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1
p. 52-90
NOUVELLES de divers endroits.
Début :
De Venise le 14. Novembre. On a fait icy pendant [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Bataillon, Madrid, Courtrai, Arras, La Haye, Fort-Louis, Bayonne, Huningue, Milan, Naples, Angleterre, Grenoble, Gênes, Rome, Londres, Paix, Lisbonne, Venise, Cadix, Vaisseaux, Deuil, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de divers endroits.
NOUVELLES
de divers endroits.
De Venise le 14. Novembre,
On a fait icy pendant
trois jours des Prieres publiques
dans les Eglisesde
S. Marc, & de S. Roch,
avec l'Exposition du Saine
Sacrement, pour demander
à Dieu qu'illuy plaise faire
cesser le lféau dela mortalité
sur les Bestiaux qui continue
avec une grande violence.
-
Tous les Corps & toutes les
Communautez ont ercé en
Procession à ces Eglises,
; pendant ces trois jours,
durant lesquels les assemblées
particulieres ont elle
dessendues
)
& les Theatres
fermez. Cette maladie s'est
communiquée dans le Mantoüan,
dans la Stirie, &dans
la Carinthie,oùelle fait de
grands ravages.
De Milan le 11. Novembre,
Les Ambassadeurs de Venise
eurent le 7. Audiancc
de l'Archiduc. Le Comte
Antonio Rainoldi alla les
prendre au CollegeHelvetique
où ils étoient logez,
avec un Carrosse à quatre
Chevaux. Ils étoient en habit
de deüil, ainsi que toute
leur Livrée; mais les jours
suivants, ils parurent vêrus
magnifiquement,ainsi que
toote leur suite.
Le 8. le Cardinal Impenalc
Legat à Latere , envo yé
par le Pape pour complimenter
ce Prince, fit son
entréepublique. Le Comte
Rainoldi alla le prendreavec
plusieurs Carrosses à six
Chevaux au Monastere de
Castellazzo,&leconduisit
jusqu'au dehors de la Porte
Romaine où s'etant mis
sous un Dais, il donna la
Benediction au Clergé.
L'Archiduc arriva ensuite,
& après des compliments
reciproques,ils monterent àcheval
, & entrerent dans
laVille. LeClergéseculier
& regulier commençoit la
marche; les Gardes à pied
& à cheval marchoient ensuite;
puis vingt- quatre
Mulets du Legat avec de
riches couvertures,ungrand
Carrosse, & une Litiere;
douze Estafiers de l'Archiduc,
avec chacun un cheval
de main; les Valets de
Chambre du Legat avec
deux Masses; les Principaux
de sa fuite à cheval, ses
Estafiers vestus de sa livrée:
ceux de l'Archiduc étoient
en deüil. Ce Prince étoit
fous un Dais de Toiled'or
ayant le Legat à sa gauche.
Pluficurs Seigneursmarchoient
devant eux & ils
étoient suivis de douze
Evesques ouPrelats àcheval.
Le Senat venoit ensuite,
suivi des Tribunaux & des
soixante Decurions de la
Ville. Ils arriverent en cet
ordre devant l'Eglise Metropolitaine;
mais L'Archiduc
n'y entra pas, & il alla
droit au Palais. Le Legat y
entra, & fut reçu par
le
Cardinal Archinto qui en
est Archevesque;il fut ensuite
conduit au Palais dans
un Carrosse à six chevaux, ÔC
de-là au logement qui luy
avoitesté pre paré. Le lendemain
il rendit encore visite
à l'Archiduc qui le reçut à
la seconde Anti -chambre,
& le reconduisitjusqu'à la
troisiéme.
Les Ambassadeurs de la
Republique de Genes, firent
aussi leur Entrée le mesme
jour; & curent Audiance;
& le lendemain matin 10.
ceux de la Republique de
Lucques eurent aussi Audiance
, & l'aprésdînée du
mesme jour l'Archiduc
partit puur aller coucher à
Lodi.
DeLisbone le 9.Novembre.
La nouvelle qui s'étoir
répanduë depuis huit jours
que laPaix se traitoit en AnJgleterre,
a été confirmée par
un Exprés dépeché par nôtre
Ambassadeur en cette:
Cour là, qui a apporté les
Préliminaires. Le Comte do
Portmore , a reçu ordre do
remener en Angleterre les
Troupes de cette Couronne,
excepté deux Bataillons
pour remplacer les Soldats
qui manquent à la Garnison,
de Gibraltar ; sept Vaisseaux
de guerre Ancrloisqui
toient dans nostre Port, en
partirent hier pour retourneren
Angleterre. Le pain
est toujours très -
cher icy,
&on estfort en peine des
Bâtimens qui sont allez charger
des grains en Barbarie.
De Naples le 10 Novembre.
Le 3. de ce moison commença
les réjoüissances publiques
, pour l'Elcction de
Archiduc à l'Empire. Elles
levoient durer trois jours;
nais le foir du troisiémeà
ine demi- heure de nuit,il
omba une si grande pluye
qu'elle éteignit toutes les iluminations,
gasta les Tenures
qui étoient en plusieurs
endroits, & trempa tellenent
les Artifices,qu'ayant
econnu le lendemain qu'ils
le pourroient plus servir
)nIes abandonna , au pillage
tinÍi que toutes les Machines.
Le Vice-Roy qui dévoit
aller ce foir
-
là visiter les
Feux d'Artifice, préparez
sur la Mer avec de grandes
Machines chargées de
fruits
,
donna unBal dans
le Salon duPalais,pour supléer
à l'execution de ces
grands préparatifs, qu'on
renouvellera après le Couronnement.
Le S. il fitchanter
le Te Deurn dans l'Eglise
du grand Convent des,
Dominicains ,& il y tint
Chapelle; pendant laquelle
l'Infanterie Allemande qui
étoit dans la Place fit trois
décharges de Mousqueterie,
& les Canonniers des !
Chasteaux
,
firent trois salves
de toute l'Artillerie. Il
le fie chanter hier dans l'Eg'ife
des Theatins,&doit de
main le faire chanterdans
celle de la MaisonProfesse
des Jesuites,
De Cadiz le 12.Novembre.
Des Armateurs François
amenèrent avant-hier icy
trois Vaisseaux Hollandois.
qui venoient du Levant. Ils
sont chargez de Soye
,
de
Cottonfilé, deCaffé&d'autres
riches Marchandises,
letout estimé prés d'uai
million.
¡Une: FrégateFrançoise
ayant attaqué sur les costes
de Galice, un Vaisseau de
Guerre Portugais,montede
60.pieces de canon, étoit
sur le point de s'en emparer
après quatre heures de combat,
lors que le feu ayant
pris au Vaisseau, il sauta en
l'air avec tout l'Equipage,
dont on ne put sauver que
trois personnes.
Ilest encore venu quarante
sept Deserteurs de Gibraltar
)
presque tous Hollandois
,& qui continuent.
de dire que laGarnison n'est
point payée, & que les vivres
y sont à untrès- haut
prix.
De Rome le 14. Novembre,
Le trois de ce mois, la
Marquise de Prié
, comme
Ambassadrice de la Cour
de Vienne, quitta le deüil
& reçue les compliments sur
l'Election de l'Archiduc à
l'Empire. Il y eut le foir une
grande Assemblée chez elle
où se touverent la Connéta
ble Colonne,Dona Maria
Bernardina
,
les Neveux du
Pape,l'Envoyé de Portugal,
& plusîeurs autres -Perronnes
distinguées
: Le Prince
d'Avellino
,
avoit mandé à
ses principaux Domestiques
de donner part aux Cardinaux
de l'Election de l'Archiduc,
& de faire des illuminations
pendant rTois1
soirs ; mais les Maistres desj
Ceremonies ayant reprefenté
qu'il étoit contre l'ordre i
qu'il se fie fous les yeux dirr
Pape,desréjoüissances pour
une nouvelle dont on n.1avoit
point donné part à Sa|
Sainteté
>
ces
réjouifTanccsjji
ont elle differées.
110 ",
De Venise le zi. Novembre.
L'Archiducayant passéle
14. à Bussolengo
,
sur les
Frontières de l'EtatVenitien
sur sa route de Milan à Inspruch
,
les Procurateurs Pisani
& da-Lezze,Ambassadeurs
Extraordinaires de la
République,le complimencerent.
Ce Prince futconduit
au Palais qui luy avoit
été prepare; & qui étoit
magnifiquement meublé & -
illuminé,&où il trouva une
garde de deuxmille Cava -
liers ou Dragons tous habillez
de neuf Le lendemain les
Ambassadeurs luy presenterent
un Régale de Cire
,
de
Miroirs, de Crstaux, de
Confitures, &de plusieurs
autres choses galantes: On
luy servit un repas magnifi.
que après lequel il alla à Roveredo,
accompagné par les
mêmes Ambassadeurs, &
pardeuxmille Cavaliers
ou Dragons,quine le quitterent
que sur les Frontières
du Trentin. Ce Prince fie
present aux Ambassadeurs
de chacun une Boeste à portrait,
garnies de pierreries , D
& estimées nulle Pisto- les.
DtLjhonne le 13.Novembre
On esticy dans de grandes
inquiétudes, sur l'avis qu'on
a eu , que Mr du Gué-
Troüin,avoit. débarqué des
Troupes aux lsles du Cap
Vert ; & qu'érant entrée
dans la Baye de Tous -
les,.
Saints,il avoi t pillé la Ville
de San Salvador, Capitale
du Brésil
,
ainsiqu'unautre
Port, où il avoitbrûlé tous
les Vaisseaux qui y étoient.
De Londres le 24. Novembre.
Mr l'Evêque de Bristo,
Garde du Sceau Privé se prépare
à partir pour la Hollande
en qualitéd'Ambassadeur-
Pîenipotentaire pour
les Négociations de la Paix,
que tous les Pcules des trois.
Royaumes souhaitoient
avec tant d'empressement ;
qu'il avoit esté resolu en
plusieurs endroits de pre- 1
senter des Adresses à la Reine
pour la supliet de la con- 1 clure aux conditions qu'El- j
le & sonConseil jugeroienc
à propos; mais on s'en est
abstenu de crainte qu'il ne
parust qu'on voudroit donner
atteinte au pouvoirabsolu
qu'a le Souverain defaire
la Paix & la Guerre, quand
illuy plaist.
¡ Trois cens prisonniers
François ont été transportezà
Calais
, pour estre
échangez.
La Foudre étant tombée
la nuit du 16. au 17. sur l'EglisedeSouthwel
,
dansle
Comté de Nottingham.
).'
cette Eglise aété brûlée 3-
vec l'Ecole quien étoit prdche,&
les Cloches fonduës.
DupremierDécembre.
Le 25. Novembre il arriva
un Courrier du Comte
de Strafford, qui apporta le
consentement des Etats Géncraux
pour traiter de la
Paix sur le pied des Prelimi
mires,&les Passeports pour
les Ambassadeurs du Roy ]
Tres -
Chrestien. Outre les
vingt - cinq gros Vaifleatffc-«
de guerre qui ont été desarmez,
on en desarme encore
plusieurs autres.
Le28. jour de la naissance
de la Reine Elisabeth
, auquel
le menupeupleavoit
coutume, avant le regne de
JacquesII. de célebrer la
memoire de cette Princesse
en brulant l'Effigiedu Pape,
&celles de plusieurs Cardinaux
& Religieux,je Conseil
fut averti que quelques mal
intentionnez
,
avoient fait
faire secrettement de grands
préparatifs, dans le dessein
de causer quelque tulmute.
On envoya des Huissiers,
avec un Détachement de
Grenadiers commandé par
un Officier
,
dans l'endroit
qu'un avoit indiqué, & ils y
trouverent une figure du
Pape,avec plusicurs autres
de Cardinaux,& Religieux,
& même du Diable dans un
Chariot, qui fut brisé ainsi
que toutes les Figures. Le
foir du mêmejour,&la nuit
suivante on fit prendre les
armesaux Milices, qui firent
des patroüilles dans les ruës;
mais il ne se passa pas J:
moindre désordre.
De Cents le 26. Novembre.
Monsieur le Marquis de
Monteleon
,
Ambassadeur
d'Espagne ayant reçû ordre
de se rendre à Madrid pour
y recevoir ses instructions
sur les Congrez de la Paix
ausquels il doit assister
, en
qualité de Plenipotentiaire,
prit hier son Audiance de
de congé du Sénat.
Les Gx mille Allemands
qui s'étoient avancez sur
nôtre Frontiere pour y prendredesQuartiers
d'hiver,
marchent dans le Mantoüan
où ils occuperont les Quartiers
qui étoient destinez
aux Troupes. de BranSebourg
qui retournent en
Allemagne,
Il est entré h1uit mille-
Allemands sur lesTerres du
Grand DucOU\ il prennent
des Quartiers, ce Prince ayant
refusé de fournir aux
Commissaires Impériaux
les huit cens mille livres que
l'Archiduc luy avoit fais
demander,
De Grenoble30.Novembre.
Il parut il y a quelques
jours de ce costé. cy un gros
party delaGarnisondeSuze
qui étoit venu par Exiles.
Aussi tost qu'on en eut avis
on fit sortir trente Dragons
avec chacun un fantassin en
croupe: Ils trouverent les
Ennemis qui rafraichifsoient
dans un Village;Les
Fantassins yentrerent criant
qui vive, & au premier feu
que nos gens firent sur eux,
ils se retirerent. Les Dragons
qui les observoient les poursuivirent
& mirent en désordre
; cinq furent tuez &
trente cinq faits prisonnires.
De Huninguele 4. Decembre,
Nôtre garnisona faitune
course dans la Forest Noire
sans aucune oppoficion
,
&
a ramené un gros butin.
Les Lettres de Hombourg
,
portent que soixante Husfars
ennemis étant entrez
dans le Pays, avoient commencé
à piller & brûler;
mais quedesDétachemens
de certe Place & de Saar
sa Loüis, ayant été à leur poucsuite,
les avoient battus;
& repris le butin qu'ils
avoient fait.
De Bayone le 4. Décembre.
Il y a presentement icy
18 Bastimens Anglois qui
ont apporté diverses Marchandées
pour les vendre,
& ensuite chargerdes Vins
& des Eaux
-
de- vie.
Une Fregate du Roy de
34. canons a pris un Flessingois
de 32. canons & de
150. hommes d'équipage ,
dont plus de 60ont été tuez
dans le combat qui a duré
cinq heures.
Des Lettres de Gibraltar
du 20. du passé portent que
la disette y étoit si grande
que le Commandant de la
Place étoit obligé de tenir
les Portes fermées pour
empêcher la desertion:que
quatreBastimens Portugais
étant entrez dans la Baye
pour se mettre à couvert
d'un gros temps qui auroit
pû les jetter sur les costes
de Barbarie, on leur avoir
fait décharger le grains qu'ils
avoient à leur bord
, de
remboursé l'argent qu'il
leur avoit couité.
On a aussiappris que les
Maures qui sont devant
Ceuta ayant voulu emporter
parEscalade le Bastion de
S. Pierre avoient esté vivementrepoussezjusques
dans
leur Camp avec perte de
plusde 1200 hommes; &
qu'il écoit arrivé de Carthagene
à cette Place, un tenfort
de 400. hommes &
beaucoup de munitions de
guerre & de bouche.
," Du Fort-Louis le10.
DéCembrr.P
;
Le Commandant de
Lauterbourg ayant eu avis
que le 6. au foir il devoit
sortir un Bataillon de Philisbourg
pour aller a Landau
,envoya un party de
Dragons & de Grenadiers
xjui se porterent sur le chemin
en des lieux couverts.
Les Ennemisétant tombez
dans l'Embuscade, furent
envelopez; le Commandant
fut tué avec plusieurs Soldats,
& le reste pris. Ce
bataillon étoit des Troupes
de Souabe & de Franconie,
& alloit relever un autre
bataillon des mêmes Trou- pesquiestàLandau.?
De la Haye le 8. Décembre9
Le Courier que le Comte
de Goes, Envoyéde la
Cour de Vienne avoit dé*
pêche à Milan pour porter àl'Archiducles Préliminairesde
la Paix, en revint le
2.1 Novembre. Il apporta
uneLettre par laquelle cc
Prince prie les Etats Gcné-.,
raux de n'avoir point d'égard
à ces Preliminaires,
qu'il les avoir rejettez, &
qu'il protestoit contre
toutes les Assemblées&les
Negotiations qu'on pouroit
faire sur cesujet.
On a appris depuis que ce
Prince persiste dans la résolution
de ne point envoyer
de Plenipotentiaires pour
traiter de la Paix sur le pied
des Preliminaires.
Hier le Comte de Strafr!
ford
,
Ambassadeur Plenipotentiaire
d'Angleterre
communiqua aux Ministres
detous les Alliez dans une
Assemblée que l'on tint exprés,
que la Reine sa Maitrciïc
avoit nommé la Ville
d'Utrecht pour le lieu où se
tiendroient les Conferences
pour laPaix, & que l'ouverture
s'en feroit le 12, Janvier
prochain. Il remit enfuite
à chacun de ces Ministres
une Lettre de la Reine
de la Grande Bretagne
qu'elle écrivoit à leurs Maîtres
pour les inviter à y envoyer
leurs Plénipotentiaires..
D'Arras le ii. Décembre.
Monsieur le Marechal de
Montcfquiau, partit d'icy
avanthier avec la plus grande
partie de notre Garnison
pour se mettre à la teste
d'un Darachemem de trois
cens hommes par bataillon,
& de centhommes parRe- -
giment de Cavalerie & de
Dragons de. toutes lcs.,
Troupes qui sont depuis la
Meuse juiqu'àla Mer. Leur
rendez vous étoit le long de
la Scarpe depuis Douay
jusqu'à Mortagne, & le
long du Canal & de la Deule,
Ces Troupes n'ont point de
bagages, & n'ont porté des
vivres que pour quatre
jours, & des outils à remues
laterre; elles travaillent à
combler le canal en quelques
endroits, à rüiner les
Ponts, les Ecluses & les Digues
de cemême Canal
,
de
la Scarpe, & de la Deule
afin d'ôter , aux Ennemisle
moyen d'établir leurs Magasins
de vivres & de munitions
à Douay pour la Canv»
pagne prochaine,ainsi quils
l'avoient projetté.
Pendant qu'une partie de
ce gros Détachement commençoitces
travaux, Mr de
Goëbriant marchoit à la
petiteVille deLillers, où les
Ennemis avoient cinq cens
hommes qui ont esté faits
prisonniers; &les Fortifications
qu'ils y avoient faites
ont esté démolies.
De Courtray le 18. Decembre.
Un Parti de cènehommes
de la garnisond'Ipres
ayant rencontréplusieurs
Détachements de cinq Rements,
lesadéfaits l'unaprés
l'autre
,
& en a fait la plus
part prisonniers.
Le mêmejoursoixante
Hussards, furent surpris la
nuit dans un Village à deux
lieuës de Cologne
) par un
party de trente Fantassins
François qui leur enleverent
trente chevaux,
A Madrid le 3. Décembre.
Le Conséil envoyaVeridredy
dernier des instructions
aux Plénipotentiaires
qui doivent partir incessamment
pour les Conferences
de la Paix Le Roya donné
la Charge de President du
Conseil de Guerre à Mr
le Marquis de Bedmar : Les
Lettres de Malaga portent
qu'il y étoit arrivé un Bastinient
venant de Gibraltar
où il y avoit quatre - vingt
six Soldats de la Garnison ;
de cettePlace, qui ayant
monté de nuit dans ce Vais-
-
seau obligerent lesMatelots
f de mettre à la voile, aprést
avoir eux mêmes coupé les f
cables *>
de divers endroits.
De Venise le 14. Novembre,
On a fait icy pendant
trois jours des Prieres publiques
dans les Eglisesde
S. Marc, & de S. Roch,
avec l'Exposition du Saine
Sacrement, pour demander
à Dieu qu'illuy plaise faire
cesser le lféau dela mortalité
sur les Bestiaux qui continue
avec une grande violence.
-
Tous les Corps & toutes les
Communautez ont ercé en
Procession à ces Eglises,
; pendant ces trois jours,
durant lesquels les assemblées
particulieres ont elle
dessendues
)
& les Theatres
fermez. Cette maladie s'est
communiquée dans le Mantoüan,
dans la Stirie, &dans
la Carinthie,oùelle fait de
grands ravages.
De Milan le 11. Novembre,
Les Ambassadeurs de Venise
eurent le 7. Audiancc
de l'Archiduc. Le Comte
Antonio Rainoldi alla les
prendre au CollegeHelvetique
où ils étoient logez,
avec un Carrosse à quatre
Chevaux. Ils étoient en habit
de deüil, ainsi que toute
leur Livrée; mais les jours
suivants, ils parurent vêrus
magnifiquement,ainsi que
toote leur suite.
Le 8. le Cardinal Impenalc
Legat à Latere , envo yé
par le Pape pour complimenter
ce Prince, fit son
entréepublique. Le Comte
Rainoldi alla le prendreavec
plusieurs Carrosses à six
Chevaux au Monastere de
Castellazzo,&leconduisit
jusqu'au dehors de la Porte
Romaine où s'etant mis
sous un Dais, il donna la
Benediction au Clergé.
L'Archiduc arriva ensuite,
& après des compliments
reciproques,ils monterent àcheval
, & entrerent dans
laVille. LeClergéseculier
& regulier commençoit la
marche; les Gardes à pied
& à cheval marchoient ensuite;
puis vingt- quatre
Mulets du Legat avec de
riches couvertures,ungrand
Carrosse, & une Litiere;
douze Estafiers de l'Archiduc,
avec chacun un cheval
de main; les Valets de
Chambre du Legat avec
deux Masses; les Principaux
de sa fuite à cheval, ses
Estafiers vestus de sa livrée:
ceux de l'Archiduc étoient
en deüil. Ce Prince étoit
fous un Dais de Toiled'or
ayant le Legat à sa gauche.
Pluficurs Seigneursmarchoient
devant eux & ils
étoient suivis de douze
Evesques ouPrelats àcheval.
Le Senat venoit ensuite,
suivi des Tribunaux & des
soixante Decurions de la
Ville. Ils arriverent en cet
ordre devant l'Eglise Metropolitaine;
mais L'Archiduc
n'y entra pas, & il alla
droit au Palais. Le Legat y
entra, & fut reçu par
le
Cardinal Archinto qui en
est Archevesque;il fut ensuite
conduit au Palais dans
un Carrosse à six chevaux, ÔC
de-là au logement qui luy
avoitesté pre paré. Le lendemain
il rendit encore visite
à l'Archiduc qui le reçut à
la seconde Anti -chambre,
& le reconduisitjusqu'à la
troisiéme.
Les Ambassadeurs de la
Republique de Genes, firent
aussi leur Entrée le mesme
jour; & curent Audiance;
& le lendemain matin 10.
ceux de la Republique de
Lucques eurent aussi Audiance
, & l'aprésdînée du
mesme jour l'Archiduc
partit puur aller coucher à
Lodi.
DeLisbone le 9.Novembre.
La nouvelle qui s'étoir
répanduë depuis huit jours
que laPaix se traitoit en AnJgleterre,
a été confirmée par
un Exprés dépeché par nôtre
Ambassadeur en cette:
Cour là, qui a apporté les
Préliminaires. Le Comte do
Portmore , a reçu ordre do
remener en Angleterre les
Troupes de cette Couronne,
excepté deux Bataillons
pour remplacer les Soldats
qui manquent à la Garnison,
de Gibraltar ; sept Vaisseaux
de guerre Ancrloisqui
toient dans nostre Port, en
partirent hier pour retourneren
Angleterre. Le pain
est toujours très -
cher icy,
&on estfort en peine des
Bâtimens qui sont allez charger
des grains en Barbarie.
De Naples le 10 Novembre.
Le 3. de ce moison commença
les réjoüissances publiques
, pour l'Elcction de
Archiduc à l'Empire. Elles
levoient durer trois jours;
nais le foir du troisiémeà
ine demi- heure de nuit,il
omba une si grande pluye
qu'elle éteignit toutes les iluminations,
gasta les Tenures
qui étoient en plusieurs
endroits, & trempa tellenent
les Artifices,qu'ayant
econnu le lendemain qu'ils
le pourroient plus servir
)nIes abandonna , au pillage
tinÍi que toutes les Machines.
Le Vice-Roy qui dévoit
aller ce foir
-
là visiter les
Feux d'Artifice, préparez
sur la Mer avec de grandes
Machines chargées de
fruits
,
donna unBal dans
le Salon duPalais,pour supléer
à l'execution de ces
grands préparatifs, qu'on
renouvellera après le Couronnement.
Le S. il fitchanter
le Te Deurn dans l'Eglise
du grand Convent des,
Dominicains ,& il y tint
Chapelle; pendant laquelle
l'Infanterie Allemande qui
étoit dans la Place fit trois
décharges de Mousqueterie,
& les Canonniers des !
Chasteaux
,
firent trois salves
de toute l'Artillerie. Il
le fie chanter hier dans l'Eg'ife
des Theatins,&doit de
main le faire chanterdans
celle de la MaisonProfesse
des Jesuites,
De Cadiz le 12.Novembre.
Des Armateurs François
amenèrent avant-hier icy
trois Vaisseaux Hollandois.
qui venoient du Levant. Ils
sont chargez de Soye
,
de
Cottonfilé, deCaffé&d'autres
riches Marchandises,
letout estimé prés d'uai
million.
¡Une: FrégateFrançoise
ayant attaqué sur les costes
de Galice, un Vaisseau de
Guerre Portugais,montede
60.pieces de canon, étoit
sur le point de s'en emparer
après quatre heures de combat,
lors que le feu ayant
pris au Vaisseau, il sauta en
l'air avec tout l'Equipage,
dont on ne put sauver que
trois personnes.
Ilest encore venu quarante
sept Deserteurs de Gibraltar
)
presque tous Hollandois
,& qui continuent.
de dire que laGarnison n'est
point payée, & que les vivres
y sont à untrès- haut
prix.
De Rome le 14. Novembre,
Le trois de ce mois, la
Marquise de Prié
, comme
Ambassadrice de la Cour
de Vienne, quitta le deüil
& reçue les compliments sur
l'Election de l'Archiduc à
l'Empire. Il y eut le foir une
grande Assemblée chez elle
où se touverent la Connéta
ble Colonne,Dona Maria
Bernardina
,
les Neveux du
Pape,l'Envoyé de Portugal,
& plusîeurs autres -Perronnes
distinguées
: Le Prince
d'Avellino
,
avoit mandé à
ses principaux Domestiques
de donner part aux Cardinaux
de l'Election de l'Archiduc,
& de faire des illuminations
pendant rTois1
soirs ; mais les Maistres desj
Ceremonies ayant reprefenté
qu'il étoit contre l'ordre i
qu'il se fie fous les yeux dirr
Pape,desréjoüissances pour
une nouvelle dont on n.1avoit
point donné part à Sa|
Sainteté
>
ces
réjouifTanccsjji
ont elle differées.
110 ",
De Venise le zi. Novembre.
L'Archiducayant passéle
14. à Bussolengo
,
sur les
Frontières de l'EtatVenitien
sur sa route de Milan à Inspruch
,
les Procurateurs Pisani
& da-Lezze,Ambassadeurs
Extraordinaires de la
République,le complimencerent.
Ce Prince futconduit
au Palais qui luy avoit
été prepare; & qui étoit
magnifiquement meublé & -
illuminé,&où il trouva une
garde de deuxmille Cava -
liers ou Dragons tous habillez
de neuf Le lendemain les
Ambassadeurs luy presenterent
un Régale de Cire
,
de
Miroirs, de Crstaux, de
Confitures, &de plusieurs
autres choses galantes: On
luy servit un repas magnifi.
que après lequel il alla à Roveredo,
accompagné par les
mêmes Ambassadeurs, &
pardeuxmille Cavaliers
ou Dragons,quine le quitterent
que sur les Frontières
du Trentin. Ce Prince fie
present aux Ambassadeurs
de chacun une Boeste à portrait,
garnies de pierreries , D
& estimées nulle Pisto- les.
DtLjhonne le 13.Novembre
On esticy dans de grandes
inquiétudes, sur l'avis qu'on
a eu , que Mr du Gué-
Troüin,avoit. débarqué des
Troupes aux lsles du Cap
Vert ; & qu'érant entrée
dans la Baye de Tous -
les,.
Saints,il avoi t pillé la Ville
de San Salvador, Capitale
du Brésil
,
ainsiqu'unautre
Port, où il avoitbrûlé tous
les Vaisseaux qui y étoient.
De Londres le 24. Novembre.
Mr l'Evêque de Bristo,
Garde du Sceau Privé se prépare
à partir pour la Hollande
en qualitéd'Ambassadeur-
Pîenipotentaire pour
les Négociations de la Paix,
que tous les Pcules des trois.
Royaumes souhaitoient
avec tant d'empressement ;
qu'il avoit esté resolu en
plusieurs endroits de pre- 1
senter des Adresses à la Reine
pour la supliet de la con- 1 clure aux conditions qu'El- j
le & sonConseil jugeroienc
à propos; mais on s'en est
abstenu de crainte qu'il ne
parust qu'on voudroit donner
atteinte au pouvoirabsolu
qu'a le Souverain defaire
la Paix & la Guerre, quand
illuy plaist.
¡ Trois cens prisonniers
François ont été transportezà
Calais
, pour estre
échangez.
La Foudre étant tombée
la nuit du 16. au 17. sur l'EglisedeSouthwel
,
dansle
Comté de Nottingham.
).'
cette Eglise aété brûlée 3-
vec l'Ecole quien étoit prdche,&
les Cloches fonduës.
DupremierDécembre.
Le 25. Novembre il arriva
un Courrier du Comte
de Strafford, qui apporta le
consentement des Etats Géncraux
pour traiter de la
Paix sur le pied des Prelimi
mires,&les Passeports pour
les Ambassadeurs du Roy ]
Tres -
Chrestien. Outre les
vingt - cinq gros Vaifleatffc-«
de guerre qui ont été desarmez,
on en desarme encore
plusieurs autres.
Le28. jour de la naissance
de la Reine Elisabeth
, auquel
le menupeupleavoit
coutume, avant le regne de
JacquesII. de célebrer la
memoire de cette Princesse
en brulant l'Effigiedu Pape,
&celles de plusieurs Cardinaux
& Religieux,je Conseil
fut averti que quelques mal
intentionnez
,
avoient fait
faire secrettement de grands
préparatifs, dans le dessein
de causer quelque tulmute.
On envoya des Huissiers,
avec un Détachement de
Grenadiers commandé par
un Officier
,
dans l'endroit
qu'un avoit indiqué, & ils y
trouverent une figure du
Pape,avec plusicurs autres
de Cardinaux,& Religieux,
& même du Diable dans un
Chariot, qui fut brisé ainsi
que toutes les Figures. Le
foir du mêmejour,&la nuit
suivante on fit prendre les
armesaux Milices, qui firent
des patroüilles dans les ruës;
mais il ne se passa pas J:
moindre désordre.
De Cents le 26. Novembre.
Monsieur le Marquis de
Monteleon
,
Ambassadeur
d'Espagne ayant reçû ordre
de se rendre à Madrid pour
y recevoir ses instructions
sur les Congrez de la Paix
ausquels il doit assister
, en
qualité de Plenipotentiaire,
prit hier son Audiance de
de congé du Sénat.
Les Gx mille Allemands
qui s'étoient avancez sur
nôtre Frontiere pour y prendredesQuartiers
d'hiver,
marchent dans le Mantoüan
où ils occuperont les Quartiers
qui étoient destinez
aux Troupes. de BranSebourg
qui retournent en
Allemagne,
Il est entré h1uit mille-
Allemands sur lesTerres du
Grand DucOU\ il prennent
des Quartiers, ce Prince ayant
refusé de fournir aux
Commissaires Impériaux
les huit cens mille livres que
l'Archiduc luy avoit fais
demander,
De Grenoble30.Novembre.
Il parut il y a quelques
jours de ce costé. cy un gros
party delaGarnisondeSuze
qui étoit venu par Exiles.
Aussi tost qu'on en eut avis
on fit sortir trente Dragons
avec chacun un fantassin en
croupe: Ils trouverent les
Ennemis qui rafraichifsoient
dans un Village;Les
Fantassins yentrerent criant
qui vive, & au premier feu
que nos gens firent sur eux,
ils se retirerent. Les Dragons
qui les observoient les poursuivirent
& mirent en désordre
; cinq furent tuez &
trente cinq faits prisonnires.
De Huninguele 4. Decembre,
Nôtre garnisona faitune
course dans la Forest Noire
sans aucune oppoficion
,
&
a ramené un gros butin.
Les Lettres de Hombourg
,
portent que soixante Husfars
ennemis étant entrez
dans le Pays, avoient commencé
à piller & brûler;
mais quedesDétachemens
de certe Place & de Saar
sa Loüis, ayant été à leur poucsuite,
les avoient battus;
& repris le butin qu'ils
avoient fait.
De Bayone le 4. Décembre.
Il y a presentement icy
18 Bastimens Anglois qui
ont apporté diverses Marchandées
pour les vendre,
& ensuite chargerdes Vins
& des Eaux
-
de- vie.
Une Fregate du Roy de
34. canons a pris un Flessingois
de 32. canons & de
150. hommes d'équipage ,
dont plus de 60ont été tuez
dans le combat qui a duré
cinq heures.
Des Lettres de Gibraltar
du 20. du passé portent que
la disette y étoit si grande
que le Commandant de la
Place étoit obligé de tenir
les Portes fermées pour
empêcher la desertion:que
quatreBastimens Portugais
étant entrez dans la Baye
pour se mettre à couvert
d'un gros temps qui auroit
pû les jetter sur les costes
de Barbarie, on leur avoir
fait décharger le grains qu'ils
avoient à leur bord
, de
remboursé l'argent qu'il
leur avoit couité.
On a aussiappris que les
Maures qui sont devant
Ceuta ayant voulu emporter
parEscalade le Bastion de
S. Pierre avoient esté vivementrepoussezjusques
dans
leur Camp avec perte de
plusde 1200 hommes; &
qu'il écoit arrivé de Carthagene
à cette Place, un tenfort
de 400. hommes &
beaucoup de munitions de
guerre & de bouche.
," Du Fort-Louis le10.
DéCembrr.P
;
Le Commandant de
Lauterbourg ayant eu avis
que le 6. au foir il devoit
sortir un Bataillon de Philisbourg
pour aller a Landau
,envoya un party de
Dragons & de Grenadiers
xjui se porterent sur le chemin
en des lieux couverts.
Les Ennemisétant tombez
dans l'Embuscade, furent
envelopez; le Commandant
fut tué avec plusieurs Soldats,
& le reste pris. Ce
bataillon étoit des Troupes
de Souabe & de Franconie,
& alloit relever un autre
bataillon des mêmes Trou- pesquiestàLandau.?
De la Haye le 8. Décembre9
Le Courier que le Comte
de Goes, Envoyéde la
Cour de Vienne avoit dé*
pêche à Milan pour porter àl'Archiducles Préliminairesde
la Paix, en revint le
2.1 Novembre. Il apporta
uneLettre par laquelle cc
Prince prie les Etats Gcné-.,
raux de n'avoir point d'égard
à ces Preliminaires,
qu'il les avoir rejettez, &
qu'il protestoit contre
toutes les Assemblées&les
Negotiations qu'on pouroit
faire sur cesujet.
On a appris depuis que ce
Prince persiste dans la résolution
de ne point envoyer
de Plenipotentiaires pour
traiter de la Paix sur le pied
des Preliminaires.
Hier le Comte de Strafr!
ford
,
Ambassadeur Plenipotentiaire
d'Angleterre
communiqua aux Ministres
detous les Alliez dans une
Assemblée que l'on tint exprés,
que la Reine sa Maitrciïc
avoit nommé la Ville
d'Utrecht pour le lieu où se
tiendroient les Conferences
pour laPaix, & que l'ouverture
s'en feroit le 12, Janvier
prochain. Il remit enfuite
à chacun de ces Ministres
une Lettre de la Reine
de la Grande Bretagne
qu'elle écrivoit à leurs Maîtres
pour les inviter à y envoyer
leurs Plénipotentiaires..
D'Arras le ii. Décembre.
Monsieur le Marechal de
Montcfquiau, partit d'icy
avanthier avec la plus grande
partie de notre Garnison
pour se mettre à la teste
d'un Darachemem de trois
cens hommes par bataillon,
& de centhommes parRe- -
giment de Cavalerie & de
Dragons de. toutes lcs.,
Troupes qui sont depuis la
Meuse juiqu'àla Mer. Leur
rendez vous étoit le long de
la Scarpe depuis Douay
jusqu'à Mortagne, & le
long du Canal & de la Deule,
Ces Troupes n'ont point de
bagages, & n'ont porté des
vivres que pour quatre
jours, & des outils à remues
laterre; elles travaillent à
combler le canal en quelques
endroits, à rüiner les
Ponts, les Ecluses & les Digues
de cemême Canal
,
de
la Scarpe, & de la Deule
afin d'ôter , aux Ennemisle
moyen d'établir leurs Magasins
de vivres & de munitions
à Douay pour la Canv»
pagne prochaine,ainsi quils
l'avoient projetté.
Pendant qu'une partie de
ce gros Détachement commençoitces
travaux, Mr de
Goëbriant marchoit à la
petiteVille deLillers, où les
Ennemis avoient cinq cens
hommes qui ont esté faits
prisonniers; &les Fortifications
qu'ils y avoient faites
ont esté démolies.
De Courtray le 18. Decembre.
Un Parti de cènehommes
de la garnisond'Ipres
ayant rencontréplusieurs
Détachements de cinq Rements,
lesadéfaits l'unaprés
l'autre
,
& en a fait la plus
part prisonniers.
Le mêmejoursoixante
Hussards, furent surpris la
nuit dans un Village à deux
lieuës de Cologne
) par un
party de trente Fantassins
François qui leur enleverent
trente chevaux,
A Madrid le 3. Décembre.
Le Conséil envoyaVeridredy
dernier des instructions
aux Plénipotentiaires
qui doivent partir incessamment
pour les Conferences
de la Paix Le Roya donné
la Charge de President du
Conseil de Guerre à Mr
le Marquis de Bedmar : Les
Lettres de Malaga portent
qu'il y étoit arrivé un Bastinient
venant de Gibraltar
où il y avoit quatre - vingt
six Soldats de la Garnison ;
de cettePlace, qui ayant
monté de nuit dans ce Vais-
-
seau obligerent lesMatelots
f de mettre à la voile, aprést
avoir eux mêmes coupé les f
cables *>
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Résumé : NOUVELLES de divers endroits.
À la fin de l'année 1700, divers événements politiques et militaires ont marqué l'Europe. À Venise, des prières publiques ont été organisées pour lutter contre une épidémie affectant le bétail, qui s'est également propagée dans le Mantouan, la Styrie et la Carinthie. À Milan, les ambassadeurs de Venise ont été reçus par l'Archiduc, et le cardinal Impérial a fait une entrée publique. Les ambassadeurs de Gênes et de Lucques ont également été accueillis. À Lisbonne, la paix en Angleterre a été confirmée par des préliminaires apportés par un ambassadeur. À Naples, les réjouissances pour l'élection de l'Archiduc à l'Empire ont été perturbées par la pluie. À Cadix, des navires hollandais chargés de marchandises ont été capturés par des armateurs français, et une frégate française a attaqué un vaisseau portugais. Des déserteurs de Gibraltar continuaient d'arriver. À Rome, la marquise de Prié a reçu des compliments pour l'élection de l'Archiduc. À Lisbonne, des inquiétudes ont surgi concernant des troupes débarquées aux îles du Cap-Vert. À Londres, des préparatifs pour la paix ont été mentionnés, et des prisonniers français ont été transportés à Calais. Des troubles ont été évités lors de la célébration de la naissance de la reine Élisabeth. À Cents, l'ambassadeur d'Espagne a pris congé du Sénat pour se rendre à Madrid. Des troupes allemandes ont occupé des quartiers d'hiver dans le Mantouan et sur les terres du Grand-Duc. À Grenoble, des dragons ont repoussé une garnison ennemie. À Huningue, une garnison a fait une course dans la Forêt-Noire. À Bayonne, des navires anglais ont apporté des marchandises, et une frégate française a capturé un vaisseau flessingois. À Gibraltar, la disette était grande, et des Maures ont été repoussés lors d'une attaque. À Fort-Louis, un bataillon ennemi a été pris en embuscade. Sur le plan militaire, un bataillon de Souabe et de Franconie se dirigeait vers Landau pour relever un autre bataillon. Le 21 novembre, le comte de Goes, envoyé de la Cour de Vienne, est revenu de Milan avec des préliminaires de paix, que l'archiduc a rejetés et contre lesquels il a protesté. L'Angleterre a proposé Utrecht comme lieu pour les conférences de paix, prévues pour le 12 janvier. Le maréchal de Montreuil a quitté Arras avec des troupes pour des travaux de défense le long de la Scarpe et du canal, afin d'empêcher les ennemis d'établir des magasins. Mr de Goëbriant a capturé des ennemis à Lillers. À Courtray, des détachements ennemis ont été défaits et des hussards ont été surpris près de Cologne. À Madrid, des instructions ont été envoyées aux plénipotentiaires pour les conférences de paix, et un bastiment est arrivé à Malaga avec des soldats de Gibraltar.
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2
p. 303-305
Nouvelles extraites de plusieurs Lettres.
Début :
Les lettres de Londres portent qu'un vaisseau Anglois [...]
Mots clefs :
Londres, Café, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles extraites de plusieurs Lettres.
Nouvelles extraites de
plufieurs Lettres.
Les lettres de Lon-
304 MERCURE
dres portent qu'un vaiffeau Anglois arrivé de
Moca, chargé de caffé ,
a raporté que le vaiſſeau'
le Godolfin avoit été pris
a:1x Indes Orientales par
les François, & que l'Oxford qui appartenoit à
pluſieurs particuliers ,
s'étoit brifé contre des
rochers.
La Diligence Galley ,
armée en courſe , étant
arrivée de Naples dans la
Tamife, chargée d'huile
&
GALANT. 305
& d'autres marchandifes , perit le dix : le feu
s'y étant pris par accident , la fit fauter. On a
eu le temps de fauver
l'équipage.
FIN
plufieurs Lettres.
Les lettres de Lon-
304 MERCURE
dres portent qu'un vaiffeau Anglois arrivé de
Moca, chargé de caffé ,
a raporté que le vaiſſeau'
le Godolfin avoit été pris
a:1x Indes Orientales par
les François, & que l'Oxford qui appartenoit à
pluſieurs particuliers ,
s'étoit brifé contre des
rochers.
La Diligence Galley ,
armée en courſe , étant
arrivée de Naples dans la
Tamife, chargée d'huile
&
GALANT. 305
& d'autres marchandifes , perit le dix : le feu
s'y étant pris par accident , la fit fauter. On a
eu le temps de fauver
l'équipage.
FIN
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Résumé : Nouvelles extraites de plusieurs Lettres.
Des incidents maritimes ont été rapportés à Londres. Le Godolfin a été capturé par les Français aux Indes Orientales. L'Oxford s'est échoué contre des rochers. La Diligence Galley, arrivée de Naples, a pris feu et sombré, mais son équipage a été sauvé.
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3
p. 290-297
Nouvelles d'Italie.
Début :
On mande de Naples que le Viceroy a reçû un [...]
Mots clefs :
Italie, Naples, Cour de Vienne, Collateral, Vice-roi, Rebelles, Noblesse, Ordre de la Toison d'Or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Italie.
. Gibraltar;
.,
«
'J0n mande de Naples
queleViceroy a
reçû unf
ordre de Vienne par lequel
illuy est commandé depublier tquele-Royaumede
Naples, avoir été conquis
,
& que par consequent les
Barons étoient déchus de
leursj§çfs & deleursautres
avantages, que les Napolitains étoient regardés de la
Cour de Vienne comme des
sujetsrebelles quinemeritoient aucune grâce nyla
confirmation qu'ils demandoient de leurs privileges
;
cet ordre ayant été publié
dansleCollateral
,
causa
une surprise extraordinaire
par route la Ville, quoique
plusieurs affectionnez au
Gouvernement,fissentleurs
efforts pour appaiser le petit
ple,disant
que cette Decfâ*
ration ne regardait que It.
Barons. Le 11. Octobre
tous les Sieges & CÓfP'
s'assemblerent chacun dit,
particulier & resolurent d^
tenir une assemblée genetalc) le Viceroy qui en crai*
gnoit les suites manda
l'Eleu du peuple, & luy fit
des plaintes de ce qu'ilsouffroit que ces assembleés Te
fissent sans permission, qui
luy réponditqu'il n'avoit,
pu l'empêcher parce que
toute la Ville étoit émuë
de concert, & qu'iln'étoit
pas difficile de concevoir
qu'après avoir fait tant
d'efforts & donné tant de
preuve de zele pour la Maifan d'Autriche, nonseulement ils ne
pouvoient obtenir aucune des graces
qu'on leurs avoit promis
*
mais qu'onles traitoit de
sujets rebelles & de pris
conquis, ce qui leur persuadoit qu'on cherchoit des
prétextes -pour les ruiner
entierement;leViceroy luy"
dit qu'il entroit fort dans;
ces raisons, qu'il en informeroit au plûtôtla Cour
de vienne, & qu'afin de ne
pas rendre ses offres inutiles
il prioit le peuple de d/fierer
cette assemble generale jusqu'à ce qu'il eut reçûsréponse :
le peuple se bjffa:
persuader avec peine, les
Officiers Allemans pour in..
timider les Napolitains
publient qu'il viendra firo.-
mil hommes de nouvelle
Troupes pour les réduire à
leur devoir. D'autreslettres.
plus reccntcs portent que
le mécontentement public
cft fort augmenté à cause
des frequents emprisonnemens des personnes paisïbles qu'on arreste sur fa-.
moindre dénonciation &:
sur un soupçon, surtout
par l'emprisonnement du
Duc de Bisaccia Pignarelli,
Coulin du Prince de Cellamaré;iilétoit accuséd'avoir
eu correspondance avec le
Cardinal del Giudice fort
O'ncle,& fous ce pretexte
on envoya un Officier le
trouver à une de fcsTwres
où il luy iignifn l'ordre
de comparoistre devant
le Viceroy, fous peine de
trente mil Ecus, il fut
obligé de se faire porter à
Naples malgré une fievre
violente & ensuiteau Palais,
où il se justifia pleinement,
il fut renvoyé en samaison
où le lendemain il fut arrêté
& conduit au Château Saine
Elme où il est gardé étroitement. On assure que le
Prince dela Villa Caraccioli
& le Duc de Bruzzano Carassa, beau frere du Duc de
Popoliont été aussideman- t.
dés;la Cour de Vienne fait
ses efforts pour adoucir ces
procédés envers te principale Noblesse par des grâces
faites à quelques uns, ayaftt
envoyé la Toison d'or au
Prince de San SeveroSangro & à Don Livio
Odescalchi qui doit revenir à Naples pour la recevo
.,
«
'J0n mande de Naples
queleViceroy a
reçû unf
ordre de Vienne par lequel
illuy est commandé depublier tquele-Royaumede
Naples, avoir été conquis
,
& que par consequent les
Barons étoient déchus de
leursj§çfs & deleursautres
avantages, que les Napolitains étoient regardés de la
Cour de Vienne comme des
sujetsrebelles quinemeritoient aucune grâce nyla
confirmation qu'ils demandoient de leurs privileges
;
cet ordre ayant été publié
dansleCollateral
,
causa
une surprise extraordinaire
par route la Ville, quoique
plusieurs affectionnez au
Gouvernement,fissentleurs
efforts pour appaiser le petit
ple,disant
que cette Decfâ*
ration ne regardait que It.
