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1
p. 309-312
Arrivée du Doge de Génes à Paris, [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous aurois parlé du Doge de Genes qu'aprés qu'il se sera [...]
Mots clefs :
Doge, Gênes, Duc de Savoie, Officiers, Prince, Voyages, Royaume de France
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texteReconnaissance textuelle : Arrivée du Doge de Génes à Paris, [titre d'après la table]
Je ne vous aurois parlé
du Doge de Genes qu'aprés
qu'il ſe ſera acquitté des Soumiſſions
qu'il vient faire au
Roy, ſi vousne m'aviez marqué
de l'empreſſemet d'avoir
des nouvelles de ſon arrivée...
Il partit de Genes le 29. du
dernier mois , & non ſeulement
Monfieur le Duc de
310 MERCURE
Savoye luyaccorda le paffage
fur lesTerres , come aux qua
tre Senateurs , & à tous ceux
de leur Suite , mais il dépef
cha unOfficier de faMaiſon,
pour les faire défrayer lors
qu'ils paſſeroient dans
Etats, Lebon traitement qu
ils en ont receu, a obligécette
• Republique de faire partir le
Marquis Doria en qualité
qu'
d'EnvoyéExtraordinaire pour
en aller faire ſes Remencil
mens à ce Prince. Le Doge
aprés avoir paffé le Mont
Genis le 24. de ce mois, arrive
10 à Lyon On croyoit
GALANIM H
ne
qu'il sjylauretteroit quelque
tempsysmais il en partit incognudpar
la Diligence &
ferendit à Parisles
fe fait point encore connoi
ftre , à cauſe que ſon équi
page n'est pas preft. Cepen
dant il ne laiſſe pas de voit
tour ce qu'il y a icy de cu
rieux, & il le remarque plus
commodement qu'il ne fel
roit, s'il eſtoit environné de
la foule qui ne l'abandonnera
pas, lors qu'il paroiſtra avec
toutVéclat qui le doit accom
pagner llatémoigne grande
impatience de de voir aux
312 MERCURE
pieds du Roy , & fait travail
leràtout ce qui luy eft necef
faire pour cela , avec un em
preſſement inconcevable
du Doge de Genes qu'aprés
qu'il ſe ſera acquitté des Soumiſſions
qu'il vient faire au
Roy, ſi vousne m'aviez marqué
de l'empreſſemet d'avoir
des nouvelles de ſon arrivée...
Il partit de Genes le 29. du
dernier mois , & non ſeulement
Monfieur le Duc de
310 MERCURE
Savoye luyaccorda le paffage
fur lesTerres , come aux qua
tre Senateurs , & à tous ceux
de leur Suite , mais il dépef
cha unOfficier de faMaiſon,
pour les faire défrayer lors
qu'ils paſſeroient dans
Etats, Lebon traitement qu
ils en ont receu, a obligécette
• Republique de faire partir le
Marquis Doria en qualité
qu'
d'EnvoyéExtraordinaire pour
en aller faire ſes Remencil
mens à ce Prince. Le Doge
aprés avoir paffé le Mont
Genis le 24. de ce mois, arrive
10 à Lyon On croyoit
GALANIM H
ne
qu'il sjylauretteroit quelque
tempsysmais il en partit incognudpar
la Diligence &
ferendit à Parisles
fe fait point encore connoi
ftre , à cauſe que ſon équi
page n'est pas preft. Cepen
dant il ne laiſſe pas de voit
tour ce qu'il y a icy de cu
rieux, & il le remarque plus
commodement qu'il ne fel
roit, s'il eſtoit environné de
la foule qui ne l'abandonnera
pas, lors qu'il paroiſtra avec
toutVéclat qui le doit accom
pagner llatémoigne grande
impatience de de voir aux
312 MERCURE
pieds du Roy , & fait travail
leràtout ce qui luy eft necef
faire pour cela , avec un em
preſſement inconcevable
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Résumé : Arrivée du Doge de Génes à Paris, [titre d'après la table]
Le texte annonce l'arrivée prochaine du Doge de Gênes à Paris. Initialement, l'auteur prévoyait de parler du Doge après ses soumissions au roi, mais l'impatience d'annoncer son arrivée a accéléré la communication. Le Doge a quitté Gênes le 29 du mois précédent, accompagné de quatre sénateurs et de leur suite. Le Duc de Savoie a facilité leur passage sur ses terres et a envoyé un officier pour couvrir leurs frais. En retour, la République de Gênes a désigné le Marquis Doria comme Envoyé Extraordinaire auprès du Duc de Savoie. Le Doge a franchi le Mont Genis le 24 du mois en cours et est arrivé à Lyon, où il a séjourné brièvement avant de partir incognito pour Paris en diligence. À Paris, il n'a pas encore été officiellement reconnu en raison de l'absence de son équipage. Néanmoins, il observe discrètement les événements locaux et manifeste une grande impatience à se présenter devant le roi, préparant activement cette audience.
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2
p. 27-33
NOUVELLES de Dauphiné.
Début :
Lettre de Grenoble du 9 Aoust. Les Armées sont en presence [...]
Mots clefs :
Savoie, Dauphiné, Duc de Savoie
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Dauphiné.
NOUVELLES
de Dauphiné
Acere de Grenoble du 9.
Aoust.
Les Armées sont en presence
depuis quinze jours; mais
dans une inaction surprenante.
Il estassez, difficile de penetrer
es
desseins de Monsieur le
Duc de Savoye. Il a porté
lepuis quelques jours son
Camp depuis S. Piere d'Albigny
jusqu'à la plaine de
Montmeillm : son quartier
l'st au Chasteau des Marches
où ilpasseson temps à nous observer
tranquilement. EtMr
le Maréchal de Bervick
4 se retrancher , entre le Fou
Barreau & Chapareillan ; de
maniere que ce posse est absolument
hors d'insulte. Monsieur
deSissy ne l'estpas moins
au Pas de la Crotte & des
Echelles> & l'on craint peu
ou pour mieux dire point du
tout pour ces deux entrées. Il
y en auroit une autreplus ouverte
& moins bien gardée
,
du cosé de S. Geis où l'on
ç'a pûpost que des Milices.
Cependant les Houssardsn'ont
pas encore osé les attaquers ;
comme la Saison s'avance &
qu'il nous doit arriver des
Troupes de différents endroits
ily a lieu de croire que Monsieur
de Savoye se retirera
bien-tôt, d'autant plus qu'il
ne subsiste dans son Camp
qu'avec une peine & une Jé..
pense infinie. Les Convois ne
peuventvenir que par le petit
Saint Bernard dont les chemins
doivent être bien rompus àcause
des pluyes continuelles depuis
quinze jours. Sa Cavallerie
4 bien de la peine à trouver
assezdefourage dans la Savoye
pourysubsister. Le Pain vaut
dix sols la livre dans son
Camp. Le prix du Foin &
de l'Avoineaaugmenté iry;
mais les autres denrées ont
bat'fjé à cause de la grande
quantitéqu'on y en apporte.
Monsieur Ddon tfl toûjours
en Mauriennecampé sur les
bords de Arc & de l'Isere
qu'il agarnis de canon dans les
endroits guéables. Si lapluye
continuë encore quelques jours
ces deux Rivieres ne le feront
en aucun endroit pendant le
reste de l'année.Monsieur de
Àfcdavi mandequ'ilestsi
tra**quile dansson Camp qu'il
y fait jàire un Jardin. On
amena hier icy un Ingenieur
que l'on surprit en levant le
Plan du Camp de Barreau,
Nous sommes ici aussi tranquiles
que si nous étions en
temps de Paix; mais on a eu
plusieursallarmes du costé de
S. Genis e du Pont de Beauvoisincependant
les Houssards
n'ont encore osépasserla Riviere
de Guiers qui Jepafe la
Savoye du Dauphine.
D'autres Lettres portent que
Monsieur de Cadrieu t/l.
campé à l'entrée d'une gorge
par o l'on pouroit venir du
cossé de la grande Charteuse,
& tombersur Mont Fleury
> 0* que Monsieur le Maréchal
de Bervickfaisoitaccommoder
des ptjjdges qui conduisent de
son Camp à Briançon afin de
pouvoir s'y porter plus promptement
en cas de besoin, que
Monsieur le Duc de Savoye est
malade; qu'il avoit commence
à tomber des neiges au petit
S. Bernard; qu'il étoit déjà
arrivé8 Bataillons&4. Escadrons
de renfortau Campde
Barreau, que Monsieurle Duc
de Savoye marchait du côtéde
dit Col de Galibier, & que
2l<fonjieur le Maréchal de
Bervick s'avançoitpour luy
endisputer le pâjjage.
de Dauphiné
Acere de Grenoble du 9.
Aoust.
Les Armées sont en presence
depuis quinze jours; mais
dans une inaction surprenante.
Il estassez, difficile de penetrer
es
desseins de Monsieur le
Duc de Savoye. Il a porté
lepuis quelques jours son
Camp depuis S. Piere d'Albigny
jusqu'à la plaine de
Montmeillm : son quartier
l'st au Chasteau des Marches
où ilpasseson temps à nous observer
tranquilement. EtMr
le Maréchal de Bervick
4 se retrancher , entre le Fou
Barreau & Chapareillan ; de
maniere que ce posse est absolument
hors d'insulte. Monsieur
deSissy ne l'estpas moins
au Pas de la Crotte & des
Echelles> & l'on craint peu
ou pour mieux dire point du
tout pour ces deux entrées. Il
y en auroit une autreplus ouverte
& moins bien gardée
,
du cosé de S. Geis où l'on
ç'a pûpost que des Milices.
Cependant les Houssardsn'ont
pas encore osé les attaquers ;
comme la Saison s'avance &
qu'il nous doit arriver des
Troupes de différents endroits
ily a lieu de croire que Monsieur
de Savoye se retirera
bien-tôt, d'autant plus qu'il
ne subsiste dans son Camp
qu'avec une peine & une Jé..
pense infinie. Les Convois ne
peuventvenir que par le petit
Saint Bernard dont les chemins
doivent être bien rompus àcause
des pluyes continuelles depuis
quinze jours. Sa Cavallerie
4 bien de la peine à trouver
assezdefourage dans la Savoye
pourysubsister. Le Pain vaut
dix sols la livre dans son
Camp. Le prix du Foin &
de l'Avoineaaugmenté iry;
mais les autres denrées ont
bat'fjé à cause de la grande
quantitéqu'on y en apporte.
Monsieur Ddon tfl toûjours
en Mauriennecampé sur les
bords de Arc & de l'Isere
qu'il agarnis de canon dans les
endroits guéables. Si lapluye
continuë encore quelques jours
ces deux Rivieres ne le feront
en aucun endroit pendant le
reste de l'année.Monsieur de
Àfcdavi mandequ'ilestsi
tra**quile dansson Camp qu'il
y fait jàire un Jardin. On
amena hier icy un Ingenieur
que l'on surprit en levant le
Plan du Camp de Barreau,
Nous sommes ici aussi tranquiles
que si nous étions en
temps de Paix; mais on a eu
plusieursallarmes du costé de
S. Genis e du Pont de Beauvoisincependant
les Houssards
n'ont encore osépasserla Riviere
de Guiers qui Jepafe la
Savoye du Dauphine.
D'autres Lettres portent que
Monsieur de Cadrieu t/l.
campé à l'entrée d'une gorge
par o l'on pouroit venir du
cossé de la grande Charteuse,
& tombersur Mont Fleury
> 0* que Monsieur le Maréchal
de Bervickfaisoitaccommoder
des ptjjdges qui conduisent de
son Camp à Briançon afin de
pouvoir s'y porter plus promptement
en cas de besoin, que
Monsieur le Duc de Savoye est
malade; qu'il avoit commence
à tomber des neiges au petit
S. Bernard; qu'il étoit déjà
arrivé8 Bataillons&4. Escadrons
de renfortau Campde
Barreau, que Monsieurle Duc
de Savoye marchait du côtéde
dit Col de Galibier, & que
2l<fonjieur le Maréchal de
Bervick s'avançoitpour luy
endisputer le pâjjage.
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Résumé : NOUVELLES de Dauphiné.
Le texte décrit la situation militaire entre les armées du Duc de Savoie et les forces françaises dans le Dauphiné. Depuis quinze jours, les armées sont face à face mais inactives. Le Duc de Savoie a déplacé son camp de Saint-Pierre-d'Albigny à la plaine de Montmelian. Le Maréchal de Bervick est retranché entre le Fou-Barreau et Chapareillan, tandis que Monsieur de Sissy défend les passages du Pas de la Crotte et des Échelles. Une autre entrée, du côté de Saint-Genis, est moins bien gardée. Les hussards n'ont pas attaqué, et l'arrivée de troupes françaises pourrait forcer le Duc de Savoie à se retirer. Les conditions dans son camp sont difficiles : les convois passent par le col du Petit Saint-Bernard, dont les chemins sont détériorés par les pluies, et la cavalerie manque de fourrage. Monsieur Donat est positionné en Maurienne avec des canons pour défendre les gués. Monsieur de Cadavieul signale une tranquillité totale dans son camp. La région est calme malgré quelques alarmes. Le Duc de Savoie est malade, et des mouvements de troupes sont signalés du côté du col du Galibier. Le Maréchal de Bervick se prépare à disputer le passage au Duc de Savoie.
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3
p. 61-62
Extrait d'une Lettre de Grenoble du 26. Ooctobre.
Début :
Monsieur le Duc de Savoye est parti de Conflans pour [...]
Mots clefs :
Duc de Savoie, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Grenoble du 26. Ooctobre.
Extrait d'une Lettre de Gre,..
nobledu26. Octobre.
Monsieur le Duc de Savoye
ffi parti de Corstans pour
retournerà Turin
,
aprés avoir
14igé desordres à ses Troupes
defairesauter le Fort d'Exiles
& de repasserpromptement les
Monts,cequ'elles ont executé
aprésen avoir retirél'Artillerie
<*r les Munitions qui ont
tsts conduites à SP,7,e. Mr de
B.rwic/Z en ayant uu avis a
commandé divers détachemens
pour harceler les EnYJcrnis)
dont un. leur a enlevé des
Farinest & un autre a fort
maltraité quatre Bataillons.
nobledu26. Octobre.
Monsieur le Duc de Savoye
ffi parti de Corstans pour
retournerà Turin
,
aprés avoir
14igé desordres à ses Troupes
defairesauter le Fort d'Exiles
& de repasserpromptement les
Monts,cequ'elles ont executé
aprésen avoir retirél'Artillerie
<*r les Munitions qui ont
tsts conduites à SP,7,e. Mr de
B.rwic/Z en ayant uu avis a
commandé divers détachemens
pour harceler les EnYJcrnis)
dont un. leur a enlevé des
Farinest & un autre a fort
maltraité quatre Bataillons.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Grenoble du 26. Ooctobre.
Le 26 octobre, une lettre alerte le Duc de Savoie que des troupes ont quitté Corstans pour Turin après des désordres. Elles ont détruit le Fort d'Exilles et transporté l'artillerie à S.P. Monsieur de Berwick a ordonné des détachements pour harceler les ennemis, réussissant à leur prendre des farines et à malmener quatre bataillons.
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4
p. 62-64
« D'autres Lettres portent que Mr de Berwick étoit arrivé [...] »
Début :
D'autres Lettres portent que Mr de Berwick étoit arrivé [...]
Mots clefs :
Armée, Duc de Savoie
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texteReconnaissance textuelle : « D'autres Lettres portent que Mr de Berwick étoit arrivé [...] »
D'autres Lettres portent
que Mr de Berwick étoit
arrivé le 2. 5. au Camp de
Jouvenceau dans la Vallée
d'Oulx avec une partie de
l'Armée; que le 29. il avoit
estendu sa droite jusqu'à
Villars d'Amont dans la
Vallée de Pragelas où les
,
fourages étoient abondants
; qu il y avoit des détachemens
de l'Armée des
Ennemis postez à Saint
Colomban, à Jullon, &
au-dessus de Fenestrelles,
pendant que le reste des
Troupes défiloit par la Val
d'Aoust, & par le petit S.
Bernard; & d'autres qui
font posterieures, que Mr
le Duc de Savoye qui étoit
arrivé à Turin,avoit encore
eu quelques accès de fièvre:
que toute son Armée avoit
repassé les Alpes, & que celle
du Roy continuoit de consommer
,
les fourages dans
-
les Vallées d'Oulx ÔC de
Pragelas.
que Mr de Berwick étoit
arrivé le 2. 5. au Camp de
Jouvenceau dans la Vallée
d'Oulx avec une partie de
l'Armée; que le 29. il avoit
estendu sa droite jusqu'à
Villars d'Amont dans la
Vallée de Pragelas où les
,
fourages étoient abondants
; qu il y avoit des détachemens
de l'Armée des
Ennemis postez à Saint
Colomban, à Jullon, &
au-dessus de Fenestrelles,
pendant que le reste des
Troupes défiloit par la Val
d'Aoust, & par le petit S.
Bernard; & d'autres qui
font posterieures, que Mr
le Duc de Savoye qui étoit
arrivé à Turin,avoit encore
eu quelques accès de fièvre:
que toute son Armée avoit
repassé les Alpes, & que celle
du Roy continuoit de consommer
,
les fourages dans
-
les Vallées d'Oulx ÔC de
Pragelas.
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Résumé : « D'autres Lettres portent que Mr de Berwick étoit arrivé [...] »
Le 25 mai, Monsieur de Berwick a établi son camp dans la vallée d'Oulx. Le 29 mai, il a avancé jusqu'à Villars d'Amont dans la vallée de Pragelas. Les ennemis étaient positionnés à Saint Colomban, Jullon et au-dessus de Fenestrelles. Le duc de Savoie, à Turin, a eu des accès de fièvre. L'armée du roi a continué de consommer les fourrages dans les vallées d'Oulx et de Pragelas.
