblable. Je purs , & je dois
le dire à la teste d'un Ouvra
ge qui n'est remply que de
GALANT, ii
Faits y. & l'on ne peut ea
voyant cela que se taire , &
demeurer dans 1 etonnement»
Je n'ay dit qu'un mot de ces
raits. là , & ce n'a mefme esté.
que d'une partie ,& j'en ay
parlé dans deux cens Volu
mes. Peut-on dire apres cela
qu'il soit aisé de faire L'HiÇ
toire du Roy , si l'on y veut
renfermer tout ce qu'il a fait
de grand ? Pour moy, je suis
persuadé qu'il faudroit un Sie
cle entier , si ion vouloit
mettre dans leur jour toutes
les actions de ee Monarque M
& que cette .Histoire pour
i2 MERCURE
roit remplir seule des Biblio
theques. Vous en ferez en
tierement convaincuè,quand
vous aurez lû l'Ouvrage sui
vant , qui sera d'une grande
utilité pour tous ceux qui
voudront travailler à cette
Histoire . & qui leur epar
gnera plusieurs annees de
recherches. Sou venez- vous ,
s'il vous plaiít , que l'Auteur
luppose ion dessein executes
& qu'il décrit la Thèse com
me si elle eítoit faite. >
DESSEIN DE L'OUVRAGE.
Les Actions immortelles
de Louis XIV. estant ad
V
GALANT, i?
mirees de touce la Terre , il
n'est pas possible de trouver
aujòurd'huy quelqu'un qui
n'en soit pas informé, & qui
puiíïè demander avec raison,
pourquoy nous appelions ce
Prince Louis le Grand ,
mais afin d'en instruire la
Posterité ,on luy dédie une
These qui pourra luy servir
de regie dans les sentimens
qu'elle doit avoir des vertus
héroïques de nostre incom
parable Monarque. Les prin
cipaux évenemens de son Re
gne depuis 1658. y sont mar
quez d'une maniere qui ne
«4 MERCURE
fera peut estre pas deíagreable.
Quoy qu'il y eust une
infinité de belles choses à di
re avant ce temps. là, on n'a
pas cru devoir remonter plus
haut , afin de ne se pas co
pier soy mesme dans d'autres
Ouvrages, où elles n'ont pas
esté oubliées ; mais plus que
tout cela , pour n'établir les
louanges de Louis le
<j r a n d que fur des actions
d'éclat , dans lesquelles il a
toujours eu la premiere part,
St afin de le suivre plus exa.
#ement depuis un âge où sa
teste / son coeur, son bras &
GALANT. y rç.
son esprit ont commencé d'a
gir de concert pour le bien
2e ses Etats. .L Histoire du
Roy est une matiere riche, &
un vaste champ ouvert à tous
ceux qui s'y voudront exer
cer! Heureux mille fois celuy
cpi le fera avec succès ! On
a cru devoir ne s'expliquer
qu'en François, soit dans les
Inscriptions , soit dans les
Conclusions historiques êc
politiques , parce qu'on a eu
four objet la satisfaction des
Perfonnes qui préferent cet
te Langue , que nos Victoi
res oat rendue si florissante
ì6 MERCURE
dans toutes les Patries du
Monde.
DES C RIPT ION
... . de la Thèse.
Le Portrait du Roy est
placé au milieu d'une Cou
ronne de laurier , relevée de
quatorze Médailles , le tout
posé fur une dépqiïille de
Lion.Quatre grands Octogo
nes avec de riches bordures
accompagnent le Portrait,
&font voir par quatre gran
des Inscriptions la gloire du
Roy dans les quatre Parties
du Monde. / ,
GALANT. 17
/. INSCRIPTION.
HEurope inutilement conjus
rce pour s opposer à la Course
wiclorieusi de LOV IS LE
GRAND, cede a U force de
fin bras , &fi njoit contrainte
£accepter là Paix , que ce Mo
narque luy accorde au milieu de
fis Victoire*.
IL INSCRIPTION.
LÌAfìc étonnée des ABions ad
mirables de la Grandeur dtp
fioy 3 recherche fin Alliance , &
députe trois fois des Ambassa
deurs du Royaume de Siam a*vec
de riches Prefins. '
Janvier 1687. B
18 MERCURE
IN SCRIPT 10m.
il Afrique humiliée par les
frequentes défaites des Corsai
res d'Alger , de Tunis , de Tri
poli, de Maroc & de Salé , que
LOUIS XIV. a punk jusque
dans leurs Portereffe* , <vient de
mander la Paix'au pied du Trô
ne de Sa Majefié.
IV. INSCRIPTION.
L Amerique owverte aux Ar
mes de LOVIS LE GRAND,
a eflé le Theatre des Victoires
qu'il a remportées Jùr Jes Bar
bares 3 & des Conqueftes qùil a
faites à S. Christophe, à Tabagoy
dans toutes leslsles Antilles.
' \
». t . '
. ' 4
19
Les quatorze Médailles
font autantde Vertus ou At
tributs du Roy , representez
par des Devises ou Emblè
mes, 8c expliquez dans l'Exerque
de chaque Médaille..
Comme les Armoiries four
nissent le corps le plus naturel
Sc le plus ordinaire des Devi
ses, on s'est fait icy une obli
gation d'en tirer quatre des'
Lys , qui composent les Ar
mes de nos Rois , quatre du;
Soleil, qui est le symbole du;
Roy , &une du Coq , qui re
presente la France.
zo MERCURE ...
/. M ED AILLE.
Le Soleil éclairant tout le
monde avec ces mots, Eclai
re sVnivers. Dans l'Exerque
pour Vertu , Sagesse.
II. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots, Que
jòn odeur efi douce ! Dans 13*
xerque, Clemence.
III. MEDAILLE.
Une Justice tenant la Ba
lance , avec ces mots , Sou
tien des Loix. Dans l'Exer
que , Justice.
IV. MED AILLE.
Un Laurier. Pour Ame ,
Chery de Minerve & de Marr.
21
Dans l'Exerque , Liberalité.
V. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots. Des
Mortels Vamour & le plaifìn
Dans l'Exerque , Èonté.
VI. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces mots ,
// commande aux Saijòns£)àn&
l'Exerque, Puissance. '
VII. MEDAILLE.
Un Coq qui a une patte
en l'air. avec ces mots , La
terreur des Lions. Dans l'Exer
que , Vigilance.
VIII. MEDAILLE,
Un double Foudre en l'air .
avec ces mots , La terreur des
22 MERCURE
Ingrats. Dans l'Exerque , fer*
metê.
IX. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces paroles,,
A qui rien ne peut refîfter.Da.ns>
l'Exerque, Force.
X. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots , Son
odeur va plus loin. Dans l'E
xerque, Gloire.
XI. MEDAILLE.
Un Foudre fur un Autel
avec ces paroles , Joûijfexde
fin repos. Dans l'Exerque,
Moderation.
, XII. MEDAILLEUne
Caíîolete fumante fur;
- GALANT. 2?
un Autel avec ces mots , La
gloire des Autels. Dans l'Exer*
que, Pieté.
XIII. MEDAILLE.
Un Lys , avec un grand
rejetton à droite ,. & trois au
tres petits à gauche, & pour
ame, NofireJiècondejpoir. Dans
l'Exerque , Bonheur.
XIV. MEDAILLE.
Un Soleil qui parcourt le
Zodiaque, avec ces mots , //
ne peut sarrefter. Dans l'Exer-.
que , Vaillance.
Dans le milieu de la bor
dure, au bas du Portrait, font
les Armes de Sa Majeste' en
H MERCURE
tourées des deux Colliers des
Ordres de Saint Michel & du
Saint Esprit, & ornées de Gui
dons, d'Etendards, & de Tro
phees , qui jettent des bran
ches d'Olive , pour marquer
la Clemence de ce Prince ,
qui a bien voulu donner la
Paix au milieu de ses Victoi
res. Il y a deux grandes Trom
pettes qui accompagnent la
Couronne , avec deux aifles
qui s'étendent de chaque costé
, pour porter les Armes
de Louis le Grand ju£
ques aux extrémitez du mon
de. Tous ces ornemens qui
fonc
.GALANT, n
font le haut de la These, sonc
soutenus dune table d'atten
te , ou parement irregulier
d'Architecture d'un ordre
Composite , avec la Corni
che, sa Frise, son Architra
ve , Colomnes , Pilastres ,
Chapiteaux , Piedestaux &c
Baies. Un grand Cartouche
posé sur le milieu de la Frise,
contient ces mots , A L A
POSTERITE'. Le grand
Quadre destiné pour les The.
ses , est échaneré par le bas ,
& pôle entre les Pilastres. U
contient quatorze Theses ou
Conclusions , qui répondent
Janvier 1687. C
26 MERCURE
par ordre aux quatorze Me
dailles , & qui prouvent cha
que Vertu ou Attribut du
Roy. C'est: par cette raison
qu'on s'est attaché à com
mencer la plufpart des Con
clusions par les paroles de la
Devise qu'elles, justifient.
Comme les Theses font le
principal fondement de tout
cet Ouvrage , on croit devoir
en expliquer la conduite su.
vec un peu plus de détail. Le
stileen est assez particulier,
mais cette Philosophie que
nous donnons n'estant pas
ordinaire, & ne faisant que
GALANT. 27
de haistre , elie s'est trouvée
capable de toutes les formes
cju/on a. voulu luy donner.
Certaines expressions de Poe
sie , & d'autres libertez qu'on
ne prendroit pas ailleurs, en
ont rendu les Propositions
courtes & ferrees en des
endroits , & plus étendues
en,* d'autres, Tout cela est
permis en cette occasion, ou
l'on doit dire beaucoup de
choses en peu de paroles. On
peut inesme. parler Ecolier, si
cette expression m'est permi
se , pourveu qu'on le faíïè
pour exprimer plus naturel-
Cij
28 MERCURE .;
lement les opinions que l'on
propose. Nous n'avons pû
nous dispenser d'employer
des chifres pour marquer les
jours & les années de plu
sieurs évenemens. Cela n'est
pas íàns exemple, puis que
nous voyons tanc de Theses
remplies de semblables chi
fres. Cependant on ne l'a fais
que lors que les Actions du
Roy ne íònt pas marquées
dans les autresMédailles donc
nous parlerons dans la fuites
Cette Chronologie a sonutúj
lité, & le Public ne sera peut,
eítre pas fâché de. la tçouyer
GALANT, zf
observée dans cet Ouvrage
avec assez de íòin. Les The-t
ses ont pour Titre \
HtftQrtques&Polittqucs.
.,' Q13ESTION* ;
Qui devez - vous estimer Ic
plus Gi."and de tous les
Monarques de la Terreî
1 CONCLVSION.
LOVIS XIV. donné de
^Dieu d une maniere mira*
culeajè, éclaire Y Univers par
les rayons éclatans de fa SageC
C iij
?o MERCURE
se. Cette Vertu parut en luy
beaucoup de temps avant Vâge
ordinaire. Peut-on dire qu'il ait
manqué une feule fois a prevoir
jusqu'aux moindre* évenemens
dans tout ce qu'il a entrepris f
Qùon montre un Monarque plus
exaBa remplir J&s obligations
mieux reglé dans fa conduite ,
& plus àjjìdu au gouvernement
defm Etat. Cet Augnfte Prince
également habile dans la 'Taix
& dans la Guerre, efi l ame de
Jon Cabinet. Ses secretsfmt im
penetrable*. Il donne autant
dorades o."n de réponses &
. fréfire dwertijjimens íes
GALANT.; ?t
plm innocens au travail quil
devore , pour ainfi dire , afin de
Jòuìagerjon Peuple. Considere^
ay ec quelle Sagesfè il commença,
par le reglement de ses Finan
ces. Ensuite ayant racheté Dunquerque
, il o/la aux Etrangers le
seul Port qui leur reftoit em
France, & aux Corsaires une
ancienne retraite. Compare^ nos
Troupes d aujourdhuy a<vec cel
le* de* Regnes précedens ;faites
reflexion fur le discernement
qu il a dans le choix de ceux qui
le fervent , fur la force & fur
t étendue de fòn Genie. Voye^i
Le hel ordre quil a étably dans>
G nij,
ji MERCURE
toutfin Royaume, & vommac*
cordere^facilement que Lo ii i s.
XIV. eít le plus Sage de tous
les Monarques de la Terre.
//.
G)umd le R jy paroifl armé,
cefipour obliger des Ennemis a
profiter de fi Clemence. Telle
fut la Bataille des Dunes qui fit
conclure la Paix des Pirenées.
Combien de f'is LOUIS a-t.il
épargn é kfxng des Vaincus ? Sa
Clemence empefiha le Sac de
Vtlencienncs , (1677. ) Sans elle
Alger Tunis , Tripoli , Genes ,
& tant £autres Places auroient
esté des bûchers de viçîimes deuë.s
GALANT
a la jufiice defis Armes. Amster
dam , la Haye , & le rcfie de la
Hollande defilée ( 1672.) & mefi
me tonte l Europe firoit encore
un Theatre de feu & desang, fi
ce Grand Prince nefi suft (vain
cu luy.mcfme , ôf s il nefi fuft
arrcfié au milieu de fis Victoi
res , enforçant les Ennemis d ac
cepter la Paix , & enfiúte une
Trêve de vingt ans , aprés en
avoir prescrit l&$ conditions >
qui ont rendu le repos a l Eglifii
& qui font avoûer que
Loiiis XIV. est le plus Paci
fique de cous les Monarques,
de k Terre..
34 MERCURE
///.
> // Joûtient les Loix par la
Justice de fis Ordonnames &
defis Edits. Lific^fin Code, qui i
fuit la reg'e de nos Juges. Ad
mire^ t®m les Arrefis que ce
Monarque a rendus, comme il a
puny les Due'difics , les Empoi
sonneurs ( 1676. ) & les Vfiirim
(168.0. ) Que dites-vous de
ce bel ordre étably pourl' AdmL
nifiration de U Justice } Mon^
trex^moy un Etat ou la Police
soit mieux reglée qùen France, j
Le Roy a-t-il jamais accordé ou
refusé aucune grace quilne fuft ,
Jujk d'accorder ou. de refuser ï
GALANT. #
Mais quand <vous <vous Jouvien^
drev^qùila jugé luy-mefme con
tre Jes propres interefis dans
. lajp ire du Vofé [ufto. ] dit&
^Loiiis XIV. est le plus
Juste de rousles Monarques,
de la Terre.
IV.
Poureflre chery de Miner
ve & de Mars , /'/ faut proteger
les beaux Arts, & récompenser
dignement les Vertus militaires*.
Nos Muses donneront des loiian*
ges éternelles à Sa Majefiépour
avoirflit baflir l Observatoire,
pris la protection de l Academie
Françoise [ 1672. ] institué celles
îá MERCURH
deSoijs.ns, d' Arles, de N(/mes,
de Villefranche^ d Amiens. Le
Journal des Sqavans, qui a com
mencé en 1660 efi deua lamour
que cette protection a injpirée
pour les belles connoijfmces j &
le Mercure G4.Ia.nt qui a com.,
mencé en 1677. efi un fruit de
la grandeur de ses AíTions , qui
en fournijfent la matiere. II a.
ctably l Academie Royale des
Arts & des Sciences > celles de
Peinture & de Sculpture , les
Ecoles de Droit Civil a Parti ,
[ 1679. ] & de Droit François
par tout le Royaume [ 168 1. ]
Combien d habiles Ouvriers en~
GALANT, v
tretenus pour des Ouvrages ra
res au Us ont portes a la dernie-
» re perfiction ! Faites reflexion
Jur le grand nombre de Scavans
qui Jont dans ce Royaume , &
Jur la politejfe que ion y remar
que depuis vingt ans. Admire,z.
la Magnificence de ce Prince
dans l EntréeJolcmnelle quilfit
a la Reyne fin Epousé le 2.6.
Aouft 1660. Confidences Cours,
les Rampars, les Arcs de Triom
phe , l Edifice du Pont Royal ,
les belles Fontaines , iélargisse
ment des Rues , le Quay de la
Riviere , &lesauprcs ornemens
ajoutez, à la Ville de Paris, ^ue
>
?8 MERCURE
penfczjvous des Bafiimens su
perbes de toutes les Maisons
Roydes , de ceux du Louvre &
de ceux de Ver/ailles , qui peut
paffer pour une huitième Merveille
du mondes Voye\ les belles
dépenses que LOUIS LE
CRAND a faites dans les Car
rousels de i«6i. 1685. & l686. h*
Di'vertijsemens de f Isle enchan
tée &de la Paix,avec les grands
Balets , les Machinessurprenan
tes . & les representations des
Opera , fins parier de la richejfe
de fis Meubles & de la ma
gnificence de fa Cour. Mais fur
tout , accorde^- mqy que cefi
GALANT. ?9
dans ce Royaume que les vrais
services de la Noblejfe font re~
connus par le rétablissement de
I Ordre de S. Lazare [1673.]/^
I Institution des Compagnies des
jeunes Gentilshommes [ i68z] £5?
par la fondation de la Maifin
Royale des Dames & DcmoifèL
les de Saint Cyr [ 1686. ] Les
vieux Soldats j ou ceux qui ont
efié cfiropie^ dans le service ,
/ont nourris &Joulage^le reste
de leur vie dans t Hoftel Royal
des Invalides , fondé le 14. lé
vrier 1671. Donc Loiiis XIV.
est le plus Magnifique & le.
plus Liberal de tous les Mo4o
MERCURE.
mrques de la Terre.
V.
LeRqyefl Y Amour & le Plai
sir defin Peuple , dont il efìle
Pere.. Sçavez^vous le grand
nombre de Places quil a bien
voulu rendre en consideration de
la Paix,&'avec combien de bontéila
remis aux Espagnols trois
millions cinq cens mille livres
qu ils luy devoientpour les Con
tributions de la Flandre ( 1684 )
& comme il leur a rendu deux
gros Calions quils avoicntjuftement
perdus dans une défaite en
1686 ì LOVIS L E GR AND
a délivré jusqu'à pesent plus
GMAKs. 4v
de ijra&. Esclaves defis SujetsT
€^ de differentes Nations à Ât~
ger , outre les 600. qùtl aura, de
Tripoli , ffî tous ceux qùildoir
retirer de Tunis (d?- de Maroc..
tiy a plus ; fa bonté luy a fait
dïmnmr les Tailles de trois:
millions prés de 5 00. mille Uvres:
( 1684, ) donner de grandes som
mes pour occuper les Pauvres h
des Travaux aujfí utiles a leur'
Misere qua Vornement des Vil^
les ( 1685. .) fairè des chantes
considerables pendant lafkmnè.
de 166 1. fç) le grand Hiver"
{ 1684. ) & une diminution tres±.
grande four fis Droits fur Us
s Janvier 16S7» I>
ai MERCURE
bled. ( 1685. ) Ses mains RoyaU
les occupées à porter le Sceptre ,
n ont pas dedaigne' depuis fix
ansde composer des Remedespour
le fiulagement , fé) la guerison
deses Sujets ; & de leur en don
ner luy-mesme les secrets qùil d
publie^depuis peu, {g) quilrìavoit
achete^ que pour fin Peu
ple. N oublie^pas encore cetar-.
trfice benin dont il 'vient de Je
sèrqjir ,pour cacher a toute fi.
Famille Royale 0, àfin Royau
me une maladie qui le tourmentoit
, afin de nous épargner l in
quietude g) la douleur de fia-
*vQtr un fi bon Prince dans
4?
les peines.^ Reconnoipz dom'
de bonne.fy qu il merite mieux.
le nom de tres bon que cetËm-.
pereur Romain a qui on le decerna
5 puisque LOUIS XIV.'
vray Pere de la Patrie , est le
plus Aimable &. le Meilleur
de tous les Monarques de la'.
Terre.
VI.
Il commande aux Saisons ,4
lors qu 'il trouve le moyen de'
faire la Guerre au milieu de'
L Hiver. Qui pourra comme luy '
parvenir a cette puiflànce, d as-
Jteger en me/me temps quatre'
Villes tres-fortes [ \6yz. ) & de
D ijj ~
A4 MERCURE
faire recevoir ses Loix en un
mcfme jour a deux Places auffp
considerables que Strasbourg fg)
Ca%al ? Jl a dompté les Jroquois
( i66j. ) & reduit en fìx jours
les Algeriens ,quetout le Regne
de f Empereur ChaHes-Quint avecfa
fortune n eut pas feule~
ment le pouvoir d'intimider.
N a.t il pas contraint les Corfaires
de Tripoli , de Maroc y
de Tunis , de Salé , avec ceux
de Majorque .{ 1681. ) aprés le
avoirfournis , de refpeûer nos
Vaisseaux , fg) de rendre tous nos
Esclaves ? Conjïdere^ce que cest
que de joindre les deux Mers e»
í GALANT. 45
Languedoc par un Canal long
de 64. lieues , commencé le 16*.
Avril 166-7. (ë>r acheve dans le
y me/me mois de l année 1681. Tau
re confiruire l Acqucduc de
Maintenon pour la conduite des
Eaux de la Riviere d'Eure ,
( 1685. ) d°nt ïédifice Jurpajfe
tout Ce que les Romains ont en~
trepris de semblable. Cefi la
puiíïànce du Roy qui Va fait
triompherfur Mer des Anglçis
en 1666. des Hollandois le sep*
tiéme Juin 167.2,. & encore
deux fois de la me/me Na»
tion en 1673. ft) a Stromboli ,
*n Sicile , { Janvier 1676. ) des
4* MERCURE
Ejpagnols , fg) des Hollandais
devant Augufia le n. Avril
suivant , ou le fameux Ruiter
qui commandoit fut blessé à,
mort , le deuxième Juin de Id
mcjme Année devant Palerme ,
ou l on remporta la plus glorieu
se Victoire de Mer qui se fòit
veuè depuis la Bataille de Le
sante ì les Plotés d. Espagne @p
de Hollande ayant efié défaites 3
& ensuite brûlées clans le Port ,
dont le miserable. rejle fut vain
cu le 3. Mars 1677. a Tabago
dans l Amerique. Dom LOUIS
XI V. est le plus Puissant de
'tous les. Monarques de la
Terre.
-GALANT. 47.
.'.y vil
La terreur des Lyons , ccfl
cette vigikfvre qui fait <voir
le Roy , le premier à la tefie da
ses Aimées > moissonner des Pal
mes fg) des Lauriers avant que
le Printemps nous donne des
fleurs. G efi encore cette applica
tion exacte fç) reguliere a gou
verner par luy-mefme , q) À
tenir tous les jours ses Conseils.
Lefoin qùilprend de connoifire
Jès Officiers , de Jefaire rendre
compte de tout , (gf de prévoir
dans le détail a mille choses qui
rendent ïexecution de desordres
plusfacile ft) plusprompte. N'a
48 MERCORjE
vons-nous pas veu baflir une- *
Gídere en dix heures f ( 1679. )
N efi.ce pas par les fins de Sa
Majestéau ily a tant de Gardes. .
fç) d illuminations , pour lafu
reté de Paris ? On lu.y doitauffí
r établijfcment des Compagnies
des Indes Orientales (d?. Occidentales
, (efr de plusieurs belles
Manufactures ) une Compagnie
de Guinée1 ( 1685. ) avec beau
coup d autres avantages procures
à ce Royaume , poury faire fle»\
rir le Commerce avec succes La,
Navigation efiparvenue à une
telle perfection cheries François>
paria, vigilance de LOVÎS LR
GRAND»
GALANT. 49
CRAND y que les autres Na
tions rapprennent de nous. Tou
tes nos Provinces ont acquis la
/curetépar la bonté des Torts de
Merspur les armeniens des F'lo
tes , par lafortification des Villes
frontieres parla construction
'de Saar-Louis , d Huningue , g)
de Mon.Louis , fins parler de
tant de fortes Citadelles baflies
par les Ordres de LOUIS X IV.
ìe plus Vigilant de tous les
Monarques de la Terre.
VIJL
L0V1S prend quelque fois
le foudre en main y pour punir
les ingrats, pour maintenir les
Janvier 1687. E
T° MFRCURE
drain de fa Couronne , fg)pour
rvur.ger la foy publique , (d?- le
droit des gens violes ( 1674. )
dans lAjJemblée de Cologne. Si
la Garde Corse a la temerité
d'attaquer un Minifite Public,
le Ry fîsait en tirer la/àtisfa~
Síijn deu'è afa dignité ^obtenant
tout ce qu'il pouroit pretendre .,
par le traité de Vise conclu le íiì
Mars 1664. avantage ont
remporté les Espagnols en reffini
U pìts a noftrç JmbajC
fadeur a Londres ( 1661. ) fnon
d'avoir efié oblige\depuis a déc
'arerpubliquùmnt qu'ils cedent
par tout la préfëAme aux Bran
GALANT, v
cjmviïe íeurK^pïrkiénfpBsf Á
qttoy bon troubles leï Wibitdns
<£ Andxye \ ^) donner fant ; de
ra^fiùtâ.rfitgàtàiïsû T.rdacé
potier é%ká" de coùctúre ïaffàre
êe £ÌPnduttê fc'efioitpour fiire
ítòarSfc tohte ^Eiïïope ; t^itè U
éRWWb si/fisst p wmdntekir
jfòn titre de Duc de Rmr~
g.gnâ": t tûìó.ï) pour remettre
Jtsv:S*jeù en pòjpjfià ÏÏe UVcf,
chf{\tô$ pourfdre trembler
tmte . tífpÁgne en tenant une
grmde Vhttè bloquéè devant
ôadix ( Í68&.v ) Le Turc a <veu les
Eij
y. MERCURE
Corsaires de Tripofy poursuivis
fç) battusjusque dans le Port de
Chío \ 168 1. ) @r nostre Vlotte
^ victorieuse menaçant les Dar da
nelles , porter lépouvante jus
que dans le coeur de fin Em
pire. Ces preuves de la fermeté
du Roy , (gf. la vigueur de fin.
Ministre en 1677. 1680.(^-1681*
ont obligé le Sultan d'accorder le
Sopha à noftre Ambassadeur , ft)
d'autres Privileges pour la Re
ligion Catholique , ce qui fait
voir qu'il estime davantage
LOVJS LE GRAND que tous
les autres Monarques ensemble.
Jtfvs Allier ont aujst goûté les
GALANT. <î
fruits defa ferme ré , lors qu'il
leur a fit. rendre (1679. ) les
Villes (§>?> les Provinces qu'ils
avoient perdues pendant la,
Guerre ; toute f Europe vient
de recònnoiftre par la réunion de
-' plus de xoo. Villes famées ,.
800. grés Bourgs ffi 3000.
Villages ujurpe^jur la France
pendant les 'Revolutions de ce
Royaume , que LOUIS XIV.
est le plus ferme de tous les
Monarques à maintenir les
droits de sa Couronne.
Rien ne peut resister à la
íbree d'un Roy Invincible „
Eiij,
qui s'efi fut, luy, me/me une
routeJm le Rhin , mal.?iéjò%
extrême largeur *Jk rapidite Cs*
f profondeur ; metuint en der
r.ute une Armée qui <voulokJuy
,eu disputer le píjf^ge. * Tohyii ,
& qui fut contrainte de le luy
ahj^donn£î{ Le it. Juin. i6,7*.f
incomparable Mcfos a fins
&ej- beMwjèwnt plus de
Guerres , gagnéplus de 6p. B%-
t^ïlks ou Combats s bordéde$f
Cûnquefies le&hin ,le Viyahai'i
la Moselle , U Meuse \ íljfel i
la Lys , lFfiut , &f pris plus
4e 6oo. Villes par Sieges ^ TfaL
t&L o ou pifoteçftm. Aprés m fi
GALANT.' vf,
grand nombre de Con^uefiês ,
que d/tes^vms de & force' des
Places , les çriyczjvms imprena
bles f Je <vous oppojèray aujfìtjfl
Dunquerque s le Fort de
Schein, M.ifircic, Valenàennesy
Cambray, Suint Orner , Tpres ,
Puioerda., Strasbourg , Luxem
bourg , & tant, dautres que
vous voyez^parmy les Conquefies
d un Roy toujours le plus fort.
Voulczc^vous au contrairefiûtenir
quïl rìy a. point de Villes
qu'on ne puijfe prendre ? Sans
doute vous ave^mblié que nos
Ennemis ont levé le Siege de
vant Voêrden , & devant Char—
E ÌÌÌj'
*s MERCURE
leroy , ( 1672.. ) devant Oudenxrde
qu'ils affiegeoient avec>
trois Armées , ( Septembre
1674. J devant Haguenau
Saverne ( 1675. ) devant Augufla
en Scicilc [ Janvier ] de
vant Mzftreic le vj. Aoujl 1676.
& devant Chxrlcny le 14. Aouft
1677. Accordons-nous , ffi dïfms
qu'il n'y a point de Villes
imprenables fi Louis les attaque,
& qu'elles ne peuvent efirefor
cées lorsqu'il les dcffend. Vous
Jçave^ auffi que nofire Vlotte
Vichrieufe a toujours battu cel
les de nos Ennemis ; m iis e:iffìe%r
vuus cru , fi toute U terre ne
GALANT, r?
meus en affeuroit que le braie
d'Erlingue avec fin seul Vais
seau \ euft osé livrer le Combat
à 37. Galeres tant Espagnole?
que Genoises [ 1684. ] qu'a
pres les avoir battues , $~ leur
avoir tué zooo hsmmes 3 // cufi
pu heureusement fi retiret danr
son Port. Donc LOUIS XIV.
est: le plus fort de tous les Mo
narques de. la Terre..
X. •
Dans ler Panegyriques des
LOVIS LE GRAND , je pje*
fire toujours la vetité toute/im
pie , a la figure aux Allegotics.
le Juif donc, entierement
$ MF.RCURïï
perju.idé qUilJuffit icy d'ejì.iblir
sa ?\oirc Jurjes propres actions
(d/-sûr des sits connus de toute
l Europe. Jgui osera nier que
f Empereur n ait eu befitn du
secours de France , [ 1664. ]
poursuivcrh Hongrie & toute
s Allemagne qui allait devenir U
proye des Ottamms ì Le Grand
Duc de Mswie a recherché
í Alliance du Roy par ses Am.
b.jfideurs [ i66g & 1*81, }fEm*
percur des Turcs [ 1669. ] un Roy
de Guinée [ 1670. ] t§jr le Roy
de Si^msiit voir par des Presens
magnifiques , @r par trois
Ambajjudes qùi[ envoye du miGALANT
S9
lieu de l Asie, [ i6Sì. ] OMre
1684. &.\en Aoufi 1686. quelle,
efiìme il fut de LOUIS LE
ÇK AND . Ce Prince qui nefi
fin da jcctte cflïme que pour le
bien de la Religion y ria. t-ilpas
feu nn Souverain à fis genoux ?
[ifSf. ] (&y lun defis Gene
reux donner un Pzjjcpon le 2.4.
Septembre 1677. à l Aimée En
nemie beaucoupplus nofnbreufi
qW U nafire , pourfirtir d'un
lieu, oà'eUe benoit de fifiuver, .
nprés avo'.T efié b&ttuë ? Le
grffld Gufîoe<ze qui appeUoit il
y.tì 56 Ans les Autres Monarquesy
des Roitelets en' comparaism dfk
6o MERCURE .
Roy de France 3 s'il vivait au~
sourd huy , ne diroit ilpas avec
nous que la Gloire de LOUIS
XIV. ne peut avoir de bornes*
& que c'eír. avec justice qu'iî
est le plus estimé de tous les
Monarques de la Terre ?
XI.
Joiiiíïèz de son repos, Frìnces
inutilement jaloux d'une
grandeur à laquelle vous' «?
parviendre^jamaìs. L'on a re
fusé les Secours qu il offroit fi
genereusement ; mais fans luy on
n'a pu aller à. la Victoire , puis,
qu'il cflint le Maifire du chemin
qui vonsy acmdmts. Les droits.
' ".GALANT, rît
que ce Prince avoitjur le PaUtinat,
oni.ils esté capables de le
tenter ? Point du tout. Jl a cher,
ché les tvoycs de douceur , ^) fi
dele dans la parole qu'il avoit
donnée de ne point agir, il a
cedé fis propres avantages pour
ne pas interrompre le cours des
zostres. Jgui peut dire qu'il fa
jamais veu en colere ? Ennemy
des loila nges fg) de la flatterie ,
toujours affííble , toujours pa
tient , & le plus moderé de
tous les Monarques.
XII.
La gloire des Autels, c est la
Pieté dont LOVIS LE
MERCURE
€ R A N D, a donné, (èfy* dón±
m feus les jours de fi grandi
exemples. S efi-ilfirwy defèsú.i
wantages k>rs> quïl a <veu l!Allei
vtagne embarajfci t$mébàìùm
pás. a ft moderation een.x que
'vous avez remportez: en Hon
grie* Cefile Beffwfîtfhde^^E*
glija , le VviMfàjcr des. yEv<fl
qu.es , & le Defiruffeurde l'He*
refie. Il a fmi nf de grande?
fimmes. aux Venitiens. (1658. )
pour sûre la Çttdrre. .qu'ils'
efloient obligez defmtenir. H à
proscrit les Blasphèmes & les
Inipietcz^parfis Déclarations &
Edks de 1665. 1667* q) t6?y}
GALANT. 61
V Eglise cl recoww éfa premiere
tranquilîté fr les Jèntimens &
Jur les points delicats de la Re
ligion , par les Joins de ce Mo
narque qui a envoyé dessecours
considerables de Troupes en Can*
die contre les Turcs. [ 166S.
166y. ] ft) employeses forces de.
Mer contre.eux [1670. ] Il a
tefiab fy lexercice denofire Relu
gbn dans les Villes Herretiques
d'Osfy, de Rhimberg, de B u -
fi h ,dVtrech., (g^c. [ 1671.
de Geneve en 16S0. fê) de Stras
bourg en 1681. Ce Prince trespieux
a rtmis en p'ojfcjfion de la,
Garde du S. Sepulcre les Relï*
H MERCURE
gieux de S. François t677, $
leur continuéfa proteêiion Roya
le ses liberalits^ dans toute
la, Terre Sainte. Il a émt au
Roy de Ferse enfaveur des Ca
tholiques , (dr en a obtenu tout
ce qu 'il a demandépour nos Mf
fionnaircs^ Les grandes Con
versons quil a procurées dans
le Royaume de Siam , g) dans la
Chine depuis plusieurs années >
ï Edit de 1681. qui deffènd a ses
Sujets de quitternoftre Religions
g) cet autre de 1683. qui oblige
les Idolatres qui renoncent a
leurs erreurs , d'embrajfer la
Communion Romaine ; En un
[
mot ce qu 'il a ordonné ( ifâçy
pmr le, rejUblijfement des Eglifis
g) des Fresbiïeres y @J ce'
\ Mmdcment pourfaire observer
la, modestie cUns les Eglises ,i
14S6* tout cela ne montre t il
pas la vcritableYxçxè de LOVIS
JLE GRAND .<? Ajouflons , quaprj
la Conversion volontaire ft)
libre de plus de fíx cens mille A~
mes reunies à l Eglise Catholique'
depuis plusieurs années , que le
zgle , les Joins charitablesfs gj.
les belles Ordonnances du Roy
les sollicitent à se convertira it
a revoqué L'Edit de Nantes ,
jait abbatre tous les Temples des>
Janvier 168 j. K
(S MERCURE
tìuguenots.., g) ab&ty s Heresie1
áxns fin Royaume , W me attûée
, ce quejer PredeecjsetìTsna-
^oknt pas fait pendant plus
d un fiede : hissant a lapoflcrite.
un bel exemple dont le Duc de
&&wye u le premier Jùivy les
traces. Ces grands services ren
dus à lEglîJi ijans parler de
ceuxqxtin atteted, prouvent que
LOUIS XIV. est le plus
Pieux de tous les Monar
ques. • l"4 1 '' " \';
C'est pour 4'es grandes Vetttts
du Roy , que "Dieu l a. comblé
d'un jufte Bonheur , en hy .
.l . i rjr. A\\
galant: ef
donnant une nombreuse Pò/fe-
" rite. Heureux dans ï Alliance
qu'il a faite arvec une Keyne parfaite
& remplie des graces du
Ciel : heureux dans un Fils incomparabie,
&dansjfon Augufie
Epwíjc : heureux enfin dans un
Frere félon Jon coeur , & dans
tmdxfíFAmilk 'Rijyalequil <voit"
entierement devoiiee ajonservi- .
ce. Ses Mìnifirts font vigilans, ,
ecíaire^ &fidelles ;Jòn Rojaume '
flwiffìnt Jh Armes' invin
cibles, il eft cbery de fort Peuple, :
estimé de. toute la Terre , & par
tout Vííforieux, Ainfì lors que '
*vsHt ditçs €pue les Defltns jòntr
68 MERCURE .
pour luyjans contrainte , que
cefiparce qu'il a enchaîné laVortune
qu'il efi le plus Grand des
Rois , reconnoijfez. en mefme
temps que cefiparfa propre ver
tu qu'il efi leplus Grand de tous .
les hommes. Voila lafeule raison
pour laquelle Louis XIV. est
ie plus Heureux de cous les
Monarques de la Terre.
ll ne peut s'arrester dans la
belle route des Heros ; ce Prince
Magnanime , nmrry dans le
sein de la Victoire. Ses Ennemis
me/me avoâent qu'il ne fe con
tente pas de marcher le premier
GALANT <9
k la tefle de ses Armées , mais
qu'il les mene en personne au
Combat & a la VÏBoire , d'oà
vient qu'il efi plusbefiin de le
reunir que de l exciter. Sa Vail
lance ne nous fit-eUe pas une
frayeur fans pareille , lors quaprés
s'estre exposé à mille dan
gers , & a des fatigues inconce
vables au Siege de Dunquerque
[ 1658. ] il demeura luy seul in
trepide pendant une dangereuse
maladie qui defcfyeroit toutjòn
Royaume ? Pouvez.- vous Jans
admiration & fans larmes pen
ser avec quelle grandeur dame
LOVJS a souffert fa blejfure
7o MERCURE
dux. Septembre 1683. & une
Operation accompagnee de dou~
leurs aiguës ? [18. Nov. 1686. ]
Suive^ ce Vainqueur en Vranchc-
Comté qu'il prit luy.mcfme
en dix jours au milieu de iHy.
ver: & en Lorraine qu 'il fou
rnit en peu de jours, îl a conquis
en petfinnc fiixante-ánq
Villes en deux mois , fortifiées
dans l&endué d on%e Provinces;
M ifirich , que l<m efitmoit im
prenable , en tre ize jours z & les.
années /ùivantes, Valevúenmsy
Gand , & Tpres. Assiegeant U
Ville de Bouchaïn ìm 1676. les
Armées des Confederres tenteGALANT.
71
sent le secours de cette Place.
Le Roy aÛa au devant , leur
prtfenta la Bataille qu'ils evif
terent par U fuite. Voulc^wous
d autres Victoires rempotréesfar
Terre par L OV I S LE
• G RA N D , .<" Je <vom rapporte
les principales. Ce font les Ba
tailles ou Combats des Dunes le
14. fuin 1658. de S. Godart au
p&Jfage du Raxb en Hongrie le
premier Aoufl 1664. En 1674. de
Zein?ein , de Molsheim , de Se*
n ef contre trois Armées , d'Emf
heim , dans laquelle vingt mille
François défirent trois Arméet
defiixante &fex miUe hommes>
7& MERCURE
commande^ 9 par vingt Princes
Souverains , ou de Maison Soumeraine-,
de Mulhaufein ën 167^.
de Turshcin , apres laquelle les
Csnfedere^ furenf chajfcz^ , &
contraints de repasser le Rhin..
En 1677. lonziéme Avril .celle
de Cajfel, remportée par Son Al
tesse Royale ^ quï defit les Espa
gnols (dp les HoUàndois , mmmande^
pçr le Prince d'"Orange,.
prit enfmte*Sa}rit Orner. Lés
Batailles d'Mpoûille en Catalo
gne , de la SeiÛe, & dAufembourg.
Le Combat du Pont- a-
Mmjfon^ de Koquerberg^outre
vingt-cinq mille hommes perdus
par
GALANT, .71
par les Allemans dans le Cam
pement de Mouron. En 167g.
les Combats de Rheinsfeld le 8.
Juillet , & de Saint Denis le 14.
Aòufi. En 1684. le 16. May le
Combat de Pont . Major , au
pajfige dei la Riviere de Tur. Re.
iconnoijfeç^ donc que U Vaillan
ce duRoy ta rendu leplus grand
Conquerants qu'un concours fi
heureux de tant de Vertus Mo
rales & Politiques \ prouvent
invinciblement que L ou is XI V.
£st çeluy que vous devez esti
mer le plus Grand de tous les
Monarques de la Terre.
Dans le grand Quadre aux
Janvier 1687. G
74 MtkteOKl
deux coffe2 des Theses ©a
Conclusions historiques &
politiques ,sont marquees les
principales ; Conqu'istòs du
Roy selon Tordre dèsanne'eS}
afin qu'on puíílê1 les> tròuvéV
tout d'un corjp,^d%ríè feuX
le veuë , 4en lisant ' tes autres
Actions de ce Prince Cha
que coríjdueste k *fir titèfrífue
pour en> c1>n'si$ïfteM£
tion selón la "Geographie,,
cela se trouve eitpîîqué dans
un Cartouche poï^itfus 'le
Quadre. *^\^r^h
.. .GÀLAKÎV 7s
Pour cottuoifire la situation
des Cottquefies. ,
A AtVòîè^' Cornu, eles JPtys '-ba*
Catholiques. : v; v^,«»'.> '
.'.'Akace ; : ':£attáptèvi4Ì^ iÀBemagne.
. . ' '."'O '
B Brabant1; Dùchí «M&$sÌ>at
Catholiques.
C GleVes'; ^u^ìenlÂneriapie.
f Cologne „ EleBorar^ .en Àlle~
Magne. ' . -* 1
F Flandres, Comté desPJy:-ha.t
G Gueldres , 2>«^ , deiProvïh-
. ces-y^ìes.. , ij^.n-'. ! ? .
IjF HàìnVùt, & ktyi ú*
3J" Cathotîquês. 4t"
G ij
j4 MERCURE
h Hollande , Comté , des Provin
ces-Unies.
L Liège* Principaute , £Attenta-
,gne. ^ x- .> "WïjK
\ Luxembourg, Duché, des Paysbas
Catholiques.
N Namur, Comté , des Pays-bd*
Catholìquts. .'. ...'>' •
O Owerissel , Seigneurie, des Pro
vinces. Unies.
P Palatinat , Eleïlorat , en AUemairie.
:' .£, : J
V Utrecht , Seigneurie des Pro
vinces-Unies. . ; ... ,4. ../'.f
Z Zutphen , Comté , des Provin
ces.Unies, i •.;
Ces seize Provinces ont esté
le Theatre le plus ordinaire
des Conquestes de Louis lk
Grand, quov qu'il cn ait
GALANT. 77
fait beaucoup dans plusieurs
aurres Provinces , qui font
marquées à la fin de chacune
de ces Villes. Ainsi Ton trou
vera peut. estreaíïèr d'utilité
dayotrenïì peu d'espace les
principales Conquestes, lan,
née quelles ont esté faires,
& le Païs pu elles font situées.
Trinàpdes Conquestes du Roy*
Dunkerque. F
Gravelines» ;'" F
Oudenarde. F
Menitì. F
Ypres. F
Comm.ines. F
Grammoat. F
Giìj
78 MERCURE
Dixmude. F
M or tare v Duché de Mitau , en
Jtaïiey \"
1663.
Marûl , en Lorraine.
"... : ."s t&7> . \
L.a Bassée. F
Conde. H
Charle.Roy. . iH
Bergues. > ' ' ' B
T.Huruy. .'. .?. .. V F
AcH, . H
Doiiay. ...I.'...' 'I'- í?
.F urnes. '.. . W
Çourtray. ^ ' |?
Oudenarde- p
Lisle. .fr
.^.lost, deux fois. .• m. . F
Árrnentieres. > ,. , ' Jf
GALANT. 19
.y léóS.'
ècíànçon. . .. . ,~ sf.v . K S
Salins.' • . »
Dole. ' I»
Grais. u O
Chasteau de JoujíVj...:. ^ |
Fort Sainte Anne. >-
£t toute la Franche-Comté. . .
Pont-à.Mousson. ,„ ,y., . \\
Çpinal, Nancy , & toute la Zar*
, rainer
fpngres. . j,,7/L
Weifet. . X
ltfascik. Mjv.'vk
Sjtuar.. . ^ 3. I*
Fsluquemont,,D«^.^ Zifpktìur£.
flLhimberg. v t
jfurìck* .r....;. Ç
G iiij
8o MERCURE
Weícl. • } C
Rées , & son Fort. >:!; C
Fort de Lippe , enVvestfhalie.
Emmeuk. ;:.v ì,- G
Locken, '1 Z
Bvoí kelo. Vvtfifhalìe; >
Grool. * ,: ' Z
Doëtkum, >ír Z
VHrz. ' Z
Brtwoort. ' ' ^.^ 2^
H. sselt. c V . • O
Ommetij .. ''.'• O
Kemperi. O
Zwol. ?- >.••v^:/.|"0;.
Deventer. ' r-:
Zûtphen. H : > . . ' Z
Óoësbourg. ». ' > Z
Fort deSkeink. . ''".rí"'.»>: f
Utreicht. •
Mu'íden. .;:>.''-í\, fc:
Naërden. ••' ' h
GALANT. 8t
E&ourg. . G
Harderwick. >ì . G
Hattettî'ï *ì>♦ ï ..• .. t '>'»*.. ' . G
Amersford. A
V^oërden. h
Oudewarer. %, \v. . ' h
Arnheim. G
Vianem. ~>«t : Ja
W"agcninghen. G
Rhenéen. j:> V
Duëstede. V
'Wic... Duché de Zimècurg.
Knotzeiobourg., *. F
Les Forts de Saint André & de
W'orms. i G
Isles de Bomel & du Betwe, G
Creveeoeur. " : B
Nimegue. ' G
Grave. st
Genep. .<..'.. C
Bodengrave* .> ' 'h']
82 MERCURE
1673.
Mastreick. : '
Tout le Comte de la Marek. ' ? . '
Salins. Sf
Principauté de Lure. »*.
Chafte'au Sainte Anne.
Fauconnié , & toute la Franche-
Comte'. • •'' fj.í
<îermeinsheim. .? P
Duren. ^ Ì..t ; '>> >• 'P
Heiníberg. .'»»'•»• *v p
jpinnick. .'Jwt...i:;:^p
Citadelle de Lieo.e .n...O
.-l^: O » *
Trêves , A'Jemayie.
1674. .
TJinan.
Huy, L
GALANT. 8?
Limbourg y Duché.
F^rt de Monivic Cataleyte.
Augusta , en Sicile.
167$,
Fort de Link. F
Condé. .' H
Bouchain. H
Aire. A
Builloru £•
Tôrmiuna. j >
S.aletta. a?
La Croix. .... £s
Savoca.
Ficumedcntsi.
Fort &Iflc de k Caïenne , dans
tAmerique.
Valenciennes. H
Cambray , &; .& Citadelle. H
Saint-Omer. A
Fribourg.. :.. . .i
8+ MERCURE
ChasteaudeBoslu. s']\ .x > H
Saint Guillain. H
Sarbruk. Lorraine, ...r;
Forts de Tabago & d'Orange.
Amerique. . - \%,;\\
1678.
Fort Rouge.
2s.ores, .v,..)..,.: F
l'uycerda. Catalogne.
... > «
Fort de Kiell. , a
Kampen.
Landav, & le Chasteau de Lichtemberg^
»^//^
apte.
Aix-la Chapelle , & tout le Du.
ché dejuliers excepte la Ca
pitale. i,»C:L Vïlì :.
Nuis. .. ., , .." ^
GALANT 8c
1680.
Chademont. fss
Hombourg , Frontiere du Palàtinat.
;
Virton. JBaillages du
Chin y. Luxembourg,
Enchimont. L
Strasbourg. a
E/CazaI , Italie , en me[me jour. :
1683.
Courtray, p
Dixmude.. ' \ . • ; p
1/84.
Luxembourg. L
Cap-de-Quiers , en Catahqnt. .
réunions.
Fumay. j_j
Le Comté de Rochefort.
Le Marquisat d'Arloh. :' >
Herbemonk ,.,'.'
Urbu.
fc< ME&CfJRE
Orchimont.
Revin.
fiastoine. , > r
La Roche. rs '".lV *
HofFalize, ' ' r
Saint Hubert,
Marche-en Famines : >
Ì.c Neufchateaiu •',' .,,v.
Echternach.
L i Principauté de Sálm,êcci. dam
le Luxembourg. 1
Et les Comtez de Morîçbe'íará^
&íde Sponheim, en A ema<gn&.
LesColomnes,Jçs Pilastres,
& les Feítóns font ie^idrtïs de
cinquante.'huit revérs de Medailles,
qui font autant d'Ins
criptions qui rna&qttent seloû.
Tordre des années y les prihl.
GALANT. 87
cipales Actions du Roy, qui
n'ont pas esté compriiès en
particulier dans les Thèses.
On va les rapporter íuívanc
qu'elles font disposées.
I i! . . J . . ,.l 1 . . . ì
..t.4.; Çharrìhre de Justice, pour
rétablis l'oirdrQ daìis les Finan
ces, 1658. .•..:,/.'. í { ,
ì. Edit contre.Ies Duels , Kjj?.
3 . Les Rois de France & u'ÉC
pagnes voyemt ] & fígntnr la
Paix le 7. Novembre 1659.
4. AccruiíìtiondeDurikerque,
ì'66l. . .Jt*. />'[ ri: 'i . .. , ií í '.
. . 5. Le Roy d'Espagne cede la
préséance â 4a France , & le dé
clare le 14.. Mars 1661. ; r-'
Alliinjce/renouyellée avec
les Suisses j 1663. >; .
88 MERCURE
7. Protection accordée au
Comté de Venaiflìn , 8c à Avi
gnon ,1663.
8. Etablìílement da CommerJ
ce aux Indes , 1664.
9. Piramide élevée á Rome,
Íîour faire satisfaction au Roy de
Iníûltede la Garde Corfe,i<?64.
10. Satisfaction faite au Roy
par le Legat , 1664.
n. Victoire far les Corfaúes
d'Alger, St deTunis, , '
ïì. Grands Jours en Auvergne
pour la Justice, t66$. .
13 .Protection donnée aux Hollandois
contre l'Evefque deMunr
ster &: contre 1 Angleterre, 1666.
; 14. Paix entre la France & Jes
Algeriens, 1666.
„ 15. Paix de 3reda avec les Anglois>
i667. >.r^v.,.:.
16. Les Procedures detruites.
'par le Code » 1667.
17. Paix d'Aix-la- Chapelle ,
166$
iff. Secours de Candie „ r66&.
1669.
19. Le Roy visite ses Conqueftes
, ^70. & 1683.
zo. Le Roy fait fortifier & vi
sité ícs Conquestes , 167s,
11. Les Hollandois forcez ai»
Poste A'AmtidéttyVÍJxi. '
xi. Secours jetté dans Meflîhe
aprés 'la déraite des Ennemis ,
Février 1675V'"
~ 13 . Desunion de s Considerez „
1^78..
24. Les dix Villes imperiales;
d' Alsace prestent ferment de fi»
delité au Roy, 1679, .
. zf. Protection Sc secours don-
Janvier 1687. H
90 MERCURE
nez par Sa Majesté aux Rois de
Portugal,.i668. & de Suede 1679.
16. Les Corsaires de Tripoli
featcus ,.puis défaits jusque dans
le Porc de Cíik>: ce qui allanne le
Turc, Juillet 1681.
27. Les Villes dq Strasbourg ,
& de Gazai soumises au Roy, le
30, Septembre 1,681.
' r8. Paix de Maroc , & de Salé,
Decembre 1 681.
29. Alger foudroyé , Juin 1683.
„ 30. ìì.Decembre Luxembourg
foudio^i, 1683.
: 31. Les Vaisseaux d'Alger b rir
iez à Sarcelles i68ì. &: ces Cor
saires battus plusieurs fois 1683,
, r Genes foudroyée, May 1684.
33 . La Vifle de Trêves déman
telee 6c punie , en Juin 1684*
34. Un de^ ûos vaisseaux Mar
ì ... ^<Ì:PlLM€Tì &
l .cèaods repris au milieu de treoie-
trois, autres , 1684.
35. Protection donnée à l'Evefque
de Lîege contre íés SujjSt4s»
l jtebfeljes,i^..;. ./' y\J
. 36, T rive de ,vipgj ans accor-.
dée. à 1 Éuto,pe par le Roy, r 68 4».
. r. #8. .TîripQ)!! foudroye v .en Jaít»
*' ' p. ^Amrjassá^eû/dé Fránce"
-e&ftent le Sopha à An^rinople
p "áeî^'r^ction de i'Hétesie par tour
ic Royaume , 168'5.
?'-.4^ JLe^avf doàne jdfifîsecowiîs.
sw&ugí.de^ayojfc^r }'>£>o.&~
92 MERCURE
tiort del'Heresie dans sesEstats^
6c afin de reduire les Protestans
rebelles des Vallées , 1686.
Les deux precedentes In£. ^
criptions ont esté pôiëes íùr
lc Piedestal de chaqu c Co
lonne , pour montrer que U
Base & le fondement des
Actions de LOUIS LE
G RAND » cest ta Reli
gion. Les Festons n'estant a~
joûtez que pour TornemenÊ,
l'on a crû qu'ils fefoient trespropres
à porter lés' Médaif- \
les qui contiennent les NaiC
sances , les. Mariages , & les
autres eVenèmens de cette
t ' > .
>
GALANT. <x
forte , qui sont afïèz souvenu
representez par Les Fleurs.
Cette précaution ne déplaira
ï pas aux personnes exactes ,
.qui auroient peut.eftre trou,
vé à redire qu'on eu st meílé
ces faits avec les autres..L'on
n'.a pas eu de peine à se re
soudre à eette separation. Il y '
a tant de belles choses à dire
du Roy , que nous ne /òmmes
pas reduits à la necessite'
d'établir les louanges de ce
grand Monarque fur des efl
rets étrangers. Ainsi Ion a
piis sa Naissance t son Maria
ge, les Enfans qu'il a eus,noa
£4 MERCURE
'pas pour en faire des~ siijets
d'Eloges , mais pour donner
plus; d'osnemeint À cet; Ou
vrage ,ôc a;5n de ne pa& pri
ver ies curieux de ces remar.-
.ques , quirait paru ,de con&-
,rjuencfi. . J \ìs:ìïûy\,i.ï
v> i r : . j '''; >.i ' r,. t
43. Naissancedu Roy, aonae.
. heures avant Midy le Dimanche
5. Septembre' 1638. '* ' .
44 . Le Roy déclare : Ma^Xir te
Jeudy 7.. Septembre tápJ ' i'.'ísí
^ 43., Sacre, du Roy; ;à;R4injï§ £e
"Dimanche 7. Juin .f4f4, j
46^ Mariage *dú Roy te 3. Juki
1660,
47. Naissance de Mouseigiíeur
GALANT. 9Y
k j4^. Naiííànce de Madame" Eli!
zabethde France yle Samedy.r8V
Novembre 1662.,
. 49. Naissance de Madame
Marie Anne de France , le Di
manche 16. Novembre 1664.
50. Naissance de Madame Marie-
Therefe de France , le Di
manche z. Janvier 1667.
51. Naissance de Monsieur Phi
lippes de Bourbon Duc d'An
jou ,1e Dimanche 5. Aoust 1668.
52. Naissance de Monsieur
Louis-François de Bourbon,Dut
d'Anjou ,1e Mardy 14. Juin 1672.
5J. Mariage de Monseigneur ,
le 28.|anvier 1680.
. 54. Naiííànce de Monseigneur
îeiDtrc de Bourgogne , lejeudy
S. Aouft i8f*. ».
íSíaiQàmae de iMxsrièigneu*
oá MERCURE
le Duc d'Anjou , le Dimanche
19. Décembre 1685.
56. Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry , le Sastiedy 31.
Aoust 1686.
$7. Mariage de Madame h
Princeíïê de Conty , le 16. Jan,
vier 1680.
58. Mariage de Madame la Du.,
chessí de Bourbon , le 14. Juil
let lé86v
Voilà un petit crayon du
plus beau Portrait qui fut ja
mais. Si lan trouve que quek
que chose y manque , Ton
fera reflexion que ce n'est icy
qu'un abregé r qui n'a pû
contenir tout ce que le Roy
a fait de grand depuis vingthuit
... GALANT. 97
huit ans. On auroit bien vou
lu marquer tant d'Illustres,
qui ont eu part aux actions
héroïques qui font aujourd'huy
l'admiration de toute
la Terre ; mais l'efpace d'une
These nous borne , il faut se
reserver pour un plus grand
Ouvrage que l'on médite , &
qui renfermera l'Histoire de
nos Braves aprés celle de leur
Auguste Souverain. Nous ne
craignons pas d*y marcher
fur 'lai mesme route que les
autres Auteurs. Celle que
nous suivrons fera nouvelle;
& c'est un bonheur de vivre*
fanyitr 1687*
98 MFRCURE
íous un Monarque, dont toui
tes les démarches sontautanc
<le miracles ; & qui occupe
tellement les Historiens, que <
quelque foin qu'ils aportent ,
ils laiíïèront encore beau
coup à dire pour ceux qui
ecriront aprés eux.
Fermer
Résumé : Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente une thèse dédiée à Louis XIV, rédigée par un auteur ayant minutieusement recherché la vie de ce monarque. L'ouvrage est décrit comme unique et incompréhensible sans une application zélée. Il couvre les principaux événements du règne de Louis XIV à partir de 1658, évitant de remonter plus haut pour ne pas se copier sur d'autres œuvres. L'auteur inclut des médailles symbolisant les vertus du roi, telles que la force, la gloire, la modération, la piété, le bonheur et la vaillance. La thèse est soutenue par une table d'attente avec des ornements architecturaux et des trophées symbolisant la clémence du roi. Les quatorze thèses ou conclusions de l'ouvrage répondent aux médailles et prouvent chaque vertu ou attribut du roi. Le style de l'ouvrage est particulier, utilisant des expressions poétiques et des libertés pour rendre les propositions courtes et fermes. L'auteur utilise des chiffres pour marquer les jours et les années des événements, offrant une chronologie utile au public. Les questions et conclusions abordent la sagesse, la clémence, la justice, la magnificence et l'amour du roi pour son peuple. Louis XIV est présenté comme le plus sage, pacifique, juste, magnifique, libéral et aimable de tous les monarques. L'ouvrage se termine par une réflexion sur les actions bienveillantes du roi envers son peuple, soulignant son dévouement et son amour pour la patrie. Le texte décrit également les exploits militaires et les réalisations politiques de Louis XIV. Il mentionne des conquêtes telles que celles des Iroquois, des Algériens, et des corsaires de Tripoli, Maroc, Tunis et Majorque. Louis XIV a imposé ses lois à des places importantes comme Strasbourg et Cassel. Ses victoires navales incluent des triomphes contre les Anglais en 1666, les Hollandais en 1672 et 1673, et les Espagnols en 1676. Il a également construit des infrastructures majeures, comme le canal reliant la Méditerranée à l'Atlantique et l'aqueduc de Maintenon. Sur le plan intérieur, Louis XIV a établi des compagnies de commerce et des manufactures pour stimuler l'économie. Il a renforcé la sécurité à Paris et dans les provinces frontalières par la construction de citadelles. En matière de religion, Louis XIV a promulgué des édits pour défendre la foi catholique, comme l'édit de 1681 interdisant aux sujets de quitter leur religion et l'édit de 1683 obligeant les idolâtres à embrasser la communion romaine. Il a également révoqué l'Édit de Nantes en 1685, mettant fin à la tolérance envers les protestants. Le texte mentionne également les alliances et les relations diplomatiques de Louis XIV avec divers souverains. Ses victoires militaires incluent des batailles comme celle de Haguenau en 1674, Augsbourg en 1675, et la prise de Strasbourg en 1681. Enfin, le texte énumère les principales conquêtes territoriales de Louis XIV, incluant des villes comme Dunkerque, Gravelines, et toute la Franche-Comté, ainsi que des provinces en Allemagne et aux Pays-Bas. Le texte présente également une liste de conquêtes, de fortifications et d'événements militaires et politiques liés à la France entre 1674 et 1687. Parmi les lieux mentionnés figurent la Principauté de Lure, la Citadelle de Liège, Trêves, Huy, Limbourg, et plusieurs forteresses en France et à l'étranger. Le texte détaille également des événements significatifs tels que la cession de la préséance par le roi d'Espagne à la France en 1661, la protection accordée à divers comtés et villes, et des victoires militaires contre les Algériens et les Turcs. Des alliances et traités de paix sont également mentionnés, comme la paix d'Aix-la-Chapelle en 1668 et la paix de Maroc en 1681. Le texte inclut aussi des événements personnels du roi, tels que son sacre en 1654, ses mariages, et les naissances de ses enfants entre 1662 et 1686. Enfin, il souligne l'importance de la religion comme base des actions de Louis le Grand et mentionne la préparation d'un ouvrage plus complet sur les actions héroïques du roi et de ses braves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 328-329
Carte de Hongrie. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parle, & vous dois parler encore tant de fois de [...]
Mots clefs :
Hongrie, Royaume, Carte, Route maritime, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Carte de Hongrie. [titre d'après la table]
Je vous parle ,& vous dois
parler encore tant de fois de
laHongrie tant que durera la
Guerre , queje croy que vous
ne ferez pas fâchée de connoiſtre
la ſituation des lieux
dont je vous entretiens fi
ſouvent. Ainfi je vous avertis
que le Pere Coronelli , Cofmographe
de la Republique
deVenise , qui a fait les beaux
Globes que Mt le Cardinal
d'Eſtrées a donnez auRoya
C
GALANT. 329
fait une Carte de ce Royaume
, diviſée en Haute & en
Baffe Hongrie, avec l'Efclavanie
, fubdiviſees en leurs
Comtez . Le meſme Pere en a
fait une en quatre feüilles ,
beaucoup plus ample, & remplie
de Remarques curieuſes .
Il a fait auſſi la Route mari
time de Brest à Siam avec la
Carte de ce Royaume-là. Le
tout ſe trouve chez le Sieur
Nolin, ruë Saint Jacques , a
l'Enſeigne de la Place des Vi-
Etoires.
parler encore tant de fois de
laHongrie tant que durera la
Guerre , queje croy que vous
ne ferez pas fâchée de connoiſtre
la ſituation des lieux
dont je vous entretiens fi
ſouvent. Ainfi je vous avertis
que le Pere Coronelli , Cofmographe
de la Republique
deVenise , qui a fait les beaux
Globes que Mt le Cardinal
d'Eſtrées a donnez auRoya
C
GALANT. 329
fait une Carte de ce Royaume
, diviſée en Haute & en
Baffe Hongrie, avec l'Efclavanie
, fubdiviſees en leurs
Comtez . Le meſme Pere en a
fait une en quatre feüilles ,
beaucoup plus ample, & remplie
de Remarques curieuſes .
Il a fait auſſi la Route mari
time de Brest à Siam avec la
Carte de ce Royaume-là. Le
tout ſe trouve chez le Sieur
Nolin, ruë Saint Jacques , a
l'Enſeigne de la Place des Vi-
Etoires.
Fermer
22
p. 5-27
Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez esté contente des Ouvrages composez à [...]
Mots clefs :
Éloge, Souverain, Justice, Ordres, Sagesse, Roi, Mazarin, Orateur, Père Cottin, Royaume, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
I vous avez eſté contente
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
Fermer
Résumé : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Le texte relate la satisfaction du destinataire concernant les œuvres et éloges en l'honneur du roi, précédemment envoyés. Il annonce un article résumant les grandes actions du monarque au profit de ses sujets. Le Père Cottin, professeur d'éloquence à Lyon, a prononcé un éloge du roi lors de la fête de Saint-André, en présence du prévôt des marchands et du consulat. Cet éloge mettait en avant l'amour paternel du roi pour ses sujets et les actions entreprises pour leur bien-être. Le discours était divisé en deux parties. La première rendait hommage aux ministres et échevins pour leur zèle et leur administration difficile dans un contexte stérile et rigoureux. La seconde partie soulignait l'héroïsme, la justice, la prudence, la pénétration et la modération du roi, illustrées par ses campagnes militaires, notamment celle de 1672. Le Père Cottin a souligné l'amour paternel du roi, naturel et acquis, qui tempère le pouvoir arbitraire et prévient la tyrannie. Il a évoqué les premières manifestations de cet amour dès les débuts du règne, après la mort du Cardinal Mazarin. Le roi a promulgué des ordonnances sages et justes, assurant la majesté des lois et le repos des familles. L'orateur a comparé Louis le Grand à des législateurs antiques comme Licurgue et Codrus, soulignant son dévouement pour son peuple. Il a mentionné divers édits et ordonnances pour assurer la paix et la justice, comme l'édit contre les duels et les régulations contre le luxe excessif. Le discours a également abordé la prévoyance du roi en temps de disette, rappelant les rigueurs de la fin du XVIIe siècle. L'orateur a loué le roi pour avoir purgé le royaume de l'hérésie et pour sa fermeté face aux offres tentantes, notamment en défendant la religion catholique contre les princes protestants. Enfin, le Père Cottin a conclu en soulignant la grandeur de l'amour paternel du roi, illustrée par ses actions en faveur de la France et de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 228-244
Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay marqué dans ma derniere Lettre que je vous [...]
Mots clefs :
Mariage, Écosse, Maison, Comte de Castel-Blanco, Royaume, Marie Euphémie Joseph
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois- ci du Mariage de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre deCaftille) & Chevalier de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro.
La Mere de Mr le Comtede
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes. Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par l'Infante Almolia fon époufe , comme il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant, & tresnoble PrinceJean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth, Caftlemaine , Ricartone , &c. Pair de deux Royaumes de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c. Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayantaccompagné Edgar Ethdin d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois ,pour le faire fon Succef-
232 MERCURE
feur, eftant le Succeffeur legitime de la Couronne d'Angleterre. Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere, & fes deux fœurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite deMaurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite fœur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere.
