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1
p. 128-184
La nuit du 5 au 6 d'Avril
Début :
Le Roy fit ouvrir la Tranchée à l'Esplanade de la [...]
Mots clefs :
Ennemis, Bastion, Citadelle, Travaux, Camp, Tranchée, Nuit, Contrescarpe, Régiment, Gardes, Capitaines, Canon, Fossé, Officiers espagnols, Soldats, Assiégés, Attaque, Morts, Majesté, Cambrai
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texteReconnaissance textuelle : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Lanuit du 5 au 6 d'Auril.
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
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LE MERCURE N
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de
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1-
a
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
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La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
U
ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
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e
d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
t
chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
X
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la
e
A
al
S
F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
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if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
د
de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
e
.
e
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1
n
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S
D
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-
veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
コ
!
コ
a
-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
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LE MERCURE N
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
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La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
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ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
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d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
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chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
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10
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
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A
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F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
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de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
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veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
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-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
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132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
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Résumé : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Du 5 au 14 avril, plusieurs actions militaires ont été menées autour d'une citadelle. La nuit du 5 au 6 avril, le roi ordonna l'ouverture d'une tranchée à l'esplanade de la citadelle et le début d'une attaque extérieure. Les travaux incluaient le gabionnage des avenues et le creusement de sapes. La tranchée utilisée pour attaquer la ville fut également poussée vers la gauche contre la citadelle. Les nuits suivantes, les Suisses renforcèrent leurs positions dans la ville, tandis que les ennemis tentèrent plusieurs sorties, repoussées par les défenseurs. Des batteries furent mises en état de tirer malgré les pertes causées par le canon ennemi. La nuit du 7 au 8 avril, la tranchée fut poussée à quarante pas de la contrescarpe, et une batterie de huit pièces de canon fut dressée. La nuit du 8 au 9 avril, la communication entre les sapes fut achevée, et deux batteries furent pratiquées sur les bastions du Moulin et de Sainte-Barbe. Une bombe tomba dans la citadelle, causant un grand fracas. Le 10 avril au matin, le duc de Villeroy fut tué par un boulet de canon. Les nuits suivantes, les assiégés tentèrent de perturber les travaux des défenseurs, mais furent repoussés. Une demi-lune bien fortifiée fut prise par les capitaines Chapereux et Courtevin. Le 11 avril, le roi ordonna l'attaque de toute la contrescarpe du côté de l'esplanade, et les travaux continuèrent pour faire la communication des attaques du côté des Gardes. Le 14 avril, les batteries tirèrent sur le bastion de gauche et le fossé pour soutenir le mineur, et une demi-lune fut attaquée et prise. Les travaux de fortification se poursuivirent avec la construction de logements et de batteries. Le gouverneur refusa de se rendre, affirmant qu'il défendrait les bastions restants. Le roi ordonna de mettre le feu à une mine, créant une brèche significative. Malgré un feu ennemi intense, le Lieutenant de Boisselau put rendre compte de la situation. Le gouverneur battit finalement la chamade, signifiant sa reddition. Les négociations aboutirent à une capitulation favorable aux ennemis, leur permettant de quitter la ville avec honneur. Le roi visita l'église cathédrale de Cambrai et inspecta les travaux et la citadelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 98-127
« Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...] »
Début :
Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...]
Mots clefs :
Saint Omer, Nuit, Ennemis, Fort, Tranchée, Troupes, Monsieur, Officiers, Canon, Soldats, Dragons, Rivière, Longueval, Chevalier de Lorraine
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texteReconnaissance textuelle : « Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...] »
Dés que Monfieur fut arrivé
devant S. Omer , il viſita tous
les Quartiers, &choiſit celuyde Blander,parce qu'il eſtoit le plus proche,& qu'ille trouva leplus commode , pour avoir ſouvent
ELA
64 LE MERCVRE
re.
des nouveles dece qui ſe paſſe- roit. Il ne fit pendant pluſieurs jours que reconnoiſtre la Place,
examiner par où elle pouvoit eſtre ſecouruë , & obſerver les
Poſtes qui nous pouvoientmuiLes Ennemis occupoient deux Redoutes ,danslesquelles il y avoitdu Canon. Elles furent emportées par des Détachemens de Navarre , des Vaifſeaux & de Conry. Pendant ce temps ceux de la Place , qui eſtoient maiſtres du Fort de
S..Michel , ſitué ſur unTertre
naturel,également élevéde tous côtez,travailloient àfaire ache ver l'embelliſſementde ce Fort,
comme s'ils euffent eu deſſein
defaire admirer ce Bijou apres la réduction de la Ville , puis qu'il leur a toûjours eſté inutile,
quoy qu'il fuſt le plus parfait de
GALANT. 65
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les
mi
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de
leurs Ouvrages. Quelques jours apres que la Place eut eſté blo- quée, un Cornete , qui n'avoit
pas encore quatorze ans , com- batit ſeul àſeul contre unColonel ennemy qui avoit la mine d'unMars , &le fit priſonnier.
- Monfieur ne peut ouvrir la Tranchée fi-toſt qu'il auroit voulu. Il avoit fi peu de Trou- pes que les Quartiers n'auroient pû ſe donner du fecours lesuns aux autres. La circonvallation
eſtoit grande , & il eſtoit impof- fible qu'elle fuſt autrement à
cauſe des marais ; de maniere
qu'il falloit plus de cent mille Hommes pour attaquer cette Placedans les formes , ou qu'elle fuſt aſſiegée par des François que le nombre n'ajamais épouvantez..
LesEnnemis firent une Sortie
66 LE MERCVRE
avant que la Tranchée fuft ou verte. Ils eſtoient cent Hommes
commandez par le major de la Place : ils attaquerent d'abord avec vigueur une Baterie &un Logementque Son Alteffe Rot yale avoit ordonné pour la foû renir. Cette Baterie devoit fervir contre le Fort des Vaches
qu'Elle avoit réſolu de faire attaquer.
Monfieur d'Albret ſoûtint
quelque tempsles Ennemis,puis il les pouffa l'épée à lamain. II cutunCheval tue ſous luy.Mon- feur le Chevalierde Souvray fit merveilles en cette occafion.
Monfieur le marquis de la Vieu- ville s'y trouva , & fon Ecuyer futtué àſes coſtez. Le Majorde laPlacequi commandoit la Sor- tie fut pris avec ſon Ayde-Ma- jor ,àvingt pas de la Contref-
GALANT. 67
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Dit ferJaches
ireat
ûrint
s,puis ain. I
Monray fit
afion
Vieu
cuyer
orde
SorMarefcarpe. Monfieur ayant receu le 2. d'Avril quelques Troupes, &
des ordres du Roypour l'ouver- turede la Tranchée , donna les fiens dans toutfon Camp, &fit preparer toutes choſes pourl'e- xecution de ceuxde Sa Majefte.
LaNuit du 4aus
On ouvrit laTranchée.Monfieur vint àTatingue , Quartier de fonArtillerie , pour voir dé- filer la Garde de la Tranchée..
Il s'avança enſuite à l'endroit où eſtoit poſtée la Garde de laCa- valerie, afinde voir porter tou tes les fafcines , &d'encourager par ſa prefence les Soldats àfai- re beaucoup de travail. Son Al- teſſe Royale ne quitta qu'apres minuit, quoy que ſon Quartier fuft éloignédeplus d'une grande lieuë , & que poury retour- ner il faluſt paſſer dans des lieux
68 LE MERCVRE
marécageux , dont des gens moins ardens pourla gloire que des François n'auroient pû for- tir. Les Soldats ne laiſſferent pas d'avancer malgré le mauvais terrain ; & l'on peut juger de la peinequ'ils eurentpar l'avan- ture qui arriva à un Gentilhommede Monfieur le Chevalier de Lorraine. Il enfonça ft avant dans les bouës , que ne pouvantſe retirer, il demandale fecours de deux Soldats : il en
fut quitre pour ſes bottes qui y
reſterent , & pour quelque ar- gent qu'il donna à ceux qui luy preſterent la main. On monta la meſme nuit la Tranchée du
coſté du Fort des Vaches , &
l'on fit quelques Logemens fur laDigue du coſté de la grande Attaque..
.
E GALANT. 69
Lesau matin gen
e que
for
LesEnnemisquin'avoient pas fait grand feu pendant la nuit ,
tirerentlematincinqcens coups t pa
uva deCanon, dontun boulet em- ard porta Monfieur de Vins Briga- dierde Cavalerie.
avan ;
end
eva
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dak
il en
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onta
du
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nde
Lanuit de 5 au 6
Les travaux ſejoignirent.On fit des communications , &l'on
avança juſques à fix-vingt pas de la Contreſcarpe.
Le6
M' de Soubiſe qui avoit fait conduire le Canon pendant la nuit , le fit tirer de fort bonne
heure , &il fut tres-bien ſervy.
Monfieurde Sourdy fit auſſi tra- vailler àuneBaterie. Nos Détachemens pouſſerent leur Tra- vaildu coſté du Fort des Vaches , &chaſſerent pendant le jourlesEnnemisde leurs Loge
70 LE MERCVRE mens. Onacheva un Batardeau
pour détourner le cours de la
Riviere ,& l'on prit un Soldat chargé d'une Lettre du Ducde Villa-Hermoſa , qui mandoit auxAfſiegez qu'ils feroient ſecourtus.
Lanuitdu6an7
On pouſſa desRamaux L'eau fut détournée , &donna lieu de
faire quelques Logemens. Une nouvelle Baterie commença à
tirer.
Lanuit du 7 au 8
Monfieur ayant choiſi leRe- giment des Dragons Dauphins pour attaquer le Fort des Va- ches , ordonna à Monfieur le
Comte de Longueval qui le commande,deſe trouveràl'en- tréedelanuitavecles fix Compagnies de fon Quartier à l'Ab- baye d'Arque , où Monfieur de
GALANT.
ellப
dot
ean
I de
Chevilly , Lieutenant Colonel,
ledevoitjoindre avec les ſix au- tres qu'il commandoit. La Compagniedes Grenadiers du Regi- ment de Humieres estoit au
Rendez vous pourfaire ce qu'on ordonneroit. Avant touteschoſes M de Longueval fit deux Détachemens de 60. Hommes,
commandez chacun par les Uit deuxpremiers Capitaines de ſon Cal Regiment , pour ſoûtenir les Grenadiers & commencer l'Attaque. Les fix premieres Com- pagnies marchoient apres eux,
&les fix autres ſuivoient àquel- que diſtance. Il eſtoit demeuré beaucoupde Dragons pourgar- der les deuxQuartiers , & ilne reſtoit que quatre cens Hom- mes pour l'Attaque. Les choſes eftant ainſi diſpofées , on mar- cha le long de laDigue droit à
Re
ins
Ja
le
m
bde
72 LE MERCVRE
la Baterie , où ayant pris les ordres deM' le Comte du Pleſſfis
d'attaquer aux trois premiers coups de Canon qu'on tireroit,
on avança environ centpasder- riere unpetit Logement que les Ennemisavoient abandonné , &
quelesNoſtres occupoient pour lors. Le terrain pour aller juf- qu'au Fort eſt tres-difficile. Sur lagauche, la Riviere eſt le long de la Digue. Elle paſſe aupied du Fort, &luy ſervant d'avant- foffé va entrer dans Saint Omer.
Au delà de la Riviere il y a une Campagne inondée juſques à
la Ville. Sur la droite eſt un
autre bras de Riviere ,qui tom- bant pareillement à l'autre cô- té du Fort , va paſſer auprés de la Contreſcarpe de la Place ſans y entrer. Le terrain qui eſt au delà de cette Riviere
G
n'eſt
GALANT. 73 n'eſt pas ſi inondé que celuy de la gauche , mais il eſt telle- ment plein de Canaux & de Foſſez , qu'il eſt preſque impof- ſible dele traverſer ; ſi bien que e pour aller au Fort , il faut de el neceſſité marcher entre deux
Do Rivieres , dont le terrain de l'u台
er
ne
jul. ne àl'autre n'a pas vingt pas de St front, aux endroits les plus lar- ges. L'heure de l'Attaque ap- prochant, on fit raſer une partie du Logement dont on a parlé deſſus, pourpouvoir paſſer plus aiſement , & MonfieurdeChevilly ayant eu ordre de M de Longueval de marcher , pen- dantquede fon coſté , pour ne point perdrede temps , il eſtoit occupé à faire porter desEchel- les &des Clayes , il s'avança à
deux cens pas du Fort. Il fit mettre alors tout fon mondefur
Tome IV.
2
I
D
74 LE MERCVRE le ventre , &alla reconnoître à
quelle diſtance on en eſtoit , &
fi ſans eſtre découvert onpou- voit encor s'en approcher. Il trouva que cela ſe pouvoit, les les Ennemis n'ayant point de Sentinelleavancée;fi bienqu'on ſe trouva inſenſiblement à cin
quante pas du Fort. Le ſoin qu'avoient eu les Grenadiers de cacher leurs méches,&le filenxe qu'on obſerva dans tous les mouvemensqu'on fit, contribua beaucoup à faire ſurprendre l'Ennemy , qui ne ſe réveilla qu'aux trois coups de Canon -qu'on tira environ deux heures Cavant le jour. Alors nos Gens commenceret parungrand feu,
mais celuy des Ennemis eſtant ſupérieur & plus ſeur , parce quils ne tiroient qu'à couvert,
nos Grenadiers , & noftre pre- 3
GALANT.
75
300
S
miere troupe de Dragons ſe trouverent bien-toſt hors de combat, la pluſpart des Officiers furent tuez ou bleſſez. La ſecondetroupe eſtant rebutée par ce méchant ſuccés , avoit de la peine à ſe reſoudre dedonner ;
ſi bien que Monfieur de Che- villy fut obligé de faire marcher les fix premieres Compagnies, à
la teſte deſquelles eſtoient tous les Officiers. Il les mena à la Paliſſade,&pour payer d'exem- ple, il ſauta par deſſus , n'ayant trouvé aucune ouverture, parce que le Canon ne l'avoit aucu- nement endommagée. On en arracha quelques-unes ; mais,
-ſoit pour la difficulté d'entrer ,
ſoit pour la trop grande défen- ce des Ennemis , Monfieur de Chevilly ne fut ſuivy que des Officiers,& d'unfortpetit nomk
10
ja
Dij
76 LE MERCVRE
bre de Dragons ; mais il les trou- va d'une fi bonne volonté,qu'a- prés avoir paſſé deux Foffez pleins d'eau , ils les chaſſerent l'épée à la main d'un Ouvrage à l'autre , juſques au Chemin couvert de la Redoute. Ce fut
là où ils firent plus de reſiſtan--
ce , & leur Commandant ayant raſſemblé les Officiers que les
Noftres trouverent teſte pour reſte , on difputa long-temps le terrain, &il yeut de fort grands coups de main donnez. M de Chevilly fut bleffé dans cemo- ment. Le Commandantluy ayat porté un coup de Pertuiſanne dans la cuiffe, qui ne l'atteignit que legerement , il fauta à luy pour la luyarracher ; mais s'é- tant trop avancé, il ſetrouva en- velopé de ſept ou huit Officiers des Ennemis , & fut en mefime
GALANT. 77
ام
temps bleſſe à l'épaule d'un coup dont il tomba , & les En- nemis ne ſe trouvant plus pref- fez des noſtres , eurent le loifir
de ſe rerirer dans leur Redoute,
aparemment pour y faire leur compofition : Mais cela ſervitderien; car Monfieur de
ne leur 00S
Longueval qui attaquoit le long dela Digue avec les fix autres1771
Compagnies , &qui avoit toît- jours chaſſe les Ennemis devant luy avec beaucoup de vigueur,
& tué tout ce qui luy avoit fait reſiſtance , ſe trouva à meſme
hauteur fur la Redoute. Les
Ennemis qui ſe virent pris des deux coſtez , perdirent toute efperance , &mettantles armes bas, ils demanderentquartier. Jl n'y eut que le Colonel Forfaits,
leur Commandant , qui n'en voulutpoint recevoir , & qui ai
Diij
78 LE MERCVRE ma mieux ſe faire tuer, que ſe
rendre. On pritdouzeOfficiers,
&environ cent Soldats ; le reſte
fut tué, le grand feu des goul- drons éclairant ſi bien , qu'on put aiſement n'en laiſſer écha- per aucun. Ainfi finit cette affaire, &l'on peut dire que dans cette Action il s'est fait deschoſes d'une intrepidité & d'une bravoure qu'il feroit difficile d'exprimer. Les Officiers & les
Soldats Ennemis avoient eſté
choiſis fur toute la Garnifon
pourdéfendre cePofte, qui leur eſtoit dela derniere conſequen- ce , comme il a paru dans la fuite par lapriſe dela Ville, &il falloit autant d'opiniâtreté &de fermeté qu'on en eut pour le forcer. Tous nos Officiers y fi- rent éclaterbeaucoupde valeur,
mais ceux qui s'y font le plus
- GALANT9
20
at diftinguez , apres Monfieur le Comte de Longueval , ſur qui roule tout l'honneur de l'Action,
font Meffieurs de Cazemont , le
Chevalierde Montmas, &l'Angellerie, tous trois Capitaines,&
tous trois bleffez : le premier en eſtmort. Monfieur le RouxMajor yaauffi tres-bien fait.
1100
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30
1
1
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La priſe de ceForta eſté une des plus vigoureuſes Actions dont on ait ouy parler depuis long-temps. Il avoit efte atta- quédepuis quatre ou cinq jours parTranchée ouverte,& il avoit eſté batu inutilement par vingt- quatre Pieces de Canon. On
força dans la meſme nuit trois Retranchemens,& l'on paſſaun nombre infiny de Canaux qui défendoient l'approche duFort.
Il eſt de figure ronde , conſtruit de gazon & de terre àl'épreuve,
Dij
80 LE MERCVRE
duCanon. Il y a une Redoute au milieu,encor de figure ronde toute de brique, fur laquelle if
yavoit pluſieurs Pieces d'Artil- lerie. Elle eſt plus élevée que le Ye
Fort. Letout eſt environned'un
grand Foſſe plein d'eau de dix- huit à vingt pieds de large, fur lequel il n'y avoit qu'un petit Pontde deux planchespour en- trer dans le Fort. On l'attaqua partie à la nage , &partie ſur les deux planches. M le Comtede Longueval entra dedasdes pre- miers à la teſte de quelques Dragons, & força les Ennemis qui s'eſtoient retirez dans la Tour. Monfieur le Marefchal
de Humieres , & Monfieur le
Chevalier de Lorraine , vinrent quelque temps apres voir ce Fort : ils furent ſurpris , & ne croyoient pas qu'il fuſt ſi con
E GALANT. 8г
QUE
ent
שרen
fiderable. Ils feliciterent Monont fieur le Comtede Longuevalde i l'action qu'il venoit de faire.
Cependant il arriva des Nou- att velles à Monfieurde la marche
du Prince d'Orange , & ilen- voya Monfieur le Chevalier de Tillecourt dire à Monfieur le
Mareſchal de Humieres , àM
le Chevalier de Lorraine , & à
Monfieur le Comte du Pleſſis,
qu'il avoit quelque choſe àleur communiquer. Ces Meſſieurs les vinrent trouver , & on fe
prepara pour la Bataille. Je n'ay ✓ plus rien à vous en dire , maſeconde & ma troiſième Lettre
vous en ont aſſez parlé. Laif- fons- les donc aller au Combat,. &juſques àleurretour parlons d'autre choſeque de la Guerre.
devant S. Omer , il viſita tous
les Quartiers, &choiſit celuyde Blander,parce qu'il eſtoit le plus proche,& qu'ille trouva leplus commode , pour avoir ſouvent
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64 LE MERCVRE
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des nouveles dece qui ſe paſſe- roit. Il ne fit pendant pluſieurs jours que reconnoiſtre la Place,
examiner par où elle pouvoit eſtre ſecouruë , & obſerver les
Poſtes qui nous pouvoientmuiLes Ennemis occupoient deux Redoutes ,danslesquelles il y avoitdu Canon. Elles furent emportées par des Détachemens de Navarre , des Vaifſeaux & de Conry. Pendant ce temps ceux de la Place , qui eſtoient maiſtres du Fort de
S..Michel , ſitué ſur unTertre
naturel,également élevéde tous côtez,travailloient àfaire ache ver l'embelliſſementde ce Fort,
comme s'ils euffent eu deſſein
defaire admirer ce Bijou apres la réduction de la Ville , puis qu'il leur a toûjours eſté inutile,
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pas encore quatorze ans , com- batit ſeul àſeul contre unColonel ennemy qui avoit la mine d'unMars , &le fit priſonnier.
- Monfieur ne peut ouvrir la Tranchée fi-toſt qu'il auroit voulu. Il avoit fi peu de Trou- pes que les Quartiers n'auroient pû ſe donner du fecours lesuns aux autres. La circonvallation
eſtoit grande , & il eſtoit impof- fible qu'elle fuſt autrement à
cauſe des marais ; de maniere
qu'il falloit plus de cent mille Hommes pour attaquer cette Placedans les formes , ou qu'elle fuſt aſſiegée par des François que le nombre n'ajamais épouvantez..
LesEnnemis firent une Sortie
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avant que la Tranchée fuft ou verte. Ils eſtoient cent Hommes
commandez par le major de la Place : ils attaquerent d'abord avec vigueur une Baterie &un Logementque Son Alteffe Rot yale avoit ordonné pour la foû renir. Cette Baterie devoit fervir contre le Fort des Vaches
qu'Elle avoit réſolu de faire attaquer.
Monfieur d'Albret ſoûtint
quelque tempsles Ennemis,puis il les pouffa l'épée à lamain. II cutunCheval tue ſous luy.Mon- feur le Chevalierde Souvray fit merveilles en cette occafion.
Monfieur le marquis de la Vieu- ville s'y trouva , & fon Ecuyer futtué àſes coſtez. Le Majorde laPlacequi commandoit la Sor- tie fut pris avec ſon Ayde-Ma- jor ,àvingt pas de la Contref-
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des ordres du Roypour l'ouver- turede la Tranchée , donna les fiens dans toutfon Camp, &fit preparer toutes choſes pourl'e- xecution de ceuxde Sa Majefte.
LaNuit du 4aus
On ouvrit laTranchée.Monfieur vint àTatingue , Quartier de fonArtillerie , pour voir dé- filer la Garde de la Tranchée..
Il s'avança enſuite à l'endroit où eſtoit poſtée la Garde de laCa- valerie, afinde voir porter tou tes les fafcines , &d'encourager par ſa prefence les Soldats àfai- re beaucoup de travail. Son Al- teſſe Royale ne quitta qu'apres minuit, quoy que ſon Quartier fuft éloignédeplus d'une grande lieuë , & que poury retour- ner il faluſt paſſer dans des lieux
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marécageux , dont des gens moins ardens pourla gloire que des François n'auroient pû for- tir. Les Soldats ne laiſſferent pas d'avancer malgré le mauvais terrain ; & l'on peut juger de la peinequ'ils eurentpar l'avan- ture qui arriva à un Gentilhommede Monfieur le Chevalier de Lorraine. Il enfonça ft avant dans les bouës , que ne pouvantſe retirer, il demandale fecours de deux Soldats : il en
fut quitre pour ſes bottes qui y
reſterent , & pour quelque ar- gent qu'il donna à ceux qui luy preſterent la main. On monta la meſme nuit la Tranchée du
coſté du Fort des Vaches , &
l'on fit quelques Logemens fur laDigue du coſté de la grande Attaque..
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Les travaux ſejoignirent.On fit des communications , &l'on
avança juſques à fix-vingt pas de la Contreſcarpe.
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M' de Soubiſe qui avoit fait conduire le Canon pendant la nuit , le fit tirer de fort bonne
heure , &il fut tres-bien ſervy.
Monfieurde Sourdy fit auſſi tra- vailler àuneBaterie. Nos Détachemens pouſſerent leur Tra- vaildu coſté du Fort des Vaches , &chaſſerent pendant le jourlesEnnemisde leurs Loge
70 LE MERCVRE mens. Onacheva un Batardeau
pour détourner le cours de la
Riviere ,& l'on prit un Soldat chargé d'une Lettre du Ducde Villa-Hermoſa , qui mandoit auxAfſiegez qu'ils feroient ſecourtus.
Lanuitdu6an7
On pouſſa desRamaux L'eau fut détournée , &donna lieu de
faire quelques Logemens. Une nouvelle Baterie commença à
tirer.
Lanuit du 7 au 8
Monfieur ayant choiſi leRe- giment des Dragons Dauphins pour attaquer le Fort des Va- ches , ordonna à Monfieur le
Comte de Longueval qui le commande,deſe trouveràl'en- tréedelanuitavecles fix Compagnies de fon Quartier à l'Ab- baye d'Arque , où Monfieur de
GALANT.
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Chevilly , Lieutenant Colonel,
ledevoitjoindre avec les ſix au- tres qu'il commandoit. La Compagniedes Grenadiers du Regi- ment de Humieres estoit au
Rendez vous pourfaire ce qu'on ordonneroit. Avant touteschoſes M de Longueval fit deux Détachemens de 60. Hommes,
commandez chacun par les Uit deuxpremiers Capitaines de ſon Cal Regiment , pour ſoûtenir les Grenadiers & commencer l'Attaque. Les fix premieres Com- pagnies marchoient apres eux,
&les fix autres ſuivoient àquel- que diſtance. Il eſtoit demeuré beaucoupde Dragons pourgar- der les deuxQuartiers , & ilne reſtoit que quatre cens Hom- mes pour l'Attaque. Les choſes eftant ainſi diſpofées , on mar- cha le long de laDigue droit à
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la Baterie , où ayant pris les ordres deM' le Comte du Pleſſfis
d'attaquer aux trois premiers coups de Canon qu'on tireroit,
on avança environ centpasder- riere unpetit Logement que les Ennemisavoient abandonné , &
quelesNoſtres occupoient pour lors. Le terrain pour aller juf- qu'au Fort eſt tres-difficile. Sur lagauche, la Riviere eſt le long de la Digue. Elle paſſe aupied du Fort, &luy ſervant d'avant- foffé va entrer dans Saint Omer.
Au delà de la Riviere il y a une Campagne inondée juſques à
la Ville. Sur la droite eſt un
autre bras de Riviere ,qui tom- bant pareillement à l'autre cô- té du Fort , va paſſer auprés de la Contreſcarpe de la Place ſans y entrer. Le terrain qui eſt au delà de cette Riviere
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n'eſt
GALANT. 73 n'eſt pas ſi inondé que celuy de la gauche , mais il eſt telle- ment plein de Canaux & de Foſſez , qu'il eſt preſque impof- ſible dele traverſer ; ſi bien que e pour aller au Fort , il faut de el neceſſité marcher entre deux
Do Rivieres , dont le terrain de l'u台
er
ne
jul. ne àl'autre n'a pas vingt pas de St front, aux endroits les plus lar- ges. L'heure de l'Attaque ap- prochant, on fit raſer une partie du Logement dont on a parlé deſſus, pourpouvoir paſſer plus aiſement , & MonfieurdeChevilly ayant eu ordre de M de Longueval de marcher , pen- dantquede fon coſté , pour ne point perdrede temps , il eſtoit occupé à faire porter desEchel- les &des Clayes , il s'avança à
deux cens pas du Fort. Il fit mettre alors tout fon mondefur
Tome IV.
2
I
D
74 LE MERCVRE le ventre , &alla reconnoître à
quelle diſtance on en eſtoit , &
fi ſans eſtre découvert onpou- voit encor s'en approcher. Il trouva que cela ſe pouvoit, les les Ennemis n'ayant point de Sentinelleavancée;fi bienqu'on ſe trouva inſenſiblement à cin
quante pas du Fort. Le ſoin qu'avoient eu les Grenadiers de cacher leurs méches,&le filenxe qu'on obſerva dans tous les mouvemensqu'on fit, contribua beaucoup à faire ſurprendre l'Ennemy , qui ne ſe réveilla qu'aux trois coups de Canon -qu'on tira environ deux heures Cavant le jour. Alors nos Gens commenceret parungrand feu,
mais celuy des Ennemis eſtant ſupérieur & plus ſeur , parce quils ne tiroient qu'à couvert,
nos Grenadiers , & noftre pre- 3
GALANT.
75
300
S
miere troupe de Dragons ſe trouverent bien-toſt hors de combat, la pluſpart des Officiers furent tuez ou bleſſez. La ſecondetroupe eſtant rebutée par ce méchant ſuccés , avoit de la peine à ſe reſoudre dedonner ;
ſi bien que Monfieur de Che- villy fut obligé de faire marcher les fix premieres Compagnies, à
la teſte deſquelles eſtoient tous les Officiers. Il les mena à la Paliſſade,&pour payer d'exem- ple, il ſauta par deſſus , n'ayant trouvé aucune ouverture, parce que le Canon ne l'avoit aucu- nement endommagée. On en arracha quelques-unes ; mais,
-ſoit pour la difficulté d'entrer ,
ſoit pour la trop grande défen- ce des Ennemis , Monfieur de Chevilly ne fut ſuivy que des Officiers,& d'unfortpetit nomk
10
ja
Dij
76 LE MERCVRE
bre de Dragons ; mais il les trou- va d'une fi bonne volonté,qu'a- prés avoir paſſé deux Foffez pleins d'eau , ils les chaſſerent l'épée à la main d'un Ouvrage à l'autre , juſques au Chemin couvert de la Redoute. Ce fut
là où ils firent plus de reſiſtan--
ce , & leur Commandant ayant raſſemblé les Officiers que les
Noftres trouverent teſte pour reſte , on difputa long-temps le terrain, &il yeut de fort grands coups de main donnez. M de Chevilly fut bleffé dans cemo- ment. Le Commandantluy ayat porté un coup de Pertuiſanne dans la cuiffe, qui ne l'atteignit que legerement , il fauta à luy pour la luyarracher ; mais s'é- tant trop avancé, il ſetrouva en- velopé de ſept ou huit Officiers des Ennemis , & fut en mefime
GALANT. 77
ام
temps bleſſe à l'épaule d'un coup dont il tomba , & les En- nemis ne ſe trouvant plus pref- fez des noſtres , eurent le loifir
de ſe rerirer dans leur Redoute,
aparemment pour y faire leur compofition : Mais cela ſervitderien; car Monfieur de
ne leur 00S
Longueval qui attaquoit le long dela Digue avec les fix autres1771
Compagnies , &qui avoit toît- jours chaſſe les Ennemis devant luy avec beaucoup de vigueur,
& tué tout ce qui luy avoit fait reſiſtance , ſe trouva à meſme
hauteur fur la Redoute. Les
Ennemis qui ſe virent pris des deux coſtez , perdirent toute efperance , &mettantles armes bas, ils demanderentquartier. Jl n'y eut que le Colonel Forfaits,
leur Commandant , qui n'en voulutpoint recevoir , & qui ai
Diij
78 LE MERCVRE ma mieux ſe faire tuer, que ſe
rendre. On pritdouzeOfficiers,
&environ cent Soldats ; le reſte
fut tué, le grand feu des goul- drons éclairant ſi bien , qu'on put aiſement n'en laiſſer écha- per aucun. Ainfi finit cette affaire, &l'on peut dire que dans cette Action il s'est fait deschoſes d'une intrepidité & d'une bravoure qu'il feroit difficile d'exprimer. Les Officiers & les
Soldats Ennemis avoient eſté
choiſis fur toute la Garnifon
pourdéfendre cePofte, qui leur eſtoit dela derniere conſequen- ce , comme il a paru dans la fuite par lapriſe dela Ville, &il falloit autant d'opiniâtreté &de fermeté qu'on en eut pour le forcer. Tous nos Officiers y fi- rent éclaterbeaucoupde valeur,
mais ceux qui s'y font le plus
- GALANT9
20
at diftinguez , apres Monfieur le Comte de Longueval , ſur qui roule tout l'honneur de l'Action,
font Meffieurs de Cazemont , le
Chevalierde Montmas, &l'Angellerie, tous trois Capitaines,&
tous trois bleffez : le premier en eſtmort. Monfieur le RouxMajor yaauffi tres-bien fait.
1100
at
Lunt
P
le
30
1
1
لو
La priſe de ceForta eſté une des plus vigoureuſes Actions dont on ait ouy parler depuis long-temps. Il avoit efte atta- quédepuis quatre ou cinq jours parTranchée ouverte,& il avoit eſté batu inutilement par vingt- quatre Pieces de Canon. On
força dans la meſme nuit trois Retranchemens,& l'on paſſaun nombre infiny de Canaux qui défendoient l'approche duFort.
Il eſt de figure ronde , conſtruit de gazon & de terre àl'épreuve,
Dij
80 LE MERCVRE
duCanon. Il y a une Redoute au milieu,encor de figure ronde toute de brique, fur laquelle if
yavoit pluſieurs Pieces d'Artil- lerie. Elle eſt plus élevée que le Ye
Fort. Letout eſt environned'un
grand Foſſe plein d'eau de dix- huit à vingt pieds de large, fur lequel il n'y avoit qu'un petit Pontde deux planchespour en- trer dans le Fort. On l'attaqua partie à la nage , &partie ſur les deux planches. M le Comtede Longueval entra dedasdes pre- miers à la teſte de quelques Dragons, & força les Ennemis qui s'eſtoient retirez dans la Tour. Monfieur le Marefchal
de Humieres , & Monfieur le
Chevalier de Lorraine , vinrent quelque temps apres voir ce Fort : ils furent ſurpris , & ne croyoient pas qu'il fuſt ſi con
E GALANT. 8г
QUE
ent
שרen
fiderable. Ils feliciterent Monont fieur le Comtede Longuevalde i l'action qu'il venoit de faire.
Cependant il arriva des Nou- att velles à Monfieurde la marche
du Prince d'Orange , & ilen- voya Monfieur le Chevalier de Tillecourt dire à Monfieur le
Mareſchal de Humieres , àM
le Chevalier de Lorraine , & à
Monfieur le Comte du Pleſſis,
qu'il avoit quelque choſe àleur communiquer. Ces Meſſieurs les vinrent trouver , & on fe
prepara pour la Bataille. Je n'ay ✓ plus rien à vous en dire , maſeconde & ma troiſième Lettre
vous en ont aſſez parlé. Laif- fons- les donc aller au Combat,. &juſques àleurretour parlons d'autre choſeque de la Guerre.
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Résumé : « Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...] »
Le texte décrit les événements militaires autour de la ville de Saint-Omer. À son arrivée, Monfieur choisit le quartier de Blander pour sa proximité et sa commodité. Les ennemis occupaient deux redoutes armées de canons, rapidement prises par des détachements de Navarre, des vaisseaux et de Conry. Pendant ce temps, les défenseurs de la place fortifiaient le Fort Saint-Michel. Les travaux de siège commencèrent mais furent ralentis par le manque de troupes et les marais environnants. Une sortie ennemie fut repoussée, et la tranchée fut ouverte la nuit du 4 avril. Les travaux avancèrent malgré les difficultés du terrain et les tirs ennemis. Le 8 avril, une attaque fut lancée contre le Fort des Vaches. Malgré une résistance acharnée, les assaillants prirent le fort, capturant plusieurs officiers et soldats ennemis. Cette action fut marquée par un grand courage et une bravoure exceptionnelle. Le Fort des Vaches, bien défendu et construit pour résister aux canons, fut finalement pris après une lutte intense. Par ailleurs, le texte relate une communication entre des personnages historiques, sans préciser leur identité exacte. Un individu, non nommé, convoque le Chevalier de Lorraine et Monsieur le Comte du Plessis pour leur transmettre une information importante. Ces derniers se rendent à la convocation et se préparent pour une bataille. L'auteur mentionne qu'il n'a plus rien à ajouter sur le sujet, car ses deuxième et troisième lettres en ont déjà traité en détail. Il suggère de laisser les protagonistes aller au combat et de discuter d'autres sujets en attendant leur retour. Le texte se conclut par une transition vers un autre sujet de conversation, éloigné de la guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 141-154
« Retournons à S. Omer, nous n'y demeurerons gueres: ce n'est [...] »
Début :
Retournons à S. Omer, nous n'y demeurerons gueres: ce n'est [...]
Mots clefs :
Canon, Saint Omer, Nuit, Logement, Marquis, Bataille, Altesse, Siège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Retournons à S. Omer, nous n'y demeurerons gueres: ce n'est [...] »
Retournons à Saint Omer
nous n'y demeurerons gueres :
ce n'est pasl'ordinaire des Fran- çois d'eſtre long- temps devant une Place. La nuit queMonfieur
partit de Blandec , on abandon- na l'attaque de Tatingue , &
l'on en tira tout le Canon , que l'on conduifit à Arques. On ſe contenta de garnir la tranchée des Vaches , ſous le commandement de Mr de la Trouffe &
deMonfieur Stoupp. Mªde Tra- cy les yvintjoindre ,aprés avoir
GALANT. 93
f
-
mené neuf Bataillons à mon
ſieur. Le Gouverneur de Saint
Omer n'eut pas plutôt appris que l'on étoit aux mains,qu'il fit tirer tout ſon Canon ,&vou- lut perfuader au Peuple que le Prince d'Orange avoit gagné la Bataille. On en fit autant dans
noſtre Camp, pour la Victoire que Son Alteſſe Royale avoit remportée. Apres la défaite des Ennemis , Monfieur demeura
huitjoursdans ſon mêmePoſte,
pour empeſcher que le Prince d'Orange ne jettât quelques Troupes dans Saint Omer du débris de fon Armée, & pour faire ſubſiſter ſaCavalerie , qui trouvoit du fourage audelà du Canal. Pendant ce temps , Son AlteſſeRoyaleenvoyoit tous les jours quatre Bataillons monter laGardede laTranchée àl'atta
94 LE MERCVRE
que du Fort des Vaches , & fit faire une Baterie de vingt pie- ces , qui ne tira que fix jours apres, àcauſedumauvais temps,
&de la difficulté qu'ily avoit à
mener le Canon. Il falut que la Cavalerie portât des faſcines pendant deux jours , &l'on fut obligé de ſe ſervir des Suiſſes pour mettre les vingt Pieces en batterie. Reprenons l'ordre que nous avons interrompu. Si l'on n'a pas pouſſé le Travail pen- dantquelquenuits, on a gagné une Bataille , & preparé toutes les chofes que je vous viens de
marquer.
Lanuit du 15 au 16 On pouſſa la Tranché à la gauche , on approcha de l'A- vant foffé à la Contrecarpe , on fit un Logement ſur la Digue,
&une communication àune au-
GALANT. 95
tre; onmit encore quatorzePie- ces de Canon enbaterie.
La nuit du 16 au 17 On étendit les Logemens.
Le17 3
On travailla à une Baterie de
vingtMortiers. Mª de la Motte,
Mareſchal de Camp , reçeut un coup deMouſquetàlateſte.
La nuit du 17 au 18
Quelques Ingenieurs ayant affure que nous n'eſtions pas à
cinquante pas de la Contreſcar- pe,&qu'il eſtoit tres-facile de paſſer l'avant-foſſé , on refolut de l'attaquer : on leur donna -pourcela autant deTravailleurs -&Grenadiers qu'ils en deman- derent. Monfieur dela Cardonniere , Lieutenant General ,
commandoit la gauche; Monſieur Stouppla droite; &Mon- fieurdeVillechauve , Brigadier,
10
96 LE MERCVRE
le corps dumilieu. L'impatience oùMonfieur eſtoitde ſçavoir ce qui ſe paſſoit , luy fit envoyer Mrs d'Afpremont , d'Obſon ,
de Tillecourt , & de la Cauviniere , pour en avoirdes nouvel- les de moment en moment. Le
Signal donné , les Grenadiers de lagauche commandez parMon- ſieur le Marquis de la Freſelie- re , s'avancerent à découvert, ils
marcherentbiendeux cens pas,
efſfuyant tout le feu de la Con- treſcarpe , du Chemin couvert,
de la Demy-lune & du Ram- part; ils ne laifferent pas d'ap- procherdes paliſſade.Quelques- unsmémemontrerent tantd'intrépidité , qu'il s'abandonnerent dans la Contreſcarpe ; mais il fallut ſe contenter de faire un
Logement àquinze pas du bord de l'avant-foſſe. Monfieur le
Marquis
GALANT. 97
UP
1
Marquis de la Freſeliere y re- geutuncoup de Mouſquetdans leventre,dont il mourutle len- demain. Monfieur de la Freſe- liere fon Pere prit la place , &fe mit à la teſte de ſon Regiment,
pour ſoûtenir les Travailleurs.
Cette Action fut d'autant plus admirée , que l'eſtat où eſtoit fon Fils , & fa Chargede Lieu- tenant General de l'Artillerie,
pouvoient l'empêcher de s'ex- poſer de la forte. Monfieur de Villechauve fut bleſſé au ge- noüil, en faiſant auſſi faire fon Logement. Monfieur aprenant ce qui s'eſtoit fait dit, Qu'il ne s'estoit point trompé, &qu il avoit bien crû que c'estoit tout ce qu'on pourroitfaire.
Lanuit du 18 au 19 On s'étendit par des Sapes ſurl'avant-Foffé , on fitunétaTome IV. E
98 LEMERCVRE
bliſſement d'environ cinquante pas,& l'on commença àjetter des fafcines pour combler l'a- vant- Foffé. Les Ennemisabandonnerent de Faux-bourg du Haut-Pont , Monfieur Phifer,
Brigadier , ſe jetta dedans.
Lamait du 19 au 20
On continua le meſme Travail pour embraffer l'avant- foffe.
Le20
Les Ennemis voyant que Monfieur eſtoit revenu depuis quelque temps àfon Quartier deBlandec , & que ſes Troupes eftoient toutes fur la hauteur
d'Arques , battirent la chamade fur les fix heures du foir. On
donna des Oftages de part &
d'autre , &Monfieur envoya les Articles auRoyparMile Che- valier de Nantoüillet دو fon
#
1803
GALANT. 99
T
Chambellan ordinaire. Sa Ma
jeſté nedes voulut point voir , &
dit , Que fon Alteſſe avoit trop biencommencé, pour ne pas ache verde mesme. Monfieur accorda
aux Afſiegez de ſortir avec armes &bagage , & deux Pieces de Canon. Ils fortirent deux
mille Hommes de pied , &plus
de cinq censChevaux. SonAlreſſe Royale entra dans la Ville,
&fit chanter le Te Deum. Elle
fitenfuite le tourdesRamparts,
&alla voir toute l'Innondation,
& les Marais qui ſont ducoſté
duHaut Pont.
Toute la Maiſon de Monfieur n'a pas ſervy avec moins d'ardeur, tantqu'aduréle Siege,
qu'elle a fait lejourde laBatail- le. Ceuxmefmes dont l'employ n'eſtoit point de tirer l'épée ,fi- rent voir qu'ils ſçavoient s'en
Eij
100 LE MERCVRE
ſervir dans les occafions. Monſieur de Mannevilette, Secre
caire des Commandemens de
Son Alteſſe Royale , dont j'ay oublié à vous parler, fut de ce nombre. Il prit la placedeMon- ſieur le Chevalierde Sylli, Ayde de Campde Monfieur, qui fut tuédés le commencementde la
Bataille , &s'acquita de cet Em- ploy tant que dura le Combat,
demeſmeque s'il n'euſt fait au- tre choſe toute ſa vie. Je dois
vous dire encore,que celuy dont je vous ay parlé ſous le nom du Chevalier Tillet, dont le Cheval fut bleſſé aupres de Son Alteſſe Royale, eſt Monfieur le Chevalierde Tillecourt
nous n'y demeurerons gueres :
ce n'est pasl'ordinaire des Fran- çois d'eſtre long- temps devant une Place. La nuit queMonfieur
partit de Blandec , on abandon- na l'attaque de Tatingue , &
l'on en tira tout le Canon , que l'on conduifit à Arques. On ſe contenta de garnir la tranchée des Vaches , ſous le commandement de Mr de la Trouffe &
deMonfieur Stoupp. Mªde Tra- cy les yvintjoindre ,aprés avoir
GALANT. 93
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-
mené neuf Bataillons à mon
ſieur. Le Gouverneur de Saint
Omer n'eut pas plutôt appris que l'on étoit aux mains,qu'il fit tirer tout ſon Canon ,&vou- lut perfuader au Peuple que le Prince d'Orange avoit gagné la Bataille. On en fit autant dans
noſtre Camp, pour la Victoire que Son Alteſſe Royale avoit remportée. Apres la défaite des Ennemis , Monfieur demeura
huitjoursdans ſon mêmePoſte,
pour empeſcher que le Prince d'Orange ne jettât quelques Troupes dans Saint Omer du débris de fon Armée, & pour faire ſubſiſter ſaCavalerie , qui trouvoit du fourage audelà du Canal. Pendant ce temps , Son AlteſſeRoyaleenvoyoit tous les jours quatre Bataillons monter laGardede laTranchée àl'atta
94 LE MERCVRE
que du Fort des Vaches , & fit faire une Baterie de vingt pie- ces , qui ne tira que fix jours apres, àcauſedumauvais temps,
&de la difficulté qu'ily avoit à
mener le Canon. Il falut que la Cavalerie portât des faſcines pendant deux jours , &l'on fut obligé de ſe ſervir des Suiſſes pour mettre les vingt Pieces en batterie. Reprenons l'ordre que nous avons interrompu. Si l'on n'a pas pouſſé le Travail pen- dantquelquenuits, on a gagné une Bataille , & preparé toutes les chofes que je vous viens de
marquer.
Lanuit du 15 au 16 On pouſſa la Tranché à la gauche , on approcha de l'A- vant foffé à la Contrecarpe , on fit un Logement ſur la Digue,
&une communication àune au-
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tre; onmit encore quatorzePie- ces de Canon enbaterie.
La nuit du 16 au 17 On étendit les Logemens.
Le17 3
On travailla à une Baterie de
vingtMortiers. Mª de la Motte,
Mareſchal de Camp , reçeut un coup deMouſquetàlateſte.
La nuit du 17 au 18
Quelques Ingenieurs ayant affure que nous n'eſtions pas à
cinquante pas de la Contreſcar- pe,&qu'il eſtoit tres-facile de paſſer l'avant-foſſé , on refolut de l'attaquer : on leur donna -pourcela autant deTravailleurs -&Grenadiers qu'ils en deman- derent. Monfieur dela Cardonniere , Lieutenant General ,
commandoit la gauche; Monſieur Stouppla droite; &Mon- fieurdeVillechauve , Brigadier,
10
96 LE MERCVRE
le corps dumilieu. L'impatience oùMonfieur eſtoitde ſçavoir ce qui ſe paſſoit , luy fit envoyer Mrs d'Afpremont , d'Obſon ,
de Tillecourt , & de la Cauviniere , pour en avoirdes nouvel- les de moment en moment. Le
Signal donné , les Grenadiers de lagauche commandez parMon- ſieur le Marquis de la Freſelie- re , s'avancerent à découvert, ils
marcherentbiendeux cens pas,
efſfuyant tout le feu de la Con- treſcarpe , du Chemin couvert,
de la Demy-lune & du Ram- part; ils ne laifferent pas d'ap- procherdes paliſſade.Quelques- unsmémemontrerent tantd'intrépidité , qu'il s'abandonnerent dans la Contreſcarpe ; mais il fallut ſe contenter de faire un
Logement àquinze pas du bord de l'avant-foſſe. Monfieur le
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Marquis de la Freſeliere y re- geutuncoup de Mouſquetdans leventre,dont il mourutle len- demain. Monfieur de la Freſe- liere fon Pere prit la place , &fe mit à la teſte de ſon Regiment,
pour ſoûtenir les Travailleurs.
Cette Action fut d'autant plus admirée , que l'eſtat où eſtoit fon Fils , & fa Chargede Lieu- tenant General de l'Artillerie,
pouvoient l'empêcher de s'ex- poſer de la forte. Monfieur de Villechauve fut bleſſé au ge- noüil, en faiſant auſſi faire fon Logement. Monfieur aprenant ce qui s'eſtoit fait dit, Qu'il ne s'estoit point trompé, &qu il avoit bien crû que c'estoit tout ce qu'on pourroitfaire.
Lanuit du 18 au 19 On s'étendit par des Sapes ſurl'avant-Foffé , on fitunétaTome IV. E
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bliſſement d'environ cinquante pas,& l'on commença àjetter des fafcines pour combler l'a- vant- Foffé. Les Ennemisabandonnerent de Faux-bourg du Haut-Pont , Monfieur Phifer,
Brigadier , ſe jetta dedans.
Lamait du 19 au 20
On continua le meſme Travail pour embraffer l'avant- foffe.
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Les Ennemis voyant que Monfieur eſtoit revenu depuis quelque temps àfon Quartier deBlandec , & que ſes Troupes eftoient toutes fur la hauteur
d'Arques , battirent la chamade fur les fix heures du foir. On
donna des Oftages de part &
d'autre , &Monfieur envoya les Articles auRoyparMile Che- valier de Nantoüillet دو fon
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Chambellan ordinaire. Sa Ma
jeſté nedes voulut point voir , &
dit , Que fon Alteſſe avoit trop biencommencé, pour ne pas ache verde mesme. Monfieur accorda
aux Afſiegez de ſortir avec armes &bagage , & deux Pieces de Canon. Ils fortirent deux
mille Hommes de pied , &plus
de cinq censChevaux. SonAlreſſe Royale entra dans la Ville,
&fit chanter le Te Deum. Elle
fitenfuite le tourdesRamparts,
&alla voir toute l'Innondation,
& les Marais qui ſont ducoſté
duHaut Pont.
Toute la Maiſon de Monfieur n'a pas ſervy avec moins d'ardeur, tantqu'aduréle Siege,
qu'elle a fait lejourde laBatail- le. Ceuxmefmes dont l'employ n'eſtoit point de tirer l'épée ,fi- rent voir qu'ils ſçavoient s'en
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ſervir dans les occafions. Monſieur de Mannevilette, Secre
caire des Commandemens de
Son Alteſſe Royale , dont j'ay oublié à vous parler, fut de ce nombre. Il prit la placedeMon- ſieur le Chevalierde Sylli, Ayde de Campde Monfieur, qui fut tuédés le commencementde la
Bataille , &s'acquita de cet Em- ploy tant que dura le Combat,
demeſmeque s'il n'euſt fait au- tre choſe toute ſa vie. Je dois
vous dire encore,que celuy dont je vous ay parlé ſous le nom du Chevalier Tillet, dont le Cheval fut bleſſé aupres de Son Alteſſe Royale, eſt Monfieur le Chevalierde Tillecourt
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Résumé : « Retournons à S. Omer, nous n'y demeurerons gueres: ce n'est [...] »
Le texte relate les événements militaires autour de Saint-Omer. Après avoir abandonné l'attaque de Tatingue, les Français se concentrèrent sur la tranchée des Vaches. Le gouverneur de Saint-Omer tenta de tromper la population en affirmant que le Prince d'Orange avait remporté la bataille. Suite à une victoire, les Français restèrent huit jours pour prévenir toute contre-attaque et pour approvisionner leur cavalerie. Des bataillons furent envoyés pour renforcer la tranchée et une batterie de vingt pièces de canon fut préparée. Les travaux de siège se poursuivirent avec des avancées nocturnes et la mise en place de nouvelles batteries. La nuit du 15 au 16, la tranchée fut poussée vers la gauche et des logements furent construits. Le 17, des mortiers furent installés et un officier, M. de la Motte, fut blessé. La nuit suivante, une attaque sur la contrescarpe fut menée par plusieurs officiers, dont le Marquis de la Freseliere, qui fut mortellement blessé. Les travaux continuèrent avec des sapes et des fascines pour combler les fossés. Le 20, les assiégés demandèrent à capituler et furent autorisés à sortir avec leurs armes et bagages. Les Français entrèrent dans la ville et célébrèrent leur victoire. La maison du commandant montra une grande ardeur tout au long du siège, y compris les secrétaires et aides de camp.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 224-253
Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Début :
Pendant que plus de vingt Puissances Souveraines liguées contre nous [...]
Mots clefs :
Prince Charles, Prince d'Orange, Troupes, Ennemis, Bataille, Maréchal de Créquy, Armée, Ministres, Désertion, Canon, Soldats, Cavalier, Chevaux, Allemands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Pendant que plus de vingt Puiſſances Souveraines liguées contre nous,amaſſoient de toutes parts un nombre infiny de Troupes , celles de France qui avoient déja pris trois des plus fortes Places de l'Europe, &
O iij
162 LE MERCVRE
gagné un Bataille, eſtoient das des Quartiers de rafraîchiſſement. On les croyoit fort di- minuées par les fatigues de tant de Sieges entrepris dans une ſaiſon rigoureuſe,&toutes les Gazettes ne parloient que de Levées & de Jonctions de
Troupes ennemies qui ſe fai- foient de tous coſtez. On ne
diſoit rien des noſtres ; il n'y avoit pas mefme d'apparence que nous puſſions eſtre affez forts pour nous oppoſer au Prince Charles. Cependant on a veu tout d'un coup par enchantement , Monfieur leMaréchal deCréquy en état de luy tenir teſte , tandis que
Mõſieurde Luxembourg avoit en Flandre une Armée auſſi
nombreuſe que celle que nous avons en Allemagne. Ces Ar
comme
GALANT. 163 mées ne manquent de rien , &
l'admirable prévoyace duRoy eſt ſi bien fecondée par le zele desMiniſtres qui executentſes ordres , que tout ce qui eſt ne- ceſſaire pour les faire ſubſiſter s'y trouve toûjours en abon- dance. Voila ce qui nous facilite tantdeglorieuſes conque- ſtes , & qui nous fait arreſter ſans peine le torrent oppoſé de tant de Troupes. Voyons les mouvemens de l'Armée de
l'Empereur depuis trois mois que le Prince Charles qui la commande a fait l'ouverture
de la Campagne. Elle estoit à
trois lieuësdeMetsdésle commencement de Juin , &dés ce temps-là Monfieur le Maref- chal de Créquy commença à
la combattre & à la ruiner par ſes Partis &par ſes divers mou-
164 LE MERCVRE
vemens.Le Prince Charles qui avoit réſolu de tenter quelque choſe de grand, paſſa la Seille la nuit du dix au onze de ce
-meſme mois , & vint camper du coſté de noſtre General ,
mais ce ne fut que pour y voir fon Armée dans l'extréme neceffité de toutes choſes pendat le long ſejour qu'elle y fit , &
pour donner lieu à un nombre infiny de Partis de la détruire plus commodément.Apres que cePrince eutachevéde paffer,
Mª de la Fite arriva dés le foir
meſme aupres de Monfieur le Mareſchal de Créquy avec un Détachement des Gardes du
Corps , de Gensd'armes , & de Chevaux-Legers de la Garde.
Le Prince Charles quine ſe ſe- roit pas hazardé à paſſer la Ri- viere, s'il euſt eſté avertyde ce
GALANT. 165
ra
Pul
ect
es
&
Fant
fel
Ja R
Secours, n'en reçeut la nouvel- le qu'avec un chagrin mortel.
Il vit bien qu'il luyſeroit diffi
cile de rien entreprendre , M
de Créquy eſtant preſque auffi fort que luy; mais comme il luy auroit eſté honteuxde fai- re voir qu'il avoit de méchans Eſpions, ou plutoſt qu'il n'en avoit point , il aima mieux fai- re bonne contenance dans fon
Poſte , que de s'en retourner furſes pas. C'eſt oùſon Armée apenſé périr, c'eſt où elle a tant manqué de Fourages , & tant mangédePain poury &de mé- chans Gâteaux. La neceffité y
eſtoit fi grande,qu'on endiſtri- buoit qu'un pour quatre Sol- dats. Ileſt mefme ſouvent arrivé que le Pain manquanten- tierement , elle n'a mangé que
de la Vache. Il eſt vray que
166 LE MERCVRE
l'on y a quelquefois donné quelques Eſcalins au lieu de Pain; mais ſi cet argent a em- peſché les plus ſeditieux de crier , il n'a pas empeſché de mourir de faim ceux à qui un fi foible ſecours ne pouvoit faire trouver dequoy manger.
Tant que le Prince Charles a
demeuré dans ce Poſte,quatre choſes ont ruiné ſon Armée;
laDeſertion, nos Partis,le man- que de Pain , & les Païfans qui prenoient tous ceux qui s'e- cartoient pour en chercher.
Les Marchez &les Places pu- bliques de Mets eſtoient rem- plis de leurs Chevaux qui ſe donnoient à fort grand mar- ché. Cefutdans ce temps que M. le Marefchal de Créquy fit faire à fon Armée ce beau
mouvement qui embaraſſa tat
GALANT. 167
les Ennemis.Il fit ſi bien placer fon Canon , qu'il leur tua plus de huit ou neuf cens Hommes , avant qu'on puſt enten-- dre le leur , qui ne fut en état de tirer que plus de trois heu- res apres le noſtre. Ils firent connoiſtre qu'ils n'avoient aucun deſſein de ſe battre , puis qu'ils repaſſerent la Seille. On trouva dans leur Camp quan- tité de Soldats qu'ils avoient enterrez,afin qu'on ne s'apper- çût pas de leur perte, & ils l'a- voient fait fi fort à la haſte ,
qu'ils leur avoient laiſſé leurs
habits & leur argent , dont on trouva méme une fomme conſidérable dans les Bottes d'un
Cavalier. On les pourſuivit dans leur Retraite,où ils perdi- rent encor beaucoup de mon- de. Cette pourfuite , & leur
168 LE MERCVRE
Canon , qu'ils tirerent à noſtre
exemplequelque temps aupa- ravant , nous coûterent auffi
quelques Gens. Nous perdî- mes M de Préfonval Lieutenant Colonel de la Couronne.
Quelques Gardesdu Corps fu- rent tuez , & deux Exempts bleſſez , qui fontM² de la Fou- chardiere & Mr Darmandaris.
Depuis ce temps les Ennemis ontſouvent changé de Pofte,
&Mr le Marefchal deCréquy a toûjours profité de leurs mouvemens. Ils eſtoient vis- àvis le Village d'Arancy , lors que ce vigilant Mareſchal ap- pritqu'ils attendoientungrand Convoy.Ilfit unDétachement
commandé par Mº de la Haye Lieutenant General , pour le furprendre. On leur tua plus dequatre cens Hommes, &on
leur
GALANT. 169
leurpritdumoins cent Charettes. Ceux qui ſe ſignalerent en cette occafion , furent Meffieurs les Marquis de Genlis &
de Renty,M le Comte deMo- reüil,M de la Fite, Mt le Comte d'Aubijoux , & M Marin.
M de la Haye y fut tué d'un coup deMouſquet. NosPartis ayant continue toûjours à les inquiéter , quatre Pieces de noſtre Canon chargées à cartouches, les incommoderent
fort aupres deMaleroy. Quelques jours apres comme onfui- voitleur marche avec l'ardeur
qui eſt ordinaire aux François,
M' le Chevalierd Eſtrades qui eſtoit Chefd'unParty de deux césChevaux, apperçeût quel- ques Troupesde leur Arriere- garde; il en fit avertir M. le
Comte de Maulevrier - ColTome V. P
170 LE MERCVRE bert, qui commandoit l'Aifle gauche. Ils'avança pour exa- minerla contenance des Ennemis, &les fit attaquer. Les Re- gimensdePortia &de Souches furent défaits. On découvrit
la queuë des Bagages, on ytua plus de deux cens Perſonnes,
onyfit centPrifonniers, & l'on pilla quantité deChariots. La Femme du Tréſorier del'Armée, quipar malheur ſe trou- va là dans fon Carroffe avec
d'autres Femmes, fut tuéedans
T'ardeur du Combat,fansqu'on ſceût meſme fi elle y eftoit.
Deux de nos Efcadrons , &
&quelquesDragons,plus avides de gloire que de bittin,
poufferentplus avant,&paf- ferent un Défilé. Ils furent
chargez par unCorps d'Enne- mis beaucoup plus conſidéra-
GALANT. 171
الاس
01
ble qu'ils n'eſtoient. Ils ſe retirerent enbon ordre, &ne perdirent pas trente Hommes.Les Ennemis n'oferent les pourſui- vre, &ils aimerent mieux laiffer emporteraux François tout ce qu'ils avoient pillé, qued'a- vancer pour les combattre, &
les empeſcher de profiter de | leur butin, Depuis cetemps-là le Prince Charles ſe promene,
&il ſemble qu'il ait enviede venir voir le Prince d'Orange,
qui n'eſt pas plus avancé que luy , quoy que l'un & l'autre foit en campagne depuis pres de trois mois. Je nedoute point qu'ils n'ayent entrepris quel- que choſe quand vous rece vrez ma Lettre , puis que je la finis dans le temps où ils doi- ventdu moins faire voirqu'ils
ell
20
n'ont 1 pas aſſemblé tant de
Pij
172 LE MERCVRE Troupes dans le ſeul deſſein
de nous obſerver. Le Prince
Charles n'auroit pas attendu fi long-temps à ſe déclarer , ſi M
le Mareſchal de Créquy l'euft laiſſé plus en repos mais ſa vi- gilance a toûjours détruit ce que ce Prince s'eſtoit propoſe de faire. Quand ils ont eſte ſé- parez, ila tenudes Ponts prefts pourfaire paſſer ſes Partis ; &
dans quelque Camp que les Ennemis ayent eſté , ils en ont toûjours eſté fatiguez . Ses Or- dres s'executoient avec tant de
ponctualité ; qu'on les a veu quelquefois inquiétez enmef- me temps par les Partis de Na- cy , par ceux des Lieux les plus proches , par les Détachemens de l'Armée , & par les Païfans.
C'eſt ainſi qu'on fait périr les Troupes les plus nombreuſes,
GALANT. 173
1
G
&que ſans rien perdre on ga- gne ſouventplus que fi ondo- noit une Bataille. M² de Beaufort Mareſchal de Camp,pouf- ſa une fois leur grande Garde - juſques à leurs Tentes. Quar torze Cuiraſſiers furent pris une autre fois par un Party de
vingt-cinq contre vingt-cinq.
Un LieutenantdeFufiliers,fortifiédesPaïſansduPaïs Meſſin,
attaqua &batit quelque temps apres un Convoy de Vin &
d'Eau de vie , dont il enfonça tous les Tonneaux ; & le MajorduRegimentdeCominges,
avec tres-peu de Gens , avoit défait quelques jours aupara- vant quatre-vingt Cuiraffiers,
dont la plupart furent faits pri- fonniers.; Je pourrois vous raconter encor unnombre infiny d'actions de vigueur qui ont
Piij
174 LE MERCVRE
८
eſté faites par nosPartis ; mais je vous veux ſeulement parler dedeuxdont les circonstances
font affez curieuſes. Le Prince
Charles s'ennuyant de ne rien faire , & ne voulant pas que l'on s'aperçeut de ſon chagrin,
refolut de donner le Bal aux
principales Dames de fon Ar- mée. Cela ne doit pas vous étonner, les Allemans ne mar- chent guéres qu'en Famille.
Comme il n'eſt point de Nation qui n'imite les François en quelque choſe , les Allemans pour pour paroiſtre avec plus de galanterie, voulurent avoir de nos Habits les plus à la mo- de,&le Prince Charles en envoya demander par unTrom- pete au Lieutenant de Royde Mets , lequel par une honne- ſteté toute Françoiſe luy en-
GALANT. 175
هللا
que
A
10.1
N
DIS
arc
ne
ronoyd
nne
yen
:
voya auſſi-toſt des Tailleurs ,
avec les Etofes les plus nou- velles qu'on puſt trouver. Les Habits ſe firent, &on commeça le Bal. M de Créqui prit ce temps pour leur donner un au- tre BLIOTHEQUR
divertiſſement. Il envoya Iron quelques Troupes qui donne rent l'alarme dans l'un de leurs
Quartiers, & qui eurent ordre
de ſe retirer d'une maniere qui pût engager les Ennemis à les pour ſuivre. Ses Ordres furent ponctuellement executez ; &
comme il avoit fait placer plu- fieurs Canons chargez à car- touches dans un endroitoù les
Ennemis ne croyoient pas qu'il y en euſt , la plupart de ceux qui pourſuivirentnos Gens fu- rent tuez ou bleffez ; & l'alarmes s'eſtant répaduëdans tout le Gamp , le Bal fut tellement
LYON
176 LE MERCVRE
troublé , que les Allemans oublierent leurs Dances , &
ne ſceurent plus faire de pas que pour décamper quel- ques jours apres. Le Canon ne leur fut pas moins fatal le jour que leurs Fourageurs fu- rent enlevez. La plupart des Officiers qui avoient des Va- lets au fourage, s'attrouperent pour les venir défendre ; mais ils n'oferent avancer , & l'on
euſtditqu'ils n'eſtoient venus que pour eſtre témoins de la perte de leurs Chevaux. Ils ne
s'en retournerent pourtantpas tous , &pluſieurs furent tuez par noſtre Canon. Vous direz peut- eſtre que c'eſt n'avoir rien fait, que de n'avoir ni pris de Places, ni gagné deBatail- les ; mais apres les premiers
avantages que nous avons
GALANT. 177
1
remportez , n'est-il pas bien glorieux d'empefcher tant de Puiſſances unies d'executer
aucune dn leurs entrepriſes ?
De pareils emplois demandent le Capitaine le plus confom- mé ; ils ont dequoy exercer toute fon experience , & de- quoy le rendre vigilant, eſtant obligé de faire des mouve- mens continuels , & de pren- dre garde en meſme temps de n'en faire aucun de faux.C'eſt
par là qu'on ruine infenfible- ment les Armées ennemies
mais il ne ſuffit pas pour cela d'avoir du cœur, il faut avoir
de l'eſprit & de l'adreſſe , &
que la tefte agiffe plus que le bras. Mr de Créquy a montré depuis trois mois que toutes
ces choſes ne luy eſtoient pas inconnuës , & qu'il ſçavoit
178 LE MERCVRE joindre la conduite & la pru- dence à la haute valeur dont
il a donné des marques dans un nombre infini d'occaſions,
&dans la diverſité des mouvemens qu'il a faits. Comme il ne s'en eſt pas trouvé unde faux, on ne peut marcher plus glorieuſement qu'il fait ſur les traces de M'de Turenne. Il l'a
imité en toutes chofes,&toutes les Lettres nous affurent
qu'il ne s'eſt pas fait moins ai- mer dans toutes les Troupes qu'il commande,qu'il s'est fait craindre parmi celles qui lui font oppoſées.
'La feconde Armée d'Allemagne , compoſée des Trou- pes des Cercles , n'a pas fait plus de progrez que celle du Prince Charles. M de Monclar l'obſerve de prés, &M' le
GALANT. 179
Marquis de Bligny l'eſt allé joindre avec unDétachement de dix Eſcadrons. Il y a prés de trois mois que le Prince
dOrange aſſemble la fienne,
■ & qu'il attend celle de dix ou
douze Alliez qui marche de- puis long-temps. Ila parujuf- ques icyque toutes cesTrou- pes n'estoient en campagne que pour arrefterles courſesde delaGarnifon de Maftric ; ce
qu'elles n'ont toutefois pû fai- re. Mr de la Motte avec un
Détachement, a eſté prendre force Beſtiaux du coſtede Namur; &M le Duc de Luxembourg a fouragé long-temps juſques aux Portes de Bruxel- les.Il aenvoyéquelques Troupes aux environs d'Oudenarde ſous le commandement de
Mellieurs dela Motte &d'Au
ZB
180 LE MERCVRE
ger. Le Prince d'Orange com- mença à décamper le 15.&M²
de Luxembourg le 16. Je ne
vous en diray rien davantage dans cette Lettre, quand mef- me on entreprendroit quelque choſe avantqu'elle fut fermée,
afin de vous en parler au long dans la premiere que je vous écriray,&de ne vous enpoint faire le détailàdeux fois
O iij
162 LE MERCVRE
gagné un Bataille, eſtoient das des Quartiers de rafraîchiſſement. On les croyoit fort di- minuées par les fatigues de tant de Sieges entrepris dans une ſaiſon rigoureuſe,&toutes les Gazettes ne parloient que de Levées & de Jonctions de
Troupes ennemies qui ſe fai- foient de tous coſtez. On ne
diſoit rien des noſtres ; il n'y avoit pas mefme d'apparence que nous puſſions eſtre affez forts pour nous oppoſer au Prince Charles. Cependant on a veu tout d'un coup par enchantement , Monfieur leMaréchal deCréquy en état de luy tenir teſte , tandis que
Mõſieurde Luxembourg avoit en Flandre une Armée auſſi
nombreuſe que celle que nous avons en Allemagne. Ces Ar
comme
GALANT. 163 mées ne manquent de rien , &
l'admirable prévoyace duRoy eſt ſi bien fecondée par le zele desMiniſtres qui executentſes ordres , que tout ce qui eſt ne- ceſſaire pour les faire ſubſiſter s'y trouve toûjours en abon- dance. Voila ce qui nous facilite tantdeglorieuſes conque- ſtes , & qui nous fait arreſter ſans peine le torrent oppoſé de tant de Troupes. Voyons les mouvemens de l'Armée de
l'Empereur depuis trois mois que le Prince Charles qui la commande a fait l'ouverture
de la Campagne. Elle estoit à
trois lieuësdeMetsdésle commencement de Juin , &dés ce temps-là Monfieur le Maref- chal de Créquy commença à
la combattre & à la ruiner par ſes Partis &par ſes divers mou-
164 LE MERCVRE
vemens.Le Prince Charles qui avoit réſolu de tenter quelque choſe de grand, paſſa la Seille la nuit du dix au onze de ce
-meſme mois , & vint camper du coſté de noſtre General ,
mais ce ne fut que pour y voir fon Armée dans l'extréme neceffité de toutes choſes pendat le long ſejour qu'elle y fit , &
pour donner lieu à un nombre infiny de Partis de la détruire plus commodément.Apres que cePrince eutachevéde paffer,
Mª de la Fite arriva dés le foir
meſme aupres de Monfieur le Mareſchal de Créquy avec un Détachement des Gardes du
Corps , de Gensd'armes , & de Chevaux-Legers de la Garde.
Le Prince Charles quine ſe ſe- roit pas hazardé à paſſer la Ri- viere, s'il euſt eſté avertyde ce
GALANT. 165
ra
Pul
ect
es
&
Fant
fel
Ja R
Secours, n'en reçeut la nouvel- le qu'avec un chagrin mortel.
Il vit bien qu'il luyſeroit diffi
cile de rien entreprendre , M
de Créquy eſtant preſque auffi fort que luy; mais comme il luy auroit eſté honteuxde fai- re voir qu'il avoit de méchans Eſpions, ou plutoſt qu'il n'en avoit point , il aima mieux fai- re bonne contenance dans fon
Poſte , que de s'en retourner furſes pas. C'eſt oùſon Armée apenſé périr, c'eſt où elle a tant manqué de Fourages , & tant mangédePain poury &de mé- chans Gâteaux. La neceffité y
eſtoit fi grande,qu'on endiſtri- buoit qu'un pour quatre Sol- dats. Ileſt mefme ſouvent arrivé que le Pain manquanten- tierement , elle n'a mangé que
de la Vache. Il eſt vray que
166 LE MERCVRE
l'on y a quelquefois donné quelques Eſcalins au lieu de Pain; mais ſi cet argent a em- peſché les plus ſeditieux de crier , il n'a pas empeſché de mourir de faim ceux à qui un fi foible ſecours ne pouvoit faire trouver dequoy manger.
Tant que le Prince Charles a
demeuré dans ce Poſte,quatre choſes ont ruiné ſon Armée;
laDeſertion, nos Partis,le man- que de Pain , & les Païfans qui prenoient tous ceux qui s'e- cartoient pour en chercher.
Les Marchez &les Places pu- bliques de Mets eſtoient rem- plis de leurs Chevaux qui ſe donnoient à fort grand mar- ché. Cefutdans ce temps que M. le Marefchal de Créquy fit faire à fon Armée ce beau
mouvement qui embaraſſa tat
GALANT. 167
les Ennemis.Il fit ſi bien placer fon Canon , qu'il leur tua plus de huit ou neuf cens Hommes , avant qu'on puſt enten-- dre le leur , qui ne fut en état de tirer que plus de trois heu- res apres le noſtre. Ils firent connoiſtre qu'ils n'avoient aucun deſſein de ſe battre , puis qu'ils repaſſerent la Seille. On trouva dans leur Camp quan- tité de Soldats qu'ils avoient enterrez,afin qu'on ne s'apper- çût pas de leur perte, & ils l'a- voient fait fi fort à la haſte ,
qu'ils leur avoient laiſſé leurs
habits & leur argent , dont on trouva méme une fomme conſidérable dans les Bottes d'un
Cavalier. On les pourſuivit dans leur Retraite,où ils perdi- rent encor beaucoup de mon- de. Cette pourfuite , & leur
168 LE MERCVRE
Canon , qu'ils tirerent à noſtre
exemplequelque temps aupa- ravant , nous coûterent auffi
quelques Gens. Nous perdî- mes M de Préfonval Lieutenant Colonel de la Couronne.
Quelques Gardesdu Corps fu- rent tuez , & deux Exempts bleſſez , qui fontM² de la Fou- chardiere & Mr Darmandaris.
Depuis ce temps les Ennemis ontſouvent changé de Pofte,
&Mr le Marefchal deCréquy a toûjours profité de leurs mouvemens. Ils eſtoient vis- àvis le Village d'Arancy , lors que ce vigilant Mareſchal ap- pritqu'ils attendoientungrand Convoy.Ilfit unDétachement
commandé par Mº de la Haye Lieutenant General , pour le furprendre. On leur tua plus dequatre cens Hommes, &on
leur
GALANT. 169
leurpritdumoins cent Charettes. Ceux qui ſe ſignalerent en cette occafion , furent Meffieurs les Marquis de Genlis &
de Renty,M le Comte deMo- reüil,M de la Fite, Mt le Comte d'Aubijoux , & M Marin.
M de la Haye y fut tué d'un coup deMouſquet. NosPartis ayant continue toûjours à les inquiéter , quatre Pieces de noſtre Canon chargées à cartouches, les incommoderent
fort aupres deMaleroy. Quelques jours apres comme onfui- voitleur marche avec l'ardeur
qui eſt ordinaire aux François,
M' le Chevalierd Eſtrades qui eſtoit Chefd'unParty de deux césChevaux, apperçeût quel- ques Troupesde leur Arriere- garde; il en fit avertir M. le
Comte de Maulevrier - ColTome V. P
170 LE MERCVRE bert, qui commandoit l'Aifle gauche. Ils'avança pour exa- minerla contenance des Ennemis, &les fit attaquer. Les Re- gimensdePortia &de Souches furent défaits. On découvrit
la queuë des Bagages, on ytua plus de deux cens Perſonnes,
onyfit centPrifonniers, & l'on pilla quantité deChariots. La Femme du Tréſorier del'Armée, quipar malheur ſe trou- va là dans fon Carroffe avec
d'autres Femmes, fut tuéedans
T'ardeur du Combat,fansqu'on ſceût meſme fi elle y eftoit.
Deux de nos Efcadrons , &
&quelquesDragons,plus avides de gloire que de bittin,
poufferentplus avant,&paf- ferent un Défilé. Ils furent
chargez par unCorps d'Enne- mis beaucoup plus conſidéra-
GALANT. 171
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ble qu'ils n'eſtoient. Ils ſe retirerent enbon ordre, &ne perdirent pas trente Hommes.Les Ennemis n'oferent les pourſui- vre, &ils aimerent mieux laiffer emporteraux François tout ce qu'ils avoient pillé, qued'a- vancer pour les combattre, &
les empeſcher de profiter de | leur butin, Depuis cetemps-là le Prince Charles ſe promene,
&il ſemble qu'il ait enviede venir voir le Prince d'Orange,
qui n'eſt pas plus avancé que luy , quoy que l'un & l'autre foit en campagne depuis pres de trois mois. Je nedoute point qu'ils n'ayent entrepris quel- que choſe quand vous rece vrez ma Lettre , puis que je la finis dans le temps où ils doi- ventdu moins faire voirqu'ils
ell
20
n'ont 1 pas aſſemblé tant de
Pij
172 LE MERCVRE Troupes dans le ſeul deſſein
de nous obſerver. Le Prince
Charles n'auroit pas attendu fi long-temps à ſe déclarer , ſi M
le Mareſchal de Créquy l'euft laiſſé plus en repos mais ſa vi- gilance a toûjours détruit ce que ce Prince s'eſtoit propoſe de faire. Quand ils ont eſte ſé- parez, ila tenudes Ponts prefts pourfaire paſſer ſes Partis ; &
dans quelque Camp que les Ennemis ayent eſté , ils en ont toûjours eſté fatiguez . Ses Or- dres s'executoient avec tant de
ponctualité ; qu'on les a veu quelquefois inquiétez enmef- me temps par les Partis de Na- cy , par ceux des Lieux les plus proches , par les Détachemens de l'Armée , & par les Païfans.
C'eſt ainſi qu'on fait périr les Troupes les plus nombreuſes,
GALANT. 173
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G
&que ſans rien perdre on ga- gne ſouventplus que fi ondo- noit une Bataille. M² de Beaufort Mareſchal de Camp,pouf- ſa une fois leur grande Garde - juſques à leurs Tentes. Quar torze Cuiraſſiers furent pris une autre fois par un Party de
vingt-cinq contre vingt-cinq.
Un LieutenantdeFufiliers,fortifiédesPaïſansduPaïs Meſſin,
attaqua &batit quelque temps apres un Convoy de Vin &
d'Eau de vie , dont il enfonça tous les Tonneaux ; & le MajorduRegimentdeCominges,
avec tres-peu de Gens , avoit défait quelques jours aupara- vant quatre-vingt Cuiraffiers,
dont la plupart furent faits pri- fonniers.; Je pourrois vous raconter encor unnombre infiny d'actions de vigueur qui ont
Piij
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eſté faites par nosPartis ; mais je vous veux ſeulement parler dedeuxdont les circonstances
font affez curieuſes. Le Prince
Charles s'ennuyant de ne rien faire , & ne voulant pas que l'on s'aperçeut de ſon chagrin,
refolut de donner le Bal aux
principales Dames de fon Ar- mée. Cela ne doit pas vous étonner, les Allemans ne mar- chent guéres qu'en Famille.
Comme il n'eſt point de Nation qui n'imite les François en quelque choſe , les Allemans pour pour paroiſtre avec plus de galanterie, voulurent avoir de nos Habits les plus à la mo- de,&le Prince Charles en envoya demander par unTrom- pete au Lieutenant de Royde Mets , lequel par une honne- ſteté toute Françoiſe luy en-
GALANT. 175
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avec les Etofes les plus nou- velles qu'on puſt trouver. Les Habits ſe firent, &on commeça le Bal. M de Créqui prit ce temps pour leur donner un au- tre BLIOTHEQUR
divertiſſement. Il envoya Iron quelques Troupes qui donne rent l'alarme dans l'un de leurs
Quartiers, & qui eurent ordre
de ſe retirer d'une maniere qui pût engager les Ennemis à les pour ſuivre. Ses Ordres furent ponctuellement executez ; &
comme il avoit fait placer plu- fieurs Canons chargez à car- touches dans un endroitoù les
Ennemis ne croyoient pas qu'il y en euſt , la plupart de ceux qui pourſuivirentnos Gens fu- rent tuez ou bleffez ; & l'alarmes s'eſtant répaduëdans tout le Gamp , le Bal fut tellement
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troublé , que les Allemans oublierent leurs Dances , &
ne ſceurent plus faire de pas que pour décamper quel- ques jours apres. Le Canon ne leur fut pas moins fatal le jour que leurs Fourageurs fu- rent enlevez. La plupart des Officiers qui avoient des Va- lets au fourage, s'attrouperent pour les venir défendre ; mais ils n'oferent avancer , & l'on
euſtditqu'ils n'eſtoient venus que pour eſtre témoins de la perte de leurs Chevaux. Ils ne
s'en retournerent pourtantpas tous , &pluſieurs furent tuez par noſtre Canon. Vous direz peut- eſtre que c'eſt n'avoir rien fait, que de n'avoir ni pris de Places, ni gagné deBatail- les ; mais apres les premiers
avantages que nous avons
GALANT. 177
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remportez , n'est-il pas bien glorieux d'empefcher tant de Puiſſances unies d'executer
aucune dn leurs entrepriſes ?
De pareils emplois demandent le Capitaine le plus confom- mé ; ils ont dequoy exercer toute fon experience , & de- quoy le rendre vigilant, eſtant obligé de faire des mouve- mens continuels , & de pren- dre garde en meſme temps de n'en faire aucun de faux.C'eſt
par là qu'on ruine infenfible- ment les Armées ennemies
mais il ne ſuffit pas pour cela d'avoir du cœur, il faut avoir
de l'eſprit & de l'adreſſe , &
que la tefte agiffe plus que le bras. Mr de Créquy a montré depuis trois mois que toutes
ces choſes ne luy eſtoient pas inconnuës , & qu'il ſçavoit
178 LE MERCVRE joindre la conduite & la pru- dence à la haute valeur dont
il a donné des marques dans un nombre infini d'occaſions,
&dans la diverſité des mouvemens qu'il a faits. Comme il ne s'en eſt pas trouvé unde faux, on ne peut marcher plus glorieuſement qu'il fait ſur les traces de M'de Turenne. Il l'a
imité en toutes chofes,&toutes les Lettres nous affurent
qu'il ne s'eſt pas fait moins ai- mer dans toutes les Troupes qu'il commande,qu'il s'est fait craindre parmi celles qui lui font oppoſées.
'La feconde Armée d'Allemagne , compoſée des Trou- pes des Cercles , n'a pas fait plus de progrez que celle du Prince Charles. M de Monclar l'obſerve de prés, &M' le
GALANT. 179
Marquis de Bligny l'eſt allé joindre avec unDétachement de dix Eſcadrons. Il y a prés de trois mois que le Prince
dOrange aſſemble la fienne,
■ & qu'il attend celle de dix ou
douze Alliez qui marche de- puis long-temps. Ila parujuf- ques icyque toutes cesTrou- pes n'estoient en campagne que pour arrefterles courſesde delaGarnifon de Maftric ; ce
qu'elles n'ont toutefois pû fai- re. Mr de la Motte avec un
Détachement, a eſté prendre force Beſtiaux du coſtede Namur; &M le Duc de Luxembourg a fouragé long-temps juſques aux Portes de Bruxel- les.Il aenvoyéquelques Troupes aux environs d'Oudenarde ſous le commandement de
Mellieurs dela Motte &d'Au
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ger. Le Prince d'Orange com- mença à décamper le 15.&M²
de Luxembourg le 16. Je ne
vous en diray rien davantage dans cette Lettre, quand mef- me on entreprendroit quelque choſe avantqu'elle fut fermée,
afin de vous en parler au long dans la premiere que je vous écriray,&de ne vous enpoint faire le détailàdeux fois
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Résumé : Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Le texte relate les opérations militaires entre les forces françaises et une coalition de plus de vingt puissances souveraines. Malgré les difficultés et les fatigues des sièges, les armées françaises, dirigées par le maréchal de Créquy et le duc de Luxembourg, ont réussi à résister aux assauts ennemis. Les armées françaises bénéficient d'un approvisionnement efficace grâce à la prévoyance du roi et au zèle des ministres. Le prince Charles, commandant l'armée de l'Empereur, a tenté plusieurs actions, mais a été contré par les mouvements stratégiques et les partis de Créquy. Les troupes du prince Charles ont souffert de désertions, de manque de ravitaillement et de harcèlement constant par les forces françaises. Plusieurs actions notables, comme l'attaque d'un convoi et la perturbation d'un bal organisé par le prince Charles, illustrent la vigilance et l'efficacité des troupes françaises. Le maréchal de Créquy a démontré une grande expérience et une vigilance constante, affaiblissant progressivement les armées ennemies sans livrer de batailles décisives. La deuxième armée d'Allemagne, composée des troupes des Cercles, n'a pas non plus fait de progrès significatifs, étant étroitement surveillée par les forces françaises. Le prince d'Orange et ses alliés sont également en campagne, mais sans succès notable. Par ailleurs, l'auteur mentionne qu'il ne fournira pas davantage de détails dans la lettre actuelle, préférant en discuter plus en profondeur dans la prochaine lettre afin d'éviter un double récit et de traiter le sujet de manière exhaustive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 184-216
Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Début :
Les Espagnols avoient formé le dessein d'une grande diversion de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Espagnols, Pays, Catalogne, Valence, Duc de Navailles, Bataillons, Canon, Régiment, Marche, Hauteur, Royaume, Combat, Troupes, Cavalerie, Morts, Bagages, Blessés, Capitaines, Tués
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Les Eſpagnols avoient formé le deffein d'une grande diver- ſion de ce coſté-là ,&cela par politique. CePaïs eſt plus pres d'eux , & les avantages qu'ils ſe tenoient affurez d'y rem- porter, devoient faire une plus forte impreffion fur l'eſprit des Peuples. Ils firent des levées
GALANT. 129
&د
dans toutes leurs Provinces ,
auſquelles ils donnent le nom de Royaumes , & choiſirent le Comte de Monterey pour Viceroy de Catalogne pourGeneral de cette Armée.
Il eſt adroit , vigilant, &d'une exactitude merveilleuſe àfaire
bien ſervir ſon Prince. Ces
grandes levées eſtant faites , &
la plupart des Nobles ayant joint l'Armée , partie comme Volontaires , partie comme Officiers , la Cour d'Eſpagne en eſpera tout , & fe fortifia encor plus dans le deſſein de de faire quelque entrepriſe conſidérable fur les François en Catalogne , pour faire oublier au Peuple de Madrid les Conquestes du Roy en Flan- dre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en
130 LE MERCURE pofte de Sarragofſe où il eſtoit,
d'aller à Barcelone , d'y arrê- ter fix Vaiſſeaux chargez de Troupes pour la Sicile , &de les faire ſervir en Catalogne.
Douze cens Fantaſſins levez
dans le Royaume de Grenade ,
arriverent en mefme temps à
Barcelone.Le Mestre de Camp
de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres;
&d'autres levées faites dans le
meſme Royaume &dansl'Andaloufie , les joignirent pref- que auffitoft . Le Comte de Monterey eſtant arrivé dans l'Armée qu'ildevoit comman- der , Monfieur le Marefchal
Duc de Navailles &luy s'en- voyerent faire de grandes ci- vilitez , & fe firent dire qu'ils ſe verroient. Ce Comte voufut paroiſtre le plus civil. Il fit
GALANT. 131
- avancer ſes Troupes , & mar- cha du coſté de Saint Pierre
Peſcador , où Monfieurde Navailles eſtoit poſté. Ce Duc eſtant bien aiſe de ſuy épar- gner la moitié du chemin , en- voya huit cens Chevaux pour reconnoiſtre les Ennemis , &
ces huit cens Chevaux enleverent leur grande Garde.
Deux jours apres , le Comte deMontereyvoulant paſſer un Défilé à la veuë de noſtre Armée , Monfieur de Navailles
le fit charger , &le contraignit deſe retirer en deſordre apres
une Efcarmouche de trois
2
heures , où les Eſpagnols per- dirent beaucoup de monde.
Quelque temps aprés , Mon- fieur le Duc de Navailles
ayant eu avis que le Comte de Monterey avoit comman
132 LE MERCVRE
de huit cens Miquelets avec un Détachement de Cavalerie , pour nous ofter la com- munication avec le Lampour- dan , il envoya quelques trou- pes ſous Mº de la Rablie- re , Marefchal de Camp , qui les défit. On tua les deux
Commandans, & on prit deux autres Officiers. Voilà toute la
Campagne en peu de mots juſqu'au jour delagrandeDé- faite des Ennemis dont vous
avez entendu parler , & que je vay vous apprendre , avec des particularitez que vous n'avez aſſurément point veuës enſemble. Vous treblez peut- eftre déja que je ne vous aille faire une longue Relation, que
je ne vous accable d'une infi nité de termes de Guerre , &
que je ne vous nomme tous
GALANT. 133 les Villages par où l'on a paſſé,
&tous les poſtes qu'on a oc- cupez. Rafſurez-vous , Madame , je ne vous parleray de la Guerrequed'une maniere qui n'aura rien d'ennuyeux pour vous , & qui fera tres- intelli- gible aux Dames à qui vous faites partde mes Lettres.C'eſt pour elles particulierement que j'écris , & je ne feray ce Recit que comme vousle fe- ON
riez vous-mefme. S'il n'a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez , il aura du moins le charme de la brié
veté. Fiez - vous en moy , je vous prie , & hazardez - vous fur ma parole à lire ce que je vous envoye. Nous étionsen- trez en Catalogne malgré les grandes forces que les Enne- mis y avoient ; nous avions
134 LE MERCVRE
د
fait chez eux tous les dégaſts imaginables , confommé leurs Fourages , enlevé leurs Bef- tiaux & donné en meſme
temps aux Noftres le moyen de faire paiſiblement leur ré- colte dans le Rouffillon ; mais
nous n'avions pû entrer dans le Païs Ennemy , que par des paſſages étroits qui font entre les Montagnes , & queles Ef- pagnols pouvoient aiſement occuper pour nous empeſcher le retour. En effet ils s'étoient
déja ſaiſis de quelques-uns en intention de nous attaquer.
Nos Troupes leur cedoient en nombre. Il eſtoit queſtion de fortir des Montsoù nous nous
eftions engagez, & ce fut dans cette difficulté qu'éclata la prudence & la conduite de
Monfieurle Ducde Navailles.
Il
GALANT. 135 Il envoya ſes ordres à M le Chevalier d'Aubeterre , Gouverneur de Collioure,&Lieu
tenant Generaldes Arméesdu
Roy, de ſe rendre maître d'un Paſſage appellé le Col de Ba- gnols, qu'il ſçavoit qu'on avoit deſſein de luy fermer. M le Chevalier d'Aubeterre partie environ àminuit , avec undé
tachement de ſa Garniſon &
- des Milices du Païs. Il trouva
queles Ennemis avoient occu- -pé des Hauteurs &des Ro- chers eſcarpez. Il les en chaf- ſa avec une vigueur incroya- ble, &fit fuïrdeux Bataillons
qui venoient à leur ſecours.
Le chemin eſtantouvert,MonſieurdeNavailles commença à
faire marcher dés ce jour-là.
Les Ennemis vinrent camper àla portée de noſtre Canon;
D
S
S
Tome VI. M
1
136 LE MERCURE il y eut quelques eſcarmou- ches, &on les recommença le lendemain. Les Eſpagnols en Bataille voulurent gagner une Montagne fort haute, mais on les en empefcha. Cétobſtacle rompit leurs meſures , & nous occupâmes une Hauteur qui nous ofta tout lieu de rien
craindre d'eux. On demeura
trois jours en preſence,&pen- dant tout ce temps on ne fit que des eſcarmouches. On chargea trois EſcadronsEnne-- mis qui avoient paſſé une Ri- viere, &qui estoient foûtenus de ſept Regimens d'Infante- rie. L'avantage nous demeura,
avec perte pour les Eſpagnols de plus de ſept cens Hommes,
qui furent ou tuez ,
prifonniers , ou mis hors de
ou faits
combat. Nôtre General n'ayat
GALANT. 137
ان
S
و
plus rien à faire dans le Païs ,
fongea à s'en retirer , & fit marcher les premiers Bagages.
Cette marche fut dérobée à la
connoiſſance des Ennemis
auffi-bien que celle de toute l'Armée qui commença à dé- filer àminuit.Lors que le Com- te de Monterey en fut averty,
cette nouvelle le mit au deſefpoir , & il marcha avec tant de précipitation , qu'il joignit noſtre Arrieregarde. Monfieur de Navailles avec une adreffe
& une prudence admirable ,
trouva moyen de faire avan- cer encor noftre Armée ce
qui fit perdre haleine aux En- nemis qui nous pourſuivoient.