Barons. Le 11. Octobre
tous les Sieges & CÓfP'
s'assemblerent chacun dit,
particulier & resolurent d^
tenir une assemblée genetalc) le Viceroy qui en crai*
gnoit les suites manda
l'Eleu du peuple, & luy fit
des plaintes de ce qu'ilsouffroit que ces assembleés Te
fissent sans permission, qui
luy réponditqu'il n'avoit,
pu l'empêcher parce que
toute la Ville étoit émuë
de concert, & qu'iln'étoit
pas difficile de concevoir
qu'après avoir fait tant
d'efforts & donné tant de
preuve de zele pour la Maifan d'Autriche, nonseulement ils ne
pouvoient obtenir aucune des graces
qu'on leurs avoit promis
*
mais qu'onles traitoit de
sujets rebelles & de pris
conquis, ce qui leur persuadoit qu'on cherchoit des
prétextes -pour les ruiner
entierement;leViceroy luy"
dit qu'il entroit fort dans;
ces raisons, qu'il en informeroit au plûtôtla Cour
de vienne, & qu'afin de ne
pas rendre ses offres inutiles
il prioit le peuple de d/fierer
cette assemble generale jusqu'à ce qu'il eut reçûsréponse :
le peuple se bjffa:
persuader avec peine, les
Officiers Allemans pour in..
timider les Napolitains
publient qu'il viendra firo.-
mil hommes de nouvelle
Troupes pour les réduire à
leur devoir. D'autreslettres.
plus reccntcs portent que
le mécontentement public
cft fort augmenté à cause
des frequents emprisonnemens des personnes paisïbles qu'on arreste sur fa-.
moindre dénonciation &:
sur un soupçon, surtout
par l'emprisonnement du
Duc de Bisaccia Pignarelli,
Coulin du Prince de Cellamaré;iilétoit accuséd'avoir
eu correspondance avec le
Cardinal del Giudice fort
O'ncle,& fous ce pretexte
on envoya un Officier le
trouver à une de fcsTwres
où il luy iignifn l'ordre
de comparoistre devant
le Viceroy, fous peine de
trente mil Ecus, il fut
obligé de se faire porter à
Naples malgré une fievre
violente & ensuiteau Palais,
où il se justifia pleinement,
il fut renvoyé en samaison
où le lendemain il fut arrêté
& conduit au Château Saine
Elme où il est gardé étroitement. On assure que le
Prince dela Villa Caraccioli
& le Duc de Bruzzano Carassa, beau frere du Duc de
Popoliont été aussideman- t.
dés;la Cour de Vienne fait
ses efforts pour adoucir ces
procédés envers te principale Noblesse par des grâces
faites à quelques uns, ayaftt
envoyé la Toison d'or au
Prince de San SeveroSangro & à Don Livio
Odescalchi qui doit revenir à Naples pour la recevo
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Résumé : Nouvelles d'Italie.
Au XVIIIe siècle, à Naples, le vice-roi reçoit un ordre de Vienne annonçant la conquête du royaume, entraînant la perte des privilèges des barons et des Napolitains, désormais considérés comme des sujets rebelles. Cette nouvelle suscite surprise et mécontentement. Le 11 octobre, les sièges et corporations de la ville se réunissent pour organiser une assemblée générale. Le vice-roi, inquiet, demande de reporter cette assemblée jusqu'à une réponse de Vienne. Malgré les tentatives d'apaisement, le mécontentement s'intensifie à cause des arrestations arbitraires, comme celle du Duc de Bisaccia Pignarelli, accusé de correspondance avec le Cardinal del Giudice. D'autres nobles, tels que le Prince de la Villa Caraccioli et le Duc de Bruzzano Carassa, sont également menacés. La Cour de Vienne tente de calmer les esprits en accordant des grâces à certains nobles, comme la Toison d'or au Prince de San Severo Sangro et à Don Livio Odescalchi.
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4
p. 264-268
Extrait d'une Lettre de Gironne le 7. Juillet 1713.
Début :
L'évacuation se fait tres serieusement de la part du General [...]
Mots clefs :
Staremberg, Bataillons, Naples, Évêque de Barcelone, Révolte, Assemblée générale, Députés, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Gironne le 7. Juillet 1713.
Extrait d'une Lettre dt
Gironne le 7. Jmilet 171 3. V. L'évacuation se fait tresserieusement
de la part du
General Staremberg; il a
déja
déja fait embarquer seize
bataillons qui font le Regimens
de Staremberg,Traun,
Bagnes, Rcventelaw
,
les
Grisons & un autre, lesquels
ont fait voile du costé de
Naples; l'Evesque de Barceloneest
parti en même tems;
ce que je vous écrívis il y a
quelque tems au sujet de la
mort dusieur Puig, fils de
l'un des Chefs de la revolte
est confirmé; il fût tué à
Bergue où il commandoit.
Le nommé Ragus, autre
Chef des revoltes à quitté sa
résidence ordinaire.
Lesdeliberations dcTAfsemblée
generale qui s'y
tient n'ont encore rien produir;
on avoit dit d'abord
que les habitans de la Ville
&. de la Plaine de Vich
avoienc refusé d'y envoyer
des Deputez; cependant ils
y en ont huit; mais cette
Viilc> celle de Manrez, &
plusieurs autres ont limité le
pouvoir de leurs
-
Deputez
à ne faire qu'écouter ce qui
se passera dans l'Assemblée
pour leuren rendre compte
&. ne prendre aucune delibe- 1
ration sans avoir rc^u répon-
>'Iii
se; cependant nous aprochons
du 1 5. de ce mois, jour
auquel Barcelone doic estre
remise au Roy d'Espagne.
Du reste ils ont fait jurer un
tres grand secret à tous ceux
qui ontesté admis dans cette
Assemblée. Ilsont empêche
le General Staremberg de
tirer de Montjouy aucunc
munition & y ont mis
garnison Bougeoise. Ils
ont aussi fait entrer dans la
Ville quelques Troupes de la
Deputation, cela n'empêcha
pas qu'il ny eut beaucoup
de gens qui conseillerent de
prendre le parti le plus sage.
Gironne le 7. Jmilet 171 3. V. L'évacuation se fait tresserieusement
de la part du
General Staremberg; il a
déja
déja fait embarquer seize
bataillons qui font le Regimens
de Staremberg,Traun,
Bagnes, Rcventelaw
,
les
Grisons & un autre, lesquels
ont fait voile du costé de
Naples; l'Evesque de Barceloneest
parti en même tems;
ce que je vous écrívis il y a
quelque tems au sujet de la
mort dusieur Puig, fils de
l'un des Chefs de la revolte
est confirmé; il fût tué à
Bergue où il commandoit.
Le nommé Ragus, autre
Chef des revoltes à quitté sa
résidence ordinaire.
Lesdeliberations dcTAfsemblée
generale qui s'y
tient n'ont encore rien produir;
on avoit dit d'abord
que les habitans de la Ville
&. de la Plaine de Vich
avoienc refusé d'y envoyer
des Deputez; cependant ils
y en ont huit; mais cette
Viilc> celle de Manrez, &
plusieurs autres ont limité le
pouvoir de leurs
-
Deputez
à ne faire qu'écouter ce qui
se passera dans l'Assemblée
pour leuren rendre compte
&. ne prendre aucune delibe- 1
ration sans avoir rc^u répon-
>'Iii
se; cependant nous aprochons
du 1 5. de ce mois, jour
auquel Barcelone doic estre
remise au Roy d'Espagne.
Du reste ils ont fait jurer un
tres grand secret à tous ceux
qui ontesté admis dans cette
Assemblée. Ilsont empêche
le General Staremberg de
tirer de Montjouy aucunc
munition & y ont mis
garnison Bougeoise. Ils
ont aussi fait entrer dans la
Ville quelques Troupes de la
Deputation, cela n'empêcha
pas qu'il ny eut beaucoup
de gens qui conseillerent de
prendre le parti le plus sage.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Gironne le 7. Juillet 1713.
Le 7 juillet 1713, à Girone, l'évacuation des troupes se déroule sous la direction du général Staremberg. Seize bataillons, incluant les régiments de Staremberg, Traun, Bagnes, Reventlow, les Grisons et un autre, ont embarqué pour Naples. L'évêque de Barcelone est également parti. La mort de Puig, fils d'un chef de la révolte, est confirmée ; il a été tué à Bergue. Un autre chef des révoltes, Ragus, a quitté sa résidence habituelle. Les délibérations de l'assemblée générale à Barcelone n'ont pas encore abouti. Initialement, les habitants de Barcelone et de la plaine de Vich avaient refusé d'envoyer des députés, mais ils en ont finalement envoyé huit. Ces députés, ainsi que ceux de Manrez et d'autres villes, ont limité leur pouvoir à écouter et rendre compte sans prendre de décisions sans réponse préalable. Barcelone doit être remise au roi d'Espagne le 15 juillet. Un grand secret entoure l'assemblée, et les habitants ont empêché Staremberg de retirer des munitions de Montjouy, y plaçant une garnison bourgeoise et faisant entrer des troupes de la députation dans la ville. Malgré cela, de nombreux conseils prônent la sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 266-279
Supplement aux Nouvelles.
Début :
On mande de Vienne que les maladies diminuënt de jour [...]
Mots clefs :
Andrinople, Vienne, Bavière, Tsar, Troupes, Capitulations , Flotte danoise , Prusse, La Havane, Naples
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texteReconnaissance textuelle : Supplement aux Nouvelles.
Supplement aux Nouvelles.
On mande de Vienne que
les maladies diminuënt de
jour en jour, que l'Archiduc
a fait écrire aux Seigneurs
quis'estoient retirez àlacampagne,
de revenir à Vienne;
que le Regiment de Bareith
quicampoit aux environs de
cette Ville
,
s'estoit mis en
marche pour aller prendre des
quartiers d'hyver en Baviere.
Les Lettres d'Andrinople
du 3. Otlobrc portent que
les Ambassadeurs du Czar
avoient demandé leur Audience
de congé
,
qu'ils avoient
esté envoyez au Reïs
Effendi, ou Chancelier, qui
leur demanda s'ilsn'avoient
reçu aucune réponse de leur
Maistre sur diverses demandes
qu'on leur avoit faites,
entr'autres du payement du
tribut au Kam des Tartares
que les Mofcovitcs avoient
autrefois accoûtumé de luy
payer, & de la cessiond'une
partie de l'Ukraine ; que les
Ambassadeurs Moscovitesavoient
répondu qu'il n'avoient
reçu aucun ordre sur
ce sujet, mais qu'ils s'engageoient
d'envoyer un Courrier
au Czar pour sçavoir sa
resolution ; que sur cette réponse
les Turcsavoienr fait
remener les Ambassadeurs à
Constantinople pour estre dt
nouveau enfermez dans le
Chasteau des Sept- Tours, 6
que le Palatin de Masov
Ambassadeur de Pologne &
l'Envoyé du RoyAuguste
estoient gardez chezeux fort
éttroitement. Ces mêmes Lettre
s portent que le Rcïs Efsends
estoitallé deux fois rendre
visite au Roy de Suede à
Demir Tocca,qu'illuy avoic
offert del'araent & toute forte
*d'assistance de la part du
Sultan. On écrit de Ham-
»
bourg que les Troupes Danoises
qui gardoient les ave.
nuës de certc Ville,s-'estoient
retirées à Octensen ; de sorte
que la communicationest prélentement
libre avec la Ville
d'Alrena; que la marche des
Troupes Prussiennes qui devoient
venir en ces quartiers
a esté diversée : cc quidonne
sujetde croire que les différends
touchant larectitution
des Etats de Holstein-Gortorp
feront bien-tost terminez.
Les Lettres de Coppenhague
portent que le Roy de
DannemarcK estoit fort mécontent
du Traité conclu
pour mettre en sequestre les
Places de Pomeranie,qu'il en
avoit écrit au Czar, qui luy
avoit répondu qu'il ne se féparcroic
jamais de son allian-
«
ce ; & qu'il rcnvoyeroit les
Trupes en cas qu'il en eue
besoin; que la Flotte Danoise
ayant esté informée que
neuf gros Vaisseaux Suédois
paroissoient en mer, avoit
voulu lever l'anchre pour les
aller combattre ; mais qu'elle
en avoit esté empechéc par
les vents contraires qu'un
Bàstiment chargé de vivres
pour la Flotte estoit péri avec
treize hommes par le mauvais
temps.
Celles de Berlin du 8 Novembre
, portent que le Roy
de Prusse dans un Conseil de
Guerre avoir resolu d'envoyer
dans le Holstein pour
faire leBlocus de Tonningen,
une Armés de vingtmille
hommes
,
composée de douze
mille Fantassins, de cinq
mille chevaux & de trois mille
Dragons de ses meilleures
Troupes, commandées par
le Prince d'Anhate Dessau
,
ayant fous luy pour Généreux
de la Cavalerie
,
les Lieutanans
Généraux Gatzmer &
Doifling
, avec les Majors
généraux Hakkeborn, Panncwicz,
Grotte & Sibourg;
& pour Généraux de 1 Infanterie,
les Lieutenans Généraux,
Arnheime, Finch
, avec
les Majors généraux Lilren,
Gestorf,Leben & Cameke;
que le Roy de Prusse estoit
venu à Brandebourg pour
voir passeren revue les Troupes
qui dévoient semettre en
marche le 24.avec trente picces
de Canon.
On écrit de Madrid que
Don Francisco Tinajero a
presenté un Projet pour établir
une fabi ique de Vaisseaux
de guerre à la Havane, dans
l'Isle de Cuba,où en quatre
ansil en fera construit dix de
soixante pieces de Canon chacun
; que ce Projet a eslé approuve
par le Roy, quiaassigné
pour commencercent
quatre-vingt mille piastresde
revenu de la Nouvelle Espagne,
&il a donné la direction
de cette Fabrique à Don Manuel
Lopez Pintado, Commandant
l'Escadre qui doit
estre à present sortie deCadiz
pour bloquer le Port de Barcelone.
Toutes les Lettres de
Catalogne confirment que
Nebot & ses Compagnons
avoient esté emprisonnez à
Barcelone, & que les Volontaires
& les uiquelets écha-
- pez aprés sa défaite,s'estoient
sauvez, partie dans le Château
de Cardonne, & le reste
Ve rsles Frontières d'Arragon,
où un de leur parti avoit
estédéfait par les Troupes
du Roy. On mande de Naples,
qu'on ramassoit plusieursTartanes
&Bastimens
de transport sur lesquelles
doivent estre embarquez
leursRegimens Espagnols,
qui estoient dans cette Ville,
& estre conduits d'abord
à Mansredonia, & de
la tranfportcz sur les Côtes
de l'obéisance de la Maison
d'Autriche.
Les Lettres d'Angleterre
portent pue Mylord Dunmore
a esté fait Colonel du troisiéme
Rrgiment des Gardes
de la Reine ,à la place du
Comte de Lot hian, & le Colonel
Liconier,Gouverneur
du Fort S Philippe dans Mlle
de Minorque ; que les équipages
de trente Vaisseaux de
guerre avoienresté payées &
congédiées, & les trente Capitaines
mis à la demi paye, aprèsavoiresté payez &
congédiez:que le Comte de
Straford, Pléni potentiaire de
la Reine à Utrecht arriva de
Hollande à Londres avec la
Comtesse, son épouse, qu'il
avoit rendu compte à la Reine
de sesNegoriatoins, particulièrement
en ce qui regarde
les Pays Bas Catoliques, dont
Sa Majesté prétend avoir l'administration
conjointement
avec les Etats Generaux, jusqu'à
ce qu'ils soient remis à
l'Archiduc après laconclusion
de la Paix generale. Que depuis
la démolition d'une partie
des Fortifications de Dankerque
, on a envoyé or dre à
la pluspart des Troupes qui
y estoientd'aller joindre celles
qui font en garnison à
Bruges & à Gand.
On mande de la Haye que
le traité de Paix entre l'Espagne
& cet Etat est fort avancé
qu'on atrend que le courier
envoyé & qui doit arriver
dans peu, pour le conclure.
Que le Marquis de
Chameau- Neuf& les autres
Ministres Etrangers ont souvent
des conferences avec les
Deputez des Etats Generaux;
que le sieur Bruys nommé à
l'Ambassade de France se preparoit
à partir, qu'il n'attendoit
que le retour du sieur
Goslinga son Collsgue, qui
est allé en Frise, d'où il doit
revenir incessamment.
Les Lettres de Cologne du
17.Novembre portent que le
14 le Major de Vesel avoit
passé à Kempen avec trois
cent hommes pour aller à
Liege, recevoir & escorter dix
huit mille fusils & huit mille
paires de pistolets que le Roy
de Prusse y a fait fabriquer.
On mande de Vienne que
les maladies diminuënt de
jour en jour, que l'Archiduc
a fait écrire aux Seigneurs
quis'estoient retirez àlacampagne,
de revenir à Vienne;
que le Regiment de Bareith
quicampoit aux environs de
cette Ville
,
s'estoit mis en
marche pour aller prendre des
quartiers d'hyver en Baviere.
Les Lettres d'Andrinople
du 3. Otlobrc portent que
les Ambassadeurs du Czar
avoient demandé leur Audience
de congé
,
qu'ils avoient
esté envoyez au Reïs
Effendi, ou Chancelier, qui
leur demanda s'ilsn'avoient
reçu aucune réponse de leur
Maistre sur diverses demandes
qu'on leur avoit faites,
entr'autres du payement du
tribut au Kam des Tartares
que les Mofcovitcs avoient
autrefois accoûtumé de luy
payer, & de la cessiond'une
partie de l'Ukraine ; que les
Ambassadeurs Moscovitesavoient
répondu qu'il n'avoient
reçu aucun ordre sur
ce sujet, mais qu'ils s'engageoient
d'envoyer un Courrier
au Czar pour sçavoir sa
resolution ; que sur cette réponse
les Turcsavoienr fait
remener les Ambassadeurs à
Constantinople pour estre dt
nouveau enfermez dans le
Chasteau des Sept- Tours, 6
que le Palatin de Masov
Ambassadeur de Pologne &
l'Envoyé du RoyAuguste
estoient gardez chezeux fort
éttroitement. Ces mêmes Lettre
s portent que le Rcïs Efsends
estoitallé deux fois rendre
visite au Roy de Suede à
Demir Tocca,qu'illuy avoic
offert del'araent & toute forte
*d'assistance de la part du
Sultan. On écrit de Ham-
»
bourg que les Troupes Danoises
qui gardoient les ave.
nuës de certc Ville,s-'estoient
retirées à Octensen ; de sorte
que la communicationest prélentement
libre avec la Ville
d'Alrena; que la marche des
Troupes Prussiennes qui devoient
venir en ces quartiers
a esté diversée : cc quidonne
sujetde croire que les différends
touchant larectitution
des Etats de Holstein-Gortorp
feront bien-tost terminez.
Les Lettres de Coppenhague
portent que le Roy de
DannemarcK estoit fort mécontent
du Traité conclu
pour mettre en sequestre les
Places de Pomeranie,qu'il en
avoit écrit au Czar, qui luy
avoit répondu qu'il ne se féparcroic
jamais de son allian-
«
ce ; & qu'il rcnvoyeroit les
Trupes en cas qu'il en eue
besoin; que la Flotte Danoise
ayant esté informée que
neuf gros Vaisseaux Suédois
paroissoient en mer, avoit
voulu lever l'anchre pour les
aller combattre ; mais qu'elle
en avoit esté empechéc par
les vents contraires qu'un
Bàstiment chargé de vivres
pour la Flotte estoit péri avec
treize hommes par le mauvais
temps.
Celles de Berlin du 8 Novembre
, portent que le Roy
de Prusse dans un Conseil de
Guerre avoir resolu d'envoyer
dans le Holstein pour
faire leBlocus de Tonningen,
une Armés de vingtmille
hommes
,
composée de douze
mille Fantassins, de cinq
mille chevaux & de trois mille
Dragons de ses meilleures
Troupes, commandées par
le Prince d'Anhate Dessau
,
ayant fous luy pour Généreux
de la Cavalerie
,
les Lieutanans
Généraux Gatzmer &
Doifling
, avec les Majors
généraux Hakkeborn, Panncwicz,
Grotte & Sibourg;
& pour Généraux de 1 Infanterie,
les Lieutenans Généraux,
Arnheime, Finch
, avec
les Majors généraux Lilren,
Gestorf,Leben & Cameke;
que le Roy de Prusse estoit
venu à Brandebourg pour
voir passeren revue les Troupes
qui dévoient semettre en
marche le 24.avec trente picces
de Canon.
On écrit de Madrid que
Don Francisco Tinajero a
presenté un Projet pour établir
une fabi ique de Vaisseaux
de guerre à la Havane, dans
l'Isle de Cuba,où en quatre
ansil en fera construit dix de
soixante pieces de Canon chacun
; que ce Projet a eslé approuve
par le Roy, quiaassigné
pour commencercent
quatre-vingt mille piastresde
revenu de la Nouvelle Espagne,
&il a donné la direction
de cette Fabrique à Don Manuel
Lopez Pintado, Commandant
l'Escadre qui doit
estre à present sortie deCadiz
pour bloquer le Port de Barcelone.
Toutes les Lettres de
Catalogne confirment que
Nebot & ses Compagnons
avoient esté emprisonnez à
Barcelone, & que les Volontaires
& les uiquelets écha-
- pez aprés sa défaite,s'estoient
sauvez, partie dans le Château
de Cardonne, & le reste
Ve rsles Frontières d'Arragon,
où un de leur parti avoit
estédéfait par les Troupes
du Roy. On mande de Naples,
qu'on ramassoit plusieursTartanes
&Bastimens
de transport sur lesquelles
doivent estre embarquez
leursRegimens Espagnols,
qui estoient dans cette Ville,
& estre conduits d'abord
à Mansredonia, & de
la tranfportcz sur les Côtes
de l'obéisance de la Maison
d'Autriche.
Les Lettres d'Angleterre
portent pue Mylord Dunmore
a esté fait Colonel du troisiéme
Rrgiment des Gardes
de la Reine ,à la place du
Comte de Lot hian, & le Colonel
Liconier,Gouverneur
du Fort S Philippe dans Mlle
de Minorque ; que les équipages
de trente Vaisseaux de
guerre avoienresté payées &
congédiées, & les trente Capitaines
mis à la demi paye, aprèsavoiresté payez &
congédiez:que le Comte de
Straford, Pléni potentiaire de
la Reine à Utrecht arriva de
Hollande à Londres avec la
Comtesse, son épouse, qu'il
avoit rendu compte à la Reine
de sesNegoriatoins, particulièrement
en ce qui regarde
les Pays Bas Catoliques, dont
Sa Majesté prétend avoir l'administration
conjointement
avec les Etats Generaux, jusqu'à
ce qu'ils soient remis à
l'Archiduc après laconclusion
de la Paix generale. Que depuis
la démolition d'une partie
des Fortifications de Dankerque
, on a envoyé or dre à
la pluspart des Troupes qui
y estoientd'aller joindre celles
qui font en garnison à
Bruges & à Gand.
On mande de la Haye que
le traité de Paix entre l'Espagne
& cet Etat est fort avancé
qu'on atrend que le courier
envoyé & qui doit arriver
dans peu, pour le conclure.
Que le Marquis de
Chameau- Neuf& les autres
Ministres Etrangers ont souvent
des conferences avec les
Deputez des Etats Generaux;
que le sieur Bruys nommé à
l'Ambassade de France se preparoit
à partir, qu'il n'attendoit
que le retour du sieur
Goslinga son Collsgue, qui
est allé en Frise, d'où il doit
revenir incessamment.
Les Lettres de Cologne du
17.Novembre portent que le
14 le Major de Vesel avoit
passé à Kempen avec trois
cent hommes pour aller à
Liege, recevoir & escorter dix
huit mille fusils & huit mille
paires de pistolets que le Roy
de Prusse y a fait fabriquer.
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Résumé : Supplement aux Nouvelles.
Le document présente diverses nouvelles politiques et militaires. À Vienne, les maladies diminuent, permettant à l'archiduc de demander aux seigneurs de revenir en ville. Le régiment de Bareith se prépare à hiverner en Bavière. À Andrinople, les ambassadeurs du tsar ont demandé leur audience de congé et ont été renvoyés à Constantinople après avoir refusé de répondre aux demandes turques concernant le tribut et la cession de l'Ukraine. Le Palatin de Masovie et l'envoyé du roi Auguste sont également détenus. Le Reïs Effendi a rencontré le roi de Suède pour offrir son assistance. À Hambourg, les troupes danoises se sont retirées, permettant la libre communication avec Altona. Les troupes prussiennes destinées à ces quartiers ont changé de direction, suggérant une résolution prochaine des différends sur la restitution des États de Holstein-Gottorp. À Copenhague, le roi de Danemark exprime son mécontentement concernant un traité sur la Pomeranie et en a informé le tsar. La flotte danoise a tenté d'engager des vaisseaux suédois mais a été empêchée par des vents contraires. À Berlin, le roi de Prusse a décidé d'envoyer une armée de vingt mille hommes pour bloquer Tonningen. À Madrid, un projet pour construire des vaisseaux de guerre à La Havane a été approuvé. En Catalogne, Nebot et ses compagnons ont été emprisonnés, et les volontaires dispersés après leur défaite. À Naples, des préparatifs sont en cours pour transporter des régiments espagnols. En Angleterre, Lord Dunmore a été nommé colonel, et des équipages de vaisseaux de guerre ont été congédiés. Le comte de Strafford a rendu compte de ses négociations concernant les Pays-Bas catholiques. À La Haye, le traité de paix entre l'Espagne et les Pays-Bas est en cours de finalisation. À Cologne, un major a escorté des armes fabriquées par le roi de Prusse.
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6
p. 14-108
HISTOIRE.
Début :
Je vous donnai le mois passé, Messieurs, une description / Anna Favella & Julio Alexandro, des meilleures [...]
Mots clefs :
Sérail, Femme, Amour, Navire, Nuit, Maison, Seigneur, Maîtresse, Esclaves, Ami, Mer, Naples, Coeur, Marchand, Ville, Fortune, Constantinople, Malheurs, Traître, Femmes, Pierre, Diamants, Port, Beauté, Amant, Courage, Reconnaissance, Confiance, Tendresse, Horreur, Sultan, Épouse, Royaume de Naples, Amants, Espérance
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
Je vous donnai le mois
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
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Résumé : HISTOIRE.
Anna Favella et Alessandro sont capturés par des corsaires algériens avant leur mariage et conduits à Alger. Mustapha, le chef des corsaires, sépare les deux captifs : Anna est confiée à son épouse Sbayna, tandis qu'Alessandro est réduit en esclavage. Mustapha et Sbayna développent des sentiments pour leurs captifs respectifs. Alessandro persuade Sbayna de l'aider à s'évader en échange de la promesse de l'épouser. Lors d'une tentative d'évasion, Mustapha est tué, mais Alessandro et Sbayna sont recapturés sur l'île de Saint-Pierre. Alessandro obtient sa liberté contre une rançon et découvre qu'Anna a été vendue à un Juif pour le harem du Grand Seigneur à Constantinople. Avec l'aide de Joia, la femme du Juif et chrétienne secrète, Alessandro parvient à communiquer avec Anna. Il tente de la sauver mais est emprisonné. Grâce à un incendie, ils s'évadent et retrouvent Anna sur un navire. Ils atteignent Naples, où Don Fernand décide d'épouser Joia. Les couples se marient et vivent heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 158-160
De Venise, le 4 Décembre.
Début :
Le Czarovitz, autrement le fils aîné de S. M, Cz que l'on [...]
Mots clefs :
Naples, Tsar, Humeur, Déserteurs, Vénitiens, Cavaliers, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise, le 4 Décembre.
De Venife , le 4 Décembre.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
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8
p. 756-758
Diverses Nouvelles Litteraires d'Italie, [titre d'après la table]
Début :
On nous écrit d'Italie du commencement de cette année les nouvelles Litteraires suivantes. [...]
Mots clefs :
Italie, Nouvelles littéraires d'Italie, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Diverses Nouvelles Litteraires d'Italie, [titre d'après la table]
On nous a écrit d'Italie du commencement
de cette année les nouvelles Litteraires
fuivantes.
On vient d'imprimer à Florence pour
la premiere fois Gli Commentari di Filippa
Nerli , qui commencent en 1290, & finiffent
en 1550. On y parle avantageufement
de la Maifon de Médicis ; cependant
en a jugé à propos de mettre Aufbourg
pour le lieu de l'impreffion , & cela , par
ce qu'on trouvoit quelque oppofition de
la part du Tribunal de l'Inquifition pour
la publication de cet Ouvrage.
que
Le Duc Marchefi vient de faire imprimer
à Naples dix Tragédies faintes , dont
il eft l'Auteur , & qu'il dédie à S. M. I.
elles roulent toutes fur les perfecutions
les Chrétiens eurent à fouffrir fous
les Empereurs Romains ; elles font écrites
en Vers , & compofent deux Volumes
in 4. avec des Vignetes au Frontifpice, &
à la tête de chaque Tragédie , gravées
fur les deffeins du fameux Solimene , Peintre
Napolitain ; les Choeurs de ces Tragédies
font en Mufique , & notés exactement
, de la façon des meilleurs Maîtres
d'Italie ; ce qui rend cet Quvrage un peų
cher. Matteo
AVRIL 1730. 757
#
Matteo Egizio , Sçavant de Naples , qui
s'eft acquis déja quelque reputation , vient
de donner au Public une Differtation fur
les Baccanales , à l'occafion d'un marbre
antique , orné d'un bas-relief , découvert.
dans le Royaume de Naples , & qui fe
voit actuellement à Vienne dans le Cabinet
de l'Empereur. On affure que cet Ouvrage
, quoique peu étendu , renferme
toute l'érudition & toutes les recherches
dont pareille matiere eft ſuſceptible.
Le celebre M. Fontanini , Archevêque
d'Ancyre , vient de publier une petite
Differtation au fujet de S. Pierre Orfeolus
premier Duc ou Doge de Venife , qui fe
fit enfuite Moine ; il y prouve fa Canonifation
& l'ancienneté de fon culte ; c'eſt
dans la vue d'engager la Congrégation
des Rites à en ordonner l'Office .
Le même M. Fontanini donnera dans
peu une nouvelle Edition fort augmentée
de fon Ouvrage fur l'éloquence Italienne.
. M. Argelati a enfin achevé fa nouvelle,
Edition de Mezzabarba fur les Médailles
Imperiales . Latines , avec des Notes & des
Additions; il fe prépare à donner tous les
Ouvrages de Sigonius. M. Muratori doit
les enrichir de Notes fçavantes , & y ajoûter
la Vie de l'Auteur . Mrs Biacca &
Echard donneront auffi leurs Remarques
&
758 MERCURE DE FRANCE
& des Differtations fur les matieres d'Antiquité
qui ont du rapport à cet Ouvrage.
M. Vignoli va fe mettre en état de donner
bientôt le fecond Tome d'Anaſtaſe le
Bibliothecaire.
de cette année les nouvelles Litteraires
fuivantes.
On vient d'imprimer à Florence pour
la premiere fois Gli Commentari di Filippa
Nerli , qui commencent en 1290, & finiffent
en 1550. On y parle avantageufement
de la Maifon de Médicis ; cependant
en a jugé à propos de mettre Aufbourg
pour le lieu de l'impreffion , & cela , par
ce qu'on trouvoit quelque oppofition de
la part du Tribunal de l'Inquifition pour
la publication de cet Ouvrage.
que
Le Duc Marchefi vient de faire imprimer
à Naples dix Tragédies faintes , dont
il eft l'Auteur , & qu'il dédie à S. M. I.
elles roulent toutes fur les perfecutions
les Chrétiens eurent à fouffrir fous
les Empereurs Romains ; elles font écrites
en Vers , & compofent deux Volumes
in 4. avec des Vignetes au Frontifpice, &
à la tête de chaque Tragédie , gravées
fur les deffeins du fameux Solimene , Peintre
Napolitain ; les Choeurs de ces Tragédies
font en Mufique , & notés exactement
, de la façon des meilleurs Maîtres
d'Italie ; ce qui rend cet Quvrage un peų
cher. Matteo
AVRIL 1730. 757
#
Matteo Egizio , Sçavant de Naples , qui
s'eft acquis déja quelque reputation , vient
de donner au Public une Differtation fur
les Baccanales , à l'occafion d'un marbre
antique , orné d'un bas-relief , découvert.
dans le Royaume de Naples , & qui fe
voit actuellement à Vienne dans le Cabinet
de l'Empereur. On affure que cet Ouvrage
, quoique peu étendu , renferme
toute l'érudition & toutes les recherches
dont pareille matiere eft ſuſceptible.
Le celebre M. Fontanini , Archevêque
d'Ancyre , vient de publier une petite
Differtation au fujet de S. Pierre Orfeolus
premier Duc ou Doge de Venife , qui fe
fit enfuite Moine ; il y prouve fa Canonifation
& l'ancienneté de fon culte ; c'eſt
dans la vue d'engager la Congrégation
des Rites à en ordonner l'Office .
Le même M. Fontanini donnera dans
peu une nouvelle Edition fort augmentée
de fon Ouvrage fur l'éloquence Italienne.
. M. Argelati a enfin achevé fa nouvelle,
Edition de Mezzabarba fur les Médailles
Imperiales . Latines , avec des Notes & des
Additions; il fe prépare à donner tous les
Ouvrages de Sigonius. M. Muratori doit
les enrichir de Notes fçavantes , & y ajoûter
la Vie de l'Auteur . Mrs Biacca &
Echard donneront auffi leurs Remarques
&
758 MERCURE DE FRANCE
& des Differtations fur les matieres d'Antiquité
qui ont du rapport à cet Ouvrage.
M. Vignoli va fe mettre en état de donner
bientôt le fecond Tome d'Anaſtaſe le
Bibliothecaire.
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Résumé : Diverses Nouvelles Litteraires d'Italie, [titre d'après la table]
En début d'année 1730, plusieurs publications littéraires ont marqué l'Italie. À Florence, les 'Commentari di Filippa Nerli', couvrant la période de 1290 à 1550 et favorables à la maison Médicis, ont été imprimés pour la première fois à Augsbourg en raison des oppositions du Tribunal de l'Inquisition. Le Duc de Modène a fait imprimer à Naples dix tragédies dédiées à Sa Majesté Impériale, illustrées par des gravures de Solimena et accompagnées de chœurs notés en musique. Matteo Egizio, un savant napolitain, a publié une dissertation sur les Bacchanales suite à la découverte d'un marbre antique à Vienne. L'archevêque d'Ancyre, M. Fontanini, a publié une dissertation sur Saint Pierre Orseolo et prépare une nouvelle édition de son ouvrage sur l'éloquence italienne. M. Argelati a achevé une nouvelle édition des 'Médailles impériales latines' de Mezzabarba et se prépare à publier les œuvres de Sigonius, enrichies de notes par M. Muratori. Enfin, M. Vignoli travaille sur le second tome d'Anastase le Bibliothécaire.
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9
p. 813-818
ITALIE.
Début :
Le 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre, eurent le P. Gaspard Lérati, de la Congrégation [...]
Mots clefs :
Cardinal, Cardinaux, République, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre ;.
Laurent le 1. Gafpard Lérati , de la Congré
gation
814 MERCURE DE FRANCE
gation des Prêtres de l'Oratoire de S. Philippe
de Néri , pour être Confeffeur du Conclave. Et
le 28 on tira au fort les Cellules du Conclave.
Le 2 de Mars , les mêmes Cardinaux , Chefs
d'Ordres , tinrent la neuviéme Congrégation ,
dans laquelle ils reçurent , au nom du facré Col
lége , les complimens de condoléance des Ambaffadeurs
de la République de Veniſe & de la
Religion de Malte , du Miniftre du Roy de Sardaigne
, & de l'Ambaffadeur de la Ville de Bologne.
Les Mars , après la Meffe , que le Cardinal
Barberin célebra dans l'Eglife de S. Pierre , & le
Sermon de l'Abbé Lanfredini , fur l'Election du
Pape ; le même Cardinal François . Barberin
-Sous- Doyen , Romain , entra dans le Conclave
avec les Cardinaux Pierre Ottoboni , ~)Venitien .
Antoine- Felix Zondodary , Sienois . Pierre -Marcellin
Corradini , de Sezza. Curce Orighi , Romain.
Louis Belluga , Efpagnol . Bernard-Marie
Conti , Romain . Vincent Petra , Napolitain.
Laurent & Jean- Baptifte Altiery, Romains. Les
Cardinaux Profper Marefoſchi , de Macerata . -
Ange - Marie Querini , Venitien . Leandre Porzia.
du Frioul. Pierre-Louis Caraffa , Napolitain . -
Camille Cibo , de Maffa -Carrara . Nicolas -Marie
Lercari , Genois. Vincent Ferreri , Piemontois
, & François Borghefe , Romain . Les Cardinaux
Melchior de Polignac , chargé des affaires
du Roy de France , François . Antoine Banchieri,
de Siftoye. Alexandre Falconieri , Romain.
Charles Colonne, Romain . Annibal & Alexandre
Albani , de Pefaro. François-Antoine Fini , Napolitain
de Minerino. Charles Colligola , de Spolete.
Jofeph- René Imperiali , Genois , Chef des
Prêtres . Vincent-Louis Gotti ; Bolonois. Alamanno
Salviati , Florentin , & Laurent Corfini,
Florentins
AVRIL. 1730. 815
Florentin , y entrerent l'après midi , vers les
quatre heures le Sacré college y reçut les vifites
des Miniftres Etrangers , des Princes Romains &
de la principale Nobleffe.
Le Cardinal de Sainte- Agnez entra au Conclave
le 8. au matin , avec le Cardinal Charles-
Marini , Genois . Le Cardinal Joſeph Accoramboni
, de Spolete , y entra le même jour au foir,
& le Cardinal Fabio Olivieri , de Pefaro le 9. au
matin. Corneille Bentivoglio , Ferrarois , chargé
des affaires du Roy d'Efpagne , le 12. au foir.
Jean-Antoine Davia , Boulonnois. Jules Alberoni
, de Plaifance. Louis Pie de la Mirandole ,
Milanois. Nicolas Del Gindice , Napolitain. Le
17. au foir , Thomas Ruffo , auffi Napolitain ,.
le 30. ainfi que Jacques Buon- Compagnie , Boulonnois.
Le 31. Henri de Thiard de Biffy,François
, & Philippe- Louis Zinzenderf, Allemand.
Le 1. Avril , Sigifmond Collonitz , auffi Alle--
mand. Le Nicolas Cofcia , de Benevent .
Le 13. Mars , le Sacré College reçût une Let--
tre du Cardinal Cofcia , par laquelle il promerde
venir au Conclave auffi - tôt qu'on lui aura
fait rendre fa Bibliotheque , fes Meubles & fa
Vaiffelle d'argent , qu'on a enlevés du Palaisdu
Marquis Abbati , pour les porter au Château
Saint-Ange. Il reprefente en même-temps qu'on
n'a pu proceder contre lui , pendant le Siége
vacant, fans donner atteinte aux Bulles des Papes
Clement V. & S. Pie V. Les Cardinaux Otthoboni
, Zondodari & Colonne lui firent réponfe
au nom du Sacré College , que s'il fe déterminoit
à venir au Conclave on lui feroit rendre
Tout ce qui lui feroit neceffaire pour foûtenir fa
dignité. On a appris depuis que le Cardinal Cof--
cia étoit arrivé à Rome le 28. au foir , dans le
Caroffe du Prince de Caferte . chez lequel il alla
defcendre.
›
On
$ 16 MERCURE DE FRANCE
On a appris auffi que le 26. Mars , les Cardi
naux Barberin, Spinola & Colligola qui étoient
Chef- d'Ordre ce jour- là , reçurent un Mémoire
de la part des habitans de la Ville de Benevent.
Is le communiquerent le même jour au Sacré
Collége , qui nomma M. Bondelmonti, Gouverneur
d'Afcoli , pour Visiteur Apoftoliqué de ce
Diocéfe , à la place du Grand Vicaire que le
Cardinal Cofcia avoit nommé , & que le Chapitre
de Benevent a refufé de reconnoître. Le Cardinal
Cofcia ayant fait des proteftations contre
cette nomination & menacé d'excommunier le
nouveau Vifiteur Apoftolique : le Sacré College
a changé de réfolution pour ne pas compromettre
fon autorité , & il s'eft contenté de faire au
Mémoire des Beneventins , une réponſe par laquelle
ils renvoyent la décifion de cette affaire au
Pape qui fera élu.
On publia à Naples le 7. du mois dernier, une
nouvelle Ordonnance de l'Empereur , par laquelle
S. M. I. exige à titre d'emprunt , une année
entiere du revenu des Fiefs que les Etrangers pof--
fedent dans le Royaume de Naples : le cinquiénte
denier du prix des Terres donnés pár S. M. I.
à titre de récompenfe ; le Cheval monté de tous
les Barons pour chaque Fief, relevant de la Coùronne
, ou 80 Ducats par Fief.
Les maladies de Poitrine , Fluxions & Catha
res, dont on a été attaqué pendant l'Hyver ,dans
prefque toute l'Italie, & qui ont emporté bien du
monde , fe font communiquées à Naples , en
forte qu'il y a eu un tres- grand nombre de malades
, tant dans les Maifons particulieres , que
dans les Communautez ; ce qui comprend la
plus grande partie des habitans . Le Cardinal ,
Archevêque de cette Ville , fit commencer le 13 .
Mars, des Prieres publiques dans l'Eglife Métropolitaine
"
AVRIL. 1730. 817
tropolitaine , pour en demander à Dieu la ceffation.
Vers le 20. du mois dernier , le Mont-Vefuve
commença à jetter une grande quantité de flammes
& de matieres bitumineufes embrafées , qui
couvrirent une Plaine de quatre milles d'éten
duë , du côté de la Terre d'Ottoiano , dont les
Vignes & les Maiſons ont été embraſées ou ren
verfées , & tous les habitans des Bourgs & Vilages
qui font aux environs de cette Montagne ,
' ont été obligez d'abandonner leurs demeures &
de fe retirer beaucoup plus loin . ..
On mande auffi de Naples que les Fiévres
malignes ont fuccedé aux maladies de poitrine ,
& que beaucoup de gens en meurent.
On mande de Genes , que le nombre des Mécontens
de l'Ile de Corfe avoit augménté jufqu'à
22000 hommes , prefque tous armez , & la
plupart Bandits & Montagnards ; qu'ils avoient
pillé & brûlé tous les environs de Baftia , qu'ils
avoient tenté de furprendre cette Place , de devant
laquelle ils ne s'étoient retirez que parce
que l'Evêque d'Aléria avoit promis d'écrire à
Génes en leur faveur , & de faire tous fes efforts
pour obtenir de la République une diminution
des Impofitions qu'on léve fur eux.
On a appris enfuite que les Corfes s'étoient
retirez de Baftia , après l'avoir pillé , que l'Evêque
d'Aléria leur avoit fait promettre de rentrer
dans leur devoir , auffi -tôt que la République de
Genes auroit diminué les Impofitions & le prix
du Sel ; que M. Venerofo ; chargé des pouvoirs
de la Républiqué , les avoit affurez qu'on les fatisferoit
aufli -tôt qu'ils fe feroient retirez chez
eux ; & qu'on efperois que la tranquillité feroit
bien-tôt rétablie dans cette Ifle. Et les Lettres de
Genes portent que le Podeſtard de la Nation
Corfe
818 MERCURE DE FRANCE
Corfe avoit eu le 31. du mois dernier une audience
publique du Grand Confeil , auquel il fit
un long Difcours pour défavoüer la Rebellion
des Bandits de l'Ile de Corfe , qui ont pillé la
Ville de Baftia. Il affura la République de la fidelité
des habitans de cette Ile ; la priant de ne
les pas confondre avec les Montagnars.
On mande de Venife que M.Louis Mocenigo
en partit au commencement du mois dernier
pour la Cour de France , où il va relever le
Chevalier J. B. Canale , Ambaffadeur de cette
République
E 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre ;.
Laurent le 1. Gafpard Lérati , de la Congré
gation
814 MERCURE DE FRANCE
gation des Prêtres de l'Oratoire de S. Philippe
de Néri , pour être Confeffeur du Conclave. Et
le 28 on tira au fort les Cellules du Conclave.
Le 2 de Mars , les mêmes Cardinaux , Chefs
d'Ordres , tinrent la neuviéme Congrégation ,
dans laquelle ils reçurent , au nom du facré Col
lége , les complimens de condoléance des Ambaffadeurs
de la République de Veniſe & de la
Religion de Malte , du Miniftre du Roy de Sardaigne
, & de l'Ambaffadeur de la Ville de Bologne.
Les Mars , après la Meffe , que le Cardinal
Barberin célebra dans l'Eglife de S. Pierre , & le
Sermon de l'Abbé Lanfredini , fur l'Election du
Pape ; le même Cardinal François . Barberin
-Sous- Doyen , Romain , entra dans le Conclave
avec les Cardinaux Pierre Ottoboni , ~)Venitien .
Antoine- Felix Zondodary , Sienois . Pierre -Marcellin
Corradini , de Sezza. Curce Orighi , Romain.
Louis Belluga , Efpagnol . Bernard-Marie
Conti , Romain . Vincent Petra , Napolitain.