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy, & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume,luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond, à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors , & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre; & alliée avec tout ce
qu'ily a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même, fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe. Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella Drummond fille du Seigneur de Drummond Chefde
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe. De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques 4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere de France, & Reine d'Ecoffe. De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme, grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé, de Madame de
Hanover, &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe de Savoye , Mere de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans. Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere femme la Princeffe d'Orange , & la Princeffe de Dannemark , nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre , il a en Sa Majeſté Britannique Jacques 3 ° & la Princeffe Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct , ce n'eft pas le feul endroit par lequel le Roy d'Angleterre eft defcendu de la Maifon de Drummond , dont le
dernier Chefavoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille. Le fils aîne eft prefentement Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy, &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant General des Armées du
Roy d'Angleterre, Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , ViceTreforier & Controlleur General du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
lecaractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire du Roy d'Angleterre; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti-
240 MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy, qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne, & premier Gentilhomme
de fa Chambre, & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE 241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe ,l'une des plus anciennes du Royaume, dont Mylord Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux Chevalier Guillaume
Wallace, grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion des Anglois qui l'avoient envahy, profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre CheAvril 1710. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur,
ou Viceroy par les Etats Generaux du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles , & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant- gardede
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il y cût reçû plufieurs bleffures dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe , & mefme avec la Maifon Royale, le Chevalier Duncan Wallace ayant épousé Eleonore de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille & heritiere de David Bruce Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere deM° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de CaftelBlanco eft d'une beauté finguX ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois- ci du Mariage de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre deCaftille) & Chevalier de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro.
La Mere de Mr le Comtede
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes. Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par l'Infante Almolia fon époufe , comme il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant, & tresnoble PrinceJean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth, Caftlemaine , Ricartone , &c. Pair de deux Royaumes de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c. Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayantaccompagné Edgar Ethdin d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois ,pour le faire fon Succef-
232 MERCURE
feur, eftant le Succeffeur legitime de la Couronne d'Angleterre. Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere, & fes deux fœurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite deMaurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite fœur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere.
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy, & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume,luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond, à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors , & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre; & alliée avec tout ce
qu'ily a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même, fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe. Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella Drummond fille du Seigneur de Drummond Chefde
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe. De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques 4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere de France, & Reine d'Ecoffe. De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme, grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé, de Madame de
Hanover, &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe de Savoye , Mere de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans. Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere femme la Princeffe d'Orange , & la Princeffe de Dannemark , nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre , il a en Sa Majeſté Britannique Jacques 3 ° & la Princeffe Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct , ce n'eft pas le feul endroit par lequel le Roy d'Angleterre eft defcendu de la Maifon de Drummond , dont le
dernier Chefavoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille. Le fils aîne eft prefentement Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy, &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant General des Armées du
Roy d'Angleterre, Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , ViceTreforier & Controlleur General du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
lecaractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire du Roy d'Angleterre; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti-
240 MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy, qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne, & premier Gentilhomme
de fa Chambre, & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE 241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe ,l'une des plus anciennes du Royaume, dont Mylord Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux Chevalier Guillaume
Wallace, grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion des Anglois qui l'avoient envahy, profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre CheAvril 1710. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur,
ou Viceroy par les Etats Generaux du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles , & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant- gardede
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il y cût reçû plufieurs bleffures dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe , & mefme avec la Maifon Royale, le Chevalier Duncan Wallace ayant épousé Eleonore de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille & heritiere de David Bruce Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere deM° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de CaftelBlanco eft d'une beauté finguX ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent
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Résumé : Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Le texte traite du mariage entre Monsieur le Comte de Caftel Blanco et Mademoiselle Marie-Euphemie Joseph, quatrième fille du Duc de Melfort. Monsieur le Comte de Caftel Blanco, titulaire du titre de Caftille et Chevalier de l'Ordre d'Alcantera, appartient à l'ancienne et illustre Maison de Rozas en Espagne. Il est issu de la lignée de Vingod d'Efquerra, troisième Seigneur de toute la Biscaye. Sa mère est de la Maison de Melendes, qui descend de la Maison de Solariega dans les Asturies d'Oviedo. Cette Maison est liée à un Prince Édouard, fils du Roi d'Angleterre, par l'Infante Almolia, comme le montrent les Archives Royales de Simancas et le grand Livre del Beferro de Sahagun. Mademoiselle Marie-Euphemie-Joseph Drummond de Melfort est la quatrième fille du second lit du Duc de Melfort, Marquis de Forth, Comte de Melfort, de Burutisland et d'Ila, Vicomte de Theobalds, Baron de Cleworth, Caftlemaine, Ricartone, etc. Elle est Pair de deux Royaumes de la Grande-Bretagne et Chevalier du très noble Ordre de la Jarretière. Son frère aîné est le Duc de Perth, chef de la Maison de Drummond. La Maison de Drummond s'est établie en Écosse du temps du Roi Malcome III. Maurice, ancêtre de la famille, accompagna Edgar Ethdin d'Hungarie, oncle de l'Empereur Henri III, et le père d'Édouard le Confesseur, qui rappela Edgar de l'exil pour en faire son successeur légitime. Après la mort du père d'Edgar, Guillaume Duc de Normandie usurpa la couronne, et Edgar se retira en Écosse avec sa mère et ses sœurs sous la conduite de Maurice. Ils furent accueillis par le Roi Malcome III, qui épousa la princesse Marguerite, sœur d'Edgar, canonisée pour sa sainteté. La Maison de Drummond a occupé des postes illustres tant en temps de paix qu'en temps de guerre et est alliée aux plus grandes familles d'Écosse et d'Europe. Robert III, Roi d'Écosse, épousa Annabella Drummond, fille du Seigneur de Drummond, et mère de Jacques Ier d'Écosse. Cette lignée inclut plusieurs rois d'Écosse et de Grande-Bretagne, ainsi que des membres éminents de la noblesse européenne. Le Duc de Melfort, père de l'épouse, a occupé de nombreuses charges militaires et civiles, notamment Commandant du Château d'Édimbourg, Grand Maître de l'Artillerie du Royaume d'Écosse, et Lieutenant Général des Armées du Roi d'Angleterre. Il a également été Conseiller du Conseil d'État et Privé des Royaumes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, Vice-Trésorier et Contrôleur Général du Royaume d'Écosse, et Secrétaire d'État des trois Royaumes. Il a été ambassadeur extraordinaire du Roi d'Angleterre à Rome. La Duchesse de Melfort, mère de l'épouse, appartient à la Maison de Wallace en Écosse, l'une des plus anciennes du Royaume. Cette Maison a produit des figures notables, comme le Chevalier Guillaume Wallace, libérateur de l'Écosse de l'oppression anglaise, et le Chevalier Jean Wallace, commandant à la Bataille de Sath. La Maison de Wallace est alliée aux plus grandes Maisons d'Écosse, y compris la Maison Royale.
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24
p. 5-9
Prelude dont les veritez paroîtront incontestables à ceux qui le liront, [titre d'après la table]
Début :
Depuis que le Roy a commencé à gouverner par luy [...]
Mots clefs :
Royaume, Religion, Jansénistes, Quiétistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude dont les veritez paroîtront incontestables à ceux qui le liront, [titre d'après la table]
EPUIS que le Roy a
commence a gouverner
par luy mesme, quoyque son
occupation ait esté grande,
soit en paix, foien guerre, ses
premiers soins ont toûjours
regardé l'a.ccrolffcmciit3li pu-
reté, & le culce de la véritable
Religion, pour laquelle il à
toujours tout sacrifié. 'Sel
Edits sur ce sujet sont sans
nombre. Il a
contribuédans
une infinité d'endroits de fom
Royaume à l'établissement des)
Temples;il a
fait construire
celuy du Val-de Grâce qui est
une des Merveilles du Monde,
& celuy des Invalides dont roifl
les Etrangers qui lont vû onn
esté charmez. Il n'a point consideré ce que la suppression de
l'Edit de Nantes coûteroit àa
son Erat
,
& il a cru qu'il gagneroit beaucoup en donnant
j lieu à tous ses Su jets Prote stans
de sortir du Royaume. Monsieur le Chancelier leTellierJ
qui signa la Revocation de cet
Edit,s'écriaaprèsl'avoirsignée,
comme le bon homme Simeon
,
Nunc dimittis servum
tuum in pace. Paroles que le
Roy repeta souvent, en disant
qu'après la revocation de cet
Edit
y
il mourroit content, en
quelque temps qu'il plût à
Dieu de l'appeller. Il a
banni
de son Royaume, non seulement les Protestans
;
mars il a
auili obligé les Jansenistes à
reconnoistre leur erreur, &les
Quietistes à renoncer à la leur,
en sorte que l'on connoist à
present à peine dans son
Royaume, les noms de Protestans
,
de Jansenistes, & de
Quietistes. On ne doit pas s'étonner après routes ces choses,
de la grande dépense qu'il a
faite pour la nouvelle Chapelle de Versaillesàlaquelle on
travaille depuis un grand nombre d'années. Rien ne lui a
coûté pour la construction &
pour les riches ornemens de
cette Chapelle,& plus elle luy
a
coûté dans un temps si difficile, plus il s'est acquis de me-
rite auprès de Dieu. On doit
dédièr-éettt Chapelle,& y celebrer la Messe, le jour de la
Pentecôte, & il y a
lieu de
croire que le Ciel continuera
de répandre ses bénédictions
sur le Roy, à qui il n'a fait
sentir quelques adversitez, que
pour mieux faire connoistre à
toute la Terre, la grandeur de
son ame, & que dans tous les
états ouceMonarque s'e st
trouvé, il a
toûjours rendu des
graces à Dieu, comme dans sa
plus grande prosperité.
commence a gouverner
par luy mesme, quoyque son
occupation ait esté grande,
soit en paix, foien guerre, ses
premiers soins ont toûjours
regardé l'a.ccrolffcmciit3li pu-
reté, & le culce de la véritable
Religion, pour laquelle il à
toujours tout sacrifié. 'Sel
Edits sur ce sujet sont sans
nombre. Il a
contribuédans
une infinité d'endroits de fom
Royaume à l'établissement des)
Temples;il a
fait construire
celuy du Val-de Grâce qui est
une des Merveilles du Monde,
& celuy des Invalides dont roifl
les Etrangers qui lont vû onn
esté charmez. Il n'a point consideré ce que la suppression de
l'Edit de Nantes coûteroit àa
son Erat
,
& il a cru qu'il gagneroit beaucoup en donnant
j lieu à tous ses Su jets Prote stans
de sortir du Royaume. Monsieur le Chancelier leTellierJ
qui signa la Revocation de cet
Edit,s'écriaaprèsl'avoirsignée,
comme le bon homme Simeon
,
Nunc dimittis servum
tuum in pace. Paroles que le
Roy repeta souvent, en disant
qu'après la revocation de cet
Edit
y
il mourroit content, en
quelque temps qu'il plût à
Dieu de l'appeller. Il a
banni
de son Royaume, non seulement les Protestans
;
mars il a
auili obligé les Jansenistes à
reconnoistre leur erreur, &les
Quietistes à renoncer à la leur,
en sorte que l'on connoist à
present à peine dans son
Royaume, les noms de Protestans
,
de Jansenistes, & de
Quietistes. On ne doit pas s'étonner après routes ces choses,
de la grande dépense qu'il a
faite pour la nouvelle Chapelle de Versaillesàlaquelle on
travaille depuis un grand nombre d'années. Rien ne lui a
coûté pour la construction &
pour les riches ornemens de
cette Chapelle,& plus elle luy
a
coûté dans un temps si difficile, plus il s'est acquis de me-
rite auprès de Dieu. On doit
dédièr-éettt Chapelle,& y celebrer la Messe, le jour de la
Pentecôte, & il y a
lieu de
croire que le Ciel continuera
de répandre ses bénédictions
sur le Roy, à qui il n'a fait
sentir quelques adversitez, que
pour mieux faire connoistre à
toute la Terre, la grandeur de
son ame, & que dans tous les
états ouceMonarque s'e st
trouvé, il a
toûjours rendu des
graces à Dieu, comme dans sa
plus grande prosperité.
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Résumé : Prelude dont les veritez paroîtront incontestables à ceux qui le liront, [titre d'après la table]
Depuis que le roi gouverne seul, il a priorisé la pureté et le culte de la véritable religion, sacrifiant tout pour cette cause. Il a édifié des temples et des bâtiments remarquables comme le Val-de-Grâce et les Invalides, attirant l'admiration des étrangers. La révocation de l'Édit de Nantes, bien que coûteuse, a été vue comme un gain spirituel, permettant aux protestants de quitter le royaume. Le chancelier Le Tellier et le roi ont exprimé leur soulagement après cette révocation. Le roi a également banni les protestants et contraint les jansénistes et les quiétistes à reconnaître leurs erreurs. Malgré les difficultés financières, il a fait construire la nouvelle chapelle de Versailles, dédiée à célébrer la messe le jour de la Pentecôte. Le roi a toujours rendu grâce à Dieu, même dans l'adversité, démontrant ainsi la grandeur de son âme.
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25
p. 83-87
AU ROY.
Début :
SIRE, Le Clergé de vostre Royaume ne se lassera jamais, [...]
Mots clefs :
Roi, Clergé, Dieu, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
AU ROY.
SIRE,
Le Clergé de vostre
Royaume ne se lasserajamais,
de vous cb(Ïr
,
de
vous servir & C'est rendre
àCesarce qui essa Cesar, &..
entrer dans les dejjeins de
Dieu que de vous aider àsoutenir
une guerre dont il n'a
voulu encore lafin.Quand
V. M. a fait voir qu'elle
desiroit la procurer à quelque
prix que ce fust. Ce
deluge queforment les torrents
d'iniquité qpi inonde toute la
terre ,
estencore trop violent
peurpermettre a la colombe de"
sortir de l'Arche
}
cm de porter
aux hommes le rameau dioli.
vier. Mais en differant
,
la paix Dieu a voulu recompenser
vostre soumission
à ses ordres,& pour
justifiervostre conduire,&
pour justifier mesmela
sienne, s'il est permis de
parler ainsi il reprend de
nouveau & avec plusde
force ladefense de sacause
que vous soutenez.
Une especedemiracle
, a
relevé leTrosne de yojlre sesitfils,
& le rétablit non sur
le sable
, maissur la piere serme
quisoutient le Trofne des
rois,c'est le %ele (7 lafidelité
des Sujets.
in-Uneprotection de Dieu
* si visible est acordée nonseulement
au genereux&
i pieux Roy vostre petit fils,
:' mais encore à la foy deV.
M:.àson zele constantcon -
- tre les erreurs. A son
egalitéparfaite à sa resignarion
dans les pertes
les plus sensibles.Et à tant
dautres vertus qui vous
attireront de plus en plus
cçtre protectionquenous
demandons tous les jours
pourvous.
Nous joindrons à nos
yeux tous les secours &c.
ÏEghfe ne veutse reserver
de biens temporels que pour
fournir au culte de Dieu.
Etau soulagement des pauvres
; c'est les soulager que
les defendre des violences de
rvos ennemis. & c'estsoustenir
levray culte que d'éloigner
d'un Royaume Catholique
les heresies des differentes
Nations qui vous attaquent..
Plaise à ce grand Dieu
de nous rendrebientost le calme
, çjjr de vous accorder la
consolation de voir vos sujets
heureux ~& tranquilles
,
de
vous accorder des jours aussi
longs,aussi glorieux ~& aussi
saints que nous le desirons.
SIRE,
Le Clergé de vostre
Royaume ne se lasserajamais,
de vous cb(Ïr
,
de
vous servir & C'est rendre
àCesarce qui essa Cesar, &..
entrer dans les dejjeins de
Dieu que de vous aider àsoutenir
une guerre dont il n'a
voulu encore lafin.Quand
V. M. a fait voir qu'elle
desiroit la procurer à quelque
prix que ce fust. Ce
deluge queforment les torrents
d'iniquité qpi inonde toute la
terre ,
estencore trop violent
peurpermettre a la colombe de"
sortir de l'Arche
}
cm de porter
aux hommes le rameau dioli.
vier. Mais en differant
,
la paix Dieu a voulu recompenser
vostre soumission
à ses ordres,& pour
justifiervostre conduire,&
pour justifier mesmela
sienne, s'il est permis de
parler ainsi il reprend de
nouveau & avec plusde
force ladefense de sacause
que vous soutenez.
Une especedemiracle
, a
relevé leTrosne de yojlre sesitfils,
& le rétablit non sur
le sable
, maissur la piere serme
quisoutient le Trofne des
rois,c'est le %ele (7 lafidelité
des Sujets.
in-Uneprotection de Dieu
* si visible est acordée nonseulement
au genereux&
i pieux Roy vostre petit fils,
:' mais encore à la foy deV.
M:.àson zele constantcon -
- tre les erreurs. A son
egalitéparfaite à sa resignarion
dans les pertes
les plus sensibles.Et à tant
dautres vertus qui vous
attireront de plus en plus
cçtre protectionquenous
demandons tous les jours
pourvous.
Nous joindrons à nos
yeux tous les secours &c.
ÏEghfe ne veutse reserver
de biens temporels que pour
fournir au culte de Dieu.
Etau soulagement des pauvres
; c'est les soulager que
les defendre des violences de
rvos ennemis. & c'estsoustenir
levray culte que d'éloigner
d'un Royaume Catholique
les heresies des differentes
Nations qui vous attaquent..
Plaise à ce grand Dieu
de nous rendrebientost le calme
, çjjr de vous accorder la
consolation de voir vos sujets
heureux ~& tranquilles
,
de
vous accorder des jours aussi
longs,aussi glorieux ~& aussi
saints que nous le desirons.
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Résumé : AU ROY.
Dans une lettre adressée au roi, le clergé exprime son soutien indéfectible et son désir de servir le monarque. Ils justifient leur aide en invoquant le principe de rendre à César ce qui appartient à César et d'entrer dans les desseins de Dieu. La guerre en cours, perçue comme une volonté divine, voit le clergé prêt à soutenir le roi. Le clergé souligne que la fidélité des sujets a consolidé le trône et met en avant la protection divine sur le roi et sa foi. Ils louent les vertus du roi, espérant ainsi attirer une protection divine accrue. La lettre se conclut par un vœu pour la paix et le bonheur des sujets, ainsi que pour la longévité et la sainteté du règne du roi. Le clergé réserve les biens temporels au culte de Dieu et au soulagement des pauvres, défendant les sujets contre les violences des ennemis et éloignant les hérésies des nations attaquant le royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 88-90
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
MONSEIGNEUR, Voicy le premier hommage que le Clergé a l'honneur [...]
Mots clefs :
Dauphin, Royaume, Dieu, Clergé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
AMONSEIGNEUR.
IE, - DAUPHIN.
'MONSEIGNEUR,
Voicy le premierhommage
que le Cjlergé a l'honneurde -'
vous rendre encenmonie,mais
ce n'rft pas le premier que cba-;
cun de nous vous 4 rendu en,
particulier
, ~&c >
= Quel bonheur pour
nous , & pour tout le
Royaume, de voir un
Prince né pour le gouver- n'erunjour,ci-nploycrla"
pénétration & l'élevation
- -
de
de son esprit à se convaincre
de cette grande vérité,
quetant de Princes ignorent
, que le premier devoir
des Souverains efi defaire rf-.
gner Dieu dans leurs Efiats,
Quenedoit-on
pas attendre
de cet espritde justice
,
de cet Amour pour U
regle,~&c.de cettecharitéardente
qui vous rend
si sensible à la misere des
pauvres, &c. Enfin, de
vostre attachementpour leRoy,
qui trouve envousunfils
aussi sournis, aussi tendre,
& aussi occu pé du desir de
luy plaire que l'estoitceluy
qu'il a perdu, &c.
IE, - DAUPHIN.
'MONSEIGNEUR,
Voicy le premierhommage
que le Cjlergé a l'honneurde -'
vous rendre encenmonie,mais
ce n'rft pas le premier que cba-;
cun de nous vous 4 rendu en,
particulier
, ~&c >
= Quel bonheur pour
nous , & pour tout le
Royaume, de voir un
Prince né pour le gouver- n'erunjour,ci-nploycrla"
pénétration & l'élevation
- -
de
de son esprit à se convaincre
de cette grande vérité,
quetant de Princes ignorent
, que le premier devoir
des Souverains efi defaire rf-.
gner Dieu dans leurs Efiats,
Quenedoit-on
pas attendre
de cet espritde justice
,
de cet Amour pour U
regle,~&c.de cettecharitéardente
qui vous rend
si sensible à la misere des
pauvres, &c. Enfin, de
vostre attachementpour leRoy,
qui trouve envousunfils
aussi sournis, aussi tendre,
& aussi occu pé du desir de
luy plaire que l'estoitceluy
qu'il a perdu, &c.
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le clergé adresse une lettre au Dauphin, futur roi de France, exprimant son honneur et son bonheur de lui rendre hommage. Ils louent sa pénétration d'esprit, son sens de la justice, sa charité envers les pauvres et son dévouement au roi. Le Dauphin comprend que régner implique de servir Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 6-9
EXTRAIT d'une autre Lettre de Sarragosse du 24. Juillet.
Début :
Monsieur de Vendosme ayant esté informé qu'un Corps de [...]
Mots clefs :
Saragosse, Troupes, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre de Sarragosse du 24. Juillet.
EXTRAIT
d'une autre Lettre de
Sarragosse du 14.Juillet.
Monsieur de Vendosme
ayantestéinformé qu'un Corps
de Rebelles de Catalans e
autres refugiez à Barcelone , devoit s'y embarquerpouraller
faire une descente dans le
Royaume de Valence afin de
tâcherd'y exciter unerevolte,
il depescha un Courier à Don
Francisco Gaetano Lieutenant
General quiy conmmande ,
pour l'avertir de se tenir sur
sesgardes.Ces rebelless'attendaient
que dés qu'ils parois
troient
3
ils seroient joints
parplus de cinq cens Bandits
Mec lesquels ils aboient eit
correspondance ; mais ils ne
sçavoient pas qu'ils avoient
déjà estépresque tous tuez
, ou
pendus, en forte qu'ilsfurent
tres surpris lors qu'ayant debarqué
a l'embouchure dit
JCucarj au lieu d'y estre joints
par d'autresRebelles,ils furent
iwueftis par des sujets fidelles,
de maniere qu'ils furent tour
tUez on pris.Trois freres de la
MaisonIbanez se sont distinguez
dans cette actionainsi
qu'ils avoient déja fait en
plusieurs autres. Ils promettent
de maintenir le Royaume en
paix avec les troupes qui y
sont, & le Regiment qu'ils
levent.
Les Troupes de Catalogne
occupent toujours les mesmes
postis. On a construit desfours
à Puel-Pech afin de pouvoir
leurfournirplus promptement
le pain.
On a eu la confirmation des
troubles qui font à Barçeloney
où l'Archiduc a fait rentrer
deux RégimentsAllemanspoursa
d'une autre Lettre de
Sarragosse du 14.Juillet.
Monsieur de Vendosme
ayantestéinformé qu'un Corps
de Rebelles de Catalans e
autres refugiez à Barcelone , devoit s'y embarquerpouraller
faire une descente dans le
Royaume de Valence afin de
tâcherd'y exciter unerevolte,
il depescha un Courier à Don
Francisco Gaetano Lieutenant
General quiy conmmande ,
pour l'avertir de se tenir sur
sesgardes.Ces rebelless'attendaient
que dés qu'ils parois
troient
3
ils seroient joints
parplus de cinq cens Bandits
Mec lesquels ils aboient eit
correspondance ; mais ils ne
sçavoient pas qu'ils avoient
déjà estépresque tous tuez
, ou
pendus, en forte qu'ilsfurent
tres surpris lors qu'ayant debarqué
a l'embouchure dit
JCucarj au lieu d'y estre joints
par d'autresRebelles,ils furent
iwueftis par des sujets fidelles,
de maniere qu'ils furent tour
tUez on pris.Trois freres de la
MaisonIbanez se sont distinguez
dans cette actionainsi
qu'ils avoient déja fait en
plusieurs autres. Ils promettent
de maintenir le Royaume en
paix avec les troupes qui y
sont, & le Regiment qu'ils
levent.
Les Troupes de Catalogne
occupent toujours les mesmes
postis. On a construit desfours
à Puel-Pech afin de pouvoir
leurfournirplus promptement
le pain.
On a eu la confirmation des
troubles qui font à Barçeloney
où l'Archiduc a fait rentrer
deux RégimentsAllemanspoursa
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Résumé : EXTRAIT d'une autre Lettre de Sarragosse du 24. Juillet.
Le 14 juillet à Sarragosse, des informations ont révélé que des rebelles catalans et des réfugiés de Barcelone prévoyaient de débarquer dans le Royaume de Valence pour déclencher une révolte. Monsieur de Vendosme a alerté Don Francisco Gaetano, Lieutenant Général. Les rebelles attendaient des renforts de plus de cinq cents bandits, ignorant que la plupart avaient été tués ou pendus. À leur débarquement à l'embouchure du Júcar, ils ont été attaqués par des sujets fidèles et subirent des pertes. Trois frères de la Maison Ibanez se sont illustrés dans cette action. Ils ont promis de maintenir la paix avec les troupes présentes et celles qu'ils lèvent. Les troupes catalanes occupent toujours les mêmes positions. Des fours ont été construits à Puel-Pech pour approvisionner plus rapidement les troupes en pain. Les troubles à Barcelone ont été confirmés, avec l'arrivée de deux régiments allemands pour la sécurité de l'Archiduc.
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28
p. 49-97
Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Début :
Tout le monde est persuadé de l'antiquité de l'illustre [...]
Mots clefs :
Généalogie, Maison de Montmorency, Noces, Origine, Alliances, France, Angleterre, Duc, Comte, Roi, Femme, Duchesse, Empereur, Branches, Armes, Mémoire, Paris, Royaume, Europe, Occident, Église, Guerre, Honneur, Seigneurs de Montmorency
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Discours nouveausur ïoriginey
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
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Résumé : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Le texte traite de la Maison de Montmorency, une des plus anciennes et illustres familles du Royaume de France, reconnue comme les premiers Barons Chrétiens avec le cri de guerre 'Dieu aide au premier Chrétien'. La révolution des siècles passés et la négligence des historiens ont obscurci les vieux titres et l'origine exacte de cette maison. André Duchesne est l'historien ayant le plus contribué à sa connaissance, retraçant sa postérité depuis Bouchard I, vivant en 954. Deux opinions principales existent sur son origine : la première attribue son origine à Lisbius, un noble gaulois converti par saint Denis, tandis que la seconde la rattache à Lisoie, un grand baron francique converti par saint Remy. La Maison de Montmorency a toujours revendiqué les qualités de premier Chrétien et de premier Baron Chrétien, marquant ainsi son ancienne et illustre origine. La succession depuis Lisbius ou Lisoie n'a pas pu être conservée jusqu'à nos jours. Duchesne commence l'histoire de cette Maison à Bouchard I, et Chevillard ajoute des ancêtres supplémentaires pour montrer les alliances illustres contractées par la famille. Les armes de la Maison de Montmorency ont évolué, passant d'une croix de gueules sur fond d'or à une croix cantonnée de seize aiglettes d'azur. La Maison s'est séparée en plusieurs branches, certaines éteintes, mais le nom de Montmorency a été conservé jusqu'à aujourd'hui. Les alliances de la Maison de Montmorency sont extrêmement prestigieuses, incluant des mariages avec des membres des familles royales de France, d'Angleterre, et d'autres maisons nobles. Les alliances plus récentes incluent des mariages avec des membres de la Maison de Condé et de la Maison de Luxembourg. La Maison de Montmorency compte de nombreux Grands Officiers du Royaume de France, tels que des Sénéchaux, Connétables, Maréchaux, Amiraux, Maîtres de la Maison du Roi, Chambellans, Bouteillers, et Pannetiers. Plusieurs membres ont également été Ducs et Duchesses. La famille a produit des dignitaires ecclésiastiques, dont un Archevêque Duc de Reims et des Évêques. Saint Thibaud de Montmorency, Seigneur de Marly, est un membre notable, ayant participé à la croisade et fondé l'abbaye des Vaux de Cernay. La valeur et le courage des Seigneurs de Montmorency sont soulignés, notamment à travers l'exemple d'Anne de Montmorency, Duc, Pair, Maréchal, Connétable et Grand Maître de France, qui mourut glorieusement après avoir commandé l'armée royale à la bataille de Saint-Denis. La mémoire de ce grand chef de guerre fut honorée par une pompe funèbre magnifiquement organisée par le roi Charles IX.
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29
p. 244-251
Adresse de l'Université de Cambridge à la Reine.
Début :
Madame, Bien que nous ayions eu souvent l'honneur d'apporter [...]
Mots clefs :
Université de Cambridge, Reine, Trône, Honneur, Angleterre, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Adresse de l'Université de Cambridge à la Reine.
Adreffe de l'Univerfité de
Cambridge à la Reine.
Madame ,
Bien que nous avions eu
fouvent l'honneur d'approcher du Trône avec nos
Adreffes de joye , pour des
victoires remportées en
guerre , nous avons preſentement une occafion plus
convenable & plus confor-
GALANT. 245
de
me à nôtre profeſſion , de
congratuler Vôtre Majeſté
& vos Royaumes fur la vûë
prochaine d'une paix honorable & avantageuſe.
C'eft vôtre prerogative
inconteftable , de conclure
la paix , auffi - bien que
la commencer, & nous avons crû que nos interêts
dans la paix refidoient juftement en vôtre pouvoir ,
& étoient fûrement confiez
à vôtre ſageſle , même pendant que les negociations
étoient tenuës fecretes. Les
artifices même employez à
X iij
246 MERCURE
d'illa traverfer n'ont produit
aucun autre effet , que
luftrer la bonté de V. M.
& de hâter la joye de vos
fujets , lorfque pour arrêter
les fauffes clameur de l'envie & des factions , vous
avez la condeſcendance de
faire part à vos peuples des
conditions glorieuſes fur
lefquelles vous negocież
pour eux.
VospredeceffeursRoïaux
ont fouvent pouffé des guer
res avec fuccés , & la valeur
Angloife a été long - temps
fameuſe par toutes les na-
GALANT. 247
tions du monde : mais alors
les avantages qu'on en pouvoit tirer échapoient ordinairement en perdant le
temps propre de traiter , &
laiffant marcher d'autres
gens devant nous , pour tirer leurs propres avantages
de nôtre fang & de nôtre
argent. Mais à cette heure
nôtre nation tirera un grand
honneur fous la conduite
vigilante de V. M. & la prudence fera une partie de
nôtre caractere , auffi-bien
que le courage &la magnanimité.
X iiij
248 MERCURE
le
C'étoit une chofe digne
dujugement &de la fageffe
de V. M. de fçavoir quand
il faudroit arrefter
cours de vos victoires , de
peur de renverser l'équili
bre de vôtre pouvoir , dans
les pays étrangers que vous
avez travaillé à établir , ou
d'épuifer entierement la
fource de la puiffance dans
le Royaume , en la dépenfant trop prodigalement &
trop inégalement , pour faire gagner de vaſtes acquifitions à d'autres gens , &
en tirer peu de profit pour
nous.
GALANT. 249
L'établiſſement que vous
avez fait de la fucceffion à
ces Royaumes dans vos illuftres affinitez de la Maifon d'Hanover , & vôtre
pieux interêt pour les Proteftans d'Allemagne , qui
avoit été negligé dans un
traité fait ci- devant , exigent que vôtre ClergéVous
en remercie avec une particuliere reconnoiffance.
L'affermiffement & l'étenduë de nôtre commerce national dans toutes fes parties , que vous avez pouſſez
plus loin quela Grande Bre-
250 MERCURE
tagne n'en a jamais joüi ,
ni à quoy elle n'avoit jamais
auparavant aſpiré , excitent
une reconnoiffance univerfelle dans les cœurs de vôtre peuple , & le foin genereux que vous prenez de
vos alliez , en époufant vigoureuſement leurs juftes
interêts , & en leur procurant une barriere fuffifante,
rendra cette paix prochaifans doute Dieu
vous mettra en état de finir,
auffi generale & d'autant
d'étenduë que les limites
de l'Europe , & auſſi durane , que
GALANT 25¹
ble que les affaires humaines le peuvent permettre ;
de maniere qu'elle fera deformaisla gloire la plus brillante du regne heureux de
V. M. au-deffus des autres
lauriers que vous avez
cüeillis pendant une longue
guerre , accompagnée de
profperitez.
Cambridge à la Reine.
Madame ,
Bien que nous avions eu
fouvent l'honneur d'approcher du Trône avec nos
Adreffes de joye , pour des
victoires remportées en
guerre , nous avons preſentement une occafion plus
convenable & plus confor-
GALANT. 245
de
me à nôtre profeſſion , de
congratuler Vôtre Majeſté
& vos Royaumes fur la vûë
prochaine d'une paix honorable & avantageuſe.
C'eft vôtre prerogative
inconteftable , de conclure
la paix , auffi - bien que
la commencer, & nous avons crû que nos interêts
dans la paix refidoient juftement en vôtre pouvoir ,
& étoient fûrement confiez
à vôtre ſageſle , même pendant que les negociations
étoient tenuës fecretes. Les
artifices même employez à
X iij
246 MERCURE
d'illa traverfer n'ont produit
aucun autre effet , que
luftrer la bonté de V. M.
& de hâter la joye de vos
fujets , lorfque pour arrêter
les fauffes clameur de l'envie & des factions , vous
avez la condeſcendance de
faire part à vos peuples des
conditions glorieuſes fur
lefquelles vous negocież
pour eux.
VospredeceffeursRoïaux
ont fouvent pouffé des guer
res avec fuccés , & la valeur
Angloife a été long - temps
fameuſe par toutes les na-
GALANT. 247
tions du monde : mais alors
les avantages qu'on en pouvoit tirer échapoient ordinairement en perdant le
temps propre de traiter , &
laiffant marcher d'autres
gens devant nous , pour tirer leurs propres avantages
de nôtre fang & de nôtre
argent. Mais à cette heure
nôtre nation tirera un grand
honneur fous la conduite
vigilante de V. M. & la prudence fera une partie de
nôtre caractere , auffi-bien
que le courage &la magnanimité.
X iiij
248 MERCURE
le
C'étoit une chofe digne
dujugement &de la fageffe
de V. M. de fçavoir quand
il faudroit arrefter
cours de vos victoires , de
peur de renverser l'équili
bre de vôtre pouvoir , dans
les pays étrangers que vous
avez travaillé à établir , ou
d'épuifer entierement la
fource de la puiffance dans
le Royaume , en la dépenfant trop prodigalement &
trop inégalement , pour faire gagner de vaſtes acquifitions à d'autres gens , &
en tirer peu de profit pour
nous.
GALANT. 249
L'établiſſement que vous
avez fait de la fucceffion à
ces Royaumes dans vos illuftres affinitez de la Maifon d'Hanover , & vôtre
pieux interêt pour les Proteftans d'Allemagne , qui
avoit été negligé dans un
traité fait ci- devant , exigent que vôtre ClergéVous
en remercie avec une particuliere reconnoiffance.
L'affermiffement & l'étenduë de nôtre commerce national dans toutes fes parties , que vous avez pouſſez
plus loin quela Grande Bre-
250 MERCURE
tagne n'en a jamais joüi ,
ni à quoy elle n'avoit jamais
auparavant aſpiré , excitent
une reconnoiffance univerfelle dans les cœurs de vôtre peuple , & le foin genereux que vous prenez de
vos alliez , en époufant vigoureuſement leurs juftes
interêts , & en leur procurant une barriere fuffifante,
rendra cette paix prochaifans doute Dieu
vous mettra en état de finir,
auffi generale & d'autant
d'étenduë que les limites
de l'Europe , & auſſi durane , que
GALANT 25¹
ble que les affaires humaines le peuvent permettre ;
de maniere qu'elle fera deformaisla gloire la plus brillante du regne heureux de
V. M. au-deffus des autres
lauriers que vous avez
cüeillis pendant une longue
guerre , accompagnée de
profperitez.
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Résumé : Adresse de l'Université de Cambridge à la Reine.
L'Université de Cambridge adresse une lettre à la Reine pour la féliciter de la perspective d'une paix honorable et avantageuse. L'Université souligne que la Reine détient le pouvoir incontestable de conclure la paix et que les intérêts de la nation reposent sur sa sagesse. Les négociations secrètes et les artifices employés ont révélé la bonté de la Reine et hâté la joie de ses sujets. La Reine a partagé les conditions glorieuses des négociations avec son peuple pour apaiser les fausses clameurs de l'envie et des factions. Les prédécesseurs royaux ont souvent mené des guerres avec succès, mais les avantages étaient souvent perdus en raison d'un mauvais timing. Sous la conduite vigilante de la Reine, la nation tirera un grand honneur grâce à la prudence, le courage et la magnanimité. La Reine a su arrêter le cours de ses victoires pour éviter de renverser l'équilibre de son pouvoir et d'épuiser la force du Royaume. La Reine a établi la succession des Royaumes dans la Maison d'Hanover et a montré un intérêt pieux pour les protestants d'Allemagne, négligés dans un traité précédent. Le clergé la remercie avec une particulière reconnaissance. L'affermissement et l'extension du commerce national, poussés plus loin que jamais, excitent une reconnaissance universelle. Le soin généreux que la Reine porte à ses alliés, en protégeant vigoureusement leurs justes intérêts, rendra cette paix prochaine durable et étendue, formant la gloire la plus brillante de son règne.
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30
p. 150-162
EPISTRE A M. DE VENDOSME. Sur la bataille de Villaviciosa en 1710.
Début :
Vraiment c'eût été gra[n]d dommag [...]
Mots clefs :
Duc de Vendôme, Bataille de Villaviciosa, Staremberg, Italie, Archiduc, Royaume, Bourbon, Gloire, Allemagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE A M. DE VENDOSME. Sur la bataille de Villaviciosa en 1710.
EPISTRE
A M. DE VENDOSME.
Sur la bataille de Villaviciosa
V en 1710.
Raiment c'eût étégrád
dommage
De voir Vendôme en son
village
S'amuser à planter des
choux,
A tirer aux canards, à courre après des loups,
Comme nous l'avons vû la
derniere campagne.
On a
besoin de lui jusqu'audelà des monts,
Pour en chasser les loups &
sauver les moutons:
Bien pires que des loups,
Allemans en Espagne
Par force ont resolu d'enle1 ver laToison;
L'Archiduc cadet de Jason,
Vient de percerle labirinte:
Le vin des Castillans n'est
plus que vin d'absinte
Tout est triste à Valladolid,
Les heretiquessontlesmaîtres dans Madrid,
Ils le sont assi dans Tolede.
Voila le mal si grand
>
qu'il
paroîtsansremede.
Vendôme arrive: mais ne
vient-il point trop tard?
Staremberg est un sin.renard ;
Vendôme *l'apper,çut.: uiv.
jour en Italie,
*sfiïti'fion à la fameusemarche dn•
GeneralStarçmbergw.Italie,
Et je ne crois pasqu'ill'oublie.
Philippe un peu ragaillardi
De revoir un Bourbon iifLi
du grand Henri,
Lui conte sa de'convenuë,
Et comme son armée avoit
été battuë
:
*
Mais battuë à ne sçavoir
pas
Comment former ensemble un corps de six
soldats.
A parler franchement,l'affaire est serieuse,
Et lesplus assurez la trou-
*:¡ La batailleSarragosse.
,
voient dangereuse.
Vendôme,sans être alarme,
Dit au Roy: Vous êtes aime,
Detousvos bons amis reformons une armée
Par vôtre presence animée;
Je gage mon château.d'A-
- net.
Quel'Archiduc parvous fera battutoutnet,
Etrecogné dans Barcelone.
Quand un Roy commande
en personne,
Et qu'il ne voit autour de
lui
Pas un dont il ne soit cheri
,
Il doit être certain du gain
delabacaille;
- Un oeu desens rassis JL1vous
verrez si jeraille. rIl rassemble les Castillans,
,Tous aussi zelez que vaillans,
Castillans si gourmands de
gloire :
Onleur a
parlé de victoire,
ResolusdevaincreoumouIl semble qu'à lanoce on les
voit accourir
, Ilsemble qu'on les voit renaître
>
1
Par troupes on les voie paraître *
r„ Dans les montagnes& vallons; ,
Ils fè marchant surlestalons,
Desireux de voir ce Vendôme
Venu poursauverle Royaume;
.Vendôme Roy; este'coutedu
De disposer de tout il lui
donne l'employ,
Et le fait après lui General
,
Capitaine.
Morblea! que n'ai-je ici.
bonne& guerriere
veine
Pour peindre un jeune Mars
Avec son Lieutenant!
Philippe est tout Bourbon,
il arpente en avant,
Il frape, & marche enmaître du Royaume,
Il va plus vîte que Vendô
-
me.
1 Chacun lui cede le terrain,
Crainte d'avoir l'honneur
de mourir delà maiiii
Car de fraper par-tout sa
mainn'est jamais lasse:
Il faut que jeunesse se passe.
Mais Vendôme dit à partsov
Suivi des Castillans laissons
faire le Roy;
Quechacuncombatteàsa.
-, guise,
J'ai dans la rête une entre- prise.
Staremberg doit passer par
là
S'il veut secourir Brihuega.
Le matois ne sçait pas que
cettevilleestnôtre;
Ilm'estime un trés-bon gar-
-
çon,
Ni malin, ni rusé, simple
comme un Apôtre:
Par nôtre *ordre pourtant
ronfle encore lecanon.
De ce que je lui dois je voudrois être auicce;
-Il faut que je lui rende en
passant la visire
Qu'ilnevoulut pas
* * recevoir
Quand je brûlois jadis du
desir de le voir.
Il n'eut pas achevé, que
'*Aï- de Vtniomc> aprés la prise
de Brl'isîeo^a
,
de Bribuega sa!fit rirtr
>
faifjittoujours tirer
le canon
,
pourfaire croire au General Staremberg que cette zilletenoit
encore, &l'engager à la venir senH ir.
** En Italie
.
voila l'Allemagne
viicnttomber Qsivienttomibersur fà lui dl dei
haut d'unemontagne:
De la maniéréquon le fert
Il voit. bien que c'estStaremberg.
Contraint de reculer quel,
ques pas en arriéré,
Il voit donner aux siensru
-
descoups d'ecriviere:
Il rallie, &se joint aux renommez Vvallons,
De gerbes d'Allemans il
couvre les sillons
;
Les honteux d'avoir fui reviennent à l'ouvrage,
Des voleurs de reliques on
,
fait
fait un saint carnage,
Et l'on met les Saints à
couvert.
Vendôme voudroit bieny
mettreStaremberg
,
Ilmanque y
pour avoir la
victoire parfaite:
Mais. c'est un faiseur de retraite
Que l'on neprend pas comme on veut.
Il: Ce sauve, & sauve qui
peut: -
Voyantson armée en deV
route,
Sans se faire prierilempaume la route
Que l'Archiduc avoit marquée auparavant; Car il avoit pris le devant.
Philippe triomphant rassïsdessusson trône,
Tranquile, attend queBar-
,. celone,
Dont Vendôme autrefois
fit present à Loüis,
Embelisse encor son his-
..,
tOIre,
Et qu'il ait encore la gloire
De la donner au Petit-fïls
A M. DE VENDOSME.
Sur la bataille de Villaviciosa
V en 1710.
Raiment c'eût étégrád
dommage
De voir Vendôme en son
village
S'amuser à planter des
choux,
A tirer aux canards, à courre après des loups,
Comme nous l'avons vû la
derniere campagne.
On a
besoin de lui jusqu'audelà des monts,
Pour en chasser les loups &
sauver les moutons:
Bien pires que des loups,
Allemans en Espagne
Par force ont resolu d'enle1 ver laToison;
L'Archiduc cadet de Jason,
Vient de percerle labirinte:
Le vin des Castillans n'est
plus que vin d'absinte
Tout est triste à Valladolid,
Les heretiquessontlesmaîtres dans Madrid,
Ils le sont assi dans Tolede.
Voila le mal si grand
>
qu'il
paroîtsansremede.
Vendôme arrive: mais ne
vient-il point trop tard?
Staremberg est un sin.renard ;
Vendôme *l'apper,çut.: uiv.
jour en Italie,
*sfiïti'fion à la fameusemarche dn•
GeneralStarçmbergw.Italie,
Et je ne crois pasqu'ill'oublie.
Philippe un peu ragaillardi
De revoir un Bourbon iifLi
du grand Henri,
Lui conte sa de'convenuë,
Et comme son armée avoit
été battuë
:
*
Mais battuë à ne sçavoir
pas
Comment former ensemble un corps de six
soldats.
A parler franchement,l'affaire est serieuse,
Et lesplus assurez la trou-
*:¡ La batailleSarragosse.
,
voient dangereuse.
Vendôme,sans être alarme,
Dit au Roy: Vous êtes aime,
Detousvos bons amis reformons une armée
Par vôtre presence animée;
Je gage mon château.d'A-
- net.
Quel'Archiduc parvous fera battutoutnet,
Etrecogné dans Barcelone.
Quand un Roy commande
en personne,
Et qu'il ne voit autour de
lui
Pas un dont il ne soit cheri
,
Il doit être certain du gain
delabacaille;
- Un oeu desens rassis JL1vous
verrez si jeraille. rIl rassemble les Castillans,
,Tous aussi zelez que vaillans,
Castillans si gourmands de
gloire :
Onleur a
parlé de victoire,
ResolusdevaincreoumouIl semble qu'à lanoce on les
voit accourir
, Ilsemble qu'on les voit renaître
>
1
Par troupes on les voie paraître *
r„ Dans les montagnes& vallons; ,
Ils fè marchant surlestalons,
Desireux de voir ce Vendôme
Venu poursauverle Royaume;
.Vendôme Roy; este'coutedu
De disposer de tout il lui
donne l'employ,
Et le fait après lui General
,
Capitaine.
Morblea! que n'ai-je ici.
bonne& guerriere
veine
Pour peindre un jeune Mars
Avec son Lieutenant!
Philippe est tout Bourbon,
il arpente en avant,
Il frape, & marche enmaître du Royaume,
Il va plus vîte que Vendô
-
me.
1 Chacun lui cede le terrain,
Crainte d'avoir l'honneur
de mourir delà maiiii
Car de fraper par-tout sa
mainn'est jamais lasse:
Il faut que jeunesse se passe.
Mais Vendôme dit à partsov
Suivi des Castillans laissons
faire le Roy;
Quechacuncombatteàsa.
-, guise,
J'ai dans la rête une entre- prise.
Staremberg doit passer par
là
S'il veut secourir Brihuega.
Le matois ne sçait pas que
cettevilleestnôtre;
Ilm'estime un trés-bon gar-
-
çon,
Ni malin, ni rusé, simple
comme un Apôtre:
Par nôtre *ordre pourtant
ronfle encore lecanon.
De ce que je lui dois je voudrois être auicce;
-Il faut que je lui rende en
passant la visire
Qu'ilnevoulut pas
* * recevoir
Quand je brûlois jadis du
desir de le voir.
Il n'eut pas achevé, que
'*Aï- de Vtniomc> aprés la prise
de Brl'isîeo^a
,
de Bribuega sa!fit rirtr
>
faifjittoujours tirer
le canon
,
pourfaire croire au General Staremberg que cette zilletenoit
encore, &l'engager à la venir senH ir.
** En Italie
.
voila l'Allemagne
viicnttomber Qsivienttomibersur fà lui dl dei
haut d'unemontagne:
De la maniéréquon le fert
Il voit. bien que c'estStaremberg.
Contraint de reculer quel,
ques pas en arriéré,
Il voit donner aux siensru
-
descoups d'ecriviere:
Il rallie, &se joint aux renommez Vvallons,
De gerbes d'Allemans il
couvre les sillons
;
Les honteux d'avoir fui reviennent à l'ouvrage,
Des voleurs de reliques on
,
fait
fait un saint carnage,
Et l'on met les Saints à
couvert.
Vendôme voudroit bieny
mettreStaremberg
,
Ilmanque y
pour avoir la
victoire parfaite:
Mais. c'est un faiseur de retraite
Que l'on neprend pas comme on veut.
Il: Ce sauve, & sauve qui
peut: -
Voyantson armée en deV
route,
Sans se faire prierilempaume la route
Que l'Archiduc avoit marquée auparavant; Car il avoit pris le devant.
Philippe triomphant rassïsdessusson trône,
Tranquile, attend queBar-
,. celone,
Dont Vendôme autrefois
fit present à Loüis,
Embelisse encor son his-
..,
tOIre,
Et qu'il ait encore la gloire
De la donner au Petit-fïls
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Résumé : EPISTRE A M. DE VENDOSME. Sur la bataille de Villaviciosa en 1710.
L'épître adressée à M. de Vendôme décrit la bataille de Villaviciosa en 1710. Le texte exprime le regret de voir Vendôme inactif dans son village alors que l'Espagne est menacée par les Allemands, qui cherchent à prendre le contrôle du pays. L'Archiduc, comparé à Jason, a réussi à percer le labyrinthe, laissant l'Espagne dans une situation désespérée. Les hérétiques dominent Madrid et Tolède, et le roi Philippe est découragé après une défaite militaire. Vendôme arrive et rassemble une nouvelle armée, animée par la présence du roi. Les Castillans, motivés par la perspective de la victoire, accourent pour se battre. Philippe, revigoré, combat avec ardeur, mais Vendôme reste stratégique, prévoyant une entreprise secrète. Staremberg, général ennemi, est trompé par une ruse de Vendôme, qui fait tirer le canon pour lui faire croire que Brihuega est encore tenue par les Français. Lors de la bataille, les Allemands sont repoussés et subissent de lourdes pertes. Staremberg, malgré ses efforts, doit battre en retraite. Philippe, triomphant, retrouve son trône et attend la reddition de Barcelone, que Vendôme avait autrefois offerte à Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 265-268
PROCLAMATION Du Traité de Suspension d'Armes avec la France & l'Angleterre.
Début :
On fait à sçavoir à tous qu'il appartiendra, qu' [...]
Mots clefs :
Suspension d'armes, Proclamation, Louis XIV, Royaume, Reine de la grande Bretagne
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texteReconnaissance textuelle : PROCLAMATION Du Traité de Suspension d'Armes avec la France & l'Angleterre.
PROCLAMATION
Du Traitéde Suspensiond'Armes avec la France 0-
l'Angleterre.
o
N fait à sçavoir à
tous qu'il appartien-
dra, qu'il y a
Suspension
d'Armes générâtes de tous
actes d'hostilité, tant par
Terre que par Mer, entre
Très-Haut, Très Puissant,
& Très- Excellent Prince
LOUIS, par la grace de
Dieu, Roy de France& de
Navarre, nôtre Souverain
Seigneur: Et Tres Haute,
TrèsPuissante & Tres. Excellente PrincesseANNE,
Reine de la Grande Bretagne,leurs Vassaux
,
Sujets,
Serviteurs, en tous leurs
Royaumes, Pays, Terres&
Seigneuries de leur obéïs-
sance, pendant le temps de
quatre mois, à commencer
du vingt- deuxième jour du
present mois d'Aoust, &
finissant le vingt-deuxiéme
du mois de Decembre prochain. Pendant lequel temps
de quatre mois, ilest défendu aux Sujets de Sa Majesté,
de quelque qualité & condition qu'ils soient, d'exercer contre ceux dela Reine
de la Grande Bretagne, aucun ac*e d'hostilitépar Terre, par Mer, sur les Rivieres, ou autres Eaux, & de
leur causer aucun préjudice
ni dommage, à
peine d'être
punis fevercmenc, comme
pertubateurs du repos public. Fait à Foncainebleau
le vingt-uniéme Aout mil
sept cens douze.
SIGTC, LOUIS.
Etplus bas:
COLBERT
Du Traitéde Suspensiond'Armes avec la France 0-
l'Angleterre.
o
N fait à sçavoir à
tous qu'il appartien-
dra, qu'il y a
Suspension
d'Armes générâtes de tous
actes d'hostilité, tant par
Terre que par Mer, entre
Très-Haut, Très Puissant,
& Très- Excellent Prince
LOUIS, par la grace de
Dieu, Roy de France& de
Navarre, nôtre Souverain
Seigneur: Et Tres Haute,
TrèsPuissante & Tres. Excellente PrincesseANNE,
Reine de la Grande Bretagne,leurs Vassaux
,
Sujets,
Serviteurs, en tous leurs
Royaumes, Pays, Terres&
Seigneuries de leur obéïs-
sance, pendant le temps de
quatre mois, à commencer
du vingt- deuxième jour du
present mois d'Aoust, &
finissant le vingt-deuxiéme
du mois de Decembre prochain. Pendant lequel temps
de quatre mois, ilest défendu aux Sujets de Sa Majesté,
de quelque qualité & condition qu'ils soient, d'exercer contre ceux dela Reine
de la Grande Bretagne, aucun ac*e d'hostilitépar Terre, par Mer, sur les Rivieres, ou autres Eaux, & de
leur causer aucun préjudice
ni dommage, à
peine d'être
punis fevercmenc, comme
pertubateurs du repos public. Fait à Foncainebleau
le vingt-uniéme Aout mil
sept cens douze.
SIGTC, LOUIS.
Etplus bas:
COLBERT
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Résumé : PROCLAMATION Du Traité de Suspension d'Armes avec la France & l'Angleterre.
La proclamation annonce la suspension des hostilités entre le roi Louis de France et la reine Anne de Grande-Bretagne. Cette suspension d'armes est générale et concerne tous les actes d'hostilité par terre et par mer. Elle s'applique à tous les vassaux, sujets et serviteurs des deux monarques dans leurs royaumes respectifs. La suspension est en vigueur pour une durée de quatre mois, commençant le 22 août 1712 et se terminant le 22 décembre 1712. Pendant cette période, il est interdit aux sujets du roi Louis d'exercer toute forme d'hostilité contre ceux de la reine Anne, sous peine de sanctions sévères. La proclamation a été signée à Fontainebleau le 21 août 1712 par le roi Louis et Colbert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 271-284
SUPPLEMENT aux Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Stokholm du 15. Novembre portent, que suivant [...]
Mots clefs :
Lettres, Espagne, Prince, Moscovites, Prusse, Royaume, Suédois, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT aux Nouvelles.
SUPPLEMENT
aux Nouvelles.
Les Lettres de Stokholm
du 15. Novembre
portent, que suivant les
ordres du Roy de Suede.
la Princesse Ulrique sa
soeur s'efloit chargée de la
Regence durant son abfcnee,
& qu'elle en avoic
pris possession le 10. sefêtanttrouvée
ce jour-là pour
la premiere fois au Con[ei!;,
qu'il y avoit esté resolu de
convoquer une Diete genérale
des Etats du Royaume,
& qu'on avoit expedié
pour cette convocation des
Lettres circulaires, dans
lesquelles on marque qu'on
y de libereroit sur les remedes
qu'on pouvoir apporter
au mauvais eut où le
Royaume le trouvoit; sur
les mesures les plus convenables
pourtraiter & conclurre
la Paix avec les ennemis
; & enfin pour envoyer
une Dépuration solemnelleau
Roy de Suéde
eh Turquie, tuy representer
le veritable état de son
Royaume,ôc recevoir ses
ordres; qu'on avoit receu
une Relation de Pererfbourg
de ce qui s'caort
passé en Finlande jusqu'au
8. Octobre,trés differente
de celle qu'on publiait. Elle
porte que le premier O&obre
l'Amiral Apraxin avoit
marché avec l'Armée vers
Trawasthus, que les Suedois
avoient abandonné,
aprèsavoir jetté leurs Canons
dans la Riviere
, &
ils s'estoient retirez au-delà
de la riviere de Pelken,
qui seslargit en forme de
Lac, où ils Ce retrancherent
&jetterent des batteries.
Les Moscovites les fuivirent,
&camperent vis àvis
durant quatre jours. Ils
firent aussi des Batteries,
& preparerent des Pontons,
sur lesquels le Prince
de Galliezen s'embarqua
avec six cens hommes
choisis, & il alla le 7. mettre
pied à terre à demie
lieuë de lava la gauche des
Suedois. Ils se deffendirenc
courageusement, neanmoins
après un combat de
trois heures, ils furent obligez
de ceder au nombre
superieur des Moscovites :
les Suedois perdirent dans
cette action cinq cens soixante
hommes
,
& deux
cens quarante faits Prisonniers
, sept gros Canons, d'autres plus petits,& plusieurs
Drapeaux ; que les
Moscovites avoient perda
cent vingt hommes, de
plus de cinq çens blessez.
On mande de Pomeranie
que les Trou pes Saxonnes
qui en sont sorties, ont fait
dans leur marche de si
grands desordres , qu'un
Officier du Roy de Prusse
en a fait arrester six-vingt
hommes, afin d'obtenir sàtisfaction
des dommages
qu'elles ont causez.
Les Lettres de Berlin da
12. portent que le Sieur
GolowKinAmbassadeur du
Czar prés du Roy dePrusse
,
luy avoit presenté un
Memoire par lequel leCzar
s'excuse de ratifier IeTrairé
conclu avec le PrinceMenzikow,
touchant le sequestre
de la Pomeranie
,
4
moins qu'on ne change
trois Articles duTraitéconclu
entre le Roy de Prusse
& le Prince Administrateur
de Holstein Gottorp
qu'ilprétendluy estre pré-,
judiciables,&à ses Alliez..
On écrit de Vienne que
lesEtats dela Basse Aurrichecontinuënt
leurs Délir^-
berations sur le subside
d'un million & demid'éeus
qu'on leur demande,
& qu'on necroit pas qu'ils
puissent fournir;qu'on voie
en cette Ville la copie d'une
Lettre que l'Archiduc
écrivit au Czar le 4. Novembre.
Elle contient des
plaintes de ce que le Prince
MenziKow avoit sans aucun
droit exigé deux cens
mille écus de la Ville de
Hambourg, trois cens trente
trois mille trois cens
trente trois écus de celle de
Lubex
, outre un present
de cinqmille ducats, & de
ce qu'ilavoitobligé par
executionmilitaire,les peuples
du païs de MecKelbourg
à porter des vivresà
son Camp devant Stetin,
ce que la petite Ville de
Male ayant refusée
,
elle
avoir esté prised'assaut&
pillée ; qu'il n'avoit pu se
dispenser comme Chef de
l'Empire, de luy en porter
ses plaintes, & d'emploïer
ses bons offices pour faire
restituer à ces Villes & à
ces peu ples ce qui leur a
.cl}é enlevé ; que la connoissance
qu'il avoit de la
justice & de la grandeur
d'ame du Czar ne luy permettoit
pas de douter qu'il
ne fit faire cette restitution-,
& qu'il n'empeschât
à l'avenir de pareilles violences.
On mande de Madrid
que le Roy a donnéle Gouvernement
de Roses dans
le Lampourdan,àDonAntonio
Marin de Guerrea,
Marêchalde Camp;quele
Marquis de Morous Ambassadeur
du Roy de Sicile
y estoit arrivé. Les Lettres
de
deCatalogne portentque
lesTroupesEspagnolles qui
servoientauxPaïs Bascommençoient
à arriver dans
cette Principauté; qu'on
préparoit toutes choses
pour faire le siege de Barcelone,
& que plusieurs des
principaux habitansayant
appris qu'on équipoit àCadis
une Escadre pour FaCsieger
aussi par Mer, & ne
voulant pas y demeurer
enfermez, s'estoient embarquez
secrettement
,
&
s'estoientretirez à Gennes.
D'autres avisdeCatalogne
portent que les habitant
de Barcelone manquoient
de viande, & qu'ils commençoient
à avoir disette
de pain, ce qui avoit causé
une émotion du peuple,
dans laquelle quelques personnes
avoient estetuées;
qu'on continuoit dans le
Camp les préparatifs ne..
cessaires pour le siege de
cette ville-là, & que l'on
n'attendoit que la jonction
des Troupes d'Estramadure,
dont la plus grande partie
étoit encore sur la frontiere
de Catalogne,&l'arrivée
de l'Escadre,qui outre
les vivres & les munitions
donc elle est chargée,
a encore embarquée des
Troupes à Cadis, à Cartagene,
&sur lescostes du
I" oyaume de Valence.
On mande de la Haye
que le Duc d'Ossonne y avoit
envoyé le Comte de
Pinto son frere pour visiter
le Palais d'Espagne & le
faire reparer;que le Traité
de Commerce entre l'Espagne
& l'Angleterre avoic
estésigné le 9. de ce mois;
qu'on n'attendoit que leretour
des Couriers de Madrid&
deLisbonne pour
conclurre les Traitez entre
l'Espagne & le Portugal, &
entre l'Espagne & cet Etat;'
On écrit de Bruxelles
que les Etats de Brabaftr*
de Flandres,&deHaynaut
estoient sur le point de terminer
leurs differens avec
le Roy de Prusse pour les
quatre-vingt mille écus
qu'il leur demande.
On a apprisde DunKerque
que le premier de ce
mois on y avoit fait fauter
les deux*
aux Nouvelles.
Les Lettres de Stokholm
du 15. Novembre
portent, que suivant les
ordres du Roy de Suede.
la Princesse Ulrique sa
soeur s'efloit chargée de la
Regence durant son abfcnee,
& qu'elle en avoic
pris possession le 10. sefêtanttrouvée
ce jour-là pour
la premiere fois au Con[ei!;,
qu'il y avoit esté resolu de
convoquer une Diete genérale
des Etats du Royaume,
& qu'on avoit expedié
pour cette convocation des
Lettres circulaires, dans
lesquelles on marque qu'on
y de libereroit sur les remedes
qu'on pouvoir apporter
au mauvais eut où le
Royaume le trouvoit; sur
les mesures les plus convenables
pourtraiter & conclurre
la Paix avec les ennemis
; & enfin pour envoyer
une Dépuration solemnelleau
Roy de Suéde
eh Turquie, tuy representer
le veritable état de son
Royaume,ôc recevoir ses
ordres; qu'on avoit receu
une Relation de Pererfbourg
de ce qui s'caort
passé en Finlande jusqu'au
8. Octobre,trés differente
de celle qu'on publiait. Elle
porte que le premier O&obre
l'Amiral Apraxin avoit
marché avec l'Armée vers
Trawasthus, que les Suedois
avoient abandonné,
aprèsavoir jetté leurs Canons
dans la Riviere
, &
ils s'estoient retirez au-delà
de la riviere de Pelken,
qui seslargit en forme de
Lac, où ils Ce retrancherent
&jetterent des batteries.
Les Moscovites les fuivirent,
&camperent vis àvis
durant quatre jours. Ils
firent aussi des Batteries,
& preparerent des Pontons,
sur lesquels le Prince
de Galliezen s'embarqua
avec six cens hommes
choisis, & il alla le 7. mettre
pied à terre à demie
lieuë de lava la gauche des
Suedois. Ils se deffendirenc
courageusement, neanmoins
après un combat de
trois heures, ils furent obligez
de ceder au nombre
superieur des Moscovites :
les Suedois perdirent dans
cette action cinq cens soixante
hommes
,
& deux
cens quarante faits Prisonniers
, sept gros Canons, d'autres plus petits,& plusieurs
Drapeaux ; que les
Moscovites avoient perda
cent vingt hommes, de
plus de cinq çens blessez.
On mande de Pomeranie
que les Trou pes Saxonnes
qui en sont sorties, ont fait
dans leur marche de si
grands desordres , qu'un
Officier du Roy de Prusse
en a fait arrester six-vingt
hommes, afin d'obtenir sàtisfaction
des dommages
qu'elles ont causez.
Les Lettres de Berlin da
12. portent que le Sieur
GolowKinAmbassadeur du
Czar prés du Roy dePrusse
,
luy avoit presenté un
Memoire par lequel leCzar
s'excuse de ratifier IeTrairé
conclu avec le PrinceMenzikow,
touchant le sequestre
de la Pomeranie
,
4
moins qu'on ne change
trois Articles duTraitéconclu
entre le Roy de Prusse
& le Prince Administrateur
de Holstein Gottorp
qu'ilprétendluy estre pré-,
judiciables,&à ses Alliez..
On écrit de Vienne que
lesEtats dela Basse Aurrichecontinuënt
leurs Délir^-
berations sur le subside
d'un million & demid'éeus
qu'on leur demande,
& qu'on necroit pas qu'ils
puissent fournir;qu'on voie
en cette Ville la copie d'une
Lettre que l'Archiduc
écrivit au Czar le 4. Novembre.
Elle contient des
plaintes de ce que le Prince
MenziKow avoit sans aucun
droit exigé deux cens
mille écus de la Ville de
Hambourg, trois cens trente
trois mille trois cens
trente trois écus de celle de
Lubex
, outre un present
de cinqmille ducats, & de
ce qu'ilavoitobligé par
executionmilitaire,les peuples
du païs de MecKelbourg
à porter des vivresà
son Camp devant Stetin,
ce que la petite Ville de
Male ayant refusée
,
elle
avoir esté prised'assaut&
pillée ; qu'il n'avoit pu se
dispenser comme Chef de
l'Empire, de luy en porter
ses plaintes, & d'emploïer
ses bons offices pour faire
restituer à ces Villes & à
ces peu ples ce qui leur a
.cl}é enlevé ; que la connoissance
qu'il avoit de la
justice & de la grandeur
d'ame du Czar ne luy permettoit
pas de douter qu'il
ne fit faire cette restitution-,
& qu'il n'empeschât
à l'avenir de pareilles violences.
On mande de Madrid
que le Roy a donnéle Gouvernement
de Roses dans
le Lampourdan,àDonAntonio
Marin de Guerrea,
Marêchalde Camp;quele
Marquis de Morous Ambassadeur
du Roy de Sicile
y estoit arrivé. Les Lettres
de
deCatalogne portentque
lesTroupesEspagnolles qui
servoientauxPaïs Bascommençoient
à arriver dans
cette Principauté; qu'on
préparoit toutes choses
pour faire le siege de Barcelone,
& que plusieurs des
principaux habitansayant
appris qu'on équipoit àCadis
une Escadre pour FaCsieger
aussi par Mer, & ne
voulant pas y demeurer
enfermez, s'estoient embarquez
secrettement
,
&
s'estoientretirez à Gennes.
D'autres avisdeCatalogne
portent que les habitant
de Barcelone manquoient
de viande, & qu'ils commençoient
à avoir disette
de pain, ce qui avoit causé
une émotion du peuple,
dans laquelle quelques personnes
avoient estetuées;
qu'on continuoit dans le
Camp les préparatifs ne..
cessaires pour le siege de
cette ville-là, & que l'on
n'attendoit que la jonction
des Troupes d'Estramadure,
dont la plus grande partie
étoit encore sur la frontiere
de Catalogne,&l'arrivée
de l'Escadre,qui outre
les vivres & les munitions
donc elle est chargée,
a encore embarquée des
Troupes à Cadis, à Cartagene,
&sur lescostes du
I" oyaume de Valence.
On mande de la Haye
que le Duc d'Ossonne y avoit
envoyé le Comte de
Pinto son frere pour visiter
le Palais d'Espagne & le
faire reparer;que le Traité
de Commerce entre l'Espagne
& l'Angleterre avoic
estésigné le 9. de ce mois;
qu'on n'attendoit que leretour
des Couriers de Madrid&
deLisbonne pour
conclurre les Traitez entre
l'Espagne & le Portugal, &
entre l'Espagne & cet Etat;'
On écrit de Bruxelles
que les Etats de Brabaftr*
de Flandres,&deHaynaut
estoient sur le point de terminer
leurs differens avec
le Roy de Prusse pour les
quatre-vingt mille écus
qu'il leur demande.