Les Eſpagnols ayans plus de
,
Troupes eftant compoſées de
S Troupes que nous ,
& ces
1
toute la Nobleſſe de leurs
Mij
138 LE MERCURE Royaumes, ſe répondoient tel- lementde la Victoire,que dans l'impatience de combattre, ils vinrentenfin àboutd'attacher
l'eſcarmouche , ce qu'ils firent avec une impétuoſité qui ſe peut àpeine concevoir. Ils oc- cuperent des Hauteurs; mais les Noſtres aprés les en avoir chaſſez en gagnerent d'autres,
& conferverent fi bien cét
avantage pendattoute la jour- née, qu'ils donnerentlieu aux Bagages d'avancer beaucoup,
&de ſe mettre en ſeureté. M
de Navailles ne craignant plus rien , & ayant fait voir au Comte de Monterey qu'il en fçavoit plus que luy , mit ſon Armée en bataille dans le lieu
qu'il jugea le plus avantageux,
&fit pofter fon Canonde for- te qu'il fut tres-bien fervy , &
GALANT. 139
1
1
incommoda fort les Ennemis.
Noftre General voulut encor
gagnerune Hauteur, &ce qui paroift incroyable , nos Trou- pes qui devoient eſtre fati- guées de tant de mouvemens,
ypaſſerent avec diligence &
fans aucune confufion , parun effet des ordres que Monfieur ☐ de Navailles donnoit avecune application & une prefence d'eſpritqui n'avoient rien d'égal que fon courage. Il animoit tous les Officiers à bien faire ;
& les Soldats encouragez par fon exemple &parſes paroles,
réſolurentde périr plûtoſt que d'abandoner ce dernierPofte.
Les Ennemis vinrent aufſi- toft
ànous en tres-bon ordre , &
le Combat s'engagea. On tira pendant trois heuresde la ſeu le longueur de deux Piques ,
Miij
140 LE MERCURE Bataillons contre Bataillons , la
Cavalerie de part & d'autre eſtant derriere l'Infanterie..
Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement , & on ne les pût obliger à reculer d'un ſeul pas. La Cavalerie quenous avionsſur l'aifle gau- che fit des merveilles : Elle
monta fur une Hauteur pref- que inacceffible , & en chaffa lesEnnemis. Celle de ladroite alla pluſieurs fois à la char- ge , & en tua grand nom.
bre. L'Occafion dura cinq heures & demie , &fe termina avec beaucoup de gloire pour le Roy. Les Eſpagnolsy
ont perdu plus de deux mille Hommes. On leur a entierement défait les Regimensd'Ar--
ragon, de Medina Sidonia , &
deMonteleone. TouslesOffi-
GALANT.: 141 ciers de ces trois Regimens ont eſté tuez , bleffez , ou faits
prifonniers. On a fort mal trai- té ceux de Grenade & de la
Cofte , & il y a eu un tres- grand nombre de prifonniers,
entre leſquels ſont plufieurs Perſonnes de qualité , dont quelques-uns, comme le Com- te de la Fuente, le Vicomte de S.George,& le Colonel Heffe,
✓ font morts de leurs bleſſures..
Cette Action eſt d'autant plus
glorieuſe, qu'on a batu les Ennemisdans leur Païs, quoyque plus forts, qu'ony eft demeuré maître du Champ de Bataille,
qu'on leur a pris des Dra peaux ,&tout cela en ſe reti rant ; ce qui eſt une circon - ſtance remarquable : car les
Retraites font ordinairement
- dangereuses , & on y est rar
142 LE MERCURE
rement attaqué qu'on ne ſoit batu. Les Eſpagnols n'ont rien entrepris depuis ce temps-là ,
& voilà à quoy ont abouty tous ces grands Armemens, &
toutes ces Levées, qui avoient épuiſé leurs RoyaumesdeGre- nade &d'Andaloufie. Jevous
ay tenu parole , Madame. Ce Récit n'eſt embaraſſe d'aucuns'
Noms de Paſſages,&je ne l'ay pas meſme voulu charger de ceux de nos Officiers qui ſe font fait remarquer , afin de vous en laiſſer plus aiſement fuivre le fil . Cela ne me doit
pas empeſcher de leur rendre preſentement juſtice; & pour faire honneur aux Etrangers ,
je vous diray d'abord que les Suiffes & les Allemands ne
donnerent quartier à perſon- ne , fur ce qu'un Trompette
GALANT. 143 des Ennemis vint declarer -qu'ils n'en feroient point aux Etrangers. Si les François euf- ſent ſuivy cet exemple , il ne ſeroit guere demeuré d'Eſpa- gnols.
Les Regimens de Sault, de Furſtemberg , de Navailles ,
d'Erlac , de Gaſſion , de la Rabliere , de Lanſon , de Lebret ,
&de Villeneuve , ſe ſont dif
tinguez , aufli bien que les Dragons., que rien n'a efte ca- pable d'ébranler. Jamais onn'a fi genéralement bien faitdans aucun Combat. Onn'a pas re- marqué un feul Soldat qui ait reculé,&on ne ſçait qui loüer,
particulierement des Officiers,
parce qu'ils meritent tous d'égales loüanges.
*
Monfieur le Mareſchal Duc
de Navailles diviſa ſes Trou-
144 LE MERCURE
pes enpluſieurs Corps,&quoy qu'il fuſt par tout, il ne laiſſa pas de ſe mettre à la teſte d'un de
ces Corps qu'il avoit fi judi- cieuſement diviſez. Mr de la
Rabliere Mareſchal de Camp,
eſtoit à la teſte d'un autre , &
monta fur une Hauteur où il
batit les Ennemis. Mrde Gafſion Lieutenant General , pаreillementàla teſte d'un Corps,
occupa une autre Hauteur ; &
Mr Chevreau Brigadier deCa- valerie , ſe ſignala à la teſte du quatrième Corps. Mr du Sauf- fay donna beaucoup de mar- *ques de cœur & de conduite
en cette occaſion; il commandoit la Cavalerie. M² le Marquis d'Apremont Mareſchalde Camp, y fit des merveilles. II eſtoit par tout. Ce fut luy qui foûtint les premiers efforts des
GALANT. 145
Ennemis , & qui commença à
leur faire connoiſtre qu'ils s'é- toient trompez quand ils s'é- toient voulu répondre ſi fortement de la Victoire. La con- duite des Bagages fut donnée à Mr d'Urban Brigadier d'In- fanterie. Il les mit en ſeûreté,
&revint en ſuite prendre part à la gloire de cette fameuſe journée. M' le Marquis de Villeneuve , Colonel de Cavalerie , après avoir foûtenu les efforts des Ennemis , les chargea vigoureuſement. M le Che- valier de Ganges fit des choſes
ſurprenantes , & forma des Eſcadrons , malgré tout le feu des Ennemis. Mr le Marquis
de Navailles ſervit de Briga- dier en la place de M de S. André , qui avoit eſté envoyé
depuis deux jours à Bellegarde.
146 LE MERCURE 1
Ce Marquis agit avec autant de prudence que de courage.
Il mena les Bataillons à la
Charge , & fe montradigne du Sang dont il fort. M. des
Fontaines Lieutenant d'Artillerie , fit tout ce qu'on pou- voit attendre de luy. Son Ca- non fut bien ſervy, & fi à pro- pos , que les Ennemis en fou- frirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avanta- geufement de Meſſieurs de la
Rabliere & deGaffion , qu'on ne leur peut donner trop de loüanges, non--plus qu'àMon- fieur le Chevalier d'Aubeterre , qui ayant apporté une vi- gilance incroyable à ſe faifir du Col de Bagnols avant le Combat, montra une vigueur extraordinaire à chaffer les
Ennemis qui avoient occupé les
GALANT. 147
les Hauteurs des environs de
ce Paſſage, quoy qu'ils fuſſent beaucoup mieux poftez & en plus grand nombre. Monfieur de Raiſon , Capitaine au Regi- ment de Sault ,& un petit Corps de Suiffes , executerent
tres-bien ſes ordres, Monfieur
le Camus deBeaulicu , Intendant General de tout le Païs,
donna les ſiens fort à propos.
Il avoit receu une Lettre en
chifre de Monfieur le Duc de
Navailles pour faire marcher toute la Milice du Païs avec
M' le Chevalier d'Aubeterre,
& pour tenir preſtes les Munir)
tions de guerre & de bouche,
& il prit ſoin de tout avecune diligence & une ponctualité qui nepeuvent etre allezoſti mées. Il chargea Monfieur He ron, Commiſſaire ordinaire des
Tome VI. N
148 LE MERCVRE Guerres , & des Convois tant
par terre que par Mer, de l'e- xecution'de beaucoup de cho- ſes dont il s'acquita tres-fide- lement. Il ne me reſte plus qu'à vous dire les noms des Morts&des Bleſſez , tant d'actions vigoureuſes n'ayant pû fe faire ſans qu'il nous en ait couſté quelque choſe.
Capitaines tuez.
M.Choueraſqui, м. le Chevalier du Cros, M.Duran.
Capitaines bleſſez.
Mrs Praflon , Davénes, Bardonanche, Maurniay, De Tu- bas , Revellas , Tronc , Romp,
Geſſeret,Bandron,Quantagril,
Guaſque, Saint Géniez , La- barte, Sainte-Coulombe, Lan- glade, Barriere, Brouffan,Cha- tonville Vulaine M. le Marquis deVilleneu
GALANT. 149
ve Colonel de Cavalerie , &
M.de Conflans Major du Re- gimentde laRabliere, ont auffi efté bleſſez .
a
Je ne vous parle point des Eſpagnols morts oubleſſez. Ce font noms qui vous font en tierement inconnus , &d'ailleurs le nombre eneſt ſi grand,
qu'ils ne pourroient que vous ennuyer. Le ComtedeMonterey envoyé demander le Corps du Comtede la Fuente par un Trompete , & dire à
Monfieur de Navailles qu'il avoit eſté plus heureux que luy. Ce Trompete le pria en meſme temps de ſa part d'a- voir ſoin de la Nobleſſe d'ef
pagne qu'il avoit entre ſes mains.
GALANT. 129
&د
dans toutes leurs Provinces ,
auſquelles ils donnent le nom de Royaumes , & choiſirent le Comte de Monterey pour Viceroy de Catalogne pourGeneral de cette Armée.
Il eſt adroit , vigilant, &d'une exactitude merveilleuſe àfaire
bien ſervir ſon Prince. Ces
grandes levées eſtant faites , &
la plupart des Nobles ayant joint l'Armée , partie comme Volontaires , partie comme Officiers , la Cour d'Eſpagne en eſpera tout , & fe fortifia encor plus dans le deſſein de de faire quelque entrepriſe conſidérable fur les François en Catalogne , pour faire oublier au Peuple de Madrid les Conquestes du Roy en Flan- dre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en
130 LE MERCURE pofte de Sarragofſe où il eſtoit,
d'aller à Barcelone , d'y arrê- ter fix Vaiſſeaux chargez de Troupes pour la Sicile , &de les faire ſervir en Catalogne.
Douze cens Fantaſſins levez
dans le Royaume de Grenade ,
arriverent en mefme temps à
Barcelone.Le Mestre de Camp
de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres;
&d'autres levées faites dans le
meſme Royaume &dansl'Andaloufie , les joignirent pref- que auffitoft . Le Comte de Monterey eſtant arrivé dans l'Armée qu'ildevoit comman- der , Monfieur le Marefchal
Duc de Navailles &luy s'en- voyerent faire de grandes ci- vilitez , & fe firent dire qu'ils ſe verroient. Ce Comte voufut paroiſtre le plus civil. Il fit
GALANT. 131
- avancer ſes Troupes , & mar- cha du coſté de Saint Pierre
Peſcador , où Monfieurde Navailles eſtoit poſté. Ce Duc eſtant bien aiſe de ſuy épar- gner la moitié du chemin , en- voya huit cens Chevaux pour reconnoiſtre les Ennemis , &
ces huit cens Chevaux enleverent leur grande Garde.
Deux jours apres , le Comte deMontereyvoulant paſſer un Défilé à la veuë de noſtre Armée , Monfieur de Navailles
le fit charger , &le contraignit deſe retirer en deſordre apres
une Efcarmouche de trois
2
heures , où les Eſpagnols per- dirent beaucoup de monde.
Quelque temps aprés , Mon- fieur le Duc de Navailles
ayant eu avis que le Comte de Monterey avoit comman
132 LE MERCVRE
de huit cens Miquelets avec un Détachement de Cavalerie , pour nous ofter la com- munication avec le Lampour- dan , il envoya quelques trou- pes ſous Mº de la Rablie- re , Marefchal de Camp , qui les défit. On tua les deux
Commandans, & on prit deux autres Officiers. Voilà toute la
Campagne en peu de mots juſqu'au jour delagrandeDé- faite des Ennemis dont vous
avez entendu parler , & que je vay vous apprendre , avec des particularitez que vous n'avez aſſurément point veuës enſemble. Vous treblez peut- eftre déja que je ne vous aille faire une longue Relation, que
je ne vous accable d'une infi nité de termes de Guerre , &
que je ne vous nomme tous
GALANT. 133 les Villages par où l'on a paſſé,
&tous les poſtes qu'on a oc- cupez. Rafſurez-vous , Madame , je ne vous parleray de la Guerrequed'une maniere qui n'aura rien d'ennuyeux pour vous , & qui fera tres- intelli- gible aux Dames à qui vous faites partde mes Lettres.C'eſt pour elles particulierement que j'écris , & je ne feray ce Recit que comme vousle fe- ON
riez vous-mefme. S'il n'a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez , il aura du moins le charme de la brié
veté. Fiez - vous en moy , je vous prie , & hazardez - vous fur ma parole à lire ce que je vous envoye. Nous étionsen- trez en Catalogne malgré les grandes forces que les Enne- mis y avoient ; nous avions
134 LE MERCVRE
د
fait chez eux tous les dégaſts imaginables , confommé leurs Fourages , enlevé leurs Bef- tiaux & donné en meſme
temps aux Noftres le moyen de faire paiſiblement leur ré- colte dans le Rouffillon ; mais
nous n'avions pû entrer dans le Païs Ennemy , que par des paſſages étroits qui font entre les Montagnes , & queles Ef- pagnols pouvoient aiſement occuper pour nous empeſcher le retour. En effet ils s'étoient
déja ſaiſis de quelques-uns en intention de nous attaquer.
Nos Troupes leur cedoient en nombre. Il eſtoit queſtion de fortir des Montsoù nous nous
eftions engagez, & ce fut dans cette difficulté qu'éclata la prudence & la conduite de
Monfieurle Ducde Navailles.
Il
GALANT. 135 Il envoya ſes ordres à M le Chevalier d'Aubeterre , Gouverneur de Collioure,&Lieu
tenant Generaldes Arméesdu
Roy, de ſe rendre maître d'un Paſſage appellé le Col de Ba- gnols, qu'il ſçavoit qu'on avoit deſſein de luy fermer. M le Chevalier d'Aubeterre partie environ àminuit , avec undé
tachement de ſa Garniſon &
- des Milices du Païs. Il trouva
queles Ennemis avoient occu- -pé des Hauteurs &des Ro- chers eſcarpez. Il les en chaf- ſa avec une vigueur incroya- ble, &fit fuïrdeux Bataillons
qui venoient à leur ſecours.
Le chemin eſtantouvert,MonſieurdeNavailles commença à
faire marcher dés ce jour-là.
Les Ennemis vinrent camper àla portée de noſtre Canon;
D
S
S
Tome VI. M
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136 LE MERCURE il y eut quelques eſcarmou- ches, &on les recommença le lendemain. Les Eſpagnols en Bataille voulurent gagner une Montagne fort haute, mais on les en empefcha. Cétobſtacle rompit leurs meſures , & nous occupâmes une Hauteur qui nous ofta tout lieu de rien
craindre d'eux. On demeura
trois jours en preſence,&pen- dant tout ce temps on ne fit que des eſcarmouches. On chargea trois EſcadronsEnne-- mis qui avoient paſſé une Ri- viere, &qui estoient foûtenus de ſept Regimens d'Infante- rie. L'avantage nous demeura,
avec perte pour les Eſpagnols de plus de ſept cens Hommes,
qui furent ou tuez ,
prifonniers , ou mis hors de
ou faits
combat. Nôtre General n'ayat
GALANT. 137
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S
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plus rien à faire dans le Païs ,
fongea à s'en retirer , & fit marcher les premiers Bagages.
Cette marche fut dérobée à la
connoiſſance des Ennemis
auffi-bien que celle de toute l'Armée qui commença à dé- filer àminuit.Lors que le Com- te de Monterey en fut averty,
cette nouvelle le mit au deſefpoir , & il marcha avec tant de précipitation , qu'il joignit noſtre Arrieregarde. Monfieur de Navailles avec une adreffe
& une prudence admirable ,
trouva moyen de faire avan- cer encor noftre Armée ce
qui fit perdre haleine aux En- nemis qui nous pourſuivoient.
Les Eſpagnols ayans plus de
,
Troupes eftant compoſées de
S Troupes que nous ,
& ces
1
toute la Nobleſſe de leurs
Mij
138 LE MERCURE Royaumes, ſe répondoient tel- lementde la Victoire,que dans l'impatience de combattre, ils vinrentenfin àboutd'attacher
l'eſcarmouche , ce qu'ils firent avec une impétuoſité qui ſe peut àpeine concevoir. Ils oc- cuperent des Hauteurs; mais les Noſtres aprés les en avoir chaſſez en gagnerent d'autres,
& conferverent fi bien cét
avantage pendattoute la jour- née, qu'ils donnerentlieu aux Bagages d'avancer beaucoup,
&de ſe mettre en ſeureté. M
de Navailles ne craignant plus rien , & ayant fait voir au Comte de Monterey qu'il en fçavoit plus que luy , mit ſon Armée en bataille dans le lieu
qu'il jugea le plus avantageux,
&fit pofter fon Canonde for- te qu'il fut tres-bien fervy , &
GALANT. 139
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incommoda fort les Ennemis.
Noftre General voulut encor
gagnerune Hauteur, &ce qui paroift incroyable , nos Trou- pes qui devoient eſtre fati- guées de tant de mouvemens,
ypaſſerent avec diligence &
fans aucune confufion , parun effet des ordres que Monfieur ☐ de Navailles donnoit avecune application & une prefence d'eſpritqui n'avoient rien d'égal que fon courage. Il animoit tous les Officiers à bien faire ;
& les Soldats encouragez par fon exemple &parſes paroles,
réſolurentde périr plûtoſt que d'abandoner ce dernierPofte.
Les Ennemis vinrent aufſi- toft
ànous en tres-bon ordre , &
le Combat s'engagea. On tira pendant trois heuresde la ſeu le longueur de deux Piques ,
Miij
140 LE MERCURE Bataillons contre Bataillons , la
Cavalerie de part & d'autre eſtant derriere l'Infanterie..
Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement , & on ne les pût obliger à reculer d'un ſeul pas. La Cavalerie quenous avionsſur l'aifle gau- che fit des merveilles : Elle
monta fur une Hauteur pref- que inacceffible , & en chaffa lesEnnemis. Celle de ladroite alla pluſieurs fois à la char- ge , & en tua grand nom.
bre. L'Occafion dura cinq heures & demie , &fe termina avec beaucoup de gloire pour le Roy. Les Eſpagnolsy
ont perdu plus de deux mille Hommes. On leur a entierement défait les Regimensd'Ar--
ragon, de Medina Sidonia , &
deMonteleone. TouslesOffi-
GALANT.: 141 ciers de ces trois Regimens ont eſté tuez , bleffez , ou faits
prifonniers. On a fort mal trai- té ceux de Grenade & de la
Cofte , & il y a eu un tres- grand nombre de prifonniers,
entre leſquels ſont plufieurs Perſonnes de qualité , dont quelques-uns, comme le Com- te de la Fuente, le Vicomte de S.George,& le Colonel Heffe,
✓ font morts de leurs bleſſures..
Cette Action eſt d'autant plus
glorieuſe, qu'on a batu les Ennemisdans leur Païs, quoyque plus forts, qu'ony eft demeuré maître du Champ de Bataille,
qu'on leur a pris des Dra peaux ,&tout cela en ſe reti rant ; ce qui eſt une circon - ſtance remarquable : car les
Retraites font ordinairement
- dangereuses , & on y est rar
142 LE MERCURE
rement attaqué qu'on ne ſoit batu. Les Eſpagnols n'ont rien entrepris depuis ce temps-là ,
& voilà à quoy ont abouty tous ces grands Armemens, &
toutes ces Levées, qui avoient épuiſé leurs RoyaumesdeGre- nade &d'Andaloufie. Jevous
ay tenu parole , Madame. Ce Récit n'eſt embaraſſe d'aucuns'
Noms de Paſſages,&je ne l'ay pas meſme voulu charger de ceux de nos Officiers qui ſe font fait remarquer , afin de vous en laiſſer plus aiſement fuivre le fil . Cela ne me doit
pas empeſcher de leur rendre preſentement juſtice; & pour faire honneur aux Etrangers ,
je vous diray d'abord que les Suiffes & les Allemands ne
donnerent quartier à perſon- ne , fur ce qu'un Trompette
GALANT. 143 des Ennemis vint declarer -qu'ils n'en feroient point aux Etrangers. Si les François euf- ſent ſuivy cet exemple , il ne ſeroit guere demeuré d'Eſpa- gnols.
Les Regimens de Sault, de Furſtemberg , de Navailles ,
d'Erlac , de Gaſſion , de la Rabliere , de Lanſon , de Lebret ,
&de Villeneuve , ſe ſont dif
tinguez , aufli bien que les Dragons., que rien n'a efte ca- pable d'ébranler. Jamais onn'a fi genéralement bien faitdans aucun Combat. Onn'a pas re- marqué un feul Soldat qui ait reculé,&on ne ſçait qui loüer,
particulierement des Officiers,
parce qu'ils meritent tous d'égales loüanges.
*
Monfieur le Mareſchal Duc
de Navailles diviſa ſes Trou-
144 LE MERCURE
pes enpluſieurs Corps,&quoy qu'il fuſt par tout, il ne laiſſa pas de ſe mettre à la teſte d'un de
ces Corps qu'il avoit fi judi- cieuſement diviſez. Mr de la
Rabliere Mareſchal de Camp,
eſtoit à la teſte d'un autre , &
monta fur une Hauteur où il
batit les Ennemis. Mrde Gafſion Lieutenant General , pаreillementàla teſte d'un Corps,
occupa une autre Hauteur ; &
Mr Chevreau Brigadier deCa- valerie , ſe ſignala à la teſte du quatrième Corps. Mr du Sauf- fay donna beaucoup de mar- *ques de cœur & de conduite
en cette occaſion; il commandoit la Cavalerie. M² le Marquis d'Apremont Mareſchalde Camp, y fit des merveilles. II eſtoit par tout. Ce fut luy qui foûtint les premiers efforts des
GALANT. 145
Ennemis , & qui commença à
leur faire connoiſtre qu'ils s'é- toient trompez quand ils s'é- toient voulu répondre ſi fortement de la Victoire. La con- duite des Bagages fut donnée à Mr d'Urban Brigadier d'In- fanterie. Il les mit en ſeûreté,
&revint en ſuite prendre part à la gloire de cette fameuſe journée. M' le Marquis de Villeneuve , Colonel de Cavalerie , après avoir foûtenu les efforts des Ennemis , les chargea vigoureuſement. M le Che- valier de Ganges fit des choſes
ſurprenantes , & forma des Eſcadrons , malgré tout le feu des Ennemis. Mr le Marquis
de Navailles ſervit de Briga- dier en la place de M de S. André , qui avoit eſté envoyé
depuis deux jours à Bellegarde.
146 LE MERCURE 1
Ce Marquis agit avec autant de prudence que de courage.
Il mena les Bataillons à la
Charge , & fe montradigne du Sang dont il fort. M. des
Fontaines Lieutenant d'Artillerie , fit tout ce qu'on pou- voit attendre de luy. Son Ca- non fut bien ſervy, & fi à pro- pos , que les Ennemis en fou- frirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avanta- geufement de Meſſieurs de la
Rabliere & deGaffion , qu'on ne leur peut donner trop de loüanges, non--plus qu'àMon- fieur le Chevalier d'Aubeterre , qui ayant apporté une vi- gilance incroyable à ſe faifir du Col de Bagnols avant le Combat, montra une vigueur extraordinaire à chaffer les
Ennemis qui avoient occupé les
GALANT. 147
les Hauteurs des environs de
ce Paſſage, quoy qu'ils fuſſent beaucoup mieux poftez & en plus grand nombre. Monfieur de Raiſon , Capitaine au Regi- ment de Sault ,& un petit Corps de Suiffes , executerent
tres-bien ſes ordres, Monfieur
le Camus deBeaulicu , Intendant General de tout le Païs,
donna les ſiens fort à propos.
Il avoit receu une Lettre en
chifre de Monfieur le Duc de
Navailles pour faire marcher toute la Milice du Païs avec
M' le Chevalier d'Aubeterre,
& pour tenir preſtes les Munir)
tions de guerre & de bouche,
& il prit ſoin de tout avecune diligence & une ponctualité qui nepeuvent etre allezoſti mées. Il chargea Monfieur He ron, Commiſſaire ordinaire des
Tome VI. N
148 LE MERCVRE Guerres , & des Convois tant
par terre que par Mer, de l'e- xecution'de beaucoup de cho- ſes dont il s'acquita tres-fide- lement. Il ne me reſte plus qu'à vous dire les noms des Morts&des Bleſſez , tant d'actions vigoureuſes n'ayant pû fe faire ſans qu'il nous en ait couſté quelque choſe.
Capitaines tuez.
M.Choueraſqui, м. le Chevalier du Cros, M.Duran.
Capitaines bleſſez.
Mrs Praflon , Davénes, Bardonanche, Maurniay, De Tu- bas , Revellas , Tronc , Romp,
Geſſeret,Bandron,Quantagril,
Guaſque, Saint Géniez , La- barte, Sainte-Coulombe, Lan- glade, Barriere, Brouffan,Cha- tonville Vulaine M. le Marquis deVilleneu
GALANT. 149
ve Colonel de Cavalerie , &
M.de Conflans Major du Re- gimentde laRabliere, ont auffi efté bleſſez .
a
Je ne vous parle point des Eſpagnols morts oubleſſez. Ce font noms qui vous font en tierement inconnus , &d'ailleurs le nombre eneſt ſi grand,
qu'ils ne pourroient que vous ennuyer. Le ComtedeMonterey envoyé demander le Corps du Comtede la Fuente par un Trompete , & dire à
Monfieur de Navailles qu'il avoit eſté plus heureux que luy. Ce Trompete le pria en meſme temps de ſa part d'a- voir ſoin de la Nobleſſe d'ef
pagne qu'il avoit entre ſes mains.
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Résumé : Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Les Espagnols préparèrent une diversion en Catalogne pour compenser les conquêtes françaises en Flandre. Ils levèrent des troupes dans diverses provinces et nommèrent le Comte de Monterey vice-roi de Catalogne et général de l'armée. Les préparatifs incluaient l'arrivée de vaisseaux chargés de troupes à Barcelone et des renforts de régions comme Grenade et Valence. Le Comte de Monterey reçut l'ordre de se rendre à Barcelone et de préparer des troupes pour la Sicile. Il marcha vers Saint-Pierre-Pescador où le Duc de Navailles était posté. Après une escarmouche, les Espagnols furent contraints de se retirer en désordre. Plus tard, le Duc de Navailles envoya des troupes pour défaire un détachement espagnol près du Lampourdan. Les Français, malgré les forces espagnoles, réussirent à faire des dégâts en Catalogne et à sécuriser les récoltes dans le Roussillon. Cependant, ils étaient limités par des passages étroits entre les montagnes. Le Duc de Navailles envoya le Chevalier d'Aubeterre sécuriser le Col de Bagnols, permettant ainsi aux troupes françaises de progresser. Lors de plusieurs escarmouches, les Espagnols, bien que plus nombreux, furent repoussés. Le Duc de Navailles réussit à retirer ses troupes en sécurité malgré la poursuite des Espagnols. La bataille finale dura cinq heures et demie, se terminant par une victoire française. Les Espagnols perdirent plus de deux mille hommes et plusieurs régiments furent détruits. Les régiments français, notamment ceux de Sault, Furstemberg, et Navailles, se distinguèrent par leur bravoure. Le Duc de Navailles et plusieurs autres officiers reçurent des éloges pour leur conduite et leur courage. Après cette défaite, les Espagnols n'entreprirent plus aucune action militaire significative. Le texte mentionne également les capitaines tués et blessés lors des actions militaires, ainsi que la demande du Comte de Monterey pour le corps du Comte de la Fuente, soulignant la supériorité militaire du Duc de Navailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 245-265
Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Début :
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Chevaux, Maréchal de Créquy, Prince Charles, Canon, Gardes, Gazette de Hollande, Camp, Combattre
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de cesArmées, tout a confifté en
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
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Résumé : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Le texte relate les mouvements et les actions des armées commandées par le maréchal de Créquy et le prince Charles. Le maréchal de Créquy a démontré une vigilance et une prévoyance remarquables, perturbant constamment les plans du prince Charles. À la fin du mois d'août, le prince Charles n'avait pas encore accompli d'action significative, malgré quelques escarmouches où les forces françaises ont toujours eu l'avantage. Un événement notable est la capture du comte de Stirum, un officier estimé dans l'armée du prince Charles, par le capitaine de la Chapelle. De plus, l'officier Langlade a montré son intrépidité en infiltrant le camp ennemi pour voler des chevaux. L'ardeur des soldats français est telle que le maréchal de Créquy doit souvent intervenir pour les retenir. Lors d'une reconnaissance du camp ennemi, les forces françaises ont repoussé les assaillants jusqu'aux escadrons des généraux ennemis. Le duc de Vendôme a combattu avec une vigueur incroyable, et plusieurs officiers, comme le comte de Broille et le marquis de Bouflairs, se sont distingués. Le marquis de Riveroles, malgré la perte de sa jambe de bois et de son cheval, a continué à combattre. Les ennemis, après avoir quitté Gendrecour, ont trouvé le maréchal de Créquy campé à proximité, ce qui a conduit à des affrontements prolongés. Les gardes du corps français ont repoussé les ennemis, tuant et capturant plusieurs d'entre eux. Le maréchal de Créquy a également envoyé un présent au marquis de Grana, un officier ennemi, en échange de chevaux précédemment reçus. Les ennemis, après avoir occupé Mousson, n'y ont trouvé aucun avantage, car le maréchal de Schomberg avait prévu leur mouvement et évacué les habitants. Le prince Charles, face à l'approche de l'armée française, a dû se retirer, laissant derrière lui des troupes en mauvais état et des fortifications inutiles. Les forces françaises ont continué à harceler les ennemis, capturant des prisonniers et causant des dommages significatifs. Le texte se conclut par une relation fidèle des mouvements de l'armée du prince Charles et mentionne un présent envoyé par le marquis de Grana au chevalier de Breteuil. Le texte présente également une description d'une famille noble, soulignant que ses membres appartiennent à une des meilleures familles de la Robe, c'est-à-dire à une famille de magistrats ou de juristes. Le père de ces messieurs a occupé le poste de Contrôleur des Finances et a ensuite progressé à travers divers emplois dignes de ses compétences, ce qui lui a permis d'accéder au rang de Conseiller d'État.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 253-274
Suite des Nouvelles de la Guerre. [titre d'après la table]
Début :
Je reprens la Levée du Siege de Charleroy, dont j'ay [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Charleroi, Prince d'Orange, Billet, Marquis de Montal, Duc de Villa-Hermosa, Campagne, Gand, Armée, Comte de Soissons, Hommes, Canon, Lieutenant, Place, Régiment, Chevaux
8
p. 276-305
Siege & Prise de S. Guilain. [titre d'après la table]
Début :
A peine eut-on apporté la nouvelle de Friboug rendu, [...]
Mots clefs :
Gardes, Attaque, Place, Ennemis, Troupes, Régiment, Canon, Maréchal d'Humières, Allemagne, Siège, Mr de S. Pouange, Tranchée, Navarre, Ville, Bataillon
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texteReconnaissance textuelle : Siege & Prise de S. Guilain. [titre d'après la table]
A peine eut-on apporté la nouvelle de Fribourg rendu ,
qu'elle fit méditer une autre Conqueſte. M. de S. Poüange partit en poſte de la Cour pour porter les ordres du Roy , faire préparer toutes chofes , &pref.
ſer l'execution de cequ'on avoit réſolu. Son ardeur pour le fer- vice de Sa Majesté eſt connuë,
& le zele qu'il fit voir pour la gloire de ſes armes à la Bataille de Caffel , fut fi grand , qu'il chargea luy-meſme les Enne- mis l'Epée à la main , quoy que fon Employl'en duſt diſpenſer.
Son départ fit faire de grands raiſonnemens , mais perſonne n'en devina le veritable ſujet,
&pluſieurs meſme crûment qu'il eſtoit envoyé en Allemagne.
Peu de jours apres nosTroupes deFlandre firent quelquesmou
190 LE MERCVRE
vemens. Elles inquiéterent les Ennemis , qui furent bientoft perfuadez qu'on alloit affieger Ypres , & c'eſtoit ce que l'on vouloit qu'ils crûffent. Cepen- dant S. Guilain ſe trouva inveſty , & le Gouverneur ne l'apprit qu'en le voyant. Le nombre des Troupes augmenta
en peude temps, & il y eut de- vant cette Place juſques à cent Eſcadrons , & quarante Bataillons qui ne demandoient qu'à combatre , & qui avoient meſme témoigné ſouhaiter qu'on fiſt un Siege , parce qu'ils commençoient à s'ennuyer dans leurs Garnifſons. Comme ils
avoient eſté tirez des Places des
environs , on nomma pour Of- ficiers Generaux les Gouverneurs de ces meſmes Places , à
cauſe de la facilité que chacun
GALAN T. 191
d'eux pouvoit avoirà faire venir defonGouvernementtoutes les
choſes neceſſaires pendant le Siege ; auſſi n'y manqua-t-on de rien. Toutes les Troupes fu- rent auſſi -bien nourries,& auffi
bien chaufées , qu'elles auroient pû l'eſtre dans leurs Quartiers d'Hyver , & on ne peut trop donner de loüanges aux Gou- verneurs pour les foins qu'ils ont eu de leur faire fournir tout
ce que la mauvaiſe Saifon de- mandoit qu'on leur donnaſt au delà de ce qu'elles avoient ac- coûtumé d'avoir dans le temps ordinaire de la Campagne.
Vous ne devez point vous éton- ner apres cela , Madame , fi on s'eſt rendu Maiſtre de S. Guilain, quoyque ce ſoit une Place qu'on n'euſt jamais crû de voir eſtre aſſiegée dans l'Hyver à
192 LE MERCVRE
cauſe des eaux qui l'environ- nent. C'eſt ce qui ne paroiſſoit pas vray - ſemblable ; mais les François prennent fans mena- cer ,au lieu que les Ennemis
menacent &ne viennent àbout
de rien ; &il eſt ſi vray que nos entrepriſes réüſſiſſent toûjours,
&mefme en fort peu de temps,
que je ne vous écris jamais le Siege d'une Place , que dans la
meſme Lettre je ne vous en marque la priſe ; mais il faut que je vous avoue queje man- que d'expreſſions pour parler,
comme il faudroit de la merveilleuſe conduite de la France.
Tous les termes ſont épuiſez ,
toutes les loüanges ſont uſées,
& cependant les reſſorts qui
font tout mouvoir , ne le font
pas : Au contraire , nous les
voyons tous les jours agir avec plus
GALANT. 193
plus de force , &cette derniere
Conqueſte en eſt une preuve.
Pour vous en informer plus par- ticulierement , il faut vous dire
que S. Guilain eſt une petite Ville du Hainault,à laquelle un Abbéqui vivoitvers leſeptieme Siecle , a donné ſon nom. Elle n'eſt qu'à une bonne lieuë de
Mons , ſur la Riviere de Haine.
Meſſieurs de Turenne & de la
Ferté , la prirent en 1635. en meſme temps que Condé, apres qu'on ſe fut rendu maiſtre de Landrecies. L'année ſuivante,
le Siege de Valenciennes eſtant levé , & Condé repris par les Eſpagnols, elle fut afſiegée pen- dant que M. de Turenne eſtoit devant laCapelle ; mais comme cette derniere Place reſiſta peu,
M. de Turenne eut le temps d'aller traverſer les Ennemis à
Tome X. I
194 LE MERCVRE
S. Guilain. Ils leverent le Siege fans l'attendre , & l'ayant for- médenouveau au mois de Mars
de l'année 1657. ils en vinrent à
bout parla trahiſon de quelques Etrangers qui leur livrerent les Dehors qu'ils gardoient.Quand à ce qui regarde la force de la Place , elle est environnée de
Marais. La Riviere de Haine
qui paſſe au milieu , ſe ſepare en trois bras dans la Ville, & fe
rejoint en deux pour en fortir.
Elle eſt defenduë par trois Fof- ſez pleins d'eau , par un Ou- vrage appellé le Pâté , qui eſt une eſpece de Boulevart , par
un autre Ouvrage à corne, une Demy-Lune , & pluſieurs Re- doutes , dont quelques - unes font entourées d'eau. Il me
reſte à vous apprendre les noms detous les Officiers Generaux
GALANT. 195
qui ont eu la conduite de ce Siege ſous M. le Mareſchal de
Humieres. Les Lieutenans Generaux furent M. de Nancre
Gouverneur d'Ath , & M. le
Comte Bardi - Magaloti , Gou- verneur de Valenciennes. On
choiſit pour Mareſchaux de Camp M. de Pertuis Gouverneur de Courtray , M. du Ran- ché Gouverneur du Queſnoy,
M.de SainfandouxGouverneur
de Tournay, m.le Chevalier de Tilladet , м. le Baron de Quinсу , м. de Cezan Gouverneur deCambray, & M.de Rubantel Capitaine au Regiment des Gardes. Mrs de Vauban & du
mez, qui ont la meſme qualité,
furent commandez pour la con- duite des Travaux &de l'Artillerie , & l'on peut juger par lå que le ſuccésde ces deux choIij
196 LE MERCVRE
ſes eſtoit infaillible. Les Briga- diers qui ont ſervy à ce Siege ;
font M. d'Aubarede Meſtre de
Camp du Regiment des Vaif- ſeaux , M. de S. George Meſtre deCamp du Regiment du Roy,
M. le Chevalier de Souvray
Lieutenant Colonel de Navarre , & M. Chimene. M. de Momont y a fait les fonctions de Major General. Un Siege en- trepris apres de ſi juſtes meſu- res , & qui devoit eſtre pouffé par tant de Braves , ne pouvoit manquer de réüffir. C'eſt ce qui a fait dire à un bel Eſprit de Lile , en s'adreſſant aux Ennemis ,
Espagnols, Hollandois, courez à Saint
Guilain ,
Malgréles Elemensd'Humieres le va
prendre ,
Etl'onne croitpasquedemain
GALANT.: 197 LaPlacepuiſſe ſe défendre.
Dépeſchez, &venez au moins Voirdeplus prés une Victoire Que vous auriez peut - estre peine à
croire ,
:
ON
Si vous n'en eſtiez les Témoins.YOM
Ils ont ſuivy ce confeil , &fem- blent n'eſtre venus fort pres de S. Guilain que pour en appren- dre plûtoſt la priſe. Voicy par ordre ce qui s'eſt paſſé au Siege de cette Place.
J Monfieur le mareſchal de
Humieres partit de Lile le 30.
de Novembre , avec м. lе маг- quis de Humieres ſon Fils , &
M. le Baron de Quincy. Il eſtoit accompagné delept Eſca- drons de Cavalerie , & fuiuy de M. de Sainfandoux , avec les
Troupes qui venoient du coſté de la Lys. Il arriva le premier de Decembre devant S. GuilI iij
198 LE MERCVRE
lain , à la pointedujour. Mude Nancré, deMagaloti , leChe- valier de Tilladet , du Ranché,
&de S. Riche , s'y trouverent enmeſme temps, ſuivant les or- dres qui leur avoient eſté en- voyez le jour précedent. Ils conduiſoient la Cavalerie,& les
Dragons d'Ath , Condé , Va- lenciennes , Doüay , S. Amant,
Orchies , Marchiennes , Bou- chain , &du Queſnoy , le tour au nombre de cinquante Eſca- drons. Deux Pieces de Canon
arriverent le meſme jour , &fu- rent menées à un Moulin pro- che la Redoute de Baudours.
Deux cens Dragons des Regi- mens Dauphin & Fimarcon ,
avec cinquante Mouſquetaires de la Garniſon d'Ath , l'attaquerent à l'entrée de la nuit.
Elle estoit gardée par cinquante
GALANT. 199
Hommes , qui l'abandonnerent apres avoir tiré cinquante ou ſoixante coups. Nos Gens les pourſuivirent,&en prirent dixhuitouvingt.
La Circonvalation fut reglée le lendemain , & l'Infanterie
qui devoit faire le Siege arriva au Camp. On ordonna trois Attaques. La premiere fut celle des Gardes. Elle devoit empor- ter une grande Redoute envi- ronnée de Foffez remplis d'eau,
avant que d'aprocher du Corps de la Place. Il faloit en fuite
arracher des Paliſſades qui de- fendoient le Pâté. Il ne pouvoit eſtre pris qu'en paſſant par def- fus une Digue fort étroite , &
fur laquelle on ne pouvoit aller qu'un àun.
La ſeconde Attaque , appel- lée celle de Navarre, avoit deux
I iiij
200 LE MERCVRE
grandes Redoutes à prendre ,
avec de grands Foffez pleins
d'eau.
L'Attaque de Boſſu eſtoit la troiſieme , & il faloit qu'elle gagnaſt un Ouvrage à corne ,
&une Demy-Lune , avantque d'arriver au Corps de la Place.
Le 4. on ouvrit la Tranchée
à ces trois Attaques. Onavança beaucoup le travail , principale- mentà celles de M du Ranché
& de S. George. M. le Maref- chal deHumieres demeura juf- ques àune heure apres minuit à
les viſiter continuellement depuis la teſte juſques à la queuë.
Les deux premiers Bataillons
des Gardes , de Navarre , & un du Royal , monterent la Garde,
& furent relevez le lendemain
par autant de Bataillons des meſmes Corps. Les Ennemis ne
GALANT.
:
201
tirerent que trois coups de Mouſquet , & un de Canon.
Le noſtre leur répondit le 6. au matin avec une Baterie de fix
Pieces.
une
Le 7. apres midy , on prit à.
l'Attaque de Navarre ,
grande Redoute qui n'eſtoit qu'à quarante pasdu Pâté. Elle eſtoit gardée par trois cens Hommes , qui ſe défendirent avec beaucoup de vigueur,mais ce ne fut que pour augmenter la gloire de Monfieur le Comte de Soiffons , qui s'expoſa tout- à- fait à cette Attaque,où il alla l'Epée à la main. Son Lieute.- nant Colonel eut le bras caffé,
celuy du Regiment du Pleſſis y
fut tué , & M. d'Aubarede dangereuſement bleſſe d'un coup de Mouſquet à la teſte.
Le 8. au foir , M. de SainfanIv
202 LE MERCVRE
doux monta laTranchée àl'Attaque des Gardes , avec le Re- giment de Rouffillon ; Mrs de Cezan & de Villechauve , à
celle de Navarre , avec le Regiment de Humieres ; &M.du Ranché , avec M. de Chimene,
à celle de Boſſu, avec le Regi- ment de Conty. On s'établit pendant la nuit à celle de Na- varre, dans les Logemens qu'on avoit faits. A celle de Boffu,
on paſſa l'Avant-foſſé de l'Ou- vrage à corne , & l'on y fit un Logement ſur le glacis. On dreſſa la meſme nuit une Baterie
de fixPieces,qui tiradésle point du jour ; &l'on augmenta celle de Navarre juſques au nombre de neuf ; de maniere que ces deux Bateries qui voyoient le Pâte à revers , incommoderent
fort chacunedeſon coſté.
GALANT. 203 Le 9. apres midy , fur l'avis que M. le mareſchal de Humieres eut que les Ennemis s'a- vançoient , & qu'ils n'eſtoient qu'à trois petites lieuës de mons,
il alla choiſir un Camp pour al- ler audevantd'eux,&leur donner Bataille , s'ils oſoient combatre. Il refolut en ſuite l'Attaque generale des Dehors ; &
comme lesglaces ne ſe trouve- rent pas affez fortes pour porter lesGardes qui devoient inſulter le Pâté , ils paſſerent un à un avec leur intrepidité ordinaire,
fur la Digue qui conduit à cet Ouvrage ; puis ils ſe raffem- blerent pour donner tous en... femble à l heure de l'Attaque.
Elle commença à une heure apres minuit. Huit coups de Canon enfurent le ſignal.Tou- tes nos Troupes firent égale Ivj
104 LE MERCVRE ment bien ; il eſtoit neceffaire
qu'elles montraſſent de la vi- gueur pour forcer la reſiſtance
desEnnemis qui fut tres-grande dans tous les endroits qu'on at- taqua. On ne peut voir un plus grand feu de Grenades & de Mouſqueterie que celuy qu'ef- ſuyerent nos Gens pendanttrois heures. M. le Chevalier de Tilladet commandoit l'Attaque de
Navarre , & ſe rendit maiſtre
de tous les Ouvrages juſques à
la muraille de la Ville. Les
deux Bataillons de Bourgogne y eſtoientde garde , avec M. le Chevalier de Souvray , qui s'y eſt particulierement diftingué.
On y avoit auffi envoyé les Compagnies des Grenadiers de Humieres , Navarre , & Languedoc. L'Attaque des Gardes eut tout le ſuccès qu'on pou-
GALANT. 205 voit defirer. M. de Rubantel y
ſervoit de mareſchal de Camp,
&M. de S. Germain de la Breteche y commandoit trois cens Hommes détachez du Regiment des Gardes , avec leſquels
il chaſſa les Ennemis des Ouvrages qui regardent le Baſtion de Horn , juſques à l'Attaque
deNavarre, où il joignit le Re- giment de Bourgogne. Les deux Bataillons des Fuziliers ,
&un de Stoup , eſtoient de garde à l'Attaque de Boffu.
м. de Quincy mareſchal de
Camp , y commandoit , ayant ſous luy M. de Chimene Bri- gadier. Les Troupes de cette Attaque , avec les Grenadiers de la Reyne qui avoient à leur
teſte M. Paſſillon 1un de leurs,
Capitaines, ſe mirent dans l'eau glacée juſques à la ceinture ,
206 LE MERCVRE
& ayant paſſe l'Avant - Foffé de l'Ouvrage à corne , empor- terent cet Ouvrage avec une Demy- Lune. C'eſtoit tout ce qu'on leur avoit donné ordre d'attaquer. Trois cens Dra- gons commandez par M. de Fimarcon , firent une fauffe
Attaque à la Digue de Bo- dours. Ils prirent quatre-vingts fix Soldats , & deux Officiers.
M. de Sainfandoux voulut ſe
charger de cette Attaque, quoy
qu'il ne fuſt pas de jour. On auroit entré dans la Ville , ſi on avoit eu les choſes neceſſaires
pour en rompre la Porte , ou des Echelles pour monter.
Apres la priſe du Pâté , les TTroupes des deux autres Atta- ques ſe joignirent , & il en couſta aux Ennemis quatre Pie- ces de Canon qui estoient au
GALANT. 207 bout de leur Pont- Levis , & tiroient par des embraſures. Ces meſmes Troupes apres avoir fait des Retranchemens avec
desGabions , tournerent contre
la Porte de la Ville les quatre Pieces de Canon qu'elles ve- noient de gagner. Il y en avoit encor trois autres en état de
foudroyer les Affiegez; & tout eſtant preparé pour donner un Affaut general la nuit du dix au onze , le Gouverneur qui le ſçeut fit battre la Chamade à
deux heures apres midy. M. le Mareſchal ſe rendit à l'inſtant
meſme à la Thanchée , où il
trouva les Oftages qu'on luy amenoit. Il convint avec eux
qu'ils luy remettroient une des
Portes de la Ville , où il fit entrer auffi-toſt un Bataillon des
Gardes Françoiſes , & un des
208 LE MERCVRE
Gardes Suiſſes. La Garnison
de plus de mille Hommes for- tit le onzième au matin , avec
Armes &Bagages , &une Piece de Canon , pour aller à Bru- xelles , eſcortée par quatre- vingts Maiſtres des Troupesdu Royquidevoient revenir àAth.
Les Ennemis eſtoient arrivez
le 10. au ſoir à Mons , où ils
avoient fait tous les préparatifs.
neceſſaires pour le ſecours de la Place. Ils ne manquoient pas de Troupes , mais l'importance eſtant de choiſir un Chef, tous
ceux qui pouvoient en efperer le Commandement , avoient
long-temps conferé enſemble pour voir fur qui on trouvoit à
propos qu'on le fiſt tomber.
Monfieur le Mareſchal de
Humieres a paru infatigable pendant ce Siege ; on ne ſcau-
GALAN T. 209
roit exprimer ſa vigilance ; a
paffé les nuits entieres ou à la Tranchée, ou à visiter les Poſtes,
ou au Bioüac , & preſque tous les jours à cheval. Il ſembloit auffi que les Troupes fufſent animées par ſon exemple. La rigueur du temps n'a pû les re- froidir un moment , & on a
trouvé la meſme facilité à leur
faire faire toutes choſes qu'on auroit euëdans le Mois de Juin.
M. le Prince d'Iſenghien ayant eſté averty de ce Siege , prit auffi- toft la Poſte pour y aller joindre M. le marefchal deHu- mieres fon Beaupere , &donna des preuves de fon courage avec le marquis de ce nom fon Beau- frere. Comme l'impatience des François eft grande , fur tout quand il faut courir à la gloire,
des que M. le marquis de Na
210 LE MERCVRE
vailles eut appris qu'il y avoit une Place afſiegée , il s'y rendit auſſi-toſt en poſte , &fervit dés le ſoir meſme en qualité de Vo- lontaire. Il monta la Tranchée
avec le ſecond Bataillon des
Gardes ,&il continua à faire la
meſme choſe pendant tout le Siege. Ayant ſçeu que le ſoir qu'on devoit attaquer la Con- treſcarpe , le Regiment deNa- varre auroit le plus àfouffrir , il ſe mit à la teſte de ce Regiment;
où ſon intrépidité &ſa valeur ſe firent admirer. M. le Comte
de Tonnerre alla auſſi Volontaire à la Tranchée , & il y reçeut un coup de Mouſquet. M
leMarquis des Hiſſars quicommande le Regiment de Langue- doc, fit des choſes ſurprenantes
à la teſte de ce Regiment , qui s'eſt acquis beaucoup de repu
GALANT. 211 :
tation. Celuy du Pleffis ne s'eft pas moins fignalé , & s'il avoit eu desHaches pour rompre les Portesde laVille , il feroit entré
dedans comme nos Troupes firent à Valenciennes. M du
Poncer qui en eſtoit Lieute- nant Colonel , a eſté tué. M.
Deshoy Capitaine de ce Regi- ment , & M. Bienfait de Beaulieu,s'y ſont ſignalez. M.Cham- pagne premier Brigadier des Gardes de M. le Marefchal de
Humieres , s'eſt fort diſtingué pendant ce Siege , ainſi que M. Duparc Garde dans le mef- me Corps , & M. de Tangis qui en eſtoit forty pouragir enqua- lité d'Ingénieur. On ne peut douter qu'il n'y ait donné beau- coup de marques de courage ,
puis qu'il y fut bleſſé. M. de S. Germain de la Breteche le
212 LE MERCVRE
fut auffi à l'Attaque des Gar- des, & tomba du hautde la Digue , apres avoir receu deux bleffures. M. de Soify , Fils de M. le Preſident le Bailleul , fut
bleſſé dans la meſme occafion ;
tomba dans le Foffé , & paffa la nuit furla glace, parce qu'on ne le pût trouver que le lendemain. Mª de Seraucour & de
Chéviere Sous-Lieutenans aux
Gardes , & м. de Torcy Enſei- gne, ont eſté bleſſez , &м. Сі- gogne Lieutenant , tué. M. de Pierrebaſſe Ayde- major des Gardes, a eu la teſte emportée d'une voléede Canon.
rs
La nouvelle de la priſe de S. Guilain fut apportée auRoy par M. de la Taulade Ayde de Camp de M. le mareſchal de Humieres. M. le marquis de Louvois qui le preſenta , dit à
4
GALAN T. 213 Sa majeſté que les Ennemis publioient que les Anges Tu- telaires de la France luy fer- voient d'Eſpions dans le Ciel pour l'avertir des changemens du temps qui luy eſtoient pref- que toûjours favorable. Le Duc de Villa - Hermoſa eſtoit
à Haurec fort prés de la Place,
avec douze à treize mille Hommes, faiſant porter des Echelles pour paffer les Marais, & fe vantant qu'il attaqueroit les Lignes. Lors qu'il entendit que le Canontiroit fort peu, &puis qu'il ceſſoit entierement, il crût le Siege levé , & ayant détaché trois cens Chevaux pour pren- dre langue , ils en trouverent cinquante des Noftres envoyez pour le meſme deſſein. Celuy qui les commandoit ayant eſté pris pour avoir eu fon Cheval tué ſous luy , eut peine àdeſa
214 LE MERCVRE
bufer ce Duc, en l'aſſurant qu'il avoit veu entrerles Troupes de Sa majeſté dans la Place ; &
lors que les Affiegez batoient la Chamade , Monfieur le маreſchal de Humieres faifoit
monter ſa Cavalerie à cheval
pour aller vers les Ennemis dont
il venoit d'apprendre des nou- velles.
Le Roy a donné le Gouver- nement de S. Guilain à м. СаtinalCapitaine aux Gardes, qui a fait la Campagne paſſée en qualité de major des Gardes.
M. de Longpré Capitaine au Regimentde Picardie, en a eſté fait Lieutenant de Roy; & M. de l'Apparat Capitaine dans Piémont , en a eu la majorité.
Jamais Campagne ne fut plus glorieuſement finie. Cette der- niere Conqueſte adonné lieu àces Vers.
GALANT. 215 C'est àce coup qu'ilse faut rendre,
OFlandre ,
Puisque contre Loüis
Sontvains.
tous tes efforts
Saint Omer, Saint Guilain t'en donnant des exemples
Tres-amples,
Tunepeuxfaire mieux que d'imiter tes
Saints.
qu'elle fit méditer une autre Conqueſte. M. de S. Poüange partit en poſte de la Cour pour porter les ordres du Roy , faire préparer toutes chofes , &pref.
ſer l'execution de cequ'on avoit réſolu. Son ardeur pour le fer- vice de Sa Majesté eſt connuë,
& le zele qu'il fit voir pour la gloire de ſes armes à la Bataille de Caffel , fut fi grand , qu'il chargea luy-meſme les Enne- mis l'Epée à la main , quoy que fon Employl'en duſt diſpenſer.
Son départ fit faire de grands raiſonnemens , mais perſonne n'en devina le veritable ſujet,
&pluſieurs meſme crûment qu'il eſtoit envoyé en Allemagne.
Peu de jours apres nosTroupes deFlandre firent quelquesmou
190 LE MERCVRE
vemens. Elles inquiéterent les Ennemis , qui furent bientoft perfuadez qu'on alloit affieger Ypres , & c'eſtoit ce que l'on vouloit qu'ils crûffent. Cepen- dant S. Guilain ſe trouva inveſty , & le Gouverneur ne l'apprit qu'en le voyant. Le nombre des Troupes augmenta
en peude temps, & il y eut de- vant cette Place juſques à cent Eſcadrons , & quarante Bataillons qui ne demandoient qu'à combatre , & qui avoient meſme témoigné ſouhaiter qu'on fiſt un Siege , parce qu'ils commençoient à s'ennuyer dans leurs Garnifſons. Comme ils
avoient eſté tirez des Places des
environs , on nomma pour Of- ficiers Generaux les Gouverneurs de ces meſmes Places , à
cauſe de la facilité que chacun
GALAN T. 191
d'eux pouvoit avoirà faire venir defonGouvernementtoutes les
choſes neceſſaires pendant le Siege ; auſſi n'y manqua-t-on de rien. Toutes les Troupes fu- rent auſſi -bien nourries,& auffi
bien chaufées , qu'elles auroient pû l'eſtre dans leurs Quartiers d'Hyver , & on ne peut trop donner de loüanges aux Gou- verneurs pour les foins qu'ils ont eu de leur faire fournir tout
ce que la mauvaiſe Saifon de- mandoit qu'on leur donnaſt au delà de ce qu'elles avoient ac- coûtumé d'avoir dans le temps ordinaire de la Campagne.
Vous ne devez point vous éton- ner apres cela , Madame , fi on s'eſt rendu Maiſtre de S. Guilain, quoyque ce ſoit une Place qu'on n'euſt jamais crû de voir eſtre aſſiegée dans l'Hyver à
192 LE MERCVRE
cauſe des eaux qui l'environ- nent. C'eſt ce qui ne paroiſſoit pas vray - ſemblable ; mais les François prennent fans mena- cer ,au lieu que les Ennemis
menacent &ne viennent àbout
de rien ; &il eſt ſi vray que nos entrepriſes réüſſiſſent toûjours,
&mefme en fort peu de temps,
que je ne vous écris jamais le Siege d'une Place , que dans la
meſme Lettre je ne vous en marque la priſe ; mais il faut que je vous avoue queje man- que d'expreſſions pour parler,
comme il faudroit de la merveilleuſe conduite de la France.
Tous les termes ſont épuiſez ,
toutes les loüanges ſont uſées,
& cependant les reſſorts qui
font tout mouvoir , ne le font
pas : Au contraire , nous les
voyons tous les jours agir avec plus
GALANT. 193
plus de force , &cette derniere
Conqueſte en eſt une preuve.
Pour vous en informer plus par- ticulierement , il faut vous dire
que S. Guilain eſt une petite Ville du Hainault,à laquelle un Abbéqui vivoitvers leſeptieme Siecle , a donné ſon nom. Elle n'eſt qu'à une bonne lieuë de
Mons , ſur la Riviere de Haine.
Meſſieurs de Turenne & de la
Ferté , la prirent en 1635. en meſme temps que Condé, apres qu'on ſe fut rendu maiſtre de Landrecies. L'année ſuivante,
le Siege de Valenciennes eſtant levé , & Condé repris par les Eſpagnols, elle fut afſiegée pen- dant que M. de Turenne eſtoit devant laCapelle ; mais comme cette derniere Place reſiſta peu,
M. de Turenne eut le temps d'aller traverſer les Ennemis à
Tome X. I
194 LE MERCVRE
S. Guilain. Ils leverent le Siege fans l'attendre , & l'ayant for- médenouveau au mois de Mars
de l'année 1657. ils en vinrent à
bout parla trahiſon de quelques Etrangers qui leur livrerent les Dehors qu'ils gardoient.Quand à ce qui regarde la force de la Place , elle est environnée de
Marais. La Riviere de Haine
qui paſſe au milieu , ſe ſepare en trois bras dans la Ville, & fe
rejoint en deux pour en fortir.
Elle eſt defenduë par trois Fof- ſez pleins d'eau , par un Ou- vrage appellé le Pâté , qui eſt une eſpece de Boulevart , par
un autre Ouvrage à corne, une Demy-Lune , & pluſieurs Re- doutes , dont quelques - unes font entourées d'eau. Il me
reſte à vous apprendre les noms detous les Officiers Generaux
GALANT. 195
qui ont eu la conduite de ce Siege ſous M. le Mareſchal de
Humieres. Les Lieutenans Generaux furent M. de Nancre
Gouverneur d'Ath , & M. le
Comte Bardi - Magaloti , Gou- verneur de Valenciennes. On
choiſit pour Mareſchaux de Camp M. de Pertuis Gouverneur de Courtray , M. du Ran- ché Gouverneur du Queſnoy,
M.de SainfandouxGouverneur
de Tournay, m.le Chevalier de Tilladet , м. le Baron de Quinсу , м. de Cezan Gouverneur deCambray, & M.de Rubantel Capitaine au Regiment des Gardes. Mrs de Vauban & du
mez, qui ont la meſme qualité,
furent commandez pour la con- duite des Travaux &de l'Artillerie , & l'on peut juger par lå que le ſuccésde ces deux choIij
196 LE MERCVRE
ſes eſtoit infaillible. Les Briga- diers qui ont ſervy à ce Siege ;
font M. d'Aubarede Meſtre de
Camp du Regiment des Vaif- ſeaux , M. de S. George Meſtre deCamp du Regiment du Roy,
M. le Chevalier de Souvray
Lieutenant Colonel de Navarre , & M. Chimene. M. de Momont y a fait les fonctions de Major General. Un Siege en- trepris apres de ſi juſtes meſu- res , & qui devoit eſtre pouffé par tant de Braves , ne pouvoit manquer de réüffir. C'eſt ce qui a fait dire à un bel Eſprit de Lile , en s'adreſſant aux Ennemis ,
Espagnols, Hollandois, courez à Saint
Guilain ,
Malgréles Elemensd'Humieres le va
prendre ,
Etl'onne croitpasquedemain
GALANT.: 197 LaPlacepuiſſe ſe défendre.
Dépeſchez, &venez au moins Voirdeplus prés une Victoire Que vous auriez peut - estre peine à
croire ,
:
ON
Si vous n'en eſtiez les Témoins.YOM
Ils ont ſuivy ce confeil , &fem- blent n'eſtre venus fort pres de S. Guilain que pour en appren- dre plûtoſt la priſe. Voicy par ordre ce qui s'eſt paſſé au Siege de cette Place.
J Monfieur le mareſchal de
Humieres partit de Lile le 30.
de Novembre , avec м. lе маг- quis de Humieres ſon Fils , &
M. le Baron de Quincy. Il eſtoit accompagné delept Eſca- drons de Cavalerie , & fuiuy de M. de Sainfandoux , avec les
Troupes qui venoient du coſté de la Lys. Il arriva le premier de Decembre devant S. GuilI iij
198 LE MERCVRE
lain , à la pointedujour. Mude Nancré, deMagaloti , leChe- valier de Tilladet , du Ranché,
&de S. Riche , s'y trouverent enmeſme temps, ſuivant les or- dres qui leur avoient eſté en- voyez le jour précedent. Ils conduiſoient la Cavalerie,& les
Dragons d'Ath , Condé , Va- lenciennes , Doüay , S. Amant,
Orchies , Marchiennes , Bou- chain , &du Queſnoy , le tour au nombre de cinquante Eſca- drons. Deux Pieces de Canon
arriverent le meſme jour , &fu- rent menées à un Moulin pro- che la Redoute de Baudours.
Deux cens Dragons des Regi- mens Dauphin & Fimarcon ,
avec cinquante Mouſquetaires de la Garniſon d'Ath , l'attaquerent à l'entrée de la nuit.
Elle estoit gardée par cinquante
GALANT. 199
Hommes , qui l'abandonnerent apres avoir tiré cinquante ou ſoixante coups. Nos Gens les pourſuivirent,&en prirent dixhuitouvingt.
La Circonvalation fut reglée le lendemain , & l'Infanterie
qui devoit faire le Siege arriva au Camp. On ordonna trois Attaques. La premiere fut celle des Gardes. Elle devoit empor- ter une grande Redoute envi- ronnée de Foffez remplis d'eau,
avant que d'aprocher du Corps de la Place. Il faloit en fuite
arracher des Paliſſades qui de- fendoient le Pâté. Il ne pouvoit eſtre pris qu'en paſſant par def- fus une Digue fort étroite , &
fur laquelle on ne pouvoit aller qu'un àun.
La ſeconde Attaque , appel- lée celle de Navarre, avoit deux
I iiij
200 LE MERCVRE
grandes Redoutes à prendre ,
avec de grands Foffez pleins
d'eau.
L'Attaque de Boſſu eſtoit la troiſieme , & il faloit qu'elle gagnaſt un Ouvrage à corne ,
&une Demy-Lune , avantque d'arriver au Corps de la Place.
Le 4. on ouvrit la Tranchée
à ces trois Attaques. Onavança beaucoup le travail , principale- mentà celles de M du Ranché
& de S. George. M. le Maref- chal deHumieres demeura juf- ques àune heure apres minuit à
les viſiter continuellement depuis la teſte juſques à la queuë.
Les deux premiers Bataillons
des Gardes , de Navarre , & un du Royal , monterent la Garde,
& furent relevez le lendemain
par autant de Bataillons des meſmes Corps. Les Ennemis ne
GALANT.
:
201
tirerent que trois coups de Mouſquet , & un de Canon.
Le noſtre leur répondit le 6. au matin avec une Baterie de fix
Pieces.
une
Le 7. apres midy , on prit à.
l'Attaque de Navarre ,
grande Redoute qui n'eſtoit qu'à quarante pasdu Pâté. Elle eſtoit gardée par trois cens Hommes , qui ſe défendirent avec beaucoup de vigueur,mais ce ne fut que pour augmenter la gloire de Monfieur le Comte de Soiffons , qui s'expoſa tout- à- fait à cette Attaque,où il alla l'Epée à la main. Son Lieute.- nant Colonel eut le bras caffé,
celuy du Regiment du Pleſſis y
fut tué , & M. d'Aubarede dangereuſement bleſſe d'un coup de Mouſquet à la teſte.
Le 8. au foir , M. de SainfanIv
202 LE MERCVRE
doux monta laTranchée àl'Attaque des Gardes , avec le Re- giment de Rouffillon ; Mrs de Cezan & de Villechauve , à
celle de Navarre , avec le Regiment de Humieres ; &M.du Ranché , avec M. de Chimene,
à celle de Boſſu, avec le Regi- ment de Conty. On s'établit pendant la nuit à celle de Na- varre, dans les Logemens qu'on avoit faits. A celle de Boffu,
on paſſa l'Avant-foſſé de l'Ou- vrage à corne , & l'on y fit un Logement ſur le glacis. On dreſſa la meſme nuit une Baterie
de fixPieces,qui tiradésle point du jour ; &l'on augmenta celle de Navarre juſques au nombre de neuf ; de maniere que ces deux Bateries qui voyoient le Pâte à revers , incommoderent
fort chacunedeſon coſté.
GALANT. 203 Le 9. apres midy , fur l'avis que M. le mareſchal de Humieres eut que les Ennemis s'a- vançoient , & qu'ils n'eſtoient qu'à trois petites lieuës de mons,
il alla choiſir un Camp pour al- ler audevantd'eux,&leur donner Bataille , s'ils oſoient combatre. Il refolut en ſuite l'Attaque generale des Dehors ; &
comme lesglaces ne ſe trouve- rent pas affez fortes pour porter lesGardes qui devoient inſulter le Pâté , ils paſſerent un à un avec leur intrepidité ordinaire,
fur la Digue qui conduit à cet Ouvrage ; puis ils ſe raffem- blerent pour donner tous en... femble à l heure de l'Attaque.
Elle commença à une heure apres minuit. Huit coups de Canon enfurent le ſignal.Tou- tes nos Troupes firent égale Ivj
104 LE MERCVRE ment bien ; il eſtoit neceffaire
qu'elles montraſſent de la vi- gueur pour forcer la reſiſtance
desEnnemis qui fut tres-grande dans tous les endroits qu'on at- taqua. On ne peut voir un plus grand feu de Grenades & de Mouſqueterie que celuy qu'ef- ſuyerent nos Gens pendanttrois heures. M. le Chevalier de Tilladet commandoit l'Attaque de
Navarre , & ſe rendit maiſtre
de tous les Ouvrages juſques à
la muraille de la Ville. Les
deux Bataillons de Bourgogne y eſtoientde garde , avec M. le Chevalier de Souvray , qui s'y eſt particulierement diftingué.
On y avoit auffi envoyé les Compagnies des Grenadiers de Humieres , Navarre , & Languedoc. L'Attaque des Gardes eut tout le ſuccès qu'on pou-
GALANT. 205 voit defirer. M. de Rubantel y
ſervoit de mareſchal de Camp,
&M. de S. Germain de la Breteche y commandoit trois cens Hommes détachez du Regiment des Gardes , avec leſquels
il chaſſa les Ennemis des Ouvrages qui regardent le Baſtion de Horn , juſques à l'Attaque
deNavarre, où il joignit le Re- giment de Bourgogne. Les deux Bataillons des Fuziliers ,
&un de Stoup , eſtoient de garde à l'Attaque de Boffu.
м. de Quincy mareſchal de
Camp , y commandoit , ayant ſous luy M. de Chimene Bri- gadier. Les Troupes de cette Attaque , avec les Grenadiers de la Reyne qui avoient à leur
teſte M. Paſſillon 1un de leurs,
Capitaines, ſe mirent dans l'eau glacée juſques à la ceinture ,
206 LE MERCVRE
& ayant paſſe l'Avant - Foffé de l'Ouvrage à corne , empor- terent cet Ouvrage avec une Demy- Lune. C'eſtoit tout ce qu'on leur avoit donné ordre d'attaquer. Trois cens Dra- gons commandez par M. de Fimarcon , firent une fauffe
Attaque à la Digue de Bo- dours. Ils prirent quatre-vingts fix Soldats , & deux Officiers.
M. de Sainfandoux voulut ſe
charger de cette Attaque, quoy
qu'il ne fuſt pas de jour. On auroit entré dans la Ville , ſi on avoit eu les choſes neceſſaires
pour en rompre la Porte , ou des Echelles pour monter.
Apres la priſe du Pâté , les TTroupes des deux autres Atta- ques ſe joignirent , & il en couſta aux Ennemis quatre Pie- ces de Canon qui estoient au
GALANT. 207 bout de leur Pont- Levis , & tiroient par des embraſures. Ces meſmes Troupes apres avoir fait des Retranchemens avec
desGabions , tournerent contre
la Porte de la Ville les quatre Pieces de Canon qu'elles ve- noient de gagner. Il y en avoit encor trois autres en état de
foudroyer les Affiegez; & tout eſtant preparé pour donner un Affaut general la nuit du dix au onze , le Gouverneur qui le ſçeut fit battre la Chamade à
deux heures apres midy. M. le Mareſchal ſe rendit à l'inſtant
meſme à la Thanchée , où il
trouva les Oftages qu'on luy amenoit. Il convint avec eux
qu'ils luy remettroient une des
Portes de la Ville , où il fit entrer auffi-toſt un Bataillon des
Gardes Françoiſes , & un des
208 LE MERCVRE
Gardes Suiſſes. La Garnison
de plus de mille Hommes for- tit le onzième au matin , avec
Armes &Bagages , &une Piece de Canon , pour aller à Bru- xelles , eſcortée par quatre- vingts Maiſtres des Troupesdu Royquidevoient revenir àAth.
Les Ennemis eſtoient arrivez
le 10. au ſoir à Mons , où ils
avoient fait tous les préparatifs.
neceſſaires pour le ſecours de la Place. Ils ne manquoient pas de Troupes , mais l'importance eſtant de choiſir un Chef, tous
ceux qui pouvoient en efperer le Commandement , avoient
long-temps conferé enſemble pour voir fur qui on trouvoit à
propos qu'on le fiſt tomber.
Monfieur le Mareſchal de
Humieres a paru infatigable pendant ce Siege ; on ne ſcau-
GALAN T. 209
roit exprimer ſa vigilance ; a
paffé les nuits entieres ou à la Tranchée, ou à visiter les Poſtes,
ou au Bioüac , & preſque tous les jours à cheval. Il ſembloit auffi que les Troupes fufſent animées par ſon exemple. La rigueur du temps n'a pû les re- froidir un moment , & on a
trouvé la meſme facilité à leur
faire faire toutes choſes qu'on auroit euëdans le Mois de Juin.
M. le Prince d'Iſenghien ayant eſté averty de ce Siege , prit auffi- toft la Poſte pour y aller joindre M. le marefchal deHu- mieres fon Beaupere , &donna des preuves de fon courage avec le marquis de ce nom fon Beau- frere. Comme l'impatience des François eft grande , fur tout quand il faut courir à la gloire,
des que M. le marquis de Na
210 LE MERCVRE
vailles eut appris qu'il y avoit une Place afſiegée , il s'y rendit auſſi-toſt en poſte , &fervit dés le ſoir meſme en qualité de Vo- lontaire. Il monta la Tranchée
avec le ſecond Bataillon des
Gardes ,&il continua à faire la
meſme choſe pendant tout le Siege. Ayant ſçeu que le ſoir qu'on devoit attaquer la Con- treſcarpe , le Regiment deNa- varre auroit le plus àfouffrir , il ſe mit à la teſte de ce Regiment;
où ſon intrépidité &ſa valeur ſe firent admirer. M. le Comte
de Tonnerre alla auſſi Volontaire à la Tranchée , & il y reçeut un coup de Mouſquet. M
leMarquis des Hiſſars quicommande le Regiment de Langue- doc, fit des choſes ſurprenantes
à la teſte de ce Regiment , qui s'eſt acquis beaucoup de repu
GALANT. 211 :
tation. Celuy du Pleffis ne s'eft pas moins fignalé , & s'il avoit eu desHaches pour rompre les Portesde laVille , il feroit entré
dedans comme nos Troupes firent à Valenciennes. M du
Poncer qui en eſtoit Lieute- nant Colonel , a eſté tué. M.
Deshoy Capitaine de ce Regi- ment , & M. Bienfait de Beaulieu,s'y ſont ſignalez. M.Cham- pagne premier Brigadier des Gardes de M. le Marefchal de
Humieres , s'eſt fort diſtingué pendant ce Siege , ainſi que M. Duparc Garde dans le mef- me Corps , & M. de Tangis qui en eſtoit forty pouragir enqua- lité d'Ingénieur. On ne peut douter qu'il n'y ait donné beau- coup de marques de courage ,
puis qu'il y fut bleſſé. M. de S. Germain de la Breteche le
212 LE MERCVRE
fut auffi à l'Attaque des Gar- des, & tomba du hautde la Digue , apres avoir receu deux bleffures. M. de Soify , Fils de M. le Preſident le Bailleul , fut
bleſſé dans la meſme occafion ;
tomba dans le Foffé , & paffa la nuit furla glace, parce qu'on ne le pût trouver que le lendemain. Mª de Seraucour & de
Chéviere Sous-Lieutenans aux
Gardes , & м. de Torcy Enſei- gne, ont eſté bleſſez , &м. Сі- gogne Lieutenant , tué. M. de Pierrebaſſe Ayde- major des Gardes, a eu la teſte emportée d'une voléede Canon.
rs
La nouvelle de la priſe de S. Guilain fut apportée auRoy par M. de la Taulade Ayde de Camp de M. le mareſchal de Humieres. M. le marquis de Louvois qui le preſenta , dit à
4
GALAN T. 213 Sa majeſté que les Ennemis publioient que les Anges Tu- telaires de la France luy fer- voient d'Eſpions dans le Ciel pour l'avertir des changemens du temps qui luy eſtoient pref- que toûjours favorable. Le Duc de Villa - Hermoſa eſtoit
à Haurec fort prés de la Place,
avec douze à treize mille Hommes, faiſant porter des Echelles pour paffer les Marais, & fe vantant qu'il attaqueroit les Lignes. Lors qu'il entendit que le Canontiroit fort peu, &puis qu'il ceſſoit entierement, il crût le Siege levé , & ayant détaché trois cens Chevaux pour pren- dre langue , ils en trouverent cinquante des Noftres envoyez pour le meſme deſſein. Celuy qui les commandoit ayant eſté pris pour avoir eu fon Cheval tué ſous luy , eut peine àdeſa
214 LE MERCVRE
bufer ce Duc, en l'aſſurant qu'il avoit veu entrerles Troupes de Sa majeſté dans la Place ; &
lors que les Affiegez batoient la Chamade , Monfieur le маreſchal de Humieres faifoit
monter ſa Cavalerie à cheval
pour aller vers les Ennemis dont
il venoit d'apprendre des nou- velles.
Le Roy a donné le Gouver- nement de S. Guilain à м. СаtinalCapitaine aux Gardes, qui a fait la Campagne paſſée en qualité de major des Gardes.
M. de Longpré Capitaine au Regimentde Picardie, en a eſté fait Lieutenant de Roy; & M. de l'Apparat Capitaine dans Piémont , en a eu la majorité.
Jamais Campagne ne fut plus glorieuſement finie. Cette der- niere Conqueſte adonné lieu àces Vers.
GALANT. 215 C'est àce coup qu'ilse faut rendre,
OFlandre ,
Puisque contre Loüis
Sontvains.
tous tes efforts
Saint Omer, Saint Guilain t'en donnant des exemples
Tres-amples,
Tunepeuxfaire mieux que d'imiter tes
Saints.
Fermer
Résumé : Siege & Prise de S. Guilain. [titre d'après la table]
Après la reddition de Fribourg, des préparatifs furent entrepris pour une nouvelle conquête. Monsieur de Saint-Poüange fut envoyé exécuter les ordres du roi, suscitant des spéculations sur sa destination. Les troupes en Flandre effectuèrent des mouvements pour inquiéter les ennemis, qui crurent qu'Ypres serait assiégée. Cependant, Saint-Guilain fut investi, et le gouverneur ne l'apprit qu'en voyant les troupes françaises. Le nombre de troupes augmenta rapidement, avec cent escadrons et quarante bataillons prêts à combattre. Les gouverneurs des places environnantes furent nommés officiers généraux pour faciliter l'approvisionnement. Malgré les conditions hivernales défavorables, les Français prirent Saint-Guilain, une petite ville du Hainault près de Mons, sur la rivière de Haine. La place était protégée par des marais et des ouvrages défensifs. Le siège fut dirigé par le maréchal d'Humières, avec plusieurs lieutenants généraux et maréchaux de camp. Les troupes furent bien nourries et chauffées, grâce aux efforts des gouverneurs. Le siège débuta le 30 novembre, avec des attaques sur plusieurs redoutes et ouvrages défensifs. Les Français prirent la redoute de Navarre le 7 décembre, malgré une résistance acharnée. L'attaque générale eut lieu dans la nuit du 9 au 10 décembre, avec un succès complet. Les troupes françaises forcèrent les défenses ennemies, prenant plusieurs ouvrages et entrant dans la ville. Le gouverneur demanda une trêve, et la place se rendit le 11 décembre. Le 11 avril, le maréchal de Humieres se rendit à la tranchée et convint avec des otages de la remise d'une des portes de la ville, permettant l'entrée d'un bataillon des Gardes Françaises et des Gardes Suisses. La garnison, forte de plus de mille hommes, quitta la ville au matin avec armes, bagages et une pièce de canon, escortée par quatre-vingts maîtres des troupes du roi revenant d'Ath. Les ennemis, prêts à secourir la place, hésitaient sur le choix d'un chef. Le maréchal de Humieres montra une vigilance infatigable durant le siège, passant les nuits à la tranchée ou à visiter les postes. Le prince d'Isenghien et le marquis de Navailles rejoignirent le maréchal, démontrant leur courage. Plusieurs officiers se distinguèrent par leur bravoure. Plusieurs blessés furent recensés, dont M. de Tangis, ingénieur, et M. de Pierrebasse, aide-major des Gardes. La nouvelle de la prise de Saint-Guilain fut apportée au roi par M. de la Taulade. Le duc de Villa-Hermosa, près de la place avec douze à treize mille hommes, crut le siège levé lorsqu'il entendit que le canon cessait. Le roi nomma M. Catinal gouverneur de Saint-Guilain, M. de Longpré lieutenant du roi, et M. de l'Apparat major. La campagne se conclut glorieusement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 299-323
Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je ne croyois pas qu'en fermant ma Lettre, je vous [...]
Mots clefs :
Chevalier de Chaumont, Siam, Roi, France, Roi de Siam, Dignité, Monarque, Ordre, Ambassadeur, Siamois, Audience, Favori, Prince, Chine, Brest, Ambassadeurs, Palais, Temps, Princesse, Nouvelles, Canon, Cap de Bonne-Espérance, Gloire, Santé du roi, Éléphants, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Je ne croyois pas qu'en
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
Fermer
Résumé : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage et la mission diplomatique du Chevalier de Chaumont, ambassadeur de France au Siam. Parti de Brest le 3 mars de l'année précédente avec deux navires, il arriva à Versailles le 24 juin, après avoir parcouru 12 000 lieues en moins de 15 mois et demi. Son itinéraire inclut le passage du Tropique du Cancer, du Cap de Bonne Espérance, ainsi que des escales à Batavia et au Siam. À son arrivée, le roi de Siam avait préparé des maisons et des mandarins pour l'accueillir et lui offrit une audience solennelle avec des honneurs exceptionnels, permettant à Chaumont et à ses gentilshommes de rester assis tandis que la cour était prosternée. Le roi de Siam manifesta une grande admiration pour le roi de France et ses actions, demandant des nouvelles de la famille royale française et offrant des présents somptueux. Chaumont visita également des places fortes et permit à un ingénieur de vérifier les fortifications. Il était accompagné de six jésuites, experts en mathématiques et astronomie, destinés à la Chine pour y établir le christianisme. Impressionné par leurs connaissances, le roi de Siam offrit de leur construire une église et une maison. Le roi de Siam, veuf, a une fille, la princesse Reine, qui règne souverainement sur trois grandes provinces. Chaumont reçut la première dignité du royaume, devenant Oya, et fut dispensé de certaines prosternations. Il refusa une partie des meubles du palais mais offrit des présents, dont un miroir à la princesse Reine. Il quitta le Siam avec l'admiration de la cour et du peuple, accompagné par le favori du roi jusqu'à son embarquement. Les ambassadeurs siamois, au nombre de trois, l'accompagnèrent en France avec une suite de cinquante personnes, apportant des présents pour le roi de France et la maison royale. Chaumont arriva à Brest le 19 juin, marquant une grande diligence navale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 185-325
Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Début :
Je viens au détail du Voyage de Mr le Chevalier [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier de Chaumont, Siam, Ambassadeur, Hollandais, Mandarins, Eau, Roi de Siam, Terre, Vaisseau, Pays, Banten, Bord, Canon, Tigre, Mer, Rivière, Batavia, Maisons, Côte, Royaume, Constance, Abbé, Vaisseaux, Cap, Général, Gouverneur, Loge, France, Pagode, Frégate, Malades, Europe, Indes, Siamois, Ballon, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Je viensau détail du VoyaJ.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
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Résumé : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage du Chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi de France, vers le roi de Siam, accompagné de l'Abbé de Choisy. Ils embarquent à Brest le 3 mars sur le vaisseau 'L'Oiseau' et la frégate 'La Maligne'. La traversée jusqu'à la ligne équatoriale se déroule sans incident, marquée par des exercices de piété quotidiens. Chaumont refuse de jurer sur les Évangiles lors de la cérémonie du baptême équatorial et paie pour éviter cette obligation. Le voyage continue jusqu'au Cap de Bonne Espérance, où ils font escale pour se ravitailler et soigner les malades. Le Cap est décrit comme un lieu bien fortifié avec un jardin luxuriant et des habitants locaux appelés Cafres, vivant de manière primitive. Les Hollandais y ont établi une forteresse et des habitations. Après sept jours, ils repartent vers Batavia, mais la traversée est plus difficile. Ils arrivent à Java, une île dont les habitants prétendent descendre des Chinois. Ils font escale à Bantam, où les Hollandais contrôlent le royaume après une guerre civile. Enfin, ils atteignent Batavia, où ils restent sept jours pour soigner les malades. Batavia est décrite comme une ville bien située et protégée. Le texte mentionne également les conflits entre les Hollandais, les Anglais, et les Indiens dans les Indes orientales au début du XVIIe siècle. En 1619, les Indiens profitent de la mauvaise entente entre les Hollandais et les Anglais pour se libérer de la domination hollandaise. Une bataille navale entre les flottes anglaise et hollandaise a lieu le 2 janvier 1619, et les Hollandais reprennent le fort de Batavia après six mois de siège. Ils consolident leur position en construisant des fortifications et en établissant des relations commerciales avec les Chinois, les Japonais, et les Siamois. À Siam, l'ambassadeur est accueilli avec magnificence et loge dans des maisons neuves et richement meublées. Il reçoit des saluts canoniques et est traité avec honneur. Il rencontre des dignitaires siamois et présente la lettre du roi de France de manière solennelle. La salle de l'audience est richement décorée, et le roi du Siam exprime sa joie de recevoir les marques d'estime et d'amitié du roi de France. L'ambassadeur visite également plusieurs pagodes, dont une contenant une grande idole d'or endommagée lors d'une guerre contre Pegu. Il observe les éléphants du roi et une pièce de canon de fonte. Des réjouissances sont organisées pour célébrer le couronnement du roi de Portugal. Le roi de Siam mène une vie réglée, se levant tôt pour donner l'aumône et recevoir des audiences. Le texte se termine par la mention de la visite de l'ambassadeur à Louvo, une maison de plaisance du roi, et promet une seconde partie avec d'autres nouvelles sur le royaume de Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1-216
HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Début :
Nous avons vû en moins d'une année deux choses [...]
Mots clefs :
Bude, Siège de Buda, Siège, Prince, Histoire, Comte, Troupes, Place, Hommes, Armée, Ville, Attaque, Canon, Assiéger, Place, Prince Charles, Charles V de Lorraine, Électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel de Bavière, Général, Camp, Assiégés, Brandebourg, Assiégeants, Pièces, Travaux, Soldats, Ennemis, Rondelle, Brèche, Nuit, Turcs, Bavarois, Lieutenant, Colonel, Janissaires, Lignes, Major, Régiment, Palissades, Côté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
HISTOIRE
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
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Résumé : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Le siège de Buda, capitale stratégique du royaume de Hongrie, fut marqué par plusieurs événements militaires significatifs. En 1526, après la mort du roi Louis II à la bataille de Mohács, Jean de Zapolya et Ferdinand de Bohême se disputèrent le trône. Ferdinand, soutenu par Charles Quint, prit Buda mais dut la rendre en 1529 après l'intervention de Soliman le Magnifique, qui rétablit Jean de Zapolya. À la mort de ce dernier, sa veuve Élisabeth envoya leur fils Étienne à Soliman, qui s'empara de Buda en 1541 sans combat. La ville resta sous domination ottomane jusqu'en 1686. Plusieurs sièges eurent lieu par la suite. En 1598 et 1602, l'archiduc Mathias échoua à prendre la citadelle. En 1684, le prince Charles de Lorraine commença un siège mais dut se retirer. Le cinquième et dernier siège, en 1686, fut mené par une armée chrétienne confédérée et aboutit à la prise de Buda, rétablissant ainsi la domination chrétienne sur la ville. Les préparatifs du siège de 1686 inclurent la revue des troupes et les travaux de circonvallation. Les attaques impériales et bavaroises désorganisèrent les batteries des assiégés, ouvrant une brèche dans la muraille. Les combats furent intenses, avec des pertes des deux côtés. Le 2 septembre 1686, les troupes impériales entrèrent dans Buda après une résistance farouche. Les pertes furent lourdes : les troupes de Brandebourg perdirent 100 hommes, les forces adverses 400, et 3 000 hommes furent tués du côté des assiégés. Les corps des Turcs et des Juifs furent jetés dans la rivière, tandis que les chrétiens furent enterrés. La garnison comptait 10 000 janissaires, 5 000 Juifs et habitants armés. Plusieurs officiers ottomans furent capturés. La conquête de Buda eut lieu sous les yeux de l'armée ottomane, qui se retira sans intervenir. Dans la ville, on découvrit 400 pièces de canon, 60 mortiers et une grande quantité de munitions. Environ 2 000 prisonniers furent faits, dont plus de 100 Juifs réfugiés dans leur synagogue. Le Prince Charles et l'Électeur de Bavière se distinguèrent par leur bravoure, ainsi que le Prince Eugène de Savoie. Après la prise de la ville, un Te Deum fut chanté pour célébrer la victoire.
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12
p. 121-131
Amiens. [titre d'après la table]
Début :
Ils arriverent à Amiens le soir de ce même jour, & ils [...]
Mots clefs :
Amiens, Ville, Roi, Armes, Canon, Coups, Porte, Évêché, Église cathédrale
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texteReconnaissance textuelle : Amiens. [titre d'après la table]
Ils arriverent à Amiens le
ſoir de ce même jour , & ils
y trouverent la Bourgeoifie
fous les Armes. Ils furent
receus au bruit de 20 volées
de Canon . C'eſt le nombre
de coups qui eſtoit porté par
les ordres du Roy. Ainfi
quand je parleray du Canon
qu'on a tiré dans toutes les
Villes où ils ont paffé , vous
vous ſouviendrez que l'on a
toûjours tiré 20 coups , ſoit
en entrant , ſoit en fortant.
C'eſt un uſage étably , &
L
122 III. P. du Voyage
toutes les fois que des Am
baſſadeurs entrent dans des
Citadelles , ou qu'ils en fortent
, on tire ce même nombre
de coups , les Citadelles
ayant eſté miſes fur le pied
des Places dont elles portent
le nom.
Amiens eft la Capitale de
Picardie. C'eſt une Ville
confiderable & fort ancienne
fur la Riviere de Somme.
Pluſieurs Empereurs , ſçavoir
Conftantin , Conftans , Julien,
Valentinien, Valens,Gratien
& Theodofe, la choifirent
pour le lieu de leur ſe
des Amb. de Siam. 123.
jour dans les Gaules. Cefar
y avoit fait auparavant un
Magaſin pour ſon Armée , &
Antonin le Debonnaire &
Marc Aurele fon fils avoient
contribué à l'orner. Edoüard
III . Roy d'Angleterre, y rendit
hommage au Roy Philippes
de Valois le fixieme Juin
1329. pour le Duché de
Guyenne & le Comté de
Ponthieu , en prefence des
Roys d'Aragon , de Navarre,
de Boheme & de Majorque.
Les Eſpagnols la furprirent
par ſtratagême en 1597. &
Henry IV. qui la reprit peu
Lij
124 III. P. du Voyage
de temps aprés , y fit bâtir
une Citadelle, qui paffe pour
une des plus regulieres de
l'Europe . La Ville eſt fort
renommée, a de grandes ruës,
de belles Maiſons, & des Places
qu'on eftime , parmy lefquelles
font celles des Fleurs,
& du grand Marché. Les
Ramparts y font une promenade
agreable , à cauſe des
allées d'Arbres qu'on y a plantez
. Il y a Generalité , Prefidial
& Bailliage . L'Evêché
eft fuffragant de Reims . L'Egliſe
Cathedrale de Noftre-
Dame eſt une des plus belles
des Amb. de Siam. 125
& des mieux ornées du
Royaume. On y conferve
le Chef de faint Jean-Baptiste .
Vvalon de Sarton Gentilhomme
de Picardie , qui s'étoit
croisé pour le voyage
d'Outre-mer , s'eſtant trouvé
en 1204. à la priſe de Conſtantinople,
en remporta cette
précieuſe Relique , qu'il
donna à l'Egliſe d'Amiens,
où il avoit un Frere Chanoine.
Ily a encore dans la Ville
d'autres belles Eglifes , avec
diverſes Maiſons Ecclefiaftiques
& Religieufes , & un
College de Jefuites.
Liij
126 III. P. du Voyage
Les Bourgeois , qui comme
je viens de vous marquer
eftoient ſous les Armes , conduifirent
les Ambaſſadeurs
Tambour battant juſqu'à la
porte du lieu qui avoit eſté
deſtiné pour leur logement.
On y poſa une Garde peu de
temps aprés. M. Fournier
Premier d'Amiens , accompagné
des Echevins , precedez
&ſuivis de tous les Officiers
de la Ville , leur vint faire
compliment , & offrir les
Prefens ordinaires . Il fit d'abord
un éloge du Roy de
Siam, & dit qu'ils refpectoient
des Amb. de Siam. 127
ce Monarque dans la perſonne
de ſes Ambassadeurs , & que le
bon accücil que Sa Majesté leur
avoit fait fuffiſoit pour leurfaire
connoiſtre la grandeur de leur
merite , dont ils avoient déja
oüy parler si avantageuſement.