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5
p. 265-270
ETAT DES TROUPES Allemandes qui font Campagne avec celles de M. le Duc de Savoye en Juillet 1712.
Début :
INFANTERIE Imperiale. Regimens. Hommes. 1 Herbeitein. 1140. 2 Thaun. 1140. [...]
Mots clefs :
État des troupes, Troupes allemandes, Duc de Savoie, Infanterie, Heiduques, Cavalerie, Troupes de saxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT DES TROUPES Allemandes qui font Campagne avec celles de M. le Duc de Savoye en Juillet 1712.
ETAT DES TROUPES
Allemandes qui font
Campagne avec celles
de M. le Duc de Savoye
en Juillet 1712.
INFANTERIE
Imperiale.
Regimens.
Hommes
I Herbeitein. 1140.
2 Thaun.
1140.
3 Bareith. 1140.
Octobre 1712.
Z
VACALANT. 166
Regimens.
4.Virtemberg.
Hommes,
1140,
5 Maxftaremberg. 1140.
7 Konigleek.
6 Gripan.
&
Regal.
10. Barach.
Zumicmghen.
1140.
1140.
1140.
I140.
1140.
IT Vachtendonck , cy- devant Volfenbutel. 1140,
HEIDUQUE S..
12. Guilay.
Canonniers &Bombardiers.
Total.
400.
300.
13240.
GALANT. 267
CAVALERIE.
Imperiale.
Regimens.
Hommes
Viſconty.
660.
Martiny.
900,
Duhautoy. 900
HOUSSARD S.
Erbergheny.
200.
Total- 2660.
INFANTERIE
de l'Electeur de Brandebourg.
Zij
168 MERCURE
Regimens.
Hommes.
1 Orange. 1050.
2 Prince Philippe 1050,
3
5 Prince Danhalt. 1050.
4 Prince Chriſtian Louis.
1050.
5 Holſtein. 600.
6 Valdebourg.
600.
7 Onau.
600.
Total. 6000.
TROUPES DE SAXE
Gotha,
Prince George. 400.
Prince Frederic. 400.
GALANT 269
DRAGONS.
Regimens.
Hommes
Prince de Saxe. 300.
Greffenderff. 300.
Total. 1400
RECAPITULATION,
Infanterie Imperiale. 13240
Cavalerie Imperiale. 2660
Infanterie de l'Electeur de
Brandebourg.
6000.
Infanterie de Saxe Gotha.
800.
Z iij
270 MERCURE
Regimens.
Hommes.
Dragons de Saxe Gotha.
Total.
600%
23300.
Allemandes qui font
Campagne avec celles
de M. le Duc de Savoye
en Juillet 1712.
INFANTERIE
Imperiale.
Regimens.
Hommes
I Herbeitein. 1140.
2 Thaun.
1140.
3 Bareith. 1140.
Octobre 1712.
Z
VACALANT. 166
Regimens.
4.Virtemberg.
Hommes,
1140,
5 Maxftaremberg. 1140.
7 Konigleek.
6 Gripan.
&
Regal.
10. Barach.
Zumicmghen.
1140.
1140.
1140.
I140.
1140.
IT Vachtendonck , cy- devant Volfenbutel. 1140,
HEIDUQUE S..
12. Guilay.
Canonniers &Bombardiers.
Total.
400.
300.
13240.
GALANT. 267
CAVALERIE.
Imperiale.
Regimens.
Hommes
Viſconty.
660.
Martiny.
900,
Duhautoy. 900
HOUSSARD S.
Erbergheny.
200.
Total- 2660.
INFANTERIE
de l'Electeur de Brandebourg.
Zij
168 MERCURE
Regimens.
Hommes.
1 Orange. 1050.
2 Prince Philippe 1050,
3
5 Prince Danhalt. 1050.
4 Prince Chriſtian Louis.
1050.
5 Holſtein. 600.
6 Valdebourg.
600.
7 Onau.
600.
Total. 6000.
TROUPES DE SAXE
Gotha,
Prince George. 400.
Prince Frederic. 400.
GALANT 269
DRAGONS.
Regimens.
Hommes
Prince de Saxe. 300.
Greffenderff. 300.
Total. 1400
RECAPITULATION,
Infanterie Imperiale. 13240
Cavalerie Imperiale. 2660
Infanterie de l'Electeur de
Brandebourg.
6000.
Infanterie de Saxe Gotha.
800.
Z iij
270 MERCURE
Regimens.
Hommes.
Dragons de Saxe Gotha.
Total.
600%
23300.
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Résumé : ETAT DES TROUPES Allemandes qui font Campagne avec celles de M. le Duc de Savoye en Juillet 1712.
En juillet 1712, les troupes allemandes engagées dans la campagne avec le Duc de Savoie comprenaient divers régiments d'infanterie et de cavalerie. L'infanterie impériale se composait de treize régiments totalisant 13 240 hommes, incluant des régiments tels que Herbeitein, Thaun, Bareith, Virtemberg, Maxftaremberg, Gripan, Barach, Zumicmghen, et Vachtendonck, ainsi que des unités de canonniers et bombardiers. La cavalerie impériale comptait quatre régiments totalisant 2 660 hommes, parmi lesquels Visconty, Martiny, Duhautoy, et Erbergheny. L'infanterie de l'Électeur de Brandebourg comprenait sept régiments totalisant 6 000 hommes, comme Orange, Prince Philippe, Prince Danhalt, Prince Christian Louis, Holstein, Valdebourg, et Onau. Les troupes de Saxe-Gotha incluaient deux régiments d'infanterie totalisant 800 hommes, commandés par le Prince George et le Prince Frédéric, ainsi que deux régiments de dragons totalisant 600 hommes, commandés par le Prince de Saxe et Greffenderff. Au total, les effectifs s'élevaient à 23 300 hommes.
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6
p. 270-[2]74
ETAT DES TROUPES de M. le Duc de Savoye, en entrant en campagne en Juillet 1712.
Début :
Reg. Bat. Hom. Gardes. I. 1320. Reg. Bat. Hom. Savoye [...]
Mots clefs :
État des troupes, Duc de Savoie, Cavalerie, Dragons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT DES TROUPES de M. le Duc de Savoye, en entrant en campagne en Juillet 1712.
ETAT DES TROUPES
de M. le Duc de Savoye,
en entrant en campagne
en Juillet 1712 .
-Reg.
Bat. Hom.
I
Gardes,
I 1320.
GALANT. 278
Reg. Bat.
Savoye.c 3
Hom
4 1620.
Montferat. 2 13208
Piemont. 1320.
Fufilliers. 2 13201
Saluffes. 2 1320.
Nice.
1 660.
Schiullembourg. 1. 900.
Maffey. IA
Chamonet cy- devant.
Cortance. I 660.
Sevantes cy- devant.
La Trinité I 660
Déportes.
2 1200.
Arpretz Suiffe. 3.1.1800!
Rhebinder. I 5oo.
Z
iiij
272 MERCURE
S. A. R. a encore un
Bataillon d'Artillerie de 4.
Compagnies de 100. hommes chacune , de Canonniers , Bombardiers , Mineurs , Charpentiers.
400
Total. Bat. 25. 15660.
RECAPITULATION
Regimens.
Hommes
Infanteric & Artillerie15660'
Cavaleric.
Dragons.
1400,
1800.
18860.
GALANT. 273
CAVALERIE.
Les Regimens de Cavalerie & de Dragons font
de 10. Compagnies & de
60. Maiftres chacune.
Reg. Comp. Hom.
Gardes du corps. 2 200.
Birague
autrefois.
Pertauge.
10 600.
Cavailla.
10 600.
Total. 1 22. 1400%
374 MERCURE
DRAGONS.
Dragons d'Altene.
ou Rouges. 10
Dragons verds
600,
ou Genevois. 10 6000
Dragons jaunes.
ou Piemont. 10 600.
Total. 30 1800.
de M. le Duc de Savoye,
en entrant en campagne
en Juillet 1712 .
-Reg.
Bat. Hom.
I
Gardes,
I 1320.
GALANT. 278
Reg. Bat.
Savoye.c 3
Hom
4 1620.
Montferat. 2 13208
Piemont. 1320.
Fufilliers. 2 13201
Saluffes. 2 1320.
Nice.
1 660.
Schiullembourg. 1. 900.
Maffey. IA
Chamonet cy- devant.
Cortance. I 660.
Sevantes cy- devant.
La Trinité I 660
Déportes.
2 1200.
Arpretz Suiffe. 3.1.1800!
Rhebinder. I 5oo.
Z
iiij
272 MERCURE
S. A. R. a encore un
Bataillon d'Artillerie de 4.
Compagnies de 100. hommes chacune , de Canonniers , Bombardiers , Mineurs , Charpentiers.
400
Total. Bat. 25. 15660.
RECAPITULATION
Regimens.
Hommes
Infanteric & Artillerie15660'
Cavaleric.
Dragons.
1400,
1800.
18860.
GALANT. 273
CAVALERIE.
Les Regimens de Cavalerie & de Dragons font
de 10. Compagnies & de
60. Maiftres chacune.
Reg. Comp. Hom.
Gardes du corps. 2 200.
Birague
autrefois.
Pertauge.
10 600.
Cavailla.
10 600.
Total. 1 22. 1400%
374 MERCURE
DRAGONS.
Dragons d'Altene.
ou Rouges. 10
Dragons verds
600,
ou Genevois. 10 6000
Dragons jaunes.
ou Piemont. 10 600.
Total. 30 1800.
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Résumé : ETAT DES TROUPES de M. le Duc de Savoye, en entrant en campagne en Juillet 1712.
En juillet 1712, les troupes du Duc de Savoie en campagne se composent de 25 bataillons d'infanterie et d'artillerie, totalisant 15 660 hommes. Les régiments d'infanterie incluent les Gardes, les Galants, les Savoyards, les Montferrats, les Piémontais, les Fusiliers, les Saluces, les Niçois, les Schullenburg, les Maffey, les Chamonets, les Cortance, les Sevantes, la Trinité, les Déportes, les Arprets, les Suisses et les Rhebinder. L'artillerie est organisée en un bataillon de quatre compagnies de 100 hommes chacune, incluant des canonniers, bombardiers, mineurs et charpentiers. La cavalerie et les dragons comptent 18 860 hommes, répartis en 10 compagnies et 60 maîtres chacune. Les régiments de cavalerie sont les Gardes du corps, les Birague, les Pertauge et les Cavalla, totalisant 1 400 hommes. Les dragons sont divisés en Dragons d'Altene ou Rouges, Dragons verts ou Genevois, et Dragons jaunes ou Piémontais, totalisant 1 800 hommes.
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7
p. 135-144
Mort de la Reine d'Espagne.
Début :
Marie-Loüise-Gabrielle de Savoye, épouse de Philippe V. du [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Philippe V, Maison de Savoie, Roi de Chypre, Duc de Savoie, Royaume, Prince Amédée, Venise, Sicile
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texteReconnaissance textuelle : Mort de la Reine d'Espagne.
Mort de la Reine d'Efpagne.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
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Résumé : Mort de la Reine d'Espagne.
Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, épouse de Philippe V d'Espagne, est décédée le 14 février 1714. Née le 17 septembre 1688, elle était la fille de Victor-Amédée II, duc de Savoie, et d'Anne d'Orléans. Elle s'est mariée par procuration à Turin le 11 septembre 1701 et a eu trois enfants : Louis-Philippe d'Espagne, né le 25 août 1707, Philippe d'Espagne, né le 7 juin 1712, et Ferdinand d'Espagne, né le 23 septembre 1713. La Maison de Savoie est une famille ancienne et illustre, descendant de Berthold, premier comte de Savoie et de Maurienne. Berthold s'est établi à la cour de Rodolphe, roi de Bourgogne et de Provence, et a été récompensé par Rodolphe en obtenant la Savoie et la Maurienne en l'an 1000. Victor-Amédée II, duc de Savoie, est le trente-troisième comte de Savoie et le quinzième duc depuis Amédée VIII. La Maison de Savoie possède également des droits sur le royaume de Chypre, acquis par le mariage de Louis de Savoie avec Anne de Chypre. Ces droits ont été confirmés par Catherine-Michelle d'Autriche, fille de Philippe II d'Espagne, et reconnus par le traité d'Utrecht. Victor-Amédée II a été couronné roi de Sicile à Palerme le 24 décembre 1713. La Maison de Savoie a produit de grands hommes dans diverses conditions et s'est divisée en plusieurs branches, dont descend le prince Eugène de Savoie.
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8
p. 206-230
Histoire singuliere. [titre d'après la table]
Début :
Mendoce, jadis Prince de Murcie, tres-aimable Cavalier, grand, bienfait, Heros [...]
Mots clefs :
Amour, Princesse, Prince, Temps, Comtesse, Chambre, Homme, Bains, Amoureux, Eaux, Charmes, Histoire, Duc de Savoie, Comtesse de Savoie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire singuliere. [titre d'après la table]
Mendoce , jadis Prince de
Murcie, très-aimable Cavalier,
grand, bienfait, Heros
même tout d'un coup, s'il en
fut jamais, devint un beau
matin amoureux de la Comteue
de Savoyc, l*iinuffc,diton
, d'une merveillcule beauté.
Voicy comme lachose
arriva.
LaComreire de Savoye fut
un jour obligée,je ne sçay
pour quelleindisposition
,
de
sortir de son Pays, pour aller
prendre les bains dans le
Royaume de Murcie;les eaux
de cette contrée pàssoient en
ce temps là pour d'excellentes
eaux. Avec un équipage proportionné
à sonrang & à sa
miflance,elle arriva enfin aux
lieux où se prennoient ces
bains, alors si fameux en Europe.
Elle s'y baigna tant &
plus, suivantl'ordonnance de
ses Medecins.
Si ces charmes avoient pû
recevoir que!que nouveléclat
de ces eaux favorables,oncûc
dirqu'elle em bellissoit tous les
jours à veuë dce;I ; mais elle
écoit parfaite,& lanatureétoit
la dupe des graces quelle luy
vouloit faire.
Tous les endroits où l'on
prend des eaux minerales se
ressemblentassez. On y boità
outrance,& l'on se promene
de même
, pour l'évacuation
desditeseaux, Les promenades
de
de ces lieuxoù l'on se rend ordinairement
avec l'aurore,
sont, sije ne me trompe ,
des
bois charmants, coupez de
millesentiers,arrosez de mille
ruisseaux, animez du doux
chant de mille oyseaux
,
des
antres frais, de sombres retraites
y fervent d'asyle aux Amants.
La liberté, les plaisirs
tranquilles, les soupirs reciproques
,
sont les hôtes aimables
de ces paisiblesdemeures.
Un matin, si l'Histoire dit
vray
, comme je n'en doute
nullement, la Comtesse de Savoye,
aprèsavoirprodigieusement
bû
,
grimpa, appuyée sur
le bras d'une de ses femmes.,
de colline en colline, ( non
pourtant sans s'arrêter de
temps en temps, pour raison )
lasse enfin du penible voyage
quelle venoir de faire, elle entra
dans un bosquet qui s'offrit
à ses yeux, une fontaine
qui sortoit du fond d'une grotte
ornéedesiegce>s de gazon pour la commodité des beuveurs,
attira ses regards; elle
fut à l'instant s'y reposer. Nul
morrel nes'étaitavisé de tout
ce jour de porter ses pas en cec
endroit.Lemurmurede l eau,
la fraicheur de cette grotte1invitèrent
au sommeil ,aussi n'en
fit-elle pas à deux fois, elle
s'endormit. Sa femme de
chambre de son côté en fitautant.
Des douceurs du repos quand
-vousgoûtez les charmes,
Belles
,
qui de l'amour meprifî^
l*appareil,
CraigneKqu'il ne vous force à
lajy rendre les armes
Al'instant de vôtre reveil.
Le Prince de Murcie à qui
la Renomméeavoit déjàvanté
les appas de la Comtesse de
Savoye
,
longtemps même
avant qu'elle eût mis le pied
dans ses Etats, en étoit à la
premiere entreveuë devenu
éperduement amoureux. Illavoic
suivi aux eaux, illuy avoic
parlé cent fois, & cent fois
il avoir estétenté de l'entretenir
du pouvoirsouverain de
de ses charmes;mais la fierté,
la vertu de sa Déesse, & la
crainte de l'offenser, avoient
modéré toûjours les impétueux
mouvements de son
amour. Enfin ne pouvant
plusgarder son secret,Il s'étoit
déterminé à le luy dé- -
clarer
,
quelque malheur redoutablequ'il
pût luy en arriver,
le jour mesme que le hazardlaconduisit
dans laGrotte
dont je viens de vous faire
en peu de mots une de seription
assezfidèle.
L'amour guide toûjours les
amans sur les traces de leurs
maîtresses
, & Mendoce est
trop amoureux pour ne pas
suivre les pas du bel objet qui
l'enflame. En effet, il arrive
bientost par un petit defilé
auprès de la fontaineoù repose
sa divine Princene. Il fc
jette à ses genoux, son silence
ses regards, ses soupirs,font
les muets interprètes de son
amour, ses yeux arrosent ses
belles mains de ses brûlantes
larmes. Il tremble cependant
que sa divinité ne s' e
ffraye à
son réveil de l'excés de son
audace; mais il se rasseure, &
se flatte de lavanger à l'infline
par sa mort, de l'injure que
luy fait si passion, si ses feux
malheureux font rejettez.
Un Loup monstrueux
, un
horrible Sanglier, ou quelque
Ours sauvage viendroient icy
à merveille pour éveiller la
Princesse, & pour exercer la valeur
de Mendocc ; mais je ns
veux pasensanglanter laScêne,
j j'aim: mieux vous dire fimplcment
qu'il y avoir si longtemps
qu'elle dormoit d'un
doux & profond sommeil,qu'
xlle se reveilla toute feule.Dieu ait comme alors elle fitlasâchée
de voir ce Prince temeraire
à ses pieds. Quemeveut,
luy dit elle,d'unair terrible,cc
mortel audacieux.Ah!Princesse,
luy réponditil, avant de
luy laisser le temps d'achever
les reproches
,
jeneveux plus
deformais que mourir à vos
veux. Vousconnoissez mon
amour, cet wour, tout refpectueux
qu'il eil:
, vous outrage.