On a apprisde DunKerque
que le premier de ce
mois on y avoit fait fauter
les deux*
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Résumé : SUPPLEMENT aux Nouvelles.
Le document est un supplément aux Nouvelles contenant des lettres de Stockholm datées du 15 novembre. La princesse Ulrique, sœur du roi de Suède, a pris possession de la régence le 10 novembre. Une diète générale des États du Royaume a été convoquée pour discuter des remèdes aux problèmes du royaume, des mesures pour conclure la paix avec les ennemis, et pour envoyer une députation solennelle au roi de Suède en Turquie. En Finlande, une bataille a eu lieu où les Moscovites ont vaincu les Suédois, causant des pertes importantes à ces derniers. En Poméranie, les troupes saxonnes ont causé des désordres, entraînant l'arrestation de soixante hommes par un officier prussien. À Berlin, l'ambassadeur du czar a présenté un mémoire au roi de Prusse, excusant le czar de ratifier un traité concernant la Poméranie sans modification de trois articles. À Vienne, les États de Basse-Autriche délibèrent sur un subside d'un million et demi d'écus. Une lettre de l'archiduc au czar se plaint des exactions du prince Menzikow dans les villes de Hambourg et Lübeck, ainsi que des violences commises dans le pays de Mecklembourg. De Madrid, il est rapporté que le roi a nommé Don Antonio Marin de Guerrea gouverneur de Roses dans le Roussillon, et que le marquis de Morous, ambassadeur du roi de Sicile, est arrivé. En Catalogne, les troupes espagnoles se préparent à assiéger Barcelone, et plusieurs habitants se sont enfuis en apprenant l'arrivée d'une escadre à Cadix. Des troubles ont éclaté à Barcelone en raison de la disette de pain. À La Haye, le duc d'Ossonne a envoyé le comte de Pinto pour réparer le palais d'Espagne, et un traité de commerce entre l'Espagne et l'Angleterre a été signé. Les États de Brabant, de Flandre et de Hainaut sont sur le point de régler leurs différends avec le roi de Prusse concernant une somme de quatre-vingt mille écus. Enfin, à Dunkerque, deux fautes ont été commises le premier du mois.
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33
p. 135-144
Mort de la Reine d'Espagne.
Début :
Marie-Loüise-Gabrielle de Savoye, épouse de Philippe V. du [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Philippe V, Maison de Savoie, Roi de Chypre, Duc de Savoie, Royaume, Prince Amédée, Venise, Sicile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Reine d'Espagne.
Mort de la Reine d'Efpagne.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
Fermer
Résumé : Mort de la Reine d'Espagne.
Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, épouse de Philippe V d'Espagne, est décédée le 14 février 1714. Née le 17 septembre 1688, elle était la fille de Victor-Amédée II, duc de Savoie, et d'Anne d'Orléans. Elle s'est mariée par procuration à Turin le 11 septembre 1701 et a eu trois enfants : Louis-Philippe d'Espagne, né le 25 août 1707, Philippe d'Espagne, né le 7 juin 1712, et Ferdinand d'Espagne, né le 23 septembre 1713. La Maison de Savoie est une famille ancienne et illustre, descendant de Berthold, premier comte de Savoie et de Maurienne. Berthold s'est établi à la cour de Rodolphe, roi de Bourgogne et de Provence, et a été récompensé par Rodolphe en obtenant la Savoie et la Maurienne en l'an 1000. Victor-Amédée II, duc de Savoie, est le trente-troisième comte de Savoie et le quinzième duc depuis Amédée VIII. La Maison de Savoie possède également des droits sur le royaume de Chypre, acquis par le mariage de Louis de Savoie avec Anne de Chypre. Ces droits ont été confirmés par Catherine-Michelle d'Autriche, fille de Philippe II d'Espagne, et reconnus par le traité d'Utrecht. Victor-Amédée II a été couronné roi de Sicile à Palerme le 24 décembre 1713. La Maison de Savoie a produit de grands hommes dans diverses conditions et s'est divisée en plusieurs branches, dont descend le prince Eugène de Savoie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 133-136
Grande-Bretagne.
Début :
La tempête du 20. Septembre dernier qui a été mentionnée dans tous les Journaux, [...]
Mots clefs :
Royaume, Catholique, Parlement, Irlande, Compagnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grande-Bretagne.
Grande.Bretagne.
La tempête du 10. Septembre dernier
qui a été mentionnée dans tous les Jourr
naux , a fait perir plus de trente vaisseaux
Marchands aux ten virons de l'Ifle d'Antigoa.
Le 1 7. Décembre les Lords Regens fir
lent publier une Proclamation pour pn>
.roger l'Aísemblée du Parlement jusqu'au
j.o. Janvier suivant, auquel jour tous
les Membres des deux .Chambres ibnt
sommés de' se trouver à Westminster, pour
déliberer sur des affaires très.importantes.
Le 24.. Decembre les Directeurs de la
Compagnie de la Mer du Sud firent a/h>
çher que le Livre de traníport des Acr
étions de cette Compagnie seroit fermé
jusqu'au ì. i . Février prochain pour leur
donner le temps de faire la balance des
profits & des pertes de la Compagnie,
afin d'annoncer ensuite le di videnddû aux
Actionnaires pour la demi.année échue
au terme de Noël ; ils firent publier est
rnéme temps qu'ils payeroient inceflamment
leurs obligations dattéesdu 16. De
cembre 171 5. 1717. 1718. §ç 171 9. qui
font échues.
Le 8. de ce mois le Roi d'Angleterre
arriva heureusement à Margare aux heu
res
^..MERCURE BÉ FRANCl
jres du soit. Cette agréable nouvelle fut?
annoncée à Londres le 9. à dix heures dir'
.matin par une décharge generale du ca<.
lion du Parc de S. James , & de la Tour.
te 5>. íâ Majesté coucha à Chaçham ; elle
.y fit le 10. au matin la visite de seí
vaisseaux de guerre & des magazins de la
Marine t & elle arriva vers les 7. heures
du soir à Londres avec les Seigneurs de
{a. Cour , & plusieurs Ministres Etran
gers. Il y eut le soir dans toutes ies rues
des feux &c des illuminations.
On assure que les Communes du Par
lement d'Irlande ont passe' un Bill trèsrigoureux
contre les Catholiques de ce
Royaume. Par le premier article de cet
Acte , il est ordonné que tous les Archevêques
, Evêques , Vicaires Generaux ,
Doyens Jesuites', Moines , Religieux
ou autres Ecclesiastiques Reguliers Ca
tholiques , exerçant Jurisdiction Eccle
siastique, ou qui depuis le premier jour
de May 1698. ont exercé Jurisdiction
Ecclesiastique dans ce Royaume , feront
.obligez d'en íortir avant le 2 5. Mars
1724. .& que toutes les períonnes cydessus
designées , qui après ce terme in
diqué , seront trouvées dans Je Royau
me , seront jugées coupables de haute
trahison : que tout particulier qui rece
vra , soulagera , entretiendra , ou donnera
au.
JANVIER 1724. ijj
jaucune retraite , azile ou secours à aucun
de ces Ecclesiastiques proscrits , à l'ex
ception de ceuf qui ont prêté les ferment
4'abjuration , fera puiii de mort , lans
esperance de grace, &.que tout dénon
ciateur qui donnera avis du lieu où ils Ce
tiendront cachez , &c des particuliers qui
leur donneront retraite , sera récompensé
auflì.tot que son avis aura été trouvé
.Certain. Par le second article , il e.st dér
fendu à tout particulier Catholique de
recevoir en pension aucune femme ni
iîlle , à peine de 3000. livres d'amende
pour chaque contravention. Par le troir
fiéme , tout Maître d'Ecole Catholique ,
.ou Précepteur de cette Communion , mê
me dans une famille particuliere , qui
fera découvert dans Je Royaume après le
terme indiqué , fera puni de mort , ainsi.
.que le particulier qui le garderoit dans
ta. maiíon malgré la défense. Le quatriè
me ordonne que tout enfant Catholique
né hors du Royaume d'un pere Catho
lique qui aura pris les armes contre le
feu Roy Guillaume , & la Reine Marie
& qui fera ensuite retiré dans les
Etats de quelque Puisíance Catholique f
ne pourra en revenant dans ce Pays, être
reputé veritable sujet de ce Royaume f
ni jouir des Privileges accordez par les
Actes Parlementaires en. faveur des en
* •
y 3* MERCURE DE FRANCE-
-fans Protestans nez hors du Royaume.
..Comme toute personne parvenue à í' li
ge de 16. ans , est obligée fous peine de
Íirison perpetuelle., & de confiscation de
es biens , de prêter le ferment d'abjura
tion en vertu d'un A.cte du Parlement de
:1a troisième. année du Règne de la Reine
Anne , <$c que cependant on a remarqué
que cette obligation étoit .souvent élu
dée par plusieurs particuliers qui íè cas.
choient pour n'être point citez par les
Juges de paix , il est ordonné par le cin
quième arycle qu'il suffira d'afficher la
citation de ces Juges à la porte des Car.
tholiques citez, $~c que si dans le terme
prescrit ils ne íè presentent pas poux
faire le serment , ils seront punis con
formément à l'Acte dont on vient de
parler. Enfin par le sixième, il est. dit
!qne tout Protestant qui prêtera son nom.
à un Catholique pour l'acquisition de
quelque terre , fera condamné à une
amende de 3000. liv. à la confiícation des
terres acquises sous confidence, & à per
dre la jouissance des Privilegies accordez
aux Protestans.
La tempête du 10. Septembre dernier
qui a été mentionnée dans tous les Jourr
naux , a fait perir plus de trente vaisseaux
Marchands aux ten virons de l'Ifle d'Antigoa.
Le 1 7. Décembre les Lords Regens fir
lent publier une Proclamation pour pn>
.roger l'Aísemblée du Parlement jusqu'au
j.o. Janvier suivant, auquel jour tous
les Membres des deux .Chambres ibnt
sommés de' se trouver à Westminster, pour
déliberer sur des affaires très.importantes.
Le 24.. Decembre les Directeurs de la
Compagnie de la Mer du Sud firent a/h>
çher que le Livre de traníport des Acr
étions de cette Compagnie seroit fermé
jusqu'au ì. i . Février prochain pour leur
donner le temps de faire la balance des
profits & des pertes de la Compagnie,
afin d'annoncer ensuite le di videnddû aux
Actionnaires pour la demi.année échue
au terme de Noël ; ils firent publier est
rnéme temps qu'ils payeroient inceflamment
leurs obligations dattéesdu 16. De
cembre 171 5. 1717. 1718. §ç 171 9. qui
font échues.
Le 8. de ce mois le Roi d'Angleterre
arriva heureusement à Margare aux heu
res
^..MERCURE BÉ FRANCl
jres du soit. Cette agréable nouvelle fut?
annoncée à Londres le 9. à dix heures dir'
.matin par une décharge generale du ca<.
lion du Parc de S. James , & de la Tour.
te 5>. íâ Majesté coucha à Chaçham ; elle
.y fit le 10. au matin la visite de seí
vaisseaux de guerre & des magazins de la
Marine t & elle arriva vers les 7. heures
du soir à Londres avec les Seigneurs de
{a. Cour , & plusieurs Ministres Etran
gers. Il y eut le soir dans toutes ies rues
des feux &c des illuminations.
On assure que les Communes du Par
lement d'Irlande ont passe' un Bill trèsrigoureux
contre les Catholiques de ce
Royaume. Par le premier article de cet
Acte , il est ordonné que tous les Archevêques
, Evêques , Vicaires Generaux ,
Doyens Jesuites', Moines , Religieux
ou autres Ecclesiastiques Reguliers Ca
tholiques , exerçant Jurisdiction Eccle
siastique, ou qui depuis le premier jour
de May 1698. ont exercé Jurisdiction
Ecclesiastique dans ce Royaume , feront
.obligez d'en íortir avant le 2 5. Mars
1724. .& que toutes les períonnes cydessus
designées , qui après ce terme in
diqué , seront trouvées dans Je Royau
me , seront jugées coupables de haute
trahison : que tout particulier qui rece
vra , soulagera , entretiendra , ou donnera
au.
JANVIER 1724. ijj
jaucune retraite , azile ou secours à aucun
de ces Ecclesiastiques proscrits , à l'ex
ception de ceuf qui ont prêté les ferment
4'abjuration , fera puiii de mort , lans
esperance de grace, &.que tout dénon
ciateur qui donnera avis du lieu où ils Ce
tiendront cachez , &c des particuliers qui
leur donneront retraite , sera récompensé
auflì.tot que son avis aura été trouvé
.Certain. Par le second article , il e.st dér
fendu à tout particulier Catholique de
recevoir en pension aucune femme ni
iîlle , à peine de 3000. livres d'amende
pour chaque contravention. Par le troir
fiéme , tout Maître d'Ecole Catholique ,
.ou Précepteur de cette Communion , mê
me dans une famille particuliere , qui
fera découvert dans Je Royaume après le
terme indiqué , fera puni de mort , ainsi.
.que le particulier qui le garderoit dans
ta. maiíon malgré la défense. Le quatriè
me ordonne que tout enfant Catholique
né hors du Royaume d'un pere Catho
lique qui aura pris les armes contre le
feu Roy Guillaume , & la Reine Marie
& qui fera ensuite retiré dans les
Etats de quelque Puisíance Catholique f
ne pourra en revenant dans ce Pays, être
reputé veritable sujet de ce Royaume f
ni jouir des Privileges accordez par les
Actes Parlementaires en. faveur des en
* •
y 3* MERCURE DE FRANCE-
-fans Protestans nez hors du Royaume.
..Comme toute personne parvenue à í' li
ge de 16. ans , est obligée fous peine de
Íirison perpetuelle., & de confiscation de
es biens , de prêter le ferment d'abjura
tion en vertu d'un A.cte du Parlement de
:1a troisième. année du Règne de la Reine
Anne , <$c que cependant on a remarqué
que cette obligation étoit .souvent élu
dée par plusieurs particuliers qui íè cas.
choient pour n'être point citez par les
Juges de paix , il est ordonné par le cin
quième arycle qu'il suffira d'afficher la
citation de ces Juges à la porte des Car.
tholiques citez, $~c que si dans le terme
prescrit ils ne íè presentent pas poux
faire le serment , ils seront punis con
formément à l'Acte dont on vient de
parler. Enfin par le sixième, il est. dit
!qne tout Protestant qui prêtera son nom.
à un Catholique pour l'acquisition de
quelque terre , fera condamné à une
amende de 3000. liv. à la confiícation des
terres acquises sous confidence, & à per
dre la jouissance des Privilegies accordez
aux Protestans.
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Résumé : Grande-Bretagne.
Le texte relate plusieurs événements en Grande-Bretagne. Le 10 septembre, une tempête a provoqué la perte de plus de trente vaisseaux marchands près de l'île d'Antigua. Le 17 décembre, les Lords Régents ont publié une proclamation pour ajourner l'Assemblée du Parlement au 10 janvier suivant afin de délibérer sur des affaires importantes. Le 24 décembre, les Directeurs de la Compagnie de la Mer du Sud ont annoncé la fermeture du livre de transport des actions jusqu'au 1er février pour établir la balance des profits et des pertes, et payer les dividendes aux actionnaires. Ils ont également annoncé le paiement immédiat de leurs obligations échues. Le 8 janvier, le roi d'Angleterre est arrivé à Margate et a été accueilli par des célébrations à Londres le 9 janvier. En Irlande, le Parlement a adopté un bill rigoureux contre les catholiques. Ce bill ordonne l'expulsion des ecclésiastiques catholiques exerçant une juridiction ecclésiastique avant le 25 mars 1724, sous peine de haute trahison. Il interdit également aux catholiques de recevoir des femmes ou des filles en pension, d'enseigner, ou d'acquérir des terres avec l'aide de protestants, sous peine d'amendes et de confiscations. Les protestants aidant les catholiques dans ces acquisitions seront également punis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 423-424
ARRESTS.
Début :
ARREST du 20. Septembre qui ordonne que ceux qui remettront des Matieres d'Or [...]
Mots clefs :
Arrêts, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS.
A RR.ES T S,
ÎARREST du 10. Septembre , quî ordonne
que ceux qui remettront des Matières d'Or
& d'Argent aux Hôtels des Monnoyes pendant
le relie de la présente année , jouiront sur leurs
Quittances des quatre deniers pour livre at
tribuez aux Changeurs.
AUTRE du zj. Septembre, qui ordonne
que jusqu'au dernier Décembre 1730. les
Moutons , Brebis & Agneaux , qui viendronc
des Pays étrangers dans le Royaume , feront
; & demeureront déchargez de tous Droits s &
que lesdits Bestiaux , enlemble ceux qui auront
été élevez & nourris datis le Royaume , fe
rons & demeureront pareillement déchargez
pendant ledit tems , de tous Droits d'entrée
& de sortie , à Ijeur passage des Provinces
réputées Etrangères dans celles de l'étenduë
des Cinq grosses Fermes , ou defdites Prc-r
vinces des Cinq grosses Fermes dans celle»
feputées Etrangères,
AUTRE du même jour , qui ordonne que
le* Maîtres & Ouvriers en Bas & autres Ou
vrages, de Bonnetrie au Métier, apposeront
le ut
4 M- MERCURE DE FIANCE,
ìeur Marque à chaque Paire ou Piece defíics
Ouvrages. .
AUTRE du même jour , qui ordonne que'
les Titres Cléricaux contenant Donations
cl'lmmeubjes » feront insinuez aux Insinuations :
Laïques , & que ceux qui ne contiendront
que des Constitutions de Rentes Viagères ,
demeureront assujettis feulement aux Insinua,-*
trons Ecclésiastiques , encore que pour sûre
té d'icelles il y ait affectation d'Immeubles.
AUTRE du 18. Octobre, qui ordonne
que dans le temps de trois mois les Officiers
cies Amiráútez & les Juges-Consuls de tou
tes les) Villes du Royaume où leurs Juridic
tions font établies » rapporteront au Bureau
du Commerce les Titres concernant la com
pétence de jeurs Jurifdictions,
ORDONNANCE du Lieutenant General
de Police-, du n. Octobre, qui interdit pour
toujours l'Entrée de la Bourse au nommé la
Roche > avec amende : & qui lui faic deffense
& à tous autres de s'immiscer dans les fonc
tions des Agens de Change.
SENTENCE DE POLICE du même jour ,
portant deffense à tous Jardiniers & Marachers
, de rester fur le Carreau de la rue de.
1a Feronnerie en Eté , passé sept heures > &
en Hyver, passé huit heures du matin.
ARREST du même jour , quí ordonne qu'il
ce fera plus payé dorénavant aux Changeurs les
plus éloignez , fur le compte de S. M. que
quatre deniers pour livre, à quelque distance
eu' ils soient » au- dessus de dix Heuës , &ro.
TABLE
ÎARREST du 10. Septembre , quî ordonne
que ceux qui remettront des Matières d'Or
& d'Argent aux Hôtels des Monnoyes pendant
le relie de la présente année , jouiront sur leurs
Quittances des quatre deniers pour livre at
tribuez aux Changeurs.
AUTRE du zj. Septembre, qui ordonne
que jusqu'au dernier Décembre 1730. les
Moutons , Brebis & Agneaux , qui viendronc
des Pays étrangers dans le Royaume , feront
; & demeureront déchargez de tous Droits s &
que lesdits Bestiaux , enlemble ceux qui auront
été élevez & nourris datis le Royaume , fe
rons & demeureront pareillement déchargez
pendant ledit tems , de tous Droits d'entrée
& de sortie , à Ijeur passage des Provinces
réputées Etrangères dans celles de l'étenduë
des Cinq grosses Fermes , ou defdites Prc-r
vinces des Cinq grosses Fermes dans celle»
feputées Etrangères,
AUTRE du même jour , qui ordonne que
le* Maîtres & Ouvriers en Bas & autres Ou
vrages, de Bonnetrie au Métier, apposeront
le ut
4 M- MERCURE DE FIANCE,
ìeur Marque à chaque Paire ou Piece defíics
Ouvrages. .
AUTRE du même jour , qui ordonne que'
les Titres Cléricaux contenant Donations
cl'lmmeubjes » feront insinuez aux Insinuations :
Laïques , & que ceux qui ne contiendront
que des Constitutions de Rentes Viagères ,
demeureront assujettis feulement aux Insinua,-*
trons Ecclésiastiques , encore que pour sûre
té d'icelles il y ait affectation d'Immeubles.
AUTRE du 18. Octobre, qui ordonne
que dans le temps de trois mois les Officiers
cies Amiráútez & les Juges-Consuls de tou
tes les) Villes du Royaume où leurs Juridic
tions font établies » rapporteront au Bureau
du Commerce les Titres concernant la com
pétence de jeurs Jurifdictions,
ORDONNANCE du Lieutenant General
de Police-, du n. Octobre, qui interdit pour
toujours l'Entrée de la Bourse au nommé la
Roche > avec amende : & qui lui faic deffense
& à tous autres de s'immiscer dans les fonc
tions des Agens de Change.
SENTENCE DE POLICE du même jour ,
portant deffense à tous Jardiniers & Marachers
, de rester fur le Carreau de la rue de.
1a Feronnerie en Eté , passé sept heures > &
en Hyver, passé huit heures du matin.
ARREST du même jour , quí ordonne qu'il
ce fera plus payé dorénavant aux Changeurs les
plus éloignez , fur le compte de S. M. que
quatre deniers pour livre, à quelque distance
eu' ils soient » au- dessus de dix Heuës , &ro.
TABLE
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Résumé : ARRESTS.
En 1730, plusieurs arrêtés et ordonnances ont été émis par les autorités françaises. Le 10 septembre, un arrêté a accordé une réduction de quatre deniers pour livre aux personnes remettant des matières d'or et d'argent aux Hôtels des Monnoyes jusqu'à la fin de l'année. Le 21 septembre, un arrêté a exonéré de droits les moutons, brebis et agneaux provenant de pays étrangers ou élevés dans le royaume pour leur passage entre les provinces des Cinq Grosses Fermes et les provinces étrangères jusqu'au 31 décembre 1730. Le même jour, un autre arrêté a obligé les maîtres et ouvriers en bonneterie à marquer chaque paire ou pièce d'ouvrage. Un autre arrêté du 21 septembre a imposé l'insinuation des titres cléricaux contenant des donations immobilières aux insinuations laïques, tandis que ceux concernant des rentes viagères restaient soumis aux insinuations ecclésiastiques. Le 18 octobre, un arrêté a demandé aux officiers des amirautés et aux juges-consuls de rapporter les titres concernant leur compétence au Bureau du Commerce dans un délai de trois mois. Le 11 octobre, une ordonnance du lieutenant général de police a interdit à un individu nommé La Roche l'accès à la Bourse et lui a défendu de s'immiscer dans les fonctions des agents de change. La même journée, une sentence de police a interdit aux jardiniers et maraîchers de rester sur le Carreau de la rue de la Ferronnerie après sept heures en été et huit heures en hiver. Enfin, un arrêté du 11 octobre a limité à quatre deniers pour livre les paiements aux changeurs les plus éloignés, quelle que soit la distance au-delà de dix lieues.
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36
p. 1742-1752
SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Début :
De ces anciens Monumens qui justifient l'antiquité de la Ville d'Eu, je [...]
Mots clefs :
Ville d'Eu, Histoire, Antiquité, Royaume, Paysans, Seigneurs, Religion, Rivière, Monuments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
SUITE des Mémoires de M. Capperon
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
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Résumé : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Les Mémoires de M. Capperon relatent plusieurs aspects historiques de la ville d'Eu. Au VIIe siècle, bien que la religion chrétienne fût établie dans le comté d'Eu, le culte des idoles subsistait encore publiquement. Saint Valleri, en passant par Augusta (aujourd'hui Aunfray), détruisit une idole païenne et convertit les habitants. Les habitants du village de Pont, convertis par Saint Valleri, construisirent une église en son honneur peu après sa mort, vers 625, au lieu même où il s'était reposé près d'une fontaine. Ils furent parmi les premiers à le canoniser. La rivière nommée Auve est identifiée comme la Bresle, selon des sources historiques comme M. Baillet et M. Fleury. En 616, Saint Loup, archevêque de Sens, trouva des temples païens lors de son exil au village d'Anfenne, près de la ville d'Eu. Les habitants d'Eu montrèrent un attachement profond à la religion catholique. En 1562, face à l'apparition de signes de calvinisme, la population réagit violemment, pillant les maisons des calvinistes et les forçant à faire une profession publique de catholicisme. Cet événement est documenté dans les archives de l'Hôtel de Ville. L'histoire des Normands dans la région est également abordée. En 912, le roi Charles le Simple céda la Normandie aux Normands pour mettre fin aux ravages qu'ils infligeaient. La ville d'Eu fut le théâtre de plusieurs batailles, notamment en 881 et en 925, où les Normands furent finalement vaincus. Les Normands établis en France adoptèrent la religion chrétienne, ce qui transforma leur comportement. Le premier comte d'Eu, Guillaume, fonda plusieurs institutions religieuses, suivi par ses descendants qui firent de nombreuses donations aux moines et prirent eux-mêmes l'habit monastique. Dès 340, le duc Guillaume Longue-Épée portait des objets monastiques, témoignant de l'influence des moines sur les seigneurs normands dès les premiers temps de leur conversion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 2006-2010
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Début :
Il prit pour texte ce Passage de la Sagesse, Chapitre 9. Envoyez-moi, Seigneur, [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Seigneur, Dieu, Sagesse, Ciel, Trône, Armée, Monarque, Tranquillité, Royaume, Royauté, Académie des Belles-Lettres, Académie des sciences
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
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Résumé : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Le Panégyrique de Saint Louis, prononcé par le Révérend Père Dom Leandre Petuzet, met en lumière les vertus et les actions du roi Saint Louis. L'orateur utilise un passage de la Sagesse pour démontrer que Saint Louis était doté du don de sagesse. Il distingue deux aspects essentiels de la royauté : les dangers à éviter et les charges à remplir. Saint Louis est loué pour son humilité, une vertu chrétienne qu'il cultivait malgré son rang. Il était à la fois doux et courageux, humble devant Dieu et ferme devant les hommes. Il refusait d'étendre son royaume par la violence et renonça à des opportunités de pouvoir, comme le trône de Castille et l'Empire offert par Grégoire IX. La charité de Saint Louis est également mise en avant. Il avait un profond sens de la miséricorde envers les pauvres. Les deux charges principales de la royauté, selon le texte, sont d'être équitable envers le peuple et fidèle à Dieu. Saint Louis est décrit comme un roi juste et zélé pour les bonnes œuvres. Le texte détaille ses actions en Terre Sainte, son courage lors des batailles, et sa captivité, où il resta fidèle à Dieu. Il mentionne également sa seconde expédition en Afrique pour secourir les chrétiens. Saint Louis est présenté comme un modèle de piété et de sagesse, mourant en paix et recommandant à son fils de ne pas faire la paix avec les infidèles. Le panégyrique se termine par des vœux pour que le roi actuel, héritier des vertus de Saint Louis, gouverne avec la même sagesse et charité.
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38
p. 2903-2915
Description abregée de la Carte generale & historique de la Monarchie & du Militaire de France, &c. [titre d'après la table]
Début :
DESCRIPTION ABREGÉE de la Carte Genérale & Historique, de la Monarchie & du [...]
Mots clefs :
Roi, Officiers, Compagnies, Armes, Infanterie, Régiment, Ordre, Troupes, Royaume, Gardes, Lieutenant, Armures, Maréchaux, Dragons, Carte, Monarchie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description abregée de la Carte generale & historique de la Monarchie & du Militaire de France, &c. [titre d'après la table]
DESCRIPTION ABREGE' de la Carte
Genérale & Hiftorique , de la Monarchie & du
Militaire de France , tant ancien que moderne
avec les explications &c. Dédiée au Roi , préfentée
à Sa Majeſté , à Marli le 17. Fevrier
1730.
>
PREMIERE FEUILLE ou Planche. Un
Soleil , fimbole de la France , au Frontispice ,
accompagné de Cornes d'abondance &c. le Pa-
11. Vol. villon
2904 MERCURE DE FRANCË
villon Royal dans toute fa fplendeur , aux Armes
de France & de Navarre , avec les Supports
tenans les Bannieres de France & de Navarre ,
orné des Colliers des Ordres du Roi , du Cocq.
de la France , avec cette Devife : Implet terrore
Leones , de l'ancien cri de guerre de nos Rois ,
Mont joye S. Denis , le tems de fon origine ,
de l'ancienne devife des Lys , Lilia non laborant,
neque nent. En S. Mathieu , Chapitre 6.
&
;
Au- deffus du Pavillon eft une Minerve * affife
dans fa gloire , appuyée à fa droite fur le Fortrait
du Roi , au milieu de fon bouclier , couronné
par une Renommée , & foutenu par l'Hiftoire
, & à fa gauche eft un Génie heureux qui
apporte à cette Déeffe le Portrait de la Reine
orné de Lys , accompagné des Attributs de la
Sageffe , de la Gloire & de la Science qui l'environnent.
Aux côtés de ce Cartouche font les
Repréfentations en Blazon des Colliers & des
Gordons des Ordres S. Michel & du S. Efprit ,
avec le tems de leurs Inftitutions par les Rois
les Portraits d'Henri le Grand & de Louis le
Grand , Ayeuls de Louis 15. placés au-deffus de
deux Arcs de Triomphes ornés des Armes du
Roi , & cette Devile : Simili candore corufcant,
des Armes de la Reine , & cette devife : Fulget.
inardefcens radiis , des Armes du Dauphin , &
cette Devife : Gratior it dies , des Armes de
Navarre , & cette Devife : Numerat pro dote
triumphos ; & au bas eft le grand Titre en lettres
Aeuronnées qui annonce le fujet de cet Ouvrage,
au deffous duquel eft un nouvel Attribut de la
Paix , repréfenté par trois Lys en fleurs für pied,
un Aigle & un Lion aux côtés , & cette Devife:
Pace data eoeunt Reges , avec une Epigramme
fur l'origine des Lys. Ce grand Cartouche eft
fermé
par de riches ornemens , accompagné de
11. Vel
*deux
DECEMBRE . 1730. 2905
deux grands Palmiers qui foutiennent des Trophées
anciens & modernes , executé en Tailledouce
, fur les deffeins officieux de M. Oppenor.
II. Feuille. Abregé de la Vie des Rois de France
qui ont créé , formé & regimenté les Troupes
du Royaume , avec les évenemens arrivés dans
le cours de leurs Regnes , depuis Pharamond ,
premier Roi , jufqu'à la fin du Regne de Louis
XIV. 65 Roi. Cette Hiftoire renferme l'origine
du nom François , le commencement de la Monarchie
, la naiffance du Chriftianifme dans la
Monarchie , le nombre de Rois de la premiere ,
deuxième & troifiéme Race , & le tems de leurs
durées jufqu'à prefent , avec les Conquêtes & évenemens
mémorables pendant le Regne de Louis
le Grand , détaillés par jours , mois & années ;
enfuite la maladie , les dernieres paroles & la
mort de ce grand Roi , en huit colonnes dans
une Bordure enrichie des Portraits des Rois de
France , & d'Emblêmes de leurs Regnes en Taille
douce.
III . Feuille. Grands & premiers Officiers Militaires
de France qui ont été nommés & gradués
par les Rois depuis le tems de leurs créations &
& inftitutions jufqu'à préfent , fous quels Rois ,
& en quelles années ils ont fervi , diftribués en
dix grandes colonnes.
L
avec-
IV. Feuille . Vue & Perfpective de la Ville de
Paris , Capitale du Royaume , du côté du Pont
Royal les Armes de la Ville au-deffus ,
cette Infcription : Prona fides Principis Urbium.
La defcription abregée de Paris , avec les noms
des Officiers du Gouvernement ; d'un côté eft
la Chronologie des Rois de France & les années
de leurs Regnes , depuis Pharamond , premier
Roi , jufqu'à Louis XV. 66e Roi , & de l'autre
la tige & la Génealogie de la Maifon Royale de
II. Vol. Bourbon ,
2906 MERCURE DE FRANCE
1
Bourbon , depuis Louis de Bourbon , Comte de
Clermont , Petit- Fils de S. Louis IX . 44 Roi ,
jufqu'à Henri IV . Roi de France & de Navarre,
avec les alliances. Enfuite la Maifon du Roi &
fon origine , compofée de huit Compagnies de
la Garde à Cheval & d'une Compagnie de Grenadiers
à Cheval , avec l'Etat Major de la Cour,
ornée aux côtés du Titre de Trophés ancien &
moderne , en Taille -douce , ainfi que les Unifor
mes , Etendarts & Armures d'ordonnance ; ces
premieres Troupes font détaillées fuivant leurs
rangs , & partagées en 15. colonnes fur neuf
lignes , depuis leurs créations jufqu'au 15. Fevrier
1730. avec le nombre des Officiers , des
Ecuyers & Maîtres qui les compofent.
V. Feuille. Vue & Perfpective de Verſailles , du
côté de la grande Place d'Armes , on y voit l'entrée
du Roi dans la premiere Cour , les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes fous les armes
l'Ecu de France aîlé au - deffus , avec cette Infcription
: Regia Solis , & au deffous la Defcription
abregée de la Ville & Château Royal de
Verfailles & les noms des Officiers du Gouvernement
; d'un côté font les Génealogies & Alliances
de la premiere , deuxième & troifiéme
Branche de la Maiſon Royale de Bourbon , & de
l'autre les Génealogies & Alliances de la quatriéme
& cinquième Branche , dont font iffus depuis
Henri IV. les Rois de France , Philippe V.
Roi d'Espagne , & les Maifons d'Orleans , de
Condé & de Conti.
Enfuite la Gendarmerie & fon origine , compofée
de quatre Compagnies de Gendarmes du
Roi , de fix Compagnies de Gendarmes & de fix
Compagnies de Chevaux-Legers des Princes, avec
l'Etat Major , ornée aux côtés du Titre de Trophées
anciens & modernes , ainfi que leurs Uni-
11. Vel.
formes,
DECEMBRE . 1730. 2907
formes , Etendarts & Armures d'ordonnance . Ces
Compagnies qui marchent après la Maifon du
Roi font détaillées fuivant leurs rangs , & partagées
en 15. colonnes fur feize lignes , depuis
leurs créations juſqu'au 15. Fevrier 1730. avec
le nombre des Officiers.
VI. Feuille. Infanterie Françoife & Etrangere ,
fon origine , fous quel Roi , & en quelle année
elle a été regimentée avec les Etats Majors , ornée
aux côtés du Titre de Trophées anciens & modernes
; enfuite font les noms des Colonels Géneraux
de l'Infanterie Françoife & Etrangere ,
des Suiffes & Grifons au 15. Fevrier 1730. - lacréation
de fes Charges & le tems de leur nomination.
Au deffous font les noms , qualités &
grades des Directeurs & Infpecteurs Géneraux
de l'Infanterie , avec leurs créations , nominations
& départemens. Cette Infanterie eft compofée
de cent Régimens François & de vingt Régimens
Etrangers , à commencer par les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes , qui font partie
de la Maifon du Roi , & marchent à la tête de
toute l'Infanterie de France , par le Reglement
de Louis XIV . & enfuite de Picardie , Piemier
Régiment &c. détaillés fuivant leurs rangs,
avec leurs Drapeaux , Uniformes & armures
d'ordonnance , & partagées en trois grandes colonnes
, qui comprennent 15. colonnes chacune
fur dix-fept lignes
VII. Feuille. Suite de l'Infanterie Françoiſe
& Etrangere , compriſe dans 3. grandes colonnes,
qui forment quinze colonnes chacune , ſur 23.
Tignes , détaillée comme ci - deffus , & au bas le
nombre géneral des Officiers , celui des Régimens
fur pied , des Cadets , Sergens , Soldats ,
Tambours & Fifres qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre géneral
11, Vol.
de
2908 MERCURE DE FRANCE
de leurs Drapeaux , Colonels & armures d'or
donnance jufqu'au 15. Fevrier 1730.
VIII. Feuille. Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere & fon origine , fous quel Roí , &
quelle année elle a été régimentée avec les
Etats Majors , ornêe aux côtez du titre de Trophées
ancien & moderne , les noms des Cololonels
, Meftre de Camp & Commiffaires Geneneraux
de la Cavalerie ; au 15. Février 1730. là
création de fes Charges & le tems de leur nominations
; au-deffous les noms , qualitez & Grades
des Directeurs & Infpecteurs Generaux de la Cavalerie
, avec leurs créations , nominations &
départemens ; cette Cavalerie eft compofée de 54.
Régimens François , à commencer par celui du
Colonel General , premier Régiment, &c. y compris
le Régiment Royal de Carabiniers , & de 5 .
Régimens étrangers , compris les deux Régimens
d'Huffarts , détaillez fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, & partagées en 3. grandes Colonnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur trente
lignes.
IX. Feuille , fuite de la Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere , détaillée comme cy- deffus
& au bas le nombre general des Officiers , celui
des Régimens fur pied , des Maréchaux des Logis
, des Brigadiers , Fouriers , Maîtres , Trompettes
& Timballiers qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre general
de leurs Etendarts , juſques & compris l'Ordonnance
du Roi du 30. Mars 1730.
en
Dragons & leur origine , fous quel Roi ,
quelle année ils ont été régimentez , avec les Etats
Majors ; ornée aux côtez du titre de Trophée
ancien & moderne , enfuite font les noms des
Colonels & Meftres de Camp generaux des Dra-
2
II. Vol gons
DECEMBRE. 1730. 2909
gons , au 15. Février 1730. la création de fes
Charges & le tems de leur nomination . Ces
Dragons font compofez de 15. Régimens , à
commencer par celui du Colonel General , premier
Régiment , &c. fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, partagez en deux grandes Colomnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur 15. lidans
la 8 & 9e Feuille ; & au bas le nombre
general des Officiers , celui des Régimens fur
pied , des Maréchaux des Logis , des Brigadiers,
Fouriers , Dragons & Tambours qui les compofent
, avec le nombre general de leurs Etendarts ,
jufqu'au 15. Février 1730 .
gnes ,
Troupes formées en Compagnies , Bataillons ,
Efcadrons & Brigades , au nombre de 822. Compagnies
& un quart de Compagnie , tant François
qu'Etrangers , avec les Etats - Majors , qui
font , la Compagnie des cent Gardes Suiffes ordinaires
du Corps du Roi ; celle des Gardes de la
Porte ; celle des Gardes de la Prévôté de l'Hôtel ;
les deux Compagnies des Cadets Gentilhommes ;
les Compagnies de l'Hôtel Royal des Officiers &
Soldats Invalides ; celles des Soldats de Milices ;
les Compagnies Franches & de Partifans ; celle
de la Connétablie de France ; & les Compagnies
des Maréchauffées duRoyaume, qui font Militaires
depuis l'Ordonnance du Roi de 1720. détaillez
depuis leurs créations jufqu'au 15. Février 1739.
ornée aux côtez du titre de Trophée ancien &
moderne , ainfi que leurs Drapeaux , Etendarts
uniformes & Armures d'Ordonnance ; avec le
nombre general d'Officiers & d'hommes qu'elles
compofent.
Dixiéme Feuille . Maréchaux de France , vivans
au 15 Février 1730. ornée aux côtez du titre des
Bâtons des Maréchaux de France , & des Bâtons
11. Vel.
de
2910 MERCURE DE FRANCE
de Commandans ; leur origine & dates de leurs
Promotions , avec celles de leurs Receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy ; les noms , &
qualitez des Gouverneurs & Lieutenans Generaux
des Provinces du Royaume & leur origine ; les
années de leurs nominations & receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy , la fuite des Chevaliers
des Ordres du Roy & dattes de leurs receptions
, le nombre general des Gouverneurs
Lieutenans de Roy , Commandans , Majors ,
Aydes- Majors & Capitaines des Portes, des Etats
Majors des Villes principales & Places de Guerre
du Royaume.
A droite , font les Officiers Generaux des Armées
, vivans au 15 Février 1730. qui comprennent
les noms & qualitez des Lieutenans Generaux
& des Maréchaux de Camp; leurs créations,
dattes de leurs nominations & leurs receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy. De l'autre côté ,
font les noms & qualitez des Brigadiers des Armées
du Roy , vivans au 15 Février 1730 .
de
l'Infanterie , de la Cavalerie , & des Dragons ,
avec leurs créations , dattes de leurs nominations
& receptions de Chevaliers des Ordres du Roy.
Enfuite font les noms & qualitez des Maréchaux
Generaux des Logis , des Camps & Armées du
Roy , du Major General de l'Infanterie, du Maréchal
general, & des deux Maréchaux des Logis
de la Cavalerie , avec leurs créations & nominations.
Au bas eft le commencement des Batailles
mémorables que les François ont gagnées ,
depuis la Fondation de la Monarchie,depuis Tolbiac
, en 496. jufqu'en 1485. fous quels Rois &
en quelles années , reprefentées en fept Tableaux.
Onziéme feuille. Commencement de l'Hiftoire
abregée de Louis XV. 66 Roy , avec les prin-
>
II. Vol
cipaux
DECEMBRE. 1730. 2911
cipaux évenemens arrivez depuis la naiffance de
Sa Majefté , juſqu'au 15 Février 1730. Vingtiéme
année accomplie de Sa Majefté , ornée de
Portiques Royaux , & cette devife : Dulce & decorum,
reprefentée en taille douce par la Maffuë
d'Hercule , debout ; entrelaffée de branches d'Olivier
& de Laurier. Au deffous font les armes du
Duc d'Orleans , premier Prince du Sang, Grand
Maître de l'Ordre Royal, Militaire & Hofpitalier
de Notre-Dame du Mont Carmel & de S. Lazare
de Jerufalem ; fa nomination par le Roy , Protecteur
& Fondateur de l'Ordre , & la devife :
Dieu, & mon Roy. L'origine & la Defcription
de l'Ordre de S. Lazare , & de celui de Notre-
Dame du Mont- Carmel , réuni par Henri IV.
Au côté droit et l'Artillerie de France , avec
fes Attributs , les Armes du Duc du Maine, Prince
du Sang , Grand Maître & Capitaine general ,
avec fa nomination par Louis XIV . & cette Devife
: Ratio ultima Regum. Les Principaux Officiers
de l'Artillerie nommez , depuis fon origine
jufqu'au 15 Février 1730. Au bas , le Corps
des Off..Ingén.du Roy,& fon origine ordinaire ;
détaillez fous les ordres du Marquis d'Asfeld ,
Directeur general des Fortifications de France ,
&c. De l'autre côté , la dignité de Miniſtre & Sécretaire
d'Etat de la Guerre , la création de cette
Charge , les noms , & années des nominations
dés Intendans , Commiffaires du Roy , départis
dans les Généralitez du Royaume , les Capitaines
, Prevots , Grands - Baillifs & Sénéchaux
d'Epée , qui commandent la Nobleſſe de France ,
& leur origine , avec leurs Lieutenans d'Epée ,
dans les Pays & Généralitez où ils réfident ; les
noms des Commiflaires ordinaires , Provinciaux
des Guerres , dans les départemens du Royaume,
& leur création.Au deffous font tous les Officiers
11. Vol. G Prin2912
MERCURE DE FRANCE
Principaux en charge & par commiffion , tant
d'Epée , que de Finances , attachez au Militaire ,
fuivant leurs créations , départemens & années
d'exercice. Au bas eft la fuite des Batailles mémorables
que les François ont gagnées depuis
1488. jufqu'en 1645 , fous quels Rois & en quelles
années , en fept Tableaux .
Douziéme Feuille. Récapitulation generale des
Officiers & des Troupes , ornée aux côtez de
Trophées & d'attributs militaires ; fçavoir , les
nombres generaux des Officiers de la Maifon du
Roy, de la Gendarmerie , des Colonels , Meftres
de Camp , Lieutenans Colonels , Commandans ,
Majors , Aydes- Majors , Capitaines , Lieutenans
& Officiers fubalternes de toutes les Troupes dų
Roy , en pied , regimentées, & formées en Compagnie
, avec leur montant general,tant François
qu'Etrangers.
Les nombres generaux des Brigadiers d'armée,
Meftres de Camp , Lieutenans Colonels, Majors ,
Capitaines & Lieutenans Réformez , tant à la fuite
de l'Infanterie , de la Cavalerie Françoise &
Etrangere , que des Dragons ; à la fuite des Places
de Guerre , & formez par Brigades fur les
Frontiéres ; ainfi que les Officiers retirez dans
les Provinces , par leurs anciens fervices ; avec
leur montant general, tant François qu'Etrangers,
Au côté droit , font les Récompenfes honorables
; reprefentées. par la Vertu , jointe aux attri
buts militaires , en forme de Trophée; les Ordres
du Roy , avec cette Devile : Honori non prada ,
au deffous font les Defcriptions des premiers
Ordres de S. Michel , & du S. Efprit , depuis
leurs inftitutions jufqu'à préfent.De l'autre côté,
font les Récompenfes Militaires , l'Ordre Royal
des Chevaliers de S. Louis , reprefenté par la vûë
de l'Hôtel Royal des Invalides, avec cette devife !
Beili II. Vol.
DECEMBRE 1730. 2913
Bellica Præmium Virtutis . Son établiſſement par
LOUIS XIV. jufqu'à prefent , &c. Au deffous
font les nombres generaux détaillez par rangs ,
des Ecuyers , Maîtres de la Maiſon du Roy , des
Maîtres de la Gendarmerie , des Soldats de l'In,
fanterie , des Maîtres de la Cavalerie , François
& Etrangers , & des Dragons , diftinguez par
colonnes , avec le nombre general des Bataillons
& d'Eſcadrons de chaque Corps de Troupes, formées
en Compagnies & en Regimens fur pied ,
le 15 Février 1730. Et au bas , le montant general
des Troupes de Terre , tirées complettes ,
fuivant la derniere Ordonnance du Roy, du 10
Decembre 1727.qui regle le payement des Troupes
de Sa Majefté; au côté droit eft l'étimologic
du mot d'Infanterie , fon origine & changement,
fucceffivement jufqu'à prefent ; l'origine de la
Maifon du Roy , & des premiers Gardes de la
Perfonne Sacrée des Rois ; de la premiere Gendarmerie
, de la premiere Cavalerie legere & des
premiers Dragons de France. Au deffous eft la
Notice des Ordonnances Royales & Militaires &
des Ecrivains que l'Auteur de cette compilation
a confultez , avec la datte des Editions de leurs
ouvrages. Et au côté gauche , des Obfervations
abrégées pour la Regle & la Difcipline des Troupes
, extraites de l'Ordonnance du Roy de 1727.
Au bas de cette derniere feuille , eft la fuite des
Batailles mémorables, gagnées par les François,
depuis 1645.jufqu'en 1712.de la derniere Guerre,
qui font terminées par le vrai caractere & qualitez
que doit avoir un parfait homme de Guerre ;
reprefentées en fept Tableaux.
La Bordure de cette Carte a fept pouces de
large ; dans tout fon contour , elle renferme 110
Plants,avec les Deſcriptions aux côtez & le nombre
d'Officiers des Etats Majors complets & non
11. Vol.
Gij coms
2914 MERCURE
DE FRCEAN
complets , de chacune des principales Places de
Guerre & Maritimes du Royaume,diftinguez par
départemens & gouvernemens generaux des Provinces,
avec leurs diftances de Paris , & de l'une à
l'autre ; fçavoir , de Picardie , Artois , Flandres ,
Haynault ,Champagne,des Trois - Evêchez, Alface,
Franche-Comté , Bourgogne , Dauphiné , Provence
, Languedoc , Rouffillon , Béarne & Bifcaye,
Guyenne, Pays d'Aunis, Bretagne & Normandie
, le tout exécutez en Taille douce ; ornées
de Fleurs de Lys, de Palmes , & de Lauriers ;
le milieu de la Bordure de la droite renferme la
Defcription hiftorique du Royaume de France
fondé l'an 420. & le milieu de la gauche , la Deſcription
hiftorique du Royaume du Pologne ,
fondé l'an 550. Le milieu du bas de cette Bordure
eft enrichi des Chifres Royaux ,couronnez des armes
de la Reine & du Dauphin,toujours en taille
douce;& les coins font fermez par la Repréſentation
des quatre Principaux vents , avec Trompettes
& Banderolles de France & de Navarre
en forme de Renommée.
?
Pour la facilité de l'ufage & de la vente de cette
Carte , à un prix raifonnable , on la mettra dans
toute fon étendue,fur Gorges, elle aura fept pieds
en quarré , compris fa Bordure ; laquelle contiendra
dix - neuf demie- feuilles de papier grand
de 22 Aigle , affemblées par ordre militaire ,
pouces fur 16 pouces de haut chaque feuille , elle
pourra fe mettre dans une place proportionnée
à cette étendue.
Pour la facilité & la portée de la vûë, la Carte
fera féparée en deux parties,montées fur Gorges,
par moitié , confervant toujours fa même largeur
, réduite à trois pieds & demi de hauteur ,
que pourra placer de bout en bout
a vis, dans une Salle ou Galerie, &
l'on
pour
3 ou visla
com-
II. Vol
moDECEMBRE.
1730. 2915
modité du Cabinet, des Bibliotheques & du tranf
port ; cette Carte ſera réduite & formée en livre
de dix-neuf feuilles ou Planches entieres , numérotées
, de la même hauteur & largeur que les
feuilles cy-deffus expliquées, attachées à onglets ,
& couvert d'un papier marbré ; grand in folio ,
que
l'on pourra
faire relier, non compris la feuille
d'Avertiffement qui y fera jointe, pour trouver
& joindre enfemble facilement les differens fujets
de cet Ouvrage , aifez à fatisfaire la connoiffance
de l'Hiftoire & du Militaire.
L'Auteur ſe promet , par fon extrême diligence
, de pouvoir faire achever la gravure & l'impreffion
dans le courant de l'année prochaine
1731. Et quant aux differents changemens
& mutations du Militaire arrivez depuis
l'Epoque de cette Carte , du 'IS Fév. 1730
& qui arriveront juſqu'au 15 Fév. 1731. l'Auteur
donnera alors un petit Livret imprimé, fous
le titre de Supplément aux Explications Militai
res , qu'il continuera de donner à peu de frais ,
d'année en année , le même jour 15 Février, pour
fuppléer & foutenir l'état préfent, en tous temps,
de la Carte generale de la Monarchie & du Militaire
de France , tant ancien que moderne , en
vertu de fon Privilége.
Le fieur Lemau Delajaiffe Auteur & Inventeur
, ancien Officier de la Maiſon d'Orleans , &
dans l'Ordre de S. Lazare , loge à Paris , ruë
près la Fontaine de Richelieu , où il fera voir
l'Original de cet Ouvrage.
Genérale & Hiftorique , de la Monarchie & du
Militaire de France , tant ancien que moderne
avec les explications &c. Dédiée au Roi , préfentée
à Sa Majeſté , à Marli le 17. Fevrier
1730.
>
PREMIERE FEUILLE ou Planche. Un
Soleil , fimbole de la France , au Frontispice ,
accompagné de Cornes d'abondance &c. le Pa-
11. Vol. villon
2904 MERCURE DE FRANCË
villon Royal dans toute fa fplendeur , aux Armes
de France & de Navarre , avec les Supports
tenans les Bannieres de France & de Navarre ,
orné des Colliers des Ordres du Roi , du Cocq.
de la France , avec cette Devife : Implet terrore
Leones , de l'ancien cri de guerre de nos Rois ,
Mont joye S. Denis , le tems de fon origine ,
de l'ancienne devife des Lys , Lilia non laborant,
neque nent. En S. Mathieu , Chapitre 6.
&
;
Au- deffus du Pavillon eft une Minerve * affife
dans fa gloire , appuyée à fa droite fur le Fortrait
du Roi , au milieu de fon bouclier , couronné
par une Renommée , & foutenu par l'Hiftoire
, & à fa gauche eft un Génie heureux qui
apporte à cette Déeffe le Portrait de la Reine
orné de Lys , accompagné des Attributs de la
Sageffe , de la Gloire & de la Science qui l'environnent.
Aux côtés de ce Cartouche font les
Repréfentations en Blazon des Colliers & des
Gordons des Ordres S. Michel & du S. Efprit ,
avec le tems de leurs Inftitutions par les Rois
les Portraits d'Henri le Grand & de Louis le
Grand , Ayeuls de Louis 15. placés au-deffus de
deux Arcs de Triomphes ornés des Armes du
Roi , & cette Devile : Simili candore corufcant,
des Armes de la Reine , & cette devife : Fulget.
inardefcens radiis , des Armes du Dauphin , &
cette Devife : Gratior it dies , des Armes de
Navarre , & cette Devife : Numerat pro dote
triumphos ; & au bas eft le grand Titre en lettres
Aeuronnées qui annonce le fujet de cet Ouvrage,
au deffous duquel eft un nouvel Attribut de la
Paix , repréfenté par trois Lys en fleurs für pied,
un Aigle & un Lion aux côtés , & cette Devife:
Pace data eoeunt Reges , avec une Epigramme
fur l'origine des Lys. Ce grand Cartouche eft
fermé
par de riches ornemens , accompagné de
11. Vel
*deux
DECEMBRE . 1730. 2905
deux grands Palmiers qui foutiennent des Trophées
anciens & modernes , executé en Tailledouce
, fur les deffeins officieux de M. Oppenor.
II. Feuille. Abregé de la Vie des Rois de France
qui ont créé , formé & regimenté les Troupes
du Royaume , avec les évenemens arrivés dans
le cours de leurs Regnes , depuis Pharamond ,
premier Roi , jufqu'à la fin du Regne de Louis
XIV. 65 Roi. Cette Hiftoire renferme l'origine
du nom François , le commencement de la Monarchie
, la naiffance du Chriftianifme dans la
Monarchie , le nombre de Rois de la premiere ,
deuxième & troifiéme Race , & le tems de leurs
durées jufqu'à prefent , avec les Conquêtes & évenemens
mémorables pendant le Regne de Louis
le Grand , détaillés par jours , mois & années ;
enfuite la maladie , les dernieres paroles & la
mort de ce grand Roi , en huit colonnes dans
une Bordure enrichie des Portraits des Rois de
France , & d'Emblêmes de leurs Regnes en Taille
douce.
III . Feuille. Grands & premiers Officiers Militaires
de France qui ont été nommés & gradués
par les Rois depuis le tems de leurs créations &
& inftitutions jufqu'à préfent , fous quels Rois ,
& en quelles années ils ont fervi , diftribués en
dix grandes colonnes.
L
avec-
IV. Feuille . Vue & Perfpective de la Ville de
Paris , Capitale du Royaume , du côté du Pont
Royal les Armes de la Ville au-deffus ,
cette Infcription : Prona fides Principis Urbium.
La defcription abregée de Paris , avec les noms
des Officiers du Gouvernement ; d'un côté eft
la Chronologie des Rois de France & les années
de leurs Regnes , depuis Pharamond , premier
Roi , jufqu'à Louis XV. 66e Roi , & de l'autre
la tige & la Génealogie de la Maifon Royale de
II. Vol. Bourbon ,
2906 MERCURE DE FRANCE
1
Bourbon , depuis Louis de Bourbon , Comte de
Clermont , Petit- Fils de S. Louis IX . 44 Roi ,
jufqu'à Henri IV . Roi de France & de Navarre,
avec les alliances. Enfuite la Maifon du Roi &
fon origine , compofée de huit Compagnies de
la Garde à Cheval & d'une Compagnie de Grenadiers
à Cheval , avec l'Etat Major de la Cour,
ornée aux côtés du Titre de Trophés ancien &
moderne , en Taille -douce , ainfi que les Unifor
mes , Etendarts & Armures d'ordonnance ; ces
premieres Troupes font détaillées fuivant leurs
rangs , & partagées en 15. colonnes fur neuf
lignes , depuis leurs créations jufqu'au 15. Fevrier
1730. avec le nombre des Officiers , des
Ecuyers & Maîtres qui les compofent.
V. Feuille. Vue & Perfpective de Verſailles , du
côté de la grande Place d'Armes , on y voit l'entrée
du Roi dans la premiere Cour , les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes fous les armes
l'Ecu de France aîlé au - deffus , avec cette Infcription
: Regia Solis , & au deffous la Defcription
abregée de la Ville & Château Royal de
Verfailles & les noms des Officiers du Gouvernement
; d'un côté font les Génealogies & Alliances
de la premiere , deuxième & troifiéme
Branche de la Maiſon Royale de Bourbon , & de
l'autre les Génealogies & Alliances de la quatriéme
& cinquième Branche , dont font iffus depuis
Henri IV. les Rois de France , Philippe V.
Roi d'Espagne , & les Maifons d'Orleans , de
Condé & de Conti.
Enfuite la Gendarmerie & fon origine , compofée
de quatre Compagnies de Gendarmes du
Roi , de fix Compagnies de Gendarmes & de fix
Compagnies de Chevaux-Legers des Princes, avec
l'Etat Major , ornée aux côtés du Titre de Trophées
anciens & modernes , ainfi que leurs Uni-
11. Vel.
formes,
DECEMBRE . 1730. 2907
formes , Etendarts & Armures d'ordonnance . Ces
Compagnies qui marchent après la Maifon du
Roi font détaillées fuivant leurs rangs , & partagées
en 15. colonnes fur feize lignes , depuis
leurs créations juſqu'au 15. Fevrier 1730. avec
le nombre des Officiers.
VI. Feuille. Infanterie Françoife & Etrangere ,
fon origine , fous quel Roi , & en quelle année
elle a été regimentée avec les Etats Majors , ornée
aux côtés du Titre de Trophées anciens & modernes
; enfuite font les noms des Colonels Géneraux
de l'Infanterie Françoife & Etrangere ,
des Suiffes & Grifons au 15. Fevrier 1730. - lacréation
de fes Charges & le tems de leur nomination.
Au deffous font les noms , qualités &
grades des Directeurs & Infpecteurs Géneraux
de l'Infanterie , avec leurs créations , nominations
& départemens. Cette Infanterie eft compofée
de cent Régimens François & de vingt Régimens
Etrangers , à commencer par les Gardes
Françoifes & les Gardes Suiffes , qui font partie
de la Maifon du Roi , & marchent à la tête de
toute l'Infanterie de France , par le Reglement
de Louis XIV . & enfuite de Picardie , Piemier
Régiment &c. détaillés fuivant leurs rangs,
avec leurs Drapeaux , Uniformes & armures
d'ordonnance , & partagées en trois grandes colonnes
, qui comprennent 15. colonnes chacune
fur dix-fept lignes
VII. Feuille. Suite de l'Infanterie Françoiſe
& Etrangere , compriſe dans 3. grandes colonnes,
qui forment quinze colonnes chacune , ſur 23.
Tignes , détaillée comme ci - deffus , & au bas le
nombre géneral des Officiers , celui des Régimens
fur pied , des Cadets , Sergens , Soldats ,
Tambours & Fifres qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre géneral
11, Vol.
de
2908 MERCURE DE FRANCE
de leurs Drapeaux , Colonels & armures d'or
donnance jufqu'au 15. Fevrier 1730.
VIII. Feuille. Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere & fon origine , fous quel Roí , &
quelle année elle a été régimentée avec les
Etats Majors , ornêe aux côtez du titre de Trophées
ancien & moderne , les noms des Cololonels
, Meftre de Camp & Commiffaires Geneneraux
de la Cavalerie ; au 15. Février 1730. là
création de fes Charges & le tems de leur nominations
; au-deffous les noms , qualitez & Grades
des Directeurs & Infpecteurs Generaux de la Cavalerie
, avec leurs créations , nominations &
départemens ; cette Cavalerie eft compofée de 54.
Régimens François , à commencer par celui du
Colonel General , premier Régiment, &c. y compris
le Régiment Royal de Carabiniers , & de 5 .
Régimens étrangers , compris les deux Régimens
d'Huffarts , détaillez fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, & partagées en 3. grandes Colonnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur trente
lignes.
IX. Feuille , fuite de la Cavalerie Legere Françoife
& Etrangere , détaillée comme cy- deffus
& au bas le nombre general des Officiers , celui
des Régimens fur pied , des Maréchaux des Logis
, des Brigadiers , Fouriers , Maîtres , Trompettes
& Timballiers qui les compofent , tant
François qu'Etrangers , avec le nombre general
de leurs Etendarts , juſques & compris l'Ordonnance
du Roi du 30. Mars 1730.
en
Dragons & leur origine , fous quel Roi ,
quelle année ils ont été régimentez , avec les Etats
Majors ; ornée aux côtez du titre de Trophée
ancien & moderne , enfuite font les noms des
Colonels & Meftres de Camp generaux des Dra-
2
II. Vol gons
DECEMBRE. 1730. 2909
gons , au 15. Février 1730. la création de fes
Charges & le tems de leur nomination . Ces
Dragons font compofez de 15. Régimens , à
commencer par celui du Colonel General , premier
Régiment , &c. fuivant leurs rangs , avec
leurs Etendarts uniformes & Armures d'Ordonnance
, partagez en deux grandes Colomnes qui
comprennent 14. Colonnes chacune , fur 15. lidans
la 8 & 9e Feuille ; & au bas le nombre
general des Officiers , celui des Régimens fur
pied , des Maréchaux des Logis , des Brigadiers,
Fouriers , Dragons & Tambours qui les compofent
, avec le nombre general de leurs Etendarts ,
jufqu'au 15. Février 1730 .
gnes ,
Troupes formées en Compagnies , Bataillons ,
Efcadrons & Brigades , au nombre de 822. Compagnies
& un quart de Compagnie , tant François
qu'Etrangers , avec les Etats - Majors , qui
font , la Compagnie des cent Gardes Suiffes ordinaires
du Corps du Roi ; celle des Gardes de la
Porte ; celle des Gardes de la Prévôté de l'Hôtel ;
les deux Compagnies des Cadets Gentilhommes ;
les Compagnies de l'Hôtel Royal des Officiers &
Soldats Invalides ; celles des Soldats de Milices ;
les Compagnies Franches & de Partifans ; celle
de la Connétablie de France ; & les Compagnies
des Maréchauffées duRoyaume, qui font Militaires
depuis l'Ordonnance du Roi de 1720. détaillez
depuis leurs créations jufqu'au 15. Février 1739.
ornée aux côtez du titre de Trophée ancien &
moderne , ainfi que leurs Drapeaux , Etendarts
uniformes & Armures d'Ordonnance ; avec le
nombre general d'Officiers & d'hommes qu'elles
compofent.
Dixiéme Feuille . Maréchaux de France , vivans
au 15 Février 1730. ornée aux côtez du titre des
Bâtons des Maréchaux de France , & des Bâtons
11. Vel.
de
2910 MERCURE DE FRANCE
de Commandans ; leur origine & dates de leurs
Promotions , avec celles de leurs Receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy ; les noms , &
qualitez des Gouverneurs & Lieutenans Generaux
des Provinces du Royaume & leur origine ; les
années de leurs nominations & receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy , la fuite des Chevaliers
des Ordres du Roy & dattes de leurs receptions
, le nombre general des Gouverneurs
Lieutenans de Roy , Commandans , Majors ,
Aydes- Majors & Capitaines des Portes, des Etats
Majors des Villes principales & Places de Guerre
du Royaume.
A droite , font les Officiers Generaux des Armées
, vivans au 15 Février 1730. qui comprennent
les noms & qualitez des Lieutenans Generaux
& des Maréchaux de Camp; leurs créations,
dattes de leurs nominations & leurs receptions de
Chevaliers des Ordres du Roy. De l'autre côté ,
font les noms & qualitez des Brigadiers des Armées
du Roy , vivans au 15 Février 1730 .
de
l'Infanterie , de la Cavalerie , & des Dragons ,
avec leurs créations , dattes de leurs nominations
& receptions de Chevaliers des Ordres du Roy.
Enfuite font les noms & qualitez des Maréchaux
Generaux des Logis , des Camps & Armées du
Roy , du Major General de l'Infanterie, du Maréchal
general, & des deux Maréchaux des Logis
de la Cavalerie , avec leurs créations & nominations.
Au bas eft le commencement des Batailles
mémorables que les François ont gagnées ,
depuis la Fondation de la Monarchie,depuis Tolbiac
, en 496. jufqu'en 1485. fous quels Rois &
en quelles années , reprefentées en fept Tableaux.
Onziéme feuille. Commencement de l'Hiftoire
abregée de Louis XV. 66 Roy , avec les prin-
>
II. Vol
cipaux
DECEMBRE. 1730. 2911
cipaux évenemens arrivez depuis la naiffance de
Sa Majefté , juſqu'au 15 Février 1730. Vingtiéme
année accomplie de Sa Majefté , ornée de
Portiques Royaux , & cette devife : Dulce & decorum,
reprefentée en taille douce par la Maffuë
d'Hercule , debout ; entrelaffée de branches d'Olivier
& de Laurier. Au deffous font les armes du
Duc d'Orleans , premier Prince du Sang, Grand
Maître de l'Ordre Royal, Militaire & Hofpitalier
de Notre-Dame du Mont Carmel & de S. Lazare
de Jerufalem ; fa nomination par le Roy , Protecteur
& Fondateur de l'Ordre , & la devife :
Dieu, & mon Roy. L'origine & la Defcription
de l'Ordre de S. Lazare , & de celui de Notre-
Dame du Mont- Carmel , réuni par Henri IV.
Au côté droit et l'Artillerie de France , avec
fes Attributs , les Armes du Duc du Maine, Prince
du Sang , Grand Maître & Capitaine general ,
avec fa nomination par Louis XIV . & cette Devife
: Ratio ultima Regum. Les Principaux Officiers
de l'Artillerie nommez , depuis fon origine
jufqu'au 15 Février 1730. Au bas , le Corps
des Off..Ingén.du Roy,& fon origine ordinaire ;
détaillez fous les ordres du Marquis d'Asfeld ,
Directeur general des Fortifications de France ,
&c. De l'autre côté , la dignité de Miniſtre & Sécretaire
d'Etat de la Guerre , la création de cette
Charge , les noms , & années des nominations
dés Intendans , Commiffaires du Roy , départis
dans les Généralitez du Royaume , les Capitaines
, Prevots , Grands - Baillifs & Sénéchaux
d'Epée , qui commandent la Nobleſſe de France ,
& leur origine , avec leurs Lieutenans d'Epée ,
dans les Pays & Généralitez où ils réfident ; les
noms des Commiflaires ordinaires , Provinciaux
des Guerres , dans les départemens du Royaume,
& leur création.Au deffous font tous les Officiers
11. Vol. G Prin2912
MERCURE DE FRANCE
Principaux en charge & par commiffion , tant
d'Epée , que de Finances , attachez au Militaire ,
fuivant leurs créations , départemens & années
d'exercice. Au bas eft la fuite des Batailles mémorables
que les François ont gagnées depuis
1488. jufqu'en 1645 , fous quels Rois & en quelles
années , en fept Tableaux .