Ilparla enfuite de l'abondance
de biens que le Commerce
produit , & fouhaita une longue
& heureuſe vie au Roy
de Siam , beaucoup de profperité
à tout fon Eftat , & la
joye d'un heureux retour à
leurs Excellences. Les Ambaſſadeurs
les remercierent avec
l'eſprit &l'honneſteté qui
Liiij
128 III. P. du Voyage
leur eſt ordinaire , & mar
querent qu'ils ſe ſouviendroient
de leur bonne reception.
Je vous ay dit que Mle
Premier d'Amiens porta la
parole. Ce nom de Premier
peut vous être nouveau. Nous
diſons icy Prevoſt des Marchands
; en d'autres Villes on
dit Premier , en d'autres
Mayeur, & il y en a qui employent
encore d'autres noms,
pour marquer la premiere dignité
de leur Ville. Ainſi
ſous quelques noms que je
vous parle de ceux qui au
des Amb. de Siam. 129
ront porté la parole , vous
devez croire qu'elle aura eſté
portée par celuy qui eſt à la
tête du Corps de Ville , à
moins que par quelques raifons
particulieres la Ville n'en
nomme d'autres ; ce qui arrive
quelquefois dans les Païs d'Eftats,
& ce qui ſe fit à Arras,
comme vous le verrez dans
la fuite.
Le lendemain 18. les
Compagnies deBourgeois ef
tant encore ſous les Armes ,
conduifirent les Ambaffadeurs
à l'Egliſe Cathedrale ,
afin d'arrêter une foule ing
130 III P. du Voyage
croyable de Peuple qui s'empreſſoit
pour les voir. Tout
leClergé les reçût, & les conduifit
juſqu'au Choeur, aprés
leur avoir fait compliment.
Lors qu'ils eurent conſideré
l'admirable ſtructure de cette
Eglife , ils pafferent à l'Evêché,
dont ils traverſerent tous
les Appartemens accompagnez
de Me l'Evêque , quiles
entretint toûjours avec l'efprit
dont il a ſi ſouvent don.
né d'éclatantes marques , &
par ſes diſcours publics , &
par ſes Ouvrages imprimez ,
Au fortir de l'Evêché les Am,
des Amb . de Siam. 131
baſſadeurs voulurent retourner
à l'Eglife , afin d'en examiner
encore toutes les beautez
, & fur tout la hauteur &
la delicateſſe de la Voûte ;
& ils dirent , que c'estoit une
des plus belles choses qu'ils euffent
veuës en France. Ils monterent
enfuite en Carroffe, &
fortirent de la Ville au bruit
du Canon des Ramparts , &
de celuy de la Citadelle.
ſoir de ce même jour , & ils
y trouverent la Bourgeoifie
fous les Armes. Ils furent
receus au bruit de 20 volées
de Canon . C'eſt le nombre
de coups qui eſtoit porté par
les ordres du Roy. Ainfi
quand je parleray du Canon
qu'on a tiré dans toutes les
Villes où ils ont paffé , vous
vous ſouviendrez que l'on a
toûjours tiré 20 coups , ſoit
en entrant , ſoit en fortant.
C'eſt un uſage étably , &
L
122 III. P. du Voyage
toutes les fois que des Am
baſſadeurs entrent dans des
Citadelles , ou qu'ils en fortent
, on tire ce même nombre
de coups , les Citadelles
ayant eſté miſes fur le pied
des Places dont elles portent
le nom.
Amiens eft la Capitale de
Picardie. C'eſt une Ville
confiderable & fort ancienne
fur la Riviere de Somme.
Pluſieurs Empereurs , ſçavoir
Conftantin , Conftans , Julien,
Valentinien, Valens,Gratien
& Theodofe, la choifirent
pour le lieu de leur ſe
des Amb. de Siam. 123.
jour dans les Gaules. Cefar
y avoit fait auparavant un
Magaſin pour ſon Armée , &
Antonin le Debonnaire &
Marc Aurele fon fils avoient
contribué à l'orner. Edoüard
III . Roy d'Angleterre, y rendit
hommage au Roy Philippes
de Valois le fixieme Juin
1329. pour le Duché de
Guyenne & le Comté de
Ponthieu , en prefence des
Roys d'Aragon , de Navarre,
de Boheme & de Majorque.
Les Eſpagnols la furprirent
par ſtratagême en 1597. &
Henry IV. qui la reprit peu
Lij
124 III. P. du Voyage
de temps aprés , y fit bâtir
une Citadelle, qui paffe pour
une des plus regulieres de
l'Europe . La Ville eſt fort
renommée, a de grandes ruës,
de belles Maiſons, & des Places
qu'on eftime , parmy lefquelles
font celles des Fleurs,
& du grand Marché. Les
Ramparts y font une promenade
agreable , à cauſe des
allées d'Arbres qu'on y a plantez
. Il y a Generalité , Prefidial
& Bailliage . L'Evêché
eft fuffragant de Reims . L'Egliſe
Cathedrale de Noftre-
Dame eſt une des plus belles
des Amb. de Siam. 125
& des mieux ornées du
Royaume. On y conferve
le Chef de faint Jean-Baptiste .
Vvalon de Sarton Gentilhomme
de Picardie , qui s'étoit
croisé pour le voyage
d'Outre-mer , s'eſtant trouvé
en 1204. à la priſe de Conſtantinople,
en remporta cette
précieuſe Relique , qu'il
donna à l'Egliſe d'Amiens,
où il avoit un Frere Chanoine.
Ily a encore dans la Ville
d'autres belles Eglifes , avec
diverſes Maiſons Ecclefiaftiques
& Religieufes , & un
College de Jefuites.
Liij
126 III. P. du Voyage
Les Bourgeois , qui comme
je viens de vous marquer
eftoient ſous les Armes , conduifirent
les Ambaſſadeurs
Tambour battant juſqu'à la
porte du lieu qui avoit eſté
deſtiné pour leur logement.
On y poſa une Garde peu de
temps aprés. M. Fournier
Premier d'Amiens , accompagné
des Echevins , precedez
&ſuivis de tous les Officiers
de la Ville , leur vint faire
compliment , & offrir les
Prefens ordinaires . Il fit d'abord
un éloge du Roy de
Siam, & dit qu'ils refpectoient
des Amb. de Siam. 127
ce Monarque dans la perſonne
de ſes Ambassadeurs , & que le
bon accücil que Sa Majesté leur
avoit fait fuffiſoit pour leurfaire
connoiſtre la grandeur de leur
merite , dont ils avoient déja
oüy parler si avantageuſement.
Ilparla enfuite de l'abondance
de biens que le Commerce
produit , & fouhaita une longue
& heureuſe vie au Roy
de Siam , beaucoup de profperité
à tout fon Eftat , & la
joye d'un heureux retour à
leurs Excellences. Les Ambaſſadeurs
les remercierent avec
l'eſprit &l'honneſteté qui
Liiij
128 III. P. du Voyage
leur eſt ordinaire , & mar
querent qu'ils ſe ſouviendroient
de leur bonne reception.
Je vous ay dit que Mle
Premier d'Amiens porta la
parole. Ce nom de Premier
peut vous être nouveau. Nous
diſons icy Prevoſt des Marchands
; en d'autres Villes on
dit Premier , en d'autres
Mayeur, & il y en a qui employent
encore d'autres noms,
pour marquer la premiere dignité
de leur Ville. Ainſi
ſous quelques noms que je
vous parle de ceux qui au
des Amb. de Siam. 129
ront porté la parole , vous
devez croire qu'elle aura eſté
portée par celuy qui eſt à la
tête du Corps de Ville , à
moins que par quelques raifons
particulieres la Ville n'en
nomme d'autres ; ce qui arrive
quelquefois dans les Païs d'Eftats,
& ce qui ſe fit à Arras,
comme vous le verrez dans
la fuite.
Le lendemain 18. les
Compagnies deBourgeois ef
tant encore ſous les Armes ,
conduifirent les Ambaffadeurs
à l'Egliſe Cathedrale ,
afin d'arrêter une foule ing
130 III P. du Voyage
croyable de Peuple qui s'empreſſoit
pour les voir. Tout
leClergé les reçût, & les conduifit
juſqu'au Choeur, aprés
leur avoir fait compliment.
Lors qu'ils eurent conſideré
l'admirable ſtructure de cette
Eglife , ils pafferent à l'Evêché,
dont ils traverſerent tous
les Appartemens accompagnez
de Me l'Evêque , quiles
entretint toûjours avec l'efprit
dont il a ſi ſouvent don.
né d'éclatantes marques , &
par ſes diſcours publics , &
par ſes Ouvrages imprimez ,
Au fortir de l'Evêché les Am,
des Amb . de Siam. 131
baſſadeurs voulurent retourner
à l'Eglife , afin d'en examiner
encore toutes les beautez
, & fur tout la hauteur &
la delicateſſe de la Voûte ;
& ils dirent , que c'estoit une
des plus belles choses qu'ils euffent
veuës en France. Ils monterent
enfuite en Carroffe, &
fortirent de la Ville au bruit
du Canon des Ramparts , &
de celuy de la Citadelle.
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Résumé : Amiens. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs arrivèrent à Amiens le soir même de leur départ et furent accueillis par la bourgeoisie armée. Leur entrée fut marquée par 20 coups de canon, une tradition pour l'arrivée ou le départ des ambassadeurs dans les citadelles. Amiens, capitale de la Picardie, est une ville ancienne et importante située sur la rivière Somme. Plusieurs empereurs romains et rois, comme Édouard III, y ont séjourné ou rendu hommage. En 1597, la ville fut surprise par les Espagnols avant d'être reprise par Henri IV, qui y fit construire une citadelle. Amiens est célèbre pour ses grandes rues, ses belles maisons et ses places, notamment celles des Fleurs et du Grand Marché. La cathédrale Notre-Dame, où est conservé le chef de saint Jean-Baptiste, est particulièrement remarquable. Les bourgeois, dirigés par M. Fournier, Premier d'Amiens, offrirent des présents aux ambassadeurs et les complimentèrent sur la grandeur de leur monarque. Le lendemain, les ambassadeurs visitèrent la cathédrale et l'évêché, admirant l'architecture et étant reçus par le clergé et l'évêque. Ils quittèrent la ville au son du canon des remparts et de la citadelle.
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13
p. 207-215
Calais. [titre d'après la table]
Début :
Ils dînerent à Regouge qui est un petit Village sur [...]
Mots clefs :
Calais, Fort, Ville, Roi, Place, Port, Porte, Ambassadeurs, Canon, Citadelle
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texteReconnaissance textuelle : Calais. [titre d'après la table]
Ils dînerent à
Regouge qui est un petit Vi
208 III. P du Voyage
lage ſur le chemin de Calais ,
&arriverent le ſoir à la Ville
de ce nom. C'eſt un Port de
Mer dans la partie de la Picardie,
appellée Païs reconquis.
La Ville eſt bien bâtie & beaucoup
peuplée , & a de fort belles
ruës. Ily en a une qui commence
à la Porte de Terce, &
qui traverſant la grande Place
où eſt la Maiſon de Ville , aboutit
au Port. C'eſt la plus
confiderable . On voit dans
Calais le Palais de l'Auditoire
la Tour du Guet , de magnifiques
Eglifes , plufieurs Monafteres
, & divers Forts . Edes
Anb. de Siam. 209
doüard III. Roy d'Angleterre
emporta cette Ville ſur les
François en 1347. aprés un
Siege de plus de dix mois. Les
Anglois la conſerverent jufques
en 1558. que le Duc de
Guiſe l'affiegea , & la prit dix
jours apres . L'Archiduc Albert
d'Autriche que le Roy
d'Eſpagne avoit fait Gouverneur
des Pays -bas , la reptit en
1596. & deux ans aprés , elle
fut renduë au Roy Henry IV.
par le Traité de Vervins . Depuis
ce temps-là , elle a eſté
fortifiée tres - regulierement ,
& eſt devenue une des plus
S
210 III. P. du Voyage
importantes Places du Royaume.
Les Ambaſſadeurs y furent
receus au bruit du Canon
& le Major qui commandoit
les Troupes , leur fit compliment
à la porte. Ils paſſerent
àtravers pour ſe rendre aulogis
qui leur avoit efté preparé
, &trouverent à la porte de
leur logement une Compagnie
de so. Hommes , avec unCapitaine
, un Lieutenant , & un
Enſeigne. Apres que Mrs du
Magiſtrat ſe furent acquitez
de leur compliment , en leur
offrant les Preſens de la Ville,
leMajor leur vint demander le
desAmb. de Siam . 211
mot , & celuy qu'il receut
fut , où la valeur reſiſte , la ruſe
fuccombe , parce qu'ils avoient
ſceu qu'on avoit tenté pluſieurs
fois de ſurprendre cette
Place , & que de telles entrepriſes
avoient toûjours
manqué de fuccez .
La pluye qui tomba le
lendemain en abondance, ne
les empeſcha point de viſiter
toutes les Fortifications de la
Ville, avec l'Ingenieur qui en
avoit le Plan , & de l'examiner
en meſme temps. Ils s'attacherent
fort à confiderer le
glacis qui regardeGravelines,
S ij
212 III. P. du Voyage
qu'ils trouverent tres-beau ,
ainſi que celuy d'où l'on peut
voir les Châteaux de Douvres
& les Dunes. Le Port leur parut
également beau &grand...
Il eſt fort feur & feparé en
deux bras pour recevoir les
Vaiſſeaux qu'on y voit toû--
jours en fort grand nombre.
Ils font deffendus par unFort
nommé le Fort de Risban, qui
eft à gauche du Port, & que
les Ambaſſadeurs examinerent
avec grand foin. Ils allerent
auffi à la Citadelle à
laquelle le Roy a fait beaucoup
travailler. Elle est fort
des Amb.de Siam. 213
grande & entourée de foſſez
profonds , & de marais qui
font tous remplis de l'eaude
la mer. Toutes les commoditez
qu'on peut ſouhaiter dans
une Place de guerre, font dans
cette Citadelle , & l'on peut
dire que cette Ville - là tire
encore beaucoup de force du
zéle & de la valeur de fes
Habitans, qui ont donné fort
ſouvent des marques de leur
affection pour la France. Les
Ambaſſadeurs qui avoient
efté receus au bruit du canon
du Fort par M. Vignon
qui en eſt Gouverneur , &
214 III . P. du Voyage
qui leur avoit rendu tous les
honneurs qu'ils pouvoient
attendre , ne le furent pas
moins bien à la Citadelle par
M. de Bouteville Lieutenant
de Roy , & tout s'y paſſa pour
les honneurs & pour l'examen
de la Place, comme dans
les autres Citadelles dont je
vous ay déja parlé. Lorſqu'ils
pafferent devant la Maiſon
de Ville , on tira du canon
qui estoit devant le Corps de
garde de la Place. Ils donnerent
ce foir-là pour mot , il
eſt revenu pour triompher, parce
que le Roy avoit eſté fort
des Amb . de Siam. 215
malade à Calais , & qu'il a
toujours triomphé depuis cette
maladie.
Regouge qui est un petit Vi
208 III. P du Voyage
lage ſur le chemin de Calais ,
&arriverent le ſoir à la Ville
de ce nom. C'eſt un Port de
Mer dans la partie de la Picardie,
appellée Païs reconquis.
La Ville eſt bien bâtie & beaucoup
peuplée , & a de fort belles
ruës. Ily en a une qui commence
à la Porte de Terce, &
qui traverſant la grande Place
où eſt la Maiſon de Ville , aboutit
au Port. C'eſt la plus
confiderable . On voit dans
Calais le Palais de l'Auditoire
la Tour du Guet , de magnifiques
Eglifes , plufieurs Monafteres
, & divers Forts . Edes
Anb. de Siam. 209
doüard III. Roy d'Angleterre
emporta cette Ville ſur les
François en 1347. aprés un
Siege de plus de dix mois. Les
Anglois la conſerverent jufques
en 1558. que le Duc de
Guiſe l'affiegea , & la prit dix
jours apres . L'Archiduc Albert
d'Autriche que le Roy
d'Eſpagne avoit fait Gouverneur
des Pays -bas , la reptit en
1596. & deux ans aprés , elle
fut renduë au Roy Henry IV.
par le Traité de Vervins . Depuis
ce temps-là , elle a eſté
fortifiée tres - regulierement ,
& eſt devenue une des plus
S
210 III. P. du Voyage
importantes Places du Royaume.
Les Ambaſſadeurs y furent
receus au bruit du Canon
& le Major qui commandoit
les Troupes , leur fit compliment
à la porte. Ils paſſerent
àtravers pour ſe rendre aulogis
qui leur avoit efté preparé
, &trouverent à la porte de
leur logement une Compagnie
de so. Hommes , avec unCapitaine
, un Lieutenant , & un
Enſeigne. Apres que Mrs du
Magiſtrat ſe furent acquitez
de leur compliment , en leur
offrant les Preſens de la Ville,
leMajor leur vint demander le
desAmb. de Siam . 211
mot , & celuy qu'il receut
fut , où la valeur reſiſte , la ruſe
fuccombe , parce qu'ils avoient
ſceu qu'on avoit tenté pluſieurs
fois de ſurprendre cette
Place , & que de telles entrepriſes
avoient toûjours
manqué de fuccez .
La pluye qui tomba le
lendemain en abondance, ne
les empeſcha point de viſiter
toutes les Fortifications de la
Ville, avec l'Ingenieur qui en
avoit le Plan , & de l'examiner
en meſme temps. Ils s'attacherent
fort à confiderer le
glacis qui regardeGravelines,
S ij
212 III. P. du Voyage
qu'ils trouverent tres-beau ,
ainſi que celuy d'où l'on peut
voir les Châteaux de Douvres
& les Dunes. Le Port leur parut
également beau &grand...
Il eſt fort feur & feparé en
deux bras pour recevoir les
Vaiſſeaux qu'on y voit toû--
jours en fort grand nombre.
Ils font deffendus par unFort
nommé le Fort de Risban, qui
eft à gauche du Port, & que
les Ambaſſadeurs examinerent
avec grand foin. Ils allerent
auffi à la Citadelle à
laquelle le Roy a fait beaucoup
travailler. Elle est fort
des Amb.de Siam. 213
grande & entourée de foſſez
profonds , & de marais qui
font tous remplis de l'eaude
la mer. Toutes les commoditez
qu'on peut ſouhaiter dans
une Place de guerre, font dans
cette Citadelle , & l'on peut
dire que cette Ville - là tire
encore beaucoup de force du
zéle & de la valeur de fes
Habitans, qui ont donné fort
ſouvent des marques de leur
affection pour la France. Les
Ambaſſadeurs qui avoient
efté receus au bruit du canon
du Fort par M. Vignon
qui en eſt Gouverneur , &
214 III . P. du Voyage
qui leur avoit rendu tous les
honneurs qu'ils pouvoient
attendre , ne le furent pas
moins bien à la Citadelle par
M. de Bouteville Lieutenant
de Roy , & tout s'y paſſa pour
les honneurs & pour l'examen
de la Place, comme dans
les autres Citadelles dont je
vous ay déja parlé. Lorſqu'ils
pafferent devant la Maiſon
de Ville , on tira du canon
qui estoit devant le Corps de
garde de la Place. Ils donnerent
ce foir-là pour mot , il
eſt revenu pour triompher, parce
que le Roy avoit eſté fort
des Amb . de Siam. 215
malade à Calais , & qu'il a
toujours triomphé depuis cette
maladie.
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Résumé : Calais. [titre d'après la table]
Le texte relate un voyage vers Calais, une ville portuaire en Picardie, célèbre pour ses rues et ses fortifications. Calais a été conquise par Édouard III d'Angleterre en 1347 après un siège de dix mois et est restée sous contrôle anglais jusqu'en 1558, date à laquelle le Duc de Guise la reprit. L'Archiduc Albert d'Autriche la reconquit en 1596, mais elle fut rendue à Henri IV par le Traité de Vervins en 1598. Depuis, Calais a été régulièrement fortifiée et est devenue une place stratégique du royaume. Les ambassadeurs de Siam y furent reçus avec des honneurs militaires, notamment des salves de canon. Ils visitèrent les fortifications, examinant le glacis vers Gravelines, les Châteaux de Douvres, le Port et le Fort de Risban. La Citadelle, renforcée par le roi, est entourée de fossés et de marais marins et est bien équipée pour la défense. Les habitants de Calais sont reconnus pour leur zèle et leur valeur. Les ambassadeurs reçurent également des honneurs à la Citadelle et passèrent devant la Maison de Ville, où des salves de canon furent tirées. Leur mot du jour fut 'il est revenu pour triompher', en référence à la guérison du roi après une maladie à Calais.
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14
p. 235-242
Ipres. [titre d'après la table]
Début :
Aprés l'avoir traversée, ils allerent dîner à Rosbruck, qui [...]
Mots clefs :
Ypres, Roesbrugge, Ville, Fort, Roi, La Neuville, Ambassadeurs, Place, Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ipres. [titre d'après la table]
Aprés l'avoir traversée , ils allerent
dîner à Rolbruck , qui
eſt un Bourg ſur le chemin
d'Ipre , où ils coucherent
le 3r. Ipre eſt une Ville
fort riche & qui a pluſieurs
belles Eglifes, dont S. Martin
eft la Cathedrale. Paul IV. y
eftablit un Eveſché en 1550.
ſous la Jurisdiction de l'Archeveſché
de Malines. On y
voit de beaux Edifiors , des
Palais&diverſes Places, entre
leſquelles celle de la Seigneurie
eft confiderable. CerteVille
a foutenu pluſieurs Sieges,
&fut foumiſe à laFrance par
Vij
236 III. P. du Voyage
celuy qu'y mit le Roy en
1678. aprés la priſe de Gand.
M de la Neuville, Lieutenant
de Roy, qui commande dans
la Place , receut les Ambaſſadeurs
à leur arrivée , & leur
marqua qu'il executoit avec
plaifir les ordres qu'il en avoit
eus de Sa Majefté. Le canon
ſe fit entendre,& la Garnifon
leur parut auffi belle que
nombreuſe . Ils allerent defcendre
à la Châtellenie , que
la Ville avoit deſtinée pour
leur logement, &qu'elle avoit
pris ſoin de faire meubler.
Aprés que M de Ville les
desAmb de Siam. 237
eurent complimentez avec la
ceremonie ordinaire des Prefens
, M de la Neuville demanda
le mot. Le premier
Ambaſſadeur donna mauvais
voisin , parceque ceste Ville
eſt proche de Gand & de Bruges,&
que le Roy eſt un dangereux
voiſin quand on l'offenſe
. Le lendemain ils virent
en dehors le corps de la Place,
& tous les Travaux, où ils
trouverent une grande quantité
de Perdrix ; ce qui leur
donna beaucoup de plaifir,
& les obligea de dire qu'il
faloit que Mr de la Neuville
238 III. P. du Voyage
fust un homme d'un grand ordre,
puiſqu'il pouvoit venir à bout
de faire conſerver tout ce Gibier.
Les foffez eſtoient auſſi remplis
de Canards & de Sercelles,&
de toute forte de Gibier
ſauvage. Ils virent un trésgrand
nombre d'Ouvriers qui
travailloient en pluſieurs endroits,
& cela fut cauſe qu'ils
parlerent beaucoup de la
grandeur & de la puiſſance
du Roy , & de l'amour qu'il
avoit pour ſes Sujets , puifqu'il
faifoit tant de dépenſe
pour les mettre en ſeureté.
On dîna chez M Deſmadrit
1
N
des Amb. de Siam. 239
le repas fut propre , magnifique
& grand , & accompagné
de quantité d'inſtrumens ,
ainſi que de pluſieurs fortes
de Liqueurs , dont il y avoit
en abondance. On ſe mit enfuite
dans un bateau fort
propre pour aller voir les éclufes
qui font à une lieuë de S.
Omer . Il y avoit dans ce bateau
un grand nombre de
trompettes qui joüoient alternativement
, & fe repondoient
les uns aux autres. On
arriva aux Ecluſes, où l'on fit
monter deux bateaux chargez
de pierres , ce qui furprit
240 III. P. du Voyage
fort les Ambaſſadeurs , hors
le ſecond qui dit qu'il en avoit
vû de même à la Chine. Ils
prierent qu'on leur fiſt voir
juſques à la moindre partie
de ces écluſes ; on leur donna
cette fatisfaction , ce qui
fut cauſe qu'on rentra fort
tard ; le bruit des Inftrumens
annonça le retour des Ambaſſadeurs
. Ils donnerent ce
foir là pour mot , ſi l'on m'attaque
je rongeray mon bras ,
parce que M de la Neuville
Commandant de la Place chez
د
qui ils alloient ſouper eft
manchot. On ne peut rien
ajouter
des Amb. de Siam. 241
ajoûter à la propreté , & à la
magnificence de ce repas . On
y but la Santé de l'Alliance
Royale , & celle des deux
Rois avec un fi grand bruit
de Canon , que beaucoup de
vitres ſe reſſentirent de cette
grande joye. Ainſi les Ambaſſadeurs
qui chaque jour
eſtoient de plus en plus remplis
de la grandeur de Sa Majeſté
, s'en retournerent charmez
de la bonne reception
que ſes Sujets luy faifoient
par tout. Ils partirent le lendemain
2. deNovembre aprés
avoir fait de grands remer-
4
X
242 III. P. du Voyage
ciemens à ces Ms qui les a
voient fi magnifiquement regalez
, & ne s'éloignerent du
bruit du Canon qui les ſalua
à leur fortie , que pour aller
entendre celuy de Menin.
dîner à Rolbruck , qui
eſt un Bourg ſur le chemin
d'Ipre , où ils coucherent
le 3r. Ipre eſt une Ville
fort riche & qui a pluſieurs
belles Eglifes, dont S. Martin
eft la Cathedrale. Paul IV. y
eftablit un Eveſché en 1550.
ſous la Jurisdiction de l'Archeveſché
de Malines. On y
voit de beaux Edifiors , des
Palais&diverſes Places, entre
leſquelles celle de la Seigneurie
eft confiderable. CerteVille
a foutenu pluſieurs Sieges,
&fut foumiſe à laFrance par
Vij
236 III. P. du Voyage
celuy qu'y mit le Roy en
1678. aprés la priſe de Gand.
M de la Neuville, Lieutenant
de Roy, qui commande dans
la Place , receut les Ambaſſadeurs
à leur arrivée , & leur
marqua qu'il executoit avec
plaifir les ordres qu'il en avoit
eus de Sa Majefté. Le canon
ſe fit entendre,& la Garnifon
leur parut auffi belle que
nombreuſe . Ils allerent defcendre
à la Châtellenie , que
la Ville avoit deſtinée pour
leur logement, &qu'elle avoit
pris ſoin de faire meubler.
Aprés que M de Ville les
desAmb de Siam. 237
eurent complimentez avec la
ceremonie ordinaire des Prefens
, M de la Neuville demanda
le mot. Le premier
Ambaſſadeur donna mauvais
voisin , parceque ceste Ville
eſt proche de Gand & de Bruges,&
que le Roy eſt un dangereux
voiſin quand on l'offenſe
. Le lendemain ils virent
en dehors le corps de la Place,
& tous les Travaux, où ils
trouverent une grande quantité
de Perdrix ; ce qui leur
donna beaucoup de plaifir,
& les obligea de dire qu'il
faloit que Mr de la Neuville
238 III. P. du Voyage
fust un homme d'un grand ordre,
puiſqu'il pouvoit venir à bout
de faire conſerver tout ce Gibier.
Les foffez eſtoient auſſi remplis
de Canards & de Sercelles,&
de toute forte de Gibier
ſauvage. Ils virent un trésgrand
nombre d'Ouvriers qui
travailloient en pluſieurs endroits,
& cela fut cauſe qu'ils
parlerent beaucoup de la
grandeur & de la puiſſance
du Roy , & de l'amour qu'il
avoit pour ſes Sujets , puifqu'il
faifoit tant de dépenſe
pour les mettre en ſeureté.
On dîna chez M Deſmadrit
1
N
des Amb. de Siam. 239
le repas fut propre , magnifique
& grand , & accompagné
de quantité d'inſtrumens ,
ainſi que de pluſieurs fortes
de Liqueurs , dont il y avoit
en abondance. On ſe mit enfuite
dans un bateau fort
propre pour aller voir les éclufes
qui font à une lieuë de S.
Omer . Il y avoit dans ce bateau
un grand nombre de
trompettes qui joüoient alternativement
, & fe repondoient
les uns aux autres. On
arriva aux Ecluſes, où l'on fit
monter deux bateaux chargez
de pierres , ce qui furprit
240 III. P. du Voyage
fort les Ambaſſadeurs , hors
le ſecond qui dit qu'il en avoit
vû de même à la Chine. Ils
prierent qu'on leur fiſt voir
juſques à la moindre partie
de ces écluſes ; on leur donna
cette fatisfaction , ce qui
fut cauſe qu'on rentra fort
tard ; le bruit des Inftrumens
annonça le retour des Ambaſſadeurs
. Ils donnerent ce
foir là pour mot , ſi l'on m'attaque
je rongeray mon bras ,
parce que M de la Neuville
Commandant de la Place chez
د
qui ils alloient ſouper eft
manchot. On ne peut rien
ajouter
des Amb. de Siam. 241
ajoûter à la propreté , & à la
magnificence de ce repas . On
y but la Santé de l'Alliance
Royale , & celle des deux
Rois avec un fi grand bruit
de Canon , que beaucoup de
vitres ſe reſſentirent de cette
grande joye. Ainſi les Ambaſſadeurs
qui chaque jour
eſtoient de plus en plus remplis
de la grandeur de Sa Majeſté
, s'en retournerent charmez
de la bonne reception
que ſes Sujets luy faifoient
par tout. Ils partirent le lendemain
2. deNovembre aprés
avoir fait de grands remer-
4
X
242 III. P. du Voyage
ciemens à ces Ms qui les a
voient fi magnifiquement regalez
, & ne s'éloignerent du
bruit du Canon qui les ſalua
à leur fortie , que pour aller
entendre celuy de Menin.
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Résumé : Ipres. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage d'ambassadeurs de Siam à Ipre, une ville riche et fortifiée. Après avoir traversé une rivière, ils dînèrent à Rolbruck et passèrent la nuit à Ipre, où ils furent accueillis par M. de la Neuville, lieutenant du roi. Ipre, célèbre pour ses églises et édifices, avait connu plusieurs sièges et fut soumise à la France en 1678. Les ambassadeurs visitèrent les fortifications et admirèrent la gestion du gibier par M. de la Neuville. Ils furent impressionnés par les travaux de défense et la quantité d'ouvriers. Un dîner somptueux fut organisé chez M. Desmadrit, suivi d'une visite des écluses près de Saint-Omer. Les ambassadeurs furent surpris par les écluses chargées de pierres, similaires à celles de la Chine. Le soir, ils soupergèrent chez le commandant manchot de la place, M. de la Neuville, et firent des vœux pour l'alliance royale. Le lendemain, ils partirent après avoir remercié leurs hôtes et entendirent le canon de Menin.
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15
p. 13-34
Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs estoient encore à deux lieuës de cette grande [...]
Mots clefs :
Douai, Roi, Ville, Ambassadeurs, Pièces, Repaire, Monsieur de Pommereuil, Alliance, Dames, Fonderie, Jésuites, Spectacle, Entrée, Canon, Renommée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs eſtoient
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
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Résumé : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, escortés par la cavalerie et les gardes à cheval de Monsieur de Pommereuil, firent une entrée solennelle dans une grande ville par la porte Notre-Dame. Les rues étaient bordées de soldats et de spectateurs, tandis que les fenêtres étaient occupées par des notables. À leur arrivée à l'hôtel préparé pour leur logement, Monsieur de Pommereuil leur rendit visite avec son état-major et présenta les magistrats et divers corps, dont Monsieur Becquet, premier pensionnaire de la ville. Monsieur Becquet souligna les ordres du roi pour rendre les honneurs dus aux ambassadeurs d'un grand monarque asiatique et exprima la joie de la ville de les recevoir. Il rappela également les exploits héroïques du roi de France, notamment sa capacité à vaincre ses ennemis et à apporter la paix en Europe. L'ambassadeur de Siam répondit en affirmant que la grandeur et la puissance du roi de France, ainsi que la magnificence de Versailles, avaient confirmé les récits entendus. L'université les harangua en latin, et l'ambassadeur offrit un mot en latin sur la musique. Le soir, ils furent divertis par des dames et des musiciens envoyés par Monsieur de Pommereuil. Le lendemain, ils visitèrent la fonderie et l'arsenal, admirant les canons, mortiers et autres équipements militaires. Ils assistèrent également à une démonstration de tir à la batterie de l'école des cadets d'artillerie. Après une collation chez Monsieur du Repaire, ils furent invités par les Jésuites à un spectacle célébrant l'alliance entre la France et le Siam. Les ambassadeurs exprimèrent leur satisfaction et leur admiration pour l'éducation dispensée par les Jésuites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 104-125
Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Cette Ville est en Picardie sur la riviere d'Aisne, qui la [...]
Mots clefs :
Soissons, Ville, Porte, Intendant, Ambassadeurs, Compagnies, Personnes, Armes, Maire, Palais, Heures, Compagnie, Gouverneurs, Roi, Magnificence, Officiers, Qualité, Canon, Palais épiscopal, Bourgeoisie
17
p. 51-106
Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que la Liste que je vous ay envoyée le mois passé [...]
Mots clefs :
Présents, Siam, Pièce, Argent, Or, Taille-douce, Vert, Cristal, Reliefs, Canon, Fusil, Roche, Pièces, Ponceau, Garni, Enrichi, Rouge, Broche, Pistolets, Diamants, Couleur, Étui, Boîte, Montre, Fleurs, Dessins, France, Glace, Représenter, Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Quoy que la Lifte que je
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
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Résumé : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit une liste détaillée de présents envoyés à Siam, incluant divers objets précieux et artistiques. L'auteur mentionne avoir déjà envoyé une liste précédente, mais il dispose de nombreuses nouvelles informations à partager. Il souligne la nécessité de recherches approfondies pour décrire précisément chaque pièce, tant en termes de quantité que de description particulière. Les présents sont destinés au roi de Siam, à la princesse de Sima, à M. Constance, et aux ambassadeurs. Ils incluent des objets d'art et de luxe tels qu'une couronne d'or enrichie de diamants, rubis, émeraudes et perles, un grand miroir de cristal garni d'or, une selle de cheval avec housse et harnais brodés, des vestes de velours brodées, des baudriers en broderie d'or, un vase d'ambre gravé, et plusieurs pièces d'étoffes précieuses. Les descriptions détaillées incluent des pendules, des montres, des fusils richement décorés, des lustres de cristal, des tapisseries de Flandre, des coffrets d'ambre, et diverses pièces d'étoffes en soie, brocart et drap d'or. Chaque objet est décrit avec précision, mettant en avant les matériaux précieux et les techniques de décoration utilisées. Pour le second ambassadeur, les présents incluent un lustre de cristal de roche, une pendule, plusieurs montres d'or ornées, des fusils et pistolets enrichis, des étoffes précieuses, et une tenture de tapisserie. Pour le troisième ambassadeur, les présents comprennent une pendule, une montre, des fusils, des pistolets, des girandoles, et des étoffes. Monsieur le Duc du Maine offre un grand lustre, des étoffes, une pendule, des objets en cristal, et un livre illustré des conquêtes du roi. M. le Marquis de Louvois offre des tables de marbre et un tapis de Savonnerie. M. le Marquis de Croissy offre un miroir, des corbeilles de cristal, des bassins d'argent, un vase en forme de fontaine, un crucifix d'ambre, des éventails, des bracelets, des tabatières, des chapelets, des flacons d'essences, des gants, des peaux d'Espagne, des coupes d'émail, des verres de cristal, et des goblets. M. le Marquis de Seignelay offre des miroirs, un bénitier, des tables de marbre, une tenture de tapisserie, des portraits, un fusil, des pistolets, des caisses de cristaux, des verres, une sous-coupe, un globe, un cabinet d'optique, et des tableaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 339-369
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
Les Ennemis en abandonnant Tolede pour prendre la route d'Arragon, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Roi, Général, Vendôme, Armée, Troupes, Cavalerie, Infanterie, Bataille, Canon, Dragons, Guadalajara, Reine, Guerre, Prisonniers, Brihuega, Général Stanhope, Staremberg, Gérone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des Nouvelles
d'Espagne.
Les Ennemis en abandonnant
Tolede pour prendre
la route d'Arragon
, ont
divisé leur Armée en differensCorps,
observant toujours
de les mettre à une
distancc qui ne leur ostast
pas les moyens de s'entresecouririles
uns les autres,
en casque quelqu'un fust
attaqué. Ils croyoient qu'-
ils pourroient estre harcelez
par quelques détachefmens
; mais ils ne com- eroienc pas que l'on pust
faire des démarches allez
promptes pour les attaquer
avec toute l'Armée.
Le Roy d'Espagne pour
leur ôter le soupçon qu'on
pust les suivre, estoit allé
exprés avec Monsieur de
Vendosme à Madrid pendant
que les Troupes, par
differens Corps, déroboient
aux Ennemis desmarches
précipitées.SaMajesté Catholique,
avant de partir
ordonna au Détachement 1
detous lesGrenadiers de I
Itil'Armée
&de cent hommes
choisis par Bataillon avec
trente- deux Escadrons de
Cavalerie & de Dragons de
marcher le plus legerement
qu'ils pourroient pour tâ.
cher de joindre les Ennemis.
Mr de Vallejo reçut
ordre de les attaquer par
tout où il les trouveroit
avec douze cens Maistres
qu'il commandoit, afin de
les arrester.
Apres ces précautions.
le Roy & Vendosme arrivèrent
le 7. Décembre à
Alcala, où ils apprirens
qu'il y avoit à une lieuë de
là un Régiment des Ennemis.
Sa Majestéordonna à
Don Feliciano de Bracamonte
d'y marcher avec sa
Brigade. Il fit tant de diligence
qu'il surprit ce Regiment
& le fit prisonnier.
LETTRE
De sa Adajefté Catholique
à la Reine.
Du Camp de Brihuega,
le 9 Décembre.
Je vous dépêche un Courrier
pour vous apprendre une
nouvelle aussi agréablequ'importante.
Mous menons défaire
huit Bataillons & huit Escadrons
prisonniers de guerre.
Nous avons fait donner l'af
faut après midi à Brihuega , aprèsl'avoir battu toute 1,4
matinée avec notre Canon.
LesBrèches étoientfort petites
&les Ennemis avoient retranchemens
sur retranchemens.
L'affaire a esléfort disputée&
a duré plus de deux heures;
mais enfin nos Troupes étant
entrées dans la Ville de maison
en maison
, 0* les Ennemis
s'étant retirez dans un retranchement
qu'ils avoient fait
dans la Place, ont battu la
Chamade. Il n'y a eu aucune
contestation au sujet de la Ca.
pitulation, puifqu'ils ont proposéd'obordqu'on
les reçutprisonniers
de guerre, ce qui leur
a esteaccordé. Tous les Officiers
Generaux Anglois sont du
nombre des Prisonniers. Ce
font Stanhope, Wills &Carpenter.
De notre côté le Marquis
deThouy a esté blesséà la
main ; de celui des EnnemÙ,
Carpenter est bllJé. L'action
a estéfort chaude, (y notre In.
fanterie a hit'# séparécequ'elle
fit à laBataille de Sarragosse ,
en faisant des merveilles aujourd'hui.
Des huit Bataillons
ily en a sept Anglais & un
Portugais, mais à la solde de
la Reine Anne, Les huit Ef.
cadrons consistent en trois Pe.
ymens de Dragons & un de
Cavalerie, tousAnglois;c'etoientles
meilleure, Troupes des
Ennemis,
Je joins à cette bonne nouvelle,
la prise que fit hier Braamonte,
d'un Bataillon Allemand.
Le Comte de Suremberg
sefl avancé aujourd'hui avec
plus de quatre mille hommes à
deux lieuësd'icy ,suivant les
avisquej'en ay eu, apparemmentpoursecourir
Stanhope.
Le Roy d'Espagne estanc
parti le 8 au marin de Guadalaxara
avec toute Ca Cava-
-
lerie pour donner sur l'arriere-
garde des Ennemis,
il eut avis que le General
Stanhopeestoit dans Brihuega
; il marcha droit à
lui1
pourl'attaquer,mais voyant
qu'il s'y estoit retranché de
maniere à se bien deffendre,
il fit invertirlaVille sur tout
du côcé de la Rivière par ou
il jugeoit qu'il pourroit se
retirer à la faveur de la nuit.
La Ville de Brihuega située
à six lieuës de Guadalaxara,
efl: fermée d'une muraille
fort haute, fort épaisse &
revêtue d'une Terrasse en
quelques endroits, avec des
Tours antiques & un alîez
~on Château. Apres avoir
tiré quelques coups de ca-
- ~on on somma les Ennemis
le se rendre,& surle refus
qu'ils en firent on dressa pen-
~ant la nuit de nouvelles bateries
qui commencerent à
tirer le9 au matin & firent
une bréche qui devint inutile
à cause des Terrasses,
Mais Monsieur de Vendome
ayant remarqué plusieurs
maisons attachéesàl'enceinte
des murailles en dehors,
lesfit occuper pour attacher
par là le Mineur &faire une
Brèche pratiquable de ce côté
là. Quand tout sur disposé,
Sa Majesté fitfaire deux
attaques & donna ordre
pour soûtenir la gauche, qui
estoit la veritable. Enfin on
donna l'assaut; l'action fut
long-temps disputée, & les
notres se voyant arrêtez par
le grand nombre & par des
retranchemens qu'ils trouvoient
dans les ruës de 20
en 20 pas, se retrancherent
de leur coté sur la Brèche
pour y attendre du renfort.
Peu de temps après Monsieur
le Duc de Vendosme
y mena quelques Bataillons
qui s'étant jointà eux,pousserentles
Ennemis en garnant:
toujoursle Terrain
le maisonen maison & do
etranchement en rctranchement,
en quoy ilsfurent
aidez par les habitans qui
démolissoient leurs propres
maisons pour assommer les
Ennemis à coups de pierres;
ils penetrent enfin jusqu'au
centre de laVille, pendant
que d'autres Troupes commandées
à l'attaque de la
droite, faisoient diversion;
ce qui obligea les Ennemis
à battre la Chamade & à
capituler. Ils répugnoient
à sedésarmer dès le foir &
à livrer' une des Portes du
Château, maisonles y obligea
sur l'avis que Sa Majesté
eut que le General Sta~
remberg s'avançoit pour les
ecourir. MrdeZuniga fut
chargé du foin de faire
xecuter la Capitulation,
pendant que le Roy & Mr
le Vendôme se disposoient
aller combattre Mr de
taremberg.
D'autres Lettres portent
~ue Mrde Bracamontedé-
~ché par le Roy, cmpêcha
le General Starcm-
~erg de rompre le Pont de
Guadalaxara,ce qui facilitapassage
de l'Armée pour
~atcher à Brihuega.
Un Lieutenant general
& deux Lieutenans Colonels
vinrent capituler. Ils
consentirent d'abord àestre
Prisonniers de guerre. On
accorda aux principaux Officiers,
leurs chevaux & bagages,
à l'exception des Vases
sacrez
, en cas qu'ils'en
trouvast.
; Pendant laCapitulation,
on entendit plusieurs coups
de canon ; c'estoit le signal
de l'Armée ennemie, pour
avertir le General Stanhope
qu'onvenoitlesecourir.
Le 10. au matin le Roy
fut avertique les Ennemis
paroissoient sur la hauteur
de Villa-viciosa, où Monsieur
de Vendosme avoit
posté dès le soir toute la Cavalerie
, ayant prévu que
Mr de Staremberg hafarderoit
le tout pour le tout.
On rangea l'Armée en baaille,
la droite appuyée à
un grand ravin, & la gauhe
à un petit Bois d'Oliiers
où les Ennemis ne pû-
~ent pasallonger leur droite
pour donner une étendue à
~ur gauche qu'ils connucnt
que nous débordions
considerablement par nôtre
droite. Nous avions dans;
nôtre centre un terrain desavantageux
par quantité de
ravins & de petites murailles
de terre séche de la hauteur
de deux pieds & demi.
Nostre droite de Cavalerie
estoit commandée par Mr
le Marquis de Val deCanas;
nostre gauche par Mr le
Comte d'Aguilar,& nostre
centre d'Infanterie par
Mr le Comte de las Torrés,
au deffaut de Mr le
Marquis de Thouy qui avoit
estéblessé la veille à la main
& au pied, & qui ne laissa
pas,malgré toutes les remontrances
qu'on luy faisoit,
de combattre à la te-fte
d'un Escadron ; les Ennemis
à la portée du canon en
mirent vingt pieces en batterie
avec deux mortiers:
le nostre costé nous en mimes
22.pieces. Sur les deux
~eures la canonnade commençant
de part & d'au-
~e,le Roy passa à la droite,
ontre laquelle jcs Ennemis
voient dressé une batterie
leneufpieces, qui faifoienc
~un
feu très-vif.Monsieur
de Vendosme passa à la gauche
& dés qu'il fut arrivé
l'Armée marcha. Nostre
droite que le Roy conduisoit
passa un grand ravin,
& se reforma en presence
de l'Ennemi du costé de
Villa viciosa, qui a donné le
nom à cette Bataille. Monsieur
de Vendosme estantà
la gauche envoya ordre à
Mr Mahoni, qui commandoit
le Corps de Dragons
de marcher au grand
trot, & de gagner les derrieres
des Ennemis pour faciliter
la jonction de Mr de
Bracamonté,qui arriva avec
mille chevaux précisément
à l'heure qui luy avoit esté
prescrite dans le temps que
les deux Armées estoient aux
mains. Cette précaution
nous donna le moyen de gagner
les derrieres de leur Infanterie
, où la Cavalerie de
nostre droite avoir penetré ,
en renversant l'aîle gauche
quîluyestoitopposée. Cette
Infanterie ainsi enveloppée
,fitd esefforts de valeur
si étonnans qu'elle gagna
même duterrain sur la nôtre,
ce qui a fait dire dans
quelques Lettres, qu'elle
avoit plié d'abord. Mais enfin
les Gardes Walonnes &
Espagnoles percerent les
deux Lignes & la Reserve
des Ennemis,& renversérent
un gros Bataillon quarré
au milieu duquel estoit
Mr de Staremberg. Les
Gardes du Roy avec le Regiment
de a Reine commandé
par' Mrle Marquis
de Reaucour, penetrerent
deux fois le centre des Ennemis
,& il ne se seroit pas
fauvé un homme sans la
nuit quisavorisa la retraite
d'une partie decette Infanterie
qui se retira avec preci
pitation du cofté de Siguença.
Il nous est resté avec le
Champ de Bataille, vingt
piéces de canon,deux Mortiers
, tous les équipages
d'Artillerieavecquantitéde
chariots longs,attelezchacun
de huit Mulets;ceschariots
sont nommez Galleres
par les Espagnols. Parmi les
Bagages, il s'esttrouvé environ
huit millefusils. Mr
Mahoni a pris d'un autre
:osié sept cens Mulets chargez
, & les Troupes fefonr
enrichies du butin que les
ennemis avoient pillé dans
la Castille. On Soldat courut
porter à Monsieur de
Vendoime, un Ecendart qu'-
il avoit pris, & refusa l'argent
que ce Prince vouloit
luy donner;illuy dit en luy
montrant une bourse pleine
d'or,voila ce que l'ongagne en
combattant pourson Roy.
Il est demeuré plus de
quatre mille hommes sur le
Champ de Bataille, & on a
fait trois mille prifonniersy,
parmi lesquels font Mr de 1
Belcastel,
Belcastel, Commandant les
Troupes deHollande, Mr
leS.Amant,Lieutenants
Generaux,&un grand nom. -
ne d'autres Omciers.; outre
leux mille trois cens autres
risonniers
,
presque tous
Cavaliers, qui ont esté pris
ar Mr de Vallejo le lendemain
de la Bataille. En forque
decestrois journées,
ous avons neuf mille prionnierseffectifs.
Il y a quanté
de-Drapeaux , d'Etenarts
, & de Timbales;on
en sçait pas le nombre,
arcequ'on en apportoit encore
lois que.Mr deZuniga
est parti pour apposer
ce détail au Roy. Loçfcjtjc
sa Majesté Cajthpliqwe l'a
dépesché,on ne f<jqvjûiitpa$
non plus au juste, latv>r#:
bre desmorts & des blessez
, tant ducoftp.âe.$cru>crnief
que cJecelVy;cUs££psrt
gnoltyquiQaripcfrdftfàsn
PedrodeRonquillo,-.tué
danslaBataille,&Mr le
ComtedûRucetoondetle
premier MiréchaldcGar$>p,
& le dernier Brigadier, mort
des blesures qu'il avoit re-t
çuës la veille àla prise do &nht~ ';,
Mt Maboni poursuivoit
vivement le General
Staremberg
; on assurequ'-
ill'avoitatteint, &fait sommerdeserendre;
onattend
unCourrier pour estre éclaircidelafin
de cette grande
affaire.
* On aprend qu'onapris
encore autres deux mille
hommes aprés la déroute.
•.
Extrait d',une Lettre de
devant Gironne.
Mr le Duc de Noailles
alla camper le 14. à Cervia
& le 15. on a investi Gironne
; tous les Miquclets&
Sommetans des Ennemis,
voulant disputerun costé de
la Montagne, ont esté repoussez
& défaits par Mr de
Planque.
On vient d'apprendre depuis
cette Lettre que la tranchée
est ouverte devant Gironne
,& que Mr le Duc de
Noailles est parti avec une
bonne partie de sa Cavalc
d'Espagne.
Les Ennemis en abandonnant
Tolede pour prendre
la route d'Arragon
, ont
divisé leur Armée en differensCorps,
observant toujours
de les mettre à une
distancc qui ne leur ostast
pas les moyens de s'entresecouririles
uns les autres,
en casque quelqu'un fust
attaqué. Ils croyoient qu'-
ils pourroient estre harcelez
par quelques détachefmens
; mais ils ne com- eroienc pas que l'on pust
faire des démarches allez
promptes pour les attaquer
avec toute l'Armée.
Le Roy d'Espagne pour
leur ôter le soupçon qu'on
pust les suivre, estoit allé
exprés avec Monsieur de
Vendosme à Madrid pendant
que les Troupes, par
differens Corps, déroboient
aux Ennemis desmarches
précipitées.SaMajesté Catholique,
avant de partir
ordonna au Détachement 1
detous lesGrenadiers de I
Itil'Armée
&de cent hommes
choisis par Bataillon avec
trente- deux Escadrons de
Cavalerie & de Dragons de
marcher le plus legerement
qu'ils pourroient pour tâ.
cher de joindre les Ennemis.
Mr de Vallejo reçut
ordre de les attaquer par
tout où il les trouveroit
avec douze cens Maistres
qu'il commandoit, afin de
les arrester.
Apres ces précautions.
le Roy & Vendosme arrivèrent
le 7. Décembre à
Alcala, où ils apprirens
qu'il y avoit à une lieuë de
là un Régiment des Ennemis.
Sa Majestéordonna à
Don Feliciano de Bracamonte
d'y marcher avec sa
Brigade. Il fit tant de diligence
qu'il surprit ce Regiment
& le fit prisonnier.
LETTRE
De sa Adajefté Catholique
à la Reine.
Du Camp de Brihuega,
le 9 Décembre.
Je vous dépêche un Courrier
pour vous apprendre une
nouvelle aussi agréablequ'importante.
Mous menons défaire
huit Bataillons & huit Escadrons
prisonniers de guerre.
Nous avons fait donner l'af
faut après midi à Brihuega , aprèsl'avoir battu toute 1,4
matinée avec notre Canon.
LesBrèches étoientfort petites
&les Ennemis avoient retranchemens
sur retranchemens.
L'affaire a esléfort disputée&
a duré plus de deux heures;
mais enfin nos Troupes étant
entrées dans la Ville de maison
en maison
, 0* les Ennemis
s'étant retirez dans un retranchement
qu'ils avoient fait
dans la Place, ont battu la
Chamade. Il n'y a eu aucune
contestation au sujet de la Ca.
pitulation, puifqu'ils ont proposéd'obordqu'on
les reçutprisonniers
de guerre, ce qui leur
a esteaccordé. Tous les Officiers
Generaux Anglois sont du
nombre des Prisonniers. Ce
font Stanhope, Wills &Carpenter.
De notre côté le Marquis
deThouy a esté blesséà la
main ; de celui des EnnemÙ,
Carpenter est bllJé. L'action
a estéfort chaude, (y notre In.
fanterie a hit'# séparécequ'elle
fit à laBataille de Sarragosse ,
en faisant des merveilles aujourd'hui.
Des huit Bataillons
ily en a sept Anglais & un
Portugais, mais à la solde de
la Reine Anne, Les huit Ef.
cadrons consistent en trois Pe.
ymens de Dragons & un de
Cavalerie, tousAnglois;c'etoientles
meilleure, Troupes des
Ennemis,
Je joins à cette bonne nouvelle,
la prise que fit hier Braamonte,
d'un Bataillon Allemand.
Le Comte de Suremberg
sefl avancé aujourd'hui avec
plus de quatre mille hommes à
deux lieuësd'icy ,suivant les
avisquej'en ay eu, apparemmentpoursecourir
Stanhope.
Le Roy d'Espagne estanc
parti le 8 au marin de Guadalaxara
avec toute Ca Cava-
-
lerie pour donner sur l'arriere-
garde des Ennemis,
il eut avis que le General
Stanhopeestoit dans Brihuega
; il marcha droit à
lui1
pourl'attaquer,mais voyant
qu'il s'y estoit retranché de
maniere à se bien deffendre,
il fit invertirlaVille sur tout
du côcé de la Rivière par ou
il jugeoit qu'il pourroit se
retirer à la faveur de la nuit.
La Ville de Brihuega située
à six lieuës de Guadalaxara,
efl: fermée d'une muraille
fort haute, fort épaisse &
revêtue d'une Terrasse en
quelques endroits, avec des
Tours antiques & un alîez
~on Château. Apres avoir
tiré quelques coups de ca-
- ~on on somma les Ennemis
le se rendre,& surle refus
qu'ils en firent on dressa pen-
~ant la nuit de nouvelles bateries
qui commencerent à
tirer le9 au matin & firent
une bréche qui devint inutile
à cause des Terrasses,
Mais Monsieur de Vendome
ayant remarqué plusieurs
maisons attachéesàl'enceinte
des murailles en dehors,
lesfit occuper pour attacher
par là le Mineur &faire une
Brèche pratiquable de ce côté
là. Quand tout sur disposé,
Sa Majesté fitfaire deux
attaques & donna ordre
pour soûtenir la gauche, qui
estoit la veritable. Enfin on
donna l'assaut; l'action fut
long-temps disputée, & les
notres se voyant arrêtez par
le grand nombre & par des
retranchemens qu'ils trouvoient
dans les ruës de 20
en 20 pas, se retrancherent
de leur coté sur la Brèche
pour y attendre du renfort.
Peu de temps après Monsieur
le Duc de Vendosme
y mena quelques Bataillons
qui s'étant jointà eux,pousserentles
Ennemis en garnant:
toujoursle Terrain
le maisonen maison & do
etranchement en rctranchement,
en quoy ilsfurent
aidez par les habitans qui
démolissoient leurs propres
maisons pour assommer les
Ennemis à coups de pierres;
ils penetrent enfin jusqu'au
centre de laVille, pendant
que d'autres Troupes commandées
à l'attaque de la
droite, faisoient diversion;
ce qui obligea les Ennemis
à battre la Chamade & à
capituler. Ils répugnoient
à sedésarmer dès le foir &
à livrer' une des Portes du
Château, maisonles y obligea
sur l'avis que Sa Majesté
eut que le General Sta~
remberg s'avançoit pour les
ecourir. MrdeZuniga fut
chargé du foin de faire
xecuter la Capitulation,
pendant que le Roy & Mr
le Vendôme se disposoient
aller combattre Mr de
taremberg.
D'autres Lettres portent
~ue Mrde Bracamontedé-
~ché par le Roy, cmpêcha
le General Starcm-
~erg de rompre le Pont de
Guadalaxara,ce qui facilitapassage
de l'Armée pour
~atcher à Brihuega.
Un Lieutenant general
& deux Lieutenans Colonels
vinrent capituler. Ils
consentirent d'abord àestre
Prisonniers de guerre. On
accorda aux principaux Officiers,
leurs chevaux & bagages,
à l'exception des Vases
sacrez
, en cas qu'ils'en
trouvast.
; Pendant laCapitulation,
on entendit plusieurs coups
de canon ; c'estoit le signal
de l'Armée ennemie, pour
avertir le General Stanhope
qu'onvenoitlesecourir.
Le 10. au matin le Roy
fut avertique les Ennemis
paroissoient sur la hauteur
de Villa-viciosa, où Monsieur
de Vendosme avoit
posté dès le soir toute la Cavalerie
, ayant prévu que
Mr de Staremberg hafarderoit
le tout pour le tout.
On rangea l'Armée en baaille,
la droite appuyée à
un grand ravin, & la gauhe
à un petit Bois d'Oliiers
où les Ennemis ne pû-
~ent pasallonger leur droite
pour donner une étendue à
~ur gauche qu'ils connucnt
que nous débordions
considerablement par nôtre
droite. Nous avions dans;
nôtre centre un terrain desavantageux
par quantité de
ravins & de petites murailles
de terre séche de la hauteur
de deux pieds & demi.
Nostre droite de Cavalerie
estoit commandée par Mr
le Marquis de Val deCanas;
nostre gauche par Mr le
Comte d'Aguilar,& nostre
centre d'Infanterie par
Mr le Comte de las Torrés,
au deffaut de Mr le
Marquis de Thouy qui avoit
estéblessé la veille à la main
& au pied, & qui ne laissa
pas,malgré toutes les remontrances
qu'on luy faisoit,
de combattre à la te-fte
d'un Escadron ; les Ennemis
à la portée du canon en
mirent vingt pieces en batterie
avec deux mortiers:
le nostre costé nous en mimes
22.pieces. Sur les deux
~eures la canonnade commençant
de part & d'au-
~e,le Roy passa à la droite,
ontre laquelle jcs Ennemis
voient dressé une batterie
leneufpieces, qui faifoienc
~un
feu très-vif.Monsieur
de Vendosme passa à la gauche
& dés qu'il fut arrivé
l'Armée marcha. Nostre
droite que le Roy conduisoit
passa un grand ravin,
& se reforma en presence
de l'Ennemi du costé de
Villa viciosa, qui a donné le
nom à cette Bataille. Monsieur
de Vendosme estantà
la gauche envoya ordre à
Mr Mahoni, qui commandoit
le Corps de Dragons
de marcher au grand
trot, & de gagner les derrieres
des Ennemis pour faciliter
la jonction de Mr de
Bracamonté,qui arriva avec
mille chevaux précisément
à l'heure qui luy avoit esté
prescrite dans le temps que
les deux Armées estoient aux
mains. Cette précaution
nous donna le moyen de gagner
les derrieres de leur Infanterie
, où la Cavalerie de
nostre droite avoir penetré ,
en renversant l'aîle gauche
quîluyestoitopposée. Cette
Infanterie ainsi enveloppée
,fitd esefforts de valeur
si étonnans qu'elle gagna
même duterrain sur la nôtre,
ce qui a fait dire dans
quelques Lettres, qu'elle
avoit plié d'abord. Mais enfin
les Gardes Walonnes &
Espagnoles percerent les
deux Lignes & la Reserve
des Ennemis,& renversérent
un gros Bataillon quarré
au milieu duquel estoit
Mr de Staremberg. Les
Gardes du Roy avec le Regiment
de a Reine commandé
par' Mrle Marquis
de Reaucour, penetrerent
deux fois le centre des Ennemis
,& il ne se seroit pas
fauvé un homme sans la
nuit quisavorisa la retraite
d'une partie decette Infanterie
qui se retira avec preci
pitation du cofté de Siguença.
Il nous est resté avec le
Champ de Bataille, vingt
piéces de canon,deux Mortiers
, tous les équipages
d'Artillerieavecquantitéde
chariots longs,attelezchacun
de huit Mulets;ceschariots
sont nommez Galleres
par les Espagnols. Parmi les
Bagages, il s'esttrouvé environ
huit millefusils. Mr
Mahoni a pris d'un autre
:osié sept cens Mulets chargez
, & les Troupes fefonr
enrichies du butin que les
ennemis avoient pillé dans
la Castille. On Soldat courut
porter à Monsieur de
Vendoime, un Ecendart qu'-
il avoit pris, & refusa l'argent
que ce Prince vouloit
luy donner;illuy dit en luy
montrant une bourse pleine
d'or,voila ce que l'ongagne en
combattant pourson Roy.
Il est demeuré plus de
quatre mille hommes sur le
Champ de Bataille, & on a
fait trois mille prifonniersy,
parmi lesquels font Mr de 1
Belcastel,
Belcastel, Commandant les
Troupes deHollande, Mr
leS.Amant,Lieutenants
Generaux,&un grand nom. -
ne d'autres Omciers.; outre
leux mille trois cens autres
risonniers
,
presque tous
Cavaliers, qui ont esté pris
ar Mr de Vallejo le lendemain
de la Bataille. En forque
decestrois journées,
ous avons neuf mille prionnierseffectifs.
Il y a quanté
de-Drapeaux , d'Etenarts
, & de Timbales;on
en sçait pas le nombre,
arcequ'on en apportoit encore
lois que.Mr deZuniga
est parti pour apposer
ce détail au Roy. Loçfcjtjc
sa Majesté Cajthpliqwe l'a
dépesché,on ne f<jqvjûiitpa$
non plus au juste, latv>r#:
bre desmorts & des blessez
, tant ducoftp.âe.$cru>crnief
que cJecelVy;cUs££psrt
gnoltyquiQaripcfrdftfàsn
PedrodeRonquillo,-.tué
danslaBataille,&Mr le
ComtedûRucetoondetle
premier MiréchaldcGar$>p,
& le dernier Brigadier, mort
des blesures qu'il avoit re-t
çuës la veille àla prise do &nht~ ';,
Mt Maboni poursuivoit
vivement le General
Staremberg
; on assurequ'-
ill'avoitatteint, &fait sommerdeserendre;
onattend
unCourrier pour estre éclaircidelafin
de cette grande
affaire.
* On aprend qu'onapris
encore autres deux mille
hommes aprés la déroute.
•.
Extrait d',une Lettre de
devant Gironne.
Mr le Duc de Noailles
alla camper le 14. à Cervia
& le 15. on a investi Gironne
; tous les Miquclets&
Sommetans des Ennemis,
voulant disputerun costé de
la Montagne, ont esté repoussez
& défaits par Mr de
Planque.
On vient d'apprendre depuis
cette Lettre que la tranchée
est ouverte devant Gironne
,& que Mr le Duc de
Noailles est parti avec une
bonne partie de sa Cavalc
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Les forces ennemies, après avoir quitté Tolède, se dirigèrent vers l'Aragon en divisant leur armée en plusieurs corps pour se protéger mutuellement. Le roi d'Espagne, afin de dissimuler ses intentions, se rendit à Madrid avec Monsieur de Vendôme, tandis que les troupes espagnoles se préparèrent à attaquer les ennemis. Le roi ordonna à un détachement de grenadiers et de cavalerie de marcher rapidement pour intercepter les ennemis. Le 7 décembre, le roi et Vendôme arrivèrent à Alcala et apprirent la présence d'un régiment ennemi à proximité. Don Feliciano de Bracamonte surprit et captura ce régiment. Le 9 décembre, le roi d'Espagne informa la reine de la capture de huit bataillons et huit escadrons ennemis à Brihuega, après un assaut intense. Les ennemis, bien retranchés, furent finalement contraints de se rendre. Parmi les prisonniers figuraient les généraux Stanhope, Wills et Carpenter. Le roi d'Espagne, ayant appris que Stanhope était à Brihuega, marcha vers la ville et ordonna un assaut. Après une bataille acharnée, les ennemis capitulèrent. Le roi et Vendôme se préparèrent ensuite à affronter le comte de Starhemberg, qui avançait avec des renforts. Le 10 décembre, les deux armées s'affrontèrent près de Villa-Viciosa. Les troupes espagnoles, bien commandées, parvinrent à envelopper et à repousser les ennemis, capturant de nombreux prisonniers et du matériel. Dans les jours suivants, les troupes espagnoles continuèrent à faire des prisonniers et à capturer des drapeaux et des timbales. Le duc de Noailles, quant à lui, investit Gironne et repoussa les forces ennemies qui tentaient de défendre la montagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 66-86
NOUVELLES d'Espagne.
Début :
On a marqué dans les Relations de la Bataille de [...]
Mots clefs :
Espagne, Ennemis, Roi, Staremberg, Duc de Noailles, Batterie, Canon, Daroca, Gérone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Espagne.
NO,UVELLES d'EJpagne.
On a marqué dans les
Relations de la Bataille de
Villaviciosa
, que Mr le
Marquis de Thoy
,
quoy
qu'il eustesté blessé à lac-A
taque de Brihuega, ne laissa
»
pas de combatre à la telle;
d'un Escad ron; maison n'a
pu rien dire de l'avanture
qui luy arriva ;n'en ayant
esté informé que depuis
peu.
Il avoir percéjusqu'â la
Batterie des ennemis, lorsque
quatre de leursBatail-
Ions & un de leurs Escadrons
, ayant esté jusques
entre nos deux Lignes, se
retiroient en bon ordre.
Il reconnut bien leurInfanterie
; mais ayant crû que
f l'Escadron ennemi estoit un
des nostres, il alla se mettte
à la teste, en disant qu'il
falloitaller charger. Ilfut
Ï
reçu a coups de sabre, ôc
ensuite menéà la teste des
quatre Bataillons qui se formoient
en un Bataillon
quarré pour se retirer,
voyant que la Bataille estoit
perduë- Le Colonel d'un
Regiment Palatin qui avoit
esté entierement deffait répondit
de Mr deThoy aux
Officiers qui estoient presens.
On le relâcha,&il
vint ensuite rejoindre le
Royd'Espagne.
Sa Majesté Catholique
aprés avoir envoyé des détachemens
pour suivre le
General Staremberg
- ,
alla
camper le 12. à Fuentes, &-
arriva le ià Siguença. Les
habitans de cette Ville ont
donné des marques de fidelité
pourleur Roy légitime,
en se délivrant eux-mêmes
des Ennemis Le General
Staremberg y avoit envoyé
un Bataillon qu'ils contraignirent
de mettre bas les
armes.
Mr de Bracamonte avoit
fait prisonniers deux cens
hommes qui estoient dans
Hita ;& Mr de Valejoen
avoit encore pris deux cens
cinquante qui estoient sortis
de Médina- celipourailes1
jboindreele Grenergal Star.em-
A Daroca le 31. Decembre.
L'Armée du Roy a estéobligée
desejourner à Siguençajusqu'au
24.àcause de la difficulté
des subsistances.Lesmêmes
raisons avaient retenu les Ennemis
icy oùils avoient marchéjour
& nuit , ce quifait
quenous leuravonsencorepris
plus de quinzecens hommes.
Mr de Villarealqui suivoit
Mf de Staremberg avec cinq
cens Fantassins des Regimens
ds Staremberg& de Revent-
Itfw
, (.fJ' trente Maistres, a
rfié coupé par Mr de Valejo fl
£7*s'efl jetté dans le Chasteau
dïllli*c*a à trois lieuës de Calatajudoù
il s'estrendu prisonnier
deguerre. Nous avons trouvé
dans ce Chasteau d'Illuega a
trois lieuës de Calatajud où il
s'estrenduprisonnier de guerre,
Nous avons trouvé dans ce
Chasseau cinq mille sacs de
graindeux pieces de canon.
Nous prîmes encore hier le
Ghasteau d'Afil!d.J où ilyavoit
deux cens hommes des vieilles
Troupes de l'Empereur qui J'y
tf/oient" trouvées envelopées
par les détachemens que nous
avonsà lasuite des Ennemis.
Le 2. 3. MI de Staremberg
Arriva à Saragosse avec les débris
de fin Armée. M* de
Valejoquile sui voit toujours
attaqua son Atriere-garde, &
le culbuta dans cette Ville.
Monsieur de Vendosme a envoyéordre
àMr de Valejo&
à Mr de Bracamonté de paffit
l'Ebre, l'un audessus&l'au-
Ire au dessous de Sarragosse ,
pour couperentierementla communication
des Ennemis avec
Barcelone.
Barcelone. Mr de Valdecanas
ostà quatre lieuës de Sarragossse
avec la teste de nostre Cavalerie,&
nostre Infanteriey arrivera
le 2. du moisprochain.
D'autres Lettres portent
que tous les habitans des
lieux situez dans les Pyrenées
& le long de l Ebre font
soumis à SaMajesté Catholique;
que Mr le Chevalier
de Croix,Lieutenant gencral
ayant assemblé les Troupes
Efpagnolcs de la Navarre
à Tudela avoit marché
de l'autre costé de l'Ebre
à la droite de soncoursvers,
Sarragosse ; que leColonel
Nebor, sellant joint à,
un Corps de Miquelets.
avoit entrepris de faire des
courses dans le Royaume de
Valence,où il avoit esté battu
& obligé de seretirer en
desordre, & que les Troupes
de ce Royaume-là
, avoient
reçu ordre de marcher
vers Tortose pour en-
- trer dans la Catalogne; que
l'Archiduc estoitarrivé à
Barcelone avec une escorte
de cinquante Cavaliers seulement,&
environcinquante
de ses Officiers&Domestiques;
que le lendemain
18. à minuit, on entendit
une décharge de canon &
de mousqueterie
,
suivie de
grandes illuminations;que
ce qui avoit donné lieu de
faire ces réjoüissances,estoit
l'arrivée d'un Courrier de
Mr de Staremberg qui avoic
apporté la nouvelle que ce
General avoit entierement
défait l'Armée du Roy Philippe
; qu'en même temps
l'Archiduc sortit de son Palais
, &alla à l'Eglise pour y
faire chanter le Te Deum;
que pendant toutla jour on
parladecette V ctoire,mais
que le lendemain on n'en
parla prefquc plus; que trois
jours s'estant passez sans
qu'on en reçust la confirmation
, les plus sensez commencerent
-
d'en douter;
qu'il arriva ensuite quelques
fuyards qui dirent qu'il n'y
avoir point de Victoire gagnée
,mais qu'après le Combat
on s'estoit retiré de part
& d'autre accablé de fatigues,
& que Mr de Staremberg
s'en revenait, & que
Mr de Vendosme le suivoit;
que le General Staremberg
qui estoit arrivé le 23. à Sarragosse,
en estoit sorti le
2. 7.
qu'il avoir abandonné dix
pieces Pde canon, quantité
munitions, & un magasin
d'habits pour ses Troupes;
qu'il n'avoit pas dix
-
huit
cens hommes
, y compris
quelque Cavalerie
, avec
quatre pieces de campagne ;
que la Reine y devoir arriver
incessamment de Navacarra,
& que le Roy devoit
l'y attendre.,
Du Camp de Gironne, le
27Decembre 1711.
Nous avons ejlé quinze
jours en marche& en mouvement,
tant pourl'embarquementquepour
le débarquement.
Nous sommes venusensuite
droit à Gironne ,où dés le lendemain
nous avons travaillé
à nos Batteries. Ce n'a pas
estésansrisque. Nous estions
fort exposez au feu des Ennemis
; mais nous sommes en
état de leurfaire tête. La tranchéefut
ouverte la nuit du23.
au 24. Nous n'avons encore
perdu quedeux Officiers, dont
l'un estoit Officier de l'Artillerie.
On commence d'aujourd'hui
à monter la tranchée avec les
drapeaux, & ce n'ej}propre*,
ment aussi que d'aujourd'hui
que Mr le Duc de Noailles
compte la tranchée ouverte;
mais dés qu'on a remué la
terre devant une place
, on dit
la tranchée ouverte. Nous
sommes à present en état de
presser la place. On ne s'y épargnera
pas.
Du Camp devant Gironne,
le 29 Décembre 1710.
La tranchée fut ouvertele
2.7 ausoir,Mr le Comte de
Fienney commandoit ; hier ce fut Monsieur de Guerchy
Adr le Duc , de Noailles envoya
s'emparer d'un Poste au
dessus du Calvaire ; aujourd'hui
laBréche paroissoit déja
considérable & notre tranchée
vajusqu'à dix toises prés du
chemin couvert. Mr le Duc
de Noailles afait monterà ta
Bréche en sa presence , un
Lieutenant des Grenadiers
d'Auvergne,suivi desept ou
huit Grenadiers pour reconnaître.
Ils ont faitleurdécharge,
& ensuiteMonsteur le Duc
de Noailles leur afaitsigne de
se retirer. Ce Lieutenanta tfle
ble,Selégerement à la joue. Mr
le Duc de Noailles estoit résolu
de faire monter cefoir à l'as
faut; mais on apprend dans le
moment que les Ennemis ont
faitjouertrois Fourneaux à ce
Fort dans le dessein de l'abandonner.
Un moment après que
les Mines ont eu fait leur esset
on y a fait entrer les Grenadiers.
On n'y a trouvé que
trois pieces de Canon deFer&
un de Bronze ; ils ontapparemment
enlevé le reste cette nuit;
ce font les deux Bastions enface
de notre Tranchée qu'ils ont
faitsauter, leflanc decelui du
cosséde leur droite, & la face
de celui du cossé de leur gauche.
Il n'est pas aisé de comprendrequel
a estéle dessein des
Ennemis en cela. On travailla
dés ce soir à faire une Batterie
au dessous du Fort pour battre
une Redoute qui est entre le
Fort& la Ville, & je crois
qu'on l'attaquera cette nuit.
Pendantl'après
-
dîné quelques
Grenadierssesont rendusmaitres
d'une des dernieresmaisons
duFAuxbourg; elle estoit retranchée
en forte qu'ayant occupé
ce posse
,
cela nous facilite
les aproches de la Ville. On
croit qu'on s'enrendra maître
dans peu.
Du Camp devant Gironnc , le 2 Janvier 1711.
Depuis la prise du Fort
rouge, Mr le Duc deNoailles
a fait dressersur la même
hauteur,par où on l'avoit attaqué
,une Batterie de quatre
pieces de Canonqui tire sur le
Fort du Calvaire,cer a même
déjà ruinéses~d;nfisJdesorte
qu'il ne peut plus nom incommoder.
Il a fait dresseruneautre
Batterie de l'autre cossé du
Ter, pour battre en breche /4
Ville. Cette Batterie a commencé
a tirer ce matin
,
elle est
de onze pièces de canon; on
l'augmentera encore. Les Ennemis
font un grand feu sur
cette batterie.Du Fort Connestable
on a tiré une espece de
Boyau au dessous duFortrouge
, pour approcher d'une redoute
que les Ennemis occupent
à une demieportée du Mousquet
de la Place. Ilya aussi
une batterie de trots pieces de
Canon dans ce boyauqui tire
sur aire redoute, dont on n'a
pû encore s'emparer. Onvo:
w luten faire latentative lanuit
dernieretmais ayanttrouvéquelle
estoittropbien diffenduë,&
même soutenuë par quatre ou
cinq cens Miquelets, on se retira.
La Batterie des Mortiers
a mis lefeu à quelques endroits;
il a esté éteintpar les habitans.
.Alr le Duc de Noailles doit
encore faire faire une batterie
de Canon cette nuit, dans le
Fauxbourg, sur le chemin ,du
Pont-Major pour battre de ce
costé-la la Ville en brechs.
Un Courrier que Mr le
Duc deNoaillessir partir de
Gironnc le17,3esté54 heures
à venir à Perpignan. Ce
General mande au Roy que
les grandes pluyes&les torrcns
continuels ont retardé
ses ouvrages,mus que les
bréches sonten bon état,&
quemalgré les d fficultcz de
faire venir exactement les
provisions au Camp,il cfpereestremaistre
de la Ville le
20 dece mois, après quoi le
reste desForts ne l'em baraffcra
pas.
On a marqué dans les
Relations de la Bataille de
Villaviciosa
, que Mr le
Marquis de Thoy
,
quoy
qu'il eustesté blessé à lac-A
taque de Brihuega, ne laissa
»
pas de combatre à la telle;
d'un Escad ron; maison n'a
pu rien dire de l'avanture
qui luy arriva ;n'en ayant
esté informé que depuis
peu.
Il avoir percéjusqu'â la
Batterie des ennemis, lorsque
quatre de leursBatail-
Ions & un de leurs Escadrons
, ayant esté jusques
entre nos deux Lignes, se
retiroient en bon ordre.
Il reconnut bien leurInfanterie
; mais ayant crû que
f l'Escadron ennemi estoit un
des nostres, il alla se mettte
à la teste, en disant qu'il
falloitaller charger. Ilfut
Ï
reçu a coups de sabre, ôc
ensuite menéà la teste des
quatre Bataillons qui se formoient
en un Bataillon
quarré pour se retirer,
voyant que la Bataille estoit
perduë- Le Colonel d'un
Regiment Palatin qui avoit
esté entierement deffait répondit
de Mr deThoy aux
Officiers qui estoient presens.
On le relâcha,&il
vint ensuite rejoindre le
Royd'Espagne.
Sa Majesté Catholique
aprés avoir envoyé des détachemens
pour suivre le
General Staremberg
- ,
alla
camper le 12. à Fuentes, &-
arriva le ià Siguença. Les
habitans de cette Ville ont
donné des marques de fidelité
pourleur Roy légitime,
en se délivrant eux-mêmes
des Ennemis Le General
Staremberg y avoit envoyé
un Bataillon qu'ils contraignirent
de mettre bas les
armes.
Mr de Bracamonte avoit
fait prisonniers deux cens
hommes qui estoient dans
Hita ;& Mr de Valejoen
avoit encore pris deux cens
cinquante qui estoient sortis
de Médina- celipourailes1
jboindreele Grenergal Star.em-
A Daroca le 31. Decembre.
L'Armée du Roy a estéobligée
desejourner à Siguençajusqu'au
24.àcause de la difficulté
des subsistances.Lesmêmes
raisons avaient retenu les Ennemis
icy oùils avoient marchéjour
& nuit , ce quifait
quenous leuravonsencorepris
plus de quinzecens hommes.
Mr de Villarealqui suivoit
Mf de Staremberg avec cinq
cens Fantassins des Regimens
ds Staremberg& de Revent-
Itfw
, (.fJ' trente Maistres, a
rfié coupé par Mr de Valejo fl
£7*s'efl jetté dans le Chasteau
dïllli*c*a à trois lieuës de Calatajudoù
il s'estrendu prisonnier
deguerre. Nous avons trouvé
dans ce Chasteau d'Illuega a
trois lieuës de Calatajud où il
s'estrenduprisonnier de guerre,
Nous avons trouvé dans ce
Chasseau cinq mille sacs de
graindeux pieces de canon.
Nous prîmes encore hier le
Ghasteau d'Afil!d.J où ilyavoit
deux cens hommes des vieilles
Troupes de l'Empereur qui J'y
tf/oient" trouvées envelopées
par les détachemens que nous
avonsà lasuite des Ennemis.
Le 2. 3. MI de Staremberg
Arriva à Saragosse avec les débris
de fin Armée. M* de
Valejoquile sui voit toujours
attaqua son Atriere-garde, &
le culbuta dans cette Ville.
Monsieur de Vendosme a envoyéordre
àMr de Valejo&
à Mr de Bracamonté de paffit
l'Ebre, l'un audessus&l'au-
Ire au dessous de Sarragosse ,
pour couperentierementla communication
des Ennemis avec
Barcelone.
Barcelone. Mr de Valdecanas
ostà quatre lieuës de Sarragossse
avec la teste de nostre Cavalerie,&
nostre Infanteriey arrivera
le 2. du moisprochain.
D'autres Lettres portent
que tous les habitans des
lieux situez dans les Pyrenées
& le long de l Ebre font
soumis à SaMajesté Catholique;
que Mr le Chevalier
de Croix,Lieutenant gencral
ayant assemblé les Troupes
Efpagnolcs de la Navarre
à Tudela avoit marché
de l'autre costé de l'Ebre
à la droite de soncoursvers,
Sarragosse ; que leColonel
Nebor, sellant joint à,
un Corps de Miquelets.
avoit entrepris de faire des
courses dans le Royaume de
Valence,où il avoit esté battu
& obligé de seretirer en
desordre, & que les Troupes
de ce Royaume-là
, avoient
reçu ordre de marcher
vers Tortose pour en-
- trer dans la Catalogne; que
l'Archiduc estoitarrivé à
Barcelone avec une escorte
de cinquante Cavaliers seulement,&
environcinquante
de ses Officiers&Domestiques;
que le lendemain
18. à minuit, on entendit
une décharge de canon &
de mousqueterie
,
suivie de
grandes illuminations;que
ce qui avoit donné lieu de
faire ces réjoüissances,estoit
l'arrivée d'un Courrier de
Mr de Staremberg qui avoic
apporté la nouvelle que ce
General avoit entierement
défait l'Armée du Roy Philippe
; qu'en même temps
l'Archiduc sortit de son Palais
, &alla à l'Eglise pour y
faire chanter le Te Deum;
que pendant toutla jour on
parladecette V ctoire,mais
que le lendemain on n'en
parla prefquc plus; que trois
jours s'estant passez sans
qu'on en reçust la confirmation
, les plus sensez commencerent
-
d'en douter;
qu'il arriva ensuite quelques
fuyards qui dirent qu'il n'y
avoir point de Victoire gagnée
,mais qu'après le Combat
on s'estoit retiré de part
& d'autre accablé de fatigues,
& que Mr de Staremberg
s'en revenait, & que
Mr de Vendosme le suivoit;
que le General Staremberg
qui estoit arrivé le 23. à Sarragosse,
en estoit sorti le
2. 7.
qu'il avoir abandonné dix
pieces Pde canon, quantité
munitions, & un magasin
d'habits pour ses Troupes;
qu'il n'avoit pas dix
-
huit
cens hommes
, y compris
quelque Cavalerie
, avec
quatre pieces de campagne ;
que la Reine y devoir arriver
incessamment de Navacarra,
& que le Roy devoit
l'y attendre.,
Du Camp de Gironne, le
27Decembre 1711.
Nous avons ejlé quinze
jours en marche& en mouvement,
tant pourl'embarquementquepour
le débarquement.
Nous sommes venusensuite
droit à Gironne ,où dés le lendemain
nous avons travaillé
à nos Batteries. Ce n'a pas
estésansrisque. Nous estions
fort exposez au feu des Ennemis
; mais nous sommes en
état de leurfaire tête. La tranchéefut
ouverte la nuit du23.
au 24. Nous n'avons encore
perdu quedeux Officiers, dont
l'un estoit Officier de l'Artillerie.
On commence d'aujourd'hui
à monter la tranchée avec les
drapeaux, & ce n'ej}propre*,
ment aussi que d'aujourd'hui
que Mr le Duc de Noailles
compte la tranchée ouverte;
mais dés qu'on a remué la
terre devant une place
, on dit
la tranchée ouverte. Nous
sommes à present en état de
presser la place. On ne s'y épargnera
pas.
Du Camp devant Gironne,
le 29 Décembre 1710.
La tranchée fut ouvertele
2.7 ausoir,Mr le Comte de
Fienney commandoit ; hier ce fut Monsieur de Guerchy
Adr le Duc , de Noailles envoya
s'emparer d'un Poste au
dessus du Calvaire ; aujourd'hui
laBréche paroissoit déja
considérable & notre tranchée
vajusqu'à dix toises prés du
chemin couvert. Mr le Duc
de Noailles afait monterà ta
Bréche en sa presence , un
Lieutenant des Grenadiers
d'Auvergne,suivi desept ou
huit Grenadiers pour reconnaître.
Ils ont faitleurdécharge,
& ensuiteMonsteur le Duc
de Noailles leur afaitsigne de
se retirer. Ce Lieutenanta tfle
ble,Selégerement à la joue. Mr
le Duc de Noailles estoit résolu
de faire monter cefoir à l'as
faut; mais on apprend dans le
moment que les Ennemis ont
faitjouertrois Fourneaux à ce
Fort dans le dessein de l'abandonner.
Un moment après que
les Mines ont eu fait leur esset
on y a fait entrer les Grenadiers.
On n'y a trouvé que
trois pieces de Canon deFer&
un de Bronze ; ils ontapparemment
enlevé le reste cette nuit;
ce font les deux Bastions enface
de notre Tranchée qu'ils ont
faitsauter, leflanc decelui du
cosséde leur droite, & la face
de celui du cossé de leur gauche.
Il n'est pas aisé de comprendrequel
a estéle dessein des
Ennemis en cela. On travailla
dés ce soir à faire une Batterie
au dessous du Fort pour battre
une Redoute qui est entre le
Fort& la Ville, & je crois
qu'on l'attaquera cette nuit.
Pendantl'après
-
dîné quelques
Grenadierssesont rendusmaitres
d'une des dernieresmaisons
duFAuxbourg; elle estoit retranchée
en forte qu'ayant occupé
ce posse
,
cela nous facilite
les aproches de la Ville. On
croit qu'on s'enrendra maître
dans peu.
Du Camp devant Gironnc , le 2 Janvier 1711.
Depuis la prise du Fort
rouge, Mr le Duc deNoailles
a fait dressersur la même
hauteur,par où on l'avoit attaqué
,une Batterie de quatre
pieces de Canonqui tire sur le
Fort du Calvaire,cer a même
déjà ruinéses~d;nfisJdesorte
qu'il ne peut plus nom incommoder.
Il a fait dresseruneautre
Batterie de l'autre cossé du
Ter, pour battre en breche /4
Ville. Cette Batterie a commencé
a tirer ce matin
,
elle est
de onze pièces de canon; on
l'augmentera encore. Les Ennemis
font un grand feu sur
cette batterie.Du Fort Connestable
on a tiré une espece de
Boyau au dessous duFortrouge
, pour approcher d'une redoute
que les Ennemis occupent
à une demieportée du Mousquet
de la Place. Ilya aussi
une batterie de trots pieces de
Canon dans ce boyauqui tire
sur aire redoute, dont on n'a
pû encore s'emparer. Onvo:
w luten faire latentative lanuit
dernieretmais ayanttrouvéquelle
estoittropbien diffenduë,&
même soutenuë par quatre ou
cinq cens Miquelets, on se retira.
La Batterie des Mortiers
a mis lefeu à quelques endroits;
il a esté éteintpar les habitans.
.Alr le Duc de Noailles doit
encore faire faire une batterie
de Canon cette nuit, dans le
Fauxbourg, sur le chemin ,du
Pont-Major pour battre de ce
costé-la la Ville en brechs.
Un Courrier que Mr le
Duc deNoaillessir partir de
Gironnc le17,3esté54 heures
à venir à Perpignan. Ce
General mande au Roy que
les grandes pluyes&les torrcns
continuels ont retardé
ses ouvrages,mus que les
bréches sonten bon état,&
quemalgré les d fficultcz de
faire venir exactement les
provisions au Camp,il cfpereestremaistre
de la Ville le
20 dece mois, après quoi le
reste desForts ne l'em baraffcra
pas.
Fermer
Résumé : NOUVELLES d'Espagne.
Le texte décrit plusieurs événements militaires en Espagne et autour de Girone. Lors de la bataille de Villaviciosa, le Marquis de Thoy, bien que blessé, participa activement et fut capturé après avoir confondu un escadron adverse avec un escadron allié. Il fut ensuite relâché et rejoignit le roi d'Espagne. Les troupes espagnoles, dirigées par Sa Majesté Catholique, se déplacèrent vers Fuentes et Siguença, où les habitants montrèrent leur fidélité en expulsant les ennemis. Plusieurs actions militaires eurent lieu, notamment la capture de prisonniers et de châteaux, comme ceux d'Illueca et d'Afilion. L'armée du roi dut séjourner à Siguença en raison des difficultés de subsistance. Le général Staremberg, après avoir été poursuivi, arriva à Saragosse avec les restes de son armée. Les troupes espagnoles, sous les ordres de Monsieur de Vendosme, continuèrent à harceler les ennemis. À Barcelone, l'Archiduc célébra une victoire annoncée par Staremberg, mais des informations contradictoires émergèrent rapidement. Le texte mentionne également les opérations devant Girone, où les troupes françaises, sous le commandement du Duc de Noailles, travaillèrent à ouvrir des tranchées et à installer des batteries pour assiéger la ville. Plusieurs actions notables, comme la prise du Fort Rouge et les préparatifs pour attaquer la ville, sont détaillées. Malgré les difficultés dues aux intempéries, le Duc de Noailles prévoyait de prendre Girone d'ici le 20 janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 37-52
Lettre contenant un détail de ce qui s'est passé à l'Armée commandée par Monsieur de Vendosme, depuis le 16. Septembre jusqu'au 23.
Début :
Pour vous informer au juste des mouvements de nôtre Armée [...]
Mots clefs :
Ennemis, Canon, Hommes, Ruisseau, Armée, Convoi, Duc de Vendôme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre contenant un détail de ce qui s'est passé à l'Armée commandée par Monsieur de Vendosme, depuis le 16. Septembre jusqu'au 23.
Lettre contenant un détail de
-
ce quis'est passé à l'Armée
commandée par Monsieur
de Vendosme
,
depuis le 16.
Septembrejusqu'au 2.3.
}>
Pour vousinformer au
» juste des mouvements de
» nôtre Armée, je vous
»diray qu'elle décampa le
16. Septembre de Cervera » &Agramunt,&vintcam-
» pcr en deux Corps à Tar,
yroja &àGuissonna.
>3
Le lendemain 17. nous
Ȏtant tous joints dans la
»Plaine de Connil, nous »marchâmes à la hauteur
"de Saint Martin qui est
un Village ou nous de-
»vionsfaire halte, nous la
3)
fimes effectivement;mais
nous ne nous attendions
» pas à beaucoup prés d'y
trouver les Ennemis, dont
JJ
nous vimes l'Armée qui
marchoit pour venir Focuper
aussi-bien que le
;, gros bourg de Calas.
»Ilfallutfaire unedisposition
pour aller en,
„ avant, dans un terrain fort
»dlfjcile & fort scabreux par
„ tous les ravins & les am-
5J phiteatresque formoient
3>
les Vignes. Pendant ce
temps là, les ennemis qui
s'etoient arrestez & qui s3étoient
mis en battaille,
commencerent à défiler
par leurs derrieresjusqu'à ,, Pratz-del Rey où ilsap-
„puyérent leur droite, &
"leur gauche à un gros
,,,
„Convent ou il y a un Moulin sur le bord d'un
l' ruisseau - derriere lequel
„ils se formerent ; nous
„ nousaprochâmesd'eux en
),
bataille à la portéedufusil;
,,Mais comme le canon ,l,., ,,n'étoit point encore arri-
,,
vé, que nous avions plus
,, de la moitié de l'Armée
„derriere, à cause de la
.J)
longue journée par ce
J)
qu'elle ne put trouver
,,
d'eaudans toute sa mar- ,)che, on remit la partie
.&y
au lendemain, & les deux „Armées coucherentauBi-
^voiiacen se donnant force
fanfares méfiez de Haut-
,, bois. Pendant la nuit
"on fit reconnoistre les
'>
bords du ruisseau qui se ,,trouverent cfcarpez plus
„ qu'on ne pensoit &
>>
absolument impraticables
„ Le 18. au matin nostre
canon étant arrivé on
,,commanç2 à sept heures
,,&-demie à tirer sur les
,,
ennemis qui ne pouvoient
",
avoir le leur, par ce qu'
„ étant angagé dans le défilé
))qui est entre Santa Colo-
5)ma & Saint Martin dont
.,)il étoit déjaassés prés &
;, que nous occupâmes
}y d'abord, ils avoient été
„obligez de le faire retour-
,,ner sur ses pas avecdili-
,, gence & de luy faire
fàlreP le tour par 1-;
„guaïda. Ainsi le nostres
* '"les maltraita fort & fit
„souffrir principalement
"leur Cavallerie; ils recu-
„lerent leurs lignes de
,,quelque distance & les
ayant placéessurdes hau- 1
„teurs fort avantageuses,
„ils•tâcherait de se cou- 1 vrirde nostrefeu en
,,
proficant de petits rideaux
"C]ui étoient devant eux
do)
Ils envoyerent deux mille
5,
hommes dans le village de
,3Pratz-del- Rey
,
endeça
3S
du ruisseau & qui est bien
3)ferme par une muraille
,,épaisse
,
bien flanquée par
5,
des tours & avec un che-
JJtnin de ronde dessus: ils
'),
mirent aussi à leur gauche
"dans le Convent qui est
,) au de-là huit cent hommes
»)qui s'y retrancherent.