Laurent & Jean- Baptifte Altiery, Romains. Les
Cardinaux Profper Marefoſchi , de Macerata . -
Ange - Marie Querini , Venitien . Leandre Porzia.
du Frioul. Pierre-Louis Caraffa , Napolitain . -
Camille Cibo , de Maffa -Carrara . Nicolas -Marie
Lercari , Genois. Vincent Ferreri , Piemontois
, & François Borghefe , Romain . Les Cardinaux
Melchior de Polignac , chargé des affaires
du Roy de France , François . Antoine Banchieri,
de Siftoye. Alexandre Falconieri , Romain.
Charles Colonne, Romain . Annibal & Alexandre
Albani , de Pefaro. François-Antoine Fini , Napolitain
de Minerino. Charles Colligola , de Spolete.
Jofeph- René Imperiali , Genois , Chef des
Prêtres . Vincent-Louis Gotti ; Bolonois. Alamanno
Salviati , Florentin , & Laurent Corfini,
Florentins
AVRIL. 1730. 815
Florentin , y entrerent l'après midi , vers les
quatre heures le Sacré college y reçut les vifites
des Miniftres Etrangers , des Princes Romains &
de la principale Nobleffe.
Le Cardinal de Sainte- Agnez entra au Conclave
le 8. au matin , avec le Cardinal Charles-
Marini , Genois . Le Cardinal Joſeph Accoramboni
, de Spolete , y entra le même jour au foir,
& le Cardinal Fabio Olivieri , de Pefaro le 9. au
matin. Corneille Bentivoglio , Ferrarois , chargé
des affaires du Roy d'Efpagne , le 12. au foir.
Jean-Antoine Davia , Boulonnois. Jules Alberoni
, de Plaifance. Louis Pie de la Mirandole ,
Milanois. Nicolas Del Gindice , Napolitain. Le
17. au foir , Thomas Ruffo , auffi Napolitain ,.
le 30. ainfi que Jacques Buon- Compagnie , Boulonnois.
Le 31. Henri de Thiard de Biffy,François
, & Philippe- Louis Zinzenderf, Allemand.
Le 1. Avril , Sigifmond Collonitz , auffi Alle--
mand. Le Nicolas Cofcia , de Benevent .
Le 13. Mars , le Sacré College reçût une Let--
tre du Cardinal Cofcia , par laquelle il promerde
venir au Conclave auffi - tôt qu'on lui aura
fait rendre fa Bibliotheque , fes Meubles & fa
Vaiffelle d'argent , qu'on a enlevés du Palaisdu
Marquis Abbati , pour les porter au Château
Saint-Ange. Il reprefente en même-temps qu'on
n'a pu proceder contre lui , pendant le Siége
vacant, fans donner atteinte aux Bulles des Papes
Clement V. & S. Pie V. Les Cardinaux Otthoboni
, Zondodari & Colonne lui firent réponfe
au nom du Sacré College , que s'il fe déterminoit
à venir au Conclave on lui feroit rendre
Tout ce qui lui feroit neceffaire pour foûtenir fa
dignité. On a appris depuis que le Cardinal Cof--
cia étoit arrivé à Rome le 28. au foir , dans le
Caroffe du Prince de Caferte . chez lequel il alla
defcendre.
›
On
$ 16 MERCURE DE FRANCE
On a appris auffi que le 26. Mars , les Cardi
naux Barberin, Spinola & Colligola qui étoient
Chef- d'Ordre ce jour- là , reçurent un Mémoire
de la part des habitans de la Ville de Benevent.
Is le communiquerent le même jour au Sacré
Collége , qui nomma M. Bondelmonti, Gouverneur
d'Afcoli , pour Visiteur Apoftoliqué de ce
Diocéfe , à la place du Grand Vicaire que le
Cardinal Cofcia avoit nommé , & que le Chapitre
de Benevent a refufé de reconnoître. Le Cardinal
Cofcia ayant fait des proteftations contre
cette nomination & menacé d'excommunier le
nouveau Vifiteur Apoftolique : le Sacré College
a changé de réfolution pour ne pas compromettre
fon autorité , & il s'eft contenté de faire au
Mémoire des Beneventins , une réponſe par laquelle
ils renvoyent la décifion de cette affaire au
Pape qui fera élu.
On publia à Naples le 7. du mois dernier, une
nouvelle Ordonnance de l'Empereur , par laquelle
S. M. I. exige à titre d'emprunt , une année
entiere du revenu des Fiefs que les Etrangers pof--
fedent dans le Royaume de Naples : le cinquiénte
denier du prix des Terres donnés pár S. M. I.
à titre de récompenfe ; le Cheval monté de tous
les Barons pour chaque Fief, relevant de la Coùronne
, ou 80 Ducats par Fief.
Les maladies de Poitrine , Fluxions & Catha
res, dont on a été attaqué pendant l'Hyver ,dans
prefque toute l'Italie, & qui ont emporté bien du
monde , fe font communiquées à Naples , en
forte qu'il y a eu un tres- grand nombre de malades
, tant dans les Maifons particulieres , que
dans les Communautez ; ce qui comprend la
plus grande partie des habitans . Le Cardinal ,
Archevêque de cette Ville , fit commencer le 13 .
Mars, des Prieres publiques dans l'Eglife Métropolitaine
"
AVRIL. 1730. 817
tropolitaine , pour en demander à Dieu la ceffation.
Vers le 20. du mois dernier , le Mont-Vefuve
commença à jetter une grande quantité de flammes
& de matieres bitumineufes embrafées , qui
couvrirent une Plaine de quatre milles d'éten
duë , du côté de la Terre d'Ottoiano , dont les
Vignes & les Maiſons ont été embraſées ou ren
verfées , & tous les habitans des Bourgs & Vilages
qui font aux environs de cette Montagne ,
' ont été obligez d'abandonner leurs demeures &
de fe retirer beaucoup plus loin . ..
On mande auffi de Naples que les Fiévres
malignes ont fuccedé aux maladies de poitrine ,
& que beaucoup de gens en meurent.
On mande de Genes , que le nombre des Mécontens
de l'Ile de Corfe avoit augménté jufqu'à
22000 hommes , prefque tous armez , & la
plupart Bandits & Montagnards ; qu'ils avoient
pillé & brûlé tous les environs de Baftia , qu'ils
avoient tenté de furprendre cette Place , de devant
laquelle ils ne s'étoient retirez que parce
que l'Evêque d'Aléria avoit promis d'écrire à
Génes en leur faveur , & de faire tous fes efforts
pour obtenir de la République une diminution
des Impofitions qu'on léve fur eux.
On a appris enfuite que les Corfes s'étoient
retirez de Baftia , après l'avoir pillé , que l'Evêque
d'Aléria leur avoit fait promettre de rentrer
dans leur devoir , auffi -tôt que la République de
Genes auroit diminué les Impofitions & le prix
du Sel ; que M. Venerofo ; chargé des pouvoirs
de la Républiqué , les avoit affurez qu'on les fatisferoit
aufli -tôt qu'ils fe feroient retirez chez
eux ; & qu'on efperois que la tranquillité feroit
bien-tôt rétablie dans cette Ifle. Et les Lettres de
Genes portent que le Podeſtard de la Nation
Corfe
818 MERCURE DE FRANCE
Corfe avoit eu le 31. du mois dernier une audience
publique du Grand Confeil , auquel il fit
un long Difcours pour défavoüer la Rebellion
des Bandits de l'Ile de Corfe , qui ont pillé la
Ville de Baftia. Il affura la République de la fidelité
des habitans de cette Ile ; la priant de ne
les pas confondre avec les Montagnars.
On mande de Venife que M.Louis Mocenigo
en partit au commencement du mois dernier
pour la Cour de France , où il va relever le
Chevalier J. B. Canale , Ambaffadeur de cette
République
Fermer
Résumé : ITALIE.
En février 1730, les cardinaux chefs d'ordre, dont Laurent Lérati de la Congrégation des Prêtres de l'Oratoire de Saint Philippe Néri, furent désignés comme confesseurs du conclave. Le 28 février, les cellules du conclave furent tirées au sort. Le 3 mars, après la messe célébrée par le cardinal Barberini et le sermon de l'abbé Lanfredini sur l'élection du pape, plusieurs cardinaux, dont François Barberini, Pierre Ottoboni, Antoine-Félix Zondodari et Pierre-Marcellin Corradini, entrèrent dans le conclave. Le 13 mars, le cardinal Coscia demanda la restitution de sa bibliothèque, de ses meubles et de sa vaisselle d'argent, enlevés du palais du marquis Abbati. Le Sacré Collège lui répondit qu'il lui rendrait tout ce qui lui était nécessaire pour maintenir sa dignité. Le 26 mars, les cardinaux Barberini, Spinola et Colligola reçurent un mémoire des habitants de la ville de Benevent, qui fut communiqué au Sacré Collège. Ce dernier nomma M. Bondelmonti comme visiteur apostolique du diocèse de Benevent, à la place du grand vicaire nommé par le cardinal Coscia. Le cardinal Coscia protesta contre cette nomination et menaça d'excommunier le nouveau visiteur apostolique. Le Sacré Collège décida de renvoyer la décision de cette affaire au pape élu. À Naples, une ordonnance de l'empereur exigea une année entière du revenu des fiefs possédés par des étrangers, le cinquantième denier du prix des terres données par l'empereur, et un cheval monté ou 80 ducats par fief relevant de la couronne. Des maladies de poitrine, fluxions et catarrhes sévirent en Italie, entraînant un grand nombre de malades et de décès. Le cardinal archevêque de Naples fit commencer des prières publiques pour demander la cessation de ces maladies. Vers le 20 mars, le mont Vésuve entra en éruption, jetant des flammes et des matières bitumineuses qui embrasèrent et renversèrent des vignes et des maisons. Les habitants des environs durent abandonner leurs demeures. À Gênes, le nombre de mécontents sur l'île de Corse augmenta, atteignant 22 000 hommes, principalement des bandits et des montagnards. Ils pillèrent et brûlèrent les environs de Bastia avant de se retirer après une promesse de l'évêque d'Aléria d'intercéder en leur faveur auprès de la République de Gênes. À Venise, Louis Mocenigo partit pour la cour de France afin de relever le chevalier J. B. Canale en tant qu'ambassadeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 1223-1226
ITALIE.
Début :
Le Sacré College désirant de faire cesser les differends du Saint Siege avec la Cour de [...]
Mots clefs :
Italie, Naples, Tremblement de terre, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En mai 1730, plusieurs événements marquants se sont produits en Italie. Le Sacré Collège a sollicité l'intervention du nonce en Espagne, M. Aldobrandini, auprès du roi du Portugal pour permettre à certains cardinaux, dont le Cardinal de Motta, de se rendre à Rome afin de résoudre des conflits. Les biens du Cardinal Coscia lui ont été restitués, à l'exception de sa bibliothèque et de ses papiers, qui sont examinés par le Sacré Collège. Le 12 mai, un violent tremblement de terre a frappé Rome, causant des dégâts à Tivoli et détruisant presque toutes les maisons de Norcia, où plusieurs personnes ont été ensevelies. Un autre séisme, le 2 mai, a ouvert une montagne près de Chiapessa, engloutissant plus de 30 maisons. Un précédent tremblement de terre, le 12 du mois précédent, avait déjà causé des dommages importants dans plusieurs villes, notamment Norcia, où 400 personnes ont été déterrées, mortes ou blessées. Des secours, incluant des aumônes et des médecins, ont été envoyés à Norcia. À Rome, un religieux a été arrêté pour avoir prédit la destruction de la ville par un tremblement de terre. Les cardinaux ont ordonné des prières publiques pour demander des lumières pour l'élection du pape. Des préparatifs ont été faits pour le conclave, et des cardinaux ont été convoqués pour augmenter le nombre de ceux favorables à l'empereur. Le Cardinal Innico Caraccioli a rejoint le conclave, où 54 cardinaux sont présents. D'autres événements notables incluent la découverte du tombeau de Lucius, roi de Sardaigne, à Boulogne, l'arrivée de troupes impériales dans la Marche d'Ancône, un Te Deum à Naples pour commémorer un incendie évité, et des troubles à l'île de Corfou où des rebelles refusent de se soumettre à la République. Le Comte de Wallis doit partir pour la Sicile afin de commander les troupes de l'empereur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 397-382
ITALIE.
Début :
Le 9. Janvier, on publia à Rome un Decret du Pape, par lequel il est defendu aux Ecclesiastiques [...]
Mots clefs :
Rome, Décret, Naples, Parme, Florence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 9. Janvier , on publia à Rome un Decret
du Pape , par lequel il est deffendu aux Ecclesiastiques
habitués des cinq Eglises Basilicales
de cette Ville d'y entrer autrement qu'en soutane.
Vers le soir , quelques prisonniers des prisons
secrettes ayant mis le feu aux portes de leurs .
cachots , dans l'esperance de se sauver , ils furent
tous étoufés par la fumée.
M. Firrao , ci - devant Nonce en Portugal , quis
a été nommé à l'Evêché d'Aversa , ne se rendra
pas dans son Diocèse aussi -tôt qu'on le croyoit ,
parceque le Pape qui prend beaucoup de confiance
en lui , veut le retenir auprès de sa personne .
du
Le Cardinal Fini a reçû ordre de la part
Cardinal Secretaire d'Etat de ne plus se trouver à
la Congrégation du S. Office , et le Pape a approuvé
la résolution que le Cardinal Coscia a
prise de ne plus assister à la même Congrégation
et à celles de l'Immunité et d'Avignon .
Sur la fin du mois dernier , on publia à Rome:
une Constitution du Pape , portant confirmation :
de la Bulle que le Pape Paul IV . donna en 1555%
par laquelle le plus ancien Cardinal Evêque qui
se trouve en cette Ville a droit de faire les fons-
H vj tions
380 MERCURE DE FRANCE
. tions de Doyen du Sacré College , lorsque le
Décanat est vacant , ou que le Doyen du Sacré
College est absent . La même Constitution regle
aussi les prérogatives des autres Cardinaux de
l'ordre des Evêques.
La Princesse Clementine Sobieska a fait venir :
de Flandres douze Religieuses de l'Observance
de la Regle de Sainte Ursule , pour reformer le
Monastere des Ursulines de Rome.
Le 19. du mois dernier , le Cardinal de Poli
gnac fit représenter dans son Palais une Comédie
, à laquelle il avoit fait inviter la principale
noblesse de Rome.
•
Le 20. on fit dans l'Eglise de Sainte Agnez ,
hors des murs , la benediction des deux Agneaux,
dont la laine remise entre les mains du Pape par
le Chapitre de S. Jean de Latran , doit servir à
fabriquer l'étoffe dont on fait les Pallium , que
S. S. donne aux Archevêques et à quelques Evêques
..
On écrit de Naples que le Duc de Monteleon,
Pignatelli ayant fait représenter dans son Palais
une Créche magnifique , autour de laquelle il
avoit fait placer des Joueurs d'instrumens habil
lez en Bergers. Il donna le 3 de Janvier un Concert
magnifique , auquel le Viceroy , la Comtesse
d'Arrach , son Epouse , leurs enfans , et la
principale Noblesse furent invitez , Après le Con
cert il y eut un Bal , qui fut ouvert par la fille
du Comte d'Harrach , et continué par la Duchesse
de Monteleon , er par seize autres Dames :
on y servit toutes sortes de rafraîchissemens , er
le Palais fut illuminé pendant toute la nuit.
Le 4 de ce mois , après midy , le Colonel
Comte de Lineville , Lorrain , envoya chez le
Duc de Monteleon le Colonel Comte de Sinzendorf,
qu'il avoit choisi pour son second , avec
un
FEVRIER . 1731. 381
in Cartel , par lequel il demandoit raison à ce
Duc de ce que la Marquise Viteleschi n'avoit pas
été invitée à la Fête dont on a parlé , le Duc
repondit qu'il étoit prêt de combattre dans la
Place de sainte Marie des Anges , au Bourg de
S. Antoine , et qu'il choisissoit le Colone! Papalardo
, Napolitain , pour son second . L'heure du
combat avoit été marquée au lendemain ; mais
le soir le Comte d'Harrach envoya ordre au
Duc de Monteleon , et à toute sa famille , de ne
point sortir de son Palais , et toute la Noblesse
qui prend part à cette querelle , travaille à un
accommodement , lequel a été fait le 15 , à ce
qu'on a appris depuis , par l'entremise des amis
communs qui ont obligé le Duc de Monteleon-
Pignatelli et le Comte de Lineville de donner
leur parole d'honneur d'oublier le passé .
On a appris de Parme que le surlendemain de
la mort du Duc , le Comte Stampe y arriva de
Milan , et depuis le Comte de Thaun a fait entrer
dans cette Ville quelques- uns dès Regimens
d'Infanterie qui étoient en quartier dans les environs
de cet . Etat.
?
Les Lettres de Genes portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , qu'on croyoit être rentrez
dans leur devoir , étoient venus le 26 Decembre
dernier près de Bastia au nombre de 22000
hommes , dans le dessein de s'emparer du Bourg
de Terra - Vecchia , que l'Evêque de Bastia étant
allé les trouver , les avoit déterminez à se retirer
, en leur promettant d'obtenir le pardon de
quelques-uns de ces Rebelles qu'on tenoit prisonniers
, et dont il fit rendre sur le champ un
certain nombre en échange d'un Officier Genois
et de quelques soldats qui avoient été surpris
dans un poste éloigné de la Ville.
On écrit de Florence , que le s. Janvier , à la
suite
382 MERCURE DE FRANCE
1
suite d'une tempête effroyable , on ressentit
Sienne une violente secousse de tremblement de
terre , qui cependant n'a causé aucun dommage
considerable.
On arrêta au commencement du mois dernier
à Livourne , un Particulier qui donnoit retraite à
quatre voleurs , lesquels depuis deux ans voloient
sur les grands chemins de la Toscane et du Milanez
, en habits de Chasseurs , ayant toujours
sept ou huit chiens et des chevaux avec eux.
E 9. Janvier , on publia à Rome un Decret
du Pape , par lequel il est deffendu aux Ecclesiastiques
habitués des cinq Eglises Basilicales
de cette Ville d'y entrer autrement qu'en soutane.
Vers le soir , quelques prisonniers des prisons
secrettes ayant mis le feu aux portes de leurs .
cachots , dans l'esperance de se sauver , ils furent
tous étoufés par la fumée.
M. Firrao , ci - devant Nonce en Portugal , quis
a été nommé à l'Evêché d'Aversa , ne se rendra
pas dans son Diocèse aussi -tôt qu'on le croyoit ,
parceque le Pape qui prend beaucoup de confiance
en lui , veut le retenir auprès de sa personne .
du
Le Cardinal Fini a reçû ordre de la part
Cardinal Secretaire d'Etat de ne plus se trouver à
la Congrégation du S. Office , et le Pape a approuvé
la résolution que le Cardinal Coscia a
prise de ne plus assister à la même Congrégation
et à celles de l'Immunité et d'Avignon .
Sur la fin du mois dernier , on publia à Rome:
une Constitution du Pape , portant confirmation :
de la Bulle que le Pape Paul IV . donna en 1555%
par laquelle le plus ancien Cardinal Evêque qui
se trouve en cette Ville a droit de faire les fons-
H vj tions
380 MERCURE DE FRANCE
. tions de Doyen du Sacré College , lorsque le
Décanat est vacant , ou que le Doyen du Sacré
College est absent . La même Constitution regle
aussi les prérogatives des autres Cardinaux de
l'ordre des Evêques.
La Princesse Clementine Sobieska a fait venir :
de Flandres douze Religieuses de l'Observance
de la Regle de Sainte Ursule , pour reformer le
Monastere des Ursulines de Rome.
Le 19. du mois dernier , le Cardinal de Poli
gnac fit représenter dans son Palais une Comédie
, à laquelle il avoit fait inviter la principale
noblesse de Rome.
•
Le 20. on fit dans l'Eglise de Sainte Agnez ,
hors des murs , la benediction des deux Agneaux,
dont la laine remise entre les mains du Pape par
le Chapitre de S. Jean de Latran , doit servir à
fabriquer l'étoffe dont on fait les Pallium , que
S. S. donne aux Archevêques et à quelques Evêques
..
On écrit de Naples que le Duc de Monteleon,
Pignatelli ayant fait représenter dans son Palais
une Créche magnifique , autour de laquelle il
avoit fait placer des Joueurs d'instrumens habil
lez en Bergers. Il donna le 3 de Janvier un Concert
magnifique , auquel le Viceroy , la Comtesse
d'Arrach , son Epouse , leurs enfans , et la
principale Noblesse furent invitez , Après le Con
cert il y eut un Bal , qui fut ouvert par la fille
du Comte d'Harrach , et continué par la Duchesse
de Monteleon , er par seize autres Dames :
on y servit toutes sortes de rafraîchissemens , er
le Palais fut illuminé pendant toute la nuit.
Le 4 de ce mois , après midy , le Colonel
Comte de Lineville , Lorrain , envoya chez le
Duc de Monteleon le Colonel Comte de Sinzendorf,
qu'il avoit choisi pour son second , avec
un
FEVRIER . 1731. 381
in Cartel , par lequel il demandoit raison à ce
Duc de ce que la Marquise Viteleschi n'avoit pas
été invitée à la Fête dont on a parlé , le Duc
repondit qu'il étoit prêt de combattre dans la
Place de sainte Marie des Anges , au Bourg de
S. Antoine , et qu'il choisissoit le Colone! Papalardo
, Napolitain , pour son second . L'heure du
combat avoit été marquée au lendemain ; mais
le soir le Comte d'Harrach envoya ordre au
Duc de Monteleon , et à toute sa famille , de ne
point sortir de son Palais , et toute la Noblesse
qui prend part à cette querelle , travaille à un
accommodement , lequel a été fait le 15 , à ce
qu'on a appris depuis , par l'entremise des amis
communs qui ont obligé le Duc de Monteleon-
Pignatelli et le Comte de Lineville de donner
leur parole d'honneur d'oublier le passé .
On a appris de Parme que le surlendemain de
la mort du Duc , le Comte Stampe y arriva de
Milan , et depuis le Comte de Thaun a fait entrer
dans cette Ville quelques- uns dès Regimens
d'Infanterie qui étoient en quartier dans les environs
de cet . Etat.
?
Les Lettres de Genes portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , qu'on croyoit être rentrez
dans leur devoir , étoient venus le 26 Decembre
dernier près de Bastia au nombre de 22000
hommes , dans le dessein de s'emparer du Bourg
de Terra - Vecchia , que l'Evêque de Bastia étant
allé les trouver , les avoit déterminez à se retirer
, en leur promettant d'obtenir le pardon de
quelques-uns de ces Rebelles qu'on tenoit prisonniers
, et dont il fit rendre sur le champ un
certain nombre en échange d'un Officier Genois
et de quelques soldats qui avoient été surpris
dans un poste éloigné de la Ville.
On écrit de Florence , que le s. Janvier , à la
suite
382 MERCURE DE FRANCE
1
suite d'une tempête effroyable , on ressentit
Sienne une violente secousse de tremblement de
terre , qui cependant n'a causé aucun dommage
considerable.
On arrêta au commencement du mois dernier
à Livourne , un Particulier qui donnoit retraite à
quatre voleurs , lesquels depuis deux ans voloient
sur les grands chemins de la Toscane et du Milanez
, en habits de Chasseurs , ayant toujours
sept ou huit chiens et des chevaux avec eux.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En janvier 1731 à Rome, un décret papal imposa aux ecclésiastiques des cinq églises basilicales de porter la soutane. Parallèlement, des prisonniers tentèrent de s'évader en incendiant leurs cachots, mais périrent asphyxiés par la fumée. M. Firrao, ancien nonce en Portugal, nommé à l'évêché d'Aversa, fut retenu par le pape. Les cardinaux Fini et Coscia cessèrent de participer aux réunions du Saint-Office et d'autres congrégations. Une constitution papale confirma les droits du plus ancien cardinal évêque et régula les prérogatives des autres cardinaux évêques. La princesse Clémentine Sobieska fit venir des religieuses de Flandre pour réformer le monastère des Ursulines de Rome. Le cardinal de Poli organisa une comédie dans son palais. À Sainte-Agnès, la bénédiction des agneaux pour les palliums eut lieu. À Naples, le duc de Monteleon organisa une fête avec concert et bal, mais un duel fut évité grâce à un accommodement. À Parme, des régiments d'infanterie entrèrent en ville après la mort du duc. En Corse, des rebelles tentèrent de s'emparer de Terra-Vecchia mais se retirèrent après une négociation. À Sienne, un tremblement de terre suivit une tempête sans causer de dommages majeurs. À Livourne, un particulier abritant des voleurs fut arrêté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 600-601
ITALIE.
Début :
Le 20. Février on publia à Rome une seconde Ordonnance [...]
Mots clefs :
Luxe, Ordonnance, Rome, Imposition, Naples, Amende
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALF E.
Lordonnance du Cardinal Camerlingue contre
E zo. Février on publia à Rome une seconde
le Luxe , par laquelle il est défendu à toutes personnes
de porter dans toute l'étenduë de l'Etat
Ecclesiastique , aucun galon , franges ou broderies
d'or ou d'argent sur leurs habits.
On écrit de Naples que le 28. Janvier on conduisit
par la rue de Tolede devant le Palais , le
Chariot des Rotisseurs , représentant Junon accompagnée
de Castor et Pollux , habillez en
Guerriers. Ce Chariot qui étoit précedé et suivi
de plusieurs Quadrilles d'Ouvriers de differens
Métiers , à cheval et magnifiquement habillez , fut
abandonné au peuple selon la coutume , mais
deux pauvres eurent le malheur d'en tomber , et
moururent deux heures aprés .
Le 24. de Janvier vers les quatre heures aprés
midi , la neige commença à tomber et dura jusqu'à
quatre heures du matin ; elle a été si abondante
MARS.
1731. бот
dante le Mont Vesuve et les autres montagnes
que
voisines en sont couvertes depuis le sommet jus--
qu'au pied , ce qui est fort extraordinaire dans
ce païs .
Le 4. Février après midi , on conduisit par la
rue de Tolede un Chariot chargé de Poisson sec
et salé , de Fruits secs , de Viande , de Volaille et
de Pain , qui fut abandonné au peuple dans la
place du Palais.
On mande de Milan qu'on y a mis une nouvelle
imposition sur les Lanternes , et que les
Bourgeois étoient obligez de faire marquer par
le Traitant celles dont ils se servent à peine de
100. écus d'amende.
Lordonnance du Cardinal Camerlingue contre
E zo. Février on publia à Rome une seconde
le Luxe , par laquelle il est défendu à toutes personnes
de porter dans toute l'étenduë de l'Etat
Ecclesiastique , aucun galon , franges ou broderies
d'or ou d'argent sur leurs habits.
On écrit de Naples que le 28. Janvier on conduisit
par la rue de Tolede devant le Palais , le
Chariot des Rotisseurs , représentant Junon accompagnée
de Castor et Pollux , habillez en
Guerriers. Ce Chariot qui étoit précedé et suivi
de plusieurs Quadrilles d'Ouvriers de differens
Métiers , à cheval et magnifiquement habillez , fut
abandonné au peuple selon la coutume , mais
deux pauvres eurent le malheur d'en tomber , et
moururent deux heures aprés .
Le 24. de Janvier vers les quatre heures aprés
midi , la neige commença à tomber et dura jusqu'à
quatre heures du matin ; elle a été si abondante
MARS.
1731. бот
dante le Mont Vesuve et les autres montagnes
que
voisines en sont couvertes depuis le sommet jus--
qu'au pied , ce qui est fort extraordinaire dans
ce païs .
Le 4. Février après midi , on conduisit par la
rue de Tolede un Chariot chargé de Poisson sec
et salé , de Fruits secs , de Viande , de Volaille et
de Pain , qui fut abandonné au peuple dans la
place du Palais.
On mande de Milan qu'on y a mis une nouvelle
imposition sur les Lanternes , et que les
Bourgeois étoient obligez de faire marquer par
le Traitant celles dont ils se servent à peine de
100. écus d'amende.
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Résumé : ITALIE.
En février 1731, à Rome, une ordonnance du Cardinal Camerlingue interdit le port de galons, franges ou broderies d'or ou d'argent sur les habits dans tout l'État ecclésiastique. À Naples, le 28 janvier, un chariot représentant Junon accompagnée de Castor et Pollux, habillés en guerriers, fut conduit par la rue de Tolède. Ce chariot, précédé et suivi de quadrilles d'ouvriers de différents métiers à cheval, fut abandonné au peuple, mais deux personnes tombèrent et moururent par la suite. Le 24 janvier, une forte chute de neige couvrit le Mont Vesuve et les montagnes voisines jusqu'à leur base, un événement inhabituel dans cette région. Le 4 février, un chariot chargé de poisson sec, de fruits secs, de viande, de volaille et de pain fut également abandonné au peuple sur la place du Palais à Naples. À Milan, une nouvelle imposition sur les lanternes fut instaurée, obligeant les bourgeois à marquer celles qu'ils utilisent sous peine d'une amende de 100 écus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 744-745
Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
Début :
On apprend de Naples, que Dom Hyacinte Grimma, Docteur en Droit et [...]
Mots clefs :
Naples, Métaux, Fossiles, Volcans, Cavernes, Eaux minérales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
On apprend de Naples , que Dom
Hyacinte Gimma , Docteur en Droit et
Promoteur General de la Societé d'Egli
Incuriosi , a fait imprimer chez Mosca ,
une Histoire generale des Pierres , des
Mineraux et des Pierreries dont il est
parlé
AVRIL.
1731. 745
け
1
parlé dans l'Ecriture , il explique tout ce
qui regarde ce genre , il parle en mêmetemps
des Métaux , des Terres , des Sels ,
des Eaux , Bitumes , Eaux Minerales , et
de tout ce qui appartient aux Fossiles. Il
n'oublie point les Cavernes , les Feux et
Eaux souterraines , les Volcans , et generalement
les parties de la Physique souterraine
, outre quelques Traitez propres
éclairer l'Histoire Vegetale , Minerale et
Animale. Le tout divisé en six Livres
compris en deux Tomes in 4. 1730 .
Hyacinte Gimma , Docteur en Droit et
Promoteur General de la Societé d'Egli
Incuriosi , a fait imprimer chez Mosca ,
une Histoire generale des Pierres , des
Mineraux et des Pierreries dont il est
parlé
AVRIL.
1731. 745
け
1
parlé dans l'Ecriture , il explique tout ce
qui regarde ce genre , il parle en mêmetemps
des Métaux , des Terres , des Sels ,
des Eaux , Bitumes , Eaux Minerales , et
de tout ce qui appartient aux Fossiles. Il
n'oublie point les Cavernes , les Feux et
Eaux souterraines , les Volcans , et generalement
les parties de la Physique souterraine
, outre quelques Traitez propres
éclairer l'Histoire Vegetale , Minerale et
Animale. Le tout divisé en six Livres
compris en deux Tomes in 4. 1730 .
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Résumé : Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire générale des Pierres, des Minéraux et des Pierreries' de Dom Hyacinte Gimma, Docteur en Droit, explore les pierres, minéraux, pierreries, métaux, terres, sels, eaux, bitumes, eaux minérales et fossiles. Elle traite également des cavernes, feux et eaux souterraines, ainsi que des volcans. L'ouvrage, publié en 1730 en deux tomes, inclut des traités sur l'histoire végétale, minérale et animale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 783-784
ITALIE.
Début :
LE 5. Mars, le Pape tint un Consistoire, dans lequel [...]
Mots clefs :
Consistoire, Cardinal, Archevêché, Évêque de Soissons, Dominicains, Pape, Naples, Cour de Turin, Coadjutorerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E s. Mars , le Pape tint un Consistoire , dans
Llequel le Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché
de Sens pour l'Evêque de Soissons ; l'Abbaye
de S. Jacques de Provins , pour l'Evêque de
Nîmes , et celle de S. Pierre en Valée , Diocèse
de Chartres , pour l'Abbé de la Farre -Lopis.
Le 12. on fit partir de Rome pour Civitavechia,
une Chaîne de 64. Criminels condamnez aux
Galeres , parmi lesquels il y a un Ecclesiastique
qui y retourne pour la troisième fois.
Les Dominicains du Convent de sainte Marie
sur la Minerve de Rome , ont obtenu du Pape la
permission de faire inhumer dans leur Eglise
lé Corps du feu Pape Benoît XIII . pour lequel
ils font faire un superbe Mausolée.
Le Pape a fait prier les Cardinaux de n'avoir
aucun commerce avec les Cardinaux Coscia et
Fini , jusqu'à ce que leur affaire soit jugée par la
Congrégation de Non Nullis , qui est occupée
presentement à examiner leurs Memoires justificatifs
, et ceux des Abbez Prati et Ramoni.
Les Habitans de Nettimo ont refusé de se soumettre
aux Ordonnances qui ont été publiées
contre le luxe , prétendant avoir d'anciens Privileges
qui permettent de s'habiller aussi magnifi-´
quement qu'ils le jugeront à propos.
On a appris de Naples sur la fin du mois der-´
nier,
784 MERCURE DE FRANCE
nier , qu'il y avoit eu un Tremblement de Terre
considerable à Toggia , dans la Pouille , que cette
petite Ville étoit totalement renversée , et qu'il y
avoit eu 25oo. Habitans écrasez sous les ruines.
La Cour de Turin s'est opposée avec beaucoup
de vigueur à l'execution de quelques Bulles accordées
par le Pape pour la Coadjutorerie de
certains Benefices consistoriaux , situez dans le
Piémont.
E s. Mars , le Pape tint un Consistoire , dans
Llequel le Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché
de Sens pour l'Evêque de Soissons ; l'Abbaye
de S. Jacques de Provins , pour l'Evêque de
Nîmes , et celle de S. Pierre en Valée , Diocèse
de Chartres , pour l'Abbé de la Farre -Lopis.
Le 12. on fit partir de Rome pour Civitavechia,
une Chaîne de 64. Criminels condamnez aux
Galeres , parmi lesquels il y a un Ecclesiastique
qui y retourne pour la troisième fois.
Les Dominicains du Convent de sainte Marie
sur la Minerve de Rome , ont obtenu du Pape la
permission de faire inhumer dans leur Eglise
lé Corps du feu Pape Benoît XIII . pour lequel
ils font faire un superbe Mausolée.
Le Pape a fait prier les Cardinaux de n'avoir
aucun commerce avec les Cardinaux Coscia et
Fini , jusqu'à ce que leur affaire soit jugée par la
Congrégation de Non Nullis , qui est occupée
presentement à examiner leurs Memoires justificatifs
, et ceux des Abbez Prati et Ramoni.
Les Habitans de Nettimo ont refusé de se soumettre
aux Ordonnances qui ont été publiées
contre le luxe , prétendant avoir d'anciens Privileges
qui permettent de s'habiller aussi magnifi-´
quement qu'ils le jugeront à propos.
On a appris de Naples sur la fin du mois der-´
nier,
784 MERCURE DE FRANCE
nier , qu'il y avoit eu un Tremblement de Terre
considerable à Toggia , dans la Pouille , que cette
petite Ville étoit totalement renversée , et qu'il y
avoit eu 25oo. Habitans écrasez sous les ruines.
La Cour de Turin s'est opposée avec beaucoup
de vigueur à l'execution de quelques Bulles accordées
par le Pape pour la Coadjutorerie de
certains Benefices consistoriaux , situez dans le
Piémont.
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Résumé : ITALIE.
En mars, le Pape organisa un Consistoire où le Cardinal Ottoboni proposa diverses nominations ecclésiastiques, incluant l'Archevêché de Sens pour l'Évêque de Soissons, l'Abbaye de Saint-Jacques de Provins pour l'Évêque de Nîmes, et celle de Saint-Pierre en Vallée, Diocèse de Chartres, pour l'Abbé de la Farre-Lopis. Le 12 mars, 64 criminels, dont un ecclésiastique récidiviste, furent transférés de Rome à Civitavecchia. Les Dominicains de Sainte-Marie-sur-la-Minerve reçurent l'autorisation papale d'inhumer le corps du Pape Benoît XIII et de construire un mausolée en son honneur. Le Pape demanda aux cardinaux d'éviter tout contact avec les cardinaux Coscia et Fini, ainsi qu'avec les abbés Prati et Ramoni, jusqu'à l'examen de leurs mémoires justificatifs par la Congrégation de Non Nullis. Les habitants de Nettuno refusèrent de se conformer aux ordonnances contre le luxe, invoquant des privilèges anciens. À la fin du mois précédent, un tremblement de terre à Toggia, en Pouille, causa la destruction totale de la ville et la mort de 2500 habitants. La Cour de Turin s'opposa à l'exécution de certaines bulles papales concernant des bénéfices ecclésiastiques en Piémont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 787-790
ADDITION.
Début :
On apprend de Moscou, que le 15. Mars, les Ambassadeurs [...]
Mots clefs :
Empereur de la Chine, Tsarine, Roi de France, Roi de Perse, Cadix, Indes occidentales, Cardinal, Naples, Noblesse, Tremblements de terre
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texteReconnaissance textuelle : ADDITION.
ADAVRIL.
1731. 787
ADDITION.
ON apprend de Moscou , que le rs. Mars , les
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine eu→
rent leur Audiance de congé de laCzarine, qui leur
fait préparer des présens magnifiques ; le bruit
court qu'ils ont signé unTraite de Commerce qui
sera très-ayantageux aux deux Nations.
De Coppenhague , que le 2. Avril , le Marquis
de Plelo , Ambassadeur du Roi de France , eut
une Audience particuliere du Roi , dans laquelle
il lui donna part que pour l'avantage du Coinmerce
des deux Nations , S. M. T. Ch. avoit déchargé
de tous les droits d'Entrée dans les Ports
lés Bâtimens Danois ou Norwegiens qui y apporteroient
dorénavant des Bois propres à construire
des Vaisseaux .
De Constantinople , que le Grand-Seigneur
continuoit de faire punir les Auteurs de la derniere
Rebellion ; que le Capitan - Pacha devoit
partir dans peu avec huit Sultanes et quatre au¬´¸
tres Bâtimens , pour aller recueillir les Tributs
de la Morée et des Isles de l'Archipel , et que le
Gr. Vizir s'étoit plaint au Ministre de la Czarine
de ce que des Officiers Moscovites avoient pris
de l'emploi dans les Troupes du Roi de Perse ,
malgré les conventions faites il y a quelques an
nées entre le G. S. déposé et le feu Czar Pierre I.
De Cadix , qu'à la fin de ce mois , on y délivrera
les effets de la Flotille, et que le Roi ayant été
obligé de se servir d'une partie de l'argent , S. M.
remboursera les interessez sur le produit du retour
88 MERCURE DE FRANCÉ
tour des Gallions qui sont actuellement aux Indes
Occidentales , avec l'interêt à six pour cent.
De Rome que l'accommodement des differents
du S. Siege avec le Roi de Portugal , est prêt d'ê
tre conclu ; que M. Bichi , cy devant Noncé à
Lisbonne , qui doit être arrivé à Sienne , y restera
jusqu'à-ce que cet accommodement soit signé ,
et qu'ensuite il ira à Rome pour y recevoir le
Chapeau de Cardinal.
La nuit du 31. du mois dernier , au premier
de ce nois , le Cardinal Coscia sortit de Rome
incognito , avec une suite de quatre personnes , et
il prit la route de Naples Le neveu de M. Firrao
le rencontra le lendemain , traversant la Ville de
Terracine , et on a sçû depuis qu'il étoit allé à
Naples sous le nom de l'Abbé Cibo . Depuis sa
fuite , l'Evêque de Targa , son frere , a eu ordre
de se rendre au Convent de S. Praxede , qu'on
lui a donné pour prison.
Le 24. M. Fioreli alla par ordre de la Congré
gation de Non Nullis au Palais du Cardinal Cos
cia , faire une sommation pour l'obliger à se représenter
dans un terme limité.
Le Cardinal Banchieri , Secretaire d'Etat , a
dépêché un Courrier à M. Guillelmi , qui étoit
parti pour Turin , avec deffense d'entrer dans les
Etats du Roi de Sardaigne , parce qu'on a
craint qu'il n'y fût pas bien reçû , et que son caractere
n'y fût pas respecté.
De Naples , que la derniere secousse de Tremblement
de Terre de la nuit du 16. au 17. du
mois dernier , avoit causé tant d'effroi , qu'une
grande partie des Habitans de cette Ville alla le
Lendemain coucher à la campagne. La Noblesse
envoya le même jour ses plus précieux Meubles
et
AVRIL. 1731. 789
et ses Carosses sur l'Esplanade du Château neuf,
et sur celle de la Porte du S. Esprit pour les mettre
en sureté ; cependant il n'y eut point de
Tremblement de Terre le 18. le 19. ni le 20.
mais le 21. vers les 9. heures du matin , on en
ressentit une legere secousse qui ne caușa aucup
dommage.
Le même jour on reçut avis que le 20. au matin
les deux tiers de la Ville de Foggia avoient été
renversez par le même Tremblement qui s'est fait
sentir avec violence dans les autres Villes de la
Pouille , dans la terre de Labour, dans la Basilicate
et dans une partie de la Calabre citerieure. Le
Viceroi a écrit aux Présidens ou Intendans des
Provinces voisines de la Poüille, d'envoyer des secours
aux Habitans qui se sont sauvez de Foggia,
où ily a eu plus de 2000. personnes d'écrasées , de
ly
faire enlever les décombres et de faire conserver
les Effets des Particuliers qu'on retrouvera en
fouillant.
une
La nuit du 22. au 23. on ressentit encore
legere secousse de Tremblement de terre , de même
que les deux nuits du 28. et du 29. de sorte
que l'on est à Naples dans de continuelles alfarmes.
D'autres Lettres de Naples portent que les
Tremblemens de terre devenoient très frequens
dans la plupart des Provinces du Royaume ; que
les Villes de Lucera , de Troje et d'Aquila étoient
presque renversées ; qu'il y avoit des maladies
Epidemiques qui faisoient périr beaucoup de monde
à la Cainpagne , et que les Troupes de l'Empereur
commençoient d'en être attaquées.
De Genes , que Mrs Jean- Baptiste Grimaldi et
Charles de Fornari , sont partis pour l'Isle de
Corse avec des pleins pouvoirs de la République
ct
790 MERCURE DE FRANCE
et les instructions necessaires pour terminer l'affaire
de la révolte des Habitans de cette Isle qu
paroissent disposez à quitter les armes,
De Bruxelles , que l'Archiduchesse Gouvernante
, ayant eû avis que le Duc de Lorraine de
voit venir passer quelques jours avec le Prince
Charles son frere , pour se rendre ensuite en
Hollande , et à ce qu'on croit , en Angleterre ,
cette Princesse a donné ses ordres pour lui faire
meubler un Hôtel. Ce Prince gardera l'incognito
sous le nom de Comte de Blamont,
1731. 787
ADDITION.
ON apprend de Moscou , que le rs. Mars , les
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine eu→
rent leur Audiance de congé de laCzarine, qui leur
fait préparer des présens magnifiques ; le bruit
court qu'ils ont signé unTraite de Commerce qui
sera très-ayantageux aux deux Nations.
De Coppenhague , que le 2. Avril , le Marquis
de Plelo , Ambassadeur du Roi de France , eut
une Audience particuliere du Roi , dans laquelle
il lui donna part que pour l'avantage du Coinmerce
des deux Nations , S. M. T. Ch. avoit déchargé
de tous les droits d'Entrée dans les Ports
lés Bâtimens Danois ou Norwegiens qui y apporteroient
dorénavant des Bois propres à construire
des Vaisseaux .
De Constantinople , que le Grand-Seigneur
continuoit de faire punir les Auteurs de la derniere
Rebellion ; que le Capitan - Pacha devoit
partir dans peu avec huit Sultanes et quatre au¬´¸
tres Bâtimens , pour aller recueillir les Tributs
de la Morée et des Isles de l'Archipel , et que le
Gr. Vizir s'étoit plaint au Ministre de la Czarine
de ce que des Officiers Moscovites avoient pris
de l'emploi dans les Troupes du Roi de Perse ,
malgré les conventions faites il y a quelques an
nées entre le G. S. déposé et le feu Czar Pierre I.
De Cadix , qu'à la fin de ce mois , on y délivrera
les effets de la Flotille, et que le Roi ayant été
obligé de se servir d'une partie de l'argent , S. M.
remboursera les interessez sur le produit du retour
88 MERCURE DE FRANCÉ
tour des Gallions qui sont actuellement aux Indes
Occidentales , avec l'interêt à six pour cent.
De Rome que l'accommodement des differents
du S. Siege avec le Roi de Portugal , est prêt d'ê
tre conclu ; que M. Bichi , cy devant Noncé à
Lisbonne , qui doit être arrivé à Sienne , y restera
jusqu'à-ce que cet accommodement soit signé ,
et qu'ensuite il ira à Rome pour y recevoir le
Chapeau de Cardinal.
La nuit du 31. du mois dernier , au premier
de ce nois , le Cardinal Coscia sortit de Rome
incognito , avec une suite de quatre personnes , et
il prit la route de Naples Le neveu de M. Firrao
le rencontra le lendemain , traversant la Ville de
Terracine , et on a sçû depuis qu'il étoit allé à
Naples sous le nom de l'Abbé Cibo . Depuis sa
fuite , l'Evêque de Targa , son frere , a eu ordre
de se rendre au Convent de S. Praxede , qu'on
lui a donné pour prison.
Le 24. M. Fioreli alla par ordre de la Congré
gation de Non Nullis au Palais du Cardinal Cos
cia , faire une sommation pour l'obliger à se représenter
dans un terme limité.
Le Cardinal Banchieri , Secretaire d'Etat , a
dépêché un Courrier à M. Guillelmi , qui étoit
parti pour Turin , avec deffense d'entrer dans les
Etats du Roi de Sardaigne , parce qu'on a
craint qu'il n'y fût pas bien reçû , et que son caractere
n'y fût pas respecté.
De Naples , que la derniere secousse de Tremblement
de Terre de la nuit du 16. au 17. du
mois dernier , avoit causé tant d'effroi , qu'une
grande partie des Habitans de cette Ville alla le
Lendemain coucher à la campagne. La Noblesse
envoya le même jour ses plus précieux Meubles
et
AVRIL. 1731. 789
et ses Carosses sur l'Esplanade du Château neuf,
et sur celle de la Porte du S. Esprit pour les mettre
en sureté ; cependant il n'y eut point de
Tremblement de Terre le 18. le 19. ni le 20.
mais le 21. vers les 9. heures du matin , on en
ressentit une legere secousse qui ne caușa aucup
dommage.