C'en est fait, il faut que
je meure. De quel droit
,
luy
dit-elle
,
Prince, si vous m'avez
consacré vôtre vie, voulez-
vousentreprendre sur des
jours qui m'appartiennent. Vivez
,
je vous l'ordonne; mais
gardezvous de me parler jamais
de l'amour dont vous
biulez pour moy. Ils ajourerent
à cela une infinité d'autres
propos que l'Auteur de la presente
Histoire n'a, dit on, eu
garde d'oublier.Cependant on
ajoûte que l'amour de Men-
, doce fit bientôtl'entretien do,"
tout!
out le.monde. La Princesse
enfut inconsolable,elle s'en
plaignitauPrince de Murcie
quien fut aussifâché qu'elle.
Mais à la fin ennuyée de voir
quecesbeauxdiscoursne sinissoient
pas,qu'onluy donnoit
de fort plai sants noms
& que les rieurs ne cessoient de
rireàses dépens, elle prit le
partide retourner incognito
dans son Pays. Les adieux de
ces aamanan[tss lsoonnttàà Dm1o0nn ggrreé
trop touchants. pour n'estre
pas supprimez: le détail de
cequis'y passa est incomparablementplus
joli dans lcxecution
que dansla narration.
D'ailleurs cc la appartientà
THistorien de qui je ne veux
pas icy usurper les droits. Je
mecontenteray devousdire
qu'elle interrompit brusquement
ses bains,qu'elle partit
comme un éclair, quelletraversa
hegreusementmonts&
vaux ,
qu'elle eût peut eilie
en chemin quelques petites
avantures approchantes de
celles de lafiancée duRoyde
Garbe J& qu'enfin elle arriva
en bonne santé chez son pere,
où elle fut receuë comme l'Enfant Prodigue.SonMary i
(j'avois oublié de vous dire
qu'clle en avoit un) la retrouva
plusbelle que jamais, il fit
des Tournois, des Fêtes de
des Cadeaux en son honneur
& gloire. Au milieu deces
bombances le premier MiniCtre
duDuc de Savoye devint
amoureux d'elle, cebon homme
tourna longtemps autour
du pot avant de luy declarer
son douloureux martyre; à la fin pourtant il en vint là.
LaComtesse n'eût pas plutost
entendu ses impertinances;
qu'elle le traita d'effronté,
d'impudent, de vieux fou
clic ajoûta même en pleurant
qu'elle s'en plaindroità son
pere &à son époux. Le vieux
matois luy demanda pardon,
& la fuppliade n'en rien dire:
le moins d'éclat qu'on peut faire
en pareil cas est, luy dit-il,
toûjours le meilleur. Tant y a
qu'il luy persuada d'étouffer
cette avanture dans un profond
silence
, ce qu'elle fit
dont malluy avint.
Ce Ministre bar bare pour
fc vanger du mépris qu'elle
avoit fait de son amour, suborna
un jeune homme, à
quiildit que la Princesseétoit
éperduement amoureuse de
luy,qu'elle l'avoit fait,enfondant
en larmes,leconfident
de cette malheureuse passion,
qu'il avoitmistout en usage
pour luy remontrer. son devoir,
(es engigements ,
le
mépris qu'ellefalloir de sa pudeur
,& les périls évidens ausquels
elle s'exposoit en se livrant
aux flames dont elle étoit
dévorée mais que Ces remontrances
n'ayant pûrien sur son
coeur )
la pitié qu'il avoir de
l'étatmiserable où illa voïoir,
l'avoit porté à luy offrir le
remede à son tourment,qu'il
croyoit qu'ilne rcfuferoit pas
de soulager cette infortunée
Princesse, que la nuit suivante ill'introduiroit dans sa chambre,
par une porte inconnuë
à tout le monde,& qu'avant
le retour du jour il auroit foin
de le mettre en liberté.
Le jeune homme donna dans
le pancau ,
& le laissa en effet
introduire au milieu de la nuit,
dans la chambre de laPrincefie,
oùiln'eût pasresté un quart
d'heure, que le vieillard y
conduific son époux & son
pere:aussitost grande rumeur
dans le Palais, le jeune homm
voulant se sauver„ fat
massacré sur la place par des
gens que le Miniftrc avoic
apostez pour cela.
L'infortunée Princesse furprise
, pour ainsi direa en flagrant
délit,& convaincue d'adulterc,
est livrée à l'instanc à
son Boureau. Elle proteste
en vain de son innocence, son
, procès est tout fait, enfin il ne
luyçeste plus que la voye des
épreuves pour se laver du crime
donton l'accure. L'épreuve
du feu & celle de l'eau ne luj paroissentgueres [cures)
cellede trouver un champion
qui veiïiWë prendre ladcffcnfë
&"foûcc'nir en champ clofc
qu'elle est la plus vertueuse
Princesse du monde,est l'uniqueressourcequi
luyreste;&
il n'y a que Mendoce qui puisse
estre (on deffenseur ; mais il
csi bien éloigné d'elle, il faut
luy écrire pour l'engager a se
rendre incessament en Savoyc,
il n'est plus question que de
trouver des termes qui le perfuadenr.
Voilà justement où
en est l'Histoire
,
& faute
d'une miserableLettre,cette
malheureu se Princesse va demeurer
accablée fous lepoids
de sesfers.
Onm'en a' deja envoyé
•tfoisfur ce sujet ; mais on en
demande d'autres parce que
Cellesqu'ona écrites n'ont
e.ntqre pû déterminer Mendoce.
Voicy la copie des trois
Lettresen quefiion"i
La Comtesse de Savoyc à
Mendoce.
; L'honneurme fait faireaujourd'huy
pour luy-meme, ce qu'il
ne me permit pas autrefois pour
contenttr mon coeur:je r¡;ouJ- écris,
Mendoce
3
pour vous apprendre
quejefuis attaaqquuéeee par laplus
noire calomnie qu'on ait jamais
invente. Mon cruel calomniateur
n'afait tous ses efforts pour me
faire paroiflteçoupàble,queparce
que j'ay refusé de l'eflre; mais
pournous en bienperfuadersMendoce,
& pour vous donner l'idée
quevous de'Ve'{ avoir de ma ver,
tu ,
je fûts obligée de vous faire
un aveu qui me faitun peufortir
de l'exaflebienséance que je
vouloisgarder toute ma vie. Je
vous avouë donc que j'eusplus de
mériteque vous ne le crrycz,/or[-
que je refjlay à la passon que
vous al)ICK pour mcy. Je vous
trouvois le Prince du monde le
plus accomply. J'ay toujours la
même idée de 'VousJ Mendoce<Je
vous choisipour le deffenseur de
mon innocence;notre aéîionfera
d'autantplus heroïque
, quevous
n'en devc% attendre que la recompenseque
peut donner une femme
qui estastè'{. vertueujepouravoir
Jçâ vous Tefificr.
La Comtesse de Savoyc à
Mendocc.
CarJnoiffizJMendoct, toutle
malheur de la Comteffi deSavoye.
Jefuisaccusée d*adultéré
, gr je
fuis obligée de vous L'apprendre:
Joupçonnée du crime le plus affreux
pour moy ,
ilfaut encore
que jetannonce moy-meme au
seul homme du monde dont l'estime
mtest presque aujji chère que
min innocence. JefùÙ condamnée - -' a une mort infâme:) ou a trouver
un vengeur. Vous
,
Mtndoce
,
pour quiseul fay senti enmavie
que la vertupouvoit coûter quelque
chose à mon coetir, auriez..
vous la cruautéde rejufer ma désense
, parce que fay eu laforce
de vous cacher votre vifloire f
Vousefles interessé à ma junification.
Pourriez-vous consentir un
inflant a me voir périr-encoupable
,si tout le mérité Ctout l'amour
de Mendoceriont pu me la
faire devenir.
La Comtesse de Savoye à
Mcndoce.
Je nefais,Mendoce3fije ne
dois pas rougir en vous annonçant
tous mes malheurs
; viéfrmede la
plus noire calomnie,je me trouve
en même tempsaccufée, &félon
les apparences convaincued'adultéré
: il ne me ,esiecfautre rrfIource
que celle de trouver un dffenfeur
ui vengemon innocence. Vpu
eftcsleseus quienpuijjn^parfaitement
r¡pondre;!oúrenez doncce
quevousconnoiJJ(
,
'UofJrf honneury
est autant engagé que le
mien. S'il falloit quelque autre
motifaungalant hommeyjervous
assiurt que je rnejjrayerois des
con/tlls ma reconnût(Tance.
Murcie, très-aimable Cavalier,
grand, bienfait, Heros
même tout d'un coup, s'il en
fut jamais, devint un beau
matin amoureux de la Comteue
de Savoyc, l*iinuffc,diton
, d'une merveillcule beauté.
Voicy comme lachose
arriva.
LaComreire de Savoye fut
un jour obligée,je ne sçay
pour quelleindisposition
,
de
sortir de son Pays, pour aller
prendre les bains dans le
Royaume de Murcie;les eaux
de cette contrée pàssoient en
ce temps là pour d'excellentes
eaux. Avec un équipage proportionné
à sonrang & à sa
miflance,elle arriva enfin aux
lieux où se prennoient ces
bains, alors si fameux en Europe.
Elle s'y baigna tant &
plus, suivantl'ordonnance de
ses Medecins.
Si ces charmes avoient pû
recevoir que!que nouveléclat
de ces eaux favorables,oncûc
dirqu'elle em bellissoit tous les
jours à veuë dce;I ; mais elle
écoit parfaite,& lanatureétoit
la dupe des graces quelle luy
vouloit faire.
Tous les endroits où l'on
prend des eaux minerales se
ressemblentassez. On y boità
outrance,& l'on se promene
de même
, pour l'évacuation
desditeseaux, Les promenades
de
de ces lieuxoù l'on se rend ordinairement
avec l'aurore,
sont, sije ne me trompe ,
des
bois charmants, coupez de
millesentiers,arrosez de mille
ruisseaux, animez du doux
chant de mille oyseaux
,
des
antres frais, de sombres retraites
y fervent d'asyle aux Amants.
La liberté, les plaisirs
tranquilles, les soupirs reciproques
,
sont les hôtes aimables
de ces paisiblesdemeures.
Un matin, si l'Histoire dit
vray
, comme je n'en doute
nullement, la Comtesse de Savoye,
aprèsavoirprodigieusement
bû
,
grimpa, appuyée sur
le bras d'une de ses femmes.,
de colline en colline, ( non
pourtant sans s'arrêter de
temps en temps, pour raison )
lasse enfin du penible voyage
quelle venoir de faire, elle entra
dans un bosquet qui s'offrit
à ses yeux, une fontaine
qui sortoit du fond d'une grotte
ornéedesiegce>s de gazon pour la commodité des beuveurs,
attira ses regards; elle
fut à l'instant s'y reposer. Nul
morrel nes'étaitavisé de tout
ce jour de porter ses pas en cec
endroit.Lemurmurede l eau,
la fraicheur de cette grotte1invitèrent
au sommeil ,aussi n'en
fit-elle pas à deux fois, elle
s'endormit. Sa femme de
chambre de son côté en fitautant.
Des douceurs du repos quand
-vousgoûtez les charmes,
Belles
,
qui de l'amour meprifî^
l*appareil,
CraigneKqu'il ne vous force à
lajy rendre les armes
Al'instant de vôtre reveil.
Le Prince de Murcie à qui
la Renomméeavoit déjàvanté
les appas de la Comtesse de
Savoye
,
longtemps même
avant qu'elle eût mis le pied
dans ses Etats, en étoit à la
premiere entreveuë devenu
éperduement amoureux. Illavoic
suivi aux eaux, illuy avoic
parlé cent fois, & cent fois
il avoir estétenté de l'entretenir
du pouvoirsouverain de
de ses charmes;mais la fierté,
la vertu de sa Déesse, & la
crainte de l'offenser, avoient
modéré toûjours les impétueux
mouvements de son
amour. Enfin ne pouvant
plusgarder son secret,Il s'étoit
déterminé à le luy dé- -
clarer
,
quelque malheur redoutablequ'il
pût luy en arriver,
le jour mesme que le hazardlaconduisit
dans laGrotte
dont je viens de vous faire
en peu de mots une de seription
assezfidèle.
L'amour guide toûjours les
amans sur les traces de leurs
maîtresses
, & Mendoce est
trop amoureux pour ne pas
suivre les pas du bel objet qui
l'enflame. En effet, il arrive
bientost par un petit defilé
auprès de la fontaineoù repose
sa divine Princene. Il fc
jette à ses genoux, son silence
ses regards, ses soupirs,font
les muets interprètes de son
amour, ses yeux arrosent ses
belles mains de ses brûlantes
larmes. Il tremble cependant
que sa divinité ne s' e
ffraye à
son réveil de l'excés de son
audace; mais il se rasseure, &
se flatte de lavanger à l'infline
par sa mort, de l'injure que
luy fait si passion, si ses feux
malheureux font rejettez.
Un Loup monstrueux
, un
horrible Sanglier, ou quelque
Ours sauvage viendroient icy
à merveille pour éveiller la
Princesse, & pour exercer la valeur
de Mendocc ; mais je ns
veux pasensanglanter laScêne,
j j'aim: mieux vous dire fimplcment
qu'il y avoir si longtemps
qu'elle dormoit d'un
doux & profond sommeil,qu'
xlle se reveilla toute feule.Dieu ait comme alors elle fitlasâchée
de voir ce Prince temeraire
à ses pieds. Quemeveut,
luy dit elle,d'unair terrible,cc
mortel audacieux.Ah!Princesse,
luy réponditil, avant de
luy laisser le temps d'achever
les reproches
,
jeneveux plus
deformais que mourir à vos
veux. Vousconnoissez mon
amour, cet wour, tout refpectueux
qu'il eil:
, vous outrage.
C'en est fait, il faut que
je meure. De quel droit
,
luy
dit-elle
,
Prince, si vous m'avez
consacré vôtre vie, voulez-
vousentreprendre sur des
jours qui m'appartiennent. Vivez
,
je vous l'ordonne; mais
gardezvous de me parler jamais
de l'amour dont vous
biulez pour moy. Ils ajourerent
à cela une infinité d'autres
propos que l'Auteur de la presente
Histoire n'a, dit on, eu
garde d'oublier.Cependant on
ajoûte que l'amour de Men-
, doce fit bientôtl'entretien do,"
tout!
out le.monde. La Princesse
enfut inconsolable,elle s'en
plaignitauPrince de Murcie
quien fut aussifâché qu'elle.
Mais à la fin ennuyée de voir
quecesbeauxdiscoursne sinissoient
pas,qu'onluy donnoit
de fort plai sants noms
& que les rieurs ne cessoient de
rireàses dépens, elle prit le
partide retourner incognito
dans son Pays. Les adieux de
ces aamanan[tss lsoonnttàà Dm1o0nn ggrreé
trop touchants. pour n'estre
pas supprimez: le détail de
cequis'y passa est incomparablementplus
joli dans lcxecution
que dansla narration.
D'ailleurs cc la appartientà
THistorien de qui je ne veux
pas icy usurper les droits. Je
mecontenteray devousdire
qu'elle interrompit brusquement
ses bains,qu'elle partit
comme un éclair, quelletraversa
hegreusementmonts&
vaux ,
qu'elle eût peut eilie
en chemin quelques petites
avantures approchantes de
celles de lafiancée duRoyde
Garbe J& qu'enfin elle arriva
en bonne santé chez son pere,
où elle fut receuë comme l'Enfant Prodigue.SonMary i
(j'avois oublié de vous dire
qu'clle en avoit un) la retrouva
plusbelle que jamais, il fit
des Tournois, des Fêtes de
des Cadeaux en son honneur
& gloire. Au milieu deces
bombances le premier MiniCtre
duDuc de Savoye devint
amoureux d'elle, cebon homme
tourna longtemps autour
du pot avant de luy declarer
son douloureux martyre; à la fin pourtant il en vint là.
LaComtesse n'eût pas plutost
entendu ses impertinances;
qu'elle le traita d'effronté,
d'impudent, de vieux fou
clic ajoûta même en pleurant
qu'elle s'en plaindroità son
pere &à son époux. Le vieux
matois luy demanda pardon,
& la fuppliade n'en rien dire:
le moins d'éclat qu'on peut faire
en pareil cas est, luy dit-il,
toûjours le meilleur. Tant y a
qu'il luy persuada d'étouffer
cette avanture dans un profond
silence
, ce qu'elle fit
dont malluy avint.
Ce Ministre bar bare pour
fc vanger du mépris qu'elle
avoit fait de son amour, suborna
un jeune homme, à
quiildit que la Princesseétoit
éperduement amoureuse de
luy,qu'elle l'avoit fait,enfondant
en larmes,leconfident
de cette malheureuse passion,
qu'il avoitmistout en usage
pour luy remontrer. son devoir,
(es engigements ,
le
mépris qu'ellefalloir de sa pudeur
,& les périls évidens ausquels
elle s'exposoit en se livrant
aux flames dont elle étoit
dévorée mais que Ces remontrances
n'ayant pûrien sur son
coeur )
la pitié qu'il avoir de
l'étatmiserable où illa voïoir,
l'avoit porté à luy offrir le
remede à son tourment,qu'il
croyoit qu'ilne rcfuferoit pas
de soulager cette infortunée
Princesse, que la nuit suivante ill'introduiroit dans sa chambre,
par une porte inconnuë
à tout le monde,& qu'avant
le retour du jour il auroit foin
de le mettre en liberté.