,,Ainsi il étoit inutile de
„ tenter une affaire qui cer-
,,tainement auroit mal
5)
tourné pour nous puisque
„ la Cavallerie ne pouvoit
pas seulement donner un
,,coup de main, & que „leurs postes n'croient que
l'affaire de l'Infanterie
„
dont la leur est fuperieurc
,,à la nostre; cependant
„ comme il faut boire absolument
& qu'il n'y
,)avoit pas d'autre eau que
,,
celle du ruisseau, Mon-
,,sieur de Vendosme s'étant
,,avancé à une de nos batateries,
envoya deux com-
,,pagnies de Grenadiers des
J)
G irdes Wallones pour
,,cliaffir une des petites
»
Gardes que les ednemis
avoient portées pour
,, garder les bords du ruis-
„
seau; les ennemis voyant
,, ces Troupes pousséesen-
.;; voyerent leurs Grenadiers
,,en-plus gros nombre qui
,,ramenerent les nostres
,,.
jusques auprès de la batnterie,
ce qui fit qu'un battaillon
entier des Gardes
9)
wallones déccndit sureux
& les poursuivit fort loin
,,au de-U du ruisseau sur
„ quoy toutes la premiere
'", ligne des ennemis s'étant
,,ébranlée pour marcher en
, ,,avant, la nostreen fit
„dt meCme, & nous nous
„aprochâmes à la grande
„ portée du pistolet croyant
"la faire engager, de ma- niere qu'on ne pouvoit
,),pIus s'en dedire; cepen- dant Mr de Vendosme
„ayant crié halte de la
;»
batterie, les deux Armées
)J
resterent en presence „quelque temps, pendant
lequel nostre canon dé-
„ siloit; l'Armée ennemie
cnfiti se retira dans ses
,, premiers postes en se couvrant
de quelques rideaux.
,,Ainsi ilsnouslaisserent
,,
maistres de cette partie du
„ruisseau après avoir perdu
5>
une trentaine d'hommes.
5)
Les deserteurs qui vinrent
Cil grand nombre dirent
)J que le canon leur avoir
"tué plus de quatre-vingt-
,,dix Cavaliers ou Soldats
,,&autantdechevaux: tout
»
le reste delajournée s'e-
J) tant paffé à les canonner ,
„nous nous campames sur
,,nostre mesme terrain, &-
3)
les ennemis qui n'avoient
„ point d'équipages, les
,,ayant renvoyez croyant
,,
d'estreattaquez certaine-
,,ment,coucherent en
5,
battaille au Bivoüac, ôc
travaillerent à se retran-
,,cher & a faire des batte-
"J'ries, ce qui sit prendre
33 party à noftrc General
",
de faire aussi retrancher
,,; les piquets que l'on avoit
„avancez prés du ruisseau&
3>de faire camper les Trou-
»
pesquin'étoient pas "à
9) couvert feulement du
"fullt, derriere des rideaux
qui ne les éloignent pas
„ d'avantage; le foir le
,,Régiment de Chazel,
„ Dragons arriva avec huit
',) pièces de canon & un
convoy
convoy de plusde deux
,,mille sacs de farine.
,, Le 19. se passa à tirée
,,quelques coups de canon
,,
beaucoup de coups de fuGI
,, & à travailler à se garantir
5,
de ce que nous pourroic
,,faire l'Artillerie des en-
,,nemis que l'on croyoit
Il
devoir amener la mesme „nuit.
,,
Tout le20.oncontinua
1)
à perfectionner les retran-
,,
chements avancez aussi-
,,
bien que les batteries. ôt
jjles ennemis travaillèrent à
élever leurs retranchemenés
peut se couvrir de
nostre canon qui ne UÏOLC ,,cependant pas fort souvent
attendu le peu de
„boulets qu'on avoir; on.
.1) en attendoit de Lerida par,
,, un convoy qui en venoit
,,avecdix ou douze pièces
„„fdaeirveilnegSt,iqèugaetdrçe^.dCeafrldûotnenseà.
Venasque se rendic. le 16.
,, la garnison de deux cent
,,vingt hommes & vingt
a,
Officiers aesté faitprison-
,,niere, nos Troupes fonç
,,allées faire le deCaC-
^tcl- Leon & ne peuvent
,,
estre icy que le 6' ou le 8.
5,
du mois prochain; il doit
„ arriver tous les jours des
;, remontes pour la Caval-.
„ lerie & les quatre mille-
„ hommes qui ont pris Ve, ,,nafque, ne laisseront pas
,,
de tenir ici un bon coin.*
„Il vient tous les jours
J)
beaucoup de deserteurs del'Armée
des ennemis dont
„ le canon arriva le 21. au
5,
soir
,
& commenta à tirer?
„le 22. Cematin23ilsont
commencé à nous bom-
))
barder dans nostre Camp;
,,on fait monter leur pertc
,,tant par l'Artillerie que
npar la Mousqueterieàcinq
x>
cens hommes ,, tuez ou blessez un Colonel, un „Lieutenant Colonel, un ,,Major ,tuez.; &quelques
,,Officiers.On faitau jpufcf
„,d'huy un grand fourrage à la vue desennemis,,jç
Mnc fçays'il produira queU
",que mouvement$iln'yà
,,pas apparence que nous
Il
décampions de long-
„ temps d'icy, je vous ¡mot::,
,,meray dje tout ce qui s'y-,
l'passera
-
ce quis'est passé à l'Armée
commandée par Monsieur
de Vendosme
,
depuis le 16.
Septembrejusqu'au 2.3.
}>
Pour vousinformer au
» juste des mouvements de
» nôtre Armée, je vous
»diray qu'elle décampa le
16. Septembre de Cervera » &Agramunt,&vintcam-
» pcr en deux Corps à Tar,
yroja &àGuissonna.
>3
Le lendemain 17. nous
Ȏtant tous joints dans la
»Plaine de Connil, nous »marchâmes à la hauteur
"de Saint Martin qui est
un Village ou nous de-
»vionsfaire halte, nous la
3)
fimes effectivement;mais
nous ne nous attendions
» pas à beaucoup prés d'y
trouver les Ennemis, dont
JJ
nous vimes l'Armée qui
marchoit pour venir Focuper
aussi-bien que le
;, gros bourg de Calas.
»Ilfallutfaire unedisposition
pour aller en,
„ avant, dans un terrain fort
»dlfjcile & fort scabreux par
„ tous les ravins & les am-
5J phiteatresque formoient
3>
les Vignes. Pendant ce
temps là, les ennemis qui
s'etoient arrestez & qui s3étoient
mis en battaille,
commencerent à défiler
par leurs derrieresjusqu'à ,, Pratz-del Rey où ilsap-
„puyérent leur droite, &
"leur gauche à un gros
,,,
„Convent ou il y a un Moulin sur le bord d'un
l' ruisseau - derriere lequel
„ils se formerent ; nous
„ nousaprochâmesd'eux en
),
bataille à la portéedufusil;
,,Mais comme le canon ,l,., ,,n'étoit point encore arri-
,,
vé, que nous avions plus
,, de la moitié de l'Armée
„derriere, à cause de la
.J)
longue journée par ce
J)
qu'elle ne put trouver
,,
d'eaudans toute sa mar- ,)che, on remit la partie
.&y
au lendemain, & les deux „Armées coucherentauBi-
^voiiacen se donnant force
fanfares méfiez de Haut-
,, bois. Pendant la nuit
"on fit reconnoistre les
'>
bords du ruisseau qui se ,,trouverent cfcarpez plus
„ qu'on ne pensoit &
>>
absolument impraticables
„ Le 18. au matin nostre
canon étant arrivé on
,,commanç2 à sept heures
,,&-demie à tirer sur les
,,
ennemis qui ne pouvoient
",
avoir le leur, par ce qu'
„ étant angagé dans le défilé
))qui est entre Santa Colo-
5)ma & Saint Martin dont
.,)il étoit déjaassés prés &
;, que nous occupâmes
}y d'abord, ils avoient été
„obligez de le faire retour-
,,ner sur ses pas avecdili-
,, gence & de luy faire
fàlreP le tour par 1-;
„guaïda. Ainsi le nostres
* '"les maltraita fort & fit
„souffrir principalement
"leur Cavallerie; ils recu-
„lerent leurs lignes de
,,quelque distance & les
ayant placéessurdes hau- 1
„teurs fort avantageuses,
„ils•tâcherait de se cou- 1 vrirde nostrefeu en
,,
proficant de petits rideaux
"C]ui étoient devant eux
do)
Ils envoyerent deux mille
5,
hommes dans le village de
,3Pratz-del- Rey
,
endeça
3S
du ruisseau & qui est bien
3)ferme par une muraille
,,épaisse
,
bien flanquée par
5,
des tours & avec un che-
JJtnin de ronde dessus: ils
'),
mirent aussi à leur gauche
"dans le Convent qui est
,) au de-là huit cent hommes
»)qui s'y retrancherent.
,,Ainsi il étoit inutile de
„ tenter une affaire qui cer-
,,tainement auroit mal
5)
tourné pour nous puisque
„ la Cavallerie ne pouvoit
pas seulement donner un
,,coup de main, & que „leurs postes n'croient que
l'affaire de l'Infanterie
„
dont la leur est fuperieurc
,,à la nostre; cependant
„ comme il faut boire absolument
& qu'il n'y
,)avoit pas d'autre eau que
,,
celle du ruisseau, Mon-
,,sieur de Vendosme s'étant
,,avancé à une de nos batateries,
envoya deux com-
,,pagnies de Grenadiers des
J)
G irdes Wallones pour
,,cliaffir une des petites
»
Gardes que les ednemis
avoient portées pour
,, garder les bords du ruis-
„
seau; les ennemis voyant
,, ces Troupes pousséesen-
.;; voyerent leurs Grenadiers
,,en-plus gros nombre qui
,,ramenerent les nostres
,,.
jusques auprès de la batnterie,
ce qui fit qu'un battaillon
entier des Gardes
9)
wallones déccndit sureux
& les poursuivit fort loin
,,au de-U du ruisseau sur
„ quoy toutes la premiere
'", ligne des ennemis s'étant
,,ébranlée pour marcher en
, ,,avant, la nostreen fit
„dt meCme, & nous nous
„aprochâmes à la grande
„ portée du pistolet croyant
"la faire engager, de ma- niere qu'on ne pouvoit
,),pIus s'en dedire; cepen- dant Mr de Vendosme
„ayant crié halte de la
;»
batterie, les deux Armées
)J
resterent en presence „quelque temps, pendant
lequel nostre canon dé-
„ siloit; l'Armée ennemie
cnfiti se retira dans ses
,, premiers postes en se couvrant
de quelques rideaux.
,,Ainsi ilsnouslaisserent
,,
maistres de cette partie du
„ruisseau après avoir perdu
5>
une trentaine d'hommes.
5)
Les deserteurs qui vinrent
Cil grand nombre dirent
)J que le canon leur avoir
"tué plus de quatre-vingt-
,,dix Cavaliers ou Soldats
,,&autantdechevaux: tout
»
le reste delajournée s'e-
J) tant paffé à les canonner ,
„nous nous campames sur
,,nostre mesme terrain, &-
3)
les ennemis qui n'avoient
„ point d'équipages, les
,,ayant renvoyez croyant
,,
d'estreattaquez certaine-
,,ment,coucherent en
5,
battaille au Bivoüac, ôc
travaillerent à se retran-
,,cher & a faire des batte-
"J'ries, ce qui sit prendre
33 party à noftrc General
",
de faire aussi retrancher
,,; les piquets que l'on avoit
„avancez prés du ruisseau&
3>de faire camper les Trou-
»
pesquin'étoient pas "à
9) couvert feulement du
"fullt, derriere des rideaux
qui ne les éloignent pas
„ d'avantage; le foir le
,,Régiment de Chazel,
„ Dragons arriva avec huit
',) pièces de canon & un
convoy
convoy de plusde deux
,,mille sacs de farine.
,, Le 19. se passa à tirée
,,quelques coups de canon
,,
beaucoup de coups de fuGI
,, & à travailler à se garantir
5,
de ce que nous pourroic
,,faire l'Artillerie des en-
,,nemis que l'on croyoit
Il
devoir amener la mesme „nuit.
,,
Tout le20.oncontinua
1)
à perfectionner les retran-
,,
chements avancez aussi-
,,
bien que les batteries. ôt
jjles ennemis travaillèrent à
élever leurs retranchemenés
peut se couvrir de
nostre canon qui ne UÏOLC ,,cependant pas fort souvent
attendu le peu de
„boulets qu'on avoir; on.
.1) en attendoit de Lerida par,
,, un convoy qui en venoit
,,avecdix ou douze pièces
„„fdaeirveilnegSt,iqèugaetdrçe^.dCeafrldûotnenseà.
Venasque se rendic. le 16.
,, la garnison de deux cent
,,vingt hommes & vingt
a,
Officiers aesté faitprison-
,,niere, nos Troupes fonç
,,allées faire le deCaC-
^tcl- Leon & ne peuvent
,,
estre icy que le 6' ou le 8.
5,
du mois prochain; il doit
„ arriver tous les jours des
;, remontes pour la Caval-.
„ lerie & les quatre mille-
„ hommes qui ont pris Ve, ,,nafque, ne laisseront pas
,,
de tenir ici un bon coin.*
„Il vient tous les jours
J)
beaucoup de deserteurs del'Armée
des ennemis dont
„ le canon arriva le 21. au
5,
soir
,
& commenta à tirer?
„le 22. Cematin23ilsont
commencé à nous bom-
))
barder dans nostre Camp;
,,on fait monter leur pertc
,,tant par l'Artillerie que
npar la Mousqueterieàcinq
x>
cens hommes ,, tuez ou blessez un Colonel, un „Lieutenant Colonel, un ,,Major ,tuez.; &quelques
,,Officiers.On faitau jpufcf
„,d'huy un grand fourrage à la vue desennemis,,jç
Mnc fçays'il produira queU
",que mouvement$iln'yà
,,pas apparence que nous
Il
décampions de long-
„ temps d'icy, je vous ¡mot::,
,,meray dje tout ce qui s'y-,
l'passera
Fermer
Résumé : Lettre contenant un détail de ce qui s'est passé à l'Armée commandée par Monsieur de Vendosme, depuis le 16. Septembre jusqu'au 23.
Du 16 septembre au 23 octobre, l'armée commandée par Monsieur de Vendosme effectua plusieurs mouvements stratégiques. Le 16 septembre, elle quitta Cervera et Agramunt pour se diriger vers Tarragona, Reus et Guissona. Le lendemain, elle se rassembla dans la plaine de Conil et marcha vers Saint Martin, où elle rencontra l'armée ennemie près de Calas. En raison du terrain difficile, une disposition spécifique fut nécessaire pour avancer. Les ennemis se retranchèrent près de Pratz-del Rey, et les deux armées campèrent sans engager de combat. Le 18 septembre, l'arrivée du canon marqua le début des hostilités. Les ennemis, en difficulté, se retirèrent vers Pratz-del Rey. Les Grenadiers wallons tentèrent de prendre une garde ennemie mais furent repoussés. Les deux armées restèrent en présence, et les ennemis se retirèrent après avoir subi des pertes, estimées à une trentaine d'hommes. Les déserteurs ennemis rapportèrent des pertes encore plus lourdes. Les jours suivants, les deux armées se retranchèrent et échangèrent des tirs d'artillerie. Le 23 octobre, les ennemis bombardèrent le camp, causant des pertes. Malgré cela, un grand fourrage fut organisé sous les yeux des ennemis, sans mouvement notable des deux côtés. La lettre se conclut en indiquant que l'armée ne décampera pas de sitôt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
21
p. 175-197
LETTRE d'un Capitaine de Vaisseau qui a esté present à l'expedition de Rio-Janeiro.
Début :
Le 12. Septembre à la faveur d'une bruine fort épaisse, nous parusmes sur [...]
Mots clefs :
Rio de Janeiro, Pièces de canon, Vaisseau, Capitulation, Expédition, Portugais, Monsieur du Clerc, Canon, Sucre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Capitaine de Vaisseau qui a esté present à l'expedition de Rio-Janeiro.
L E TTR E
d'un Capitaine de Vaiffeau
qui a eflé prefent à l'expedition de Rio Janeiro.
Lee 12. 12. Septembre à la «
faveur d'une bruine fort
épaiffe nous parufmes furles dix heures du matin «
proche l'entrée de Rio
Janeiro , ayant reconnu “
Piiij.
176 MERCURE
la Terre deux jours aupa 03
3
→ravant , dès que le temps
1029
03/
09
30
commença à´ss'éclaircir
Mr Du Gué fit le fignal
pour entrer tous en li-
" gne fuivant l'ordre qu'il
- en avoit donné , fçavoir
» le Magnanime , le Lys ,
le Brillant , l'Achille , le
Glorieux , le Mars , le Fidele , l'Argonaute , l'A-
→ mazone, la Bellone , l'Aigle , l'Aftrée , le Chance-
» lier, la Glorieufe , la Con-
- corde & les deux Traverfiers, nous entraẩmes tous
avec un vent de Sud Eft
*
GALANT 177
beau & frais en forçant le
grandfort de fainteCroix
qui eft le premier en en- «
trant & d'autres forts
dont il nous fallut effuyer
le feu nous allafmesmoüil
ler , nonobftant leur feu ,
proche la ville hors la por--
tée du canon , nous y avons trouvé quatre Vaiffeaux de guerre Portugais
de 64, 62. 60. à 58. canons , dont la moitié de«
leur artillerie eftoit de «
fonte. Mr du Gué, avec «
le Confeil de guerre , re
folut qu'il falloit fe rendre
178 MERCURE
" maiftres de l'Ifle aux Che
vres, & que c'eftoit le feul
endroit où on pourroit
eftablir fes batteries. Mr
du Gué ordonna qu'on fe
tint preft à debarquer
avec une partie des trou
pes à la petite pointe du
* jour. Mr de Gouyon ,
commeeftant le plus ancien , commanda la defcente & fat avec toutes
les chalouppes & canots
armez , dans lefquels il y
avoit cinq cens hommes ,
#& s'en rendit maiftre. Les
Portugais s'y eftoient des
GALANT. 179
ja eftablis, &avoient com-*
mencé à faire des batteries , dont ils avoient desja fix pieces de canon de «
fer qu'ils enclouérent
quand ils furent obligez
d'abandonner.Aprés cet
te expedition faite , Mr
Gouyonfe rembarqua, &
en laiffa le commande- &
mentau Marquis de faint •
Simon Lieutenant de
Vaiffeau, avec trois cens •
foldats , & ila donné des
marques de ſa valeur, &
a tousjours tres bien fait.
Le 13. dudit mois deux de «
180 MERCURE
03
ces Vaiffeaux Portugais
fe bruflerent , le Cheva-
»lier de Veaurealle cut ordre d'aller avec fa Chaloupe à bord d'un autre
qui en vouloit faire au,
tant , il s'en rendit maif,
etre , mais il ne put point
le haller au large , parce
qu'un Fort faifoit conti,
" nuellement feu deffus ne
voyant aucun espoir de
le fauver , parce qu'il ef
toit crible de coups de
& qu'il faifoit • canon
beaucoup d'eau , tout ce
qu'il put faire ce fut de
GALANT. 181
ce
се
Téchouer proche de la
pointe de l'Ifle aux Ché
vres , il ne s'y eft trouvé -
que feize piecesde canon «
de fonte de vingt quatre,
qu'on tranſporta la nuit
à terres quant à l'autre
Vaiffeau il fe brufla deux
jours aprés , on ne put
point l'aller prendre où
i eftoit proche une batterie de quatre pieces de
canon de quarante huit ,
Mr Du Gué ordonna
tous nos mortiers fuffent
mis à terre en batterie à«e
l'ffle aux Chevres. Leque C
се
сс
182 MERCURE
»
22 Chevalier de la Ruffinie
➡re qui commandoit l'artillerie , y fut tué la nuit
13. au 14. De Beauve
fut à la faveur de la nuit
23
33
» du
avec huit Chalouppes &
cinq canots armez , enle
→ ver cinqà fix Baſtiments
qui eftoient moüillez proche de terre , qui pouvoient empeſcher noftre
defcente generale , ils
avoient du dix - huit fur
deux de ces navires, dont
» un eftoit de 44. & l'autre
»detrente- fix, tous eftoient
chargez de beau fucre
57
GALANT. 183
CC
blanc de Brefil , on eftime ces carguaifons , ain- «
fi que ces Vaiffeaux plus
de cent mille écus. Le14.
nous filmes noftre defcen- «
te generale au nombre.
de trois mille hommes , «
toutes nos troupes furent
à terre à midy , & nous «
marchaſmes dans la plus .
grande ardeur du Soleil ,
& fufmes à une grande «
lieue pour pouvoir nous «
rendre maiftres d'une ri «,
viere qui fournit la legarde d'eau , mais nous ne «
pufmes paffer, parce que
се
CR
184 MERCURE
»
→cet endroit eft ifolé &
qu'il y avoit un bras de
riviere qui le rendoit inacceffible , nous fufmes
obligez de nous en retourner proche le debar-
» quement où nous cam-
→pafmes par brigades, nous
» y reftames huit jours fans
faire grand mouvement.
Le 19. Mr du Gué envoya
»un Tambour au Gouver-
» neur de la Ville avec une
»
35
"
Lettre pour luy deman-
» der juftice des mauvais
»traitements & des cruau-
» tez qu'on avoit fait àtous
les
GALANT. 185
les prifonniers de Mr le
Clerc, & defon affaffinat, "
& qu'il le fommoit de fe «
rendre , il fit refponfe
qu'il avoit des forces fuperieures de beaucoup
aux noftres pour fe def
fendre , & qu'à l'égard de
l'affaffinat deMr duClerc Ce
«
il n'y avoit eu aucune
part , & qu'il avoit fait «
les perquifitions neceffi
res pour en fçavoir les «
complices.
Quand Mr du Gué eut«
receu cette Lettre il envo «
ya un canot à l'ifle des «
Février. 1712. Q
186 MERCURE
Chevres avec ordre de
» commencerà tirer , alors
→ on ouvrit toutes nos batteries ; fur les fix heures
» du foir , l'on tira detren
>> te pieces de trente fix , &
le lendemain de dix au.
tres de vingt quatre & de
» dix- huit. Le 22. les Jefui-
» tes envoyerent Mr de la
Salle Volontaire de Mr
du Clerc à Mr du Gué
pour l'avertir que le Gou25
verneur avec toute la
garuifon & les habitants
»avoient pris la fuite pen-
» dant la nuit , & qu'ils
GALANT. 187
fe
ce
avoient abandonné la -
Ville de Rio Janeiro &
tous les Forts ; qu'ils euffent à s'y rendre pour en «
prendre poffeffion. On «
s'affura des portes les plus
importantes. La Brigade
de MrGouyonfut aux Be- .
nedictins , & l'on prit le
Fort & tout ce qui en dépend. Nous n'avons perdu en cette occafion que
vingt hommes. Par les «
avis de plufieurs priſon
niers de Mr du Clerc , «
qui fe fauvoient de la Ville, nous avons appris que
co
Qij
188 MERCURE
*
30
53
les Ennemis avoient plus
de dix mille hommes por
tant les armes , y compre
" nant des Negres libres
qui font auffi agueris que
des Soldats. Sitoft que
nous fufmes à la Ville on
diftribua noftre petite armée en cinq Brigades
pour occuper les poftes
les plus avantageux auffi-
>bien que les dehors où
l'on fe campa. Mr du Gué
fe logea à la maifon de
l'Evefque. I nous vint
360. Soldats de Mr du
Clerc qui fortirent de
30
"
39
53
227
GALANT. 189
се
ec
RE
prifon quel'on incorpora
dans nos Troupes. Le 23.
tous les Fortsfe rendirent
par capitulation , & on y "
envoya des garnifons.
Mr du Gué voyant que
le Gouverneur ne vouloit
point compoſer pour fa
Ville luy écrivit pour luy
reprefenter que tout fon «
pays eftoit en noftre puif
fance, preft d'eftre ruiné , «
& qu'ilcherchoit évidem «
ment fa perte ; que fon
Roy le puniroit toft ou
tard de n'avoir pas ména
gé fes interefts ; il l'avere
LC
the
190 MERCURE
* tiffoit d'envoyer chercher fes bleffez & les
malades pour leur éviter
d'eftre embrafez dans les
* ruines de fa Ville qu'il
alloit bruler & miner les
Forts pour les faire fauter,
Il fit réponſe qu'il vouloit
» confulter fes Generaux ,
& demanda deux jours.
Le 28. voyant qu'il ne
répondoit point on fit
» marcher toute l'Armée
»vers lesfix heures du matin. On ne laiffa que trespeu de monde pour gar- 20
» der les Forts que nous
GALANT. 191
occupions. Nous fulmes a
droit à l'ennemyqui eftoit «
campé à deux lieuës de la
Ville. On les furprit fi à «
propos que fi on les avoit
attaqués onles auroit dé- ➡
faits entierement ; nos
deux Armées eftoient en «
veuë à la portée du canon: mais le Gouverneur
demanda à capituler. Le «
premier Article fut que
l'on nous donneroit en
poudre d'or 1600000, li- «
vres poids de France en
trois payements afin -
qu'on confervaft la Ville , «
19 MERCURE
33
دو
$
33
les Couvents des Jefuites,
& des Benedictins , fous
condition qu'on leur donneroit des oftages pour
feureté. Nous leur laiffames le Chevalier de la
Grange Enfeigne de Vaif
feau , qui a efté autrefois
au Port Louis. Ils nous
» envoyerent leur Préfi
» dent , & un Mestre de
Camp de Cavalerie que
→ nous amenames à laVille.
» Ils nous accorderent cent
quaiffes de fucre blanc
53
de neuf cens livres chacune s'obligerent de
nous
CALANT. 193
cc
+
«
nous fournir gratis 200. «
boeufs fous condition
qu'on leur rendroit tous «
les Forts , & tout ce qui
en dépend , l'artillerie
avecfix coupspar canon ; «
que la Ville ne feroit «
point brulée , & qu'ils s'o- «
bligeoient de nous ache- «
ter toutes les poudres qui
cftoient en grande quanrité & toutes les mar- «
chandifes pourpeu qu'on
leur en fit bonne compofition. Il ne s'eft donné «
que deux efcarmouches
où nous avons tué aux «
Février 1712.
R
ec
ec
сс
EC
194 MERCURE
59
33
52
ဘ
32
Ennemis plus de 150.
hommes;nous n'en avons
perdu que quatre ou cinq,
Nonobftant la capitulation faite on ne laiffoit
point de fe tenir fur fes
gardes. Nous recevions
fouvent des avis qu'on
devoit nous furprendre..
Quand on nous eut fait
le premier payement
→ nous ne primes plus tant:
de précaution. Comme
les Portugais mouroient
defaim , on leur permet-
» toit d'entrer dans la Ville
» pour y prendre des fari37
32
22.
50
GALANT. 195
EC
nes de magniottes qu'ils -
avoient dans leurmaifon
ayant avec eux des fauve- c
gardesqui les ramenoient
dehors ; nous recevions «
d'eux tous les jours des
rafraifchiffements qui
.co :
nous eftoient d'un tres. «
4
OC
ce
grand' fecours. Le bruit
commun porte qu'on a «
trouvé dans les monta- Le
gnes un trefor d'environ
deux millions cinq cent «
mille livres en lingots
d'or , poudre , & vaiſſelle
d'argent , & trois mille .
quaiffes de fucre blanc «
>
cc
Rij
196 MERCURE
دو qui font de neuf cens li.:
vres chacune , eftimées
trois cens mille écus
» trente pieces de canon de
fonte de vingt - quatre
eftimées deux cens dix
mille livres ; l'on a vendu
plufieurs Navires pour
53
SP
دو
50
38
"
22
»7 cent foixante mille livres;
l'on a vendu les poudres
» cent vingt mille livres , &
des marchandifes vendues dans tous les vaiffeaux au profit de l'arme-
» ment vingt mille livres ;
le tout enfemble compre5
57
دو
- nant ce qu'on a receu
GALANT. 197
(C
f5 ས
CC
pour la capitulation , on
compte que nous avons «
cu de Rio Janeiro huit
millions. Tous nos Soldats ont donné beaucoup
de marques de leur va- «
leur eſtant remplis tous "
de bonne volonté ; la «
ce
"
ce plufpart ont fait de gros
butins & ceux qui n'ont *
pas profité dans cette oc- «
cafion , c'eft qu'ils fe font
trop attachés à boire.
d'un Capitaine de Vaiffeau
qui a eflé prefent à l'expedition de Rio Janeiro.
Lee 12. 12. Septembre à la «
faveur d'une bruine fort
épaiffe nous parufmes furles dix heures du matin «
proche l'entrée de Rio
Janeiro , ayant reconnu “
Piiij.
176 MERCURE
la Terre deux jours aupa 03
3
→ravant , dès que le temps
1029
03/
09
30
commença à´ss'éclaircir
Mr Du Gué fit le fignal
pour entrer tous en li-
" gne fuivant l'ordre qu'il
- en avoit donné , fçavoir
» le Magnanime , le Lys ,
le Brillant , l'Achille , le
Glorieux , le Mars , le Fidele , l'Argonaute , l'A-
→ mazone, la Bellone , l'Aigle , l'Aftrée , le Chance-
» lier, la Glorieufe , la Con-
- corde & les deux Traverfiers, nous entraẩmes tous
avec un vent de Sud Eft
*
GALANT 177
beau & frais en forçant le
grandfort de fainteCroix
qui eft le premier en en- «
trant & d'autres forts
dont il nous fallut effuyer
le feu nous allafmesmoüil
ler , nonobftant leur feu ,
proche la ville hors la por--
tée du canon , nous y avons trouvé quatre Vaiffeaux de guerre Portugais
de 64, 62. 60. à 58. canons , dont la moitié de«
leur artillerie eftoit de «
fonte. Mr du Gué, avec «
le Confeil de guerre , re
folut qu'il falloit fe rendre
178 MERCURE
" maiftres de l'Ifle aux Che
vres, & que c'eftoit le feul
endroit où on pourroit
eftablir fes batteries. Mr
du Gué ordonna qu'on fe
tint preft à debarquer
avec une partie des trou
pes à la petite pointe du
* jour. Mr de Gouyon ,
commeeftant le plus ancien , commanda la defcente & fat avec toutes
les chalouppes & canots
armez , dans lefquels il y
avoit cinq cens hommes ,
#& s'en rendit maiftre. Les
Portugais s'y eftoient des
GALANT. 179
ja eftablis, &avoient com-*
mencé à faire des batteries , dont ils avoient desja fix pieces de canon de «
fer qu'ils enclouérent
quand ils furent obligez
d'abandonner.Aprés cet
te expedition faite , Mr
Gouyonfe rembarqua, &
en laiffa le commande- &
mentau Marquis de faint •
Simon Lieutenant de
Vaiffeau, avec trois cens •
foldats , & ila donné des
marques de ſa valeur, &
a tousjours tres bien fait.
Le 13. dudit mois deux de «
180 MERCURE
03
ces Vaiffeaux Portugais
fe bruflerent , le Cheva-
»lier de Veaurealle cut ordre d'aller avec fa Chaloupe à bord d'un autre
qui en vouloit faire au,
tant , il s'en rendit maif,
etre , mais il ne put point
le haller au large , parce
qu'un Fort faifoit conti,
" nuellement feu deffus ne
voyant aucun espoir de
le fauver , parce qu'il ef
toit crible de coups de
& qu'il faifoit • canon
beaucoup d'eau , tout ce
qu'il put faire ce fut de
GALANT. 181
ce
се
Téchouer proche de la
pointe de l'Ifle aux Ché
vres , il ne s'y eft trouvé -
que feize piecesde canon «
de fonte de vingt quatre,
qu'on tranſporta la nuit
à terres quant à l'autre
Vaiffeau il fe brufla deux
jours aprés , on ne put
point l'aller prendre où
i eftoit proche une batterie de quatre pieces de
canon de quarante huit ,
Mr Du Gué ordonna
tous nos mortiers fuffent
mis à terre en batterie à«e
l'ffle aux Chevres. Leque C
се
сс
182 MERCURE
»
22 Chevalier de la Ruffinie
➡re qui commandoit l'artillerie , y fut tué la nuit
13. au 14. De Beauve
fut à la faveur de la nuit
23
33
» du
avec huit Chalouppes &
cinq canots armez , enle
→ ver cinqà fix Baſtiments
qui eftoient moüillez proche de terre , qui pouvoient empeſcher noftre
defcente generale , ils
avoient du dix - huit fur
deux de ces navires, dont
» un eftoit de 44. & l'autre
»detrente- fix, tous eftoient
chargez de beau fucre
57
GALANT. 183
CC
blanc de Brefil , on eftime ces carguaifons , ain- «
fi que ces Vaiffeaux plus
de cent mille écus. Le14.
nous filmes noftre defcen- «
te generale au nombre.
de trois mille hommes , «
toutes nos troupes furent
à terre à midy , & nous «
marchaſmes dans la plus .
grande ardeur du Soleil ,
& fufmes à une grande «
lieue pour pouvoir nous «
rendre maiftres d'une ri «,
viere qui fournit la legarde d'eau , mais nous ne «
pufmes paffer, parce que
се
CR
184 MERCURE
»
→cet endroit eft ifolé &
qu'il y avoit un bras de
riviere qui le rendoit inacceffible , nous fufmes
obligez de nous en retourner proche le debar-
» quement où nous cam-
→pafmes par brigades, nous
» y reftames huit jours fans
faire grand mouvement.
Le 19. Mr du Gué envoya
»un Tambour au Gouver-
» neur de la Ville avec une
»
35
"
Lettre pour luy deman-
» der juftice des mauvais
»traitements & des cruau-
» tez qu'on avoit fait àtous
les
GALANT. 185
les prifonniers de Mr le
Clerc, & defon affaffinat, "
& qu'il le fommoit de fe «
rendre , il fit refponfe
qu'il avoit des forces fuperieures de beaucoup
aux noftres pour fe def
fendre , & qu'à l'égard de
l'affaffinat deMr duClerc Ce
«
il n'y avoit eu aucune
part , & qu'il avoit fait «
les perquifitions neceffi
res pour en fçavoir les «
complices.
Quand Mr du Gué eut«
receu cette Lettre il envo «
ya un canot à l'ifle des «
Février. 1712. Q
186 MERCURE
Chevres avec ordre de
» commencerà tirer , alors
→ on ouvrit toutes nos batteries ; fur les fix heures
» du foir , l'on tira detren
>> te pieces de trente fix , &
le lendemain de dix au.
tres de vingt quatre & de
» dix- huit. Le 22. les Jefui-
» tes envoyerent Mr de la
Salle Volontaire de Mr
du Clerc à Mr du Gué
pour l'avertir que le Gou25
verneur avec toute la
garuifon & les habitants
»avoient pris la fuite pen-
» dant la nuit , & qu'ils
GALANT. 187
fe
ce
avoient abandonné la -
Ville de Rio Janeiro &
tous les Forts ; qu'ils euffent à s'y rendre pour en «
prendre poffeffion. On «
s'affura des portes les plus
importantes. La Brigade
de MrGouyonfut aux Be- .
nedictins , & l'on prit le
Fort & tout ce qui en dépend. Nous n'avons perdu en cette occafion que
vingt hommes. Par les «
avis de plufieurs priſon
niers de Mr du Clerc , «
qui fe fauvoient de la Ville, nous avons appris que
co
Qij
188 MERCURE
*
30
53
les Ennemis avoient plus
de dix mille hommes por
tant les armes , y compre
" nant des Negres libres
qui font auffi agueris que
des Soldats. Sitoft que
nous fufmes à la Ville on
diftribua noftre petite armée en cinq Brigades
pour occuper les poftes
les plus avantageux auffi-
>bien que les dehors où
l'on fe campa. Mr du Gué
fe logea à la maifon de
l'Evefque. I nous vint
360. Soldats de Mr du
Clerc qui fortirent de
30
"
39
53
227
GALANT. 189
се
ec
RE
prifon quel'on incorpora
dans nos Troupes. Le 23.
tous les Fortsfe rendirent
par capitulation , & on y "
envoya des garnifons.
Mr du Gué voyant que
le Gouverneur ne vouloit
point compoſer pour fa
Ville luy écrivit pour luy
reprefenter que tout fon «
pays eftoit en noftre puif
fance, preft d'eftre ruiné , «
& qu'ilcherchoit évidem «
ment fa perte ; que fon
Roy le puniroit toft ou
tard de n'avoir pas ména
gé fes interefts ; il l'avere
LC
the
190 MERCURE
* tiffoit d'envoyer chercher fes bleffez & les
malades pour leur éviter
d'eftre embrafez dans les
* ruines de fa Ville qu'il
alloit bruler & miner les
Forts pour les faire fauter,
Il fit réponſe qu'il vouloit
» confulter fes Generaux ,
& demanda deux jours.
Le 28. voyant qu'il ne
répondoit point on fit
» marcher toute l'Armée
»vers lesfix heures du matin. On ne laiffa que trespeu de monde pour gar- 20
» der les Forts que nous
GALANT. 191
occupions. Nous fulmes a
droit à l'ennemyqui eftoit «
campé à deux lieuës de la
Ville. On les furprit fi à «
propos que fi on les avoit
attaqués onles auroit dé- ➡
faits entierement ; nos
deux Armées eftoient en «
veuë à la portée du canon: mais le Gouverneur
demanda à capituler. Le «
premier Article fut que
l'on nous donneroit en
poudre d'or 1600000, li- «
vres poids de France en
trois payements afin -
qu'on confervaft la Ville , «
19 MERCURE
33
دو
$
33
les Couvents des Jefuites,
& des Benedictins , fous
condition qu'on leur donneroit des oftages pour
feureté. Nous leur laiffames le Chevalier de la
Grange Enfeigne de Vaif
feau , qui a efté autrefois
au Port Louis. Ils nous
» envoyerent leur Préfi
» dent , & un Mestre de
Camp de Cavalerie que
→ nous amenames à laVille.
» Ils nous accorderent cent
quaiffes de fucre blanc
53
de neuf cens livres chacune s'obligerent de
nous
CALANT. 193
cc
+
«
nous fournir gratis 200. «
boeufs fous condition
qu'on leur rendroit tous «
les Forts , & tout ce qui
en dépend , l'artillerie
avecfix coupspar canon ; «
que la Ville ne feroit «
point brulée , & qu'ils s'o- «
bligeoient de nous ache- «
ter toutes les poudres qui
cftoient en grande quanrité & toutes les mar- «
chandifes pourpeu qu'on
leur en fit bonne compofition. Il ne s'eft donné «
que deux efcarmouches
où nous avons tué aux «
Février 1712.
R
ec
ec
сс
EC
194 MERCURE
59
33
52
ဘ
32
Ennemis plus de 150.
hommes;nous n'en avons
perdu que quatre ou cinq,
Nonobftant la capitulation faite on ne laiffoit
point de fe tenir fur fes
gardes. Nous recevions
fouvent des avis qu'on
devoit nous furprendre..
Quand on nous eut fait
le premier payement
→ nous ne primes plus tant:
de précaution. Comme
les Portugais mouroient
defaim , on leur permet-
» toit d'entrer dans la Ville
» pour y prendre des fari37
32
22.
50
GALANT. 195
EC
nes de magniottes qu'ils -
avoient dans leurmaifon
ayant avec eux des fauve- c
gardesqui les ramenoient
dehors ; nous recevions «
d'eux tous les jours des
rafraifchiffements qui
.co :
nous eftoient d'un tres. «
4
OC
ce
grand' fecours. Le bruit
commun porte qu'on a «
trouvé dans les monta- Le
gnes un trefor d'environ
deux millions cinq cent «
mille livres en lingots
d'or , poudre , & vaiſſelle
d'argent , & trois mille .
quaiffes de fucre blanc «
>
cc
Rij
196 MERCURE
دو qui font de neuf cens li.:
vres chacune , eftimées
trois cens mille écus
» trente pieces de canon de
fonte de vingt - quatre
eftimées deux cens dix
mille livres ; l'on a vendu
plufieurs Navires pour
53
SP
دو
50
38
"
22
»7 cent foixante mille livres;
l'on a vendu les poudres
» cent vingt mille livres , &
des marchandifes vendues dans tous les vaiffeaux au profit de l'arme-
» ment vingt mille livres ;
le tout enfemble compre5
57
دو
- nant ce qu'on a receu
GALANT. 197
(C
f5 ས
CC
pour la capitulation , on
compte que nous avons «
cu de Rio Janeiro huit
millions. Tous nos Soldats ont donné beaucoup
de marques de leur va- «
leur eſtant remplis tous "
de bonne volonté ; la «
ce
"
ce plufpart ont fait de gros
butins & ceux qui n'ont *
pas profité dans cette oc- «
cafion , c'eft qu'ils fe font
trop attachés à boire.
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Résumé : LETTRE d'un Capitaine de Vaisseau qui a esté present à l'expedition de Rio-Janeiro.
Le texte décrit l'expédition de Rio de Janeiro dirigée par le capitaine de vaisseau M. Du Gué. Le 12 septembre, la flotte française pénétra dans la baie de Rio de Janeiro malgré la résistance des forts portugais. M. Du Gué ordonna la prise de l'île aux Chèvres pour y installer des batteries. M. de Gouyon, commandant la descente, s'empara de l'île malgré la résistance portugaise. Le 13 septembre, deux vaisseaux portugais furent incendiés. Le 14 septembre, les Français tentèrent une descente générale mais furent arrêtés par une rivière. Le 19 septembre, M. Du Gué envoya un tambour au gouverneur portugais pour demander justice pour les mauvais traitements infligés aux prisonniers de M. du Clerc. Le gouverneur refusa, affirmant disposer de forces supérieures. Le 22 septembre, les Jésuites informèrent les Français que le gouverneur avait fui. Les Français prirent alors possession de la ville et des forts sans rencontrer de résistance significative. Le 23 septembre, tous les forts se rendirent par capitulation. Le gouverneur, après avoir demandé deux jours pour consulter ses généraux, accepta de capituler le 28 septembre. Les termes de la capitulation incluaient le paiement de 1 600 000 livres en poudre d'or, la livraison de sucre et de bœufs, ainsi que la restitution des forts et de l'artillerie. La prise de Rio de Janeiro rapporta environ huit millions de livres aux Français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 198-252
AUTRE EXTRAIT de plusieurs Lettres particulieres joint à l'Extrait de la Relation imprimée à Paris sur ce qui s'est passé dans l'expedition de Rio Janeiro.
Début :
Le 9. du mois de Juin 1711. le Sieur du Guay-Troüin mit à la voile [...]
Mots clefs :
Rio de Janeiro, Expédition, Troupes, Canon, Batteries, Chevalier, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE EXTRAIT de plusieurs Lettres particulieres joint à l'Extrait de la Relation imprimée à Paris sur ce qui s'est passé dans l'expedition de Rio Janeiro.
AUTRE EXTRAIT
de plufieurs Lettres particulieres joint à l'Extrait de
la Relation imprimée à Paris fur ce qui s'eft paffédans
l'expedition deRiofaneiro.
LE 9. du mois de Juin
4711. le Sieur du GuayTrouin mit à la voile des
rades de la Rochelle avec
fon Efcadre , & les deux
Vaiffeaux , le Chancelier:
& le Glorieux , dans le def
fein d'aller tenter la conquefte de Rio Janeiro
GALANT. 199
Place importante à la coſte
du Brefil , où le fieur Du
Clerc , & huit cens Soldats
de la Marine avoient efté
tuez ou pris l'année précedente. Le 2 Juillet, il moüilla à l'Ile de Saint Vincent ,
où la Fregate l'Aigle vint le
joindre , & n'y trouvant
point derafraifchiffements
il remir à la voile le 6. avec
le feul avantage d'avoir mis
les troupes à terre , pour
leur faire connoiftre le
rang & l'ordre qu'elles de
voient obferver en cas de
defcente. Le 11. du mois
R iiij
200 MERCURE)
d'Aouſt il paffa la Ligne
Le 19. il eut connoillance
de l'Ile de l'Afcenfion , &
le
27
2 . fe
trouvant
à la
hauteur
de
la
Baye
de
tous
les
Saints
, il affembla
le . Confeil
où
il fut
réfolu
qu'on
fe
rendroit
à droiture
au
Rio
Janeiro
, Le
1.
de
Septembre
on
trouva
fond
, fans
:
avoir
cependant
connoif
.
fance
de
terre
. Il
fit
fes
remarques
là
deffus
, &
fur
la
hauteur
qu'on
avoit
ob
!
fervée
, aprés
quoy
profi
tant
d'un
vent
frais
qui
s'é
leva
à l'entrée
de
la nuit
, il
GALANIM 267-
fit forcer de voiles à toute
l'Efcadre, malgréla brume
& le mauvais temps , & il
fe trouva à la pointe du jour
Jprécisémentà l'embouchu
re duRio Janeiro.
llordonna au Chevalier
de Courferac , qui en con
noiffoitl'entrée , de fe met
tre à la tefte de l'Eſcadre, &
aux Chevaliers de Gouyon
& de Beauve de marcher
immediatement aprés , &
ilTuivic, eftant alors en fi
tuation desvoir ce qui fe
paffoit à la tefte & à la
queue. Il fut en mefmetems
•
1
102 MERCURE
fignal aux Sieurs de la Jail.
le , de la Moinerie Miniac ,
& à tous les Capitaines de
l'Efcadre de marcher les
uns aprés les autres , fuis
vant le rang & la force de
leur Vaiffeau , cequ'ils executerent ponctuellement ' ,
ainsi que les Maiftres des
deuxTraverfiers qui effuye
rent le feu de toutes les Bat
teries fans changer de rou.
te.
LeChevalier de Courſe.
rac , s'eft acquis une gloire
particuliere dans cette ac
tion, parla bonne mancu
'
GALANT. 1203
1
vre qu'il a faite & la fierté
avec laquelle il a montré le
chemin. Ce fut dans cet
ordre qu'on força l'entrée
de ce Port , défendu par
une prodigieufe quantité
d'artillerie , & par quatre
Vaiffeaux de Guerre de cinquante-fix à foixante - dix
canons , commandez par
•
Gafpar da Cofta , General
de la Flote , que le Royde
Portugal avoit envoyée exprés avec des Troupes pour
la défenfe de cetté Place.
Ces quatre Vaiffeaux ju
geant par la manoeuvre
204 MERCURE
qu'on les alloit aborder ,
couperent leurs cables , &
allerent s'échouer fous les
Batteries de la Ville. On
avoit eu jufqu'alors environ trois cens hommes
hors de combat. Il eft neceffaire pour l'intelligence
decette Relation d'ajouter
icy un eftat de la Ville &
de la Baye de Rio Janeiro ,
de fes Fortereffes & de la
fituation de fon entrée. La
Baye de Rio Janeiro eft
fermée parungoulet beaucoupplus eftroit que celuy
de Breft ; elle eft défendue
GALANT. 205"
du cofté droit par le Fort
de Sainte Croix , garni de
quarante quatre pieces de
canon de tout calibre , de-
| puis quarante huit livres
de bale jufqu'à huit , d'une
autre Batterie de fix pieces.
qui eft au dehors de ceFort,
& du cofté gauche par le
Fort de Saint Jean , & par
deux autres Batteries garnies de quarante huit pieces de gros canon qui croifent l'entrée , au milieu de
laquelle fe trouve une Ifle
ou gros Rocher qui peut
avoir quatre- vingt ou cent
206 MERCURE
braffes de longueur. Au
dedans de l'entrée du cofté
droit , on trouve une Bat
terie nommée Noftre- Dame de bonvoyage , qui eft
furune montagne inacceffible ,oùil y a dix pieces de
canon de dix- huit à vingtquatre, qui fe croiſent avec
le Fort de l'Ifle de Villega
gnon qui eft à la gauche ,
& oùil y a vingt pieces du
mefme calibre qui battent
l'entrée de la Baye. Audelà de ce dernier Fort , &
de celuy de Saint Jean , il y
a un Fort nommé Saint
GALANT 207
Theodofe , de feize pieces
de canon , qui bat la plage
qui eft du cofté de la Carioque , au milieu de la
quelle les Portugais ont encore bafti une espece de
Demi- lune. Quand on a
paffé toutes ces Batteries
& tous ces Forts , on voit
I'lfle des Chevres qui n'eft
qu'à la portée du fufil de la
Villeducofté des Benedictins , où il y a un petit Fort
de quatre baftions avec
huit pieces de canon , &
fur un plateau qui eft au bas
de l'Ifle , une Batterie de
08 MERCURE
quatre pieces qui bat le
cofté de la Mer & fe croife
avec le Fort de la Miferi
corde. Ily aencore des Batteries de l'autre cofté de la
Rade & il n'y a pas un
feul endroit pourfaire def
cente , où les Portugais
n'euffent remué la terre
fait des abbatis d'arbres &
mis du canon en batterie.
Al'égard de la Baye , on ne
peut gueres en trouver de
plusbelle , de plus grande ,
ny de plus commode : le
moüillage y eft parfaitement bon , le Vent & la
Mer
GALANT 209
Mer n'y entrent prefque
jamais , & il y a au fond
une Riviere qui s'eltend
quatorze lieues en terre
du cofté du Nord - Eft.
La Ville eft baſtie le long
de la Baye , au milieu de
trois montages fort éle
vées , qui font occupées ,
l'une qui eft à une des extremitez , par les Jefuites ,
l'autre par les Benedictins ,
& la troifiéme , nommée la
Conception , par l'Evef
que ces trois montagnes
commandent entierement
la Ville & la Campagne
Février 1712. S
110 MERCURE
& font garnies de Forts &
de Batteries . Au deffus de
celle qu'occupent les Jefuites , eft un Fort nommé
Saint Sebaftien , reveftu de
murailles & entouré d'un
bon foffé , garni de quatorze pieces de cánon & de
beaucoup de pierriers. Sur
la gauche de ce Forty du
coftéde la plaine à my cofte eft un Fort nomméSaint
Yague , où il y a douze
pieces de canon : un autre
nommé Sainte Aloufie , de
huic pieces ; une Batterié
de douze , & le Fort de la
GALANT 211
Mifericordesqui eft baſti
fur un Rocher qui avance
dans la Mer, oùil y a douze
pieces de canon qui battent du cofté de la Ville &
de celuy de la Mer. La
montagne des Benedictins
eft fortifiée d'un retranchement garni de plufieurs
pieces de canon , qui bat
tent du cofté de l'ifle des
Chevres du cofté de la
montagne de la Concep
tion & de la plaine. La
montagne de la Conception eft retranchée du coftéde la campagne par un
Sij
212 MERGURE
foffé , une haye vive derriere , & des pieces de cas
non de diftance en diſtan.
ce , qui en occupent tout le
front. La Ville eft fortifiée
par des Redans & des Batteries de diftance en diftance , dont les feux fe crois
fent : du cofté de la plaine
elle eft défendue par un
Camp retranché & un bon
foffe plein d'eau , au de
dans duquel il y a deux
places d'armes à pouvoir
contenirquinze cens hom
mes en bataille , plufieurs
pieces de canon & des
GALANT 21
maifons crenelées de tou
tes parts ; c'eftoit le lieu où
les Ennemis avoient une
partie de leurs Troupes ,
qui montoient à douze ou
treize mille hommës, par
my lefquels plufieurs a
voient fervi en Eſpagne à
la bataille d'Almanza , &
un tres -grand nombre de
Negres. Le Sicur du Guay
Troüin , furpris de trouver
la Place en fi bon eftat, apprit qu'un Paquebot venu
d'Angleterre à Lisbonne ,
avoit donné avis que fon
Efcadre étoit deftinée pour
#14 MERCURE
le Rio Janeiro: & comme
il ne fe trouva point dans
ce temps- là de Baftiment
armé pour y en porter la
nouvelle , le Roy de Portugal y avoit envoyé ce
mefme paquebot qui ¡y ef
toit arrivé quinze jours auparavant. Cet , avis avoit
donné lieu au Gouverneur
de faire travailler avec tant
de diligence à des retran
chements , & à eftablir des
Batteries dans tous les endroits où il jugeoit qu'il
pouvoit estre attaqué.
La journée le paffa à for.
GALANT. 25
cer l'entrée , & le fieur du
Guay-Troüin fit avancer
la Galiote & les Traver
fiers , & détacha le 3 à la
pointe du jour le Chevalier
de Gouyonavec cinq cents
foldats d'élite , pour s'em
parer de l'ifle des Chevres
Il l'executa dans le mo
ment, & en chaffa les ennemis fi brufquement, qu
ils eurent à peine le temps
d'enclouer leur canon. Ils
coulerentà fond en fe reti
rant deux de leurs plus gros
Vaiffeaux marchands entre les batteries des Bene
21 MERCURE
dictins & l'Ile des Chevres , & ils firent fauter
deux de leurs Vaiffeaux de
guerre échouez fous le
Fort de la Mifericorde
mais voulant en faire autant d'un troifiéme échoué
à la pointe de l'Ile des
Chevres , le Chevalier de
Gouyon y envoya deux
Chaloupes commandées
par les fieurs de Vaureal &
de Saint Oſmanes , qui
malgré le feu du canon de
la Place , s'en rendirent
maiftres & y arborerent le
Pavillon du Roy ; mais ils
nc
GALANT. 217
ne purent le mettre à flot ,
parce qu'il ſe trouva plein
d'eau par les coups de canon dont il eftoit percé. Le
Chevalier de Gouyon envoyaauffi toft rendre compte de la fituation avantageufe de l'Ile des Chevres :
le fieur du Guay Trouin
alla vifiter ce pofte ; & l'ayant trouvé tel qu'il le luy
avoit marqué , ordonna
aux fieurs de la Ruffiniere
& Effiot Officiers d'artillerie , & au fieur Keguelin
Capitaine de Brulot d'y eftablir des batteries de morFévrier 1712.
Τ
218 MERCURE'
tiers & de canon. Le fieur
deSaint Simon Lieutenant
de Vaiffeau , fut chargé de
faire fouftenir les travailleurs avec un Corps de
troupes : les uns & les autres remplirent leur devoir
avec toute la fermeté poffible , eftant expoſez au feu
continuel du canon & de
la moufqueterie. Cependant la plupart des Vaiffeaux de l'Efcadre manquoient d'eau , & il eſtoir
abfolument neceffaire de
s'affeurer de l'aiguade , &
de faire defcente pour cou-
GALANT. 212
per , s'il eftoit poffible , la
retraite aux ennemis , &
les empefcher d'emporter
leurs richeffes dans les
montagnes. Il ordonna
pour cet effet au Chevalier
de Bauve de prendre le
commandement des Fregates l'Amazone , l'Aigle ,
Aftrée & la Concorde ,
dans lesquelles on fit embarquer une partie des
troupes , le chargeant de
s'emparer pendant, la nuit
de quatre Vaiffeaux marchands qui mouilloient
près de l'endroit où on
+
Tij
220 MERCURE GU
prétendoit faire deſcente ,
& d'y establir un entrepoft pour les troupes , ce
qu'il executa avec beaucoup d'ordre & de condui
te. Ainfi ce debarquement
fe fit le lendemain avec
d'autant plus de feureté
qu'on en avoit ofté la connoiffance aux ennemis par
$
d'autres mouvements qui
attirerent toute leur attention.
Le 14. Septembre,toutes
les troupes eftant debarquées au nombre de deux
mille cent cinquante fol-
GALANT. 221
dats & de fix cents matelots armez , le fieur du
Guay-Trouin envoya les
fieurs Gouyon & de Courferac , s'emparer de deux
hauteurs , d'où l'on décou
vroit tout ce qui fe paffoit
dans la Ville. Le Sicur
d'Auberville Capitaine de
Grenadiers de la Brigade
de ce premier, chaffa quel
ques Troupes Portugailes
d'un bois où ils eftoient en
embufcade , aprés quoy les
Troupes camperent dans
cette difpofition.
L'aile droite commanTiij
222 MERCURE
ན ༥༠
par le
dée par le Chevalier de
Gouyon , occupa la hauteur qui regardoit la Place :
l'aile gauche commandée
par le Chevalier de Cour
lerac, celle qui eftoit à l'op
pofite ; & le corps de Ba
taille , commandé
Chevalier de Beauve , fut
placé au milieu , auffi bien
que le Quartier general ,
afin d'eftre à portée de fe
foutenir les uns les autres ,
& d'eftre maiftre du bord
de la Mer , où les Chalou
pes faifoient de l'eau &apportoient continuellement
GALANT. 223
les munitions de guerre &
de bouche dont on avoit
befoin. Le Sieur de Ricoüart, Inspecteur general,
à la fuite de l'Efcadre, refta
dans la Rade pour avoir
foin de les envoyer & de
faire fournir les materiaux
neceffaires à l'eftabliffe. ?
ment des Batteriesfur l'Ile
des Chevres.
Le 15. le sieur du Guay
Troüin fit marcher toutes
les troupes dans la plaine :
des détachements s'avan
cerent jufqu'à la portée du
fufil de la Place , & tuerent
Tiiij
224 MERCURE
des beftiaux , & pillerent
des maifons , fans aucune
oppofition. Les Portugais
efperoient que les troupes
Françoiles s'engageroient
dans les retranchements.
oùils efperoient les envelopper , mais voyant qu'ils
• ne branloient pas , le Sieur
du Guay Troüin fit retirer
les Troupes , aprés avoir
bien reconnu le terrain qui
fe trouva impraticable , de
forte qu'il parut impoffible,
mefme avec dix mille hommes , de pouvoir couper la
retraite aux ennemis , ny
GALANT. 225
leur empefcher de fauver
leurs richeffes.d
ne
Il en fut convaincu , lors
qu'ayant remarquéun party des ennemis au pied d'u
montagne , il voulut le
faire couper par le Batail
lon du Lys & celuy du Maj
gnanime , qu'il avoit fait
couler à droit & à gauche,
Mais s'en eftant appro
chez avec bien de la peine,
ils trouverent un marais &
des halliers impenetrables
qui les arrefterent , & les
obligerent à s'en revenir.
Le 16. un de fes déta-
226 MERCURE
chements s'eftant avancé ,
les ennemis firent jouer un
fourneauavec tant de précipitation , qu'il ne fit au
cun effet. Ce mefme jouril
chargea les Sieurs de Beau.
ve & dela Calandre d'eftablirune Batterie de dix pieces de canon fur une Prefqu'Ifle qui prenoit les Batteries des Benedictins à re
vers, & ils y firent travail- sy
ler fi diligemment , que
dans trente- fix heures elle
fut en eftat detirer.
Le 17. les Ennemis bru
lerent de grands magazins
GALANT. 227
remplis de fucre , d'agrez
& de munitionsfur le bord
de la Mer. Ils firent auffi
fauter en l'air le dernier de
leurs quatre Vaiffeaux de
guerre échoüez fous les
Benedictins , & ils brule
rent deux autresBaftiments
appartenants au Roy de
Portugal , quitouchoient à
terre.
Le 18. les Ennemis firent fortir de leurs retranchements douze cens hommes de leurs meilleures
Troupes, pour enlever un
pofte avancé que le Sieur
228 MERCURE
de Lifta gardoit avec cinquante Soldats , mais il fe
défenditfi bien qu'il donna
le temps au Chevalier de
Gouyon d'y envoyer le
Sieur de Bourville , AydeMajorde fa Brigade , avec
les Compagnies des Sieurs.
Drouallen & d'Auberville
qui chafferent lesEnnemis,
aprés en avoir tué ou bleffé
plus de cent cinquante. Le
Sieur dePontlo- Coetlogon;
Ayde de Camp du Cheva,
lier de Gouyon y fut bleffé,
avec environ vingt cinq
Soldats. Ce mefme jour
GALANT 229
P
la Batterie des Sieurs de
Beauve & de la Calandre ,
commença à tirer fur les
retranchements & les Batteries des Benedictins.
Le 19. le Sieur de la Rufiniere ayant donné avis
qu'il avoit cinq mortiers &
dix-huit pieces de gros canon en batterie fur l'ifle des
Chevres , le Sieur du GuayTroüin fit fommer le Gouverneur de ſe rendre , &
fur fa réponſe pleine de
fierté , il refolut de l'attaquervivement. Il alla pour
cet effet avec le Chevalier
40 MERCURE
de Beauve le long de la
cofte , depuis le Campjuf
ques à l'Ile des Chevres ,
reconnoiftre les endroits
par où on pourroit plus aisément forcer les ennemis.
On remarqua cinq Vaiffeaux Marchands à demi
portée du fufil des Benedi-
"
etins , qui pouvoient fervir
d'entrepoft à une partie des
Troupes qui feroient deftinées à attaquer ce pofte : il
ordonna pour cela que l'on
fit avancer le Vaiffeau le
Mars entre ces deux Batteries , & de le placer à por-
GALANT. 235
tée de les fouftenir en cas
de befoin.
Le 20. il envoya ordre
au Vaiffeau le Brillant de
s'approcher du Mars , &
il fit faire de toutes les Batteries & des Vaiffeaux un
feu continuel , & donnant
en mefme temps les ordres
neceffaires pour attaquer
le lendemain.
La nuit du 20. au 21. il
envoyaune partie des troupes dans les Vaiffeaux
moüillez prés des Benedictins : les Ennemis s'en ef
tant apperçus firent fur les
12 MERCURE
Chaloupesun grand feu de
moufqueterie qui fut bientoft ralenti parle canon des
Batteries , & par celuy du
Vaiffeau le Mars , ce qui
jetta une grande confternation dans la Place.
Le 21. à la pointe du jour,
le fieur du Guay-Trouin
s'embarqua avec le refte
destroupes pour aller commencer l'attaque , ordonnant au Chevalier de Gou
yon de filer le long de la
Cofte avec la Brigade, afin
d'attaquer les ennemis par
differens endroits.
Sur
GALANT 233
Sur ces entrefaites le
fieur de la Salle qui avoit
efté fait priſonnier avec le
fieur du Clerc à qui il avoit
fervi d'Ayde de Camp ,
s'eftant échapé des ennemis , vint fe rendre , &
donna avis que les ennemis abandonnoient la place avec une terreur eltonnante qu'en fe retirant ils
avoient mis le feu à un des
plus riches Magafins de la
Ville , & qu'ils avoient miné le Fort des Jefuites , &
celuy des Benedictins : le
fieur du Guay- Trouin enFévrier 1712.
V
234 MERCURE
tra enfuite dans la place
avec le Chevalier de Courferac , & huit Compagnies
de Grenadiers, pour fe rendre maiftres des Forts de
Saint Sebaftien , de S. Yague, & de la Mifericorde ,,
laiffant aux fieurs de Gou
yon & de Beauve le commandement du refte des
troupes , avec deffenfe fur
peine de la vie aux foldatss
de s'écarter , & de quitter
leurs rangs.
En entrant dans la Ville , on trouva ce qui reftoit
de priſonniers de la défaite
GALANT 2.35
du fieur du Clerc, qui ayant
brisé les portes de leur pri
fon , s'eftoient desja répandus pour enfoncer & piller
les Maifons qu'ils connoiffoient les plus riches , ce
qui excita l'avidité des foldats , & les porta d'abord à
fe debander , mais la pun ition qui fut faite fur le
champ de quelques uns ,
arrefta les autres ; & les prifonniers furent conduits
fur la hauteur des Benedic
tins. Enfuite il fe rendit
maiftre des Forts & de tous
les poftes , aprés avoir fait
Vije
236 MERCURE
éventer les mines , &ilen
laiffa le commandement.
au Sieur de Courferac, avec
ordre de faire avancer fa
Brigade pour en prendre
poffeffion.
Enfuite pour empefcher
le pillage qui paroiffoir
inévitable , il fit mettre des
Corps de garde, pofer des
fentinelles en divers endroits , & il ordonna des
patrouilles , pour marcher
jour & nuit , avec défenfe
fur peine de la vie aux Matelots & Soldats d'entrer
dans la Ville fous quelque
GALANT. 237
prétexte que ce foit.
Nonobftant toutes ces
précautions , l'avidité du
gain & l'efpoir du pillage
l'emporterent fur la crainte des chaftiments , les
Corps de garde meſme &
les patrouilles commencerent à augmenter le defor
dre pendant la nuit : enforte que le lendemain matin
les trois quarts des portes
des maifons & des maga
fins fe trouverent enfonçées , les vins répandus , les
marchandiſes & les meubles eſparts au milieu des
3 MERCURE
ruës : & enfin tout fe trouva
dans un defordre & une
confuſion eſtonnante. Il
ordonna que l'on paffaft
par les armes ceux qui fe
trouveroient dans le cas du
Ban ; mais les chaſtiments
*
réiterez n'ayant pas efté
capables d'arrefter cette
fureur , il n'y eut d'autre
party à prendre que d'employer pendant le jour la
meilleure partie des Troupes à ramaffer ce qu'on
put d'effets ou de marchan
difes dans des Magafins
qu'il fit eftablir , & où le
GALANT 2391
Sieur de Ricoüart eut foin
de mettredes gens de con
fiance & des Ecrivains de
Roy.
Le 23. il envoya fommer
le Gouverneur du Fort de
Sainte Croix qui ſe rendit
par Capitulation : le Sieur
de Beauville , Ayde Major
General, en prit poffeffion,.
auffi-bien que des Forts de
Villegagnon, de SaintJean,
& des Batteries de l'entrée.
Le Sieur du Guay- Troüin
apprit cependant par differents Negres qui fe ren
dirent , que le Gouverneur
240 MERGURE
de la Place , & le General
de la Flote ayant ramaffé
les debris de leurs Troupes
àune lieuë & demie , attendoient un puiffant fecours
commandépar Don Antonio d'Albuquerque , General des Mines , fort eftimé.
Ainfi pour s'affurer contre
les entrepriſes des Ennemis , il eftablit le Chevalier
de Gouyon avecla Brigade
dans les retranchements
qui regardoient la plaine
& le Chevalier de Beauve
avec le Corps de Bataille
fur la hauteur de la Conception,
GALANT 241
ception , où le Quartier general fut placé pour eftre à
portée de fecourir ceux qui
en auroient befoin. A l'é
gard de la Brigade du Chevalier de Courferac , elle
eftoit déja deſtinée à gar-
´der les Forts & la hauteur
des Jefuites.
Les Ennemis avoient
emporté leur or , bruflé
leurs meilleurs Vaiffeaux &
leurs Magafins les plus riches, & tout le refte demeuroit enproye à la fureur du
pillage , qu'aucun chaſtiment ne pouvoit arrefter :
Février. 1712.
X
242 MERCURE
d'ailleurs il eftoit impoffi
ble de conferver cette Colonie , par le peu de vivres
qui reſtoient dans la Place ,
& par l'impoffibilité de penetrer dans le pays. Ainfi
le Sieur du Guay - Troüin
envoyadire au Gouverneur
que s'il tardoit plus longtemps à racheter la Ville
par une bonne contribu
tion , il alloit la mettre en
cendres : &afin de luy ren
dre cette menace plus fenfible, il détacha deux Compagnies de Grenadiers ,
commandez par les fieurs
GALANT 243 .
de Brignon & de Cheridan,
pour aller bruler toutes les
maiſons de la campagne.lls
rencontreret un gro Corps
des Ennemis , mais eftant
foutenus par une Compagnie deCaporaux, ils enfon
cerentles ennemis, en tuerent plufieurs , & mirent
le refte en fuite . Leur
Commandant, homme de
reputation , demeurafur la
place. Les fieurs de Brignon , de Cheridan , & le
fieur de Kret- Kavel garde
Marine , fe diftinguerent
dans cette action : le fieur
x ij
344 MERGURE
de Brignon , entre autres ,
perça le premier la bayon
nette au bout du fofil , à la
tefte de fa Compagnie ,
dont eftoient Officiers les
fieurs du Bodon & de Mortone gardes de la Marine
Comme cette affaire pou
voit devenir ferieuſe , jefis
avancer le Chevalier de
Beauve avec fix cents hommes , qui penetra encore
plus avant , brufla la maifon qui fervoir de retraite
au Commandant de cette
troupe & fe retira enfuite.
.e GALANT
245
&
Le Gouverneur envoya
unMestre de Camp , & le
Préfident de la Chambre
pour traiter , & ils reprefenterent au fieur du GuayTrouin , que le peuple les
ayant abandonnez
tranfportétout leur or dans
les montagnes,il leur eftoit
impoffible de trouver plus
de fix cents mille crufades:
pour la contribution : ils
demanderent mefme un
affez longtemps pourfaire
revenir l'or appartenant
au Royde Portugal , qu'on
avoit tranfportébien avant
X iij
146 MERCURE
dans les terres. Lefieur du
Guay Troüin rejetta cette
propofition , & congedial
les députezaprès leur avoir
fait voir qu'il faifoit miner
les endroits que le feu ne
pourroit deftruire : cependant il ſe paſſa encore fix
jours fans qu'on entendifti
parler du Gouverneur : on
apprit mefme que Don An
tonio d'Albuquerque devoit arriver inceffamment,
Comme il n'y avoit point
de temps à perdre, le fieur
du Guay- Trouin fit mettre
le lendemain à la pointe
GALANT 247
du jour toutes les troupes
en marche , & malgré las
difficulté des chemins il
arriva de bonne heure en
preſence des ennemis , &
fi près d'eux , que l'avantgarde commandée par le
Chevalier de Gouyon ſe
trouva à demi portée du
fufil de la premiere hauteur qu'ils occupoient , &
fur laquelle une partie de
leurs troupes parut en bataille. Le Gouverneur furpris envoya auffi toft deux
Officiers pour reprefenter
qu'il avoit offert tout l'or
248 MERCURE
dont il pouvoit difpofer
pour le rachat de la Ville:
qu'il luy eftoit abfolument
impoffible d'en trouver da
vantage: que tout ce qu'il
pouvoit faire eftoit d'y.
joindre dix mille crufades
de fa propre bourſe , cent
caiffes de fucre , & tous les
boeufs neceffaires pour la
fubfiftance des troupes , &
qu'aprés cela le fieur du
Guay Trouin eftoit le maiftre de le combattre , & de
deftruire la Colonie. On
tint confeil , & il fut refolu
d'accepter cette propofi
GALANT 249
tion pluſtoft que de tout
perdre ; & fit donner des
oftages, avec promeffe de
payer le tout dans quinze
jours, be my
Lelendemain 11. Octobre
Don Antonio d'Albuquer
que arriva avectrois mille
hommes de troupes , moitié cavalerie & moitié infanterie , & plus de fix mil
le Negres bien armez. Ce
pendant on travailloit tou
jours à tranfporter dans les
Vaiffeaux de l'Efcadre le
fucre qui s'eftoit trouvé , &
à remplir les Magafins des
2go MERCURE
autres marchandiſes que
l'on pouvoit ramaffer.adua
Le 4.Octobre les ennemis
ayant achevé leur dernier
payement, on fit embar
quer les troupes: on garda
feulement les Forts del'ifle
de Villegagnon , de l'ifle
des Chevres , & ceux de
l'entrée.
Le 13. aprés avoir fait
mettre le feu aux Vaiffeaux échoüez fous l'lfle
des Chevres , & aux autres
Baſtimens que l'on n'avoit
pointtrouvéàvendre, l'EC
cadre mit à la voile avec
GALANT. 251
del'eau & des vivres , pour environ trois mois , embarquant
un Officier , quatre gardes de
Marine , & trois cents cinquantefoldats qui reftoient de
la défaite du fieur du Clerc :
tous les autres Officiers avoient
efté envoyez à la Baye de tous
les Saints. Le fieur du Guay.
Trouin prétendoit aller les délivrer , & tirer mefme de cette
Colonie une nouvelle contribution mais ayant employé
quarante jours , à caufe des
vents contraires , pour arriver
à la hauteur de cette Baye , &
ayant à peine affez d'eau &
de vivres pour arriver en
France , il continua fa route.
11 fut mefme obligé de laiffer
la prife commandéepar le fieur
:
52 MERCURE
de la Ruffiniere , trop peſante:
la Fregate l'Aigle ayant ordre
de l'escorter jufqu'en France.
L'Efcadre palla enfin la Ligne le 25. Octobre. Les vents
eftant devenus plus favorables,
on arriva le 19. Janvier à la
hauteur des Ifles des Açores ,
où on effuya une grande tempefte , qui difperfa une partie
de la Flote.
Enfin aprés avoir mis plu
fieurs fois à travers pour attendre les Vaiffeaux, nous continuames noftre route vers
Breft , où l'Eſcadre arriva le
6. Février 1712.
de plufieurs Lettres particulieres joint à l'Extrait de
la Relation imprimée à Paris fur ce qui s'eft paffédans
l'expedition deRiofaneiro.
LE 9. du mois de Juin
4711. le Sieur du GuayTrouin mit à la voile des
rades de la Rochelle avec
fon Efcadre , & les deux
Vaiffeaux , le Chancelier:
& le Glorieux , dans le def
fein d'aller tenter la conquefte de Rio Janeiro
GALANT. 199
Place importante à la coſte
du Brefil , où le fieur Du
Clerc , & huit cens Soldats
de la Marine avoient efté
tuez ou pris l'année précedente. Le 2 Juillet, il moüilla à l'Ile de Saint Vincent ,
où la Fregate l'Aigle vint le
joindre , & n'y trouvant
point derafraifchiffements
il remir à la voile le 6. avec
le feul avantage d'avoir mis
les troupes à terre , pour
leur faire connoiftre le
rang & l'ordre qu'elles de
voient obferver en cas de
defcente. Le 11. du mois
R iiij
200 MERCURE)
d'Aouſt il paffa la Ligne
Le 19. il eut connoillance
de l'Ile de l'Afcenfion , &
le
27
2 . fe
trouvant
à la
hauteur
de
la
Baye
de
tous
les
Saints
, il affembla
le . Confeil
où
il fut
réfolu
qu'on
fe
rendroit
à droiture
au
Rio
Janeiro
, Le
1.
de
Septembre
on
trouva
fond
, fans
:
avoir
cependant
connoif
.
fance
de
terre
. Il
fit
fes
remarques
là
deffus
, &
fur
la
hauteur
qu'on
avoit
ob
!
fervée
, aprés
quoy
profi
tant
d'un
vent
frais
qui
s'é
leva
à l'entrée
de
la nuit
, il
GALANIM 267-
fit forcer de voiles à toute
l'Efcadre, malgréla brume
& le mauvais temps , & il
fe trouva à la pointe du jour
Jprécisémentà l'embouchu
re duRio Janeiro.
llordonna au Chevalier
de Courferac , qui en con
noiffoitl'entrée , de fe met
tre à la tefte de l'Eſcadre, &
aux Chevaliers de Gouyon
& de Beauve de marcher
immediatement aprés , &
ilTuivic, eftant alors en fi
tuation desvoir ce qui fe
paffoit à la tefte & à la
queue. Il fut en mefmetems
•
1
102 MERCURE
fignal aux Sieurs de la Jail.
le , de la Moinerie Miniac ,
& à tous les Capitaines de
l'Efcadre de marcher les
uns aprés les autres , fuis
vant le rang & la force de
leur Vaiffeau , cequ'ils executerent ponctuellement ' ,
ainsi que les Maiftres des
deuxTraverfiers qui effuye
rent le feu de toutes les Bat
teries fans changer de rou.
te.
LeChevalier de Courſe.
rac , s'eft acquis une gloire
particuliere dans cette ac
tion, parla bonne mancu
'
GALANT. 1203
1
vre qu'il a faite & la fierté
avec laquelle il a montré le
chemin. Ce fut dans cet
ordre qu'on força l'entrée
de ce Port , défendu par
une prodigieufe quantité
d'artillerie , & par quatre
Vaiffeaux de Guerre de cinquante-fix à foixante - dix
canons , commandez par
•
Gafpar da Cofta , General
de la Flote , que le Royde
Portugal avoit envoyée exprés avec des Troupes pour
la défenfe de cetté Place.
Ces quatre Vaiffeaux ju
geant par la manoeuvre
204 MERCURE
qu'on les alloit aborder ,
couperent leurs cables , &
allerent s'échouer fous les
Batteries de la Ville. On
avoit eu jufqu'alors environ trois cens hommes
hors de combat. Il eft neceffaire pour l'intelligence
decette Relation d'ajouter
icy un eftat de la Ville &
de la Baye de Rio Janeiro ,
de fes Fortereffes & de la
fituation de fon entrée. La
Baye de Rio Janeiro eft
fermée parungoulet beaucoupplus eftroit que celuy
de Breft ; elle eft défendue
GALANT. 205"
du cofté droit par le Fort
de Sainte Croix , garni de
quarante quatre pieces de
canon de tout calibre , de-
| puis quarante huit livres
de bale jufqu'à huit , d'une
autre Batterie de fix pieces.
qui eft au dehors de ceFort,
& du cofté gauche par le
Fort de Saint Jean , & par
deux autres Batteries garnies de quarante huit pieces de gros canon qui croifent l'entrée , au milieu de
laquelle fe trouve une Ifle
ou gros Rocher qui peut
avoir quatre- vingt ou cent
206 MERCURE
braffes de longueur. Au
dedans de l'entrée du cofté
droit , on trouve une Bat
terie nommée Noftre- Dame de bonvoyage , qui eft
furune montagne inacceffible ,oùil y a dix pieces de
canon de dix- huit à vingtquatre, qui fe croiſent avec
le Fort de l'Ifle de Villega
gnon qui eft à la gauche ,
& oùil y a vingt pieces du
mefme calibre qui battent
l'entrée de la Baye. Audelà de ce dernier Fort , &
de celuy de Saint Jean , il y
a un Fort nommé Saint
GALANT 207
Theodofe , de feize pieces
de canon , qui bat la plage
qui eft du cofté de la Carioque , au milieu de la
quelle les Portugais ont encore bafti une espece de
Demi- lune. Quand on a
paffé toutes ces Batteries
& tous ces Forts , on voit
I'lfle des Chevres qui n'eft
qu'à la portée du fufil de la
Villeducofté des Benedictins , où il y a un petit Fort
de quatre baftions avec
huit pieces de canon , &
fur un plateau qui eft au bas
de l'Ifle , une Batterie de
08 MERCURE
quatre pieces qui bat le
cofté de la Mer & fe croife
avec le Fort de la Miferi
corde. Ily aencore des Batteries de l'autre cofté de la
Rade & il n'y a pas un
feul endroit pourfaire def
cente , où les Portugais
n'euffent remué la terre
fait des abbatis d'arbres &
mis du canon en batterie.
Al'égard de la Baye , on ne
peut gueres en trouver de
plusbelle , de plus grande ,
ny de plus commode : le
moüillage y eft parfaitement bon , le Vent & la
Mer
GALANT 209
Mer n'y entrent prefque
jamais , & il y a au fond
une Riviere qui s'eltend
quatorze lieues en terre
du cofté du Nord - Eft.
La Ville eft baſtie le long
de la Baye , au milieu de
trois montages fort éle
vées , qui font occupées ,
l'une qui eft à une des extremitez , par les Jefuites ,
l'autre par les Benedictins ,
& la troifiéme , nommée la
Conception , par l'Evef
que ces trois montagnes
commandent entierement
la Ville & la Campagne
Février 1712. S
110 MERCURE
& font garnies de Forts &
de Batteries . Au deffus de
celle qu'occupent les Jefuites , eft un Fort nommé
Saint Sebaftien , reveftu de
murailles & entouré d'un
bon foffé , garni de quatorze pieces de cánon & de
beaucoup de pierriers. Sur
la gauche de ce Forty du
coftéde la plaine à my cofte eft un Fort nomméSaint
Yague , où il y a douze
pieces de canon : un autre
nommé Sainte Aloufie , de
huic pieces ; une Batterié
de douze , & le Fort de la
GALANT 211
Mifericordesqui eft baſti
fur un Rocher qui avance
dans la Mer, oùil y a douze
pieces de canon qui battent du cofté de la Ville &
de celuy de la Mer. La
montagne des Benedictins
eft fortifiée d'un retranchement garni de plufieurs
pieces de canon , qui bat
tent du cofté de l'ifle des
Chevres du cofté de la
montagne de la Concep
tion & de la plaine. La
montagne de la Conception eft retranchée du coftéde la campagne par un
Sij
212 MERGURE
foffé , une haye vive derriere , & des pieces de cas
non de diftance en diſtan.
ce , qui en occupent tout le
front. La Ville eft fortifiée
par des Redans & des Batteries de diftance en diftance , dont les feux fe crois
fent : du cofté de la plaine
elle eft défendue par un
Camp retranché & un bon
foffe plein d'eau , au de
dans duquel il y a deux
places d'armes à pouvoir
contenirquinze cens hom
mes en bataille , plufieurs
pieces de canon & des
GALANT 21
maifons crenelées de tou
tes parts ; c'eftoit le lieu où
les Ennemis avoient une
partie de leurs Troupes ,
qui montoient à douze ou
treize mille hommës, par
my lefquels plufieurs a
voient fervi en Eſpagne à
la bataille d'Almanza , &
un tres -grand nombre de
Negres. Le Sicur du Guay
Troüin , furpris de trouver
la Place en fi bon eftat, apprit qu'un Paquebot venu
d'Angleterre à Lisbonne ,
avoit donné avis que fon
Efcadre étoit deftinée pour
#14 MERCURE
le Rio Janeiro: & comme
il ne fe trouva point dans
ce temps- là de Baftiment
armé pour y en porter la
nouvelle , le Roy de Portugal y avoit envoyé ce
mefme paquebot qui ¡y ef
toit arrivé quinze jours auparavant. Cet , avis avoit
donné lieu au Gouverneur
de faire travailler avec tant
de diligence à des retran
chements , & à eftablir des
Batteries dans tous les endroits où il jugeoit qu'il
pouvoit estre attaqué.
La journée le paffa à for.
GALANT. 25
cer l'entrée , & le fieur du
Guay-Troüin fit avancer
la Galiote & les Traver
fiers , & détacha le 3 à la
pointe du jour le Chevalier
de Gouyonavec cinq cents
foldats d'élite , pour s'em
parer de l'ifle des Chevres
Il l'executa dans le mo
ment, & en chaffa les ennemis fi brufquement, qu
ils eurent à peine le temps
d'enclouer leur canon. Ils
coulerentà fond en fe reti
rant deux de leurs plus gros
Vaiffeaux marchands entre les batteries des Bene
21 MERCURE
dictins & l'Ile des Chevres , & ils firent fauter
deux de leurs Vaiffeaux de
guerre échouez fous le
Fort de la Mifericorde
mais voulant en faire autant d'un troifiéme échoué
à la pointe de l'Ile des
Chevres , le Chevalier de
Gouyon y envoya deux
Chaloupes commandées
par les fieurs de Vaureal &
de Saint Oſmanes , qui
malgré le feu du canon de
la Place , s'en rendirent
maiftres & y arborerent le
Pavillon du Roy ; mais ils
nc
GALANT. 217
ne purent le mettre à flot ,
parce qu'il ſe trouva plein
d'eau par les coups de canon dont il eftoit percé. Le
Chevalier de Gouyon envoyaauffi toft rendre compte de la fituation avantageufe de l'Ile des Chevres :
le fieur du Guay Trouin
alla vifiter ce pofte ; & l'ayant trouvé tel qu'il le luy
avoit marqué , ordonna
aux fieurs de la Ruffiniere
& Effiot Officiers d'artillerie , & au fieur Keguelin
Capitaine de Brulot d'y eftablir des batteries de morFévrier 1712.
Τ
218 MERCURE'
tiers & de canon. Le fieur
deSaint Simon Lieutenant
de Vaiffeau , fut chargé de
faire fouftenir les travailleurs avec un Corps de
troupes : les uns & les autres remplirent leur devoir
avec toute la fermeté poffible , eftant expoſez au feu
continuel du canon & de
la moufqueterie. Cependant la plupart des Vaiffeaux de l'Efcadre manquoient d'eau , & il eſtoir
abfolument neceffaire de
s'affeurer de l'aiguade , &
de faire defcente pour cou-
GALANT. 212
per , s'il eftoit poffible , la
retraite aux ennemis , &
les empefcher d'emporter
leurs richeffes dans les
montagnes. Il ordonna
pour cet effet au Chevalier
de Bauve de prendre le
commandement des Fregates l'Amazone , l'Aigle ,
Aftrée & la Concorde ,
dans lesquelles on fit embarquer une partie des
troupes , le chargeant de
s'emparer pendant, la nuit
de quatre Vaiffeaux marchands qui mouilloient
près de l'endroit où on
+
Tij
220 MERCURE GU
prétendoit faire deſcente ,
& d'y establir un entrepoft pour les troupes , ce
qu'il executa avec beaucoup d'ordre & de condui
te. Ainfi ce debarquement
fe fit le lendemain avec
d'autant plus de feureté
qu'on en avoit ofté la connoiffance aux ennemis par
$
d'autres mouvements qui
attirerent toute leur attention.
Le 14. Septembre,toutes
les troupes eftant debarquées au nombre de deux
mille cent cinquante fol-
GALANT. 221
dats & de fix cents matelots armez , le fieur du
Guay-Trouin envoya les
fieurs Gouyon & de Courferac , s'emparer de deux
hauteurs , d'où l'on décou
vroit tout ce qui fe paffoit
dans la Ville. Le Sicur
d'Auberville Capitaine de
Grenadiers de la Brigade
de ce premier, chaffa quel
ques Troupes Portugailes
d'un bois où ils eftoient en
embufcade , aprés quoy les
Troupes camperent dans
cette difpofition.
L'aile droite commanTiij
222 MERCURE
ན ༥༠
par le
dée par le Chevalier de
Gouyon , occupa la hauteur qui regardoit la Place :
l'aile gauche commandée
par le Chevalier de Cour
lerac, celle qui eftoit à l'op
pofite ; & le corps de Ba
taille , commandé
Chevalier de Beauve , fut
placé au milieu , auffi bien
que le Quartier general ,
afin d'eftre à portée de fe
foutenir les uns les autres ,
& d'eftre maiftre du bord
de la Mer , où les Chalou
pes faifoient de l'eau &apportoient continuellement
GALANT. 223
les munitions de guerre &
de bouche dont on avoit
befoin. Le Sieur de Ricoüart, Inspecteur general,
à la fuite de l'Efcadre, refta
dans la Rade pour avoir
foin de les envoyer & de
faire fournir les materiaux
neceffaires à l'eftabliffe. ?
ment des Batteriesfur l'Ile
des Chevres.
Le 15. le sieur du Guay
Troüin fit marcher toutes
les troupes dans la plaine :
des détachements s'avan
cerent jufqu'à la portée du
fufil de la Place , & tuerent
Tiiij
224 MERCURE
des beftiaux , & pillerent
des maifons , fans aucune
oppofition. Les Portugais
efperoient que les troupes
Françoiles s'engageroient
dans les retranchements.
oùils efperoient les envelopper , mais voyant qu'ils
• ne branloient pas , le Sieur
du Guay Troüin fit retirer
les Troupes , aprés avoir
bien reconnu le terrain qui
fe trouva impraticable , de
forte qu'il parut impoffible,
mefme avec dix mille hommes , de pouvoir couper la
retraite aux ennemis , ny
GALANT. 225
leur empefcher de fauver
leurs richeffes.d
ne
Il en fut convaincu , lors
qu'ayant remarquéun party des ennemis au pied d'u
montagne , il voulut le
faire couper par le Batail
lon du Lys & celuy du Maj
gnanime , qu'il avoit fait
couler à droit & à gauche,
Mais s'en eftant appro
chez avec bien de la peine,
ils trouverent un marais &
des halliers impenetrables
qui les arrefterent , & les
obligerent à s'en revenir.
Le 16. un de fes déta-
226 MERCURE
chements s'eftant avancé ,
les ennemis firent jouer un
fourneauavec tant de précipitation , qu'il ne fit au
cun effet. Ce mefme jouril
chargea les Sieurs de Beau.
ve & dela Calandre d'eftablirune Batterie de dix pieces de canon fur une Prefqu'Ifle qui prenoit les Batteries des Benedictins à re
vers, & ils y firent travail- sy
ler fi diligemment , que
dans trente- fix heures elle
fut en eftat detirer.
Le 17. les Ennemis bru
lerent de grands magazins
GALANT. 227
remplis de fucre , d'agrez
& de munitionsfur le bord
de la Mer. Ils firent auffi
fauter en l'air le dernier de
leurs quatre Vaiffeaux de
guerre échoüez fous les
Benedictins , & ils brule
rent deux autresBaftiments
appartenants au Roy de
Portugal , quitouchoient à
terre.
Le 18. les Ennemis firent fortir de leurs retranchements douze cens hommes de leurs meilleures
Troupes, pour enlever un
pofte avancé que le Sieur
228 MERCURE
de Lifta gardoit avec cinquante Soldats , mais il fe
défenditfi bien qu'il donna
le temps au Chevalier de
Gouyon d'y envoyer le
Sieur de Bourville , AydeMajorde fa Brigade , avec
les Compagnies des Sieurs.
Drouallen & d'Auberville
qui chafferent lesEnnemis,
aprés en avoir tué ou bleffé
plus de cent cinquante. Le
Sieur dePontlo- Coetlogon;
Ayde de Camp du Cheva,
lier de Gouyon y fut bleffé,
avec environ vingt cinq
Soldats. Ce mefme jour
GALANT 229
P
la Batterie des Sieurs de
Beauve & de la Calandre ,
commença à tirer fur les
retranchements & les Batteries des Benedictins.
Le 19. le Sieur de la Rufiniere ayant donné avis
qu'il avoit cinq mortiers &
dix-huit pieces de gros canon en batterie fur l'ifle des
Chevres , le Sieur du GuayTroüin fit fommer le Gouverneur de ſe rendre , &
fur fa réponſe pleine de
fierté , il refolut de l'attaquervivement. Il alla pour
cet effet avec le Chevalier
40 MERCURE
de Beauve le long de la
cofte , depuis le Campjuf
ques à l'Ile des Chevres ,
reconnoiftre les endroits
par où on pourroit plus aisément forcer les ennemis.
On remarqua cinq Vaiffeaux Marchands à demi
portée du fufil des Benedi-
"
etins , qui pouvoient fervir
d'entrepoft à une partie des
Troupes qui feroient deftinées à attaquer ce pofte : il
ordonna pour cela que l'on
fit avancer le Vaiffeau le
Mars entre ces deux Batteries , & de le placer à por-
GALANT. 235
tée de les fouftenir en cas
de befoin.
Le 20. il envoya ordre
au Vaiffeau le Brillant de
s'approcher du Mars , &
il fit faire de toutes les Batteries & des Vaiffeaux un
feu continuel , & donnant
en mefme temps les ordres
neceffaires pour attaquer
le lendemain.