Le même jour on reçut avis que le 20. au matin
les deux tiers de la Ville de Foggia avoient été
renversez par le même Tremblement qui s'est fait
sentir avec violence dans les autres Villes de la
Pouille , dans la terre de Labour, dans la Basilicate
et dans une partie de la Calabre citerieure. Le
Viceroi a écrit aux Présidens ou Intendans des
Provinces voisines de la Poüille, d'envoyer des secours
aux Habitans qui se sont sauvez de Foggia,
où ily a eu plus de 2000. personnes d'écrasées , de
ly
faire enlever les décombres et de faire conserver
les Effets des Particuliers qu'on retrouvera en
fouillant.
une
La nuit du 22. au 23. on ressentit encore
legere secousse de Tremblement de terre , de même
que les deux nuits du 28. et du 29. de sorte
que l'on est à Naples dans de continuelles alfarmes.
D'autres Lettres de Naples portent que les
Tremblemens de terre devenoient très frequens
dans la plupart des Provinces du Royaume ; que
les Villes de Lucera , de Troje et d'Aquila étoient
presque renversées ; qu'il y avoit des maladies
Epidemiques qui faisoient périr beaucoup de monde
à la Cainpagne , et que les Troupes de l'Empereur
commençoient d'en être attaquées.
De Genes , que Mrs Jean- Baptiste Grimaldi et
Charles de Fornari , sont partis pour l'Isle de
Corse avec des pleins pouvoirs de la République
ct
790 MERCURE DE FRANCE
et les instructions necessaires pour terminer l'affaire
de la révolte des Habitans de cette Isle qu
paroissent disposez à quitter les armes,
De Bruxelles , que l'Archiduchesse Gouvernante
, ayant eû avis que le Duc de Lorraine de
voit venir passer quelques jours avec le Prince
Charles son frere , pour se rendre ensuite en
Hollande , et à ce qu'on croit , en Angleterre ,
cette Princesse a donné ses ordres pour lui faire
meubler un Hôtel. Ce Prince gardera l'incognito
sous le nom de Comte de Blamont,
Fermer
Résumé : ADDITION.
En avril 1731, plusieurs événements diplomatiques et naturels significatifs ont été rapportés. À Moscou, les ambassadeurs de l'Empereur de Chine ont été reçus en audience de congé par la czarine, qui leur a offert des présents somptueux. Un traité de commerce bénéfique pour les deux nations a été signé. À Copenhague, le Marquis de Plelo, ambassadeur du Roi de France, a informé le Roi du Danemark que les navires danois ou norvégiens transportant du bois pour la construction navale seraient exemptés des droits d'entrée. À Constantinople, le Grand-Seigneur continuait de réprimer les auteurs de la dernière rébellion. Le Capitan-Pacha devait partir avec plusieurs bâtiments pour collecter les tributs de la Morée et des îles de l'Archipel. Le Grand Vizir a exprimé sa préoccupation au ministre de la czarine concernant la présence d'officiers moscovites dans les troupes du Roi de Perse, en violation des conventions antérieures. À Cadix, les effets de la flotille devaient être délivrés à la fin du mois, et le Roi rembourserait les intérêts sur le produit du retour des galions des Indes Occidentales. À Rome, un accord entre le Saint-Siège et le Roi de Portugal était imminent. Le Cardinal Coscia a fui Rome incognito pour Naples, et son frère a été emprisonné. Des tremblements de terre ont causé des dégâts et de l'effroi à Naples et dans d'autres villes italiennes, entraînant des mesures de secours. À Gênes, des émissaires ont été envoyés en Corse pour négocier la fin de la révolte. À Bruxelles, l'Archiduchesse Gouvernante a préparé un hôtel pour le Duc de Lorraine, qui devait passer quelques jours incognito.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1374-1378
ITALIE.
Début :
MR. Guillelmi qu'on avoit envoyé à Turin, et qui n'a pû entrer sur les Terres du Roi [...]
Mots clefs :
Cardinal, Terres du roi de Sardaigne, Convent de Capucins, Naples, Princesse, Conseil collatéral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
M
R. Guillelmi qu'on avoit envoyé à Turin ,
et qui n'a pû entrer sur les Terres du Roi
de Sardaigne , est revenu à Rome , et on a sçu
par lui , que ce Prince avoit déffendu à tous les
Evêques de ses Etats de sacrer aucun Prêtre sans
sa permission.
Le Cardinal Cienfuego a eu une Audience par
ticuliere du Pape , dans laquelle il lui donna part
que l'Empereur avoit obtenu de la Czarine la
permission de faire construire à Moscou un Con
vent de Capucins, avec une Eglise , et que les Sei
gneurs et Dames de la Cour de Vienne contri
buoient à cet établissement.
On mande de Naples , qu'on y a tenu depuis
peu un Conseil Collateral pour dresser un Mé
moire au sujet des procedures faites par le Non
ce du Pape contre le Cardinal Coscia , et l'on fit
partir le même jour un Courrier pour porter ce
Memoire à Vienne, Ce Cardinal est présente
1. Vol ment
JUI N. 1731 1375
par
ment logé chez le Duc de Monte- Calvo Pigna
telli : il a reçu un ordre décerné la Congre
gation de Non Nullis , et approuvé par le Pape ,
qui lui deffend d'entrer dans aucune Eglise.
On écrit de Génes , que le Patron d'une Bar
que qui y est arrivée de Naples , a rapporté que
le Cardinal Coscia étoit parti Incognito pour
Manfredonia , d'où il devoit passer par Mera
Venise, pour se rendre ensuite à Vienne , et y sol
Ficiter la protection de l'Empereur.
La Princesse Altiery que le Pape avoit nom
mée pour aller à Parme assister aux Couches de
la Duchesse Douairiere de Parme , ayant prié
S. S. de l'en dispenser , le Pape a nommé en sa
place la Comtesse Caprara.
La Congrégation du Bon Gouvernement est
occupée à examiner un Projet qui a été presenté
au Pape par le Cardinal Lambertini,pour rendre
franc le Port d'Ancone ; mais la Republique de
Venise et celle de Génes ont chargé leurs Minis
tres de faire tous leurs efforts pour empêcher que
ce Projet ne soit approuvé.
Le 12. May , le Pape nomma à l'archevêché
de Benevent M. Doria , dont la place de Maître
de Chambre du Pape a été donnée à M. Pallavi
cini , Nonce à Florence.
d'aller
Les Religieuses du Monastere de S. Ambroise
ont enfin obtenu,aprés beaucoup de sollicitations,
la confirmation du Bref du feu Pape , qui leur
fois l'année visiter les qua
permet quatre
tre principales Eglises de Rome.
L'Abbé Guella , qui , quoyque Piémontois ,
a écrit en faveur du S. Siege contre son Souve
rain , a obtenu de S. S. une Pension de 20 Ecus
par mois , assignés sur les revenus propres à la
Maison Corsini.
I Is Vol.
Les
H iij
1376 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Turin portent que le Roy de
Sardaigne avoit fait sequestrer les revenus des:
Benefices situés dans ses Etats , dont est revêtu
Je Neveu du Cardinal Imperiali : parceque ce
Cardinal a paru se conduire avec trop de partia
lité contre ce Prince. Day
On mande aussi de Turin que le Roy Victor
'Amedée étoit parfaitement rétabli de sa derniere
'maladie , qu'il étoit dans le dessein d'aller faire
sa résidence à Rivoli , parceque l'Air de Cham
bery est contraire à sa Santé .
Les mêmes Lettres portent qu'on avoit arrê
té depuis peu cinq Personnes de consideration
par rapport aux differends du Roi de Sardaigne
avec le S. Siege.
Les Lettres de Génes portent , que la Répu
blique avoit obtenu de l'Empereur, un secours.
de Troupes , pour réduire les Rebelles de l'Isle
de Corse , où il y étoit arrivé depuis peu une
Tartane inconnue , qui y avoit débarqué 56.
quintaux de Poudre et 3000. Fusils . Ces Lettres,
ajoutent , que depuis la Prise de la Tour de Saint
Florent , les Rebelles avoient formé le Blocus de
la Ville de Culvi. I >
On écrit de Naples, que le 5. May , le Clergé
Séculier et Régulier de cette Ville , assista l'après
midi à la Procession Solemnelle qu'on fait
tous les ans à pareil jour , à l'occasion de la Fête
de la Translation de Saint Janvier , principal
Patron de cette Ville , dont le Sang fut posé sur
un Autel magnifique qu'on avoit élevé sous un
Dais , dans le Quartier de Capouë. Le Viceroy
la Comtesse d'Arrach son Epouse , et la princi
pale Noblesse y assisterent pour voir la liquefac
tion du Sang de ce Saint , lorsqu'on l'approche.
de son chef ; mais ce Miracle n'arriva pas non .
2
plus
JUIN. 1731 . 251377
plus que le lendemain. Le 7. il se fit à l'ordinaire
dans la Chapelle du Trésor , où l'Ambassadeur
de la République de Venise se rendit avec un
grand nombre d'Etrangers.
}
La Ville de Foggia , située dans la Capita
Aate , Province de la Pouille ; au Royaume de
Naples , est une des plus considerables de cette
Contrée. Elle a essuye dans les Siécles passez di
vers malheurs : elle a été sujette aux invasions
des Barbares , prise par les Sarrazins , saccagée
par les Soldats de Manfrede , brûlée et démante
lée par ce Roy : Elle a souffert à diverses reprises,
la Famine et la Peste : Elle a été déchirée par des
divisions intestines ; mais tous ces malheurs ne
sçauroient être mis en parallele avec celui dont
elle vient d'être accablée par un Tremblement de
Terre , qui est arrivé le 20. Mars dernier ,
dont nous avons déja parlé assez au long , qui
en a renversé ou ébranlé tous les Edifices , fait
perir sous les ruines un grand nombre de Per
sonnes , et réduit le reste des Habitans à une ex
trême misere.
et
La premiere secousse se fit sentir vers les qua
tres heures du matin ; elle fut si violente et si
promte , que la plupart des Edifices furent ren
-versez , et plusieurs personnes ensévelies sous les
ruines , avant que les Habitans se fussent presque
apperçus qu'il y eût un Tremblement de Terre.
Cette premiere secousse dura cinq minutes : une
Minute après , on en sentit une seconde aussi vio
lente ; l'eau des puits , quoique profonds de 30
à 40 pieds , sortit par le haut , et inonda les en
virons.
On ne sçauroit exprimer l'épouvante dont les
Habitans furent saisis pendant ces deux secous
ses ; ceux qui eurent le bonheur de n'être pas
1. Vol.
H in écra -
1378 MERCURE DE FRANCE
f
écrasés sous les chutes des Maisons , se sauverent
précipitemment , sans pouvoir rien emporter . Les
nuages épais causés par la poussiere , ` la confu
sion de la nuit , l'embarras des décombres , les
cris et les gémissemens de ceux qui à demi ense
velis demandoient du secours,augmentoient l'hor
reur dont ils étoient saisis . A la pointe du jour
ils se virent dans la Plaine , hommes , femmes
et enfans , tous presque nuds la clarté du So
leil éclaira leur misere , & la fit sentir plus vive
ment . Peu de tems après , une trosiéme secousse,
aussi violente que les deux premieres acheva de
renverser cette malheureuse Ville.A mesure que le
jour augmentoit , les cris et les gémissemens des
Habitans redoubloient ; ce qui rendoit leur mi
sere encore plus sensible , fut un froid.
perçants,
dont ils étoient transis , n'ayant aucun vêtement
pour se couvrir.
"
On ne sçauroit donner un détail des Maisons
renversées ; il suffira de dire que le Convent des
Capucins , celui du Conservatoire des Repenties ,
et le Palais de l'Evêque ,avec quelque peu de Mai
sons sur la Place Majeure ,sont les seuls Edificesqui
soient restés sur pied ; tous les autres ayant été
renversez , ou tellement ruinez, qu'ils sont inhabi
tables. On fait monter à près de 2000. le nom
bre des personnes ensevelis sous les ruines ;
et on compte qu'il y a cû ce jour - là et les jours
suivans ,cinquante secousses de Tremblement.
de Terre.
M
R. Guillelmi qu'on avoit envoyé à Turin ,
et qui n'a pû entrer sur les Terres du Roi
de Sardaigne , est revenu à Rome , et on a sçu
par lui , que ce Prince avoit déffendu à tous les
Evêques de ses Etats de sacrer aucun Prêtre sans
sa permission.
Le Cardinal Cienfuego a eu une Audience par
ticuliere du Pape , dans laquelle il lui donna part
que l'Empereur avoit obtenu de la Czarine la
permission de faire construire à Moscou un Con
vent de Capucins, avec une Eglise , et que les Sei
gneurs et Dames de la Cour de Vienne contri
buoient à cet établissement.
On mande de Naples , qu'on y a tenu depuis
peu un Conseil Collateral pour dresser un Mé
moire au sujet des procedures faites par le Non
ce du Pape contre le Cardinal Coscia , et l'on fit
partir le même jour un Courrier pour porter ce
Memoire à Vienne, Ce Cardinal est présente
1. Vol ment
JUI N. 1731 1375
par
ment logé chez le Duc de Monte- Calvo Pigna
telli : il a reçu un ordre décerné la Congre
gation de Non Nullis , et approuvé par le Pape ,
qui lui deffend d'entrer dans aucune Eglise.
On écrit de Génes , que le Patron d'une Bar
que qui y est arrivée de Naples , a rapporté que
le Cardinal Coscia étoit parti Incognito pour
Manfredonia , d'où il devoit passer par Mera
Venise, pour se rendre ensuite à Vienne , et y sol
Ficiter la protection de l'Empereur.
La Princesse Altiery que le Pape avoit nom
mée pour aller à Parme assister aux Couches de
la Duchesse Douairiere de Parme , ayant prié
S. S. de l'en dispenser , le Pape a nommé en sa
place la Comtesse Caprara.
La Congrégation du Bon Gouvernement est
occupée à examiner un Projet qui a été presenté
au Pape par le Cardinal Lambertini,pour rendre
franc le Port d'Ancone ; mais la Republique de
Venise et celle de Génes ont chargé leurs Minis
tres de faire tous leurs efforts pour empêcher que
ce Projet ne soit approuvé.
Le 12. May , le Pape nomma à l'archevêché
de Benevent M. Doria , dont la place de Maître
de Chambre du Pape a été donnée à M. Pallavi
cini , Nonce à Florence.
d'aller
Les Religieuses du Monastere de S. Ambroise
ont enfin obtenu,aprés beaucoup de sollicitations,
la confirmation du Bref du feu Pape , qui leur
fois l'année visiter les qua
permet quatre
tre principales Eglises de Rome.
L'Abbé Guella , qui , quoyque Piémontois ,
a écrit en faveur du S. Siege contre son Souve
rain , a obtenu de S. S. une Pension de 20 Ecus
par mois , assignés sur les revenus propres à la
Maison Corsini.
I Is Vol.
Les
H iij
1376 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Turin portent que le Roy de
Sardaigne avoit fait sequestrer les revenus des:
Benefices situés dans ses Etats , dont est revêtu
Je Neveu du Cardinal Imperiali : parceque ce
Cardinal a paru se conduire avec trop de partia
lité contre ce Prince. Day
On mande aussi de Turin que le Roy Victor
'Amedée étoit parfaitement rétabli de sa derniere
'maladie , qu'il étoit dans le dessein d'aller faire
sa résidence à Rivoli , parceque l'Air de Cham
bery est contraire à sa Santé .
Les mêmes Lettres portent qu'on avoit arrê
té depuis peu cinq Personnes de consideration
par rapport aux differends du Roi de Sardaigne
avec le S. Siege.
Les Lettres de Génes portent , que la Répu
blique avoit obtenu de l'Empereur, un secours.
de Troupes , pour réduire les Rebelles de l'Isle
de Corse , où il y étoit arrivé depuis peu une
Tartane inconnue , qui y avoit débarqué 56.
quintaux de Poudre et 3000. Fusils . Ces Lettres,
ajoutent , que depuis la Prise de la Tour de Saint
Florent , les Rebelles avoient formé le Blocus de
la Ville de Culvi. I >
On écrit de Naples, que le 5. May , le Clergé
Séculier et Régulier de cette Ville , assista l'après
midi à la Procession Solemnelle qu'on fait
tous les ans à pareil jour , à l'occasion de la Fête
de la Translation de Saint Janvier , principal
Patron de cette Ville , dont le Sang fut posé sur
un Autel magnifique qu'on avoit élevé sous un
Dais , dans le Quartier de Capouë. Le Viceroy
la Comtesse d'Arrach son Epouse , et la princi
pale Noblesse y assisterent pour voir la liquefac
tion du Sang de ce Saint , lorsqu'on l'approche.
de son chef ; mais ce Miracle n'arriva pas non .
2
plus
JUIN. 1731 . 251377
plus que le lendemain. Le 7. il se fit à l'ordinaire
dans la Chapelle du Trésor , où l'Ambassadeur
de la République de Venise se rendit avec un
grand nombre d'Etrangers.
}
La Ville de Foggia , située dans la Capita
Aate , Province de la Pouille ; au Royaume de
Naples , est une des plus considerables de cette
Contrée. Elle a essuye dans les Siécles passez di
vers malheurs : elle a été sujette aux invasions
des Barbares , prise par les Sarrazins , saccagée
par les Soldats de Manfrede , brûlée et démante
lée par ce Roy : Elle a souffert à diverses reprises,
la Famine et la Peste : Elle a été déchirée par des
divisions intestines ; mais tous ces malheurs ne
sçauroient être mis en parallele avec celui dont
elle vient d'être accablée par un Tremblement de
Terre , qui est arrivé le 20. Mars dernier ,
dont nous avons déja parlé assez au long , qui
en a renversé ou ébranlé tous les Edifices , fait
perir sous les ruines un grand nombre de Per
sonnes , et réduit le reste des Habitans à une ex
trême misere.
et
La premiere secousse se fit sentir vers les qua
tres heures du matin ; elle fut si violente et si
promte , que la plupart des Edifices furent ren
-versez , et plusieurs personnes ensévelies sous les
ruines , avant que les Habitans se fussent presque
apperçus qu'il y eût un Tremblement de Terre.
Cette premiere secousse dura cinq minutes : une
Minute après , on en sentit une seconde aussi vio
lente ; l'eau des puits , quoique profonds de 30
à 40 pieds , sortit par le haut , et inonda les en
virons.
On ne sçauroit exprimer l'épouvante dont les
Habitans furent saisis pendant ces deux secous
ses ; ceux qui eurent le bonheur de n'être pas
1. Vol.
H in écra -
1378 MERCURE DE FRANCE
f
écrasés sous les chutes des Maisons , se sauverent
précipitemment , sans pouvoir rien emporter . Les
nuages épais causés par la poussiere , ` la confu
sion de la nuit , l'embarras des décombres , les
cris et les gémissemens de ceux qui à demi ense
velis demandoient du secours,augmentoient l'hor
reur dont ils étoient saisis . A la pointe du jour
ils se virent dans la Plaine , hommes , femmes
et enfans , tous presque nuds la clarté du So
leil éclaira leur misere , & la fit sentir plus vive
ment . Peu de tems après , une trosiéme secousse,
aussi violente que les deux premieres acheva de
renverser cette malheureuse Ville.A mesure que le
jour augmentoit , les cris et les gémissemens des
Habitans redoubloient ; ce qui rendoit leur mi
sere encore plus sensible , fut un froid.
perçants,
dont ils étoient transis , n'ayant aucun vêtement
pour se couvrir.
"
On ne sçauroit donner un détail des Maisons
renversées ; il suffira de dire que le Convent des
Capucins , celui du Conservatoire des Repenties ,
et le Palais de l'Evêque ,avec quelque peu de Mai
sons sur la Place Majeure ,sont les seuls Edificesqui
soient restés sur pied ; tous les autres ayant été
renversez , ou tellement ruinez, qu'ils sont inhabi
tables. On fait monter à près de 2000. le nom
bre des personnes ensevelis sous les ruines ;
et on compte qu'il y a cû ce jour - là et les jours
suivans ,cinquante secousses de Tremblement.
de Terre.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En juin 1731, plusieurs événements politiques et religieux ont marqué l'Italie et les États voisins. À Turin, M. Guillelmi, représentant papal, est retourné à Rome après avoir été empêché d'entrer en Sardaigne. Il a rapporté que le roi de Sardaigne avait interdit aux évêques de ses États de sacrer des prêtres sans son autorisation. Le cardinal Cienfuegos a informé le pape que l'empereur avait obtenu la permission de la czarine de construire un couvent de Capucins à Moscou, avec le soutien de la cour de Vienne. À Naples, un conseil a été réuni pour préparer un mémoire concernant les procédures du nonce papal contre le cardinal Coscia, logé chez le duc de Monte-Calvo Pignatelli et interdit d'entrer dans les églises. Des rumeurs suggèrent que le cardinal Coscia se serait rendu incognito à Manfredonia avant de se diriger vers Vienne. Le pape a nommé la comtesse Caprara pour remplacer la princesse Altieri à Parme. La Congrégation du Bon Gouvernement examine un projet du cardinal Lambertini pour rendre le port d'Ancone franc, malgré l'opposition des républiques de Venise et de Gênes. Le pape a également nommé M. Doria à l'archevêché de Benevent et M. Pallavicini comme maître de chambre. Les religieuses du monastère de Saint-Ambroise ont obtenu la confirmation d'un bref papal leur permettant de visiter les principales églises de Rome. L'abbé Guella, un Piémontais ayant écrit en faveur du Saint-Siège, a reçu une pension du pape. À Turin, le roi de Sardaigne a séquestré les revenus des bénéfices du neveu du cardinal Imperiali en raison de la partialité de ce dernier. Le roi Victor-Amédée, rétabli de sa maladie, prévoit de résider à Rivoli. Cinq personnes de considération ont été arrêtées en lien avec les différends entre le roi de Sardaigne et le Saint-Siège. À Gênes, la république a obtenu des troupes de l'empereur pour réprimer les rebelles en Corse. À Naples, une procession solennelle a eu lieu pour la fête de la Translation de Saint Janvier, mais le miracle de la liquéfaction de son sang n'a pas eu lieu. Enfin, la ville de Foggia, en Pouille, a été dévastée par un tremblement de terre le 20 mars, causant la destruction de nombreux bâtiments et la mort de milliers de personnes. Les habitants ont été terrifiés par les secousses et les conditions météorologiques froides.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 1606-1612
ITALIE.
Début :
MR Lazare Palavincini, Genois, qui étoit Nonce à Florence, a été fait Maître de [...]
Mots clefs :
Corse, Grecs, Rebelles, Provisions de guerre, Artillerie, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
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Résumé : ITALIE.
En juin 1731, plusieurs nominations et décisions importantes ont été prises au sein de l'Église catholique. R Lazare Palavicini, un Génois résidant à Florence, a été nommé à la Chambre du Pape, remplaçant M. Sinibal de Doria, promu à l'Archevêché de Bénévent. Lors du Consistoire secret du 21 mai, diverses propositions ont été faites pour des postes ecclésiastiques, notamment l'Évêché d'Ancone pour le Cardinal Barthelemi Massei et plusieurs abbayes pour divers abbés. Une protestation solennelle a été dressée concernant le Duché de Parme afin de protéger les intérêts du Saint-Siège en cas de naissance d'une princesse. Le Cardinal Grimaldi a refusé l'Archevêché de Lucques. Le Pape a formé une congrégation pour s'opposer à la disposition des bénéfices consistoriaux par le Roi et la République de Pologne. Une ordonnance du Cardinal Marefoschi a interdit aux jeunes filles romaines de porter des dorures ou des étoffes de soie lors de la réception de leurs dots. À Turin, le Roi de Sardaigne a arrêté les receveurs des fiefs dépendant du Saint-Siège et a pris possession de la Principauté de Masserano, défendant aux habitants de reconnaître la juridiction papale. Le Chevalier de Saint George est revenu de Naples, où il a observé des curiosités, dont la liquefaction du sang de Saint Jean-Baptiste. À Naples, des tremblements de terre ont causé des destructions. Les opinions de Molinos, condamnées depuis deux ans, ont conduit à des congrégations du Saint-Office à Rome pour demander à l'Empereur de contribuer à leur destruction. Le Cardinal Coscia a demandé justice pour une injure subie et a été malade, mais est hors de danger. Sa bibliothèque et ses meubles ont été vendus au profit de la Chambre Apostolique. Des lettres exécutoires ont été envoyées dans tout l'État ecclésiastique contre lui, car il a quitté Rome malgré les défenses papales. À Venise, la République a dépêché un courrier à son ambassadeur à Vienne pour demander une diversion en Transylvanie en cas d'attaque turque. Le Doge a assisté à un Te Deum pour la fête de Saint Pierre Orscolo. En Corse, une garnison grecque a résisté à des rebelles et a finalement obtenu une suspension d'armes. Des navires ont été envoyés de Gênes pour armer les villes non encore prises par les rebelles. Un navire anglais a été attaqué par un corsaire près des côtes catalanes, causant plusieurs morts et des captifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1806-1809
ITALIE.
Début :
Le fils du Pacha du Grand Caire, qui se sauva en Italie, lorsque son pere y excita la derniere [...]
Mots clefs :
Pacha du Grand Caire, Baptême, Collège des Maronites, Naples, Sauterelles, Insectes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E fils du Pacha du Grand Caire , qui se sauva:
en Italie , lorsque son pere y excita la derniee
révolte , parut le 16 Juin dans l'Anti - chambre
Qu
JUILLET. 1731. 1807
du Pape, sans Turban et avec la Croix sur la pol
trine. S. S. lui donna audience , et le reçut avec
beaucoup d'accueil. Quelques jours après il de
manda le Baptême. S. S. Pa envoïé au College
des Maronites , pour y être instruit , et elle le défrayera
pendant son séjour à Rome.
On apprend de Venise, que le 25 du mois dernier
, Fête de l'Apparition de S. Marc , le Doge
accompagné de la Seigneurie , du Nonce du Pape
et des Ambassadeurs, alla tenir Chapelle dans l'Eglise
Ducale , où l'Evangile écrit de la main de
cet Evangeliste , fut exposé à la vénération du
peuple.
On écrit de Naples, du commencement de Juin,
que le Viceroi avoit fait notifier au Cardinal Coscia
par ordre de l'Empereur , que S M. Imp.verroit
avec plaisir que S. E allat se jetter aux pieds
du Pape pour implorer sa clémence , puisque c'étoit
l'unique moyen de se tirer d'affaire ; et qu'en
attendant, l'Empereur laissoit au Nonce de S.S. la
liberté d'agir contre elle. Depuis cette notification
, le Cardinal qui est toujours incommodé , ne
voit presque personne , et on dit que S.E. est violemment
agitée, dans l'incertitude du parti qu'elle
doit prendre.
Il a fait publier un Mémoire pour justifier sa.
conduite et pour insinuer qu'on lui a ôté injustement
l'Archevêché de Benevent.
Un Ecclesiastique chargé de la procuration de
M. Doria, nouvel Archevêque de Benevent, ayant:
voulu prendre possession de cet Archevêché au:
nom de ce Prélat . M. Trabucco , Chanoine de
l'Eglise Métropolitaine et quelques autres de ses .
confreres s'y sont opposez par une protestation ,
et cette démarche ayant été suivie d'une émotion
populaire , les plus séditieux ont été arrêtez, mais
le
1808 MERCURE DE FRANCE
le Chanoine qui l'avoit excitée s'est sauvé.
On continuë de vendre à Rome les effets du
Cardinal Coscia, dont on a déja reçû 46000 écus,
sans compter saVaisselle d'argent et ses diamans,
qu'on fait monter à une somme beaucoup plus
considerable.
On assure qu'il est arrivé à Naples des Ordres
de l'Empereur de faire remettre entre les mains du
Nonce du Pape tous les revenus des Benefices de
ce Cardinal , qui n'a pu obtenir la protection de
S. M. Imp .
Il y a dans tout le territoire de Pise une si grande
quantité de Sauterelles , que pour engager les
Païsans à les détruire , on leur fait donner deux
sols pour livre de ces Insectes qu'ils ramassent et
qu'on enterre ensuite avec de la chaux.
Il est arrivé à Milan deux Députez de la République
de Génes , pour tegler avec le Comte de
Daun,de quelle maniere on fera passer dans l'Isle
de Corse les 4 à fooo hommes de Troupes que
l'Empereur a accordez à la République pour l'aider
à réduire les Rebelles de cette Isle, contre lesquels
on prépare à Génes un armement considerable.
On mande de Génes qu'on y avoit publié une
Ordonnance du Grand Conseil, qui défend à tous
les Vaisseaux , de quelque Nation qu'ils soient ,
de commercer avec l'Isle de Corse , et d'y jetter
l'Ancre , excepté devant la Bastie , Calvi , Ajaccio
et S. Boniface , à peine de mort contre les Capitaines;
et de confiscation des Vaisseaux.
Par les dernieres Lettres de Génes on apprend
que les Rebelles de l'Isle de Corse bloquoient actuellement
la Ville de la Bastia avec 3000 hommes;
qu'ils paroissoient vouloir en former le siége
et ouvrir la tranchée du côté de San-Francisco
CE
JUILLET. 1731. 1809
et des Capucins , aussi-tôt qu'ils auroient reçu un
renfort de 6000 hommes qu'ils attendoient des
Montagnes de l'Isle; que les habitans de Lotta , de
Brando , de Leville , de Nonza et de Cagnano s'étoient
déclarez en leur faveur.
E fils du Pacha du Grand Caire , qui se sauva:
en Italie , lorsque son pere y excita la derniee
révolte , parut le 16 Juin dans l'Anti - chambre
Qu
JUILLET. 1731. 1807
du Pape, sans Turban et avec la Croix sur la pol
trine. S. S. lui donna audience , et le reçut avec
beaucoup d'accueil. Quelques jours après il de
manda le Baptême. S. S. Pa envoïé au College
des Maronites , pour y être instruit , et elle le défrayera
pendant son séjour à Rome.
On apprend de Venise, que le 25 du mois dernier
, Fête de l'Apparition de S. Marc , le Doge
accompagné de la Seigneurie , du Nonce du Pape
et des Ambassadeurs, alla tenir Chapelle dans l'Eglise
Ducale , où l'Evangile écrit de la main de
cet Evangeliste , fut exposé à la vénération du
peuple.
On écrit de Naples, du commencement de Juin,
que le Viceroi avoit fait notifier au Cardinal Coscia
par ordre de l'Empereur , que S M. Imp.verroit
avec plaisir que S. E allat se jetter aux pieds
du Pape pour implorer sa clémence , puisque c'étoit
l'unique moyen de se tirer d'affaire ; et qu'en
attendant, l'Empereur laissoit au Nonce de S.S. la
liberté d'agir contre elle. Depuis cette notification
, le Cardinal qui est toujours incommodé , ne
voit presque personne , et on dit que S.E. est violemment
agitée, dans l'incertitude du parti qu'elle
doit prendre.
Il a fait publier un Mémoire pour justifier sa.
conduite et pour insinuer qu'on lui a ôté injustement
l'Archevêché de Benevent.
Un Ecclesiastique chargé de la procuration de
M. Doria, nouvel Archevêque de Benevent, ayant:
voulu prendre possession de cet Archevêché au:
nom de ce Prélat . M. Trabucco , Chanoine de
l'Eglise Métropolitaine et quelques autres de ses .
confreres s'y sont opposez par une protestation ,
et cette démarche ayant été suivie d'une émotion
populaire , les plus séditieux ont été arrêtez, mais
le
1808 MERCURE DE FRANCE
le Chanoine qui l'avoit excitée s'est sauvé.
On continuë de vendre à Rome les effets du
Cardinal Coscia, dont on a déja reçû 46000 écus,
sans compter saVaisselle d'argent et ses diamans,
qu'on fait monter à une somme beaucoup plus
considerable.
On assure qu'il est arrivé à Naples des Ordres
de l'Empereur de faire remettre entre les mains du
Nonce du Pape tous les revenus des Benefices de
ce Cardinal , qui n'a pu obtenir la protection de
S. M. Imp .
Il y a dans tout le territoire de Pise une si grande
quantité de Sauterelles , que pour engager les
Païsans à les détruire , on leur fait donner deux
sols pour livre de ces Insectes qu'ils ramassent et
qu'on enterre ensuite avec de la chaux.
Il est arrivé à Milan deux Députez de la République
de Génes , pour tegler avec le Comte de
Daun,de quelle maniere on fera passer dans l'Isle
de Corse les 4 à fooo hommes de Troupes que
l'Empereur a accordez à la République pour l'aider
à réduire les Rebelles de cette Isle, contre lesquels
on prépare à Génes un armement considerable.
On mande de Génes qu'on y avoit publié une
Ordonnance du Grand Conseil, qui défend à tous
les Vaisseaux , de quelque Nation qu'ils soient ,
de commercer avec l'Isle de Corse , et d'y jetter
l'Ancre , excepté devant la Bastie , Calvi , Ajaccio
et S. Boniface , à peine de mort contre les Capitaines;
et de confiscation des Vaisseaux.
Par les dernieres Lettres de Génes on apprend
que les Rebelles de l'Isle de Corse bloquoient actuellement
la Ville de la Bastia avec 3000 hommes;
qu'ils paroissoient vouloir en former le siége
et ouvrir la tranchée du côté de San-Francisco
CE
JUILLET. 1731. 1809
et des Capucins , aussi-tôt qu'ils auroient reçu un
renfort de 6000 hommes qu'ils attendoient des
Montagnes de l'Isle; que les habitans de Lotta , de
Brando , de Leville , de Nonza et de Cagnano s'étoient
déclarez en leur faveur.
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Résumé : ITALIE.
En juillet 1731, en Italie, le fils du Pacha du Grand Caire, réfugié à Rome, a été reçu par le Pape le 16 juin et a demandé le baptême. Il a été envoyé au Collège des Maronites pour y être instruit, aux frais du Pape. À Venise, le Doge et la Seigneurie ont vénéré l'Évangile écrit par Saint Marc le 25 juin. À Naples, le Cardinal Coscia, malade, a reçu une notification de l'Empereur l'incitant à implorer la clémence du Pape. Il a publié un mémoire pour justifier sa conduite et contester la perte de l'Archevêché de Benevent. Un chanoine opposé à la prise de possession de l'Archevêché par le nouvel archevêque a fui après une protestation suivie d'une émotion populaire. Les effets du Cardinal Coscia sont vendus à Rome, et ses revenus ecclésiastiques doivent être remis au Nonce du Pape. À Pise, une récompense est offerte pour la destruction des sauterelles. À Milan, des députés de la République de Gênes négocient avec le Comte de Daun le passage de troupes en Corse pour réprimer les rebelles. Gênes a publié une ordonnance interdisant le commerce avec la Corse, sauf dans certaines villes. Les rebelles corses bloquent Bastia et attendent des renforts.
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19
p. 1006-1008
MORTS, MARIAGES des Pays Etrangers.
Début :
Le Prince de Mondorvino-Pignatelli, de la Branche du feu [...]
Mots clefs :
Naples, Düsseldorf, Bruxelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, MARIAGES des Pays Etrangers.
MORTS, MARIAGES
des Pays Etrangers.
E Prince de Mondorvino- Pignatelli , de la
Branche du feu Pape Innocent XII. mourut subitement à Naples , le 8 Avril , âge de 81 ans.
Le
MAY 175237 1007
Le Pr. de Sonnino. Colonne , y mourut le 11
'd'une attaque d'apopléxie , dans la 64º année de
son âge.
François- Louis , Electeur de Mayence, mourut à Breslau d'une attaque d'apoplexie , le 18
Avril , à onze heures du soir , dans la 68° année
de son âge , étant né le 24 Juillet 1664.
Ce Prince étoit fils de Philippe Guillaume, Electeur Palatin, et d'Elisabeth Amelie fille de Géorge Landgrave de Hesse Darmstadt. Il avoit été
elu Evêque de Breslau , le 30 Janvier 1683. Prevôt d'Elvangen , en 1694. Evêque de Wormes
et Grand- Maître de l'Ordre Teutonique, au mois
de Juillet de la même année, Coadjuteur de l'Archevêque de Mayence, les Novembre 1710.Electeur de Tréves , le 20 Février 1711.et enfin Electeur de Mayence le 11 Avril 1729.
On écrit de Dusseldorp , que la Regence y a
reçu ordre de faire sonner les Cloches pendant
six semaines par tout le Duché de Bergue et de´
Juliers , à l'occasion de la mort de cet Electeur , ´
frere de l'Electeur Palatin.
Ces Lettres ajoutent , que l'Electeur défunt dé.
fend par son Testament, qu'on ouvre son Corps .
après sa mort , et ordonne qu'on le mette dans
un Cercueil fort simple, sans aucune Inscription
ni Titres , ne voulant d'autre Epitaphe que ces mots ;
Hie Jacet Franciscus – Ludovicus , Peccator.
On a apris par les dernieres Lettres de Breslau que le Corps de cet Electeur ayant été embaumé, avoit été exposé le 19 d'Avril dans la
grande Sale du Palais Episcopal, en habit d'Elec- ieur, le Bonnet Electoral sur la tête, et la Croix
Archiepiscopale sur la poitrine ; la Crosse placée
Hiij .
Too8 MERCURE DE FRANCE
à sa droite , l'Epée à sa gauche , quatre Mitres à
ses pieds,à droite , et à gauche le Manteau Elec
toral , les Eperons et l'Epée du Grand- Maître de
T'Ordre Teutonique ; qu'il y avoit dans la même
Sale six Aurels, ausquels on avoit dit des Messes,
et que le 20 au soir il avoit été porté par huit:
Gentilhommes de sa Chambre , à l'Eglise Col
légiale de S. Jean , précédé du Clergé Séculier
et Régulier , à la tête duquel l'Evêque suffragane de Breslau marchoit en Habits Pontificaux, et suivi des Pages de l'Electeur et de ses Gardes à pied,
portant des Flambeaux ; que le Pr. de Birckenfeld
qui menoit le deuil avoit à sa droite le Comte
de Schafyorsch , et à sa gauche le Baron de Satzenhofen , Chambellan du feu Electeur , et que
le Corps avoit été inhumé avec les cérémonies
ordinaires , dans la Chapelle que ce Prince avoit
fait bâtir dans cette Eglise Collégiale.
M. de la Merveille mourut le 4 May , à Bruz
xelles. C'est lui qui en 1715. après la conclusion
du Traité de la Barriere , présenta au Gouvernement le premier Projet pour l'établissement du
Commerce d'Ostende, aux Indes Orientales.
Le Margrave Frédéric Chrétien de Brande
bourg Culmbach, épousa le 26 d'Avril à Schaum
bourg la Princesse Victoire- Charlotte d'Anhalt Schaumbourg.
des Pays Etrangers.
E Prince de Mondorvino- Pignatelli , de la
Branche du feu Pape Innocent XII. mourut subitement à Naples , le 8 Avril , âge de 81 ans.
Le
MAY 175237 1007
Le Pr. de Sonnino. Colonne , y mourut le 11
'd'une attaque d'apopléxie , dans la 64º année de
son âge.
François- Louis , Electeur de Mayence, mourut à Breslau d'une attaque d'apoplexie , le 18
Avril , à onze heures du soir , dans la 68° année
de son âge , étant né le 24 Juillet 1664.
Ce Prince étoit fils de Philippe Guillaume, Electeur Palatin, et d'Elisabeth Amelie fille de Géorge Landgrave de Hesse Darmstadt. Il avoit été
elu Evêque de Breslau , le 30 Janvier 1683. Prevôt d'Elvangen , en 1694. Evêque de Wormes
et Grand- Maître de l'Ordre Teutonique, au mois
de Juillet de la même année, Coadjuteur de l'Archevêque de Mayence, les Novembre 1710.Electeur de Tréves , le 20 Février 1711.et enfin Electeur de Mayence le 11 Avril 1729.
On écrit de Dusseldorp , que la Regence y a
reçu ordre de faire sonner les Cloches pendant
six semaines par tout le Duché de Bergue et de´
Juliers , à l'occasion de la mort de cet Electeur , ´
frere de l'Electeur Palatin.
Ces Lettres ajoutent , que l'Electeur défunt dé.
fend par son Testament, qu'on ouvre son Corps .
après sa mort , et ordonne qu'on le mette dans
un Cercueil fort simple, sans aucune Inscription
ni Titres , ne voulant d'autre Epitaphe que ces mots ;
Hie Jacet Franciscus – Ludovicus , Peccator.
On a apris par les dernieres Lettres de Breslau que le Corps de cet Electeur ayant été embaumé, avoit été exposé le 19 d'Avril dans la
grande Sale du Palais Episcopal, en habit d'Elec- ieur, le Bonnet Electoral sur la tête, et la Croix
Archiepiscopale sur la poitrine ; la Crosse placée
Hiij .
Too8 MERCURE DE FRANCE
à sa droite , l'Epée à sa gauche , quatre Mitres à
ses pieds,à droite , et à gauche le Manteau Elec
toral , les Eperons et l'Epée du Grand- Maître de
T'Ordre Teutonique ; qu'il y avoit dans la même
Sale six Aurels, ausquels on avoit dit des Messes,
et que le 20 au soir il avoit été porté par huit:
Gentilhommes de sa Chambre , à l'Eglise Col
légiale de S. Jean , précédé du Clergé Séculier
et Régulier , à la tête duquel l'Evêque suffragane de Breslau marchoit en Habits Pontificaux, et suivi des Pages de l'Electeur et de ses Gardes à pied,
portant des Flambeaux ; que le Pr. de Birckenfeld
qui menoit le deuil avoit à sa droite le Comte
de Schafyorsch , et à sa gauche le Baron de Satzenhofen , Chambellan du feu Electeur , et que
le Corps avoit été inhumé avec les cérémonies
ordinaires , dans la Chapelle que ce Prince avoit
fait bâtir dans cette Eglise Collégiale.
M. de la Merveille mourut le 4 May , à Bruz
xelles. C'est lui qui en 1715. après la conclusion
du Traité de la Barriere , présenta au Gouvernement le premier Projet pour l'établissement du
Commerce d'Ostende, aux Indes Orientales.
Le Margrave Frédéric Chrétien de Brande
bourg Culmbach, épousa le 26 d'Avril à Schaum
bourg la Princesse Victoire- Charlotte d'Anhalt Schaumbourg.
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Résumé : MORTS, MARIAGES des Pays Etrangers.
En avril 1752, plusieurs personnalités notables sont décédées. Le Prince de Mondorvino-Pignatelli, issu de la branche du pape Innocent XII, est mort subitement à Naples le 8 avril à l'âge de 81 ans. Le Prince de Sonnino-Colonne est décédé le 11 avril d'une attaque d'apoplexie à l'âge de 64 ans. François-Louis, Électeur de Mayence, est mort à Breslau le 18 avril d'une attaque d'apoplexie à l'âge de 68 ans. Né le 24 juillet 1664, il était fils de Philippe Guillaume, Électeur Palatin, et d'Élisabeth Amélie, fille de Georges Landgrave de Hesse Darmstadt. Il a occupé plusieurs fonctions ecclésiastiques et politiques, notamment celles d'Évêque de Breslau, Prévôt d'Elvangen, Évêque de Worms, Grand-Maître de l'Ordre Teutonique, Coadjuteur de l'Archevêque de Mayence, Électeur de Trèves, et enfin Électeur de Mayence en 1729. Son testament stipulait une sépulture simple avec l'épitaphe 'Hie Jacet Franciscus – Ludovicus, Peccator'. Son corps, embaumé et exposé dans la grande salle du Palais Épiscopal, a été inhumé dans la Chapelle de l'Église Collégiale de Saint-Jean à Breslau. Le 4 mai, M. de la Merveille est mort à Bruxelles. Il était connu pour avoir proposé en 1715 le premier projet pour l'établissement du commerce d'Ostende aux Indes Orientales. Le 26 avril, le Margrave Frédéric Chrétien de Brandebourg Culmbach a épousé la Princesse Victoire-Charlotte d'Anhalt Schaumbourg à Schaumbourg.
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20
p. 200[4]
« On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...] »
Début :
On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...]
Mots clefs :
Rome, Naples, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...] »
On a appris de Rome , que le 17 Août , les
Pensionnaires du College Clementin céicbrerent
selon l'usage , la Fête de l'Assomption de la Sainte Vierge par plusieurs Poemes et Discours d'Eloquence faits à son honneur , et qui furent récitez par Don Jean- Charles Boschi , Don NicolasAntoine de Genaro , de la Famille des Princes de
S. Martin, et par Don Joseph Spinelli , en présence de 13 Cardinaux et d'un grand nombre de
Prélats.
On a fait à Naples l'ouverture d'un nouveau
College, établi pour apprendre les Langues des
Indes Orientales à de jeunes Ecclésiastiques qu'on
a dessein d'envoyer ensuite en Mission dans les
Indes , afin de les opposer aux progrès que pourroient faire dans le pays les Missionnaires Lutheriens ou Calvinistes que les Anglois et les Danois y envoyent.
On écrit de Londres que la Reine a fait cons- truire une Grotte magnifique à Richmond , ou
elle fera placer les Bustes de feu M. Locke , du Chevalier Isaac Nevvton , de M. Vvolston, Auteur du Livre intitulé : La Religion de Nature
démontrée , et du feu Docteur Clarck.
Pensionnaires du College Clementin céicbrerent
selon l'usage , la Fête de l'Assomption de la Sainte Vierge par plusieurs Poemes et Discours d'Eloquence faits à son honneur , et qui furent récitez par Don Jean- Charles Boschi , Don NicolasAntoine de Genaro , de la Famille des Princes de
S. Martin, et par Don Joseph Spinelli , en présence de 13 Cardinaux et d'un grand nombre de
Prélats.
On a fait à Naples l'ouverture d'un nouveau
College, établi pour apprendre les Langues des
Indes Orientales à de jeunes Ecclésiastiques qu'on
a dessein d'envoyer ensuite en Mission dans les
Indes , afin de les opposer aux progrès que pourroient faire dans le pays les Missionnaires Lutheriens ou Calvinistes que les Anglois et les Danois y envoyent.
On écrit de Londres que la Reine a fait cons- truire une Grotte magnifique à Richmond , ou
elle fera placer les Bustes de feu M. Locke , du Chevalier Isaac Nevvton , de M. Vvolston, Auteur du Livre intitulé : La Religion de Nature
démontrée , et du feu Docteur Clarck.
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Résumé : « On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...] »
Le 17 août, les élèves du Collège Clémentin à Rome ont célébré la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge avec des poèmes et des discours. Les orateurs étaient Don Jean-Charles Boschi, Don Nicolas-Antoine de Genaro, de la famille des Princes de Saint-Martin, et Don Joseph Spinelli. La cérémonie s'est déroulée en présence de 13 cardinaux et de nombreux prélats. À Naples, un nouveau collège a été inauguré pour enseigner les langues des Indes orientales à de jeunes ecclésiastiques destinés à des missions dans ces régions. Cette initiative vise à contrer l'influence des missionnaires luthériens ou calvinistes envoyés par les Anglais et les Danois. À Londres, la reine a fait construire une grotte à Richmond, où elle prévoit d'installer les bustes de John Locke, Isaac Newton, John Toland, auteur de 'La Religion de Nature démontrée', et du docteur Samuel Clarke.