Le jeune homme donna dans
le pancau ,
& le laissa en effet
introduire au milieu de la nuit,
dans la chambre de laPrincefie,
oùiln'eût pasresté un quart
d'heure, que le vieillard y
conduific son époux & son
pere:aussitost grande rumeur
dans le Palais, le jeune homm
voulant se sauver„ fat
massacré sur la place par des
gens que le Miniftrc avoic
apostez pour cela.
L'infortunée Princesse furprise
, pour ainsi direa en flagrant
délit,& convaincue d'adulterc,
est livrée à l'instanc à
son Boureau. Elle proteste
en vain de son innocence, son
, procès est tout fait, enfin il ne
luyçeste plus que la voye des
épreuves pour se laver du crime
donton l'accure. L'épreuve
du feu & celle de l'eau ne luj paroissentgueres [cures)
cellede trouver un champion
qui veiïiWë prendre ladcffcnfë
&"foûcc'nir en champ clofc
qu'elle est la plus vertueuse
Princesse du monde,est l'uniqueressourcequi
luyreste;&
il n'y a que Mendoce qui puisse
estre (on deffenseur ; mais il
csi bien éloigné d'elle, il faut
luy écrire pour l'engager a se
rendre incessament en Savoyc,
il n'est plus question que de
trouver des termes qui le perfuadenr.
Voilà justement où
en est l'Histoire
,
& faute
d'une miserableLettre,cette
malheureu se Princesse va demeurer
accablée fous lepoids
de sesfers.
Onm'en a' deja envoyé
•tfoisfur ce sujet ; mais on en
demande d'autres parce que
Cellesqu'ona écrites n'ont
e.ntqre pû déterminer Mendoce.
Voicy la copie des trois
Lettresen quefiion"i
La Comtesse de Savoyc à
Mendoce.
; L'honneurme fait faireaujourd'huy
pour luy-meme, ce qu'il
ne me permit pas autrefois pour
contenttr mon coeur:je r¡;ouJ- écris,
Mendoce
3
pour vous apprendre
quejefuis attaaqquuéeee par laplus
noire calomnie qu'on ait jamais
invente. Mon cruel calomniateur
n'afait tous ses efforts pour me
faire paroiflteçoupàble,queparce
que j'ay refusé de l'eflre; mais
pournous en bienperfuadersMendoce,
& pour vous donner l'idée
quevous de'Ve'{ avoir de ma ver,
tu ,
je fûts obligée de vous faire
un aveu qui me faitun peufortir
de l'exaflebienséance que je
vouloisgarder toute ma vie. Je
vous avouë donc que j'eusplus de
mériteque vous ne le crrycz,/or[-
que je refjlay à la passon que
vous al)ICK pour mcy. Je vous
trouvois le Prince du monde le
plus accomply. J'ay toujours la
même idée de 'VousJ Mendoce<Je
vous choisipour le deffenseur de
mon innocence;notre aéîionfera
d'autantplus heroïque
, quevous
n'en devc% attendre que la recompenseque
peut donner une femme
qui estastè'{. vertueujepouravoir
Jçâ vous Tefificr.
La Comtesse de Savoyc à
Mendocc.
CarJnoiffizJMendoct, toutle
malheur de la Comteffi deSavoye.
Jefuisaccusée d*adultéré
, gr je
fuis obligée de vous L'apprendre:
Joupçonnée du crime le plus affreux
pour moy ,
ilfaut encore
que jetannonce moy-meme au
seul homme du monde dont l'estime
mtest presque aujji chère que
min innocence. JefùÙ condamnée - -' a une mort infâme:) ou a trouver
un vengeur. Vous
,
Mtndoce
,
pour quiseul fay senti enmavie
que la vertupouvoit coûter quelque
chose à mon coetir, auriez..
vous la cruautéde rejufer ma désense
, parce que fay eu laforce
de vous cacher votre vifloire f
Vousefles interessé à ma junification.
Pourriez-vous consentir un
inflant a me voir périr-encoupable
,si tout le mérité Ctout l'amour
de Mendoceriont pu me la
faire devenir.
La Comtesse de Savoye à
Mcndoce.
Je nefais,Mendoce3fije ne
dois pas rougir en vous annonçant
tous mes malheurs
; viéfrmede la
plus noire calomnie,je me trouve
en même tempsaccufée, &félon
les apparences convaincued'adultéré
: il ne me ,esiecfautre rrfIource
que celle de trouver un dffenfeur
ui vengemon innocence. Vpu
eftcsleseus quienpuijjn^parfaitement
r¡pondre;!oúrenez doncce
quevousconnoiJJ(
,
'UofJrf honneury
est autant engagé que le
mien. S'il falloit quelque autre
motifaungalant hommeyjervous
assiurt que je rnejjrayerois des
con/tlls ma reconnût(Tance.
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9
p. 2293
AU DUC DE SAVOYE.
Début :
Le Grand Ayeul de Votre Altesse Royale a agrandi ses Etats par la Guerre, il les a [...]
Mots clefs :
Duc de Savoie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU DUC DE SAVOYE.
AU DUC DE SAVOYE.
E Grand Ayeul de Votre Alteffe Royale a
Lagrandifes Etats par la Guerre , illes a
affermis dans la Paix , il les quitte enfuite avec
une grandeur d'ame Jans égale ; les vertus fewles
de votre augufte Pere le placent fur le Trâne
le droit de fucceffion n'a aucune part à
cette poffeffion anticipée ; V. A R. est née d'un
Sang & dans une Maison où la vertu eft hereditaire.
Quelle heureuse esperance pour ses peuples
que ne doivent- ils pas fe promettre de cette
ame majestueuse qui brille déja ſur ſon visage
, de ce fang de tant de Heros qui coule dans
fes veines , de cette éducation qui forme à toutes
les vertus V. A. R. pour notre felicité.
Nous adreffons fans ceffe au Ciel nos voeux
les plus ardens pour la confervation de V. A. R.
vivez long tems , MONSEIGNEUR , mais
regnez tard.
On a appris en dernier lieu de Turin que le
Roi & la Reine de Sardaigne en étoient partis
pour la Foire d'Alexandrie de la Paille , & que
le Roi Victor Amedée vivoit à Chamberi dans
une grande retraite , n'ayant auprès de lui qu'un
très petit nombre d'Officiers & de Domeftiques.
E Grand Ayeul de Votre Alteffe Royale a
Lagrandifes Etats par la Guerre , illes a
affermis dans la Paix , il les quitte enfuite avec
une grandeur d'ame Jans égale ; les vertus fewles
de votre augufte Pere le placent fur le Trâne
le droit de fucceffion n'a aucune part à
cette poffeffion anticipée ; V. A R. est née d'un
Sang & dans une Maison où la vertu eft hereditaire.
Quelle heureuse esperance pour ses peuples
que ne doivent- ils pas fe promettre de cette
ame majestueuse qui brille déja ſur ſon visage
, de ce fang de tant de Heros qui coule dans
fes veines , de cette éducation qui forme à toutes
les vertus V. A. R. pour notre felicité.
Nous adreffons fans ceffe au Ciel nos voeux
les plus ardens pour la confervation de V. A. R.
vivez long tems , MONSEIGNEUR , mais
regnez tard.
On a appris en dernier lieu de Turin que le
Roi & la Reine de Sardaigne en étoient partis
pour la Foire d'Alexandrie de la Paille , & que
le Roi Victor Amedée vivoit à Chamberi dans
une grande retraite , n'ayant auprès de lui qu'un
très petit nombre d'Officiers & de Domeftiques.
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Résumé : AU DUC DE SAVOYE.
La lettre est adressée au Duc de Savoie, également connu sous le nom de Roi Victor Amédée de Sardaigne. Elle commence par louer la grandeur et les vertus des ancêtres du Duc, en particulier son grand-père, qui a acquis et consolidé les États par la guerre et la paix. La lettre souligne les qualités héréditaires de vertu et de majesté du Duc, né dans une famille où la vertu est transmise de génération en génération. Elle exprime l'espoir que les peuples du Duc peuvent nourrir grâce à ses qualités et à son éducation, qui le forment à toutes les vertus. La lettre se termine par des vœux pour la longue vie du Duc, tout en souhaitant qu'il ne règne pas trop tôt. Elle mentionne également que le Roi et la Reine de Sardaigne ont quitté Turin pour la Foire d'Alexandrie de la Paille, et que le Roi Victor Amédée vit en retraite à Chambéry, entouré d'un petit nombre d'officiers et de domestiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 2491-2492
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Début :
Le Roi Victor Amedée II. Pere du Roi de Sardaigne, mourut le 31 Octobre dernier à [...]
Mots clefs :
Roi Victor Amedée II, Sardaigne, Duc de Savoie, Petite vérole, Vienne, Jeunes personnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E Roi Victor Amedée II. Pere du Roi de
Sardaigne ,mourut le 31 Octobredernier
Montcalier. Ce Prince étoit né le 14 Mai 1666.
Il étoit fils de Charles- Emanuel , Duc de Savoye ,
mort le 12 Juin 1675. et de Marie-Jeanne- Baptiste de Savoye , fille ainée du Duc de Nemours,
sa seconde femme , laquelle mourut le 15 Mars
1724. agée de 80 ans. Il avoit épousé le 10.
Avril 1684. Anne-Marie d'Orleans , fille puisnée
de Philippe , Fils de France , Frere unique du feu
Roi Louis XIV. laquelle mourut le 26 Août 1728. âgée de 59 ans presque accomplis ; il
avoit eu de ce Mariage un Prince né le 8 Novembre 1697. mort une heure après ; VictorAmedée-Joseph- Philippe , né le 6. Mai 1699.
.mort le 22 Mars 1715. Charles - Emanuel- Victor , à présent Roi de Sardaigne , né le 27 Avril
1701. Emanuel Philibert , Duc de Chablais , né
le premier Décembre 1705. mort le 19 du même
mois , Marie- Adelaïde, née le 6 Décembre 1685.
mariée le Décembre 1697. à Louis , Duc de
Bourgogne , puis Dauphin de Viennois , Pere
du Roi Très- Chrétien , laquelle mourut le 12.
Février 1712. et Marie- Louise- Gabrielle , née le
17 Septembre 1688. mariée le 11 Septembre 1701.
au Roi d'Espagne , et morte le 14. Février
1714
Le Roi Victor avoit été couronné Roi de Sicileà Palerme le 24 Décembre 1713. en vertu de
la cession que le Roi d'Espagne Philippe V. lui
2492 MERCURE DE FRANCE
en avoit faite par le Traité d'Utrecht ; mais par
le Traité de la Quadruple Alliance qui fut signe à Londres au mois d'Août 1718. il étoit convenu d'échanger avec l'Empereur le Royaume de
Sicile contre celui de Sardaigne dont il prit alors
le Titre. Après un Regne de 55 ans , pendant lequel il s'est acquis la réputation d'un des plus
grands Princes de son tems, il fit en plein Con
seil le 3 Septembre 1730. une abdication genera
le de tous ses Etats en faveur du Prince de Piémont son Fils , qu'il fit reconnoître pour son Successeur.
Charles-Emanuel-Victor , Roi de Sardaigne ;
depuis cette abdication , a épousé en premieres
Nôces le 13 Mars 1722. Anne- Christine- Louisey
fille de Theodore , Comte Palatin de Sultzbach
qui mourut le 12 Mars 1723. étant accouchée
cinqjours auparavant de Victor- Amedée- Theo
dore , Duc d'Aoste , mort le 11 Août 1725. Il a
épousé en secondes Nôces le 2 Juillet 1724. Poli
xene Christine Jeanne , fille d'Ernest- Léopold
Landgrave de Hesse- Rheinfels- Rottembourg , at
d'Eleonore-Marie- Anne de Louvenstein , dont
il a eu Victor- Amedée - Marie , né à Turin le 26
Juin 1726 à présent Duc de Savoye et Prince
de Piémont Joseph Charles- Emanuel , Duc
d'Aoste , né le 17 Mai 1731. et deux Princesses ,
l'une née le 28 Fevrier 1728. l'autre le 19 Mars
1730.
>
On apprend d'Allemagne que la petite verole
qui régne à Vienne depuis environ trois mois
a attaqué presque toutes les jeunes personnes de
la Ville , dont plusieurs sont mortes dans les
cinq ou six premiers jours de leur maladie : le
jeune Marquis de Rofrano , Prince de Capece ,
Napolitain , a été de ce nombre.
E Roi Victor Amedée II. Pere du Roi de
Sardaigne ,mourut le 31 Octobredernier
Montcalier. Ce Prince étoit né le 14 Mai 1666.
Il étoit fils de Charles- Emanuel , Duc de Savoye ,
mort le 12 Juin 1675. et de Marie-Jeanne- Baptiste de Savoye , fille ainée du Duc de Nemours,
sa seconde femme , laquelle mourut le 15 Mars
1724. agée de 80 ans. Il avoit épousé le 10.
Avril 1684. Anne-Marie d'Orleans , fille puisnée
de Philippe , Fils de France , Frere unique du feu
Roi Louis XIV. laquelle mourut le 26 Août 1728. âgée de 59 ans presque accomplis ; il
avoit eu de ce Mariage un Prince né le 8 Novembre 1697. mort une heure après ; VictorAmedée-Joseph- Philippe , né le 6. Mai 1699.
.mort le 22 Mars 1715. Charles - Emanuel- Victor , à présent Roi de Sardaigne , né le 27 Avril
1701. Emanuel Philibert , Duc de Chablais , né
le premier Décembre 1705. mort le 19 du même
mois , Marie- Adelaïde, née le 6 Décembre 1685.
mariée le Décembre 1697. à Louis , Duc de
Bourgogne , puis Dauphin de Viennois , Pere
du Roi Très- Chrétien , laquelle mourut le 12.
Février 1712. et Marie- Louise- Gabrielle , née le
17 Septembre 1688. mariée le 11 Septembre 1701.
au Roi d'Espagne , et morte le 14. Février
1714
Le Roi Victor avoit été couronné Roi de Sicileà Palerme le 24 Décembre 1713. en vertu de
la cession que le Roi d'Espagne Philippe V. lui
2492 MERCURE DE FRANCE
en avoit faite par le Traité d'Utrecht ; mais par
le Traité de la Quadruple Alliance qui fut signe à Londres au mois d'Août 1718. il étoit convenu d'échanger avec l'Empereur le Royaume de
Sicile contre celui de Sardaigne dont il prit alors
le Titre. Après un Regne de 55 ans , pendant lequel il s'est acquis la réputation d'un des plus
grands Princes de son tems, il fit en plein Con
seil le 3 Septembre 1730. une abdication genera
le de tous ses Etats en faveur du Prince de Piémont son Fils , qu'il fit reconnoître pour son Successeur.
Charles-Emanuel-Victor , Roi de Sardaigne ;
depuis cette abdication , a épousé en premieres
Nôces le 13 Mars 1722. Anne- Christine- Louisey
fille de Theodore , Comte Palatin de Sultzbach
qui mourut le 12 Mars 1723. étant accouchée
cinqjours auparavant de Victor- Amedée- Theo
dore , Duc d'Aoste , mort le 11 Août 1725. Il a
épousé en secondes Nôces le 2 Juillet 1724. Poli
xene Christine Jeanne , fille d'Ernest- Léopold
Landgrave de Hesse- Rheinfels- Rottembourg , at
d'Eleonore-Marie- Anne de Louvenstein , dont
il a eu Victor- Amedée - Marie , né à Turin le 26
Juin 1726 à présent Duc de Savoye et Prince
de Piémont Joseph Charles- Emanuel , Duc
d'Aoste , né le 17 Mai 1731. et deux Princesses ,
l'une née le 28 Fevrier 1728. l'autre le 19 Mars
1730.
>
On apprend d'Allemagne que la petite verole
qui régne à Vienne depuis environ trois mois
a attaqué presque toutes les jeunes personnes de
la Ville , dont plusieurs sont mortes dans les
cinq ou six premiers jours de leur maladie : le
jeune Marquis de Rofrano , Prince de Capece ,
Napolitain , a été de ce nombre.
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Résumé : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Victor-Amédée II, roi de Sardaigne, est décédé le 31 octobre. Né le 14 mai 1666, il était le fils de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, et de Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie. Il épousa Anne-Marie d'Orléans le 10 avril 1684. Leur union donna naissance à plusieurs enfants, dont Charles-Emmanuel-Victor, roi de Sardaigne, et Marie-Adélaïde, mariée à Louis, duc de Bourgogne. Victor-Amédée II fut couronné roi de Sicile à Palerme le 24 décembre 1713, avant d'échanger ce royaume contre celui de Sardaigne en 1718. Après un règne de 55 ans, il abdiqua en faveur de son fils le 3 septembre 1730. Charles-Emmanuel-Victor se maria deux fois : d'abord avec Anne-Christine-Louise, puis avec Polixène Christine Jeanne, avec qui il eut plusieurs enfants, dont Victor-Amédée-Marie, duc de Savoie, et Joseph Charles-Emmanuel, duc d'Aoste. Le texte mentionne également une épidémie de petite vérole à Vienne, ayant causé la mort de plusieurs jeunes personnes, dont le jeune Marquis de Rofrano, Prince de Capece, Napolitain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1101-1125
TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
Début :
Vous me marquez, Monsieur, quelque satisfaction des Eclaircissemens contenus dans [...]
Mots clefs :
Marquis de Rosny, Prince, Artillerie, Religion, Duc de Sully, Duc de Savoie, Médaille, Mémoires, Seigneur, Dieu, Corps, Esprit, Enfants, Béthune, Melun
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
TROISIEME LETTRE de M. D. L.
R. écrite à M. A. C. D. S.T.au sujet du
Marquis de Rosny , depuis Duc de Sully
, &c. contenant quelques Remarques
Historiques.