La nuit du 20. au 21. il
envoyaune partie des troupes dans les Vaiffeaux
moüillez prés des Benedictins : les Ennemis s'en ef
tant apperçus firent fur les
12 MERCURE
Chaloupesun grand feu de
moufqueterie qui fut bientoft ralenti parle canon des
Batteries , & par celuy du
Vaiffeau le Mars , ce qui
jetta une grande confternation dans la Place.
Le 21. à la pointe du jour,
le fieur du Guay-Trouin
s'embarqua avec le refte
destroupes pour aller commencer l'attaque , ordonnant au Chevalier de Gou
yon de filer le long de la
Cofte avec la Brigade, afin
d'attaquer les ennemis par
differens endroits.
Sur
GALANT 233
Sur ces entrefaites le
fieur de la Salle qui avoit
efté fait priſonnier avec le
fieur du Clerc à qui il avoit
fervi d'Ayde de Camp ,
s'eftant échapé des ennemis , vint fe rendre , &
donna avis que les ennemis abandonnoient la place avec une terreur eltonnante qu'en fe retirant ils
avoient mis le feu à un des
plus riches Magafins de la
Ville , & qu'ils avoient miné le Fort des Jefuites , &
celuy des Benedictins : le
fieur du Guay- Trouin enFévrier 1712.
V
234 MERCURE
tra enfuite dans la place
avec le Chevalier de Courferac , & huit Compagnies
de Grenadiers, pour fe rendre maiftres des Forts de
Saint Sebaftien , de S. Yague, & de la Mifericorde ,,
laiffant aux fieurs de Gou
yon & de Beauve le commandement du refte des
troupes , avec deffenfe fur
peine de la vie aux foldatss
de s'écarter , & de quitter
leurs rangs.
En entrant dans la Ville , on trouva ce qui reftoit
de priſonniers de la défaite
GALANT 2.35
du fieur du Clerc, qui ayant
brisé les portes de leur pri
fon , s'eftoient desja répandus pour enfoncer & piller
les Maifons qu'ils connoiffoient les plus riches , ce
qui excita l'avidité des foldats , & les porta d'abord à
fe debander , mais la pun ition qui fut faite fur le
champ de quelques uns ,
arrefta les autres ; & les prifonniers furent conduits
fur la hauteur des Benedic
tins. Enfuite il fe rendit
maiftre des Forts & de tous
les poftes , aprés avoir fait
Vije
236 MERCURE
éventer les mines , &ilen
laiffa le commandement.
au Sieur de Courferac, avec
ordre de faire avancer fa
Brigade pour en prendre
poffeffion.
Enfuite pour empefcher
le pillage qui paroiffoir
inévitable , il fit mettre des
Corps de garde, pofer des
fentinelles en divers endroits , & il ordonna des
patrouilles , pour marcher
jour & nuit , avec défenfe
fur peine de la vie aux Matelots & Soldats d'entrer
dans la Ville fous quelque
GALANT. 237
prétexte que ce foit.
Nonobftant toutes ces
précautions , l'avidité du
gain & l'efpoir du pillage
l'emporterent fur la crainte des chaftiments , les
Corps de garde meſme &
les patrouilles commencerent à augmenter le defor
dre pendant la nuit : enforte que le lendemain matin
les trois quarts des portes
des maifons & des maga
fins fe trouverent enfonçées , les vins répandus , les
marchandiſes & les meubles eſparts au milieu des
3 MERCURE
ruës : & enfin tout fe trouva
dans un defordre & une
confuſion eſtonnante. Il
ordonna que l'on paffaft
par les armes ceux qui fe
trouveroient dans le cas du
Ban ; mais les chaſtiments
*
réiterez n'ayant pas efté
capables d'arrefter cette
fureur , il n'y eut d'autre
party à prendre que d'employer pendant le jour la
meilleure partie des Troupes à ramaffer ce qu'on
put d'effets ou de marchan
difes dans des Magafins
qu'il fit eftablir , & où le
GALANT 2391
Sieur de Ricoüart eut foin
de mettredes gens de con
fiance & des Ecrivains de
Roy.
Le 23. il envoya fommer
le Gouverneur du Fort de
Sainte Croix qui ſe rendit
par Capitulation : le Sieur
de Beauville , Ayde Major
General, en prit poffeffion,.
auffi-bien que des Forts de
Villegagnon, de SaintJean,
& des Batteries de l'entrée.
Le Sieur du Guay- Troüin
apprit cependant par differents Negres qui fe ren
dirent , que le Gouverneur
240 MERGURE
de la Place , & le General
de la Flote ayant ramaffé
les debris de leurs Troupes
àune lieuë & demie , attendoient un puiffant fecours
commandépar Don Antonio d'Albuquerque , General des Mines , fort eftimé.
Ainfi pour s'affurer contre
les entrepriſes des Ennemis , il eftablit le Chevalier
de Gouyon avecla Brigade
dans les retranchements
qui regardoient la plaine
& le Chevalier de Beauve
avec le Corps de Bataille
fur la hauteur de la Conception,
GALANT 241
ception , où le Quartier general fut placé pour eftre à
portée de fecourir ceux qui
en auroient befoin. A l'é
gard de la Brigade du Chevalier de Courferac , elle
eftoit déja deſtinée à gar-
´der les Forts & la hauteur
des Jefuites.
Les Ennemis avoient
emporté leur or , bruflé
leurs meilleurs Vaiffeaux &
leurs Magafins les plus riches, & tout le refte demeuroit enproye à la fureur du
pillage , qu'aucun chaſtiment ne pouvoit arrefter :
Février. 1712.
X
242 MERCURE
d'ailleurs il eftoit impoffi
ble de conferver cette Colonie , par le peu de vivres
qui reſtoient dans la Place ,
& par l'impoffibilité de penetrer dans le pays. Ainfi
le Sieur du Guay - Troüin
envoyadire au Gouverneur
que s'il tardoit plus longtemps à racheter la Ville
par une bonne contribu
tion , il alloit la mettre en
cendres : &afin de luy ren
dre cette menace plus fenfible, il détacha deux Compagnies de Grenadiers ,
commandez par les fieurs
GALANT 243 .
de Brignon & de Cheridan,
pour aller bruler toutes les
maiſons de la campagne.lls
rencontreret un gro Corps
des Ennemis , mais eftant
foutenus par une Compagnie deCaporaux, ils enfon
cerentles ennemis, en tuerent plufieurs , & mirent
le refte en fuite . Leur
Commandant, homme de
reputation , demeurafur la
place. Les fieurs de Brignon , de Cheridan , & le
fieur de Kret- Kavel garde
Marine , fe diftinguerent
dans cette action : le fieur
x ij
344 MERGURE
de Brignon , entre autres ,
perça le premier la bayon
nette au bout du fofil , à la
tefte de fa Compagnie ,
dont eftoient Officiers les
fieurs du Bodon & de Mortone gardes de la Marine
Comme cette affaire pou
voit devenir ferieuſe , jefis
avancer le Chevalier de
Beauve avec fix cents hommes , qui penetra encore
plus avant , brufla la maifon qui fervoir de retraite
au Commandant de cette
troupe & fe retira enfuite.
.e GALANT
245
&
Le Gouverneur envoya
unMestre de Camp , & le
Préfident de la Chambre
pour traiter , & ils reprefenterent au fieur du GuayTrouin , que le peuple les
ayant abandonnez
tranfportétout leur or dans
les montagnes,il leur eftoit
impoffible de trouver plus
de fix cents mille crufades:
pour la contribution : ils
demanderent mefme un
affez longtemps pourfaire
revenir l'or appartenant
au Royde Portugal , qu'on
avoit tranfportébien avant
X iij
146 MERCURE
dans les terres. Lefieur du
Guay Troüin rejetta cette
propofition , & congedial
les députezaprès leur avoir
fait voir qu'il faifoit miner
les endroits que le feu ne
pourroit deftruire : cependant il ſe paſſa encore fix
jours fans qu'on entendifti
parler du Gouverneur : on
apprit mefme que Don An
tonio d'Albuquerque devoit arriver inceffamment,
Comme il n'y avoit point
de temps à perdre, le fieur
du Guay- Trouin fit mettre
le lendemain à la pointe
GALANT 247
du jour toutes les troupes
en marche , & malgré las
difficulté des chemins il
arriva de bonne heure en
preſence des ennemis , &
fi près d'eux , que l'avantgarde commandée par le
Chevalier de Gouyon ſe
trouva à demi portée du
fufil de la premiere hauteur qu'ils occupoient , &
fur laquelle une partie de
leurs troupes parut en bataille. Le Gouverneur furpris envoya auffi toft deux
Officiers pour reprefenter
qu'il avoit offert tout l'or
248 MERCURE
dont il pouvoit difpofer
pour le rachat de la Ville:
qu'il luy eftoit abfolument
impoffible d'en trouver da
vantage: que tout ce qu'il
pouvoit faire eftoit d'y.
joindre dix mille crufades
de fa propre bourſe , cent
caiffes de fucre , & tous les
boeufs neceffaires pour la
fubfiftance des troupes , &
qu'aprés cela le fieur du
Guay Trouin eftoit le maiftre de le combattre , & de
deftruire la Colonie. On
tint confeil , & il fut refolu
d'accepter cette propofi
GALANT 249
tion pluſtoft que de tout
perdre ; & fit donner des
oftages, avec promeffe de
payer le tout dans quinze
jours, be my
Lelendemain 11. Octobre
Don Antonio d'Albuquer
que arriva avectrois mille
hommes de troupes , moitié cavalerie & moitié infanterie , & plus de fix mil
le Negres bien armez. Ce
pendant on travailloit tou
jours à tranfporter dans les
Vaiffeaux de l'Efcadre le
fucre qui s'eftoit trouvé , &
à remplir les Magafins des
2go MERCURE
autres marchandiſes que
l'on pouvoit ramaffer.adua
Le 4.Octobre les ennemis
ayant achevé leur dernier
payement, on fit embar
quer les troupes: on garda
feulement les Forts del'ifle
de Villegagnon , de l'ifle
des Chevres , & ceux de
l'entrée.
Le 13. aprés avoir fait
mettre le feu aux Vaiffeaux échoüez fous l'lfle
des Chevres , & aux autres
Baſtimens que l'on n'avoit
pointtrouvéàvendre, l'EC
cadre mit à la voile avec
GALANT. 251
del'eau & des vivres , pour environ trois mois , embarquant
un Officier , quatre gardes de
Marine , & trois cents cinquantefoldats qui reftoient de
la défaite du fieur du Clerc :
tous les autres Officiers avoient
efté envoyez à la Baye de tous
les Saints. Le fieur du Guay.
Trouin prétendoit aller les délivrer , & tirer mefme de cette
Colonie une nouvelle contribution mais ayant employé
quarante jours , à caufe des
vents contraires , pour arriver
à la hauteur de cette Baye , &
ayant à peine affez d'eau &
de vivres pour arriver en
France , il continua fa route.
11 fut mefme obligé de laiffer
la prife commandéepar le fieur
:
52 MERCURE
de la Ruffiniere , trop peſante:
la Fregate l'Aigle ayant ordre
de l'escorter jufqu'en France.
L'Efcadre palla enfin la Ligne le 25. Octobre. Les vents
eftant devenus plus favorables,
on arriva le 19. Janvier à la
hauteur des Ifles des Açores ,
où on effuya une grande tempefte , qui difperfa une partie
de la Flote.
Enfin aprés avoir mis plu
fieurs fois à travers pour attendre les Vaiffeaux, nous continuames noftre route vers
Breft , où l'Eſcadre arriva le
6. Février 1712.
Fermer
Résumé : AUTRE EXTRAIT de plusieurs Lettres particulieres joint à l'Extrait de la Relation imprimée à Paris sur ce qui s'est passé dans l'expedition de Rio Janeiro.
Le 9 juin 1711, René Duguay-Trouin quitta La Rochelle avec son escadre composée des vaisseaux 'Le Chancelier' et 'Le Glorieux' pour conquérir Rio de Janeiro. Le 2 juillet, il rejoignit la frégate 'L'Aigle' à l'île de Saint Vincent. Le 11 août, il passa l'équateur et le 27 août, il atteignit la baie de Tous les Saints. Après un conseil, il décida de se rendre à Rio de Janeiro. Le 1er septembre, malgré une forte défense incluant quatre vaisseaux de guerre portugais et une abondante artillerie, il força l'entrée du port. Rio de Janeiro était bien fortifiée, avec plusieurs forts et batteries le long de la baie. La ville était construite entre trois montagnes occupées par des ordres religieux et garnies de fortifications. Le Gouverneur portugais avait renforcé les défenses après avoir été informé de l'arrivée de l'escadre française par un paquebot venu d'Angleterre. Le 3 septembre, le Chevalier de Gouyon captura l'île des Chevres, permettant d'établir des batteries pour bombarder la ville. Les troupes françaises, au nombre de 2 150 soldats et 500 matelots armés, débarquèrent le 14 septembre et prirent position sur des hauteurs stratégiques. Cependant, après avoir reconnu le terrain, Du Guay-Trouin conclut qu'il était impraticable et impossible de couper la retraite aux ennemis ou de les empêcher de sauver leurs richesses. Du 16 au 21 février 1712, plusieurs actions militaires eurent lieu. Le 16 février, les ennemis tentèrent d'utiliser un fourneau sans succès, et les Sieurs de Beauve et de la Calandre établirent une batterie de dix pièces de canon. Le 17 février, les ennemis brûlèrent des magasins et des vaisseaux. Le 18 février, ils attaquèrent un poste avancé gardé par le Sieur de Lifta, mais furent repoussés par le Sieur de Bourville et ses hommes. La batterie des Sieurs de Beauve et de la Calandre commença à tirer sur les retranchements ennemis. Le 19 février, Du Guay-Trouin prépara une attaque contre l'île des Chevres. Le 20 février, il ordonna un feu continuel depuis les batteries et les vaisseaux. La nuit du 20 au 21 février, les ennemis ripostèrent, mais furent ralentis par le canon des batteries et du vaisseau le Mars. Le 21 février, Du Guay-Trouin attaqua la place avec ses troupes, et le Sieur de la Salle, échappé des ennemis, informa de leur retraite. Du Guay-Trouin prit possession des forts et des postes, malgré des pillages initiaux. Il établit des mesures pour empêcher le pillage et prit possession des forts restants. Le 23 février, le Gouverneur du Fort de Sainte Croix se rendit. Du Guay-Trouin apprit que les ennemis préparaient une contre-attaque et établit des défenses. Il menaça de brûler la ville si une contribution n'était pas payée. Après des négociations, une contribution fut acceptée. Le 11 octobre, Don Antonio d'Albuquerque arriva avec des renforts, mais les paiements furent effectués. Le 13 octobre, l'escadre mit à la voile, laissant certains forts occupés. Le voyage de retour fut marqué par des vents contraires et une tempête aux Açores. L'escadre arriva finalement à Brest le 6 février 1712.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 294-305
Du Camp devant Douay.
Début :
Le Maréchal de Villars, a reglé que les Officiers Generaux [...]
Mots clefs :
Douai, Maréchal de Villars, Prince Eugène, Fort de Scarpe, Henin-Lietard, Lettres, Garnison, Canon, Coigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Camp devant Douay.
:Douay*
'rC( < 'a
Le Maréchal de 'ViUart,.
a
reglé que les Officiers
Generaux monteraient la
tranchée selon leur anncienneté
,
ansi le Comte de
Gassion estant indisposé
,
Monsieur le Marquis d'Alegre a monté la tranchée
avec la Regiment des Gardes.
A l'attaque du Fort de
Scarpe,leComte d'Albertgoti montala tranchée avec
le Regiment de Picardie,
& elle fut poussée à trente
toises sans d'autre perte que d'un Valet d'Officier, les
deux nuits suivanteslatranchée fut pouffée jusqu'àla
contrescarpe
,
sans aucune
perte. La nuit du 17 au iS.-
a minuit on commença a
batre la Ville & le Fort avec
vingt
-
six pieces de canon
& des mortiers, & mettre
vingt autres pieces de cannonen batterie, les bombes
ont fait de grands ravages
dans le Fort le
1
8. ayant
mis le feu à l'Eglise & à
la maison du Gouverneur,
& aux Cazernes.
Les Lettres du 28assurent
qu'il, yavoit prés de quatre
cent malades & deux cent
portant les armes, pris dans
le Fort d'Escarpe, & dixhuit pieces de canon.
Que l'attaque de Saint
Eloy devenoit considérable
& qu'il y
avoit des batteries qui battoient en
brcche
; on avance fort à la
droite, ensorte que l'on espere que l'on aura la Place
vers le quatre ou le cinq.
Il y a
bien des malades.
Que le Maréchal deVillars
avoit marché à d'Henin
Lietard
,
à Levendrc entre
Doiiay & Bouchain:il a
marché depuis avec quinze
mille hommes à Ribaucourt
& y
fait des retranchements
Le Prince Eugene s'estoit
retiré à Marquese
,
derrier
Lille & avoit détaché foix
-
ante Mons.. Escadrons du costé de
Le Maréchal de ViH.ars
avoit détaché de son cofté
Monsieur de Coigny
,
avec
ses Dragons pour empecher
un Convoy qui vouloir cni
trer dans le Quednoy, pour
y porter des vivres & en retirer les canons que le Prince
Eugrne avoit à Landrecy.
Les Lettres de l'Armée
de Flandres du zi. Aouft5
portentqu'on coupa le 2. yla communication du Fory
avec la Ville où la Garnison
vouloit tacher de se retirer.
Il n'y avoit eû au Siege jusqu'a ce jour, que trois cent
hommes tuezou bltflfcz.
- On remarqua le vingtquatre ,que l'inondation se
perdoitd'elle-même dans les
terres ;
cependant comme
les Assiegez pouvoit lacher
de nouvelles caux,on acheva la coupure pour les faite
écouler. Le vingt
- quatre
ou le vingt
-
cinq on s'empara du chemin-couvert
du Fort, le même jour, on
fit une batterie pour battre
le Fort en breche
, on fie
jouër le 26 une mine qui fit
un si grand effet,que cinquan
te hommes qui estoient
en cet endroit furent presque tous accablez en mêmetemps, les grenadiers du
Regiment des Vaisseaux se
jetèrent]la bayonette au
bout du fusil dans le chemin
couvert ..& poursuivirent
les ennemisjusqu'à la seconde traverse
,
pour facvoriser les travailleursqui
firent un logementdans la
Place d'Armes. On continuoit de battre en breche
la Villeaussi bien que le
Fort, dont on commençoit
à combler le Fossé
: mais la
garnison craignant d'estre
emporté d'assaut batit la
chamade le vingt- sept.
Elle s'est renduë prisonniere de Guerre, & on a
accordé aux Officiers d'envoyer leurs bagages dans
quelqu'une de leurs Places,
de cinq cent hommes qui y
estoient il n'en reste que -
trois cent; on a
trouvé dans
le Fort dix huit pieces de
canon,&onad'abordouvert les éclusespour faire
couler les eaux, ce qui
faciliterabeaucoup l'attaque
delaVille. ",
Les ennemisqui depuis it. de cemoiscampoient
à Ribaucourt,avoient tfa;,
vailé sans relâche à preparer
des Gabions,desGlayes, des
Fascines & a
faire venir
cinquante pieces de. Canon
pour attaquer nosretran»
chementsjtnaisils n'avoient
encore rien entrepris, ou
avoir cru le 20 qu'ils. se re.
retireroient maison aprit
que ce n'estoit qu'un détachement qui marchoit du
cofté de Mons. La disette
de pain &de fourage étoit
toujours si grande dans
,
leur arméequ'ils- étoient
obligé d'aller sourager audelà de la Lis du costé
de Varneton. Néanmoins
aprés avoirplusieurs fois
reconnu lesretranchement
ils jugerent qu'ils ne pouvoient les attaquer sans exposer toute leur armée,b
25.ilsfirent défiler leurs
bagages & leur artillerie, le
foir ils. brûlèrent les grands
amas de facines, de clayes
&deGabions qu'ils avoient
préparez & le
-
2 5. toute
leur armée marcha & se retira entre Lille & Tournay.
Le Partisan Jaquot
ayant joint vers Namur
le Partisan du Moulin
qui avoit 1 5 00. Chevaux,
marcha du costé d'Anvers
avec six pieces de Campagne & neufPontons.
Le Maréchal de Villars
a
envoyé le Marquis ..Je---
Coigny du cossé duQues-
- noy avec sa reserve de Dragons, sur lavis qu'il a eu
que le PrinceEugène hiioïc
marcher un détachement
de ce costé là pour tâcher
d'emmener à Mons 90.
piècesde gros Canons qui
font dansle Quesnoy.
Il est arrivé la semaine
passé àlaMonnoyede cette
Ville douze charettes venant de Brest chargées de
piastres & de lingots d'or
êc d'argent pour estre convertisenespeces
'rC( < 'a
Le Maréchal de 'ViUart,.
a
reglé que les Officiers
Generaux monteraient la
tranchée selon leur anncienneté
,
ansi le Comte de
Gassion estant indisposé
,
Monsieur le Marquis d'Alegre a monté la tranchée
avec la Regiment des Gardes.
A l'attaque du Fort de
Scarpe,leComte d'Albertgoti montala tranchée avec
le Regiment de Picardie,
& elle fut poussée à trente
toises sans d'autre perte que d'un Valet d'Officier, les
deux nuits suivanteslatranchée fut pouffée jusqu'àla
contrescarpe
,
sans aucune
perte. La nuit du 17 au iS.-
a minuit on commença a
batre la Ville & le Fort avec
vingt
-
six pieces de canon
& des mortiers, & mettre
vingt autres pieces de cannonen batterie, les bombes
ont fait de grands ravages
dans le Fort le
1
8. ayant
mis le feu à l'Eglise & à
la maison du Gouverneur,
& aux Cazernes.
Les Lettres du 28assurent
qu'il, yavoit prés de quatre
cent malades & deux cent
portant les armes, pris dans
le Fort d'Escarpe, & dixhuit pieces de canon.
Que l'attaque de Saint
Eloy devenoit considérable
& qu'il y
avoit des batteries qui battoient en
brcche
; on avance fort à la
droite, ensorte que l'on espere que l'on aura la Place
vers le quatre ou le cinq.
Il y a
bien des malades.
Que le Maréchal deVillars
avoit marché à d'Henin
Lietard
,
à Levendrc entre
Doiiay & Bouchain:il a
marché depuis avec quinze
mille hommes à Ribaucourt
& y
fait des retranchements
Le Prince Eugene s'estoit
retiré à Marquese
,
derrier
Lille & avoit détaché foix
-
ante Mons.. Escadrons du costé de
Le Maréchal de ViH.ars
avoit détaché de son cofté
Monsieur de Coigny
,
avec
ses Dragons pour empecher
un Convoy qui vouloir cni
trer dans le Quednoy, pour
y porter des vivres & en retirer les canons que le Prince
Eugrne avoit à Landrecy.
Les Lettres de l'Armée
de Flandres du zi. Aouft5
portentqu'on coupa le 2. yla communication du Fory
avec la Ville où la Garnison
vouloit tacher de se retirer.
Il n'y avoit eû au Siege jusqu'a ce jour, que trois cent
hommes tuezou bltflfcz.
- On remarqua le vingtquatre ,que l'inondation se
perdoitd'elle-même dans les
terres ;
cependant comme
les Assiegez pouvoit lacher
de nouvelles caux,on acheva la coupure pour les faite
écouler. Le vingt
- quatre
ou le vingt
-
cinq on s'empara du chemin-couvert
du Fort, le même jour, on
fit une batterie pour battre
le Fort en breche
, on fie
jouër le 26 une mine qui fit
un si grand effet,que cinquan
te hommes qui estoient
en cet endroit furent presque tous accablez en mêmetemps, les grenadiers du
Regiment des Vaisseaux se
jetèrent]la bayonette au
bout du fusil dans le chemin
couvert ..& poursuivirent
les ennemisjusqu'à la seconde traverse
,
pour facvoriser les travailleursqui
firent un logementdans la
Place d'Armes. On continuoit de battre en breche
la Villeaussi bien que le
Fort, dont on commençoit
à combler le Fossé
: mais la
garnison craignant d'estre
emporté d'assaut batit la
chamade le vingt- sept.
Elle s'est renduë prisonniere de Guerre, & on a
accordé aux Officiers d'envoyer leurs bagages dans
quelqu'une de leurs Places,
de cinq cent hommes qui y
estoient il n'en reste que -
trois cent; on a
trouvé dans
le Fort dix huit pieces de
canon,&onad'abordouvert les éclusespour faire
couler les eaux, ce qui
faciliterabeaucoup l'attaque
delaVille. ",
Les ennemisqui depuis it. de cemoiscampoient
à Ribaucourt,avoient tfa;,
vailé sans relâche à preparer
des Gabions,desGlayes, des
Fascines & a
faire venir
cinquante pieces de. Canon
pour attaquer nosretran»
chementsjtnaisils n'avoient
encore rien entrepris, ou
avoir cru le 20 qu'ils. se re.
retireroient maison aprit
que ce n'estoit qu'un détachement qui marchoit du
cofté de Mons. La disette
de pain &de fourage étoit
toujours si grande dans
,
leur arméequ'ils- étoient
obligé d'aller sourager audelà de la Lis du costé
de Varneton. Néanmoins
aprés avoirplusieurs fois
reconnu lesretranchement
ils jugerent qu'ils ne pouvoient les attaquer sans exposer toute leur armée,b
25.ilsfirent défiler leurs
bagages & leur artillerie, le
foir ils. brûlèrent les grands
amas de facines, de clayes
&deGabions qu'ils avoient
préparez & le
-
2 5. toute
leur armée marcha & se retira entre Lille & Tournay.
Le Partisan Jaquot
ayant joint vers Namur
le Partisan du Moulin
qui avoit 1 5 00. Chevaux,
marcha du costé d'Anvers
avec six pieces de Campagne & neufPontons.
Le Maréchal de Villars
a
envoyé le Marquis ..Je---
Coigny du cossé duQues-
- noy avec sa reserve de Dragons, sur lavis qu'il a eu
que le PrinceEugène hiioïc
marcher un détachement
de ce costé là pour tâcher
d'emmener à Mons 90.
piècesde gros Canons qui
font dansle Quesnoy.
Il est arrivé la semaine
passé àlaMonnoyede cette
Ville douze charettes venant de Brest chargées de
piastres & de lingots d'or
êc d'argent pour estre convertisenespeces
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Résumé : Du Camp devant Douay.
Le texte décrit des événements militaires impliquant le Maréchal de Villars et le Prince Eugène. Lors de l'attaque du Fort de Scarpe, le Comte d'Albert-Goti a mené le Régiment de Picardie sans subir de pertes significatives. Les bombardements sur la ville et le fort ont commencé le 17 août, causant des ravages importants. Le 28 août, de nombreux malades et soldats ainsi que dix-huit pièces de canon ont été capturés. Le Maréchal de Villars a déplacé ses troupes à Ribaucourt et construit des retranchements. Le Prince Eugène s'est retiré à Marquese, derrière Lille. Des escadrons ont été détachés pour empêcher un convoi de ravitailler le Quesnoy. Les lettres de l'Armée de Flandres du 21 août indiquent que la communication entre le fort et la ville a été coupée, avec seulement trois cents hommes tués ou blessés jusqu'alors. Le 24 août, l'inondation s'est résorbée, et les assiégés ont été contraints de se rendre le 27 août. La garnison, réduite à trois cents hommes, a capitulé. Dix-huit pièces de canon ont été trouvées dans le fort. Les ennemis, malgré leurs préparatifs, ont jugé les retranchements imprenables et se sont retirés entre Lille et Tournay. Le Partisan Jaquot a rejoint le Partisan du Moulin près de Namur et a marché vers Anvers. Le Maréchal de Villars a envoyé le Marquis de Coigny pour empêcher le Prince Eugène de déplacer des canons vers Mons. Douze charettes chargées de piastres et de lingots sont arrivées à la Monnoye de Quesnoy.
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24
p. 295-303
Extrait de plusieurs lettres de l'Armée de Flandres.
Début :
L'Armée du Roy est campée depuis la Forest de [...]
Mots clefs :
Armée de Flandres, Prince de Rohan, Canon, Siège, Tranchées, Abbaye de Crepin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de plusieurs lettres de l'Armée de Flandres.
Extrait de plufieurs lettres
s de l'Armée de Flandressoir
5
L'Armée du Roy oftecam !
péodepinis la Foreft de Mor.
valisjuſqu'àvol'Abbayev de
Gripin ayant le petit bras
de l'Honeau devant ung
partie du front du Camp
Bb iiij
136 MERCURE
& on a retranché l'entredeux de la teste du Ruiffeau
à la Foreft/ sob . charlos M
Les ennemis font campez
endeça de Mons, leur droite
àn Caregnonayla gauchb
vers la Sambre,Malplaquer
eft à une licuë devant eux, il
y a quatre jours qu'ils font
dans cette fituation , ily a
peu d'apparence qu'ils veuillentos oppofermà dà reptile
du Quelnoy àlaquelle nous
travaillons ny de retiter
Farcillerie que le Prince Eu
gene yra laifféren levánt 16
fiege de Landreciesh
indu
GALANT 297
La Garniſon du Quefnoy
cut composée de fept Ba
taillons complets fous les
ordres du Major General
Ivoyan
r
Deux, de Sturler nois
furUn des Wood.b
Un de Douglas.
3
15
JAUn d'Ivoy.lish shun th
Up d'Egelin, one smil
-Et un de Wolfenbuttel,
La tranchée fut ouverte
devant cette place la nuit du
#8 . au do , Septembre, par
deux Bataillons des Gardes ,
deux de Picardie , & deux
de Navarre du cofté des
198 MERCURE
portes de Valenciennes &
de Saint Martin malgré un
ventimpetueux & une groffe
pluie qui tomboit. On fir
une paralelle de fix censtoiſes
& on ouvrit en trois endroits des tranchées Uqui
furent pouffées à la gauthe
du cofté de la porte de Valenciennes jufqu'à la paraletleg mais on ne pût achever cette nuit-là les communications des tranchées du
centre de la droite du
cofté de la porte de Saint
Martinical ob rushi
Il y a de ce cofté là une
GALANT. 299
Lunette qui communique
avec l'avant chemin couvert
de laquelle la gauche de la
paralelle n'elt éloignée que
de vingt cinq toiles & de
quatre- vingt dix du chemin
couvert , & du cofté de la
droite de foixante - quinze
toifes..
On travailla, long temps
fans que les Affiegez s'en
aperçuffent , fi colt qu'ils
nous apperçurent ils firent
un trés grand feu de Canon
&de Moufqueteries cependant nous n'y perdimes pas
grand monde , il n'y cut
300 MERCURE
qu'environ trente foldats
tuez ou bleffez.
Lesfieur de Sozay, Inge
nieur cut la tefte emportée
d'un coup de Canon.
La nuit du 19 au 20.
deux bataillons : de ,Piemont
deux de Champagne & deux
de Bourbonnois releverent
la tranchée , les autres Regimens fuivrontefuivant leur
ancienneté juſqu'à la fin du
Siege.
noton perfectionna les tra-
-vaux de la premiere nuit &
on prolongea la gauche de
la patalelle de cinquante
GALANT 30t
toiſes pour y placer des batteries qui verront à revers
une partie des ouvrages du
fort de l'attaque. !
La communication des
tranchées du centre & de la
droite avec la grande para
lelle furent achevées, Les
Affiegez tiroient fur nous:
avec trente pieces de gros
Canon & plufieurs Mortiers , neantmoins il y cur
fort peu de Soldats tucz
ou bleffez.
Les trois nuits fuivantes
nous avons pouffé les travaux jufqu'auprés du cho
J02 MERCURE
min couvert fans beaucoup
de perte. Ils ont cinquante
pieces de Canonen batterie.
Le 23. le fieur de Saint
Hilaire Capitaine aux Gardes eut le bras droit emporté
d'un coup de canon.
Le Prince de Rohan a
reçûmune contufionailla
cuiffe d'un éclat de bombe:
-Les Affiegez firent une
fortic la nuit du 25. au 26.
mais à peine curent ils fini
leur décharge , qui fit pou
d'effet , que les Troupes de
la tranchée les chargerent
aved tant de valeur qu'ilsles
CALANT 503
pourluivirent la Bayonnetre
au bout du fufit jufqu'aux
Paliffade leur ayant tué
beaucoup de monde, up
On acheveles Batteries
qui doivent tirer inceffame
ment , elles font compolées
de foixante pieces de gros
Canon , de vinge Montiers
& de vingt autres à jettes
des pierres
s de l'Armée de Flandressoir
5
L'Armée du Roy oftecam !
péodepinis la Foreft de Mor.
valisjuſqu'àvol'Abbayev de
Gripin ayant le petit bras
de l'Honeau devant ung
partie du front du Camp
Bb iiij
136 MERCURE
& on a retranché l'entredeux de la teste du Ruiffeau
à la Foreft/ sob . charlos M
Les ennemis font campez
endeça de Mons, leur droite
àn Caregnonayla gauchb
vers la Sambre,Malplaquer
eft à une licuë devant eux, il
y a quatre jours qu'ils font
dans cette fituation , ily a
peu d'apparence qu'ils veuillentos oppofermà dà reptile
du Quelnoy àlaquelle nous
travaillons ny de retiter
Farcillerie que le Prince Eu
gene yra laifféren levánt 16
fiege de Landreciesh
indu
GALANT 297
La Garniſon du Quefnoy
cut composée de fept Ba
taillons complets fous les
ordres du Major General
Ivoyan
r
Deux, de Sturler nois
furUn des Wood.b
Un de Douglas.
3
15
JAUn d'Ivoy.lish shun th
Up d'Egelin, one smil
-Et un de Wolfenbuttel,
La tranchée fut ouverte
devant cette place la nuit du
#8 . au do , Septembre, par
deux Bataillons des Gardes ,
deux de Picardie , & deux
de Navarre du cofté des
198 MERCURE
portes de Valenciennes &
de Saint Martin malgré un
ventimpetueux & une groffe
pluie qui tomboit. On fir
une paralelle de fix censtoiſes
& on ouvrit en trois endroits des tranchées Uqui
furent pouffées à la gauthe
du cofté de la porte de Valenciennes jufqu'à la paraletleg mais on ne pût achever cette nuit-là les communications des tranchées du
centre de la droite du
cofté de la porte de Saint
Martinical ob rushi
Il y a de ce cofté là une
GALANT. 299
Lunette qui communique
avec l'avant chemin couvert
de laquelle la gauche de la
paralelle n'elt éloignée que
de vingt cinq toiles & de
quatre- vingt dix du chemin
couvert , & du cofté de la
droite de foixante - quinze
toifes..
On travailla, long temps
fans que les Affiegez s'en
aperçuffent , fi colt qu'ils
nous apperçurent ils firent
un trés grand feu de Canon
&de Moufqueteries cependant nous n'y perdimes pas
grand monde , il n'y cut
300 MERCURE
qu'environ trente foldats
tuez ou bleffez.
Lesfieur de Sozay, Inge
nieur cut la tefte emportée
d'un coup de Canon.
La nuit du 19 au 20.
deux bataillons : de ,Piemont
deux de Champagne & deux
de Bourbonnois releverent
la tranchée , les autres Regimens fuivrontefuivant leur
ancienneté juſqu'à la fin du
Siege.
noton perfectionna les tra-
-vaux de la premiere nuit &
on prolongea la gauche de
la patalelle de cinquante
GALANT 30t
toiſes pour y placer des batteries qui verront à revers
une partie des ouvrages du
fort de l'attaque. !
La communication des
tranchées du centre & de la
droite avec la grande para
lelle furent achevées, Les
Affiegez tiroient fur nous:
avec trente pieces de gros
Canon & plufieurs Mortiers , neantmoins il y cur
fort peu de Soldats tucz
ou bleffez.
Les trois nuits fuivantes
nous avons pouffé les travaux jufqu'auprés du cho
J02 MERCURE
min couvert fans beaucoup
de perte. Ils ont cinquante
pieces de Canonen batterie.
Le 23. le fieur de Saint
Hilaire Capitaine aux Gardes eut le bras droit emporté
d'un coup de canon.
Le Prince de Rohan a
reçûmune contufionailla
cuiffe d'un éclat de bombe:
-Les Affiegez firent une
fortic la nuit du 25. au 26.
mais à peine curent ils fini
leur décharge , qui fit pou
d'effet , que les Troupes de
la tranchée les chargerent
aved tant de valeur qu'ilsles
CALANT 503
pourluivirent la Bayonnetre
au bout du fufit jufqu'aux
Paliffade leur ayant tué
beaucoup de monde, up
On acheveles Batteries
qui doivent tirer inceffame
ment , elles font compolées
de foixante pieces de gros
Canon , de vinge Montiers
& de vingt autres à jettes
des pierres
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Résumé : Extrait de plusieurs lettres de l'Armée de Flandres.
Le texte relate des opérations militaires de l'Armée du Roi en Flandre. Les troupes françaises sont positionnées près de l'abbaye de Gripin et travaillent à la redoute du Quelnoy, défendue par sept bataillons sous le commandement du Major Général Ivoy. Les ennemis sont campés près de Mons, avec leur droite à Caregnon et leur gauche vers la Sambre. Malplaquet se trouve à une lieue devant les ennemis. Le 8 septembre, malgré des conditions météorologiques difficiles, deux bataillons des Gardes, deux de Picardie et deux de Navarre ont ouvert une tranchée devant Valenciennes, créant une parallèle de six cents toises et des tranchées en trois endroits. Les assiégés ont répondu par un feu intense, causant environ trente soldats tués ou blessés, dont l'ingénieur de Sozay. Les nuits suivantes, divers régiments ont perfectionné les travaux et prolongé la parallèle pour placer des batteries. Les assiégés ont tiré avec trente pièces de gros canon et plusieurs mortiers, mais les pertes françaises sont restées faibles. Le 23 septembre, le sieur de Saint Hilaire et le Prince de Rohan ont été blessés. Les assiégés ont tenté une sortie la nuit du 25 au 26 septembre, mais ont été repoussés. Les batteries, composées de soixante pièces de gros canon, vingt mortiers et vingt autres pièces à jets de pierres, ont été achevées pour tirer incessamment.
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25
p. 97-111
RELATION de la descente faite par Monsieur CASSARD Capitaine de Vaisseau du Roy, dans la Colonie de Surinam, appartenant aux Hollandois.
Début :
Monsieur Cassard Commandant une Escadre de six Vaisseaux & de deux Fregates [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Suriname, Troupes, Rivière, Cassard, Canon, Frégates, Bataillon, Gouverneur, Escadre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la descente faite par Monsieur CASSARD Capitaine de Vaisseau du Roy, dans la Colonie de Surinam, appartenant aux Hollandois.
RE LATI ON
de la descente faite
par Monsieur CASSARD
Capitaine de
VaisseauduRoy, dans
la Colonie de Suri--
nam , appartenant
aux Hollandois.
MOnsieurCassardComle
dessein d'aller attaques
la Colonie Hollandoise de
Surinam.; il serendit maistre
en passant aux Isles du
Cap Verd
,
de la Ville de
saint Yago qu'il brusla
après en avoir fait sauter
les Fortifications, & enleva
les effets qui s'y trouverent.
Il continua sa route
à Surinam
,
où il arriva le
vingt Juin. Les contretemps
qu'il y receut l"empescherent
de faire sa ckC.
cente ,
& l'obligerent de
relalcherà la Guadeloupe,
Isle Françoise de l'Amerir
que , pour y prendre de
nouveaux vivres, & faire
rafraischir ses Equipages,
Il repartie le vingt - un
Aoust de cette Isle pour retourner
à Surinam
,
& y
arriva le dix Octobre. Il
fit mouiller ses Vaisseaux
au large, s'embarqua le
mesme jour sur des Chaloupes
avec les troupes du
Roy,au nombre de onze
centshommes, & entra la
nuit dans la Riviere. Les
Ennemis avertis de son
dessein avoient fait monter
plus de quatre-vingt
pieces de Canon en pîu~
sieurs batteries dans les endroits
de débarquement,
restabli les Fortifications
& muni les Forteresses de
tout ce qui estoit necessaire
pour une vigoureuse
deffense; ce qui détermina
le Sieur Cassard à les attaquer
à force ouverte ; &
pour cet effet il fit entrer
les Vaisseaux & Fregattes
: dans la Riviere, à lareserve
du Neptune qui tiroittrop
d'eau, avancer
ses Galiottes, & tenir ses
troupes prestes à la def.
cente ; mais les Vaisseaux
qui devoient la favoriser
,
& canonner la Ville & le
Fort, en échoüerent à deux
portées de Canon, ce qui
obligea le Sieur Cassard en
attendant que les grandes
marées vinssent les relever,
d'invertir le Chasteau
& la Ville
,
& de se rendre
maistre avec les troupes
,
de toute la Riviere
de Surinam: mais comme
elle se rétressit vis-à-vis du
Chasteau & delaVille, &
fait un
N
coude dont le passage
,
à portée de MopC
quet, estoic deffendu par
plus de cent trente picces
de Canon, il estoit tresimportant
,
après que les
troupes en auroientclfuye
le feu, & seroient passees
de l'autrecosté de la Riviere,
de se faire un chemin
par rerre qui traverfast
d'un bout du coude à
l'autre, pour rendre la
communication libre, des
troupes avec les Vaisseaux,
&.l'oiter aux Ennemis par
eau , & par terre avec les
habitations. Le sieur Cassarddétacha
le sieur Beaudinard
avec cent grenadiers
pour le chercherà
travers des Bois & des Marais
presque impraticables.
Il donna;avis le tendemain
au sieur Cassardqu'il
lavoit trouve, & s'estoit
saisi de la premiere habitation
de l'autre costé de
la Riviere. Le lieur Cassard
fit sur le champ marcher
le second Bataillon
pour le soustenir dans ce
Poste
y
& passa deux jours
après avec le reste des
troupes par la Riviere,avec
la Fregatte la Meduse
, &
deux batteaux qui luy portoient
desvivres&des munitions.
Les Ennemis éclairez
par des feux qu'ils avoient
allumez de l'un & de
l'autre costé delaRiviere
pour le voir passer,firent
une décharge de toute leur
Artillerie qui devoit beaucoup
l'incommoder ;mais
il n'y eut que cinq hom))
mes tuez, & cinqbleflea
dans la Chaloupe du sieur
de Gotteville Belliile qui
reccut une contusion au
bras,& un cué dans le Canot
Major , que montoic
le sieur du Breüil. La Meduse
commandée par. le
sieur d'Hericourt avec les
deux Batteaux qui la fuivoient,
passamalgré le feu
du Canon dont elle fut
criblée, & ne pouvant plus
manoeuvrer, le sieurCassard
alla audevant d'elle,
la remorqua & les Batteaux
hors de la portée du
Canon
)
& les fit reparer
avec beaucoup de diligence.
Le ficur d'Hericourt
sir dans cctre occaGcn, qni
estoit tres. delicate, tout ce
qu'on pouvoit attendre de
ion experience. Les trempes
ainsirassemblé'es,Mon;.
sieurCassard eftablic un
Camp dans l'habitation
dont le sieur Bcaudinard
s'estoit emparé) & y en
taifla la moitié fous le commandementdu
sieur de
Morgues:il détacha enfuice
le sieur d'Espinay avec cinquante
Grenadiers^ pourCe
saisir d'un poste avantageux
de l'autre cofté de la
Riviere de Para, & oster
par ce moyen toute forte
de communication aux
Ennemis. Le sieur Casri
fard se mit à la teste du
reste des troupes, avec lesquelles
il - monta vingt
lieuës dans la Riviere. Cependant
le Gouverneur détacha
deux cens hommes
pour aller attaquer lesieur
d'Espinay dans son poste
, mais il s'apperceutde leur
mouvement & les prévint;
il marcha à eux la Bayonnette
au bout du fusil, les
baitir
,
prit le Commandant
qui estoit le premier
-
Ca piraine de la Ville, avec
quatre hommes, en tuaôc -
blessa plusieurs, & força
le reste de se sauver dans
les Bois. Le sieur d'Espinay
ne perdit danscette
occasïon, qui fut trèsvive,
que deux Grenadiers & y
receut un coup de fusil
dans sa manchette. Monsieur
Cafd* avoir
laisse le sieurde Moans
avec un détachement de
troupes, au haut de la Riviere
, pour garder ce poste
,
revint au Camp pour
pouvoir profiter des grandes
marées qui approchoient
, & attaquer le
Chasteau & la Ville que
le sieurdeBandeville continuoit
tousjours de bombarder.
Le Gouverneur
in forméde ce mouvement,
offrit de convenir d'une
contribution à laquelle le
sieur Cassard consentit, ne
pouvant, sans trop risquer,
faire entrer les Vaisseaux
àcause des bancs
,
& du
peu d'eau qu'il y a dans le
Canal
,
sur tout dans cette
saison. La contribution a
esté payée en bons effets
qui produiront en Europe
plus de cinq cens mille
Escus. Le lendemain de la
Capitulation, Monsieur
Cassard a fait un détachement
de troupes avec ordre
au sieur de Moans, qui
les commandoit, d'aller
insulter Barbiche & Askebe,
qui font deux petites
Colonies appartenantes
aux Hollandois, peuestoignées
decelle de Surinam.
Onne peutrienadjoufter
à la valeur & à la fermeté
que les Officiers, &
les troupes de la Marine
>
ont marqué dans cetre occasion.
Les dernieres nouvelles
4e la Martinique donnent
lieu de juger que cette Escadre,
avant de revenir en
France, tentera encore
quelque entreprise contre
d'autres Colonies desHollandois
en Amérique.
de la descente faite
par Monsieur CASSARD
Capitaine de
VaisseauduRoy, dans
la Colonie de Suri--
nam , appartenant
aux Hollandois.
MOnsieurCassardComle
dessein d'aller attaques
la Colonie Hollandoise de
Surinam.; il serendit maistre
en passant aux Isles du
Cap Verd
,
de la Ville de
saint Yago qu'il brusla
après en avoir fait sauter
les Fortifications, & enleva
les effets qui s'y trouverent.
Il continua sa route
à Surinam
,
où il arriva le
vingt Juin. Les contretemps
qu'il y receut l"empescherent
de faire sa ckC.
cente ,
& l'obligerent de
relalcherà la Guadeloupe,
Isle Françoise de l'Amerir
que , pour y prendre de
nouveaux vivres, & faire
rafraischir ses Equipages,
Il repartie le vingt - un
Aoust de cette Isle pour retourner
à Surinam
,
& y
arriva le dix Octobre. Il
fit mouiller ses Vaisseaux
au large, s'embarqua le
mesme jour sur des Chaloupes
avec les troupes du
Roy,au nombre de onze
centshommes, & entra la
nuit dans la Riviere. Les
Ennemis avertis de son
dessein avoient fait monter
plus de quatre-vingt
pieces de Canon en pîu~
sieurs batteries dans les endroits
de débarquement,
restabli les Fortifications
& muni les Forteresses de
tout ce qui estoit necessaire
pour une vigoureuse
deffense; ce qui détermina
le Sieur Cassard à les attaquer
à force ouverte ; &
pour cet effet il fit entrer
les Vaisseaux & Fregattes
: dans la Riviere, à lareserve
du Neptune qui tiroittrop
d'eau, avancer
ses Galiottes, & tenir ses
troupes prestes à la def.
cente ; mais les Vaisseaux
qui devoient la favoriser
,
& canonner la Ville & le
Fort, en échoüerent à deux
portées de Canon, ce qui
obligea le Sieur Cassard en
attendant que les grandes
marées vinssent les relever,
d'invertir le Chasteau
& la Ville
,
& de se rendre
maistre avec les troupes
,
de toute la Riviere
de Surinam: mais comme
elle se rétressit vis-à-vis du
Chasteau & delaVille, &
fait un
N
coude dont le passage
,
à portée de MopC
quet, estoic deffendu par
plus de cent trente picces
de Canon, il estoit tresimportant
,
après que les
troupes en auroientclfuye
le feu, & seroient passees
de l'autrecosté de la Riviere,
de se faire un chemin
par rerre qui traverfast
d'un bout du coude à
l'autre, pour rendre la
communication libre, des
troupes avec les Vaisseaux,
&.l'oiter aux Ennemis par
eau , & par terre avec les
habitations. Le sieur Cassarddétacha
le sieur Beaudinard
avec cent grenadiers
pour le chercherà
travers des Bois & des Marais
presque impraticables.
Il donna;avis le tendemain
au sieur Cassardqu'il
lavoit trouve, & s'estoit
saisi de la premiere habitation
de l'autre costé de
la Riviere. Le lieur Cassard
fit sur le champ marcher
le second Bataillon
pour le soustenir dans ce
Poste
y
& passa deux jours
après avec le reste des
troupes par la Riviere,avec
la Fregatte la Meduse
, &
deux batteaux qui luy portoient
desvivres&des munitions.
Les Ennemis éclairez
par des feux qu'ils avoient
allumez de l'un & de
l'autre costé delaRiviere
pour le voir passer,firent
une décharge de toute leur
Artillerie qui devoit beaucoup
l'incommoder ;mais
il n'y eut que cinq hom))
mes tuez, & cinqbleflea
dans la Chaloupe du sieur
de Gotteville Belliile qui
reccut une contusion au
bras,& un cué dans le Canot
Major , que montoic
le sieur du Breüil. La Meduse
commandée par. le
sieur d'Hericourt avec les
deux Batteaux qui la fuivoient,
passamalgré le feu
du Canon dont elle fut
criblée, & ne pouvant plus
manoeuvrer, le sieurCassard
alla audevant d'elle,
la remorqua & les Batteaux
hors de la portée du
Canon
)
& les fit reparer
avec beaucoup de diligence.
Le ficur d'Hericourt
sir dans cctre occaGcn, qni
estoit tres. delicate, tout ce
qu'on pouvoit attendre de
ion experience. Les trempes
ainsirassemblé'es,Mon;.
sieurCassard eftablic un
Camp dans l'habitation
dont le sieur Bcaudinard
s'estoit emparé) & y en
taifla la moitié fous le commandementdu
sieur de
Morgues:il détacha enfuice
le sieur d'Espinay avec cinquante
Grenadiers^ pourCe
saisir d'un poste avantageux
de l'autre cofté de la
Riviere de Para, & oster
par ce moyen toute forte
de communication aux
Ennemis. Le sieur Casri
fard se mit à la teste du
reste des troupes, avec lesquelles
il - monta vingt
lieuës dans la Riviere. Cependant
le Gouverneur détacha
deux cens hommes
pour aller attaquer lesieur
d'Espinay dans son poste
, mais il s'apperceutde leur
mouvement & les prévint;
il marcha à eux la Bayonnette
au bout du fusil, les
baitir
,
prit le Commandant
qui estoit le premier
-
Ca piraine de la Ville, avec
quatre hommes, en tuaôc -
blessa plusieurs, & força
le reste de se sauver dans
les Bois. Le sieur d'Espinay
ne perdit danscette
occasïon, qui fut trèsvive,
que deux Grenadiers & y
receut un coup de fusil
dans sa manchette. Monsieur
Cafd* avoir
laisse le sieurde Moans
avec un détachement de
troupes, au haut de la Riviere
, pour garder ce poste
,
revint au Camp pour
pouvoir profiter des grandes
marées qui approchoient
, & attaquer le
Chasteau & la Ville que
le sieurdeBandeville continuoit
tousjours de bombarder.
Le Gouverneur
in forméde ce mouvement,
offrit de convenir d'une
contribution à laquelle le
sieur Cassard consentit, ne
pouvant, sans trop risquer,
faire entrer les Vaisseaux
àcause des bancs
,
& du
peu d'eau qu'il y a dans le
Canal
,
sur tout dans cette
saison. La contribution a
esté payée en bons effets
qui produiront en Europe
plus de cinq cens mille
Escus. Le lendemain de la
Capitulation, Monsieur
Cassard a fait un détachement
de troupes avec ordre
au sieur de Moans, qui
les commandoit, d'aller
insulter Barbiche & Askebe,
qui font deux petites
Colonies appartenantes
aux Hollandois, peuestoignées
decelle de Surinam.
Onne peutrienadjoufter
à la valeur & à la fermeté
que les Officiers, &
les troupes de la Marine
>
ont marqué dans cetre occasion.
Les dernieres nouvelles
4e la Martinique donnent
lieu de juger que cette Escadre,
avant de revenir en
France, tentera encore
quelque entreprise contre
d'autres Colonies desHollandois
en Amérique.
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Résumé : RELATION de la descente faite par Monsieur CASSARD Capitaine de Vaisseau du Roy, dans la Colonie de Surinam, appartenant aux Hollandois.
Le texte décrit les actions du capitaine Cassard, à la tête d'un vaisseau du roi, contre la colonie hollandaise de Surinam. Après avoir incendié la ville de Saint-Yago aux Îles du Cap-Vert, Cassard arriva à Surinam le 20 juin. Des difficultés logistiques le contraignirent à se retirer à la Guadeloupe pour ravitailler ses troupes. Il repartit le 21 août et revint à Surinam le 10 octobre. Les Hollandais, informés de ses intentions, avaient renforcé leurs défenses avec plus de quatre-vingts pièces de canon. Cassard lança une attaque frontale, mais ses vaisseaux s'échouèrent. Il prit alors le contrôle de la rivière de Surinam et envoya des troupes pour sécuriser des positions stratégiques malgré les tirs ennemis. Après des combats intenses, le gouverneur de Surinam accepta de payer une contribution de plus de cinq cents mille escus. Cassard envoya ensuite des troupes pour attaquer d'autres colonies hollandaises voisines, Barbiche et Askebe. Les officiers et troupes de la marine démontrèrent une grande valeur et fermeté. Les dernières nouvelles de la Martinique indiquent que l'escadre pourrait encore attaquer d'autres colonies hollandaises en Amérique avant de revenir en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 282-283
EXTRAIT d'une Lettre de l'Armée le 29 Juillet 1713.
Début :
Nous esperons estre Maistre de Landau vers le 10. d'Aoust [...]
Mots clefs :
Landau, Fourneaux, Redoutes, Sapes, Canon, Mortiers, Brèche, Assiégés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de l'Armée le 29 Juillet 1713.
EXTRAIT
d*line Letrre de i'Arm/e ic
ip -
Juillet 1 715.
:
Nous esperons efiUl
MJlflrc de Landau vers
le 10. d'Aoust; car la ~redou
table demi lune de ~Melac
quiestrevêtuë d'un bora
chimin &. d'un large foile^
fut abandonnée; la nuir dLl.
22.au 23 lestroisredoutes
de la gauchequi ne ~valent
rien lOdt envelopées; nous
sommes logez sur l'angle,
onze fourneaux sauterent Ie;
,o.sans nous incommoder,
on laisse jetter les derniers
eux aux ennemis. On coninuë
les fappcs avec ardeur,
& avec quarante pieces de
canon&trentemortiers. On
mpose silence aux Assiegez
&on bit en breche. Le Chcvalieer
deBaviere rt^ur une
:ontufion à la tcftclc ii4
d*line Letrre de i'Arm/e ic
ip -
Juillet 1 715.
:
Nous esperons efiUl
MJlflrc de Landau vers
le 10. d'Aoust; car la ~redou
table demi lune de ~Melac
quiestrevêtuë d'un bora
chimin &. d'un large foile^
fut abandonnée; la nuir dLl.
22.au 23 lestroisredoutes
de la gauchequi ne ~valent
rien lOdt envelopées; nous
sommes logez sur l'angle,
onze fourneaux sauterent Ie;
,o.sans nous incommoder,
on laisse jetter les derniers
eux aux ennemis. On coninuë
les fappcs avec ardeur,
& avec quarante pieces de
canon&trentemortiers. On
mpose silence aux Assiegez
&on bit en breche. Le Chcvalieer
deBaviere rt^ur une
:ontufion à la tcftclc ii4
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de l'Armée le 29 Juillet 1713.
En juillet 1715, une lettre militaire rapporte des opérations près de Landau. Les troupes visent à atteindre ce camp d'ici le 10 août. La redoute de Melac a été abandonnée. Trois redoutes de la gauche ont été enveloppées. Les forces sont positionnées stratégiquement. Onze explosions n'ont causé aucun dommage. Les attaques se poursuivent avec quarante canons et trente mortiers, réduisant les assiégés au silence et ouvrant des brèches. Le Chevalier de Bavière a déserté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 173-185
RELATION de la prise de Landau.
Début :
Le 19. d'Aoust à dix heures du matin les Ennemis [...]
Mots clefs :
Prise, Landau, Capitulation, Troupes, Drapeau, Canon, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la prise de Landau.
RELATION
de la prise de Landau.
LEig. d'Aoustàdixheures
du matin les Ennemis
battirent la chamade, mirent
le drapeau sur la breche,
ayant demandé à capituler.
Les ostages furent
envoyez de part & d'autre,
& demandèrentune capitulation
honorable. Larefponse
de Mr le Mareschal
de Villars ne les rendit pas
contents , en leur disant
qu'il n'y avoit point d'autre
capitulation que celle d'estre
prisonniers de guerre.
Mr le Prince deWirttemberg
ne voulut point se
soumettre à moins de sui.
vre la capitulation deTournay,
qui estoit d'aller prisonnier
de guerre sur leur
parole dans leur pays, &:
de ne point du tout servir
jusqu'à ce qu'ils fussent échangez
quand l'occasion
en seroit venuë, ce que Mr
le Mareschal de Villars n'a
voulu leur accorder. Les
ostages refpondirent qu'ils
aimeroient mieux sacrifier
le tout pour le tout;Mr de
Villars leur dit que s'ils
l'obligeoient à faire tirer
encore un coup de caren ;
il ne les recevroit plus qu'à
dilcrction,& que les Grenadiers
ne demandoient
pas mieux que de monter
à l'aHaut, desorte que la
cessation d'armes ne dura
pas long temps. Le19.qui
estoit le mesmejour sur ks
neufheures du soir après
que chacun fut retirédans
leur pané, &c le drapeau
osté de dessus la brèche,
sur le cham p le carillon recommença
à grande volée
de coups de canon, &
une pluye continuelle de
bombes avec un feu terrible
de mousqueterie pendant
toute la nuit qui dura
jusqu'au lendemain matin
Dimanche zo.duditmois,
ils remirent leur drapeau
sur la breche
J
& demanderent
pour la dernière fois.
à capituler, qui fut le jour
) qu'elle se rendit à l'obëissance
du Roy.
Premièrement qu'ils feroient
prisonniers de guerrc
en France ce qui leur fut,
accordé.
2,°. Que tous les Officiers
garderoient leur épée, te
que le Prince deWirtembert
auroit liberté pour
trois mois, aprèslequel
temps il se rendroit prisonnier
à Peronne. C'est un
Prince de trente ans, de
bonne mine, bien fait, parlant
bon François.
Qu'aucun soldat ne fera
dépoüillé ny deshabillé.
Que l'on ne fcparera
point les Regiments tant
d'Infanrerie que de Cavalerie
, & que les équipages
des Officiers feroient envoyez
à Philisbourg. Le
mesmejour20. ducourant
on ne marcher tour le piquet
qu'on posta autour de
la Ville
, parce qu'ils ne
nous livrèrent la porte de
France que le lendemain
21. Tout estoit farcy de
troupes par les gardes ordinaires
des tranchées, afin
d'empescher que les HuG,
fards des Ennemis ne se
sauvassent la nuit, cequ'ils
avoient envie de faire sans
les justesprécautions qu'on
prit. Le 22. le Prince sortit
à dix heures du matin,
avec tout son équipage ôc
s'en alla à Philisbourg pour
y rester trois mois. On obligea
la garnison qui estoit
toute armée de porter leurs
armes dans un magasin
destiné pour cela, ce qui
fc fie avec ordre & sans
confusion. Sur les deux
heures aprés midiils commencerent
à defiler hors
de la Ville par la porte de
France, le chemin bordé
des deux costez de nos
troupes, & le detachement
commandé les conduisit à
Haguenau
,
ils font forcis
près de 6000. hommes. Jamais
Place de cette con»
sequence n'a moins cousté
d'hommes, nous n'avons
pas perdu 3500., ils en ont -
bien perdu 1500» le reste
tant en malades que blessez
des Ennemis 1500.
hommes, la garnison estoit
de 10000. hommes des
meilleures troupes, il sortit
d'abord
Le Regiment d'Anspach,
habillé de bleu.
Contaichetin bleu, parement
rouge.
Le Regiment de Nasfau
bleu parement rouge.
Le Regiment d'isseler
blanc,parement rouge.
Des Vins qui estoit un
détachement de Grenadiers
qui ont des bonnets
rouges mitrez.
Le Regiment d.lArme.
tat bleu.
Celuy de Gueborne bleu
est le plus beau de tous.
Mincherre blanc, douplé
de rouge, & les Officiers
habillez de verd.
Environ quatre-vingts
Hussards à pied, & trois ou
quatre cens Cavaliersaussi
à pied, qui ont laissé de
beaux chevaux,une compagnie
franche de deux
cens hommes.
On a trouvé dans cette
Place plusde soixante pieces
de canon, plusieurs
mortiers, quantité de bombes
-& de boulets, peu de
jnyflixions& d'armes ayant estéconsommées dansl'incendie
du magasin.
LandauVille d'Allemagne
dans la. basse Alsace
estune desplus fortes Pla„-
ces de cette Province;elle
est située sur la Riviere de
Queichaux confins duPa-
-latinat. C'estoit une des
VillesImperiales dela Préfecture
Provinciale ou de
Haguenau. Elle fut engagée
à Othon Evesque de
Spire par l'Empereur Loüis
de Baviere, & dégagée l'an
1511. par l'Empereur Maximilien
qui lui redonna
la liberté dont elle joüissoit
avant cetengagement.
Elle a esté ccdée à la France
par la Paix de Munster,
&estappelléeLandavia par
les Latins. 1
Cetre Ville a souffert
quatre sieges au commencement
de ce siecle. Les
Imperiaux la prirent en
1702. le Roy des Romains
depuis Empereur, mort en
1711. les commandant en
personne, &elle fut reprise:
se l'année suivante par les
François fous les ordres de
Monseigneur le Duc de
Bourgogne en 1704. Les
Allemands l'ayant assiegée
de nouveaus'en rendirent
les maistres.Assiegée par
les François dans le mois
de Juillet elle s'est renduë
le 20. Aoust à l'obëissance
du Roy.
de la prise de Landau.
LEig. d'Aoustàdixheures
du matin les Ennemis
battirent la chamade, mirent
le drapeau sur la breche,
ayant demandé à capituler.
Les ostages furent
envoyez de part & d'autre,
& demandèrentune capitulation
honorable. Larefponse
de Mr le Mareschal
de Villars ne les rendit pas
contents , en leur disant
qu'il n'y avoit point d'autre
capitulation que celle d'estre
prisonniers de guerre.
Mr le Prince deWirttemberg
ne voulut point se
soumettre à moins de sui.
vre la capitulation deTournay,
qui estoit d'aller prisonnier
de guerre sur leur
parole dans leur pays, &:
de ne point du tout servir
jusqu'à ce qu'ils fussent échangez
quand l'occasion
en seroit venuë, ce que Mr
le Mareschal de Villars n'a
voulu leur accorder. Les
ostages refpondirent qu'ils
aimeroient mieux sacrifier
le tout pour le tout;Mr de
Villars leur dit que s'ils
l'obligeoient à faire tirer
encore un coup de caren ;
il ne les recevroit plus qu'à
dilcrction,& que les Grenadiers
ne demandoient
pas mieux que de monter
à l'aHaut, desorte que la
cessation d'armes ne dura
pas long temps. Le19.qui
estoit le mesmejour sur ks
neufheures du soir après
que chacun fut retirédans
leur pané, &c le drapeau
osté de dessus la brèche,
sur le cham p le carillon recommença
à grande volée
de coups de canon, &
une pluye continuelle de
bombes avec un feu terrible
de mousqueterie pendant
toute la nuit qui dura
jusqu'au lendemain matin
Dimanche zo.duditmois,
ils remirent leur drapeau
sur la breche
J
& demanderent
pour la dernière fois.
à capituler, qui fut le jour
) qu'elle se rendit à l'obëissance
du Roy.
Premièrement qu'ils feroient
prisonniers de guerrc
en France ce qui leur fut,
accordé.
2,°. Que tous les Officiers
garderoient leur épée, te
que le Prince deWirtembert
auroit liberté pour
trois mois, aprèslequel
temps il se rendroit prisonnier
à Peronne. C'est un
Prince de trente ans, de
bonne mine, bien fait, parlant
bon François.
Qu'aucun soldat ne fera
dépoüillé ny deshabillé.
Que l'on ne fcparera
point les Regiments tant
d'Infanrerie que de Cavalerie
, & que les équipages
des Officiers feroient envoyez
à Philisbourg. Le
mesmejour20. ducourant
on ne marcher tour le piquet
qu'on posta autour de
la Ville
, parce qu'ils ne
nous livrèrent la porte de
France que le lendemain
21. Tout estoit farcy de
troupes par les gardes ordinaires
des tranchées, afin
d'empescher que les HuG,
fards des Ennemis ne se
sauvassent la nuit, cequ'ils
avoient envie de faire sans
les justesprécautions qu'on
prit. Le 22. le Prince sortit
à dix heures du matin,
avec tout son équipage ôc
s'en alla à Philisbourg pour
y rester trois mois. On obligea
la garnison qui estoit
toute armée de porter leurs
armes dans un magasin
destiné pour cela, ce qui
fc fie avec ordre & sans
confusion. Sur les deux
heures aprés midiils commencerent
à defiler hors
de la Ville par la porte de
France, le chemin bordé
des deux costez de nos
troupes, & le detachement
commandé les conduisit à
Haguenau
,
ils font forcis
près de 6000. hommes. Jamais
Place de cette con»
sequence n'a moins cousté
d'hommes, nous n'avons
pas perdu 3500., ils en ont -
bien perdu 1500» le reste
tant en malades que blessez
des Ennemis 1500.
hommes, la garnison estoit
de 10000. hommes des
meilleures troupes, il sortit
d'abord
Le Regiment d'Anspach,
habillé de bleu.
Contaichetin bleu, parement
rouge.
Le Regiment de Nasfau
bleu parement rouge.
Le Regiment d'isseler
blanc,parement rouge.
Des Vins qui estoit un
détachement de Grenadiers
qui ont des bonnets
rouges mitrez.
Le Regiment d.lArme.
tat bleu.
Celuy de Gueborne bleu
est le plus beau de tous.
Mincherre blanc, douplé
de rouge, & les Officiers
habillez de verd.
Environ quatre-vingts
Hussards à pied, & trois ou
quatre cens Cavaliersaussi
à pied, qui ont laissé de
beaux chevaux,une compagnie
franche de deux
cens hommes.
On a trouvé dans cette
Place plusde soixante pieces
de canon, plusieurs
mortiers, quantité de bombes
-& de boulets, peu de
jnyflixions& d'armes ayant estéconsommées dansl'incendie
du magasin.
LandauVille d'Allemagne
dans la. basse Alsace
estune desplus fortes Pla„-
ces de cette Province;elle
est située sur la Riviere de
Queichaux confins duPa-
-latinat. C'estoit une des
VillesImperiales dela Préfecture
Provinciale ou de
Haguenau. Elle fut engagée
à Othon Evesque de
Spire par l'Empereur Loüis
de Baviere, & dégagée l'an
1511. par l'Empereur Maximilien
qui lui redonna
la liberté dont elle joüissoit
avant cetengagement.
Elle a esté ccdée à la France
par la Paix de Munster,
&estappelléeLandavia par
les Latins. 1
Cetre Ville a souffert
quatre sieges au commencement
de ce siecle. Les
Imperiaux la prirent en
1702. le Roy des Romains
depuis Empereur, mort en
1711. les commandant en
personne, &elle fut reprise:
se l'année suivante par les
François fous les ordres de
Monseigneur le Duc de
Bourgogne en 1704. Les
Allemands l'ayant assiegée
de nouveaus'en rendirent
les maistres.Assiegée par
les François dans le mois
de Juillet elle s'est renduë
le 20. Aoust à l'obëissance
du Roy.
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Résumé : RELATION de la prise de Landau.
Le 10 août, les forces ennemies demandèrent à capituler après avoir signalé leur intention de négocier en battant la chamade et en hissant un drapeau sur la brèche. Les négociations pour une capitulation honorable échouèrent en raison du refus du maréchal de Villars d'accepter toute autre condition que la reddition en tant que prisonniers de guerre. Le prince de Wurtemberg exigea les termes de la capitulation de Tournay, mais Villars refusa. Les otages déclarèrent qu'ils préféraient continuer le combat jusqu'au bout. Les hostilités reprirent avec un bombardement intense jusqu'au 20 août, date à laquelle les ennemis demandèrent à nouveau à capituler. Les termes acceptés incluaient la reddition en tant que prisonniers de guerre en France, la conservation des épées pour les officiers, et une liberté temporaire pour le prince de Wurtemberg. La garnison, composée de 10 000 hommes, se rendit et fut conduite à Haguenau. Les pertes françaises s'élevèrent à 3 500 hommes, tandis que les ennemis perdirent environ 1 500 hommes. Par ailleurs, Landau, une ville fortifiée en Basse-Alsace, avait déjà subi quatre sièges au début du XVIIIe siècle. Elle fut prise par les Impériaux en 1702 et reprise par les Français en 1704.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 113-124
Au Camp de Fribourg le 15. Octobre. Relation du Maréchal de Villars.
Début :
Monsieur le Maréchal ayant resolu en même tems d'attaquer une [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Grenadiers, Lunette, Attaque, Colonel, Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Camp de Fribourg le 15. Octobre. Relation du Maréchal de Villars.
Âu Camp de Fribçurg le 15.
Oflobre.
ReUtion duMaréchal de
; Villars,
Monsieur le Maréchal
ayant resolu en même tems
d'attaquer une lunette &
tout le chemin couvert
du Poligone, où nous allons,
on commanda quarante
Compagnies de Grenadiers
distribuez en divers
end roits, les un p our attaquer
& d'autres pour foti-"
tenir; le hazard fit queles
ennemis, qui avoient preparé
une sortie de douze
cent hommes, commandez
par le General MajorVveitersheim,
un Brigadier &
deux Colonels, commençoient
à sortir du chemin
couvert. Le quart de ces
gens étoient déja sur le
glacis, lorsque nos grenadiers
debouchoient pour
attaquer la lunette & le
chemin couvert; ces gens
qui faisoient une sortie
considerable fc voyan
chargez, furent bien tôt
renversez ; l'on en tua un
très grand nombre, le General
Major fut pris avec
un Colonel, ces douze cent
hommes étant troupes
choisies. La plupart se placerent
dans le chemin couvert
à la droite & à la gauche
de l'attaque, & firent
un très-grand feu.
La lunerte étoit défendue
par deux cens hommes
choisis, & ordre du Gouverneur
de se défendre jusqu'au
dernier homme,avec
promessed'être bien soutenus,
outre cela ilyavoit
cent trente hommes dans
la communication du chemin
couvert à la lunette:
mais ils furent emportez
d'abord par nos grenadiers,
qui se logèrent dans la
communication ; l'on ne
devoit pas s'attendre que
deux cent hommes coupez,
& à qui l'on promettoit
quartier le refusassent;
tous nos: Grenadiers qui
voulurent entrer furent
renversez à coup de hallebarde&
de faulx. Le Marquis
de Vivans Lieutenant
General commandant la
tranchée y mena les bataillons
& les drapeaux de
Poitou,_& deRoyalRoussillon,
les Colonels àla tête,
ils marchèrent à la lunette,
les ennemisfirent grande,
resistance, cequi obligea
Messieurs de Coigny, le
Comte de Broglio,Nangis,
Contades, le Marquis de
Broglio, Çhar".illo"n.,voIon..
taires auprès du Maréchal
de Villars,de marcher à
cette lunette. On fie, avancer
cent cinquante dragons
qui passerent sur le glacis
pour ne pas troubler l'attaque
trés-vive des batail-
Ions, & faisant un dernier
effort la lunette fut emportée
,
& presque tous ceux
qui la défendoient tuez,
ensuite on continua les logemens
sur tous les angles
saillansduPoligoneattaqué,
, le grand feu des ennemis,
les bombes qu'ils nous jettoient
nont pas empêché
que nos logemens ne fc
soient trouvez en fort bon état
à la pointe du jour. Le
Maréchal de Villars voyant
que les troupes étoient fatiguées
, &ne voulant pas
que les ennemis, qui avoient
déja fait plusieurs
sorties, pussent détruire les
têtes de nos logemens,envoya
ordre à la brigade de
Limosin la plus voisine, de
venir à la queuë de la tranchée
; on fit aussi marcher
cinq cens hommes de la
brigade de Picardie,& les
trois bataillons deLorraine,
avec ordre à la brigade de la
Sarre de se tenir prête, tant
pourêtre superieur en troupes,
ne rien craindre /^quc
pour avoir des travailleurs
tout prêts pour remplacer
ceux qui étoienthors dç combat. 3 -
v
Le Maréchal se louë
beaucoup de toutes ses
troupes. Monsieur de Vivans
Lieutenant General de\
tranchée
a fait tout ce qu'on
pouvoir attendre d'un brave
Officier. Monsieur de
Silly Maréchal de Campa
très utillement servi à l'attaque
du centre où commandoit
le Sieur Monerot
Colonel Commandant
d'Alsace. M. d'Ormesson
BBiriigadier commandoit la
Z~D-yadicr coiiii-nandoir gauche,
gauche, Messieurs les Comte
de Roucy & Valory étoient
auprès du Maréchal
de Villars, & avoient trésbien
dirigé les attaques ôc
services d'Ingenieurs, donc
la plûpart ont été tuez ou
blessez. Nous avons perdu
plusieurs Capitaines deGrenadiers
,
desquels on ne
peut trop louer la valeur;
les Grenadiers des Gardes
ont fait des merveilles,tous
leurs Officiers ont ététuez
ou blessez. Monsieur de
Contade Major General,
qui portoit. ôc faisoit Foxe..:
cuter tous les ordres, a été
enversé d'un coup de casion,
& le visagepercé de
plusieurs coups de pierres,
le Comte de Croissy volontaire,
le Duc de Fronsac
& le Marquis de Nangis
ont reçû des coups de
pierre à latranchée. M. le
Maréchal a reçu un coup
de pierre à la hanche;cette
action est des plus glorieuse
pour les troupes du
Roy, & d'un succés bien
avantageux, puifquelle a
empotefUence à une garnison
qui a montré tant de
valeur.
Nous sommes logez sur
les angles saillans du chemin
couvert, le General
Vvéistheim a dit que le
Gouverneur de la place
avoit assuré la garnison que
le Prince Eugéne devoir
les secourir;il est vrai que
le 12. ce Prince s'avanca sur
Hosgraben, qui n'est qu'à
cinq lieuës, & d'où il peut
reconnoître nos postes:mais
il s'en retourna le lendedemain;
il y eut il y a deux
jours une action trés-vive à
l'attaque du Château,les ennemis
firent une sortie considerable
>
&, renverserent
la tête de nôtre tranchée.
Le Chevalier de Pezeux à
la tête
;
desbataillons,de
Lavalreprit nos postes. l'épée
à la main, & tua un
grandnombre desennemis
, Monsieur deLaval
Colonel fut blessé deux
Capitaines de Grenadiers ]
&unde Dragonstuez.On
; n'a Doiht encorede lifte des <
tuez & b!ef!cz..j,
Les Ducs de Guiche ôc
Mortemart étoient volontaires
danscette action,
présdu Maréchal dcVillarsj
Oflobre.
ReUtion duMaréchal de
; Villars,
Monsieur le Maréchal
ayant resolu en même tems
d'attaquer une lunette &
tout le chemin couvert
du Poligone, où nous allons,
on commanda quarante
Compagnies de Grenadiers
distribuez en divers
end roits, les un p our attaquer
& d'autres pour foti-"
tenir; le hazard fit queles
ennemis, qui avoient preparé
une sortie de douze
cent hommes, commandez
par le General MajorVveitersheim,
un Brigadier &
deux Colonels, commençoient
à sortir du chemin
couvert. Le quart de ces
gens étoient déja sur le
glacis, lorsque nos grenadiers
debouchoient pour
attaquer la lunette & le
chemin couvert; ces gens
qui faisoient une sortie
considerable fc voyan
chargez, furent bien tôt
renversez ; l'on en tua un
très grand nombre, le General
Major fut pris avec
un Colonel, ces douze cent
hommes étant troupes
choisies. La plupart se placerent
dans le chemin couvert
à la droite & à la gauche
de l'attaque, & firent
un très-grand feu.
La lunerte étoit défendue
par deux cens hommes
choisis, & ordre du Gouverneur
de se défendre jusqu'au
dernier homme,avec
promessed'être bien soutenus,
outre cela ilyavoit
cent trente hommes dans
la communication du chemin
couvert à la lunette:
mais ils furent emportez
d'abord par nos grenadiers,
qui se logèrent dans la
communication ; l'on ne
devoit pas s'attendre que
deux cent hommes coupez,
& à qui l'on promettoit
quartier le refusassent;
tous nos: Grenadiers qui
voulurent entrer furent
renversez à coup de hallebarde&
de faulx. Le Marquis
de Vivans Lieutenant
General commandant la
tranchée y mena les bataillons
& les drapeaux de
Poitou,_& deRoyalRoussillon,
les Colonels àla tête,
ils marchèrent à la lunette,
les ennemisfirent grande,
resistance, cequi obligea
Messieurs de Coigny, le
Comte de Broglio,Nangis,
Contades, le Marquis de
Broglio, Çhar".illo"n.,voIon..
taires auprès du Maréchal
de Villars,de marcher à
cette lunette. On fie, avancer
cent cinquante dragons
qui passerent sur le glacis
pour ne pas troubler l'attaque
trés-vive des batail-
Ions, & faisant un dernier
effort la lunette fut emportée
,
& presque tous ceux
qui la défendoient tuez,
ensuite on continua les logemens
sur tous les angles
saillansduPoligoneattaqué,
, le grand feu des ennemis,
les bombes qu'ils nous jettoient
nont pas empêché
que nos logemens ne fc
soient trouvez en fort bon état
à la pointe du jour. Le
Maréchal de Villars voyant
que les troupes étoient fatiguées
, &ne voulant pas
que les ennemis, qui avoient
déja fait plusieurs
sorties, pussent détruire les
têtes de nos logemens,envoya
ordre à la brigade de
Limosin la plus voisine, de
venir à la queuë de la tranchée
; on fit aussi marcher
cinq cens hommes de la
brigade de Picardie,& les
trois bataillons deLorraine,
avec ordre à la brigade de la
Sarre de se tenir prête, tant
pourêtre superieur en troupes,
ne rien craindre /^quc
pour avoir des travailleurs
tout prêts pour remplacer
ceux qui étoienthors dç combat. 3 -
v
Le Maréchal se louë
beaucoup de toutes ses
troupes. Monsieur de Vivans
Lieutenant General de\
tranchée
a fait tout ce qu'on
pouvoir attendre d'un brave
Officier. Monsieur de
Silly Maréchal de Campa
très utillement servi à l'attaque
du centre où commandoit
le Sieur Monerot
Colonel Commandant
d'Alsace. M. d'Ormesson
BBiriigadier commandoit la
Z~D-yadicr coiiii-nandoir gauche,
gauche, Messieurs les Comte
de Roucy & Valory étoient
auprès du Maréchal
de Villars, & avoient trésbien
dirigé les attaques ôc
services d'Ingenieurs, donc
la plûpart ont été tuez ou
blessez. Nous avons perdu
plusieurs Capitaines deGrenadiers
,
desquels on ne
peut trop louer la valeur;
les Grenadiers des Gardes
ont fait des merveilles,tous
leurs Officiers ont ététuez
ou blessez. Monsieur de
Contade Major General,
qui portoit. ôc faisoit Foxe..:
cuter tous les ordres, a été
enversé d'un coup de casion,
& le visagepercé de
plusieurs coups de pierres,
le Comte de Croissy volontaire,
le Duc de Fronsac
& le Marquis de Nangis
ont reçû des coups de
pierre à latranchée. M. le
Maréchal a reçu un coup
de pierre à la hanche;cette
action est des plus glorieuse
pour les troupes du
Roy, & d'un succés bien
avantageux, puifquelle a
empotefUence à une garnison
qui a montré tant de
valeur.
Nous sommes logez sur
les angles saillans du chemin
couvert, le General
Vvéistheim a dit que le
Gouverneur de la place
avoit assuré la garnison que
le Prince Eugéne devoir
les secourir;il est vrai que
le 12. ce Prince s'avanca sur
Hosgraben, qui n'est qu'à
cinq lieuës, & d'où il peut
reconnoître nos postes:mais
il s'en retourna le lendedemain;
il y eut il y a deux
jours une action trés-vive à
l'attaque du Château,les ennemis
firent une sortie considerable
>
&, renverserent
la tête de nôtre tranchée.
Le Chevalier de Pezeux à
la tête
;
desbataillons,de
Lavalreprit nos postes. l'épée
à la main, & tua un
grandnombre desennemis
, Monsieur deLaval
Colonel fut blessé deux
Capitaines de Grenadiers ]
&unde Dragonstuez.On
; n'a Doiht encorede lifte des <
tuez & b!ef!cz..j,
Les Ducs de Guiche ôc
Mortemart étoient volontaires
danscette action,
présdu Maréchal dcVillarsj
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Résumé : Au Camp de Fribourg le 15. Octobre. Relation du Maréchal de Villars.
Le 15 octobre, au camp de Fribourg, le maréchal de Villars a ordonné une attaque sur une lunette et le chemin couvert du polygone, impliquant quarante compagnies de grenadiers. Simultanément, les ennemis, dirigés par le général major Weitersheim, ont lancé une sortie de douze cents hommes. Les grenadiers français ont repoussé cette attaque, tuant de nombreux ennemis et capturant le général major et un colonel. La lunette était défendue par deux cents hommes, soutenus par cent trente autres. Malgré une résistance acharnée, les grenadiers français ont pris la lunette après un combat intense. Le marquis de Vivans a mené les bataillons de Poitou et de Royal-Roussillon à l'assaut, tandis que plusieurs officiers, dont les messieurs de Coigny, le comte de Broglie, Nangis, Contades, et le marquis de Broglie, ont dû intervenir face à la forte résistance ennemie. Cent cinquante dragons ont renforcé l'attaque, permettant finalement la prise de la lunette. Les travaux de fortification ont été achevés malgré le feu ennemi. Le maréchal de Villars a salué le courage de ses troupes, notamment le marquis de Vivans et le marquis de Silly. Plusieurs officiers et grenadiers des Gardes ont été tués ou blessés, et le maréchal de Villars a lui-même été blessé à la hanche. Cette action a été jugée glorieuse et avantageuse pour les troupes du roi. Les Français sont maintenant positionnés sur les angles saillants du chemin couvert. Le général Weitersheim a rapporté que le gouverneur de la place avait assuré la garnison du secours du prince Eugène, qui s'était approché mais s'était retiré. Une récente action au château a vu une sortie ennemie repoussée par le chevalier de Pezeux et le colonel de Laval, ce dernier étant blessé. Les ducs de Guiche et de Mortemart étaient également présents en tant que volontaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 269-272
Au Camp devant Fribourg, ce 19. Octobre.
Début :
La perte des ennemis à l'attaque du chemin couvert & [...]
Mots clefs :
Fribourg, Suspension d'armes, Canon, Mortiers, Défense, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Camp devant Fribourg, ce 19. Octobre.
Au Camp denjant Fiibouwa**
ce ip.Octobre.
La perte des ennemis à
l'attaque du chemin couvert
& de la lunette se monte à
plus de deux mille hommes
& la nostre à 1800 Il y a
eu une Suspension d'Armes
de part& d'autre pour retirer
les morts & les blessez,
qui a duré depuis neufheures
jusqu'à une heureaprès midy.
Nous avons actuellement
trente-six pieces de Canon
& vingt huit Mortiers sur le
,
chemin couvert. Nous esperons
entrer Samedy ou Dimanche
dans la Place, malgré
la grande defense des
Assiegez qui se descendent
toujours avec vigueur.
L'attaque du Chaiteau
n'avance pas comme nous le
souhaitons. Le Maréchal de
Villars a résolu de faire attaquer
la redoute de l'Escarg
Je2.l Mrle Duc doitmonrer
la tranchée le10.comme
dernier Maréchal de Camp.
Le Prince Eugene est
toujours campé à Rotteville
pour empêcher les contributions
& les courses de nos
partis.
On mande du Camp de.
vant Barcelone que toute la
Catalogne est soumise hors
le Chasteau de Cardonne
que l'onassure ne pouvoir
pas soûtenir long temps.
Monsieur de Vauvray
Intendant de Toulon, , mande
que l'on a eu nouvelle
que Nebot s'éroit retiré, lui
huitième dans Barcelone,
toutes les troupes estant dis.
per fées.
ce ip.Octobre.
La perte des ennemis à
l'attaque du chemin couvert
& de la lunette se monte à
plus de deux mille hommes
& la nostre à 1800 Il y a
eu une Suspension d'Armes
de part& d'autre pour retirer
les morts & les blessez,
qui a duré depuis neufheures
jusqu'à une heureaprès midy.
Nous avons actuellement
trente-six pieces de Canon
& vingt huit Mortiers sur le
,
chemin couvert. Nous esperons
entrer Samedy ou Dimanche
dans la Place, malgré
la grande defense des
Assiegez qui se descendent
toujours avec vigueur.
L'attaque du Chaiteau
n'avance pas comme nous le
souhaitons. Le Maréchal de
Villars a résolu de faire attaquer
la redoute de l'Escarg
Je2.l Mrle Duc doitmonrer
la tranchée le10.comme
dernier Maréchal de Camp.
Le Prince Eugene est
toujours campé à Rotteville
pour empêcher les contributions
& les courses de nos
partis.
On mande du Camp de.
vant Barcelone que toute la
Catalogne est soumise hors
le Chasteau de Cardonne
que l'onassure ne pouvoir
pas soûtenir long temps.
Monsieur de Vauvray
Intendant de Toulon, , mande
que l'on a eu nouvelle
que Nebot s'éroit retiré, lui
huitième dans Barcelone,
toutes les troupes estant dis.
per fées.
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Résumé : Au Camp devant Fribourg, ce 19. Octobre.
Le document décrit des événements militaires et des mouvements de troupes. Lors d'une récente attaque, les pertes ennemies dépassent deux mille hommes, tandis que les pertes propres s'élèvent à 1800 hommes. Une suspension d'armes a été observée de 9 heures à 13 heures pour récupérer les morts et les blessés. Les forces disposent actuellement de trente-six pièces de canon et vingt-huit mortiers sur le chemin couvert. Une entrée dans la place assiégée est prévue pour le samedi ou le dimanche, malgré la résistance des assiégés. L'attaque du château progresse moins bien que prévu. Le maréchal de Villars a décidé d'attaquer la redoute de l'Escargot. Le duc doit inspecter la tranchée le 10 octobre en tant que dernier maréchal de camp. Le prince Eugène est stationné à Rotteville pour empêcher les incursions ennemies. Devant Barcelone, toute la Catalogne est soumise, sauf le château de Cardonne, jugé incapable de résister longtemps. Monsieur de Vauvray, intendant de Toulon, rapporte que Nebot s'est retiré à Barcelone, toutes les troupes étant dispersées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 254-266
Extrait de la Capitulation du Chasteau & des Forts de la Ville de Fribourg, accordée le 16. Novembre par Mr le Maréchal, Duc de Villars, commandant l'Armée du Roy.
Début :
Que le 20. Novembre sortiront des deux Châteaux & des [...]
Mots clefs :
Capitulation, Fribourg, Maréchal de Villars, Garnison, Lieutenant général, Canon, Mortier, Archives, Assiégés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Capitulation du Chasteau & des Forts de la Ville de Fribourg, accordée le 16. Novembre par Mr le Maréchal, Duc de Villars, commandant l'Armée du Roy.
Extrait de la Capitulation du
' Cbajleau &des Forts dela
faille de Fribotttg
,
accordée
le i C, Novembrepar Mr le
Maréchala Duc de Villars
commandantl'Admit-, du
O ,'':- Ue le io. Novembre
forcironr desdeux Cbâ.
teaux & des Forts les deux
Garnisons, avec toutes les
marques d'honneur, fous le
Lieutenant général de Bataille
Baron de Wachtendonck, les
deux Commandans de Hanftem
& de Dominique
, tous
les Officiers, avec leurs Dpmeftiques&
équipages qui feront
conduits jusqu'au Camp
Imperial de Rotweïlen Sua-
Le, dans quatre ou cinq
jours. Que,;sixpicces de Canon,
marcheront à la teftc^fçavoir;
.trois,de douze,&trois df six
livres de balle; qe plus quatre
Mortiers decent, 4 trois de
soixanielivresavec la poudrare,
boulet*, bombes & atti-
raiUlss~aeeçccefÙlaaijrrcessppoourur tirer cinquante
coups, aussi bien que
pour toute l'Infanterie & les
Dragons;& pour chaque
Grenadier cinq grenades.
Que cette marche commencera
par les équipages
suffisamment efcorrcz, qu'on
rendra le jour
-
d'auparavant
tous les équipages pris dans la
Ville, meubles & hardes, &
autres; qu'on rendra de bonne
foy tous les chevaux pris
& tource quiappartientàcette
garnison
,
& que la quantité
de chevaux & chariots
dont on a besoin fera fournie
gratis pour le transport jusqu'audit
Rotweil.
Qu'on emmencra librement
tous les Documents &
Ecrits qui font dans les deui
Châteaux concernant les Archlves,
& d'y pouvoir join*
dre ce qui pourroit efire de
plus dans la Ville appartenant
à cela.
Que cous ceux qui voudront
sortir de Fribourg foit presentement
ou dans l'espace de
troismois, comme cela ro
comprend dans toutes les Capitulations
d'honneur, il
leur foit permis, de vendre"
leurs biens - & d'emmener leurs
bagages
j avec les Paflfeports necc:& queJdans ccc
aitick puiflefu cftre/compris
Mrsde ta-Rcgenoe,&c.
- Que lesOfficiers &soldats
malades .& blessez puissent
rester à Fribourg, logez grads.
cbez.les,Bburgeoisravec
les Chirurgiens & autres, pout
cfsfetvir, recevant leur pain
dcïla.farinelaâffée pour ce
fitjet, Çivlesraedjcaraen^idi
mème>, jufipàce;qu'ils
firent en état de partir avec
Passeportspour se rendre à. leursCorps.*
;.
Quetousprisonnierstant -- -
ceuxqui ont csté- lignesyquependantlesiege,
.& cous ceuxqui sont restez
danslaVille, feront rendus,
avec leurs habits & armes.Il
nesera point permis en fortant
de tirer aucun foldac
hors de son rang ou de lccLébaucher
, excepté les defefteurs.
Qu'onmontrera de bonne
foy toutes les minesxtouïg^
l'artillerie &tous les tvivrcs"
qui sontdans les deuxChaf-
, teaux.
, - Que la garnison fera
«
pourveuë de pain pourcinq
jours. ijulqujLRowcil : &
rconime les fours des ChaslVtaca,
uoxninellessulfffeeisrean.tcupiarsepdoaunrslcae- Quelesdettescontra"-,\:f
par lesOfficiers ou--auticsi,
dont-oa^exceptelesvinyja -
viande,le bois& cequ'ila
fallu prendre pour la nourriture
du soldat, & l'usage du
siege ,ce qui ne paye pas, on -
laissera pour les deux premieresclasses
le sieur Dalberdoff,
premier Commissaire
des guerresen ostage, jusqu'à
ce qu'on aurasatisfait,
& on n'éxigera point d'autres
ostages parmi les Officiers.