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21
p. 2866-2867
Tremblement de Terre à Naples, [titre d'après la table]
Début :
Le 29. Novembre; vers les six heures et demie du matin, on ressentit à Naples une violente secousse [...]
Mots clefs :
Naples, Secousse, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tremblement de Terre à Naples, [titre d'après la table]
Le 29.Novembre ; vers les six heures et demiedu
matin, on ressentit à Naples une violente secousse
de Tremblement de Terre , qui ' endommagea
plusieurs Eglises , quelques Palais et un grand nombre de Maisons , où il y eut quelques personnes écrasés. La crainte d'un second Tremblement de Terre , détermina la plus grande partie de la Noblesse et des Bourgeois à se retirer à
la Campagne, et la nuit suivante toutes les grandes Places de la Ville et des Fauxbourgs furent
remplies du reste des Habitans , quoiqu'il fit
cette nuit là un froid très- vif,
II. Vel. Le
DECEMBRE. 1732. 2867
Le 30. on reçut avis que ce Tremblement de
3 Terre s'étoit fait sentir, à la même heure dans la
Terre de Labour ; qu'il avoit entierement détruit
la petite Ville d'Ariano et celle de Mirabello
dont la plupart des Habitans avoient été écrasez
par la chute de leurs maisons ; qu'il avoit causé
beaucoup de dommage à Avellino , et qu'on l'a- voit aussi ressenti à Salerne.
matin, on ressentit à Naples une violente secousse
de Tremblement de Terre , qui ' endommagea
plusieurs Eglises , quelques Palais et un grand nombre de Maisons , où il y eut quelques personnes écrasés. La crainte d'un second Tremblement de Terre , détermina la plus grande partie de la Noblesse et des Bourgeois à se retirer à
la Campagne, et la nuit suivante toutes les grandes Places de la Ville et des Fauxbourgs furent
remplies du reste des Habitans , quoiqu'il fit
cette nuit là un froid très- vif,
II. Vel. Le
DECEMBRE. 1732. 2867
Le 30. on reçut avis que ce Tremblement de
3 Terre s'étoit fait sentir, à la même heure dans la
Terre de Labour ; qu'il avoit entierement détruit
la petite Ville d'Ariano et celle de Mirabello
dont la plupart des Habitans avoient été écrasez
par la chute de leurs maisons ; qu'il avoit causé
beaucoup de dommage à Avellino , et qu'on l'a- voit aussi ressenti à Salerne.
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Résumé : Tremblement de Terre à Naples, [titre d'après la table]
Le 29 novembre 1732, un tremblement de terre à Naples endommagea églises, palais et maisons, causant plusieurs morts. La noblesse et les bourgeois fuirent la ville. La nuit suivante, les places furent remplies d'habitants. Le 30 novembre, des nouvelles rapportèrent des destructions à Ariano, Mirabello et Avellino, et des secousses jusqu'à Salerne.
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22
p. 128-130
« On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...] »
Début :
On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...]
Mots clefs :
Italie, Allemagne, Naples, Prague, Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...] »
On apprend dîtalie’, ue le Grand
Maître de Malte a choisi, e Pere Pauli,
de Florence, pour être Histotiographc
‘de l’Ordre des Chevaliers de S. Jean de
Jçrusalem.
c
Les Lettres dhflllemagne portent qu'au
Ÿillagc d’Aysch , en Fxanconie , appar
‘ " ‘ e tenant
JANVIER. 1733.1 n;
partenant au Baron de Stiebar, que la.
emme d'un Paysan , nommé André Zo
"beleins, étoit accouchée le 14. du mois
dernier, d'un Enfant mâle , qui mourut
trois heures après , que le r8. au matin ,
elle étoit accouchée d'un second fils ,
mort quelques heures après sa naissance.
et le 2.x. d’-un troisième fils, qui mou
rut le même jour.
On apprend de Na les, que la nuit’
du 29. au 3a. Décem re, le Mont Ÿe
suve commença à jettet une grande uan
tité de matieres bitumineuses et suiphu.
reuses , ce qui a commencé de" rassurer
1e Peuple , parce que c’est toujours un
signe que les matieres, qui par leur fer
mentation dans leur conduit souterrain,‘
soulevent la terre et causent des trem
blemens , onttrouvé une issuë qui ralen-j
tit leurs efforts; '
* Les Terres embrasées des environside
Prague‘, dont nous avons parlé dans le
second Volume du Mercure de Décem
bre , ont jette depuis peu une grande
quantité de flammes; et la terre s’étane
ouverte en plusieurs endroits, un Pay
san eut le malheur d'y tomber , et y fut
consume en deux ou trois minutes. On
' ' G travaille
"m MERCURE DE FRANCE
travaille à chercher _les moÿens de prê
vcnir les suites de cet Incendie souterrain
dont on craint la communication dans
la Ville.
Maître de Malte a choisi, e Pere Pauli,
de Florence, pour être Histotiographc
‘de l’Ordre des Chevaliers de S. Jean de
Jçrusalem.
c
Les Lettres dhflllemagne portent qu'au
Ÿillagc d’Aysch , en Fxanconie , appar
‘ " ‘ e tenant
JANVIER. 1733.1 n;
partenant au Baron de Stiebar, que la.
emme d'un Paysan , nommé André Zo
"beleins, étoit accouchée le 14. du mois
dernier, d'un Enfant mâle , qui mourut
trois heures après , que le r8. au matin ,
elle étoit accouchée d'un second fils ,
mort quelques heures après sa naissance.
et le 2.x. d’-un troisième fils, qui mou
rut le même jour.
On apprend de Na les, que la nuit’
du 29. au 3a. Décem re, le Mont Ÿe
suve commença à jettet une grande uan
tité de matieres bitumineuses et suiphu.
reuses , ce qui a commencé de" rassurer
1e Peuple , parce que c’est toujours un
signe que les matieres, qui par leur fer
mentation dans leur conduit souterrain,‘
soulevent la terre et causent des trem
blemens , onttrouvé une issuë qui ralen-j
tit leurs efforts; '
* Les Terres embrasées des environside
Prague‘, dont nous avons parlé dans le
second Volume du Mercure de Décem
bre , ont jette depuis peu une grande
quantité de flammes; et la terre s’étane
ouverte en plusieurs endroits, un Pay
san eut le malheur d'y tomber , et y fut
consume en deux ou trois minutes. On
' ' G travaille
"m MERCURE DE FRANCE
travaille à chercher _les moÿens de prê
vcnir les suites de cet Incendie souterrain
dont on craint la communication dans
la Ville.
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Résumé : « On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...] »
En Italie, le Grand Maître de Malte a nommé le Père Pauli, de Florence, comme historiographe de l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. En Allemagne, à Aysch en Franconie, la femme d'un paysan nommé André Zobeleins a accouché de trois fils en janvier 1733, tous décédés peu après leur naissance. À Naples, la nuit du 29 au 30 décembre, le mont Vesuve a commencé à émettre des matières bitumineuses et sulfuriques, rassurant ainsi la population. Près de Prague, des terres enflammées ont continué de projeter des flammes, causant la mort d'un paysan. Des mesures sont prises pour éviter la propagation de cet incendie souterrain vers la ville.
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23
p. 567-578
Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Début :
Le 5. Mars, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Quatre Semblables, [...]
Mots clefs :
Coups de bâton, Arlequin, Lélio, Fabrice, Léonore, Hortense, Étranger, Demande, Chrisante, Scapin, Maison, Prison, Naples, Citadin, Épouser, Maître, Valet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Le 5. Mars , les Comédiens Italiens donnerent™
la premiere Représentation des Quatre Semblables
, ou les deux Lelio et les deux Arlequins ; ancienne
Piece jouée ici en Prose en 1716. et composée
à l'imitation des Menechmes de Plaute ; Lelio
y joue les deux Lelio comme Arlequins.Arlequin
y joue les deux Arlequins , avec quelque sorte de
difference dans les habits. Le sicur Dominique
vient de mettre cette Piece en Vers François
laquelle a été reçûë très -favorablement du Public
; il y a fait plusieurs changemens , pour s'accommoder
aux regles de ce Théatre , et pour
conserver et mettre dans tout leur jour les situations
picquantes de cette ingénieuse Comédie.
On en jugera par l'Extrait que voicy.
Chrisante .
ACTEURS.
Hortenfe, Fille de Chrisante.
Lisette , Suivante d'Hortense.
Fabrice.
Les deux Lelio , Fils Jumeaux de Fabrice.
Leonore .
Leandre , Frere de Leonore.
Les deux Arlequins , Valets Jumeaux.
Scapin , Aubergiste.
La Scene est à Naples
Chrisante , dont le caractere est simple et in
genu , ouvre la Scene avec Hortense , sa fille , à
qui il demande le sujet de sa mélancolie , et lui
propose
568 MERCURE DE FRANCE
propose , pour la réjouir , des Livres nouveaux
des ajustemens , des bijoux , &c. Lisette , qui
s'impatiente de tous ces raisonnemens qui ne
vont point au fait , lui dit brusquement .
Comment vous n'êtes pas encor assez habile
Pour sçavoir ce que veut une fille nubile ? ...
"
Chrisante dit qu'il n'entend point ce que signifie
ce terme , Lisette le lui explique en disant
que c'est un mary qu'il faut à sa fille . Chrisante
demande quel est l'objet de sa tendresse , et on
lui apprend que c'est Lélio qu'elle aime. Chrisante
dit que son Pere est son ancien ami ; on
l'oblige d'en aller faire la demande , & c.
Hortense remercie Lisette , en ces termes :
Je ne puis trop payer tes soins officieux ;
Tu m'as fort bien instruite
mieux ;
et je m'en trouve
Avant qu'à tes leçons je me fusse prêtée ,
D'une extrême langueur sans cesse tourmentée ,
Je ne connoissois point ce trouble interieur
Qui souvent , malgré moi , s'élevoit dans mon coeur;
De mes fréquens soupirs la douce violence ,
Ces pleurs qui m'échappoient , ces desirs, ce silence,
Cette mélancolie et ces chagrins secrets ,
Ces jours longs écoulez , ces ennuis , ces regrets ,
Enfin de tous les maux ausquels l'Amour expose ,
Sans toi , sans ton secours j'ignorerois la cause
Hortense rentre ; Lisette apperçoit Arlequin ,
son Amant , et lui témoigne le plaisir que sa
présence
MARS. 1733.
569
présence lui cause ; Arlequin lui demande avec
empressement , quand arrivera le jour tant souhaité
de leur mariage , et l'assure qu'elle sera fort
heureuse avec lui , qu'il sera un mari fort commode
, & c.
Et pourvû qu'au logis je fasse bonne chere .
Que je ne manque pas sur tout du nécessaire ,
Qu'il me soit quelquefois permis de m'enyvrer ,
Sans crainte à ton penchant tu pourras te livrer.
Lisette satisfaite , se retire . Lélio arrive et dit à
Arlequin qu'il devient bien rare ; il répond que
c'est son amour pour Lisette qui en est cause ,
&c. Leonore paroît ; Lelio lui fait les protestations
les plus vives , Arlequin P'interrompt et dit
bas à Leonore que son Maître ne pense pas sérieusement
à tout ce qu'il lui dit , de quoi Leonore
est fort allarmée ; Lelio la rassure et lui
témoigne son impatience d'être unie avec elle .
& c.
Fabrice qui survient , arrête Arlequin qui veut
l'éviter , et lui demande la raison pourquoi il ne
voit presque plus son fils Lélio , Arlequin répond
que l'amour qu'il a pour Léonore en est cause ;
Fabrice lui dit qu'il est fort content de cette alliance
, & c.
Il parle ensuite de son autre fils Lelio , dont il
ignore le sort depuis plus de vingt ans qu'il a
quitté la Maison paternelle ; ce souvenir lui arrache
des larmes ; il ajoûte que cette perte fut
cause qu'il quitta Venise sa Patrie , pour venir
s'établir à Naples. Arlequin se rappelle en même
temps le départ de son frere qui avoit suivi Lelio;
Fabrice ne doute point qu'ils ne soient morts
tous deux. Il expose le sujet de la Piece en ces
termes :
570 MERCURE DE FRANCÉ
Tous deux le même jour reçurent là naissance ;
Ils avoient mêmes traits et même ressemblance ,
Ta mere , qui chez moi servoit fidellement ,
Mit au monde deux fils dans le même moment
Tonpere en ressentit une allegresse extrême ,
Et suivant mon exemple il les nomma de même ;
Tonfrere s'appelloit Arlequin comme toi ...
Fabrice ajoûte qu'il veut aussi reprendre un
femme, puisque son fils Lelio épouse Leonore ; i
nomme Hortense , fille de son ami Chrysante
qu'il trouve fort à son gré.
Lelio étranger arrive à Naples avec son Vale
Arlequin aussi étranger , chargé d'une valise
il témoigne la joye qu'il ressent d'être heureuse
ment débarqué , après vingt ans d'absense , i
se livre tout entier à l'espoir de revoir bien
tôt à Venise , sa Patrie , et son pere et son frer
qu'il y a laissez , et ne veut , dit - il , rester qu
deux jours à Naples.
Scapin , qui les reçoit dans son Hôtellerie , le
appelle d'abord par leurs noms , croyant pat
ler à Lelio et à Arlequin qui sont à Naples e
qu'il connoît depuis long - temps , leur fait de
offres de service , & c. Lelio est fort étonné de s
voir déja connu à Naples ; Arlequin ne l'est pa
moins de voir que son Hôte l'appelle mon che
ami , &c. ils arrêtent un Appartement , Arlequi
y porte la valise et ils y commandent à dîner.
Lelio étranger reste snr la Scene , Leonore 1
prenant pour son Amant , vient lui demande
avec empressement s'il a vû son Pere , et l'assur
que son frere Leandre souhaite avec ardeur leu
union. Lelio étonné prend Leonore pour un
Avanturiere et lui répond dans des termes pe
graciou
MARS. 1733:
571
剿
acieux. Leonore irritée , se repent d'avoir été
op crédule , et de n'avoir pas profité des avis
Arlequin et se retire. Leandre , frere de Leopre
, paroît ensuite et court embrasser Lelio en
ippellant son beaufrere futur ; Lelio le désabuse
r le champ en l'assurant qu'il ne sera jamais
n parent , ne le connoissant pas , non plus que
soeur , et se retire avec Arlequin .
Scapin vient avertir Lelio et Arlequin que le
né est prêt , mais il ne trouve personne ; un
oment après Arlequin Citadin arrive et court
abrasser son ami Scapin , qui lui annonce un
ès- bon dîné et qu'il n'a pas oblié les Macarrons.
lequin est charmé de cette agreable nouvelle ,
autant mieux qu'il ne s'y attendoit nullement.
apin lui apporte le dîné dans uu panier court
, qu'Arlequin emporte .
Lelio et Arlequin Etrangers , arrivent ; Lelio
parle que de l'aimable personne qu'il a vûë
promenade et dont les appas ont touché son
eur ; Scapin vient un moment après et demanà
Arlequin si les Macarrons étoient bons ;
lio dit à Scapin de ne pas plaisanter et de le
vir à dîner , celui- cy soutient qu'Arlequin a
porté le dîner , &c. Cette dispute devient trèsve
et finit le premier Acte par des coups de
ton dont Arlequin régale Scapin.
Au second Acte , Fabrice confie à son ami
hrisante , la passion qu'il a pour Hortense sa
le , et le dessein qu'il a de l'épouser ; Chrisante
t fort surpris de cette proposition , d'autant plus
ie sa fille , dit-il , aime Lelio son fils, je venois,
oute-t'il , vous proposer cette alliance ; Fabrice
rejette , d'autant plus que Lélio est sur le point
épouser Leonore, et enfin Chrisante lui dit qu'il
donnera son consentement , pourvû que
le Hortense y donne le sien
572 MERCURE DE FRANCE
Fabrice écrit à Hortense pour lui déclarer son
amour ; il ne sçait comment faire pour lui faire
rendre sa Lettre ; il apperçoit Arlequin Citadin
qui s'en charge, et promet de la rendre ,
nant quatre ducats que Fabrice lui donne.
moyen-
Arlequin va pour rendre la Lettre à Hortense
qui est dabord charmée de voir Arlequin , ne dou
tant nullement qu'il ne vienne de la part de Lelio,
mais elle est bien surprise après avoir lû la Lettre
de voir qu'elle vient de la part de l'Amoureux
Fabrice. La maniere dont cette Lettre est renduë
et lûë et la finesse avec laquelle cette Scene est
jouée par la Dile Silvia et par le sieur Thomassin
, fait un extrême plaisir . Hortense régale le
Porteur de coups de bâton , et lui ordonne de porter
cette réponse à Fabrice , lequel arrivant dans
le moment , demande avec empressement des
nouvelles de sa Lettre ; Arlequin l'assure qu'Hortense
l'a reçûë avec de grands transports de joye
et ajoûte :
Que mon sort est heureux !
J'aipú , m'a-t'elle dit , faire naître ses feux!
A mafélicité, non , rien n'est comparable ....
Fabrice , persuadé que c'est de lui qu'Hortense
a parlé , est au comble de sa joye , il récompense
largement Arlequin , mais il est bien surpris en
apprenant qu'Hortense a changé de visage en
lisant la fin de la Lettre et qu'elle a reconnu
qu'elle étoit de lui ; mais enfin a-t'elle fait réponse
, dit Fabrice ? oui , très - exactement ,
pond Arlequin , et en même- temps il rend à ce
Vieillard les coups de bâton dont il a été luimême
régalé. Fabrice transporté de colere contre
ce Valet , jure de s'en yenger ; il trouve un
rémoment
MARS. 1733. 573
rnoment après Arlequin étranger , qu'il charge
de mille coups , abusé par la ressemblance , et
dit en s'en allant ;
Faquin , apprend à me connoître ,
On ne maltraite pas impunément son Maître.
મે
soeur ,
Arlequin étranger est fort étonné de se vois
maltraité sans rime ni raison , son Maître ,
à qui il s'en plaint , n'y peut rien comprendre ,
& c. Lelio dit ensuite qu'il ne veut plus rester
dans l'Auberge de Scapin , à qui il ordonne de
remettre sa valise à son Valet Arlequin , &c .
Léandre , outré du procedé de Lelio avec sa
vient dans le dessein de s'en venger ; il
voit Arlequin étranger , qu'il prend pour le Citadin
, instruit des mauvais discours qu'il a tenus;
le maltraite. Arlequin étranger prend la fuite ;
Lelio Citadin surpris de voir courir Arlequin
avec tant de vitesse , veut l'arrêter , et un instant
après Arlequin Citadin arrive ; Lelio lui demande
par quelle raison il couroit si vîte il n'y a
qu'un moment ; Arlequin ne sçait ce qu'il veut
dire , & c.
Leonore vient faire des reproches à Lelio-
Citadin , sur la maniere dont il l'a reçû ; Lelio
veut en vain se justifier , et ne sçai à quoi
attribuer un si prompt changement ; Leonore le
quitte avec indignation , &c.
Scapin sort de son Auberge et rend à Lelio et
à Arlequin Citadins la Valise qui lui a été remise
par l'autre Lelio , &c. ils ne comprennent
pas pourquoi Scapin leur remet cette Valise ,
qu'Arlequin emporte , en disant qu'il en sera
quitte pour la rendre. Lelio Citadin reste ; plus
s'examine et moins il peut comprendre co
qui
$74 MERCURE DE FRANCE
qui peut lui avoir attiré les reproches de Leonore.
Chrisante appercevant Lelio veut lui parler
et lui proposer sa fille , il ne fait nulle attention
aux discours de Chrisante , tant il est accablé
de chagrin d'avoir pû déplaire à sa Maîtresse;
il se plaint ensuite à Leandre du retardement
de son bonheur , lui témoigne l'impatience qu'il
a d'être uni avec sa soeur , et le prie de le presenter
à elle pour la désabuser de ses soupçons injustes
. Leandre entre avec Lelio chez Leonore
et Arlequin - Citadin reste. Lelio étranger paroît;
Arlequin lui demande pourquoi il quitte si -tôt
Leonore , Lelio croit qu'il veut parler de l'Inconnue
qu'il a rencontrée à la promenade , et
dont il est si éperduement amoureux ; Arlequin
lui dit qu'il parle de Leonore , ce qui irrite fort
Lelio ; il lui ordonne de ne lui en parler jamais ,
et s'en va ; Arlequin reste .
Lelio Citadin sort de la maison de Leonore et
vient apprendre à Arlequin qu'elle est appaisée ,
et qu'elle ne doute plus de sa fidelité ; Arlequin
demande ensuite à son Maître des nouvelles de
P'Inconnue , Lelio ne comprend rien à cette demande
, et lui dit qu'il n'est occupé que de Leonore
, et il rentre dans sa maison , et Arlequin
reste. Lelio Etranger survient et trouve Arlequin
qui lui parle encore de Leonore , de Scapin
, &c. A tous ces discours extravagans Lelio
croit que son Valet est devenu fou, et celuici
croit la même chose de son Maître , &c . Le
Lecteur comprend aisément que toutes ces situations
sont tres- comiques et fort propres à
faire rire le Spectateur de l'erreur dans laquelle
sont tous les Acteurs.
Fabrice , pour se vanger des coups de bâtons
qu'Arlequin Cîtadin lui a donné au commencemeat
MARS. 1733.
ment de l'Acte , fait arrêter Arlequin Etranger
575
par des Archers qui le menent en prison.
Au troisiéme Acte , Hortense , à qui son Pere,
vient d'apprendre que Lelio épouse Leonore, témoigne
la douleur qu'elle en ressent , et voyant
paroître Lelio Etranger, veut se retirer, mais elle
ne sçauroit s'y résoudre à la vûë de son Amant ;
celui -ci la reconnoît pour la personne qu'il a
rencontrée à la promenade ; il l'aborde poliment
et lui fait un compliment des plus gracieux . Hortense
surprise de cette politesse, lui déclare qu'el
le a appris qu'il va bien- tôt épouser Leonore.Lelio
la désabuse et lui declare en même temps la
passion qu'elle lui a inspirée , cet aveu charme,
Hortense. Lelio lui demande son nom et sa demeure
, et ajoûte :
Belle Hortense , l'Amour me soumet à ses Loix ,
Je n'avois pas encor éprouvé sa puissance ,
Et mes premiers soupirs vous doivent leur naissance
•
Hortense étonnée , lui dit que ce n'est que par
l'Hymen qu'il peut obtenir et son coeur et sa
main. Lelio promet de la demander à son Pere
&c.
2
Lelio est fort surpris en rentrant , de voir Arlequin
en prison ; il croit que Scapin l'y a fait
mettre,par rapport à toutes les discussions qu'ils
ont eu ensemble , et promet de l'en retirer,
Chrisante et Fabrice arrivent , ce dernier s'applaudit
d'avoir fait mettre Arlequin en prison
pour les coups de bâton qu'il en a reçus , Arlequin
l'accable d'injures à travers sa grille. Un
moment après Arlequin Citadin arrive , et demande
ses gages à Fabrice ; ils sont fort surpris
de le voir en liberté , Payant vû un instant aupara
376 MERCURE DE FRANCE
paravant dans la prison; il se retire , et l'Etranger
reparoît en prison ; ce qui étonne si fort ces
deux vieillards , qu'ils croyent que c'est un enchantement,
et ils sont bien plus étonnez lorsqu'ils
le revoyent un moment après dans la prison.
Lelio Citadin vient prier son pere de hâter son
bonheur en l'unissant à Leonore ; Fabrice lui
donne avec plaisir son consentement. Lelio apprend
en même- temps à Leonore , qui survient ,
cette agreable nouvelle , et rentre avec elle dans
sa maison. Lelio Etranger arrive presque aussitôt
, et Fabrice lui reproche son impolitesse d'avoir
quitté si-tôt Leonore ; le même Lelio ne
comprend encore rien à ce raisonnement. Il frappe
en même temps chez Hortense et lui dit :
Pour vous prouver l'excès de l'ardeur qui me presse,
Hortense , je suis prêt à remplir ma promesse ,
Acceptez- vous ma main ?
Hortense répond qu'elle en fait tout son bonheun
, Lelio la quitte pour dire aux deux Vieillards
:
Allez dire à present à votre Leonore ,
Que la charmante Hortense est celle que j'adore ,
Et que de notre Hymen vous êtes les témoins ,
Croyez moi , desormais , employez mieux vos
soins.
Chrisante et Fabrice restent interdits , tandis
que Lelio Citadin, sortant de la maison de Leonore,
prie son pere avec instance d'envoyer chercher
le Notaire pour dresser le Contrat ; Fabrice
y consent , mais il demande en même- temps à
SON
MARS. 1733.
577
son fils , si c'est pour Hortense qu'il parle , on
pour Leonare ; Lelio assure que c'est pour Leonore
, et que son pere même ne doit pas l'ignorer,
Fabrice dit qu'il ne comprend plus rien à tant
de contrariétez , et que la tête commence à lui
tourner.
Lelio Etranger sortant de la maison d'Hortense
pour procurer la liberté à son Valet , a dit aux
vieillards qu'il va revenir dans l'instant auprès
de sa chere Hortense ; il revient en effet aussi
tot avec Arlequin qu'il a fait sortir de prison ;
Arlequin voyant Scapin et les deux Vieillards ,
s'emporte encore contre enx , et dit à son Maî→
tre ( en montrant Fabrice ) que c'est lui qui l'a
fait emprisonner. Lelio lui demande quel droit i
asur son Valet , et Fabrice lui demande à son
tour quel est le motif qui l'engage à épouser
deux femmes dans un mêmë jour , et lui dit :
Je suis las à la fin d'éprouver ton caprice :
Pour un homme d'honneur on reconnoît Fabrice.
A ce nom de Fabrice , Lelio étonné , lui dit
Fabrice est votre nom , ah ! vous êtes mon pere.
Fabrice.
Vraiment oui , je le suis , à ce que dit ta mere.
Veus voyez Lelio.
Lelio .
Fabrice .
La grande nouveauté!
Lelio.
Qüi , je suis Lelio , cefils si regretté,
H Qu'
Qu'a toujours poursuivi la Fortune cruelle
Depuis qu'il a quitté la Maison Paternelle.
Cette reconnoissance arrache des larmes à fa¬
brice , qui embrasse tendrement son fils en disant
à son ami Chrisante.
Du plus parfait bonheur le Ciel m'a donc comblé
Le voilà ce cher fils , dont je vous ai parlé ,
Dont la trop longue absence a causé mes allarmes ,
Et qui tarit enfin la source de mes larme:.
Lelio demande à son pere des nouvelles de son
frere ; Arlequin fait la même chose ; ils apprennent
qu'ils sont encore vivans et courent l'un et
l'autre pour les embrasser . Ils reviennent et témoignent
à Fabrice combien ils ont été sensibles
à cette entrevûë. Enfin Lelio supplie son pere de
consentir à son bonheur , en lui permettant d'épouser
sa chere Hortense , puisque son frere doit
épouser Leonore ; le plaisir qu'à Fabrice d'avoir
retrouvé son fils , le fait consentir à tout ; Arlequin
veut aussi , dit - il , celebrer ce grand jous
en épousant son aimable Lisette , ils entrent to
chez Hortense , par où la Piece finit.
la premiere Représentation des Quatre Semblables
, ou les deux Lelio et les deux Arlequins ; ancienne
Piece jouée ici en Prose en 1716. et composée
à l'imitation des Menechmes de Plaute ; Lelio
y joue les deux Lelio comme Arlequins.Arlequin
y joue les deux Arlequins , avec quelque sorte de
difference dans les habits. Le sicur Dominique
vient de mettre cette Piece en Vers François
laquelle a été reçûë très -favorablement du Public
; il y a fait plusieurs changemens , pour s'accommoder
aux regles de ce Théatre , et pour
conserver et mettre dans tout leur jour les situations
picquantes de cette ingénieuse Comédie.
On en jugera par l'Extrait que voicy.
Chrisante .
ACTEURS.
Hortenfe, Fille de Chrisante.
Lisette , Suivante d'Hortense.
Fabrice.
Les deux Lelio , Fils Jumeaux de Fabrice.
Leonore .
Leandre , Frere de Leonore.
Les deux Arlequins , Valets Jumeaux.
Scapin , Aubergiste.
La Scene est à Naples
Chrisante , dont le caractere est simple et in
genu , ouvre la Scene avec Hortense , sa fille , à
qui il demande le sujet de sa mélancolie , et lui
propose
568 MERCURE DE FRANCE
propose , pour la réjouir , des Livres nouveaux
des ajustemens , des bijoux , &c. Lisette , qui
s'impatiente de tous ces raisonnemens qui ne
vont point au fait , lui dit brusquement .
Comment vous n'êtes pas encor assez habile
Pour sçavoir ce que veut une fille nubile ? ...
"
Chrisante dit qu'il n'entend point ce que signifie
ce terme , Lisette le lui explique en disant
que c'est un mary qu'il faut à sa fille . Chrisante
demande quel est l'objet de sa tendresse , et on
lui apprend que c'est Lélio qu'elle aime. Chrisante
dit que son Pere est son ancien ami ; on
l'oblige d'en aller faire la demande , & c.
Hortense remercie Lisette , en ces termes :
Je ne puis trop payer tes soins officieux ;
Tu m'as fort bien instruite
mieux ;
et je m'en trouve
Avant qu'à tes leçons je me fusse prêtée ,
D'une extrême langueur sans cesse tourmentée ,
Je ne connoissois point ce trouble interieur
Qui souvent , malgré moi , s'élevoit dans mon coeur;
De mes fréquens soupirs la douce violence ,
Ces pleurs qui m'échappoient , ces desirs, ce silence,
Cette mélancolie et ces chagrins secrets ,
Ces jours longs écoulez , ces ennuis , ces regrets ,
Enfin de tous les maux ausquels l'Amour expose ,
Sans toi , sans ton secours j'ignorerois la cause
Hortense rentre ; Lisette apperçoit Arlequin ,
son Amant , et lui témoigne le plaisir que sa
présence
MARS. 1733.
569
présence lui cause ; Arlequin lui demande avec
empressement , quand arrivera le jour tant souhaité
de leur mariage , et l'assure qu'elle sera fort
heureuse avec lui , qu'il sera un mari fort commode
, & c.
Et pourvû qu'au logis je fasse bonne chere .
Que je ne manque pas sur tout du nécessaire ,
Qu'il me soit quelquefois permis de m'enyvrer ,
Sans crainte à ton penchant tu pourras te livrer.
Lisette satisfaite , se retire . Lélio arrive et dit à
Arlequin qu'il devient bien rare ; il répond que
c'est son amour pour Lisette qui en est cause ,
&c. Leonore paroît ; Lelio lui fait les protestations
les plus vives , Arlequin P'interrompt et dit
bas à Leonore que son Maître ne pense pas sérieusement
à tout ce qu'il lui dit , de quoi Leonore
est fort allarmée ; Lelio la rassure et lui
témoigne son impatience d'être unie avec elle .
& c.
Fabrice qui survient , arrête Arlequin qui veut
l'éviter , et lui demande la raison pourquoi il ne
voit presque plus son fils Lélio , Arlequin répond
que l'amour qu'il a pour Léonore en est cause ;
Fabrice lui dit qu'il est fort content de cette alliance
, & c.
Il parle ensuite de son autre fils Lelio , dont il
ignore le sort depuis plus de vingt ans qu'il a
quitté la Maison paternelle ; ce souvenir lui arrache
des larmes ; il ajoûte que cette perte fut
cause qu'il quitta Venise sa Patrie , pour venir
s'établir à Naples. Arlequin se rappelle en même
temps le départ de son frere qui avoit suivi Lelio;
Fabrice ne doute point qu'ils ne soient morts
tous deux. Il expose le sujet de la Piece en ces
termes :
570 MERCURE DE FRANCÉ
Tous deux le même jour reçurent là naissance ;
Ils avoient mêmes traits et même ressemblance ,
Ta mere , qui chez moi servoit fidellement ,
Mit au monde deux fils dans le même moment
Tonpere en ressentit une allegresse extrême ,
Et suivant mon exemple il les nomma de même ;
Tonfrere s'appelloit Arlequin comme toi ...
Fabrice ajoûte qu'il veut aussi reprendre un
femme, puisque son fils Lelio épouse Leonore ; i
nomme Hortense , fille de son ami Chrysante
qu'il trouve fort à son gré.
Lelio étranger arrive à Naples avec son Vale
Arlequin aussi étranger , chargé d'une valise
il témoigne la joye qu'il ressent d'être heureuse
ment débarqué , après vingt ans d'absense , i
se livre tout entier à l'espoir de revoir bien
tôt à Venise , sa Patrie , et son pere et son frer
qu'il y a laissez , et ne veut , dit - il , rester qu
deux jours à Naples.
Scapin , qui les reçoit dans son Hôtellerie , le
appelle d'abord par leurs noms , croyant pat
ler à Lelio et à Arlequin qui sont à Naples e
qu'il connoît depuis long - temps , leur fait de
offres de service , & c. Lelio est fort étonné de s
voir déja connu à Naples ; Arlequin ne l'est pa
moins de voir que son Hôte l'appelle mon che
ami , &c. ils arrêtent un Appartement , Arlequi
y porte la valise et ils y commandent à dîner.
Lelio étranger reste snr la Scene , Leonore 1
prenant pour son Amant , vient lui demande
avec empressement s'il a vû son Pere , et l'assur
que son frere Leandre souhaite avec ardeur leu
union. Lelio étonné prend Leonore pour un
Avanturiere et lui répond dans des termes pe
graciou
MARS. 1733:
571
剿
acieux. Leonore irritée , se repent d'avoir été
op crédule , et de n'avoir pas profité des avis
Arlequin et se retire. Leandre , frere de Leopre
, paroît ensuite et court embrasser Lelio en
ippellant son beaufrere futur ; Lelio le désabuse
r le champ en l'assurant qu'il ne sera jamais
n parent , ne le connoissant pas , non plus que
soeur , et se retire avec Arlequin .
Scapin vient avertir Lelio et Arlequin que le
né est prêt , mais il ne trouve personne ; un
oment après Arlequin Citadin arrive et court
abrasser son ami Scapin , qui lui annonce un
ès- bon dîné et qu'il n'a pas oblié les Macarrons.
lequin est charmé de cette agreable nouvelle ,
autant mieux qu'il ne s'y attendoit nullement.
apin lui apporte le dîné dans uu panier court
, qu'Arlequin emporte .
Lelio et Arlequin Etrangers , arrivent ; Lelio
parle que de l'aimable personne qu'il a vûë
promenade et dont les appas ont touché son
eur ; Scapin vient un moment après et demanà
Arlequin si les Macarrons étoient bons ;
lio dit à Scapin de ne pas plaisanter et de le
vir à dîner , celui- cy soutient qu'Arlequin a
porté le dîner , &c. Cette dispute devient trèsve
et finit le premier Acte par des coups de
ton dont Arlequin régale Scapin.
Au second Acte , Fabrice confie à son ami
hrisante , la passion qu'il a pour Hortense sa
le , et le dessein qu'il a de l'épouser ; Chrisante
t fort surpris de cette proposition , d'autant plus
ie sa fille , dit-il , aime Lelio son fils, je venois,
oute-t'il , vous proposer cette alliance ; Fabrice
rejette , d'autant plus que Lélio est sur le point
épouser Leonore, et enfin Chrisante lui dit qu'il
donnera son consentement , pourvû que
le Hortense y donne le sien
572 MERCURE DE FRANCE
Fabrice écrit à Hortense pour lui déclarer son
amour ; il ne sçait comment faire pour lui faire
rendre sa Lettre ; il apperçoit Arlequin Citadin
qui s'en charge, et promet de la rendre ,
nant quatre ducats que Fabrice lui donne.
moyen-
Arlequin va pour rendre la Lettre à Hortense
qui est dabord charmée de voir Arlequin , ne dou
tant nullement qu'il ne vienne de la part de Lelio,
mais elle est bien surprise après avoir lû la Lettre
de voir qu'elle vient de la part de l'Amoureux
Fabrice. La maniere dont cette Lettre est renduë
et lûë et la finesse avec laquelle cette Scene est
jouée par la Dile Silvia et par le sieur Thomassin
, fait un extrême plaisir . Hortense régale le
Porteur de coups de bâton , et lui ordonne de porter
cette réponse à Fabrice , lequel arrivant dans
le moment , demande avec empressement des
nouvelles de sa Lettre ; Arlequin l'assure qu'Hortense
l'a reçûë avec de grands transports de joye
et ajoûte :
Que mon sort est heureux !
J'aipú , m'a-t'elle dit , faire naître ses feux!
A mafélicité, non , rien n'est comparable ....
Fabrice , persuadé que c'est de lui qu'Hortense
a parlé , est au comble de sa joye , il récompense
largement Arlequin , mais il est bien surpris en
apprenant qu'Hortense a changé de visage en
lisant la fin de la Lettre et qu'elle a reconnu
qu'elle étoit de lui ; mais enfin a-t'elle fait réponse
, dit Fabrice ? oui , très - exactement ,
pond Arlequin , et en même- temps il rend à ce
Vieillard les coups de bâton dont il a été luimême
régalé. Fabrice transporté de colere contre
ce Valet , jure de s'en yenger ; il trouve un
rémoment
MARS. 1733. 573
rnoment après Arlequin étranger , qu'il charge
de mille coups , abusé par la ressemblance , et
dit en s'en allant ;
Faquin , apprend à me connoître ,
On ne maltraite pas impunément son Maître.
મે
soeur ,
Arlequin étranger est fort étonné de se vois
maltraité sans rime ni raison , son Maître ,
à qui il s'en plaint , n'y peut rien comprendre ,
& c. Lelio dit ensuite qu'il ne veut plus rester
dans l'Auberge de Scapin , à qui il ordonne de
remettre sa valise à son Valet Arlequin , &c .
Léandre , outré du procedé de Lelio avec sa
vient dans le dessein de s'en venger ; il
voit Arlequin étranger , qu'il prend pour le Citadin
, instruit des mauvais discours qu'il a tenus;
le maltraite. Arlequin étranger prend la fuite ;
Lelio Citadin surpris de voir courir Arlequin
avec tant de vitesse , veut l'arrêter , et un instant
après Arlequin Citadin arrive ; Lelio lui demande
par quelle raison il couroit si vîte il n'y a
qu'un moment ; Arlequin ne sçait ce qu'il veut
dire , & c.
Leonore vient faire des reproches à Lelio-
Citadin , sur la maniere dont il l'a reçû ; Lelio
veut en vain se justifier , et ne sçai à quoi
attribuer un si prompt changement ; Leonore le
quitte avec indignation , &c.
Scapin sort de son Auberge et rend à Lelio et
à Arlequin Citadins la Valise qui lui a été remise
par l'autre Lelio , &c. ils ne comprennent
pas pourquoi Scapin leur remet cette Valise ,
qu'Arlequin emporte , en disant qu'il en sera
quitte pour la rendre. Lelio Citadin reste ; plus
s'examine et moins il peut comprendre co
qui
$74 MERCURE DE FRANCE
qui peut lui avoir attiré les reproches de Leonore.
Chrisante appercevant Lelio veut lui parler
et lui proposer sa fille , il ne fait nulle attention
aux discours de Chrisante , tant il est accablé
de chagrin d'avoir pû déplaire à sa Maîtresse;
il se plaint ensuite à Leandre du retardement
de son bonheur , lui témoigne l'impatience qu'il
a d'être uni avec sa soeur , et le prie de le presenter
à elle pour la désabuser de ses soupçons injustes
. Leandre entre avec Lelio chez Leonore
et Arlequin - Citadin reste. Lelio étranger paroît;
Arlequin lui demande pourquoi il quitte si -tôt
Leonore , Lelio croit qu'il veut parler de l'Inconnue
qu'il a rencontrée à la promenade , et
dont il est si éperduement amoureux ; Arlequin
lui dit qu'il parle de Leonore , ce qui irrite fort
Lelio ; il lui ordonne de ne lui en parler jamais ,
et s'en va ; Arlequin reste .
Lelio Citadin sort de la maison de Leonore et
vient apprendre à Arlequin qu'elle est appaisée ,
et qu'elle ne doute plus de sa fidelité ; Arlequin
demande ensuite à son Maître des nouvelles de
P'Inconnue , Lelio ne comprend rien à cette demande
, et lui dit qu'il n'est occupé que de Leonore
, et il rentre dans sa maison , et Arlequin
reste. Lelio Etranger survient et trouve Arlequin
qui lui parle encore de Leonore , de Scapin
, &c. A tous ces discours extravagans Lelio
croit que son Valet est devenu fou, et celuici
croit la même chose de son Maître , &c . Le
Lecteur comprend aisément que toutes ces situations
sont tres- comiques et fort propres à
faire rire le Spectateur de l'erreur dans laquelle
sont tous les Acteurs.
Fabrice , pour se vanger des coups de bâtons
qu'Arlequin Cîtadin lui a donné au commencemeat
MARS. 1733.
ment de l'Acte , fait arrêter Arlequin Etranger
575
par des Archers qui le menent en prison.
Au troisiéme Acte , Hortense , à qui son Pere,
vient d'apprendre que Lelio épouse Leonore, témoigne
la douleur qu'elle en ressent , et voyant
paroître Lelio Etranger, veut se retirer, mais elle
ne sçauroit s'y résoudre à la vûë de son Amant ;
celui -ci la reconnoît pour la personne qu'il a
rencontrée à la promenade ; il l'aborde poliment
et lui fait un compliment des plus gracieux . Hortense
surprise de cette politesse, lui déclare qu'el
le a appris qu'il va bien- tôt épouser Leonore.Lelio
la désabuse et lui declare en même temps la
passion qu'elle lui a inspirée , cet aveu charme,
Hortense. Lelio lui demande son nom et sa demeure
, et ajoûte :
Belle Hortense , l'Amour me soumet à ses Loix ,
Je n'avois pas encor éprouvé sa puissance ,
Et mes premiers soupirs vous doivent leur naissance
•
Hortense étonnée , lui dit que ce n'est que par
l'Hymen qu'il peut obtenir et son coeur et sa
main. Lelio promet de la demander à son Pere
&c.
2
Lelio est fort surpris en rentrant , de voir Arlequin
en prison ; il croit que Scapin l'y a fait
mettre,par rapport à toutes les discussions qu'ils
ont eu ensemble , et promet de l'en retirer,
Chrisante et Fabrice arrivent , ce dernier s'applaudit
d'avoir fait mettre Arlequin en prison
pour les coups de bâton qu'il en a reçus , Arlequin
l'accable d'injures à travers sa grille. Un
moment après Arlequin Citadin arrive , et demande
ses gages à Fabrice ; ils sont fort surpris
de le voir en liberté , Payant vû un instant aupara
376 MERCURE DE FRANCE
paravant dans la prison; il se retire , et l'Etranger
reparoît en prison ; ce qui étonne si fort ces
deux vieillards , qu'ils croyent que c'est un enchantement,
et ils sont bien plus étonnez lorsqu'ils
le revoyent un moment après dans la prison.
Lelio Citadin vient prier son pere de hâter son
bonheur en l'unissant à Leonore ; Fabrice lui
donne avec plaisir son consentement. Lelio apprend
en même- temps à Leonore , qui survient ,
cette agreable nouvelle , et rentre avec elle dans
sa maison. Lelio Etranger arrive presque aussitôt
, et Fabrice lui reproche son impolitesse d'avoir
quitté si-tôt Leonore ; le même Lelio ne
comprend encore rien à ce raisonnement. Il frappe
en même temps chez Hortense et lui dit :
Pour vous prouver l'excès de l'ardeur qui me presse,
Hortense , je suis prêt à remplir ma promesse ,
Acceptez- vous ma main ?
Hortense répond qu'elle en fait tout son bonheun
, Lelio la quitte pour dire aux deux Vieillards
:
Allez dire à present à votre Leonore ,
Que la charmante Hortense est celle que j'adore ,
Et que de notre Hymen vous êtes les témoins ,
Croyez moi , desormais , employez mieux vos
soins.
Chrisante et Fabrice restent interdits , tandis
que Lelio Citadin, sortant de la maison de Leonore,
prie son pere avec instance d'envoyer chercher
le Notaire pour dresser le Contrat ; Fabrice
y consent , mais il demande en même- temps à
SON
MARS. 1733.
577
son fils , si c'est pour Hortense qu'il parle , on
pour Leonare ; Lelio assure que c'est pour Leonore
, et que son pere même ne doit pas l'ignorer,
Fabrice dit qu'il ne comprend plus rien à tant
de contrariétez , et que la tête commence à lui
tourner.
Lelio Etranger sortant de la maison d'Hortense
pour procurer la liberté à son Valet , a dit aux
vieillards qu'il va revenir dans l'instant auprès
de sa chere Hortense ; il revient en effet aussi
tot avec Arlequin qu'il a fait sortir de prison ;
Arlequin voyant Scapin et les deux Vieillards ,
s'emporte encore contre enx , et dit à son Maî→
tre ( en montrant Fabrice ) que c'est lui qui l'a
fait emprisonner. Lelio lui demande quel droit i
asur son Valet , et Fabrice lui demande à son
tour quel est le motif qui l'engage à épouser
deux femmes dans un mêmë jour , et lui dit :
Je suis las à la fin d'éprouver ton caprice :
Pour un homme d'honneur on reconnoît Fabrice.
A ce nom de Fabrice , Lelio étonné , lui dit
Fabrice est votre nom , ah ! vous êtes mon pere.
Fabrice.
Vraiment oui , je le suis , à ce que dit ta mere.
Veus voyez Lelio.
Lelio .
Fabrice .
La grande nouveauté!
Lelio.
Qüi , je suis Lelio , cefils si regretté,
H Qu'
Qu'a toujours poursuivi la Fortune cruelle
Depuis qu'il a quitté la Maison Paternelle.
Cette reconnoissance arrache des larmes à fa¬
brice , qui embrasse tendrement son fils en disant
à son ami Chrisante.
Du plus parfait bonheur le Ciel m'a donc comblé
Le voilà ce cher fils , dont je vous ai parlé ,
Dont la trop longue absence a causé mes allarmes ,
Et qui tarit enfin la source de mes larme:.