Ous me Monsieur
quelque satisfaction des Eclaircissemens
contenus dans mes deux Lettres
précédentes , sur la premiere Question
que vous m'avez faite , au sujet du
Marquis de Rosny , premier Ministre
du Roi Henri Le Grand. Cela m'engage
de redoubler mes soins pour répondre
avec la même éxactitude et le même succès
aux autres demandes que vous me
faites sur ce sujet.
و
Instruit par P'Histoire de l'ancienneté
et de la Catholicité de la Maison de Bethune
dont le Marquis de Rosny se
trouvoit le Chef , vous êtes surpris que
ce Seigneur n'ait pas persevere dans la
Religion de ses Ancêtres vous me demandez
la cause de ce changement , à
quoi vous ajoutez deux ou trois autres
Questions , dont la Réponse fera tout le
sujet de cette Lettre.:
1. Fol. Cvi Da1102
MERCURE DE FRANCE
D'abord il est bon de vous dire , Monsieur
, que ce n'est pas le Marquis de
Rosny qui fait la premiere cause de cette
variation . Pour en être bien instruit , il
faut remonter jusqu'à Jean de Bethune
IV. du nom son Ayeul , lequel étant
encore assez jeune épousa Anne de Melun
, qui lui apporta en dot la Baronie
de Rosny , &c. Il en eut plusieurs Enfans
, lesquels eurent un double malheur
; le premier de perdre leur Mere
dans leur bas âge , et le second de voir
remarier leur Pere avec une simple Demoiselle
sans biens. Un troisiéme malheur
, suite des premiers , voulut que
Jean de Bethune n'eut ni ordre , ni oeconomie
dans ses affaires , qu'il s'endetta -
beaucoup , et qu'en mourant enfin retiré
au Château de Coucy , après avoir
aliené ses plus beaux Domaines
il ne
laissa presque rien à ses Enfans : de sorte
que François de Bethune son fils aîné ,
dépouillé de tous les grands biens de ses
Ancêtres , et ne jouissant que de ceux
d'Anne de Melun sa Mere , est comparé
par un Historien au Prince * Jean , surnommé
sans Terre , qui étant fils de Roi ,
se trouva presque sans aucune possession
, & c.
D
* Jean , fils de Henri II . Roi d'Angleterre .
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733- 1103
Ce fils aîné épousa en 1557. Charlotte
Dauvet , qui lui donna sept Enfans. Il
s'attacha de bonne heure à Louis de Bourbon
, Prince de Condé , qui étoit alors
le Chef des Huguenots , et fit Profession
de la nouvelle Religion , à l'imitation de
plusieurs Grands Seigneurs , séduits par
les opinions des Novateurs , ou par des
motifs humains. En courant toutes les
fortunes du Prince il se trouva à la Bataille
de Jarnac , où il fut fait Prisonnier ;
j'omets le reste de son histoire pour marquer
seulement qu'en mourant en l'année
1577. il laissa pour Chef de sa Maison
Maximilien de Bethune, son Fils puisné ,
dont il s'agit particulierement ici .
Ce Seigneur suivit les traces de Fran
çois de Bethune son Pere , tant pour la
Religion dans laquelle il étoit né , que
du côté de la Fortune; il pourroit fournir
seul la matière d'une longue Histoire ,
que j'avois eu autrefois dessein d'entreprendre
ce Pere homme vertueux
de bon esprit , et brûlant du
loüable désir de relever sa Maison , avoit
jetté les yeux sur notre Maximilien , le
second des quatre fils qu'il eut de Charlotte
Dauvet.
,
د
Il avoit remarqué en lui non - seulement
une grande vigueur de corps et
I. Vol. d'es
1104 MERCURE DE FRANCE
d'esprit , mais encore une grande inclination
à la vertu , et une forte aversion
pour le vice , ce qui lui ayant fait concevoir
une grande espérance , il le fit appeller
un jour , disent les Mémoires qui
portent son nom , dans sa Chambre de
la Haute Tour , et en la seule présence
de la Durandiere , son Précepteur, il lui
tint un discours que sa briéveté et l'importance
du sujet m'engagent de rappor
ter ici.
» Maximilian , puisque la Coûtume
ne me permet pas de vous faire le prin-
» cipal Héritier de mes biens , je veux en
» récompense essayer de vous enrichir
» de vertus , et par le moyen d'icelles
» comme on me l'a prédit , j'espere que
» vous serez un jour quelque chose . Pré-
» parez- vous donc à supporter avec cou-
» rage , toutes les traverses et difficultez
» que vous rencontrerez dans le monde ,
» ct en les surmontant genereusement ,
acquerez- vous l'estime des gens d'hon-
» neur , et particulierement celle du
» Maître à qui je veux vous donner ; au
Service duquel je vous commande de
» vivre et mourir. Et quand je serai sur
mon partement pour aller à Vendôme
>> trouver la Reine de Navarre , et Mon-
» sieur le Prince son fils , auquel je veux
»
1. Vol. » Yous
JUIN. 1733- 1109
» vous donner , disposez-vous à venir
» avec moi , et vous préparer par une
Harangue à lui offrir votre service
» lors que je lui présenterai votre -Per-
» sonne .
la
Ce Discours pathétique et sensé , écou
té avec attention par un fils né pour
vertu , eut dans les suites tout le succès
que l'affection et la prévoyance d'un sage
Pere pouvoient esperer. Le Pere et le
Fils se rendirent bien-tôt auprès de la
Reine de Navarre , et le jeune Rosny
fut présenté au Prince son Fils , qui étoit
aussi fort jeune.
»
*
» Cela se fit , disent les Auteurs des
» Mémoires , en présence de la Reine sa
mere , avec des protestations que
» vous lui seriez à jamais très - fidele er
n très- obéïssant serviteur : ee que vous.
» lui jurâtes aussi , en si beaux termes
» avec tant de grace et d'assûrance
>> et un ton de voix si agréable , qu'il
conçût dès lors de bonnes espérances de
» vous. Et vous ayant relevé ( car vous
>> étiez à genoux , ) il vous embrassa deux
» fois , et vous dit : qu'il admiroit votre
gentillesse , vû votre âge , qui n'étoit
"
ת
La parole est ici adressée au Marquis de
Rosny , comme dans tout le corps de l'Ouvrage.
I. Vol.
» que
1106 MERCURE DE FRANCE
>>
que de onze années , et que lui aviés
» présenté votre service avec une si gran-
» de facilité , et étiés de si bonne race
» qu'il ne doutoit point qu'un jour vous
» n'en fissiés paroître les effets en vrai
» Gentilhomme . Et aussi vous promit il
» en foi de Prince , qu'en vous recevant
» de fort bon coeur , il vous aimeroit tou-
» jours , et qu'il ne se présenteroit jamais
» occasion de vous faire acquerir du bien
>> et de l'honneur , qu'il ne s'y employât
» de tout son coeur. Tous lesquels dis-
» cours , qui n'étoient lors que par com-
» plimens , ont eu depuis des Evénemens.
» plus avantageux que vous n'aviez ´es-
» péré.
Ces Evénemens que les mêmes Auteurs
ont rapporté fort au long , furent précédez
et mêlez de bien des traversés. La
Religion surtout , dont ce jeune Seigneur
faisoit profession , et qui fait le
principal article de vos demandes , pensa
lui coûter cher , dans la fatale journée
qui vit couler tant de sang François , au
milieu d'une profonde paix. Sa conservation
a quelque chose de singulier et de
merveilleux : elle merite bien que j'en
place ici le petit détail , tiré des mêmes
Mémoires .
» Voici ce que nous vous en avons
1. Vol. » oui
JUIN. 1733. 1107
noui conter : à sçavoir que vous ayant
» fait dessein d'aller faire votre Cour ce
» jour là , vous vous étiés couché la veille
de bonne heure , et que sur les trois
>> heures du matin , vous vous réveillâ-
» tes au bruit de plusieurs cris de peu-
» ples , et des allarmes que l'on sonnoit
» dans tous les Clochers. Le sieur de
» S. Julien , votre Gouverneur , et votre
» Valet de Chambre , ( qui s'étoient aussi
» éveillés au bruit , ) étant sortis de vo-
» tre logis , pour apprendre ce que c'é-
» toit , n'y rentrerent point ; et n'avez-
» vous jamais sçû ce qu'ils étoient deve-
» nus. De sorte qu'étant réduit vous
>> seul dans votre chambre et votre
» Hôte qui étoit de la Religion , vous
» pressant d'aller avec lui à la Messe , afin
» de garantir sa vie et sa maison de sac-
» cagement , vous vous résolûtes d'es-
» sayer à vous sauver dans le College de
Bourgogne.
"3
,
>> Pour ce faire,yous prîtes votre Robbe
>> d'Ecolier , un Livre sous votre bras , et
» vous vous mîtes en chemin . Par les
» ruës vous rencontrâtes trois Corps de
» Garde , l'un à celle de S. Jacques , un
>> autre à celle de la Harpe , et l'autre à
» l'issue du Cloître de S. Benoît. Au pre
» mier ayant été arrêté et rudoyé par
1. Vol. >> ceux
108 MERCURE DE FRANCE
» ceux de la Garde , un d'entr'eux pre
> nant votre Livre , et voyant que , de
» bonheur pour vous , c'étoit de grosses'
» Heures , vous fit passer , ce qui vous
» servit de passeport aux autres. En al-
>> lant vous vîtes enfoncer et piller des
» maisons , massacrer hommes , femmes .
» et enfans , avec les cris de tuë , tuë , ô
»Huguenot , ô Huguenot , ce qui vous
» faisoit souhaiter avec impatience d'être
» arrivé à la porte du College , où enfin
>> Dieu vous accompagna , sans qu'il vous
>> fût arrivé autre mal que la peur.
»
» A l'abord , le Portier vous refusa deux
» fois l'entrée de la porte mais enfin
» moyennant quatre Testons que vous
» lui donnâtes , il alla dire au Principal ,
» nommé la Faye , que vous étiés à la
» porte , et ce que vous demandiez , lequel
aussi- tôt meu de compassion
» étant votre particulier ami , vous vint
» faire entrer , empêché toutefois de ce
» qu'il feroit de vous , à cause de deux
» Ecclésiastiques qui étoient dans sa
» chambre , et qui disoient y avoir des-
» sein formé de tuer tous les Huguenots ,
» jusqu'aux enfans à la mammelle , et ce
à l'exemple des Vêpres Siciliennes .
» Néanmoins , par pitié , ce bon Personnage
vous mit dans une chambre fort
"
I. Vol. ≫ seJUIN.
1733.
1109
» secrette , dans laquelle personne n'en-
» trât que son Valet , qui vous y por-
» toit des vivres , et vous y servît trois
» jours durant , au bout desquels il se
» fit une publication de par le Roi , por-
" tant deffenses de plus tuer ni saccager
>> personne.
» Alors deux Archers de la Garde, Vas-
» saux de M. votre Pere , l'un nommé
» Ferrieres , et l'autre la Vieville , vin-
» rent avec leurs Hocquetons , et Halle-
» bardes à ce College , pour s'enquerir de
» vos nouvelles , et les mander à M. vo-
» tre Pere , qui étoit fort en peine de
» vous , duquel vous reçûtes une Lettre
» trois jours après , par laquelle il vous
mandoit de demeurer à Paris , et d'y
» continuer vos Etudes comme auparavant.
Et pour ce faire il jugeoit bien
qu'il vous faudroit aller à la Messe , à
» quoi il vous falloit résoudre , aussi-
» bien avoit fait votre Maître et beau-
>> coup d'autres : et que sur tout il vou-
» loit que vous courussiez toutes les for-
» tunes de ce Prince jusqu'à la mort
» afin que l'on ne vous pût reprocher de
l'avoir quitté en son adversité : à quoi
» vous vous rendîtes si soigneux , que
» vous en acquires l'estime d'un chacun .
Tout le monde sçait avec quelle exac-
I. Vol. titude
1110 MERCURE DE FRANCE
titude et quelle constante fidelité ce dernier
commandement de courir toutes les
fortunes de ce grand Prince fut éxécuté.
On en peut voir la preuve dans l'Histoire
, et sur tout dans les Mémoires des
Ecrivains que nous avons citez , lesquels
remarquent particulierement qu'au milieu
de toutes ses assiduitez auprès du
Prince , dans ces premiers tems de trouble
et de confusion , le jeune Rosny s'appliquoit
toujours à cultiver son esprit
par des connoissances solides. Ils parlent
en ces termes de cette circonstance ; en
» quelque condition que vous fussiés
» vous preniés toujours le tems de conti-
» nuer vos Etudes , sur tout de l'Histoi
de laquelle vous faisiés déja des Ex-
>> traits , tant pour les moeurs , que pour
» les choses naturelles ; et des Mathéma
>> re ,
tiques , lesquelles occupations fai-
» soient paroître votre inclination à la
>> vertu .
Dans la suite il se présenta une occasion
qui auroit pû , si Dieu l'avoit permis
, servir à éclairer ce jeune Seigneur
et à le faire rentrer dans la Religion de
ses Ancêtres. Il n'avoit qu'environ vingtdeux
ans , lorsqu'en l'année 1581. il lui
prit envie de faire un petit voyage en
Flandres , principalement pour y visiter
la
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BETHUN
01
SA
SSA
JUIN. 1733 1111
la Comtesse de Mastin sa Tante . Cette
Tante et le Vicomte de Gand son Ayeul
maternel , et son Parrain , l'avoient deshérité
, lui et François de Bethune son-
Pere , à cause de la Religion, Il partit
muni d'un Passe- port du Comte * de
Barlemont , son Parent et se rendit à
la Bassée , où demeuroit cette Dame. Il
en fut accueilli assez froidement , préve
nuë sur son sujet de la maniere que nous
allons le voir,
ར་ ་ .
Le lendemain matin elle mena son Ne
veu dans la grande Eglise de l'Abbaye
qu'elle avoit fondée , pour lui faire voir
les Sépultures de Marbre de ses Ancêtres,
qu'elle y avoit fait construire ; et entre
les autres celles d'Helene de Melun , femme
de Robert d'Artois , d'Hugues de
Melun , son Ayeul , le même qui l'avoit
deshérité , et d'Anne de Melun son Ayeule
, celle enfin qu'elle avoit fait élever
pour elle-même. Elle lui dit alors , ayant
les larmes aux yeux : » hélas ! mon Ne-
» veu , mon ami , que mon Pere votre
» Ayeul , et ma Soeur votre Grand mere,
* Le Comte de Barlemont étoit Président du
Conseil Royal des Finances , Gouverneur de Namur
Chevalier de la Toison d'Or , &c. J'ai
une Médaille de ce Seigneur frapée en 1576. selon
Laquelle il faut lire BERLAYMONT.
>
"
» s'ils
1112 MERCURE DE FRANCE
» s'ils étoient en vie , jetteroient de lar-
>> mes , et ressentiroient de déplaisirs ,
» aussi-bien que moi , de voir en vous
» l'un de leurs Enfans , ne point croire
» en Dieu , ni en sa Messe , et n'adresser
» ses Prieres qu'à l'ennemi d'enfer , qui
» vous renal ennemi des bonnes oeuvres ,
» ainsi que je l'ai entendu dire à nos bons
>> Peres ! & c.
"
•
Le jeune Neveu étrangement surpris ,
s'écria là- dessus : » Vrai Dieu , ma Tan-
» te , que dites - vous ? Jesus ! seroit- il
> bien possible que vous disiés ceci à bon
» escient , et qu'il y ait eu des gens si
pleins d'impostures et de calomnies
» que de vous avoir voulu persuader tel-
» les éxécrations , qui nous rendroient
indignes de vivre sur la terre ? 11 lui fit
ensuite un détail de sa Créance, lui récita
même l'Oraison Dominicale , le Symbole
, &c. Tout cela fait un Dialogue qui
mérite d'être lû dans le 18. Chap. du pre
mier Tome des Mémoires , on en jugera
par la fin , qui est telle. La Dame écou
ta fort attentivement cette récitation
sans rien repondre , tant que le Neveu
ne parla que de Dieu , de Jesus-Christ
et du S. Esprit , mais lorsqu'il dit qui est
né de la Vierge Marie , et ensuite , je crois
Ja Communion des Saints , & c. Elle se mit
JUIN. 1733. 1113
à crier , » hélas ! mon Neveu , mon ami ,
» est- il possible qu'en vos Oraisons vous
» parliés de la bonne Dame , et fassiés
» mention des Saints Bienheureux ? Or
» venez m'embrasser , puisque cela est :
» car je vous aime comme mon bon Ne-
» veu , et me semble en vous voyant , et
" vous oyant parler , que ma pauvre soeur
» est encore en vie : ô que j'ai de déplai-
» sir que mon Neveu votre Parrain et
» moi , vous avons deshérité : vrayement
je veux essayer à rompre tout cela , et
» vous le jure par la Sainte Vierge : les
» effets néanmoins ne suivirent pas les
» paroles , &c.
>>
t
Il faut convenir , Monsieur , qu'une
telle occasion de parler de la nouvelle
Religion , mieux ménagée , auroit pû
produire quelque bon effet sur l'esprit
du jeune Parent , mais ce n'étoit pas le
moyen sans doute de le faire entrer dans
la bonne voye , que d'employer de pareils
argumens , on ne corrige point l'erreur
par
d'autres erreurs .