Douziéme Feuille. Récapitulation generale des
Officiers & des Troupes , ornée aux côtez de
Trophées & d'attributs militaires ; fçavoir , les
nombres generaux des Officiers de la Maifon du
Roy, de la Gendarmerie , des Colonels , Meftres
de Camp , Lieutenans Colonels , Commandans ,
Majors , Aydes- Majors , Capitaines , Lieutenans
& Officiers fubalternes de toutes les Troupes dų
Roy , en pied , regimentées, & formées en Compagnie
, avec leur montant general,tant François
qu'Etrangers.
Les nombres generaux des Brigadiers d'armée,
Meftres de Camp , Lieutenans Colonels, Majors ,
Capitaines & Lieutenans Réformez , tant à la fuite
de l'Infanterie , de la Cavalerie Françoise &
Etrangere , que des Dragons ; à la fuite des Places
de Guerre , & formez par Brigades fur les
Frontiéres ; ainfi que les Officiers retirez dans
les Provinces , par leurs anciens fervices ; avec
leur montant general, tant François qu'Etrangers,
Au côté droit , font les Récompenfes honorables
; reprefentées. par la Vertu , jointe aux attri
buts militaires , en forme de Trophée; les Ordres
du Roy , avec cette Devile : Honori non prada ,
au deffous font les Defcriptions des premiers
Ordres de S. Michel , & du S. Efprit , depuis
leurs inftitutions jufqu'à préfent.De l'autre côté,
font les Récompenfes Militaires , l'Ordre Royal
des Chevaliers de S. Louis , reprefenté par la vûë
de l'Hôtel Royal des Invalides, avec cette devife !
Beili II. Vol.
DECEMBRE 1730. 2913
Bellica Præmium Virtutis . Son établiſſement par
LOUIS XIV. jufqu'à prefent , &c. Au deffous
font les nombres generaux détaillez par rangs ,
des Ecuyers , Maîtres de la Maiſon du Roy , des
Maîtres de la Gendarmerie , des Soldats de l'In,
fanterie , des Maîtres de la Cavalerie , François
& Etrangers , & des Dragons , diftinguez par
colonnes , avec le nombre general des Bataillons
& d'Eſcadrons de chaque Corps de Troupes, formées
en Compagnies & en Regimens fur pied ,
le 15 Février 1730. Et au bas , le montant general
des Troupes de Terre , tirées complettes ,
fuivant la derniere Ordonnance du Roy, du 10
Decembre 1727.qui regle le payement des Troupes
de Sa Majefté; au côté droit eft l'étimologic
du mot d'Infanterie , fon origine & changement,
fucceffivement jufqu'à prefent ; l'origine de la
Maifon du Roy , & des premiers Gardes de la
Perfonne Sacrée des Rois ; de la premiere Gendarmerie
, de la premiere Cavalerie legere & des
premiers Dragons de France. Au deffous eft la
Notice des Ordonnances Royales & Militaires &
des Ecrivains que l'Auteur de cette compilation
a confultez , avec la datte des Editions de leurs
ouvrages. Et au côté gauche , des Obfervations
abrégées pour la Regle & la Difcipline des Troupes
, extraites de l'Ordonnance du Roy de 1727.
Au bas de cette derniere feuille , eft la fuite des
Batailles mémorables, gagnées par les François,
depuis 1645.jufqu'en 1712.de la derniere Guerre,
qui font terminées par le vrai caractere & qualitez
que doit avoir un parfait homme de Guerre ;
reprefentées en fept Tableaux.
La Bordure de cette Carte a fept pouces de
large ; dans tout fon contour , elle renferme 110
Plants,avec les Deſcriptions aux côtez & le nombre
d'Officiers des Etats Majors complets & non
11. Vol.
Gij coms
2914 MERCURE
DE FRCEAN
complets , de chacune des principales Places de
Guerre & Maritimes du Royaume,diftinguez par
départemens & gouvernemens generaux des Provinces,
avec leurs diftances de Paris , & de l'une à
l'autre ; fçavoir , de Picardie , Artois , Flandres ,
Haynault ,Champagne,des Trois - Evêchez, Alface,
Franche-Comté , Bourgogne , Dauphiné , Provence
, Languedoc , Rouffillon , Béarne & Bifcaye,
Guyenne, Pays d'Aunis, Bretagne & Normandie
, le tout exécutez en Taille douce ; ornées
de Fleurs de Lys, de Palmes , & de Lauriers ;
le milieu de la Bordure de la droite renferme la
Defcription hiftorique du Royaume de France
fondé l'an 420. & le milieu de la gauche , la Deſcription
hiftorique du Royaume du Pologne ,
fondé l'an 550. Le milieu du bas de cette Bordure
eft enrichi des Chifres Royaux ,couronnez des armes
de la Reine & du Dauphin,toujours en taille
douce;& les coins font fermez par la Repréſentation
des quatre Principaux vents , avec Trompettes
& Banderolles de France & de Navarre
en forme de Renommée.
?
Pour la facilité de l'ufage & de la vente de cette
Carte , à un prix raifonnable , on la mettra dans
toute fon étendue,fur Gorges, elle aura fept pieds
en quarré , compris fa Bordure ; laquelle contiendra
dix - neuf demie- feuilles de papier grand
de 22 Aigle , affemblées par ordre militaire ,
pouces fur 16 pouces de haut chaque feuille , elle
pourra fe mettre dans une place proportionnée
à cette étendue.
Pour la facilité & la portée de la vûë, la Carte
fera féparée en deux parties,montées fur Gorges,
par moitié , confervant toujours fa même largeur
, réduite à trois pieds & demi de hauteur ,
que pourra placer de bout en bout
a vis, dans une Salle ou Galerie, &
l'on
pour
3 ou visla
com-
II. Vol
moDECEMBRE.
1730. 2915
modité du Cabinet, des Bibliotheques & du tranf
port ; cette Carte ſera réduite & formée en livre
de dix-neuf feuilles ou Planches entieres , numérotées
, de la même hauteur & largeur que les
feuilles cy-deffus expliquées, attachées à onglets ,
& couvert d'un papier marbré ; grand in folio ,
que
l'on pourra
faire relier, non compris la feuille
d'Avertiffement qui y fera jointe, pour trouver
& joindre enfemble facilement les differens fujets
de cet Ouvrage , aifez à fatisfaire la connoiffance
de l'Hiftoire & du Militaire.
L'Auteur ſe promet , par fon extrême diligence
, de pouvoir faire achever la gravure & l'impreffion
dans le courant de l'année prochaine
1731. Et quant aux differents changemens
& mutations du Militaire arrivez depuis
l'Epoque de cette Carte , du 'IS Fév. 1730
& qui arriveront juſqu'au 15 Fév. 1731. l'Auteur
donnera alors un petit Livret imprimé, fous
le titre de Supplément aux Explications Militai
res , qu'il continuera de donner à peu de frais ,
d'année en année , le même jour 15 Février, pour
fuppléer & foutenir l'état préfent, en tous temps,
de la Carte generale de la Monarchie & du Militaire
de France , tant ancien que moderne , en
vertu de fon Privilége.
Le fieur Lemau Delajaiffe Auteur & Inventeur
, ancien Officier de la Maiſon d'Orleans , &
dans l'Ordre de S. Lazare , loge à Paris , ruë
près la Fontaine de Richelieu , où il fera voir
l'Original de cet Ouvrage.
Fermer
Résumé : Description abregée de la Carte generale & historique de la Monarchie & du Militaire de France, &c. [titre d'après la table]
Le document 'Description abrégée de la Carte Générale & Historique, de la Monarchie & du Militaire de France' est dédié au roi et présenté à Sa Majesté à Marli le 17 février 1730. Il se compose de plusieurs feuilles détaillant divers aspects historiques et militaires de la France. La première feuille présente un soleil symbolisant la France, entouré de cornes d'abondance et du pavillon royal. Elle inclut les armoiries de France et de Navarre, ainsi que des devises historiques. Des figures allégoriques comme Minerve, la Renommée et l'Histoire y sont représentées, entourées des portraits des rois Henri IV et Louis XIV. La deuxième feuille offre un abrégé de la vie des rois de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XIV, incluant l'origine du nom français et la naissance du christianisme dans la monarchie. La troisième feuille liste les grands officiers militaires de France depuis la création de leurs charges jusqu'en 1730, précisant les rois sous lesquels ils ont servi. La quatrième feuille présente une vue de Paris avec les armoiries de la ville et une chronologie des rois de France, ainsi que la généalogie de la maison royale de Bourbon. La cinquième feuille montre une perspective de Versailles, avec les généalogies des branches de la maison royale de Bourbon et une description de la gendarmerie. Les feuilles suivantes détaillent les différentes branches des forces armées françaises : l'infanterie française et étrangère, la cavalerie légère, les dragons, et les troupes formées en compagnies, bataillons, escadrons et brigades. Chaque feuille précise les origines, les créations des charges et les nominations des officiers. La dixième feuille liste les maréchaux de France en vie au 15 février 1730, ainsi que les officiers généraux des armées, les brigadiers et les maréchaux généraux des logis. Elle mentionne également les batailles mémorables gagnées par les Français depuis la fondation de la monarchie. La onzième feuille commence l'histoire abrégée de Louis XV, avec les principaux événements survenus depuis sa naissance jusqu'en 1730, et inclut des informations sur l'ordre de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel. Le document décrit également une carte détaillée des forces militaires françaises et de l'organisation administrative du royaume en décembre 1730. Elle inclut les attributs et armes du Duc du Maine, nommé par Louis XIV, ainsi que les principaux officiers de l'artillerie de 1730. La carte répertorie les dignitaires militaires, les intendants, commissaires du roi, capitaines, prévôts, grands-baillifs et sénéchaux d'épée, ainsi que leurs lieutenants. Elle détaille les batailles mémorables gagnées par les Français de 1488 à 1645 et de 1645 à 1712. La carte présente les récompenses honorifiques et militaires, telles que les ordres de Saint-Michel, du Saint-Esprit et de Saint-Louis, ainsi que les descriptions des troupes, des officiers et des bataillons. Elle inclut également des observations sur la discipline militaire et des notices historiques sur les ordonnances royales. La bordure de la carte contient des descriptions historiques du royaume de France et de la Pologne, ainsi que des armoiries royales. La carte est conçue pour être vendue en plusieurs formats, facilitant son usage et son transport. L'auteur, le sieur Lemau Delajaiffe, promet de publier des suppléments annuels pour mettre à jour les informations militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 21-46
LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
Début :
C'Est une chose très-loüable, Monsieur, que dans chaque [...]
Mots clefs :
Sainte Cécile, Musique, Musiciens, Église, Fête, Instruments de musique, Orgue, Mélodie, Chantres, Patrone des musiciens, Royaume, Choeur, Profession, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
LETTRE de M*** à M. H. Chanoine
de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix
que les Musiciens ont fait de Ste Cecile
pour leur Patronne.
'Est chose très -loüable , MonCsieur , que dans chaque Profession
il y ait un saint Patron dont on se propose d'imiter les vertus en même temps
qu'on se porte à célébrer sa Fête. Mais
yous m'avouerez que souvent il est arrivé
que
22 MERCURE DE FRANCE
que les Particuliers desquels ce choix a
dépendu , n'ont pas été heureux dans
celui qu'ils ont fait. Je m'amusai , il y a
plus de vingt ans , à parcourir un Calendrier qui s'imprimoit à Paris , chez Louis
Josse , sous le nom d'Almanach spirituel :
Je trouvai qu'il y avoit bien des refléxions à faire sur les raisons qui ont pû
fixer certains choix qui paroissent avoir
été faits d'une maniere assès burlesque
et je ne craindrois point d'être désaprouvé par ceux qui composent les Confreries:
dont le saint Patron est mal choisi , si
j'osois entrer dans le détail de quelquesuns.
Il est vrai que toutes les Professions ,
Arts , et Etats n'ont pas le bonheur d'avoir des Saints qui ayent exercé ces Professions ; ou si des gens de bien les ont
exercées , ils n'ont pas ей , pour cela , la
gloire d'être canonizez. Il n'est pas de:
tous les Etats comme de celui des Medecins , qui , outre un S. Luc , ont encore
S. Côme et S. Damien. Il est des Artisans
de bien des especes : et tous n'ont pas l'avantage d'avoir comme les Orfévres
un Personnage qui se soit sanctifié dès le
temps auquel il exerçoit ce métier , comme a fait un S. Eloy. Mais il faut aussi
avouer qu'il y a des Etats et des Profes-
>
sions
1
JANVIER 1732: 2:3
و
sions qui ont fourni des Saints , ausquels .
cependant on ne pense pas davantage que
s'ils n'étoient jamais venus au monde ,.
des Saints dont il y auroit d'excellentes:
choses à dire en Chaire pour l'instruction:
des gens du même état si le choix du
Patron étoit fait avec un peu plus d'attention et de discernement. Qui empêcheroit , par exemple , les Marchands de
prendre pour Patron un S. Homebon
Marchand de la Ville de Cremone , les:
Laboureurs , un S. Isidore , qui a été Laboureur en Espagne , et les Vignerons ,
un S. Antonin de Sorrente en Italie
qui planta de ses propres mains une Vigne dont le Vin étoit si délicieux , qu'on
n'en présentoit point d'autre à tous les
Princes et grands Seigneurs qui passoient:
dans ce Pays-là.
"
و
Tout ce que j'ay dit jusqu'icy , Mon--
sieur , n'est que pour en venir à une Profession qui est très- remarquable dans nos
Eglises c'est, celle des Musiciens. Tant
de Saints ont chanté , comme eux , en Public les louanges du Seigneur , que le
nombre en est inexprimable. Il y a eû
aussi des Saints qui ont écrit sur le Chant
Ecclésiastique , d'autres qui ont sçû jouer
des Instrumens. Les uns ont perfectionné
le Chant ou la Musique dans la Specula- tion:
24 MERCURE DE FRANCE
tion : les autres y ont donné de nouveaux
accroissemens dans la Pratique. Tel Saint
fabriquoit lui-même des Instrumens de
Musique ; tel'autre donnoit des Regles
pour s'en servir. N'est-ce pas là ce que
font les Musiciens de nos jours ?
La chose étant ainsi , ils devoient donc
choisir pour leur Patron un Saint de quelqu'unes des especes que je viens d'indiquer. Mais au lieu de prendre ce party ,
et de se fonder sur une Histoire bien averée , ils se sont arrêtés à une Legende telle
qu'elle , et ils ont été déterminez à l'occasion d'un mot unique , dont ils n'ont
pas pris la peine de se donner l'intelligence. S'il est vrai que ce choix est proportionné aux lumieres qu'on avoit il y a
cent ou six-vingt ans , il ne s'ensuit pas
de là qu'il doive toujours subsister.
7
ya:
On ne peutgueres douter que les Musi--
ciens et les Chantres inferieurs des Eglises
Canoniales n'ayent été portez à se choisir
un jour de Fête , lorsqu'ils ont vû que
les autres Professions en avoient. Il y eut
untemps , comme tout le monde le sçait,
que les Prêtres (a) avoient pour Fête Patronale le jour de S. Jean l'Evangeliste
les Diacres le jour de S. Etienne , les Soû-
(a) Quelques Personnes assurent que dans les plus bas siécles les Prêtres ont choisi la Transfiguration
pour leur Fête Patronale.
diacres
JANVIER 173.2. 2*
diacres un autre jour voisin de la Fête de
Noël. Le reste du chœur se joignit appa
remment à ces derniers. Mais depuis qu'on
eût déclaré dans le XV. siécle une Guerre
ouverte à cette Fête du bas-Chœur , il y
eut du partage dans le choix du jour qui
passeroit pour la solemnité patronale. En
certains Pays on s'arrêta à S. Gregoire ,
Pape , en l'honneur duquel on trouvoit un Office propre tout noté dans les anciens Antiphoniers. En d'autres où l'on
ne pût goûter le choix de la S. Gregoire ,
parce qu'elle tombe en Carême , on choisit les 7. Freres Martyrs , Enfans de Ste
Felicité , par une raison assez frivole. (a)-
Quoiqu'il en soit , il n'y a gueres plus
de cent ans que les Musiciens , ou Chantres gagèz étoient partagez selon les Pays,
sur le choix de leur Fête Patronale , et
qu'ils reconnoissoient differensSaints pour
leurs Patrons. Dans la Flandre , où la Mu
sique a fleuri plus qu'en certaines autres
Provinces du Royaume , l'on ne connoissoit point encore Sainte Cecile pour Protectrice des Musiciens , il y a cent- cinquante ans. Si elle avoit été représentée
comme telle , et avec un Jeu d'Orgues ,
vers l'an 1580 , Molanus , célebre Doc
teur de Louvain , qui marqua dans le Li-
(4) Auxerre.
VIQ
26 MERCURE DE FRANCE
vre qu'il fit imprimer alors sur les Images , toutes les figures symboliques qu'on
ajoutoit aux Statuës des Saints , n'auroit
pas oublié Sainte Cecile ; cependant il ne dit pas un seul mot de cette Sainte : ce
qui est une marque qu'il ne l'avoit encore vûe représentée en aucun endroit.
Je mecrois donc assès fondé pour avan
cer que ce n'est que depuis un Siecle , ou ,
un peu plus , que les Musiciens se sont
réunis à choisir cette Sainse pour leur Patrone. L'Office propre qu'on chantoit
presque par tout en son honneur depuis
plusieurs siecles , aura gagné alors leurs
suffrages , et les aura déterminé à ce choix.
Ceux d'aujourd'huy croyent qu'il a été
fait avec tant de maturité et de déliberation par leurs Prédecesseurs , qu'il est
difficile de les en faire revenir. L'habi
tude dans laquelle ils sont , de voir Sain
te Cecile représentée avec un Jeu d'Or
gues , fait qu'iis continuent de croire
qu'elle étoit de la Profession , ou au moins
qu'elle aimoit les Instrumens musicaux
cependant , à considerer les choses dans
leur origine , on reconnoîtra que ce Jeu
d'Orgues n'a été ajoûté aux figures de
cette Sainte , que depuis que les Musiciens se sont mis sous sa protection. C'est
ainsi qu'ils prennent l'effet pour la cause
et la cause l'effet.. pour Je
JANVIER 1732. 27
Je ne vous diray pas en quelles Provinces ce choix a d'abord été fait. Il y a
apparence que c'est en Italie. Les honneurs qu'on prétend rendre à Sainte Cecile par la Musique , y sont même poussez jusqu'à un point qui pourra vous réjouir. Dans une Ville de cette vaste partie de l'Europe , l'une des Eglises Paroissiales porte le nom de Sainte Cecile. Le
Clergé n'en est pas fort nombreux , par
ce qu'il y a dans la même Ville cinquante-cinq autres Paroisses, Une Personne
grave qui m'a honoré de son amitié dans
sa vieillesse , m'a dit qu'elle entra dans
cette Eglise l'an 1669. à son retour de
Rome : c'étoit un Dimanche au soir !
Elle y trouva le Curé qui disoit Vêpres.
tout seul : mais le son de sa voix étoit
admirablement secondé par un grand
nombre de petits Oiseaux qui faisoient
dans la Tribune des Orgues un gazoüillement très agréable. S'étant informé de
Forigine de cette Musique , on lui dit
que ces Oiseaux étoient nourris là comme
dans une Voliere , où ils faisoient un con--
cert jour et nuit pour honorer Sainte Cecile , et que la Paroisse n'ayant pas assès.
de revenu pour y faire chanter l'Office
excepté le jour de la Fête Patronale , on
se contentoit durant le reste de l'année
·
des
28 MERCURE DE FRANCE
des services de ces petits Musiciens. Vous
pouvez croire qu'en dédommagement , il
n'y a rien d'épargné le 22 Novembre
et que tous les Enfans de Sainte Cecile.
tiennent à honneur de se réunir ce jour- là.
dans ce lieu.
On est persuadé en Italie plus qu'ailleurs , de la verité de tout ce que les
Legendes du Beviaire renferment ; et Tes
Musiciens qui ne se picquent pas d'être
grands Critiques en fait d'Histoire , s'en
rapportent volontiers à la croïance de ceux
qui les ont éleveż . Soit que ce soit en Italie, ou dans les ProvincesMeridionnales de
la France que le choix ait été fait d'abord
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens , il est constant qu'il est très - mak
fait. Je ne songeois à rien moins qu'à vous
prier de rendre publique cette Lettre lorsque l'on m'a fait voir une Lettre circulaire , imprimée en forme d'Affiche de la.
part du Maître de Musique de l'Eglise
Cathédrale du Mans , par laquelle tous
les Musiciens du Royaume sont invitez.
àmettre en Musique les paroles jointes à
cette Lettre, destinées à servir de Motet
à la Messe solemnelle de la Fête de Sainte
Cecile. Et comme si le sujet étoit le plus
heureux du monde , on y ajoûte les mêmes clauses et conditions qui sont ordi- nairement
JANVIER 1732. 29
,
nairement proposées pour les Pieces d'Eloquence ou de Poësie qui subissent l'éxamen de differentes Académies , établies
dans le Royaume et qui sont honorées
d'un prix de conséquence. La Piece Mu- sicale sera examinée : ( on ne dit pas par
qui:) et celle qui sera trouvée la meilleure dans le genre de Musique qu'on demande , sera chantée préferablement aux
autres dans l'Eglise du Mans , et l'Auteur
sera récompensé d'une Croix d'or. J'ay
appris aussi que dans l'Eglise d'Evreux ,
et dans les autres de Normandie on a fait
dans le siécle dernier quelque chose de
semblable ; au moins on en produit des
Programmes ou Avis imprimez en 1667.
et 1668. Et encore de nos jours a Evreux,
lorsqu'il arrive qu'un Maître de Musique
qui a du renom , s'y rend au 22 Novembre , pour faire chanter une Musique de
sa façon à la Fête de Sainte Cecile , on lui
fait present d'une Médaille d'argent , qui
représente d'un côté l'image de cette Ste.
et de l'autre les Armes du Chapitre.
que
Sainte Cecile étant ainsi devenue le sujet des Chef- d'œuvres de Musique , on ne peut pas attendre l'effet du maumais choix se manifeste plus évidemment,
et il paroît que le temps est venu de combattre le fondement de ce choix.
Comme
30 MERCURE DE FRANCE
,
Comme toutes choses sont sujettes à
vicissitude sur la terre et que tous les
jours on avance dans la connoissance de
l'Histoire on a découvert que le choix
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens n'est appuyé que sur un fondement
ruineux , c'est-à- dire,sur des Auteurs qui
attribuent à cette Sainte des faits qu'il
leur a plû d'imaginer pieusement , ou sur
un texte historique mal entendu , et pris
àcontre-sens , en cas qu'il soit veritable ;
et c'est ce qu'il est besoin de développer.
Que disent sur la Legende de cette Sainge
les Historiens réconnus pour les plus éclairez de nos jours ? M. de Tillemont (1) déque les contradictions qui se trou- cla
dans
ses
Actes
, en
donnant
une
idée
vent
assès désavantageuse , qu'ils ne sont composez que de Miracles extraordinaires ,
et d'autres choses qui ont peu d'apparence
de verité que , quoiqu'ils soient assès
anciens pour avoir été vûs par le vénérable Bede , il ne croit pas , cependant ,
qu'il y ait moyen de les soutenir. Le Pere
Garnier , Jesuite , dont on a quelques ouvrages sur l'antiquité Ecclésiastique , qui
sont fort estimez , combat ces Actes pat
l'endroit du Prefet Almaque , dont ils
font mention , outre plusieurs autres fau
(1)Tom. III. Hist. Eccl. p. 689.
tes
JANVIER 1732. 31
4
›
tes dont il reconnoit qu'ils sont pleins
M. Baillet (1 ) assure qu'ils n'ont presque
aucune autorité , qu'ils sont difficiles à
soûtenir dans presque toutes leurs cirConstances soit pour les temps et les
dieux , soit pour les grands Discours et les
grands Miracles qu'ils contiennent. Il est
Vrai que dans un autre endroit ( 2 ) il dit
que ces Actes n'ont rien de choquant ou
de scandaleux dans ce qu'ils ont d'incroyable mais il ajoûte aussi- tôt qu'ils
n'ont rien d'authentique dans ce qu'ils
paroissent avoir de plus noble. Le Public
peut croire par avance , que le jugement
des sçavans Bollandistes ne se trouvera pas
beaucoup different lorsque le temps sera
venu qu'ils seront obligez de s'expliquer on peut même , sans trop hazarder , conclurre de ce que leurs Prédéces
seurs ont dit au 14 Avril , sur S. Valerien
et S. Tiburce , et au 25 Mai , sur S. Urbain , que ceux de leurs Confreres à qui
il appartiendra , de traiter les Saints du
22 Novembre , ne s'éloigneront pas extrêmement de ce qu'a dit le Pere Garnier ,
et même il peut se faire qu'avec le temps
il leur vienne de nouvelles lumieres pour
impugner encore plus fortement les Actes
(1)Table critique du 22 Nov.
>
(3) Au 22 Novembre
9
de
2 MERCURE DE FRANCE
de Sainte Cecile , et les faire abandonner generalement.
و
C'est donc le peu de fond qu'il y a à
faire sur cette piece , qui a porté les Evêques , qui ontfait réformer leurs Breviaires à en rétrancher cette Legende. Il y en
a qui n'ont assigné à Ste Cecile aucune
Leçon propre , et qui ont tout renvoyé
au commun ou l'ont réduit en simple
commemoration, comme on vient de faire
à Langres. D'autres ont permis qu'on inserât à Matines un Fragment du Sacramentaire de S. Gregoire , où il est dit simplement que Cecile a été fortifiée par la
grace de Dieu , de maniere que rien n'a
pû ébranler sa foy et sa vertu , ni le penchant de l'âge , ni les caresses du siecle ,
ni la foiblesse du sexe , ni la cruauté des
tourmens , cet Eloge n'ayant pû fournir
qu'une seule Leçon fort courte , c'est ce
qui a été cause que l'Office du 22 Novembre a été réduit à trois Leçons , dont deux
sont de la Sainte Ecriture. Par là toutes
les Antiennes et Répons propres qui
étoient dans les Antiphoniers precedens ,
ont été rejettez , et par conséquent l'AntienneCantantibusOrganis ôtée de l'Office.
Or comme il n'y avoit que cet endroit de
la prétendue Histoire de la Sainte , qui ,
après bien des siecles , avoit déterminé.
les
JANVIER 1732. 33
les Musiciens et Joueurs d'Instrumens à
la choisir pourPatrone ; il est bon de faire
quelques refléxions dessus , afin d'en montrer la foiblesse , et de faire voir que ,
quand même il seroit bien averé , il prou
veroit seulement qu'il y avoit autrefois
des Instrumens de Musique dans les nôces
chez les Romains , ce que personne ne
revoque en doute , et qui n'a nulle liaison
avec l'usage qu'on a fait de ce Texte.
:
Ce Texte dit donc simplement que Cecile fut promise à un jeune homme appellé Valerien que le jour des nôces étant
venu , elle parut vêtuë d'habits éclatans -
en or , par dessous lesquels elle portoit le
cilice que les Instrumens de Musique
faisoient retentir dans la Salle où étoit le
lit nuptial toutes sortes d'airs convenables
à une telle conjoncture ; mais que Cecile ,
sans y faire attention , ne s'appliquoit interieurement qu'à Dieu seul , à qui elle disoit du fond de son ame : » Seigneur, que
» mon cœur et mon corps soient conser-
» vez sans tâche , afin que je ne sois pas
» confondue. Cujus Dei ) vocem audiens
Cecilia Virgo clarissima absconditum semper
Evangelium Christi gerebat in pectore ..
Dominumfletibus exorans , ut virginitas ejus
ipso conservante inviolata permaneret. Hac
Valerianum quemdamjuvenem habebat spon
C SU
34 MERCURE DE FRANCE
sum : qui juvenis in amore virginis perur
gens animum diem constituit nuptiarum.
Cecilia verò subtus ad carnem cilicio induta , desuper auratis vestibus regebatur. Parentum verò tanta vis et sponsi circa illam
erat exæstuans , ut non posset amorem cordis
sui ostendere , et quod solum Christum diligeret indiciis evidentibus aperire. Quid multa ? Venit dies in quo thalamus collocatus est.
Et cantantibus organis , illa in corde suo soli
Domino decantabatidicens : Fiat cor meum et
corpus meum immaculatum , ut non confundar ; et biduanis ac triduanis jejuniis orans
commendabat Domino quod timebat. Invita
bat Angelos precibus , lachrymis interpellabat Apostolos , et sancta omnia Christo famulantia exorabat , ut suis eam déprecationibus adjuvarent suam Domino pudicitians
commendantem. (a)
Après avoir ainsi exposé l'endroit des
'Actes de Ste. Cecile , qui a déterminé le
choix des Joueurs d'Instrumens et des
Musiciens , je puis conclure hardiment
que cette Sainte n'a été choisie par eux
pour Patrone que parce qu'on lit que
forsqu'il fut question de la marier , il y
avoit des Instrumens àla Fête. De sorte
que , sans faire attention que l'Histoire
de cette Sainte , telle qu'elle est , la repré
(a) Je tire ce Texte d'un Manuscrit de 600 ans.
sente
JANVIER 1732. 5
2
sente comme mariée malgré elle , et comme ayant une répugnance marquée à entendre toute cette mélodie , et songeant
plutôt aux choses spirituelles , on la prend
pour la Protectrice des Symphonies et des
Concerts qui se font au moins avec autant
d'appareil que celui qui , selon les mêmes
Actes paroissoit lui être à charge. En
effet , le langage de l'Historien laisse
penser qu'il en étoit de la Musique à son
égard , comme des beaux habits dont elle
étoit parées et c'est avec raison qu'il prétend faire son Panegyrique , lorsqu'il dit
qu'elle n'avoit pas plus d'attache à l'un'
qu'à l'autre. Une legere attention sur ce contraste suffit , ce me semble › pour dé
tromper bien des gens , touchant la justesse prétendue du choix fait par les Mu
siciens. Ce n'étoit pas un Privilege particulier à Ste. Cecile , d'avoir des Joueurs
d'Instrumens à ses nôces : c'étoit la coûtume de son temps , comme ce l'est encore aujourd'huy. Il n'y a gueres de Saints
parmi ceux qui ont été mariez , qui ne
se soient peut-être trouvez dans de sem
blablescirconstances. Pourquoi donc choisir plutôt Sainte Cecile qu'une autre ?
Est-ce à cause que la Musique des Instrumens a paru lui déplaire , ou au moins nè
faire aucune impression sur ses sens ?
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
:
Je prévois bien , Monsieur , que mes
reflexions ne feront pas plaisir à un grand
nombre de Musiciens. Etant accoutumez
à juger de la verité et de l'antiquité des
choses , parce qu'ils en voyent de leurs
jours , ils diront que le choix de Ste. Ce-.
cile pour Patrone de leur Profession , ne
peut être que bon et ancien , puisqu'il est
si étendu, J'avoue qu'il n'est que trop
étendu mais aussi il faut convenir qu'il
a été fait dans un temps où l'on tenoit
pour véritables les Actes qui portent son
nom , et où l'on croyoit qu'un seul mot dans l'Office , pourvu qu'il eût rapport
à la Musiquede loin ou de près , directement ou indirectement , suffisoit pour se
fixer et s'arrêter. Dispensez - moy d'entrer
en explication de certaines autres Professions qui n'ont pas été plus heureuses , cr
de vous citer l'origine du choix d'un
grand nombre deConfreries. Après tout ,
quoique les Actes de Sainte Cecile soient
faux , la Sainte n'en est pas moins réelle
et veritable. Quoiqu'on ne sçache point
même en quel Pays elle a été martyrisée ,
et qu'il soit incertain si c'est à Rome ou
dans la Sicile , il n'en est pas moins constant que cette Sainte est une veritable
Martyre. Et puisque son nom est dans le
Canon de la Messe il en faut conclure
qu'elle
JANVIER 1732. 3
qu'elle est une des plus anciennes Martyres de l'Eglise Romaine. C'est tout ce
qui peut faire son Eloge , sans que pour
cela la Musique doive s'y interesser plus
qu'à une autre Sainte , par les raisons peremptoires que j'ai apportées.
En abandonnant le choix qui a été fait
si mal- à-propos dans ces derniers temps ,
il est nécessaire de le remplacer par quelque autre Saint qui puisse être proposé
avec fondemens au Corps des Musiciens ,
et à leurs aggrégez. On se fatigueroit en
vain à chercher pour cela un Saint de la
premiere antiquité ; puisque la Musique
dans le sens qu'ils veulent qu'on l'entende,
est assez nouvelle dans l'Eglise. Il seroit
question de découvrir l'introduction des
Instrumens dans l'usage des Offices Divins , et de trouver quelque saint personnage qui se soit plû à en jouer, Le siécle
de Charlemagne fournit un S. Arnold
du Duché de Juliers : mais la Profession
de simple Joueur de Violon qu'il exerça ,
n'est pas proportionnée à tout ce que la
Musique renferme. En descendant quelques siécles plus bas , on trouve un Saint
Dunstan , Archevêque de Cantorbery
en Angleterre. Les Auteurs de sa vie le
représentent comme un Personnage qui
se plaisoit dans sa jeunesse à jouer de toute
Ciij sorte
38 MERCURE DE FRANCE
sortes d'Instrumens , du Psalterion , de la
Guitare , des Orgues , et toujours pour
les louanges de Dieu. Quamvis omnibus :
artibus Philosophorum magnificè polleret ,
ejus tamen multitudinis qua. Musicam instruit , eam videlicet que Instrumentis agitatur speciali quadam affectione scientiam vindicabat , sicut David Psalterium sumens ,
Citharam percutiens , modificans Organa 2,
Cymbala tangens. (a ) Et plus bas ils rapportent , que lorsque Athelme , Archevêque de Cantorbery , l'eût produit auprès du Roy Ethelstan , ce fut sa parfaite´
habileté à jouer de tous les Instrumens
qui lui concilia l'amitié du Roy et de
toute la Cour. Cum videret Dominum Regem secularibus curis fatigatum , psallebat in.
Tympano , sive in Cithara , sive alio quolibet musici generis Instrumento : quo facto
tam Regis quam omnium corda Principum
exhilarabat. Et afin que par le mot Psallebat, on ne puisse entendre des Airs profanes , il est dit un peu plus haut du même
Saint : Sicut David ergo noster symphonista Vasa cantici habuit , quia usum illorum nonnisi in divinis laudibus expendit.
Mais si l'on ne veut point recourir à
P'Angleterre pour y choisir un Saint Protecteur de la Musique , et si l'on est
(a) Osbernus seculo V. Benedictino.
bien
JANVIER. 1732. 39
bien aise de ne pas déplacer la Fête des Chantres de la saison où elle se trouve
aujourd'hui , on peut prendre un Saint
de notre France qui est assez celebre
dont la Fête arrive le 18. Novembre , qui
est le jour auquel il déceda à Tours l'an
942. C'est S. Odon. Il avoit eu à Paris
pour Maître de Musique le fameux Remi
d'Auxerre cet homme generalement
versé en toute sorte de sciences. Il avoit
appris sous lui à connoître les differentes
combinaisons des harmonies , consonantes , affinales , &c. par le moyen du monocorde qui servoit alors à instruire les
Commençans ; et il devint par la suite si
habile dans la Musique Ecclesiastique
qu'il fut jagé digne d'être Grand- Chantre de l'Église de Tours ,où il composa
plusieurs Pieces de Chant. Il est vrai qu'il
ne resta point dans cet état ; s'étant fait
Religieux il devint Abbé de Clugny ;
mais il aima toûjours les mélodies Ecclesiastiques , et il en composa jusqu'à la fin
de sa vie. Ce Saint appartient plus parriculierement à l'Eglise de France , puisqu'il a été Membre d'une des plus illustres Eglises du Royaume, ( a) où l'on s'est
toûjours appliqué à faire l'Office avec
majesté.
(a)Tours.
Ciiij Quelque
40 MERCURE DE FRANCE
Quelque Musicien versé dans l'Histoire , pourra dire , que puisqu'il est à
propos de se départir du mauvais choix
fait de Sainte Cecile , il vaut autant que
dans chaque Pays les Musiciens ou Chantres de profession se choisissent un saint
Patron particulier , et que peut être se
trouvera t'il peu de Provinces où il n'y
ait des Saints qui ont été amateurs du
Chant , ou qui ont eû quelque rapport
avec l'exercice de cette Science. Je ne
parle point de l'Eglise de Lyon , où l'on
connoît un S. Nicier , Evêque , qui s'est
distingué dans le Chant Ecclesiastique et
qui même l'a enseigné à de jeunes enfans ; cette Eglie peut bien celebrer une
Fête de Chantres de Plain- Chant , mais
non pas de Musiciens , parce qu'elle n'en
a jamais admis dans le sens qu'on entend
aujourd'hui le nom de Musiciens. L'Eglise de Clermont a eu un S. Gal et un
S.Priet, Evêques, qui ont cultivé particu
lierementla science du Chant, excités par
l'avantage qu'ils avoient d'être doüez d'une belle voix. L'Eglise de Paris a eû aussi
pourPrélat unSaint qui pourroit très - bien
être choisi pour Patron de la Musique de
cette Capitale du Royaume ; c'est S. Germain. Le Poëte Fortunat , qui a écrit son
Eloge en Vers, fait une description si pompeuse
JANVIER 1732. 4.I
peuse de de la maniere dont on celebroit
Office dans son Eglise Cathedrale, qu'on
diroit que ce Saint y auroit établi le contrepoint et le Faubourdon , quoique cela ne
soit pas. Il est seulement vrai de dire qu'il
anima le Chant , et qu'il le regla. Mais
puisque ce sont les mouvemens que se
donnent des Particuliers de l'Eglise du
Mans qui m'excitent à vous écrire , ne
peut- on pas leur dire qu'ils cherchent
bien loin ce qu'ils ont chez eux- mêmes.
Ils ont, en effet, S. Aldric, qui de Préchantre
de l'Eglise de Metz , fut fait leur Evêque
au neuviéme siecle. Il n'étoit point de
ees Préchantres simplement porteurs de
Bâton et de Chappe ; l'Histoire de sa Vie
publiée au troisiéme Tome des Mélande M. Baluze , dit de lui ges dès sa que
jeunesse : Cantum Romanum atqu: Grammaticam sive divine scripture seriem bumiliter discere meruit , quibus pleniter atque
doctissimè instructus est ; il semble qu'un
Evêque du Mans qui est Saint , et qui a
sçû parfaitement le Plain- Chant , ayant sqü été Moderateur du Chœur d'une celebre
Eglise , mériteroit mieux que Sainte Cecile d'être le Patron des Chantres et des
Enfans- de-Chœur de l'Eglise du Mans ,
puisque c'est un Personnage à qui l'on
peutappliquer à la lettre ce Passage de l'E CY criture
42 MERCURE DE FRANCE
criture, où il est dit de David : Stare fecitCantores contra altare et in sono eorum dulces
fecit modos. (a) Ce Texte est clair et sans .
obscurité. Il n'en est pas de même du
Passage des Actes de sainte Cecile. Quand
même ces Actes seroient veritables , les
Musiciens auroient tort de croire sur le -
simple fondement de ce qui y est contenu , qu'il y auroit eû des Orgues dans
le sens que nous l'entendons à la Fête
de son Mariage ; parcequ'il est indubitable qu'Organa dans l'antiquité signifie un
assemblage de plusieurs sortes d'Instrumens. Mais n'est-ce pas agir d'une maniere insupportable , et abuser visible--
ment des Orgues d'aujourd'hui , que de mettre cet Instrument entre les mains
de sainte Cecile ? C'est vouloir tromper
les Peuples de gayeté de cœur , et abuser
dela crédulité des simples , que de la répresenter en faction devant un Clavier
Il me paroît que c'est prétendre leur
persuader cette Sainte est bienchoisie
queen supposant comme
pour Patrone
vrai , ce qui cependant est faux ; sçavoir ,,
qu'elle faisoit métier de toucher de cet
Instrument , tandis que c'est tout le contraire, et que le Jeu d'Orgues n'a été
joint à la figure que pour marquer que
(*) Ecclesiastici , Cap. 47. ¥. 11.
les
JANVIER. 1737. 43
1
lés Musiciens l'ont choisie pour leur Protectrice. Ce n'est pas le choix qui supose
les Orgues; ce sont les Orgues qui présupposent le choix, et qui en sont le signe
et la marque. Dans les Chroniques Latines , imprimées in folio , à Nuremberg,
l'an 1493. avec des figures ; sainte Cecile
est representée avec un peigne de fer à
la main. Il peut se faire que cette Sainte
ayant été représentée de la même maniere
sur quelques murailles ou sur quelque vitrage , l'on ait pris par la suite cet Instrument de martyre pour un Jeu d'Orgue.
On se méprend quelquefois plus grossierement à des Peintures , losrqu'elles sont
à demi effacées. Tout-au- plus ce qui éoit
permis depuis le choix fait par les Mu--
siciens , étoit de représenter un Jeu d'Orgue aux pieds de sainte Cecile , de la
maniere qu'on mer quelquefois des Ar--
moiries ou des Hieroglyphes sous certai
nes statuës. Mais ce qui auroit été convenable , pour couper court , eût été
de laisser sainte Cecile au Monastere de
Filles avec les Agnès , les Luces et les
Agathes , et que les Musiciens eussent
porté leur dévotion particuliere vers un
Saint , sans craindre que la Sainte leur
fût moins propice. Il ne tiendra qu'à eux
de le faire après tout ce que j'ai dit sur
Cvj 121
44 MERCURE DE FRANCE
la fausseté des Actes qui portent son
nom, et sur l'incongruité du choix , quand
même ces Actes seroient veritables. Il
né dépendra que d'eux de s'attacher à
un Saint qu'ils puissent veritablement regarder comme le prototype ou le modele
de leur Profession. Je me suis contenté
d'en indiquer quelques-uns , sans prétendre avoir épuisé tous ceux que l'Histoire
Ecclesiastique pourroit fournir. Je passe
sous silence le peu de solidité qu'il y auroit de choisir S. Vincent Martyr , précisement à cause que dans le Verset d'un
des Répons de son Office on lit : Dantur
ergo laudes Deo Altissimo , et resonante Organo vocis Angelica modulata suavitas
procul diffunditur , ou de s'arrêter à sainte
Ysoïe ou Eusebie , Abbesse d'Haimage en
Flandres , dont il est écrit qu'elle regne
dans le Ciel : Ubi organizans canticum
immaculatum sponsum Agnum sequendo tripudiat. Le peu de fondement de ce choix
sauteroit aux yeux , et je ne crois pas que
jamais on y pense.
Au reste , je ne me déclare point ennemi de la Musique ni des Instrumens.
Tant s'en faut ; je puis dire comme le
Cardinal Bona : Et Musicam amo , et pu
det me plerosque Ecclesiasticos viros totius
vita cursu in cantu versari ; ipsum verò
cantum
JANVIER 1731. 45
cantum ( quod turpe est ) ignorare. (a) J'ai
me la Musique , j'aime le Plain-Chant
j'aime ceux qui s'y connoissent veritablement ; mais je demanderois volontiers à
toute l'Ecole de sainte Cecile un secret
pour empêcher de jamais parler de ces
matieres-là et de s'ériger en Maîtres de
Psalmodie , ceux qui ne peuvent et ne
pourront jamais distinguer un semi-ton
d'avec un ton , ainsi qu'ils le font voir
en plein Choeur par une triste experience
de tous les jours ; et je m'en rapporte à
vous , Monsieur , pour décider s'ils na
sont pas dans le même cas que ces Doc.
teurs en Lecture , qui ne sçauroient distinguer une lettre voyelle d'avec une
lettre consonne. Ce ne sont pas là , Monsieur , les Chantres de l'Eglise Chrétienne, dont je serois prêt de faire l'Apologie ; mes Argumens en faveur de la
Musique , sont toûjours pour appuyer
des sujets qui lui font plus d'honneut.
Si on entreprenoit de bannir ceux cy de
nos Eglises et d'en exclure toute sortę
de Musique , je serois le premier à m'y
opposer, en représentant que dans toutes les choses établies au vû et au sçû des
Superieurs, il nefaut retrancher que ce qui cst devenu abusif. Mes raisonnemens donc
(a)De div. Psalmedia , Cap. 17. §. 3. Num. 1.
contre
45 MERCURE DE FRANCE
contre la Confrairie de sainte Cecile , ne
doivent pas être suspects : ce n'est que
pour le mieux , que j'exhorte ceux qui
s'y sont enrôlez , à considerer le deffaut
qui est dans leur choix ; afin que si dans
quelque Ville du Royaume ils sont heureusement d'assez bon goût pour y
choisir
un autre Patron , en même temps qu'on y
réforme le Breviaire , la justesse de leur
nouveau choix puisse ensuite s'étendre ailleurs de la même maniere que l'incongruité de l'ancien s'étoit fait place à la
faveur de la fable et de la fiction. Je
suis , & c.
Ce Samedy 20. Octobre, Fête de Saint
Aderald , Chanoine de votre Eglise.
de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix
que les Musiciens ont fait de Ste Cecile
pour leur Patronne.
'Est chose très -loüable , MonCsieur , que dans chaque Profession
il y ait un saint Patron dont on se propose d'imiter les vertus en même temps
qu'on se porte à célébrer sa Fête. Mais
yous m'avouerez que souvent il est arrivé
que
22 MERCURE DE FRANCE
que les Particuliers desquels ce choix a
dépendu , n'ont pas été heureux dans
celui qu'ils ont fait. Je m'amusai , il y a
plus de vingt ans , à parcourir un Calendrier qui s'imprimoit à Paris , chez Louis
Josse , sous le nom d'Almanach spirituel :
Je trouvai qu'il y avoit bien des refléxions à faire sur les raisons qui ont pû
fixer certains choix qui paroissent avoir
été faits d'une maniere assès burlesque
et je ne craindrois point d'être désaprouvé par ceux qui composent les Confreries:
dont le saint Patron est mal choisi , si
j'osois entrer dans le détail de quelquesuns.
Il est vrai que toutes les Professions ,
Arts , et Etats n'ont pas le bonheur d'avoir des Saints qui ayent exercé ces Professions ; ou si des gens de bien les ont
exercées , ils n'ont pas ей , pour cela , la
gloire d'être canonizez. Il n'est pas de:
tous les Etats comme de celui des Medecins , qui , outre un S. Luc , ont encore
S. Côme et S. Damien. Il est des Artisans
de bien des especes : et tous n'ont pas l'avantage d'avoir comme les Orfévres
un Personnage qui se soit sanctifié dès le
temps auquel il exerçoit ce métier , comme a fait un S. Eloy. Mais il faut aussi
avouer qu'il y a des Etats et des Profes-
>
sions
1
JANVIER 1732: 2:3
و
sions qui ont fourni des Saints , ausquels .
cependant on ne pense pas davantage que
s'ils n'étoient jamais venus au monde ,.
des Saints dont il y auroit d'excellentes:
choses à dire en Chaire pour l'instruction:
des gens du même état si le choix du
Patron étoit fait avec un peu plus d'attention et de discernement. Qui empêcheroit , par exemple , les Marchands de
prendre pour Patron un S. Homebon
Marchand de la Ville de Cremone , les:
Laboureurs , un S. Isidore , qui a été Laboureur en Espagne , et les Vignerons ,
un S. Antonin de Sorrente en Italie
qui planta de ses propres mains une Vigne dont le Vin étoit si délicieux , qu'on
n'en présentoit point d'autre à tous les
Princes et grands Seigneurs qui passoient:
dans ce Pays-là.
"
و
Tout ce que j'ay dit jusqu'icy , Mon--
sieur , n'est que pour en venir à une Profession qui est très- remarquable dans nos
Eglises c'est, celle des Musiciens. Tant
de Saints ont chanté , comme eux , en Public les louanges du Seigneur , que le
nombre en est inexprimable. Il y a eû
aussi des Saints qui ont écrit sur le Chant
Ecclésiastique , d'autres qui ont sçû jouer
des Instrumens. Les uns ont perfectionné
le Chant ou la Musique dans la Specula- tion:
24 MERCURE DE FRANCE
tion : les autres y ont donné de nouveaux
accroissemens dans la Pratique. Tel Saint
fabriquoit lui-même des Instrumens de
Musique ; tel'autre donnoit des Regles
pour s'en servir. N'est-ce pas là ce que
font les Musiciens de nos jours ?
La chose étant ainsi , ils devoient donc
choisir pour leur Patron un Saint de quelqu'unes des especes que je viens d'indiquer. Mais au lieu de prendre ce party ,
et de se fonder sur une Histoire bien averée , ils se sont arrêtés à une Legende telle
qu'elle , et ils ont été déterminez à l'occasion d'un mot unique , dont ils n'ont
pas pris la peine de se donner l'intelligence. S'il est vrai que ce choix est proportionné aux lumieres qu'on avoit il y a
cent ou six-vingt ans , il ne s'ensuit pas
de là qu'il doive toujours subsister.
7
ya:
On ne peutgueres douter que les Musi--
ciens et les Chantres inferieurs des Eglises
Canoniales n'ayent été portez à se choisir
un jour de Fête , lorsqu'ils ont vû que
les autres Professions en avoient. Il y eut
untemps , comme tout le monde le sçait,
que les Prêtres (a) avoient pour Fête Patronale le jour de S. Jean l'Evangeliste
les Diacres le jour de S. Etienne , les Soû-
(a) Quelques Personnes assurent que dans les plus bas siécles les Prêtres ont choisi la Transfiguration
pour leur Fête Patronale.
diacres
JANVIER 173.2. 2*
diacres un autre jour voisin de la Fête de
Noël. Le reste du chœur se joignit appa
remment à ces derniers. Mais depuis qu'on
eût déclaré dans le XV. siécle une Guerre
ouverte à cette Fête du bas-Chœur , il y
eut du partage dans le choix du jour qui
passeroit pour la solemnité patronale. En
certains Pays on s'arrêta à S. Gregoire ,
Pape , en l'honneur duquel on trouvoit un Office propre tout noté dans les anciens Antiphoniers. En d'autres où l'on
ne pût goûter le choix de la S. Gregoire ,
parce qu'elle tombe en Carême , on choisit les 7. Freres Martyrs , Enfans de Ste
Felicité , par une raison assez frivole. (a)-
Quoiqu'il en soit , il n'y a gueres plus
de cent ans que les Musiciens , ou Chantres gagèz étoient partagez selon les Pays,
sur le choix de leur Fête Patronale , et
qu'ils reconnoissoient differensSaints pour
leurs Patrons. Dans la Flandre , où la Mu
sique a fleuri plus qu'en certaines autres
Provinces du Royaume , l'on ne connoissoit point encore Sainte Cecile pour Protectrice des Musiciens , il y a cent- cinquante ans. Si elle avoit été représentée
comme telle , et avec un Jeu d'Orgues ,
vers l'an 1580 , Molanus , célebre Doc
teur de Louvain , qui marqua dans le Li-
(4) Auxerre.
VIQ
26 MERCURE DE FRANCE
vre qu'il fit imprimer alors sur les Images , toutes les figures symboliques qu'on
ajoutoit aux Statuës des Saints , n'auroit
pas oublié Sainte Cecile ; cependant il ne dit pas un seul mot de cette Sainte : ce
qui est une marque qu'il ne l'avoit encore vûe représentée en aucun endroit.
Je mecrois donc assès fondé pour avan
cer que ce n'est que depuis un Siecle , ou ,
un peu plus , que les Musiciens se sont
réunis à choisir cette Sainse pour leur Patrone. L'Office propre qu'on chantoit
presque par tout en son honneur depuis
plusieurs siecles , aura gagné alors leurs
suffrages , et les aura déterminé à ce choix.
Ceux d'aujourd'huy croyent qu'il a été
fait avec tant de maturité et de déliberation par leurs Prédecesseurs , qu'il est
difficile de les en faire revenir. L'habi
tude dans laquelle ils sont , de voir Sain
te Cecile représentée avec un Jeu d'Or
gues , fait qu'iis continuent de croire
qu'elle étoit de la Profession , ou au moins
qu'elle aimoit les Instrumens musicaux
cependant , à considerer les choses dans
leur origine , on reconnoîtra que ce Jeu
d'Orgues n'a été ajoûté aux figures de
cette Sainte , que depuis que les Musiciens se sont mis sous sa protection. C'est
ainsi qu'ils prennent l'effet pour la cause
et la cause l'effet.. pour Je
JANVIER 1732. 27
Je ne vous diray pas en quelles Provinces ce choix a d'abord été fait. Il y a
apparence que c'est en Italie. Les honneurs qu'on prétend rendre à Sainte Cecile par la Musique , y sont même poussez jusqu'à un point qui pourra vous réjouir. Dans une Ville de cette vaste partie de l'Europe , l'une des Eglises Paroissiales porte le nom de Sainte Cecile. Le
Clergé n'en est pas fort nombreux , par
ce qu'il y a dans la même Ville cinquante-cinq autres Paroisses, Une Personne
grave qui m'a honoré de son amitié dans
sa vieillesse , m'a dit qu'elle entra dans
cette Eglise l'an 1669. à son retour de
Rome : c'étoit un Dimanche au soir !
Elle y trouva le Curé qui disoit Vêpres.
tout seul : mais le son de sa voix étoit
admirablement secondé par un grand
nombre de petits Oiseaux qui faisoient
dans la Tribune des Orgues un gazoüillement très agréable. S'étant informé de
Forigine de cette Musique , on lui dit
que ces Oiseaux étoient nourris là comme
dans une Voliere , où ils faisoient un con--
cert jour et nuit pour honorer Sainte Cecile , et que la Paroisse n'ayant pas assès.
de revenu pour y faire chanter l'Office
excepté le jour de la Fête Patronale , on
se contentoit durant le reste de l'année
·
des
28 MERCURE DE FRANCE
des services de ces petits Musiciens. Vous
pouvez croire qu'en dédommagement , il
n'y a rien d'épargné le 22 Novembre
et que tous les Enfans de Sainte Cecile.
tiennent à honneur de se réunir ce jour- là.
dans ce lieu.
On est persuadé en Italie plus qu'ailleurs , de la verité de tout ce que les
Legendes du Beviaire renferment ; et Tes
Musiciens qui ne se picquent pas d'être
grands Critiques en fait d'Histoire , s'en
rapportent volontiers à la croïance de ceux
qui les ont éleveż . Soit que ce soit en Italie, ou dans les ProvincesMeridionnales de
la France que le choix ait été fait d'abord
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens , il est constant qu'il est très - mak
fait. Je ne songeois à rien moins qu'à vous
prier de rendre publique cette Lettre lorsque l'on m'a fait voir une Lettre circulaire , imprimée en forme d'Affiche de la.
part du Maître de Musique de l'Eglise
Cathédrale du Mans , par laquelle tous
les Musiciens du Royaume sont invitez.
àmettre en Musique les paroles jointes à
cette Lettre, destinées à servir de Motet
à la Messe solemnelle de la Fête de Sainte
Cecile. Et comme si le sujet étoit le plus
heureux du monde , on y ajoûte les mêmes clauses et conditions qui sont ordi- nairement
JANVIER 1732. 29
,
nairement proposées pour les Pieces d'Eloquence ou de Poësie qui subissent l'éxamen de differentes Académies , établies
dans le Royaume et qui sont honorées
d'un prix de conséquence. La Piece Mu- sicale sera examinée : ( on ne dit pas par
qui:) et celle qui sera trouvée la meilleure dans le genre de Musique qu'on demande , sera chantée préferablement aux
autres dans l'Eglise du Mans , et l'Auteur
sera récompensé d'une Croix d'or. J'ay
appris aussi que dans l'Eglise d'Evreux ,
et dans les autres de Normandie on a fait
dans le siécle dernier quelque chose de
semblable ; au moins on en produit des
Programmes ou Avis imprimez en 1667.
et 1668. Et encore de nos jours a Evreux,
lorsqu'il arrive qu'un Maître de Musique
qui a du renom , s'y rend au 22 Novembre , pour faire chanter une Musique de
sa façon à la Fête de Sainte Cecile , on lui
fait present d'une Médaille d'argent , qui
représente d'un côté l'image de cette Ste.
et de l'autre les Armes du Chapitre.
que
Sainte Cecile étant ainsi devenue le sujet des Chef- d'œuvres de Musique , on ne peut pas attendre l'effet du maumais choix se manifeste plus évidemment,
et il paroît que le temps est venu de combattre le fondement de ce choix.
Comme
30 MERCURE DE FRANCE
,
Comme toutes choses sont sujettes à
vicissitude sur la terre et que tous les
jours on avance dans la connoissance de
l'Histoire on a découvert que le choix
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens n'est appuyé que sur un fondement
ruineux , c'est-à- dire,sur des Auteurs qui
attribuent à cette Sainte des faits qu'il
leur a plû d'imaginer pieusement , ou sur
un texte historique mal entendu , et pris
àcontre-sens , en cas qu'il soit veritable ;
et c'est ce qu'il est besoin de développer.
Que disent sur la Legende de cette Sainge
les Historiens réconnus pour les plus éclairez de nos jours ? M. de Tillemont (1) déque les contradictions qui se trou- cla
dans
ses
Actes
, en
donnant
une
idée
vent
assès désavantageuse , qu'ils ne sont composez que de Miracles extraordinaires ,
et d'autres choses qui ont peu d'apparence
de verité que , quoiqu'ils soient assès
anciens pour avoir été vûs par le vénérable Bede , il ne croit pas , cependant ,
qu'il y ait moyen de les soutenir. Le Pere
Garnier , Jesuite , dont on a quelques ouvrages sur l'antiquité Ecclésiastique , qui
sont fort estimez , combat ces Actes pat
l'endroit du Prefet Almaque , dont ils
font mention , outre plusieurs autres fau
(1)Tom. III. Hist. Eccl. p. 689.
tes
JANVIER 1732. 31
4
›
tes dont il reconnoit qu'ils sont pleins
M. Baillet (1 ) assure qu'ils n'ont presque
aucune autorité , qu'ils sont difficiles à
soûtenir dans presque toutes leurs cirConstances soit pour les temps et les
dieux , soit pour les grands Discours et les
grands Miracles qu'ils contiennent. Il est
Vrai que dans un autre endroit ( 2 ) il dit
que ces Actes n'ont rien de choquant ou
de scandaleux dans ce qu'ils ont d'incroyable mais il ajoûte aussi- tôt qu'ils
n'ont rien d'authentique dans ce qu'ils
paroissent avoir de plus noble. Le Public
peut croire par avance , que le jugement
des sçavans Bollandistes ne se trouvera pas
beaucoup different lorsque le temps sera
venu qu'ils seront obligez de s'expliquer on peut même , sans trop hazarder , conclurre de ce que leurs Prédéces
seurs ont dit au 14 Avril , sur S. Valerien
et S. Tiburce , et au 25 Mai , sur S. Urbain , que ceux de leurs Confreres à qui
il appartiendra , de traiter les Saints du
22 Novembre , ne s'éloigneront pas extrêmement de ce qu'a dit le Pere Garnier ,
et même il peut se faire qu'avec le temps
il leur vienne de nouvelles lumieres pour
impugner encore plus fortement les Actes
(1)Table critique du 22 Nov.
>
(3) Au 22 Novembre
9
de
2 MERCURE DE FRANCE
de Sainte Cecile , et les faire abandonner generalement.
و
C'est donc le peu de fond qu'il y a à
faire sur cette piece , qui a porté les Evêques , qui ontfait réformer leurs Breviaires à en rétrancher cette Legende. Il y en
a qui n'ont assigné à Ste Cecile aucune
Leçon propre , et qui ont tout renvoyé
au commun ou l'ont réduit en simple
commemoration, comme on vient de faire
à Langres. D'autres ont permis qu'on inserât à Matines un Fragment du Sacramentaire de S. Gregoire , où il est dit simplement que Cecile a été fortifiée par la
grace de Dieu , de maniere que rien n'a
pû ébranler sa foy et sa vertu , ni le penchant de l'âge , ni les caresses du siecle ,
ni la foiblesse du sexe , ni la cruauté des
tourmens , cet Eloge n'ayant pû fournir
qu'une seule Leçon fort courte , c'est ce
qui a été cause que l'Office du 22 Novembre a été réduit à trois Leçons , dont deux
sont de la Sainte Ecriture. Par là toutes
les Antiennes et Répons propres qui
étoient dans les Antiphoniers precedens ,
ont été rejettez , et par conséquent l'AntienneCantantibusOrganis ôtée de l'Office.
Or comme il n'y avoit que cet endroit de
la prétendue Histoire de la Sainte , qui ,
après bien des siecles , avoit déterminé.
les
JANVIER 1732. 33
les Musiciens et Joueurs d'Instrumens à
la choisir pourPatrone ; il est bon de faire
quelques refléxions dessus , afin d'en montrer la foiblesse , et de faire voir que ,
quand même il seroit bien averé , il prou
veroit seulement qu'il y avoit autrefois
des Instrumens de Musique dans les nôces
chez les Romains , ce que personne ne
revoque en doute , et qui n'a nulle liaison
avec l'usage qu'on a fait de ce Texte.
:
Ce Texte dit donc simplement que Cecile fut promise à un jeune homme appellé Valerien que le jour des nôces étant
venu , elle parut vêtuë d'habits éclatans -
en or , par dessous lesquels elle portoit le
cilice que les Instrumens de Musique
faisoient retentir dans la Salle où étoit le
lit nuptial toutes sortes d'airs convenables
à une telle conjoncture ; mais que Cecile ,
sans y faire attention , ne s'appliquoit interieurement qu'à Dieu seul , à qui elle disoit du fond de son ame : » Seigneur, que
» mon cœur et mon corps soient conser-
» vez sans tâche , afin que je ne sois pas
» confondue. Cujus Dei ) vocem audiens
Cecilia Virgo clarissima absconditum semper
Evangelium Christi gerebat in pectore ..
Dominumfletibus exorans , ut virginitas ejus
ipso conservante inviolata permaneret. Hac
Valerianum quemdamjuvenem habebat spon
C SU
34 MERCURE DE FRANCE
sum : qui juvenis in amore virginis perur
gens animum diem constituit nuptiarum.
Cecilia verò subtus ad carnem cilicio induta , desuper auratis vestibus regebatur. Parentum verò tanta vis et sponsi circa illam
erat exæstuans , ut non posset amorem cordis
sui ostendere , et quod solum Christum diligeret indiciis evidentibus aperire. Quid multa ? Venit dies in quo thalamus collocatus est.
Et cantantibus organis , illa in corde suo soli
Domino decantabatidicens : Fiat cor meum et
corpus meum immaculatum , ut non confundar ; et biduanis ac triduanis jejuniis orans
commendabat Domino quod timebat. Invita
bat Angelos precibus , lachrymis interpellabat Apostolos , et sancta omnia Christo famulantia exorabat , ut suis eam déprecationibus adjuvarent suam Domino pudicitians
commendantem. (a)
Après avoir ainsi exposé l'endroit des
'Actes de Ste. Cecile , qui a déterminé le
choix des Joueurs d'Instrumens et des
Musiciens , je puis conclure hardiment
que cette Sainte n'a été choisie par eux
pour Patrone que parce qu'on lit que
forsqu'il fut question de la marier , il y
avoit des Instrumens àla Fête. De sorte
que , sans faire attention que l'Histoire
de cette Sainte , telle qu'elle est , la repré
(a) Je tire ce Texte d'un Manuscrit de 600 ans.
sente
JANVIER 1732. 5
2
sente comme mariée malgré elle , et comme ayant une répugnance marquée à entendre toute cette mélodie , et songeant
plutôt aux choses spirituelles , on la prend
pour la Protectrice des Symphonies et des
Concerts qui se font au moins avec autant
d'appareil que celui qui , selon les mêmes
Actes paroissoit lui être à charge. En
effet , le langage de l'Historien laisse
penser qu'il en étoit de la Musique à son
égard , comme des beaux habits dont elle
étoit parées et c'est avec raison qu'il prétend faire son Panegyrique , lorsqu'il dit
qu'elle n'avoit pas plus d'attache à l'un'
qu'à l'autre. Une legere attention sur ce contraste suffit , ce me semble › pour dé
tromper bien des gens , touchant la justesse prétendue du choix fait par les Mu
siciens. Ce n'étoit pas un Privilege particulier à Ste. Cecile , d'avoir des Joueurs
d'Instrumens à ses nôces : c'étoit la coûtume de son temps , comme ce l'est encore aujourd'huy. Il n'y a gueres de Saints
parmi ceux qui ont été mariez , qui ne
se soient peut-être trouvez dans de sem
blablescirconstances. Pourquoi donc choisir plutôt Sainte Cecile qu'une autre ?
Est-ce à cause que la Musique des Instrumens a paru lui déplaire , ou au moins nè
faire aucune impression sur ses sens ?
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
:
Je prévois bien , Monsieur , que mes
reflexions ne feront pas plaisir à un grand
nombre de Musiciens. Etant accoutumez
à juger de la verité et de l'antiquité des
choses , parce qu'ils en voyent de leurs
jours , ils diront que le choix de Ste. Ce-.
cile pour Patrone de leur Profession , ne
peut être que bon et ancien , puisqu'il est
si étendu, J'avoue qu'il n'est que trop
étendu mais aussi il faut convenir qu'il
a été fait dans un temps où l'on tenoit
pour véritables les Actes qui portent son
nom , et où l'on croyoit qu'un seul mot dans l'Office , pourvu qu'il eût rapport
à la Musiquede loin ou de près , directement ou indirectement , suffisoit pour se
fixer et s'arrêter. Dispensez - moy d'entrer
en explication de certaines autres Professions qui n'ont pas été plus heureuses , cr
de vous citer l'origine du choix d'un
grand nombre deConfreries. Après tout ,
quoique les Actes de Sainte Cecile soient
faux , la Sainte n'en est pas moins réelle
et veritable. Quoiqu'on ne sçache point
même en quel Pays elle a été martyrisée ,
et qu'il soit incertain si c'est à Rome ou
dans la Sicile , il n'en est pas moins constant que cette Sainte est une veritable
Martyre. Et puisque son nom est dans le
Canon de la Messe il en faut conclure
qu'elle
JANVIER 1732. 3
qu'elle est une des plus anciennes Martyres de l'Eglise Romaine. C'est tout ce
qui peut faire son Eloge , sans que pour
cela la Musique doive s'y interesser plus
qu'à une autre Sainte , par les raisons peremptoires que j'ai apportées.