Lelio demande à son pere des nouvelles de son
frere ; Arlequin fait la même chose ; ils apprennent
qu'ils sont encore vivans et courent l'un et
l'autre pour les embrasser . Ils reviennent et témoignent
à Fabrice combien ils ont été sensibles
à cette entrevûë. Enfin Lelio supplie son pere de
consentir à son bonheur , en lui permettant d'épouser
sa chere Hortense , puisque son frere doit
épouser Leonore ; le plaisir qu'à Fabrice d'avoir
retrouvé son fils , le fait consentir à tout ; Arlequin
veut aussi , dit - il , celebrer ce grand jous
en épousant son aimable Lisette , ils entrent to
chez Hortense , par où la Piece finit.
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Résumé : Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Le 5 mars 1716, les Comédiens Italiens ont présenté 'Les Quatre Semblables', une pièce inspirée des 'Ménéchmes' de Plaute et jouée en prose. Dominique a adapté cette pièce en vers français, introduisant des changements pour respecter les règles du théâtre et accentuer les situations comiques. L'intrigue se déroule à Naples et implique plusieurs personnages principaux, notamment Lelio, Hortense, Fabrice, Chrisante, Arlequin et Leonore. La pièce commence avec Chrisante et sa fille Hortense. Hortense est mélancolique et Lisette, sa suivante, révèle qu'Hortense est amoureuse de Lelio. Chrisante décide alors de demander la main de Lelio pour Hortense. Hortense remercie Lisette pour ses conseils, et Lisette exprime son plaisir de voir son amant Arlequin. Arlequin parle de leur mariage imminent. Lelio arrive et discute avec Arlequin, qui explique que son amour pour Lisette le rend rare. Leonore apparaît et Lelio lui fait des déclarations d'amour. Arlequin interrompt pour dire à Leonore que Lelio ne pense pas sérieusement à ses paroles, ce qui alarme Leonore. Lelio la rassure et exprime son impatience de l'épouser. Fabrice, le père de Lelio, interroge Arlequin sur l'absence de son fils. Arlequin répond que Lelio est amoureux de Leonore, ce qui satisfait Fabrice. Fabrice parle ensuite de son autre fils Lelio, disparu depuis vingt ans, et de son départ de Venise pour Naples. Arlequin se rappelle le départ de son frère, qui avait suivi Lelio. Un Lelio étranger arrive à Naples avec son valet Arlequin, chargé d'une valise. Ils sont accueillis par Scapin, l'aubergiste, qui les confond avec les Lelio et Arlequin locaux. Lelio étranger est surpris d'être reconnu à Naples et Arlequin l'est également. Ils commandent à dîner et restent sur scène. Leonore, prenant Lelio étranger pour son amant, lui demande des nouvelles de son père et exprime le désir de son frère Leandre de les voir unis. Lelio étranger, étonné, la prend pour une aventurière et lui répond de manière peu gracieuse. Leonore, irritée, se retire. Leandre apparaît et embrasse Lelio étranger, qu'il croit être son futur beau-frère. Lelio étranger le détrompe et se retire avec Arlequin. Scapin annonce que le dîner est prêt, mais ne trouve personne. Arlequin Citadin arrive et embrasse Scapin, qui lui annonce un bon dîner avec des macaronis. Arlequin est ravi et emporte le dîner. Lelio et Arlequin étrangers reviennent et discutent avec Scapin, qui les confond avec les autres. Une dispute éclate et se termine par des coups de bâton. Au second acte, Fabrice confie à Chrisante son amour pour Hortense et son désir de l'épouser. Chrisante est surpris, car Hortense aime Lelio. Fabrice rejette cette alliance, car Lelio va épouser Leonore. Chrisante accepte finalement si Hortense est d'accord. Fabrice écrit une lettre à Hortense pour lui déclarer son amour et la confie à Arlequin Citadin. Hortense, surprise, apprend que la lettre vient de Fabrice. Elle régale Arlequin de coups de bâton et lui ordonne de porter une réponse à Fabrice. Fabrice, ravi, récompense Arlequin, mais est surpris d'apprendre qu'Hortense a changé d'expression en lisant la lettre. Arlequin rend à Fabrice les coups de bâton. Fabrice, furieux, maltraite Arlequin étranger par erreur. Lelio étranger décide de quitter l'auberge de Scapin. Leandre, furieux contre Lelio Citadin, maltraite Arlequin étranger. Scapin rend la valise à Lelio et Arlequin Citadins, qui ne comprennent pas. Chrisante propose à Lelio Citadin de l'épouser, mais celui-ci est accablé de chagrin. Lelio Citadin demande à Leandre de le présenter à Leonore pour la désabuser de ses soupçons. Leonore, apaisée, ne doute plus de la fidélité de Lelio Citadin. Lelio étranger et Arlequin Citadin se croisent et se prennent pour fous. Fabrice fait arrêter Arlequin étranger par des archers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 587-590
ITALIE.
Début :
Le Pape a fait publier un nouveau Decret pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique, [...]
Mots clefs :
Luxe, Église, Rome, Pape, Cardinaux, Vatican, Naples, Religieux, Corps, Sainte-Marie sur la Minerve, Obsèques, Benoît XIII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Pape a fait publier un nouveau Decret
pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique
, et pour deffendre à toutes personnes.
de porter dans les Païs de sont obéissance de
For ou de l'argent sur leurs habits.
Sa Sainteté a envoyé ordre à M. Cavalieri ,
son Nonce à la Cour de Portugal , de confirmer
par une nouvelle signature , les Immunitez accordées
à la Couronne et à la Nation Portugais
se , par Benoît XIII .
;
Le 21 Fevrier , veille du jour qu'on avoit choi
si pour transporter le Corps du feu Pape Benoît
XIII. de l'Eglise de S. Pierre du Vatican ,
dans celle de Sainte Marie sur la Minerves les
Cardinaux , au nombre de 18. tinrent Chapelle
Pontificale dans la Chapelle Pauline du Palaisdu
Quirinal , et ils assisterent à un Service solemnel
, pour le repos.de l'ame du Pape deffunt
le Cardinal Altieri de S. Mathieu celebra la Messe.
Le soir, on fit dans l'Eglise de S. Pierre du
Vatican l'ouverture du Cercueil de ce Pape , et
la reconnoissance de son Corps , en presence des.
Cardinaux Otthoboni , Petra , Lercari , Altieri
de S. Marhieu , Fini , Caraffe, Olivieri , Borghese
, Albani et del Giudice , et le Card. Albani
de S, Clement , Archiprêtre de cette Eglise , remit
le Corps au P. Jean - Benoît Zuanelli , Dominicain
, Maître du sacré Palais , et chargé par
le General de son Ordre , et par les Religieux de
Sainte Marie sur la Minerve , de le recevoir en
leur nom . Ensuite on porta processionnellement
le Cercueil dans la Nef de l'Eglise , au milieu
de laquelle on avoit élevé un magnifique Cata
Hvj falque
588 MERCURE DE FRANCE
falque , où on l'exposa. Il y fut gardé jusqu'au
moment du transport par les Religieux Dominicains
, qui réïtererent des Prieres pendant toute
la nuit.
Le 22 , les Chanoines de l'Eglise de S. Pierre
du Vatican firent un Service solemnel , qui fut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique , auquel
M. Cervini , Archevêque titulaire de Nicomedie
officia Pontificalement. Après la Messe , M.Assemani
, Camerier d'honneur du Pape , prononça
en Latin l'Oraison Funebre , après quoi le
Prelat officiant , assistê des Evêques titulaires de
Gerapolis , de Cirene , de Costanza et de Marciana
, fit les Encensemens et les Absoutes. Le
même jour , après midi , tout le Clergé Secuhier
et Regulier s'étant rendu à l'Eglise de Saint
Pierre , on transporta le Corps dans celle de
Sainte Marie sur la Minerve , et la marche se fit
dans l'ordre suivant :
Les Domestiques de presque tous les Cardimaux
qui sont à Rome ; les Enfans du College
de S. Michel , et de celui de Salviati ; les Orphelins
, les Religieux de differens Ordres , les
Clercs reguliers ; le Clergé de chaque Paroisse ,
et les Chanoines de tous les Chapitres de la Ville.
400 Religieux Franciscains , marchant quatre à
quatre , et les Dominicains marchant 6 à 6,précedoient
le Brancard sur lequel étoit le Corps. Ils .
portoient tous des Flambeaux , ainsi que te reste
du Clergé et les autres personnes qui composoient
le Cortege. Les Hallebardiers de la Garde marchoient
autour du Brancard ; les deux Maîtres des
Ceremonies , les Evêques , les Clercs de Chambre
, et la Chambre secrete , venoient ensuite .
la marche étoit fermée par 40 Valets de pied du
Pape , et par les Equipages du Majordome de
S. S.
Le
MARS. 1733 589
Le Corps arriva vers les 7 -heures du soir à l'Eglise
de Sainte Marie sur la Minerve , qui étoit
toute tenduë de noir , et magnifiquement décorée.
Il y fut reçu par les Cardinaux Otthoboni
, Borghese et J. Bapt. Altieri , et on le plaça
au milieu de la Nef, sur une Estrade , au dessus
de laquelle étoit un riche Baldaquin , où il demeura
exposé pendant toute la nuit et le jour
suivant.
Le lendemain , il y eut Chapelle Pontificale
dans cette Eglise. 26 Cardinaux assisterent a
Service , qui fut chanté solemnellement ; après
la -Messe , qui fut celebrée par le Cardinal Altieri
de S. Mathieu , M. Philippe Piersanti , Chanoine
de S. Pierre du Vatican , et Maître des
Ceremonies du Pape , prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup d'éloquence , et les Absoutes
furent faites par les Cardinaux Petra
Fini , Caraffe et Lercari . Pendant le reste de la
journée l'Eglise fut ouverte , et il y eut un grand
concours de peuple ; le soir , les Religieux en
ayant fermé les Portes , se rendirent processionlement
dans la Nef, et après avoir récité les
Prieres accoutumées, ils porterent le Corps dans
une Chapelle , où il demeurera jusqu'à ce que le
Mausolée qu'on lui destine , soit achevé.
"
On vient d'apprendre que dans le Consistoire ;
tenu le 2 de ce mois , le Pape avoit nominé Cardinal
, M. Dominique Riviera , Protonotaire
Apostolique , et Secretaire de la Congrégation
de la Consulte. S. S. a donné la Charge de Secretaire
de la Congrégation de la Consulte ,
M. Bardi.
Par une Liste , publiée à Naples , des Dommages
, causez dans la Calabre , par le tremblement
de Terre , du 29 Novembre dernier , il pa-
πολύ .
F90
MERCURE DE FRANCE
Foît qu'il a péri en divers endroits 1940 petsonnes
, sans compter 1455 blessez , que les Villes
et Bourgs d'Ariano , Fiumari , Vallata , Lioni
, et S. Angelo , avoient été entierement renversez.
Les Bourgs de Mirabella et Carisi , réduits
en un Monceau de Pierres; y ayant eu dans
ces deux endroits 970 morts , parmi lesquels on
compte le Seigneur de Carisi , avec son épouse ,
et toute sa famille ; que la Ville Archiepiscopale
de Conza étoit dans un état pitoyable, la Cathedrale
ayant été entierement détruite, et que parmi
les autres Villes et Bourgs qui ont le plus
souffert , on compte Monte- Fiscoli , Capitale de
la Province , Bonito , Pietra de Fuci , Manical
ciati Frevico , S. Martin di Servinara , Monte
Rocheto , & c.
Le 15. Janvier on promena , selon la coûtume,
dans les rues de Naples , le Char de Triomphe
des Boulangers , sur lequel étoit représentée l'Aurore
conduite par les Crépuscules : ce Char qur
avoit été executé sur les desseins de M. Domique
Vaccard , celebre Architecte , fut conduit
par
la rue de Tolede à la Place du Palais , où il
tut abandonné au Peuple en presence du Viceroy.
Les Rhumes et Fluxions avec fiévre , ont regné
dans toute l'Italie et ont emporté bien du monde
, sur tout les personnes âgées ; on écrit de
Florence , qu'il y a encore en cette Ville bien
des gens attaquez de cette maladie ; de Rome et
de Naples , que les Rhumes y sont aussi communs
que dans le reste de l'Europe , et de Venise
que les plaisirs du Carnaval y ont été moins vis
Cette année , à cause des mêmes maladies.
E Pape a fait publier un nouveau Decret
pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique
, et pour deffendre à toutes personnes.
de porter dans les Païs de sont obéissance de
For ou de l'argent sur leurs habits.
Sa Sainteté a envoyé ordre à M. Cavalieri ,
son Nonce à la Cour de Portugal , de confirmer
par une nouvelle signature , les Immunitez accordées
à la Couronne et à la Nation Portugais
se , par Benoît XIII .
;
Le 21 Fevrier , veille du jour qu'on avoit choi
si pour transporter le Corps du feu Pape Benoît
XIII. de l'Eglise de S. Pierre du Vatican ,
dans celle de Sainte Marie sur la Minerves les
Cardinaux , au nombre de 18. tinrent Chapelle
Pontificale dans la Chapelle Pauline du Palaisdu
Quirinal , et ils assisterent à un Service solemnel
, pour le repos.de l'ame du Pape deffunt
le Cardinal Altieri de S. Mathieu celebra la Messe.
Le soir, on fit dans l'Eglise de S. Pierre du
Vatican l'ouverture du Cercueil de ce Pape , et
la reconnoissance de son Corps , en presence des.
Cardinaux Otthoboni , Petra , Lercari , Altieri
de S. Marhieu , Fini , Caraffe, Olivieri , Borghese
, Albani et del Giudice , et le Card. Albani
de S, Clement , Archiprêtre de cette Eglise , remit
le Corps au P. Jean - Benoît Zuanelli , Dominicain
, Maître du sacré Palais , et chargé par
le General de son Ordre , et par les Religieux de
Sainte Marie sur la Minerve , de le recevoir en
leur nom . Ensuite on porta processionnellement
le Cercueil dans la Nef de l'Eglise , au milieu
de laquelle on avoit élevé un magnifique Cata
Hvj falque
588 MERCURE DE FRANCE
falque , où on l'exposa. Il y fut gardé jusqu'au
moment du transport par les Religieux Dominicains
, qui réïtererent des Prieres pendant toute
la nuit.
Le 22 , les Chanoines de l'Eglise de S. Pierre
du Vatican firent un Service solemnel , qui fut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique , auquel
M. Cervini , Archevêque titulaire de Nicomedie
officia Pontificalement. Après la Messe , M.Assemani
, Camerier d'honneur du Pape , prononça
en Latin l'Oraison Funebre , après quoi le
Prelat officiant , assistê des Evêques titulaires de
Gerapolis , de Cirene , de Costanza et de Marciana
, fit les Encensemens et les Absoutes. Le
même jour , après midi , tout le Clergé Secuhier
et Regulier s'étant rendu à l'Eglise de Saint
Pierre , on transporta le Corps dans celle de
Sainte Marie sur la Minerve , et la marche se fit
dans l'ordre suivant :
Les Domestiques de presque tous les Cardimaux
qui sont à Rome ; les Enfans du College
de S. Michel , et de celui de Salviati ; les Orphelins
, les Religieux de differens Ordres , les
Clercs reguliers ; le Clergé de chaque Paroisse ,
et les Chanoines de tous les Chapitres de la Ville.
400 Religieux Franciscains , marchant quatre à
quatre , et les Dominicains marchant 6 à 6,précedoient
le Brancard sur lequel étoit le Corps. Ils .
portoient tous des Flambeaux , ainsi que te reste
du Clergé et les autres personnes qui composoient
le Cortege. Les Hallebardiers de la Garde marchoient
autour du Brancard ; les deux Maîtres des
Ceremonies , les Evêques , les Clercs de Chambre
, et la Chambre secrete , venoient ensuite .
la marche étoit fermée par 40 Valets de pied du
Pape , et par les Equipages du Majordome de
S. S.
Le
MARS. 1733 589
Le Corps arriva vers les 7 -heures du soir à l'Eglise
de Sainte Marie sur la Minerve , qui étoit
toute tenduë de noir , et magnifiquement décorée.
Il y fut reçu par les Cardinaux Otthoboni
, Borghese et J. Bapt. Altieri , et on le plaça
au milieu de la Nef, sur une Estrade , au dessus
de laquelle étoit un riche Baldaquin , où il demeura
exposé pendant toute la nuit et le jour
suivant.
Le lendemain , il y eut Chapelle Pontificale
dans cette Eglise. 26 Cardinaux assisterent a
Service , qui fut chanté solemnellement ; après
la -Messe , qui fut celebrée par le Cardinal Altieri
de S. Mathieu , M. Philippe Piersanti , Chanoine
de S. Pierre du Vatican , et Maître des
Ceremonies du Pape , prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup d'éloquence , et les Absoutes
furent faites par les Cardinaux Petra
Fini , Caraffe et Lercari . Pendant le reste de la
journée l'Eglise fut ouverte , et il y eut un grand
concours de peuple ; le soir , les Religieux en
ayant fermé les Portes , se rendirent processionlement
dans la Nef, et après avoir récité les
Prieres accoutumées, ils porterent le Corps dans
une Chapelle , où il demeurera jusqu'à ce que le
Mausolée qu'on lui destine , soit achevé.
"
On vient d'apprendre que dans le Consistoire ;
tenu le 2 de ce mois , le Pape avoit nominé Cardinal
, M. Dominique Riviera , Protonotaire
Apostolique , et Secretaire de la Congrégation
de la Consulte. S. S. a donné la Charge de Secretaire
de la Congrégation de la Consulte ,
M. Bardi.
Par une Liste , publiée à Naples , des Dommages
, causez dans la Calabre , par le tremblement
de Terre , du 29 Novembre dernier , il pa-
πολύ .
F90
MERCURE DE FRANCE
Foît qu'il a péri en divers endroits 1940 petsonnes
, sans compter 1455 blessez , que les Villes
et Bourgs d'Ariano , Fiumari , Vallata , Lioni
, et S. Angelo , avoient été entierement renversez.
Les Bourgs de Mirabella et Carisi , réduits
en un Monceau de Pierres; y ayant eu dans
ces deux endroits 970 morts , parmi lesquels on
compte le Seigneur de Carisi , avec son épouse ,
et toute sa famille ; que la Ville Archiepiscopale
de Conza étoit dans un état pitoyable, la Cathedrale
ayant été entierement détruite, et que parmi
les autres Villes et Bourgs qui ont le plus
souffert , on compte Monte- Fiscoli , Capitale de
la Province , Bonito , Pietra de Fuci , Manical
ciati Frevico , S. Martin di Servinara , Monte
Rocheto , & c.
Le 15. Janvier on promena , selon la coûtume,
dans les rues de Naples , le Char de Triomphe
des Boulangers , sur lequel étoit représentée l'Aurore
conduite par les Crépuscules : ce Char qur
avoit été executé sur les desseins de M. Domique
Vaccard , celebre Architecte , fut conduit
par
la rue de Tolede à la Place du Palais , où il
tut abandonné au Peuple en presence du Viceroy.
Les Rhumes et Fluxions avec fiévre , ont regné
dans toute l'Italie et ont emporté bien du monde
, sur tout les personnes âgées ; on écrit de
Florence , qu'il y a encore en cette Ville bien
des gens attaquez de cette maladie ; de Rome et
de Naples , que les Rhumes y sont aussi communs
que dans le reste de l'Europe , et de Venise
que les plaisirs du Carnaval y ont été moins vis
Cette année , à cause des mêmes maladies.
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Résumé : ITALIE.
En février 1733, le Pape publia un décret visant à réprimer le luxe dans l'État ecclésiastique et à interdire le port de fourrure ou d'argent sur les habits dans les pays sous son obéissance. Il confirma également les immunités accordées à la Couronne et à la Nation portugaise par Benoît XIII. Le 21 février, les cardinaux célébrèrent une chapelle pontificale et un service solennel pour le repos de l'âme du Pape Benoît XIII. Le soir, le cercueil du Pape fut ouvert et son corps reconnu en présence de plusieurs cardinaux. Le corps fut ensuite transporté processionnellement à l'église Sainte-Marie-sur-la-Minerve, où il fut exposé jusqu'au lendemain. Le 22 février, un service solennel fut chanté à plusieurs chœurs de musique, suivi de l'oraison funèbre prononcée par M. Assemani. Le corps fut ensuite transporté à l'église Sainte-Marie-sur-la-Minerve dans une procession ordonnée, incluant divers clercs, religieux et domestiques des cardinaux. Le corps resta exposé jusqu'au lendemain, date à laquelle une chapelle pontificale fut tenue avec la participation de 26 cardinaux. Le soir, les religieux portèrent le corps dans une chapelle où il demeura jusqu'à l'achèvement de son mausolée. Le Pape nomma M. Dominique Riviera cardinal et secrétaire de la Congrégation de la Consulte, et M. Bardi à la charge de secrétaire de cette même congrégation. En Calabre, un tremblement de terre le 29 novembre précédent causa la mort de 1940 personnes et en blessa 1455, détruisant plusieurs villes et bourgs. À Naples, le char de triomphe des boulangers fut promené dans les rues le 15 janvier. Des épidémies de rhumes et de fluxions avec fièvre sévirent en Italie, affectant particulièrement les personnes âgées.
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25
p. 1447-1449
ITALIE.
Début :
Le premier Juin, le Comte Jules Viscomti[,] nouveau Viceroy de Naples, accompagné de [...]
Mots clefs :
Giulio de Visconti, Vice-roi, Pape, Cardinal, Naples, Archevêque, Carrosses
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
E premier Juin , le Comte Jules Viscomti
nouveau Viceroy de Naples , accompagné de
M. Gamberucci , Archevêque d'Amasie , de
M. Spinelli , Archevêque de Corinthe , de M. Alberti
, Archevêque de Palmire, et du Majordome
du Pape , et suivi d'un très - grand nombre de
II. Vel
Ca1448
MERCURE DE FRANCE
Carosses , alla visiter l'Eglise de S. Pierre , à la
porte de laquelle il fut reçu par plusieurs Députez
du Chapitre , qui suivant l'ordre que S. s.
avoit donné , lui montrerent les Reliques qu'on
y conserve.
Le 2. il eut Audience du Pape , étant conduit
par le Cardinal Cienfuegos , chargé des affaires
de l'Empereur à la Cour de Rome , et présenté
par le Cardinal Banchieri , Secretaire d'Etat , le
même jour il eut l'honneur de dîner avec S. S.
On avoit dressé deux tables , l'une sous un magnifique
Dais pour le Pape , l'autre à quelque
distance pour le Viceroy ; S. S. après avoir pris
dé lui la serviette et avoir beni les viandes , lui
fit signe de s'asseoir à la table qui lui avoit été
pféparée , et de se couvrir ; il y eut pendant le
repas un Concert , executé par la Musique de la
Chapelle ; après le repas , le Pape passa dans une
autre Salle avec le Viceroy , qui s'étant assis par
ordre de S. S. mais sans se couvrir , s'entreting
avec Elle pendant quelque temps ; il fut ensuite
reconduit dans son Appartement par le Majordome
et les deux premiers Maîtres des Cerémonies.
Le 4. le Viceroy eut du Pape son Audience
publique de congé , et il est parti accompagné
des Carosses du Cardinal Cienfuegos , de ceux de
l'Ambassadeur de Malte , et d'un grand nombre
d'autres Carosses , pour Castel-Gandolphe , où
S. S. lui avoit fait préparer un Appartement dans
Château. Il a reçu du Pape divers présens , entre
autres , le Corps de S. Clément Martyr , et
quatre Pieces de Tapisserie , réprésentant les quatres
Evangélistes , d'après les Tableaux du Guide,
t il a été traité par les Officiers de S. S. pendanɛ
tout le temps qu'il a demeuré à Rome,
II, Vol. LE
JUI N. 1733 . 1449
Le Pape a ordonné au Duc de Palombara ,
Gouverneur du Château S. Ange , de permettre
au Cardinal Coscia , de se promener de temps en
temps sur la platte- forme , à condition qu'il sera
gardé à vûë , qu'il n'approchera point du Parapet
et qu'il ne parlera à personne,
On apprend de Venise , que M. Alexandre
Zeno , est nommé pour aller résider à la Cour
de France , en qualité d'Ambassadeur Ordinaire
de la République , à la place de M. Mocenigo.
E premier Juin , le Comte Jules Viscomti
nouveau Viceroy de Naples , accompagné de
M. Gamberucci , Archevêque d'Amasie , de
M. Spinelli , Archevêque de Corinthe , de M. Alberti
, Archevêque de Palmire, et du Majordome
du Pape , et suivi d'un très - grand nombre de
II. Vel
Ca1448
MERCURE DE FRANCE
Carosses , alla visiter l'Eglise de S. Pierre , à la
porte de laquelle il fut reçu par plusieurs Députez
du Chapitre , qui suivant l'ordre que S. s.
avoit donné , lui montrerent les Reliques qu'on
y conserve.
Le 2. il eut Audience du Pape , étant conduit
par le Cardinal Cienfuegos , chargé des affaires
de l'Empereur à la Cour de Rome , et présenté
par le Cardinal Banchieri , Secretaire d'Etat , le
même jour il eut l'honneur de dîner avec S. S.
On avoit dressé deux tables , l'une sous un magnifique
Dais pour le Pape , l'autre à quelque
distance pour le Viceroy ; S. S. après avoir pris
dé lui la serviette et avoir beni les viandes , lui
fit signe de s'asseoir à la table qui lui avoit été
pféparée , et de se couvrir ; il y eut pendant le
repas un Concert , executé par la Musique de la
Chapelle ; après le repas , le Pape passa dans une
autre Salle avec le Viceroy , qui s'étant assis par
ordre de S. S. mais sans se couvrir , s'entreting
avec Elle pendant quelque temps ; il fut ensuite
reconduit dans son Appartement par le Majordome
et les deux premiers Maîtres des Cerémonies.
Le 4. le Viceroy eut du Pape son Audience
publique de congé , et il est parti accompagné
des Carosses du Cardinal Cienfuegos , de ceux de
l'Ambassadeur de Malte , et d'un grand nombre
d'autres Carosses , pour Castel-Gandolphe , où
S. S. lui avoit fait préparer un Appartement dans
Château. Il a reçu du Pape divers présens , entre
autres , le Corps de S. Clément Martyr , et
quatre Pieces de Tapisserie , réprésentant les quatres
Evangélistes , d'après les Tableaux du Guide,
t il a été traité par les Officiers de S. S. pendanɛ
tout le temps qu'il a demeuré à Rome,
II, Vol. LE
JUI N. 1733 . 1449
Le Pape a ordonné au Duc de Palombara ,
Gouverneur du Château S. Ange , de permettre
au Cardinal Coscia , de se promener de temps en
temps sur la platte- forme , à condition qu'il sera
gardé à vûë , qu'il n'approchera point du Parapet
et qu'il ne parlera à personne,
On apprend de Venise , que M. Alexandre
Zeno , est nommé pour aller résider à la Cour
de France , en qualité d'Ambassadeur Ordinaire
de la République , à la place de M. Mocenigo.
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Résumé : ITALIE.
Le 1er juin 1733, le Comte Jules Visconti, nouveau Viceroy de Naples, visita l'Église de Saint-Pierre à Rome en compagnie de dignitaires ecclésiastiques. Il fut accueilli par des députés du Chapitre qui lui montrèrent les reliques de l'église. Le 2 juin, il eut une audience avec le Pape, introduit par le Cardinal Cienfuegos et présenté par le Cardinal Banchieri. Le même jour, il dîna avec le Pape, qui bénit les viandes et ordonna un concert exécuté par la musique de la Chapelle. Après le dîner, le Pape s'entretint avec le Viceroy dans une autre salle. Le 4 juin, le Viceroy reçut son audience publique de congé du Pape et partit pour Castel-Gandolfo, où un appartement lui avait été préparé. Il reçut divers présents, dont le corps de Saint Clément Martyr et quatre pièces de tapisserie représentant les quatre Évangélistes. Le Pape ordonna également au Duc de Palombara de permettre au Cardinal Coscia de se promener sur la plate-forme du Château Saint-Ange sous certaines conditions. De plus, M. Alexandre Zeno fut nommé ambassadeur ordinaire de la République de Venise à la Cour de France, remplaçant M. Mocenigo.
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26
p. 2466-2469
« Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...] »
Début :
Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Vienne, Naples, Théâtre-Français, Comédiens-Français, Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : « Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...] »
E Novembre , Fête de S. Martin ,
L'Academie Royale de Musique, don
na le premier Bal public qu'on donne
tous les ans à pareil jour , et qu'on con
tinuë pendant differens jours jusqu'à l'Avent.
On les réprend ordinairement à la
Fête des Rois jusqu'à la fin du Carnaval.
Le 17.la même Académie donna la 21 .
Représentation de l'Opera d'Hippolyte et
Aricie , dont il a été parlé , et le 19. Elle
remit au Théatre Issé , Pastorale Heroique
, qui n'avoit pas été reprise depuis
le mois de Septembre
1719. Cette Piece, dont le Poëme est de feu M. de la Mothe,
et la Musique de M. d'Estouches
Sur-
Intendant
de la Musique
du Roi , est
reçue du Public avec de grands applaudissemens
; la Dlle le Maure y jouë le
principal
rolle ; les autres sont aussi parfaitement
bien remplis
: Nous en parle
tons
NOVEMBRE. 1733. 2467
tons plus au long. On n'a pas cessé les
Représentations d'Hippolyte et Aricie , on
joue actuellement cette Piece tous les
Jeudis.
On apprend de Vienne , qu'on y a représenté
devant la Cour Imperiale l'Opera
de Demophon , avec un grand succès
le 4. de ce mois .
On apprend aussi de Londres , qu'on
y a représenté devant le Roi et la Famille
Royale, avec un fort grand succès, lenou
vel Opera de Semiramis.
Le 1. Octobre , on représenta à Naples
sur le Théatre de S. Barthelemy , le nouvel
Opera intitulé , Il Pastor Sfortunato.
Le Théatre François n'a rien donné de
nouveau depuis assez long - tems ; on a
seulement remis au Théatre depuis peu ,
une ancienne Comedie en vers et en cinq
Actes , de feu M. Dancour , intitulée La
Trahison punie , dans laquelle il y a un
rôle de Suivante , rempli autrefois par
Mlle Desmarres , dont la Dlle d'Angeville,
sa Niéce , rappelle aujourd'hui parfaitement
le souvenir , à la grande satisfaction
des Spectateurs.
Le 23. de ce mois on donna enfin sur
CO
1458 MERCURE DE FRANCE
ce Théatre la premiere Représentation
d'une Piece en un Acte , en Vers de M.
de Boissy , intitulée le Badinage, que nous
avons déja annoncée, et depuis long- tems
promise , elle est dans le goût des autres
Parodies de cet Auteur. La critique de
celle - ci , bien plus severe que badine
tombe sur le nouvel Opera d'Hyppolite
et Avicie.
Le 3. Novembre les Comediens François
représenterent à Fontainebleau Esope
à la Cour , et Crispin Médecin.
Le s . Heraclius , et le Rendez- vous .
Le 9. L'Avare , et la Comtesse d'Escarbagnas.
Le 11. L'Andrienne , & Crispin bel
esprit.
Le 16. La Tragedie de Guftave et le
Dédit.
Le 18. L'Ecole des Maris et les Bourgeoises
de Qualité.
Les Comediens Italiens , représenterent
fur le même Théatre , la Comedie du
Prince malade , ou les Jeux Oylmpiques ,
ornée de quatre Intermedes , qui fut suivie
des Effets du Dépit.
Le 14. Les Quatre Semblables , Comedie
du sieur Dominique qui fut fort goutée ,
et l'Ecole des Meres.
Le
NOVEMBRE. 1733. 2469
Le 21. Arlequin apprentif Philosophe , et
la petite Piece d'Arlequin Voleur.
Le 29. Novembre , les Comediens Italiens
firent l'ouverture de leur Théatre à
Paris, après leur retour de Fontainebleau,
par la Comedie de Timon le Misantrope,
par la petite Piéce du Retour de tendresse.
Le 30. ils donnerent une petite Piece
nouvelle d'un Acte , en Vaudevilles, avec
des divertissemens de chants et de danses
intitulée Hyppolite et Aricie , Parodie de
Opera qui porte le même nom ; on ca
parlera plus au long.
L'Academie Royale de Musique, don
na le premier Bal public qu'on donne
tous les ans à pareil jour , et qu'on con
tinuë pendant differens jours jusqu'à l'Avent.
On les réprend ordinairement à la
Fête des Rois jusqu'à la fin du Carnaval.
Le 17.la même Académie donna la 21 .
Représentation de l'Opera d'Hippolyte et
Aricie , dont il a été parlé , et le 19. Elle
remit au Théatre Issé , Pastorale Heroique
, qui n'avoit pas été reprise depuis
le mois de Septembre
1719. Cette Piece, dont le Poëme est de feu M. de la Mothe,
et la Musique de M. d'Estouches
Sur-
Intendant
de la Musique
du Roi , est
reçue du Public avec de grands applaudissemens
; la Dlle le Maure y jouë le
principal
rolle ; les autres sont aussi parfaitement
bien remplis
: Nous en parle
tons
NOVEMBRE. 1733. 2467
tons plus au long. On n'a pas cessé les
Représentations d'Hippolyte et Aricie , on
joue actuellement cette Piece tous les
Jeudis.
On apprend de Vienne , qu'on y a représenté
devant la Cour Imperiale l'Opera
de Demophon , avec un grand succès
le 4. de ce mois .
On apprend aussi de Londres , qu'on
y a représenté devant le Roi et la Famille
Royale, avec un fort grand succès, lenou
vel Opera de Semiramis.
Le 1. Octobre , on représenta à Naples
sur le Théatre de S. Barthelemy , le nouvel
Opera intitulé , Il Pastor Sfortunato.
Le Théatre François n'a rien donné de
nouveau depuis assez long - tems ; on a
seulement remis au Théatre depuis peu ,
une ancienne Comedie en vers et en cinq
Actes , de feu M. Dancour , intitulée La
Trahison punie , dans laquelle il y a un
rôle de Suivante , rempli autrefois par
Mlle Desmarres , dont la Dlle d'Angeville,
sa Niéce , rappelle aujourd'hui parfaitement
le souvenir , à la grande satisfaction
des Spectateurs.
Le 23. de ce mois on donna enfin sur
CO
1458 MERCURE DE FRANCE
ce Théatre la premiere Représentation
d'une Piece en un Acte , en Vers de M.
de Boissy , intitulée le Badinage, que nous
avons déja annoncée, et depuis long- tems
promise , elle est dans le goût des autres
Parodies de cet Auteur. La critique de
celle - ci , bien plus severe que badine
tombe sur le nouvel Opera d'Hyppolite
et Avicie.
Le 3. Novembre les Comediens François
représenterent à Fontainebleau Esope
à la Cour , et Crispin Médecin.
Le s . Heraclius , et le Rendez- vous .
Le 9. L'Avare , et la Comtesse d'Escarbagnas.
Le 11. L'Andrienne , & Crispin bel
esprit.
Le 16. La Tragedie de Guftave et le
Dédit.
Le 18. L'Ecole des Maris et les Bourgeoises
de Qualité.
Les Comediens Italiens , représenterent
fur le même Théatre , la Comedie du
Prince malade , ou les Jeux Oylmpiques ,
ornée de quatre Intermedes , qui fut suivie
des Effets du Dépit.
Le 14. Les Quatre Semblables , Comedie
du sieur Dominique qui fut fort goutée ,
et l'Ecole des Meres.
Le
NOVEMBRE. 1733. 2469
Le 21. Arlequin apprentif Philosophe , et
la petite Piece d'Arlequin Voleur.
Le 29. Novembre , les Comediens Italiens
firent l'ouverture de leur Théatre à
Paris, après leur retour de Fontainebleau,
par la Comedie de Timon le Misantrope,
par la petite Piéce du Retour de tendresse.
Le 30. ils donnerent une petite Piece
nouvelle d'un Acte , en Vaudevilles, avec
des divertissemens de chants et de danses
intitulée Hyppolite et Aricie , Parodie de
Opera qui porte le même nom ; on ca
parlera plus au long.
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Résumé : « Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...] »
En novembre 1733, l'Académie Royale de Musique organise des bals publics annuels à partir de la fête de Saint-Martin jusqu'à l'Avent, et des représentations reprennent à la fête des Rois jusqu'à la fin du Carnaval. Le 17 novembre, l'Académie présente la 21e représentation de l'opéra 'Hippolyte et Aricie'. Le 19 novembre, elle remet en scène 'Issé', une pastorale héroïque acclamée. Des succès sont notés à Vienne avec 'Demophon' et à Londres avec 'Semiramis'. À Naples, 'Il Pastor Sfortunato' est représenté le 1er octobre. Le Théâtre Français joue 'La Trahison punie' avec la Dlle d'Angeville. Le 23 novembre, 'Le Badinage' critique 'Hippolyte et Aricie'. Les Comédiens Français jouent à Fontainebleau, tandis que les Comédiens Italiens représentent des comédies à Paris, dont 'Arlequin apprenti philosophe' et 'Timon le Misantrope'. Le 30 novembre, les Comédiens Italiens ouvrent leur théâtre parisien avec une parodie de 'Hippolyte et Aricie'.
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27
p. 603-604
ITALIE.
Début :
On dit que Mrs Signoribus et Giacovazzi qui avoient été chargez par le Pape d'accélérer [...]
Mots clefs :
Cardinal, Payer, Sortir, Escorte, Naples, Château Saint-Ange, Pape
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE .
N dit que Mrs Signoribus et Giacovazzi
qui avoient été chargez par le Paged'accé
lérer l'affaire du Cardinal Coscia , ont enfin levé
toutes les difficultez qui la retardoient : que ce
Cardinal s'est engagé à payer actuellement quarante
mille écus , qu'il donne des sûretez convenables
pour
le reste de la somme qu'il a été condamné
de payer; que le Pape en conséquence lui
donne la permission de sortir du Château Saint-
Ange , et de se retirer dans le Convent de S. Alé
xis , et que Sa Sainteté a promis de lui rendre la
voix active et passive dans le Conclave aussi- tôt
qu'il se sera entierement acquitté; et l'on apprend
en dernier lieu qu'Elle a signé le 20 du mois
dernier un Bref pour l'absoudre de l'Excommunication
, ce Cardinal ayant satisfait de sa part
à tout ce qu'on exigeoit de lui ; mais il ne doit
sortir du Château S.Ange qu'après avoir fait accepter
par la Chambre Apostolique les sûretez qu'il
donne pour les sommes qu'il lui reste à
payer.
Le Pape a fait publier un Décret par lequel il
est ordonné que les habitans de Rome qui y auront
commis quelques meurtres, ne jouiront pas
plus du droit des azyles Ecclesiastiques que les
Etrangers, et qu'ils pourront être arrêtez par les
Officiers de Justice , dans les Eglises où ils se seront
retirez pour se soustraire à la rigueur des Loix .
L'Infant Dom Carlos, qui , accompagné d'une
Escorte de 800 hommes , partit de Parme le 4
I ij dia
604 MERCURE DE FRANCE
du mois dernier , a dépêché un Courrier à la
Duchesse doüairiere Dorothée, qu'il a chargée de
l'administration de ses Etats pendant son absence
, pour l'informer qu'il étoit arrivé le 10 du
même mois à Florence , et qu'il y avoit été reçu
au bruit des acclamations réitérées de tout le
peuple.
Le Vice-Roy de Naples a reçu ordre de l'Empereur
de faire publier dans toutes les Villes du
Royaume , que Sa Majesté Impériale déclare la
Guerre au Roy d'Espagne , et d'ordonner à tous
les Espagnols de sortir des Terres de cet Etat.
On a commandé trois mille Travailleurs pour
démanteller la Ville de Capoue, et toutes les Munitions
et l'Artillerie qui étoient dans cette Place
ont été transportées à Gaëtte , dont on répare
les Fortifications avec toute la diligence possible.
Les Lettres de Florence marquent que le 24.
Février l'Infant Don Carlos en étoit parti avec
une escorte de soo. chevaux pour aller joindre
l'Armée Espagnole destinée à attaquer le Royaume
de Naples , et qu'il avoit été salué en sortant
de la Ville par une salve generale de toute l'Artillerie
de la Citadelle et des Remparts.
Selon les derniers avis reçus du Mantouan , le
Comte de Merci , General de l'Armée Imperiale
qui doit servir en Italie , a déja fait défiler vers
cette Province 12000. hommes , consistant en
13. Bataillons , deux Régimens de Cavalerie er
six Compagnies d'Ussarts.
On a sçu aussi qu'un Détachement de Cavalerie
Espagnole , s'étoit avancé près d'Orbitello,
et qu'il avoit enlevé sous le Canon de cette Place,
un grand nombre de Bestiaux , sans avoir perdu
un seul homme.
N dit que Mrs Signoribus et Giacovazzi
qui avoient été chargez par le Paged'accé
lérer l'affaire du Cardinal Coscia , ont enfin levé
toutes les difficultez qui la retardoient : que ce
Cardinal s'est engagé à payer actuellement quarante
mille écus , qu'il donne des sûretez convenables
pour
le reste de la somme qu'il a été condamné
de payer; que le Pape en conséquence lui
donne la permission de sortir du Château Saint-
Ange , et de se retirer dans le Convent de S. Alé
xis , et que Sa Sainteté a promis de lui rendre la
voix active et passive dans le Conclave aussi- tôt
qu'il se sera entierement acquitté; et l'on apprend
en dernier lieu qu'Elle a signé le 20 du mois
dernier un Bref pour l'absoudre de l'Excommunication
, ce Cardinal ayant satisfait de sa part
à tout ce qu'on exigeoit de lui ; mais il ne doit
sortir du Château S.Ange qu'après avoir fait accepter
par la Chambre Apostolique les sûretez qu'il
donne pour les sommes qu'il lui reste à
payer.
Le Pape a fait publier un Décret par lequel il
est ordonné que les habitans de Rome qui y auront
commis quelques meurtres, ne jouiront pas
plus du droit des azyles Ecclesiastiques que les
Etrangers, et qu'ils pourront être arrêtez par les
Officiers de Justice , dans les Eglises où ils se seront
retirez pour se soustraire à la rigueur des Loix .
L'Infant Dom Carlos, qui , accompagné d'une
Escorte de 800 hommes , partit de Parme le 4
I ij dia
604 MERCURE DE FRANCE
du mois dernier , a dépêché un Courrier à la
Duchesse doüairiere Dorothée, qu'il a chargée de
l'administration de ses Etats pendant son absence
, pour l'informer qu'il étoit arrivé le 10 du
même mois à Florence , et qu'il y avoit été reçu
au bruit des acclamations réitérées de tout le
peuple.
Le Vice-Roy de Naples a reçu ordre de l'Empereur
de faire publier dans toutes les Villes du
Royaume , que Sa Majesté Impériale déclare la
Guerre au Roy d'Espagne , et d'ordonner à tous
les Espagnols de sortir des Terres de cet Etat.
On a commandé trois mille Travailleurs pour
démanteller la Ville de Capoue, et toutes les Munitions
et l'Artillerie qui étoient dans cette Place
ont été transportées à Gaëtte , dont on répare
les Fortifications avec toute la diligence possible.
Les Lettres de Florence marquent que le 24.
Février l'Infant Don Carlos en étoit parti avec
une escorte de soo. chevaux pour aller joindre
l'Armée Espagnole destinée à attaquer le Royaume
de Naples , et qu'il avoit été salué en sortant
de la Ville par une salve generale de toute l'Artillerie
de la Citadelle et des Remparts.
Selon les derniers avis reçus du Mantouan , le
Comte de Merci , General de l'Armée Imperiale
qui doit servir en Italie , a déja fait défiler vers
cette Province 12000. hommes , consistant en
13. Bataillons , deux Régimens de Cavalerie er
six Compagnies d'Ussarts.
On a sçu aussi qu'un Détachement de Cavalerie
Espagnole , s'étoit avancé près d'Orbitello,
et qu'il avoit enlevé sous le Canon de cette Place,
un grand nombre de Bestiaux , sans avoir perdu
un seul homme.
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Résumé : ITALIE.
Le texte relate divers événements en Italie. Les envoyés du Pape, Mrs Signoribus et Giacovazzi, ont résolu les problèmes liés à l'affaire du Cardinal Coscia, qui s'est engagé à payer quarante mille écus et a fourni des garanties pour le reste de la somme due. Le Pape lui a permis de quitter le Château Saint-Ange pour se retirer au couvent de Saint-Alexis et lui rendra ses droits de vote au Conclave une fois la somme entièrement payée. Un bref papal absout le Cardinal de l'excommunication, sous réserve de l'acceptation des garanties par la Chambre Apostolique. Le Pape a également publié un décret supprimant le droit d'asile dans les églises pour les meurtriers à Rome, permettant leur arrestation par les officiers de justice. L'Infant Dom Carlos, parti de Parme avec une escorte de 800 hommes, a informé la Duchesse Dorothée de son arrivée à Florence, où il a été acclamé par le peuple. Plus tard, il est parti de Florence avec une escorte de 500 chevaux pour rejoindre l'armée espagnole destinée à attaquer le Royaume de Naples. Le Vice-Roy de Naples a reçu l'ordre de l'Empereur de déclarer la guerre au Roi d'Espagne et d'expulser les Espagnols du royaume. Des travailleurs ont été commandés pour démanteler Capoue et les munitions ont été transférées à Gaëtte pour renforcer ses fortifications. Le Comte de Mercy a déplacé 12 000 hommes vers la province de Mantoue. Un détachement de cavalerie espagnole a enlevé du bétail près d'Orbitello sans perte humaine.
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28
p. 980-987
Nouvelles de Naples et de Sicile.
Début :
L'Infant Don Carlos a fait publier et afficher sur les frontieres du Royaume de Naples le [...]
Mots clefs :
Naples, Infant Don Carlos, Troupes, Sicile, Prince, Guerre, Pardon général, Hommes, Peuples, Royaumes, Empereur, Comte Visconti, Dieu, Armées
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Naples et de Sicile.
Nouvelles de Naples et de Sicile.
'Infant Don Carlos a fait publier et afficher
sur les frontieres du Royaume de Naples le
Decret suivant.
DON CARLOS , Par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , de Plaisance et
de Castro , &c. Grand Prince de Toscane et Generalissime
des Armées de Sa Majesté Catholi
que en Italie.
Le Roi , mon très- cher et honoré Pere , par
sa Lettre du 27. Fevrier dernier , écrite dans le
Palais Royal du Pardo , me mande ce qui suit,
ΜΟΝ
MAY.
981 1734.
MON CHER ET BIEN AIME' FILS.