Qu'aussi-tost la presente
Capitulation fignéc ,on envoyeraun
courier au Prince
EugenedeSavoye, & autre
, pour avertir de la marche
decettegarnison, à
^atvrcil, ( •:: • Qu'oncedera enattendant
la sortie
,
le petit Ouvrage
,,qui est devant la porte de
ceChasteauàlamoitié dela
contrescarpe verslaVille:au
Fort S. Pierre, l'Ouvrage £
, corne&laRedouteattaqué,
^aueiid^flc ^;ciue tca)~ f
deuxôtagespour N4'Jtë LieutenantColonel
Iberaker,&
Mr le Lieutenant Colonel cPErp#<-Jf..1
La Garnison 'n'tfflpfortifc
que le 2.2.ï£aufe3dunY^tfvrfs
temps. Elle ¡ estoit iëltipofefc
ec prés dé?f£|>tVrtitfehbfenm^s»,
& étoit de treize milleau
tommcncerhent du SkgÊJ
Le 31 Octobre Mrle Comte
d'AttatjnattLleàtèriirtft ~~raf~A~~aa~~
^ftWnt1CIÉjètir' àrîtetrâtid^efe
^cfrtbotrtg/fîrattaquer par
d^drcii^Mttnïrèirt le Maré-
^hàtdcrViîfets fàPdcitt(i^ltmë>
laquelle sur emportée dans
l'instant par la valeur des
Troupes, quoy que deffenduë
par cent cinquante hommes
des ennemis qui futent tous
tuez ou pris.
Le lendemain matin on vit
un Drapeau suc labréche, 64
danslemoment Mr le Çrîfticd
d'Artagnan l'estant allé reconnoistre,
s'en saisit, & des
autrespostes. Il entraensuite
dans laville avec quatreCom
pagniesde Grenadiers, & donna
de sibons ordres qu'il
sauva le pillage. Le Baron
d'Arsch,Gouverneur dtJEti4
bourg, envoya le sieur de
Wlinkfoton au Prince Eugene
en son Camp de Mulberg
, il revint le 10. Novembre
au soir. Le lendemain,
le Baron d'Arsch l'envoya au
Maréchal de Villars, auquel il
proposa les conditions pour
la Capitulation du Chasteau
& des Forts, dont une partie
fut refusée. Surqupy le Baron
d'Arsch ayant fait sçavoir
qu'iln'avoit pasun Pouvoir
aâèr grand du Prince Eugene
pour conclurreàd'autres
conditions,demandapermisÛoA&
renvoyerkn}craeùof
sicier
sicier au Prince Eugcne
, ce
qu'onluy accorda. La suspension
d'armes fut prolongée
jusqu'au 15 àcondition que
les Assiegezmettroienttoutes
chosesen état pour l'attaque
du Chasteau& des Forts. On
mit enbatterie vingt-huit
mortiers« & soixantepiSeces de
canon, & on pouffa des
boyaux de communication
aux endroits necessaires. Les
Assiegez voyoient faire tous
ces travaux sans s'y opposer.
Ils envoyoient du Chasteau
des provisions aux malades
& blessez, aux soldats, aux
femmes & aux enfans & aux
valets qu'ilsavoient abandonnez
dans la Ville. Le 13.
Novembre le feu Ce mit par
accident à l'Arsenal de la Ville,
lequel a esté brûlé.
' Cbajleau &des Forts dela
faille de Fribotttg
,
accordée
le i C, Novembrepar Mr le
Maréchala Duc de Villars
commandantl'Admit-, du
O ,'':- Ue le io. Novembre
forcironr desdeux Cbâ.
teaux & des Forts les deux
Garnisons, avec toutes les
marques d'honneur, fous le
Lieutenant général de Bataille
Baron de Wachtendonck, les
deux Commandans de Hanftem
& de Dominique
, tous
les Officiers, avec leurs Dpmeftiques&
équipages qui feront
conduits jusqu'au Camp
Imperial de Rotweïlen Sua-
Le, dans quatre ou cinq
jours. Que,;sixpicces de Canon,
marcheront à la teftc^fçavoir;
.trois,de douze,&trois df six
livres de balle; qe plus quatre
Mortiers decent, 4 trois de
soixanielivresavec la poudrare,
boulet*, bombes & atti-
raiUlss~aeeçccefÙlaaijrrcessppoourur tirer cinquante
coups, aussi bien que
pour toute l'Infanterie & les
Dragons;& pour chaque
Grenadier cinq grenades.
Que cette marche commencera
par les équipages
suffisamment efcorrcz, qu'on
rendra le jour
-
d'auparavant
tous les équipages pris dans la
Ville, meubles & hardes, &
autres; qu'on rendra de bonne
foy tous les chevaux pris
& tource quiappartientàcette
garnison
,
& que la quantité
de chevaux & chariots
dont on a besoin fera fournie
gratis pour le transport jusqu'audit
Rotweil.
Qu'on emmencra librement
tous les Documents &
Ecrits qui font dans les deui
Châteaux concernant les Archlves,
& d'y pouvoir join*
dre ce qui pourroit efire de
plus dans la Ville appartenant
à cela.
Que cous ceux qui voudront
sortir de Fribourg foit presentement
ou dans l'espace de
troismois, comme cela ro
comprend dans toutes les Capitulations
d'honneur, il
leur foit permis, de vendre"
leurs biens - & d'emmener leurs
bagages
j avec les Paflfeports necc:& queJdans ccc
aitick puiflefu cftre/compris
Mrsde ta-Rcgenoe,&c.
- Que lesOfficiers &soldats
malades .& blessez puissent
rester à Fribourg, logez grads.
cbez.les,Bburgeoisravec
les Chirurgiens & autres, pout
cfsfetvir, recevant leur pain
dcïla.farinelaâffée pour ce
fitjet, Çivlesraedjcaraen^idi
mème>, jufipàce;qu'ils
firent en état de partir avec
Passeportspour se rendre à. leursCorps.*
;.
Quetousprisonnierstant -- -
ceuxqui ont csté- lignesyquependantlesiege,
.& cous ceuxqui sont restez
danslaVille, feront rendus,
avec leurs habits & armes.Il
nesera point permis en fortant
de tirer aucun foldac
hors de son rang ou de lccLébaucher
, excepté les defefteurs.
Qu'onmontrera de bonne
foy toutes les minesxtouïg^
l'artillerie &tous les tvivrcs"
qui sontdans les deuxChaf-
, teaux.
, - Que la garnison fera
«
pourveuë de pain pourcinq
jours. ijulqujLRowcil : &
rconime les fours des ChaslVtaca,
uoxninellessulfffeeisrean.tcupiarsepdoaunrslcae- Quelesdettescontra"-,\:f
par lesOfficiers ou--auticsi,
dont-oa^exceptelesvinyja -
viande,le bois& cequ'ila
fallu prendre pour la nourriture
du soldat, & l'usage du
siege ,ce qui ne paye pas, on -
laissera pour les deux premieresclasses
le sieur Dalberdoff,
premier Commissaire
des guerresen ostage, jusqu'à
ce qu'on aurasatisfait,
& on n'éxigera point d'autres
ostages parmi les Officiers.
Qu'aussi-tost la presente
Capitulation fignéc ,on envoyeraun
courier au Prince
EugenedeSavoye, & autre
, pour avertir de la marche
decettegarnison, à
^atvrcil, ( •:: • Qu'oncedera enattendant
la sortie
,
le petit Ouvrage
,,qui est devant la porte de
ceChasteauàlamoitié dela
contrescarpe verslaVille:au
Fort S. Pierre, l'Ouvrage £
, corne&laRedouteattaqué,
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Iberaker,&
Mr le Lieutenant Colonel cPErp#<-Jf..1
La Garnison 'n'tfflpfortifc
que le 2.2.ï£aufe3dunY^tfvrfs
temps. Elle ¡ estoit iëltipofefc
ec prés dé?f£|>tVrtitfehbfenm^s»,
& étoit de treize milleau
tommcncerhent du SkgÊJ
Le 31 Octobre Mrle Comte
d'AttatjnattLleàtèriirtft ~~raf~A~~aa~~
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^cfrtbotrtg/fîrattaquer par
d^drcii^Mttnïrèirt le Maré-
^hàtdcrViîfets fàPdcitt(i^ltmë>
laquelle sur emportée dans
l'instant par la valeur des
Troupes, quoy que deffenduë
par cent cinquante hommes
des ennemis qui futent tous
tuez ou pris.
Le lendemain matin on vit
un Drapeau suc labréche, 64
danslemoment Mr le Çrîfticd
d'Artagnan l'estant allé reconnoistre,
s'en saisit, & des
autrespostes. Il entraensuite
dans laville avec quatreCom
pagniesde Grenadiers, & donna
de sibons ordres qu'il
sauva le pillage. Le Baron
d'Arsch,Gouverneur dtJEti4
bourg, envoya le sieur de
Wlinkfoton au Prince Eugene
en son Camp de Mulberg
, il revint le 10. Novembre
au soir. Le lendemain,
le Baron d'Arsch l'envoya au
Maréchal de Villars, auquel il
proposa les conditions pour
la Capitulation du Chasteau
& des Forts, dont une partie
fut refusée. Surqupy le Baron
d'Arsch ayant fait sçavoir
qu'iln'avoit pasun Pouvoir
aâèr grand du Prince Eugene
pour conclurreàd'autres
conditions,demandapermisÛoA&
renvoyerkn}craeùof
sicier
sicier au Prince Eugcne
, ce
qu'onluy accorda. La suspension
d'armes fut prolongée
jusqu'au 15 àcondition que
les Assiegezmettroienttoutes
chosesen état pour l'attaque
du Chasteau& des Forts. On
mit enbatterie vingt-huit
mortiers« & soixantepiSeces de
canon, & on pouffa des
boyaux de communication
aux endroits necessaires. Les
Assiegez voyoient faire tous
ces travaux sans s'y opposer.
Ils envoyoient du Chasteau
des provisions aux malades
& blessez, aux soldats, aux
femmes & aux enfans & aux
valets qu'ilsavoient abandonnez
dans la Ville. Le 13.
Novembre le feu Ce mit par
accident à l'Arsenal de la Ville,
lequel a esté brûlé.
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Résumé : Extrait de la Capitulation du Chasteau & des Forts de la Ville de Fribourg, accordée le 16. Novembre par Mr le Maréchal, Duc de Villars, commandant l'Armée du Roy.
Le 10 novembre, le Maréchal Duc de Villars accorda la capitulation des châteaux et forts de Fribourg. Les garnisons, dirigées par le Baron de Wachtendonck, les Commandants de Hanftem et de Dominique, ainsi que tous les officiers et leurs équipages, reçurent l'autorisation de se rendre au camp impérial de Rotweil en quatre ou cinq jours. Six pièces de canon et quatre mortiers furent remis aux assiégeants, accompagnés de munitions suffisantes pour cinquante coups. Les équipages et les biens pris dans la ville furent rendus, et des chevaux et chariots furent fournis gratuitement pour le transport. Les documents et archives purent également être emportés. Les officiers et soldats malades ou blessés furent autorisés à rester à Fribourg, logés chez les bourgeois, avec des chirurgiens et des provisions. Les prisonniers furent libérés avec leurs habits et armes. Toutes les mines, l'artillerie et les travaux de défense furent montrés aux assiégeants. La garnison fut approvisionnée en pain pour cinq jours. La capitulation fut signée et un courrier fut envoyé au Prince Eugène de Savoie pour l'informer de la marche de la garnison. La garnison du château, fortifiée récemment, comptait environ treize mille hommes. Le 31 octobre, le Comte d'Attainville attaqua Fribourg, défendue par cent cinquante hommes, tous tués ou pris. Le lendemain, le Comte d'Artagnan entra dans la ville avec des grenadiers et évita le pillage. Le Baron d'Arsch, gouverneur de Fribourg, négocia les conditions de la capitulation avec le Maréchal de Villars. La suspension des armes fut prolongée jusqu'au 15 novembre, permettant aux assiégeants de préparer l'attaque. Le 13 novembre, un incendie détruisit l'arsenal de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 270-275
Supplement aux Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Hambourg du 16. portent que les Habitans [...]
Mots clefs :
Garnison, Vivres, Colonel, Canon, Tönning
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement aux Nouvelles.
Supplement aux Nouvelles.
Les Lettres de Hambourg
du 16. portent que les Habitans
& la Garnison de Tonningen estant
réduits à la dernicre
extremité faute de vivres
, le Colonel Wolf qui y
commandoit, fut obligé d'envoyer
le 7. à Tottembuttel,
au Brigadier Kneil qui commandent
le Blocus de la Place,
pour demander à capituler.
Que la Capitulation fut
regléele 8. en pluficurs Articles.
Sçavoir :
Que la Garnison fortiroit
, avec toutes les marques d'honneur
deux picces de canon de
six livres de bale & des munitions
pour tirer douze coups; Qu'on lui fourniroit quatrevingt
un Chariots à quatre
chevaux, pour porter les
bagages;
Qu'elle seroit conduite à
Eurin, ne faisant que deux
lieuës par jour, & séjournant
le troisiéme.
Qu'aucun soldat ne seroit
forcé à prendre parti.
Qu'on fourniroit en payant
des remedes aux Officiers &
aux solatsmalades jusquàleur
entiere guerison.
Que les personnes qui sont
au fcrvice du Duc de Hostein
pourront librement se retirer
de la Ville, ou y rester.
Que les effets qui ont esté
retirez dans la Ville seront
rendus de bonne foy.
Que la Ville & son diftrict
conservera les priviléges
& seraexemte de contributions,
& les Bourgeois pareillement;
& que ceux qui sont
prisonniers feront relaschez
sans payer rançon, &c.
Le 1o, la Garnison sortit
au nombre de trois cent cinquante
hommes portans armes,
outre plus de quatre
cent malades restez dans la
place, dont le Colonel Arnoldi
a esté fait Commandant.
On y a trouvez cent quarante
pieces de canon, vingt-cinq
mortiers, & cent soixantefcize
milliers de poudre; mais
si peu de vivres qu'il n'y restoit
que seize mesures de farine.
On mande de Stokholm
que les Erats de Suede continuent
leurs séances avec
beaucoup d'union, qu'ils travailloient
à augmenterl'Arméejusqu'à
soixante ou soixante-
dix mille hommes, &à
faire prendre les armes aux
Ministres pour estre en état
de repousser les Danois & les
Moscovites qui se préparent
à attaquer la Suede en même
tems du costé du Pays de la
Finlande.
On écrit de Vienne que le
Ministre du Roy de Sicile a
esté congédié, & qu'il se prépare
à partir incessamment
pour retourner en Italie, &
qu'on a envoyé un Mandement
à Ausbourg au Comte
de Borgole, Ministre du
même Prince, avec ordre de
forcir de la Ville dans deux
jours, & dans quinze jours
des Terres de l'Empire.
Les Lettres de Hambourg
du 16. portent que les Habitans
& la Garnison de Tonningen estant
réduits à la dernicre
extremité faute de vivres
, le Colonel Wolf qui y
commandoit, fut obligé d'envoyer
le 7. à Tottembuttel,
au Brigadier Kneil qui commandent
le Blocus de la Place,
pour demander à capituler.
Que la Capitulation fut
regléele 8. en pluficurs Articles.
Sçavoir :
Que la Garnison fortiroit
, avec toutes les marques d'honneur
deux picces de canon de
six livres de bale & des munitions
pour tirer douze coups; Qu'on lui fourniroit quatrevingt
un Chariots à quatre
chevaux, pour porter les
bagages;
Qu'elle seroit conduite à
Eurin, ne faisant que deux
lieuës par jour, & séjournant
le troisiéme.
Qu'aucun soldat ne seroit
forcé à prendre parti.
Qu'on fourniroit en payant
des remedes aux Officiers &
aux solatsmalades jusquàleur
entiere guerison.
Que les personnes qui sont
au fcrvice du Duc de Hostein
pourront librement se retirer
de la Ville, ou y rester.
Que les effets qui ont esté
retirez dans la Ville seront
rendus de bonne foy.
Que la Ville & son diftrict
conservera les priviléges
& seraexemte de contributions,
& les Bourgeois pareillement;
& que ceux qui sont
prisonniers feront relaschez
sans payer rançon, &c.
Le 1o, la Garnison sortit
au nombre de trois cent cinquante
hommes portans armes,
outre plus de quatre
cent malades restez dans la
place, dont le Colonel Arnoldi
a esté fait Commandant.
On y a trouvez cent quarante
pieces de canon, vingt-cinq
mortiers, & cent soixantefcize
milliers de poudre; mais
si peu de vivres qu'il n'y restoit
que seize mesures de farine.
On mande de Stokholm
que les Erats de Suede continuent
leurs séances avec
beaucoup d'union, qu'ils travailloient
à augmenterl'Arméejusqu'à
soixante ou soixante-
dix mille hommes, &à
faire prendre les armes aux
Ministres pour estre en état
de repousser les Danois & les
Moscovites qui se préparent
à attaquer la Suede en même
tems du costé du Pays de la
Finlande.
On écrit de Vienne que le
Ministre du Roy de Sicile a
esté congédié, & qu'il se prépare
à partir incessamment
pour retourner en Italie, &
qu'on a envoyé un Mandement
à Ausbourg au Comte
de Borgole, Ministre du
même Prince, avec ordre de
forcir de la Ville dans deux
jours, & dans quinze jours
des Terres de l'Empire.
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Résumé : Supplement aux Nouvelles.
Le document relate des événements militaires et diplomatiques. À Tonningen, la garnison et les habitants, affamés, ont capitulé. Le colonel Wolf a négocié avec le brigadier Kneil, commandant le blocus. Les termes incluaient une sortie honorable, des chariots pour les bagages, une marche vers Eurin à rythme modéré, et la liberté pour les soldats de ne pas prendre parti. Les malades recevraient des soins jusqu'à guérison. Les privilèges de la ville et des bourgeois seraient maintenus, et les prisonniers libérés sans rançon. La garnison, composée de 350 hommes armés et plus de 400 malades, a quitté la ville, laissant des armements mais peu de vivres. En Suède, les États se préparent à augmenter leur armée pour repousser les Danois et les Moscovites. À Vienne, le ministre du roi de Sicile a été congédié et doit retourner en Italie, tandis que le comte de Borgole a reçu l'ordre de quitter Augsbourg et les terres de l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 133-134
AUTRE.
Début :
J'ay de mon nom plusieurs parens, [...]
Mots clefs :
Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
FAy de mon nom plufieurs parens ,
Mais nos emplois font differens :
134.
LE MERCURE
Ici ma voix égale à celle du tonnerre
Effraye au réjouit la terre.
Là
pour
donner à la beauté
la santé . Et la fraicheur
D'un infinuant petit frere
F'emprunte le doux miniftere:
Pour l'embellir , ou pour sa guérison,
alfaut que le rafé la prenne en trahison .
Autrefois j'étois à la mode ;
Il n'étoit ni Baron , ni Cemte , ni Marquis
.
Qui fans moi put être bien mis ,
Mais on m'a planté là comme trop incommode.
Lorfque les buveurs font en train ,
Dans un repas mon bachique refrain
Celebre les faveurs du charmant Dieu du vin :
Mais changeant de ton & de mode ,
5 Et de maxime & de méthode ,
Je deviens grave & férieux ,
Et c'eft de mes emplois tout le plus glorieux .
FAy de mon nom plufieurs parens ,
Mais nos emplois font differens :
134.
LE MERCURE
Ici ma voix égale à celle du tonnerre
Effraye au réjouit la terre.
Là
pour
donner à la beauté
la santé . Et la fraicheur
D'un infinuant petit frere
F'emprunte le doux miniftere:
Pour l'embellir , ou pour sa guérison,
alfaut que le rafé la prenne en trahison .
Autrefois j'étois à la mode ;
Il n'étoit ni Baron , ni Cemte , ni Marquis
.
Qui fans moi put être bien mis ,
Mais on m'a planté là comme trop incommode.
Lorfque les buveurs font en train ,
Dans un repas mon bachique refrain
Celebre les faveurs du charmant Dieu du vin :
Mais changeant de ton & de mode ,
5 Et de maxime & de méthode ,
Je deviens grave & férieux ,
Et c'eft de mes emplois tout le plus glorieux .
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34
p. 1429-1434
RÉJOUISSANCES faites à (a) Salonique par la Nation Françoise. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Début :
Je n'entreprends pas de vous exprimer avec quel excès de joye notre Nation apprit la [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du Dauphin, Jardin, Consul, Canon, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites à (a) Salonique par la Nation Françoise. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
REJOUISSANCES faites à ( a )
Salonique par la Nation Françoife. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville.
J
E n'entreprends pas de vous exprimer avec
quel excès de joye notre Nation apprit la
grande nouvelle de la Naiffance de MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ; je me contenterai de vous
faire en abregé un Récit ſimple & fidelle de toutes
les marques extérieures qu'elle en a données.
M. le Conful ayant reçu le 10 du mois de Novembre
dernier cette heureufe nouvelle , fit convoquer
une ailemblé générale de la Nation , laquelle
d'un fentiment unanime fut d'avis de faire
une Fête auffi brillante que la grandeur du fujet
le demandoit , & que la capacité des Gens du
Païs pourroit le permettre.
On donna autli -tôt les ordres néceffaires , mais
malgré la diligence dont on ufa, tout ne pût être
en état que le 27 du même mois.
La Fete commença ce même jour -là au lever
du Soleil , par un Salve de 150 Boetes , qu'on
tira dans la Cour de la Maifon Confulaire , aufquelles
on répondit par 200 coups de Canon , qui
furent tirez par les Batimens François qui fe
trouvoient dans cette Rade. Enfuite , tous les
Marchands François & les Capitaines fe rendirent
en Corps de Nation , le Député à leur tête ,
à la Maifon Confulaire, pour accompagner M. le
Conful à l'Eglife , où l'on devoit chanter le Te
Deum .
>
Le Conful étoit précedé de huit Janiffaires mitrez,&
portant leur long Bâton en main; de douze
Joueurs d'Inftrumens,de fix Drogmans Fran-
(a) C'est l'ancienne & celebre Ville de Thef-
Jalonique dans la Macedoine.
II. Vel. H pois
1430 MERCURE DE FRANCE
çois , & accompagné de tous les Marchands de
la Nation. Marchoient enfuite les Capitaines &
Officiers des Bâtimens , fuivis des Arafans &
Matelots François . Cette Marche fe fit avec beaucoup
d'ordre.
En arrivant à l'Eglife , le R. P. Tarillon , Su
périeur des Jefuites , vint recevoir le Conful à la
porte de la Cour , & le conduifit dans l'Eglife,
Lorfqu'on entonna le Te Deum , les cent icin
quante Boetes de la Maifon Confulaire , tirerent
pour la feconde fois , & furent fuivies de
tout le Canon des Bâtimens François. Le P. Su
perieur fit enfuite un Difcours fort éloquent.
Le Te Deum fut fuivi, à la fortie de l'Eglife , par
de grands cris de Vive le Roy. On reconduifig
M. le Conful dans fa Maifon , où il donna un
repas des plus fomptueux fur trois differentes
Tables.
- fix
La premiere Table , qui étoit de trente
Couverts , fut occupée par les Marchands de la
Nation , ayant le Conful à leur tête. La feconde
de quarante Couverts , fut occupée par les Capitaines
& Officiers des Bât mens ; & la troifiémo
Table , auffi de quarante couverts , fut occupée
par les Officiers de la Nation & par les Artifans
diſtinguez.
Après qu'on eut fervi le fruit qui étoit magnifique
, le Conful s'étant levé , il porta la fan.
té du Roy , à laquelle chacun fit raiſon par un
eris de Vive le Roy, qui fut réitéré plufieurs fois.
avec tant de force , qu'à peine pouvoit- on enten →
dre le bruit des Boetes & du Canon qu'on tiroit
en même temps. On but enfuite celle de la Reine,
de Monfeigneur le Dauphin & de toute la Fa
mille Royale , avec les Vivat , &c.
Les Gens du Pais qui n'avoient jamais rien v
de femblable,accouroient de toutes parts pour fa-
11. Vol.
tisfaire
JUIN. 2 1730. 1431
tisfaire leur curiofité , & pour participer à notre
joye. Les Buvcurs venoient en foule fe défalterer
auprès d'une Fontaine de Vin , qui coula depuis
le matin jufqu'à huit heures du foir dans un
grand Baffin , fitué devant la Maiſon Confulaire.
Les femmes qui venoient en troupe & à qui la
bienfceance ne permet gueres de fe montrer icy
en public, prirent du Caffé , du Sorbet, &c . Elles
avoient auffi le plaifir de voir danfer & d'entendre
jouer les Inftrumens que le Bacha Comman
dant de ' a Province , avoit envoyés pour honorer
la Fête .
Il avoit auffi envoyé vingt Janiflaires de la
Garde , avec ordre de fe tenir aux Fortes de la
Maiſon Confulaire , pour éviter la confufion &
prévenir les défordres qui auroient på arriver
parmi la populace de diverfes nations , que la curiofité
attiroit de toutes parts .
On avoit dreffé une Tente à l'entrée de la Mai
fon , au pied du Pavillon , où l'on diftribuoit le
Caffé à tous ceux qui en demandoient. Il fuffit de
dire que pendant les trois jours que la Fête dura,
il en fut confemmé plus de treize mille Taffes.
Le Repas fini , on diftribua au peuple quantité
de Dragées & de Confitures feches qu'on
jetta des Fenêtres en abondance. L'avidité & la
confufion du Peuple firent tant de plaifir aux
Spectateurs , que le Conful pour la faire durer
plus long- tems,s'en fit un de faire diftribuer de la
même maniere , quantité de pieces de
Avant que d'entrer dans le détail de ce qui fe
pafla à f'entrée de la nuit , il eft neceffaire de
donner icy une idée des Décorations qu'on avoit
placées dans toutes les avenues & aux endroits
Tes plus expofez à la vûë du Peuple.
monnoyes.
Je commencerai par la grande Porte de la ruë ¡
II. Vol. Hij Aus
1432 MERCURE DE FRANCE .
au-devant de laquelle étoit un beau Portique, or
né de verdure & entrelaffé de Banderolles, parfehées
de fleurs de Lys & de Dauphins couronnez,
d'où l'on voyoit en face une Piramide élevée ,
dans le milieude la grande allée, de la hauteur dé
foixante pieds , fur un Arc de Triomphe qui og
cupoit toute la largeur de l'Allée , garnie à droite
& à gauche de Laurier & de Myrthe , avec des
Banderolles femblables à celle du Portique , fur
lefquelles il y avoit alternativement une Fleur de
Lys & un Dauphin couronné. On avoit placé audeffus
de l'Arc de Triomphe un grand Tablcay
qui reprefentoit un Ange,de grandeur naturelie ,
& adoffé à la Piramide , lequel tenoit fufpendu
de la main droite , l'Ecu des armes du Roy , &
de la gauche , celics de la Reine que l'Ange cou
vroit également de fes aîles. Il y avoit au bas une
Corae d'abondance , d'où fortoit plufieurs Fleurs
& differens fruits , avec un Dauphin couronné ,
qui s'élevoit audeffus , & fur le fommet de la
Piramide on voyoit une Renommée.
Les Armes de France étoient élevées fur la
grande Porte d'entrée de la Maifon Confulaire ,
regardant celles du Dauphin placées à l'oppofite
fur des Arceaux de Verdure qui regnoient en
forme de Fer à Cheval autour du Baffin où étoit
la Fontaine de vin , dont on a parlé. Sur les
bords du Baffin on avoit mis de diftance en diftance
de grands Vafes , liez les uns aux autres
par des Feitons de verdure , & chaque Vafe portoit
un grand Chandelier à trois rangs , qui devoit
fervir à l'illumination . Dans la partie du
Jardin qui eft derriere la Maiſon du Ĉənful , il
y a deux grandes allées qui fe croifent dans le
milieu , lequelles étoient bordées de quantité
d'Arceaux de verdure, de la hauteur de dix pieds ,
fe fuccedant les uns aux autres juſqu'au fond du
Al. Vel.
Jardin
JUIN. 1730. 1433
Jardin , fur lefquels regnoit une espece de Corniche
pour porter les Cobelets pour l'illumina
tion. Ôn avoit auffi pofé fur les quatre Angles
des Arceaux de verdure qui formoient la croifée
des deux allées , quatre grandes Girandoles qui
s'élevoient au- deffus d'environ fix pieds ; & dans
un des quarrés du Jardin on avoit dreffé un
grand Feu de joye , fur le haut duquel s'élevoient
Ies Armes du Roy ; mais on ne jugea pas àà propos
d'allumer ce Feu de joye , crainte que ld
vent ne portât les étincelles fur les Maifons
voifines , toutes bâties de bois.
Cette premiere & magnifique journée fut termiuée
comme elle avoit commencé , par une
grande Salve de Canon , de Boetes & de toute
Artilerie des Bâtimens François. Auffi- tôr
après on commença les Illuminations avec tant
de diligence qu'en moins d'une demie heure , le
comble de la Maifon Confulaire , la Piramide
les Allées , & generalement tous les Murs qui
forment l'enceinte de ce vafte Enclos , furent
éclairez d'une clarté fi brillante , qu'elie ramena
le jour , malgré l'obfcurité de la nuit.
Cette illumination étoit compofée de plus de
euf mille Gobelers ,fur lefquels étoient repréfentées
des Figurs de Lys, des Dauphins couronnez
, &c. & ils furent renouvellez pendant trois
foirs confécutifs . On fit en même tems arborer
un Pavillon tout enflammé,compofé de quantité
de petits Fanaux , fufpendus en l'air par une infinité
de Cordes tres -fines , qu'on ne pouvoit ap
percevoir que de fort près.
Les Capitaines François à qui on avoit fait di
ftribuerunegrande quantité de Bougies & de Go
belets , voulurent auffi donner des marques de
feur joye , en faifant illuminer leurs Vaiffeaux .
Ils y travaillerent tous avec ardeur, & ils eurent
II. Vol Hiij. tous
1434 MERCURE DE FRANCE
tous le même fuccès . C'étoient des Bâtimens tout
en feu , qui par la multitude des lumieres dont
ils brilloient , & par l'arrangement avec lequel
elles étoient diftribuées , produifoient un effet
enchanté, ce qui fut encore relevé par une infinité
de Fufées volantes , qui s'élevant à travers
cette clarté, alloient à la rencontre de celles qu'on
jettoit de la Maifon Confulaire.
Tout ce charmant Spectacle fe découvroit de
la Ville , & faifoit l'admiration de tout le monde,
& principalement des Turcs qui en habitent la
hauteur , bâtie en amphithéatre."
Cependant tout le monde fut charmé de la
magnificence avec laquelle on avoit paré la grande
Sale où fe donna le Bal; elle étoit tendue d'une
riche Tapifferie , éclairée de plufieurs Luftres de-
Criftal & de quantité de Girandoles, de Bras ,& c;
On prefenta , fans diftinction , pendant tout le
temps du Bal , tous les rafraichiffemens qu'on
pouvoit défirer dans cette faifon. Il dura jufqu'à
deux heures du matin que chacun le retira , mais
ce ne fut que pour recommencer bien- tôt après ;
les Démonftrations de joye qui avoient duré pendant
cette premiere journée , & qu'on continua
encore pendant deux autres jours , avec autant
d'éclat & de magnificence qu'on en avoit fait
paroître le premier jour de la Fête.
Salonique par la Nation Françoife. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville.
J
E n'entreprends pas de vous exprimer avec
quel excès de joye notre Nation apprit la
grande nouvelle de la Naiffance de MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ; je me contenterai de vous
faire en abregé un Récit ſimple & fidelle de toutes
les marques extérieures qu'elle en a données.
M. le Conful ayant reçu le 10 du mois de Novembre
dernier cette heureufe nouvelle , fit convoquer
une ailemblé générale de la Nation , laquelle
d'un fentiment unanime fut d'avis de faire
une Fête auffi brillante que la grandeur du fujet
le demandoit , & que la capacité des Gens du
Païs pourroit le permettre.
On donna autli -tôt les ordres néceffaires , mais
malgré la diligence dont on ufa, tout ne pût être
en état que le 27 du même mois.
La Fete commença ce même jour -là au lever
du Soleil , par un Salve de 150 Boetes , qu'on
tira dans la Cour de la Maifon Confulaire , aufquelles
on répondit par 200 coups de Canon , qui
furent tirez par les Batimens François qui fe
trouvoient dans cette Rade. Enfuite , tous les
Marchands François & les Capitaines fe rendirent
en Corps de Nation , le Député à leur tête ,
à la Maifon Confulaire, pour accompagner M. le
Conful à l'Eglife , où l'on devoit chanter le Te
Deum .
>
Le Conful étoit précedé de huit Janiffaires mitrez,&
portant leur long Bâton en main; de douze
Joueurs d'Inftrumens,de fix Drogmans Fran-
(a) C'est l'ancienne & celebre Ville de Thef-
Jalonique dans la Macedoine.
II. Vel. H pois
1430 MERCURE DE FRANCE
çois , & accompagné de tous les Marchands de
la Nation. Marchoient enfuite les Capitaines &
Officiers des Bâtimens , fuivis des Arafans &
Matelots François . Cette Marche fe fit avec beaucoup
d'ordre.
En arrivant à l'Eglife , le R. P. Tarillon , Su
périeur des Jefuites , vint recevoir le Conful à la
porte de la Cour , & le conduifit dans l'Eglife,
Lorfqu'on entonna le Te Deum , les cent icin
quante Boetes de la Maifon Confulaire , tirerent
pour la feconde fois , & furent fuivies de
tout le Canon des Bâtimens François. Le P. Su
perieur fit enfuite un Difcours fort éloquent.
Le Te Deum fut fuivi, à la fortie de l'Eglife , par
de grands cris de Vive le Roy. On reconduifig
M. le Conful dans fa Maifon , où il donna un
repas des plus fomptueux fur trois differentes
Tables.
- fix
La premiere Table , qui étoit de trente
Couverts , fut occupée par les Marchands de la
Nation , ayant le Conful à leur tête. La feconde
de quarante Couverts , fut occupée par les Capitaines
& Officiers des Bât mens ; & la troifiémo
Table , auffi de quarante couverts , fut occupée
par les Officiers de la Nation & par les Artifans
diſtinguez.
Après qu'on eut fervi le fruit qui étoit magnifique
, le Conful s'étant levé , il porta la fan.
té du Roy , à laquelle chacun fit raiſon par un
eris de Vive le Roy, qui fut réitéré plufieurs fois.
avec tant de force , qu'à peine pouvoit- on enten →
dre le bruit des Boetes & du Canon qu'on tiroit
en même temps. On but enfuite celle de la Reine,
de Monfeigneur le Dauphin & de toute la Fa
mille Royale , avec les Vivat , &c.
Les Gens du Pais qui n'avoient jamais rien v
de femblable,accouroient de toutes parts pour fa-
11. Vol.
tisfaire
JUIN. 2 1730. 1431
tisfaire leur curiofité , & pour participer à notre
joye. Les Buvcurs venoient en foule fe défalterer
auprès d'une Fontaine de Vin , qui coula depuis
le matin jufqu'à huit heures du foir dans un
grand Baffin , fitué devant la Maiſon Confulaire.
Les femmes qui venoient en troupe & à qui la
bienfceance ne permet gueres de fe montrer icy
en public, prirent du Caffé , du Sorbet, &c . Elles
avoient auffi le plaifir de voir danfer & d'entendre
jouer les Inftrumens que le Bacha Comman
dant de ' a Province , avoit envoyés pour honorer
la Fête .
Il avoit auffi envoyé vingt Janiflaires de la
Garde , avec ordre de fe tenir aux Fortes de la
Maiſon Confulaire , pour éviter la confufion &
prévenir les défordres qui auroient på arriver
parmi la populace de diverfes nations , que la curiofité
attiroit de toutes parts .
On avoit dreffé une Tente à l'entrée de la Mai
fon , au pied du Pavillon , où l'on diftribuoit le
Caffé à tous ceux qui en demandoient. Il fuffit de
dire que pendant les trois jours que la Fête dura,
il en fut confemmé plus de treize mille Taffes.
Le Repas fini , on diftribua au peuple quantité
de Dragées & de Confitures feches qu'on
jetta des Fenêtres en abondance. L'avidité & la
confufion du Peuple firent tant de plaifir aux
Spectateurs , que le Conful pour la faire durer
plus long- tems,s'en fit un de faire diftribuer de la
même maniere , quantité de pieces de
Avant que d'entrer dans le détail de ce qui fe
pafla à f'entrée de la nuit , il eft neceffaire de
donner icy une idée des Décorations qu'on avoit
placées dans toutes les avenues & aux endroits
Tes plus expofez à la vûë du Peuple.
monnoyes.
Je commencerai par la grande Porte de la ruë ¡
II. Vol. Hij Aus
1432 MERCURE DE FRANCE .
au-devant de laquelle étoit un beau Portique, or
né de verdure & entrelaffé de Banderolles, parfehées
de fleurs de Lys & de Dauphins couronnez,
d'où l'on voyoit en face une Piramide élevée ,
dans le milieude la grande allée, de la hauteur dé
foixante pieds , fur un Arc de Triomphe qui og
cupoit toute la largeur de l'Allée , garnie à droite
& à gauche de Laurier & de Myrthe , avec des
Banderolles femblables à celle du Portique , fur
lefquelles il y avoit alternativement une Fleur de
Lys & un Dauphin couronné. On avoit placé audeffus
de l'Arc de Triomphe un grand Tablcay
qui reprefentoit un Ange,de grandeur naturelie ,
& adoffé à la Piramide , lequel tenoit fufpendu
de la main droite , l'Ecu des armes du Roy , &
de la gauche , celics de la Reine que l'Ange cou
vroit également de fes aîles. Il y avoit au bas une
Corae d'abondance , d'où fortoit plufieurs Fleurs
& differens fruits , avec un Dauphin couronné ,
qui s'élevoit audeffus , & fur le fommet de la
Piramide on voyoit une Renommée.
Les Armes de France étoient élevées fur la
grande Porte d'entrée de la Maifon Confulaire ,
regardant celles du Dauphin placées à l'oppofite
fur des Arceaux de Verdure qui regnoient en
forme de Fer à Cheval autour du Baffin où étoit
la Fontaine de vin , dont on a parlé. Sur les
bords du Baffin on avoit mis de diftance en diftance
de grands Vafes , liez les uns aux autres
par des Feitons de verdure , & chaque Vafe portoit
un grand Chandelier à trois rangs , qui devoit
fervir à l'illumination . Dans la partie du
Jardin qui eft derriere la Maiſon du Ĉənful , il
y a deux grandes allées qui fe croifent dans le
milieu , lequelles étoient bordées de quantité
d'Arceaux de verdure, de la hauteur de dix pieds ,
fe fuccedant les uns aux autres juſqu'au fond du
Al. Vel.
Jardin
JUIN. 1730. 1433
Jardin , fur lefquels regnoit une espece de Corniche
pour porter les Cobelets pour l'illumina
tion. Ôn avoit auffi pofé fur les quatre Angles
des Arceaux de verdure qui formoient la croifée
des deux allées , quatre grandes Girandoles qui
s'élevoient au- deffus d'environ fix pieds ; & dans
un des quarrés du Jardin on avoit dreffé un
grand Feu de joye , fur le haut duquel s'élevoient
Ies Armes du Roy ; mais on ne jugea pas àà propos
d'allumer ce Feu de joye , crainte que ld
vent ne portât les étincelles fur les Maifons
voifines , toutes bâties de bois.
Cette premiere & magnifique journée fut termiuée
comme elle avoit commencé , par une
grande Salve de Canon , de Boetes & de toute
Artilerie des Bâtimens François. Auffi- tôr
après on commença les Illuminations avec tant
de diligence qu'en moins d'une demie heure , le
comble de la Maifon Confulaire , la Piramide
les Allées , & generalement tous les Murs qui
forment l'enceinte de ce vafte Enclos , furent
éclairez d'une clarté fi brillante , qu'elie ramena
le jour , malgré l'obfcurité de la nuit.
Cette illumination étoit compofée de plus de
euf mille Gobelers ,fur lefquels étoient repréfentées
des Figurs de Lys, des Dauphins couronnez
, &c. & ils furent renouvellez pendant trois
foirs confécutifs . On fit en même tems arborer
un Pavillon tout enflammé,compofé de quantité
de petits Fanaux , fufpendus en l'air par une infinité
de Cordes tres -fines , qu'on ne pouvoit ap
percevoir que de fort près.
Les Capitaines François à qui on avoit fait di
ftribuerunegrande quantité de Bougies & de Go
belets , voulurent auffi donner des marques de
feur joye , en faifant illuminer leurs Vaiffeaux .
Ils y travaillerent tous avec ardeur, & ils eurent
II. Vol Hiij. tous
1434 MERCURE DE FRANCE
tous le même fuccès . C'étoient des Bâtimens tout
en feu , qui par la multitude des lumieres dont
ils brilloient , & par l'arrangement avec lequel
elles étoient diftribuées , produifoient un effet
enchanté, ce qui fut encore relevé par une infinité
de Fufées volantes , qui s'élevant à travers
cette clarté, alloient à la rencontre de celles qu'on
jettoit de la Maifon Confulaire.
Tout ce charmant Spectacle fe découvroit de
la Ville , & faifoit l'admiration de tout le monde,
& principalement des Turcs qui en habitent la
hauteur , bâtie en amphithéatre."
Cependant tout le monde fut charmé de la
magnificence avec laquelle on avoit paré la grande
Sale où fe donna le Bal; elle étoit tendue d'une
riche Tapifferie , éclairée de plufieurs Luftres de-
Criftal & de quantité de Girandoles, de Bras ,& c;
On prefenta , fans diftinction , pendant tout le
temps du Bal , tous les rafraichiffemens qu'on
pouvoit défirer dans cette faifon. Il dura jufqu'à
deux heures du matin que chacun le retira , mais
ce ne fut que pour recommencer bien- tôt après ;
les Démonftrations de joye qui avoient duré pendant
cette premiere journée , & qu'on continua
encore pendant deux autres jours , avec autant
d'éclat & de magnificence qu'on en avoit fait
paroître le premier jour de la Fête.
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Résumé : RÉJOUISSANCES faites à (a) Salonique par la Nation Françoise. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Le texte décrit les célébrations organisées par la Nation Française à Salonique (Thessalonique) à l'annonce de la naissance du Dauphin. Le 10 novembre, le consul reçut la nouvelle et convoqua une assemblée générale pour préparer une fête. Malgré les préparatifs rapides, les réjouissances débutèrent le 27 novembre avec un salut de 150 coups de fusil et 200 coups de canon tirés par les navires français. Les marchands, capitaines et officiers français se rendirent à l'église pour chanter le Te Deum, précédés par des janissaires, musiciens et drogmans. Le consul, accueilli par le supérieur des Jésuites, fut suivi par une procession ordonnée. Après le Te Deum, des cris de 'Vive le Roy' retentirent, suivis d'un repas somptueux avec trois tables distinctes pour les marchands, les capitaines et les artisans. Des toasts furent portés à la famille royale, accompagnés de salves de canon et de fusillades. La population locale, curieuse et joyeuse, se rassembla pour participer aux festivités. Une fontaine de vin fut installée, et des rafraîchissements furent offerts aux femmes. Des janissaires furent déployés pour maintenir l'ordre. Des décorations, incluant un portique, une pyramide et des banderoles, furent érigées. La nuit, une illumination spectaculaire éclaira la maison consulaire et les navires français, accompagnée de feux d'artifice. Les festivités se poursuivirent pendant trois jours, avec des illuminations renouvelées chaque soir et un bal somptueux dans la grande salle tendue de tapisseries riches et éclairée par des lustres et girandoles. Les réjouissances se terminèrent par des démonstrations de joie continuées avec le même éclat pendant deux jours supplémentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 1437-1447
Camp de Mulhberg.
Début :
On parle dans toute l'Allemagne du Camp de Mulhberg en Saxe, où le Roi de Pologne [...]
Mots clefs :
Saxe, Roi de Pologne, Troupes, Armée, Canon, Infanterie, Généraux, Artillerie, Mülhberg
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texteReconnaissance textuelle : Camp de Mulhberg.
Camp de Mulhberg.
N parle dans toute l'Allemagne du Camp
de Mulhberg en Saxe , où le Roi de Pologne
a fait camper une grande quantité de Troupes
d'élite , & où ce Prince donne une fête militaire,
digne d'un grand Roi .
Toute l'Armée eft habillée de neuf, & avec autant
de propreté & d'uniformité pour les Cavaliers
, & les Soldats que de richeffe & de goût
pour les Officiers qui ont chacun jufqu'à trois
habits d'un uniforme varié feulement par les
differens agrémens où l'or & l'argent font employés
avec art pour produire un coup d'oeil
magnifique & brillant.:
La fituation du Camp eft des plus agréables ,
le fuperbe Pavillon du Roi & les magnifiques
Tentes qui l'environnent, font fur une éminence,
d'où l'on découvre toute l'Armée , campée fur
deux lignes dans une belle Plaine , arrofée par
la Riviere d'Elbe . Les Troupes les plus magnifi-
.ques , & qui fe font diftinguer dans ce fuperbe
Camp , font les Gardes du Corps de S. M. P. Les
Chevaliers Gardes , les Grands Moufquetaires ,
les Carabiniers , les Gardes à pied & les Cuiraffiers.
Le 31. Mai , le Roi fortit du Camp pour alfer
audevant du Roi de Pruffe. S. M. étoit à la
tête des Chevaliers de l'Aigle Blane , au nombić
de 36. & accompagnée de 160 Princes , Generaux ,
Miniftres & autres Seigneurs. Le Prince Royal
étoit fuivi des Militaires . Les deux Rois fe ren
contrerent à une demie lieue du Camp , où ils
s'embrafferent avec des marques les plus vives
de la plus parfaite amitié , & après avoir dejeuné
fous une Tente magnifique à demi ouverte , ils
11. Vola Hy viurent
1438 MERCURE DE FRANCE
L
vinrent au Camp. Le Roi de Pruffe étoit à Cheval
avec le Prince Royal fon fils , accompagné
de plufieurs Princes , Generaux , Colonels & c . au
nombre de plus de 150. L. M. étoient fuivies de
9. Cavaliersarmés de pié en cap , portant des drapeaux
& une queue de Cheval , comme auffi d'une
Troupe de Huffars armés d'Arcs & de Fleches.
Le premier Juin l'Armée marcha , commandée
par le Prince Royal de Pologne , & fe rangea
fur deux lignes , dont chacune contenoit une
étendue de trois quarts de lieue. L. M. & les
Princes & Generaux de leur nombreuſe & brillante
fuite , des deux fexes , à Cheval & en Caroffe
, les parcoururent d'un côté & d'autre. Le Roi
de Pruffe étoit toujours accompagné de quatre
jeunes Turcs habillés de drap d'or. Les deux
Rois s'étant enfuite retirez fous leurs Tentes. ,
ils furent falués par une falve de 60. pieces de
Canons , & L. M. virent défiler toute l'Armée
par Regimens..
Le lendemain , le Roi de Pologne s'étant trouvé
fatigué , nomma la Princeffe Royale fa Bru ,
pour faire les honneurs du Repas , & S. A. s'en
acquita très bien. On mangea fous une Tente à
la Turque , fur une Table de 40. Couverts , toute
fervie en vaiffelle de vermeil doré , & avec la plus
grande délicateffe & plus grande abondance.
Le 3. les deux Rois dinerent enfemble dans le
Quartier du Roi de Pologne, avec plufieurs Princes
, Generaux & antres Seigneurs. Vers les fix
heures , peu de tems après le diné , il y eut Comédie
Italienne..
Le 4. à quatre heures du matin , les 4. Re--
gimens de Dragons marcherent fur deux colomnes
, & enfuite s'étant mis en parade , firent leur
Exercice & diverſes évolutions à Cheval & à pied
II. Vola jufqu'à
JUIN. 1730. 1439
que
jufqu'à 2. heures après midi . Ils pratiquerent la
nouvelle maniere de coupler les Chevaux ' ,
S. M. P. fait introduire dans fon Armée , & qui
a divers avantages , fur tout celui de pouvoir
former un front de Bataillon , & par là couvrir
les Chevaux & c. Le Roi de Pruffe alla diner ,
accompagné de quelques Generaux , chez le Duc
Jean Adelphe Weifenfels . Le Prince Royal de
Pruffe dina avec le Roi de Pologne & les Dames.
Le foir il y eat Comédie & Bal à la Cour.
Le s .
elle
la Cavalerie fit fes Exercices , compofée
de 24. Efcadrons des Gardes du Corps , des Carabiniers
& des 3. Regimens de Cuiraffiers . Elle
marcha fur quatre Colomnes vers le Pavillon
Royal , où s'étant formée fur deux lignes ,
fit plufieurs mouvemens , marches , attaques &c.
& forma enfuite un quarré , dont le Pavillon du
Roi étoit le centre , & elle rentra dans le Camp
fur une Colomne , en tournant autour du Pavil
Jon Royal.
Le 6. il y eut Concert de voix & d'Inftrumens
&c.
Les Rois de Pologne & de Pruffe ayant été indifpofés
pendant quelques jours , & L. M. étant
parfaitement rétablies , le 10. elles fe rendirent
avec leur fuite au Pavilion , éloigné d'une portée´
de Canon du centre de la premiere ligne de l'Armée
, pour voir l'Exercice de l'lafanterie. Ce
Pavilon eft conftruit de charpente , orné de
peintures & de dorures de très bon goût , élevé
fur une hauteur qui domine fur toute la Plaine.
L'Infanterie qui étoit fortie du Camp dès le
matin , avoit formé autour de ce Pavillon un'
quarré , dont chaque flanc étoit compofé de fixt
Bataillons. On commença par les évolutions des
armes , & on pratiqua enfuite les differentes manieres
de charger par rangs , par pelotons , par
1 Vel. H vj demi
1440 MERCURE DE FRANCE
demi divifions , par divifions entieres & par hayes,
où les Grenadiers jetterent quantité de Grenades
vers le milieu du quarré &c. Après cet Exercice
& diverfes autres évolutions , L. M. allerent diner
à leur quartier. C'eſt un quarré gardé par des
Janiflaires & par une Garde de Cadets , où des
Soldats Turcs , avec des Veſtes de drap d'or ,
& des efpeces de Turbans de velours cramoifi ,
font la garde devant la Tente de ces deux Rois ,
& où l'on voit auffi des Hongrois en habits
d'écarlate , avec des galons & des franges d'or.
Il y a encore douze Gardes qu'on nomme Peckins
, auffi habillés d'écarlate avec des bonnets
de velours noir , bródés d'argent , & une aigrette
de plumes blanches , tenant chacun une hache
d'argent. Le milieu de ce qnarré eft occupé par
une grande Sale tendue de damas cramoifi &
jaune . Cette Sale eft percée de 4. portes par
lef
quelles on entre dans quatre Galeries , qui aboutiffent
à autant de Cabinets , à côté defquels il y
a 8. Tentes à la Turque , ornées de riches étoffes .
Quatre grandes Tentes qui fervent de Sale à
manger , font contigues à ces Cabinets.
>
On a fervi tous les jours trois Tables de 24
Couverts chacune ; les deux Rois mangent à la
premiere , L. A. R. à la feconde , & la troifiéme
eft deftinée pour les Officiers Generaux des deux
Cours ; ces Tables font fervies en vaiffelle de vermeil
doré. Il y a outre cela cinq autres Tables
auffi de 24. Couverts chacune , fervies en vaiffelle
d'argent pour les Hauts Officiers & les
Etrangers. Un Officier de diftinction de la Maifon
du Roi fait les honneurs de chaque Table.
Le Roi de Pologne eft logé dans un Palais
qu'il a fait conftruire exprès, à une portée de pif
tolet du Quarré dont on vient de parler . Le Roi
de Pruffe y eft auffi logé, avec le Prince Royal
on fils , & toute fa Cour. Dans
JUIN. 1730. 1441
DO
52
ם כ
Dans une Lettre écrite de ce Camp , on s'exprime
ainfi : » Je fuis, bien fâché que vous ne
foyez pas à portée de voir ce corps d'armée ++
en verité on ne fçauroit donner une idée de la
magnificence de l'Armée de Darius , que par
celle-cy. Il n'y a point de Sous - Lieutenant de
Cavalerie , dont le Cheval avec le harnois ne
→ vaille au moins mille écus. Il y a trois Tables
» chez le Roy , de 24. Couverts chacune , fervies
en vaiffelle d'or , & plufieurs autres au nombre
" de 300. Couverts , en vaiffelle d'argent. Les
Tentes feules du Quartier du Roi , font eftimées
deux millions. Ce qu'on voit de toutes fortes
» de Voitures , Caroffes , Chaifes & Chevaux de
» felle pour les Etrangers & pour les Dames , elt
» inconcevable. On diftingue ici des Officiers Ge-
» neraux & autres de toutes les Troupes de l'Europe
, & un concours infini d'Etrangers de toutes
Nations.Je ne fçai fi le calcul eft jufte , mais
on compte qu'outre les Troupes , il y a 300
mille ames dans le Camp ou aux environs.
» Au refte , il n'eft queftion ici que de Colon-
» nes , dans le gout de celles du Livre du Chevalier
de Follard ; petits & grands , tout le monde
fe mêle de faire des Colonnes . Il y a un jour
» destiné exprès , où toute l'Infanterie ne fera
පා que des Colonnes ; & le Roi de Pruffe , qui y
» étoit totalement oppofé it y. a deux ans , s'eft
» enfin rendu à l'opinion de l'Auteur de ce Livre
» & à la mienne , fur le fait des Colonnes.
37
םכ
»Le Roi de Pologne m'a fait l'honneur de me
dire qu'il feroit deffiner toutes les évolutions
qui fe font faites , pour que je vous les envoye.
» Mais de tout ce qu'on a fait , le plus beau fera
fans doute , un Paffage de Riviere. L'E be eft
deux fois large ici comme la Seine à Paris . On
» établira trois Ponts en preſence de l'Ennemi , à
11. Vol.
» la
1442 MERCURE DE FRANCE
20
la faveur du Canon & de certains Prammies'
garnis de Canons. Ces Ponts font mobiles &
» deſcendront la Riviere , s'établiront , pour ainfi
→ dire, dans un moment , & le paffage fe fera de
dire vive force. On peut fans craindre le ridi
cule , que ce font Jeux de Prince. A Dieu ,
cher Chevalier , je vous écrirai plus au long ,
quand je pourrai yous envoyer les Deffeins de
ૐ
→ tout ceci .
Les Lettres qu'on a reçues depuis du Camp
de Malhberg portent que le 17. Juin l'Armée
marcha en Phalanges ou Bataillons quarrez , fui
vant l'ufage des Anciens. Cette marche reprefentoit
parfaitement le même ordre de bataille done
les Grecs fe fervoient pour combattre leurs enne
mis , & faifoit un coup d'oeil incomparable. I
y avoit une Phalange d'Infanterie & deux de
Cavalerie , lefquelles après avoir marché quelque
temps dans cet ordre , formerent enfuite deux
lignes toute l'Armée fe replia par le centre &
fe remit fur le même terrain ; après quoi on fe
retira en combattant jufqu'au Camp ; le tout fut
parfaitement bien executé.
Le 18. le Roi de Pruffe dîna chez le Comte de
Wackerbarth , avec le Duc de Saxe Weimar-
Le foir il y eut Comedie Italienne.
Le 19. toute l'Armée fe mit de nouveau en
marche , & forma d'abord neuf grands quarrez ,
l'Infanterie s'étant enfuite formée en quarré long,
fut attaquée par la Cavalerie , qui fut vivement
repouflée par le Canon , les Grenades & la Moufqueterie
L'Infanterie fe voyant trop preffée , forma un
autre quarré long , & fut encore attaquée à di-.
verfes reprises dans fa retraite par toute la Cavalerie
, avec tant d'acharnement , qu'on cut de la
peine à faire retourner quelques Efcadrons qui
11. Vola
effuyerent
JUIN. 1730. 1443
effuyerent le feu , ayant la tête des chevaux dans
les Bayonettes. Enfin la retraite fe fit en deux colonnes
, par des défilez d'une manière qui n'avoit
pas encore été pratiquée & qui fut jugée d'une
grande utilité par les connoiffeurs .
Le 20. Le Regiment des grands Grenadiers fit
fes exercices avec beaucoup d'adreffe devant les
deux Rois . Le Comte de Rutowski , qui en eft le
Commandant , traita enfuite fplendidement le
Roi de Pruffe. Le même jour le Roi alla reconnoître
le terrain où S. M, avoit deffein de paffer
l'Elbe avec un Détachement de l'Armée : ce deffejn
s'executa le 21. Une partie de l'Armée paffa
cette Riviere & fe retrancha ; elle fut enfuite attaquée
par le gros de l'Armée , commandé par
le Comte de Wackerbarth, il fut à la fin repouffé;.
У eut dans cette action deux Soldats de tuez &
un de bleffé par accident. Jamais Artillerie n'a été
fetvie avec plus d'adreffe & d'art , qu'en cette occafion
, y ayant eu de groffes pieces qui ont tiré
coups dans une minute..
il
fix
Le 22. le Roi de Pruffe alla dîner chez lé Prince
Royal de Pologne , qui le régala fuperbement.
Les Exercices Militaires finirent le 23. par une
bataille rangée : l'Armée étoit partagée en deux
corps, dont l'un étoit commandé par le Velt- Maréchal
, Comte de Wackerbarth , & l'autre par le
Duc de Saxe - Weffeinfels , qui après avoir perdu
la bataille , fit une très - belle retraite , ayant mar
ché en bon ordre vers le Bois.
Pendant cette retraite, le Roi de Pologne , qui s'é
toit mis à la tête de fix Efcadrons qu'il avoit déta
chés fecretement de l'aîle droite, tomba dans le flanc
de l'aile gauche , & fit prifonnier un Efcadron
du Régiment de Pohlentz , qui ne s'étoit pas ap
perçu de ce mouvement. Il y eut des pieces de
Canon qui tirerent ce jour- là 159. coups , &
11. Vol.
PArtillerie
1444 MERCURE DE FRANCE
l'Artillerie tira en tout 9000. coups.
Le 24. on tira le fuperbe Feu d'artifice que le
Roi avoit fait préparer fur l'Elbe : le temps calme
& l'air obfcur qu'il faifoit cette nuit- là , ne contribuerent
pas peu à rendre ce fpectacle plus mafique
& plus agréable : il fut executé dans toute
fa perfection , & tous ceux qui l'ont vû , conviennent
que c'eft le plus beau qui ait été tiré de me--
moire d'homme.
Après le Feu d'artifice , le Bucentaure parut
fur l'Elbe avec une Flotille de 15. Bâtimens ,
tous entierement illuminez & ornez de leurs Banderoles
, &c. Cette Fête dura jufqu'à quatre heurés
du matin.
Lers . on celebra au Camp le Jubilé de la Confeffion
d'Ausbourg. Le Roi dîna ce jour - là chezle
General Bauditz , & vit enfuite fon beau Rément
de Carabiniers ."
Le 26. toute l'Armée fut magnifiquement traitée
; elle fe mit à table à onze heures & s'en leva à
midy. Le 27. les deux Rois & leurs fuites s'em→ ,
barquerent fur la Flotille , & defcendirent l'Elbe
jufqu'à Leuchtenberg , où l'on coucha.
Le 28. on finit les Diverriffemens par une
grande Chaffe que le Roi donna au Roi de Pruffe,
& qui n'a pas été moins magnifique que toutes
les autres Fêtes on y a tué à coups de fufil ,
1100. Pieces , tant Cerfs que Biches , Chevreuils
& Sangliers.
Après la Chaffe , on fervit plufieurs Tables de
plus de 400. Couverts ; les deux Rois le féparerent
enfuite avec de grandes marqués d'amitié &
de tendreffe. Le Roi de Pruffe eft allé à Poſtdam ,
& S. M. Pol. eft retournée au Camp , où elle
reftera encore quelques jours avant que de fe rendre
à Drefde.
Par les dernieres Lettres reçûës , on a appris
le circonftances fuivantes : Lo
JUIN 1730. 1445
Le 12. Juin , l'Artillerie fit l'Exercice avec 48.
Pieces de Canon. Outre le Bataillon de l'Artillerie
, on commanda encore trois Regimens d'Infanterie.
Après que ce Corps fe fut rangé fur fir
lignes ; & qu'on eut reparti les Canons en huit
Brigades , il fe mit en marche fur fix colonnes'
vers le Pavillon Royal . Les Canons avec les Chariots
de munitions , alloient au milieu des colonnes
, & étoient accompagnez d'un certain nom
bre de Canoniers & de Soldats détachez de l'Infanterie.
Les Timbales de l'Artillerie étoient fur
un Char attelé de quatre chevaux blancs .
Après que tout fut arrivé à une distance mar
quée du Pavillon , on détela & on fit fortir
des rangs les Chevaux de l'Artillerie & les Chariots
de munitions. Tout le Corps fe remit enfuite
en bataille fur fix lignes , ayant le Canon ;
dans les intervales marques.
Pendant que le Canon faifoit les differentes
charges , l'Infanterie rangée par pelotons , fortoit
par les intervales à chaque charge, & faifoit
fon feu par rang , de même que celle qui étoit à
la tête & à la queue, Elle fe retira enfuite derriere
le Canon. Toutes ces differentes manieres de charges
ont été fort bien executées , malgré les groffes
pluies qu'il faifoit ,ceCorps fit après un mouvement
pour avancer jufqu'à un certain endroit , & continua
toujours à tirer . Il forma enfuite un Quarré
, ayant les Canons rangez fur les flancs , & finit
cette manoeuvre par une décharge generale
des 48. Canons à la fois , qui fut fuivie de celles
72. Pelotons de l'Infanterie, & réïterée fix fois.
Enfin après avoir fait fortir les Chariots de Munitions
du Quarré , & les Brigades des Canons ,
les Pelotons de l'Infanterie firent un mouvement
pour fe mettre fur un Terrain marquê , & fe retirer
; ce qu'ils firent en chargeant en retraite , &
de
11. Vol. ren1446
MERCURE DE FRANCE
rentrerent ainfi dans le Camp. Le Roi de Pruffe
dîna avec le Prince Royal fon fils , chez le
Velt-Maréchal Comte de Wackerbarth , & le Roi
de Pologne , chez le Duc de Saxe-Weimar.
Le 13. les deux Rois dînerent chacun en particulier
, & le Prince Royal dîna en compagnie
la feconde Table ; fervie en vermeil doré. Après
midy fe fit PExercice des Lanciers . Les , fix Efca
drons des Gardes du Corps , armez de Cuiraffes
de Cafques & de Lances , fe prefenterent ; on y
avoit joint cinq Bataillons de Grenadiers ou Gardes
à pied , aufquels on avoit fait diftribuer 128.
Piques par Bataillon.
›
Les Lanciers , en fortant du Camp , fe formerent
fur une ligne , ayant toûjours un Bataillon
entre deux Efcadrons. La marche fe fit vers le
Payillon fur deux lignes , dont la premiere fut
formée par les fix Efcadrons de Lanciers , & la
feconde par les cinq Bataillons d'Infanterie. Pendant
que les Lanciers firent leurs mouvemens✨
vers le Pavillon , les Huffars Polonois , armez de
Cuiraffes & de Cafques,coururent la Bague devant
L.M.& briferent leurs Lances contre desMachines
qu'on avoit préparées pour cet effet. En arrivant
a quelque diftance du Pavillon , les Lanciers fe
formerent de nouveau fur une Ligne ; l'Infante
rie fe mit au milieu , & les fix Efcadrons fur les
aîles , trois Efcadrons fur chaque aîle. Après
avoir avancé ainfi jufqu'à une diſtance marquée
en attaquant , chargeant & le retirant , ils fe formerent
de la même maniere fur trois lignes , & .
avancerent de nouveau en faifant la même manoeuvre
; ce qui ayant été exécuté , les cinq Bataillons
formerent chacun un Bataillon quarré
ayant les Lanciers fur les aîles , & firent enſem
ble diverfes manoeuvres . Enfin les quatre Batail-
' ours des Gardes formerent un grand quarré au-
II. Vol.
tour
JUIN. 1730. J447
tour du cinquiéme Bataillon , qui étoit celui des
Grenadiers. Les Lanciers fe rangerent pour les
couvrir , & après avoir fait plufieurs attaques ,
marches & contremarches , on fe battit en retraite
& on entra dans le Camp.
Le 14, le Roy de Pruffe alla dès le matin voir
l'armée , qui étant fortie du Camp fans armes
&C.
N parle dans toute l'Allemagne du Camp
de Mulhberg en Saxe , où le Roi de Pologne
a fait camper une grande quantité de Troupes
d'élite , & où ce Prince donne une fête militaire,
digne d'un grand Roi .
Toute l'Armée eft habillée de neuf, & avec autant
de propreté & d'uniformité pour les Cavaliers
, & les Soldats que de richeffe & de goût
pour les Officiers qui ont chacun jufqu'à trois
habits d'un uniforme varié feulement par les
differens agrémens où l'or & l'argent font employés
avec art pour produire un coup d'oeil
magnifique & brillant.:
La fituation du Camp eft des plus agréables ,
le fuperbe Pavillon du Roi & les magnifiques
Tentes qui l'environnent, font fur une éminence,
d'où l'on découvre toute l'Armée , campée fur
deux lignes dans une belle Plaine , arrofée par
la Riviere d'Elbe . Les Troupes les plus magnifi-
.ques , & qui fe font diftinguer dans ce fuperbe
Camp , font les Gardes du Corps de S. M. P. Les
Chevaliers Gardes , les Grands Moufquetaires ,
les Carabiniers , les Gardes à pied & les Cuiraffiers.
Le 31. Mai , le Roi fortit du Camp pour alfer
audevant du Roi de Pruffe. S. M. étoit à la
tête des Chevaliers de l'Aigle Blane , au nombić
de 36. & accompagnée de 160 Princes , Generaux ,
Miniftres & autres Seigneurs. Le Prince Royal
étoit fuivi des Militaires . Les deux Rois fe ren
contrerent à une demie lieue du Camp , où ils
s'embrafferent avec des marques les plus vives
de la plus parfaite amitié , & après avoir dejeuné
fous une Tente magnifique à demi ouverte , ils
11. Vola Hy viurent
1438 MERCURE DE FRANCE
L
vinrent au Camp. Le Roi de Pruffe étoit à Cheval
avec le Prince Royal fon fils , accompagné
de plufieurs Princes , Generaux , Colonels & c . au
nombre de plus de 150. L. M. étoient fuivies de
9. Cavaliersarmés de pié en cap , portant des drapeaux
& une queue de Cheval , comme auffi d'une
Troupe de Huffars armés d'Arcs & de Fleches.
Le premier Juin l'Armée marcha , commandée
par le Prince Royal de Pologne , & fe rangea
fur deux lignes , dont chacune contenoit une
étendue de trois quarts de lieue. L. M. & les
Princes & Generaux de leur nombreuſe & brillante
fuite , des deux fexes , à Cheval & en Caroffe
, les parcoururent d'un côté & d'autre. Le Roi
de Pruffe étoit toujours accompagné de quatre
jeunes Turcs habillés de drap d'or. Les deux
Rois s'étant enfuite retirez fous leurs Tentes. ,
ils furent falués par une falve de 60. pieces de
Canons , & L. M. virent défiler toute l'Armée
par Regimens..
Le lendemain , le Roi de Pologne s'étant trouvé
fatigué , nomma la Princeffe Royale fa Bru ,
pour faire les honneurs du Repas , & S. A. s'en
acquita très bien. On mangea fous une Tente à
la Turque , fur une Table de 40. Couverts , toute
fervie en vaiffelle de vermeil doré , & avec la plus
grande délicateffe & plus grande abondance.
Le 3. les deux Rois dinerent enfemble dans le
Quartier du Roi de Pologne, avec plufieurs Princes
, Generaux & antres Seigneurs. Vers les fix
heures , peu de tems après le diné , il y eut Comédie
Italienne..
Le 4. à quatre heures du matin , les 4. Re--
gimens de Dragons marcherent fur deux colomnes
, & enfuite s'étant mis en parade , firent leur
Exercice & diverſes évolutions à Cheval & à pied
II. Vola jufqu'à
JUIN. 1730. 1439
que
jufqu'à 2. heures après midi . Ils pratiquerent la
nouvelle maniere de coupler les Chevaux ' ,
S. M. P. fait introduire dans fon Armée , & qui
a divers avantages , fur tout celui de pouvoir
former un front de Bataillon , & par là couvrir
les Chevaux & c. Le Roi de Pruffe alla diner ,
accompagné de quelques Generaux , chez le Duc
Jean Adelphe Weifenfels . Le Prince Royal de
Pruffe dina avec le Roi de Pologne & les Dames.
Le foir il y eat Comédie & Bal à la Cour.
Le s .
elle
la Cavalerie fit fes Exercices , compofée
de 24. Efcadrons des Gardes du Corps , des Carabiniers
& des 3. Regimens de Cuiraffiers . Elle
marcha fur quatre Colomnes vers le Pavillon
Royal , où s'étant formée fur deux lignes ,
fit plufieurs mouvemens , marches , attaques &c.
& forma enfuite un quarré , dont le Pavillon du
Roi étoit le centre , & elle rentra dans le Camp
fur une Colomne , en tournant autour du Pavil
Jon Royal.
Le 6. il y eut Concert de voix & d'Inftrumens
&c.
Les Rois de Pologne & de Pruffe ayant été indifpofés
pendant quelques jours , & L. M. étant
parfaitement rétablies , le 10. elles fe rendirent
avec leur fuite au Pavilion , éloigné d'une portée´
de Canon du centre de la premiere ligne de l'Armée
, pour voir l'Exercice de l'lafanterie. Ce
Pavilon eft conftruit de charpente , orné de
peintures & de dorures de très bon goût , élevé
fur une hauteur qui domine fur toute la Plaine.
L'Infanterie qui étoit fortie du Camp dès le
matin , avoit formé autour de ce Pavillon un'
quarré , dont chaque flanc étoit compofé de fixt
Bataillons. On commença par les évolutions des
armes , & on pratiqua enfuite les differentes manieres
de charger par rangs , par pelotons , par
1 Vel. H vj demi
1440 MERCURE DE FRANCE
demi divifions , par divifions entieres & par hayes,
où les Grenadiers jetterent quantité de Grenades
vers le milieu du quarré &c. Après cet Exercice
& diverfes autres évolutions , L. M. allerent diner
à leur quartier. C'eſt un quarré gardé par des
Janiflaires & par une Garde de Cadets , où des
Soldats Turcs , avec des Veſtes de drap d'or ,
& des efpeces de Turbans de velours cramoifi ,
font la garde devant la Tente de ces deux Rois ,
& où l'on voit auffi des Hongrois en habits
d'écarlate , avec des galons & des franges d'or.
Il y a encore douze Gardes qu'on nomme Peckins
, auffi habillés d'écarlate avec des bonnets
de velours noir , bródés d'argent , & une aigrette
de plumes blanches , tenant chacun une hache
d'argent. Le milieu de ce qnarré eft occupé par
une grande Sale tendue de damas cramoifi &
jaune . Cette Sale eft percée de 4. portes par
lef
quelles on entre dans quatre Galeries , qui aboutiffent
à autant de Cabinets , à côté defquels il y
a 8. Tentes à la Turque , ornées de riches étoffes .
Quatre grandes Tentes qui fervent de Sale à
manger , font contigues à ces Cabinets.
>
On a fervi tous les jours trois Tables de 24
Couverts chacune ; les deux Rois mangent à la
premiere , L. A. R. à la feconde , & la troifiéme
eft deftinée pour les Officiers Generaux des deux
Cours ; ces Tables font fervies en vaiffelle de vermeil
doré. Il y a outre cela cinq autres Tables
auffi de 24. Couverts chacune , fervies en vaiffelle
d'argent pour les Hauts Officiers & les
Etrangers. Un Officier de diftinction de la Maifon
du Roi fait les honneurs de chaque Table.
Le Roi de Pologne eft logé dans un Palais
qu'il a fait conftruire exprès, à une portée de pif
tolet du Quarré dont on vient de parler . Le Roi
de Pruffe y eft auffi logé, avec le Prince Royal
on fils , & toute fa Cour. Dans
JUIN. 1730. 1441
DO
52
ם כ
Dans une Lettre écrite de ce Camp , on s'exprime
ainfi : » Je fuis, bien fâché que vous ne
foyez pas à portée de voir ce corps d'armée ++
en verité on ne fçauroit donner une idée de la
magnificence de l'Armée de Darius , que par
celle-cy. Il n'y a point de Sous - Lieutenant de
Cavalerie , dont le Cheval avec le harnois ne
→ vaille au moins mille écus. Il y a trois Tables
» chez le Roy , de 24. Couverts chacune , fervies
en vaiffelle d'or , & plufieurs autres au nombre
" de 300. Couverts , en vaiffelle d'argent. Les
Tentes feules du Quartier du Roi , font eftimées
deux millions. Ce qu'on voit de toutes fortes
» de Voitures , Caroffes , Chaifes & Chevaux de
» felle pour les Etrangers & pour les Dames , elt
» inconcevable. On diftingue ici des Officiers Ge-
» neraux & autres de toutes les Troupes de l'Europe
, & un concours infini d'Etrangers de toutes
Nations.Je ne fçai fi le calcul eft jufte , mais
on compte qu'outre les Troupes , il y a 300
mille ames dans le Camp ou aux environs.
» Au refte , il n'eft queftion ici que de Colon-
» nes , dans le gout de celles du Livre du Chevalier
de Follard ; petits & grands , tout le monde
fe mêle de faire des Colonnes . Il y a un jour
» destiné exprès , où toute l'Infanterie ne fera
පා que des Colonnes ; & le Roi de Pruffe , qui y
» étoit totalement oppofé it y. a deux ans , s'eft
» enfin rendu à l'opinion de l'Auteur de ce Livre
» & à la mienne , fur le fait des Colonnes.
37
םכ
»Le Roi de Pologne m'a fait l'honneur de me
dire qu'il feroit deffiner toutes les évolutions
qui fe font faites , pour que je vous les envoye.
» Mais de tout ce qu'on a fait , le plus beau fera
fans doute , un Paffage de Riviere. L'E be eft
deux fois large ici comme la Seine à Paris . On
» établira trois Ponts en preſence de l'Ennemi , à
11. Vol.
» la
1442 MERCURE DE FRANCE
20
la faveur du Canon & de certains Prammies'
garnis de Canons. Ces Ponts font mobiles &
» deſcendront la Riviere , s'établiront , pour ainfi
→ dire, dans un moment , & le paffage fe fera de
dire vive force. On peut fans craindre le ridi
cule , que ce font Jeux de Prince. A Dieu ,
cher Chevalier , je vous écrirai plus au long ,
quand je pourrai yous envoyer les Deffeins de
ૐ
→ tout ceci .
Les Lettres qu'on a reçues depuis du Camp
de Malhberg portent que le 17. Juin l'Armée
marcha en Phalanges ou Bataillons quarrez , fui
vant l'ufage des Anciens. Cette marche reprefentoit
parfaitement le même ordre de bataille done
les Grecs fe fervoient pour combattre leurs enne
mis , & faifoit un coup d'oeil incomparable. I
y avoit une Phalange d'Infanterie & deux de
Cavalerie , lefquelles après avoir marché quelque
temps dans cet ordre , formerent enfuite deux
lignes toute l'Armée fe replia par le centre &
fe remit fur le même terrain ; après quoi on fe
retira en combattant jufqu'au Camp ; le tout fut
parfaitement bien executé.
Le 18. le Roi de Pruffe dîna chez le Comte de
Wackerbarth , avec le Duc de Saxe Weimar-
Le foir il y eut Comedie Italienne.
Le 19. toute l'Armée fe mit de nouveau en
marche , & forma d'abord neuf grands quarrez ,
l'Infanterie s'étant enfuite formée en quarré long,
fut attaquée par la Cavalerie , qui fut vivement
repouflée par le Canon , les Grenades & la Moufqueterie
L'Infanterie fe voyant trop preffée , forma un
autre quarré long , & fut encore attaquée à di-.
verfes reprises dans fa retraite par toute la Cavalerie
, avec tant d'acharnement , qu'on cut de la
peine à faire retourner quelques Efcadrons qui
11. Vola
effuyerent
JUIN. 1730. 1443
effuyerent le feu , ayant la tête des chevaux dans
les Bayonettes. Enfin la retraite fe fit en deux colonnes
, par des défilez d'une manière qui n'avoit
pas encore été pratiquée & qui fut jugée d'une
grande utilité par les connoiffeurs .
Le 20. Le Regiment des grands Grenadiers fit
fes exercices avec beaucoup d'adreffe devant les
deux Rois . Le Comte de Rutowski , qui en eft le
Commandant , traita enfuite fplendidement le
Roi de Pruffe. Le même jour le Roi alla reconnoître
le terrain où S. M, avoit deffein de paffer
l'Elbe avec un Détachement de l'Armée : ce deffejn
s'executa le 21. Une partie de l'Armée paffa
cette Riviere & fe retrancha ; elle fut enfuite attaquée
par le gros de l'Armée , commandé par
le Comte de Wackerbarth, il fut à la fin repouffé;.
У eut dans cette action deux Soldats de tuez &
un de bleffé par accident. Jamais Artillerie n'a été
fetvie avec plus d'adreffe & d'art , qu'en cette occafion
, y ayant eu de groffes pieces qui ont tiré
coups dans une minute..
il
fix
Le 22. le Roi de Pruffe alla dîner chez lé Prince
Royal de Pologne , qui le régala fuperbement.
Les Exercices Militaires finirent le 23. par une
bataille rangée : l'Armée étoit partagée en deux
corps, dont l'un étoit commandé par le Velt- Maréchal
, Comte de Wackerbarth , & l'autre par le
Duc de Saxe - Weffeinfels , qui après avoir perdu
la bataille , fit une très - belle retraite , ayant mar
ché en bon ordre vers le Bois.
Pendant cette retraite, le Roi de Pologne , qui s'é
toit mis à la tête de fix Efcadrons qu'il avoit déta
chés fecretement de l'aîle droite, tomba dans le flanc
de l'aile gauche , & fit prifonnier un Efcadron
du Régiment de Pohlentz , qui ne s'étoit pas ap
perçu de ce mouvement. Il y eut des pieces de
Canon qui tirerent ce jour- là 159. coups , &
11. Vol.
PArtillerie
1444 MERCURE DE FRANCE
l'Artillerie tira en tout 9000. coups.
Le 24. on tira le fuperbe Feu d'artifice que le
Roi avoit fait préparer fur l'Elbe : le temps calme
& l'air obfcur qu'il faifoit cette nuit- là , ne contribuerent
pas peu à rendre ce fpectacle plus mafique
& plus agréable : il fut executé dans toute
fa perfection , & tous ceux qui l'ont vû , conviennent
que c'eft le plus beau qui ait été tiré de me--
moire d'homme.
Après le Feu d'artifice , le Bucentaure parut
fur l'Elbe avec une Flotille de 15. Bâtimens ,
tous entierement illuminez & ornez de leurs Banderoles
, &c. Cette Fête dura jufqu'à quatre heurés
du matin.
Lers . on celebra au Camp le Jubilé de la Confeffion
d'Ausbourg. Le Roi dîna ce jour - là chezle
General Bauditz , & vit enfuite fon beau Rément
de Carabiniers ."
Le 26. toute l'Armée fut magnifiquement traitée
; elle fe mit à table à onze heures & s'en leva à
midy. Le 27. les deux Rois & leurs fuites s'em→ ,
barquerent fur la Flotille , & defcendirent l'Elbe
jufqu'à Leuchtenberg , où l'on coucha.
Le 28. on finit les Diverriffemens par une
grande Chaffe que le Roi donna au Roi de Pruffe,
& qui n'a pas été moins magnifique que toutes
les autres Fêtes on y a tué à coups de fufil ,
1100. Pieces , tant Cerfs que Biches , Chevreuils
& Sangliers.
Après la Chaffe , on fervit plufieurs Tables de
plus de 400. Couverts ; les deux Rois le féparerent
enfuite avec de grandes marqués d'amitié &
de tendreffe. Le Roi de Pruffe eft allé à Poſtdam ,
& S. M. Pol. eft retournée au Camp , où elle
reftera encore quelques jours avant que de fe rendre
à Drefde.
Par les dernieres Lettres reçûës , on a appris
le circonftances fuivantes : Lo
JUIN 1730. 1445
Le 12. Juin , l'Artillerie fit l'Exercice avec 48.
Pieces de Canon. Outre le Bataillon de l'Artillerie
, on commanda encore trois Regimens d'Infanterie.
Après que ce Corps fe fut rangé fur fir
lignes ; & qu'on eut reparti les Canons en huit
Brigades , il fe mit en marche fur fix colonnes'
vers le Pavillon Royal . Les Canons avec les Chariots
de munitions , alloient au milieu des colonnes
, & étoient accompagnez d'un certain nom
bre de Canoniers & de Soldats détachez de l'Infanterie.
Les Timbales de l'Artillerie étoient fur
un Char attelé de quatre chevaux blancs .
Après que tout fut arrivé à une distance mar
quée du Pavillon , on détela & on fit fortir
des rangs les Chevaux de l'Artillerie & les Chariots
de munitions. Tout le Corps fe remit enfuite
en bataille fur fix lignes , ayant le Canon ;
dans les intervales marques.
Pendant que le Canon faifoit les differentes
charges , l'Infanterie rangée par pelotons , fortoit
par les intervales à chaque charge, & faifoit
fon feu par rang , de même que celle qui étoit à
la tête & à la queue, Elle fe retira enfuite derriere
le Canon. Toutes ces differentes manieres de charges
ont été fort bien executées , malgré les groffes
pluies qu'il faifoit ,ceCorps fit après un mouvement
pour avancer jufqu'à un certain endroit , & continua
toujours à tirer . Il forma enfuite un Quarré
, ayant les Canons rangez fur les flancs , & finit
cette manoeuvre par une décharge generale
des 48. Canons à la fois , qui fut fuivie de celles
72. Pelotons de l'Infanterie, & réïterée fix fois.
Enfin après avoir fait fortir les Chariots de Munitions
du Quarré , & les Brigades des Canons ,
les Pelotons de l'Infanterie firent un mouvement
pour fe mettre fur un Terrain marquê , & fe retirer
; ce qu'ils firent en chargeant en retraite , &
de
11. Vol. ren1446
MERCURE DE FRANCE
rentrerent ainfi dans le Camp. Le Roi de Pruffe
dîna avec le Prince Royal fon fils , chez le
Velt-Maréchal Comte de Wackerbarth , & le Roi
de Pologne , chez le Duc de Saxe-Weimar.
Le 13. les deux Rois dînerent chacun en particulier
, & le Prince Royal dîna en compagnie
la feconde Table ; fervie en vermeil doré. Après
midy fe fit PExercice des Lanciers . Les , fix Efca
drons des Gardes du Corps , armez de Cuiraffes
de Cafques & de Lances , fe prefenterent ; on y
avoit joint cinq Bataillons de Grenadiers ou Gardes
à pied , aufquels on avoit fait diftribuer 128.
Piques par Bataillon.
›
Les Lanciers , en fortant du Camp , fe formerent
fur une ligne , ayant toûjours un Bataillon
entre deux Efcadrons. La marche fe fit vers le
Payillon fur deux lignes , dont la premiere fut
formée par les fix Efcadrons de Lanciers , & la
feconde par les cinq Bataillons d'Infanterie. Pendant
que les Lanciers firent leurs mouvemens✨
vers le Pavillon , les Huffars Polonois , armez de
Cuiraffes & de Cafques,coururent la Bague devant
L.M.& briferent leurs Lances contre desMachines
qu'on avoit préparées pour cet effet. En arrivant
a quelque diftance du Pavillon , les Lanciers fe
formerent de nouveau fur une Ligne ; l'Infante
rie fe mit au milieu , & les fix Efcadrons fur les
aîles , trois Efcadrons fur chaque aîle. Après
avoir avancé ainfi jufqu'à une diſtance marquée
en attaquant , chargeant & le retirant , ils fe formerent
de la même maniere fur trois lignes , & .
avancerent de nouveau en faifant la même manoeuvre
; ce qui ayant été exécuté , les cinq Bataillons
formerent chacun un Bataillon quarré
ayant les Lanciers fur les aîles , & firent enſem
ble diverfes manoeuvres . Enfin les quatre Batail-
' ours des Gardes formerent un grand quarré au-
II. Vol.
tour
JUIN. 1730. J447
tour du cinquiéme Bataillon , qui étoit celui des
Grenadiers. Les Lanciers fe rangerent pour les
couvrir , & après avoir fait plufieurs attaques ,
marches & contremarches , on fe battit en retraite
& on entra dans le Camp.
Le 14, le Roy de Pruffe alla dès le matin voir
l'armée , qui étant fortie du Camp fans armes
&C.
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Résumé : Camp de Mulhberg.
Le texte décrit une fête militaire organisée par le Roi de Pologne au camp de Mulhberg en Saxe. Ce camp accueille une grande quantité de troupes d'élite, et le Roi donne une fête militaire digne d'un grand souverain. Toute l'armée est habillée de neuf, avec une grande propreté et uniformité pour les cavaliers et les soldats, et une richesse et un goût remarquables pour les officiers, qui possèdent plusieurs habits d'uniforme varié. La situation du camp est agréable, avec un superbe pavillon royal et des tentes magnifiques sur une éminence offrant une vue sur l'armée campée en deux lignes dans une belle plaine bordée par la rivière Elbe. Les troupes les plus magnifiques incluent les Gardes du Corps du Roi de Pologne, les Chevaliers Gardes, les Grands Mousquetaires, les Carabiniers, les Gardes à pied et les Cuirassiers. Le 31 mai, le Roi de Pologne sort du camp pour rencontrer le Roi de Prusse. Les deux souverains s'embrassent avec des marques d'amitié et déjeunent sous une tente magnifique. Le 1er juin, l'armée marche sous le commandement du Prince Royal de Pologne et se range en deux lignes. Les deux rois assistent à des exercices militaires et à des évolutions de l'armée. Les jours suivants, divers exercices et fêtes sont organisés, incluant des comédies, des bals, des concerts, et des exercices de cavalerie et d'infanterie. Les rois assistent également à des manœuvres et des batailles simulées, où l'armée démontre ses compétences et son organisation. Le 24 juin, un feu d'artifice spectaculaire est tiré sur l'Elbe, suivi par l'apparition du Bucentaure avec une flotille de bateaux illuminés. Le camp de Mulhberg est décrit comme un lieu de grande magnificence, avec des troupes bien équipées et des officiers de diverses nations européennes. Les lettres reçues du camp mentionnent également des manœuvres militaires impressionnantes et des exercices tactiques innovants. Le 12 juin, l'artillerie effectue un exercice avec 48 pièces de canon et trois régiments d'infanterie. Les troupes se mettent en marche vers le pavillon royal, exécutant diverses manœuvres malgré la pluie. L'exercice se termine par une décharge générale des canons et des pelotons d'infanterie. Le 13 juin, les deux rois dînent séparément. Les lanciers et les grenadiers effectuent des exercices, incluant des charges et des manœuvres en formation. Les hussards polonais courent la bague devant le roi de Pologne. Le 14 juin, le roi de Prusse visite l'armée, qui est sortie du camp sans armes. Le 28 juin, après une grande chasse où 1 100 pièces de gibier furent abattues, les deux rois se séparent en signe d'amitié. Le roi de Prusse se rend à Potsdam, tandis que le roi de Pologne retourne au camp.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 1638-1640
POLOGNE.
Début :
On apprend de Dantzick qu'on s'étoit trop legerement flatté d'étre delivré de la maladie [...]
Mots clefs :
Palais, Canon, Tsarine, Fête, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
N apprend de Dantzick qu'on s'étoit trop
legerement flatte d'étre delivre de la mala
die contagieufe dont Ta Podolie étoit menacée ; *
toutes les précautions du Regimentaire de la
Couronne n'en ont empeché la communication
que pendant un tems ; cette maladie´ s'eft infi-“
nuée dans la Province , & y fait à prefent de
grands ravages ; quelques - unes des Compagnies
qui étoient employées à la garde des paffages en
font elles -mêmes infectées. La Famine qui s'eft
jointe à ce fleau a déja fait perir beaucoup de
Payfans aufquels il a été prefque impoffible de
donner des fecours , parceque la recolte des Provinces
voifines n'a pas été bonne l'année derniere.
La Fête que M. de Beſtuchef , Chambelan de
la Czarne & fon Envoyé Extraordinaire en Pólogne,
donna le 29. du mois dernier à Varfovie ,
au fujet du Couronnement de cette Princeffe , fut
très-magnifique , elle fut annoncée le 28. au foir
par une décharge de 15. piéces de Canon. Le
lendemain 29. on celebra le Service divin dans la
Chapelle du Palais , & on y chanta le Te Deum
au fon des Trompettes & Timballes, & au bruit
du Canon. La Palatine de Plotsko , que l'Envoyé
avoit priée de faire les honneurs de la Fête, reçût
tous les Conviés , qui furent le Primat du Royaume
, les Evêques de Pofnanie & de Caminice , les
GrandJUILLET
. 1730. 1639
fur Co-
Grand-Chancelier de la Couronne , tous les Mis ™
niftres Etrangers & quantité de Seigneurs & de Dames. On fervit trois Tables dans une Sale
magnifique , dont deux de 30. Couverts chacune,
& une de vingt , avec beaucoup de fomptuofité..
Il y eut un beau Concert , & toutes les fantés
furent buës au fon des Trompettes & Timbales,
& au bruit du Canon. Vers les fix heures du foir,
toute la Compagnie fe rendit hors du Palais fur.
deux Baluftrades ornées de verdure , pour voir la
Fête qui fe donnoit au peuple. On avoit dreffé
quatre
pour cet effet à 20. pas du Palais , Ionnes très-élevées , un Théatre fur lequel étoit
une Piramide de plufieurs tonneaux de vin ; des
Piramibafes
de ces Colonnes s'élevoient quatre
des chargées de pain , & quatre autres de ton- neaux de biere & d'hidromel. On avoit mis fur
un Parquet , pofé fur quatre roues , & tiré par
deux Chevaux , un Boeufentier rôti , orné de fleurs
& de verdure , avec les cornes & les extremités
dorées. Devant cette Table roulante marchoient
quatre Trompettes & un homme d'une groffeur:
prodigieufe , reprefentant Bacchus , ayant à fes
côtés deux Arlequins qui monterent avec lui fur
le Theatre. Après qu'on eut donné le fignal , le
Bacchus qui s'étoit placé fur le haut de la Pira
mide , tira les broches des tonneaux ,
loient plufiears: fontaines de vin , & le peuple alteré
& en grand apetit ſe jetta fur la machine qui
fuit bientôt dépouillée de tous les ornemens . Après
ce fpectacle , on commença l'illumination
, M. de Beftuchef avec la Palatine de Plotsko fitt
Pouverture du Bal qui ne fut interrompu que ,
pour fe mettre à table . Après le repas , on con-, tinua le Bal qui dura jufqu'à 4. heures du matin.
dont cou
&
L'illumination
étoit des plus belles ; M. l'Envoyé
avoit fait élever une Façade devant fon Palais
.