En abandonnant le choix qui a été fait
si mal- à-propos dans ces derniers temps ,
il est nécessaire de le remplacer par quelque autre Saint qui puisse être proposé
avec fondemens au Corps des Musiciens ,
et à leurs aggrégez. On se fatigueroit en
vain à chercher pour cela un Saint de la
premiere antiquité ; puisque la Musique
dans le sens qu'ils veulent qu'on l'entende,
est assez nouvelle dans l'Eglise. Il seroit
question de découvrir l'introduction des
Instrumens dans l'usage des Offices Divins , et de trouver quelque saint personnage qui se soit plû à en jouer, Le siécle
de Charlemagne fournit un S. Arnold
du Duché de Juliers : mais la Profession
de simple Joueur de Violon qu'il exerça ,
n'est pas proportionnée à tout ce que la
Musique renferme. En descendant quelques siécles plus bas , on trouve un Saint
Dunstan , Archevêque de Cantorbery
en Angleterre. Les Auteurs de sa vie le
représentent comme un Personnage qui
se plaisoit dans sa jeunesse à jouer de toute
Ciij sorte
38 MERCURE DE FRANCE
sortes d'Instrumens , du Psalterion , de la
Guitare , des Orgues , et toujours pour
les louanges de Dieu. Quamvis omnibus :
artibus Philosophorum magnificè polleret ,
ejus tamen multitudinis qua. Musicam instruit , eam videlicet que Instrumentis agitatur speciali quadam affectione scientiam vindicabat , sicut David Psalterium sumens ,
Citharam percutiens , modificans Organa 2,
Cymbala tangens. (a ) Et plus bas ils rapportent , que lorsque Athelme , Archevêque de Cantorbery , l'eût produit auprès du Roy Ethelstan , ce fut sa parfaite´
habileté à jouer de tous les Instrumens
qui lui concilia l'amitié du Roy et de
toute la Cour. Cum videret Dominum Regem secularibus curis fatigatum , psallebat in.
Tympano , sive in Cithara , sive alio quolibet musici generis Instrumento : quo facto
tam Regis quam omnium corda Principum
exhilarabat. Et afin que par le mot Psallebat, on ne puisse entendre des Airs profanes , il est dit un peu plus haut du même
Saint : Sicut David ergo noster symphonista Vasa cantici habuit , quia usum illorum nonnisi in divinis laudibus expendit.
Mais si l'on ne veut point recourir à
P'Angleterre pour y choisir un Saint Protecteur de la Musique , et si l'on est
(a) Osbernus seculo V. Benedictino.
bien
JANVIER. 1732. 39
bien aise de ne pas déplacer la Fête des Chantres de la saison où elle se trouve
aujourd'hui , on peut prendre un Saint
de notre France qui est assez celebre
dont la Fête arrive le 18. Novembre , qui
est le jour auquel il déceda à Tours l'an
942. C'est S. Odon. Il avoit eu à Paris
pour Maître de Musique le fameux Remi
d'Auxerre cet homme generalement
versé en toute sorte de sciences. Il avoit
appris sous lui à connoître les differentes
combinaisons des harmonies , consonantes , affinales , &c. par le moyen du monocorde qui servoit alors à instruire les
Commençans ; et il devint par la suite si
habile dans la Musique Ecclesiastique
qu'il fut jagé digne d'être Grand- Chantre de l'Église de Tours ,où il composa
plusieurs Pieces de Chant. Il est vrai qu'il
ne resta point dans cet état ; s'étant fait
Religieux il devint Abbé de Clugny ;
mais il aima toûjours les mélodies Ecclesiastiques , et il en composa jusqu'à la fin
de sa vie. Ce Saint appartient plus parriculierement à l'Eglise de France , puisqu'il a été Membre d'une des plus illustres Eglises du Royaume, ( a) où l'on s'est
toûjours appliqué à faire l'Office avec
majesté.
(a)Tours.
Ciiij Quelque
40 MERCURE DE FRANCE
Quelque Musicien versé dans l'Histoire , pourra dire , que puisqu'il est à
propos de se départir du mauvais choix
fait de Sainte Cecile , il vaut autant que
dans chaque Pays les Musiciens ou Chantres de profession se choisissent un saint
Patron particulier , et que peut être se
trouvera t'il peu de Provinces où il n'y
ait des Saints qui ont été amateurs du
Chant , ou qui ont eû quelque rapport
avec l'exercice de cette Science. Je ne
parle point de l'Eglise de Lyon , où l'on
connoît un S. Nicier , Evêque , qui s'est
distingué dans le Chant Ecclesiastique et
qui même l'a enseigné à de jeunes enfans ; cette Eglie peut bien celebrer une
Fête de Chantres de Plain- Chant , mais
non pas de Musiciens , parce qu'elle n'en
a jamais admis dans le sens qu'on entend
aujourd'hui le nom de Musiciens. L'Eglise de Clermont a eu un S. Gal et un
S.Priet, Evêques, qui ont cultivé particu
lierementla science du Chant, excités par
l'avantage qu'ils avoient d'être doüez d'une belle voix. L'Eglise de Paris a eû aussi
pourPrélat unSaint qui pourroit très - bien
être choisi pour Patron de la Musique de
cette Capitale du Royaume ; c'est S. Germain. Le Poëte Fortunat , qui a écrit son
Eloge en Vers, fait une description si pompeuse
JANVIER 1732. 4.I
peuse de de la maniere dont on celebroit
Office dans son Eglise Cathedrale, qu'on
diroit que ce Saint y auroit établi le contrepoint et le Faubourdon , quoique cela ne
soit pas. Il est seulement vrai de dire qu'il
anima le Chant , et qu'il le regla. Mais
puisque ce sont les mouvemens que se
donnent des Particuliers de l'Eglise du
Mans qui m'excitent à vous écrire , ne
peut- on pas leur dire qu'ils cherchent
bien loin ce qu'ils ont chez eux- mêmes.
Ils ont, en effet, S. Aldric, qui de Préchantre
de l'Eglise de Metz , fut fait leur Evêque
au neuviéme siecle. Il n'étoit point de
ees Préchantres simplement porteurs de
Bâton et de Chappe ; l'Histoire de sa Vie
publiée au troisiéme Tome des Mélande M. Baluze , dit de lui ges dès sa que
jeunesse : Cantum Romanum atqu: Grammaticam sive divine scripture seriem bumiliter discere meruit , quibus pleniter atque
doctissimè instructus est ; il semble qu'un
Evêque du Mans qui est Saint , et qui a
sçû parfaitement le Plain- Chant , ayant sqü été Moderateur du Chœur d'une celebre
Eglise , mériteroit mieux que Sainte Cecile d'être le Patron des Chantres et des
Enfans- de-Chœur de l'Eglise du Mans ,
puisque c'est un Personnage à qui l'on
peutappliquer à la lettre ce Passage de l'E CY criture
42 MERCURE DE FRANCE
criture, où il est dit de David : Stare fecitCantores contra altare et in sono eorum dulces
fecit modos. (a) Ce Texte est clair et sans .
obscurité. Il n'en est pas de même du
Passage des Actes de sainte Cecile. Quand
même ces Actes seroient veritables , les
Musiciens auroient tort de croire sur le -
simple fondement de ce qui y est contenu , qu'il y auroit eû des Orgues dans
le sens que nous l'entendons à la Fête
de son Mariage ; parcequ'il est indubitable qu'Organa dans l'antiquité signifie un
assemblage de plusieurs sortes d'Instrumens. Mais n'est-ce pas agir d'une maniere insupportable , et abuser visible--
ment des Orgues d'aujourd'hui , que de mettre cet Instrument entre les mains
de sainte Cecile ? C'est vouloir tromper
les Peuples de gayeté de cœur , et abuser
dela crédulité des simples , que de la répresenter en faction devant un Clavier
Il me paroît que c'est prétendre leur
persuader cette Sainte est bienchoisie
queen supposant comme
pour Patrone
vrai , ce qui cependant est faux ; sçavoir ,,
qu'elle faisoit métier de toucher de cet
Instrument , tandis que c'est tout le contraire, et que le Jeu d'Orgues n'a été
joint à la figure que pour marquer que
(*) Ecclesiastici , Cap. 47. ¥. 11.
les
JANVIER. 1737. 43
1
lés Musiciens l'ont choisie pour leur Protectrice. Ce n'est pas le choix qui supose
les Orgues; ce sont les Orgues qui présupposent le choix, et qui en sont le signe
et la marque. Dans les Chroniques Latines , imprimées in folio , à Nuremberg,
l'an 1493. avec des figures ; sainte Cecile
est representée avec un peigne de fer à
la main. Il peut se faire que cette Sainte
ayant été représentée de la même maniere
sur quelques murailles ou sur quelque vitrage , l'on ait pris par la suite cet Instrument de martyre pour un Jeu d'Orgue.
On se méprend quelquefois plus grossierement à des Peintures , losrqu'elles sont
à demi effacées. Tout-au- plus ce qui éoit
permis depuis le choix fait par les Mu--
siciens , étoit de représenter un Jeu d'Orgue aux pieds de sainte Cecile , de la
maniere qu'on mer quelquefois des Ar--
moiries ou des Hieroglyphes sous certai
nes statuës. Mais ce qui auroit été convenable , pour couper court , eût été
de laisser sainte Cecile au Monastere de
Filles avec les Agnès , les Luces et les
Agathes , et que les Musiciens eussent
porté leur dévotion particuliere vers un
Saint , sans craindre que la Sainte leur
fût moins propice. Il ne tiendra qu'à eux
de le faire après tout ce que j'ai dit sur
Cvj 121
44 MERCURE DE FRANCE
la fausseté des Actes qui portent son
nom, et sur l'incongruité du choix , quand
même ces Actes seroient veritables. Il
né dépendra que d'eux de s'attacher à
un Saint qu'ils puissent veritablement regarder comme le prototype ou le modele
de leur Profession. Je me suis contenté
d'en indiquer quelques-uns , sans prétendre avoir épuisé tous ceux que l'Histoire
Ecclesiastique pourroit fournir. Je passe
sous silence le peu de solidité qu'il y auroit de choisir S. Vincent Martyr , précisement à cause que dans le Verset d'un
des Répons de son Office on lit : Dantur
ergo laudes Deo Altissimo , et resonante Organo vocis Angelica modulata suavitas
procul diffunditur , ou de s'arrêter à sainte
Ysoïe ou Eusebie , Abbesse d'Haimage en
Flandres , dont il est écrit qu'elle regne
dans le Ciel : Ubi organizans canticum
immaculatum sponsum Agnum sequendo tripudiat. Le peu de fondement de ce choix
sauteroit aux yeux , et je ne crois pas que
jamais on y pense.
Au reste , je ne me déclare point ennemi de la Musique ni des Instrumens.
Tant s'en faut ; je puis dire comme le
Cardinal Bona : Et Musicam amo , et pu
det me plerosque Ecclesiasticos viros totius
vita cursu in cantu versari ; ipsum verò
cantum
JANVIER 1731. 45
cantum ( quod turpe est ) ignorare. (a) J'ai
me la Musique , j'aime le Plain-Chant
j'aime ceux qui s'y connoissent veritablement ; mais je demanderois volontiers à
toute l'Ecole de sainte Cecile un secret
pour empêcher de jamais parler de ces
matieres-là et de s'ériger en Maîtres de
Psalmodie , ceux qui ne peuvent et ne
pourront jamais distinguer un semi-ton
d'avec un ton , ainsi qu'ils le font voir
en plein Choeur par une triste experience
de tous les jours ; et je m'en rapporte à
vous , Monsieur , pour décider s'ils na
sont pas dans le même cas que ces Doc.
teurs en Lecture , qui ne sçauroient distinguer une lettre voyelle d'avec une
lettre consonne. Ce ne sont pas là , Monsieur , les Chantres de l'Eglise Chrétienne, dont je serois prêt de faire l'Apologie ; mes Argumens en faveur de la
Musique , sont toûjours pour appuyer
des sujets qui lui font plus d'honneut.
Si on entreprenoit de bannir ceux cy de
nos Eglises et d'en exclure toute sortę
de Musique , je serois le premier à m'y
opposer, en représentant que dans toutes les choses établies au vû et au sçû des
Superieurs, il nefaut retrancher que ce qui cst devenu abusif. Mes raisonnemens donc
(a)De div. Psalmedia , Cap. 17. §. 3. Num. 1.
contre
45 MERCURE DE FRANCE
contre la Confrairie de sainte Cecile , ne
doivent pas être suspects : ce n'est que
pour le mieux , que j'exhorte ceux qui
s'y sont enrôlez , à considerer le deffaut
qui est dans leur choix ; afin que si dans
quelque Ville du Royaume ils sont heureusement d'assez bon goût pour y
choisir
un autre Patron , en même temps qu'on y
réforme le Breviaire , la justesse de leur
nouveau choix puisse ensuite s'étendre ailleurs de la même maniere que l'incongruité de l'ancien s'étoit fait place à la
faveur de la fable et de la fiction. Je
suis , & c.
Ce Samedy 20. Octobre, Fête de Saint
Aderald , Chanoine de votre Eglise.
Fermer
Résumé : LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
La lettre de M*** à M. H. Chanoine de l'Église Cathédrale de *** examine le choix de Sainte Cécile comme patronne des musiciens. L'auteur souligne que chaque profession devrait choisir un saint patron dont les vertus sont exemplaires et dont la fête est célébrée avec respect. Cependant, il critique certains choix de saints patrons faits de manière burlesque ou sans discernement. L'auteur mentionne que certaines professions, comme les médecins, ont des saints patrons bien définis, tandis que d'autres, comme les marchands, les laboureurs et les vignerons, pourraient bénéficier de saints patrons plus appropriés. Il note que les musiciens ont choisi Sainte Cécile en se basant sur une légende plutôt que sur des faits historiques avérés. Cette adoption remonte à environ un siècle et a été influencée par un office propre en son honneur et par des représentations iconographiques. La lettre critique ce choix, affirmant que les légendes sur Sainte Cécile sont remplies de miracles extraordinaires et de faits peu crédibles. L'auteur cite des historiens comme M. de Tillemont, le Père Garnier et M. Baillet, qui remettent en question l'authenticité des actes de Sainte Cécile. Il suggère que le choix de Sainte Cécile comme patronne des musiciens devrait être réévalué à la lumière des nouvelles connaissances historiques. Le texte discute également des réformes des bréviaires, où la légende de Sainte Cécile a été retirée, certains lui attribuant une simple commémoration ou une leçon courte. L'Office du 22 novembre a été réduit à trois leçons, dont deux tirées de la Sainte Écriture, entraînant la suppression des antiennes et répons propres, y compris l'antienne 'Cantantibus Organis'. L'auteur critique la représentation de Sainte Cécile avec un orgue, instrument qu'elle n'a jamais joué, et suggère de remplacer Sainte Cécile par d'autres saints plus appropriés, comme Saint Dunstan en Angleterre ou Saint Odon en France, qui avaient une réelle connexion avec la musique. Il mentionne également d'autres saints potentiels, comme Saint Nicier à Lyon, Saint Gal et Saint Priet à Clermont, et Saint Germain à Paris. L'auteur conclut en suggérant que les musiciens du Mans pourraient choisir Saint Aldric, un évêque connu pour son expertise en plain-chant, comme patron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
40
p. 2898-2900
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople, au commencement du mois dernier.
Début :
Après avoir été fort long-tems dans l'incertitude sur les affiares de Perse et sur les bruits [...]
Mots clefs :
Thamas, Constantinople, Royaume, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople, au commencement du mois dernier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople , an commencement du mois
dernier.
Près avoir été fort long-tems dans l'incertis
Arudesurlesaffaires de Perseet sur les bruits
confus et incertains qui couroient ici d'une nouvelle révolution arrivée dans ce Royaume , voici
enfin les dernieres nouvelles que l'on en a euës
par la voye de Bagdad , et qui ont été envoyées
à la Porte par Achmet- Pacha , Gouverneur de la
même Ville.
Lors du Traité de Paix qui fût fait entre le
Grand- Seigneur , et Chah- Thamas , ce dernier
Prince en donna connoissance à Thamas-KoulyKan , son premier Ministre , qui dans ce tems- là
étoit à la tête de ses Armées contre les Aghuans,
On dit qu'alors Thamas- Kouly Kan , soit parce
qu'il étoit bien aise de se préparer un prétexte
pour parvenir au projet qu'il méditoit , feignit
d'approuver ce Traité ; mais dans la suite , s'étant rapproché d'Ispaham à la tête de son ArII. Vol. méc ,
DECEMBRE. 1732. 2899 LYON
DE
née , il blâma publiquement Chah- Thamas , en 1893
l'accusant d'avoir fait une paix honteuse , et dit
ouvertement qu'il ne consentiroit jamais qu'E
rivan Tiflis , le reste de la Georgie , et les autres Places qui avoient été cédées aux Turcs , demeurassent entre leurs mains ; ces plaintes de la
part du premier Ministre , produisirent d'abord
entre le Souverain et lui quelque division , mais
les ménagemens que Schah Thamas étoit obligé
de garder avec un Sujet puissant et maître des
Troupes , le firent consentir à une réconciliation,
sous prétexte de laquelle Thamas Kouly- Kan
fut appellé à la Cour. Il s'y rendit avec plusieurs Officiers de son Armée ; mais la premiere
démarche qu'il fit en y arrivant , soutenu par les
Partisans qu'il avoit en grand nombre auprès de
Schah Thamas , fut de se saisir de la personne
de ce Prince. On ne sçait pas bien encore s'il l'a fait mourir , ou s'il s'est contenté de le faire
enfermer dans une prison , mais on assûre qu'il
a fait reconnoître pour Roi un jeune Enfant , fils
de Schah Thamas , et qu'il s'est fait nommer
lui- même Regent du Royaume , et Generalissime des Armées de Perse ; on ajoûte que c'est un
homme extrêmement belliqueux , d'un caractere
fort violent , qui paroît être dans le dessein d'enlever aux Turcs géneralement toutes les Conquêtes qu'ils ont faites sur les Persans, et qu'Achmet Pacha a écrit à la Porte , que le G. S. n'avoit point d'autre parti à prendre que de se préparer à cette Guerre , et se mettre lui- mêmeàla
tête de ses Troupes pour aller combattre en personne un si puissant ennemi.
Ces nouvelles ont donné lieu à un Conseil ;
auquel ont assisté tous les Ministres et les princi
paux Officiers de la Porte , et dans lequel il a été
II. Vol.
H dé
290 MERCURE DE FRANCE
déliberé que le G. S. écriroit des Lettres à tous
les Gouverneurs des Provinces de Perse , pour les
exciter à prendre les armes pour vanger leur Souverain légitime contre les entreprises de ce nouvel usurpateur , avec promesse de la part de
S, H. de les soutenir de toutes les forces de son
Empire dans une Guerre si juste.
dernier.
Près avoir été fort long-tems dans l'incertis
Arudesurlesaffaires de Perseet sur les bruits
confus et incertains qui couroient ici d'une nouvelle révolution arrivée dans ce Royaume , voici
enfin les dernieres nouvelles que l'on en a euës
par la voye de Bagdad , et qui ont été envoyées
à la Porte par Achmet- Pacha , Gouverneur de la
même Ville.
Lors du Traité de Paix qui fût fait entre le
Grand- Seigneur , et Chah- Thamas , ce dernier
Prince en donna connoissance à Thamas-KoulyKan , son premier Ministre , qui dans ce tems- là
étoit à la tête de ses Armées contre les Aghuans,
On dit qu'alors Thamas- Kouly Kan , soit parce
qu'il étoit bien aise de se préparer un prétexte
pour parvenir au projet qu'il méditoit , feignit
d'approuver ce Traité ; mais dans la suite , s'étant rapproché d'Ispaham à la tête de son ArII. Vol. méc ,
DECEMBRE. 1732. 2899 LYON
DE
née , il blâma publiquement Chah- Thamas , en 1893
l'accusant d'avoir fait une paix honteuse , et dit
ouvertement qu'il ne consentiroit jamais qu'E
rivan Tiflis , le reste de la Georgie , et les autres Places qui avoient été cédées aux Turcs , demeurassent entre leurs mains ; ces plaintes de la
part du premier Ministre , produisirent d'abord
entre le Souverain et lui quelque division , mais
les ménagemens que Schah Thamas étoit obligé
de garder avec un Sujet puissant et maître des
Troupes , le firent consentir à une réconciliation,
sous prétexte de laquelle Thamas Kouly- Kan
fut appellé à la Cour. Il s'y rendit avec plusieurs Officiers de son Armée ; mais la premiere
démarche qu'il fit en y arrivant , soutenu par les
Partisans qu'il avoit en grand nombre auprès de
Schah Thamas , fut de se saisir de la personne
de ce Prince. On ne sçait pas bien encore s'il l'a fait mourir , ou s'il s'est contenté de le faire
enfermer dans une prison , mais on assûre qu'il
a fait reconnoître pour Roi un jeune Enfant , fils
de Schah Thamas , et qu'il s'est fait nommer
lui- même Regent du Royaume , et Generalissime des Armées de Perse ; on ajoûte que c'est un
homme extrêmement belliqueux , d'un caractere
fort violent , qui paroît être dans le dessein d'enlever aux Turcs géneralement toutes les Conquêtes qu'ils ont faites sur les Persans, et qu'Achmet Pacha a écrit à la Porte , que le G. S. n'avoit point d'autre parti à prendre que de se préparer à cette Guerre , et se mettre lui- mêmeàla
tête de ses Troupes pour aller combattre en personne un si puissant ennemi.
Ces nouvelles ont donné lieu à un Conseil ;
auquel ont assisté tous les Ministres et les princi
paux Officiers de la Porte , et dans lequel il a été
II. Vol.
H dé
290 MERCURE DE FRANCE
déliberé que le G. S. écriroit des Lettres à tous
les Gouverneurs des Provinces de Perse , pour les
exciter à prendre les armes pour vanger leur Souverain légitime contre les entreprises de ce nouvel usurpateur , avec promesse de la part de
S, H. de les soutenir de toutes les forces de son
Empire dans une Guerre si juste.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople, au commencement du mois dernier.
La lettre de Constantinople décrit une révolution en Perse. Après une période d'incertitude, Achmet Pacha, Gouverneur de Bagdad, a confirmé ces événements. Lors du traité de paix entre le Grand Seigneur et Chah Thamas, ce dernier en informa Thamas-Kouly-Kan, son premier ministre. Thamas-Kouly-Kan feignit d'approuver le traité mais le critiqua ensuite, accusant Chah Thamas d'avoir fait une paix honteuse. Une réconciliation temporaire eut lieu, mais Thamas-Kouly-Kan emprisonna Chah Thamas à son arrivée à la cour. Il est incertain si Chah Thamas a été tué ou emprisonné. Thamas-Kouly-Kan a fait reconnaître un jeune fils de Chah Thamas comme roi et s'est proclamé régent et généralissime des armées de Perse. Connu pour son caractère belliqueux, il semble vouloir reconquérir les territoires perdus face aux Turcs. Achmet Pacha a informé la Porte de la nécessité de se préparer à la guerre. Un conseil à la Porte a décidé d'écrire aux gouverneurs des provinces persanes pour les inciter à se révolter contre l'usurpateur, avec le soutien de l'Empire ottoman.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 261-284
DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François, par M. Beneton de Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roi.
Début :
PREMIERE PARTIE. Depuis que les hommes poussés par l'ambition [...]
Mots clefs :
Père Martin, Enseignes militaires, Rois, Bannière, Église, Symboles, Guerre, Religion, Reliques, Français, Saints, Militaires, Étendards, Romains, Royaume, Drapeaux, Peuples, Dévotion, Figures, Protection, Armées
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François, par M. Beneton de Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roi.
DISSERTATION sur les Enseignes
Militaires des François , par M. Beneton
de Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roi.
PREMIERE PARTIE.
Dambition curent songé à dominer
les uns sur les autres , et qu'en conséquence
ils se furent assemblés en troupes
pour attaquer , ou pour se deffendre
ils prirent des marques militaires , soit
Epuis que les hommes poussés par
262 MERCURE DE FRANCE
en couleurs , soit en figures pour se reconnoître
dans les Combats , et ce sont
ces marques qu'on peut encore appeller
signes et symboles , qu'on a ensuite nom
més Enseignes , Drapeaux et Etendarts.
Chaque Nation regarda les siennes
avec un respect et une veneration infinie
, elles servoient à exciter en eux la
valeur et l'envie de bien faire , pour éviter
la honte de les laisser tomber en la
puissance de l'ennemi ; leur perte fut regardée
comme un affront insigne , et ceux
qui les portoient étoient punis de mort
quand ils les perdoient par négligence ou
par lâcheté.
Les Juifs eurent des Enseignes , chacu
ne des douze Tribus avoit la sienne d'une
couleur particuliere , et sur laquelle
étoit le Symbole , qui la désignoit,suivant
la Prophetie de Jacob.
Dans l'Ecriture , et en particulier dans
les Pseaumes , il est souvent parlé en ´un
sens allegorique du Lion de la Tribu de
Juda , du Navire de Zabulon , des Etoiles
ou du Firmament d'Isachar.
Du tems des Machabées les Drapeaux
Hebreux étoient chargés de quatre lettres
équivalentes à celles- ci , MCBI,
qui signifioient selon quelques Commentateurs
, quis sicut tn in Diis Domine ? La
force
FEVRIER. 1733. 253
force de la Guerre est dans le Seigneur
nul n'est égale à lui . Ce sont ces quatre
lettres qui firent donner le nom de Machabée
à la race de celui qui le premier
les fit mettre sur les Etendarts qu'il leva
pour la deffense de la vraie Religion .
C'était dès ces tems- là , et ça été toujours
depuis l'usage des Juifs , de faire des
noms artificiels avec les premieres` lettres
des differens mots qui doivent entrer
dans les noms propres . De là sont venus
les termes de Radaq , de Ralbag
de
Rambana , &c. pour Rabbi David Kimchi
, Rabbi Levi - ben- genson , et Rabbi
Moses ben-maïmon , qui semblent ne rien
signifier à ceux qui ne sçavent pas ces
sortes d'Anagrames; plusieurs autres semblables
mots, dont on a ignoré la veritable
signification , ont fourni aux Cabba
listes les noms qu'ils ont donné aux intelligences
superieures .
Semiramis , Reine des Assyriens étoit
appellée en langage du pays Chemirmor ,
mot qui signifioit aussi une Colombe
de-là vient que les Enseignes de cet Empite
étoient chargées de ces Oyseaux pour
conserver le souvenir de l'Heroïne , de
qui il tenoit son premier éclat ; et quand
les Prophetes exhortoient les Juifs à la
pénitence , ils les menaçoient de cette
Colom
264 MERCURE DE FRANCE
<
Colombe Assyrienne , comme du fleau
de la vengeance Divine le plus à crain
dre.
Semiramis pourroit bien être la Venus
de Phenicie , que les Poëtes nous représentent
sur un Char traîné par des Colombes.
Selon que les Peuples ont été plus ou
moins policés, ils ont aussi employé pour
Drapeaux , ou Etendarts , des choses plus
ou moins recherchées.
Les Romains dans les commencemens
se contentoient de mettre un paquet
d'herbes au bout d'une picque . On sçait
que les Tartares se sont servi de queues
de Cheval , ce qui est encore en usage
chez les Turcs.
Lorsqu'on découvrit l'Amérique , les
habitans de ces vastes contrées n'avoient
pour Enseignes que de grands bâtons ornés
de plumes d'Oyseaux qu'ils appelloient
Calumets.
Les Romains mitent ensuite au bout de
la picque des représentations d'animaux ,
comme celles du Loup , du Cheval , du
Sanglier , du Minotaure , &c. C'est Pline
( L. X. C. IV. ) qui nous l'apprend ,
et ses Commentateurs donnent pour la
plûpart des raisons politiques de ces usages
; ils prétendent, par exemple, que le
Mino
FEVRIER, 1733. 265
Minotaure devoit faire ressouvenir les
gens de Guerre de garder le silence sur les
Entreprises projettées , et ce seroit apparemment
dans cet esprit que Festus appelle
la principale vertu militaire , la Religion
du secret.
Je suis persuadé que tous les animaux
qui servoient d'Enseignes aux Romains
n'étoient que les signes emblématiques
des Divinitez de l'Etat, et c'est pour cela,
sans doute , que l'Aigle étant le Symbole
de Jupiter , le Consul Marius voulut.
qu'elle eut le premier rang parmi les Etendarts.
Les Romains alloient donc à la Guerre
avec ces Symboles de leur culte , et lors
qu'ils eurent pris la coûtume de déïfier
leurs Empereurs , les Portraits de ces Princes
formerent chez eux de nouveaux Etendarts
, qu'ils joignirent aux anciens. Le
respect que les Soldats rendoient à leurs
Enseignes montroit qu'ils les regardoient
comme quelque chose de sacré .
C'étoit devant elles que se faisoient les
Sermens de fidelité , et les engagemens du
Service Militaire ; on les prenoit à témoins
des Traitez de Paix , et des promesses
faites aux Etrangers , on les encençoit
, et on les honoroit de plusieurs
autres cerémonies de Religion.
Le
266 MERCURE DE FRANCE:
Le bois, ou le métail étoient les matieres
dont on faisoit les Enseignes , et pour
la forme elles étoient en Sculpture entiere
, ou en bas relief, dans des Médaillons
au-dessous desquelles pendoit en forme
de Banniere un petit morceau d'Etoffe
quarré , dont la couleur distinguoit
les Légions les unes des autres.
Il y avoit aussi des Drapeaux d'Etoffe
sans aucunes figures , et ils étoient de
differentes couleurs ; cela s'apprend par
la maniere que les Romains avoient d'enrôler
des Soldats dans les pressans besoins
.
Le Géneral que la République avoit
désigné pour commander l'Armée montoit
au Capitole ; là il élevoit deux de ses
Drapeaux , l'un rouge qui étoit la mar
que de l'Infanterie , l'autre bleu qui étoit
celle de la Cavalerie ; ensuite à haute
voix il prononçoit ces paroles : Que ceuse
qui aiment le salut de la République ne tarà
me suivre. dent
pas
Ceux qui vouloient aller à la Guerre
chacun, suivant son inclination de servir
à pied , ou à cheval , se rangeoient sous
l'un des deux Drapeaux , et cette maniere
de faire des levées extraordinaires se nom
moit évocation.
Jusqu'au tems de Constantin il n'y
·
et
FEVRIER. 1733. 267
eut point de changement dans les Enseignes
Romaines : mais alors le Christianisme
, qui s'établissoit par tout l'Empire,
y en apporta. Les , Aigles , et les Croix
allerent de compagnie ; il se fit un mêlange
des usages de la vieille Religion
avec ceux de la nouvelle , et les Fideles.
étant alors absolument désabusés des erreurs
du Paganisme , et se trouvant en
très-grand nombre dans les Armées de
Constantin , et de ses Successeurs , il n'y
avoit plus à craindre qu'ils prostituassent
leur adoration aux Symboles des anciennes
Divinitez , comme ils avoient fait
auparavant.
Par là s'introduisit une espèce d'indifférence
pour toutes sortes d'Etendarts , et
au milieu du Christianis me même on
retint ces Symboles , inventés autrefois
par les Payens , qu'on jugea toujours utiles
pour la distinction , et qui devenoient
sans conséquence pour des Soldats Chré
tiens , instruits , et constans dans leur
Religion
Les Empereurs depuis Constantin eurent
pour principale Enseigne de Guerre
le Labarum qui étoit une petite Banniere
de couleur de pourpre , sur laquelle
étoit brodé le Monograme de
CHRIST ,
228 MERCURE DE FRANCE
CHRIST, Signe adorable de notre Rédemp
tion .
*
Les autres Nations Etrangeres que les
Romains nous ont fait connoître avoient
aussi leurs Signes Militaires. Tacite nous
apprend que ceux des Germains étoient
Les figures des bêtes communes dans les
Forêts que les peuples habitoient , et selon
le Pere Martin , ces bêtes étoient aussi
les Symboles de leurs Divinitez . On sçait
que c'est de l'union de ces Peuples ligués
ensemble qu'a été formée la Nation Françoise
ce qui fit que cette Nation eut
pendant long- tems differens Symboles
sur ses Etendarts , on y voyoit des Lions ,
des Serpens et des Crapeaux .
Tout cela sert à expliquer la prétenduë
Prophetie de Sainte Hildegarde , qui dans
ses révélations , en parlant de la ruine de
Rome par les Nations de la Germanie
assûre que Dieu donnera aux Francs le
Camp des prostituez , et que le Lion brisera
l'Aigle avec le secours du Serpent.
Cela servira encore à faire voir que
dans le XII . siécle , où vivoit cette Sainte
, les François n'avoient pas perdu la
* Dom Jacques Martin , dans son Livre sur la
Religion des Gaulois.
con :
FEVRIER. 1733 269
connoissance de leurs anciens Symboles
militaires et sur quels fondemens nos
vieux Historiens ont crû que les premieres
Armes du Royaume avoient été des
Crapaux.
:
Quand les François entrerent dans les
Gaules , ils étoient déja partagés en deux,
branches , l'une dite des Ripuaires , et
l'autre des Sicambres. Chacune de ces
branches avoit son Symbole celui de
la premiere étoit l'Epée , qui désignoit
Mars , Dieu principal de la Nation ; et la
seconde avoit pour le sien une tête de
Boeuf , ou un Apis , Dieu des Egyptiens ,
dont une partie des Francs tiroit son
origine.
J'ai montré dans ma Dissertation sur .
l'origine des François , que Sesostris ayant
poussé ses Conquêtes jusqu'aux Palus méo-´
tides , laissa plusieurs Egyptiens et Cananéens
qui s'établirent dans ces Contrées
d'où ils se sont répandus en differens tems
dans la Pannonie , et jusques dans la Germanie
, après s'être mêlés avec les Scytes
, et d'autres Peuples Septentrionaux.
Le Tombeau de Childeric découvert au
siécle passé , et dans lequel se trouverent
plusieursTêtes d'Apis, prouve que leSymbole
de ce Dicu étoit un des signes militaires
des François ; ainsi les Fleurs de
D lys
>
270 MERCURE DE FRANCE
lys qui sont depuis long- tems le caracte→
re distinctif de notre Nation , pouvoient
être aussi- bien des Lotus Egyptiens que
des Iris , ou des Flambes des Marais de
Batavie.
L'Ecriture des premiers Empires étoit
en caracteres symboliques , Les Caldéens
et les Egyptiens avoient des hierogliphes
pour exprimer leurs pensées , et les termes
des Sciences qu'ils cultivoient , surtout
de l'Astronomie ; cela se prouve par
les figures d'animaux dont ils marquoient
les Constellations célestes , que nous mar
quons encore des mêmes figures depuis
eux .
Les grands Empires de l'Orient ont
conservé depuis leur fondation jusqu'à
présent des Symboles distinctifs.Les Turcs!
ont le Croissant , les Persans ont un
Lion surmonté d'un Soleil Levant.
Le principal Kam des Tartares a un
Hibou , l'Empereur de la Chine un Dragon
, et les Mandarins qui sont les
Grands de cet Empire , portent sur leurs
habits des figures d'Oyseaux , et d'animaux
pour distinguer les differentes classes
que composent ces Seigneurs , ce qui
fait la même distinction que font les
marques particulieres de chacun de nos
Ordres de Chevalerie,
Les
FEVRIER. 17330 271
Les François garderent les Symboles
dont je viens de parler jusqu'au tems de
Clovis ; mais ce Roi après sa conversion ,
profitant du conseil salutaire que lui avoit
donné S. Remy : Mitis depone colla sicam
ber : adora quod incendisti , incende quod
adorasti , d'adorer ce qu'il avoit brûlé
et de brûler ce qu'il avoit adoré , fit mettre
des Croix sur ses Etendarts , et donna
à ce Signe respectable de la Religion qu'il
venoit d'embrasser , la premiere place sur
tous les autres dont sa Nation s'étoit servi
jusqu'alors.
J'ai dit plus haut que les Romains regardoient
leurs Enseignes comme quelque
chose de sacré , ils n'étoient pas les
seuls qui fussent dans cet usage , les autres
Nations payennes l'avoient de même
, ce qui me donne occasion de distinguer
deux sortes de signes militaires , les
uns de dévotion , faits pour exciter la
pieté dans les Soldats , et pour les mieux
contenir par la vue de ces Signes misterieux
de la Religion qu'ils professoient.
Et les autres inventez pour exciter simplement
la valeur . Ainsi on portoit dans,
les Armées des marques sacrées , et des
marques d'honneurs ou de politique.
>
Cette distinction est de tous les tems ;
Dij ct
272 MERCURE DE FRANCE
&
et a été chez tous les Peuples qui n'alloient
point à la Guerre sans des objets visibles
de leur culte.
Les Perses adorateurs du Soleil y al
loient avec le feu perpetuel qu'ils entretenoient
soigneusement sur des Autels -portatifs
.
Les Israëlites depuis Moyse jusqu'au
tems des Rois, n'entreprenoient point de
Guerres que l'Arche d'Alliance ne fut
presque toujours portée , pour montrer
que c'étoit de l'ordre du Seigneur qu'ils
les entreprenoient et qu'ils mettoient en
lui toute leur confiance.
Les Empereurs Grecs faisoient porter
la vraie Croix de Jesus- Christ dans les
Armées destinées à combattre pour la
Religion , ce qui fit tomber plusieurs fois
cette sainte Relique au pouvoir de ses
ennemis . Tous les Souverains des Monarchies
qui se formerent des débris de l'Empire
Romain , si tôt qu'ils eurent embrassé
le Christianisme , se firent un devoir
de n'aller à la Guerre qu'avec des
Reliques , et principalement de celles des
Saints qu'ils reconnoissoient comme leurs
Apôtres , et dont ils se firent des Patrons
pour reclamer leurs secours dans les pres
sans besoins.
Les Gots du Royaume d'Arragon se
voyant
FÉVRIER. 1733. 273
voyant attaquez par Childebert Roi de
France , furent au-devant de lui avec les
Reliques de S. Vincent , pour obtenir
plus facilement la paix de ce Prince.
On portoit processionellement les Châsses
des Saints sur les murailles d'une Ville
assiegée , et les yeux de la foi faisoient
souvent appercevoir aux peuples, assiegez
ces saints Protecteurs en qui ils avoient
confiance , qui paroissoient armés pour
les deffendre .
Les Apôtres S. Pierre et S. Paul combatirent
visiblement pour le Pape saint
Léon , lors de l'irruption d'Attila ; et les
Chrétiens d'Espagne virent plusieurs fois
S. Jacques , l'épée à la main , leur aider à
repousser les Maures.
Il ne faut pas douter par tous ces exem →
ples que les Rois de France , Successeurs
de Clovis , n'ayent eu aussi le même usage
, et qu'outre les Enseignes chargées de
Croix , ces Princes ne fissent porter à la
Guerre des Châsses pleines de Reliques.
Auguste Galland , dans un Ouvrage
qu'il a composé sur le même sujet que je
traite , pour n'avoir pas senti la distinction
qu'il faut faire des Enseignes pieuses ,
de celles de pure politique , est tombé
dans l'erreur de croire que la Chape de
Diij S.
.
274 MERCURE DE FRANCE
S. Martin , portée autrefois dans les Armées
Françoises , étoit positivement le
Manteau de ce Saint , que l'on attachoit
à une picque pour en faire la principale
Enseigne. Débrouillons un peu ce que
c'étoit que cette Chape , et montrons
qu'elle étoit toute differente de ce qu'on
nommoit Enseigne principale , ou nationale
, et que si on lui veut conserver le
nom d'Enseigne , elle ne sera que du nombre
de celles que j'ai nommées sacrées
pour les distinguer des autres qui étoient
purement des Symboles propres à exciter.
la valeur & le courage .
Chaque Nation chrétienne en prenant
un Saint , pour reclamer sa protection auprès
de Dieu , en choisissoit ordinairement
un qui eut vêcu parmi eux , et à qui
elle fut redevable de sa conversion
cette raison auroit dû engager les François
à prendre pour Patron ,ou S. Irenée , ou
l'un des sept Evêques reconnus unanimement
pour les premiers Apôtres des Gaules
.
Mais comme il auroit été difficile de
s'accorder sur celui de ces Saints , qui auroit
merité la préférence , et que chaque
Province auroit voulu avoir le Saint de
qui elle tenoit la foi , on se détermina insensiblement
à faire choix de S. Martin
EvêFEVRIER.
1733 275
1
Evêque de Tours , dont le souvenir des
mérites éclatans se conservoit encore par
une tradition vivante , et par les miracles
qui s'opéroient à son Tombeau , qui
étoit devenu par là le lieu le plus saint, et
le plus fréquenté du Royaume , comme
nous l'apprenons de S. Grégoire , un de
ses Successeurs. La Ville de Tours étoit
le centre du Royaume , et une de ses
Villes capitales , tout cela acheva de déterminer
les François à regarder S. Martin
comme leur principal Patron , et à
lui donner le premier rang sur tous les
autres Saints Missionnaires , qui avoient
prêché la Foi en France.
Ce que je viens de dire n'est pas une
simple conjecture ; nos anciennes Histoires
font assez connoître que la dévotion
à S. Martin , étoit si grande dans les
premiers siècles de la Monarchie , qu'il
n'étoit appellé que le Saint et le tres - Saint,
sans autre addition de nom : Dominus ,
Sanctus Dominus , gloriosissimus Dominus ;
la mémoire de ce Saint devint en si grande
veneration par toute la France que
jour de sa Fête étoit l'Epoque du renouvellement
de toutes les affaires civiles :
c'est pourquoi l'on y joignoit les Festins , et
les Réjouissances publiques, comme pour
servir d'heureux présage de ce qui devoit
D iiij
le
ar276
MERCURE DE FRANCE
arriver pendant l'année. Les Grands Parlemens
ne s'assembloient que pendant
l'octave qui suivoit cette Fête.
La dévotion generale de tout le peuple
envers S. Martin , procura de si grands
biens à l'Eglise où étoit son Tombeau par
l'affluance des Pelerins qui y laissoient de
Riches offrandes , que lorsque cette Eglise
, qui étoit d'abord une Abbaye de
l'Ordre de S. Benoît , fut secularisée l'an
848. par l'Empereur Charles - le -Chauve ;
ce Prince , à l'exemple de ses Prédecesseurs
, se fit un devoir de s'en déclarer le
Protecteur, et peu de temps après il y mit
un Abbé laïc , pour en administrer le
temporel.
Tous les Souverains ont de droit la Garde
et la Protection des Grandes Eglises
de leurs Etats . Sans faire remonter l'origine
de ce droit à Constantin , je remarquerai
seulement que depuis que Pepin et
son Fils Charlemagne se furent rendus
les deffenseurs de l'Eglise Romaine contre
les Lombards , les Successeurs de ces deux
Princes ne crurent pas avilir leur dignité,
en y ajoutant quelquefois la qualité d'Avoué
des Eglises les plus celebres de leur
Royaume. Louis , Roy de Germanie , fut
Advoüé de l'Abbaye de S.Gal, en Suisse ,
et l'Empereur Othon I. de celle de Gemblou
, en Brabant,
Hus
FEVRIER . 1733 277
Hugues Capet étant monté sur le
Trône , se démit de la qualité d'Abbé
Laïc de S. Martin de Tours , que ses
Ancêtres avoient portée depuis le Prince
Robert le Fort , se réservant néanmoins
pour lui et ses Successcurs , le Titre de
Chanoine d'honneur, pour montrer qu'il
prétendoit toujours conserver le droit de
Protection , que les Rois , ses Prédeces
seurs avoient voulu avoir sur cette fameuse
Abbaye.
Les premiers de nos Monarques qui s'obligerent
par piété , à proteger l'Abbaye
de S. Martin , pour montrer publiquement
que la dévotion étoit le seul motif
qui les engageoit , mirent la Banniere de
cette Abbaye au nombre de leurs Enseignes
generales , et par là cette Banniere ,
qui n'auroit dû paroître que dans les occasions
où il falloit soûtenir le temporel
de l'Abbaye , ayant été portée dans toutes
les grandes Expeditions que nos Rois
entreprirent , elle devint bien-tôt la prin
cipale Enseigne de la Nation .
La dévotion de nos Princes envers saint
Martin ne se borna pas là ; mais par une
suite de l'ancien usage , toutes les fois que
la Banniere de ce Saint alloit à l'Armée ,
elle étoit suivie des Reliques du Saint
même ; on ne trouvera rien d'extraordi-
D v naire
278 MERCURE DE FRANCE
naire dans cette pratique , si on se souvient
des exemples que j'ai donnez cy dessus ,
elle se perpetua tant que durerent les
Guerres contre Is Sarasins et les Normands
, qui ravagerent la France pendant
les 8,5 et 10 siécles . Ces Gurres étant
toutes des Guerres de Religion , on sentoit
alors mieux que dans tout autre
temps , combien on avoit besoin des secours
du Ciel , et de l'intercession des
Saints Patrons pour les obtenir. -
On ignoreroit entierement ce que c'étoit
que ces Reliques de S. Martin , portées
à l'Armée , sans une des Formules de la
Collection de Marculfe , qui nous apprend
que nos Rois avoient toujours près d'eux
un Oratoire ou Châsse qui contenoit en
tr'autres Reliques , des Vêtemens de S.
Martin ; que cet Oratoire nommé Cappa
Sanci Martini , suivoit par tout les Rois,
et sur tout à l'Armée , et qu'on avoit coutume
de faire jurer dessus ceux qui vouloient
se purger des crimes dont ils étoient
accusés.
Le mot de Châsse dérivé de celui de
Capsa , présente toujours l'idée d'une
chos qui couvre , ou qui en renferme
une autres ainsi on peut dire également
des Reliques enchassées , ou enchappées.
Dans la suite ces Châsses ou Chappes ,
que
FEVRIER . 1733 279
que l'on portoit dans les voyages furent
appellées Chapelles ; on disoit la Messe
dessus dans les Campemens ; la Coutu
me de l'Eglise ayant toujours été d'offrir
le Sacrifice sur les Reliques des Saints , et
les Prêtres qui désservoient ces Chapelles
furent nommez Chapellains . Valafrid
Strabon confirme ce que j'avance , et dit
en termes précis , que le Titre de Chapelain
fut donné à ceux qui portoient la
Chappe de S. Martin , et les autres Reliques
; preuve entiere que par ce mot de
Chapelle , il ne s'agit que de Reliquaires
portés par des Prêtres destinés à ces
fonctions , et non pas d'un Etendart qui
ne doit être porté que par gens en état de
le deffendre.
Quand le Clergé d'une Eglise recevoit un
Avoué , ou un Abbé Laïc , ce n'étoit
point en lui présentant les ornemens
convenables au Sacerdoce . Un Abbé ,
Prêtre , étoit investi par la Crosse et l'Anneau
; pour l'Avoué il ne l'étoit que par
la Banniere de l'Eglise qu'on lui mettoit
à la main .
Le Pape Leon II. avant que de couronner
l'Empereur Charlemagne , l'établit
Deffenseur du Patrimoine de Saint
Pierre , en lui mettant en main l'Etendart
des Saints Apôtres , ou le Gonfalon
D vj de
280 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglise , et de la Ville de Rome. Les
Comtes d'Auvergne prirent pour Armorries
la Banniere de l'Eglise de Brioude ,
depuis qu'ils eurent la protection de cette
Eglise .
Cette idée de protection a passé des
choses Saintes dans les Civiles ; et delà est
venu que dans plusieurs Républiques , le
Chef en est nommé Gonfaloniers qualité
Sinonime à celle de Protecteur et de
Conservateur des libertés du Peuple.
あ
Toutes les Cérémonies d'Eglise ayant
quelque chose d'auguste et de vénérable,
de-là les Deffenseurs de ces Eglises , qui
n'auroient dû se servir des Bannieres Écclésiastiques
que dans les occasions où il
s'agissoit de deffendre les biens du Saint
auquel ils étoient vouez . Ils ne laisserent
pas de se servir de ces Bannieres dans les
Guerres , qui ne les regardoient que directement
; ainsi par cette raison ( que j'al
déja dite ) les Rois de France faisoient
porter dans toutes leurs Guerres la Banniere
de S.Martin , et honoroient de cette
commission le premier Officier de leur
Couronne , pour montrer l'estime et le
respect qu'ils avoient pour cette Banniere
.
La dignité de Maire du Palais ayant été
éteinte avec la premiere Race de nos
Rois,
FEVRIER. 1733. 281
-
Rois , le premier Officier de la Couronne
étoit le Grand - Sénéchal. Lorsque la
Banniere de S. Martin devint l'Enseigne
principale de la Nation , cette importan
tante Charge , qui étoit la premiere da
Royaume , depuis qu'il n'y avoit plus de
Maire duPalais ,étoit possedée par lesComtes
d'Anjou ; ce qui fit que ces Comtes fu
rent les premiers honorez de la Dignité
de Porte Banniere de S.Martin , qui étoit
fa même chose que Grand- Enseigne de la
Couronne.
Les trois Dignités de Comte , de Sénéchal
, et de Porte Enseigne n'étoient
entrées dans cette Maison que par commission
, comme l'étoient sous les deux
premieres Races toutes les Dignités de
PEtat ; mais ces Comtes , à l'exemple des
autres Grands Vassaux , ayant retenu ces
trois Charges à titre héréditaire , ils prétendirent
avoir acquis par là le droit de
Conprotection sur l'Eglise de S. Martin ;
et les derniers Rois de la seconde Race
ayant négligé de le leur contester , il s'en
mirent si- bien en possession , qu'ils commirent
à leur tour d'autres Gentilhommes
, comme les Seigneurs de Preüilly et
de Partenay , pour porter en leur nom la
Banniere de S. Martin .
Toutes ces nouveautés ne trouverent
point
282 MERCURE DE FRANCE
point d'obstacle dans leur éxécution ,
parce que les Rois de la troisiéme Race
n'ayant plus que la Suseraineté de l'Anjou
, de la Touraine , et des Provinces
voisines , ils se choisirent un autre S. Patron
plus près du lieu de leur demeure ;
pour n'être pas obligés d'en aller cher
cher un dans des Païs dont ils n'avoient
plus la domination en entier ; cela fit diminuer
peu à peu la dévotion envers Saint
Martin , sur tout dans les Provinces qui
resterent immédiatement soumises à la
Couronne ; et nos Rois , depuis Hugues-
Caper, ayant fixé leur séjour à Paris . Saint
Denis , Patron de leur Capitale , le fut
bien- tôt de tout le Royaume.
Avant que de finir cette premiere Partie
de ma Dissertation , je ferai encore remarquer
que si Auguste Galland avoit
bien examiné lesPassages dont il s'est servî
pour prouver que la Chappe de S. Martin
étoit une Enseigne de Guerre , il auroit
trouvé dans le Rituel même de cette
Eglise , ( qu'il cite souvent ) des preuves
contraires a son sentiment.
Ce Rituel , en parlant des prérogatives
de distinction que les Comtes d'Anjou
avoient sur l'Abbaïe de S. Martin , marque
celle- ci : Ipse habet vexillum beati
Martini quotiens vadit in bello. Aux autres
1
FEVRIER. 1733. 283
tres endroits de ce Rituel le mot de
Vexillum y est toujours employé quand il
s'agit de quelque Acte Militaire ; et celui
de Cappa n'est emploïé que pour les Actions
purement Ecclésiastiques .
Comment ne pas sentir que ces deux
mots signifioient deux choses differèn
tes ? Er comment de Sçavans Critiques,
ont - ils pû être incertains sur ce que l'on
devoit entendre par la Chappe de S. Mar
tins et pancher à croire que c'étoit un
Manteau qui servoit d'Eténdart ? Une
pareille opinion est bonne à faire croire
apocriphe l'Histoire de la Chemise du
Sultan Saladin , qui après la mort de ce
Sultan , fut mise ( dit on ) au bout d'une
Pique , et promenée par toute son Ar
mée , pendant qu'un Hérault qui préce
doit , crioit à haute voix : Voici tout ce
qui reste de ce grand Homme Les Historiens
qui ont suivi Galland dans son erreur
, ne l'ont fait que pour n'avoir pas
sçu les doubles Symboles Militaires dont
on se servoit dans les Armées, et quisont
l'origine de ce qui se pratique encore en
donnant l'Ordre , ou le mot du Guet , à
la Guerre , ou dans les Villes fermées , qui
est de mettre ensemble le nom d'un Saint
et le nom d'une Ville , comme S. George
et Vandôme , &c,
An284
MERCURE
DE FRANCE
Anciennement quand les Comtes et les
Barons menoient leurs Vassaux à la Guerre
, chacun de ces Seigneurs avoit son cri
particulier , pour ranimer le courage de sa
Troupe dans les dangers , et pour faciliter
le raliement dans une déroute ; ce cri
militaire étoit , ou le nom de famille du
Chef de la Troupe , ou un mot pris à sa
fantaisie , auquel on joignoit souvent le
nom d'un Saint à qui le Chef avoit dé
votion.Comme
Notre - Dame de Chartres,
pour les Comtes de Champagne ;et Montjoye
, S. Denis. Ce dernier cri étoit celui
des Rois de France. J'en donnerai
l'explication dans la seconde partie de
cette Dissertation , en continuant de parler
des Enseignes Militaires des François,
et sur tout du fameux Oriflamme , sur
lequel j'ai à dire des choses nouvelles .
Militaires des François , par M. Beneton
de Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roi.
PREMIERE PARTIE.
Dambition curent songé à dominer
les uns sur les autres , et qu'en conséquence
ils se furent assemblés en troupes
pour attaquer , ou pour se deffendre
ils prirent des marques militaires , soit
Epuis que les hommes poussés par
262 MERCURE DE FRANCE
en couleurs , soit en figures pour se reconnoître
dans les Combats , et ce sont
ces marques qu'on peut encore appeller
signes et symboles , qu'on a ensuite nom
més Enseignes , Drapeaux et Etendarts.
Chaque Nation regarda les siennes
avec un respect et une veneration infinie
, elles servoient à exciter en eux la
valeur et l'envie de bien faire , pour éviter
la honte de les laisser tomber en la
puissance de l'ennemi ; leur perte fut regardée
comme un affront insigne , et ceux
qui les portoient étoient punis de mort
quand ils les perdoient par négligence ou
par lâcheté.
Les Juifs eurent des Enseignes , chacu
ne des douze Tribus avoit la sienne d'une
couleur particuliere , et sur laquelle
étoit le Symbole , qui la désignoit,suivant
la Prophetie de Jacob.
Dans l'Ecriture , et en particulier dans
les Pseaumes , il est souvent parlé en ´un
sens allegorique du Lion de la Tribu de
Juda , du Navire de Zabulon , des Etoiles
ou du Firmament d'Isachar.
Du tems des Machabées les Drapeaux
Hebreux étoient chargés de quatre lettres
équivalentes à celles- ci , MCBI,
qui signifioient selon quelques Commentateurs
, quis sicut tn in Diis Domine ? La
force
FEVRIER. 1733. 253
force de la Guerre est dans le Seigneur
nul n'est égale à lui . Ce sont ces quatre
lettres qui firent donner le nom de Machabée
à la race de celui qui le premier
les fit mettre sur les Etendarts qu'il leva
pour la deffense de la vraie Religion .
C'était dès ces tems- là , et ça été toujours
depuis l'usage des Juifs , de faire des
noms artificiels avec les premieres` lettres
des differens mots qui doivent entrer
dans les noms propres . De là sont venus
les termes de Radaq , de Ralbag
de
Rambana , &c. pour Rabbi David Kimchi
, Rabbi Levi - ben- genson , et Rabbi
Moses ben-maïmon , qui semblent ne rien
signifier à ceux qui ne sçavent pas ces
sortes d'Anagrames; plusieurs autres semblables
mots, dont on a ignoré la veritable
signification , ont fourni aux Cabba
listes les noms qu'ils ont donné aux intelligences
superieures .
Semiramis , Reine des Assyriens étoit
appellée en langage du pays Chemirmor ,
mot qui signifioit aussi une Colombe
de-là vient que les Enseignes de cet Empite
étoient chargées de ces Oyseaux pour
conserver le souvenir de l'Heroïne , de
qui il tenoit son premier éclat ; et quand
les Prophetes exhortoient les Juifs à la
pénitence , ils les menaçoient de cette
Colom
264 MERCURE DE FRANCE
<
Colombe Assyrienne , comme du fleau
de la vengeance Divine le plus à crain
dre.
Semiramis pourroit bien être la Venus
de Phenicie , que les Poëtes nous représentent
sur un Char traîné par des Colombes.
Selon que les Peuples ont été plus ou
moins policés, ils ont aussi employé pour
Drapeaux , ou Etendarts , des choses plus
ou moins recherchées.
Les Romains dans les commencemens
se contentoient de mettre un paquet
d'herbes au bout d'une picque . On sçait
que les Tartares se sont servi de queues
de Cheval , ce qui est encore en usage
chez les Turcs.
Lorsqu'on découvrit l'Amérique , les
habitans de ces vastes contrées n'avoient
pour Enseignes que de grands bâtons ornés
de plumes d'Oyseaux qu'ils appelloient
Calumets.
Les Romains mitent ensuite au bout de
la picque des représentations d'animaux ,
comme celles du Loup , du Cheval , du
Sanglier , du Minotaure , &c. C'est Pline
( L. X. C. IV. ) qui nous l'apprend ,
et ses Commentateurs donnent pour la
plûpart des raisons politiques de ces usages
; ils prétendent, par exemple, que le
Mino
FEVRIER, 1733. 265
Minotaure devoit faire ressouvenir les
gens de Guerre de garder le silence sur les
Entreprises projettées , et ce seroit apparemment
dans cet esprit que Festus appelle
la principale vertu militaire , la Religion
du secret.
Je suis persuadé que tous les animaux
qui servoient d'Enseignes aux Romains
n'étoient que les signes emblématiques
des Divinitez de l'Etat, et c'est pour cela,
sans doute , que l'Aigle étant le Symbole
de Jupiter , le Consul Marius voulut.
qu'elle eut le premier rang parmi les Etendarts.
Les Romains alloient donc à la Guerre
avec ces Symboles de leur culte , et lors
qu'ils eurent pris la coûtume de déïfier
leurs Empereurs , les Portraits de ces Princes
formerent chez eux de nouveaux Etendarts
, qu'ils joignirent aux anciens. Le
respect que les Soldats rendoient à leurs
Enseignes montroit qu'ils les regardoient
comme quelque chose de sacré .
C'étoit devant elles que se faisoient les
Sermens de fidelité , et les engagemens du
Service Militaire ; on les prenoit à témoins
des Traitez de Paix , et des promesses
faites aux Etrangers , on les encençoit
, et on les honoroit de plusieurs
autres cerémonies de Religion.
Le
266 MERCURE DE FRANCE:
Le bois, ou le métail étoient les matieres
dont on faisoit les Enseignes , et pour
la forme elles étoient en Sculpture entiere
, ou en bas relief, dans des Médaillons
au-dessous desquelles pendoit en forme
de Banniere un petit morceau d'Etoffe
quarré , dont la couleur distinguoit
les Légions les unes des autres.
Il y avoit aussi des Drapeaux d'Etoffe
sans aucunes figures , et ils étoient de
differentes couleurs ; cela s'apprend par
la maniere que les Romains avoient d'enrôler
des Soldats dans les pressans besoins
.
Le Géneral que la République avoit
désigné pour commander l'Armée montoit
au Capitole ; là il élevoit deux de ses
Drapeaux , l'un rouge qui étoit la mar
que de l'Infanterie , l'autre bleu qui étoit
celle de la Cavalerie ; ensuite à haute
voix il prononçoit ces paroles : Que ceuse
qui aiment le salut de la République ne tarà
me suivre. dent
pas
Ceux qui vouloient aller à la Guerre
chacun, suivant son inclination de servir
à pied , ou à cheval , se rangeoient sous
l'un des deux Drapeaux , et cette maniere
de faire des levées extraordinaires se nom
moit évocation.
Jusqu'au tems de Constantin il n'y
·
et
FEVRIER. 1733. 267
eut point de changement dans les Enseignes
Romaines : mais alors le Christianisme
, qui s'établissoit par tout l'Empire,
y en apporta. Les , Aigles , et les Croix
allerent de compagnie ; il se fit un mêlange
des usages de la vieille Religion
avec ceux de la nouvelle , et les Fideles.
étant alors absolument désabusés des erreurs
du Paganisme , et se trouvant en
très-grand nombre dans les Armées de
Constantin , et de ses Successeurs , il n'y
avoit plus à craindre qu'ils prostituassent
leur adoration aux Symboles des anciennes
Divinitez , comme ils avoient fait
auparavant.
Par là s'introduisit une espèce d'indifférence
pour toutes sortes d'Etendarts , et
au milieu du Christianis me même on
retint ces Symboles , inventés autrefois
par les Payens , qu'on jugea toujours utiles
pour la distinction , et qui devenoient
sans conséquence pour des Soldats Chré
tiens , instruits , et constans dans leur
Religion
Les Empereurs depuis Constantin eurent
pour principale Enseigne de Guerre
le Labarum qui étoit une petite Banniere
de couleur de pourpre , sur laquelle
étoit brodé le Monograme de
CHRIST ,
228 MERCURE DE FRANCE
CHRIST, Signe adorable de notre Rédemp
tion .
*
Les autres Nations Etrangeres que les
Romains nous ont fait connoître avoient
aussi leurs Signes Militaires. Tacite nous
apprend que ceux des Germains étoient
Les figures des bêtes communes dans les
Forêts que les peuples habitoient , et selon
le Pere Martin , ces bêtes étoient aussi
les Symboles de leurs Divinitez . On sçait
que c'est de l'union de ces Peuples ligués
ensemble qu'a été formée la Nation Françoise
ce qui fit que cette Nation eut
pendant long- tems differens Symboles
sur ses Etendarts , on y voyoit des Lions ,
des Serpens et des Crapeaux .
Tout cela sert à expliquer la prétenduë
Prophetie de Sainte Hildegarde , qui dans
ses révélations , en parlant de la ruine de
Rome par les Nations de la Germanie
assûre que Dieu donnera aux Francs le
Camp des prostituez , et que le Lion brisera
l'Aigle avec le secours du Serpent.
Cela servira encore à faire voir que
dans le XII . siécle , où vivoit cette Sainte
, les François n'avoient pas perdu la
* Dom Jacques Martin , dans son Livre sur la
Religion des Gaulois.
con :
FEVRIER. 1733 269
connoissance de leurs anciens Symboles
militaires et sur quels fondemens nos
vieux Historiens ont crû que les premieres
Armes du Royaume avoient été des
Crapaux.
:
Quand les François entrerent dans les
Gaules , ils étoient déja partagés en deux,
branches , l'une dite des Ripuaires , et
l'autre des Sicambres. Chacune de ces
branches avoit son Symbole celui de
la premiere étoit l'Epée , qui désignoit
Mars , Dieu principal de la Nation ; et la
seconde avoit pour le sien une tête de
Boeuf , ou un Apis , Dieu des Egyptiens ,
dont une partie des Francs tiroit son
origine.
J'ai montré dans ma Dissertation sur .
l'origine des François , que Sesostris ayant
poussé ses Conquêtes jusqu'aux Palus méo-´
tides , laissa plusieurs Egyptiens et Cananéens
qui s'établirent dans ces Contrées
d'où ils se sont répandus en differens tems
dans la Pannonie , et jusques dans la Germanie
, après s'être mêlés avec les Scytes
, et d'autres Peuples Septentrionaux.
Le Tombeau de Childeric découvert au
siécle passé , et dans lequel se trouverent
plusieursTêtes d'Apis, prouve que leSymbole
de ce Dicu étoit un des signes militaires
des François ; ainsi les Fleurs de
D lys
>
270 MERCURE DE FRANCE
lys qui sont depuis long- tems le caracte→
re distinctif de notre Nation , pouvoient
être aussi- bien des Lotus Egyptiens que
des Iris , ou des Flambes des Marais de
Batavie.
L'Ecriture des premiers Empires étoit
en caracteres symboliques , Les Caldéens
et les Egyptiens avoient des hierogliphes
pour exprimer leurs pensées , et les termes
des Sciences qu'ils cultivoient , surtout
de l'Astronomie ; cela se prouve par
les figures d'animaux dont ils marquoient
les Constellations célestes , que nous mar
quons encore des mêmes figures depuis
eux .
Les grands Empires de l'Orient ont
conservé depuis leur fondation jusqu'à
présent des Symboles distinctifs.Les Turcs!
ont le Croissant , les Persans ont un
Lion surmonté d'un Soleil Levant.
Le principal Kam des Tartares a un
Hibou , l'Empereur de la Chine un Dragon
, et les Mandarins qui sont les
Grands de cet Empire , portent sur leurs
habits des figures d'Oyseaux , et d'animaux
pour distinguer les differentes classes
que composent ces Seigneurs , ce qui
fait la même distinction que font les
marques particulieres de chacun de nos
Ordres de Chevalerie,
Les
FEVRIER. 17330 271
Les François garderent les Symboles
dont je viens de parler jusqu'au tems de
Clovis ; mais ce Roi après sa conversion ,
profitant du conseil salutaire que lui avoit
donné S. Remy : Mitis depone colla sicam
ber : adora quod incendisti , incende quod
adorasti , d'adorer ce qu'il avoit brûlé
et de brûler ce qu'il avoit adoré , fit mettre
des Croix sur ses Etendarts , et donna
à ce Signe respectable de la Religion qu'il
venoit d'embrasser , la premiere place sur
tous les autres dont sa Nation s'étoit servi
jusqu'alors.
J'ai dit plus haut que les Romains regardoient
leurs Enseignes comme quelque
chose de sacré , ils n'étoient pas les
seuls qui fussent dans cet usage , les autres
Nations payennes l'avoient de même
, ce qui me donne occasion de distinguer
deux sortes de signes militaires , les
uns de dévotion , faits pour exciter la
pieté dans les Soldats , et pour les mieux
contenir par la vue de ces Signes misterieux
de la Religion qu'ils professoient.
Et les autres inventez pour exciter simplement
la valeur . Ainsi on portoit dans,
les Armées des marques sacrées , et des
marques d'honneurs ou de politique.
>
Cette distinction est de tous les tems ;
Dij ct
272 MERCURE DE FRANCE
&
et a été chez tous les Peuples qui n'alloient
point à la Guerre sans des objets visibles
de leur culte.
Les Perses adorateurs du Soleil y al
loient avec le feu perpetuel qu'ils entretenoient
soigneusement sur des Autels -portatifs
.
Les Israëlites depuis Moyse jusqu'au
tems des Rois, n'entreprenoient point de
Guerres que l'Arche d'Alliance ne fut
presque toujours portée , pour montrer
que c'étoit de l'ordre du Seigneur qu'ils
les entreprenoient et qu'ils mettoient en
lui toute leur confiance.
Les Empereurs Grecs faisoient porter
la vraie Croix de Jesus- Christ dans les
Armées destinées à combattre pour la
Religion , ce qui fit tomber plusieurs fois
cette sainte Relique au pouvoir de ses
ennemis . Tous les Souverains des Monarchies
qui se formerent des débris de l'Empire
Romain , si tôt qu'ils eurent embrassé
le Christianisme , se firent un devoir
de n'aller à la Guerre qu'avec des
Reliques , et principalement de celles des
Saints qu'ils reconnoissoient comme leurs
Apôtres , et dont ils se firent des Patrons
pour reclamer leurs secours dans les pres
sans besoins.