•
>
Vos interêts inséparables de la dignité de ma
Couronne , et ceux de mes fideles Alliez , m'ont déterminez
à envoyer des Troupes dans la Lombardie
afin d'executer de concert avec leurs Armées
les justes Entreprises ausquelles on les a destinées
; mais dautant qu'à l'occasion de la presente
Guerre , les clameurs des Peuplet de Naples et de Sicile
, excessivement violentés , opprimés et tirannisés
depuis tant d'années par
le gouvernement Allemand
, ont pénetré mon coeur Royal , et que j'ai
toujours eu pour ces Peuples un amour Paternel
me ressouvenant fort bien de leurs démonstration's
de joye et de leurs acclamattons unanimées lorsqu'is
me reçûrent autrefois à Naples , et qu'ils consenti
rent à admettre mes Troupes en Sicile. Excité par
une compassion si naturelle , j'ai préferé à toute autre
expedition celle de délivrer de leurs maux insupportables
ces Peuples opprimés , en employant
avecgenerosité , pour leur prompt soulagement , les
forces qu'il a plu à Dieu de me confier , d'autant
plus que je considere qu'avant que leurs volontés
fussent en quelque façon captivées , leur zele répondoit
parfaitement à mes desirs et que ce n'a été
qu'après avoir été séduits ou par des insinuations
trompeuses , ou par des esperances chimeriques , ou
par la crainie des menaces violentes , qu'ils ont tous
été contraints de dissimuler leur propre inclination
en adoptant des operations très - contraires
leur fidelité. Dans cette persuasion j'ai toujours regardé
avec mépris , et comme des actes involontaires
ou forcés , tout ce qu'ils ont fait , soit en general
, soit en particulier , puisqu'ils y ont été excités
par mes ennemis , et je l'ai mis en oubli comme
s'il ne s'étoitjamais rien passé à ce sujet , ne dou-
Giij tant
>
>
982 MERCURE DE FRANCE
tant point qu'aussi- tôt qu'ils se verront en état Pagir
librement selon leurs desirs , ils ne me donnent
les mêmes preuves de leur parfait devoüement , da
leur loyauté , et de leur zele qu'ils m'ont donné cidevant.
Incité par de si justes motifs , j'ai pris là
resolution de vous y envoyer en personne , et en
qualité de Generalissime de mes Armées , pour recouvrer
ces Royaumes , malgré le risque où pourroit
être votre précieuse santé dans un si long voyage
, afin que par votre Royale et aimable présence,
vous puissiez confirmer en mon nom l'Amnistie et le
Pardon general ou particulier , que mon amour Paternel
m'engage à accorder à un chacun , de quelque
Nation qui soit , et donner à tous en mêmetems
les sûretés les plus authentiques . Vous confirmerez
en outre, vous étendre et augmenterêz , nonseulement
les Privileges dont ces Peuples jouissent a
present , mais encore vous les déchargere de toutes
sortes d'Impôts , et particulierement de ceux qui ne
doivent leur invention et leur établissement qu'à l'avidité
insatialle du Gouvernement Allemand ; et
tout cela afin que le monde soit convaincu que mon
juste et unique but est de rétablir deux Illustres
Royaumes, qui ont si bien merité de la Monarchie,
et de les faire encore jouir de leur ancienne felicité ,
réputation et dignité , et qu'on ne croye pas que ce
soit pas aucun autre interêt que j'ai entrepris de recouvrer
ces Royaumes . Et afin que le contenu de la
Presente soit notoire à tous je vous ordonne de le
rendre Public et Manifeste , dans la forme que vous
jugerez la plus convenable Dieu vous conserve
mon cher et bien aimé Fils , aussi long- tems que je
le desire. Moi le Roi , DON JOSEPH PATINO .
En vertu du pouvoir qu'il a plu à Sa Majesté,
par un effet de son amour Paternel de me donner,
ct
MAY. 1734. 983
et afin que les Sujets ci- dessus mentionnés des
deux Royaumes de Naples et de Sicile ,ces Peuples
si cheris du Roi mon Pere , et dont Sa Majesté
s'est toujours les souvenue avec tant d'estime et
d'affection , en soient dûëment et amplement informés
, je leur déclare ,et je les assûre tous et un
chacun , que l'Indult et le Pardon general et particulier
que Sa Majesté m'a ordonné d'accorder ,
et que j'accorde sur l'assûrance de son sacré et
souverain Nom , comprend toutes sortes de délits
, motifs ou démonstrations sans aucune restriction
, le tout restant enseveli dans un éternel
oubli, que la confirmation de leurs Privileges
comprend et s'étend aux Loix et aux Coutumes
tant Civiles que Criminelles , et même aux
Ecclesiastiques , sans qu'il soit permis d'y établir
aucun nouveau Tribunal , ou Procedures.
Que la louable et juste pratique de conferer les
Benefices et les Pensions sera continuée dans la
forme qui s'y observe ,actuellement ; et que toutes
les impositions et Charges établies par le
Gouvernement tyrannique des Allemands seront
abolis dès à present , lesquelles graces seront
conformes au clement et benin coeur de Sa Majesté
Et afin que ceci soit notoire , j'ai ordonné
qu'on expedie en Langue Espagnole et Italienne
la Présente signée de notre main , scellée
de notre sceau Royal , et contresignée par notre
Secretaire d'Etat , et qu'on l'affiche aux lieux ordinaires.
Fait à Civita Castellana le 14. Mars
1734. CHARLES , Don Joseph-Joachin de Montealegre.
:
Les divers avis du Royaume de Naples portent,
que l'infant Don Carlos , qui est toujours
Aversa , avoit détaché le Marquis de Las - Minas
G iiij
er
1984 MERCURE DE FRANCE
et le Duc de Castro Pignano , avec 34. Compa
gnies de Grenadiers et 2300. hommes de Cavalerie
, du nombre desquels sont les Carabiniers,
pour suivre le Viceroi , lequel accompagné du
Prince Caraffe , Grand Maréchal du Royaume ,
et du Prince de Belmonte Pignatelli , General de
la Cavalerie, s'est retiré dans la Poüille avec près
de sooo . hommes . Ces avis ajoûtent que le Com
te de Charni avoit le Commandement des Troupes
qui assiegent les Châteaux de Naples ; que
le Comte de Marsillac avoit marché pour s'emparer
de celui de Baya , et qu'on formoit en même-
tems le Siege de Gaëtte et de Capouë .
Les quatre Galeres que l'Empereur avoit fait .
équiper dans le Port de Naples , sont sorties de
ce Port, et se sont sauvés à la faveur d'un grand
calme qui a empêché l'Escadre Espagnole des'opposer
à leur fuite.
Les Lettres de la fin d'Avril marquent , que
l'Infant Don Carlos avoit continué le Juge de la
Cour de la Vicairerie à Naples , et l'Elû du Peuple
dans l'exercice de leurs Emplois, et qu'il avoit
laissé aux Habitans le soin de garder la Ville.
Ces mêmes Lettres portent que ce Prince a fait
signifier aux Troupes qui sont dans les Châteaux,
et aux Garnisons de Gaette , et de Capouë, qu'on
ne leur donnoit pour se rendre qu'un petit nom →
bre de jours , après lesquels il ne leur sera accordé
aucune Capitulation.
Ces Lettres ajoutent que le nouveau Vaisseau
de Guerre que le Comte Visconti, ci - devant Vi
ceroi du Royaume , avoit fait construire par or
dre de l'Empereur , étant sorti du Port le 19. du
mois passé pour faire voile vers la Sicile , avoit
été attaqué par quelques vaisseaux de l'Escadre
Espagnole qui l'avoient coulé à fond.
L'Infans
MAY. 1734. 985
et
L'Infant Don Carlos a déclaré le Comte de
Charny , Lieutenant General du Royaume ; il a
nommé en même- tems VicairesGeneraux le Prince
de la Rochella ,pour la Calabre Ulterieure , le
Marquis de Forcardi, pour la Calabre Citerieure;
le Duc d'Andria,pour la Principauté de Bari ,
pour la Capitanate et le Comté de Melfi , le
Marquis Doria , pour la Principauté de Lezze ;
le Duc de Sentiti , pour la Bazilicate ; le Frince
de Monte-Mileto , pour la Principauté Ulterieure
; le Duc Lorenzano , pour la Citerieure , le
Duc de Sora , pour l'Abruzze Ulterieure , et le
Prince d'Isciscane pour l'autre partie de l'Abruze.
Le 24. du mois passé la Garnison du Châreau
S. Elme demanda à capîtuler , mais comme
elle ne s'est point rendue dans le tems qui
lui avoit été prescrit , les Officiers et les Soldats
qui la composoient ont été faits prisonniers de
Guerre ; celle du Château Neuf , qui ne peut tenir
encore long-tems , subira le même sort.
On a reçû avis de Baye que le Comte Marsil
lae , aprés un Siege qui n'avoit duré que quelques
jours s'en étoit emparé , et que la Garnison
et les Habitans s'étoient rendus à discretion
Les Troupes qu'on avoit envoyées pour suivre
le Comte Visconti l'ont joint dans les environs
d'Otrante , et elles n'ont pu encore l'attaquer
parce qu'il s'est retiré dans des bois où il est dif
ficile de le forcer ; mais on croit qu'il ne pourra
pas y demeurer long-tems , et qu'il sera obligé
de sortir du Royaume.
On a appris par des Lettres de Messine , qu'on
voit vû passer à la hauteur de Salerne à les
quatre Galeres Imperiales qui sortirent ily
quelque temps du Port de Naples , dont on viene
Gy
D
986 MERCURE DE FRANCE
de parler , et on conjecture qu'elles sont allées
à Messine.
On écrit de Sicile , que les Habitans ont refusé
de payer un subside de 13c0000. ducats
que le Comte de Sastago , Viceroy de cette Isle ,
leur a demandé de la part de l'Empereur , et que
les menaces qu'il leur a faites de les contraindre à
payer cette somme , y ont excité un soulevement
presque general.
L'ouverture de la breche faite par une batterie
de 8. Canons et de 2. Mortiers , qu'on avoit
dressée contre le Château de l'Euf , se trouva le
premier de ce mois , au matin , assez grande pour
que 30 hommes pussent y passer de front , et
le Commandant de ce Château , voyant qu'on se
disposoit à l'emporter d'assaut , fit battre la chamade
, mais on n'a voulu lui accorder aucune caputulation
, et il a été fait prisonnier de guerre ,
ainsi que la Garnison , qui étoit composée de
300. hommes.
Les Villes de Gaëtte et de Capoüe sont tou
jours bloquées , et l'on n'attend que l'arrivée de
la grosse Artillerie pour ouvrir la Tranchée
devant ces deux Places. Cinq Vaisseaux de
l'Escadre Epagnole , qui croisent sur les Côtes de
Naples , sont allez dans la Mer Adriatique, pour
empêcher le transport des Troupes que l'Empereur
pourroit envoyer ici de Trieste.
Le Comte Visconti ayant été joint par quel
ques Troupes que le Viceroy de Sicile lui a envoyées
, s'est jetté dans Otrante , et le Duc de
Castro Pignano a demandé un renfort d'Infanterie
pour l'y assieger.
5oo . des Soldats Imperiaux , qui ont été faits
prisonniers de guerre , ont pris parti dans les
Troupes de S. M. Catholique , et l'Infant Don
Carl
MAY. 1734. 987
"
Carlos leur a fait distribuer de l'argent.
Les derniers avis de Naples , portent qu'une
partie du Détachement des Troupes Espagnoles
qui avoit suivi le Comte Visconti dans la Pouille,
avoit enveloppé 300. Soldats Imperiaux , qui
n'avoient pu faire assez de diligence pour entrer
avec lui dans Otrante , et qu'ils avoient été faits
prisonniers de guerre.
Selon les mêmes avis , le Prince Della Torella
a fait lever dans ses Terres 800. hommes de Milice
pour le Service de S. M. Catholique .
'Infant Don Carlos a fait publier et afficher
sur les frontieres du Royaume de Naples le
Decret suivant.
DON CARLOS , Par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , de Plaisance et
de Castro , &c. Grand Prince de Toscane et Generalissime
des Armées de Sa Majesté Catholi
que en Italie.
Le Roi , mon très- cher et honoré Pere , par
sa Lettre du 27. Fevrier dernier , écrite dans le
Palais Royal du Pardo , me mande ce qui suit,
ΜΟΝ
MAY.
981 1734.
MON CHER ET BIEN AIME' FILS.
•
>
Vos interêts inséparables de la dignité de ma
Couronne , et ceux de mes fideles Alliez , m'ont déterminez
à envoyer des Troupes dans la Lombardie
afin d'executer de concert avec leurs Armées
les justes Entreprises ausquelles on les a destinées
; mais dautant qu'à l'occasion de la presente
Guerre , les clameurs des Peuplet de Naples et de Sicile
, excessivement violentés , opprimés et tirannisés
depuis tant d'années par
le gouvernement Allemand
, ont pénetré mon coeur Royal , et que j'ai
toujours eu pour ces Peuples un amour Paternel
me ressouvenant fort bien de leurs démonstration's
de joye et de leurs acclamattons unanimées lorsqu'is
me reçûrent autrefois à Naples , et qu'ils consenti
rent à admettre mes Troupes en Sicile. Excité par
une compassion si naturelle , j'ai préferé à toute autre
expedition celle de délivrer de leurs maux insupportables
ces Peuples opprimés , en employant
avecgenerosité , pour leur prompt soulagement , les
forces qu'il a plu à Dieu de me confier , d'autant
plus que je considere qu'avant que leurs volontés
fussent en quelque façon captivées , leur zele répondoit
parfaitement à mes desirs et que ce n'a été
qu'après avoir été séduits ou par des insinuations
trompeuses , ou par des esperances chimeriques , ou
par la crainie des menaces violentes , qu'ils ont tous
été contraints de dissimuler leur propre inclination
en adoptant des operations très - contraires
leur fidelité. Dans cette persuasion j'ai toujours regardé
avec mépris , et comme des actes involontaires
ou forcés , tout ce qu'ils ont fait , soit en general
, soit en particulier , puisqu'ils y ont été excités
par mes ennemis , et je l'ai mis en oubli comme
s'il ne s'étoitjamais rien passé à ce sujet , ne dou-
Giij tant
>
>
982 MERCURE DE FRANCE
tant point qu'aussi- tôt qu'ils se verront en état Pagir
librement selon leurs desirs , ils ne me donnent
les mêmes preuves de leur parfait devoüement , da
leur loyauté , et de leur zele qu'ils m'ont donné cidevant.
Incité par de si justes motifs , j'ai pris là
resolution de vous y envoyer en personne , et en
qualité de Generalissime de mes Armées , pour recouvrer
ces Royaumes , malgré le risque où pourroit
être votre précieuse santé dans un si long voyage
, afin que par votre Royale et aimable présence,
vous puissiez confirmer en mon nom l'Amnistie et le
Pardon general ou particulier , que mon amour Paternel
m'engage à accorder à un chacun , de quelque
Nation qui soit , et donner à tous en mêmetems
les sûretés les plus authentiques . Vous confirmerez
en outre, vous étendre et augmenterêz , nonseulement
les Privileges dont ces Peuples jouissent a
present , mais encore vous les déchargere de toutes
sortes d'Impôts , et particulierement de ceux qui ne
doivent leur invention et leur établissement qu'à l'avidité
insatialle du Gouvernement Allemand ; et
tout cela afin que le monde soit convaincu que mon
juste et unique but est de rétablir deux Illustres
Royaumes, qui ont si bien merité de la Monarchie,
et de les faire encore jouir de leur ancienne felicité ,
réputation et dignité , et qu'on ne croye pas que ce
soit pas aucun autre interêt que j'ai entrepris de recouvrer
ces Royaumes . Et afin que le contenu de la
Presente soit notoire à tous je vous ordonne de le
rendre Public et Manifeste , dans la forme que vous
jugerez la plus convenable Dieu vous conserve
mon cher et bien aimé Fils , aussi long- tems que je
le desire. Moi le Roi , DON JOSEPH PATINO .
En vertu du pouvoir qu'il a plu à Sa Majesté,
par un effet de son amour Paternel de me donner,
ct
MAY. 1734. 983
et afin que les Sujets ci- dessus mentionnés des
deux Royaumes de Naples et de Sicile ,ces Peuples
si cheris du Roi mon Pere , et dont Sa Majesté
s'est toujours les souvenue avec tant d'estime et
d'affection , en soient dûëment et amplement informés
, je leur déclare ,et je les assûre tous et un
chacun , que l'Indult et le Pardon general et particulier
que Sa Majesté m'a ordonné d'accorder ,
et que j'accorde sur l'assûrance de son sacré et
souverain Nom , comprend toutes sortes de délits
, motifs ou démonstrations sans aucune restriction
, le tout restant enseveli dans un éternel
oubli, que la confirmation de leurs Privileges
comprend et s'étend aux Loix et aux Coutumes
tant Civiles que Criminelles , et même aux
Ecclesiastiques , sans qu'il soit permis d'y établir
aucun nouveau Tribunal , ou Procedures.
Que la louable et juste pratique de conferer les
Benefices et les Pensions sera continuée dans la
forme qui s'y observe ,actuellement ; et que toutes
les impositions et Charges établies par le
Gouvernement tyrannique des Allemands seront
abolis dès à present , lesquelles graces seront
conformes au clement et benin coeur de Sa Majesté
Et afin que ceci soit notoire , j'ai ordonné
qu'on expedie en Langue Espagnole et Italienne
la Présente signée de notre main , scellée
de notre sceau Royal , et contresignée par notre
Secretaire d'Etat , et qu'on l'affiche aux lieux ordinaires.
Fait à Civita Castellana le 14. Mars
1734. CHARLES , Don Joseph-Joachin de Montealegre.
:
Les divers avis du Royaume de Naples portent,
que l'infant Don Carlos , qui est toujours
Aversa , avoit détaché le Marquis de Las - Minas
G iiij
er
1984 MERCURE DE FRANCE
et le Duc de Castro Pignano , avec 34. Compa
gnies de Grenadiers et 2300. hommes de Cavalerie
, du nombre desquels sont les Carabiniers,
pour suivre le Viceroi , lequel accompagné du
Prince Caraffe , Grand Maréchal du Royaume ,
et du Prince de Belmonte Pignatelli , General de
la Cavalerie, s'est retiré dans la Poüille avec près
de sooo . hommes . Ces avis ajoûtent que le Com
te de Charni avoit le Commandement des Troupes
qui assiegent les Châteaux de Naples ; que
le Comte de Marsillac avoit marché pour s'emparer
de celui de Baya , et qu'on formoit en même-
tems le Siege de Gaëtte et de Capouë .
Les quatre Galeres que l'Empereur avoit fait .
équiper dans le Port de Naples , sont sorties de
ce Port, et se sont sauvés à la faveur d'un grand
calme qui a empêché l'Escadre Espagnole des'opposer
à leur fuite.
Les Lettres de la fin d'Avril marquent , que
l'Infant Don Carlos avoit continué le Juge de la
Cour de la Vicairerie à Naples , et l'Elû du Peuple
dans l'exercice de leurs Emplois, et qu'il avoit
laissé aux Habitans le soin de garder la Ville.
Ces mêmes Lettres portent que ce Prince a fait
signifier aux Troupes qui sont dans les Châteaux,
et aux Garnisons de Gaette , et de Capouë, qu'on
ne leur donnoit pour se rendre qu'un petit nom →
bre de jours , après lesquels il ne leur sera accordé
aucune Capitulation.
Ces Lettres ajoutent que le nouveau Vaisseau
de Guerre que le Comte Visconti, ci - devant Vi
ceroi du Royaume , avoit fait construire par or
dre de l'Empereur , étant sorti du Port le 19. du
mois passé pour faire voile vers la Sicile , avoit
été attaqué par quelques vaisseaux de l'Escadre
Espagnole qui l'avoient coulé à fond.
L'Infans
MAY. 1734. 985
et
L'Infant Don Carlos a déclaré le Comte de
Charny , Lieutenant General du Royaume ; il a
nommé en même- tems VicairesGeneraux le Prince
de la Rochella ,pour la Calabre Ulterieure , le
Marquis de Forcardi, pour la Calabre Citerieure;
le Duc d'Andria,pour la Principauté de Bari ,
pour la Capitanate et le Comté de Melfi , le
Marquis Doria , pour la Principauté de Lezze ;
le Duc de Sentiti , pour la Bazilicate ; le Frince
de Monte-Mileto , pour la Principauté Ulterieure
; le Duc Lorenzano , pour la Citerieure , le
Duc de Sora , pour l'Abruzze Ulterieure , et le
Prince d'Isciscane pour l'autre partie de l'Abruze.
Le 24. du mois passé la Garnison du Châreau
S. Elme demanda à capîtuler , mais comme
elle ne s'est point rendue dans le tems qui
lui avoit été prescrit , les Officiers et les Soldats
qui la composoient ont été faits prisonniers de
Guerre ; celle du Château Neuf , qui ne peut tenir
encore long-tems , subira le même sort.
On a reçû avis de Baye que le Comte Marsil
lae , aprés un Siege qui n'avoit duré que quelques
jours s'en étoit emparé , et que la Garnison
et les Habitans s'étoient rendus à discretion
Les Troupes qu'on avoit envoyées pour suivre
le Comte Visconti l'ont joint dans les environs
d'Otrante , et elles n'ont pu encore l'attaquer
parce qu'il s'est retiré dans des bois où il est dif
ficile de le forcer ; mais on croit qu'il ne pourra
pas y demeurer long-tems , et qu'il sera obligé
de sortir du Royaume.
On a appris par des Lettres de Messine , qu'on
voit vû passer à la hauteur de Salerne à les
quatre Galeres Imperiales qui sortirent ily
quelque temps du Port de Naples , dont on viene
Gy
D
986 MERCURE DE FRANCE
de parler , et on conjecture qu'elles sont allées
à Messine.
On écrit de Sicile , que les Habitans ont refusé
de payer un subside de 13c0000. ducats
que le Comte de Sastago , Viceroy de cette Isle ,
leur a demandé de la part de l'Empereur , et que
les menaces qu'il leur a faites de les contraindre à
payer cette somme , y ont excité un soulevement
presque general.
L'ouverture de la breche faite par une batterie
de 8. Canons et de 2. Mortiers , qu'on avoit
dressée contre le Château de l'Euf , se trouva le
premier de ce mois , au matin , assez grande pour
que 30 hommes pussent y passer de front , et
le Commandant de ce Château , voyant qu'on se
disposoit à l'emporter d'assaut , fit battre la chamade
, mais on n'a voulu lui accorder aucune caputulation
, et il a été fait prisonnier de guerre ,
ainsi que la Garnison , qui étoit composée de
300. hommes.
Les Villes de Gaëtte et de Capoüe sont tou
jours bloquées , et l'on n'attend que l'arrivée de
la grosse Artillerie pour ouvrir la Tranchée
devant ces deux Places. Cinq Vaisseaux de
l'Escadre Epagnole , qui croisent sur les Côtes de
Naples , sont allez dans la Mer Adriatique, pour
empêcher le transport des Troupes que l'Empereur
pourroit envoyer ici de Trieste.
Le Comte Visconti ayant été joint par quel
ques Troupes que le Viceroy de Sicile lui a envoyées
, s'est jetté dans Otrante , et le Duc de
Castro Pignano a demandé un renfort d'Infanterie
pour l'y assieger.
5oo . des Soldats Imperiaux , qui ont été faits
prisonniers de guerre , ont pris parti dans les
Troupes de S. M. Catholique , et l'Infant Don
Carl
MAY. 1734. 987
"
Carlos leur a fait distribuer de l'argent.
Les derniers avis de Naples , portent qu'une
partie du Détachement des Troupes Espagnoles
qui avoit suivi le Comte Visconti dans la Pouille,
avoit enveloppé 300. Soldats Imperiaux , qui
n'avoient pu faire assez de diligence pour entrer
avec lui dans Otrante , et qu'ils avoient été faits
prisonniers de guerre.
Selon les mêmes avis , le Prince Della Torella
a fait lever dans ses Terres 800. hommes de Milice
pour le Service de S. M. Catholique .
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Résumé : Nouvelles de Naples et de Sicile.
Le texte décrit les actions et déclarations de l'Infant Don Carlos, fils du roi d'Espagne, concernant les royaumes de Naples et de Sicile. Le roi d'Espagne, motivé par les souffrances des peuples napolitains et siciliens sous le gouvernement allemand, a décidé d'envoyer des troupes pour les libérer. Don Carlos, en tant que généralissime des armées, est chargé de récupérer ces royaumes, de confirmer une amnistie générale, de restaurer les privilèges des peuples et d'abolir les impôts imposés par le gouvernement allemand. Les nouvelles de Naples indiquent que Don Carlos a détaché plusieurs officiers et troupes pour suivre le vice-roi, qui s'est retiré en Pouille. Les galères impériales ont pu s'échapper grâce à un calme marin. Don Carlos a maintenu les juges et élus du peuple dans leurs fonctions et a donné un délai limité aux troupes dans les châteaux pour se rendre. Il a également nommé plusieurs lieutenants généraux et vicaires pour différentes régions des royaumes. Les garnisons des châteaux de Naples et de Baïa se sont rendues. Les troupes impériales, dirigées par le Comte Visconti, sont en difficulté et cherchent à quitter le royaume. Les habitants de Sicile ont refusé de payer un subside demandé par le vice-roi, provoquant un soulèvement. Les villes de Gaëtte et de Capoue sont bloquées en attendant l'arrivée de l'artillerie. Les vaisseaux espagnols patrouillent pour empêcher l'arrivée de renforts impériaux. Plusieurs soldats impériaux ont été faits prisonniers et ont rejoint les troupes espagnoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 1216-1217
Entrée solemnelle de D. Carlos à Naples, [titre d'après la table]
Début :
Le 15. May, un Courrier dépêché de Madrid apporta à l'Infant Don Carlos le Diplôme par [...]
Mots clefs :
Roi d'Espagne, Roi de Naples, Naples, Dépêche, Habitants, Te Deum, Entrée solennelle, Infant Don Carlos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée solemnelle de D. Carlos à Naples, [titre d'après la table]
Le 15. May , un Courrier dépêché de Madrid
apporta à l'Infant Don Carlos le Diplôme par
lequel le Roy d'Espagne le déclare Roy de Naples
, et enjoint à tous les Seigneurs , Barons et
autres Habitans du Royaume , de le reconnoître
en cette qualité , et aux Magistrats des Villes
qui n'ont pas encore nommé des Députez pour
lui prêter serment de fidelité de lui en envoyer
incessamment , sous peine d'être regardez comme
rebelles et traitez selon toutes les rigueurs de
la guerre.
Ce Diplôme fut affiché et publié le même jour ,
et tous les Tribunaux en corps allerent rendre
hommage à leur nouveau Souverain qui fit ou
vrir les prisons , accorda la grace aux Criminels
2
I. Vol.
et
JUIN. 1734.: 1217
er ordonna qu'on distribuât de l'argent au
Peuple.
On chanta le Te Deum ; le soir il y eut des
Feux et des Illuminations dans toutes les rues ,
et les Habitans donnerent les plus grandes démonstrations
de joye.
Le Gouvernement a donné ordre qu'on frappât
de la Monnoye d'or et d'argent pour des
sommes considerables , au coin du nouveau Roy
de Naples.
Sa Majesté , qui étoit allée le 27. May dîner
à Baye , y reçut par le Marquis de Castellar ,
que le Comte de Montemar a dépêché au Roy
d'Espagne , la premiere nouvelle de la victoire
remportée le à Bitonto dans la Pouille , par
les Troupes Espagnoles sur celles de l'Empereur ,
commandées par le Comte de Viscomti.
*
25.
Le Roy revint aussi - tôt à Naples , où il trouva
un grand concours de Peuple qui cherchoit à lui,
marquer par ses acclamations , la part qu'il prenoit
à cet évenement, S M fit chanter ce jour là
le Te Deum dans sa Chapelle , et le lendemain il
alla en ceremonie à l'Eglise de S. Janvier , où il
fit rendre à Dieu de solemnelles actions de graces
de cette victoire , à l'occasion de laquelle il
y a cû dans la Ville pendant trois jours des Illu
minations et d'autres marques de réjouissance.
apporta à l'Infant Don Carlos le Diplôme par
lequel le Roy d'Espagne le déclare Roy de Naples
, et enjoint à tous les Seigneurs , Barons et
autres Habitans du Royaume , de le reconnoître
en cette qualité , et aux Magistrats des Villes
qui n'ont pas encore nommé des Députez pour
lui prêter serment de fidelité de lui en envoyer
incessamment , sous peine d'être regardez comme
rebelles et traitez selon toutes les rigueurs de
la guerre.
Ce Diplôme fut affiché et publié le même jour ,
et tous les Tribunaux en corps allerent rendre
hommage à leur nouveau Souverain qui fit ou
vrir les prisons , accorda la grace aux Criminels
2
I. Vol.
et
JUIN. 1734.: 1217
er ordonna qu'on distribuât de l'argent au
Peuple.
On chanta le Te Deum ; le soir il y eut des
Feux et des Illuminations dans toutes les rues ,
et les Habitans donnerent les plus grandes démonstrations
de joye.
Le Gouvernement a donné ordre qu'on frappât
de la Monnoye d'or et d'argent pour des
sommes considerables , au coin du nouveau Roy
de Naples.
Sa Majesté , qui étoit allée le 27. May dîner
à Baye , y reçut par le Marquis de Castellar ,
que le Comte de Montemar a dépêché au Roy
d'Espagne , la premiere nouvelle de la victoire
remportée le à Bitonto dans la Pouille , par
les Troupes Espagnoles sur celles de l'Empereur ,
commandées par le Comte de Viscomti.
*
25.
Le Roy revint aussi - tôt à Naples , où il trouva
un grand concours de Peuple qui cherchoit à lui,
marquer par ses acclamations , la part qu'il prenoit
à cet évenement, S M fit chanter ce jour là
le Te Deum dans sa Chapelle , et le lendemain il
alla en ceremonie à l'Eglise de S. Janvier , où il
fit rendre à Dieu de solemnelles actions de graces
de cette victoire , à l'occasion de laquelle il
y a cû dans la Ville pendant trois jours des Illu
minations et d'autres marques de réjouissance.
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Résumé : Entrée solemnelle de D. Carlos à Naples, [titre d'après la table]
Le 15 mai, un courrier de Madrid informe l'Infant Don Carlos qu'il est proclamé roi de Naples par le roi d'Espagne. Un diplôme ordonne à tous les seigneurs, barons et habitants du royaume de reconnaître Don Carlos comme roi et aux magistrats des villes de lui prêter serment de fidélité sous peine de rébellion. Le diplôme est affiché et publié le même jour. Les tribunaux rendent hommage à Don Carlos, qui libère les prisonniers, accorde la grâce aux criminels et distribue de l'argent au peuple. Des célébrations, incluant le chant du Te Deum et des illuminations, ont lieu. Le gouvernement ordonne la frappe de monnaie au nom du nouveau roi. Le 27 mai, Don Carlos apprend la victoire espagnole à Bitonto contre les troupes de l'empereur. À son retour à Naples, il fait chanter le Te Deum et organise des réjouissances publiques pour célébrer cette victoire.
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30
p. 1421-1423
DE NAPLES ET DE SICILE.
Début :
Le Roy a nommé le Prince de Laurenzano pour aller à Rome en qualité de son Ambassadeur [...]
Mots clefs :
Prince Laurenzano, Roi, Place, Ville, Troupes, Comte de Visconti, Habitants, Garnison, Royaume, Naples
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texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES ET DE SICILE.
DE NAPLES ET DE SICILE.
L
E Roy a nommé le Prince de Laurenzano
pour aller à Rome en qualité de son Ambassadeur
Extraordinaire auprès du Pape , et ce
Ministre doit partir incessamment pour donner
part à S. S. de l'avenement de S. M. à la Couronne.
Le Duc de Lauria Cala de Laënzina , que
S. M. a fait Chef de son Conseil Privé , a été
chargé de recevoir à la place du Comte de Charny,
Lieutenant General du Royaume , l'hommage
des Députez des Villes et des Barons de l'Etat
qui n'ont pas encore prêté serment de fidélité.
Les Habitans de la Ville de Lecce , à l'occasion
de quelques impositions que deux Officiers de
P'Empereur qui étoient restez dans cette Ville
ont voulu exiger , ont pris les armes et ont chassé
les Imperiaux , après avoir tué M. Cardamone,
P'un de ces deux Officiers .
Les 8. Galeres Françoises , commandées par le
Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de France ,
entrerent le 15. Juin dans le Port de Naples avec
un pareil nombre de Galeres du Roy d'Espagne ,
et le reste de l'Escadre qui avoit fait voile de Barcelone
le 6. du même mois. Les Troupes qui
sont venues sur cette Escadre consistent en 18.
Bataillons et 2500. hommes de Cavalerie ,
quoiqu'une partie des Vaisseaux qui la composent
ait essuyé une assez violente tempête dans la
II. Vol.
et
Mer
jMer deGêlies,
» on n'a pas perdu un homme ni
91B cheval dans le passage.
On a reçu avis que le Comte de Visconti, cy«'
devant Viceroy de tapies
,
étoit parti dePescara,
sur l'avis qu'il avoit tu --',e la Marche d'un Dé,
tachement qu'on avoit envoyé pour l'y assieger
et qu'il étoit à Fumo,d'oLl il devoir aller à Rome
joindre la Comtesse son Epouse.
La Garnison Imperiale qui étoit dans Reggio,
ayant appris que le Comte de Visconti s etoif*
déterminé à sortir du Royaume,elle a abandonna
cette Place et s'est embarquée pour la Sicile.
Trois cens Grenadiers que le Comte de Sasta.
go elivoyoit au Comte de Visconti , ayant débar-
,qlié dans le Royaume de Naples
, ont été faits
prisonniers de Guerre , et la Galere sur laquelle
Détachement avoir été embarqué, a été prise.
- On a commencé le 'iege de Gaette
, et la
Garnison n'étant pas assez forte pour pouvoir
faire une longue detfense
, on espere que la Place
sera bien-tôt réduite sous l'obéissance de S. M.
il a été résolu de ne point assieger dans les formes
la Ville de Capoiie ,
dont les Habitans souf.
frent déjà beaucoup par la disette et par les maladiesqui
y régnent; on s'est contenté d'augmenter
le nombre des Troupes qui en formoienc
le blocus, et de la faire investir entièrement,
afin de couper- toute retraite aux Imperiaux qui y
4ont enfermez.
Au commencement du moi_s de Juin on fit par-
;tir pour la Calabre sous l'escorte du Vaisseau
de guerre le Saint Philippe
,
plusieurs Bâtimcns
sur lesquels se sont embarquez 4. Bataillons destinez
à renforcer les Troupes qui sont dans cette
-Province, d'où on a appris que tous les AlIemands
et les Napolitains qui ayoient suivi le
VIscontià Pescara, étoient sortis du
Royaume,ou avoient reconnu l'autorité du Roy,
On a publié à Naples un Edit par lequel il estdeffendu
à tous les Sujets de S. M. sous peine de confiscation de leurs biens
,
d'entretenir correspondance aucune avec les Sujets de l'Empereur et de tirer aucune Marchandise des Pays de la domination
de S. M. Jmp. oji des autres Princes de
l'Empire.
L
E Roy a nommé le Prince de Laurenzano
pour aller à Rome en qualité de son Ambassadeur
Extraordinaire auprès du Pape , et ce
Ministre doit partir incessamment pour donner
part à S. S. de l'avenement de S. M. à la Couronne.
Le Duc de Lauria Cala de Laënzina , que
S. M. a fait Chef de son Conseil Privé , a été
chargé de recevoir à la place du Comte de Charny,
Lieutenant General du Royaume , l'hommage
des Députez des Villes et des Barons de l'Etat
qui n'ont pas encore prêté serment de fidélité.
Les Habitans de la Ville de Lecce , à l'occasion
de quelques impositions que deux Officiers de
P'Empereur qui étoient restez dans cette Ville
ont voulu exiger , ont pris les armes et ont chassé
les Imperiaux , après avoir tué M. Cardamone,
P'un de ces deux Officiers .
Les 8. Galeres Françoises , commandées par le
Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de France ,
entrerent le 15. Juin dans le Port de Naples avec
un pareil nombre de Galeres du Roy d'Espagne ,
et le reste de l'Escadre qui avoit fait voile de Barcelone
le 6. du même mois. Les Troupes qui
sont venues sur cette Escadre consistent en 18.
Bataillons et 2500. hommes de Cavalerie ,
quoiqu'une partie des Vaisseaux qui la composent
ait essuyé une assez violente tempête dans la
II. Vol.
et
Mer
jMer deGêlies,
» on n'a pas perdu un homme ni
91B cheval dans le passage.
On a reçu avis que le Comte de Visconti, cy«'
devant Viceroy de tapies
,
étoit parti dePescara,
sur l'avis qu'il avoit tu --',e la Marche d'un Dé,
tachement qu'on avoit envoyé pour l'y assieger
et qu'il étoit à Fumo,d'oLl il devoir aller à Rome
joindre la Comtesse son Epouse.
La Garnison Imperiale qui étoit dans Reggio,
ayant appris que le Comte de Visconti s etoif*
déterminé à sortir du Royaume,elle a abandonna
cette Place et s'est embarquée pour la Sicile.
Trois cens Grenadiers que le Comte de Sasta.
go elivoyoit au Comte de Visconti , ayant débar-
,qlié dans le Royaume de Naples
, ont été faits
prisonniers de Guerre , et la Galere sur laquelle
Détachement avoir été embarqué, a été prise.
- On a commencé le 'iege de Gaette
, et la
Garnison n'étant pas assez forte pour pouvoir
faire une longue detfense
, on espere que la Place
sera bien-tôt réduite sous l'obéissance de S. M.
il a été résolu de ne point assieger dans les formes
la Ville de Capoiie ,
dont les Habitans souf.
frent déjà beaucoup par la disette et par les maladiesqui
y régnent; on s'est contenté d'augmenter
le nombre des Troupes qui en formoienc
le blocus, et de la faire investir entièrement,
afin de couper- toute retraite aux Imperiaux qui y
4ont enfermez.
Au commencement du moi_s de Juin on fit par-
;tir pour la Calabre sous l'escorte du Vaisseau
de guerre le Saint Philippe
,
plusieurs Bâtimcns
sur lesquels se sont embarquez 4. Bataillons destinez
à renforcer les Troupes qui sont dans cette
-Province, d'où on a appris que tous les AlIemands
et les Napolitains qui ayoient suivi le
VIscontià Pescara, étoient sortis du
Royaume,ou avoient reconnu l'autorité du Roy,
On a publié à Naples un Edit par lequel il estdeffendu
à tous les Sujets de S. M. sous peine de confiscation de leurs biens
,
d'entretenir correspondance aucune avec les Sujets de l'Empereur et de tirer aucune Marchandise des Pays de la domination
de S. M. Jmp. oji des autres Princes de
l'Empire.
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Résumé : DE NAPLES ET DE SICILE.
Le roi a nommé le Prince de Laurenzano ambassadeur extraordinaire auprès du Pape pour annoncer son avènement au trône. Le Duc de Lauria a remplacé le Comte de Charny pour recevoir l'hommage des députés des villes et des barons n'ayant pas encore prêté serment de fidélité. À Lecce, les habitants ont pris les armes contre des officiers impériaux, tuant l'un d'eux et chassant les troupes impériales. Huit galères françaises, commandées par le Chevalier d'Orléans, sont arrivées à Naples avec un nombre équivalent de galères espagnoles, transportant 18 bataillons et 2500 hommes de cavalerie. Le Comte de Visconti, ancien vice-roi de Naples, a quitté Pescara pour Rome après avoir repoussé un détachement envoyé pour l'assiéger. La garnison impériale de Reggio a abandonné la ville pour la Sicile. Trois cents grenadiers envoyés au Comte de Visconti ont été capturés, ainsi que leur galère. Le siège de Gaète a commencé, et la ville de Capoue est sous blocus. En juin, des troupes ont été envoyées en Calabre pour renforcer les forces locales. Un édit a été publié à Naples, interdisant toute correspondance avec les sujets de l'Empereur et l'importation de marchandises des pays sous domination impériale.
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32
p. 171-173
ITALIE.
Début :
Depuis le 4 de ce mois le froid est extraordinaire ; toutes les montagnes des environs, & le [...]
Mots clefs :
République de Genève, Turin, Gênes, Venise, Rome, Naples, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 18 Janvier.
Depuis le 4 de ce mois le froid eft extraordi
naire ; toutes les montagnes des environs , & le
Véfuve même , malgré les flammes & le torrent
de matiere bitumineufe qu'il continue de jetter ,
font couvertes de neige . Le Duc de Penthievre
arriva ici le 13 à trois heures après - midi. On attendoit
ce Prince dès le jour précédent , mais les
glaces l'ont retardé ſur la route. Il a été obligé de
monter à pied une partie de la montagne de Ve
letri , parce que les chevaux ne pouvoient traîner
les voitures. Le Marquis d'Offun , Ambaſſadeur
de France , eft allé avec plufieurs Seigneurs Napolitains
au-devant de Son Alteffe Séréniffime
jufqu'au Bourg de Capo di Chino . Lorsqu'elle
defcendit à l'hôtel du Marquis d'Offun , où elle
a pris fon logement , tous les vaiffeaux françois
qui étoient dans le port firent une falve de leur
artillerie. Le 15 , le Duc de Penthievre alla voir
la Maiſon royale de Portici , & ſe rendit de là fur
le Véfuve , pour examiner les effets de l'éruption
de ce Volcan. Ce Prince partit le 16 pour Caferte
, où font leurs Majeftés. Il fe propofe de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fa re un voyage à Pozzuolo & à Baïa,
DE ROME , le 27 Janvier.
Le Duc de Penthiévre eft arrivé ce foir de
Naples,, & il compte de partir les du mois prochain
pour Florence.
DE VENISE , le 31 Janvier.
Selon les avis reçus d'Alger , une confpiration
y éclata le 11 du mois dernier. Comme on devoit
ce jour- là payer le prêt à la milice , les conjurés
fe rendirent avec les autres foldats au palais , fous
prétexte d'aller recevoir leur folde. Dans le tems
qu'on étoit occupé à leur diftribuer l'argent qui
leur étoit dû , le Chef du complot s'approcha du
Dey , & lui déchargea un coup de fabre au défaut
de l'épaule. Le Dey , quoiqu'âgé & griévement
bleflé , fe mit en défenſe ; mais l'affaffin le tua
d'un coup de piftolet. Quelques autres des principaux
membres de la Régence furent en même
tems poignardés , & les conjurés décernerent le
titre de Dey à leur Chef. Il n'a pas joui long tems
de fa nouvelle dignité. L'énormité de fon attentat
ayant infpiré une jufte horreur à la plupart
des habitans & des foldats , ils ont pris les armes
contre lui , & il a été maſſacré , ainfi que fes
complices. La milice & le peuple , d'un concert
unanime , ont proclamé Dey Ali Effendi Aga ,
Général de la Cavalerie Maure. C'eft un homme
courageux , mais fage ; & l'on prefume qu'il fuivra
les maximes du gouvernement de fon prédé¬
effeur.
DE GENES , le 18 Janvier.
Les lettres de Modene marquent que le Duc de
MARS. 1755. 173
Modene y eft arrivé le 8 de Milan. L'équipage
d'un bâtiment qui revient d'Afrique , a rapporté
que Sidy Soliman , troifiéme fils du Bey de Tunis
étoit mort le 7 , & que fon caractere doux &
bienfaifant le faifoit regretter également des Tunifiens
& des étrangers.
DE TURIN , le 3 Février.
La fignature de tous les procès - verbaux , concernant
le réglement des limites entre le Roi &
la République de Genève , fut faite le 1 de ce
mois à Cornieres , fur la paroiffe de Villelagranda
Le Baron Foncet de Montalleur , Commiffaire
de Sa Majefté , donna à cette occafion un magnifique
repas aux Commiffaires de la République.
Les lettres de Parme , du 24 du mois dernier ,
marquoient que l'Abbé Comte de Bernis , Am
baffadeur du Roi Très - Chrétien auprès de la République
de Venife , étoit depuis le 8 à la Cour
de l'Infant Duc.
DE NAPLES , le 18 Janvier.
Depuis le 4 de ce mois le froid eft extraordi
naire ; toutes les montagnes des environs , & le
Véfuve même , malgré les flammes & le torrent
de matiere bitumineufe qu'il continue de jetter ,
font couvertes de neige . Le Duc de Penthievre
arriva ici le 13 à trois heures après - midi. On attendoit
ce Prince dès le jour précédent , mais les
glaces l'ont retardé ſur la route. Il a été obligé de
monter à pied une partie de la montagne de Ve
letri , parce que les chevaux ne pouvoient traîner
les voitures. Le Marquis d'Offun , Ambaſſadeur
de France , eft allé avec plufieurs Seigneurs Napolitains
au-devant de Son Alteffe Séréniffime
jufqu'au Bourg de Capo di Chino . Lorsqu'elle
defcendit à l'hôtel du Marquis d'Offun , où elle
a pris fon logement , tous les vaiffeaux françois
qui étoient dans le port firent une falve de leur
artillerie. Le 15 , le Duc de Penthievre alla voir
la Maiſon royale de Portici , & ſe rendit de là fur
le Véfuve , pour examiner les effets de l'éruption
de ce Volcan. Ce Prince partit le 16 pour Caferte
, où font leurs Majeftés. Il fe propofe de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fa re un voyage à Pozzuolo & à Baïa,
DE ROME , le 27 Janvier.
Le Duc de Penthiévre eft arrivé ce foir de
Naples,, & il compte de partir les du mois prochain
pour Florence.
DE VENISE , le 31 Janvier.
Selon les avis reçus d'Alger , une confpiration
y éclata le 11 du mois dernier. Comme on devoit
ce jour- là payer le prêt à la milice , les conjurés
fe rendirent avec les autres foldats au palais , fous
prétexte d'aller recevoir leur folde. Dans le tems
qu'on étoit occupé à leur diftribuer l'argent qui
leur étoit dû , le Chef du complot s'approcha du
Dey , & lui déchargea un coup de fabre au défaut
de l'épaule. Le Dey , quoiqu'âgé & griévement
bleflé , fe mit en défenſe ; mais l'affaffin le tua
d'un coup de piftolet. Quelques autres des principaux
membres de la Régence furent en même
tems poignardés , & les conjurés décernerent le
titre de Dey à leur Chef. Il n'a pas joui long tems
de fa nouvelle dignité. L'énormité de fon attentat
ayant infpiré une jufte horreur à la plupart
des habitans & des foldats , ils ont pris les armes
contre lui , & il a été maſſacré , ainfi que fes
complices. La milice & le peuple , d'un concert
unanime , ont proclamé Dey Ali Effendi Aga ,
Général de la Cavalerie Maure. C'eft un homme
courageux , mais fage ; & l'on prefume qu'il fuivra
les maximes du gouvernement de fon prédé¬
effeur.