1640 MERCURE DE FRANCE
lais . On y voyoit entr'autres la Czarine Regnante
affife fous un Temple fur fonTrône; quatre Statues,
fçavoir , la Religion , la Justice , la Clemence &
la Conftance entourant le Trône ; Minerve couvrant
de fon Egide celle qui en occupoit la place;
la Gloire ayant pour centre le Triangle qui marque
la divine Préfence ; l'Aigle noire à double
tête voltigeant devant cet Edifice ; la Ruffie implorant
l'Etre fuprême de conferver la Regente ,
des Parques préparant un fil d'une longueur extraordinaire
, les Statues des anciens Czars &
Grands Ducs de Ruffie , comme aufli celles de
Juan III.Pere de la Czarine , de Pierre le Grand ,
de la Czarine Catherine & de Pierre II. & c. La
Fête fut terminée par une décharge de Canon
cut un applaudiffement general .
N apprend de Dantzick qu'on s'étoit trop
legerement flatte d'étre delivre de la mala
die contagieufe dont Ta Podolie étoit menacée ; *
toutes les précautions du Regimentaire de la
Couronne n'en ont empeché la communication
que pendant un tems ; cette maladie´ s'eft infi-“
nuée dans la Province , & y fait à prefent de
grands ravages ; quelques - unes des Compagnies
qui étoient employées à la garde des paffages en
font elles -mêmes infectées. La Famine qui s'eft
jointe à ce fleau a déja fait perir beaucoup de
Payfans aufquels il a été prefque impoffible de
donner des fecours , parceque la recolte des Provinces
voifines n'a pas été bonne l'année derniere.
La Fête que M. de Beſtuchef , Chambelan de
la Czarne & fon Envoyé Extraordinaire en Pólogne,
donna le 29. du mois dernier à Varfovie ,
au fujet du Couronnement de cette Princeffe , fut
très-magnifique , elle fut annoncée le 28. au foir
par une décharge de 15. piéces de Canon. Le
lendemain 29. on celebra le Service divin dans la
Chapelle du Palais , & on y chanta le Te Deum
au fon des Trompettes & Timballes, & au bruit
du Canon. La Palatine de Plotsko , que l'Envoyé
avoit priée de faire les honneurs de la Fête, reçût
tous les Conviés , qui furent le Primat du Royaume
, les Evêques de Pofnanie & de Caminice , les
GrandJUILLET
. 1730. 1639
fur Co-
Grand-Chancelier de la Couronne , tous les Mis ™
niftres Etrangers & quantité de Seigneurs & de Dames. On fervit trois Tables dans une Sale
magnifique , dont deux de 30. Couverts chacune,
& une de vingt , avec beaucoup de fomptuofité..
Il y eut un beau Concert , & toutes les fantés
furent buës au fon des Trompettes & Timbales,
& au bruit du Canon. Vers les fix heures du foir,
toute la Compagnie fe rendit hors du Palais fur.
deux Baluftrades ornées de verdure , pour voir la
Fête qui fe donnoit au peuple. On avoit dreffé
quatre
pour cet effet à 20. pas du Palais , Ionnes très-élevées , un Théatre fur lequel étoit
une Piramide de plufieurs tonneaux de vin ; des
Piramibafes
de ces Colonnes s'élevoient quatre
des chargées de pain , & quatre autres de ton- neaux de biere & d'hidromel. On avoit mis fur
un Parquet , pofé fur quatre roues , & tiré par
deux Chevaux , un Boeufentier rôti , orné de fleurs
& de verdure , avec les cornes & les extremités
dorées. Devant cette Table roulante marchoient
quatre Trompettes & un homme d'une groffeur:
prodigieufe , reprefentant Bacchus , ayant à fes
côtés deux Arlequins qui monterent avec lui fur
le Theatre. Après qu'on eut donné le fignal , le
Bacchus qui s'étoit placé fur le haut de la Pira
mide , tira les broches des tonneaux ,
loient plufiears: fontaines de vin , & le peuple alteré
& en grand apetit ſe jetta fur la machine qui
fuit bientôt dépouillée de tous les ornemens . Après
ce fpectacle , on commença l'illumination
, M. de Beftuchef avec la Palatine de Plotsko fitt
Pouverture du Bal qui ne fut interrompu que ,
pour fe mettre à table . Après le repas , on con-, tinua le Bal qui dura jufqu'à 4. heures du matin.
dont cou
&
L'illumination
étoit des plus belles ; M. l'Envoyé
avoit fait élever une Façade devant fon Palais
.
1640 MERCURE DE FRANCE
lais . On y voyoit entr'autres la Czarine Regnante
affife fous un Temple fur fonTrône; quatre Statues,
fçavoir , la Religion , la Justice , la Clemence &
la Conftance entourant le Trône ; Minerve couvrant
de fon Egide celle qui en occupoit la place;
la Gloire ayant pour centre le Triangle qui marque
la divine Préfence ; l'Aigle noire à double
tête voltigeant devant cet Edifice ; la Ruffie implorant
l'Etre fuprême de conferver la Regente ,
des Parques préparant un fil d'une longueur extraordinaire
, les Statues des anciens Czars &
Grands Ducs de Ruffie , comme aufli celles de
Juan III.Pere de la Czarine , de Pierre le Grand ,
de la Czarine Catherine & de Pierre II. & c. La
Fête fut terminée par une décharge de Canon
cut un applaudiffement general .
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Résumé : POLOGNE.
En Pologne, une épidémie de maladie contagieuse s'est propagée en Podolie, causant de nombreux ravages. La famine, aggravée par une mauvaise récolte dans les provinces voisines, a compliqué l'aide aux paysans. Malgré ces difficultés, M. de Bestuchef, chambellan et envoyé extraordinaire de la czarine, a organisé une fête somptueuse à Varsovie pour célébrer le couronnement de cette dernière. La fête a commencé par une salve de canons, suivie d'un service divin avec un Te Deum, d'un banquet et d'un concert. Les invités, incluant des dignitaires religieux et politiques ainsi que des ministres étrangers, ont été reçus par la palatine de Plotsko. Le peuple a été diverti par des spectacles et des illuminations, avec des distributions de vin, de pain, de bière, d'hydromel et un bœuf rôti. La fête s'est conclue par un bal et une nouvelle salve de canons, recevant des applaudissements généraux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 1881-1888
« Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Début :
Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Artillerie, Canon, Roi, Cérémonies, Concert, Musique, Chasse, Académies, Ministre
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texteReconnaissance textuelle : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
E 20. du mois dernier , M. d'Angervilliers ,
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
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Résumé : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Le 20 du mois dernier, M. d'Angervilliers, ministre et secrétaire d'État de la Guerre, accompagné du Comte de Saint Florentin et du Marquis de Pezé, inspecta l'École de l'Artillerie à La Fère, dirigée par le Chevalier d'Abouville. Le lendemain, M. de Valliere, Maréchal de Camp et Directeur Général des Écoles, guida M. d'Angervilliers pour observer diverses manœuvres, incluant des revues de bataillons et la construction rapide d'un pont sur la rivière d'Oise. Les exercices de canonnerie impressionnèrent M. d'Angervilliers. Les troupes, sous les ordres de M. Lucas, se préparèrent à défendre le fort face aux assiégeants, qui établirent huit batteries de canon. La principale action de la journée fut la prise de deux tenaillons. Après des escarmouches, les défenseurs firent sauter une batterie ennemie. Un dîner somptueux fut offert dans la tranchée par M. de Valliere. Les combats reprirent, et une batterie ennemie fut détruite à plusieurs reprises. Les grenadiers montèrent à l'assaut des brèches. À Compiègne, les chiens de chasse et les oiseaux de proie envoyés par l'Abbé de Saint-Hubert furent présentés au Roi. La meute royale, comptant 250 chiens, participa à une chasse au cerf. Le 15 du mois, le Roi assista à la grand-messe à l'église paroissiale du Château et aux vêpres à l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Une procession solennelle eut lieu à Paris. Le 21, le Roi se rendit à Versailles. Deux grandes coches et quatre plus petites furent fondues pour le Roi de Portugal. L'Abbé Sevin revint de Constantinople avec des manuscrits orientaux pour la bibliothèque du Roi. Un concert spirituel eut lieu aux Tuileries. Le 23, le Corps de Ville rendit audience au Roi à Versailles. Le 25, à la fête de Saint Louis, diverses processions et messes furent célébrées, et l'Académie Française prononça un panégyrique. Des concerts et des opéras furent exécutés en l'honneur du Roi. Le 26, la loterie de la Compagnie des Indes fut tirée. Le 21 juillet, le Duc de Lorraine visita le camp de la Meuse et admira les évolutions de la cavalerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 2057-2066
SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Début :
Le 24. Juin, jour de S. Jean Baptiste, le Roi de Pologne voulut celebrer cette Fête avec [...]
Mots clefs :
Officiers, Chasse, Roi, Tables, Princes, Repas, Infanterie, Armée, Canon, Maréchal
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
SUITE du Camp de Mulhberg
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
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Résumé : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Le 24 juin, à l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste, le roi organisa une célébration à Mulhberg et Radwitz. La journée débuta par un grand souper au quartier du roi, suivi de feux de joie et d'une mise en bataille des troupes à 9 heures. Trois salves de canon et des feux de mousqueterie marquèrent le début d'une illumination près du village de Riffa, en face du château de Premniz. Le roi et les princes se rendirent au château où une illumination spectaculaire fut allumée, représentant un temple de la Paix de 400 pieds de long et 160 pieds de haut, orné de peintures et de trophées. L'illumination, composée de 40 000 millest ampes, fut allumée en 15 minutes. Le temple, de style ionique, était richement décoré de colonnes, de pilastres, et de peintures enrichies de lapis. Au centre du temple, une déesse de la Paix, tenue par Mars, surplombait une inscription en latin. Des arcades et des galeries complétaient la scène, avec des trophées et des renommées sonnant de la trompette. Après un quart d'heure, 15 lettres formant une devise furent allumées, accompagnées de feux courants à terre et de 6 000 fusées. Des mortiers tirèrent des boîtes remplies de feux d'artifice, et un feu grégeois fut allumé dans l'eau par des bateaux. Une seconde illumination vit la rivière couverte de 48 bâtiments éclairés et remplis de musique de guerre, incluant le Bucentaure, un grand bâtiment royal illuminé par 30 000 lampions. Le 26 juin, le roi offrit un repas à toute l'armée. Les régiments se rangèrent en ordre, et les viandes rôties, le pain, le vin et la bière furent distribués. Les rois passèrent en revue les troupes, qui les saluèrent avec des acclamations et des musiques. Après le repas, le maréchal présenta une lettre de remerciement au roi de Prusse, qui accorda le congé à l'armée. Les officiers, formés en bataillon, saluèrent les rois avant de se disperser. Les deux rois s'embarquèrent sur l'Elbe le 27 juin et arrivèrent au château de Lichtembourg, où ils passèrent la nuit. Le lendemain, ils se rendirent près de Zulhtsdorff. Le texte décrit également une grande chasse organisée avec une préparation minutieuse pour éviter les accidents. Les participants, vêtus de habits verts galonnés d'argent, incluaient des gens de la Chasse, des chiens, et divers officiers. L'endroit était embelli par des loges magnifiques construites de verdure. La chasse débuta avec une présentation d'une chaise tirée par six cerfs apprivoisés, admirée par le Roi de Prusse. Les préparatifs incluaient des chevaliers et autres cavaliers munis de lances, se rangeant de chaque côté. Les rois et les personnes de distinction se positionnèrent pour tirer. La chasse se déroula avec ordre, au son des cors et des hautbois, et un grand nombre de bêtes fauves et de gibier furent tuées, totalisant 1124 pièces. Après la chasse, un dîner fut servi dans les loges, avec trois tables pour les personnes de distinction et deux autres pour les gens de la Chasse. La joie générale et la satisfaction des rois furent notables. Après le dîner, les rois conversèrent brièvement avant que Leurs Majestés ne s'embrassent et se séparèrent avec tendresse. Le Roi de Prusse partit pour Potsdam, et le Roi de Pologne retourna au camp de Radewitz.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 1621-1627
LETTRE écrite de Constantinople, le 8. Juin 1732.
Début :
Quoique vous soyez déjà, sans doute, informé, Monsieur, de la [...]
Mots clefs :
Grand vizir, Chef des Eunuques noirs, Kaïkman, Sultan, Canon, Constantinople, Topal Osman Pacha
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople, le 8. Juin 1732.
LETTRE écrite de Constantinople ,
le 8. Juin 1732.
Qué,Monsieur , de la déposition duGrandUoique vous soyez déja , sans doute , infor-
•
Vizir Topal Osman Pacha , arrivée le 12 Mars
lernier , je ne laisse pas de vous la rappeller ici ,
our vous mander quelques particularitez sur ce
ujet, que vous ignorez peut- être, et qui méritent
Votre curiosité.
Le Kislar- Aga ou Chef des Eunuques noirs, qui
ossede toûjours toute la confiance du G.S.lui dit,
nlui redemandant le SceauImperial de la part de
, H. qu'il ne devoit par regarder ce qui lui arivoit comme une disgrace ; que le Sultan l'ainoit toûjours et étoit très-satisfait de ses services,
t qu'en lui ôtant la Charge de Premier Ministre,
avoit eu moins en vûë de l'en dépouiller , que de
soulager du fardeau qui l'accompagnoit, et qui ar rapport à son âge , à ses infirmitez et aux connctures où se trouvoit l'Empire , étoit devenué
un poids à l'acabler. Qu'il n'avoit non-seulement
rien à craindre ni pour lui ni pour les siens , mais
que l'intention du G.S. étoit que le Bey , son cher
fils unique, qui est Capigi Bachi , restat à la Cour
pour lui faire du bien , et que lui-même KislarAga
1622 MERCURE DE FRANCE
Aga, l'assuroit qu'il en prendroit autant de soin que s'il étoit son propre enfant.
Topal-Osman , qui reçût cette nouvelle avec
ne fermeté admirable , répondit , après l'avoir
remercié de ses sentimens , que sa conscience
ne fui reprochant rien , et que connoissant l'équité du G. S. qu'il avoit servi avec zele , il étoit
en repos sur ses jours , et que d'ailleurs n'ayant
jamais craint de les perdre dans tant de périls
qu'il avoit courus à la guerre pendant toute sa
vie, il étoit trop vieux à present pour s'en- inquieter.
Il fut ensuite conduit à Calcedoine pour y attendre sa destination , et dans le même temps,
c'est-à- dire entre zo. et 11 heures du matin
Ali-Pacha Defterdar , nommé Kaïmakan , pour
exercer les fonctions du Viziriat pendant l'interim , alla tenir le Divan en sa place.
D
Apeine Topal-Osman fut- il arrivé à Calcedoi.
ne , que ses Amis et ses Domestiques s'y rendirent et se présenterent devant lui , la plupart les
yeux baignez de larmes. Pourquoi pleurez- vous
leur dit- il avec un air de satisfaction peint sur le
visage , de me voir délivré d'un Emploi , que
comme vous le sçavez bien , je n'étois venu remplir qu'avec répugnance ? Il s'entretint ensuite
avec eux le plus tranquillement du monde , entrant même dans de grands détails sur des affaires particulieres , et pour mieux marquer la sincerité de la joye que lui causoit son changement
de fortune ; il fit égorger une douzaine de Moutons en action de grace , comme c'est la coûtume chez les Mahométans , de faire de ces sortes de
Sacrifices , pour remercier Dieu des bons évenemens qui leur arrivent , ou pour lui demander un heureux succès dans leurs entreprises.
JUILLET
. 173.2. 1523
H fut nommé le même jour Pacha de Trébizonde , et partit le lendemain de Calcédoine pour
Smit
, autrefois Nicomédie
, où il demeura jusqu'après le Beiram ou la Pâque des Turcs. Le Tchaoux- Bachi , qui étoit son neveu , fut aussi
déposé et devint son Kiaya ou Lieutenant
, par
ordre de la Porte
, qui en cette derniere qualité le
chargea d'assembler les Equipages et toute la
Maison de son Oncle
à Calcedoine
, et de l'aller
joindre ensuite
à Nicomédie
.
L'amour que Topal Osman conservoit toujours pour le bien public , ne lui permettant pas
de le négliger et de rester oisif pendant environ
15. jours qu'il demeura dans cette Ville
, il s'appliqua à remedier aux desordres qui s'y commertoient dans la Police , et ayant appris qu'entr'autres abus nouvellement introdus , il y avoit des
gens qui achetoient tous les œufs du Pays
, dont ils faisoient des réserves et qu'ils n'en envoyoient
qu'en petite quantité
à la fois
à Constantinople
,
où par ce moyen ils étoient devenus fort chers . Il
fit pendre ces Monopoleurs
, et saisir tous leurs
œufs
, qui furent portez par son ordre
à cette
Capitale où ils devinrent
à très
- grand marché
.
Il partit de Smit les premiers jours d'Avril
,
avec une Maison magnifique
, composée de plus
de 600. Domestiques
, car le G. S. lui ayant laissé
generalement tous ses biens
, il est
, malgré ses
liberalitez continuelles
, un dés plus riches Particuliers de l'Empire ; et plus de 6000. personnes
le conduisirent bien loin hors de la Ville
.
Je ne puis
, Monsieur
, me dispenser de vous
rapporter ici un trait de Topal
- Osman
, qui suffiroit seul pour vous donner une juste idée de la
grandeur de son ame
. Quelques jours avant celui auquel on le déposa , qui fut le 15. de la Lu-ne
L
1624 MERCURE DE FRANCE
de Ramasan ou du Jeûne , il avoit déja fait préparer tous les Présens que les Grands Visirs sont en
usage de faire au Serrail à la fin de ce Carême des
Mahometans , et il se trouvoit parmi ceux qu'il
vouloit donner au G. S. un Harnois de Cheval ,
garni de Pierreries , qui lui coûtoit seul près de
170. mille livres. Quoique ces, Présens n'eussent
point été consignez et qu'il les eût encore entre
ses mains au moment de sa déposition , il ne
laissa pas moins ses ordres en partant de Calcedoine , pour qu'ils fussent distribuez à la tête du
Beiram , à ceux à qui il les avoit destinez , comme s'il eût encore été en place. Il est vrai que le
Sultan , de son côté , pour lui marquer qu'il n'avoit point perdu les bonnes graces de S. H. lui envoya aussi à Nicomédie les mêmes Présens
qu'elle fait toujours dans ces Fêtes au G. Visir.
A l'égard du nouveau G. V. Ali- Pacha , outre
ce nom , on lui donne encore par un usage fort ordinaire chez les Turcs , celui de Ekim-Oglou,
c'est- à- dire , fils de Medecin. Son pere , à ce
qu'on assure , étoit Venitien et s'appelloit Cornero ; il fut fait Esclave en Candie , étant encore
jeune, mais professant déja la Medecine, et desesperant de pouvoir jamais recouvrer sa liberté , il
embrassa le Mahometisme , et se maria avec une
Turque. La réputation qu'il acquit dans son Art
ayant été portée jusqu'au Serrail , il y fut appellé et devint Ekim- Bachi , ou Premier Medecin du
dernier Sultan déposé , au service duquel il est
mort dans un âge fort avancé. Entre plusieurs
enfans qu'il avoit eus de sa femme , il introduisit
deux de ses fils auprès de ce Sultan , par la faveur
du Kislar Aga , qui avoit été autrefois son Esclave ; l'aîné en qualité de Gerrah-Bachi , ou
Premier Chirurgien , qui remplit encore le même
Poste
JUILLET. 1732. 1625
poste auprès du G. S. regnant ; le second qui fut
d'abord fait Capigi- Bachi ; et qui après avoir essuyé bien des revers sous le Regne precedent ,
parvint il y a quelques années au Generalat de Arme Othomane .sur les Frontieres , et vient
d'être élevé à l'éminente Charge de Grand Visir.
C'est un homme d'environ 45. ans, d'assez bonne
mine, qui passe pour aimer la magnificence, et qui
est liberal jusqu'à la prodigalité. Il arriva à Scu- tary de Perse , le 10. May au matin , où tous les
Grands de l'Empire l'attendoient sous des Tentes
dans la campagne. 11 s'y trouva un concours de plus de 6000. femmes ou filles , attirées par la
Curiosité que leur donna le renom qu'a ce Visir
d'être aussi galant que feu Ibrahim Pacha , et en
nême-temps pour se dédommager un peu de la
retraite rigoureuse que son Prédecesseur Topal- Osman faisoit observer au beau Sexe. Après avoir fîné là , il remonta à cheval et traversa Scutary
avec un magnifique et nombreux cortege , jusqu'à la Marine , jettant de temps en temps des
poignées de Sequins au Peuple.
Il se mit ensuite dans le Caïc ou la Gondole à
Tendelet des G. Visirs ; le Vaisseau Contre- Amiral bien pavoisé , et qu'on avoit fait avancer à
son occasion près de la Tour de Leandre , le salua de 15. coups de Canon à son passage , et cette
Tour de cinq ; il vint débarquer au Kiosc ou Pavillon du Serrail qui est au bord de la Mer , ou
la Maison du G. S. étoir rangée en haye pour le
recevoir ; il eut sur le champ audience de S. H.
avec laquelle il demeura plus de deux heures ; le
G. S. après lui avoir confié le Sceau Imperial et
= l'avoir fait revêtir des autres marques de dignité
attachées à sa Charge , le fit conduire par ses prog
pres Officiers au Palais des G. V. où il se rendit,
marchans
1626 MERCURE DE FRANCE
où
marchant à la droite du Mufti , et répandant
toujours à pleines mains les Sequins sur sa route.
Le même jour Ismaël- Pacha , Janissaire- Aga ,
fut fait Pacha à trois Queues en plein Divan ,
le G. V. lui fit donner une Pelisse de Samour ,
couverte d'un drap d'or du Pays. Le Kiaya ou
Lieutenant de Topal Osman , qui étoit resté en
fonction jusqu'alors , fut déposé , et celui d'AliPacha prit sa place.
Ce Premier Ministre fit rouvrir tous les Caffez publics , qui depuis la grande Révolution de 1730. avoient presque toûjours été fermez , et sur
les plaintes qu'on lui porta des fraudes qui s'étoient renouvellées dans le débit des Vivres et des
Denrées depuis la déposition de Topal- Osman ,
quoique dans l'interim le Kaimakan eût fait pendre plusieurs prévaricateurs en ce genre , il alla
faire une tournée dans Constantinople chez les
Bouchers et les Boulangers ; il fixa le prix de la
viande, qui se vendoit fort cher , et dont on manquoit même souvent , fit augmenter le poids du
pain , envoya aux Galeres ceux des Boulangers
qu'il trouva en contravention , et donna dix Sequins à chacun de ceux qui étoient en regle , ce
qui lui attira de grandes louanges.
Le 22. du même mois de May , ayant mandé
le Defterdar ou Trésorier Ali- Pacha , cy-devant
Kaimakan, il le fit revêtir d'une Pelisse de Samour, en lui disant que le G. S. l'avoit nommé
Pacha de Cutaya , (' en Asie , près de Brousse ,
qui est une espece d'exil ) et qu'il se préparât à
partir dans deux jours. L'ancien Reis Effendi du
temps d'Achmet III. qui étoit devenu TefterEmini, ou Garde des Rôles de la Milice , sous le
G. S d'apresent , et que ce Ministre avoit aussi
mandé, reçut le Caftan ou Robe d'honneur ,-
avec
JUILLET. 1732. 1627
avec la Charge de Defterdar , et ceda la sienne de
Tefter- Emini à SerdensiEffendi , qui avoit été Se- cretaire de la Porte aux Conferences de Passarowitz. Le Tchaoux- Bachi et le Bostandgi- Bachi ,
furent pareillement déposez : le poste du premier fut donné à l'ancien General de la Cavalerie, resté
depuis quelque temps sans emploi, et celui du second , a l'Asseki- Aga, qui fut relevé dans le sien
par l'Oda-Bachi. Voilà, Monsieur , en quoi consistent jusqu'à present les principaux changemens survenus à la Porte , depuis l'arrivée du nouveau
G. Visir. Je suis , &c.
L
E -25
P. V. D.
le 8. Juin 1732.
Qué,Monsieur , de la déposition duGrandUoique vous soyez déja , sans doute , infor-
•
Vizir Topal Osman Pacha , arrivée le 12 Mars
lernier , je ne laisse pas de vous la rappeller ici ,
our vous mander quelques particularitez sur ce
ujet, que vous ignorez peut- être, et qui méritent
Votre curiosité.
Le Kislar- Aga ou Chef des Eunuques noirs, qui
ossede toûjours toute la confiance du G.S.lui dit,
nlui redemandant le SceauImperial de la part de
, H. qu'il ne devoit par regarder ce qui lui arivoit comme une disgrace ; que le Sultan l'ainoit toûjours et étoit très-satisfait de ses services,
t qu'en lui ôtant la Charge de Premier Ministre,
avoit eu moins en vûë de l'en dépouiller , que de
soulager du fardeau qui l'accompagnoit, et qui ar rapport à son âge , à ses infirmitez et aux connctures où se trouvoit l'Empire , étoit devenué
un poids à l'acabler. Qu'il n'avoit non-seulement
rien à craindre ni pour lui ni pour les siens , mais
que l'intention du G.S. étoit que le Bey , son cher
fils unique, qui est Capigi Bachi , restat à la Cour
pour lui faire du bien , et que lui-même KislarAga
1622 MERCURE DE FRANCE
Aga, l'assuroit qu'il en prendroit autant de soin que s'il étoit son propre enfant.
Topal-Osman , qui reçût cette nouvelle avec
ne fermeté admirable , répondit , après l'avoir
remercié de ses sentimens , que sa conscience
ne fui reprochant rien , et que connoissant l'équité du G. S. qu'il avoit servi avec zele , il étoit
en repos sur ses jours , et que d'ailleurs n'ayant
jamais craint de les perdre dans tant de périls
qu'il avoit courus à la guerre pendant toute sa
vie, il étoit trop vieux à present pour s'en- inquieter.
Il fut ensuite conduit à Calcedoine pour y attendre sa destination , et dans le même temps,
c'est-à- dire entre zo. et 11 heures du matin
Ali-Pacha Defterdar , nommé Kaïmakan , pour
exercer les fonctions du Viziriat pendant l'interim , alla tenir le Divan en sa place.
D
Apeine Topal-Osman fut- il arrivé à Calcedoi.
ne , que ses Amis et ses Domestiques s'y rendirent et se présenterent devant lui , la plupart les
yeux baignez de larmes. Pourquoi pleurez- vous
leur dit- il avec un air de satisfaction peint sur le
visage , de me voir délivré d'un Emploi , que
comme vous le sçavez bien , je n'étois venu remplir qu'avec répugnance ? Il s'entretint ensuite
avec eux le plus tranquillement du monde , entrant même dans de grands détails sur des affaires particulieres , et pour mieux marquer la sincerité de la joye que lui causoit son changement
de fortune ; il fit égorger une douzaine de Moutons en action de grace , comme c'est la coûtume chez les Mahométans , de faire de ces sortes de
Sacrifices , pour remercier Dieu des bons évenemens qui leur arrivent , ou pour lui demander un heureux succès dans leurs entreprises.
JUILLET
. 173.2. 1523
H fut nommé le même jour Pacha de Trébizonde , et partit le lendemain de Calcédoine pour
Smit
, autrefois Nicomédie
, où il demeura jusqu'après le Beiram ou la Pâque des Turcs. Le Tchaoux- Bachi , qui étoit son neveu , fut aussi
déposé et devint son Kiaya ou Lieutenant
, par
ordre de la Porte
, qui en cette derniere qualité le
chargea d'assembler les Equipages et toute la
Maison de son Oncle
à Calcedoine
, et de l'aller
joindre ensuite
à Nicomédie
.
L'amour que Topal Osman conservoit toujours pour le bien public , ne lui permettant pas
de le négliger et de rester oisif pendant environ
15. jours qu'il demeura dans cette Ville
, il s'appliqua à remedier aux desordres qui s'y commertoient dans la Police , et ayant appris qu'entr'autres abus nouvellement introdus , il y avoit des
gens qui achetoient tous les œufs du Pays
, dont ils faisoient des réserves et qu'ils n'en envoyoient
qu'en petite quantité
à la fois
à Constantinople
,
où par ce moyen ils étoient devenus fort chers . Il
fit pendre ces Monopoleurs
, et saisir tous leurs
œufs
, qui furent portez par son ordre
à cette
Capitale où ils devinrent
à très
- grand marché
.
Il partit de Smit les premiers jours d'Avril
,
avec une Maison magnifique
, composée de plus
de 600. Domestiques
, car le G. S. lui ayant laissé
generalement tous ses biens
, il est
, malgré ses
liberalitez continuelles
, un dés plus riches Particuliers de l'Empire ; et plus de 6000. personnes
le conduisirent bien loin hors de la Ville
.
Je ne puis
, Monsieur
, me dispenser de vous
rapporter ici un trait de Topal
- Osman
, qui suffiroit seul pour vous donner une juste idée de la
grandeur de son ame
. Quelques jours avant celui auquel on le déposa , qui fut le 15. de la Lu-ne
L
1624 MERCURE DE FRANCE
de Ramasan ou du Jeûne , il avoit déja fait préparer tous les Présens que les Grands Visirs sont en
usage de faire au Serrail à la fin de ce Carême des
Mahometans , et il se trouvoit parmi ceux qu'il
vouloit donner au G. S. un Harnois de Cheval ,
garni de Pierreries , qui lui coûtoit seul près de
170. mille livres. Quoique ces, Présens n'eussent
point été consignez et qu'il les eût encore entre
ses mains au moment de sa déposition , il ne
laissa pas moins ses ordres en partant de Calcedoine , pour qu'ils fussent distribuez à la tête du
Beiram , à ceux à qui il les avoit destinez , comme s'il eût encore été en place. Il est vrai que le
Sultan , de son côté , pour lui marquer qu'il n'avoit point perdu les bonnes graces de S. H. lui envoya aussi à Nicomédie les mêmes Présens
qu'elle fait toujours dans ces Fêtes au G. Visir.
A l'égard du nouveau G. V. Ali- Pacha , outre
ce nom , on lui donne encore par un usage fort ordinaire chez les Turcs , celui de Ekim-Oglou,
c'est- à- dire , fils de Medecin. Son pere , à ce
qu'on assure , étoit Venitien et s'appelloit Cornero ; il fut fait Esclave en Candie , étant encore
jeune, mais professant déja la Medecine, et desesperant de pouvoir jamais recouvrer sa liberté , il
embrassa le Mahometisme , et se maria avec une
Turque. La réputation qu'il acquit dans son Art
ayant été portée jusqu'au Serrail , il y fut appellé et devint Ekim- Bachi , ou Premier Medecin du
dernier Sultan déposé , au service duquel il est
mort dans un âge fort avancé. Entre plusieurs
enfans qu'il avoit eus de sa femme , il introduisit
deux de ses fils auprès de ce Sultan , par la faveur
du Kislar Aga , qui avoit été autrefois son Esclave ; l'aîné en qualité de Gerrah-Bachi , ou
Premier Chirurgien , qui remplit encore le même
Poste
JUILLET. 1732. 1625
poste auprès du G. S. regnant ; le second qui fut
d'abord fait Capigi- Bachi ; et qui après avoir essuyé bien des revers sous le Regne precedent ,
parvint il y a quelques années au Generalat de Arme Othomane .sur les Frontieres , et vient
d'être élevé à l'éminente Charge de Grand Visir.
C'est un homme d'environ 45. ans, d'assez bonne
mine, qui passe pour aimer la magnificence, et qui
est liberal jusqu'à la prodigalité. Il arriva à Scu- tary de Perse , le 10. May au matin , où tous les
Grands de l'Empire l'attendoient sous des Tentes
dans la campagne. 11 s'y trouva un concours de plus de 6000. femmes ou filles , attirées par la
Curiosité que leur donna le renom qu'a ce Visir
d'être aussi galant que feu Ibrahim Pacha , et en
nême-temps pour se dédommager un peu de la
retraite rigoureuse que son Prédecesseur Topal- Osman faisoit observer au beau Sexe. Après avoir fîné là , il remonta à cheval et traversa Scutary
avec un magnifique et nombreux cortege , jusqu'à la Marine , jettant de temps en temps des
poignées de Sequins au Peuple.
Il se mit ensuite dans le Caïc ou la Gondole à
Tendelet des G. Visirs ; le Vaisseau Contre- Amiral bien pavoisé , et qu'on avoit fait avancer à
son occasion près de la Tour de Leandre , le salua de 15. coups de Canon à son passage , et cette
Tour de cinq ; il vint débarquer au Kiosc ou Pavillon du Serrail qui est au bord de la Mer , ou
la Maison du G. S. étoir rangée en haye pour le
recevoir ; il eut sur le champ audience de S. H.
avec laquelle il demeura plus de deux heures ; le
G. S. après lui avoir confié le Sceau Imperial et
= l'avoir fait revêtir des autres marques de dignité
attachées à sa Charge , le fit conduire par ses prog
pres Officiers au Palais des G. V. où il se rendit,
marchans
1626 MERCURE DE FRANCE
où
marchant à la droite du Mufti , et répandant
toujours à pleines mains les Sequins sur sa route.
Le même jour Ismaël- Pacha , Janissaire- Aga ,
fut fait Pacha à trois Queues en plein Divan ,
le G. V. lui fit donner une Pelisse de Samour ,
couverte d'un drap d'or du Pays. Le Kiaya ou
Lieutenant de Topal Osman , qui étoit resté en
fonction jusqu'alors , fut déposé , et celui d'AliPacha prit sa place.
Ce Premier Ministre fit rouvrir tous les Caffez publics , qui depuis la grande Révolution de 1730. avoient presque toûjours été fermez , et sur
les plaintes qu'on lui porta des fraudes qui s'étoient renouvellées dans le débit des Vivres et des
Denrées depuis la déposition de Topal- Osman ,
quoique dans l'interim le Kaimakan eût fait pendre plusieurs prévaricateurs en ce genre , il alla
faire une tournée dans Constantinople chez les
Bouchers et les Boulangers ; il fixa le prix de la
viande, qui se vendoit fort cher , et dont on manquoit même souvent , fit augmenter le poids du
pain , envoya aux Galeres ceux des Boulangers
qu'il trouva en contravention , et donna dix Sequins à chacun de ceux qui étoient en regle , ce
qui lui attira de grandes louanges.
Le 22. du même mois de May , ayant mandé
le Defterdar ou Trésorier Ali- Pacha , cy-devant
Kaimakan, il le fit revêtir d'une Pelisse de Samour, en lui disant que le G. S. l'avoit nommé
Pacha de Cutaya , (' en Asie , près de Brousse ,
qui est une espece d'exil ) et qu'il se préparât à
partir dans deux jours. L'ancien Reis Effendi du
temps d'Achmet III. qui étoit devenu TefterEmini, ou Garde des Rôles de la Milice , sous le
G. S d'apresent , et que ce Ministre avoit aussi
mandé, reçut le Caftan ou Robe d'honneur ,-
avec
JUILLET. 1732. 1627
avec la Charge de Defterdar , et ceda la sienne de
Tefter- Emini à SerdensiEffendi , qui avoit été Se- cretaire de la Porte aux Conferences de Passarowitz. Le Tchaoux- Bachi et le Bostandgi- Bachi ,
furent pareillement déposez : le poste du premier fut donné à l'ancien General de la Cavalerie, resté
depuis quelque temps sans emploi, et celui du second , a l'Asseki- Aga, qui fut relevé dans le sien
par l'Oda-Bachi. Voilà, Monsieur , en quoi consistent jusqu'à present les principaux changemens survenus à la Porte , depuis l'arrivée du nouveau
G. Visir. Je suis , &c.
L
E -25
P. V. D.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Constantinople, le 8. Juin 1732.
Le 8 juin 1732, une lettre rapporta la déposition de Topal Osman Pacha, Grand Vizir de l'Empire ottoman, survenue le 12 mars 1732. Le Kislar Aga, chef des eunuques noirs, rassura Topal Osman en expliquant que cette déposition visait à soulager le vizir de ses responsabilités en raison de son âge et de ses infirmités. Topal Osman accepta cette décision avec sérénité, affirmant n'avoir rien à se reprocher et avoir toujours servi avec zèle. Après sa déposition, Topal Osman fut conduit à Calcédoine, où il reçut la visite de ses amis et domestiques. Il exprima sa satisfaction de se voir délivré d'un emploi qu'il remplissait avec répugnance. Il organisa un sacrifice pour remercier Dieu et partit ensuite pour Trébizonde, où il fut nommé pacha. Pendant son séjour à Nicomédie, il s'occupa de remédier aux désordres dans la police locale, notamment en faisant pendre des monopoleurs d'œufs. Ali Pacha, également connu sous le nom d'Ekim-Oglou, fut nommé Kaïmakan pour exercer les fonctions du vizirat pendant l'interim. Il rouvrit les cafés publics et s'occupa des fraudes dans le débit des vivres et des denrées. Ali Pacha arriva à Scutari de Perse le 10 mai, accueilli par les grands de l'Empire et une foule curieuse. Il fut reçu par le sultan, qui lui confia le sceau impérial et les marques de sa dignité. Ismaël Pacha fut nommé pacha à trois queues en plein Divan, et plusieurs autres nominations et démissions eurent lieu parmi les hauts fonctionnaires. Ali Pacha fit également une tournée à Constantinople pour réguler les prix des vivres et punir les contrevenants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 1850-1856
POLOGNE.
Début :
Le 31 Juillet, le Roi fit donner l'ordre de décamper à l'armée qui occupe le Camp de Villanova [...]
Mots clefs :
Camp de Villanova, Pologne, Klingenberg, Infanterie, Palatin de Mazovie, Canon, Camp, Bataillons, Ligne
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
E 31 Juillet, le Roi fit donner l'ordre de décam
à
nova , près de Warsovie. On batit la Generale
et les Uhlans Tartares, la nouvelle Grande- Garde
et les Quartiers-Maîtres et Fourriers des Régimens respectifs , se rendirent sur le chemin du
nouveau Camp , et attendirent près de l'Hôpital
de Czerniakow , le Quartier - Maître General.
L'Armée ayant plié ses Tentes , se rangea en
bataille à la tête du Camp ' , et se mit ensuite en
marche sur cinq Colonnes ; 2 de Cavalerie et 3
d'Infanterie. La Colonne de la droite , comman- dée
A OUST 1732. 1851
dée par le Major General Klingenberg , étoit
composée de 8 Escadrons de Gotha et de Nassau , celle de la gauche , commandée par le Major General Mir ,
de 4 Escadrons du Régiment
de Mir, et de 4 Escadrons , détachez de differens '
Regimens de la Couronne.
La Colonne d'Infanterie de la droite , commandée par le Pr. Czartoriski , Palatin de Russie, consistoit en un Bataillon de Grenadiers , er
en deux des Gardes de la Couronne ; celle de la
gauche , commandée par le Major General Campenhausen , étoit composée d'un Bataillon de
Grenadiers,da 3e des Gardes de la Couronne, et
des Gardes de Lithuanie et celle du Centre
commandée par le Major General Flemming ,
du Bataillon de Flemming , et de ceux de Denhof et de Frise..
;
Les Colonnes de la droite défilerent par la
gauche , et celles de la gauche par la droite. Les
Bagages de chaque Colonne marchoient à la
queue , selon l'ordre des Corps qui la formoient,.
et la vieille grande Garde faisoit l'Arriere- Garde de tout.
"
Le Palatin de Mazovie , Regimentaire , marchoit à la tête de la Colonne du Centre , il étoit
suivi du Lieutenant General Comte de Denhof,
et on portoit devant lui le Bonzouk , ( c'est une
marque d'honneur , faite en forme de queue de Cheval attachée au bout d'une espece de Pique.) Il a été placé dans le nouveau Camp , entre
·les Drapeaux du centre ; mais comme le Roy en
´a aussi un devant son Pavillon , on le portera:
devant S.M. lorsqu'elle ira au Camp ; et alors on
baissera le Bonzoux du Regimentaire. Les trois
Colonnes d'Infanterie furent obligées de se rejoindre à quelque distance du vieux Camp pour
passer une Digue; mais après l'avoir passée ,.
Havj elless
1852 MERCURE DE FRANCE
!
elles se remirent dans leur premier ordre de Bataille , et s'arrêterent au lieu marqué, pour attendre les signaux.
le
Le Roy ayant fait donner le premier signal ,
par un coup de Canon , tiré de son Pavillon ,
Quartier- Maître - General alla reconnoître le
Camp, passa la nouvelle grande- Garde ; et ayant
distribué le terrain aux Quartiers-Maîtres des
Regimens , les Fouriers tracerent le Camp.
Pendant ce temps- là les Uhlans firent plusieurs
courses à la tête du Camp, imitant des Détachemens ennemis qui se rencontrent. Au second signal , les Colonnes se mirent en mouvement,
L'Artillerie composée de 38. Canons , et de 4
Mortiers , marcha à la queue de la Colonne du
centre , et elle étoit fermée par une Compagnie
franche de Dragons , qui lui est attachée.
L'Armée étant arrivée au terrain tracé , se mit
en Bataille à la tête du nouveau Camp , dans le
même ordre où elle avoit été rangée avant de
partir de l'autre , et au 3e signal elle entra dans le Camp; les Equipages y entrerent aussi par la
queue. L'Artillerie forma son Parc derriere le Bataillon du Centre. Dès que l'Armée fut entrée, la Cour passa à l'autre face du Pavillon, et vit faire l'Exercice aux grands Mousquetaires ,
et immédiatement après on vit toutes les Tentes
tendues , &c.
Le 2 Aoust on fit la Revûë generale de l'Armée après ; sitôt eut battu la Generale , l'Assemblée et le Bouteselle , chaque Corps se rangea à
la tête de son Camp; et après que l'ordre de marcher eut été donné , toute l'Armée s'avança vers
la Place d'armes , à 150 pas , devant le front du
Camp. Chaque Bataillon avoit 2 Pieces de Campagne avec un Chariot de Munitions, qui étoient
rangez
A O UST. 1732. 1853
噶
rangez en ordre de Bataille , dans les intervales
de l'Infanterie.
Les 38 Pieces de grosse Artillerie "sortirent en
même-temps de leur Parc , avec leurs Canoniers
et Fuzeliers , et se rangerent en 2 Colonnes, cent
pas derriere le Bataillon du centre de l'Armée ;
leurs Timbales étoient posées à leur droite , sur
un Char , traîné par 4 Chevaux de front , la
Compagnie de Dragons attachée à l'Artillerie ,
étant rangée à la gauche.
Les grands Mousquetaires étoient venus de
leur Camp du quartier du Roy, joindre la droite
de l'armée , et les 2 Compagnies des Comtes de Rutouski et Prominitz se rangerent à la droite ;
et à la gauche des Tentes destinées pour la Cour.
Quand tout fut en ordre , le Regimentaire le
fit sçavoir au Roy , qui précédé de son Bon- ZOUK se rendit à la droite de l'Armée; elle y fut
reçue par le Régimentaire , qui ayant pris la droite du Roy , pour lui laisser la vûë de la Ligne , le conduisit le long du front de la queue de l'Armée , pour passer devant l'Artillerie.
Quand S. M. tourna à la queue de la Ligne, le
dernier rang de la Cavalerie et les 2 derniers de
I'Infanterie firent face. Le Roy ayant regagné la
droite de l'Armée , le Régimentaire conduisit S.
M. aux Tentes qui lui étoient préparées , et re- tourna à l'Armée ordonner les feux de salut.
Ils commencerent par les Pieces de Campagne,
qui tirerent dans les intervalles où elles étoient rangées , l'une après l'autre , de la droite à la
gauche, ensuite la grosse Artillerie de la gauche
à la droite , et enfin le feu coulant de toute l'Armée de la droite à la gauche. Tout ce feu se répeta deux autres fois ; la premiere , de la gauche à la droite ; et la seconde de la droite à la
gauche,
;
Ensuite
1854 MERCURE DE FRANCE
Ensuire au signal donné avec le Canon , toute
la Ligne fit la conversion à droite , par Brigades.
et demi division , excepté la Compagnie des.
grands Mousquetaires , qui marcha en avant , et
qui par une conversion à gauche se trouva sur la
Ligne , où l'Armée devoit passer devant le Roy.
Le Régimentaire , précédé de son Bonzouk, marcha à la tête de toute l'Armée; le General Comte
de Denhofà la tête de l'Infanterie , et les Majors
Generaux à la tête de leurs Brigades. Les deux
Pieces de Campagne , et le Chariot de Munitions
marchoient à la tête de chaque Bataillon; la grosse Artillerie suivit la Ligne , et toute la marche
fut fermée par la Compagnie de Dragons , atta-
´chée à l'Artillerie. L'Armée s'étant remise en
marche sur son premier Terrain , rentra dans le
Camp.. Le 3 , le Roy celebra la Fête de l'Ordre de
l'Aigle blanc , les Chevaliers qui se trouverent à
portée , eurent l'honneur de dîner avec S. M. quifit ce jour-là 4 nouveaux Chevaliers.
Le 4 , P'Infanterie fit l'Exercice sur la Place
d'Arines ; les Grenadiers détachez» de l'Armée , -
qui composoient deux Bataillons , se joignirent.
leurs Corps , et formerent deux Pelotons sur
chaque aîle de leurs Bataillons. Le General ayant
averti par un signal de 2 coups de Canon que l'Infanterie étoit en Bataille , le Roy par un autre coup de Canon , lui donna le signal de se
mettre en marche , ce qu'elle fit sur 3 Colonnes dans l'ordre suivant.
Les 2 Bataillons des Gardes de la Couronne
et celui de Flemming , formoient la Colonne de
la droite. Le 3e Bataillon des Gardes de la Couronne, celui de Denhof, et les Gardes de Lithua
nie formoient la Colonne de la gauche , et le
Bataillon de Frise , renforcé de la Compagnie
détachée
AOUST. 1732. 1855
.
détachée du Régiment de Campenhausen, for→
moit celle du centre.
3
Les Colonnes s'avancerent en même · temps.
par demi division vers le Pavillon , et la Colon ne du centre s'étant arrêtée à une distance marquée , celles de la droite et de la gauche continuerent leur marche ; et étant arrivées à 40 pas
de la Batterie du Pavillon , la tête de celle de la
droite fit la conversion à droite et celle de la gauche la fit à gauche , pour former des Flancs.
Le premier Bataillon des Gardes de la Couronne formoit le flanc de la droite , et celui des
Gardes de Lithuanie celui de la gauche. La Colonne du centre , dont la tête étoit en ligne avec
la queue des 2 autres Colonnes, forma en même..
temps une Phalange.
Par un second signal , les demi Divisions for❤
merent à droite et à gauche des Bataillons , et la
Colonne du Centre rompit en même- temps sa.
Phalange, en faisant joindre aux deux demi-Divisions de la tête celles qui formoient les flancs de
la Phalange.
Par un troisiéme signal , la queue des Colonnes de la droitê et de la gauche , vint se joindre aux Aîles du Bataillon du centre.
Après ce mouvement , les Bataillons étant en
parade , presenterent les Armes , et les Officiers
saluerent de pied ferme , après quoi on donna
Pavertissement pour le maniement des Armes quis se fit au son du Tambour, et fut suivi de 3 feux..
Le fut le feu coulant de la droite à la gauche ;
ensuite le feu de Chaîne par demi Bataillon , et
enfin une décharge generale de toute l'Infante- rie.
I
Par un quatriéme signal , tous les Bataillons.
défilerent à droite et à gauche par demi - Division , et celui du centre se partagea en deux
pour
1856 MERCURE DE FRANCE
pour suivre la queue des trois Bataillons de la
droite , et des trois de la gauche, qui se mirent en
marche sur 2 Colonnes , pour passer devant le
Roy. La droite et la gauche des flancs formant
les têtes des Colonnes qui s'avancerent en mêmetemps , étant vis à-vis le Pavillon , les Officiers
saluerent , et par une autre conversion , à droite
et à gauche , les Colonnes retournerent par la
centre , et se remirent en marche sur une seule
Ligne.
Par un cinquiéme signal , l'Infanterie sur une Ligne fit feu par demi Division sur la Place , et
en avançant , et par un sixiéme signal , elle fit
demi tour à droite pour se retirer au Camp , et
continua à faire feu pendant la retraite.
E 31 Juillet, le Roi fit donner l'ordre de décam
à
nova , près de Warsovie. On batit la Generale
et les Uhlans Tartares, la nouvelle Grande- Garde
et les Quartiers-Maîtres et Fourriers des Régimens respectifs , se rendirent sur le chemin du
nouveau Camp , et attendirent près de l'Hôpital
de Czerniakow , le Quartier - Maître General.
L'Armée ayant plié ses Tentes , se rangea en
bataille à la tête du Camp ' , et se mit ensuite en
marche sur cinq Colonnes ; 2 de Cavalerie et 3
d'Infanterie. La Colonne de la droite , comman- dée
A OUST 1732. 1851
dée par le Major General Klingenberg , étoit
composée de 8 Escadrons de Gotha et de Nassau , celle de la gauche , commandée par le Major General Mir ,
de 4 Escadrons du Régiment
de Mir, et de 4 Escadrons , détachez de differens '
Regimens de la Couronne.
La Colonne d'Infanterie de la droite , commandée par le Pr. Czartoriski , Palatin de Russie, consistoit en un Bataillon de Grenadiers , er
en deux des Gardes de la Couronne ; celle de la
gauche , commandée par le Major General Campenhausen , étoit composée d'un Bataillon de
Grenadiers,da 3e des Gardes de la Couronne, et
des Gardes de Lithuanie et celle du Centre
commandée par le Major General Flemming ,
du Bataillon de Flemming , et de ceux de Denhof et de Frise..
;
Les Colonnes de la droite défilerent par la
gauche , et celles de la gauche par la droite. Les
Bagages de chaque Colonne marchoient à la
queue , selon l'ordre des Corps qui la formoient,.
et la vieille grande Garde faisoit l'Arriere- Garde de tout.
"
Le Palatin de Mazovie , Regimentaire , marchoit à la tête de la Colonne du Centre , il étoit
suivi du Lieutenant General Comte de Denhof,
et on portoit devant lui le Bonzouk , ( c'est une
marque d'honneur , faite en forme de queue de Cheval attachée au bout d'une espece de Pique.) Il a été placé dans le nouveau Camp , entre
·les Drapeaux du centre ; mais comme le Roy en
´a aussi un devant son Pavillon , on le portera:
devant S.M. lorsqu'elle ira au Camp ; et alors on
baissera le Bonzoux du Regimentaire. Les trois
Colonnes d'Infanterie furent obligées de se rejoindre à quelque distance du vieux Camp pour
passer une Digue; mais après l'avoir passée ,.
Havj elless
1852 MERCURE DE FRANCE
!
elles se remirent dans leur premier ordre de Bataille , et s'arrêterent au lieu marqué, pour attendre les signaux.
le
Le Roy ayant fait donner le premier signal ,
par un coup de Canon , tiré de son Pavillon ,
Quartier- Maître - General alla reconnoître le
Camp, passa la nouvelle grande- Garde ; et ayant
distribué le terrain aux Quartiers-Maîtres des
Regimens , les Fouriers tracerent le Camp.
Pendant ce temps- là les Uhlans firent plusieurs
courses à la tête du Camp, imitant des Détachemens ennemis qui se rencontrent. Au second signal , les Colonnes se mirent en mouvement,
L'Artillerie composée de 38. Canons , et de 4
Mortiers , marcha à la queue de la Colonne du
centre , et elle étoit fermée par une Compagnie
franche de Dragons , qui lui est attachée.
L'Armée étant arrivée au terrain tracé , se mit
en Bataille à la tête du nouveau Camp , dans le
même ordre où elle avoit été rangée avant de
partir de l'autre , et au 3e signal elle entra dans le Camp; les Equipages y entrerent aussi par la
queue. L'Artillerie forma son Parc derriere le Bataillon du Centre. Dès que l'Armée fut entrée, la Cour passa à l'autre face du Pavillon, et vit faire l'Exercice aux grands Mousquetaires ,
et immédiatement après on vit toutes les Tentes
tendues , &c.
Le 2 Aoust on fit la Revûë generale de l'Armée après ; sitôt eut battu la Generale , l'Assemblée et le Bouteselle , chaque Corps se rangea à
la tête de son Camp; et après que l'ordre de marcher eut été donné , toute l'Armée s'avança vers
la Place d'armes , à 150 pas , devant le front du
Camp. Chaque Bataillon avoit 2 Pieces de Campagne avec un Chariot de Munitions, qui étoient
rangez
A O UST. 1732. 1853
噶
rangez en ordre de Bataille , dans les intervales
de l'Infanterie.
Les 38 Pieces de grosse Artillerie "sortirent en
même-temps de leur Parc , avec leurs Canoniers
et Fuzeliers , et se rangerent en 2 Colonnes, cent
pas derriere le Bataillon du centre de l'Armée ;
leurs Timbales étoient posées à leur droite , sur
un Char , traîné par 4 Chevaux de front , la
Compagnie de Dragons attachée à l'Artillerie ,
étant rangée à la gauche.
Les grands Mousquetaires étoient venus de
leur Camp du quartier du Roy, joindre la droite
de l'armée , et les 2 Compagnies des Comtes de Rutouski et Prominitz se rangerent à la droite ;
et à la gauche des Tentes destinées pour la Cour.
Quand tout fut en ordre , le Regimentaire le
fit sçavoir au Roy , qui précédé de son Bon- ZOUK se rendit à la droite de l'Armée; elle y fut
reçue par le Régimentaire , qui ayant pris la droite du Roy , pour lui laisser la vûë de la Ligne , le conduisit le long du front de la queue de l'Armée , pour passer devant l'Artillerie.
Quand S. M. tourna à la queue de la Ligne, le
dernier rang de la Cavalerie et les 2 derniers de
I'Infanterie firent face. Le Roy ayant regagné la
droite de l'Armée , le Régimentaire conduisit S.
M. aux Tentes qui lui étoient préparées , et re- tourna à l'Armée ordonner les feux de salut.
Ils commencerent par les Pieces de Campagne,
qui tirerent dans les intervalles où elles étoient rangées , l'une après l'autre , de la droite à la
gauche, ensuite la grosse Artillerie de la gauche
à la droite , et enfin le feu coulant de toute l'Armée de la droite à la gauche. Tout ce feu se répeta deux autres fois ; la premiere , de la gauche à la droite ; et la seconde de la droite à la
gauche,
;
Ensuite
1854 MERCURE DE FRANCE
Ensuire au signal donné avec le Canon , toute
la Ligne fit la conversion à droite , par Brigades.
et demi division , excepté la Compagnie des.
grands Mousquetaires , qui marcha en avant , et
qui par une conversion à gauche se trouva sur la
Ligne , où l'Armée devoit passer devant le Roy.
Le Régimentaire , précédé de son Bonzouk, marcha à la tête de toute l'Armée; le General Comte
de Denhofà la tête de l'Infanterie , et les Majors
Generaux à la tête de leurs Brigades. Les deux
Pieces de Campagne , et le Chariot de Munitions
marchoient à la tête de chaque Bataillon; la grosse Artillerie suivit la Ligne , et toute la marche
fut fermée par la Compagnie de Dragons , atta-
´chée à l'Artillerie. L'Armée s'étant remise en
marche sur son premier Terrain , rentra dans le
Camp.. Le 3 , le Roy celebra la Fête de l'Ordre de
l'Aigle blanc , les Chevaliers qui se trouverent à
portée , eurent l'honneur de dîner avec S. M. quifit ce jour-là 4 nouveaux Chevaliers.
Le 4 , P'Infanterie fit l'Exercice sur la Place
d'Arines ; les Grenadiers détachez» de l'Armée , -
qui composoient deux Bataillons , se joignirent.
leurs Corps , et formerent deux Pelotons sur
chaque aîle de leurs Bataillons. Le General ayant
averti par un signal de 2 coups de Canon que l'Infanterie étoit en Bataille , le Roy par un autre coup de Canon , lui donna le signal de se
mettre en marche , ce qu'elle fit sur 3 Colonnes dans l'ordre suivant.
Les 2 Bataillons des Gardes de la Couronne
et celui de Flemming , formoient la Colonne de
la droite. Le 3e Bataillon des Gardes de la Couronne, celui de Denhof, et les Gardes de Lithua
nie formoient la Colonne de la gauche , et le
Bataillon de Frise , renforcé de la Compagnie
détachée
AOUST. 1732. 1855
.
détachée du Régiment de Campenhausen, for→
moit celle du centre.
3
Les Colonnes s'avancerent en même · temps.
par demi division vers le Pavillon , et la Colon ne du centre s'étant arrêtée à une distance marquée , celles de la droite et de la gauche continuerent leur marche ; et étant arrivées à 40 pas
de la Batterie du Pavillon , la tête de celle de la
droite fit la conversion à droite et celle de la gauche la fit à gauche , pour former des Flancs.
Le premier Bataillon des Gardes de la Couronne formoit le flanc de la droite , et celui des
Gardes de Lithuanie celui de la gauche. La Colonne du centre , dont la tête étoit en ligne avec
la queue des 2 autres Colonnes, forma en même..
temps une Phalange.
Par un second signal , les demi Divisions for❤
merent à droite et à gauche des Bataillons , et la
Colonne du Centre rompit en même- temps sa.
Phalange, en faisant joindre aux deux demi-Divisions de la tête celles qui formoient les flancs de
la Phalange.
Par un troisiéme signal , la queue des Colonnes de la droitê et de la gauche , vint se joindre aux Aîles du Bataillon du centre.
Après ce mouvement , les Bataillons étant en
parade , presenterent les Armes , et les Officiers
saluerent de pied ferme , après quoi on donna
Pavertissement pour le maniement des Armes quis se fit au son du Tambour, et fut suivi de 3 feux..
Le fut le feu coulant de la droite à la gauche ;
ensuite le feu de Chaîne par demi Bataillon , et
enfin une décharge generale de toute l'Infante- rie.
I
Par un quatriéme signal , tous les Bataillons.
défilerent à droite et à gauche par demi - Division , et celui du centre se partagea en deux
pour
1856 MERCURE DE FRANCE
pour suivre la queue des trois Bataillons de la
droite , et des trois de la gauche, qui se mirent en
marche sur 2 Colonnes , pour passer devant le
Roy. La droite et la gauche des flancs formant
les têtes des Colonnes qui s'avancerent en mêmetemps , étant vis à-vis le Pavillon , les Officiers
saluerent , et par une autre conversion , à droite
et à gauche , les Colonnes retournerent par la
centre , et se remirent en marche sur une seule
Ligne.
Par un cinquiéme signal , l'Infanterie sur une Ligne fit feu par demi Division sur la Place , et
en avançant , et par un sixiéme signal , elle fit
demi tour à droite pour se retirer au Camp , et
continua à faire feu pendant la retraite.
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Résumé : POLOGNE.
Le 31 juillet, le roi ordonna à l'armée de quitter Nova, près de Varsovie. Les troupes se disposèrent en cinq colonnes : deux de cavalerie et trois d'infanterie. La colonne de droite, dirigée par le Major General Klingenberg, comprenait 8 escadrons de Gotha et de Nassau. La colonne de gauche, sous le commandement du Major General Mir, incluait 4 escadrons du Régiment de Mir et 4 escadrons de divers régiments de la Couronne. Les colonnes d'infanterie étaient commandées par le Prince Czartoriski, le Major General Campenhausen et le Major General Flemming. Les colonnes de droite avancèrent par la gauche et celles de gauche par la droite. Les bagages suivaient à l'arrière de chaque colonne, et la vieille grande garde formait l'arrière-garde. Le Palatin de Mazovie, régimentaire, menait la colonne du centre, suivi du Lieutenant General Comte de Denhof portant le Bonzouk, une marque d'honneur. Après avoir traversé une digue, les colonnes se remirent en ordre de bataille et attendirent les signaux. Le roi donna le premier signal par un coup de canon, et le Quartier-Maître Général reconnut le camp. L'artillerie, composée de 38 canons et 4 mortiers, suivit la colonne du centre, fermée par une compagnie de dragons. L'armée se mit en bataille à la tête du nouveau camp et y entra au troisième signal. Le 2 août, une revue générale de l'armée fut organisée. Les troupes se rangèrent à la tête de leur camp et avancèrent vers la place d'armes. Les pièces de campagne et l'artillerie se disposèrent en ordre de bataille. Le roi, précédé de son Bonzouk, passa en revue l'armée et regagna sa tente. Des feux de salut furent tirés par les pièces de campagne et l'artillerie, suivis d'un feu coulant de toute l'armée. L'armée effectua ensuite une conversion à droite et passa devant le roi. Le 3 août, le roi célébra la fête de l'Ordre de l'Aigle blanc. Le 4 août, l'infanterie fit l'exercice sur la place d'armes, effectuant divers mouvements et tirs en présence du roi.
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41
p. 2472-2477
PRISE de la Sultane Neuve, Vaisseau de Guerre Turc, commandé par le Contre-Amiral Ali-Bey. Extrait d'une Lettre écrite de Malte le 5 Octobre 1732. par M. le Commandeur DE CHAMBRAY de l'Auberge de France, Lieutenantn Général de la Religion, et Commandant des Vaisseaux.
Début :
Mr le Grand-Maître m'ayant ordonné d'aller croiser dans le Mers du Levant [...]
Mots clefs :
Prise de la Sultane Neuve, Mers du Levant, Vaisseaux, S. George, Contre-amiral, Ali-Bey, Canon
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texteReconnaissance textuelle : PRISE de la Sultane Neuve, Vaisseau de Guerre Turc, commandé par le Contre-Amiral Ali-Bey. Extrait d'une Lettre écrite de Malte le 5 Octobre 1732. par M. le Commandeur DE CHAMBRAY de l'Auberge de France, Lieutenantn Général de la Religion, et Commandant des Vaisseaux.
PRISE de la Sultáne Neuve , Vaissean
de Guerre Turc , commandé par le Contre- Amiral Ali-Bey. Extrait d'une Lettre écrite de Malte le 5 Octobre 1732.
par M. le Commandeur DE CHAMBRAY
de l'Auberge de France , Lieutenant Général de la Religion , et Commandant
des Vaisseaux.
M
R le Grand Maître m'ayant ordonné d'aller croiser dans les Mers du Levant
avec deux Vaisseaux de la Religion. Le S. Antoi
ne et le S. George, je partis de Malte le 23 Juillet
faisant route vers l'Isle de Chypre , d'où nous
étions informez que deux Vaisseaux de Tunis
étoient depuis long- tems dans ces Mers
qu'ils avoient fait plusieurs prises sur les Sujets de l'Empereur et de la République de Venise.
et
Je me trouvai le 3 Août à la hauteur de cette
Isle , assez près de terre. J'appris dans ce parage
que huit Sultanes , ou Vaisseaux de Guerre
étoient sortis depuis peu du Port de Constantinople. La Capitane , selon les mêmes avis.
Suivie de cinq autres Vaisseaux , devoit servir de convoi aux Bâtimens Marchands d'Alexandrie , et croiser contre les Armateurs Maltois. La
Réale de 70 piéces de Canon avec un équipage
proportionné, et une autre Sultane , devoient assûrer la navigation de ceux de Damiette , qui
n'attendoient que l'accroissement du Nil pour
partir.
Je fis route pour rencontrer la Réale , ayant
avec moi deux Tartanes Maltoises , armées en
cour-
NOVEMBRE. 1732. 2473
course , qui m'avoient joint à Chypre. Le 15
Août me trouvant près de Damiette , je donnai
ordre au S. George , mon second Vaisseau
commandé par le Chevalier Thomasi, d'attaquer quand il en seroit tems , la Sultane , me réservant de combattre la Réale , nominée aussi le
Contre-Amiral.
Le lendemain à la pointe dujour je ne vis qu'un
gros Vaisseau , qui à notre approche mit à la
voile. Peu de tems après il arbora ses Pavillons,
portant celui de Contre-Amiral , et tira un coup
de Canon. Je le suivis pendant cinq heures à une
portée et demie de Canon , lui donnant ainsi le
tems de prendre le large , pour éviter les bas
fonds qui sont sur cette Côte , et pour l'empêcher de prendre le moüillage
à
Dans cet intervale , j'ordonnai, aux deux petits Armateurs de donner sur les Bâtimens Marchands , ce qui fut si bien éxecuté , que malgré le Canon de la Forteresse de Damiette , ils en
pillerent et brûlerent une bonne partic.
Enfin , sur les onze heures du matin , quatre lienës seulement de Damiette , me trouvant à
fis commencer le portée du Contre- Amiral , je Combat , et dans deux heures de tems je le dé
mâtai de son grand Mât et du Perroquet de fougue. On s'apperçut aussi que ceux de l'avant
et de l'artimon chanceloient beaucoup. Cependant mon Vaisseau ayant beaucoup souffert d'un
si gros travail , je fis place au S. George pour reprendre mes manoeuvres , et pour assûrer ma Mâture , me trouvant dans le fonds du Levant
sans sçavoir où pouvoir me raccommoder en cas
d'accident .
Le S. George executa parfaitement bien mes
ordres , continuant un Combat des plus opiniâ- tres
2474 MERCURE DE FRANCE
tres. Je revins cependant à la charge , et j'abattis la Mizaine du Contre- Amiral : on vint bien- tôt
à l'abordage , qui fut rude et sanglant , en sorte
qu'en peu de tems on vit plutot un massacre
qu'un combat. L'intrépidité ou plutôt le désespoir du Contre-Amiral , a quelque chose de remarquable. On ne voyoit plus qu'un homme
qui résistoit encore , après avoir abandonné les
Gaillards et le Pont , s'étant retranché à la
premiere baterie avec un opiniâtre et téméraire
entêtement. Je lui criai moi-même que j'allois
le couler bas s'il continuoit dans son obstination.
Il répondit qu'un Contre- Amiral du G. S. ne
se rendoit jamais qu'à la derniere extrémité.
Alors j'envoyai ordre aux Officiers qui comman- doient les Batteries de faire tirer à couler à fond.
De la derniere bordée que je lui donnai après le
Soleil couché , il eut son timon coupé en deux .à quatre pieds de l'eau , et son Arcasse fracassée.
Je fis cesser le combat pour attendre le jour , ce
Vaisseau étant tout- à-fait hors d'état de nous
échaper.
En effet , le 17 au matin il mit Pavillon blanc,
et tira un coup de Canon ; je l'envoyai aussi-tôt
amariner , et je le fis mouiller sur la pointe des
bas fonds. On me rapporta que ce Bâtiment
étoit absolument hors d'état de naviger , faisant
de l'eau de tous côtez : je me déterminai donc
à embarquer sur mon bord toute son Artillerie
de Bronze , la Poudre , et quelques manœuvres
de rechange , abandonnant le reste à mon Equipage.
Le Combat a été si rude , et il y a péri tant de
monde , que nous n'avons fait que 117 Esclaves
en état de servir. 49 Chrétiens ont recouvré la
liberté.
Le
NOVEMBRE. 1732. 2473
Le Contre - Amiral Ali- Bey , Commandant de
>ce Vaisseau , est un homme d'environ soixante
ans , recommandable à la Porte par sa valeur
ayant rendu 16 différens Combats contre les Venitiens le dernier est celui de Passaux , portant le même Pavillon du Contre- Amiral. Il doit être
content, au reste, du bon traitement que nous lui
avons fait.
:
Dans cette action , le Chevalier du Lau de la
Coste , François , a été tué , ainsi que huit des
principaux bas Officiers , et je n'ai eu que hommes de blessez.
douze
Le 19. au soir , je mis à la voile , après avoir
envoyé brûler le Vaisseau ennemi ; et je fis route
vers la Caramanie où je devois faire de l'eau .
En doublant le Cap S. André de l'Isle de Chypres nous apperçûmes l'autre Sultane , conserve
du Contre-Amirai , laquelle venoit de Syrie pour
joindre le Convoy de Damiette. Je lui donnai
chasse pendant 16 heures , ce qui l'obligea de
gagner enfin le fonds duGolfe d'Antioche: mesPi
lotes, ne connoissant pas assez ceGolte, me conseillerent de cesser notre poursuite. Je m'apperçus
en même-tems que nos Vaisseaux n'étoient plus
guéres en état de croiser , et qu'il étoit tems d'al
ler décharger à Malte notre Artillerie , et nous
radouber.
Le 27. nous fîmes de l'eau au Port Orland ,
avec les précautions nécessaires en Pays ennemi
et je mis à la voile le lendemain.
Le 4 Septembre me trouvant à 36 lieuës au
Sud des Sept-Cavy, je découvris trois gros Vaisseaux , qui mirent en panne à trois lieuës au
vent à nous , portant Pavillon Turc : une heure
après ils manoeuvrerent pendant une demie heure
pour arriver sur nous. Je les attendis en bon or-
2476 MERCURE DE FRANCE
ordre , ayant à mon arriere le S. George , mais
à notre contenance ils forcerenr de voile , et firent route pour Alexandrie.
Je les chassai inutilement jusqu'au Soleil
couché que je les perdis de vue. Alors je fis tenir la bordée au Sud- Ouest. Le Contre-Amiral
Ali- Bey m'assûra que c'étoit la Capitane de 80.
Canons , suivie de deux autres Sultanes plus
grosses que nos Vaisseaux , qui devoient , selon mes avis , aller à Alexandrie,
Le lendemain je ne vis plus aucun Bâtiment
ce qui me détermina à profiter du premier tems
favorable pour nous retirer à Malte. Le 2 Octobre je me trouvai au Parage du Cap Passaro
en Sicile , où j'écrivis le détail de notre course ;
et enfin le 4. nous mouillâmes heureusement à
Malte.
...Depuis cette Lettre écrite , on a appris que
le Grand- Seigneur avoit fait sortir de ses Ports 12 Vaisseaux de Guerre , avec ordre de chercher dans les Mers du Levant , les deux Vaisseaux
Maltois qui ont pris devant Damiette la Sultanè Neuve,
M. de Chambrai qui a écrit la Lettre , dont
ou vient de voir l'Extrait , est Commandeur de
Vircour , et se signale depuis long- temps , avec
autant de prudence que de valeur , pour les interêts de son Ordre , qui sont ceux de la Religion et du Bien public. C'esr le même qui en l'année 1723. rendit un fameux combat , lequel
fat terminé par la prise de la Patrone ou Vaisseau Amiral de la Regence de Tripoli , dont le
détail fut alors rendu public. 11 est Frere du
Marquis de Chambrai, et de Dame N.de Chambrai ,Abbesse d'Alménéches , Diocèse de Séez .
Sh. La Maison de Chambrai a toujours été distia-
NOVEMBRE. 1732. 2477
tinguée parmi la haute Noblesse de la Province de Normandie. Elle est du Diocèse d'Evreux , et
tire son origine d'Amaury , Seigneur de Chambrai , qui en l'année 1099. accompagna le Duc
Robert à la Conquête de la Terre- Sainte. Cette distinction est fondée sur les Alliances illustres
et sur les Postes éminens , dont plusieurs Seigneurs de Chambrai ont été honorez , tant dans
P'Eglise, qu'auprès de la Personne de nos Rois er dans leurs Armées. Il y a eu aussi plusieurs Gou-'
verneurs et Baillifs d'Evreux , des Abbez et Ab- besses de diverses Abbayes de la Province, &c.
de Guerre Turc , commandé par le Contre- Amiral Ali-Bey. Extrait d'une Lettre écrite de Malte le 5 Octobre 1732.
par M. le Commandeur DE CHAMBRAY
de l'Auberge de France , Lieutenant Général de la Religion , et Commandant
des Vaisseaux.
M
R le Grand Maître m'ayant ordonné d'aller croiser dans les Mers du Levant
avec deux Vaisseaux de la Religion. Le S. Antoi
ne et le S. George, je partis de Malte le 23 Juillet
faisant route vers l'Isle de Chypre , d'où nous
étions informez que deux Vaisseaux de Tunis
étoient depuis long- tems dans ces Mers
qu'ils avoient fait plusieurs prises sur les Sujets de l'Empereur et de la République de Venise.
et
Je me trouvai le 3 Août à la hauteur de cette
Isle , assez près de terre. J'appris dans ce parage
que huit Sultanes , ou Vaisseaux de Guerre
étoient sortis depuis peu du Port de Constantinople. La Capitane , selon les mêmes avis.
Suivie de cinq autres Vaisseaux , devoit servir de convoi aux Bâtimens Marchands d'Alexandrie , et croiser contre les Armateurs Maltois. La
Réale de 70 piéces de Canon avec un équipage
proportionné, et une autre Sultane , devoient assûrer la navigation de ceux de Damiette , qui
n'attendoient que l'accroissement du Nil pour
partir.
Je fis route pour rencontrer la Réale , ayant
avec moi deux Tartanes Maltoises , armées en
cour-
NOVEMBRE. 1732. 2473
course , qui m'avoient joint à Chypre. Le 15
Août me trouvant près de Damiette , je donnai
ordre au S. George , mon second Vaisseau
commandé par le Chevalier Thomasi, d'attaquer quand il en seroit tems , la Sultane , me réservant de combattre la Réale , nominée aussi le
Contre-Amiral.
Le lendemain à la pointe dujour je ne vis qu'un
gros Vaisseau , qui à notre approche mit à la
voile. Peu de tems après il arbora ses Pavillons,
portant celui de Contre-Amiral , et tira un coup
de Canon. Je le suivis pendant cinq heures à une
portée et demie de Canon , lui donnant ainsi le
tems de prendre le large , pour éviter les bas
fonds qui sont sur cette Côte , et pour l'empêcher de prendre le moüillage
à
Dans cet intervale , j'ordonnai, aux deux petits Armateurs de donner sur les Bâtimens Marchands , ce qui fut si bien éxecuté , que malgré le Canon de la Forteresse de Damiette , ils en
pillerent et brûlerent une bonne partic.
Enfin , sur les onze heures du matin , quatre lienës seulement de Damiette , me trouvant à
fis commencer le portée du Contre- Amiral , je Combat , et dans deux heures de tems je le dé
mâtai de son grand Mât et du Perroquet de fougue. On s'apperçut aussi que ceux de l'avant
et de l'artimon chanceloient beaucoup. Cependant mon Vaisseau ayant beaucoup souffert d'un
si gros travail , je fis place au S. George pour reprendre mes manoeuvres , et pour assûrer ma Mâture , me trouvant dans le fonds du Levant
sans sçavoir où pouvoir me raccommoder en cas
d'accident .
Le S. George executa parfaitement bien mes
ordres , continuant un Combat des plus opiniâ- tres
2474 MERCURE DE FRANCE
tres. Je revins cependant à la charge , et j'abattis la Mizaine du Contre- Amiral : on vint bien- tôt
à l'abordage , qui fut rude et sanglant , en sorte
qu'en peu de tems on vit plutot un massacre
qu'un combat. L'intrépidité ou plutôt le désespoir du Contre-Amiral , a quelque chose de remarquable. On ne voyoit plus qu'un homme
qui résistoit encore , après avoir abandonné les
Gaillards et le Pont , s'étant retranché à la
premiere baterie avec un opiniâtre et téméraire
entêtement. Je lui criai moi-même que j'allois
le couler bas s'il continuoit dans son obstination.
Il répondit qu'un Contre- Amiral du G. S. ne
se rendoit jamais qu'à la derniere extrémité.
Alors j'envoyai ordre aux Officiers qui comman- doient les Batteries de faire tirer à couler à fond.
De la derniere bordée que je lui donnai après le
Soleil couché , il eut son timon coupé en deux .à quatre pieds de l'eau , et son Arcasse fracassée.
Je fis cesser le combat pour attendre le jour , ce
Vaisseau étant tout- à-fait hors d'état de nous
échaper.
En effet , le 17 au matin il mit Pavillon blanc,
et tira un coup de Canon ; je l'envoyai aussi-tôt
amariner , et je le fis mouiller sur la pointe des
bas fonds. On me rapporta que ce Bâtiment
étoit absolument hors d'état de naviger , faisant
de l'eau de tous côtez : je me déterminai donc
à embarquer sur mon bord toute son Artillerie
de Bronze , la Poudre , et quelques manœuvres
de rechange , abandonnant le reste à mon Equipage.
Le Combat a été si rude , et il y a péri tant de
monde , que nous n'avons fait que 117 Esclaves
en état de servir. 49 Chrétiens ont recouvré la
liberté.
Le
NOVEMBRE. 1732. 2473
Le Contre - Amiral Ali- Bey , Commandant de
>ce Vaisseau , est un homme d'environ soixante
ans , recommandable à la Porte par sa valeur
ayant rendu 16 différens Combats contre les Venitiens le dernier est celui de Passaux , portant le même Pavillon du Contre- Amiral. Il doit être
content, au reste, du bon traitement que nous lui
avons fait.
:
Dans cette action , le Chevalier du Lau de la
Coste , François , a été tué , ainsi que huit des
principaux bas Officiers , et je n'ai eu que hommes de blessez.
douze
Le 19. au soir , je mis à la voile , après avoir
envoyé brûler le Vaisseau ennemi ; et je fis route
vers la Caramanie où je devois faire de l'eau .
En doublant le Cap S. André de l'Isle de Chypres nous apperçûmes l'autre Sultane , conserve
du Contre-Amirai , laquelle venoit de Syrie pour
joindre le Convoy de Damiette. Je lui donnai
chasse pendant 16 heures , ce qui l'obligea de
gagner enfin le fonds duGolfe d'Antioche: mesPi
lotes, ne connoissant pas assez ceGolte, me conseillerent de cesser notre poursuite. Je m'apperçus
en même-tems que nos Vaisseaux n'étoient plus
guéres en état de croiser , et qu'il étoit tems d'al
ler décharger à Malte notre Artillerie , et nous
radouber.
Le 27. nous fîmes de l'eau au Port Orland ,
avec les précautions nécessaires en Pays ennemi
et je mis à la voile le lendemain.
Le 4 Septembre me trouvant à 36 lieuës au
Sud des Sept-Cavy, je découvris trois gros Vaisseaux , qui mirent en panne à trois lieuës au
vent à nous , portant Pavillon Turc : une heure
après ils manoeuvrerent pendant une demie heure
pour arriver sur nous. Je les attendis en bon or-
2476 MERCURE DE FRANCE
ordre , ayant à mon arriere le S. George , mais
à notre contenance ils forcerenr de voile , et firent route pour Alexandrie.
Je les chassai inutilement jusqu'au Soleil
couché que je les perdis de vue. Alors je fis tenir la bordée au Sud- Ouest. Le Contre-Amiral
Ali- Bey m'assûra que c'étoit la Capitane de 80.
Canons , suivie de deux autres Sultanes plus
grosses que nos Vaisseaux , qui devoient , selon mes avis , aller à Alexandrie,
Le lendemain je ne vis plus aucun Bâtiment
ce qui me détermina à profiter du premier tems
favorable pour nous retirer à Malte. Le 2 Octobre je me trouvai au Parage du Cap Passaro
en Sicile , où j'écrivis le détail de notre course ;
et enfin le 4. nous mouillâmes heureusement à
Malte.
...Depuis cette Lettre écrite , on a appris que
le Grand- Seigneur avoit fait sortir de ses Ports 12 Vaisseaux de Guerre , avec ordre de chercher dans les Mers du Levant , les deux Vaisseaux
Maltois qui ont pris devant Damiette la Sultanè Neuve,
M. de Chambrai qui a écrit la Lettre , dont
ou vient de voir l'Extrait , est Commandeur de
Vircour , et se signale depuis long- temps , avec
autant de prudence que de valeur , pour les interêts de son Ordre , qui sont ceux de la Religion et du Bien public. C'esr le même qui en l'année 1723. rendit un fameux combat , lequel
fat terminé par la prise de la Patrone ou Vaisseau Amiral de la Regence de Tripoli , dont le
détail fut alors rendu public. 11 est Frere du
Marquis de Chambrai, et de Dame N.de Chambrai ,Abbesse d'Alménéches , Diocèse de Séez .
Sh. La Maison de Chambrai a toujours été distia-
NOVEMBRE. 1732. 2477
tinguée parmi la haute Noblesse de la Province de Normandie. Elle est du Diocèse d'Evreux , et
tire son origine d'Amaury , Seigneur de Chambrai , qui en l'année 1099. accompagna le Duc
Robert à la Conquête de la Terre- Sainte. Cette distinction est fondée sur les Alliances illustres
et sur les Postes éminens , dont plusieurs Seigneurs de Chambrai ont été honorez , tant dans
P'Eglise, qu'auprès de la Personne de nos Rois er dans leurs Armées. Il y a eu aussi plusieurs Gou-'
verneurs et Baillifs d'Evreux , des Abbez et Ab- besses de diverses Abbayes de la Province, &c.
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Résumé : PRISE de la Sultane Neuve, Vaisseau de Guerre Turc, commandé par le Contre-Amiral Ali-Bey. Extrait d'une Lettre écrite de Malte le 5 Octobre 1732. par M. le Commandeur DE CHAMBRAY de l'Auberge de France, Lieutenantn Général de la Religion, et Commandant des Vaisseaux.
Le 23 juillet 1732, M. le Commandeur de Chambray, Lieutenant Général de la Religion et Commandant des vaisseaux, quitta Malte avec deux navires, le Saint Antoine et le Saint George, pour patrouiller dans les mers du Levant. Informé de la présence de vaisseaux tunisiens et turcs, il se dirigea vers Chypre, puis vers Damiette. Le 3 août, il apprit que huit vaisseaux turcs, dont la Réale de 70 pièces de canon, devaient escorter des bâtiments marchands et croiser contre les armateurs maltais. Le 15 août, près de Damiette, Chambray ordonna au Saint George d'attaquer une sultane turque, tandis qu'il se réservait de combattre la Réale. Le lendemain, il engagea un combat contre le vaisseau amiral turc, commandé par le Contre-Amiral Ali-Bey. Après cinq heures de poursuite, Chambray attaqua le vaisseau, qui fut démâté et endommagé. Le combat fut rude et sanglant, mais Ali-Bey résista farouchement avant de se rendre. Le 17 août, le vaisseau turc, gravement endommagé, hissa pavillon blanc. Chambray s'empara de l'artillerie et de la poudre, abandonnant le reste à son équipage. Le combat fit 117 esclaves et libéra 49 chrétiens. Chambray mit ensuite à la voile vers la Caramanie, où il fit de l'eau. En doublant le Cap Saint-André de Chypre, il aperçut une autre sultane turque, qu'il poursuivit pendant 16 heures avant de cesser la chasse. Le 4 septembre, il découvrit trois gros vaisseaux turcs, qui prirent la fuite. Chambray rentra à Malte le 4 octobre. Après cette expédition, il fut rapporté que le Grand Seigneur avait envoyé 12 vaisseaux de guerre pour chercher les vaisseaux maltais ayant pris la sultane devant Damiette. M. de Chambray est connu pour ses actions distinguées, notamment la prise d'un vaisseau amiral de Tripoli en 1723. Sa famille est renommée dans la haute noblesse normande.
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41
42
p. 153-154
ESPAGNE.
Début :
On apprend par les dernieres Nouvelles reçûës d'Oran, que l'Armée des Maures étoit [...]
Mots clefs :
Oran, Galiotes, Canon, Escadre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
‘N apprend par les dtrnieres Nouvelles tel
çtîës d’Oran , que 'l’Arme'e des Maures étoit
toujours campée â trois lieuës de la Place, et
qu’elle faisoit des mouvemens continuels qui
paroissoient n’avoir pour objet que d’assurer la.
subsistance de leurs Troupes. Les mêmes Lettres»
marquent que la Garnisdn d’Oran avoit achevé
de rétablir les Fortifications de la Ville et des
Châteaux , et qu’on y avoit ajouté plusieurs
Ouvrages avancez qui étaient necessairlîls potä
Ü .
154; MERCURE ‘DTËFRÀNCE
h communication des Forts, et pour la plu!
grande sûreté de la Place , encas que les Man-i
12's prissent le parti de Passiéger une seconde.
is. ' '
‘ L’Escadre que les îlgeriens avoient équipée
ur aller au secours ’Orarii , et qui est la lu:
änsidemble que cette Régence ait jamais räite
en Mer , étoit commandée par Hasen-Acachi ,
et composée de n: Vaisseaux de Guerre , quatre
saîques , et 7 Galiotes. La Capitaine qui est un
fVaisseau neuf, étoit montée de 76 piéces du
Canon ., et les autres depuis t8. jusqurà.“ Pie.
ces , faisant en tout , y compris les sarqucs et,
l'es Galiotes, in. piéces de Canon , et ayant-â:
bord 295c. Turcs , 187e. Renegats , et 39a lis
claves Chrétiens , en tout 62.30 hommes; ccpcn
dan; quelque formidable que Fur cette Escadre .
elle n’a pas osé attendre celle des Espagnol: ,
quoiqifinferieurede beaucoup ; mais yéçan; en
suite éloignée de la Côte , elle a enlevé un grand
riombre de Bâtimens de diverses Nations, sous
prétexlte qu’ils aväiänt à bord des provisions
pour aGarnison rail.
‘N apprend par les dtrnieres Nouvelles tel
çtîës d’Oran , que 'l’Arme'e des Maures étoit
toujours campée â trois lieuës de la Place, et
qu’elle faisoit des mouvemens continuels qui
paroissoient n’avoir pour objet que d’assurer la.
subsistance de leurs Troupes. Les mêmes Lettres»
marquent que la Garnisdn d’Oran avoit achevé
de rétablir les Fortifications de la Ville et des
Châteaux , et qu’on y avoit ajouté plusieurs
Ouvrages avancez qui étaient necessairlîls potä
Ü .
154; MERCURE ‘DTËFRÀNCE
h communication des Forts, et pour la plu!
grande sûreté de la Place , encas que les Man-i
12's prissent le parti de Passiéger une seconde.
is. ' '
‘ L’Escadre que les îlgeriens avoient équipée
ur aller au secours ’Orarii , et qui est la lu:
änsidemble que cette Régence ait jamais räite
en Mer , étoit commandée par Hasen-Acachi ,
et composée de n: Vaisseaux de Guerre , quatre
saîques , et 7 Galiotes. La Capitaine qui est un
fVaisseau neuf, étoit montée de 76 piéces du
Canon ., et les autres depuis t8. jusqurà.“ Pie.
ces , faisant en tout , y compris les sarqucs et,
l'es Galiotes, in. piéces de Canon , et ayant-â:
bord 295c. Turcs , 187e. Renegats , et 39a lis
claves Chrétiens , en tout 62.30 hommes; ccpcn
dan; quelque formidable que Fur cette Escadre .
elle n’a pas osé attendre celle des Espagnol: ,
quoiqifinferieurede beaucoup ; mais yéçan; en
suite éloignée de la Côte , elle a enlevé un grand
riombre de Bâtimens de diverses Nations, sous
prétexlte qu’ils aväiänt à bord des provisions
pour aGarnison rail.
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Résumé : ESPAGNE.
En Espagne, les dernières nouvelles d'Oran rapportent que l'armée des Maures est toujours présente à trois lieues de la ville, effectuant des mouvements pour assurer la subsistance de ses troupes. La garnison d'Oran a achevé de restaurer les fortifications de la ville et des châteaux, ajoutant des ouvrages avancés pour renforcer la défense et la communication entre les forts. L'escadre algérienne, destinée à secourir Oran, est la plus importante jamais assemblée par la régence d'Alger. Elle est commandée par Hasen-Acachi et composée de neuf vaisseaux de guerre, quatre saïques et sept galiotes, totalisant 314 pièces de canon et 623 hommes à bord, incluant des Turcs, des renégats et des esclaves chrétiens. Malgré sa puissance, l'escadre algérienne n'a pas affronté l'escadre espagnole, inférieure en nombre, et s'est éloignée après avoir capturé plusieurs bâtiments sous prétexte qu'ils transportaient des provisions pour la garnison d'Oran.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 2443-2451
Essay sur les Erreurs populaires &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAY SUR LES ERREURS POPULAIRES, ou Examen de plusieurs opinions reçûes [...]
Mots clefs :
Poudre, Bruit, Salpêtre, Charbon, Soufre, Cause, Canon, Erreurs populaires
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texteReconnaissance textuelle : Essay sur les Erreurs populaires &c. [titre d'après la table]
ESSAY SUR LES ERREURS POPULAIRES,
ou Examen de plusieurs opinions reçûes
comme vrayes , qui sont fausses ou dou
teuses
1444 MERCURE DE FRANCE
rue
teuses ; traduit de l'Anglois de Thomas
Brown , Chevalier et Docteur en Médecine.
A Paris chez Pierre Witte
S. Facques , et Didot, Quay des Auguftins ,
1733 , 3. vol. in douze , contenant près
de 900 pages , sans les Tables , les Préfaces
et l'Epitre au Duc de Richelieu.
On lit dans la Préface du Traducteur,
que l'erreur en general est un faux jugement
, ou une aprobation du faux ; Or
il est certain , dit il , que le peuple n'est
pas capable de juger si l'objet qui le détermine
est faux ou vray ; et comme il
y a differentes routes qui conduisent à
l'erreur , c'est un pur hazard s'il rencontre
la verité.
Les causes immédiates de ces mêmes
erreurs sont les fausses idées que l'on se
forme à soi - même des objets , ou dans le
moment qu'ils se présentent , ou sur des
rapports infidéles. C'est par- là que s'établit
autrefois l'opinion fabuleuse des
Centaures, et une infinité de semblables;
mais on va plus loin;on ajoute à ces fausses
idées des conséquences étrangeres : et
de -là naissent ordinairement les Sophismes
qui roulent sur les termes ou les choses
même.
Les autres causes sont la crédulité qui
fait adopter tout ce qui est presenté comme
NOVEMBRE. 1733. 2445
→
me vrai ; ou l'incrédulité qui fait rejetter
des verirés constantes , la paresse qui fait
croire ou douter sans fondement , plutôt
que d'examiner la prévention pour
l'Antiquité , ou cette persuasion , que
plus les Anciens nous ont précedés dans
l'ordre des tems, plus aussi ils ont approché
du vrai.
Cet Ouvrage, au reste , est également
méthodique , curieux et varié. L'Auteur
commence toujours par alléguer les témoignages
qui favorisent l'opinion reçue
, et il n'embrasse point de sentiment
nouveau qu'il ne l'appuye par des témoignages
superieurs, qu'il n'y joigne même
l'experience dans les faits où elle peut
avoir lieu , et il finit toujours par indiquer
ce qui a pû occasionner ou accrédi
ter les erreurs qu'il combat.
Nous allons donner quelques morceaux
propres à interesser le Lecteur, caracteriser
l'Ouvrage et faire connoître le stile du
Traducteur.
Dans le 3me chapitre de la cause des erreurs
populaires, l'Auteur expose qu'outre
que par sa disposition naturelle , le Peuple
s'éloigne du vray , il suffit de lui presenter
le faux avec quelque adresse , pour
qu'il le saisisse et qu'il l'adopte. On l'a
vu , dit-il , dans tous les siècles la dupe
de
2446 MERCURE DE FRANCE
de tous les imposteurs et de toutes les
professions .... Or le Peuple étant de
fui-même porté à l'erreur et, y étant sans
cesse entraîné par les autres , faut- il s'étonner
que ses opinions et ses jugemens
en soient un tissu perpetuel.
Cinquième chapitre du second Livre :
On raconte bien des Fables , dit l'Auteur,
touchant la Poudre blanche qui fait sans
bruit le même effet que la Poudre à canon
; mais il y en a peu qui en ayent
allegué de bonnes raisons. La Poudre à
canon est composée de Salpêtre , de
Charbon et de Souffre . Et quoique l'on
trouve en plusieurs endroits du salpêtre
naturel , celui dont on se sert communé
ment ne l'est pas. On le tire d'une infusion
de terres salées , des urines des écu
ries , des colombiers , des caves , et autres
lieux inaccessibles au Soleil qui le dissoudroit.
Le souffre est un corps mineral
dont les parties sont graisseuses et inflammables.
On se sert du souffre vif qui
est d'une couleur foncée , ou du souffre
épuré , tel que nous l'avons en bâtons
d'un jaune plus clair que le premier.
Le charbon de bois est connu de tout le
monde , et pour cet usage on le fait
de Saules , d'Aulnes ou de Coudrier & c.