Les Gots du Royaume d'Arragon se
voyant
FÉVRIER. 1733. 273
voyant attaquez par Childebert Roi de
France , furent au-devant de lui avec les
Reliques de S. Vincent , pour obtenir
plus facilement la paix de ce Prince.
On portoit processionellement les Châsses
des Saints sur les murailles d'une Ville
assiegée , et les yeux de la foi faisoient
souvent appercevoir aux peuples, assiegez
ces saints Protecteurs en qui ils avoient
confiance , qui paroissoient armés pour
les deffendre .
Les Apôtres S. Pierre et S. Paul combatirent
visiblement pour le Pape saint
Léon , lors de l'irruption d'Attila ; et les
Chrétiens d'Espagne virent plusieurs fois
S. Jacques , l'épée à la main , leur aider à
repousser les Maures.
Il ne faut pas douter par tous ces exem →
ples que les Rois de France , Successeurs
de Clovis , n'ayent eu aussi le même usage
, et qu'outre les Enseignes chargées de
Croix , ces Princes ne fissent porter à la
Guerre des Châsses pleines de Reliques.
Auguste Galland , dans un Ouvrage
qu'il a composé sur le même sujet que je
traite , pour n'avoir pas senti la distinction
qu'il faut faire des Enseignes pieuses ,
de celles de pure politique , est tombé
dans l'erreur de croire que la Chape de
Diij S.
.
274 MERCURE DE FRANCE
S. Martin , portée autrefois dans les Armées
Françoises , étoit positivement le
Manteau de ce Saint , que l'on attachoit
à une picque pour en faire la principale
Enseigne. Débrouillons un peu ce que
c'étoit que cette Chape , et montrons
qu'elle étoit toute differente de ce qu'on
nommoit Enseigne principale , ou nationale
, et que si on lui veut conserver le
nom d'Enseigne , elle ne sera que du nombre
de celles que j'ai nommées sacrées
pour les distinguer des autres qui étoient
purement des Symboles propres à exciter.
la valeur & le courage .
Chaque Nation chrétienne en prenant
un Saint , pour reclamer sa protection auprès
de Dieu , en choisissoit ordinairement
un qui eut vêcu parmi eux , et à qui
elle fut redevable de sa conversion
cette raison auroit dû engager les François
à prendre pour Patron ,ou S. Irenée , ou
l'un des sept Evêques reconnus unanimement
pour les premiers Apôtres des Gaules
.
Mais comme il auroit été difficile de
s'accorder sur celui de ces Saints , qui auroit
merité la préférence , et que chaque
Province auroit voulu avoir le Saint de
qui elle tenoit la foi , on se détermina insensiblement
à faire choix de S. Martin
EvêFEVRIER.
1733 275
1
Evêque de Tours , dont le souvenir des
mérites éclatans se conservoit encore par
une tradition vivante , et par les miracles
qui s'opéroient à son Tombeau , qui
étoit devenu par là le lieu le plus saint, et
le plus fréquenté du Royaume , comme
nous l'apprenons de S. Grégoire , un de
ses Successeurs. La Ville de Tours étoit
le centre du Royaume , et une de ses
Villes capitales , tout cela acheva de déterminer
les François à regarder S. Martin
comme leur principal Patron , et à
lui donner le premier rang sur tous les
autres Saints Missionnaires , qui avoient
prêché la Foi en France.
Ce que je viens de dire n'est pas une
simple conjecture ; nos anciennes Histoires
font assez connoître que la dévotion
à S. Martin , étoit si grande dans les
premiers siècles de la Monarchie , qu'il
n'étoit appellé que le Saint et le tres - Saint,
sans autre addition de nom : Dominus ,
Sanctus Dominus , gloriosissimus Dominus ;
la mémoire de ce Saint devint en si grande
veneration par toute la France que
jour de sa Fête étoit l'Epoque du renouvellement
de toutes les affaires civiles :
c'est pourquoi l'on y joignoit les Festins , et
les Réjouissances publiques, comme pour
servir d'heureux présage de ce qui devoit
D iiij
le
ar276
MERCURE DE FRANCE
arriver pendant l'année. Les Grands Parlemens
ne s'assembloient que pendant
l'octave qui suivoit cette Fête.
La dévotion generale de tout le peuple
envers S. Martin , procura de si grands
biens à l'Eglise où étoit son Tombeau par
l'affluance des Pelerins qui y laissoient de
Riches offrandes , que lorsque cette Eglise
, qui étoit d'abord une Abbaye de
l'Ordre de S. Benoît , fut secularisée l'an
848. par l'Empereur Charles - le -Chauve ;
ce Prince , à l'exemple de ses Prédecesseurs
, se fit un devoir de s'en déclarer le
Protecteur, et peu de temps après il y mit
un Abbé laïc , pour en administrer le
temporel.
Tous les Souverains ont de droit la Garde
et la Protection des Grandes Eglises
de leurs Etats . Sans faire remonter l'origine
de ce droit à Constantin , je remarquerai
seulement que depuis que Pepin et
son Fils Charlemagne se furent rendus
les deffenseurs de l'Eglise Romaine contre
les Lombards , les Successeurs de ces deux
Princes ne crurent pas avilir leur dignité,
en y ajoutant quelquefois la qualité d'Avoué
des Eglises les plus celebres de leur
Royaume. Louis , Roy de Germanie , fut
Advoüé de l'Abbaye de S.Gal, en Suisse ,
et l'Empereur Othon I. de celle de Gemblou
, en Brabant,
Hus
FEVRIER . 1733 277
Hugues Capet étant monté sur le
Trône , se démit de la qualité d'Abbé
Laïc de S. Martin de Tours , que ses
Ancêtres avoient portée depuis le Prince
Robert le Fort , se réservant néanmoins
pour lui et ses Successcurs , le Titre de
Chanoine d'honneur, pour montrer qu'il
prétendoit toujours conserver le droit de
Protection , que les Rois , ses Prédeces
seurs avoient voulu avoir sur cette fameuse
Abbaye.
Les premiers de nos Monarques qui s'obligerent
par piété , à proteger l'Abbaye
de S. Martin , pour montrer publiquement
que la dévotion étoit le seul motif
qui les engageoit , mirent la Banniere de
cette Abbaye au nombre de leurs Enseignes
generales , et par là cette Banniere ,
qui n'auroit dû paroître que dans les occasions
où il falloit soûtenir le temporel
de l'Abbaye , ayant été portée dans toutes
les grandes Expeditions que nos Rois
entreprirent , elle devint bien-tôt la prin
cipale Enseigne de la Nation .
La dévotion de nos Princes envers saint
Martin ne se borna pas là ; mais par une
suite de l'ancien usage , toutes les fois que
la Banniere de ce Saint alloit à l'Armée ,
elle étoit suivie des Reliques du Saint
même ; on ne trouvera rien d'extraordi-
D v naire
278 MERCURE DE FRANCE
naire dans cette pratique , si on se souvient
des exemples que j'ai donnez cy dessus ,
elle se perpetua tant que durerent les
Guerres contre Is Sarasins et les Normands
, qui ravagerent la France pendant
les 8,5 et 10 siécles . Ces Gurres étant
toutes des Guerres de Religion , on sentoit
alors mieux que dans tout autre
temps , combien on avoit besoin des secours
du Ciel , et de l'intercession des
Saints Patrons pour les obtenir. -
On ignoreroit entierement ce que c'étoit
que ces Reliques de S. Martin , portées
à l'Armée , sans une des Formules de la
Collection de Marculfe , qui nous apprend
que nos Rois avoient toujours près d'eux
un Oratoire ou Châsse qui contenoit en
tr'autres Reliques , des Vêtemens de S.
Martin ; que cet Oratoire nommé Cappa
Sanci Martini , suivoit par tout les Rois,
et sur tout à l'Armée , et qu'on avoit coutume
de faire jurer dessus ceux qui vouloient
se purger des crimes dont ils étoient
accusés.
Le mot de Châsse dérivé de celui de
Capsa , présente toujours l'idée d'une
chos qui couvre , ou qui en renferme
une autres ainsi on peut dire également
des Reliques enchassées , ou enchappées.
Dans la suite ces Châsses ou Chappes ,
que
FEVRIER . 1733 279
que l'on portoit dans les voyages furent
appellées Chapelles ; on disoit la Messe
dessus dans les Campemens ; la Coutu
me de l'Eglise ayant toujours été d'offrir
le Sacrifice sur les Reliques des Saints , et
les Prêtres qui désservoient ces Chapelles
furent nommez Chapellains . Valafrid
Strabon confirme ce que j'avance , et dit
en termes précis , que le Titre de Chapelain
fut donné à ceux qui portoient la
Chappe de S. Martin , et les autres Reliques
; preuve entiere que par ce mot de
Chapelle , il ne s'agit que de Reliquaires
portés par des Prêtres destinés à ces
fonctions , et non pas d'un Etendart qui
ne doit être porté que par gens en état de
le deffendre.
Quand le Clergé d'une Eglise recevoit un
Avoué , ou un Abbé Laïc , ce n'étoit
point en lui présentant les ornemens
convenables au Sacerdoce . Un Abbé ,
Prêtre , étoit investi par la Crosse et l'Anneau
; pour l'Avoué il ne l'étoit que par
la Banniere de l'Eglise qu'on lui mettoit
à la main .
Le Pape Leon II. avant que de couronner
l'Empereur Charlemagne , l'établit
Deffenseur du Patrimoine de Saint
Pierre , en lui mettant en main l'Etendart
des Saints Apôtres , ou le Gonfalon
D vj de
280 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglise , et de la Ville de Rome. Les
Comtes d'Auvergne prirent pour Armorries
la Banniere de l'Eglise de Brioude ,
depuis qu'ils eurent la protection de cette
Eglise .
Cette idée de protection a passé des
choses Saintes dans les Civiles ; et delà est
venu que dans plusieurs Républiques , le
Chef en est nommé Gonfaloniers qualité
Sinonime à celle de Protecteur et de
Conservateur des libertés du Peuple.
あ
Toutes les Cérémonies d'Eglise ayant
quelque chose d'auguste et de vénérable,
de-là les Deffenseurs de ces Eglises , qui
n'auroient dû se servir des Bannieres Écclésiastiques
que dans les occasions où il
s'agissoit de deffendre les biens du Saint
auquel ils étoient vouez . Ils ne laisserent
pas de se servir de ces Bannieres dans les
Guerres , qui ne les regardoient que directement
; ainsi par cette raison ( que j'al
déja dite ) les Rois de France faisoient
porter dans toutes leurs Guerres la Banniere
de S.Martin , et honoroient de cette
commission le premier Officier de leur
Couronne , pour montrer l'estime et le
respect qu'ils avoient pour cette Banniere
.
La dignité de Maire du Palais ayant été
éteinte avec la premiere Race de nos
Rois,
FEVRIER. 1733. 281
-
Rois , le premier Officier de la Couronne
étoit le Grand - Sénéchal. Lorsque la
Banniere de S. Martin devint l'Enseigne
principale de la Nation , cette importan
tante Charge , qui étoit la premiere da
Royaume , depuis qu'il n'y avoit plus de
Maire duPalais ,étoit possedée par lesComtes
d'Anjou ; ce qui fit que ces Comtes fu
rent les premiers honorez de la Dignité
de Porte Banniere de S.Martin , qui étoit
fa même chose que Grand- Enseigne de la
Couronne.
Les trois Dignités de Comte , de Sénéchal
, et de Porte Enseigne n'étoient
entrées dans cette Maison que par commission
, comme l'étoient sous les deux
premieres Races toutes les Dignités de
PEtat ; mais ces Comtes , à l'exemple des
autres Grands Vassaux , ayant retenu ces
trois Charges à titre héréditaire , ils prétendirent
avoir acquis par là le droit de
Conprotection sur l'Eglise de S. Martin ;
et les derniers Rois de la seconde Race
ayant négligé de le leur contester , il s'en
mirent si- bien en possession , qu'ils commirent
à leur tour d'autres Gentilhommes
, comme les Seigneurs de Preüilly et
de Partenay , pour porter en leur nom la
Banniere de S. Martin .
Toutes ces nouveautés ne trouverent
point
282 MERCURE DE FRANCE
point d'obstacle dans leur éxécution ,
parce que les Rois de la troisiéme Race
n'ayant plus que la Suseraineté de l'Anjou
, de la Touraine , et des Provinces
voisines , ils se choisirent un autre S. Patron
plus près du lieu de leur demeure ;
pour n'être pas obligés d'en aller cher
cher un dans des Païs dont ils n'avoient
plus la domination en entier ; cela fit diminuer
peu à peu la dévotion envers Saint
Martin , sur tout dans les Provinces qui
resterent immédiatement soumises à la
Couronne ; et nos Rois , depuis Hugues-
Caper, ayant fixé leur séjour à Paris . Saint
Denis , Patron de leur Capitale , le fut
bien- tôt de tout le Royaume.
Avant que de finir cette premiere Partie
de ma Dissertation , je ferai encore remarquer
que si Auguste Galland avoit
bien examiné lesPassages dont il s'est servî
pour prouver que la Chappe de S. Martin
étoit une Enseigne de Guerre , il auroit
trouvé dans le Rituel même de cette
Eglise , ( qu'il cite souvent ) des preuves
contraires a son sentiment.
Ce Rituel , en parlant des prérogatives
de distinction que les Comtes d'Anjou
avoient sur l'Abbaïe de S. Martin , marque
celle- ci : Ipse habet vexillum beati
Martini quotiens vadit in bello. Aux autres
1
FEVRIER. 1733. 283
tres endroits de ce Rituel le mot de
Vexillum y est toujours employé quand il
s'agit de quelque Acte Militaire ; et celui
de Cappa n'est emploïé que pour les Actions
purement Ecclésiastiques .
Comment ne pas sentir que ces deux
mots signifioient deux choses differèn
tes ? Er comment de Sçavans Critiques,
ont - ils pû être incertains sur ce que l'on
devoit entendre par la Chappe de S. Mar
tins et pancher à croire que c'étoit un
Manteau qui servoit d'Eténdart ? Une
pareille opinion est bonne à faire croire
apocriphe l'Histoire de la Chemise du
Sultan Saladin , qui après la mort de ce
Sultan , fut mise ( dit on ) au bout d'une
Pique , et promenée par toute son Ar
mée , pendant qu'un Hérault qui préce
doit , crioit à haute voix : Voici tout ce
qui reste de ce grand Homme Les Historiens
qui ont suivi Galland dans son erreur
, ne l'ont fait que pour n'avoir pas
sçu les doubles Symboles Militaires dont
on se servoit dans les Armées, et quisont
l'origine de ce qui se pratique encore en
donnant l'Ordre , ou le mot du Guet , à
la Guerre , ou dans les Villes fermées , qui
est de mettre ensemble le nom d'un Saint
et le nom d'une Ville , comme S. George
et Vandôme , &c,
An284
MERCURE
DE FRANCE
Anciennement quand les Comtes et les
Barons menoient leurs Vassaux à la Guerre
, chacun de ces Seigneurs avoit son cri
particulier , pour ranimer le courage de sa
Troupe dans les dangers , et pour faciliter
le raliement dans une déroute ; ce cri
militaire étoit , ou le nom de famille du
Chef de la Troupe , ou un mot pris à sa
fantaisie , auquel on joignoit souvent le
nom d'un Saint à qui le Chef avoit dé
votion.Comme
Notre - Dame de Chartres,
pour les Comtes de Champagne ;et Montjoye
, S. Denis. Ce dernier cri étoit celui
des Rois de France. J'en donnerai
l'explication dans la seconde partie de
cette Dissertation , en continuant de parler
des Enseignes Militaires des François,
et sur tout du fameux Oriflamme , sur
lequel j'ai à dire des choses nouvelles .
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Résumé : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François, par M. Beneton de Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roi.
La dissertation de M. Beneton de Perrin, ancien gendarme de la Garde du Roi, explore l'histoire des enseignes militaires des Français. Les enseignes, initialement des marques militaires sous forme de couleurs ou de figures, servaient à reconnaître les troupes sur le champ de bataille. Chaque nation vénérait ses enseignes, et leur perte était considérée comme un affront majeur. Les Juifs, par exemple, avaient des enseignes spécifiques pour chaque tribu, et les drapeaux des Machabées portaient les lettres MCBI, symbolisant la force divine. Les enseignes variaient selon les cultures : les Romains utilisaient des paquets d'herbes ou des représentations d'animaux, tandis que les Tartares et les Turcs employaient des queues de cheval. Les Amérindiens utilisaient des calumets ornés de plumes. Après l'adoption du christianisme, les Romains intégrèrent des symboles chrétiens comme le labarum, une bannière pourpre avec le monogramme de Christ. Les Français, issus de l'union de divers peuples germains, avaient des symboles variés comme des lions, des serpents et des crapauds. Après la conversion de Clovis, les croix furent ajoutées aux enseignes. Les enseignes étaient souvent considérées comme sacrées et servaient à exciter la piété et la valeur des soldats. Les Perses, les Israélites et les Empereurs grecs portaient également des symboles religieux lors des combats. Les reliques et les bannières saintes étaient couramment utilisées dans les armées chrétiennes. Les Goths d'Arragon portaient les reliques de Saint Vincent pour obtenir la paix face à Childebert, roi de France. Les chrétiens voyaient souvent leurs saints protecteurs armés pour les défendre. Les Apôtres Saint Pierre et Saint Paul combattirent pour le pape Saint Léon contre Attila, et Saint Jacques aida les chrétiens d'Espagne contre les Maures. En France, les rois successeurs de Clovis portaient des châsses pleines de reliques à la guerre. Les nations chrétiennes choisissaient souvent un saint local comme protecteur. Les Français adoptèrent Saint Martin de Tours, dont le tombeau était un lieu de pèlerinage important. La dévotion à Saint Martin était si grande que son jour de fête marquait le renouvellement des affaires civiles et les réjouissances publiques. Les souverains avaient le droit de protéger les grandes églises de leurs États. Les rois francs, comme Pépin et Charlemagne, se déclarèrent défenseurs de l'Église romaine et protecteurs des abbayes célèbres. La bannière de Saint Martin devint l'enseigne principale de la nation française, portée dans toutes les grandes expéditions. Elle était accompagnée des reliques du saint, surtout lors des guerres contre les Sarrasins et les Normands. Les rois avaient un oratoire contenant des vêtements de Saint Martin, utilisé pour les serments. Les chapelles, dérivées du mot 'chape' (reliquaire), étaient des lieux de messe dans les campements. Les chapelains étaient les prêtres chargés de porter les reliques. Les défenseurs des églises utilisaient les bannières ecclésiastiques même dans les guerres non directement liées à la défense des biens saints. Les cris de ralliement étaient également utilisés pour encourager les troupes et faciliter le ralliement en cas de déroute. Ces cris pouvaient être le nom de famille du chef ou un mot de son choix, souvent accompagné du nom d'un saint auquel le chef était dévot. Par exemple, les Comtes de Champagne utilisaient 'Notre-Dame de Chartres', et les Rois de France utilisaient 'Montjoye' et 'Saint-Denis'. L'auteur prévoit d'expliquer davantage les enseignes militaires des Français, notamment l'Oriflamme, dans une seconde partie de sa dissertation.
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42
p. 1868-1870
POLOGNE.
Début :
Le Primat et le Sénat prennent des mesures pour que la République puisse mettre une [...]
Mots clefs :
République, Royaume, Noblesse, Liberté, Nation, Sénat, Prérogatives, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
E Primat et le Sénat prennent des mesures
pour que la République puisse mettre une
Armée considerable sur pied le mois prochain ;
on fait des levées dans tout le Royaume , et le
Régimentaire de la Couronne a reçû ordre de
faire prendre les armes à la trentiéme partie des
habitans du Pays qui ne sont pas Gentilshommes
, et qui sont en état de servir . La Noblesse
est
A O UST. 1733. 1869.
est prête aussi à monter à cheval , et elle parofe
résolue à deffendre jusqu'à la derniere extrémité
ses prérogatives contre les entreprises des Puissances
qui y voudroient donner atteinte.
On a fait avancer des Troupes sur les
Frontieres de Silesie , et elles doivent entrer dans
cette Province , si les Troupes Imperiales marchent
en Pologne.
Le 22. Juillet , le Primat remit au Comte de
Wilsech , la réponse à la déclaration que ce Ministre
lui avoit faite le 20. Juin de la part de
l'Empereur. Cette réponse contient que le Pri
mat et le Sénat n'ayant eu d'autre vûë que de
conserver l'union parmi la Noblesse et d'assurer '
sa liberté , et n'ayant fait depuis la mort du feu
Roy , aucune démarche qui ne tendît à ce but
ils ont lieu d'être surpris qu'on essaye de rendre,
leurs intentions suspectes à la Nation ; que c'est
faire une injure sensible à la Noblesse Polonoise .
que d'avancer qu'il y ait dans un Corps si jaloux
de ses prérogatives , quelqu'un qui ose impunément
entreprendre de contraindre les suffrages ,
employer pour cet effet les menaces et même la
violence , et qui fait dépendre les Déliberations
publiques de sa volonté particuliere ; que la République
verra toujours avec plaisir les Puissan
ces voisines la proteger , lorsque cette protection ,
ne deviendra pas une oppression , et que sous
prétexte de vouloir que la Nation soit libre , on
ne cherchera pas à lui ôter sa liberté , en se rendant
l'Arbitre et l'Interprete des Loix et des
Constitutions du Royaume ; qu'il appartient
aux seuls Polonois de les maintenir , de les abroger
ou de les interpreter ; et que comme ils ne
sont obligez de consulter aucune Puissance
Etrangere lorsqu'ils jugent à propos d'établir
quel
1370 MERCURE DE FRANCE
quelque nouvelle Loi dans leur Pays , ils n'ont
pas besoin du consentement d'aucun de leurs '
voisins pour déroger aux anciennes , quand ils
croyent que les circonstances le demandent ; que
si l'Empereur veut sincerement deffendre la liberté
de la Nation , c'est - à- dire , lui conserver le
droit d'être seule l'Arbitre et l'Interprete de ses
Loix , Sa Majesté Impériale satisfera en mêmetemps
à ce qu'elle se doit à elle-mê ‹ne , à
qu'elle doit à une République qui depuis longtemps
est son alliée , et qu'un dessein si conforme
aux regles de la justice , et si avantageux
au Royaume , excitera une sincere reconnoissance
dans les coeurs de tous les Polonois zelez
pour le bien public .
E Primat et le Sénat prennent des mesures
pour que la République puisse mettre une
Armée considerable sur pied le mois prochain ;
on fait des levées dans tout le Royaume , et le
Régimentaire de la Couronne a reçû ordre de
faire prendre les armes à la trentiéme partie des
habitans du Pays qui ne sont pas Gentilshommes
, et qui sont en état de servir . La Noblesse
est
A O UST. 1733. 1869.
est prête aussi à monter à cheval , et elle parofe
résolue à deffendre jusqu'à la derniere extrémité
ses prérogatives contre les entreprises des Puissances
qui y voudroient donner atteinte.
On a fait avancer des Troupes sur les
Frontieres de Silesie , et elles doivent entrer dans
cette Province , si les Troupes Imperiales marchent
en Pologne.
Le 22. Juillet , le Primat remit au Comte de
Wilsech , la réponse à la déclaration que ce Ministre
lui avoit faite le 20. Juin de la part de
l'Empereur. Cette réponse contient que le Pri
mat et le Sénat n'ayant eu d'autre vûë que de
conserver l'union parmi la Noblesse et d'assurer '
sa liberté , et n'ayant fait depuis la mort du feu
Roy , aucune démarche qui ne tendît à ce but
ils ont lieu d'être surpris qu'on essaye de rendre,
leurs intentions suspectes à la Nation ; que c'est
faire une injure sensible à la Noblesse Polonoise .
que d'avancer qu'il y ait dans un Corps si jaloux
de ses prérogatives , quelqu'un qui ose impunément
entreprendre de contraindre les suffrages ,
employer pour cet effet les menaces et même la
violence , et qui fait dépendre les Déliberations
publiques de sa volonté particuliere ; que la République
verra toujours avec plaisir les Puissan
ces voisines la proteger , lorsque cette protection ,
ne deviendra pas une oppression , et que sous
prétexte de vouloir que la Nation soit libre , on
ne cherchera pas à lui ôter sa liberté , en se rendant
l'Arbitre et l'Interprete des Loix et des
Constitutions du Royaume ; qu'il appartient
aux seuls Polonois de les maintenir , de les abroger
ou de les interpreter ; et que comme ils ne
sont obligez de consulter aucune Puissance
Etrangere lorsqu'ils jugent à propos d'établir
quel
1370 MERCURE DE FRANCE
quelque nouvelle Loi dans leur Pays , ils n'ont
pas besoin du consentement d'aucun de leurs '
voisins pour déroger aux anciennes , quand ils
croyent que les circonstances le demandent ; que
si l'Empereur veut sincerement deffendre la liberté
de la Nation , c'est - à- dire , lui conserver le
droit d'être seule l'Arbitre et l'Interprete de ses
Loix , Sa Majesté Impériale satisfera en mêmetemps
à ce qu'elle se doit à elle-mê ‹ne , à
qu'elle doit à une République qui depuis longtemps
est son alliée , et qu'un dessein si conforme
aux regles de la justice , et si avantageux
au Royaume , excitera une sincere reconnoissance
dans les coeurs de tous les Polonois zelez
pour le bien public .
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Résumé : POLOGNE.
En 1733, en Pologne, le Primat et le Sénat entreprennent de lever une armée importante. Des levées sont organisées dans tout le royaume, et le Régimentaire de la Couronne doit armer un tiers des habitants non nobles aptes au service. La noblesse se prépare à défendre ses prérogatives contre les ingérences étrangères. Des troupes sont déployées aux frontières de Silésie, prêtes à intervenir si les forces impériales pénètrent en Pologne. Le 22 juillet, le Primat remet au Comte de Wilsech la réponse à une déclaration faite par ce ministre le 20 juin au nom de l'Empereur. La réponse souligne que le Primat et le Sénat ont toujours cherché à préserver l'union et la liberté au sein de la noblesse. Ils expriment leur surprise face aux suspicions sur leurs intentions et rejettent les accusations de contrainte ou de violence dans les délibérations publiques. La République polonaise affirme son droit de maintenir, abroger ou interpréter ses lois sans ingérence étrangère. Elle invite l'Empereur à défendre sincèrement la liberté de la nation en respectant son autonomie législative et constitutionnelle.
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43
p. 2251-2255
MANIFESTE que les Etats de la République de Pologne, assemblez en Diette pour l'Election d'un Roy, ont publié à l'occasion de l'entrée des Troupes Russiennes dans le Grand-Duché de Lithuanie.
Début :
NOUS, les Sénateurs Spirituels et Séculiers, et toute la Noblesse de la Couronne de Pologne [...]
Mots clefs :
Élection, Royaume, République, Troupes étrangères, Libre, Patrie, Sang, Puissances, Grand-duché de Lituanie, Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE que les Etats de la République de Pologne, assemblez en Diette pour l'Election d'un Roy, ont publié à l'occasion de l'entrée des Troupes Russiennes dans le Grand-Duché de Lithuanie.
MANIFESTE que les Etats de la
République de Pologne , assemblez en
Diette pour l'Election d'un Roy , one
publié à l'occasion de l'entrée des
Troupes Russiennes dans le Grand-
Duché de Lithuanie.
No
OUS , les Sénateurs Spirituels et Séculiers;
er toute la Noblesse de la Couronne de Polo-
Ene et du Grand-Duché de Lithuanie , voulant
derniser à jamais une Procedure aussi injuste , que
2262 MERCURE DE FRANCE
elle de l'entrée des Russiens , sçavoir faisons par la
Présente , a tous un chacun .
Nous avons toujours observé inviolablement es
saintement les Traitez d'Alliance et d'Amitié avec
les très - illustres Puissances voisines. Dans la derniere
Diette generale de Convocation , nous avons
non- seulement confirmé ces Traitez , mais nous y
avons donné , tant en notre nom , qu'au nom de
nos très - illustres Rois , les assurances les plus fortes
que nous entretiendrions religieusement et avecj oye
une amitié sincere avec lesdites Puissances .
Notre intention n'a jamais été de causer le moindre
préjudice à nos Voisins ; nous en prenons à témoin
le Grand-Dieu , notre Juge suprême : Nous
sommes assemblz ici au lieu ordinaire, entre Vvarsovie
et vola,selon l'ancienne pratique en usage depuis
le Regne du très- illustre Roy Sigismond Auguste ,
conformement aux Loix fondamentales et Constitutions
du Royaume et en vertu de nos Privileges et
des Pacta Conventa , faits avec nos très-illustres
Rois , afin d'y preceder d'un suffrage libre et una-
Aime , et de notre propre mouvement et volonté , à
l'Election d'un Roy , ainsi qu'il appartient à une
Nation libre , qui ne veut être contrainte ni dépendre
de qui que ce soit ; nous avons commencé pour
cet effet nos déliberations , en će qui regarde l'Election
et les affaires de notre Royaume, et nous l'avons
fait jusqu'à présent d'une maniere paisible , n'ayant
ni guerre ni aucun differend avec qui que ce soit, et
ne voulant pas nous méler des affaires étrangeres,
Mais comme nous avons appris que l'Armée de
la très-illustre Czarienne est entrée en Lithuanie es
qu'elle poursuit sa marche vers les Frontieres de
Pologne , dans le dessein d'opprimer , sous un pou
voir arbitraire notre libre Election , indépendante
de qui que ce soit; de violenter le premier et le plus
autheng
OCTOBRE. 17337 2253
Authentique de nos droits , qui est celui de l'Election;
de violer les Pacta et les Traitez conclus cy -devant
et en particulier celui du Pruth , de maîtriser notre
Patrie exempte de tout reproche , d'y faire couler des
ruisseaux de sang et de soüiller notre Pais d'un sang
innocent ; nous ne pouvons plus nous retenir ni nous
empêcher de manifester devant Dieu , les Puissances
voisines et le Monde entier , les injustices et les
violences qu'on commet envers nous , au moyen d'u
ne procedure aussi illégale que celle de l'entrée desdites
Troupes Czariennes dans ce Royaume , sans
que nous y ayons donné le moindre sujet , et qui no
rend qu'a ravager notre Pays par des attentats injustes
, et à opprimer les droits incontestables d'une
ibre Election , acquis par nos Ancêtres au prix de
feur sang et reconnus de tout temps par les Puissances
voisines,
- Nous nous adressons à tous les Potentats , et nous
Leur déclarons par la Présente , que notre intention
n'étant pas d'agir offensivement ( Dieu en est témoin )
nous avons résolu , selon le droit naturel , et permis
à un chacun pour sa propre deffense , de sacrifier notre
sang, nos vies et tout ce qui est en notre pouvoir
, à l'exemple de nos Ancêtres , pour le maintien
d'une Prérogative et d'un droit aussi précieux
que celui d'une libre Election , et d'appeller à notre
secours celui dont la vengeance poursuit les coupables
et dont la justice prend la defense des innocens
et les maintient dans leurs Droits , Libertez et Pré-
Kogatives : Ultima pro nobis vibrabit fulmina celum
, enfin le Ciel lancerases foudres en notre faveur.
par ··Comme nous avons appris , tant les Manifestes
des Moscovites, que par la voix publique , qu'il
se trouve quelques Membres de la République , tanı
de l'Ordre Ecclesiastique que de l'Ordre Séculier,
qui
254 MERCURE DE FRANCE
qui ont appellé lesdites Troupes étrangeres pour op➡
primer avec violence et à main armée la libre Elec
tion et troubler la tranquillité, tant interieure qu'exserieure
de la Patrie, la République les regarde com
me de veritables Monstres dégénérez de leur Race,
et une engeance de Vipere dénaturée et déchaînée
contre leur propre Mere ; Elle les desavoie et les
raye du Livre des vivans et de ceux qui sont éle
wex dans l'état de liberté , comme des gens indignes
de ce précieux gage ; elle les retranche et sépare du
Corps de la République comme des Membres pourris
et infectez du feu d'une rage infernale ; elle les déseste
comme des enfans illegitimes, qui n'appartienment
pas à l'héritage de leur commune Mere, parse
qu'ils ont osé lever leurs mains cruelles contre
elle. Elle les déclare ennemis de la Patrie , rebelles
infâmes et invindicabilia Capita , ainsi que tous
seux qui à l'avenir pourront les aller joindre , enwretenir
correspondance avec eux , ou qui les assisseront
directement ou indirectement , ces sortes de
gens étant véritablement des exnemis capitaux de
la Patrie, puisqu'ils ont entrepris d'y introduire des
Troupes ennemies et de l'inonder d'un Déluge da
sang et de larmes.
Les Etats de la République s'engagent de s'élever
Contre un tel ou tels , quelqu'en puisse être le
nombre ; de se saisir de leurs biens et de ceux de
Beurs Successeurs , pour les joindre au fisc , et s'em
servir ensuite pour dédommager ceux dont les biens
auront été ravagez par les Troupes étrangeres ,
introduites dans le Royaume d'une maniere så
impie.
La maison dans laquelle un tel ou tels ont habité,
sera razée, pour une marque éternelle de leur
trahison ; on ne leur accordera point d'Amnistie,
ils ne pourrons jamais être réhabilitez dans
Lesn
OCTOBRE. 1733. 2255
Teur précédente égalité ; leurs femmes même se
vont privées de leurs Privileges et prerogatives.
S'i arrive qu'un Evêque soit du nombre de tels
Sujets , il sera frustré de sa dignité , autorité et ac-
Sivité dans les Assemblées publiques , et les revenus
de ses biens seront mis en sequestre jusqu'à une dér
ision définitive à cet égard.
Il est expressément stipulé qu'aucun Evêque ni
Sénateur Séculier , ne pourra pendant ce temps de
rouble , sortir du Royaume ou envoyer quelqu'un
dans les Pays Etrangers , sous les peines portées cy
dessus contre les Rebelles , outre la confiscation de
ses biens et la perte de ses Charges , et ceux qui se
Prouveront actuellement hors du Royaume , seront
obligez d'y revenir sous les mêmes peines.
A cet effet , nous avons signé le présent Manifesta
dans tous ses points et clauses ; et si quelqu'un des
Evêques , Sénateurs , Ministres ou des Membres de
la Noblesse des deux Nations refusede le signerrfpa
reillement, il sera tenu , ipso facto , pour ennemi de
Ja Patrie. Fait au Camp Electoral , entre Vvar
sovie et Vvola, le 4. Septembre 1733.
République de Pologne , assemblez en
Diette pour l'Election d'un Roy , one
publié à l'occasion de l'entrée des
Troupes Russiennes dans le Grand-
Duché de Lithuanie.
No
OUS , les Sénateurs Spirituels et Séculiers;
er toute la Noblesse de la Couronne de Polo-
Ene et du Grand-Duché de Lithuanie , voulant
derniser à jamais une Procedure aussi injuste , que
2262 MERCURE DE FRANCE
elle de l'entrée des Russiens , sçavoir faisons par la
Présente , a tous un chacun .
Nous avons toujours observé inviolablement es
saintement les Traitez d'Alliance et d'Amitié avec
les très - illustres Puissances voisines. Dans la derniere
Diette generale de Convocation , nous avons
non- seulement confirmé ces Traitez , mais nous y
avons donné , tant en notre nom , qu'au nom de
nos très - illustres Rois , les assurances les plus fortes
que nous entretiendrions religieusement et avecj oye
une amitié sincere avec lesdites Puissances .
Notre intention n'a jamais été de causer le moindre
préjudice à nos Voisins ; nous en prenons à témoin
le Grand-Dieu , notre Juge suprême : Nous
sommes assemblz ici au lieu ordinaire, entre Vvarsovie
et vola,selon l'ancienne pratique en usage depuis
le Regne du très- illustre Roy Sigismond Auguste ,
conformement aux Loix fondamentales et Constitutions
du Royaume et en vertu de nos Privileges et
des Pacta Conventa , faits avec nos très-illustres
Rois , afin d'y preceder d'un suffrage libre et una-
Aime , et de notre propre mouvement et volonté , à
l'Election d'un Roy , ainsi qu'il appartient à une
Nation libre , qui ne veut être contrainte ni dépendre
de qui que ce soit ; nous avons commencé pour
cet effet nos déliberations , en će qui regarde l'Election
et les affaires de notre Royaume, et nous l'avons
fait jusqu'à présent d'une maniere paisible , n'ayant
ni guerre ni aucun differend avec qui que ce soit, et
ne voulant pas nous méler des affaires étrangeres,
Mais comme nous avons appris que l'Armée de
la très-illustre Czarienne est entrée en Lithuanie es
qu'elle poursuit sa marche vers les Frontieres de
Pologne , dans le dessein d'opprimer , sous un pou
voir arbitraire notre libre Election , indépendante
de qui que ce soit; de violenter le premier et le plus
autheng
OCTOBRE. 17337 2253
Authentique de nos droits , qui est celui de l'Election;
de violer les Pacta et les Traitez conclus cy -devant
et en particulier celui du Pruth , de maîtriser notre
Patrie exempte de tout reproche , d'y faire couler des
ruisseaux de sang et de soüiller notre Pais d'un sang
innocent ; nous ne pouvons plus nous retenir ni nous
empêcher de manifester devant Dieu , les Puissances
voisines et le Monde entier , les injustices et les
violences qu'on commet envers nous , au moyen d'u
ne procedure aussi illégale que celle de l'entrée desdites
Troupes Czariennes dans ce Royaume , sans
que nous y ayons donné le moindre sujet , et qui no
rend qu'a ravager notre Pays par des attentats injustes
, et à opprimer les droits incontestables d'une
ibre Election , acquis par nos Ancêtres au prix de
feur sang et reconnus de tout temps par les Puissances
voisines,
- Nous nous adressons à tous les Potentats , et nous
Leur déclarons par la Présente , que notre intention
n'étant pas d'agir offensivement ( Dieu en est témoin )
nous avons résolu , selon le droit naturel , et permis
à un chacun pour sa propre deffense , de sacrifier notre
sang, nos vies et tout ce qui est en notre pouvoir
, à l'exemple de nos Ancêtres , pour le maintien
d'une Prérogative et d'un droit aussi précieux
que celui d'une libre Election , et d'appeller à notre
secours celui dont la vengeance poursuit les coupables
et dont la justice prend la defense des innocens
et les maintient dans leurs Droits , Libertez et Pré-
Kogatives : Ultima pro nobis vibrabit fulmina celum
, enfin le Ciel lancerases foudres en notre faveur.
par ··Comme nous avons appris , tant les Manifestes
des Moscovites, que par la voix publique , qu'il
se trouve quelques Membres de la République , tanı
de l'Ordre Ecclesiastique que de l'Ordre Séculier,
qui
254 MERCURE DE FRANCE
qui ont appellé lesdites Troupes étrangeres pour op➡
primer avec violence et à main armée la libre Elec
tion et troubler la tranquillité, tant interieure qu'exserieure
de la Patrie, la République les regarde com
me de veritables Monstres dégénérez de leur Race,
et une engeance de Vipere dénaturée et déchaînée
contre leur propre Mere ; Elle les desavoie et les
raye du Livre des vivans et de ceux qui sont éle
wex dans l'état de liberté , comme des gens indignes
de ce précieux gage ; elle les retranche et sépare du
Corps de la République comme des Membres pourris
et infectez du feu d'une rage infernale ; elle les déseste
comme des enfans illegitimes, qui n'appartienment
pas à l'héritage de leur commune Mere, parse
qu'ils ont osé lever leurs mains cruelles contre
elle. Elle les déclare ennemis de la Patrie , rebelles
infâmes et invindicabilia Capita , ainsi que tous
seux qui à l'avenir pourront les aller joindre , enwretenir
correspondance avec eux , ou qui les assisseront
directement ou indirectement , ces sortes de
gens étant véritablement des exnemis capitaux de
la Patrie, puisqu'ils ont entrepris d'y introduire des
Troupes ennemies et de l'inonder d'un Déluge da
sang et de larmes.
Les Etats de la République s'engagent de s'élever
Contre un tel ou tels , quelqu'en puisse être le
nombre ; de se saisir de leurs biens et de ceux de
Beurs Successeurs , pour les joindre au fisc , et s'em
servir ensuite pour dédommager ceux dont les biens
auront été ravagez par les Troupes étrangeres ,
introduites dans le Royaume d'une maniere så
impie.
La maison dans laquelle un tel ou tels ont habité,
sera razée, pour une marque éternelle de leur
trahison ; on ne leur accordera point d'Amnistie,
ils ne pourrons jamais être réhabilitez dans
Lesn
OCTOBRE. 1733. 2255
Teur précédente égalité ; leurs femmes même se
vont privées de leurs Privileges et prerogatives.
S'i arrive qu'un Evêque soit du nombre de tels
Sujets , il sera frustré de sa dignité , autorité et ac-
Sivité dans les Assemblées publiques , et les revenus
de ses biens seront mis en sequestre jusqu'à une dér
ision définitive à cet égard.
Il est expressément stipulé qu'aucun Evêque ni
Sénateur Séculier , ne pourra pendant ce temps de
rouble , sortir du Royaume ou envoyer quelqu'un
dans les Pays Etrangers , sous les peines portées cy
dessus contre les Rebelles , outre la confiscation de
ses biens et la perte de ses Charges , et ceux qui se
Prouveront actuellement hors du Royaume , seront
obligez d'y revenir sous les mêmes peines.
A cet effet , nous avons signé le présent Manifesta
dans tous ses points et clauses ; et si quelqu'un des
Evêques , Sénateurs , Ministres ou des Membres de
la Noblesse des deux Nations refusede le signerrfpa
reillement, il sera tenu , ipso facto , pour ennemi de
Ja Patrie. Fait au Camp Electoral , entre Vvar
sovie et Vvola, le 4. Septembre 1733.
Fermer
Résumé : MANIFESTE que les Etats de la République de Pologne, assemblez en Diette pour l'Election d'un Roy, ont publié à l'occasion de l'entrée des Troupes Russiennes dans le Grand-Duché de Lithuanie.
En 1733, les États de la République de Pologne, réunis en Diète pour l'élection d'un roi, ont publié un manifeste en réponse à l'entrée des troupes russes dans le Grand-Duché de Lituanie. Les sénateurs spirituels et séculiers, ainsi que la noblesse des couronnes de Pologne et de Lituanie, expriment leur volonté de mettre fin à une procédure injuste déclenchée par cette intrusion. Ils affirment avoir toujours respecté les traités d'alliance et d'amitié avec les puissances voisines et déclarent que leur intention n'a jamais été de causer du préjudice à leurs voisins. Les États de Pologne soulignent qu'ils se sont réunis conformément aux lois fondamentales et aux constitutions du royaume pour procéder à l'élection libre d'un roi, sans guerre ni différend avec quiconque. Ils dénoncent l'entrée des troupes russes comme une violation de leurs droits et des traités antérieurs, notamment celui du Pruth, et comme une tentative d'opprimer leur élection libre et indépendante. Le manifeste appelle à la défense des droits et des libertés de la nation polonaise. Il stipule que ceux qui ont invité les troupes étrangères seront considérés comme des ennemis de la patrie et des rebelles. Les États s'engagent à confisquer les biens de ces individus et à les exclure de la République. Ils interdisent également aux évêques et sénateurs de quitter le royaume pendant cette période de trouble, sous peine de confiscation de leurs biens et de perte de leurs charges. Le manifeste est signé au camp électoral entre Varsovie et Vola, le 4 septembre 1733.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
44
p. 2500-2506
MANIFESTE de S. M. le Roi de Sardaigne.
Début :
Le Roi de Sardaigne étroitement uni au Roi de France, par les précieux liens du Sang et [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Cour de Vienne, Empereur, Maison de Savoie, États, Royaume, Ministres, Occasion, Europe, Dignité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE de S. M. le Roi de Sardaigne.
MANIFESTE de S. M. le Roi de
Sardaigne.
E Roi de Sardaigne étroitement uni au Roi
L de France ,par les précieux liens du Sang et
de l'amitié , a vivement partagé sa juste sensibi
lité au sujet des Déclarations injurieuses , des
odieuses Négociations et des violentes voyes de
fait , par lesquelles l'Empereur a affecté de choquer
S. M. T. C. et s'est efforcé de fermer le che
min du Trône à un Prince , au sort duquel Elle
prenoit le plus tendre interêt , et qui étoit si digne
de la Couronne , que les insinuations , les
menaces et les hostilitez employées à lui enlever
les suffrages de la Nation Polonoise , n'ont pú
traverser son unanime Election.
Quoique
NOVEMBRE . 1733. 2501
1
Quoique l'esprit dominant à la Cour de Vien
ne se fut assez manifesté en Europe , pour que
les prétentions les plus étendues de sa part ne
dussent plus surprendre , on n'a pu toutesfois y
voir sans étonnement la naissance et le progrés
d'un si injuste engagement : soit que l'on considerât
la Personne du Roi , Stanislas , contre laquelle
il étoit formé , soit la dignité du Roi de
France , qu'il offençoit , soit la constitution du
Royaume de Pologne qu'il s'appoit par les fondemens,
soit enfin la nature des moyens employés à
le soutenir,tels que ceRoyaume se fut à peine attendu
à les voir mettre en oeuvre par le plus dangereux
de ses voisins .
L'objet que présente un grand Roi insulté de
propos déliberé dans l'endroit le plus sensible , et
le spectacle d'une Nation opprimée pour n'avoir
pas voulu renoncer à sa liberté , ne sçauroient
être regardez d'un ceil tranquille par aucune
Puissance. Mais combien le Roi de Sardaigne
n'a-t'il pas lieu d'en être frappé? Lui qui ne peut
s'approprier le bonheur d'une étroite parenté
avec S. M. T. C. sans participer en même tems
à l'outrage qu'on lui a intenté , ni envisager l'usage
que l'Empereur a aspiré de faire de son autorité
dans un Royaume indépendant , sans re-
Béchir aux conséquences de l'abus qu'il fait journellement
de cette même autorité dans une region
, qui lui est déja plus qu'à moitié soumise.
En vain le Roi de Sardaigne a-t-il voulu pendant
long- tems s'aveugler sur ces tristes conséquences
; la Cour de Vienne lui a fait sentir par
ses démarches qu'elle fondoit sur sa ruine celle
de la liberté de l'Italie , dont sa Maison Royale
avoit toujours été le plus ferme soutien .
Les premieres injustices de la Cour de Vienne
H iij
ont
502 MERCURE DE FRANCE
ont pour époque et pour date les tems mêmes
auxquels la Maison de Savoye faisoit les plus gé
néreux efforts en faveur de celle d'Autriche. Le
Traité d'alliance conclu en 1703. entre le feu.
Roi de Sardaigne et l'Empereur Leopold , aussi
mal executé du côté des assistances promises ,
qu'imparfaitement accompli du côté des cessions
stipulées , les considerables avances faites en ce
tems là pour l'entretien des Troupes Imperiales
en Piémont , non encore remboursées , sont les
monumens autentiques de la reconnoissance de
la Cour de Vienne.
Tel fut le traitement que le feu Roi Victor en
reçut en qualité de fidéle et d'utile Allié ; mais à
peine la dissolution de la ligue l'eut -elle obligé
d'entrer dans les mesures pacifiques qui se prirent
à Utrecht , où la pluralité des suffrages de
l'Europe lui décerna le Royaume de Sicile , par
des considerations qui devoient en perpetuer la
possession à la posterité la plus reculée ; que la
Cour de Vienne éclatant contre lui , s'en prie
d'une maniere outrageante à ses Ministres à Vien
ne et à Ratisbonne , par des Decrets aussi violens
qu'injustes , sans épargner les expressions les
plus piquantes , et sans menager la dignité toujours
respectable d'un Souverain.
Le Congrez d'Utrecht , contre lequel les Ministres
Autrichiens se déchaînoient sans cesse
avoit pourtant abondamment pourvû à la splen
deur et à l'élevation de l'Empereur , en lui assurant
la considerable addition des Pays Bas et des
Etats situez dans le continent d'Italie , à ceux
qu'il possedoit déja en Allemagne ; lui - même par
le succès de ses Armes contre le Turc avoit reculé
bien loin les bornes de sa domination du
ôté de la Hongrie et de la Transilvanie, Tant
do
NOVEMBRE . 1733. 2508
de prosperités devoient combler les voeux de la
Cour de Vienne . Cependant la seule Sicile échuë
au Roi Victor, étoit encore un objet suffisant à la
troubler. Il falut la lui ceder par un Traité qui
laissoit néanmoins jour à une discussion avantageuse
au nouveau Roi de Sardaigne. C'est ainsi
que la Maison de Savoye étoit sans cesse desti
née à contribuer à l'agrandissement de celle d'Autriche
, tantôt par les services les plus signalez »
tantôt par les sacrifices les plus coûteux.
N'auroit-on pas cru que la Cour de Vienne
dont on assouvissoit à l'envi les desirs , se seroit
du moins portée à rendre justice au Roi de Sardaigne
sur des articles moins essentiels , que la
sage disposition des Puissances contractantes
avoit renvoyées au Congrez désigné à Cambray,
Tant de condescendances ne firent qu'augmenter
sa dureté : envain les Plénipotentiaires s'y assemblerent
, la lenteur affectée , et l'infléxibilité des
Ministres Imperiaux firent perdre tout le fruit
de cette convocation , et même tout espoir de
voir renaître une occasion favorable de reparer
les préjudices supportez.
Le Roi de Sardaigne entierement livré parla à
la Cour de Vienne , sur le point de sa légitime
satisfaction , éprouva déslors tout le poids de
son aliénation pour lui. Elle n'a cessé depuis de
lui susciter des oppositions et des contestations
de toute espece.
Elle avoit déja prétendu mettre le Roi de Sar→
daigne au rang des simples Vassaux et Feuda
taires par rapport aux contributions , et cela de
l'autorité privée de l'Empereur , et de celle de son
Conseil , sans aucune délibération de la Diette ,
et même sur des lieux qui ont été declarez indé,
pendans de l'Empire par la Paix de Munster , re,
Hij gardée
2 (04 MER CURE DE FRANCE
gardée comme Loy sacrée et fondamentale pour
tout le Corps Germanique .
Elle a permis au Conseil Aulique d'écouter et
d'encourager les Vassaux et Sujets du Roi de Sardaigne
, au préjudice de la prérogative dont il
joint par sa Dignité de Vicaire de l'Empire , et
par les Diplômes accordez par les Empereurs à
la Maison de Savoye.
" Elle lui a formé des difficultez recherchées en
toute occasion , soit dans les Aquisitions qu'il a
faites de l'Empereur à prix d'argent , soit dans
les Investitures générales de ses Etats, en lui disputant
tantôt les Titres , tantôt les Distinctions
dont sa Maison a joui autrefois , et cela même
en s'éloignant par un exemple presque inoui , de
l'avis du Conseil Aulique.
Elle a éludé par des délais infinis la demande
des Titres et autres Ecritures appartenantes au
Duché de Montferrat , dont la rémission est
expressément stipulée par les mêmes Traitez ,
qui portent la cession de cet Etat , et vingt ans
de sollicitations n'ont pû les obtenir.
Afin d'ôter au Roy de Sardaigne les moyens
de se deffendre , elle a prétendu lui limiter la liberté
absolue de fortifier ses Places , que le droit
naturel , aussi- bien que les Traitez , lui accordent
; elle a tâché de forcer par des interprétations
artificieuses le vrai sens des mêmes Traitez.
Elle a fomenté avec soin et soutenu avec hauteur
, les injustes prétentions des Terres de l'Etat
de Milan , confinantes avec les Etats du Roy
de Sardaigne , rejettant même toutes les ouvertures
d'un raisonnable accord , souvent proposées
par ce Prince , la Cour de Vienne affectant
de tenir cette voye ouverte pour l'inquiéter et
roubler sa Jurisdiction.
Enfin
NOVEMBRE. 1733. 2505
•
Enfin la Cour de Vienne attentive aux occasions
de choquer celle de Turin par les endroits
les plus sensibles, a choisi le moment que les
Plenipotentiaires du Roy de Sardaigne alloient
prêter l'hommage de cette partie de ses Etats qui
reléve de l'Empice , pour introduire par surprise
une étrange nouveauté , et une odieuse distinction
contre l'usage établi , et recemment pratitiqué
envers les Rois d'Angleterre , de Dannemarc
et de Suede : Et sur les vives protestations
qui lui ont été faites à ce sujet par les Ministres
du Roi de Sardaigne, elle a prétendu reparer l'offense
au moyen de quelques excuses privées et
échapées par occasion à un Officier de la Cour
de l'Empereur , dont il a refusé de donner Acte.
Dans ces circonstances , le Roi de France qui
de son côté avoit donné pendant long- tems à la
Cour de Vienne les exemples de la plus singuliere
moderation , et les preuves de la plus sage tolerance
, a jugé qu'une pareille conduite cesseroit
d'être louable , dés qu'elle devenoit incompatible
avec sa gloire personnelle , l'honneur de son
Royaume , et l'appui qu'il devoir à ses Alliez . 11.
s'est déterminé à déclarer la Guerre à l'Empereur,
et a invité le Roi de Sardaigne à prendre à cette
Guerre la même part qu'il prenoit aux Motifs.
qui la rendoient indispensable.
Le Roi de Sardaigne engagé par tant d'endroits:
à épouser le jufte ressentiment de S. M. T. C.
ayant de plus ses propres griefs à reparer , convaincu
par une longue experience , que les maximes
de la Cour de Vienne , invariables sur son
compte , tendoient à miner sa Souveraineté , en.
attendant l'occasion de l'opprimer sans ressour
ce. Confirmé dans cette certitude par des exem
ples capables d'allarmer les plus grandes Puis-
Hr sances,
2506 MFRCURE DE FRANCE
sances , a signé un Traité , joignant avec confiance
ses Armes à celles d'un Prince , qui dépouillé
d'ambition , n'a cherché à se distinguer
en Europe que par son amour pour la Paix et par
l'équité de ses desseins .
Le Roy de Sardaigne , en qualité de Souverain
indépendant , est dispensé d'autoriser par des
exemples , les mesures qu'il est contraint de
prendre contre l'Empereur en qualité de Princes
de l'Empire , il en a d'illustres à suivre . Il sçau
ia s'y conformer en maintenant une indissolu
ble union avec cet Auguste Corps , et une par
faite amitié avec les dignes Membres qui le
composent , du nombre desquels il fait gloire
d'être.
C'est donc pour l'honneur de ses Augustes Alliez
, pour le sien propre , pour sa sureté , pour
la tranquillité et le bonheur de ses Etats , que le
Roy de Sardaigne , après avoir marqué par tou
tes ses déterminations, un sincere désir de maintenir
la bonne intelligence avec ses voisins , et d'é
pargner ses Peuples les calamitez de la guerre ,
prend maintenant les Armes .
à
En agissant par des motifs si dignes de déterminer
un Souverain , il espere non seulement .
de trouver dans ses Sujets les mêmes ressources
de zele , de fidélité et de valeur , que ses Augustes
Prédecesseurs ont trouvées en eux , mais aussi
que le Dieu desArmées protegera sa cause et qu'il
benira par d'heureux succès la justice de ses
desseins ,
Sardaigne.
E Roi de Sardaigne étroitement uni au Roi
L de France ,par les précieux liens du Sang et
de l'amitié , a vivement partagé sa juste sensibi
lité au sujet des Déclarations injurieuses , des
odieuses Négociations et des violentes voyes de
fait , par lesquelles l'Empereur a affecté de choquer
S. M. T. C. et s'est efforcé de fermer le che
min du Trône à un Prince , au sort duquel Elle
prenoit le plus tendre interêt , et qui étoit si digne
de la Couronne , que les insinuations , les
menaces et les hostilitez employées à lui enlever
les suffrages de la Nation Polonoise , n'ont pú
traverser son unanime Election.
Quoique
NOVEMBRE . 1733. 2501
1
Quoique l'esprit dominant à la Cour de Vien
ne se fut assez manifesté en Europe , pour que
les prétentions les plus étendues de sa part ne
dussent plus surprendre , on n'a pu toutesfois y
voir sans étonnement la naissance et le progrés
d'un si injuste engagement : soit que l'on considerât
la Personne du Roi , Stanislas , contre laquelle
il étoit formé , soit la dignité du Roi de
France , qu'il offençoit , soit la constitution du
Royaume de Pologne qu'il s'appoit par les fondemens,
soit enfin la nature des moyens employés à
le soutenir,tels que ceRoyaume se fut à peine attendu
à les voir mettre en oeuvre par le plus dangereux
de ses voisins .
L'objet que présente un grand Roi insulté de
propos déliberé dans l'endroit le plus sensible , et
le spectacle d'une Nation opprimée pour n'avoir
pas voulu renoncer à sa liberté , ne sçauroient
être regardez d'un ceil tranquille par aucune
Puissance. Mais combien le Roi de Sardaigne
n'a-t'il pas lieu d'en être frappé? Lui qui ne peut
s'approprier le bonheur d'une étroite parenté
avec S. M. T. C. sans participer en même tems
à l'outrage qu'on lui a intenté , ni envisager l'usage
que l'Empereur a aspiré de faire de son autorité
dans un Royaume indépendant , sans re-
Béchir aux conséquences de l'abus qu'il fait journellement
de cette même autorité dans une region
, qui lui est déja plus qu'à moitié soumise.
En vain le Roi de Sardaigne a-t-il voulu pendant
long- tems s'aveugler sur ces tristes conséquences
; la Cour de Vienne lui a fait sentir par
ses démarches qu'elle fondoit sur sa ruine celle
de la liberté de l'Italie , dont sa Maison Royale
avoit toujours été le plus ferme soutien .
Les premieres injustices de la Cour de Vienne
H iij
ont
502 MERCURE DE FRANCE
ont pour époque et pour date les tems mêmes
auxquels la Maison de Savoye faisoit les plus gé
néreux efforts en faveur de celle d'Autriche. Le
Traité d'alliance conclu en 1703. entre le feu.
Roi de Sardaigne et l'Empereur Leopold , aussi
mal executé du côté des assistances promises ,
qu'imparfaitement accompli du côté des cessions
stipulées , les considerables avances faites en ce
tems là pour l'entretien des Troupes Imperiales
en Piémont , non encore remboursées , sont les
monumens autentiques de la reconnoissance de
la Cour de Vienne.
Tel fut le traitement que le feu Roi Victor en
reçut en qualité de fidéle et d'utile Allié ; mais à
peine la dissolution de la ligue l'eut -elle obligé
d'entrer dans les mesures pacifiques qui se prirent
à Utrecht , où la pluralité des suffrages de
l'Europe lui décerna le Royaume de Sicile , par
des considerations qui devoient en perpetuer la
possession à la posterité la plus reculée ; que la
Cour de Vienne éclatant contre lui , s'en prie
d'une maniere outrageante à ses Ministres à Vien
ne et à Ratisbonne , par des Decrets aussi violens
qu'injustes , sans épargner les expressions les
plus piquantes , et sans menager la dignité toujours
respectable d'un Souverain.
Le Congrez d'Utrecht , contre lequel les Ministres
Autrichiens se déchaînoient sans cesse
avoit pourtant abondamment pourvû à la splen
deur et à l'élevation de l'Empereur , en lui assurant
la considerable addition des Pays Bas et des
Etats situez dans le continent d'Italie , à ceux
qu'il possedoit déja en Allemagne ; lui - même par
le succès de ses Armes contre le Turc avoit reculé
bien loin les bornes de sa domination du
ôté de la Hongrie et de la Transilvanie, Tant
do
NOVEMBRE . 1733. 2508
de prosperités devoient combler les voeux de la
Cour de Vienne . Cependant la seule Sicile échuë
au Roi Victor, étoit encore un objet suffisant à la
troubler. Il falut la lui ceder par un Traité qui
laissoit néanmoins jour à une discussion avantageuse
au nouveau Roi de Sardaigne. C'est ainsi
que la Maison de Savoye étoit sans cesse desti
née à contribuer à l'agrandissement de celle d'Autriche
, tantôt par les services les plus signalez »
tantôt par les sacrifices les plus coûteux.
N'auroit-on pas cru que la Cour de Vienne
dont on assouvissoit à l'envi les desirs , se seroit
du moins portée à rendre justice au Roi de Sardaigne
sur des articles moins essentiels , que la
sage disposition des Puissances contractantes
avoit renvoyées au Congrez désigné à Cambray,
Tant de condescendances ne firent qu'augmenter
sa dureté : envain les Plénipotentiaires s'y assemblerent
, la lenteur affectée , et l'infléxibilité des
Ministres Imperiaux firent perdre tout le fruit
de cette convocation , et même tout espoir de
voir renaître une occasion favorable de reparer
les préjudices supportez.
Le Roi de Sardaigne entierement livré parla à
la Cour de Vienne , sur le point de sa légitime
satisfaction , éprouva déslors tout le poids de
son aliénation pour lui. Elle n'a cessé depuis de
lui susciter des oppositions et des contestations
de toute espece.
Elle avoit déja prétendu mettre le Roi de Sar→
daigne au rang des simples Vassaux et Feuda
taires par rapport aux contributions , et cela de
l'autorité privée de l'Empereur , et de celle de son
Conseil , sans aucune délibération de la Diette ,
et même sur des lieux qui ont été declarez indé,
pendans de l'Empire par la Paix de Munster , re,
Hij gardée
2 (04 MER CURE DE FRANCE
gardée comme Loy sacrée et fondamentale pour
tout le Corps Germanique .
Elle a permis au Conseil Aulique d'écouter et
d'encourager les Vassaux et Sujets du Roi de Sardaigne
, au préjudice de la prérogative dont il
joint par sa Dignité de Vicaire de l'Empire , et
par les Diplômes accordez par les Empereurs à
la Maison de Savoye.
" Elle lui a formé des difficultez recherchées en
toute occasion , soit dans les Aquisitions qu'il a
faites de l'Empereur à prix d'argent , soit dans
les Investitures générales de ses Etats, en lui disputant
tantôt les Titres , tantôt les Distinctions
dont sa Maison a joui autrefois , et cela même
en s'éloignant par un exemple presque inoui , de
l'avis du Conseil Aulique.
Elle a éludé par des délais infinis la demande
des Titres et autres Ecritures appartenantes au
Duché de Montferrat , dont la rémission est
expressément stipulée par les mêmes Traitez ,
qui portent la cession de cet Etat , et vingt ans
de sollicitations n'ont pû les obtenir.
Afin d'ôter au Roy de Sardaigne les moyens
de se deffendre , elle a prétendu lui limiter la liberté
absolue de fortifier ses Places , que le droit
naturel , aussi- bien que les Traitez , lui accordent
; elle a tâché de forcer par des interprétations
artificieuses le vrai sens des mêmes Traitez.
Elle a fomenté avec soin et soutenu avec hauteur
, les injustes prétentions des Terres de l'Etat
de Milan , confinantes avec les Etats du Roy
de Sardaigne , rejettant même toutes les ouvertures
d'un raisonnable accord , souvent proposées
par ce Prince , la Cour de Vienne affectant
de tenir cette voye ouverte pour l'inquiéter et
roubler sa Jurisdiction.
Enfin
NOVEMBRE. 1733. 2505
•
Enfin la Cour de Vienne attentive aux occasions
de choquer celle de Turin par les endroits
les plus sensibles, a choisi le moment que les
Plenipotentiaires du Roy de Sardaigne alloient
prêter l'hommage de cette partie de ses Etats qui
reléve de l'Empice , pour introduire par surprise
une étrange nouveauté , et une odieuse distinction
contre l'usage établi , et recemment pratitiqué
envers les Rois d'Angleterre , de Dannemarc
et de Suede : Et sur les vives protestations
qui lui ont été faites à ce sujet par les Ministres
du Roi de Sardaigne, elle a prétendu reparer l'offense
au moyen de quelques excuses privées et
échapées par occasion à un Officier de la Cour
de l'Empereur , dont il a refusé de donner Acte.
Dans ces circonstances , le Roi de France qui
de son côté avoit donné pendant long- tems à la
Cour de Vienne les exemples de la plus singuliere
moderation , et les preuves de la plus sage tolerance
, a jugé qu'une pareille conduite cesseroit
d'être louable , dés qu'elle devenoit incompatible
avec sa gloire personnelle , l'honneur de son
Royaume , et l'appui qu'il devoir à ses Alliez . 11.
s'est déterminé à déclarer la Guerre à l'Empereur,
et a invité le Roi de Sardaigne à prendre à cette
Guerre la même part qu'il prenoit aux Motifs.
qui la rendoient indispensable.
Le Roi de Sardaigne engagé par tant d'endroits:
à épouser le jufte ressentiment de S. M. T. C.
ayant de plus ses propres griefs à reparer , convaincu
par une longue experience , que les maximes
de la Cour de Vienne , invariables sur son
compte , tendoient à miner sa Souveraineté , en.
attendant l'occasion de l'opprimer sans ressour
ce. Confirmé dans cette certitude par des exem
ples capables d'allarmer les plus grandes Puis-
Hr sances,
2506 MFRCURE DE FRANCE
sances , a signé un Traité , joignant avec confiance
ses Armes à celles d'un Prince , qui dépouillé
d'ambition , n'a cherché à se distinguer
en Europe que par son amour pour la Paix et par
l'équité de ses desseins .
Le Roy de Sardaigne , en qualité de Souverain
indépendant , est dispensé d'autoriser par des
exemples , les mesures qu'il est contraint de
prendre contre l'Empereur en qualité de Princes
de l'Empire , il en a d'illustres à suivre . Il sçau
ia s'y conformer en maintenant une indissolu
ble union avec cet Auguste Corps , et une par
faite amitié avec les dignes Membres qui le
composent , du nombre desquels il fait gloire
d'être.
C'est donc pour l'honneur de ses Augustes Alliez
, pour le sien propre , pour sa sureté , pour
la tranquillité et le bonheur de ses Etats , que le
Roy de Sardaigne , après avoir marqué par tou
tes ses déterminations, un sincere désir de maintenir
la bonne intelligence avec ses voisins , et d'é
pargner ses Peuples les calamitez de la guerre ,
prend maintenant les Armes .
à
En agissant par des motifs si dignes de déterminer
un Souverain , il espere non seulement .
de trouver dans ses Sujets les mêmes ressources
de zele , de fidélité et de valeur , que ses Augustes
Prédecesseurs ont trouvées en eux , mais aussi
que le Dieu desArmées protegera sa cause et qu'il
benira par d'heureux succès la justice de ses
desseins ,
Fermer
Résumé : MANIFESTE de S. M. le Roi de Sardaigne.