Quoiqu'il en soit , le Marquis de Rosny
, en quittant la Dame sa Tante prit
le chemin de Bethune , Ville qu'il avoit
toujours souhaité de voir , et où malgré
sa Religion , opposée à la grande Catholicité
de ses Ancêtres , à celle des Fla-
S
I. Vol. mands
1114 MERCURE DE FRANCE
mands en général , et aux circonstances
du tems , il fut parfaitement bien reçû
régalé du vin de Ville , et honoré en plu
sieurs manieres comme descendu de
l'antique Maison des anciens Seigneurs
de Bethune. Il vit tout ce qui étoit à
voir dans cette Ville , et visita principalement
les Eglises où sont les Mausolées
de ces Seigneurs , d'où il revint en droi
ture à Rosny. 7
L'ordre des tems , qui s'accorde avec
celui de vos demandes , me fait passer ,
Monsicur , de la Religion de Maximilien
de Bethune , à laquelle j'aurai occasion
de revenir , à ses grandeurs temporelles
, récompense de son mérite et de
son attachement à la fortune et aux interêts
d'un grand Prince. Vous voulez
sçavoir d'abord quand et comment il fût
pourvû de la Charge de Grand - Maître
de l'Artillerie , et comment il en fût destitué
après la mort de son cher Maître.
Je crois d'abord trouver la premiere
origine de son élévation à cette Charge
dans l'Evénement de la Bataille de Coutras
, donnée le 20 Octobre 1587. entre
l'Armée Royale , ou plutôt de la Ligue ,
commandée par M. de Joyeuse , et celle
du Roi de Navarre , commandée par ce
Prince en personne , accompagné du
I. Vol. Prince
JUI N. 1733 : 1115
·
Prince de Condé , du Comte de Soissons
; et d'un nombre de Seigneurs des
plus qualifiez , qui suivoient sa Religion
et sa fortune . Le Marquis de Rosny
étoit non seulement des premiers
dans ce nombre ; mais le Roy son
Maître lui commit dans cette importante
journée le soin de tout ce qui regardoit
l'Artillerie , quoiqu'il ne fût encore
âgé que de 28 ans .
>>
,
Je n'oublierai pas ici ce que lui dit ce
vaillant Prince , au moment qu'il se sépara
de sa Personne pour aller éxécuter
ses ordres. » Mon ami Rosny ,
» c'est à ce coup qu'il faut faire paroî-
» tre votre esprit et votre diligence , qui
» nous est mille fois plus nécessaire
» qu'elle n'étoit hier , à cause que le
» corps nous presse , et que de l'Artillerie
bien logée , bien munie et bien exploitée
, dépendra en grande partie le
» gain de la bataille , lequelj'attends de
» Dieu , & c. Les Mémoires qui ont conservé
ce trait , marquent aussi de quelle
maniere le Marquis de Rosny éxécuta
les ordres du Roi , ils détaillent particulierement
l'opération de deux Canons et
d'une Coulevrine , placées et employées
» si à propos , qu'elles firent des mer-
» veilles , ne tirant une seule volée
I. Vol. D » qu'ils
1116 MERCURE DE FRANCE
» qu'ils ne fissent des rues dans les Es
» cadrons et Bataillons du Camp ennemi
, qui étoient jonchées de douze
» quinze , vingt , et quelquefois jusqu'à
vingt- cinq corps d'hommes et
» chevaux ; si bien que les ennemis , &c .
Le reste du Narré mene au gain entier
de la Bataille , dû en bonne partie
à cette vigoureuse canonade , ainsi que
le Roi l'avoit prédit.
Les Auteurs en finissant ce Narré
ajoûtent une circonstance qui ne doit
pas être omise , et qui confirme d'ailleurs
ce que je viens de dire au sujet de
l'Artillerie.
39 Si- tôt que vous vîtes les ennemis
» en déroute ( c'est toujours à M、de
» Rosny qu'ils parlent ) et que sans
» doute la Bataille étant gagnée , vous
» n'aviez plus que faire au Canon : Vous
» montâtes sur votre grand Cheval d'Es-
» pagne Bay , lequel M. de Bois- Breuil
>> vous faisoit tenir prêt derriere les Pié-
» ces , pour essayer d'apprendre des
> nouvelles de Mrs vos Freres que vous
cuidiés être avec M. de Joyeuse , er
» sçavoir aussi en quel état le Roy de
» Navarre étoit , lequel vous rencontrâ-
» tes. par- delà la Garenne , l'épée toute
sanglante au poing , poursuivant la
>>
1. Vol.
vicJUIN.
1733. 1117
>
» victoire et si- tôt qu'il vous apper-
» çût , vous cría ; et bien , mon ami
c'est à ce coup que nous ferons per-
»> dre l'opinion que l'on avoit prise
» que les Huguenots ne gagnoient jamais
de Batailles ; car en celle- ci la
» victoire est toute entiere.... et faut
>> confesser qu'à Dieu seul en appar-
" tient la gloire , car ils étoient deux
» fois aussi forts que nous ; et s'il en
» faut attribuer quelque chose aux hom-
» mes , croyez que M. de Clermont
» vous , et Bois du Lys , y devez avoir
» bonne part ; car vos Piéces ont fait
» merveilles aussi vous promets- je que
» je n'oublierai jamais le service que vous
» m'y avez rendu .
C'est ainsi que lui parla ce Prince
incomparable , et on peut dire qu'il
tint magnifiquement sa parole Royale :
car dès qu'il fût Roi de France , ce
qui arriva deux ans après , il eut une
attention particulière sur la fortune
d'un homme qui le servoit si bien , et
qui ne le quitta pas d'un pas , surtout
aux Batailles d'Arques et d'Ivry qui
suivirent , où l'Artillerie fit encore des
merveilles , et où M. de Rosny emporté
par sa valeur , fut percé de coups.
Enfin , le Roi après l'avoir fait suc-
1. Vol. Dij ces
1118 MERCURE DE FRANCE
· ,
>
après
cessivement Grand Voyer de France
Sur Intendant des Finances
avoir érigé la Baronie de Rosny en
Marquisat , lui accorda en l'année 1599.
la Charge de Grand - Maître de l'Artillerie
, sur la démission de M. d'Etrées
avec la qualité d'Officier de la Couronne
, Charge que ce Prince lui ménageoit
depuis long- tems , et dont il y a lieu de
croire que
la journée de Coutras avoit
été comme le gage. Il fut presque en
même- tems pourvû de la Sur- Intendance
des Bâtimens et de celles des Fortifications
, qui furent suivies du Gouverne
ment de la Bastille , de la grande Maîtrise
des Ports et Havres du Royaume
et du Gouvernement de Poictou,
L'Artillerie avoit asşûrément besoin
d'un Grand - Maître aussi entendu et
aussi vigilant , que l'étoit le Marquis
de Rosny. Tout étoit en désordre à cer
égard dans les Provinces , où il fut obligé
de casser près de 500 Officiers , inuti
les ou mal - intentionnez , et l'Arcenal
étoit dénué presque de toutes choses
quand il en prit possession . Le Roi l'y
vint voir quinze jours après. Il reçût ensuite
un pareil honneur de Charles Emanuel
, Duc de Savoye , qui étoit venu
en France pour traiter en pe sonne d'af-
>
faires importantes.
JUIN. 1733 1119
T
Les Mémoires qui font le détail de
cette visite , marquent une circonstance
qui doit avoir icy sa place.
» Comme M. de Savoye fût arrivé à
» l'Arsenac, il vous demanda aussi- tôt où
» étoient toutes vos Armes , Munitions
» et Artilleries; sur quoi vous vous trouvâtes
bien empêché , ayant honte de
» lui faire voir une Maison si pauvre et
» dénuée de toutes ces choses , qu'étoit
» l'Arsenac ; tellement qu'au lieu d'aller
aux Magazins, vous le menates aux At-
» teliers , ausquels vous faisiez ouvrer à
» puissance; et lors voyant quelques qua-
» rante affuts et rouage , ésquels on tra
» vailloit ; vingt Canons , nouvellement
» fondus , et des provisions et préparatifs
pour en fondre encore autant ; il
» vous demanda que c'est que vous vou-
» liez faire de tant d'Artillerie nouvelle-
» ment fonduë ? Vous lui répondites en
» riant : Monsieur , c'est pour prendre
" Mont-Mélian. Lors il vous demanda
y avez vous été ? Non, Monsieur , dit-
» tes-vous ; vraiement je le vois bien , ré-
' pondit- il , car vous ne diriez pas cela ;
>> Mont-Mélian ne se peut prendre. Bien ,
>> bien , Monsieur , dittes - vous , je vous
» en crois , neanmoins ne mettez pas le
» Roy en cette peine ; s'il me l'avoit
I.Vol. Diij >> com1120
MERCURE DE FRANCE
» commandé j'en viendrois bien à bout
>> mais je veux croire qu'il n'en sera point
» besoin, et que le Roy et vous, vous sé-
»parerez bien contens l'un de l'autre, & c. .
M. de Rosny avoit sans doute ses raisons
pour parler ainsi au Duc de Savoye ,
qui n'oublia rien pour le mettre dans ses
interêts. C'est en partie la matiere du 93
chap. dans le second volume des Mémoires
, où l'on voit que si ce Seigneur refusa
, de la part du Prince , une Boëte de
Diamans , et jusqu'à son Portrait , enrichi
de Pierreries , de trop grand prix , il
ne manqua en rien à son égard du côté
des bienséances et de la politesse . Dans le
même jour que se passa ce que je viens
de rapporter ; il eût l'honneur de traiter
splendidement à souper, dans l'Arsenal ,le
Roy , le Duc de Savoye , les Dames et les
Seigneurs les plus qualifiez de la Cour :
mais revenons à l'Artillerie.
Elle changea absolument de face sous
sa conduite , et l'Arsenal cy - devant si
dépourvu, qu'on n'osoit presque le laisser
voir aux Etrangers , devint , pour ainsi
dire , sous le nouveau Grand- Maître , la
terreur des Ennemis de la France , et cela
dans moins d'une année. Le premier
Prince , à qui la vigilance du Marquis de
Rosny devint fatale fut le Duc de Sa-
1. Vol.
voye
JUIN. 1733. 1121
voye même , et ce qui s'étoit dit dans
l'Arsenal entre ce Prince et le Grand
Maître , par maniere d'entretien et de
plaisanterie , au sujet de Mont - Mélian' ,
devint une affaire sérieuse et une verité
dont les circonstances sont marquées
dans l'Histoire.
»
Je n'en rapporterai icy qu'une. Le Duc
de Savoye refufant d'exécuter le Traité
conclu à Paris , le Roy lui déclara la Guerre
, marcha en personne avec deux corps
d'Armée , qui firent des Exploits rapides
dans la Savoye et dans la Bresse; et Montmélian
, Place prétendue imprénable ,
fut prise ; le Marquis de Rosny se signala
en plusieurs manieres dans cette Expedi
tion , et fit plus que le devoir de sa Charge
, en ne s'exposant que trop par tout.
La diligence de Rosny , dit Mezerai ;
» pourvût. si bien aux Munitions et à
» l'Artillerie , les ayant fait charrier par
» les Rivieres,qu'à la fin de Juillet(1600)
» il eût en ce Païs-là 40 Piéces de Canon
>> et de quoi tirer quarante mille coups.
» Aussi n'oublia -t - il rien en cette occa-
»sion pour se montrer digne de la Char-
>> ge de Grand- Maître de l'Artillerie, dont
» le Roy venoit de l'honorer , l'ayant
» même érigée en Charge de la Couron-
» ne. Deux ans auparavant il lui avoit
-
I. Vol.
D iiij » aussi
Î122 MERCURE DE FRANCE
» aussi donné celle de Grand -Voyer, con-
» noissant qu'il étoit Homme d'ordre et
qu'il pourvoiroit soigneusement à la
» réparation et à l'entretenement des
» Chemins, pour la commodité du Char-
» roy , dont en effet il s'acquitta fort
» bien. Entre autres choses , il obligea les
» Particuliers de planter des Ormes de
» distance en distance dans leurs Terres ,
» sur les bords des grands Chemins , pour
» fournir un jour de bois de Charonage
au roulage de l'Artillerie. On appelle
» encore aujourd'hui ces Arbres des
» Rosnys.
>
C'est à cette occasion de la Guerre de
Savoye , que fût frappée une belle Médaille
d'Henri IV. en opposition et pour
répondre à la Médaille satyrique , que les-
Courtisans du Duc de Savoye firent fraper
peu de temps après qu'il se fût emparé
du Marquisat de Saluces , en profitant
des Troubles de la Ligue. Sur celle - cy on
voyoit d'un côté la tête du Prince , avec
cette Légende : CAR . EM. D.G.Dux Sab .
P. PED . Et sur le Revers , un Centaure
qui en décochant une Fléche pose le pied
sur une Couronne renversée ; ce seul mot
OPPORTUNE se lisoit autour ; et dans
l'Exergue M. D. LXXXVIII . Dans la Médaille
du Roy , la face étoit chargée du
>
I.Vol. Buste
JUIN. 1733. 1123
Buste de ce grand Prince , la tête ceinte
de Laurier, et les épaules couvertes d'une
Peau de Lyon , avec cette Inscription :
ALCIDES HIC NOVUS OR BI . Au revers ,
le Roy , armé d'une Massuë , paroît assommer
d'une main le Centaure abbatu ,"
sur lequel est posé l'un des pieds du Vainqueur
, qui de l'autre main releve une
Couronne , avec ce seul mot : OPPORTUNIUS
. Cette Médaille qui n'est chargée.
d'aucune datte , doit avoir été frappée
dans le courant de l'année 1600.ou avant
le Traité de Paix conclu entre les deux
Princes , en l'année 1601.
Le Marquis de Rosny , qui avoit eu tant
de part aux travaux de son Maître dans
cette Guerre , eut aussi part à sa gloire ; car
quelque tems après on lui frappa une Médaille,
où l'on voit d'un côté sonBuste, avec
cette Légende : MAXI. DE BETHUNE , DUC
DE SULLY.G.M.DE L'ART.DE F.Et sur le revers
, une Aigle élevée dans les Airs , la
tête tournée vers le ciel , tenant dans ses
Serres la Foudre de Jupiter , dont ilsemble
attendre les ordres pour la lancer
avec ces mots : Quo JUSSA Jovis . Dans
l'Exergue M. DC. VII. Cette Devise semble
faire allusion à ce que notre Grand
Maître répondit au Duc de Savoye , au
sujet de Mont-Mélian : Si le Roy m'avoit
1.Vol DY
Ccm1124
MERCURE DE FRANCE
commandé de le prendre,j'en viendrois bien- '
tôt à bout , &c. L'Evenement justifia cette
réponse.» Le Gouverneur de cette Place,
» dit Mezeray , triompha d'abord en pa-
» roles , parce qu'il ne croyoit pas.qu'on
put dresser des Batteries pour l'attaquer;
» mais quand Rosny eut trouvé moyen
» d'en planter à cinq ou six endroits (car
que ne peuvent l'argent et le travail ) sa
» fierté s'amollit tout d'un coup ; il per-
» mit que sa femme nouât conversation
avec celle de Rosny , et ses craintes
» s'augmentant d'heure en heure , il ca-
» pitula le 14 Octobre , &c.
»
Maximilien de Bethune .est qualifié
Duc de Sully sur cette Médaille , parce
qu'en l'année précédente 1606. le Roy
avoit érigé la Baronie de Sully en Duché
et Pairie ; sa reception fut des plus magnifiques
, le Roy ayant assisté au Festin ,
qui fut donné à l'Arsenal , &c. Ce Grand-
Prince lui donna aussi la même année , la
Charge de Capitaine - Lieutenant de deux
cent Hommes d'Armes de la Reine.
Comme la Médaille de ce premier Duc
'de Sully , Grand- Maître de l'Artillerie ,
&c. est assez rare , je vous envoïe la gra
vure , que j'en ai fait faire par une ha-
* Anne de Courtenay , Epouse du Marquis de
Rosny , qui l'avoit suivi dans cette Guerre.
I.Vol bile
JUIN. 1733. 1125
bile main , sur l'Original du Cabinet de
M. le Duc de Sully , que ce Seigneur a
bien voulu me communiquer. Cet Original
est des mieux conservez , et si beau
que je le crois de Germain Dupré , cxcellent
Graveur de ce temps-là , dont
nous avons de tres - belles Médailles. Les
deux autres Médailles dont je viens de
vous parler,de Henry le Grand et du Duc
de Savoye , sont dans mon Cabinet .Vous
pourrez les voir quand vous viendrez à
Paris.
Je suis forcé de renvoyer à une autre
Lettre ce qui me reste à vous dire pour
satisfaire pleinement à toutes vos demandes
, et pour ne point allonger celle - ci
lavantage. Je suis toujours , Monsieur ,
& c .
A Paris , le 25 Avril 1733 .
R. écrite à M. A. C. D. S.T.au sujet du
Marquis de Rosny , depuis Duc de Sully
, &c. contenant quelques Remarques
Historiques.
Ous me Monsieur
quelque satisfaction des Eclaircissemens
contenus dans mes deux Lettres
précédentes , sur la premiere Question
que vous m'avez faite , au sujet du
Marquis de Rosny , premier Ministre
du Roi Henri Le Grand. Cela m'engage
de redoubler mes soins pour répondre
avec la même éxactitude et le même succès
aux autres demandes que vous me
faites sur ce sujet.
و
Instruit par P'Histoire de l'ancienneté
et de la Catholicité de la Maison de Bethune
dont le Marquis de Rosny se
trouvoit le Chef , vous êtes surpris que
ce Seigneur n'ait pas persevere dans la
Religion de ses Ancêtres vous me demandez
la cause de ce changement , à
quoi vous ajoutez deux ou trois autres
Questions , dont la Réponse fera tout le
sujet de cette Lettre.:
1. Fol. Cvi Da1102
MERCURE DE FRANCE
D'abord il est bon de vous dire , Monsieur
, que ce n'est pas le Marquis de
Rosny qui fait la premiere cause de cette
variation . Pour en être bien instruit , il
faut remonter jusqu'à Jean de Bethune
IV. du nom son Ayeul , lequel étant
encore assez jeune épousa Anne de Melun
, qui lui apporta en dot la Baronie
de Rosny , &c. Il en eut plusieurs Enfans
, lesquels eurent un double malheur
; le premier de perdre leur Mere
dans leur bas âge , et le second de voir
remarier leur Pere avec une simple Demoiselle
sans biens. Un troisiéme malheur
, suite des premiers , voulut que
Jean de Bethune n'eut ni ordre , ni oeconomie
dans ses affaires , qu'il s'endetta -
beaucoup , et qu'en mourant enfin retiré
au Château de Coucy , après avoir
aliené ses plus beaux Domaines
il ne
laissa presque rien à ses Enfans : de sorte
que François de Bethune son fils aîné ,
dépouillé de tous les grands biens de ses
Ancêtres , et ne jouissant que de ceux
d'Anne de Melun sa Mere , est comparé
par un Historien au Prince * Jean , surnommé
sans Terre , qui étant fils de Roi ,
se trouva presque sans aucune possession
, & c.