Etc'est de ces trois corps mêlez dans une
proportion
NOVEMBRE . 1733. 2447
proportion connue , et formez en grains
qu'est composée la Poudre à canon . Or
quoiqu'ils contribuent à un même effet
commun , ils ont pourtant chacun leur
effet particulier dans la composition . Le
souffre produit ce feu perçant et violent ;
car le salpêtre et le charbon mélez ne
produiroient qu'une espece de sifflement,
et le feu ne dure pas. Du charbon vient
la couleur noire , et l'Inflammabilité ; car
le salpêtre et le souffre , bien que pulvérisez
, ne s'enflamment pas si promptement
que ce charbon : l'étincelle qui
sort d'une pierre ne les allumeroit pas ,
non plus que le camphre tout inflam
mable qu'il est. Le charbon tient lieu de
méche , il sert à allumer le souffre , et
à répandre le feu ; et comme ses parties
sont plus grossieres , il pourroit aussi servir
à temperer l'activité du salpêtre , et à
empêcher une raréfaction trop subite.
Du salpêtre procedent la force et le
bruit. Car le souffre et le charbon mêlez
ensemble n'en font point en s'allumant }
et la Poudre qui auroit été faite avec du
salpêtre impur et gras auroit peu de force,
et feroit peu de bruit. Aussi des trois
espéces de Poudre , la plus forte contient
plus de salpêtre ; car elle ne renferme
qu'une part de charbon et de soufre,
SUE
2448 MERCURE DE FRANCE
sur dix de salpêtre ou environ.
ayant
Mais la cause immédiate du bruit
c'est le mouvement violent de l'air à
l'occasion de l'explosion subite et véhémente
de la Poudre > car le feu
gagné dans un instant toute sa substance,
la grande raréfaction qui lui arrive , demande
un plus grand espace que celuiqu'elle
occupoit auparavant ; et trouvant
de la résistance dans l'air , elle le pousse
avec violence pour se faire un passage.
Et si nous admettons ce que dit Cardan ,
que la Poudre allumée occupe cent fois
plus d'espace qu'auparavant , nous concevrons
aisément la violence qu'elle fait
à l'air ; mais nous le concevrons encore
mieux si nous adoptons le calcul plus
raisonnable de Snellius qui prétend
qu'elle en occupe 12600 fois davantage.
Telle est la raison du bruit terrible
que
fait le canon , et cette même raison sert
à expliquer la cause du bruit du Tonnere.
Le Tonnere n'est autre chose qu'un
amas de parties sulphureuses et nitreuses
qui se sont allumées dans l'air , et qui
en demandant un plus grand espace , se
font un passage en brisant les nuës et
en écartant avec violence l'air qui les
environne. Lorsque la matiere estinflam
mable et que les nuages sont pressez , le
>
,
bruit
NOVEMBRE . 1733. 2449
bruit est véhément. Si le nuage est mince,'
et qu'il y ait peu de matiere , l'éruption
aboutit à de simples éclairs , quoique les
nuages n'ayent que 2000 pas de hauteur,
ce qui est leur plus grande élévation .
Delà vient que ces sortes d'éclairs sont
rarement nuisibles › et que le Tonnere
dans un tems serain est une espece de prodige
, quoique l'Histoire en fournisse
quelques exemples.
›
Les tremblemens de terre ont selon
toutes les apparences la même cause
quand des veines de souffre et de nitre
se sont allumées elles se raréfient et
passent avec effort au travers des corps
qui leur résistent. Si la matiere étoit abondante
, et renfermée étroitement , elle a
renversé des Montagnes et des Villes
entieres. Si elle étoit en petite quantité ,
et environnée de terre poreuse , elle n'a
causé que de legeres secousses qui n'ont
rien détruit. Les Anciens qui ignoroient
la composition et les effets de la Poudre
à canon , par laquelle on explique parfaitement
la génération des matieres , ne
pouvoient gueres que se tromper sur cet
article.
Maintenant si quelqu'un veut arrêter
le bruit de la Poudre , il faut qu'il travaille
sur le salpêtre , et qui voudra en
F alterer
2450 MERCURE DE FRANCE
alterer la couleur , doit travailler sur le
charbon, Il y a plusieurs manieres de faire
de la Poudre blanche , la meilleure que
je sçache , dit l'Auteur , c'est de substituer
au charbon de la Poudre de Saules
pourris car tout autre bois qui prend
feu aisément la feroit peut-être brune.
Il y en a qui , au rapport de Berringuccio
dans sa Pirothecnie , ont essayé
d'en faire de rouge . Mais tout ceci n'a
aucun rapport avec le bruit de la Poudre
qui a une autre cause , et qu'on peut également
, ou mieux , selon quelques- uns ,
rendre noire avec des charbons de lin
et de roseaux,ou même avec de la mêche,
et du linge brulé.
On peut en deux manieres arrêter le
bruit de la Poudre , ou en n'y mettant
point de salpêtre , ou bien en le dépouil
lant de sa qualité. Porta promet de dimis
nuer ou d'empêcber cet effet non -seulement
avec des corps graisseux en géné
ral , mais encore avec du Borax et du
beurre mélez ensemble dans une certaing
proportion ; d'où il arrivera , selon cer
Auteur , que le bruit sera à peine entendu
de celui qui le tirea ; et à la verité sĮ
l'on en met beaucoup , non seulement
la Poudre fera peu de bruit mais elle
sera encore très foible. Je n'ai trouvé
qu'un
-
,
NOVEMBRE. 1733 2451
qu'un seul exemple de Poudre faite sans
salpêtre : c'est Alphonse Duc de Ferrare
qui me le fournit. Ce Prince, au rapport
de Brassavole et de Cardan , inventa la
Poudre qui faisoit partir une Balle sans
bruit.
Il n'est donc point absurde de dire
qu'il y ait de la Poudre blanche , et nous
avoüerons même , continuë nôtre Auteur
, qu'elle peut ne causer aucun bruit.
Mais il est bien certain que , soit avec du
salpêtre , ou sans salpêtre , elle sera trèsfoible.
A mesure qu'elle est moins bruyanre
elle perd sa force aussi selon Bassavole
, la Poudre d'Alphonse ne pouvoit
tuer un poulet. Jamque pulvis inventus
est qui glandem sine bombo projicit
tamen vehementer , ut vel pullum interficere
possit.
ou Examen de plusieurs opinions reçûes
comme vrayes , qui sont fausses ou dou
teuses
1444 MERCURE DE FRANCE
rue
teuses ; traduit de l'Anglois de Thomas
Brown , Chevalier et Docteur en Médecine.
A Paris chez Pierre Witte
S. Facques , et Didot, Quay des Auguftins ,
1733 , 3. vol. in douze , contenant près
de 900 pages , sans les Tables , les Préfaces
et l'Epitre au Duc de Richelieu.
On lit dans la Préface du Traducteur,
que l'erreur en general est un faux jugement
, ou une aprobation du faux ; Or
il est certain , dit il , que le peuple n'est
pas capable de juger si l'objet qui le détermine
est faux ou vray ; et comme il
y a differentes routes qui conduisent à
l'erreur , c'est un pur hazard s'il rencontre
la verité.
Les causes immédiates de ces mêmes
erreurs sont les fausses idées que l'on se
forme à soi - même des objets , ou dans le
moment qu'ils se présentent , ou sur des
rapports infidéles. C'est par- là que s'établit
autrefois l'opinion fabuleuse des
Centaures, et une infinité de semblables;
mais on va plus loin;on ajoute à ces fausses
idées des conséquences étrangeres : et
de -là naissent ordinairement les Sophismes
qui roulent sur les termes ou les choses
même.
Les autres causes sont la crédulité qui
fait adopter tout ce qui est presenté comme
NOVEMBRE. 1733. 2445
→
me vrai ; ou l'incrédulité qui fait rejetter
des verirés constantes , la paresse qui fait
croire ou douter sans fondement , plutôt
que d'examiner la prévention pour
l'Antiquité , ou cette persuasion , que
plus les Anciens nous ont précedés dans
l'ordre des tems, plus aussi ils ont approché
du vrai.
Cet Ouvrage, au reste , est également
méthodique , curieux et varié. L'Auteur
commence toujours par alléguer les témoignages
qui favorisent l'opinion reçue
, et il n'embrasse point de sentiment
nouveau qu'il ne l'appuye par des témoignages
superieurs, qu'il n'y joigne même
l'experience dans les faits où elle peut
avoir lieu , et il finit toujours par indiquer
ce qui a pû occasionner ou accrédi
ter les erreurs qu'il combat.
Nous allons donner quelques morceaux
propres à interesser le Lecteur, caracteriser
l'Ouvrage et faire connoître le stile du
Traducteur.
Dans le 3me chapitre de la cause des erreurs
populaires, l'Auteur expose qu'outre
que par sa disposition naturelle , le Peuple
s'éloigne du vray , il suffit de lui presenter
le faux avec quelque adresse , pour
qu'il le saisisse et qu'il l'adopte. On l'a
vu , dit-il , dans tous les siècles la dupe
de
2446 MERCURE DE FRANCE
de tous les imposteurs et de toutes les
professions .... Or le Peuple étant de
fui-même porté à l'erreur et, y étant sans
cesse entraîné par les autres , faut- il s'étonner
que ses opinions et ses jugemens
en soient un tissu perpetuel.
Cinquième chapitre du second Livre :
On raconte bien des Fables , dit l'Auteur,
touchant la Poudre blanche qui fait sans
bruit le même effet que la Poudre à canon
; mais il y en a peu qui en ayent
allegué de bonnes raisons. La Poudre à
canon est composée de Salpêtre , de
Charbon et de Souffre . Et quoique l'on
trouve en plusieurs endroits du salpêtre
naturel , celui dont on se sert communé
ment ne l'est pas. On le tire d'une infusion
de terres salées , des urines des écu
ries , des colombiers , des caves , et autres
lieux inaccessibles au Soleil qui le dissoudroit.
Le souffre est un corps mineral
dont les parties sont graisseuses et inflammables.
On se sert du souffre vif qui
est d'une couleur foncée , ou du souffre
épuré , tel que nous l'avons en bâtons
d'un jaune plus clair que le premier.
Le charbon de bois est connu de tout le
monde , et pour cet usage on le fait
de Saules , d'Aulnes ou de Coudrier & c.
Etc'est de ces trois corps mêlez dans une
proportion
NOVEMBRE . 1733. 2447
proportion connue , et formez en grains
qu'est composée la Poudre à canon . Or
quoiqu'ils contribuent à un même effet
commun , ils ont pourtant chacun leur
effet particulier dans la composition . Le
souffre produit ce feu perçant et violent ;
car le salpêtre et le charbon mélez ne
produiroient qu'une espece de sifflement,
et le feu ne dure pas. Du charbon vient
la couleur noire , et l'Inflammabilité ; car
le salpêtre et le souffre , bien que pulvérisez
, ne s'enflamment pas si promptement
que ce charbon : l'étincelle qui
sort d'une pierre ne les allumeroit pas ,
non plus que le camphre tout inflam
mable qu'il est. Le charbon tient lieu de
méche , il sert à allumer le souffre , et
à répandre le feu ; et comme ses parties
sont plus grossieres , il pourroit aussi servir
à temperer l'activité du salpêtre , et à
empêcher une raréfaction trop subite.
Du salpêtre procedent la force et le
bruit. Car le souffre et le charbon mêlez
ensemble n'en font point en s'allumant }
et la Poudre qui auroit été faite avec du
salpêtre impur et gras auroit peu de force,
et feroit peu de bruit. Aussi des trois
espéces de Poudre , la plus forte contient
plus de salpêtre ; car elle ne renferme
qu'une part de charbon et de soufre,
SUE
2448 MERCURE DE FRANCE
sur dix de salpêtre ou environ.
ayant
Mais la cause immédiate du bruit
c'est le mouvement violent de l'air à
l'occasion de l'explosion subite et véhémente
de la Poudre > car le feu
gagné dans un instant toute sa substance,
la grande raréfaction qui lui arrive , demande
un plus grand espace que celuiqu'elle
occupoit auparavant ; et trouvant
de la résistance dans l'air , elle le pousse
avec violence pour se faire un passage.
Et si nous admettons ce que dit Cardan ,
que la Poudre allumée occupe cent fois
plus d'espace qu'auparavant , nous concevrons
aisément la violence qu'elle fait
à l'air ; mais nous le concevrons encore
mieux si nous adoptons le calcul plus
raisonnable de Snellius qui prétend
qu'elle en occupe 12600 fois davantage.
Telle est la raison du bruit terrible
que
fait le canon , et cette même raison sert
à expliquer la cause du bruit du Tonnere.
Le Tonnere n'est autre chose qu'un
amas de parties sulphureuses et nitreuses
qui se sont allumées dans l'air , et qui
en demandant un plus grand espace , se
font un passage en brisant les nuës et
en écartant avec violence l'air qui les
environne. Lorsque la matiere estinflam
mable et que les nuages sont pressez , le
>
,
bruit
NOVEMBRE . 1733. 2449
bruit est véhément. Si le nuage est mince,'
et qu'il y ait peu de matiere , l'éruption
aboutit à de simples éclairs , quoique les
nuages n'ayent que 2000 pas de hauteur,
ce qui est leur plus grande élévation .
Delà vient que ces sortes d'éclairs sont
rarement nuisibles › et que le Tonnere
dans un tems serain est une espece de prodige
, quoique l'Histoire en fournisse
quelques exemples.
›
Les tremblemens de terre ont selon
toutes les apparences la même cause
quand des veines de souffre et de nitre
se sont allumées elles se raréfient et
passent avec effort au travers des corps
qui leur résistent. Si la matiere étoit abondante
, et renfermée étroitement , elle a
renversé des Montagnes et des Villes
entieres. Si elle étoit en petite quantité ,
et environnée de terre poreuse , elle n'a
causé que de legeres secousses qui n'ont
rien détruit. Les Anciens qui ignoroient
la composition et les effets de la Poudre
à canon , par laquelle on explique parfaitement
la génération des matieres , ne
pouvoient gueres que se tromper sur cet
article.
Maintenant si quelqu'un veut arrêter
le bruit de la Poudre , il faut qu'il travaille
sur le salpêtre , et qui voudra en
F alterer
2450 MERCURE DE FRANCE
alterer la couleur , doit travailler sur le
charbon, Il y a plusieurs manieres de faire
de la Poudre blanche , la meilleure que
je sçache , dit l'Auteur , c'est de substituer
au charbon de la Poudre de Saules
pourris car tout autre bois qui prend
feu aisément la feroit peut-être brune.
Il y en a qui , au rapport de Berringuccio
dans sa Pirothecnie , ont essayé
d'en faire de rouge . Mais tout ceci n'a
aucun rapport avec le bruit de la Poudre
qui a une autre cause , et qu'on peut également
, ou mieux , selon quelques- uns ,
rendre noire avec des charbons de lin
et de roseaux,ou même avec de la mêche,
et du linge brulé.
On peut en deux manieres arrêter le
bruit de la Poudre , ou en n'y mettant
point de salpêtre , ou bien en le dépouil
lant de sa qualité. Porta promet de dimis
nuer ou d'empêcber cet effet non -seulement
avec des corps graisseux en géné
ral , mais encore avec du Borax et du
beurre mélez ensemble dans une certaing
proportion ; d'où il arrivera , selon cer
Auteur , que le bruit sera à peine entendu
de celui qui le tirea ; et à la verité sĮ
l'on en met beaucoup , non seulement
la Poudre fera peu de bruit mais elle
sera encore très foible. Je n'ai trouvé
qu'un
-
,
NOVEMBRE. 1733 2451
qu'un seul exemple de Poudre faite sans
salpêtre : c'est Alphonse Duc de Ferrare
qui me le fournit. Ce Prince, au rapport
de Brassavole et de Cardan , inventa la
Poudre qui faisoit partir une Balle sans
bruit.
Il n'est donc point absurde de dire
qu'il y ait de la Poudre blanche , et nous
avoüerons même , continuë nôtre Auteur
, qu'elle peut ne causer aucun bruit.
Mais il est bien certain que , soit avec du
salpêtre , ou sans salpêtre , elle sera trèsfoible.
A mesure qu'elle est moins bruyanre
elle perd sa force aussi selon Bassavole
, la Poudre d'Alphonse ne pouvoit
tuer un poulet. Jamque pulvis inventus
est qui glandem sine bombo projicit
tamen vehementer , ut vel pullum interficere
possit.
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Résumé : Essay sur les Erreurs populaires &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai sur les erreurs populaires' de Thomas Brown, traduit par Pierre Witte, analyse diverses opinions considérées comme vraies mais qui sont en réalité fausses ou douteuses. L'erreur est définie comme un faux jugement ou une approbation du faux. Le peuple, incapable de juger la véracité des objets, est souvent conduit à l'erreur par des causes telles que les fausses idées, la crédulité, l'incrédulité, la paresse et la prévention pour l'antiquité. L'ouvrage est structuré de manière méthodique et variée. Il commence par présenter les témoignages favorisant l'opinion reçue, puis les réfute en utilisant des témoignages supérieurs et des expériences. L'auteur souligne que le peuple est naturellement porté à l'erreur et facilement dupé par les imposteurs. Dans le troisième chapitre, l'auteur discute de la composition de la poudre à canon, qui se compose de salpêtre, de charbon et de soufre. Chaque composant joue un rôle spécifique : le soufre produit un feu violent, le charbon assure l'inflammabilité et le salpêtre contribue à la force et au bruit. La cause du bruit de la poudre est expliquée par la raréfaction subite de l'air lors de l'explosion. L'auteur aborde également les fables concernant la poudre blanche, affirmant que, bien que cette poudre puisse exister, elle sera toujours faible et causera peu de bruit. Il cite des exemples historiques et des méthodes pour modifier les propriétés de la poudre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 2724-2727
LETTRE écrite du Camp de Milan, le 18 Decembre 1733. sur les détails des Siéges de Pizzighitone et du Château de Milan.
Début :
Voici tout ce que je puis faire, Monsieur, sur les détails que vous me demandez. [...]
Mots clefs :
Milan, Canon, Siège de Pizzighettone, Pizzighettone, Pièces de canon, Adda, Batterie, Chemin couvert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite du Camp de Milan, le 18 Decembre 1733. sur les détails des Siéges de Pizzighitone et du Château de Milan.
LETTRE écrite du Camp de Milan , le
18 Decembre 1733. sur les détails des Siéges
de Pizzighitone et du Château de
Milan.
Voici tout ce que je puis faire , Monsieur, sur
les détails que vous me demandez.
Le 12 Novembre , l'Armée de France et celle
de Piémont , commandée par le Roy de Sardaigne,
arriva à Malet , à 1800 toises de Pizzighitone,
et cette Place fut investie les jours suivans
par 40 Bataillons et jo Escadrons ; on fit
deux Ponts de Batteaux sur l'Adda, pour la communication
de l'Armée.
Pizzighitone est divisé en deux par l'Adda ; la
partie qui est à la droite de cette Riviere , s'ap-
Pelle Gerra-d'Adda , et celle qui est à la gauche
I. Vol
ه ع
DECEMBRE. 1733. 2725
de Pizzighitone , où l'on se communique par un
Pont de Batteaux . La Riviere a 60 toises de lar--
ge de ce côté- là , et 7 à 8 pieds d'eau ; elle est
navigable comine la Seine. Pizzighitone est un
ancien Château où François I. tut d'abord mis
prisonnier , entouré d'un côté de Fossez pleins
d'eau et de l'autre par l'Adda. Cette Place a été
anciennement fortifiée ; et depuis dix ans , l'Empereur
y a fait faire des Bastions , Demi - Lunes ,
Contre - gardes , Chemins couverts , Glacis et
Avant- Fossez le tout entouré d'eau , qui forment
des inondations.
;
La Tranchée fut ouverte devant Pizzighitone,
la nuit du 17 au 18 Novembre , par 2000 Tra-,
vailleurs , soûtenus pars Batail.ons et 12 Compagnies
de Grenadiers qu'on avoit placez venire
terre , audevant des Travailleurs , commandez
par le Marquis d'Asfeld. On fit cette mit 2 Paralleles
, avec les Communications , contenant en
tout 1600 toises de long , qui furent achevez le
18. Les jours suivans on continua les travaux , de
sorte que le 20 au matin on s'approcha entiere
ment de la Place . Il y eut 24 piéces de Canon en
Batterie sur le Plateau des Francisquains , à 250
toises de la place ; et le 22 du même mois , il y
eut par augmentaton 8 Mortiers en batterie et
8 pieces de Canon de 12 livres de balle pour ti❤ .
rer à Ricochet.
Le 24 on s'ouvrit um passage à l'avant - Fossé
et on se logea sur les deux Angles saillans du
Chemin couvert du Bastion de l'attaque. On y
resta le 25 et le 26- ; Je 27 on plaça sur le Chemin
couvert une Batterie de 16 pieces de Canon ,
pour faire bréche aux endroits convenables.
La nuit du 27 au 28 , on passa le Fossé , où il
y avoit 8 pieds d'eau. Comme le Canon faisoit
I, Vol. Son
2725 MERCURE DE FRANCE
son effet et que les Bréches se formoient en plusieurs
endroits , la Garnison qui consistoit en s
Bataillons , faisant 1500 homines d'Infanterie ,
demanda à capituler. On a passé deux jours en
négociation , parce qu'il fallut aller à Mantouë ,
pour sçavoir les intentions du Gouverneur General
du Milanez, qui fut d'avis qu'on capitulât.
On leur accorda 8 jours , et la Garnison në sor .
tit que le 9 Decembre , avec tous les honneurs de
la Guerre ; sçavoir , 6 Chariots couverts , 4 Pieces
de Canon de 12 liv . de balle et 2 Mortiers .
On a trouvé dans la Place beaucoup de Munitions
de bouche , 45 Pieces de Canon , 4 Mor
tiers et 4000 Barils de Poudre.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal Duc de
Villars , se louent beaucoup de Mrs les Ingé
nieurs , de Mrs les Officiers d'Artillerie , et generalement
de toutes les Troupes , Officiers Generaux
, Subalternes et Soldats , qui marquene
tous une ardeur infinie.
M. de la Blottiere a commandé en chef pendant,
ce Siege , les Ingénieurs de France , et ceux
de Savoye , les premiers au nombre de 32 et les
autres de 16. Le Roy de Sardaigne et le Maréchal
Duc de Villars lui firent l'honneur de lui
témoigner beaucoup de satisfaction sur la prompte
reddition de Pizzighitone , dont on a été si
content à la Cour de France, que le Roy la nommé
le 8. de ce mois Brigadier de ses Armées ,
avec des Lettres de service de même darte ; il est
le seul de sa Promotion.
Nous sommes occupez à present à faire le Siege
du Château de Milan , dans lequel il y a environ
2000 hommes d'Infanterie et 150. pieces de
Canon , de l'eau dans les fossez et les Glacis
minez .
I. Vel. La
DECEMBRE . 1733. 2727
La Tranchée fut ouverte la nuit du 15. au 16 .
de ce mois par 2000. Travailleurs. Nous faisons
comme à Pizzighitone , beaucoup de diligence ,
et nous sommes aujourd'hui à huit heures du
matin au pied du Glacis , et à 35. toises de la
Palissade du Chemin couvert.
Nous aurons après demain 36. Pieces de Canon
en batterie et 8. Mortiers. Nous croyons
que ce même jour nous serons en état de faire
travailler les Mineurs pour découvrir les Mines
des Ennemis . Ils pourront travailler six jours et
six nuits , après quoi nous nous logerons sur le
Chemin couvert . Nous y placerons le Canon
nous ferons la descente et le passage du fossé ;
on se logera ensuite sur la Demi - Lune, & c . Toutes
ces Operations pourront nous mener jusqu'aux
premiers jours du mois prochain .
18 Decembre 1733. sur les détails des Siéges
de Pizzighitone et du Château de
Milan.
Voici tout ce que je puis faire , Monsieur, sur
les détails que vous me demandez.
Le 12 Novembre , l'Armée de France et celle
de Piémont , commandée par le Roy de Sardaigne,
arriva à Malet , à 1800 toises de Pizzighitone,
et cette Place fut investie les jours suivans
par 40 Bataillons et jo Escadrons ; on fit
deux Ponts de Batteaux sur l'Adda, pour la communication
de l'Armée.
Pizzighitone est divisé en deux par l'Adda ; la
partie qui est à la droite de cette Riviere , s'ap-
Pelle Gerra-d'Adda , et celle qui est à la gauche
I. Vol
ه ع
DECEMBRE. 1733. 2725
de Pizzighitone , où l'on se communique par un
Pont de Batteaux . La Riviere a 60 toises de lar--
ge de ce côté- là , et 7 à 8 pieds d'eau ; elle est
navigable comine la Seine. Pizzighitone est un
ancien Château où François I. tut d'abord mis
prisonnier , entouré d'un côté de Fossez pleins
d'eau et de l'autre par l'Adda. Cette Place a été
anciennement fortifiée ; et depuis dix ans , l'Empereur
y a fait faire des Bastions , Demi - Lunes ,
Contre - gardes , Chemins couverts , Glacis et
Avant- Fossez le tout entouré d'eau , qui forment
des inondations.
;
La Tranchée fut ouverte devant Pizzighitone,
la nuit du 17 au 18 Novembre , par 2000 Tra-,
vailleurs , soûtenus pars Batail.ons et 12 Compagnies
de Grenadiers qu'on avoit placez venire
terre , audevant des Travailleurs , commandez
par le Marquis d'Asfeld. On fit cette mit 2 Paralleles
, avec les Communications , contenant en
tout 1600 toises de long , qui furent achevez le
18. Les jours suivans on continua les travaux , de
sorte que le 20 au matin on s'approcha entiere
ment de la Place . Il y eut 24 piéces de Canon en
Batterie sur le Plateau des Francisquains , à 250
toises de la place ; et le 22 du même mois , il y
eut par augmentaton 8 Mortiers en batterie et
8 pieces de Canon de 12 livres de balle pour ti❤ .
rer à Ricochet.
Le 24 on s'ouvrit um passage à l'avant - Fossé
et on se logea sur les deux Angles saillans du
Chemin couvert du Bastion de l'attaque. On y
resta le 25 et le 26- ; Je 27 on plaça sur le Chemin
couvert une Batterie de 16 pieces de Canon ,
pour faire bréche aux endroits convenables.
La nuit du 27 au 28 , on passa le Fossé , où il
y avoit 8 pieds d'eau. Comme le Canon faisoit
I, Vol. Son
2725 MERCURE DE FRANCE
son effet et que les Bréches se formoient en plusieurs
endroits , la Garnison qui consistoit en s
Bataillons , faisant 1500 homines d'Infanterie ,
demanda à capituler. On a passé deux jours en
négociation , parce qu'il fallut aller à Mantouë ,
pour sçavoir les intentions du Gouverneur General
du Milanez, qui fut d'avis qu'on capitulât.
On leur accorda 8 jours , et la Garnison në sor .
tit que le 9 Decembre , avec tous les honneurs de
la Guerre ; sçavoir , 6 Chariots couverts , 4 Pieces
de Canon de 12 liv . de balle et 2 Mortiers .
On a trouvé dans la Place beaucoup de Munitions
de bouche , 45 Pieces de Canon , 4 Mor
tiers et 4000 Barils de Poudre.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal Duc de
Villars , se louent beaucoup de Mrs les Ingé
nieurs , de Mrs les Officiers d'Artillerie , et generalement
de toutes les Troupes , Officiers Generaux
, Subalternes et Soldats , qui marquene
tous une ardeur infinie.
M. de la Blottiere a commandé en chef pendant,
ce Siege , les Ingénieurs de France , et ceux
de Savoye , les premiers au nombre de 32 et les
autres de 16. Le Roy de Sardaigne et le Maréchal
Duc de Villars lui firent l'honneur de lui
témoigner beaucoup de satisfaction sur la prompte
reddition de Pizzighitone , dont on a été si
content à la Cour de France, que le Roy la nommé
le 8. de ce mois Brigadier de ses Armées ,
avec des Lettres de service de même darte ; il est
le seul de sa Promotion.
Nous sommes occupez à present à faire le Siege
du Château de Milan , dans lequel il y a environ
2000 hommes d'Infanterie et 150. pieces de
Canon , de l'eau dans les fossez et les Glacis
minez .
I. Vel. La
DECEMBRE . 1733. 2727
La Tranchée fut ouverte la nuit du 15. au 16 .
de ce mois par 2000. Travailleurs. Nous faisons
comme à Pizzighitone , beaucoup de diligence ,
et nous sommes aujourd'hui à huit heures du
matin au pied du Glacis , et à 35. toises de la
Palissade du Chemin couvert.
Nous aurons après demain 36. Pieces de Canon
en batterie et 8. Mortiers. Nous croyons
que ce même jour nous serons en état de faire
travailler les Mineurs pour découvrir les Mines
des Ennemis . Ils pourront travailler six jours et
six nuits , après quoi nous nous logerons sur le
Chemin couvert . Nous y placerons le Canon
nous ferons la descente et le passage du fossé ;
on se logera ensuite sur la Demi - Lune, & c . Toutes
ces Operations pourront nous mener jusqu'aux
premiers jours du mois prochain .
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Résumé : LETTRE écrite du Camp de Milan, le 18 Decembre 1733. sur les détails des Siéges de Pizzighitone et du Château de Milan.
En décembre 1733, une lettre du camp de Milan relate les sièges de Pizzighitone et du Château de Milan. Le 12 novembre, les armées française et piémontaise, sous le commandement du roi de Sardaigne, ont encerclé Pizzighitone avec 40 bataillons et 18 escadrons. La ville, protégée par l'Adda et fortifiée avec des bastions et des inondations, a vu les travaux de tranchée débuter le 17 novembre. Les assaillants ont rapidement progressé, atteignant les fossés et les chemins couverts le 24 novembre. Le 27 novembre, une batterie de 16 pièces de canon a été mise en place pour créer des brèches. La garnison, composée de 1500 hommes, a capitulé le 9 décembre après deux jours de négociations. La place contenait de nombreuses munitions et canons. Actuellement, les forces assiègent le Château de Milan, défendu par environ 2000 hommes et 150 pièces de canon. La tranchée a été ouverte le 15 décembre, et les travaux avancent rapidement. Les assaillants prévoient d'utiliser 36 pièces de canon et 8 mortiers, et de commencer des travaux de minage pour découvrir les mines ennemies. Les opérations devraient se poursuivre jusqu'aux premiers jours de janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
45
p. 163-167
LETTRE du Camp devant Novarre, écrite le 14 Janvier, contenant quelque détail du Siége de la Citadelle de Milan, &c. et de Novarre.
Début :
La Tranchée fut ouverte devant la Citadelle de Milan la nuit du 15 au 16 de Decembre [...]
Mots clefs :
Nuit, Pièces, Parallèle, Batteries, Novare, Communications, Bastions, Attaque, Canon, Chemin couvert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Camp devant Novarre, écrite le 14 Janvier, contenant quelque détail du Siége de la Citadelle de Milan, &c. et de Novarre.
LETTRE du Camp devant Novarre ,
écrite le 14 Janvier , contenant quelque
détail du Siége de la Citadelle de Milan
, & c. et de Novarre.
A Tranchée fut ouverte devant la Citadelle
Lde Milan la nuit du 15 au 16 de Decembre
deux mille travailleurs , et l'on fit cette
pár
même nuit une Parallele à 120 toises de la Pla
ce , et de 580 toises de longueur , et deux communications
pour arriver à cette Parallele de
630 toises les deux , ce qui fut perfectionné durant
la journée du 16. La nuit du 16 au 17 on
fit trois Zigzags vis - à - vis les Angles Saillans des
deux Bastions ou de la Demi - Lune de l'attaque .
La nuit du 17 au 18 l'on fit une Parallele au
pied du Glacis de 316 toises de longueur.
La nuit du 18 au 19 on prolongea la premiere
Parallele , et l'on travailla aux Batteries de
30 pieces de Canon qui ont ruiné les deffenses ,
et aux communications pour arriver aux Batteries.
La nuit du 19 au 20, on travailla à la Sape volante
, pour continuer les débouchez des Zigzags
, sur les Capitales.
La nuit du 20 au 21 , on prolongea , encore à
la Sappe , les débouchez des Zigzags .
La nuit du 21 au 22 , on fit la troisiéme Parallele
à moitié du Glacis .
La nuit du 22 au 23 , on continua cette Parallele
et l'on prolongea la premiere Parallele jusqu'à
la Porte Verccilline , pour la commodité
des Troupes.
La même nuit du 22 au 23 , les Mineurs com-
H vj
men164
MERCURE DE FRANCE.
mencerent neuf Puits ou descentes pour chercher
les Mines des Ennemis , et l'on commença en
même-temps trois Zigzags à la Sappe, pour s'approcher
des Angles saillans,
La nuit du 23 au 24 , on fit le logement du
Chemin couvert , sur les Angles saillans , avec
des communications pour y arriver .
La nuit du 24 au 25, on continua le logement
du Chemin couvert.
La nuit du 25 au 26, on perfectionna le logegement
du Chemin couvert , de mêine que les
communications; et la même nuit on commença
les Batteries sur le Chemin couvert; sçavoir,deux
de 4 Pieces chacune , pour battre les faces de la
Demi - Lune , deux autres Batteries , de 6 Pieces
chacune , pour battre les deux faces des Bastions
du front de l'attaque.
Pendant le jour du 26 , on commença.
bouchez des descentes du Fossé.
six. dé-
La nuit du 26 au 27 , on fit les logemens dans
les deux Places d'armes rentrantes , et cette
même nuit on commença deux Batteries de qua,
tre Pieces chacune , pour ruiner les Flancs des
deux Bastions de l'attaque.
La nuit du 27 au 28 , on perfectionna les lodes
Places d'armes rentrantes , et l'on con- gemens
tinua les Batteries , et prolongea les descentes dy
Fossé , près de la Contrescarpe.
La nuit du 28 au 29 , on fit un Epaulement
sur le Chemin couvert de l'attaque de la droite ,
pour couvrir les Batteries qui étoient de ce côtélà.
Les & Pieces de Canon pour battre les faces
de la Demi- Lune , commencerent à tirer le 27 ,
et le 29 la Bréche à la face gauche étoit praticable
. Les 12 Piéces destinées pour faire Bréche
aux faces des Bastions , commencerent à tixer ,
parJANVIER
1734- IGS
partie le 27 , et l'autre partie tira le 28, et tou
tes ces Pieces faisoient beaucoup d'effet . Les &
Pieces destinées pour ruiner les Flancs , commencerent
à tirer le 29 au matin , et ce même
jour à deux heures après midi , les Ennemis demanderent
à capituler , et arborerent le Drapeau
blanc , la Garnison étoit composée de
1500 hommes d'Infanterie , on leur a accordé
les honneurs de la Guerre , et sont sortis le a
Janvier , , pour être conduits à Mantouë.
M. le Maréchal de Visconti commandoit en
Chef dans cette Citadelle ; la Garnison s'est assez
bien deffendue ; elle pouvoit néanmoins encore
tenir 3 à 4 jours , mais on l'auroit fait Prisonniere
de Guerre. Nous avons perdu dans le courant
de ce Siége 60 hommes de tuez , et 116
blessez. Les Troupes y ont servi avec beaucoup
de valeur et de distinction .
La Tranchée fut ouverte devant Novarre la nuit
du s at 6 Janvier , par 2000 travailleurs , sourenus
en avant par cinq Compagnies de Grena
diers , et sur le derriere , par 2 Bataillons. L'on
fit une Parallele à 130 toises de la Place , et de
540 toises de longueur , et deux communications
pour arriver à cette Parallele , le tout s'est perfectionné
durant la journée du 6 , par les deux
Bataillons de la tranchée , 1000 Soldats travailn
leurs et 500 Paysans.
La nuit du 6 au 7 on fit une seconde Parallele
â la Sappe volante , avec trois communications
en zigzags ; cette Parallele étoit à 60 toises
de la premiere , et à 70 toises du Chemin
Couvert. L'on travailla dès le 6 , à deux Batteries
de 8 Mortiers , quatre dans chaque Batteries ,
qui jetterent des Bombes le 7 au matin , et l'on
commença la nuit du 6 au 7 , six Batterics de
Садом
166 MERCURE DE FRANCE
Canon ; sçavoir , deux de chacune 8 Pieces ,
pour battre les deux faces des Bastions de l'attaque
; deux de chacune trois Pieces , pour ruiner
les deux Flancs et les deffenses de la Demi-
Lune , et deux Batteries sur la gauche , et la
droite entre les deux Paralleles , pour tirer à
Ricochets et enfiler les deux faces des Bastions
du côté de l'attaque ; ces 30 Pieces de Canon
devoient tirer le 9 au matin ; mais les Bombes
ayant , dis-je, fait beaucoup de frayeur aux habitans
de la Ville ; ils allerent trouver M. Paul
Durand, Gouverneur , pour le prier de capituler,
ce qu'il accepta ; et le 7 , à 4 heures après midi
il fit rappeller et arborer le Drapeau blanc.
La Capitulation fut signé le même jour , et le
lendemain 8. on nous ceda une des Portes de la
Ville. La Garnison en sortit le onze au matin
au nombre de 1300 hommes d'Infanterie , et 40
Chevaux, deux Pieces de Canon , et 90 Chariots,
pour porter leurs Equipages , et on les escorta
jusqu'à Mantouë.
M. de la Blottiere a commandé en chef à ces
deux Siéges , de même qu'à celui de Pizighitone,
à cause que M.de Salmon son ancien, a toujours
été inalade.
Il y a eu à tous ces Siéges quatre Brigades
d'Ingénieurs,faisant en tout 32.et 16 Ingénieurs
Piémontois qui monterent avec nos Brigades.
Dans moins de deux mois de temps l'armée
bien fait des Conquêtes. Les voici : Pizzighitone
, la Citadelle de Milan , Novarre , le Château
de Crémone, et le Fort de Lecs , Tresso, Fuentes,
Arona , et Saravats. Il y avoit dans toutes ces
Places du Canon, des Garnisons , et beaucoup de
Munitions de Guerre et de Bouche .
Il y a dans Novarre 44 Piéces de Canons , &
Mor-
X
JANVIER. 1734 167
$4
Mortiers , le tout de Bronze ; 4300 Barils de
Poudre,chaque Baril de cent liv. pesant , et beaud'autres
munitions. coup
que
,
Il y a dans Pizzighitone et dans la Citadelle de
Milan beaucoup plus d'Artillerie et de Poudre
dans Novarre si le temps nous permet de
faire le Siége de Tortonne toute la Lombardie
, depuis l'Oglio jusqu'à la Sesia , près de
Verceille , sera libre ; c'est -à-dire que toutes les
Places seront soumises . On s'est même emparé
de Gouestella et de Borgoforte , cette derniere
Place qui ne vaut rien , n'est qu'à deux lieuës de
Mantoue. Je suis , &c.
écrite le 14 Janvier , contenant quelque
détail du Siége de la Citadelle de Milan
, & c. et de Novarre.
A Tranchée fut ouverte devant la Citadelle
Lde Milan la nuit du 15 au 16 de Decembre
deux mille travailleurs , et l'on fit cette
pár
même nuit une Parallele à 120 toises de la Pla
ce , et de 580 toises de longueur , et deux communications
pour arriver à cette Parallele de
630 toises les deux , ce qui fut perfectionné durant
la journée du 16. La nuit du 16 au 17 on
fit trois Zigzags vis - à - vis les Angles Saillans des
deux Bastions ou de la Demi - Lune de l'attaque .
La nuit du 17 au 18 l'on fit une Parallele au
pied du Glacis de 316 toises de longueur.
La nuit du 18 au 19 on prolongea la premiere
Parallele , et l'on travailla aux Batteries de
30 pieces de Canon qui ont ruiné les deffenses ,
et aux communications pour arriver aux Batteries.
La nuit du 19 au 20, on travailla à la Sape volante
, pour continuer les débouchez des Zigzags
, sur les Capitales.
La nuit du 20 au 21 , on prolongea , encore à
la Sappe , les débouchez des Zigzags .
La nuit du 21 au 22 , on fit la troisiéme Parallele
à moitié du Glacis .
La nuit du 22 au 23 , on continua cette Parallele
et l'on prolongea la premiere Parallele jusqu'à
la Porte Verccilline , pour la commodité
des Troupes.
La même nuit du 22 au 23 , les Mineurs com-
H vj
men164
MERCURE DE FRANCE.
mencerent neuf Puits ou descentes pour chercher
les Mines des Ennemis , et l'on commença en
même-temps trois Zigzags à la Sappe, pour s'approcher
des Angles saillans,
La nuit du 23 au 24 , on fit le logement du
Chemin couvert , sur les Angles saillans , avec
des communications pour y arriver .
La nuit du 24 au 25, on continua le logement
du Chemin couvert.
La nuit du 25 au 26, on perfectionna le logegement
du Chemin couvert , de mêine que les
communications; et la même nuit on commença
les Batteries sur le Chemin couvert; sçavoir,deux
de 4 Pieces chacune , pour battre les faces de la
Demi - Lune , deux autres Batteries , de 6 Pieces
chacune , pour battre les deux faces des Bastions
du front de l'attaque.
Pendant le jour du 26 , on commença.
bouchez des descentes du Fossé.
six. dé-
La nuit du 26 au 27 , on fit les logemens dans
les deux Places d'armes rentrantes , et cette
même nuit on commença deux Batteries de qua,
tre Pieces chacune , pour ruiner les Flancs des
deux Bastions de l'attaque.
La nuit du 27 au 28 , on perfectionna les lodes
Places d'armes rentrantes , et l'on con- gemens
tinua les Batteries , et prolongea les descentes dy
Fossé , près de la Contrescarpe.
La nuit du 28 au 29 , on fit un Epaulement
sur le Chemin couvert de l'attaque de la droite ,
pour couvrir les Batteries qui étoient de ce côtélà.
Les & Pieces de Canon pour battre les faces
de la Demi- Lune , commencerent à tirer le 27 ,
et le 29 la Bréche à la face gauche étoit praticable
. Les 12 Piéces destinées pour faire Bréche
aux faces des Bastions , commencerent à tixer ,
parJANVIER
1734- IGS
partie le 27 , et l'autre partie tira le 28, et tou
tes ces Pieces faisoient beaucoup d'effet . Les &
Pieces destinées pour ruiner les Flancs , commencerent
à tirer le 29 au matin , et ce même
jour à deux heures après midi , les Ennemis demanderent
à capituler , et arborerent le Drapeau
blanc , la Garnison étoit composée de
1500 hommes d'Infanterie , on leur a accordé
les honneurs de la Guerre , et sont sortis le a
Janvier , , pour être conduits à Mantouë.
M. le Maréchal de Visconti commandoit en
Chef dans cette Citadelle ; la Garnison s'est assez
bien deffendue ; elle pouvoit néanmoins encore
tenir 3 à 4 jours , mais on l'auroit fait Prisonniere
de Guerre. Nous avons perdu dans le courant
de ce Siége 60 hommes de tuez , et 116
blessez. Les Troupes y ont servi avec beaucoup
de valeur et de distinction .
La Tranchée fut ouverte devant Novarre la nuit
du s at 6 Janvier , par 2000 travailleurs , sourenus
en avant par cinq Compagnies de Grena
diers , et sur le derriere , par 2 Bataillons. L'on
fit une Parallele à 130 toises de la Place , et de
540 toises de longueur , et deux communications
pour arriver à cette Parallele , le tout s'est perfectionné
durant la journée du 6 , par les deux
Bataillons de la tranchée , 1000 Soldats travailn
leurs et 500 Paysans.
La nuit du 6 au 7 on fit une seconde Parallele
â la Sappe volante , avec trois communications
en zigzags ; cette Parallele étoit à 60 toises
de la premiere , et à 70 toises du Chemin
Couvert. L'on travailla dès le 6 , à deux Batteries
de 8 Mortiers , quatre dans chaque Batteries ,
qui jetterent des Bombes le 7 au matin , et l'on
commença la nuit du 6 au 7 , six Batterics de
Садом
166 MERCURE DE FRANCE
Canon ; sçavoir , deux de chacune 8 Pieces ,
pour battre les deux faces des Bastions de l'attaque
; deux de chacune trois Pieces , pour ruiner
les deux Flancs et les deffenses de la Demi-
Lune , et deux Batteries sur la gauche , et la
droite entre les deux Paralleles , pour tirer à
Ricochets et enfiler les deux faces des Bastions
du côté de l'attaque ; ces 30 Pieces de Canon
devoient tirer le 9 au matin ; mais les Bombes
ayant , dis-je, fait beaucoup de frayeur aux habitans
de la Ville ; ils allerent trouver M. Paul
Durand, Gouverneur , pour le prier de capituler,
ce qu'il accepta ; et le 7 , à 4 heures après midi
il fit rappeller et arborer le Drapeau blanc.
La Capitulation fut signé le même jour , et le
lendemain 8. on nous ceda une des Portes de la
Ville. La Garnison en sortit le onze au matin
au nombre de 1300 hommes d'Infanterie , et 40
Chevaux, deux Pieces de Canon , et 90 Chariots,
pour porter leurs Equipages , et on les escorta
jusqu'à Mantouë.
M. de la Blottiere a commandé en chef à ces
deux Siéges , de même qu'à celui de Pizighitone,
à cause que M.de Salmon son ancien, a toujours
été inalade.
Il y a eu à tous ces Siéges quatre Brigades
d'Ingénieurs,faisant en tout 32.et 16 Ingénieurs
Piémontois qui monterent avec nos Brigades.
Dans moins de deux mois de temps l'armée
bien fait des Conquêtes. Les voici : Pizzighitone
, la Citadelle de Milan , Novarre , le Château
de Crémone, et le Fort de Lecs , Tresso, Fuentes,
Arona , et Saravats. Il y avoit dans toutes ces
Places du Canon, des Garnisons , et beaucoup de
Munitions de Guerre et de Bouche .
Il y a dans Novarre 44 Piéces de Canons , &
Mor-
X
JANVIER. 1734 167
$4
Mortiers , le tout de Bronze ; 4300 Barils de
Poudre,chaque Baril de cent liv. pesant , et beaud'autres
munitions. coup
que
,
Il y a dans Pizzighitone et dans la Citadelle de
Milan beaucoup plus d'Artillerie et de Poudre
dans Novarre si le temps nous permet de
faire le Siége de Tortonne toute la Lombardie
, depuis l'Oglio jusqu'à la Sesia , près de
Verceille , sera libre ; c'est -à-dire que toutes les
Places seront soumises . On s'est même emparé
de Gouestella et de Borgoforte , cette derniere
Place qui ne vaut rien , n'est qu'à deux lieuës de
Mantoue. Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE du Camp devant Novarre, écrite le 14 Janvier, contenant quelque détail du Siége de la Citadelle de Milan, &c. et de Novarre.
La lettre du 14 janvier détaille les sièges de la citadelle de Milan et de Novarre. Le siège de Milan a débuté la nuit du 15 au 16 décembre avec l'ouverture d'une tranchée et la construction de parallèles et de communications. Les travaux ont continué chaque nuit, incluant la création de zigzags, de parallèles supplémentaires et de batteries de canons. Le 29 janvier, après une intense canonnade, les défenseurs ont demandé à capituler. La garnison, composée de 1500 hommes, a été autorisée à sortir avec les honneurs de la guerre et a été conduite à Mantoue. Simultanément, le siège de Novarre a commencé la nuit du 5 au 6 janvier avec l'ouverture d'une tranchée et la construction de parallèles et de communications. Des batteries de mortiers et de canons ont été préparées, et les bombardements ont débuté le 7 janvier. Face à la frayeur causée par les bombes, les habitants ont demandé la capitulation, acceptée par le gouverneur. La garnison, composée de 1300 hommes d'infanterie et 40 chevaux, a quitté la ville le 11 janvier pour Mantoue. M. de la Blottière a commandé ces sièges, ainsi que celui de Pizzighitone, en raison de la maladie de M. de Salmon. En moins de deux mois, l'armée a conquis plusieurs places, dont Pizzighitone, la citadelle de Milan, Novarre, et d'autres forteresses. Ces places contenaient du canon, des garnisons et des munitions. La lettre mentionne également la possibilité de soumettre d'autres places en Lombardie si les conditions le permettent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 383-384
ARMÉE D'ITALIE,
Début :
Les travaux commencez le 30 Janvier, devant le Château de Tortonne pour l'établissement [...]
Mots clefs :
Château de Tortone, Batteries, Bastions, France, Tortone, Canon, Battre, Prince de Wurtemberg
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texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE,
ARMEE D'ITALIE >
Es travaux commencez le 30 Janvier , devant
LE
le Château de Tortonne pour l'établissement
des Batteries , furent perfectionnés les jours suivans.
On en dressa deux de 6 Piéces de Canon ,
pour battre les faces des Bastions de Sainte Barbe
et de Saint Laurent ; deux autres de quatre ,
pour battre les Flancs de ce's Bastions , et une de
quinze , contre la branche de l'Ouvrage à Corne
, et ces cinq Batteries tirerent la nuit du 1 au
2 de ce mois , avec tant de succès , que le landemain
les faces des Bastions commencerent à s'écrouler
Les Batteries de Mortiers établies depuis,
et qui furent en état de tirer le 4 , firent tant
d'effet , que le s , à deux heures après midi le
Gouverneur du Château demanda à capituler.Le
même jour le Duc de la Trémoille partit du
Camp pour aller en France , porter au Roy la
nouvelle de la prise du Château de Tortonne ,
dont
384 MERCURE DE FRANCE
dont la Garnison , composée de 1200 hommes ,
doit sortir avec les honneurs de la Guerre , et se
retirer à Mantouë . Le sieur de la Garde , Capitaine
de Grenadiers , dans le Régiment de Médoc
, a été tué à ce Siége ; il y a eu quatre Officiers
de blessez , vingt Soldats de tuez , et environ
quarante de blessez .
Le 29 du mois dernier , le Prince de Wirtemberg
sortit de Mantoue avec un détachement
d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons de
4000 hommes , et il prit à Goïto du Canon , des
Pontons et 200 Travailleurs , qu'on croit qu'il
vouloit employer à rompre le Pont que les
Troupes du Roy de France ont fait sur l'Oglio
à Gazolo . Ce détachement se presenta la nuit au
Gué de S.Michel , et ensuite à celui de Marcaria.
Mais le Prince de Wirtemberg ayant trouvé ces
Postes bien gardez , il se retira à Capitello , d'où
il est entré dans Mantovë , sans avoir rien entrepris
. Le Maréchal de Villars qui étoit parti le
25 du mois dernier pour aller à Farme,, en est
revenu icy avanthier.
Es travaux commencez le 30 Janvier , devant
LE
le Château de Tortonne pour l'établissement
des Batteries , furent perfectionnés les jours suivans.
On en dressa deux de 6 Piéces de Canon ,
pour battre les faces des Bastions de Sainte Barbe
et de Saint Laurent ; deux autres de quatre ,
pour battre les Flancs de ce's Bastions , et une de
quinze , contre la branche de l'Ouvrage à Corne
, et ces cinq Batteries tirerent la nuit du 1 au
2 de ce mois , avec tant de succès , que le landemain
les faces des Bastions commencerent à s'écrouler
Les Batteries de Mortiers établies depuis,
et qui furent en état de tirer le 4 , firent tant
d'effet , que le s , à deux heures après midi le
Gouverneur du Château demanda à capituler.Le
même jour le Duc de la Trémoille partit du
Camp pour aller en France , porter au Roy la
nouvelle de la prise du Château de Tortonne ,
dont
384 MERCURE DE FRANCE
dont la Garnison , composée de 1200 hommes ,
doit sortir avec les honneurs de la Guerre , et se
retirer à Mantouë . Le sieur de la Garde , Capitaine
de Grenadiers , dans le Régiment de Médoc
, a été tué à ce Siége ; il y a eu quatre Officiers
de blessez , vingt Soldats de tuez , et environ
quarante de blessez .
Le 29 du mois dernier , le Prince de Wirtemberg
sortit de Mantoue avec un détachement
d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons de
4000 hommes , et il prit à Goïto du Canon , des
Pontons et 200 Travailleurs , qu'on croit qu'il
vouloit employer à rompre le Pont que les
Troupes du Roy de France ont fait sur l'Oglio
à Gazolo . Ce détachement se presenta la nuit au
Gué de S.Michel , et ensuite à celui de Marcaria.
Mais le Prince de Wirtemberg ayant trouvé ces
Postes bien gardez , il se retira à Capitello , d'où
il est entré dans Mantovë , sans avoir rien entrepris
. Le Maréchal de Villars qui étoit parti le
25 du mois dernier pour aller à Farme,, en est
revenu icy avanthier.
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Résumé : ARMÉE D'ITALIE,
Le 30 janvier, les travaux pour établir des batteries devant le Château de Tortonne débutèrent. Cinq batteries furent installées : deux de six pièces pour attaquer les faces des bastions de Sainte-Barbe et de Saint-Laurent, deux autres de quatre pièces pour les flancs, et une de quinze pièces contre la branche de l'ouvrage à corne. Ces batteries tirèrent avec succès la nuit du 1 au 2 février, provoquant l'effondrement des faces des bastions le lendemain. Les batteries de mortiers, opérationnelles le 4 février, causèrent suffisamment de dégâts pour que le gouverneur demande à capituler le même jour. Le Duc de la Trémoille informa le roi de la prise du château. La garnison, composée de 1200 hommes, se retira à Mantoue avec les honneurs. Le siège coûta la vie au sieur de la Garde et fit quatre officiers blessés, vingt soldats tués et environ quarante blessés. Le 29 janvier, le Prince de Wirtemberg tenta sans succès de rompre un pont français sur l'Oglio à Gazolo. Le Maréchal de Villars revint à Farme le 28 janvier.
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47
p. 208-219
AVIS.
Début :
Le sieur Vacossain, Marchand Epicier Droguiste, rue & vis-à-vis S. André des Arts, continue [...]
Mots clefs :
Cierge, Canon, Succès, Maladies, Flambeaux, Chocolat, Vinaigre
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
E fieur Vacoffain , Marchand Epicier Dro-
Lguifte,rue to vis -à- vis 3. André des sirs , Dontinue
de vendre avec beaucoup de fuccès fon eau
pour les dents : cette eau a la propriété de les
conferver & blanchir & de diſſoudre l'humeur
glaireufe qui peut contribuer à les gâter . Elle a
auffi la vertu d'arêter dans l'inftant le mal que
l'on nomme communément rage de dents. L'ufage
de quinze jours fera voir , par la beauté & la
fermeté des dents , que l'on pourra , hors dans les
grand befoins , fe difpenfer de tous ferremens.
Ledit Sieur donne un imprimé de la maniere d'en
faire ufage , & vend la bouteille douze fols.
Ledit fieur Vacoffain continue auffi de vendre
avec le même fuccès fa poudre purgative , qu'il
compofe de différens fimples : cette poudre
fond les humeurs groffieres & peccantes , purifie
la maffe du fang , détruit les glaires , & diffipe
les réplétions. Elle prévient les maladies , particulierement
l'apoplexie ; guérit les maux de tête ,
la jauniffe de l'un & de l'autre fexe , les fievres
tierces , quartes & intermittentes . Elle eft fi bienfaifante
qu'elle ne caufe ni tranchée ni colique.
Les femmes enceintes de cinq à fix mois peuvent
en ufer en toute fureté , elle les difpofera à un
heureux accouchement. Ses vertus & fes propriétés
font expliquées plus au long dans un mémoire
particulier , ainfi que la maniere de s'en fervir.
Cette poudre fe vend vingt fols le paquet , qui eſt
DECEMBRE. 1754 209
cacheté & figné de la main dudit Sieur , afin que
le Public ne puiffe pas être trompé. Ledit fieur
Vacoffain eft autorifé & approuvé pour la vente
de fes remédes .
Ledit Vacoffain avertit qu'il a auffi le bureau
du vrai fel Polychrefte , compofé par M. de Seignette
, de la Rochelle , lequel fel eft paraphé
en dedans de chaque paquet , & cacheté de la
main dudit fieur de Seignette , pour éviter toute
fuprife & falfification ordinaire."
AUTR E.
E fieur Meffier donne avis qu'il tient manu-
Lfacture de cierges à refforts qu'il a pouffé à la
derniere perfection , lefquels offrent de grands
avantages pour ménager la cire de deux tiers ; de
n'être point expofé à couler comme les autres
cierges , ce qui périt tous les ornemens d'Autel ;
de conferver toujours la même hauteur , ce qui
eft impoffible avec les autres cierges ; d'y brûler
toute forte de cire , la couleur de ladite cire n'étant
point exposée à la vue , fe trouvant renfermée
dans un canon , qui ne laiffe voir que la lumiere
, le tout s'y confumme fans aucun déchet ,
la bougie brulant jufqu'à la fin. Les avantages de
les peindre & revernir n'étant point fujets à
s'écailler , & fe pouvant laver , met toutes les
Eglifes à portée de jouir des avantages que procurent
ces cierges , laquelle peinture imite parfaitement
la cire. Comme il fe trouve dans les
provinces des ouvriers qui veulent imiter ces
cierges , qui outre leur mauvaife façon deviennent
très - fujets & très-incommodes , plufieurs
perfonnes en ayant vû dudit fieur Meffier dans différens
endroits , pour éviter les frais des ports &
210 MERCURE DE FRANCE.
emballages , en ont acheté à ces ouvriers , & fe
trouvant trompés , ont été obligés de les abandonner
, & d'en faire venir de la manufacture dudit
fieur Meffier.
Pour que toutes les Eglifes des Provinces puiffent
profiter de cet avantage , qui eſt déja connu
dans tout le royaume & dans beaucoup d'autres
pays étrangers où il en a fait des envois confidérables
, ledit Sieur donne avis aux marchands ou
autres perfonnes de provinces , qu'en fe faifant
connoître il leur en enverra des affortimens de
différentes grandeurs pour débiter pour fon compte
dans les Eglifes de leurs provinces , en leur
abandonnant un bénéfice fur chaque cierge pour
la commiffion de la vente , comme il fait dansplufieurs
villes où il a des perfonnes qui lui en
débitent. Les perfonnes qui lui écriront font priées
d'affranchir les lettres , à moins que ce ne foit
pour commander de l'ouvrage . Sa manufacture eſt
rue de Charonne , Faubourg S. Antoine , à Paris .
Les corps des cierges fe vendent au pied , &
les canons & refforts qui entrent dans ces fortes
de cierges , fe vendent à la pièce.
Pour les cierges , depuis trois pieds juſqu'à
fept , 10 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges , 4 liv.
piéce.
Pour les cierges , depuis huit jufqu'à dix , 12
fols par pied.
Pour le canon & reffort defdits cierges , s liv.
piece.
Les bougies d'un pied avec leurs canons & refforts
pour le S. Sacrement , bras de cheminée ou
luftres , 2 liv . 15 fols piece.
Pour celles d'un pied & demi , 3 liv. piece.
Pour les flambeaux d'élévation pour couvrir en
cire , 12 fols par pied.
DECEMBRE . 1754. 211
> dont la
Pour les flambeaux pour peindre
fouche doit être cannelée , 1 liv. 4 fols par pied.
Pour les canons defdits flambeaux , 4 liv. piece.
Pour les cierges pafchals , depuis fix pieds jufqu'à
neuf, 12 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges pafchals
, liv . piece .
Pour les cierges pafchals de dix pieds & au¬
deffus , 1 liv. par pied.
Pour les canons defdits cierges pafchals , de
puis 8 jufqu'à 24 liv . piece.
Pour couvrir les cierges & flambeaux , la cire
coute 3 liv . à cauſe de ſa façon.
Les cierges & flambeaux fe peignent en couleur
de cire , excepté les cierges paichals.
Pour peindre & vernir les bougies & cierges
jufqu'à fept pieds , fols par pied.
Pour ceux de huit pieds & au-deffus , 7 fols
par pied .
Pour les flambeaux , 10 fols par pied.
Une bougie d'un pied en couleur de cire revient
à 3 trois liv . une d'un pied & demi 3 liv.
7 fols 6 deniers , avec leurs canons & reflorts ; un
cierge de trois pieds en couleur de cire , 6 livres
S fols ; un de quatre pieds , 7 liv. un de cinq
pieds , 7 liv. 15 fols ; un de 6 pieds , 8 liv. 10
fols ; un de fept pieds , 9 liv. 5 fols ; un de huit
pieds , 12 liv. 12 fols ; un flambeau de quatre
pieds , 10 liv. 16 fols ; un de cinq pieds , 12 liv.
10 fols ; un de fix pieds 14 liv. 4 fols.
Il a auffi des moules pour faire les bougies qui
entrent dans ces fortes de cierges , pour la commodité
des perſonnes de province qui ne font pas
à portée d'avoir des Ciriers qui puiffent leur faire
des bougies bien égales ; avec lefdits moules les
bougies fe trouvent mieux faites , & toutes per212
MERCURE DE FRANCE.
fonnes peuvent les faire eux-mêmes . Lefdits moules
coutent 3 livres piece .
AUTR E.
M.DE TORRES , Médecin de S. A. S. M. le
Duc d'Orléans , ci -devant Médecin de la Famille
royale de S. M. C. Membre des Académies royales
de Médecine , & de l'Hiftoire Univerſelle d'Efpagne
, Affocié Correfpondant Etranger de la Société
royale de Montpellier , & de l'Académie des
Sciences de Paris , &c. avertit le Public qu'il ne
répondra deformais que depuis huit heures du
matin jufqu'à neuf, aux confultations des perfonnes
attaquées de maux vénériens , rhumatilmes
dartres , écrouelles , cancers , ou d'autres maladies
qu'on regarde comme incurables . M. de TORRÈS
demeure rue Tire - boudin , près la Comédie Italienne
, dans la maison qu'occupoit ci -devant M. Debrus
, Banquier.
AUTRE.
Odeau , Marchand Diftillateur , tenant le
>
Saint-Honoré , fait & vend toutes fortes de liqueurs
fines , tant françoifes qu'étrangeres. Il fait
aufli du chocolat de fanté à la façon d'Espagne
& autre chocolat à la vanille . L'on trouve auffi
chez lui de l'ancienne huile de Venus , vrai figogne
, Marafquin , Ratafia de Bologne , huile royale
, crême des barbades , crême de fleur d'orange
, crême de framboife , crême d'angelique , liqueur
vanille , les délices de la fanté , liqueurs
très-agréables , kis wafer , & généralement toutes
fortes de liqueurs fines.
DECEMBRE. 1754. 213
M
AUTRE.
RS Bianchetti & Manar , Suiffes Italiens ,
viennent d'établir une fabrique de chocolat
à la façon de Milan & de Turin , dont ils ont apporté
d'Italie tous les uftenfiles néceffaires à cette
fabrique, Tout le monde fçait que la bonté du
chocolat confifte dans une parfaite coction ; c'eft
cette qualité qui fait fi eftimer le chocolat de Milan
& de Turin , & qui va être deformais fabriqué
à Paris , par les fieurs Bianchetti & Manar,
Ils le vendront en gros & en détail , & ils en
ont à plufieurs prix de la fufdite façon ; ils le vont
faire en ville quand on les y demande. Leur adreffe
eft dans les Quinze-vingt , la boutique à côté
de la cuifine des Prêtres,
AUTRE.
A veuve Mouton , Marchande Apothicaire de
le débit de fon bechique fouverain , ou fyrop
pectoral approuvé pour les maladies de poitrine ,
comme rhume , toux invétérées , oppreffion , foibleffe
de poitrine , & afthme humide . Ce firop béchique
ayant la propriété de fondre & d'atténuer
les humeurs engorgées dans le poulmon , d'adoucir
l'acrimonie de la limphe , comme balfamique
, & rétablir les forces abattues , en tant que
parfait reftaurant , produit des effets fi rapides dans
les maladies énoncées ci-deffus , que fix jours fuffifent
pour s'appercevoir d'un changement notable
; en un mot , une bouteille fuffit pour en
éprouver toute l'efficacité avec fuccès , en tant
qu'il rétablit les forces abbattues en rappellant
214 MERCURE DE FRANCE.
peu à peu l'appétit & le fommeil , comme parfait
reftaurant , par conféquent très-ſalutaire à la
fuite des longues maladies où les forces font épuifées.
L'odeur & le goût en font agréables , le régime
aifé à obferver ; en outre il convient à toutes
fortes de perfonnes , aux enfans même & aux
femmes enceintes , qui peuvent en uſer avec fuccès
, preuve de fa benignité. Nombre de perfonnes
de tous les états & de tous pays en ont fait
une heureuſe expérience , & en particulier quelques
Anglois. Si l'on en faifoit un plus grand
ufage en Angleterre , & qu'on le prenne à propos
, l'on ne verroit pas périr tant de milliers
d'Anglois de maladie de confomption , non pas
qu'il puiffe les réchapper , une fois la maladie invétérée
, mais lorfque les fymptômes l'annoncent
prochaine. Il peut non- feulement en éloigner les
effers ; mais encore en détruire la cauſe ; bien plus
en empêcher les progrès dans fon principe. La
preuve de ce , c'eft qu'en occafionnant une plus
prompte circulation , il empêche le fang de
croupir , & refter en ftagnation dans le poulmon ,
& en tant que balfamique , confolide les petits
ulceres qui peuvent s'y rencontrer , ce qui fuffit
pour en arrêter les progrès.
La bouteille fcellée & étiquetée à l'ordinaire ;
taxée à fix livres , eft fuffifante pour en éprouver
toute l'efficacité avec fuccès.
Il ne fe débite que chez la Dame veuve Mouton
, Marchande Apothicaire de Paris , rue S
Denis , entre la rue Thevenot & la rue des Filles-
Dieu, vis-à-vis le Roi François , à Paris.
Les perfonnes qui écriront font priées d'affranchir
les lettres.
DECEMBRE . 1754. 2rg-
AUTRE.
E fieur Maille , Vinaigrier , Diſtillateur ordieu
le
pour la compofition des vinaigres de propriété ,
donne avis aux perfonnes de diftinction qu'il vend
des corbeilles galantes de neuf flacons & de quinze
, remplis de différens vinaigres nouveaux ; il
continue avec fuccès la vente du vinaigre romain
pour la confervation de la bouche. Če vinaigre
raffermit les gencives , blanchit les dents , & arrête
le progès de la carie ; comme auffi le vinaigre de
turbie , pour la guérifon parfaite du mal de dents ,
& différens vinaigres fervant à blanchir la peau ,
ôter les boutons , dartres farineufes & taches du
vifage ; & le véritable vinaigre des Quatre voleurs ,
qui eft un préfervatif de toutes fortes d'airs contagieux
, & généralement toutes fortes de vinaigres ,
au nombre de cent cinquante - fix fortes , tant
pour la table que pour les bains & toilettes . Il
continue le débit de la nouvelle moutarde des fix
graines de fa compofition , &la moutarde aux capres
& aux anchois par extraits d'herbes fines , &
différens fruits confits au vinaigre. Les moindres
bouteilles , tant pour les dents que pour le vifage ,
font de trois livres . Les perfonnes de province qui
defireront fe les procurer , en écrivant une lettre
d'avis audit fieur Maille , & remettant l'argent par
la pofte , le tout affranchi de port , on le leur enverra
très- exactement.'Il demeure à Paris , rue da
P'Hyrondelle , aux Armes Impériales.
E fieur Vacoffain , Marchand Epicier Dro-
Lguifte,rue to vis -à- vis 3. André des sirs , Dontinue
de vendre avec beaucoup de fuccès fon eau
pour les dents : cette eau a la propriété de les
conferver & blanchir & de diſſoudre l'humeur
glaireufe qui peut contribuer à les gâter . Elle a
auffi la vertu d'arêter dans l'inftant le mal que
l'on nomme communément rage de dents. L'ufage
de quinze jours fera voir , par la beauté & la
fermeté des dents , que l'on pourra , hors dans les
grand befoins , fe difpenfer de tous ferremens.
Ledit Sieur donne un imprimé de la maniere d'en
faire ufage , & vend la bouteille douze fols.
Ledit fieur Vacoffain continue auffi de vendre
avec le même fuccès fa poudre purgative , qu'il
compofe de différens fimples : cette poudre
fond les humeurs groffieres & peccantes , purifie
la maffe du fang , détruit les glaires , & diffipe
les réplétions. Elle prévient les maladies , particulierement
l'apoplexie ; guérit les maux de tête ,
la jauniffe de l'un & de l'autre fexe , les fievres
tierces , quartes & intermittentes . Elle eft fi bienfaifante
qu'elle ne caufe ni tranchée ni colique.
Les femmes enceintes de cinq à fix mois peuvent
en ufer en toute fureté , elle les difpofera à un
heureux accouchement. Ses vertus & fes propriétés
font expliquées plus au long dans un mémoire
particulier , ainfi que la maniere de s'en fervir.
Cette poudre fe vend vingt fols le paquet , qui eſt
DECEMBRE. 1754 209
cacheté & figné de la main dudit Sieur , afin que
le Public ne puiffe pas être trompé. Ledit fieur
Vacoffain eft autorifé & approuvé pour la vente
de fes remédes .
Ledit Vacoffain avertit qu'il a auffi le bureau
du vrai fel Polychrefte , compofé par M. de Seignette
, de la Rochelle , lequel fel eft paraphé
en dedans de chaque paquet , & cacheté de la
main dudit fieur de Seignette , pour éviter toute
fuprife & falfification ordinaire."
AUTR E.
E fieur Meffier donne avis qu'il tient manu-
Lfacture de cierges à refforts qu'il a pouffé à la
derniere perfection , lefquels offrent de grands
avantages pour ménager la cire de deux tiers ; de
n'être point expofé à couler comme les autres
cierges , ce qui périt tous les ornemens d'Autel ;
de conferver toujours la même hauteur , ce qui
eft impoffible avec les autres cierges ; d'y brûler
toute forte de cire , la couleur de ladite cire n'étant
point exposée à la vue , fe trouvant renfermée
dans un canon , qui ne laiffe voir que la lumiere
, le tout s'y confumme fans aucun déchet ,
la bougie brulant jufqu'à la fin. Les avantages de
les peindre & revernir n'étant point fujets à
s'écailler , & fe pouvant laver , met toutes les
Eglifes à portée de jouir des avantages que procurent
ces cierges , laquelle peinture imite parfaitement
la cire. Comme il fe trouve dans les
provinces des ouvriers qui veulent imiter ces
cierges , qui outre leur mauvaife façon deviennent
très - fujets & très-incommodes , plufieurs
perfonnes en ayant vû dudit fieur Meffier dans différens
endroits , pour éviter les frais des ports &
210 MERCURE DE FRANCE.
emballages , en ont acheté à ces ouvriers , & fe
trouvant trompés , ont été obligés de les abandonner
, & d'en faire venir de la manufacture dudit
fieur Meffier.
Pour que toutes les Eglifes des Provinces puiffent
profiter de cet avantage , qui eſt déja connu
dans tout le royaume & dans beaucoup d'autres
pays étrangers où il en a fait des envois confidérables
, ledit Sieur donne avis aux marchands ou
autres perfonnes de provinces , qu'en fe faifant
connoître il leur en enverra des affortimens de
différentes grandeurs pour débiter pour fon compte
dans les Eglifes de leurs provinces , en leur
abandonnant un bénéfice fur chaque cierge pour
la commiffion de la vente , comme il fait dansplufieurs
villes où il a des perfonnes qui lui en
débitent. Les perfonnes qui lui écriront font priées
d'affranchir les lettres , à moins que ce ne foit
pour commander de l'ouvrage . Sa manufacture eſt
rue de Charonne , Faubourg S. Antoine , à Paris .
Les corps des cierges fe vendent au pied , &
les canons & refforts qui entrent dans ces fortes
de cierges , fe vendent à la pièce.
Pour les cierges , depuis trois pieds juſqu'à
fept , 10 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges , 4 liv.
piéce.
Pour les cierges , depuis huit jufqu'à dix , 12
fols par pied.
Pour le canon & reffort defdits cierges , s liv.
piece.
Les bougies d'un pied avec leurs canons & refforts
pour le S. Sacrement , bras de cheminée ou
luftres , 2 liv . 15 fols piece.
Pour celles d'un pied & demi , 3 liv. piece.
Pour les flambeaux d'élévation pour couvrir en
cire , 12 fols par pied.
DECEMBRE . 1754. 211
> dont la
Pour les flambeaux pour peindre
fouche doit être cannelée , 1 liv. 4 fols par pied.
Pour les canons defdits flambeaux , 4 liv. piece.
Pour les cierges pafchals , depuis fix pieds jufqu'à
neuf, 12 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges pafchals
, liv . piece .
Pour les cierges pafchals de dix pieds & au¬
deffus , 1 liv. par pied.
Pour les canons defdits cierges pafchals , de
puis 8 jufqu'à 24 liv . piece.
Pour couvrir les cierges & flambeaux , la cire
coute 3 liv . à cauſe de ſa façon.
Les cierges & flambeaux fe peignent en couleur
de cire , excepté les cierges paichals.
Pour peindre & vernir les bougies & cierges
jufqu'à fept pieds , fols par pied.
Pour ceux de huit pieds & au-deffus , 7 fols
par pied .
Pour les flambeaux , 10 fols par pied.
Une bougie d'un pied en couleur de cire revient
à 3 trois liv . une d'un pied & demi 3 liv.
7 fols 6 deniers , avec leurs canons & reflorts ; un
cierge de trois pieds en couleur de cire , 6 livres
S fols ; un de quatre pieds , 7 liv. un de cinq
pieds , 7 liv. 15 fols ; un de 6 pieds , 8 liv. 10
fols ; un de fept pieds , 9 liv. 5 fols ; un de huit
pieds , 12 liv. 12 fols ; un flambeau de quatre
pieds , 10 liv. 16 fols ; un de cinq pieds , 12 liv.
10 fols ; un de fix pieds 14 liv. 4 fols.
Il a auffi des moules pour faire les bougies qui
entrent dans ces fortes de cierges , pour la commodité
des perſonnes de province qui ne font pas
à portée d'avoir des Ciriers qui puiffent leur faire
des bougies bien égales ; avec lefdits moules les
bougies fe trouvent mieux faites , & toutes per212
MERCURE DE FRANCE.
fonnes peuvent les faire eux-mêmes . Lefdits moules
coutent 3 livres piece .
AUTR E.
M.DE TORRES , Médecin de S. A. S. M. le
Duc d'Orléans , ci -devant Médecin de la Famille
royale de S. M. C. Membre des Académies royales
de Médecine , & de l'Hiftoire Univerſelle d'Efpagne
, Affocié Correfpondant Etranger de la Société
royale de Montpellier , & de l'Académie des
Sciences de Paris , &c. avertit le Public qu'il ne
répondra deformais que depuis huit heures du
matin jufqu'à neuf, aux confultations des perfonnes
attaquées de maux vénériens , rhumatilmes
dartres , écrouelles , cancers , ou d'autres maladies
qu'on regarde comme incurables . M. de TORRÈS
demeure rue Tire - boudin , près la Comédie Italienne
, dans la maison qu'occupoit ci -devant M. Debrus
, Banquier.
AUTRE.
Odeau , Marchand Diftillateur , tenant le
>
Saint-Honoré , fait & vend toutes fortes de liqueurs
fines , tant françoifes qu'étrangeres. Il fait
aufli du chocolat de fanté à la façon d'Espagne
& autre chocolat à la vanille . L'on trouve auffi
chez lui de l'ancienne huile de Venus , vrai figogne
, Marafquin , Ratafia de Bologne , huile royale
, crême des barbades , crême de fleur d'orange
, crême de framboife , crême d'angelique , liqueur
vanille , les délices de la fanté , liqueurs
très-agréables , kis wafer , & généralement toutes
fortes de liqueurs fines.
DECEMBRE. 1754. 213
M
AUTRE.
RS Bianchetti & Manar , Suiffes Italiens ,
viennent d'établir une fabrique de chocolat
à la façon de Milan & de Turin , dont ils ont apporté
d'Italie tous les uftenfiles néceffaires à cette
fabrique, Tout le monde fçait que la bonté du
chocolat confifte dans une parfaite coction ; c'eft
cette qualité qui fait fi eftimer le chocolat de Milan
& de Turin , & qui va être deformais fabriqué
à Paris , par les fieurs Bianchetti & Manar,
Ils le vendront en gros & en détail , & ils en
ont à plufieurs prix de la fufdite façon ; ils le vont
faire en ville quand on les y demande. Leur adreffe
eft dans les Quinze-vingt , la boutique à côté
de la cuifine des Prêtres,
AUTRE.
A veuve Mouton , Marchande Apothicaire de
le débit de fon bechique fouverain , ou fyrop
pectoral approuvé pour les maladies de poitrine ,
comme rhume , toux invétérées , oppreffion , foibleffe
de poitrine , & afthme humide . Ce firop béchique
ayant la propriété de fondre & d'atténuer
les humeurs engorgées dans le poulmon , d'adoucir
l'acrimonie de la limphe , comme balfamique
, & rétablir les forces abattues , en tant que
parfait reftaurant , produit des effets fi rapides dans
les maladies énoncées ci-deffus , que fix jours fuffifent
pour s'appercevoir d'un changement notable
; en un mot , une bouteille fuffit pour en
éprouver toute l'efficacité avec fuccès , en tant
qu'il rétablit les forces abbattues en rappellant
214 MERCURE DE FRANCE.
peu à peu l'appétit & le fommeil , comme parfait
reftaurant , par conféquent très-ſalutaire à la
fuite des longues maladies où les forces font épuifées.
L'odeur & le goût en font agréables , le régime
aifé à obferver ; en outre il convient à toutes
fortes de perfonnes , aux enfans même & aux
femmes enceintes , qui peuvent en uſer avec fuccès
, preuve de fa benignité. Nombre de perfonnes
de tous les états & de tous pays en ont fait
une heureuſe expérience , & en particulier quelques
Anglois. Si l'on en faifoit un plus grand
ufage en Angleterre , & qu'on le prenne à propos
, l'on ne verroit pas périr tant de milliers
d'Anglois de maladie de confomption , non pas
qu'il puiffe les réchapper , une fois la maladie invétérée
, mais lorfque les fymptômes l'annoncent
prochaine. Il peut non- feulement en éloigner les
effers ; mais encore en détruire la cauſe ; bien plus
en empêcher les progrès dans fon principe. La
preuve de ce , c'eft qu'en occafionnant une plus
prompte circulation , il empêche le fang de
croupir , & refter en ftagnation dans le poulmon ,
& en tant que balfamique , confolide les petits
ulceres qui peuvent s'y rencontrer , ce qui fuffit
pour en arrêter les progrès.
La bouteille fcellée & étiquetée à l'ordinaire ;
taxée à fix livres , eft fuffifante pour en éprouver
toute l'efficacité avec fuccès.
Il ne fe débite que chez la Dame veuve Mouton
, Marchande Apothicaire de Paris , rue S
Denis , entre la rue Thevenot & la rue des Filles-
Dieu, vis-à-vis le Roi François , à Paris.
Les perfonnes qui écriront font priées d'affranchir
les lettres.
DECEMBRE . 1754. 2rg-
AUTRE.
E fieur Maille , Vinaigrier , Diſtillateur ordieu
le
pour la compofition des vinaigres de propriété ,
donne avis aux perfonnes de diftinction qu'il vend
des corbeilles galantes de neuf flacons & de quinze
, remplis de différens vinaigres nouveaux ; il
continue avec fuccès la vente du vinaigre romain
pour la confervation de la bouche. Če vinaigre
raffermit les gencives , blanchit les dents , & arrête
le progès de la carie ; comme auffi le vinaigre de
turbie , pour la guérifon parfaite du mal de dents ,
& différens vinaigres fervant à blanchir la peau ,
ôter les boutons , dartres farineufes & taches du
vifage ; & le véritable vinaigre des Quatre voleurs ,
qui eft un préfervatif de toutes fortes d'airs contagieux
, & généralement toutes fortes de vinaigres ,
au nombre de cent cinquante - fix fortes , tant
pour la table que pour les bains & toilettes . Il
continue le débit de la nouvelle moutarde des fix
graines de fa compofition , &la moutarde aux capres
& aux anchois par extraits d'herbes fines , &
différens fruits confits au vinaigre. Les moindres
bouteilles , tant pour les dents que pour le vifage ,
font de trois livres . Les perfonnes de province qui
defireront fe les procurer , en écrivant une lettre
d'avis audit fieur Maille , & remettant l'argent par
la pofte , le tout affranchi de port , on le leur enverra
très- exactement.'Il demeure à Paris , rue da
P'Hyrondelle , aux Armes Impériales.
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Résumé : AVIS.
En décembre 1754, plusieurs annonces commerciales et professionnelles ont été publiées. Le sieur Vacoffain, marchand épicier, propose une eau pour les dents qui conserve, blanchit et dissout les humeurs gâteresses. Cette eau arrête instantanément la 'rage de dents' et permet de se passer de ferrements après quinze jours d'usage. Il vend également une poudre purgative composée de divers simples, qui purifie le sang, détruit les glaires et prévient diverses maladies comme l'apoplexie et les fièvres. Cette poudre est sans danger pour les femmes enceintes et se vend vingt sols le paquet, cacheté et signé. Le sieur Meffier annonce la fabrication de cierges à reforts, offrant plusieurs avantages tels que la conservation de la cire et l'absence de coulure. Ces cierges peuvent être peints et vernissés, imitant parfaitement la cire. Il met en garde contre les imitations de mauvaise qualité et propose d'envoyer des assortiments aux marchands de province pour vente. M. de Torres, médecin, informe qu'il reçoit des consultations pour des maladies vénériennes, rhumatismes, dartres, écrouelles, cancers et autres maladies incurables, de huit heures à neuf heures du matin. Le sieur Odeau, distillateur, vend diverses liqueurs fines, chocolats et crèmes. Les sieurs Bianchetti et Manar, Suisses Italiens, établissent une fabrique de chocolat à la façon de Milan et Turin, vendu en gros et en détail. La veuve Mouton, marchande apothicaire, propose un sirop pectoral souverain pour les maladies de poitrine, efficace en six jours et sans danger pour les femmes enceintes et les enfants. Enfin, le sieur Maille, vinaigrier, vend des corbeilles de vinaigres pour diverses utilités, comme la conservation de la bouche, le blanchiment des dents et la guérison du mal de dents. Il propose également des vinaigres pour blanchir la peau et des vinaigres préventifs contre les airs contagieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 201-202
De Hambourg, le 30 Décembre.
Début :
Le 25 de ce mois le Vaisseau Anglois le Biddeford, de 22 pieces de canon, [...]
Mots clefs :
Vaisseaux anglais, Canon, Elbe, Somme, Roi de Prusse
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texteReconnaissance textuelle : De Hambourg, le 30 Décembre.
De Hambourgte 30 Décembre. **
Le 25 de ce mois le Vaiffeau Anglois le Bidderford
, de 22 pieces de canon , entra dans l'Elbe.
Il avoit à bord forxante mille livres Sterlings que
PAngleterre envoye au Roi de Pruffe . Cette fom
me a été remife à des Commillaires Pruffiensis
Ty
202 MERCURE DE FRANCE.
qui l'ont fait tranſporter fur le champ vers le
Brandebourg.
On affure que les Troupes Pruffiennes aux ordres
du Général d'Itzemplitz , fe font avancées
du côté d'Eichsfeld & d'Erfurt.
Le 25 de ce mois le Vaiffeau Anglois le Bidderford
, de 22 pieces de canon , entra dans l'Elbe.
Il avoit à bord forxante mille livres Sterlings que
PAngleterre envoye au Roi de Pruffe . Cette fom
me a été remife à des Commillaires Pruffiensis
Ty
202 MERCURE DE FRANCE.
qui l'ont fait tranſporter fur le champ vers le
Brandebourg.
On affure que les Troupes Pruffiennes aux ordres
du Général d'Itzemplitz , fe font avancées
du côté d'Eichsfeld & d'Erfurt.
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49
p. *217-217
DE TOULON, le 14 Juin.
Début :
Deux de nos Frégates, la Pleyade & l'Oiseau étant sur le point de rentrer dans [...]
Mots clefs :
Frégates, Port, Vaisseaux, Canon, Blessés et morts, Attaque
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texteReconnaissance textuelle : DE TOULON, le 14 Juin.
DE TOULON , le 14 Juin.
Deux de nos Frégates , la Pleyade & l'Oiseau
étant ſur le point de rentrer dans le Port , furent
arrêtées ces jours paflés par un vent contraire.
Trois Vailleaux Anglois détachés de la Flotte de
l'Amiral Broderick ayant découvert leur embarras
s'approcherent pour les combattre . Les Frégates
firent force de voile pour ſe mettre fous la protection
des Forts qui font à l'entrée de la grande rade.
Les Vailleaux Anglois les pourfuivirent & leur lâcherent
leurs bordées. Mais le canon des Forts &
des Batteries qui bordent le rivage , firent ſur eux
un feu fi vif , que l'un des trois vailleaux fut dé-
: mâté , & un autre eut la poupe fracatlée , ce qui
·les obligea de fe retirer très-promptement. Les
deux Frégates font rentrées dans le Port , n'ayant
eu en tout que neuf hommes tués & cinq
bleflés .
Deux de nos Frégates , la Pleyade & l'Oiseau
étant ſur le point de rentrer dans le Port , furent
arrêtées ces jours paflés par un vent contraire.
Trois Vailleaux Anglois détachés de la Flotte de
l'Amiral Broderick ayant découvert leur embarras
s'approcherent pour les combattre . Les Frégates
firent force de voile pour ſe mettre fous la protection
des Forts qui font à l'entrée de la grande rade.
Les Vailleaux Anglois les pourfuivirent & leur lâcherent
leurs bordées. Mais le canon des Forts &
des Batteries qui bordent le rivage , firent ſur eux
un feu fi vif , que l'un des trois vailleaux fut dé-
: mâté , & un autre eut la poupe fracatlée , ce qui
·les obligea de fe retirer très-promptement. Les
deux Frégates font rentrées dans le Port , n'ayant
eu en tout que neuf hommes tués & cinq
bleflés .
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Résumé : DE TOULON, le 14 Juin.
Le 14 juin, deux frégates françaises, la Pleyade et l'Oiseau, furent immobilisées par un vent contraire près de Toulon. Trois vaisseaux anglais les attaquèrent. Les frégates se réfugièrent sous la protection des forts. Les batteries côtières ripostèrent, endommageant deux vaisseaux anglais. Les frégates rentrèrent au port avec neuf morts et cinq blessés.
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50
p. 197
De Paderborn, le 11 Juillet.
Début :
Il y eut le 5 de ce mois du côté de Halle une escarmouche très-vive entre [...]
Mots clefs :
Escarmouche, Comte de Broglie, Prince Ferdinand , Alliés, Colonel, Régiment, Détachement, Troupes, Cavalerie, Grenadiers, Combat, Renforts, Canon
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texteReconnaissance textuelle : De Paderborn, le 11 Juillet.
De Paderborn , le 11 Juillet.
II y a eu les de ce mois du côté de Halle une
efcarmouche très-vive entre un détacheinent des
troupes Françoifes & un corps nombreux des
Alliés. Le Comte de Broglie qui vouloit recon-
noître avec exactitude la pofition du Prince Fer-
dinand , avoit formé le projet de s'emparer de
Halle qui étoit occupé par deux cens Hanovriens.
Il chargea de cette entreprife le fieur de Com-
meyras , Colonel des Volontaires de Clermont ,
qui y marcha avec fon régiment. Il fe fit pré-
céder par un détachement de fes Volontaires
aux ordres du fieur de Romans. Celui-ci s'avança
près du village de Halle , & n'eut pas plutôt
achevé fa difpofition qu'il apperçut une nom
breuse colonne d'Infanterie qui fe déployoit pour
lui faire face. Il fondit fur elle avec tant d'im-
pétuofité , qu'il la força de rentrer dans le Vil
lage où il l'attaqua ; & elle fut contrainte de
l'abandonner. Le fieur de Commeyras arriva
dans ce moment avec le refte de fa troupe , &
pouffa le corps Hanovrien jufques fous le canon
de Ravenfberg. Ce corps eluya dans fa retraite
le feu de quatre cens Volontaires de la None
qui s'étoient embufqués dans les bois de Ra-
venfberg. Mais ayant reçu un renfort de Grena-
diers & de, Cavalerie détaché du camp du Prince
Ferdinand , il fit reculer ces quatre cens Volon-
taires. Le feur de Commeyras , pour favorifer
leur retraite , dirigea fi à propos le feu de fon
canon fur les Hanovriens , qu'ils prirent la fuite
en défordre. Ce combat , qui a duré depuis huit
heures du matin jufqu'à quatre heures après m dì,
a coûté aux Alliés la perte de plus de qub rẻ
cens hommes. Les François ont perdu beaucoup
moins, & font reftés maîtres de-Halle.
II y a eu les de ce mois du côté de Halle une
efcarmouche très-vive entre un détacheinent des
troupes Françoifes & un corps nombreux des
Alliés. Le Comte de Broglie qui vouloit recon-
noître avec exactitude la pofition du Prince Fer-
dinand , avoit formé le projet de s'emparer de
Halle qui étoit occupé par deux cens Hanovriens.
Il chargea de cette entreprife le fieur de Com-
meyras , Colonel des Volontaires de Clermont ,
qui y marcha avec fon régiment. Il fe fit pré-
céder par un détachement de fes Volontaires
aux ordres du fieur de Romans. Celui-ci s'avança
près du village de Halle , & n'eut pas plutôt
achevé fa difpofition qu'il apperçut une nom
breuse colonne d'Infanterie qui fe déployoit pour
lui faire face. Il fondit fur elle avec tant d'im-
pétuofité , qu'il la força de rentrer dans le Vil
lage où il l'attaqua ; & elle fut contrainte de
l'abandonner. Le fieur de Commeyras arriva
dans ce moment avec le refte de fa troupe , &
pouffa le corps Hanovrien jufques fous le canon
de Ravenfberg. Ce corps eluya dans fa retraite
le feu de quatre cens Volontaires de la None
qui s'étoient embufqués dans les bois de Ra-
venfberg. Mais ayant reçu un renfort de Grena-
diers & de, Cavalerie détaché du camp du Prince
Ferdinand , il fit reculer ces quatre cens Volon-
taires. Le feur de Commeyras , pour favorifer
leur retraite , dirigea fi à propos le feu de fon
canon fur les Hanovriens , qu'ils prirent la fuite
en défordre. Ce combat , qui a duré depuis huit
heures du matin jufqu'à quatre heures après m dì,
a coûté aux Alliés la perte de plus de qub rẻ
cens hommes. Les François ont perdu beaucoup
moins, & font reftés maîtres de-Halle.
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Résumé : De Paderborn, le 11 Juillet.
Le 11 juillet, une escarmouche intense a opposé les troupes françaises à un corps nombreux des Alliés près de Halle. Le Comte de Broglie, désirant connaître la position du Prince Ferdinand, avait ordonné la prise de Halle, alors occupée par deux cents Hanovriens. Cette mission fut confiée au Colonel de Commeyras, à la tête des Volontaires de Clermont. Précédé par un détachement de Volontaires sous les ordres de Romans, de Commeyras affronta une colonne d'infanterie ennemie près du village de Halle. Après avoir repoussé les Hanovriens jusqu'au canon de Ravenfberg, les Français furent à leur tour repoussés par des renforts ennemis, incluant des Grenadiers et de la Cavalerie. De Commeyras intervint avec son artillerie, permettant la retraite des Volontaires. Le combat, qui dura de huit heures du matin à quatre heures de l'après-midi, causa la perte de plus de quatre cents hommes aux Alliés, tandis que les Français perdirent beaucoup moins d'hommes et restèrent maîtres de Halle.
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