En novembre 1733, le Roi de Sardaigne publie un manifeste exprimant sa solidarité avec le Roi de France contre les actions de l'Empereur. L'Empereur a tenté d'empêcher l'élection du prince polonais Stanislas, soutenu par la France, ce que le Roi de Sardaigne condamne comme une atteinte à la liberté de la Pologne. Le manifeste souligne également les injustices passées de la Cour de Vienne envers la Maison de Savoie, notamment lors du traité d'Utrecht où la Sicile a été cédée au Roi de Sardaigne malgré les contestations autrichiennes. De plus, la Cour de Vienne a cherché à limiter la souveraineté du Roi de Sardaigne en matière de fortifications et de juridiction. En réponse à ces provocations, le Roi de France a déclaré la guerre à l'Empereur et a invité le Roi de Sardaigne à se joindre à lui. Le Roi de Sardaigne, motivé par les griefs personnels et la menace à sa souveraineté, a accepté cette alliance. Il espère que ses sujets le soutiendront avec zèle et fidélité et que la justice de sa cause sera bénie par des succès militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 2530-2543
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ARREST du 22. Octobre, rendu au sujet de deux Imprimez répandus sous le nom de [...]
Mots clefs :
Rentes, Forme, Rentiers, Parlement, Rentes viagères, Arrérages, Cour, Roi, Royaume, Compagnies, Classe, Subdivision, Contrats, Notaires, Acquéreurs
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES.
sous
RREST du 22. Octobre , rendu au sujet de
deux Imprimez répandus sous le nom de
Mandemens de M. l'Evêque de Laon , &c. dont
voici la teneur. ,
Le Roi s'étant fait représenter deux Imprimez
qui paroissent depuis quelques jours , sans que le
nom de l'Imprimeur , ni le lieu de l'impression
y soient marquez , l'un sous le titre de Mande
ment de M. l'Evêque Duc de Laon , contre des
Ecrits intitulez : Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 173 3. et Arrêt de la Cour du Parlement
du 23. Fevrier 1733. donné le 10. May
1733. et enregistré le 20. May au Greffe de l'Offi
cialité ; Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon,
second Pair de France , &c. au sujet de quatre
Imprimez qui sont énoncez dans ledit titre, S. M.
auroit reconnu , l'examen qu'elle en a
fait faire dans son Conseil , que ces deux ouvra
ges , soit par les traits qui y sont répandus sans
menagement, soit par les questions qu'on y agite
une maniere aussi peu mesurée,ne peuvent servit
par
qu'à
•
NOVEMBRE. 1733. 253 2
qu'à ranimer la chaleur des disputes , et à aug
menter un feu que le Roy travaille continuellement
à éteindre dans son Royaume ; Que d'ailleurs,
par l'usage qu'on y veut faire des censures,
on retombe dans les mêmes excès que Sa Majesté
a déja été obligée de réprimer par son Arrêt
du 29. Septembre 173 1. qu'on y entreprend
même de s'élever contre la regle que le Roy a
renouvellée par ses Déclarations du 4. Août 1720
et du 24. Mars 1730. en deffendant d'exiger
directement ou indirectement aucunes nouvelles
formules de souscription , à l'occasion des
Bulles des Papes qui sont reçûës dans ce Royau
me , n'étant permis d'en introduire sans déli-
» bération des Evêques , revétus de l'authorité
» du Roy qu'enfin on s'y explique en plusieurs
endroits d'une maniere capable d'exciter de nouveau
les disputes qui s'étoient élevées sur la distinction
des deux Puissances , et dont le Roy a
jugé à propos de suspendre le cours. Qu'ainsi ces
deux Ecrits étant contraires aux Arrêts que S.M.
a rendus sur ce sujet , et entr'autres à celui du
2. Septembre qui ordonne la suppression d'une
Instruction Pastorale du Sr Evêque de Laon ; le
Roy , qui s'est réservé la connoissance de l'execution
de ces Arrêts , ne sçauroit interposer trop
promptement son authorité contre des Ouvrages
dont les suites peuvent être si dangereuses .
A quoi étant nécessaire de pourvoir , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que lesdits Ecrits , dont l'un a pour titre ,
Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon , contre
des Ecrits intitulez , Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 1733. et Arrêt de la Cour du
Parlement du 23. Février 1733. donné le 10. May!
mil sept cent trente-trois et enregistré le vingt May
L.V)
de
2532 MERCURE DE FRANCE
de la même année à l'Officialité , et dont l'autre
est intitulé , Mandement de M. l'Evêque Due
de Laon , second Pair de France. Comte d'Anisy
, &c. au sujet des quatre Imprimez , dont
P'un apour titre , Arrêté du Parlement du 6. May
1733. Le second , Très -humbles et très - respectueuses
Remontrances que présentent au Roy
notre très - honoré et souverain Seigneur , les
Gens de sa Cour de Parlement , en date du 15.
du même mois . Le troisiéme , Arrêté du Parlement
fait après le comte que M. le Premier Président
a rendu aux Chambres assemblées , de la
Réponse du Roy aux Remontrances du 19. May
1733. Le quatriéme , Instruction Pastorale de
M. l'Evêque de Montpellier , adressée au Clergé
et aux fideles de son diocese , au sujet des miracles
que Dieu fait en faveur des Appellans de la
Bulle Unigenitus 1733. donné à Laon le 1. Juillet
1733. seront et demeureront supprimez , comme
contraires et attentatoires à l'authorité des Decla
rations et Arrêts de Sa Majesté , tendans à émouvoir
les esprits , et à troubler la tranquillité publique.
Enjoint Sa Majesté à tous ceux qui en ont
des exemplaires , de les remettre incessamment au
Greffe du Conseil , pour y être supprimez. Fait
deffenses à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, et autres , de quelque état ou condition
qu'ils soient , d'en imprimer , vendre , debiter,
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire ;
ORDONNANCE du premier Novembre
portant permission aux Capitaines des Régimens
d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons , qui
servent en Italie , de recevoir dans leurs Compagnies
jusques à cinq hommes de nation étrangère.
AUTRE
NOVEMBRE . 1733. 2533
AUTRE du même jour , portant augmentation
des Troupes , par laquelle il est dit que S. M. jugeant
à propos de faire une augmentation dans
ses Troupes , afin de les mettre en état d'être encore
plus utilement employées pour son service ,
a ordonné et ordonne que les XI . Articles con
tenus dans ladite Ordonnance seroient executez
selon leur forme et teneur , & c.
AUTRE du même jour , pour établir un troisième
Officier dans toutes les Compagnies des
Regimens d'Infanterie Erançoise.
AUTRE du f . Novembre , qui admet à profiter
de l'Amnistie du 17. Janvier 1730 , les Cavaliers
, Dragons , Soldats et Miliciens qui ayant
deserté avant ledit jour , ne seront pas rentrez
dans le Royaume dans le terme qui leur étoit
prescrit , à condition d'aller servir à l'Armée
d'Italie.
AUTRE du 9. Novembre , portant deffenses
de transporter des grains hors du Royaume.
AUTRE du 10. Novembre , pour augmenter
d'un Bataillon chacun des Régimens de son Infanterie
qui y sont nommez ; sçavoir , de Picardie
, Champagne , Navarre , Piemont , Norman-
>
Marine, Richelieu , Bourbonnois , Auvergne
, Tallard , Pons , Royal Poitou
Lyonnois , et celui de Monseigneur le Dauphin.
Ordonne S. M. aux Colonels desdits Régimens
tenir la main à ce que lesdites Compagnies soient
mises sur pied du nombre de 40. hommes habillez
et armez entre cy et le premier Mars
prochain , &c.
AUTRE
2534 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , pour augmenter de
14 hommes , chacune des trente Compagnies
ordinaires du Régiment des Gardes Françoises.
AUTRE du même jour , portant augmenta⇒
tion des Compagnies franches de Dragons .
AUTRE du même jour , pour augmenter les
Compagnies franches d'Infanterie.
AUTRE du même jour , pour augmenter de
quarante hommes les anciennes Compagnies des
huit Régimens Suisses , et en lever huit nouvelles
de deux cens hommes chacune.
"
AUTRE du 12. Novembre concernant la Milice
, par laquelle il est dit que S. M. ayant résolu
d'augmenter les Milices qui ont été levéesen
execution de son Ordonnance du 25. Février
1726. de trente nouveaux Bataillons , composez
de 684. hommes chacun ; même de mettre audit
nombre de 684. les 93. Bataillons qui sont actuellement
sur pied , pour les égaler en force
aux Bataillons de Troupes reglées ; comme aussi
de faire commander les Compagnies de Milice ,
par un grand nombre d'Officiers , avec une paye
annuelle et dans une forme differente de celles :
qui ont été établies par les Ordonnances préce-,
dentes ; Elle a ordonné que les 20 Articles contenus
dans ladite Ordonnance , seroient executez
selon leur forme et teneur , au bas de laquelle il
y a un Etat contenant la répartition de 123. Ba
taillons de Milices , composez de 684. hommes ;
qui doivent être fournis par les Provinces et Ge
neralitez du Royaume qui y sont dénommez , -
tant de l'Ordonnance du 25. Février 1716. que
de la presente , &C.
EDIT
NOVEMBRE. 1733. 2535
i
EDIT DU ROY , portant création de Ren
tes Viageres , en forme de Tontine. Donné
Fontainebleau , au mois de Novembre 1733*-
Registré en Parlement , fe 2 Decembre 1733 .
Louis , par la Grace de Dieu , &c. A. tous presens
et à venir : Salut. Etant informé que les
Rentes Viageres , dites Tontine , créées par no
tre tres-honoré Seigneur et Bisayeul, de glorieuse
mémoire , ont été levées avec empressement,
par l'avantage que nos Sujets y trouvoient, de sé
procurer des revenus considerables , avec une
somme modique ; et que l'exactitude avec la
quelle le payement de ces Rentes s'est toujours
fait , même dans les temps les plus difficiles , depuis
leur création jusqu'à present , sans aucune
diminution ni retranchement , leur faisoit sou
haiter que nous voulussions bien en faire une
nouvelle création : Nous nous y sommes déterminez
avec plaisir : Et Nous avons même jugé à
propos , pour l'avantage de nos Sujets , de subdiviser
chaque Classe en plusieurs parties, afin de
partager la jouissance des Rentiers décedez , entre
un plus grand nombre de Rentiers suivans ; de
maniere que le suivant de chaque subdivision
jouira de la totalité des Rentes , dont elle sera
composée ; au moyen de quoi il y aura plusieurs
survivans par chaque Classe , au lieu qu'il n'y
en avoit ordinairement qu'un dans les premieres
Tontines , qui joüissoit des Rentes de sa Classe ..
A ces causes , et autres à ce Nous mouvans , de
l'avis de notre Conseil , et de notre certaine
science , pleine puissance er authorité Royale
Nous avons par notre présent Edit perpetuel ett
irrévocable , dit , statué et ordonné, disons , statuons
et ordonnons , Voulons et Nous plaît.
ART. L. Que par les Commissaires qui seront
par Nous députez , il soit vendu et aliené à nos
chers
2436 MERCURE DE FRANCE
€
chers et bien amez les Prevôt des Marchands et
Echevins de nôtre bonne ville de Paris , un million
cinquante mille livres actuelles et effectives
de rentes viageres , à prendre sur le produit de
nos droits d'Aydes et Gabelles , et des cinq grosses
fermes , que Nous avons declarez et declarons
specialement , et par privilege , affectez et
hypothequez au payement des arrerages desdites
rentes , même par preference à la partie de nôtre
Tresor Royal.
ART. II . Voulons que les constitutions particulieres
en soient faites par les Prevôt des Mar.
chands et Echevins de nôtre bonne ville de Paris,
à ceux de nos sujets , aux étrangers non naturalisez
, même à ceux qui seront demeurans hors
de nôtre Royaume, pays , Terres et Seigneuries de
nôtre obéissance , qui les voudront acquerir ;
renonçant pour cet effet à tous droits d'aubaine
, et autres qui pourroient Nous appartenir >
même à ceux de confiscation , en cas que les particuliers
, au profit de qui lesdites rentes seront
constituées , fussent sujets des Princes et Etats
contre lesquels Nous serions en guerre ,
Nous les avons relevez et dispensez .
>
dont
ART. III . Voulons que les Contrats de constitution
desdites rentes soient passez pardevant
tels Notaires que les acquereurs vaudront choisir
, pour en jouir par eux leur vie durant , comme
de leur propre chose , vray er loyal acquêr
pleinement et paisiblement , en vertu de leurs
contrats, et en être payez actuellement et effectivement
par demi- année , à Bureau ouvert ,
deux payemens par chacun an , sans que lesdites
rentes puissent être réduites ni retranchées , sous
quelque prétexte que ce puisse être. Et seront les
Contrats de constitution desdites rentes ,delivrez
gratuitement aux acquereurs par les Notaires ,
en
aus
NOVEMBRE. 1733. 2537
ausquels il sera par Nous pourvû d'un salaire raisonnable.
IV. Le million cinquante mille livres de
rentes , sera distribué, en sept classes , de cent
cinquante mille livres chacune , et chaque classe
subdivisée en trente parties de cinq mille livres
, qui seront remplies de suite ; de maniere
qu'aussi- tôt qu'une desdites trente parties de
cinq mille livres de rente se trouvera levée , les
nouveaux acquereurs seront inscrits dans la seconde
subdivision , et ainsi successivement dans.
la troisiéme et suivantes , jusqu'à la concurrence
desdites cent cinquante mille livres de rentes ,
dont la classe sera composée : La premiere , des
enfans depuis un an jusqu'à dix ans accomplis ; la
deuxième, de dix ans jusqu'à vingt ; la troisième
de vingt ans jusqu'à trente ; la quatrième , de
trente ans jusqu'à quarante ; la cinquième de
quarante ans jusqu'à cinquante ; la sixième , de
cinquante ans jusqu'à soixante ; et la septième et
derniere , de soixante ans jusqu'à soixante-dix.et
au-dessus .
V. Chaque Action sera de trois cens livres de
capital , et il sera permis à chaque Rentier , d'en
prendre tel nombre qu'il lui plaira dans chaque
subdivision de sa classe , pour lesquelles il lui sera
expedié un ou plusieurs Contrats, à son choix.
VI. Comme il ne seroit pas juste que les personnes
moins avancées en âge , qui selon le
cours de nature doivent plus long- tems jouir
desdites Rentes , en tirassent un aussi fort revenu
que ceux d'un âge plus avancé , ordonnons
que les Rentiers des deux premieres classes , jusqu'à
l'âge de vingt ans accomplis , seront payez
des interêts de leur capital sur le pied du Denier
Quatorze , ceux de la troisiéme et quatriéme
depuis vingt ans jusqu'à quarante , sur le pied
du
2528 MERCURE DE FRANCE
du Denier Douze ; ceux de la cinquième et
sixiéme , depuis quarante ans jusqu'à soixante ,
sur le pied du Denier Dix ; et ceux de la septième
depuis soixante ans jusqu'à soixante - dix et au
dessus , à raison du Denier Huit .
VII. Lorsque les acquereurs desdites Rentes
viageres viendront à déceder , les arrerages dont
ils jouissoient , appartiendront par accroissement
aux survivans de la même subdivision dans laquelle
ils seront employez , et seront distribuez
entre eux d'année en année au sol la livré jusqu'au
dernier mourant , sans que lesdites Rentes
puissent être censées éteintes à nôtre profit par
le décès des acquereurs ; sinon après le décès du
dernier Rentier de chaque subdivision de classe ;
ensorte que le dernier vivant de chaque subdivision
de chacune desdites classes , recueillera
seul le revenu de tous les capitaux qui compose
ront ladite subdivision ; et toutes les Rentes
comprises en icelle demeureront éteintes et
amorties à notre profit , après la mort du dernier
Rentier de ladite subdivision .
VIII. Ceux qui acquerront lesdites Rentes
seront tenus de justifier leur âge par des Extraits
baptistaires en bonne forme , et dûement légalisez
ou actes de notorieté équipolents ; et à l'é
gard des étrangers demeurans hors de nôtre
Royaume, ils seront tenus, outre lesdits Extraitsbaptistaires,
ou autres actes équipolents , de rapporter
des certificats de nos Ambassadeurs , Envoyez
, Résidens ou Consuls de la Nation Françoise,
dans les Cours , Etats , ou Villes étrangeres
où ils demeureront , portant qu'ils se sont
presentez devant eux , et qu'ils leur ont représenté
lesdits Extraits- baptistaires : ou autres actes
équipolents , annexez aux minutes des Contrats
de constitution desdites Rentes,
IX
NOVEMBRE. 1733 2539
IX. Le Bureau sera ouvert à notre Trésor
Royal , huit jours après l'enregistrement de nô
tre present Edit,pour y recevoir les deniers capitaux
desdites Rentes , et en délivrer des quittan →
ces sur lesquelles les Contrats seront passez , pour
être ensuite procedé à la confection des listes de
chaque classe , et par Nous pourvû à la distribution
du fonds necessaire pour le payement des
Rentes de chacune , à raison du Denier ci- dessus
mentionné.
X. Ceux qui acquerront lesdites Rentes viageres
avant le premier Janvier prochain , en aufont
la jouissance à commencer du premier Octobre
dernier , et ceux qui les acquerront avant
le premier Avril , en jouiront du premier Janvier
: lequel temps passé, le Bureau de la Recet
te desdits capitaux demeurera fermé .
XI. Le payement des arrerages desdites Rentesse
fera par les Payeurs qui seront créez à cet effet
, et ainsi qu'il se pratique pour les autres Rentes
de l'Hôtel de Ville,ausquels Payeurs les fonds
seront remis chaque année , par les Fermiers de
nos Aydes et Gabelles et autres Fermes.
XII. Voulons que la presente Tontine soit di
rigée en la même forme et maniere,que les trois
autres ci-devant créées ; et qu'en consequence
le Prevôt des marchands de nôtredite Ville de
Paris procéde à la nominatiou des Syndics honoraires
desdites classes , aussitôt après la confection
des listes , conformement à ce qui s'est
pratiqué jusqu'à present : Et à l'égard des Syndics
onéraires , notre intention est que ceux qui
sont pourvûs de ces Offices pour lesdites trois
premieres Tontines, fassent les mêmes fonctions
pour la présente , suivant la distribution qui leur
sera faite desdites Classes par le Prevôt desMarchands.
2540 MERCURE DE FRANCE
XIII . Et comme il est important d'empêcher
qu'on ne puisse sous des noms supposez , sur des
fausses Quittances , et sur des Quittances signées
par des Rentiers avant leurs décès , recevoir le
payement des arrérages desdites Rentes à notre
préjudice , et à celui du droit d'accroissement acquis
aux furvivans : Voulons et Ordonnons que
les Quittances soient passés par les Rentiers, domiciliez
à Paris , pardevant les mêmes Notaires
qui auront expedié les Contrats de Constitution,
qui attesteront que le Rentier , au nom duquel
la Quittance sera passée , est actuellement en vie
et s'est présenté devant eux lors de la passatiou
de ladite Quittance , de la verité desquelles chacun
desdits Notaires demeurera civil menr res
ponsable , sans que lesdits Rentiers soient obligez
de rapporter d'autre Certificat de vie , dont
Nous les avons dispensez : A l'égard de ceux qui
demeurent dans les Provinces de notre Royaume,
ils pourront faire reccvoir les arrérages , sur des
Procurations en boune forme , passées pardevant
Notaire , et légalisées par le Juge ordinaire
du lieu de la résidence desdits Notaires ,
qui certifiera au pied desdites Procurations
la vie desdits Rentiers : Et ceux qui seront
demeurants hors de nôtre Royaume , seront tenus
de rapporter des certificats de vie , passez
pardevant Notaires , ou autres personnes publiques
, en présence de deux témoins , qui attesteront
avoir vu dans le jour, et parlé audit Rentier,
le tout légalisé par nos Ambassadeurs , Envoyez,
Résidens , ou Consuls de la Nation Françoise
dans les Cours, Etats et Villes étrangeres où ils
sont demeurants ; et dans tous les cas ci- dessus ,
seront les Quittances passées devant Notaires
comme il se pratique pour toutes les autres Rentes
viageres par Nous dues. Voulons au surplus ,
>
qua
NOVEMBRE. 1733. 2541
que que nôtre Declaration du 27. Decembre 1727.
qui établit des peines contre ceux qui recevroient
indûëment les arrerages des Rentes viageres
constituées sur l'Hôtel de Ville de Paris , soit
executée selon sa forme et teneur , pour les Rentes
créées par le present Edit ; et que dans le cas
où les Notaires ne reconnoîtroient pas assez les
Rentiers pour certifier leur existance , il y soit
suppléé conformément à ladite Declaration , par
l'intervention de deux personnes domiciliées à
Paris, qui attesteront l'existence desdits Rentiers .
XIV. Et pour d'autant plus favoriser les acquereurs
desd . Rentes viageres ,voulons que les arrerages
, à quelque somme qu'ils puissent monter
par l'accroissement de la part des prédecedez , ne
puissent être saisis sous quelque prétexte que ce
soit , pas même pour nos propres affaires ; et en
outre que les Rentes qui seront acquises par les
étrangers , soient exemptes de toutes lettres de
marque , et de représailles , pour quelque cause
que ce soit.
XV. Les arrerages desdites Rentes , qui seront
dûs au jour du decès de chacun des Rentiers , seront
payez à leurs veuves , enfans et héritiers, en
rapportant , outre l'Extrait mortuaire en bonne
forme , bien et dûëment légalisé , la Grosse du
Contrat de constitution.
XVI . Les peres et meres qui auront acquis
desdites Rentes viageres sous le nom d'aucun de
leurs enfans , jouiront des arrérages , sans être
tenus d'en rendre aucun compte ,jusqu'à ce qu'ils
en ayent disposé au profit de leursdits enfans.
XVII . Ceux de nos Sujets caillables, qui acquereront
desdites Rentes , ne pourront être imposez
à la Taille à plus grande somme , pour raison
de ladite acquisition , ni même pour l'accroissement
dont ils pourront joüir dans la suite .
XVIII
2642 MERCURE DE FRANCE
XVIII. Les acquereurs desdites Rentes pourfont
faire passer les Contrats sous le nom de telles
personnes qu'ils voudront choisir , pour en jouir
tant par eux , que par ceux qu'ils nommeront sur
leurs quittances , dont il sera fait mention dans
les quittances du Garde de notre Trésor Royal , er
dans lesdits Contracts ; et l'existence des personnes
nommées par lesdits acquereurs , sera justi—
fiée pour recevoir les arrerages et accroissemens,
dans les formes ci - dessus.
XIX. Voulons que s'il arrive quelques contestations
pour raison du payement desdites Rentes
viageres , forme ou validité des quittances
des rentiers , ou touchant quelque autre chose
concernant lesdites rentes , la connoissance en
appartienne aux Prevôt des Marchands et Echevins
de notre bonne ville de Paris ,ausquels Nous
en avons attribué toute Cour ,Jurisdiction et connoissance
; pour être par eux lesdites contestations
decidées sommairement et sans frais , en
premiere instance , et par appel en notre Cour de
Parlement de Paris ; nonobstant et sans prejudice
duquel appel , les jugemens rendus par lesdits
Prevôt des Marchands et Echevins , seront executez
par provision. Si donuons en mandement à
nos amez et feaux Conseillers les Gens tenans notre
Cour de Parlement, Chambre des Comptes et
Cour des Aydes à Paris , que notre present Edit
ils ayent à faire lire, publier et registrer , et le contenu
en iceluy garder et observer de point en
point , selon sa forme et teneur , nonobstant tous
Edits , Declarations , Arrêts , Reglemens et autres
choses à ce contraires , ausquels Nous avons
dérogé et derogeons par le present Edit ; aux copies
duquel , collationnées par l'un de nos amez
et feaux Conseillers-Secretaires , voulons que foy
soit adjoûtée comme à l'original : Car tel est notre
plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et staNOVEMBRE.
1733. 2543
ble à toûjours , Nous y avons fait mettre notre
scel . Donné à Fontainebleau &c.
sous
RREST du 22. Octobre , rendu au sujet de
deux Imprimez répandus sous le nom de
Mandemens de M. l'Evêque de Laon , &c. dont
voici la teneur. ,
Le Roi s'étant fait représenter deux Imprimez
qui paroissent depuis quelques jours , sans que le
nom de l'Imprimeur , ni le lieu de l'impression
y soient marquez , l'un sous le titre de Mande
ment de M. l'Evêque Duc de Laon , contre des
Ecrits intitulez : Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 173 3. et Arrêt de la Cour du Parlement
du 23. Fevrier 1733. donné le 10. May
1733. et enregistré le 20. May au Greffe de l'Offi
cialité ; Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon,
second Pair de France , &c. au sujet de quatre
Imprimez qui sont énoncez dans ledit titre, S. M.
auroit reconnu , l'examen qu'elle en a
fait faire dans son Conseil , que ces deux ouvra
ges , soit par les traits qui y sont répandus sans
menagement, soit par les questions qu'on y agite
une maniere aussi peu mesurée,ne peuvent servit
par
qu'à
•
NOVEMBRE. 1733. 253 2
qu'à ranimer la chaleur des disputes , et à aug
menter un feu que le Roy travaille continuellement
à éteindre dans son Royaume ; Que d'ailleurs,
par l'usage qu'on y veut faire des censures,
on retombe dans les mêmes excès que Sa Majesté
a déja été obligée de réprimer par son Arrêt
du 29. Septembre 173 1. qu'on y entreprend
même de s'élever contre la regle que le Roy a
renouvellée par ses Déclarations du 4. Août 1720
et du 24. Mars 1730. en deffendant d'exiger
directement ou indirectement aucunes nouvelles
formules de souscription , à l'occasion des
Bulles des Papes qui sont reçûës dans ce Royau
me , n'étant permis d'en introduire sans déli-
» bération des Evêques , revétus de l'authorité
» du Roy qu'enfin on s'y explique en plusieurs
endroits d'une maniere capable d'exciter de nouveau
les disputes qui s'étoient élevées sur la distinction
des deux Puissances , et dont le Roy a
jugé à propos de suspendre le cours. Qu'ainsi ces
deux Ecrits étant contraires aux Arrêts que S.M.
a rendus sur ce sujet , et entr'autres à celui du
2. Septembre qui ordonne la suppression d'une
Instruction Pastorale du Sr Evêque de Laon ; le
Roy , qui s'est réservé la connoissance de l'execution
de ces Arrêts , ne sçauroit interposer trop
promptement son authorité contre des Ouvrages
dont les suites peuvent être si dangereuses .
A quoi étant nécessaire de pourvoir , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que lesdits Ecrits , dont l'un a pour titre ,
Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon , contre
des Ecrits intitulez , Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 1733. et Arrêt de la Cour du
Parlement du 23. Février 1733. donné le 10. May!
mil sept cent trente-trois et enregistré le vingt May
L.V)
de
2532 MERCURE DE FRANCE
de la même année à l'Officialité , et dont l'autre
est intitulé , Mandement de M. l'Evêque Due
de Laon , second Pair de France. Comte d'Anisy
, &c. au sujet des quatre Imprimez , dont
P'un apour titre , Arrêté du Parlement du 6. May
1733. Le second , Très -humbles et très - respectueuses
Remontrances que présentent au Roy
notre très - honoré et souverain Seigneur , les
Gens de sa Cour de Parlement , en date du 15.
du même mois . Le troisiéme , Arrêté du Parlement
fait après le comte que M. le Premier Président
a rendu aux Chambres assemblées , de la
Réponse du Roy aux Remontrances du 19. May
1733. Le quatriéme , Instruction Pastorale de
M. l'Evêque de Montpellier , adressée au Clergé
et aux fideles de son diocese , au sujet des miracles
que Dieu fait en faveur des Appellans de la
Bulle Unigenitus 1733. donné à Laon le 1. Juillet
1733. seront et demeureront supprimez , comme
contraires et attentatoires à l'authorité des Decla
rations et Arrêts de Sa Majesté , tendans à émouvoir
les esprits , et à troubler la tranquillité publique.
Enjoint Sa Majesté à tous ceux qui en ont
des exemplaires , de les remettre incessamment au
Greffe du Conseil , pour y être supprimez. Fait
deffenses à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, et autres , de quelque état ou condition
qu'ils soient , d'en imprimer , vendre , debiter,
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire ;
ORDONNANCE du premier Novembre
portant permission aux Capitaines des Régimens
d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons , qui
servent en Italie , de recevoir dans leurs Compagnies
jusques à cinq hommes de nation étrangère.
AUTRE
NOVEMBRE . 1733. 2533
AUTRE du même jour , portant augmentation
des Troupes , par laquelle il est dit que S. M. jugeant
à propos de faire une augmentation dans
ses Troupes , afin de les mettre en état d'être encore
plus utilement employées pour son service ,
a ordonné et ordonne que les XI . Articles con
tenus dans ladite Ordonnance seroient executez
selon leur forme et teneur , & c.
AUTRE du même jour , pour établir un troisième
Officier dans toutes les Compagnies des
Regimens d'Infanterie Erançoise.
AUTRE du f . Novembre , qui admet à profiter
de l'Amnistie du 17. Janvier 1730 , les Cavaliers
, Dragons , Soldats et Miliciens qui ayant
deserté avant ledit jour , ne seront pas rentrez
dans le Royaume dans le terme qui leur étoit
prescrit , à condition d'aller servir à l'Armée
d'Italie.
AUTRE du 9. Novembre , portant deffenses
de transporter des grains hors du Royaume.
AUTRE du 10. Novembre , pour augmenter
d'un Bataillon chacun des Régimens de son Infanterie
qui y sont nommez ; sçavoir , de Picardie
, Champagne , Navarre , Piemont , Norman-
>
Marine, Richelieu , Bourbonnois , Auvergne
, Tallard , Pons , Royal Poitou
Lyonnois , et celui de Monseigneur le Dauphin.
Ordonne S. M. aux Colonels desdits Régimens
tenir la main à ce que lesdites Compagnies soient
mises sur pied du nombre de 40. hommes habillez
et armez entre cy et le premier Mars
prochain , &c.
AUTRE
2534 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , pour augmenter de
14 hommes , chacune des trente Compagnies
ordinaires du Régiment des Gardes Françoises.
AUTRE du même jour , portant augmenta⇒
tion des Compagnies franches de Dragons .
AUTRE du même jour , pour augmenter les
Compagnies franches d'Infanterie.
AUTRE du même jour , pour augmenter de
quarante hommes les anciennes Compagnies des
huit Régimens Suisses , et en lever huit nouvelles
de deux cens hommes chacune.
"
AUTRE du 12. Novembre concernant la Milice
, par laquelle il est dit que S. M. ayant résolu
d'augmenter les Milices qui ont été levéesen
execution de son Ordonnance du 25. Février
1726. de trente nouveaux Bataillons , composez
de 684. hommes chacun ; même de mettre audit
nombre de 684. les 93. Bataillons qui sont actuellement
sur pied , pour les égaler en force
aux Bataillons de Troupes reglées ; comme aussi
de faire commander les Compagnies de Milice ,
par un grand nombre d'Officiers , avec une paye
annuelle et dans une forme differente de celles :
qui ont été établies par les Ordonnances préce-,
dentes ; Elle a ordonné que les 20 Articles contenus
dans ladite Ordonnance , seroient executez
selon leur forme et teneur , au bas de laquelle il
y a un Etat contenant la répartition de 123. Ba
taillons de Milices , composez de 684. hommes ;
qui doivent être fournis par les Provinces et Ge
neralitez du Royaume qui y sont dénommez , -
tant de l'Ordonnance du 25. Février 1716. que
de la presente , &C.
EDIT
NOVEMBRE. 1733. 2535
i
EDIT DU ROY , portant création de Ren
tes Viageres , en forme de Tontine. Donné
Fontainebleau , au mois de Novembre 1733*-
Registré en Parlement , fe 2 Decembre 1733 .
Louis , par la Grace de Dieu , &c. A. tous presens
et à venir : Salut. Etant informé que les
Rentes Viageres , dites Tontine , créées par no
tre tres-honoré Seigneur et Bisayeul, de glorieuse
mémoire , ont été levées avec empressement,
par l'avantage que nos Sujets y trouvoient, de sé
procurer des revenus considerables , avec une
somme modique ; et que l'exactitude avec la
quelle le payement de ces Rentes s'est toujours
fait , même dans les temps les plus difficiles , depuis
leur création jusqu'à present , sans aucune
diminution ni retranchement , leur faisoit sou
haiter que nous voulussions bien en faire une
nouvelle création : Nous nous y sommes déterminez
avec plaisir : Et Nous avons même jugé à
propos , pour l'avantage de nos Sujets , de subdiviser
chaque Classe en plusieurs parties, afin de
partager la jouissance des Rentiers décedez , entre
un plus grand nombre de Rentiers suivans ; de
maniere que le suivant de chaque subdivision
jouira de la totalité des Rentes , dont elle sera
composée ; au moyen de quoi il y aura plusieurs
survivans par chaque Classe , au lieu qu'il n'y
en avoit ordinairement qu'un dans les premieres
Tontines , qui joüissoit des Rentes de sa Classe ..
A ces causes , et autres à ce Nous mouvans , de
l'avis de notre Conseil , et de notre certaine
science , pleine puissance er authorité Royale
Nous avons par notre présent Edit perpetuel ett
irrévocable , dit , statué et ordonné, disons , statuons
et ordonnons , Voulons et Nous plaît.
ART. L. Que par les Commissaires qui seront
par Nous députez , il soit vendu et aliené à nos
chers
2436 MERCURE DE FRANCE
€
chers et bien amez les Prevôt des Marchands et
Echevins de nôtre bonne ville de Paris , un million
cinquante mille livres actuelles et effectives
de rentes viageres , à prendre sur le produit de
nos droits d'Aydes et Gabelles , et des cinq grosses
fermes , que Nous avons declarez et declarons
specialement , et par privilege , affectez et
hypothequez au payement des arrerages desdites
rentes , même par preference à la partie de nôtre
Tresor Royal.
ART. II . Voulons que les constitutions particulieres
en soient faites par les Prevôt des Mar.
chands et Echevins de nôtre bonne ville de Paris,
à ceux de nos sujets , aux étrangers non naturalisez
, même à ceux qui seront demeurans hors
de nôtre Royaume, pays , Terres et Seigneuries de
nôtre obéissance , qui les voudront acquerir ;
renonçant pour cet effet à tous droits d'aubaine
, et autres qui pourroient Nous appartenir >
même à ceux de confiscation , en cas que les particuliers
, au profit de qui lesdites rentes seront
constituées , fussent sujets des Princes et Etats
contre lesquels Nous serions en guerre ,
Nous les avons relevez et dispensez .
>
dont
ART. III . Voulons que les Contrats de constitution
desdites rentes soient passez pardevant
tels Notaires que les acquereurs vaudront choisir
, pour en jouir par eux leur vie durant , comme
de leur propre chose , vray er loyal acquêr
pleinement et paisiblement , en vertu de leurs
contrats, et en être payez actuellement et effectivement
par demi- année , à Bureau ouvert ,
deux payemens par chacun an , sans que lesdites
rentes puissent être réduites ni retranchées , sous
quelque prétexte que ce puisse être. Et seront les
Contrats de constitution desdites rentes ,delivrez
gratuitement aux acquereurs par les Notaires ,
en
aus
NOVEMBRE. 1733. 2537
ausquels il sera par Nous pourvû d'un salaire raisonnable.
IV. Le million cinquante mille livres de
rentes , sera distribué, en sept classes , de cent
cinquante mille livres chacune , et chaque classe
subdivisée en trente parties de cinq mille livres
, qui seront remplies de suite ; de maniere
qu'aussi- tôt qu'une desdites trente parties de
cinq mille livres de rente se trouvera levée , les
nouveaux acquereurs seront inscrits dans la seconde
subdivision , et ainsi successivement dans.
la troisiéme et suivantes , jusqu'à la concurrence
desdites cent cinquante mille livres de rentes ,
dont la classe sera composée : La premiere , des
enfans depuis un an jusqu'à dix ans accomplis ; la
deuxième, de dix ans jusqu'à vingt ; la troisième
de vingt ans jusqu'à trente ; la quatrième , de
trente ans jusqu'à quarante ; la cinquième de
quarante ans jusqu'à cinquante ; la sixième , de
cinquante ans jusqu'à soixante ; et la septième et
derniere , de soixante ans jusqu'à soixante-dix.et
au-dessus .
V. Chaque Action sera de trois cens livres de
capital , et il sera permis à chaque Rentier , d'en
prendre tel nombre qu'il lui plaira dans chaque
subdivision de sa classe , pour lesquelles il lui sera
expedié un ou plusieurs Contrats, à son choix.
VI. Comme il ne seroit pas juste que les personnes
moins avancées en âge , qui selon le
cours de nature doivent plus long- tems jouir
desdites Rentes , en tirassent un aussi fort revenu
que ceux d'un âge plus avancé , ordonnons
que les Rentiers des deux premieres classes , jusqu'à
l'âge de vingt ans accomplis , seront payez
des interêts de leur capital sur le pied du Denier
Quatorze , ceux de la troisiéme et quatriéme
depuis vingt ans jusqu'à quarante , sur le pied
du
2528 MERCURE DE FRANCE
du Denier Douze ; ceux de la cinquième et
sixiéme , depuis quarante ans jusqu'à soixante ,
sur le pied du Denier Dix ; et ceux de la septième
depuis soixante ans jusqu'à soixante - dix et au
dessus , à raison du Denier Huit .
VII. Lorsque les acquereurs desdites Rentes
viageres viendront à déceder , les arrerages dont
ils jouissoient , appartiendront par accroissement
aux survivans de la même subdivision dans laquelle
ils seront employez , et seront distribuez
entre eux d'année en année au sol la livré jusqu'au
dernier mourant , sans que lesdites Rentes
puissent être censées éteintes à nôtre profit par
le décès des acquereurs ; sinon après le décès du
dernier Rentier de chaque subdivision de classe ;
ensorte que le dernier vivant de chaque subdivision
de chacune desdites classes , recueillera
seul le revenu de tous les capitaux qui compose
ront ladite subdivision ; et toutes les Rentes
comprises en icelle demeureront éteintes et
amorties à notre profit , après la mort du dernier
Rentier de ladite subdivision .
VIII. Ceux qui acquerront lesdites Rentes
seront tenus de justifier leur âge par des Extraits
baptistaires en bonne forme , et dûement légalisez
ou actes de notorieté équipolents ; et à l'é
gard des étrangers demeurans hors de nôtre
Royaume, ils seront tenus, outre lesdits Extraitsbaptistaires,
ou autres actes équipolents , de rapporter
des certificats de nos Ambassadeurs , Envoyez
, Résidens ou Consuls de la Nation Françoise,
dans les Cours , Etats , ou Villes étrangeres
où ils demeureront , portant qu'ils se sont
presentez devant eux , et qu'ils leur ont représenté
lesdits Extraits- baptistaires : ou autres actes
équipolents , annexez aux minutes des Contrats
de constitution desdites Rentes,
IX
NOVEMBRE. 1733 2539
IX. Le Bureau sera ouvert à notre Trésor
Royal , huit jours après l'enregistrement de nô
tre present Edit,pour y recevoir les deniers capitaux
desdites Rentes , et en délivrer des quittan →
ces sur lesquelles les Contrats seront passez , pour
être ensuite procedé à la confection des listes de
chaque classe , et par Nous pourvû à la distribution
du fonds necessaire pour le payement des
Rentes de chacune , à raison du Denier ci- dessus
mentionné.
X. Ceux qui acquerront lesdites Rentes viageres
avant le premier Janvier prochain , en aufont
la jouissance à commencer du premier Octobre
dernier , et ceux qui les acquerront avant
le premier Avril , en jouiront du premier Janvier
: lequel temps passé, le Bureau de la Recet
te desdits capitaux demeurera fermé .
XI. Le payement des arrerages desdites Rentesse
fera par les Payeurs qui seront créez à cet effet
, et ainsi qu'il se pratique pour les autres Rentes
de l'Hôtel de Ville,ausquels Payeurs les fonds
seront remis chaque année , par les Fermiers de
nos Aydes et Gabelles et autres Fermes.
XII. Voulons que la presente Tontine soit di
rigée en la même forme et maniere,que les trois
autres ci-devant créées ; et qu'en consequence
le Prevôt des marchands de nôtredite Ville de
Paris procéde à la nominatiou des Syndics honoraires
desdites classes , aussitôt après la confection
des listes , conformement à ce qui s'est
pratiqué jusqu'à present : Et à l'égard des Syndics
onéraires , notre intention est que ceux qui
sont pourvûs de ces Offices pour lesdites trois
premieres Tontines, fassent les mêmes fonctions
pour la présente , suivant la distribution qui leur
sera faite desdites Classes par le Prevôt desMarchands.
2540 MERCURE DE FRANCE
XIII . Et comme il est important d'empêcher
qu'on ne puisse sous des noms supposez , sur des
fausses Quittances , et sur des Quittances signées
par des Rentiers avant leurs décès , recevoir le
payement des arrérages desdites Rentes à notre
préjudice , et à celui du droit d'accroissement acquis
aux furvivans : Voulons et Ordonnons que
les Quittances soient passés par les Rentiers, domiciliez
à Paris , pardevant les mêmes Notaires
qui auront expedié les Contrats de Constitution,
qui attesteront que le Rentier , au nom duquel
la Quittance sera passée , est actuellement en vie
et s'est présenté devant eux lors de la passatiou
de ladite Quittance , de la verité desquelles chacun
desdits Notaires demeurera civil menr res
ponsable , sans que lesdits Rentiers soient obligez
de rapporter d'autre Certificat de vie , dont
Nous les avons dispensez : A l'égard de ceux qui
demeurent dans les Provinces de notre Royaume,
ils pourront faire reccvoir les arrérages , sur des
Procurations en boune forme , passées pardevant
Notaire , et légalisées par le Juge ordinaire
du lieu de la résidence desdits Notaires ,
qui certifiera au pied desdites Procurations
la vie desdits Rentiers : Et ceux qui seront
demeurants hors de nôtre Royaume , seront tenus
de rapporter des certificats de vie , passez
pardevant Notaires , ou autres personnes publiques
, en présence de deux témoins , qui attesteront
avoir vu dans le jour, et parlé audit Rentier,
le tout légalisé par nos Ambassadeurs , Envoyez,
Résidens , ou Consuls de la Nation Françoise
dans les Cours, Etats et Villes étrangeres où ils
sont demeurants ; et dans tous les cas ci- dessus ,
seront les Quittances passées devant Notaires
comme il se pratique pour toutes les autres Rentes
viageres par Nous dues. Voulons au surplus ,
>
qua
NOVEMBRE. 1733. 2541
que que nôtre Declaration du 27. Decembre 1727.
qui établit des peines contre ceux qui recevroient
indûëment les arrerages des Rentes viageres
constituées sur l'Hôtel de Ville de Paris , soit
executée selon sa forme et teneur , pour les Rentes
créées par le present Edit ; et que dans le cas
où les Notaires ne reconnoîtroient pas assez les
Rentiers pour certifier leur existance , il y soit
suppléé conformément à ladite Declaration , par
l'intervention de deux personnes domiciliées à
Paris, qui attesteront l'existence desdits Rentiers .
XIV. Et pour d'autant plus favoriser les acquereurs
desd . Rentes viageres ,voulons que les arrerages
, à quelque somme qu'ils puissent monter
par l'accroissement de la part des prédecedez , ne
puissent être saisis sous quelque prétexte que ce
soit , pas même pour nos propres affaires ; et en
outre que les Rentes qui seront acquises par les
étrangers , soient exemptes de toutes lettres de
marque , et de représailles , pour quelque cause
que ce soit.
XV. Les arrerages desdites Rentes , qui seront
dûs au jour du decès de chacun des Rentiers , seront
payez à leurs veuves , enfans et héritiers, en
rapportant , outre l'Extrait mortuaire en bonne
forme , bien et dûëment légalisé , la Grosse du
Contrat de constitution.
XVI . Les peres et meres qui auront acquis
desdites Rentes viageres sous le nom d'aucun de
leurs enfans , jouiront des arrérages , sans être
tenus d'en rendre aucun compte ,jusqu'à ce qu'ils
en ayent disposé au profit de leursdits enfans.
XVII . Ceux de nos Sujets caillables, qui acquereront
desdites Rentes , ne pourront être imposez
à la Taille à plus grande somme , pour raison
de ladite acquisition , ni même pour l'accroissement
dont ils pourront joüir dans la suite .
XVIII
2642 MERCURE DE FRANCE
XVIII. Les acquereurs desdites Rentes pourfont
faire passer les Contrats sous le nom de telles
personnes qu'ils voudront choisir , pour en jouir
tant par eux , que par ceux qu'ils nommeront sur
leurs quittances , dont il sera fait mention dans
les quittances du Garde de notre Trésor Royal , er
dans lesdits Contracts ; et l'existence des personnes
nommées par lesdits acquereurs , sera justi—
fiée pour recevoir les arrerages et accroissemens,
dans les formes ci - dessus.
XIX. Voulons que s'il arrive quelques contestations
pour raison du payement desdites Rentes
viageres , forme ou validité des quittances
des rentiers , ou touchant quelque autre chose
concernant lesdites rentes , la connoissance en
appartienne aux Prevôt des Marchands et Echevins
de notre bonne ville de Paris ,ausquels Nous
en avons attribué toute Cour ,Jurisdiction et connoissance
; pour être par eux lesdites contestations
decidées sommairement et sans frais , en
premiere instance , et par appel en notre Cour de
Parlement de Paris ; nonobstant et sans prejudice
duquel appel , les jugemens rendus par lesdits
Prevôt des Marchands et Echevins , seront executez
par provision. Si donuons en mandement à
nos amez et feaux Conseillers les Gens tenans notre
Cour de Parlement, Chambre des Comptes et
Cour des Aydes à Paris , que notre present Edit
ils ayent à faire lire, publier et registrer , et le contenu
en iceluy garder et observer de point en
point , selon sa forme et teneur , nonobstant tous
Edits , Declarations , Arrêts , Reglemens et autres
choses à ce contraires , ausquels Nous avons
dérogé et derogeons par le present Edit ; aux copies
duquel , collationnées par l'un de nos amez
et feaux Conseillers-Secretaires , voulons que foy
soit adjoûtée comme à l'original : Car tel est notre
plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et staNOVEMBRE.
1733. 2543
ble à toûjours , Nous y avons fait mettre notre
scel . Donné à Fontainebleau &c.
Fermer
Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En octobre 1733, le roi a examiné deux imprimés anonymes intitulés 'Mandement de M. l'Évêque Duc de Laon', qui critiquaient des arrêts du Parlement et remettaient en question des déclarations royales. Ces écrits étaient jugés dangereux car ils pouvaient ranimer des disputes et troubler la tranquillité publique. Le roi a donc ordonné la suppression de ces imprimés et interdit leur diffusion. Il a également interdit aux imprimeurs, libraires et colporteurs de les distribuer sous peine de punition. En novembre 1733, plusieurs ordonnances royales ont été publiées. Parmi elles, une ordonnance permettait aux capitaines de régiments en Italie de recruter des hommes de nationalité étrangère. D'autres ordonnances augmentaient les effectifs des troupes, des régiments d'infanterie, de cavalerie, de dragons, et des compagnies franches. Une ordonnance concernant la milice prévoyait l'augmentation des bataillons et la réorganisation des compagnies. Un édit royal créait des rentes viagères en forme de tontine, subdivisées en classes et parties, afin de permettre à un plus grand nombre de sujets de bénéficier de revenus considérables avec une somme modique. Les rentes ne sont éteintes qu'après le décès du dernier rentier de chaque subdivision de classe, qui perçoit alors seul le revenu de tous les capitaux de cette subdivision. Les acquéreurs doivent justifier leur âge par des extraits baptistaires ou des actes de notoriété, et les étrangers doivent fournir des certificats de nos ambassadeurs ou consuls. Le Bureau pour recevoir les capitaux des rentes ouvre huit jours après l'enregistrement de l'édit. Les rentes acquises avant le 1er janvier ou le 1er avril permettent de jouir des revenus dès le 1er octobre précédent ou le 1er janvier. Le paiement des arrérages est effectué par des payeurs désignés, et les fonds sont remis annuellement par les fermiers des aides et gabelles. La tontine est dirigée de la même manière que les précédentes, avec des syndics honoraires nommés par le Prévôt des marchands de Paris. Des mesures sont prises pour empêcher la fraude, notamment par la vérification de la vie des rentiers par des notaires ou des certificats légalisés. Les arrérages des rentes ne peuvent être saisis, même pour les affaires royales, et les rentes acquises par des étrangers sont exemptes de lettres de marque et de représailles. En cas de décès d'un rentier, les arrérages dus sont payés à ses veuves, enfants ou héritiers. Les parents acquérant des rentes pour leurs enfants en jouissent sans en rendre compte jusqu'à disposition. Les contestations relatives aux rentes sont de la compétence du Prévôt des marchands et des échevins de Paris, avec appel possible au Parlement de Paris. L'édit est publié et enregistré par les autorités compétentes, et toute dérogation est annulée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 2697-2704
PARALLELE, de l'Election à la Couronne de Pologne, faite en faveur du Serénissime STANISLAS LESZCZYNSKI, & du Sérénissime FREDERIC AUGUSTE.
Début :
1o. Le Serénissime Stanislas Leszczynski a eu pour lui les suffrages unanimes et prompts de [...]
Mots clefs :
Élection, Stanislas Leszczynski, Auguste III de Pologne, République, Royaume, Nomination, Constitution, Pologne, Diète de convocation, Suffrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARALLELE, de l'Election à la Couronne de Pologne, faite en faveur du Serénissime STANISLAS LESZCZYNSKI, & du Sérénissime FREDERIC AUGUSTE.
PARALLELE , de l'Election à la
Couronne de Pologne , faite en faveur du
Serenissime STANISLAS LESZCZYNSKI ,
du Serénissime FREDERIC AUGUSTE.
de
1°. Le Serénissime Stanislas Leszczynski a en
pour lui les suffrages unanimes et prompts
la Republique entiere , assemblée légitimement ,
c'est- à-dire de tous les Palatinats , Territoires
et Districts , au nombre de plus de 60000 hommes,
après que S. A.le Primat leur a eu demandễ
qui on devoit nommer Roi de Pologne ; et le
Grand Maréchal de la Couronne a proclamé ce
Prince en cette qualité .
I. De tant de milliers d'Hommes qui étoient ,
dans le Camp Electoral , pas un n'a nommé le
Serenissime Frédéric Auguste , et par conséquent
s'il n'a été proposé ni à la République ni par la
L. Voli
Ré
2698 MERCURE DE FRANCE
République , il n'a på en aucune maniere êtrè
nommé.
En quel tems .
2°. Le S. Stanislas a été élû dans le terme fixé
par unc constitution de la Diette de convocation
tenue cette année. Ainsi , on s'est conformé en
l'élisant à cette constitution qui prescrit pour des
raisons très importantes de terminer sans délai
P'Election du Roy , outre que dans le tempsmême
de l'Election , les Palatinats demandoient
qu'on pressa la nomination , comme il s'étoit
pratiqué dans un cas semblable ; sçavoir à l'Election
d'Uladislas IV. à laquelle les Russiens vou
loient mettre obstacle .
II. Lorsque le S. Frédéric Auguste a été élû ,
le temps de l'Election étoit passé , parce que cel
le du S Stanislas étant légitimement terminée
par la même , la Dietre d'Election l'étoit aussi ,
et que tous les Palatinats, Territoires et Districts
s'étoient retirez du Champ d'Election , après
avoir reçu les adieux de leur Maréchal , sans
avoir limité l'Acte d'Election , de sorte que si la
premiere Election avoit été deffectueuse , il en
faudroit faire une nouvelle , indiquer une nouvelle
Diette de Convocation , assembler de nouveau
les Diettines, expédier pour ce sujet de noupeaux
Universaux , & c,
En quel lieu.
3 °. Le S. Stanislas a été élû dans le lieu désigné
par une foule de Constitutions du Royaume,
et dernierement encore par celle de la Distte de
Convocation , tenue cette année ; c'est - à-dire
dans le Champ Electoral , ainsi qu'on l'appelle
proprement , entre Warsovie et le Village de
I. Vol. Vuola
DECEMBRE. 1733. 2899.
Vvola , où de temps immémorial des Elections
ont coûtume de se faire selon les anciennes Cons◄
titutions.
III. Le S. Frédéric- Auguste a été élû de l'autre
côté de la Vistule , dans la Plaine de Praage
joignant un Bois , près d'un Village , nommé
Kamien ; et là un grand Chemin a servi de
Champ Electoral , et une Hôtellerie de Szopa .
pour les Sénateurs au mépris des Constitutions,
Usages et Coutumes , et quoique les Dieures de
Convocation fixent toujours le temps et le lieu
où de tels Actes se doivent passer; tellement qu'un
Acte célébré hors du lieu , marqué par la Loy
est déslois absolument nul.
Par qui él .
4°. Le S. Stanislas a eu dans son E'ection , ce
qui en fait le point le plus essentiel ; sçavoir , la,
présence de tous les Palatinats , Terres , et Disericts
, sans en excepter un seul , qui après les
solemnitez ordinaires , Pont élû librement et de
plein gré, tellement que pour lui se sont réunies
les voix de plus de 60000 hommes , et d'un Peu-,
ple Electeur , dont la conduite et le droit song
irreprochables.
IV. Il ne s'est trouvé à l'Election du S. Frédéric-
Auguste, aucun Palatinar , Territoire , ni
District. li n'a été élû que par un petit nombre
de Gens et par de simples Particuliers , à qui la,
République n'avoit point donné pouvoir de le.
faire. Il a été élû par des Gens qu'on arrêta
lorsqu'ils retournoient chez eux après l'Election
et dont les uns donnérent leurs voix , ‹ffrayez,
par les Universaux du Général Lesci , qui menaçoit
de mettre tout à feu et à sang , tandis que
les autres vendirent bien leurs suffrages.
J. Vol.
ป
2700 MERCURE DE FRANCE
Il a été élû par des Parjures , dont quelques
uns avoient juré deux ou trois fois , que , se con
formant à l'intention unanime de la République
et aux Instructions expresses de la plupart des
Palatinats , Terres et Districts , ils n'éliroient
point de Candidat qui ne fut né de pere et de
mere Catholiques Romains , et qui cût des Domaines
ou des Armées hots du Royaume.
Il a eu pour Electeurs des Proscrits et des Ennemis
de la Patrie , déclarez tels , en partie par la
Constitution de la Diette de Convocation , contre
ceux qui éliroient un Roy étranger et ayant
des Domaines hors du Royaume, et en partie par
le Decret de la République entiere , assemblée
dans le Champ Electoral, Décret qu'elle a inséré
dans son Manifeste , contre l'invasion des Russiens
, et que signérent ceux - là même qui ont
adhéré à ces Russiens dans l'Election du S. Fré
deric- Auguste.
Au reste , je dis par le Décret , parce qu'effec
tivement il comprend , non seulement ceux qui
ont attiré l'Armée Russienne , mais encore tous
ceux qui pourroient dans la suite adhérer aux
Russiens , et que la République les y a déclareztous
également Ennemis de la Patrie , abandonnez
à la vengeance d'un chacun , &c.
Il faut aussi remarquer que n'y ayant à l'E
Tection aucun Député de la Grande Pologne , on
ya appellé deux jeunes Seigneurs du nom de
Dzialynski , qui faisoient leurs Etudes à Varsovie.
Ce qu'il y a de plus étrange , c'est qu'ur
Enfant de sept ans , Fils de l'Illustrissime Seigneur
Potocki, Maréchal de la Cour du Royaume
, a été invité à l'Election , et qu'on lui en a
fait signer l'Acte, afin , sans doute , qu'en voyant
ce nom parmi les autres , on puisse croire que
I. Fol. quel
DECEMBRE. 1733. 2701
quelqu'un de la Maison Potocki adhére au parti
de l'Electeur de Saxe.
Par qui nommé.
s . Le S. Stanislas a été nommé par Monsei
gneur Théodore Potocki , Archevêque de Gnêsne,
Primat du Royaume , c'est - à dire , un Prélat à
qui les Loix du Royaume , les Bulles des Papes ,
et particulierement la Constitution de la Diette
de Convocation , Constitution confirmée par le
serment des Evêques , conférent expres ément
et privativement à tous autres Evêques , le droit
de nommer le Roy. Tous sont donc exclus par
leurs sermens et sous certaines peines du droit
de nommer les Rois. Il y a même une Bulle du
Pape Sixte V. qui porté que , si un Roy a été
nommé par un autre que par le Primat du
Royaume , non - seulement l'Evêque qui a fait la
nomination , encourt des peines exprimées dans
cette Bulle , mais encore que cette nomination
est nulle et sans force.
V. Le S. Frederic Auguste a été nommé , non
par le Primat , mais par M. Hostus , Evêque de
Posnanie , en quoi ce Prélat a violé p.emierement
le serment géneral qu'il a prêté comme
Sénateur , de détourner tout ce qui peut être préjudiciable
à la République , puisque par sa nomination
il a attiré sur elle les plus grands maux,
porté atteinte à la liberté des Elections , occasionné
le renversement de l'Etat et des Loix ,
procuré l'effusion du sang humain , la désolation
du Royaume , l'oppression des Pauvres , la vio
lation des immunitez Ecclesiastiques , et enfin
le pillage des biens appartenans au Clergé .
Il a violé en second lieu le serment general
par lequel il s'est obligé dans la Diette de Con-
L. Vol. Vocation
2702 MERCURE DE FRANCE
vocation , de ne point élire de Roy étranger , on
ayant ses Domaines hors du Royaume.
Il a violé enfin le serment particulier que les au
tres Evêques et lui - même ont fait dans la susdite
Diette, de ne point attenter au droit de nommer
le Roy , droit que les Loix ont attaché à la dignité
du Primat. En un mot , le S. Auguste s'est
trouvé n'avoir que la nomination d'un Prélat ,
qui par cette nomination - là même , violoit tout
la fois trois sermens , et qui en même temps
encouroit les peines exprimées par le Decret que
la République entiere a inseré dans son Manifeste
et auquel lui - même a souscrit,
De quelle maniere ?
6. Le S. Stanillas a été élû par la République
avec une entiere liberté , et sans qu'il y cûr ni
Armée ni Troupes qui arrachassent les suffrages
de qui que ce soit en faveur d'un Candidat. Il a
été élú avec le consentement unanime de tous
ceux qui étoient dans le Champ Electoral , et sans
la moindre contradiction : Car il ne faut pas regarder
comme telles ni les oppositions que
M. Kaminski commençoit à faire dans le lieu
de la nomination , ni la retraite du Staroste d'O
poczyn , qui la veille de l'Election sortit du
Champ Electoral; le premier ramené par des re
montrances amiables et par de bons conseils , ré.
voqua son opposition de bon coeur et sans qu'on
lui fit la moindre violence ; il la révoqua à l'instant
et sur le lieu même , et il cria Vive Stanislase
Le second marqua par une Lettre la joye qu'il
avoit de l'heureux succès de l'Election et félicita
le Prince , sur qui elle étoit tombée , et quant
aux autres Electeurs , le lendemain de l'Election
ils allerent saluer l'Elû et l'assurer d'une parfaite
soumission.
DECEMBRE. 1733. 2703.
VI. Le S. Frederic Auguste a été élû avec
tout ce qui marque la derniere violence, puisque
les Electeurs étoient environnez d'une Armée
nombreuse , et qu'on n'obtint leurs suffrages
que par des persuasions armées . L'Election n'a
donc pas été libre. Mais comment eût - ele pů
l'être , lorsqu'un petit nombre de Citoyens pri-"
vez partagez en quatre Candidats , et devant
élire un Roy par confédération , voyoient dans
le parti du S. Frederic Auguste , le General Lesci,
agissant avec une autorité souveraine , nommer
et proclamer le premier ce Prince ? entraînez par.
la force superieure , ils ont accedé à cette Election
avec moins de joye que d'apparence de respect
, et on en trouve les preuves dans une Let-'
tre originale du même General Lesci au Comte
d'Osterman , où il s'exprime en ces termes :
Les Seigneurs Polonois étant divisez entre eux
sur le choix d'un Candidat , je les ai obligez par
des promesses et plus encore par des menaces , à dé
ferer la Couronne à l'Electeur de Saxe. Il sera assez
puissant pour se maintenir sur le Trône et pour
deffendre ceux qui l'y ont élevé.
L'Election du Sérenissime Auguste II. de
glorieuse mémoire , quoique faite par une Session
, a de grands avantages sur la prétendue
Election du S. Frederic Auguste. La premiere
fut l'ouvrage d'une partie considerable de la République
, légitimement assemblée dans le lieu
accoûtumé et désigné par la Constitution et le
temps de l'Election n'étoit pas encore écoulé ,
de sorte qu'en même- temps et au même endroit,
on nomma les deux Candidats en présence de
tous les Palatinats , Terres et Districts . La se
conde n'a été faite ni dans le lieu ni au temps
que les Loix marquaient , ni à la face de la Ré
山
1. Vol. publique
2704 MERCURE DE FRANCE
publique assemblée , et le S. Frederic Augusté a
été proclamé par une poignée d'hommes desti ."
tuez de tout pouvoir et autorité , par des hommes
que les Loix ont notez , par des hommes"
Sujets aux peines décernées contre les Traîtres ,'
et enfin sans qu'il ait assisté à cet Acte aucun
Palatinat , Territoire ni District.
Sans y être mieux
autorisé
, on a transferé
de
Praage
à Warsovie
, les Séances
touchant
les
Pacta
Conventa
, et on les y a continuées
15.
jours de suite aprés cette fausse
Election
. Par les´
mêmes
Pacta-Conventa
, on a ouvert
aux Trou."
pes Russiennes
le passage
en Pologne
, et on leur
a permis
d'y aller en tels lieux qu'il leur plairoit.
On a bien voulu
fournir
par là une occasion
continuelle
à des troubles
domestiques
, et
de justes
raisons
aux Etrangers
de nous déclarer
la guerre
, et on s'est peu soucié
d'einbarasser
la République.
Nous soumettons ce fidelle et exact Parallele
au jugement de l'Univers . Qu'on juge qui il
faut reconnoître pour légitime Roy de Pologne,
ou d'un Prince élû contre toutes sortes de Loix
et Constitutions et par la seule force des Armes
ou d'un autre qui a été élû selon ces Loix er
Constitutions , et que les suffrages libres et unanimes
de tout ce qu'il y avoit d'Electeurs , ont
élevé sur le Trône.
Couronne de Pologne , faite en faveur du
Serenissime STANISLAS LESZCZYNSKI ,
du Serénissime FREDERIC AUGUSTE.
de
1°. Le Serénissime Stanislas Leszczynski a en
pour lui les suffrages unanimes et prompts
la Republique entiere , assemblée légitimement ,
c'est- à-dire de tous les Palatinats , Territoires
et Districts , au nombre de plus de 60000 hommes,
après que S. A.le Primat leur a eu demandễ
qui on devoit nommer Roi de Pologne ; et le
Grand Maréchal de la Couronne a proclamé ce
Prince en cette qualité .
I. De tant de milliers d'Hommes qui étoient ,
dans le Camp Electoral , pas un n'a nommé le
Serenissime Frédéric Auguste , et par conséquent
s'il n'a été proposé ni à la République ni par la
L. Voli
Ré
2698 MERCURE DE FRANCE
République , il n'a på en aucune maniere êtrè
nommé.
En quel tems .
2°. Le S. Stanislas a été élû dans le terme fixé
par unc constitution de la Diette de convocation
tenue cette année. Ainsi , on s'est conformé en
l'élisant à cette constitution qui prescrit pour des
raisons très importantes de terminer sans délai
P'Election du Roy , outre que dans le tempsmême
de l'Election , les Palatinats demandoient
qu'on pressa la nomination , comme il s'étoit
pratiqué dans un cas semblable ; sçavoir à l'Election
d'Uladislas IV. à laquelle les Russiens vou
loient mettre obstacle .
II. Lorsque le S. Frédéric Auguste a été élû ,
le temps de l'Election étoit passé , parce que cel
le du S Stanislas étant légitimement terminée
par la même , la Dietre d'Election l'étoit aussi ,
et que tous les Palatinats, Territoires et Districts
s'étoient retirez du Champ d'Election , après
avoir reçu les adieux de leur Maréchal , sans
avoir limité l'Acte d'Election , de sorte que si la
premiere Election avoit été deffectueuse , il en
faudroit faire une nouvelle , indiquer une nouvelle
Diette de Convocation , assembler de nouveau
les Diettines, expédier pour ce sujet de noupeaux
Universaux , & c,
En quel lieu.
3 °. Le S. Stanislas a été élû dans le lieu désigné
par une foule de Constitutions du Royaume,
et dernierement encore par celle de la Distte de
Convocation , tenue cette année ; c'est - à-dire
dans le Champ Electoral , ainsi qu'on l'appelle
proprement , entre Warsovie et le Village de
I. Vol. Vuola
DECEMBRE. 1733. 2899.
Vvola , où de temps immémorial des Elections
ont coûtume de se faire selon les anciennes Cons◄
titutions.
III. Le S. Frédéric- Auguste a été élû de l'autre
côté de la Vistule , dans la Plaine de Praage
joignant un Bois , près d'un Village , nommé
Kamien ; et là un grand Chemin a servi de
Champ Electoral , et une Hôtellerie de Szopa .
pour les Sénateurs au mépris des Constitutions,
Usages et Coutumes , et quoique les Dieures de
Convocation fixent toujours le temps et le lieu
où de tels Actes se doivent passer; tellement qu'un
Acte célébré hors du lieu , marqué par la Loy
est déslois absolument nul.
Par qui él .
4°. Le S. Stanislas a eu dans son E'ection , ce
qui en fait le point le plus essentiel ; sçavoir , la,
présence de tous les Palatinats , Terres , et Disericts
, sans en excepter un seul , qui après les
solemnitez ordinaires , Pont élû librement et de
plein gré, tellement que pour lui se sont réunies
les voix de plus de 60000 hommes , et d'un Peu-,
ple Electeur , dont la conduite et le droit song
irreprochables.
IV. Il ne s'est trouvé à l'Election du S. Frédéric-
Auguste, aucun Palatinar , Territoire , ni
District. li n'a été élû que par un petit nombre
de Gens et par de simples Particuliers , à qui la,
République n'avoit point donné pouvoir de le.
faire. Il a été élû par des Gens qu'on arrêta
lorsqu'ils retournoient chez eux après l'Election
et dont les uns donnérent leurs voix , ‹ffrayez,
par les Universaux du Général Lesci , qui menaçoit
de mettre tout à feu et à sang , tandis que
les autres vendirent bien leurs suffrages.
J. Vol.
ป
2700 MERCURE DE FRANCE
Il a été élû par des Parjures , dont quelques
uns avoient juré deux ou trois fois , que , se con
formant à l'intention unanime de la République
et aux Instructions expresses de la plupart des
Palatinats , Terres et Districts , ils n'éliroient
point de Candidat qui ne fut né de pere et de
mere Catholiques Romains , et qui cût des Domaines
ou des Armées hots du Royaume.