D
* Jean , fils de Henri II . Roi d'Angleterre .
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733- 1103
Ce fils aîné épousa en 1557. Charlotte
Dauvet , qui lui donna sept Enfans. Il
s'attacha de bonne heure à Louis de Bourbon
, Prince de Condé , qui étoit alors
le Chef des Huguenots , et fit Profession
de la nouvelle Religion , à l'imitation de
plusieurs Grands Seigneurs , séduits par
les opinions des Novateurs , ou par des
motifs humains. En courant toutes les
fortunes du Prince il se trouva à la Bataille
de Jarnac , où il fut fait Prisonnier ;
j'omets le reste de son histoire pour marquer
seulement qu'en mourant en l'année
1577. il laissa pour Chef de sa Maison
Maximilien de Bethune, son Fils puisné ,
dont il s'agit particulierement ici .
Ce Seigneur suivit les traces de Fran
çois de Bethune son Pere , tant pour la
Religion dans laquelle il étoit né , que
du côté de la Fortune; il pourroit fournir
seul la matière d'une longue Histoire ,
que j'avois eu autrefois dessein d'entreprendre
ce Pere homme vertueux
de bon esprit , et brûlant du
loüable désir de relever sa Maison , avoit
jetté les yeux sur notre Maximilien , le
second des quatre fils qu'il eut de Charlotte
Dauvet.
,
د
Il avoit remarqué en lui non - seulement
une grande vigueur de corps et
I. Vol. d'es
1104 MERCURE DE FRANCE
d'esprit , mais encore une grande inclination
à la vertu , et une forte aversion
pour le vice , ce qui lui ayant fait concevoir
une grande espérance , il le fit appeller
un jour , disent les Mémoires qui
portent son nom , dans sa Chambre de
la Haute Tour , et en la seule présence
de la Durandiere , son Précepteur, il lui
tint un discours que sa briéveté et l'importance
du sujet m'engagent de rappor
ter ici.
» Maximilian , puisque la Coûtume
ne me permet pas de vous faire le prin-
» cipal Héritier de mes biens , je veux en
» récompense essayer de vous enrichir
» de vertus , et par le moyen d'icelles
» comme on me l'a prédit , j'espere que
» vous serez un jour quelque chose . Pré-
» parez- vous donc à supporter avec cou-
» rage , toutes les traverses et difficultez
» que vous rencontrerez dans le monde ,
» ct en les surmontant genereusement ,
acquerez- vous l'estime des gens d'hon-
» neur , et particulierement celle du
» Maître à qui je veux vous donner ; au
Service duquel je vous commande de
» vivre et mourir. Et quand je serai sur
mon partement pour aller à Vendôme
>> trouver la Reine de Navarre , et Mon-
» sieur le Prince son fils , auquel je veux
»
1. Vol. » Yous
JUIN. 1733- 1109
» vous donner , disposez-vous à venir
» avec moi , et vous préparer par une
Harangue à lui offrir votre service
» lors que je lui présenterai votre -Per-
» sonne .
la
Ce Discours pathétique et sensé , écou
té avec attention par un fils né pour
vertu , eut dans les suites tout le succès
que l'affection et la prévoyance d'un sage
Pere pouvoient esperer. Le Pere et le
Fils se rendirent bien-tôt auprès de la
Reine de Navarre , et le jeune Rosny
fut présenté au Prince son Fils , qui étoit
aussi fort jeune.
»
*
» Cela se fit , disent les Auteurs des
» Mémoires , en présence de la Reine sa
mere , avec des protestations que
» vous lui seriez à jamais très - fidele er
n très- obéïssant serviteur : ee que vous.
» lui jurâtes aussi , en si beaux termes
» avec tant de grace et d'assûrance
>> et un ton de voix si agréable , qu'il
conçût dès lors de bonnes espérances de
» vous. Et vous ayant relevé ( car vous
>> étiez à genoux , ) il vous embrassa deux
» fois , et vous dit : qu'il admiroit votre
gentillesse , vû votre âge , qui n'étoit
"
ת
La parole est ici adressée au Marquis de
Rosny , comme dans tout le corps de l'Ouvrage.
I. Vol.
» que
1106 MERCURE DE FRANCE
>>
que de onze années , et que lui aviés
» présenté votre service avec une si gran-
» de facilité , et étiés de si bonne race
» qu'il ne doutoit point qu'un jour vous
» n'en fissiés paroître les effets en vrai
» Gentilhomme . Et aussi vous promit il
» en foi de Prince , qu'en vous recevant
» de fort bon coeur , il vous aimeroit tou-
» jours , et qu'il ne se présenteroit jamais
» occasion de vous faire acquerir du bien
>> et de l'honneur , qu'il ne s'y employât
» de tout son coeur. Tous lesquels dis-
» cours , qui n'étoient lors que par com-
» plimens , ont eu depuis des Evénemens.
» plus avantageux que vous n'aviez ´es-
» péré.
Ces Evénemens que les mêmes Auteurs
ont rapporté fort au long , furent précédez
et mêlez de bien des traversés. La
Religion surtout , dont ce jeune Seigneur
faisoit profession , et qui fait le
principal article de vos demandes , pensa
lui coûter cher , dans la fatale journée
qui vit couler tant de sang François , au
milieu d'une profonde paix. Sa conservation
a quelque chose de singulier et de
merveilleux : elle merite bien que j'en
place ici le petit détail , tiré des mêmes
Mémoires .
» Voici ce que nous vous en avons
1. Vol. » oui
JUIN. 1733. 1107
noui conter : à sçavoir que vous ayant
» fait dessein d'aller faire votre Cour ce
» jour là , vous vous étiés couché la veille
de bonne heure , et que sur les trois
>> heures du matin , vous vous réveillâ-
» tes au bruit de plusieurs cris de peu-
» ples , et des allarmes que l'on sonnoit
» dans tous les Clochers. Le sieur de
» S. Julien , votre Gouverneur , et votre
» Valet de Chambre , ( qui s'étoient aussi
» éveillés au bruit , ) étant sortis de vo-
» tre logis , pour apprendre ce que c'é-
» toit , n'y rentrerent point ; et n'avez-
» vous jamais sçû ce qu'ils étoient deve-
» nus. De sorte qu'étant réduit vous
>> seul dans votre chambre et votre
» Hôte qui étoit de la Religion , vous
» pressant d'aller avec lui à la Messe , afin
» de garantir sa vie et sa maison de sac-
» cagement , vous vous résolûtes d'es-
» sayer à vous sauver dans le College de
Bourgogne.
"3
,
>> Pour ce faire,yous prîtes votre Robbe
>> d'Ecolier , un Livre sous votre bras , et
» vous vous mîtes en chemin . Par les
» ruës vous rencontrâtes trois Corps de
» Garde , l'un à celle de S. Jacques , un
>> autre à celle de la Harpe , et l'autre à
» l'issue du Cloître de S. Benoît. Au pre
» mier ayant été arrêté et rudoyé par
1. Vol. >> ceux
108 MERCURE DE FRANCE
» ceux de la Garde , un d'entr'eux pre
> nant votre Livre , et voyant que , de
» bonheur pour vous , c'étoit de grosses'
» Heures , vous fit passer , ce qui vous
» servit de passeport aux autres. En al-
>> lant vous vîtes enfoncer et piller des
» maisons , massacrer hommes , femmes .
» et enfans , avec les cris de tuë , tuë , ô
»Huguenot , ô Huguenot , ce qui vous
» faisoit souhaiter avec impatience d'être
» arrivé à la porte du College , où enfin
>> Dieu vous accompagna , sans qu'il vous
>> fût arrivé autre mal que la peur.
»
» A l'abord , le Portier vous refusa deux
» fois l'entrée de la porte mais enfin
» moyennant quatre Testons que vous
» lui donnâtes , il alla dire au Principal ,
» nommé la Faye , que vous étiés à la
» porte , et ce que vous demandiez , lequel
aussi- tôt meu de compassion
» étant votre particulier ami , vous vint
» faire entrer , empêché toutefois de ce
» qu'il feroit de vous , à cause de deux
» Ecclésiastiques qui étoient dans sa
» chambre , et qui disoient y avoir des-
» sein formé de tuer tous les Huguenots ,
» jusqu'aux enfans à la mammelle , et ce
à l'exemple des Vêpres Siciliennes .
» Néanmoins , par pitié , ce bon Personnage
vous mit dans une chambre fort
"
I. Vol. ≫ seJUIN.
1733.
1109
» secrette , dans laquelle personne n'en-
» trât que son Valet , qui vous y por-
» toit des vivres , et vous y servît trois
» jours durant , au bout desquels il se
» fit une publication de par le Roi , por-
" tant deffenses de plus tuer ni saccager
>> personne.
» Alors deux Archers de la Garde, Vas-
» saux de M. votre Pere , l'un nommé
» Ferrieres , et l'autre la Vieville , vin-
» rent avec leurs Hocquetons , et Halle-
» bardes à ce College , pour s'enquerir de
» vos nouvelles , et les mander à M. vo-
» tre Pere , qui étoit fort en peine de
» vous , duquel vous reçûtes une Lettre
» trois jours après , par laquelle il vous
mandoit de demeurer à Paris , et d'y
» continuer vos Etudes comme auparavant.
Et pour ce faire il jugeoit bien
qu'il vous faudroit aller à la Messe , à
» quoi il vous falloit résoudre , aussi-
» bien avoit fait votre Maître et beau-
>> coup d'autres : et que sur tout il vou-
» loit que vous courussiez toutes les for-
» tunes de ce Prince jusqu'à la mort
» afin que l'on ne vous pût reprocher de
l'avoir quitté en son adversité : à quoi
» vous vous rendîtes si soigneux , que
» vous en acquires l'estime d'un chacun .
Tout le monde sçait avec quelle exac-
I. Vol. titude
1110 MERCURE DE FRANCE
titude et quelle constante fidelité ce dernier
commandement de courir toutes les
fortunes de ce grand Prince fut éxécuté.
On en peut voir la preuve dans l'Histoire
, et sur tout dans les Mémoires des
Ecrivains que nous avons citez , lesquels
remarquent particulierement qu'au milieu
de toutes ses assiduitez auprès du
Prince , dans ces premiers tems de trouble
et de confusion , le jeune Rosny s'appliquoit
toujours à cultiver son esprit
par des connoissances solides. Ils parlent
en ces termes de cette circonstance ; en
» quelque condition que vous fussiés
» vous preniés toujours le tems de conti-
» nuer vos Etudes , sur tout de l'Histoi
de laquelle vous faisiés déja des Ex-
>> traits , tant pour les moeurs , que pour
» les choses naturelles ; et des Mathéma
>> re ,
tiques , lesquelles occupations fai-
» soient paroître votre inclination à la
>> vertu .
Dans la suite il se présenta une occasion
qui auroit pû , si Dieu l'avoit permis
, servir à éclairer ce jeune Seigneur
et à le faire rentrer dans la Religion de
ses Ancêtres. Il n'avoit qu'environ vingtdeux
ans , lorsqu'en l'année 1581. il lui
prit envie de faire un petit voyage en
Flandres , principalement pour y visiter
la
矍
1
•
M•
DEL
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HO
DVC
•DE
NAHL
FDE
BETHUN
01
SA
SSA
JUIN. 1733 1111
la Comtesse de Mastin sa Tante . Cette
Tante et le Vicomte de Gand son Ayeul
maternel , et son Parrain , l'avoient deshérité
, lui et François de Bethune son-
Pere , à cause de la Religion, Il partit
muni d'un Passe- port du Comte * de
Barlemont , son Parent et se rendit à
la Bassée , où demeuroit cette Dame. Il
en fut accueilli assez froidement , préve
nuë sur son sujet de la maniere que nous
allons le voir,
ར་ ་ .
Le lendemain matin elle mena son Ne
veu dans la grande Eglise de l'Abbaye
qu'elle avoit fondée , pour lui faire voir
les Sépultures de Marbre de ses Ancêtres,
qu'elle y avoit fait construire ; et entre
les autres celles d'Helene de Melun , femme
de Robert d'Artois , d'Hugues de
Melun , son Ayeul , le même qui l'avoit
deshérité , et d'Anne de Melun son Ayeule
, celle enfin qu'elle avoit fait élever
pour elle-même. Elle lui dit alors , ayant
les larmes aux yeux : » hélas ! mon Ne-
» veu , mon ami , que mon Pere votre
» Ayeul , et ma Soeur votre Grand mere,
* Le Comte de Barlemont étoit Président du
Conseil Royal des Finances , Gouverneur de Namur
Chevalier de la Toison d'Or , &c. J'ai
une Médaille de ce Seigneur frapée en 1576. selon
Laquelle il faut lire BERLAYMONT.
>
"
» s'ils
1112 MERCURE DE FRANCE
» s'ils étoient en vie , jetteroient de lar-
>> mes , et ressentiroient de déplaisirs ,
» aussi-bien que moi , de voir en vous
» l'un de leurs Enfans , ne point croire
» en Dieu , ni en sa Messe , et n'adresser
» ses Prieres qu'à l'ennemi d'enfer , qui
» vous renal ennemi des bonnes oeuvres ,
» ainsi que je l'ai entendu dire à nos bons
>> Peres ! & c.
"
•
Le jeune Neveu étrangement surpris ,
s'écria là- dessus : » Vrai Dieu , ma Tan-
» te , que dites - vous ? Jesus ! seroit- il
> bien possible que vous disiés ceci à bon
» escient , et qu'il y ait eu des gens si
pleins d'impostures et de calomnies
» que de vous avoir voulu persuader tel-
» les éxécrations , qui nous rendroient
indignes de vivre sur la terre ? 11 lui fit
ensuite un détail de sa Créance, lui récita
même l'Oraison Dominicale , le Symbole
, &c. Tout cela fait un Dialogue qui
mérite d'être lû dans le 18. Chap. du pre
mier Tome des Mémoires , on en jugera
par la fin , qui est telle. La Dame écou
ta fort attentivement cette récitation
sans rien repondre , tant que le Neveu
ne parla que de Dieu , de Jesus-Christ
et du S. Esprit , mais lorsqu'il dit qui est
né de la Vierge Marie , et ensuite , je crois
Ja Communion des Saints , & c. Elle se mit
JUIN. 1733. 1113
à crier , » hélas ! mon Neveu , mon ami ,
» est- il possible qu'en vos Oraisons vous
» parliés de la bonne Dame , et fassiés
» mention des Saints Bienheureux ? Or
» venez m'embrasser , puisque cela est :
» car je vous aime comme mon bon Ne-
» veu , et me semble en vous voyant , et
" vous oyant parler , que ma pauvre soeur
» est encore en vie : ô que j'ai de déplai-
» sir que mon Neveu votre Parrain et
» moi , vous avons deshérité : vrayement
je veux essayer à rompre tout cela , et
» vous le jure par la Sainte Vierge : les
» effets néanmoins ne suivirent pas les
» paroles , &c.
>>
t
Il faut convenir , Monsieur , qu'une
telle occasion de parler de la nouvelle
Religion , mieux ménagée , auroit pû
produire quelque bon effet sur l'esprit
du jeune Parent , mais ce n'étoit pas le
moyen sans doute de le faire entrer dans
la bonne voye , que d'employer de pareils
argumens , on ne corrige point l'erreur
par
d'autres erreurs .
Quoiqu'il en soit , le Marquis de Rosny
, en quittant la Dame sa Tante prit
le chemin de Bethune , Ville qu'il avoit
toujours souhaité de voir , et où malgré
sa Religion , opposée à la grande Catholicité
de ses Ancêtres , à celle des Fla-
S
I. Vol. mands
1114 MERCURE DE FRANCE
mands en général , et aux circonstances
du tems , il fut parfaitement bien reçû
régalé du vin de Ville , et honoré en plu
sieurs manieres comme descendu de
l'antique Maison des anciens Seigneurs
de Bethune. Il vit tout ce qui étoit à
voir dans cette Ville , et visita principalement
les Eglises où sont les Mausolées
de ces Seigneurs , d'où il revint en droi
ture à Rosny. 7
L'ordre des tems , qui s'accorde avec
celui de vos demandes , me fait passer ,
Monsicur , de la Religion de Maximilien
de Bethune , à laquelle j'aurai occasion
de revenir , à ses grandeurs temporelles
, récompense de son mérite et de
son attachement à la fortune et aux interêts
d'un grand Prince. Vous voulez
sçavoir d'abord quand et comment il fût
pourvû de la Charge de Grand - Maître
de l'Artillerie , et comment il en fût destitué
après la mort de son cher Maître.
Je crois d'abord trouver la premiere
origine de son élévation à cette Charge
dans l'Evénement de la Bataille de Coutras
, donnée le 20 Octobre 1587. entre
l'Armée Royale , ou plutôt de la Ligue ,
commandée par M. de Joyeuse , et celle
du Roi de Navarre , commandée par ce
Prince en personne , accompagné du
I. Vol. Prince
JUI N. 1733 : 1115
·
Prince de Condé , du Comte de Soissons
; et d'un nombre de Seigneurs des
plus qualifiez , qui suivoient sa Religion
et sa fortune . Le Marquis de Rosny
étoit non seulement des premiers
dans ce nombre ; mais le Roy son
Maître lui commit dans cette importante
journée le soin de tout ce qui regardoit
l'Artillerie , quoiqu'il ne fût encore
âgé que de 28 ans .