Il a eu pour Electeurs des Proscrits et des Ennemis
de la Patrie , déclarez tels , en partie par la
Constitution de la Diette de Convocation , contre
ceux qui éliroient un Roy étranger et ayant
des Domaines hors du Royaume, et en partie par
le Decret de la République entiere , assemblée
dans le Champ Electoral, Décret qu'elle a inséré
dans son Manifeste , contre l'invasion des Russiens
, et que signérent ceux - là même qui ont
adhéré à ces Russiens dans l'Election du S. Fré
deric- Auguste.
Au reste , je dis par le Décret , parce qu'effec
tivement il comprend , non seulement ceux qui
ont attiré l'Armée Russienne , mais encore tous
ceux qui pourroient dans la suite adhérer aux
Russiens , et que la République les y a déclareztous
également Ennemis de la Patrie , abandonnez
à la vengeance d'un chacun , &c.
Il faut aussi remarquer que n'y ayant à l'E
Tection aucun Député de la Grande Pologne , on
ya appellé deux jeunes Seigneurs du nom de
Dzialynski , qui faisoient leurs Etudes à Varsovie.
Ce qu'il y a de plus étrange , c'est qu'ur
Enfant de sept ans , Fils de l'Illustrissime Seigneur
Potocki, Maréchal de la Cour du Royaume
, a été invité à l'Election , et qu'on lui en a
fait signer l'Acte, afin , sans doute , qu'en voyant
ce nom parmi les autres , on puisse croire que
I. Fol. quel
DECEMBRE. 1733. 2701
quelqu'un de la Maison Potocki adhére au parti
de l'Electeur de Saxe.
Par qui nommé.
s . Le S. Stanislas a été nommé par Monsei
gneur Théodore Potocki , Archevêque de Gnêsne,
Primat du Royaume , c'est - à dire , un Prélat à
qui les Loix du Royaume , les Bulles des Papes ,
et particulierement la Constitution de la Diette
de Convocation , Constitution confirmée par le
serment des Evêques , conférent expres ément
et privativement à tous autres Evêques , le droit
de nommer le Roy. Tous sont donc exclus par
leurs sermens et sous certaines peines du droit
de nommer les Rois. Il y a même une Bulle du
Pape Sixte V. qui porté que , si un Roy a été
nommé par un autre que par le Primat du
Royaume , non - seulement l'Evêque qui a fait la
nomination , encourt des peines exprimées dans
cette Bulle , mais encore que cette nomination
est nulle et sans force.
V. Le S. Frederic Auguste a été nommé , non
par le Primat , mais par M. Hostus , Evêque de
Posnanie , en quoi ce Prélat a violé p.emierement
le serment géneral qu'il a prêté comme
Sénateur , de détourner tout ce qui peut être préjudiciable
à la République , puisque par sa nomination
il a attiré sur elle les plus grands maux,
porté atteinte à la liberté des Elections , occasionné
le renversement de l'Etat et des Loix ,
procuré l'effusion du sang humain , la désolation
du Royaume , l'oppression des Pauvres , la vio
lation des immunitez Ecclesiastiques , et enfin
le pillage des biens appartenans au Clergé .
Il a violé en second lieu le serment general
par lequel il s'est obligé dans la Diette de Con-
L. Vol. Vocation
2702 MERCURE DE FRANCE
vocation , de ne point élire de Roy étranger , on
ayant ses Domaines hors du Royaume.
Il a violé enfin le serment particulier que les au
tres Evêques et lui - même ont fait dans la susdite
Diette, de ne point attenter au droit de nommer
le Roy , droit que les Loix ont attaché à la dignité
du Primat. En un mot , le S. Auguste s'est
trouvé n'avoir que la nomination d'un Prélat ,
qui par cette nomination - là même , violoit tout
la fois trois sermens , et qui en même temps
encouroit les peines exprimées par le Decret que
la République entiere a inseré dans son Manifeste
et auquel lui - même a souscrit,
De quelle maniere ?
6. Le S. Stanillas a été élû par la République
avec une entiere liberté , et sans qu'il y cûr ni
Armée ni Troupes qui arrachassent les suffrages
de qui que ce soit en faveur d'un Candidat. Il a
été élú avec le consentement unanime de tous
ceux qui étoient dans le Champ Electoral , et sans
la moindre contradiction : Car il ne faut pas regarder
comme telles ni les oppositions que
M. Kaminski commençoit à faire dans le lieu
de la nomination , ni la retraite du Staroste d'O
poczyn , qui la veille de l'Election sortit du
Champ Electoral; le premier ramené par des re
montrances amiables et par de bons conseils , ré.
voqua son opposition de bon coeur et sans qu'on
lui fit la moindre violence ; il la révoqua à l'instant
et sur le lieu même , et il cria Vive Stanislase
Le second marqua par une Lettre la joye qu'il
avoit de l'heureux succès de l'Election et félicita
le Prince , sur qui elle étoit tombée , et quant
aux autres Electeurs , le lendemain de l'Election
ils allerent saluer l'Elû et l'assurer d'une parfaite
soumission.
DECEMBRE. 1733. 2703.
VI. Le S. Frederic Auguste a été élû avec
tout ce qui marque la derniere violence, puisque
les Electeurs étoient environnez d'une Armée
nombreuse , et qu'on n'obtint leurs suffrages
que par des persuasions armées . L'Election n'a
donc pas été libre. Mais comment eût - ele pů
l'être , lorsqu'un petit nombre de Citoyens pri-"
vez partagez en quatre Candidats , et devant
élire un Roy par confédération , voyoient dans
le parti du S. Frederic Auguste , le General Lesci,
agissant avec une autorité souveraine , nommer
et proclamer le premier ce Prince ? entraînez par.
la force superieure , ils ont accedé à cette Election
avec moins de joye que d'apparence de respect
, et on en trouve les preuves dans une Let-'
tre originale du même General Lesci au Comte
d'Osterman , où il s'exprime en ces termes :
Les Seigneurs Polonois étant divisez entre eux
sur le choix d'un Candidat , je les ai obligez par
des promesses et plus encore par des menaces , à dé
ferer la Couronne à l'Electeur de Saxe. Il sera assez
puissant pour se maintenir sur le Trône et pour
deffendre ceux qui l'y ont élevé.
L'Election du Sérenissime Auguste II. de
glorieuse mémoire , quoique faite par une Session
, a de grands avantages sur la prétendue
Election du S. Frederic Auguste. La premiere
fut l'ouvrage d'une partie considerable de la République
, légitimement assemblée dans le lieu
accoûtumé et désigné par la Constitution et le
temps de l'Election n'étoit pas encore écoulé ,
de sorte qu'en même- temps et au même endroit,
on nomma les deux Candidats en présence de
tous les Palatinats , Terres et Districts . La se
conde n'a été faite ni dans le lieu ni au temps
que les Loix marquaient , ni à la face de la Ré
山
1. Vol. publique
2704 MERCURE DE FRANCE
publique assemblée , et le S. Frederic Augusté a
été proclamé par une poignée d'hommes desti ."
tuez de tout pouvoir et autorité , par des hommes
que les Loix ont notez , par des hommes"
Sujets aux peines décernées contre les Traîtres ,'
et enfin sans qu'il ait assisté à cet Acte aucun
Palatinat , Territoire ni District.
Sans y être mieux
autorisé
, on a transferé
de
Praage
à Warsovie
, les Séances
touchant
les
Pacta
Conventa
, et on les y a continuées
15.
jours de suite aprés cette fausse
Election
. Par les´
mêmes
Pacta-Conventa
, on a ouvert
aux Trou."
pes Russiennes
le passage
en Pologne
, et on leur
a permis
d'y aller en tels lieux qu'il leur plairoit.
On a bien voulu
fournir
par là une occasion
continuelle
à des troubles
domestiques
, et
de justes
raisons
aux Etrangers
de nous déclarer
la guerre
, et on s'est peu soucié
d'einbarasser
la République.
Nous soumettons ce fidelle et exact Parallele
au jugement de l'Univers . Qu'on juge qui il
faut reconnoître pour légitime Roy de Pologne,
ou d'un Prince élû contre toutes sortes de Loix
et Constitutions et par la seule force des Armes
ou d'un autre qui a été élû selon ces Loix er
Constitutions , et que les suffrages libres et unanimes
de tout ce qu'il y avoit d'Electeurs , ont
élevé sur le Trône.
Fermer
Résumé : PARALLELE, de l'Election à la Couronne de Pologne, faite en faveur du Serénissime STANISLAS LESZCZYNSKI, & du Sérénissime FREDERIC AUGUSTE.
Le texte compare les élections de Stanislas Leszczynski et Frédéric Auguste au trône de Pologne. Stanislas Leszczynski a été élu de manière unanime par plus de 60 000 hommes représentant tous les palatinats, territoires et districts de la République. Cette élection a eu lieu dans le champ électoral entre Varsovie et le village de Wola, conformément aux usages traditionnels et aux constitutions. Elle s'est déroulée dans le lieu et le temps prescrits par les lois en vigueur. En revanche, l'élection de Frédéric Auguste a eu lieu après l'expiration du délai légal et dans un lieu non désigné par les constitutions. Elle n'a pas impliqué la présence des palatinats, territoires et districts. Frédéric Auguste a été élu par un petit nombre de particuliers, souvent sous la contrainte et la menace, notamment de l'armée russe. De plus, il a été nommé par un évêque qui a violé plusieurs serments et constitutions, contrairement à Stanislas Leszczynski, nommé par le Primat du Royaume, en conformité avec les lois. L'élection de Stanislas Leszczynski s'est faite librement et sans violence, tandis que celle de Frédéric Auguste a été marquée par la présence de l'armée et des menaces. Le texte conclut en soumettant ce parallèle au jugement de l'univers pour déterminer le roi légitime de Pologne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
47
p. 2704-2712
MANIFESTE du Primat de Pologne.
Début :
Les faux rapports répandus dans le Public, à l'occasion de ce qui s'est passé en Pologne [...]
Mots clefs :
Élection, Roi, République, Interrègne, Liberté, Diète de convocation, Serment, Royaume, Primat, Ministres, Nation, Stanislas Leszczynski, Ennemis, Conduite, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE du Primat de Pologne.
MANIFESTE du Primat de Pologne:
Es faux rapports répandus dans le Public , à
l'occasion de ce qui s'est passé en Pologne
pendant l'interregne , les insinuations injustes ,
et malicieuses dont les ennemis du repos de la
République ont tâché de noircir ma conduite ,
J. Vel.
DECEMBRE. 1733 2705
en m'accusant d'avoir gouverné le Royaume d'une
maniere affectée et interessé , ont arrêté la liberté
des suffrages et violé les droits sur lesquels cette
liberté est fondée , et la necessité enfin de faire
voir au Monde entier que nos ennemis par de
pareils procedez , n'ont eu et n'ont encore pour
but que de ruiner et renverser totalement les
droits , les prérogatives et la liberté de notre
chere Patrie , sont des motifs trop pressans , pour
que je differe plus long- temps à justifier ma
conduite , afin de convaincre tout l'Univers par
une narration succincte et sincere de ce qui s'est
passé avant et après l'Election , la fausseté de ce
qu'on a publié de contraire,
Mon premier soin , depuis la mort du Roy
Auguste, de glorieuse memoire , a été de concilier
et de réunir nos Freres , et j'eus le bonheur
d'y réussir . Je n'entrepris rien que
du consentement
et de l'aveu du Sénat et de la Noblesse encore
assemblée à l'occasion de la Diette extraor
dinaire, convoquée par le feu Roy; j'envoyai des
Ministres aux Cours voisines , je tins de fréquens
Conseils avec les Sénateurs et les Minis
tres des deux Nations ; je ne signai que ce qui
avoit été unanimement résolu ; je pris les mesu
res convenables avec les Régimentaires des deux
Nations pour assurer la sureté interieure et exte
rieure du Royaume et prévenir les inconvéniens
qui pourroient résulter des Assemblées particu
lieres et illicites ; en un mot , afin de n'avoir
rien à me reprocher , je communiquai tout à la
République et ne fis rien sans son approbation ,
quoiqu'en qualité de Primat j'usse pû m'en dis
penser en bien des choses.
Le jour de l'assemblée de la Diette de Convo
Cation étant yenu , je me contentai d'y represen
J. Vol.
2756 MERCURE DE FRANCE
ter le danger auquel le Royaume se trouvoit ex
posé , et je laissai à la prudence d'une Nation libre
le soin de le prévenir. Il y eut au commence
ment de cette Diette de grands débats pour l'E
Jection d'un Maréchal ; les esprits parurent fort
animez , ce qui dura quelques jours et retarda
l'expedition des affaires ; mais par mes soins et
ceux du Sénat , le calmne fut enfin rétabli ; on
élût le Maréchal , et la Noblesse se joignit ensui
te au Sénat ; en qualité de Primat j'écoutai les
avis des Nonces, et me conformai à ce qu'ils désiroient
et à ce qu'ils rejettoient. Le principal
objet de leur délibération regardoit la résolution
prise cy- devant, d'exclure du Trône tout Piaste;
ils ressenroient vivement l'injustice d'une telle
résolution ; ils voyoient , avec indignation , la
honte qui en résultoit à la Nation ; et afin de le
rendre plus efficace , on résolut de le confirmer
par un serment. Cette résolution passa aussi unanimement.
Il est vrai qu'il y a eu à ce sujet des
débats tres vifs , mais ils n'ont eu pour objet que
le formulaire du Serment , et non le Serment
même. Après qu'en qualité de Primat , j'eus
prêté ce Serment , par lequel non seulement
tout Erranger , mais aussi tous ceux qui posse
dent des Provinces Etrangeres , ou qui ont des
Troupes sur pied , qui ne sont pas nez de peres et
de meres Catholiques , sont exclus du Trône.
Les Evêques, Sénateurs et autres le prêterent après
moi , et le firent tous avec joie et sans la moindre
contrainte Les Evêques jurerent aussi qu'ils
m'empiéteroient point sur les Droits du Primat.
La République déclara ensuite ce Serment com
me une Loy fondamentale du Royaume. Oa
dressa quelques Constitutions , et on fixa le jour
pour la Diette d'Election, au lieu ordinaire, con
CI. Vol.
forDECEMBRE.
1733 2707
formément aux Droits ; c'est par là que finit la
Diette de Convocation.
En attendant ce jour important je m'abstins de
toute intrigue , préjudiciab.e à la République ,
et bien loin que je fusse porté par un amour
aveugle pour aucun particulier, l'évitai avec soin
d'entrer dans aucune faction , j'avoue cepen ant
que je souhaitois fort que le Serenissime Roy
Stanislas fut élevé au Trône; je l'en croyois tres
digne, et même plus qu'aucun autre , à cause de
ses éminentes qualitez ; mais je declare en même.
temps que quelque fussent mes souhaits , mon
obstination n'alloit pas jusqu'à le vouloir au
préjudice de la République. J'avois mis toute
ma confiance en Dieu ; c'est par son secours et
celui de la libre Nation Polonoise que j'esperois
voir finir les maux de la République par l'E
lection d'un Roy désiré.
On me fit des offres avantageuses , on me fir
même des menaces , mais je rejettai les premieres
et méprisai les autres ; je n'ai jamais voulų
donner les mains directement ni indirectement
à l'entrée de quelqu'Armée Etrangere. J'ai rejetté
constamment les Instances faites par les
Ministres des Puissances voisines, pour une exclusion
, parce que je voyois qu'elle n'avoit pour
but que leur interêt et leur utilité particuliere ,
et qu'une pareille exclusion ne pouvoit être que
deshonorable à la République et tendre à sa totale
ruine . Comme lesdites Puissances ne laissoient
pas de continuer leurs Instances à ce sujet
, je m'apperçûs bien- tôt qu'on avoit dessein
d'enfoncer le Poignard dans le sein de notre -
berté . J'écrivis pour cet effet au nom de la République
, representée par ceux que les deux Na-
Lions avoient nommés à la Diette de Convoca-
I. Vol. tion
2708 MERCURE DE FRANCE
tion , pour me servir de conseil , à toutes le
Cours de l'Europe , pour les prier de ne pas per
mettre qu'on opprimâ: la Répub ique , d'envoir
des Ministres à S. M 1. et à l'Illustrissime Czarine
pour leur representer que nout ctions une
Nution libre que nous ne dépen tions de personne
, que nous ne permettrions jamais qu'on
donna: Pexclusion , les pliant de se désister de
leurs Instances à ce sujet , et de ne pas se mêlet
de notre Election qui ne dépend que de nous
seuls .
Le jour de l'ouverture de la Diette d'Election
étant venu , je n'eus en vue que l'exacte exécution
des Loix établies dans la Diette de Convocation
, en ce qui regarde l'Election et le maintien
inviolable de la liberté de la Patrie , les commencemens
de cette Diette furent fort paisibles,
et le Maréchal fut élû en peu de jours ; mais cette
tranquilité ne , dura guere ; les esprits s'échaufferent
à la nouvelle de l'entrée des Russiens
dans le Royaume , certifiée et affirmée par le
Chancelier et Régimentaire de Lithuanie toute
l'Assemblée en fut troublée , on fut surpris de
la conduite du Régimentaire en cette occasion ,
et après plusieurs Discours qui ne pouvoient lui
être agréables , on résolut de ne rien négliger
pour découvrir ceux qui avoient appellé les Russiens
dans le Royaume .
·
La peur ayant saisi le Régimentaire , apparemment
par un remords de conscience , il quitta
le Champ Electoral, sans faire aucune protes-
Lation et se retira à Praage,
-On lui envoya des Députez pour demander la
cause de sa Retraite ; sa réponse fut que sa Retraite
ne troubleroit en aucune maniere l'Elec
tion .
I. Vol. Peu
DECEMBRE . 1733. 2709
Peu de jours après, les Etats dresserent un Manifeste
contre ceux qui avoient appellé les Kussiens
dans le Royaume. Nous résolumes là - dessus
de proceder incessament à l'Election ,
selon
la teneur de la Constitution de la Diette de Convocation
, qui porte que l'Election se feroit dans
le terme le plus court qu'il seroit possible , mais
qu'au cas qu'elle ne se pût faire si- tôt qu'on le
souhaiteroit , la Diette ne dureroit neanmoins
que six semaines.
·
Avant que de proceder à l'Acte d'Election je
parcourus , à Cheval , selon le Cérémonial , les
Palatinats , les Starosties et les Districts assemblez
, pour
leur demander quel Roy ils souhaitoient
, et pour leur notifier en même temps
que la Proclamation se feroit le lendemain . Pendant
que j'en faisois le tour , on n'entendit
crier par tout que Vive le Roy Stanislas. Je conviens
cependant qu'il paroissoit qu'il y en avoit
quelques- uns qui y étoient contraires , ceux - cy
se retirreent dans leurs Quartiers, apparemment
pour y dresser le Niepozvalam.
Le lendemain j'achevai le tour des Palatinats , *
Starosties et Districts , je fus obligé dele faire à
pied , mon Cheval étant devenu ombrageux
par les cris réiterez de Vive le Roy Stanislas . Ces
cris se redoublerent avec tant de zéle que je ne
pus m'empêcher de me conformer aux pressantes
Instances de l'Assemblée , et de proceder incessamment
à la nomination du Roy ; mais
avant que de le faire, je déclarai absens ceux qui
s'étoient rendus à Praage ; et comme il ne paroissoit
personne pour contre- dire , car les uns se
tûrent , les autres partirent pour leurs Terres .
parmi ces derniers , le Staroste Opoczynski
1. Vol. ᏗᏤ gu
H
2710 MERCURE DE FRANCE
qui m'assura par une Lettre , qu'il s'étoit retiré
sans contradiction .
Je procedai , en vertu de ma Charge , à la no
mination du Roy , mais je fus interrompu park:
S.Kamienski, Capitaine du District de Krziemit,
dans le Palatinat de Vobhinie , qui me présenta
son Niepozwalam , ce qui m'obligea à garder k
silence pendant quelque temps , jusqu'à ce que
s'étant enfin désisté de sa contradiction , je pro
clamé le Serenissime Roy Stanislas , à present
regnant , sans aucune opposition , dont Dieu ,
qui connoît ce qu'il y a de plus caché dans nos
coeurs , est le témoin , ainsi que le Peuple , con
sistant en plus de 100 Enseignes , et criant una
nimement et sans cesse ; Vive le Roy Stanislas,
Je regarde comme un bonheur particulier d'
voir proclamé pour Roy , celui que des Nation
envieuses ont voulu exclure du Trône ; car
elles avoient réussi dans leur dessein , c'éto
fait à jamais de notre liberté , on nous auro
toujours forcé à élire un Roy à leur gré.
Voilà le récit sincere et veritable de tout
qui s'est passé à l'égard de l'Election de not
Roy , cependant , quelqu'unanime et légitin
qu'ait été cette Election , il se trouve de fau
Freres qui la révoquent en doute ; ils osent avar
cer qu'elle n'a été faite qu'en violant la liberté
et par là , ainsi que par toute la conduite qu'i
ont tenue depuis leur retraite à Praage , ils for
voir évidemment qu'ils ont appellé les Russier
dans le Royaume , ce qui les rend coupables e
tant de sang innocent qui sera peut- être vers
Mais supposé qu'il se soit trouvé quelques Pa
sonnes d'un sentiment opposé , le nombre e
étoit tres- petit , et elles n'ont paru que le jo
I.Vel
.qu'o
DECEMBRE. 1732. 2711
qu'on annonçoit au Peuple la prochaine Election
fixée au lendemain , et non le jour de la nomination
du Roy , qui , selon les Loix ou l'usage
ne se fait jamais à Cheval , mais dans les Tran
chées ou Quartiers préparez pour cet effet , et
où il étoit libre encore à ceux qui vouloient contredire
, d'exhiber leur Niepozvalam.
Les Ennemis du Roy voulant exécuter les pernicieux
desseins qu'ils avoient tramez à Praage ,
allérent joindre les Russiens , et formérent entr'eux
une prétendue République, ou, pour mieux
dire ,un Complot tumultueux de gens qui s'é
tant déclarez eux - mêmes Ennemis de la Patrie ,
en conséquence du Manifeste qu'ils avoient signé
, ne cherchent qu'à renverser la liberté , en
opprimant la veritable et innocente République.
Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est qu'il se
trouve parmi eux des Apôtres du Seigneur , des
Evêques , qui comme Judas , trahissent leur propre
Mere , c'est- à- dire , leur Patrie. Ce sont ces.
Evêques qui coupables d'un triple parjure endure
cissent encore davantage les coeurs des Seigneurs
séculiers , en autorisant leur témérité ,
en leur faisant accroire qu'elle est juste et per
mise.
Les Opposans retournerent enfin à Praage ; Ils,
s'imaginoient que pourvu qu'ils pûssent proceder
à une nouvelle Election avant l'échéance des
six semaines que la Diette pouvoit durer , cette
Election seroit légitime ; mais ce terme n'ayant
point été établi comme une Loy , mais comme
une prolongation , au cas qu'on ne pût parvenir
plutôt à une Election , ne peut être regardé que
comme une chimere , puisque l'Election avoit
Jéja été faite légitimement et selon les Loix. Ils
crurent aussi que s'ils pouvoient se rendre sur
1
No I. Vol.
le Hij
2712 MERCURE DE FRANCE
le Champ Electoral , entre Varsovie et Vvola ,
leur Election seroit plus valide ; ils firent tous les
efforts imaginables , mais inutiles , afin d'y parvenir,
employant pour cet effet le fer et le feu.
Pendant ce temps-là on découvrit que les Ministres
de Russie et de Saxe entretenoient une
correspondance avec les Opposans; le Régimentaire
résolut là - dessus de les faire sortir de Varsovie,
et de les attaquer, en cas de refus , ce qu'il
fit , les Ministres Etrangers ne doivent jouir des
prérogatives du Droit des Gens , qu'aussi long.
temps qu'ils observent eux- mêmes les Loix qui
y sont attachéts.
Enfin les Opposans voyant qu'ils ne pouvoient
passer la Vistule , se retirerent dans un Bois , y
dressérent une espece de Kolo , et élurent un
Roy , mais quel Roy ? Un Etranger , un Prince
qui possede des Provinces hors du Royaume , et
qui a des Troupes sur pied , un Prince né d'une
Mere Luthérienne , un Prince enfin qui veut employer
ses Troupes pour réduire une Nation libre
, à une obéissance aveugle. Grand Dieu , à
quoi servent les Constitutions établies dans la
Diette de Convocation ? A quoi sert le serment
qu'on y a prêté ? A quoi sert cette Confédéra¬
tion si solemnelle, pour n'élire qu'un Piaste? &c.
Fait à Dantzick , le 10 Octobre 1733 .
Es faux rapports répandus dans le Public , à
l'occasion de ce qui s'est passé en Pologne
pendant l'interregne , les insinuations injustes ,
et malicieuses dont les ennemis du repos de la
République ont tâché de noircir ma conduite ,
J. Vel.
DECEMBRE. 1733 2705
en m'accusant d'avoir gouverné le Royaume d'une
maniere affectée et interessé , ont arrêté la liberté
des suffrages et violé les droits sur lesquels cette
liberté est fondée , et la necessité enfin de faire
voir au Monde entier que nos ennemis par de
pareils procedez , n'ont eu et n'ont encore pour
but que de ruiner et renverser totalement les
droits , les prérogatives et la liberté de notre
chere Patrie , sont des motifs trop pressans , pour
que je differe plus long- temps à justifier ma
conduite , afin de convaincre tout l'Univers par
une narration succincte et sincere de ce qui s'est
passé avant et après l'Election , la fausseté de ce
qu'on a publié de contraire,
Mon premier soin , depuis la mort du Roy
Auguste, de glorieuse memoire , a été de concilier
et de réunir nos Freres , et j'eus le bonheur
d'y réussir . Je n'entrepris rien que
du consentement
et de l'aveu du Sénat et de la Noblesse encore
assemblée à l'occasion de la Diette extraor
dinaire, convoquée par le feu Roy; j'envoyai des
Ministres aux Cours voisines , je tins de fréquens
Conseils avec les Sénateurs et les Minis
tres des deux Nations ; je ne signai que ce qui
avoit été unanimement résolu ; je pris les mesu
res convenables avec les Régimentaires des deux
Nations pour assurer la sureté interieure et exte
rieure du Royaume et prévenir les inconvéniens
qui pourroient résulter des Assemblées particu
lieres et illicites ; en un mot , afin de n'avoir
rien à me reprocher , je communiquai tout à la
République et ne fis rien sans son approbation ,
quoiqu'en qualité de Primat j'usse pû m'en dis
penser en bien des choses.
Le jour de l'assemblée de la Diette de Convo
Cation étant yenu , je me contentai d'y represen
J. Vol.
2756 MERCURE DE FRANCE
ter le danger auquel le Royaume se trouvoit ex
posé , et je laissai à la prudence d'une Nation libre
le soin de le prévenir. Il y eut au commence
ment de cette Diette de grands débats pour l'E
Jection d'un Maréchal ; les esprits parurent fort
animez , ce qui dura quelques jours et retarda
l'expedition des affaires ; mais par mes soins et
ceux du Sénat , le calmne fut enfin rétabli ; on
élût le Maréchal , et la Noblesse se joignit ensui
te au Sénat ; en qualité de Primat j'écoutai les
avis des Nonces, et me conformai à ce qu'ils désiroient
et à ce qu'ils rejettoient. Le principal
objet de leur délibération regardoit la résolution
prise cy- devant, d'exclure du Trône tout Piaste;
ils ressenroient vivement l'injustice d'une telle
résolution ; ils voyoient , avec indignation , la
honte qui en résultoit à la Nation ; et afin de le
rendre plus efficace , on résolut de le confirmer
par un serment. Cette résolution passa aussi unanimement.
Il est vrai qu'il y a eu à ce sujet des
débats tres vifs , mais ils n'ont eu pour objet que
le formulaire du Serment , et non le Serment
même. Après qu'en qualité de Primat , j'eus
prêté ce Serment , par lequel non seulement
tout Erranger , mais aussi tous ceux qui posse
dent des Provinces Etrangeres , ou qui ont des
Troupes sur pied , qui ne sont pas nez de peres et
de meres Catholiques , sont exclus du Trône.
Les Evêques, Sénateurs et autres le prêterent après
moi , et le firent tous avec joie et sans la moindre
contrainte Les Evêques jurerent aussi qu'ils
m'empiéteroient point sur les Droits du Primat.
La République déclara ensuite ce Serment com
me une Loy fondamentale du Royaume. Oa
dressa quelques Constitutions , et on fixa le jour
pour la Diette d'Election, au lieu ordinaire, con
CI. Vol.
forDECEMBRE.
1733 2707
formément aux Droits ; c'est par là que finit la
Diette de Convocation.
En attendant ce jour important je m'abstins de
toute intrigue , préjudiciab.e à la République ,
et bien loin que je fusse porté par un amour
aveugle pour aucun particulier, l'évitai avec soin
d'entrer dans aucune faction , j'avoue cepen ant
que je souhaitois fort que le Serenissime Roy
Stanislas fut élevé au Trône; je l'en croyois tres
digne, et même plus qu'aucun autre , à cause de
ses éminentes qualitez ; mais je declare en même.
temps que quelque fussent mes souhaits , mon
obstination n'alloit pas jusqu'à le vouloir au
préjudice de la République. J'avois mis toute
ma confiance en Dieu ; c'est par son secours et
celui de la libre Nation Polonoise que j'esperois
voir finir les maux de la République par l'E
lection d'un Roy désiré.
On me fit des offres avantageuses , on me fir
même des menaces , mais je rejettai les premieres
et méprisai les autres ; je n'ai jamais voulų
donner les mains directement ni indirectement
à l'entrée de quelqu'Armée Etrangere. J'ai rejetté
constamment les Instances faites par les
Ministres des Puissances voisines, pour une exclusion
, parce que je voyois qu'elle n'avoit pour
but que leur interêt et leur utilité particuliere ,
et qu'une pareille exclusion ne pouvoit être que
deshonorable à la République et tendre à sa totale
ruine . Comme lesdites Puissances ne laissoient
pas de continuer leurs Instances à ce sujet
, je m'apperçûs bien- tôt qu'on avoit dessein
d'enfoncer le Poignard dans le sein de notre -
berté . J'écrivis pour cet effet au nom de la République
, representée par ceux que les deux Na-
Lions avoient nommés à la Diette de Convoca-
I. Vol. tion
2708 MERCURE DE FRANCE
tion , pour me servir de conseil , à toutes le
Cours de l'Europe , pour les prier de ne pas per
mettre qu'on opprimâ: la Répub ique , d'envoir
des Ministres à S. M 1. et à l'Illustrissime Czarine
pour leur representer que nout ctions une
Nution libre que nous ne dépen tions de personne
, que nous ne permettrions jamais qu'on
donna: Pexclusion , les pliant de se désister de
leurs Instances à ce sujet , et de ne pas se mêlet
de notre Election qui ne dépend que de nous
seuls .
Le jour de l'ouverture de la Diette d'Election
étant venu , je n'eus en vue que l'exacte exécution
des Loix établies dans la Diette de Convocation
, en ce qui regarde l'Election et le maintien
inviolable de la liberté de la Patrie , les commencemens
de cette Diette furent fort paisibles,
et le Maréchal fut élû en peu de jours ; mais cette
tranquilité ne , dura guere ; les esprits s'échaufferent
à la nouvelle de l'entrée des Russiens
dans le Royaume , certifiée et affirmée par le
Chancelier et Régimentaire de Lithuanie toute
l'Assemblée en fut troublée , on fut surpris de
la conduite du Régimentaire en cette occasion ,
et après plusieurs Discours qui ne pouvoient lui
être agréables , on résolut de ne rien négliger
pour découvrir ceux qui avoient appellé les Russiens
dans le Royaume .
·
La peur ayant saisi le Régimentaire , apparemment
par un remords de conscience , il quitta
le Champ Electoral, sans faire aucune protes-
Lation et se retira à Praage,
-On lui envoya des Députez pour demander la
cause de sa Retraite ; sa réponse fut que sa Retraite
ne troubleroit en aucune maniere l'Elec
tion .
I. Vol. Peu
DECEMBRE . 1733. 2709
Peu de jours après, les Etats dresserent un Manifeste
contre ceux qui avoient appellé les Kussiens
dans le Royaume. Nous résolumes là - dessus
de proceder incessament à l'Election ,
selon
la teneur de la Constitution de la Diette de Convocation
, qui porte que l'Election se feroit dans
le terme le plus court qu'il seroit possible , mais
qu'au cas qu'elle ne se pût faire si- tôt qu'on le
souhaiteroit , la Diette ne dureroit neanmoins
que six semaines.
·
Avant que de proceder à l'Acte d'Election je
parcourus , à Cheval , selon le Cérémonial , les
Palatinats , les Starosties et les Districts assemblez
, pour
leur demander quel Roy ils souhaitoient
, et pour leur notifier en même temps
que la Proclamation se feroit le lendemain . Pendant
que j'en faisois le tour , on n'entendit
crier par tout que Vive le Roy Stanislas. Je conviens
cependant qu'il paroissoit qu'il y en avoit
quelques- uns qui y étoient contraires , ceux - cy
se retirreent dans leurs Quartiers, apparemment
pour y dresser le Niepozvalam.
Le lendemain j'achevai le tour des Palatinats , *
Starosties et Districts , je fus obligé dele faire à
pied , mon Cheval étant devenu ombrageux
par les cris réiterez de Vive le Roy Stanislas . Ces
cris se redoublerent avec tant de zéle que je ne
pus m'empêcher de me conformer aux pressantes
Instances de l'Assemblée , et de proceder incessamment
à la nomination du Roy ; mais
avant que de le faire, je déclarai absens ceux qui
s'étoient rendus à Praage ; et comme il ne paroissoit
personne pour contre- dire , car les uns se
tûrent , les autres partirent pour leurs Terres .
parmi ces derniers , le Staroste Opoczynski
1. Vol. ᏗᏤ gu
H
2710 MERCURE DE FRANCE
qui m'assura par une Lettre , qu'il s'étoit retiré
sans contradiction .
Je procedai , en vertu de ma Charge , à la no
mination du Roy , mais je fus interrompu park:
S.Kamienski, Capitaine du District de Krziemit,
dans le Palatinat de Vobhinie , qui me présenta
son Niepozwalam , ce qui m'obligea à garder k
silence pendant quelque temps , jusqu'à ce que
s'étant enfin désisté de sa contradiction , je pro
clamé le Serenissime Roy Stanislas , à present
regnant , sans aucune opposition , dont Dieu ,
qui connoît ce qu'il y a de plus caché dans nos
coeurs , est le témoin , ainsi que le Peuple , con
sistant en plus de 100 Enseignes , et criant una
nimement et sans cesse ; Vive le Roy Stanislas,
Je regarde comme un bonheur particulier d'
voir proclamé pour Roy , celui que des Nation
envieuses ont voulu exclure du Trône ; car
elles avoient réussi dans leur dessein , c'éto
fait à jamais de notre liberté , on nous auro
toujours forcé à élire un Roy à leur gré.
Voilà le récit sincere et veritable de tout
qui s'est passé à l'égard de l'Election de not
Roy , cependant , quelqu'unanime et légitin
qu'ait été cette Election , il se trouve de fau
Freres qui la révoquent en doute ; ils osent avar
cer qu'elle n'a été faite qu'en violant la liberté
et par là , ainsi que par toute la conduite qu'i
ont tenue depuis leur retraite à Praage , ils for
voir évidemment qu'ils ont appellé les Russier
dans le Royaume , ce qui les rend coupables e
tant de sang innocent qui sera peut- être vers
Mais supposé qu'il se soit trouvé quelques Pa
sonnes d'un sentiment opposé , le nombre e
étoit tres- petit , et elles n'ont paru que le jo
I.Vel
.qu'o
DECEMBRE. 1732. 2711
qu'on annonçoit au Peuple la prochaine Election
fixée au lendemain , et non le jour de la nomination
du Roy , qui , selon les Loix ou l'usage
ne se fait jamais à Cheval , mais dans les Tran
chées ou Quartiers préparez pour cet effet , et
où il étoit libre encore à ceux qui vouloient contredire
, d'exhiber leur Niepozvalam.
Les Ennemis du Roy voulant exécuter les pernicieux
desseins qu'ils avoient tramez à Praage ,
allérent joindre les Russiens , et formérent entr'eux
une prétendue République, ou, pour mieux
dire ,un Complot tumultueux de gens qui s'é
tant déclarez eux - mêmes Ennemis de la Patrie ,
en conséquence du Manifeste qu'ils avoient signé
, ne cherchent qu'à renverser la liberté , en
opprimant la veritable et innocente République.
Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est qu'il se
trouve parmi eux des Apôtres du Seigneur , des
Evêques , qui comme Judas , trahissent leur propre
Mere , c'est- à- dire , leur Patrie. Ce sont ces.
Evêques qui coupables d'un triple parjure endure
cissent encore davantage les coeurs des Seigneurs
séculiers , en autorisant leur témérité ,
en leur faisant accroire qu'elle est juste et per
mise.
Les Opposans retournerent enfin à Praage ; Ils,
s'imaginoient que pourvu qu'ils pûssent proceder
à une nouvelle Election avant l'échéance des
six semaines que la Diette pouvoit durer , cette
Election seroit légitime ; mais ce terme n'ayant
point été établi comme une Loy , mais comme
une prolongation , au cas qu'on ne pût parvenir
plutôt à une Election , ne peut être regardé que
comme une chimere , puisque l'Election avoit
Jéja été faite légitimement et selon les Loix. Ils
crurent aussi que s'ils pouvoient se rendre sur
1
No I. Vol.
le Hij
2712 MERCURE DE FRANCE
le Champ Electoral , entre Varsovie et Vvola ,
leur Election seroit plus valide ; ils firent tous les
efforts imaginables , mais inutiles , afin d'y parvenir,
employant pour cet effet le fer et le feu.
Pendant ce temps-là on découvrit que les Ministres
de Russie et de Saxe entretenoient une
correspondance avec les Opposans; le Régimentaire
résolut là - dessus de les faire sortir de Varsovie,
et de les attaquer, en cas de refus , ce qu'il
fit , les Ministres Etrangers ne doivent jouir des
prérogatives du Droit des Gens , qu'aussi long.
temps qu'ils observent eux- mêmes les Loix qui
y sont attachéts.
Enfin les Opposans voyant qu'ils ne pouvoient
passer la Vistule , se retirerent dans un Bois , y
dressérent une espece de Kolo , et élurent un
Roy , mais quel Roy ? Un Etranger , un Prince
qui possede des Provinces hors du Royaume , et
qui a des Troupes sur pied , un Prince né d'une
Mere Luthérienne , un Prince enfin qui veut employer
ses Troupes pour réduire une Nation libre
, à une obéissance aveugle. Grand Dieu , à
quoi servent les Constitutions établies dans la
Diette de Convocation ? A quoi sert le serment
qu'on y a prêté ? A quoi sert cette Confédéra¬
tion si solemnelle, pour n'élire qu'un Piaste? &c.
Fait à Dantzick , le 10 Octobre 1733 .
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Résumé : MANIFESTE du Primat de Pologne.
En décembre 1733, le Primat de Pologne publie un manifeste pour répondre aux accusations portées contre lui concernant sa conduite pendant l'interrègne. L'auteur, J. Vel., réfute les insinuations selon lesquelles il aurait gouverné de manière intéressée et violé les droits de la République. Il affirme avoir agi dans l'intérêt du royaume, en conciliant les frères et en prenant des mesures avec l'approbation du Sénat et de la Noblesse. Il mentionne avoir envoyé des ministres aux cours voisines et avoir pris des mesures pour assurer la sécurité intérieure et extérieure du royaume. Le Primat décrit les événements entourant l'élection du roi, soulignant les débats initiaux et les efforts pour rétablir le calme. Il précise avoir écouté les avis des nonces et s'être conformé à leurs désirs. La principale résolution prise fut l'exclusion des Piastes du trône, confirmée par un serment. Il déclare avoir souhaité l'élection de Stanislas, mais sans préjudice pour la République. Il rejette les offres et menaces des puissances étrangères visant à influencer l'élection. Le manifeste détaille les actions entreprises pour maintenir la liberté de la Pologne et la légitimité de l'élection de Stanislas. Il mentionne les tentatives des opposants de contester l'élection et leur alliance avec les Russiens. Le Primat conclut en affirmant la légitimité de l'élection de Stanislas et en dénonçant les actions des opposants, qu'il qualifie de traîtres à la patrie. Un autre document, daté du 10 octobre 1733 et rédigé à Dantzick, dénonce un prince possédant des provinces en dehors du Royaume et ayant des troupes armées. Ce prince, né d'une mère luthérienne, souhaite utiliser ses troupes pour soumettre une nation libre à une obéissance aveugle. Le texte s'interroge sur l'utilité des constitutions établies lors de la Diète de Convocation, du serment prêté et de la solennelle confédération, qui semblent n'avoir servi qu'à élire un Piaste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 2901-2903
« On apprend en dernier lieu de Dantzick que la plus grande partie de la Noblesse des sept Palatinats [...] »
Début :
On apprend en dernier lieu de Dantzick que la plus grande partie de la Noblesse des sept Palatinats [...]
Mots clefs :
Nation, Roi, Électeur de Saxe, Royaume, Noblesse, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend en dernier lieu de Dantzick que la plus grande partie de la Noblesse des sept Palatinats [...] »
On apprend en dernier lieu de Dantzick que
la plus grande partie de la Noblesse des sept l'a-
II. Vol. G iij latinats
670.
latinats qui composent la grande Pologne , et
quelques autres Palatinats , sont entrez dans la
Confédération faite par ceux de la Prusse Polonoise.
La Cour du Roy augmente tous les jours,et il
y est arrivé depuis peu plusieursSeigneurs , du nomdesquels
sont les quatre Princes Sapieha , le
Comte Sapieha , qui a quitré la Moscovie où il
avoit été élevé par le Czar Pierre I. à la Digniré
de Feldt - Maréchal, les Princes Jean et Michel-
Czartorinski , les Palatins de Pomerelie , de Livonie,
et de Cujavie, les Castellans de Lubowski,
de Wilda , de Liominski , de Roznaczowiscxi ,
de Lubelski , et de Rokoczinzki , les Starostes
de Wisck , de Craczinski , de Sthum , de Schatowski
, de Buck , et de Ruzzeria.
On a publié un Decret par lequel le Roy
deffend à tous Gentilshommes de se trouver aux
prétendues Diettes particulieres convoquées par
M. Poninski au nom de l'Electeur de Saxe. S , M.
dit dans ce Decret qu'Elle n'est point venuë dans
le Royaume pour disputer la Couronne , mais
pour maintenir la liberté de la Nation , après
avoir fait un Parallele de la maniere dont on a
procedé à son Election , et de la violence avec
laquelle s'est faite la proclamation de l'Electeur
de Saxe , et après avoir comparé les Droits que
l'unanimité des suffrages de la Nation lui dondent
à la Couronne , avec ceux de cet Electeur,
qui n'étant appellé dans le Royaume que par un
petit nombre de rebelles , veut le conquerir par
la force des Armes , le Roy ajoute qu'il compte
que le zele de la Noblesse Polonoise pour la li
berté et pour l'honneur de la Nation , ne lui
permettra point d'obéir aux ordres d'un Prince
qui n'a point droit de lui en donner . S. M.
II. Vol. .finit
DECEMBRE. 1733. 2903.
finit en exhortant la Nation à ne point se laisser,
intimider par la grande puissance des Ennemis
et en lui promettant des secours qui surprendront
ceux qui avoient formé le projet d'assujettir
le Royaume.
la plus grande partie de la Noblesse des sept l'a-
II. Vol. G iij latinats
670.
latinats qui composent la grande Pologne , et
quelques autres Palatinats , sont entrez dans la
Confédération faite par ceux de la Prusse Polonoise.
La Cour du Roy augmente tous les jours,et il
y est arrivé depuis peu plusieursSeigneurs , du nomdesquels
sont les quatre Princes Sapieha , le
Comte Sapieha , qui a quitré la Moscovie où il
avoit été élevé par le Czar Pierre I. à la Digniré
de Feldt - Maréchal, les Princes Jean et Michel-
Czartorinski , les Palatins de Pomerelie , de Livonie,
et de Cujavie, les Castellans de Lubowski,
de Wilda , de Liominski , de Roznaczowiscxi ,
de Lubelski , et de Rokoczinzki , les Starostes
de Wisck , de Craczinski , de Sthum , de Schatowski
, de Buck , et de Ruzzeria.
On a publié un Decret par lequel le Roy
deffend à tous Gentilshommes de se trouver aux
prétendues Diettes particulieres convoquées par
M. Poninski au nom de l'Electeur de Saxe. S , M.
dit dans ce Decret qu'Elle n'est point venuë dans
le Royaume pour disputer la Couronne , mais
pour maintenir la liberté de la Nation , après
avoir fait un Parallele de la maniere dont on a
procedé à son Election , et de la violence avec
laquelle s'est faite la proclamation de l'Electeur
de Saxe , et après avoir comparé les Droits que
l'unanimité des suffrages de la Nation lui dondent
à la Couronne , avec ceux de cet Electeur,
qui n'étant appellé dans le Royaume que par un
petit nombre de rebelles , veut le conquerir par
la force des Armes , le Roy ajoute qu'il compte
que le zele de la Noblesse Polonoise pour la li
berté et pour l'honneur de la Nation , ne lui
permettra point d'obéir aux ordres d'un Prince
qui n'a point droit de lui en donner . S. M.
II. Vol. .finit
DECEMBRE. 1733. 2903.
finit en exhortant la Nation à ne point se laisser,
intimider par la grande puissance des Ennemis
et en lui promettant des secours qui surprendront
ceux qui avoient formé le projet d'assujettir
le Royaume.
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Résumé : « On apprend en dernier lieu de Dantzick que la plus grande partie de la Noblesse des sept Palatinats [...] »
En décembre 1733, des nouvelles de Dantzick signalent que la majorité de la noblesse des sept voïvodies de la Grande-Pologne et d'autres palatinats ont rejoint la confédération formée par la Prusse polonaise. La cour du roi s'est agrandie avec l'arrivée de plusieurs seigneurs, dont les princes Sapieha, les comtes Sapieha, les princes Czartorinski, ainsi que divers palatins et castellans de différentes régions. Un décret royal interdit aux gentilshommes de participer aux diètes particulières convoquées par Poninski au nom de l'Électeur de Saxe. Le roi affirme qu'il n'est pas venu pour disputer la couronne, mais pour maintenir la liberté de la nation. Il compare son élection, marquée par l'unanimité des suffrages, à la proclamation violente de l'Électeur de Saxe, soutenu par un petit nombre de rebelles. Le roi exhorte la noblesse à ne pas se laisser intimider par les ennemis et promet des secours pour surprendre ceux qui cherchent à assujettir le royaume.
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49
p. 149-151
POLOGNE.
Début :
On a publié à Dantzik un Mandement du Roy, adressé aux Palatinats et Territoires [...]
Mots clefs :
Royaume, Liberté de la nation, Roi, Palatinats et territoires, Élection, République, Puissances, Couronne
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE .
Na publié à Dantzik un Mandement du
Roy , adressé aux Palatinats et Territoires
du Royaume , pour les exhorter de ne point assister
aux Diettes convoquées par M. Poninski ,
Instigateur du Royaume , dont voici l'Extrait.
Après avoir représenté aux Palatinats et Territoires
respectifs , les calamitez ausquelles la
République se trouve exposée par la malice de
eux qui, mettant leur confiance dans les forces
des Puissances Etrangeres , ne cherchent qu'à
renverser entierement la liberté des Polonois . Le
Roy y fait une récapitulation de tout ce qui s'est
passé pendant et après son Election , et S. M dit
à ce sujet , que quelque droit qu'elle eût à la
Couronne , incontestablement mieux fondé que
celui de ceux qui la disputent à présent par la
force des Armes , elle ne s'est point renduë dans
le Royaume pour disputer ce droit , mais uniquement
pour maintenir la liberté de la Nation ,
en se soumettant aux Loix et Constitutions du
Royaume :J'ai abandonné le Sceptre , ajoûte le
Roy dans son Mandement, je me suis dépouillé de
La dignité Royale, et je me suis mis entre vos mains
comme unsimple Particulier , afin que vous puissiez
proceder avec une entiere liberté à l'Election d'un
Roy : Vous m'avez élû , et Dieu a visiblement prategé
cette Election , en inspirant dans le coeur de
tant de milliers de personnes une unanimité si génerale.
Je ne suis pas venu à main arméo dans le
Royaume
150 MERCURE DE FRANCE
Royaume pour attaquer la République , détruire
ses droits et regner malgré vous et quoiqu'au
moyen de l'amitié étroite qui m'unit avec le très-“.
illustre Roy de France , j'eusse pú me servir d'une
partie de ses Troupes pour me frayer le chemin au
Trône , je n'ai jamais eu la moindre pensée d'acquérir
avec violence la Couronne , comma font actuellement
les Partisans des Factions Etrangeres ;
conduite si contraire aux Constitutions du Royaume,
et qui tend si ouvertement à la ruine totale de la
liberté de la Nation , acheptée par nos Ancêtres au
prix de tant de sang.
Le Roy passe ensuite à l'Election qui s'est faite
à Praage , d'un Prince Etranger , sous la protection
d'une Armée ennemie , et après avoir fait
voir l'irrégularité et l'invalidité de cette Election ,
il insinue que les Cours de Vienne et de Russie
étoient convenues depuis long- temps que ce
Prince ni nul autre , ne seroit élevé au Trône de
Pologne ; il y insinue encore que la Cour de
Vienne , jalouse de la liberté dont jouit la Nation
Polonoise , n'a jamais perdu de vûë le dessein de
la détruire et de lui imposer le même joug sous
lequel gémissent les Bohémiens et les Hongrois;
il ajoûte que cette Cour se couvrant du Manteau
des Moscovites , avec lesquels elle est d'accord ,
fait semblant de n'avoir aucune part aux maux
de la République , commis par d'autres , pendant
qu'en effet elle fait jouer tous les ressorts
imaginables pour renverser la liberté de la Nation
, et emporter la Couronne par la force des
Armes : Sijamais elle parvient à son but , poursuit
le Roy , c'en est fait de notre chere Patrie,
c'en est fait de notre liberté et nous ne serons jamais
affranchis du joug de la Nation Allemande.
Après avoir exhorté les Palatinats et Distries
respectifs
JANVIER . 1734.
ISI
respectifs du Royaume , à n'avoir aucun
égard aux Universaux publiez par le Parti contraire
, se confiant à la genereuse émulation de la
Noblesse Po onoise, qui ne permettra jamais que
qui que ce soit empiete sur ses droits , il finit en
disant : Quelque grande que soit la puissance de nos
Ennemis , elle ne doit en aucune maniere nous intimider
, nos forces augmentent tous les jours et
nous recevrons sans doute , un puissant secours
d'ailleurs ; diverses Puissances s'interposent en notre
faveur ; elles combattent pour notre konneur et
pour la liberté de la République ; nous en voyons
des preuves dans les opérations qui se font sur le
Rhin et en Italie , par les Armes des François ,
Espagne et de Sardaigne ; quoique nous ne soyons
pas alliez avec ces deux dernieres Puissances , elles
ne peuvent neantmoins souffrir qu'on employe
la force pour mettre sur le Trône de Pologne un
Prince que toute la Nation a abjuré ; ces Rois s'allieront
avec d'autres Puissances pour la conservation
de l'honneur de notre Royaume ; nous ne manquerons
pas d'autres moyens favorables . Une puissante
diversion se manifestera en notrefaveur plutôt
qu'on ne pense ; elle nous mettra à l'abri des
machinations de nos Ennemis, et ceux qui nous ont
dressé des embuches y seront pris eux mêmes , &c,
Na publié à Dantzik un Mandement du
Roy , adressé aux Palatinats et Territoires
du Royaume , pour les exhorter de ne point assister
aux Diettes convoquées par M. Poninski ,
Instigateur du Royaume , dont voici l'Extrait.
Après avoir représenté aux Palatinats et Territoires
respectifs , les calamitez ausquelles la
République se trouve exposée par la malice de
eux qui, mettant leur confiance dans les forces
des Puissances Etrangeres , ne cherchent qu'à
renverser entierement la liberté des Polonois . Le
Roy y fait une récapitulation de tout ce qui s'est
passé pendant et après son Election , et S. M dit
à ce sujet , que quelque droit qu'elle eût à la
Couronne , incontestablement mieux fondé que
celui de ceux qui la disputent à présent par la
force des Armes , elle ne s'est point renduë dans
le Royaume pour disputer ce droit , mais uniquement
pour maintenir la liberté de la Nation ,
en se soumettant aux Loix et Constitutions du
Royaume :J'ai abandonné le Sceptre , ajoûte le
Roy dans son Mandement, je me suis dépouillé de
La dignité Royale, et je me suis mis entre vos mains
comme unsimple Particulier , afin que vous puissiez
proceder avec une entiere liberté à l'Election d'un
Roy : Vous m'avez élû , et Dieu a visiblement prategé
cette Election , en inspirant dans le coeur de
tant de milliers de personnes une unanimité si génerale.
Je ne suis pas venu à main arméo dans le
Royaume
150 MERCURE DE FRANCE
Royaume pour attaquer la République , détruire
ses droits et regner malgré vous et quoiqu'au
moyen de l'amitié étroite qui m'unit avec le très-“.
illustre Roy de France , j'eusse pú me servir d'une
partie de ses Troupes pour me frayer le chemin au
Trône , je n'ai jamais eu la moindre pensée d'acquérir
avec violence la Couronne , comma font actuellement
les Partisans des Factions Etrangeres ;
conduite si contraire aux Constitutions du Royaume,
et qui tend si ouvertement à la ruine totale de la
liberté de la Nation , acheptée par nos Ancêtres au
prix de tant de sang.
Le Roy passe ensuite à l'Election qui s'est faite
à Praage , d'un Prince Etranger , sous la protection
d'une Armée ennemie , et après avoir fait
voir l'irrégularité et l'invalidité de cette Election ,
il insinue que les Cours de Vienne et de Russie
étoient convenues depuis long- temps que ce
Prince ni nul autre , ne seroit élevé au Trône de
Pologne ; il y insinue encore que la Cour de
Vienne , jalouse de la liberté dont jouit la Nation
Polonoise , n'a jamais perdu de vûë le dessein de
la détruire et de lui imposer le même joug sous
lequel gémissent les Bohémiens et les Hongrois;
il ajoûte que cette Cour se couvrant du Manteau
des Moscovites , avec lesquels elle est d'accord ,
fait semblant de n'avoir aucune part aux maux
de la République , commis par d'autres , pendant
qu'en effet elle fait jouer tous les ressorts
imaginables pour renverser la liberté de la Nation
, et emporter la Couronne par la force des
Armes : Sijamais elle parvient à son but , poursuit
le Roy , c'en est fait de notre chere Patrie,
c'en est fait de notre liberté et nous ne serons jamais
affranchis du joug de la Nation Allemande.
Après avoir exhorté les Palatinats et Distries
respectifs
JANVIER . 1734.
ISI
respectifs du Royaume , à n'avoir aucun
égard aux Universaux publiez par le Parti contraire
, se confiant à la genereuse émulation de la
Noblesse Po onoise, qui ne permettra jamais que
qui que ce soit empiete sur ses droits , il finit en
disant : Quelque grande que soit la puissance de nos
Ennemis , elle ne doit en aucune maniere nous intimider
, nos forces augmentent tous les jours et
nous recevrons sans doute , un puissant secours
d'ailleurs ; diverses Puissances s'interposent en notre
faveur ; elles combattent pour notre konneur et
pour la liberté de la République ; nous en voyons
des preuves dans les opérations qui se font sur le
Rhin et en Italie , par les Armes des François ,
Espagne et de Sardaigne ; quoique nous ne soyons
pas alliez avec ces deux dernieres Puissances , elles
ne peuvent neantmoins souffrir qu'on employe
la force pour mettre sur le Trône de Pologne un
Prince que toute la Nation a abjuré ; ces Rois s'allieront
avec d'autres Puissances pour la conservation
de l'honneur de notre Royaume ; nous ne manquerons
pas d'autres moyens favorables . Une puissante
diversion se manifestera en notrefaveur plutôt
qu'on ne pense ; elle nous mettra à l'abri des
machinations de nos Ennemis, et ceux qui nous ont
dressé des embuches y seront pris eux mêmes , &c,
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Résumé : POLOGNE.
En janvier 1734, un mandement royal est publié à Dantzig, exhortant les palatinats et territoires de Pologne à ne pas participer aux diètes convoquées par Stanislas Leszczynski, soutenu par M. Poninski. Le roi dénonce les dangers que la République polonaise encourt de la part de ceux qui cherchent à renverser la liberté des Polonais avec l'appui de puissances étrangères. Il rappelle son élection et son engagement à préserver la liberté de la nation en respectant les lois et constitutions du royaume. Le roi affirme avoir renoncé au pouvoir pour permettre une élection libre et souligne que son élection a été divinement protégée. Le roi critique l'élection d'un prince étranger à Prague, sous la protection d'une armée ennemie, et suggère que les cours de Vienne et de Russie avaient convenu de ne pas soutenir ce prince pour le trône de Pologne. Il accuse la cour de Vienne de vouloir détruire la liberté polonaise et de se servir des Moscovites pour atteindre ses objectifs. Le roi appelle les palatinats et districts à ignorer les proclamations du parti adverse, se fiant à la noblesse polonaise. Il mentionne que des puissances comme la France, l'Espagne et la Sardaigne soutiennent la Pologne et la liberté de la République, et que d'autres aides favorables ne manqueront pas de se manifester.
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50
p. 1421-1423
DE NAPLES ET DE SICILE.
Début :
Le Roy a nommé le Prince de Laurenzano pour aller à Rome en qualité de son Ambassadeur [...]
Mots clefs :
Prince Laurenzano, Roi, Place, Ville, Troupes, Comte de Visconti, Habitants, Garnison, Royaume, Naples
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texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES ET DE SICILE.
DE NAPLES ET DE SICILE.
L
E Roy a nommé le Prince de Laurenzano
pour aller à Rome en qualité de son Ambassadeur
Extraordinaire auprès du Pape , et ce
Ministre doit partir incessamment pour donner
part à S. S. de l'avenement de S. M. à la Couronne.
Le Duc de Lauria Cala de Laënzina , que
S. M. a fait Chef de son Conseil Privé , a été
chargé de recevoir à la place du Comte de Charny,
Lieutenant General du Royaume , l'hommage
des Députez des Villes et des Barons de l'Etat
qui n'ont pas encore prêté serment de fidélité.
Les Habitans de la Ville de Lecce , à l'occasion
de quelques impositions que deux Officiers de
P'Empereur qui étoient restez dans cette Ville
ont voulu exiger , ont pris les armes et ont chassé
les Imperiaux , après avoir tué M. Cardamone,
P'un de ces deux Officiers .
Les 8. Galeres Françoises , commandées par le
Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de France ,
entrerent le 15. Juin dans le Port de Naples avec
un pareil nombre de Galeres du Roy d'Espagne ,
et le reste de l'Escadre qui avoit fait voile de Barcelone
le 6. du même mois. Les Troupes qui
sont venues sur cette Escadre consistent en 18.
Bataillons et 2500. hommes de Cavalerie ,
quoiqu'une partie des Vaisseaux qui la composent
ait essuyé une assez violente tempête dans la
II. Vol.
et
Mer
jMer deGêlies,
» on n'a pas perdu un homme ni
91B cheval dans le passage.
On a reçu avis que le Comte de Visconti, cy«'
devant Viceroy de tapies
,
étoit parti dePescara,
sur l'avis qu'il avoit tu --',e la Marche d'un Dé,
tachement qu'on avoit envoyé pour l'y assieger
et qu'il étoit à Fumo,d'oLl il devoir aller à Rome
joindre la Comtesse son Epouse.
La Garnison Imperiale qui étoit dans Reggio,
ayant appris que le Comte de Visconti s etoif*
déterminé à sortir du Royaume,elle a abandonna
cette Place et s'est embarquée pour la Sicile.
Trois cens Grenadiers que le Comte de Sasta.
go elivoyoit au Comte de Visconti , ayant débar-
,qlié dans le Royaume de Naples
, ont été faits
prisonniers de Guerre , et la Galere sur laquelle
Détachement avoir été embarqué, a été prise.
- On a commencé le 'iege de Gaette
, et la
Garnison n'étant pas assez forte pour pouvoir
faire une longue detfense
, on espere que la Place
sera bien-tôt réduite sous l'obéissance de S. M.
il a été résolu de ne point assieger dans les formes
la Ville de Capoiie ,
dont les Habitans souf.
frent déjà beaucoup par la disette et par les maladiesqui
y régnent; on s'est contenté d'augmenter
le nombre des Troupes qui en formoienc
le blocus, et de la faire investir entièrement,
afin de couper- toute retraite aux Imperiaux qui y
4ont enfermez.
Au commencement du moi_s de Juin on fit par-
;tir pour la Calabre sous l'escorte du Vaisseau
de guerre le Saint Philippe
,
plusieurs Bâtimcns
sur lesquels se sont embarquez 4. Bataillons destinez
à renforcer les Troupes qui sont dans cette
-Province, d'où on a appris que tous les AlIemands
et les Napolitains qui ayoient suivi le
VIscontià Pescara, étoient sortis du
Royaume,ou avoient reconnu l'autorité du Roy,
On a publié à Naples un Edit par lequel il estdeffendu
à tous les Sujets de S. M. sous peine de confiscation de leurs biens
,
d'entretenir correspondance aucune avec les Sujets de l'Empereur et de tirer aucune Marchandise des Pays de la domination
de S. M. Jmp. oji des autres Princes de
l'Empire.
L
E Roy a nommé le Prince de Laurenzano
pour aller à Rome en qualité de son Ambassadeur
Extraordinaire auprès du Pape , et ce
Ministre doit partir incessamment pour donner
part à S. S. de l'avenement de S. M. à la Couronne.
Le Duc de Lauria Cala de Laënzina , que
S. M. a fait Chef de son Conseil Privé , a été
chargé de recevoir à la place du Comte de Charny,
Lieutenant General du Royaume , l'hommage
des Députez des Villes et des Barons de l'Etat
qui n'ont pas encore prêté serment de fidélité.
Les Habitans de la Ville de Lecce , à l'occasion
de quelques impositions que deux Officiers de
P'Empereur qui étoient restez dans cette Ville
ont voulu exiger , ont pris les armes et ont chassé
les Imperiaux , après avoir tué M. Cardamone,
P'un de ces deux Officiers .
Les 8. Galeres Françoises , commandées par le
Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de France ,
entrerent le 15. Juin dans le Port de Naples avec
un pareil nombre de Galeres du Roy d'Espagne ,
et le reste de l'Escadre qui avoit fait voile de Barcelone
le 6. du même mois. Les Troupes qui
sont venues sur cette Escadre consistent en 18.
Bataillons et 2500. hommes de Cavalerie ,
quoiqu'une partie des Vaisseaux qui la composent
ait essuyé une assez violente tempête dans la
II. Vol.
et
Mer
jMer deGêlies,
» on n'a pas perdu un homme ni
91B cheval dans le passage.
On a reçu avis que le Comte de Visconti, cy«'
devant Viceroy de tapies
,
étoit parti dePescara,
sur l'avis qu'il avoit tu --',e la Marche d'un Dé,
tachement qu'on avoit envoyé pour l'y assieger
et qu'il étoit à Fumo,d'oLl il devoir aller à Rome
joindre la Comtesse son Epouse.
La Garnison Imperiale qui étoit dans Reggio,
ayant appris que le Comte de Visconti s etoif*
déterminé à sortir du Royaume,elle a abandonna
cette Place et s'est embarquée pour la Sicile.
Trois cens Grenadiers que le Comte de Sasta.
go elivoyoit au Comte de Visconti , ayant débar-
,qlié dans le Royaume de Naples
, ont été faits
prisonniers de Guerre , et la Galere sur laquelle
Détachement avoir été embarqué, a été prise.
- On a commencé le 'iege de Gaette
, et la
Garnison n'étant pas assez forte pour pouvoir
faire une longue detfense
, on espere que la Place
sera bien-tôt réduite sous l'obéissance de S. M.
il a été résolu de ne point assieger dans les formes
la Ville de Capoiie ,
dont les Habitans souf.
frent déjà beaucoup par la disette et par les maladiesqui
y régnent; on s'est contenté d'augmenter
le nombre des Troupes qui en formoienc
le blocus, et de la faire investir entièrement,
afin de couper- toute retraite aux Imperiaux qui y
4ont enfermez.
Au commencement du moi_s de Juin on fit par-
;tir pour la Calabre sous l'escorte du Vaisseau
de guerre le Saint Philippe
,
plusieurs Bâtimcns
sur lesquels se sont embarquez 4. Bataillons destinez
à renforcer les Troupes qui sont dans cette
-Province, d'où on a appris que tous les AlIemands
et les Napolitains qui ayoient suivi le
VIscontià Pescara, étoient sortis du
Royaume,ou avoient reconnu l'autorité du Roy,
On a publié à Naples un Edit par lequel il estdeffendu
à tous les Sujets de S. M. sous peine de confiscation de leurs biens
,
d'entretenir correspondance aucune avec les Sujets de l'Empereur et de tirer aucune Marchandise des Pays de la domination
de S. M. Jmp. oji des autres Princes de
l'Empire.
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Résumé : DE NAPLES ET DE SICILE.
Le roi a nommé le Prince de Laurenzano ambassadeur extraordinaire auprès du Pape pour annoncer son avènement au trône. Le Duc de Lauria a remplacé le Comte de Charny pour recevoir l'hommage des députés des villes et des barons n'ayant pas encore prêté serment de fidélité. À Lecce, les habitants ont pris les armes contre des officiers impériaux, tuant l'un d'eux et chassant les troupes impériales. Huit galères françaises, commandées par le Chevalier d'Orléans, sont arrivées à Naples avec un nombre équivalent de galères espagnoles, transportant 18 bataillons et 2500 hommes de cavalerie. Le Comte de Visconti, ancien vice-roi de Naples, a quitté Pescara pour Rome après avoir repoussé un détachement envoyé pour l'assiéger. La garnison impériale de Reggio a abandonné la ville pour la Sicile. Trois cents grenadiers envoyés au Comte de Visconti ont été capturés, ainsi que leur galère. Le siège de Gaète a commencé, et la ville de Capoue est sous blocus. En juin, des troupes ont été envoyées en Calabre pour renforcer les forces locales. Un édit a été publié à Naples, interdisant toute correspondance avec les sujets de l'Empereur et l'importation de marchandises des pays sous domination impériale.
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