>>
,
Je n'oublierai pas ici ce que lui dit ce
vaillant Prince , au moment qu'il se sépara
de sa Personne pour aller éxécuter
ses ordres. » Mon ami Rosny ,
» c'est à ce coup qu'il faut faire paroî-
» tre votre esprit et votre diligence , qui
» nous est mille fois plus nécessaire
» qu'elle n'étoit hier , à cause que le
» corps nous presse , et que de l'Artillerie
bien logée , bien munie et bien exploitée
, dépendra en grande partie le
» gain de la bataille , lequelj'attends de
» Dieu , & c. Les Mémoires qui ont conservé
ce trait , marquent aussi de quelle
maniere le Marquis de Rosny éxécuta
les ordres du Roi , ils détaillent particulierement
l'opération de deux Canons et
d'une Coulevrine , placées et employées
» si à propos , qu'elles firent des mer-
» veilles , ne tirant une seule volée
I. Vol. D » qu'ils
1116 MERCURE DE FRANCE
» qu'ils ne fissent des rues dans les Es
» cadrons et Bataillons du Camp ennemi
, qui étoient jonchées de douze
» quinze , vingt , et quelquefois jusqu'à
vingt- cinq corps d'hommes et
» chevaux ; si bien que les ennemis , &c .
Le reste du Narré mene au gain entier
de la Bataille , dû en bonne partie
à cette vigoureuse canonade , ainsi que
le Roi l'avoit prédit.
Les Auteurs en finissant ce Narré
ajoûtent une circonstance qui ne doit
pas être omise , et qui confirme d'ailleurs
ce que je viens de dire au sujet de
l'Artillerie.
39 Si- tôt que vous vîtes les ennemis
» en déroute ( c'est toujours à M、de
» Rosny qu'ils parlent ) et que sans
» doute la Bataille étant gagnée , vous
» n'aviez plus que faire au Canon : Vous
» montâtes sur votre grand Cheval d'Es-
» pagne Bay , lequel M. de Bois- Breuil
>> vous faisoit tenir prêt derriere les Pié-
» ces , pour essayer d'apprendre des
> nouvelles de Mrs vos Freres que vous
cuidiés être avec M. de Joyeuse , er
» sçavoir aussi en quel état le Roy de
» Navarre étoit , lequel vous rencontrâ-
» tes. par- delà la Garenne , l'épée toute
sanglante au poing , poursuivant la
>>
1. Vol.
vicJUIN.
1733. 1117
>
» victoire et si- tôt qu'il vous apper-
» çût , vous cría ; et bien , mon ami
c'est à ce coup que nous ferons per-
»> dre l'opinion que l'on avoit prise
» que les Huguenots ne gagnoient jamais
de Batailles ; car en celle- ci la
» victoire est toute entiere.... et faut
>> confesser qu'à Dieu seul en appar-
" tient la gloire , car ils étoient deux
» fois aussi forts que nous ; et s'il en
» faut attribuer quelque chose aux hom-
» mes , croyez que M. de Clermont
» vous , et Bois du Lys , y devez avoir
» bonne part ; car vos Piéces ont fait
» merveilles aussi vous promets- je que
» je n'oublierai jamais le service que vous
» m'y avez rendu .
C'est ainsi que lui parla ce Prince
incomparable , et on peut dire qu'il
tint magnifiquement sa parole Royale :
car dès qu'il fût Roi de France , ce
qui arriva deux ans après , il eut une
attention particulière sur la fortune
d'un homme qui le servoit si bien , et
qui ne le quitta pas d'un pas , surtout
aux Batailles d'Arques et d'Ivry qui
suivirent , où l'Artillerie fit encore des
merveilles , et où M. de Rosny emporté
par sa valeur , fut percé de coups.
Enfin , le Roi après l'avoir fait suc-
1. Vol. Dij ces
1118 MERCURE DE FRANCE
· ,
>
après
cessivement Grand Voyer de France
Sur Intendant des Finances
avoir érigé la Baronie de Rosny en
Marquisat , lui accorda en l'année 1599.
la Charge de Grand - Maître de l'Artillerie
, sur la démission de M. d'Etrées
avec la qualité d'Officier de la Couronne
, Charge que ce Prince lui ménageoit
depuis long- tems , et dont il y a lieu de
croire que
la journée de Coutras avoit
été comme le gage. Il fut presque en
même- tems pourvû de la Sur- Intendance
des Bâtimens et de celles des Fortifications
, qui furent suivies du Gouverne
ment de la Bastille , de la grande Maîtrise
des Ports et Havres du Royaume
et du Gouvernement de Poictou,
L'Artillerie avoit asşûrément besoin
d'un Grand - Maître aussi entendu et
aussi vigilant , que l'étoit le Marquis
de Rosny. Tout étoit en désordre à cer
égard dans les Provinces , où il fut obligé
de casser près de 500 Officiers , inuti
les ou mal - intentionnez , et l'Arcenal
étoit dénué presque de toutes choses
quand il en prit possession . Le Roi l'y
vint voir quinze jours après. Il reçût ensuite
un pareil honneur de Charles Emanuel
, Duc de Savoye , qui étoit venu
en France pour traiter en pe sonne d'af-
>
faires importantes.
JUIN. 1733 1119
T
Les Mémoires qui font le détail de
cette visite , marquent une circonstance
qui doit avoir icy sa place.
» Comme M. de Savoye fût arrivé à
» l'Arsenac, il vous demanda aussi- tôt où
» étoient toutes vos Armes , Munitions
» et Artilleries; sur quoi vous vous trouvâtes
bien empêché , ayant honte de
» lui faire voir une Maison si pauvre et
» dénuée de toutes ces choses , qu'étoit
» l'Arsenac ; tellement qu'au lieu d'aller
aux Magazins, vous le menates aux At-
» teliers , ausquels vous faisiez ouvrer à
» puissance; et lors voyant quelques qua-
» rante affuts et rouage , ésquels on tra
» vailloit ; vingt Canons , nouvellement
» fondus , et des provisions et préparatifs
pour en fondre encore autant ; il
» vous demanda que c'est que vous vou-
» liez faire de tant d'Artillerie nouvelle-
» ment fonduë ? Vous lui répondites en
» riant : Monsieur , c'est pour prendre
" Mont-Mélian. Lors il vous demanda
y avez vous été ? Non, Monsieur , dit-
» tes-vous ; vraiement je le vois bien , ré-
' pondit- il , car vous ne diriez pas cela ;
>> Mont-Mélian ne se peut prendre. Bien ,
>> bien , Monsieur , dittes - vous , je vous
» en crois , neanmoins ne mettez pas le
» Roy en cette peine ; s'il me l'avoit
I.Vol. Diij >> com1120
MERCURE DE FRANCE
» commandé j'en viendrois bien à bout
>> mais je veux croire qu'il n'en sera point
» besoin, et que le Roy et vous, vous sé-
»parerez bien contens l'un de l'autre, & c. .
M. de Rosny avoit sans doute ses raisons
pour parler ainsi au Duc de Savoye ,
qui n'oublia rien pour le mettre dans ses
interêts. C'est en partie la matiere du 93
chap. dans le second volume des Mémoires
, où l'on voit que si ce Seigneur refusa
, de la part du Prince , une Boëte de
Diamans , et jusqu'à son Portrait , enrichi
de Pierreries , de trop grand prix , il
ne manqua en rien à son égard du côté
des bienséances et de la politesse . Dans le
même jour que se passa ce que je viens
de rapporter ; il eût l'honneur de traiter
splendidement à souper, dans l'Arsenal ,le
Roy , le Duc de Savoye , les Dames et les
Seigneurs les plus qualifiez de la Cour :
mais revenons à l'Artillerie.
Elle changea absolument de face sous
sa conduite , et l'Arsenal cy - devant si
dépourvu, qu'on n'osoit presque le laisser
voir aux Etrangers , devint , pour ainsi
dire , sous le nouveau Grand- Maître , la
terreur des Ennemis de la France , et cela
dans moins d'une année. Le premier
Prince , à qui la vigilance du Marquis de
Rosny devint fatale fut le Duc de Sa-
1. Vol.
voye
JUIN. 1733. 1121
voye même , et ce qui s'étoit dit dans
l'Arsenal entre ce Prince et le Grand
Maître , par maniere d'entretien et de
plaisanterie , au sujet de Mont - Mélian' ,
devint une affaire sérieuse et une verité
dont les circonstances sont marquées
dans l'Histoire.
»
Je n'en rapporterai icy qu'une. Le Duc
de Savoye refufant d'exécuter le Traité
conclu à Paris , le Roy lui déclara la Guerre
, marcha en personne avec deux corps
d'Armée , qui firent des Exploits rapides
dans la Savoye et dans la Bresse; et Montmélian
, Place prétendue imprénable ,
fut prise ; le Marquis de Rosny se signala
en plusieurs manieres dans cette Expedi
tion , et fit plus que le devoir de sa Charge
, en ne s'exposant que trop par tout.
La diligence de Rosny , dit Mezerai ;
» pourvût. si bien aux Munitions et à
» l'Artillerie , les ayant fait charrier par
» les Rivieres,qu'à la fin de Juillet(1600)
» il eût en ce Païs-là 40 Piéces de Canon
>> et de quoi tirer quarante mille coups.
» Aussi n'oublia -t - il rien en cette occa-
»sion pour se montrer digne de la Char-
>> ge de Grand- Maître de l'Artillerie, dont
» le Roy venoit de l'honorer , l'ayant
» même érigée en Charge de la Couron-
» ne. Deux ans auparavant il lui avoit
-
I. Vol.
D iiij » aussi
Î122 MERCURE DE FRANCE
» aussi donné celle de Grand -Voyer, con-
» noissant qu'il étoit Homme d'ordre et
qu'il pourvoiroit soigneusement à la
» réparation et à l'entretenement des
» Chemins, pour la commodité du Char-
» roy , dont en effet il s'acquitta fort
» bien. Entre autres choses , il obligea les
» Particuliers de planter des Ormes de
» distance en distance dans leurs Terres ,
» sur les bords des grands Chemins , pour
» fournir un jour de bois de Charonage
au roulage de l'Artillerie. On appelle
» encore aujourd'hui ces Arbres des
» Rosnys.
>
C'est à cette occasion de la Guerre de
Savoye , que fût frappée une belle Médaille
d'Henri IV. en opposition et pour
répondre à la Médaille satyrique , que les-
Courtisans du Duc de Savoye firent fraper
peu de temps après qu'il se fût emparé
du Marquisat de Saluces , en profitant
des Troubles de la Ligue. Sur celle - cy on
voyoit d'un côté la tête du Prince , avec
cette Légende : CAR . EM. D.G.Dux Sab .
P. PED . Et sur le Revers , un Centaure
qui en décochant une Fléche pose le pied
sur une Couronne renversée ; ce seul mot
OPPORTUNE se lisoit autour ; et dans
l'Exergue M. D. LXXXVIII . Dans la Médaille
du Roy , la face étoit chargée du
>
I.Vol. Buste
JUIN. 1733. 1123
Buste de ce grand Prince , la tête ceinte
de Laurier, et les épaules couvertes d'une
Peau de Lyon , avec cette Inscription :
ALCIDES HIC NOVUS OR BI . Au revers ,
le Roy , armé d'une Massuë , paroît assommer
d'une main le Centaure abbatu ,"
sur lequel est posé l'un des pieds du Vainqueur
, qui de l'autre main releve une
Couronne , avec ce seul mot : OPPORTUNIUS
. Cette Médaille qui n'est chargée.
d'aucune datte , doit avoir été frappée
dans le courant de l'année 1600.ou avant
le Traité de Paix conclu entre les deux
Princes , en l'année 1601.
Le Marquis de Rosny , qui avoit eu tant
de part aux travaux de son Maître dans
cette Guerre , eut aussi part à sa gloire ; car
quelque tems après on lui frappa une Médaille,
où l'on voit d'un côté sonBuste, avec
cette Légende : MAXI. DE BETHUNE , DUC
DE SULLY.G.M.DE L'ART.DE F.Et sur le revers
, une Aigle élevée dans les Airs , la
tête tournée vers le ciel , tenant dans ses
Serres la Foudre de Jupiter , dont ilsemble
attendre les ordres pour la lancer
avec ces mots : Quo JUSSA Jovis . Dans
l'Exergue M. DC. VII. Cette Devise semble
faire allusion à ce que notre Grand
Maître répondit au Duc de Savoye , au
sujet de Mont-Mélian : Si le Roy m'avoit
1.Vol DY
Ccm1124
MERCURE DE FRANCE
commandé de le prendre,j'en viendrois bien- '
tôt à bout , &c. L'Evenement justifia cette
réponse.» Le Gouverneur de cette Place,
» dit Mezeray , triompha d'abord en pa-
» roles , parce qu'il ne croyoit pas.qu'on
put dresser des Batteries pour l'attaquer;
» mais quand Rosny eut trouvé moyen
» d'en planter à cinq ou six endroits (car
que ne peuvent l'argent et le travail ) sa
» fierté s'amollit tout d'un coup ; il per-
» mit que sa femme nouât conversation
avec celle de Rosny , et ses craintes
» s'augmentant d'heure en heure , il ca-
» pitula le 14 Octobre , &c.
»
Maximilien de Bethune .est qualifié
Duc de Sully sur cette Médaille , parce
qu'en l'année précédente 1606. le Roy
avoit érigé la Baronie de Sully en Duché
et Pairie ; sa reception fut des plus magnifiques
, le Roy ayant assisté au Festin ,
qui fut donné à l'Arsenal , &c. Ce Grand-
Prince lui donna aussi la même année , la
Charge de Capitaine - Lieutenant de deux
cent Hommes d'Armes de la Reine.
Comme la Médaille de ce premier Duc
'de Sully , Grand- Maître de l'Artillerie ,
&c. est assez rare , je vous envoïe la gra
vure , que j'en ai fait faire par une ha-
* Anne de Courtenay , Epouse du Marquis de
Rosny , qui l'avoit suivi dans cette Guerre.
I.Vol bile
JUIN. 1733. 1125
bile main , sur l'Original du Cabinet de
M. le Duc de Sully , que ce Seigneur a
bien voulu me communiquer. Cet Original
est des mieux conservez , et si beau
que je le crois de Germain Dupré , cxcellent
Graveur de ce temps-là , dont
nous avons de tres - belles Médailles. Les
deux autres Médailles dont je viens de
vous parler,de Henry le Grand et du Duc
de Savoye , sont dans mon Cabinet .Vous
pourrez les voir quand vous viendrez à
Paris.
Je suis forcé de renvoyer à une autre
Lettre ce qui me reste à vous dire pour
satisfaire pleinement à toutes vos demandes
, et pour ne point allonger celle - ci
lavantage. Je suis toujours , Monsieur ,
& c .
A Paris , le 25 Avril 1733 .
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Résumé : TROISIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. S. T. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
La troisième lettre de M. D. L. à M. A. C. D. S. T. traite de la vie et de la conversion religieuse du Marquis de Rosny, devenu Duc de Sully. L'auteur répond à des questions sur les raisons de cette conversion et sur l'histoire de la famille Bethune. Jean de Bethune IV, ancêtre de Rosny, avait épousé Anne de Melun, apportant ainsi la Baronie de Rosny en dot. Après la mort de sa première épouse, il se remaria et dilapida ses biens, laissant ses enfants dans une situation précaire. François de Bethune, fils aîné de Jean, épousa Charlotte Dauvet et eut sept enfants. Il s'attacha au Prince de Condé et adopta la religion protestante. Son fils Maximilien, futur Marquis de Rosny, suivit ses traces. François, conscient des qualités de Maximilien, le prépara à servir le Prince de Condé, futur Henri IV. Maximilien fut présenté au Prince et jura fidélité, débutant ainsi une carrière marquée par la fidélité et l'excellence. Lors du massacre de la Saint-Barthélemy, Maximilien échappa à la mort en se déguisant et en se réfugiant au Collège de Bourgogne. Il continua ses études et servit fidèlement Henri IV, cultivant son esprit par des connaissances solides en histoire et en mathématiques. En 1581, il visita sa tante en Flandres, mais celle-ci, en raison de sa religion, l'accueillit froidement. Malgré les tentatives de retour à la foi catholique, Maximilien resta protestant et continua à servir Henri IV avec dévouement. La carrière militaire de Rosny fut marquée par des événements cruciaux, notamment la bataille de Coutras en 1587, où il dirigea l'artillerie pour le Roi de Navarre. Cette victoire fut en grande partie due à l'efficacité de l'artillerie dirigée par Rosny. Après la bataille, le Roi de Navarre exprima sa gratitude et reconnut l'importance de Rosny dans la victoire. Rosny reçut plusieurs charges et honneurs, notamment celle de Grand Maître de l'Artillerie en 1599, après avoir été successivement Grand Voyer de France et Surintendant des Finances. Il réorganisa l'artillerie, cassa des officiers inutiles ou mal intentionnés, et modernisa l'arsenal. Sa gestion fut si efficace que l'arsenal devint une terreur pour les ennemis de la France. Lors de la guerre contre le Duc de Savoie, Rosny joua un rôle clé en assurant les munitions et l'artillerie, contribuant à la prise de Montmélian. Sa diligence et son organisation furent saluées par Mezeray. Rosny avait également été chargé de la réparation et de l'entretien des chemins, obligeant les particuliers à planter des ormes pour le charroi de l'artillerie. Ces arbres sont encore appelés 'les Rosnys' de nos jours. Maximilien de Bethune fut élevé au rang de Duc de Sully en 1606, et reçut la charge de Capitaine-Lieutenant de deux cents hommes d'armes de la Reine la même année.
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