DE GENES , le 18 Janvier.
Les lettres de Modene marquent que le Duc de
MARS. 1755. 173
Modene y eft arrivé le 8 de Milan. L'équipage
d'un bâtiment qui revient d'Afrique , a rapporté
que Sidy Soliman , troifiéme fils du Bey de Tunis
étoit mort le 7 , & que fon caractere doux &
bienfaifant le faifoit regretter également des Tunifiens
& des étrangers.
DE TURIN , le 3 Février.
La fignature de tous les procès - verbaux , concernant
le réglement des limites entre le Roi &
la République de Genève , fut faite le 1 de ce
mois à Cornieres , fur la paroiffe de Villelagranda
Le Baron Foncet de Montalleur , Commiffaire
de Sa Majefté , donna à cette occafion un magnifique
repas aux Commiffaires de la République.
Les lettres de Parme , du 24 du mois dernier ,
marquoient que l'Abbé Comte de Bernis , Am
baffadeur du Roi Très - Chrétien auprès de la République
de Venife , étoit depuis le 8 à la Cour
de l'Infant Duc.
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Résumé : ITALIE.
Le 18 janvier, Naples a connu un froid exceptionnel, recouvrant de neige les montagnes et même le Vésuve. Le Duc de Penthièvre est arrivé à Naples le 13 janvier, retardé par les glaces, et a été accueilli par le Marquis d'Offun et plusieurs seigneurs napolitains. Il a visité la Maison royale de Portici et le Vésuve, puis s'est rendu à Caserte le 16 janvier pour rencontrer Leurs Majestés. Le 27 janvier, il était prévu qu'il parte pour Florence début février. À Rome, une conspiration à Alger le 11 décembre précédent a conduit au massacre des conjurés et à la proclamation d'Ali Effendi Aga comme nouveau Dey. À Gênes, le Duc de Modène est arrivé le 8 janvier et Sidy Soliman, fils du Bey de Tunis, est décédé le 7 janvier. À Turin, la signature des procès-verbaux concernant les limites entre le Roi et la République de Genève a eu lieu le 1 février. L'Abbé Comte de Bernis était à la cour de l'Infant Duc depuis le 8 janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 198-200
ITALIE.
Début :
Lorsque le Duc de Penthiévre est parti d'ici pour retourner à Rome, [...]
Mots clefs :
Rome, Naples, Milan, Modène, Florence, Duc de Penthiévre, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 3 Février.
Lorfque le Duc de Penthiévre eft parti d'ici
pour retourner à Rome , il a été ſalué , ainfi
qu'à fon arrivée , par l'artillerie de tous les vaiffeaux
françois qui étoient dans ce port..
Le monticule formé depuis quelques tems fur
le fommet du Vefuve , lance quantité de flammes
à une hauteur confidérable. Quelques curieux
ont ofé monter dernierement au haut de cette
montagne , pour examiner de près les effets de
l'éruption. Ils y ont découvert un baffin rempli
de bitume & de foufre , dont l'ébullition préfente
l'image du choc des flots foulevés par une violente
tempête . Le Cardinal , Archevêque de cette
ville , a ordonné des prieres publiques , pour demander
à Dieu qu'il lui plaife de la garantir de
tout événement funefte.
Le corps du Cardinal Cofcia , mort le 8 Février,
fat porté le 9 à l'Eglife del Gefu Nuovo ,
fans autre cortége que celui de deux carroffes de
deuil , accompagnés de fes Eftafiers. Ce Cardinal ,
outre un mobilier fort confidérable , a laiffé fept
cens mille écus en argent comptant. Il a inftitué
le Duc Cofcia , fon frere , pour fon légataire uni
verfel ; ordonnant que fi fa famille vient à s'éteindre
, fes biens feront dévolus à l'Hôpital qu'il a
fait conftruire. On s'eft trompé , en difant qu'il
avoit été de l'Ordre de S. Dominique.
AVRIL 175.5. 199
DE ROME , le 9 Février. 91
Par un decret qui fut publié le 3 , l'once d'or
de dix-neuf carats eft fixé à treize écus dix -fept
baïoques ; & l'once d'argent de feize deniers de
fin , à un écu deux baïoques.
Le 7 , le Pape envoya le Sr Arfelli ſouhaiter un
heureux voyage au Duc de Penthiévre , & fon Alteffe
Séréniffime partit le lendemain pour Floren.
ce . L'Ambaſſadeur de France & l'Abbé de Canillac
, Auditeur de Rote , l'accompagnerent avec un
cortége de plufieurs carroffes jufques hors de la
porte du Peuple. Pendant tout le tems que le Duc
de Penthiévre a paffé en cette capitale , il a donné
les marques les plus éclatantes de fa piété , de fa
libéralité& de fa charité. Il a laiffé fpécialement
au Curé de la paroiffe dans laquelle fe trouve
le palais de France , une ſomme confidérable, pour
être diftribuée aux pauvres de cette paroiffe..
DE FLORENCE , le 8 Février.
Le Comte Lorenzi , chargé des affaires de fa
Majefté Très - Chrétienne auprès de cette Régence
, fait de grands préparatifs pour la réception.
du Duc de Penthiévre , qui eft attendu en cette
ville le 16 de ce mois.
DE MODENE , le 27 Février.
Le Duc de Penthiévre , après s'être arrêté à Florence
depuis le 16 jufqu'au 21 de ce mois , s'eft
rendu à Bologne. De cette derniere ville il eſt revenu
ici , où il paffera quelques jours avant de
continuer fa route vers Turin.
I iv
100 MERCURE DE FRANCE.
DE MILAN , le 8 Février.
Une efpece de maladie épidémique enleve beaucoup
de monde dans quelques villages entre Pavie
& Lodi , particulierement dans ceux de Locate
& de Siziano. Elle commence par une fiévre
, qui d'une heure à l'autre va toujours en redoublant
, & qui en trois jours conduit le malade
au tombeau.
DE NAPLES , le 3 Février.
Lorfque le Duc de Penthiévre eft parti d'ici
pour retourner à Rome , il a été ſalué , ainfi
qu'à fon arrivée , par l'artillerie de tous les vaiffeaux
françois qui étoient dans ce port..
Le monticule formé depuis quelques tems fur
le fommet du Vefuve , lance quantité de flammes
à une hauteur confidérable. Quelques curieux
ont ofé monter dernierement au haut de cette
montagne , pour examiner de près les effets de
l'éruption. Ils y ont découvert un baffin rempli
de bitume & de foufre , dont l'ébullition préfente
l'image du choc des flots foulevés par une violente
tempête . Le Cardinal , Archevêque de cette
ville , a ordonné des prieres publiques , pour demander
à Dieu qu'il lui plaife de la garantir de
tout événement funefte.
Le corps du Cardinal Cofcia , mort le 8 Février,
fat porté le 9 à l'Eglife del Gefu Nuovo ,
fans autre cortége que celui de deux carroffes de
deuil , accompagnés de fes Eftafiers. Ce Cardinal ,
outre un mobilier fort confidérable , a laiffé fept
cens mille écus en argent comptant. Il a inftitué
le Duc Cofcia , fon frere , pour fon légataire uni
verfel ; ordonnant que fi fa famille vient à s'éteindre
, fes biens feront dévolus à l'Hôpital qu'il a
fait conftruire. On s'eft trompé , en difant qu'il
avoit été de l'Ordre de S. Dominique.
AVRIL 175.5. 199
DE ROME , le 9 Février. 91
Par un decret qui fut publié le 3 , l'once d'or
de dix-neuf carats eft fixé à treize écus dix -fept
baïoques ; & l'once d'argent de feize deniers de
fin , à un écu deux baïoques.
Le 7 , le Pape envoya le Sr Arfelli ſouhaiter un
heureux voyage au Duc de Penthiévre , & fon Alteffe
Séréniffime partit le lendemain pour Floren.
ce . L'Ambaſſadeur de France & l'Abbé de Canillac
, Auditeur de Rote , l'accompagnerent avec un
cortége de plufieurs carroffes jufques hors de la
porte du Peuple. Pendant tout le tems que le Duc
de Penthiévre a paffé en cette capitale , il a donné
les marques les plus éclatantes de fa piété , de fa
libéralité& de fa charité. Il a laiffé fpécialement
au Curé de la paroiffe dans laquelle fe trouve
le palais de France , une ſomme confidérable, pour
être diftribuée aux pauvres de cette paroiffe..
DE FLORENCE , le 8 Février.
Le Comte Lorenzi , chargé des affaires de fa
Majefté Très - Chrétienne auprès de cette Régence
, fait de grands préparatifs pour la réception.
du Duc de Penthiévre , qui eft attendu en cette
ville le 16 de ce mois.
DE MODENE , le 27 Février.
Le Duc de Penthiévre , après s'être arrêté à Florence
depuis le 16 jufqu'au 21 de ce mois , s'eft
rendu à Bologne. De cette derniere ville il eſt revenu
ici , où il paffera quelques jours avant de
continuer fa route vers Turin.
I iv
100 MERCURE DE FRANCE.
DE MILAN , le 8 Février.
Une efpece de maladie épidémique enleve beaucoup
de monde dans quelques villages entre Pavie
& Lodi , particulierement dans ceux de Locate
& de Siziano. Elle commence par une fiévre
, qui d'une heure à l'autre va toujours en redoublant
, & qui en trois jours conduit le malade
au tombeau.
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Résumé : ITALIE.
Le Duc de Penthièvre a quitté Naples pour Rome, où il a été accueilli par l'artillerie des vaisseaux français. Le Vésuve a montré des signes d'activité volcanique, avec des flammes et un bassin de bitume et de soufre en ébullition. Le Cardinal Archevêque de Naples a ordonné des prières publiques pour protéger la ville. Le Cardinal Coscia est décédé le 8 février, laissant une fortune de sept cent mille écus et un mobilier considérable à son frère, le Duc Coscia, et à l'hôpital qu'il avait construit. À Rome, un décret a fixé la valeur de l'once d'or et d'argent. Le Duc de Penthièvre, accompagné par l'Ambassadeur de France et l'Abbé de Canillac, a quitté Rome pour Florence, où il a séjourné du 16 au 21 février avant de se rendre à Bologne, Modène et Turin. Dans la région de Milan, une maladie épidémique a causé de nombreuses victimes entre Pavie et Lodi, caractérisée par une fièvre intense et rapide.
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34
p. 188-189
ITALIE.
Début :
L'éruption du Mont Vesuve est entierement cessée, & depuis quelques jours [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Milan, Duc de Modène, Duc de Penthiévre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
IT AL I E.
DE NAPLES , le 15 Mars.
L'éruption du Mont Vefuve eft entierement
eeffée , & depuis quelques jours il ne fort même
aucune fumée de ce Volcan. Il y eut le 10 & le
11 de ce mois fur cette côte une violente tempête.
Le 11 une polaque Françoife périt entre la
tour de l'Annonciade & Caftellamare di Stabia .
Le Capitaine & deux paffagers Maltois ont été
noyés.
DE ROME , le 22 Mars.
Sa Sainteté tint le 17 un Confiftoire fecret
dans lequel le Cardinal Portocarrero propofa
P'Archevêché de Befançon pour l'Abbé de Choifeul-
Beaupré , Primat de Lorraine , & l'Abbaye
de la Charité , Ordre de Cîteaux , dans le même
Diocèſe , pour l'Abbé le Tonnelier de Breteuil .
Sa Sainteté a accordé le Pallium à l'Archevêque
de Befançon & à l'Evêque de Wurtzbourg.
DE MILAN , le 25 Mars.
Un Gentilhomme du Duc de Penthieyre étant
M A I.
189 1755.
?
arrivé le 22 de ce mois au matin , & ayant annoncé
que ce Prince devoit fe rendre ici le même
jour ; le Duc de Modene , accompagné de fes
Gardes & d'une nombreuſe fuite ,
fortit par la
porte Romaine avec deux caroffes à fix chevaux
pour aller au-devant de fon Alteffe Séréniffime.
Auffi-tôt les deux Princes fe rencontrerent
que
ils mirent pied à terre. Le Duc de Penthievre entra
dans le caroffe du Duc de Modene , qui lui
donna la droite . A leur arrivée au Palais ducal ,
ils trouverent toute la Nobleffe affemblée. On
compte que le Duc de Penthievre ne partira que
dans quatre ou cinq jours pour Turin.
DE NAPLES , le 15 Mars.
L'éruption du Mont Vefuve eft entierement
eeffée , & depuis quelques jours il ne fort même
aucune fumée de ce Volcan. Il y eut le 10 & le
11 de ce mois fur cette côte une violente tempête.
Le 11 une polaque Françoife périt entre la
tour de l'Annonciade & Caftellamare di Stabia .
Le Capitaine & deux paffagers Maltois ont été
noyés.
DE ROME , le 22 Mars.
Sa Sainteté tint le 17 un Confiftoire fecret
dans lequel le Cardinal Portocarrero propofa
P'Archevêché de Befançon pour l'Abbé de Choifeul-
Beaupré , Primat de Lorraine , & l'Abbaye
de la Charité , Ordre de Cîteaux , dans le même
Diocèſe , pour l'Abbé le Tonnelier de Breteuil .
Sa Sainteté a accordé le Pallium à l'Archevêque
de Befançon & à l'Evêque de Wurtzbourg.
DE MILAN , le 25 Mars.
Un Gentilhomme du Duc de Penthieyre étant
M A I.
189 1755.
?
arrivé le 22 de ce mois au matin , & ayant annoncé
que ce Prince devoit fe rendre ici le même
jour ; le Duc de Modene , accompagné de fes
Gardes & d'une nombreuſe fuite ,
fortit par la
porte Romaine avec deux caroffes à fix chevaux
pour aller au-devant de fon Alteffe Séréniffime.
Auffi-tôt les deux Princes fe rencontrerent
que
ils mirent pied à terre. Le Duc de Penthievre entra
dans le caroffe du Duc de Modene , qui lui
donna la droite . A leur arrivée au Palais ducal ,
ils trouverent toute la Nobleffe affemblée. On
compte que le Duc de Penthievre ne partira que
dans quatre ou cinq jours pour Turin.
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Résumé : ITALIE.
Le 15 mars, l'éruption du Mont Vésuve a cessé, sans plus de fumée observée. Les 10 et 11 mars, une tempête a causé le naufrage d'une polaque française près de Castellamare di Stabia, entraînant la mort du capitaine et de deux passagers maltais. Le 17 mars à Rome, le pape a tenu un consistoire secret où le Cardinal Portocarrero a proposé l'archevêché de Besançon pour l'Abbé de Choiseul-Beaupré et l'abbaye de la Charité pour l'Abbé le Tonnelier de Breteuil. Le pape a également accordé le pallium à l'archevêque de Besançon et à l'évêque de Wurtzbourg. Le 25 mars à Milan, le Duc de Penthièvre est arrivé, accueilli par le Duc de Modène. Les deux princes ont été reçus par la noblesse milanaise. Le Duc de Penthièvre doit séjourner à Milan pendant quatre ou cinq jours avant de partir pour Turin.
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35
p. 222-223
ITALIE.
Début :
Selon les avis reçus de l'Isle de Tremiti, fief des Bénédictins [...]
Mots clefs :
Naples, Gênes, Ile de Tremiti, Bénédictins, Mutineries, Mont Gibel, Éruption, Margrave, Comte et Comtesse de la Marche
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 9 Avril. ୨
Selon les avis reçus de l'Ile de Tremiti , fiet
des Bénédictins qui y ont une abbaye , & qui ont
droit d'y entretenir une garnifon de vingt- cinq
hommes à leur folde , les foldats de cette garnifon
fe font révoltés contre leur Commandant , &
Pont maffacré. Ils ont enfuite garrotté l'Abbé &
les Religieux , ont enlevé l'argent & les effets
dont ils ont pu fe faifir , & ſe font fauvés fur une
barque de Dalmatie , dont ils ont obligé le Patron
de les prendre à bord.
Les lettres de Sicile marquent que le 9 du mois
dernier, vers la dix- huitieme heure , c'eft - à- dire
vers onze heures trois quarts du matin , le mont
Gibel commença à jetter beaucoup de flammes
& de fumée , avec un effroyable bruit. Quatre
heures après le ciel s'obfcurcit entierement , & la
montagne jetta une fi prodigieufe quantité de
pierres , dont la plupart pefoient jufqu'à trois onces
, que tout le territoire de la ville de Mafcali
& des campagnes voifines en fut couvert . Cette
pluie continua jufqu'à fept heures du foir , & fut
fuivie d'une pluie de fable noir , qui dura toute la
nuit. Le 10 , à huit heures du matin , il fortit de la
montagne un torrent de matiere fluide & lympide
, en un demi-quart d'heure tous les fonds en
furent inondés ; cette matiere avoit la chaleur de
l'eau bouillante . Dès qu'elle eut ceffé de couler ,
JUIN.
1755. 223
elle fe figea & fe convertit en une efpece de fable
calciné . A ce torrent en fuccéda un de feu.
Ce dernier n'a ceffé que pour faire place à une
riviere de foufre & de bitume , laquelle eft large
d'environ foixante cannes . Le 12 au foir , lorfque
le courier qui a apporté ces nouvelles eft parti
de Palerme , cette éruption duroit encore , &
elle avoit déja ravagé une grande étendue de
pays.
4%
DE GENES , le 29 Avril.
Avant -hier , le Margrave & la Margrave de
Bareith arriverent ici à bord d'un vaiffeau portant
pavillon de France. Quoiqu'ils gardent l'incognito
, fous le nom de Comte & de Comteffe de
la Marche , le Gouvernement les a fait complimenter
par une députation de quatre Nobles &
de quatre Dames.
DE NAPLES , le 9 Avril. ୨
Selon les avis reçus de l'Ile de Tremiti , fiet
des Bénédictins qui y ont une abbaye , & qui ont
droit d'y entretenir une garnifon de vingt- cinq
hommes à leur folde , les foldats de cette garnifon
fe font révoltés contre leur Commandant , &
Pont maffacré. Ils ont enfuite garrotté l'Abbé &
les Religieux , ont enlevé l'argent & les effets
dont ils ont pu fe faifir , & ſe font fauvés fur une
barque de Dalmatie , dont ils ont obligé le Patron
de les prendre à bord.
Les lettres de Sicile marquent que le 9 du mois
dernier, vers la dix- huitieme heure , c'eft - à- dire
vers onze heures trois quarts du matin , le mont
Gibel commença à jetter beaucoup de flammes
& de fumée , avec un effroyable bruit. Quatre
heures après le ciel s'obfcurcit entierement , & la
montagne jetta une fi prodigieufe quantité de
pierres , dont la plupart pefoient jufqu'à trois onces
, que tout le territoire de la ville de Mafcali
& des campagnes voifines en fut couvert . Cette
pluie continua jufqu'à fept heures du foir , & fut
fuivie d'une pluie de fable noir , qui dura toute la
nuit. Le 10 , à huit heures du matin , il fortit de la
montagne un torrent de matiere fluide & lympide
, en un demi-quart d'heure tous les fonds en
furent inondés ; cette matiere avoit la chaleur de
l'eau bouillante . Dès qu'elle eut ceffé de couler ,
JUIN.
1755. 223
elle fe figea & fe convertit en une efpece de fable
calciné . A ce torrent en fuccéda un de feu.
Ce dernier n'a ceffé que pour faire place à une
riviere de foufre & de bitume , laquelle eft large
d'environ foixante cannes . Le 12 au foir , lorfque
le courier qui a apporté ces nouvelles eft parti
de Palerme , cette éruption duroit encore , &
elle avoit déja ravagé une grande étendue de
pays.
4%
DE GENES , le 29 Avril.
Avant -hier , le Margrave & la Margrave de
Bareith arriverent ici à bord d'un vaiffeau portant
pavillon de France. Quoiqu'ils gardent l'incognito
, fous le nom de Comte & de Comteffe de
la Marche , le Gouvernement les a fait complimenter
par une députation de quatre Nobles &
de quatre Dames.
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Résumé : ITALIE.
Le 9 avril, des soldats de l'abbaye des Bénédictins sur l'île de Tremiti se sont révoltés contre leur commandant, l'ont massacré, et ont ligoté l'abbé et les religieux avant de voler de l'argent et des effets. Ils se sont ensuite enfuis à bord d'une barque dalmate. En Sicile, le 9 mars, le mont Gibel a commencé à émettre des flammes, de la fumée et un bruit assourdissant. Quatre heures plus tard, le ciel s'est obscurci et la montagne a projeté une grande quantité de pierres, couvrant Mascali et les campagnes voisines. Cette pluie de pierres a été suivie d'une pluie de sable noir toute la nuit. Le 10 mars, un torrent de matière fluide et chaude a inondé les fonds, se transformant ensuite en sable calciné. Un torrent de feu a suivi, remplacé par une rivière de soufre et de bitume large d'environ soixante cannes. Le 12 mars, l'éruption se poursuivait, ravageant une grande étendue de territoire. À Gênes, le 29 avril, le Margrave et la Margrave de Bareith sont arrivés à bord d'un vaisseau français, sous le nom de Comte et Comtesse de la Marche, et ont été complimentés par une députation du gouvernement.
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36
p. 208-209
ITALIE.
Début :
Deux chabecs du Roi ont amené dans ce port un Corsaire [...]
Mots clefs :
Naples, Livourne, Gênes, Corsaires, Tripoli, Marines de guerre, Golfe adriatique, Cap de Spartivento
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 23 Avril.
Deux chabecs du Roi ont amené dans ce port
un Corfaire de Tripoli , dont ils fe font emparés
dans le Golfe Adriatique . Le bâtiment ennemi
étoit monté de douze piéces de canon , & d'un
pareil nombre de pierriers. Son équipage étoit
compofé de quatre -vingt quinze hommes. Il y
en a eu vingt -fix de tués , & les quarante- neuf
autres ont été faits efclaves. Les deux chabecs
vont remettre à là voile pour donner la chaffe à
un autre Corfaire , qui croife dans les environs
de l'Ile de Cerigo.
Don Jofeph Martinez s'eft emparé d'un ſecond
Corfaire Tripolitain , de quatorze canons , de
vingt- quatre pierriers & de quatre- vingt hommes
d'équipage. On a envoyé ce bâtiment à l'lfle de
Nifita dans le Golfe de Pozzuolo , pour y faire la
quarantaine.
DE LIVOURNE , le 4 Mai.
Trois Corfaires ont enlevé la pinque des dépê
ches de Barcelone quelques jours après fon dé
part de Gênes.
DE GENES , le 6 Mai.
On apprend par une barque françoife , qui eft
venue de Tunis en quarante-deux jours de navigation
, que les Corfaires de cette Régence ont
quatre bâtimens en mer. Une polaque de pavillon
Impérial a été viſitée près du Cap de Spartivento ,
JUIN. 17558 200
par une galiotte de Tripoli , & le même jour
après-midi elle a rencontré trois galeres de la
Religion de Malthe fur la côte de Syracufe. Les
chaloupes d'un bâtiment Corfaire ayant enlevé
le 24 du mois dernier une barque de la riviere du
Ponent , il eft forti du port de Monaco quelques
felouques , qui ont repris cette barque. Cinq
hommes de fon équipage font reftés malheureuſes
ment au pouvoir des Barbarefques.
DE NAPLES , le 23 Avril.
Deux chabecs du Roi ont amené dans ce port
un Corfaire de Tripoli , dont ils fe font emparés
dans le Golfe Adriatique . Le bâtiment ennemi
étoit monté de douze piéces de canon , & d'un
pareil nombre de pierriers. Son équipage étoit
compofé de quatre -vingt quinze hommes. Il y
en a eu vingt -fix de tués , & les quarante- neuf
autres ont été faits efclaves. Les deux chabecs
vont remettre à là voile pour donner la chaffe à
un autre Corfaire , qui croife dans les environs
de l'Ile de Cerigo.
Don Jofeph Martinez s'eft emparé d'un ſecond
Corfaire Tripolitain , de quatorze canons , de
vingt- quatre pierriers & de quatre- vingt hommes
d'équipage. On a envoyé ce bâtiment à l'lfle de
Nifita dans le Golfe de Pozzuolo , pour y faire la
quarantaine.
DE LIVOURNE , le 4 Mai.
Trois Corfaires ont enlevé la pinque des dépê
ches de Barcelone quelques jours après fon dé
part de Gênes.
DE GENES , le 6 Mai.
On apprend par une barque françoife , qui eft
venue de Tunis en quarante-deux jours de navigation
, que les Corfaires de cette Régence ont
quatre bâtimens en mer. Une polaque de pavillon
Impérial a été viſitée près du Cap de Spartivento ,
JUIN. 17558 200
par une galiotte de Tripoli , & le même jour
après-midi elle a rencontré trois galeres de la
Religion de Malthe fur la côte de Syracufe. Les
chaloupes d'un bâtiment Corfaire ayant enlevé
le 24 du mois dernier une barque de la riviere du
Ponent , il eft forti du port de Monaco quelques
felouques , qui ont repris cette barque. Cinq
hommes de fon équipage font reftés malheureuſes
ment au pouvoir des Barbarefques.
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Résumé : ITALIE.
Le 23 avril, deux navires royaux ont capturé un corsaire tripolitain dans le golfe Adriatique, équipé de douze canons et douze pierriers, avec un équipage de quatre-vingt-quinze hommes. Vingt-six hommes ont été tués et quarante-neuf capturés comme esclaves. Les navires royaux se préparent à poursuivre un autre corsaire près de l'île de Cerigo. Parallèlement, Don Joseph Martinez a capturé un second corsaire tripolitain, armé de quatorze canons, vingt-quatre pierriers et quatre-vingts hommes d'équipage, envoyé à l'île de Nisida pour quarantaine. Le 4 mai, trois corsaires ont enlevé une pinque des dépêches de Barcelone après son départ de Gênes. Le 6 mai, une barque française de Tunis a signalé que les corsaires de la Régence de Tunis avaient quatre bâtiments en mer. Une polaque impériale a été visitée près du Cap de Spartivento par une galiotte de Tripoli et a rencontré trois galères de l'ordre de Malte près de Syracuse. Le 24 du mois précédent, des chaloupes d'un corsaire avaient enlevé une barque sur la rivière du Pô. Des felouques du port de Monaco ont repris cette barque, mais cinq hommes de son équipage sont restés aux mains des Barbaresques.
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37
p. 201-204
ITALIE.
Début :
L'Infante, troisiéme fille de leurs Majestés, est morte le 11 de ce [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Florence, Livourne, Venise, Gênes, Milan, Marquis, Corsaire, Vaisseaux, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 19 Mai.
L'Infante , troifiéme fille de leurs Majeſtés , eft
morte le 11 de ce mois au foir dans le château
de Portici . Cette Princeffe qui fe nommoit Marie-
Anne , étoit née le 3 de Juillet de l'année derniere.
Son corps fut apporté ici le 13 , pour être inhumé:
dans le tombeau de la Famille royale.
LV
202 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis Fogliani dont la fanté eft parfaitement
rétablie , fe difpofe à aller bientôt prendre
poffeffion de la Vice -royauté de Sicile. On
croit que Sa Majesté veut partager entre deux Miniftres
les départemens dont il étoit chargé , en
donnant au Marquis Tanucci celui des Affaires
étrangeres, & au Marquis Gregori ceux de la Guerre
& de la Marine ..
Une felouque a conduit à l'Ile de Nifita vingtdeux
Turcs faits efclaves fur une galiotte qu'elle
a coulée à fond près du canal de Piombino.
Les dernieres nouvelles de Sicile annoncent la
mort du Comte de Grimau , qui y exerçoit par
trim les fonctions de Viceroi .
DE ROME , le 7 Juin.
in-
Le 23 Mai , le Margrave de Bareith prit la route
Naples . La Margrave n'y fuivit ce Prince que
quelques jours après.
Sa Sainteté a accordé au Comte Paul de Canale
la furvivance de la charge de Gouverneur des armes
de l'Etat Eccléfiaftique , poffedée par le Bailli
Antinori.
L'Académie des Arcades vient d'aggréger à fon
corps le Duc Clement- François de Baviere. Elle a
mis auffi au nombre de fes membres l'Abbé de
la Baume , auteur du Poëme en Profe , qui a pour:
titre la Chriftiade , ou le Paradis reconquis.
DE FLORENCE , le 22 Mai.
Des détachemens ont été poftés en différen
endroits le long des côtes de ce Grand Duché ,
particulierement à l'embouchure de l'Arno , pour
soppofer aux defcentes que les Algériens pourroient
tenter. Selon les lettres de Liyourne ,
un
JUILLET . 1755. 203
Feloucon deftiné à protéger la pêche du corail , a
attaqué trois petits bâtimens corfaires de Tripoli.
Deux ont été coulés à fond , & le troifiéme a pris
la fuite . On mande de Viterbe qu'une nuit de la
ſemaine avant la derniere , on y a effuyé trois vio
lentes fecouffes de tremblement de terre . L'allarme
fut telle , que cette même nuit on fit une Proceffion
folemnelle , à laquelle tous les habitans
affifterent pour demander à Dieu d'être délivrés
de ce fléau.
DE LIVOURNE , les Juin.
Il paroît que la croifiere des vaiffeaux de guerre
de l'Empereur en a impofé aux barbarefques . Ces
corfaires , depuis quelque tems , ne s'approchent
plus des parages de ce Grand Duché.
Les lettres de Naples marquent qu'une polacre
d'Alger , qui troubloit la navigation entre la Sicile
& la Calabre , a été prife par le Capitaine
Peppe , commandant un des chabecs de Sa Majesté
Sicilienne. On a fait cinquante efclaves à bord
de ce bâtiment.
DE VENISE , le 18 Mai.
On a été informé par un navire arrivé du Levant
, que le Capitan Pacha croife actuellement
dans l'Archipel , & qu'il a reçu ordre du Grand
Seigneur , d'empêcher que les Algériens n'y trou
blaffent la navigation des vaiffeaux Hollandois.
Le même bâtiment a rapporté que Mehemet Kan,
chef des Aghuans , s'eft mis fur les rangs pour dif
puter la Couronne de Perfe . Ce nouveau compé
titeur eft à la tête d'une armée de cent mille hom
mes. Sa premiere expédition a été contre la ville
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
de Meched , dont la prife lui a frayé le chemin
plufieurs autres fuccès. Il marche vers la capitale
du Royaume , dans le deffein d'y affiéger Azad
Kan , fi ce rival , qui eſt le feul dont il ait à redouter
la concurrence , y demeure renfermé.
DE GENES , le 25 Mai.
Suivant les nouvelles d'Afrique , la Milice s'eft
de nouveau foulevée à Alger , & elle a exigé la
dépofition de quelques membres du Divan. Le.
Dey, craignant les fuites de cette fermentation , a
doublé la garde de fon palais. Les mêmes avis.
portent que tous les corfaires de Tunis , à l'excep¬
tion de deux , font rentrés dans leur port..
DE MILAN , le 27 Mai.
Après une longue féchereffe qui faifoit crain
'dre la perte totale de la récolte , eft enfin furvenue
une pluie abondante. Une maladie épidémique
fait beaucoup de ravages à Novare. Elle fe
manifefte par une fievre ardente , & elle emporte
en quatre ou cinq jours les perfonnes qu'elle at
taque.
DE NAPLES , le 19 Mai.
L'Infante , troifiéme fille de leurs Majeſtés , eft
morte le 11 de ce mois au foir dans le château
de Portici . Cette Princeffe qui fe nommoit Marie-
Anne , étoit née le 3 de Juillet de l'année derniere.
Son corps fut apporté ici le 13 , pour être inhumé:
dans le tombeau de la Famille royale.
LV
202 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis Fogliani dont la fanté eft parfaitement
rétablie , fe difpofe à aller bientôt prendre
poffeffion de la Vice -royauté de Sicile. On
croit que Sa Majesté veut partager entre deux Miniftres
les départemens dont il étoit chargé , en
donnant au Marquis Tanucci celui des Affaires
étrangeres, & au Marquis Gregori ceux de la Guerre
& de la Marine ..
Une felouque a conduit à l'Ile de Nifita vingtdeux
Turcs faits efclaves fur une galiotte qu'elle
a coulée à fond près du canal de Piombino.
Les dernieres nouvelles de Sicile annoncent la
mort du Comte de Grimau , qui y exerçoit par
trim les fonctions de Viceroi .
DE ROME , le 7 Juin.
in-
Le 23 Mai , le Margrave de Bareith prit la route
Naples . La Margrave n'y fuivit ce Prince que
quelques jours après.
Sa Sainteté a accordé au Comte Paul de Canale
la furvivance de la charge de Gouverneur des armes
de l'Etat Eccléfiaftique , poffedée par le Bailli
Antinori.
L'Académie des Arcades vient d'aggréger à fon
corps le Duc Clement- François de Baviere. Elle a
mis auffi au nombre de fes membres l'Abbé de
la Baume , auteur du Poëme en Profe , qui a pour:
titre la Chriftiade , ou le Paradis reconquis.
DE FLORENCE , le 22 Mai.
Des détachemens ont été poftés en différen
endroits le long des côtes de ce Grand Duché ,
particulierement à l'embouchure de l'Arno , pour
soppofer aux defcentes que les Algériens pourroient
tenter. Selon les lettres de Liyourne ,
un
JUILLET . 1755. 203
Feloucon deftiné à protéger la pêche du corail , a
attaqué trois petits bâtimens corfaires de Tripoli.
Deux ont été coulés à fond , & le troifiéme a pris
la fuite . On mande de Viterbe qu'une nuit de la
ſemaine avant la derniere , on y a effuyé trois vio
lentes fecouffes de tremblement de terre . L'allarme
fut telle , que cette même nuit on fit une Proceffion
folemnelle , à laquelle tous les habitans
affifterent pour demander à Dieu d'être délivrés
de ce fléau.
DE LIVOURNE , les Juin.
Il paroît que la croifiere des vaiffeaux de guerre
de l'Empereur en a impofé aux barbarefques . Ces
corfaires , depuis quelque tems , ne s'approchent
plus des parages de ce Grand Duché.
Les lettres de Naples marquent qu'une polacre
d'Alger , qui troubloit la navigation entre la Sicile
& la Calabre , a été prife par le Capitaine
Peppe , commandant un des chabecs de Sa Majesté
Sicilienne. On a fait cinquante efclaves à bord
de ce bâtiment.
DE VENISE , le 18 Mai.
On a été informé par un navire arrivé du Levant
, que le Capitan Pacha croife actuellement
dans l'Archipel , & qu'il a reçu ordre du Grand
Seigneur , d'empêcher que les Algériens n'y trou
blaffent la navigation des vaiffeaux Hollandois.
Le même bâtiment a rapporté que Mehemet Kan,
chef des Aghuans , s'eft mis fur les rangs pour dif
puter la Couronne de Perfe . Ce nouveau compé
titeur eft à la tête d'une armée de cent mille hom
mes. Sa premiere expédition a été contre la ville
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
de Meched , dont la prife lui a frayé le chemin
plufieurs autres fuccès. Il marche vers la capitale
du Royaume , dans le deffein d'y affiéger Azad
Kan , fi ce rival , qui eſt le feul dont il ait à redouter
la concurrence , y demeure renfermé.
DE GENES , le 25 Mai.
Suivant les nouvelles d'Afrique , la Milice s'eft
de nouveau foulevée à Alger , & elle a exigé la
dépofition de quelques membres du Divan. Le.
Dey, craignant les fuites de cette fermentation , a
doublé la garde de fon palais. Les mêmes avis.
portent que tous les corfaires de Tunis , à l'excep¬
tion de deux , font rentrés dans leur port..
DE MILAN , le 27 Mai.
Après une longue féchereffe qui faifoit crain
'dre la perte totale de la récolte , eft enfin furvenue
une pluie abondante. Une maladie épidémique
fait beaucoup de ravages à Novare. Elle fe
manifefte par une fievre ardente , & elle emporte
en quatre ou cinq jours les perfonnes qu'elle at
taque.
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Résumé : ITALIE.
En mai et juin 1755, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Italie et ses régions environnantes. À Naples, l'Infante Marie-Anne, troisième fille des souverains, est décédée le 11 mai au château de Portici. Son corps a été transféré à Naples pour être inhumé dans le tombeau de la famille royale. Le Marquis Fogliani, rétabli de sa maladie, se prépare à prendre possession de la vice-royauté de Sicile. Le roi envisage de répartir les départements ministériels entre le Marquis Tanucci, chargé des Affaires étrangères, et le Marquis Gregori, responsable de la Guerre et de la Marine. Une felouque a capturé vingt-deux Turcs esclaves après avoir coulé une galiotte près du canal de Piombino. Les nouvelles de Sicile annoncent la mort du Comte de Grimau, vice-roi de Sicile. À Rome, le Margrave de Bareith et la Margrave ont quitté Naples. Le pape a accordé au Comte Paul de Canale la survivance de la charge de Gouverneur des armes de l'État ecclésiastique. L'Académie des Arcades a accueilli le Duc Clément-François de Bavière et l'Abbé de la Baume, auteur de la 'Christiade'. À Florence, des détachements ont été postés le long des côtes pour prévenir les descentes des Algériens. Un feloucon a attaqué et coulé deux bâtiments corsaires de Tripoli. À Viterbe, des secousses sismiques ont provoqué une procession solennelle. À Livourne, la croisière des vaisseaux de guerre de l'Empereur a dissuadé les barbaresques de s'approcher des côtes. Une polacre d'Alger a été capturée par le Capitaine Peppe, commandant un chébec sicilien. À Venise, un navire a rapporté que le Capitan Pacha croise dans l'Archipel pour empêcher les Algériens de troubler la navigation hollandaise. Mehemet Kan, chef des Aghuans, se prépare à disputer la couronne de Perse contre Azad Kan. À Gênes, la milice s'est soulevée à Alger, exigeant la déposition de membres du Divan. Le Dey a renforcé la garde de son palais. Tous les corsaires de Tunis, sauf deux, sont rentrés dans leur port. À Milan, une pluie abondante a mis fin à une longue sécheresse. Une maladie épidémique fait des ravages à Novare, se manifestant par une fièvre ardente et emportant les personnes en quelques jours.
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38
p. 245-248
ITALIE.
Début :
Un chabec Algérien, monté de dix-huit canons, & dont l'équipage [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Ronciglione, Venise, Milan, Gênes, Vaisseaux, Marquis Fogliani, Marquis Brancaccio, Roi, Père Antoine Bremond, Sénateurs, Roi de Sardaigne, Épidémies, Perse
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 17 Juin.
Un chabec Algérien , monté de dix - huit ca
nons , & dont l'équipage étoit de quatre - vingt
hommes , ayant été furpris le 28 du mois dernier
par la tempête , eut la hardieffe de ſe réfugier
dans le port de Trapani . Quoique le Capitaine
eût eu la précaution d'arborer pavillon Tofcan
& de mettre la plus grande partie de fon monde
à couvert , on reconnut bientôt que le bâtiment
étoit Barbarefque. Deux galeres s'en emparerent,
& il a été conduit à Palerme. Le Roi a ordonné .
fes vaiffeaux de protéger la navigation des navires
Hollandois , de les convoyer toutes les fois
qu'il feroit néceffaire , & de leur prêter les autres
fecours dont ils auroient befoin. Treize prifonniers
qui étoient détenus à Peſcara , ſe font fauvés
, après avoir affaffiné un Sergent préposé pour
leur garde. Moyennant la diligence dont on a
Liij
246 MERCURE DE FRANCE.
ufé pour courir aprês ces malheureux ; on en a
arrêté quelques- uns .
La Marquis Fogliani ceffa le 10 de ce mois
d'exercer les fonctions de Premier Miniftre. Il
part ces jours- ci pour aller prendre poffeffion de
la Viceroyauté de Sicile . Le Roi vient de créer
une troifiéme charge de Secrétaire d'Etat en fa-
Yeur du Marquis Brancaccio . Ce nouveau Miniftre
aura dans fon département les affaires Ecclé-
Laftiques. En même tems il fera chargé de ce qui
.concerne l'approvifionnement de cette Capitale.
Sa Majesté a donné au Marquis Bracolini la direction
des fpectacles.
DE ROME , le 21 Juin.
1
On repréfenta le 9 à Mondragone dans le magnifique
château qu'y poffede la Maifon Borghefe
, la tragédie de Zaïre , de M. Voltaire ,
traduite en vers Italiens . Ce fpectacle fut fuivi
d'un fouper fplendide , fervi à une table de quatre-
vingt-cinq couverts. Le Margrave de Bareith
affifta à cette fète , ainfi que l'Ambaffadeur de
France , celui de la République de Venife , & les
époufes de ces deux Miniftres .
Le Pere Antoine Bremond , Général des Domi-
-nicains , mourut le 11 à la maiſon de campagne
du Saint Pafteur , àgé de foixante- trois ans. Il
étoit né à Marseille , & il rempliffoit le Généra
-lat de fon Ordre depuis le premier Juin 1748. Son
corps a été tranfporté à Rome, &le 14 il fut inhumé
dans l'églife de Sainte Marie fur la Minerve.
Joachim Befozzi , Cardinal-Prêtre , du titre de
Sainte Croix de Jérufalem , Grand Pénitencier ,
mourut à Tivoli le 18 , âgé de foixante- quinze
ans cinq mois & vingt-fix jours. Il étoit Milanois ,
A O UST. 1755. 247
& il avoit fait profeffion dans l'Ordre de Cîteaux .
Le Pape l'avoit élevé à la pourpre en 1743. Par
la mort de ce Cardinal il vaque un dixiéme chapeau
dans le facré Collège.
DE RONCIGLIONE , le 18 Juin.
Depuis quelques années , les Peres de la Doctrine
Chrétienne ont établi une Académie de Belles
Lettres dans le Collége qu'ils ont en cette
ville. Les Arcades viennent d'aggréger cette Académie
à leur Corps fous le nom de Colonie Cifminia
, & le Pere François Armorini a été déclaré
Président de cette nouvelle Société . Elle tint le
11 de ce mois fa premiere féance publique , &
les Académiciens réciterent plufieurs ouvrages
d'éloquence & de poëfie.
¿ DE VENISE , le premier Juillet.
Il regne ici une telle féchereffe , que les habitans
font réduits à la cruelle extrêmité de manquer
d'eau douce . On a commencé le 9 Juin des
prieres publiques , pout obtenir la ceffation de
ce fléau.
Selon les nouvelles de Smirne , on y a reçu
avis de Perfe , qu'un détachement des troupes
d'Azad Kan avoit défait dix mille hommes de
l'armée de Mehemet , Chefdes Aghuans. Ce dernier
, malgré cet échec , continue de marcher vers
la capitale de ce Royaume . Azad Kan l'attend
dans les plaines voifines de cette ville avec une
armée de foixante - dix mille hommes , & le fait
harceler fans relâche par plufieurs corps de cavalerie.
Liv
248 MERCURE DE FRANCE
DE MILAN , le 17 Juin.
Une maladie épidémique caufe beaucoup de
ravage parmi les beſtiaux dans le Milanez . Elle
fe manifefte par une veffie qui s'éleve fur la langue.
Si l'on ne fe hâte pas de percer cette efpece
de puftule , l'animal meurt en peu de jours.
L'Impératrice Reine & le Duc de Modéné ont
renouvellé pour cinq ans le cartel , par lequel
ils font convenus de fe rendre réciproquement
les criminels qu'ils réclameroient.
DE GENES , le 3 Juillet.
On procéda le 16 de ce mois au ſcrutin pour
l'élection des nouveaux Sénateurs , & le fort eft
tombé fur le Marquis Spinola , Jean - Jacques
Cattaneo , Baptifte Grimaldi , & fur MM. Nicolas
& Vincent Propello.
Il eft arrivé une galere du Roi de Sardaigne ,
avec trois bâtimens , fur lefquels eft la chiourne ,
deftinée pour la galere que ce Prince à fait conftruire
ici.
DE NAPLES , le 17 Juin.
Un chabec Algérien , monté de dix - huit ca
nons , & dont l'équipage étoit de quatre - vingt
hommes , ayant été furpris le 28 du mois dernier
par la tempête , eut la hardieffe de ſe réfugier
dans le port de Trapani . Quoique le Capitaine
eût eu la précaution d'arborer pavillon Tofcan
& de mettre la plus grande partie de fon monde
à couvert , on reconnut bientôt que le bâtiment
étoit Barbarefque. Deux galeres s'en emparerent,
& il a été conduit à Palerme. Le Roi a ordonné .
fes vaiffeaux de protéger la navigation des navires
Hollandois , de les convoyer toutes les fois
qu'il feroit néceffaire , & de leur prêter les autres
fecours dont ils auroient befoin. Treize prifonniers
qui étoient détenus à Peſcara , ſe font fauvés
, après avoir affaffiné un Sergent préposé pour
leur garde. Moyennant la diligence dont on a
Liij
246 MERCURE DE FRANCE.
ufé pour courir aprês ces malheureux ; on en a
arrêté quelques- uns .
La Marquis Fogliani ceffa le 10 de ce mois
d'exercer les fonctions de Premier Miniftre. Il
part ces jours- ci pour aller prendre poffeffion de
la Viceroyauté de Sicile . Le Roi vient de créer
une troifiéme charge de Secrétaire d'Etat en fa-
Yeur du Marquis Brancaccio . Ce nouveau Miniftre
aura dans fon département les affaires Ecclé-
Laftiques. En même tems il fera chargé de ce qui
.concerne l'approvifionnement de cette Capitale.
Sa Majesté a donné au Marquis Bracolini la direction
des fpectacles.
DE ROME , le 21 Juin.
1
On repréfenta le 9 à Mondragone dans le magnifique
château qu'y poffede la Maifon Borghefe
, la tragédie de Zaïre , de M. Voltaire ,
traduite en vers Italiens . Ce fpectacle fut fuivi
d'un fouper fplendide , fervi à une table de quatre-
vingt-cinq couverts. Le Margrave de Bareith
affifta à cette fète , ainfi que l'Ambaffadeur de
France , celui de la République de Venife , & les
époufes de ces deux Miniftres .
Le Pere Antoine Bremond , Général des Domi-
-nicains , mourut le 11 à la maiſon de campagne
du Saint Pafteur , àgé de foixante- trois ans. Il
étoit né à Marseille , & il rempliffoit le Généra
-lat de fon Ordre depuis le premier Juin 1748. Son
corps a été tranfporté à Rome, &le 14 il fut inhumé
dans l'églife de Sainte Marie fur la Minerve.
Joachim Befozzi , Cardinal-Prêtre , du titre de
Sainte Croix de Jérufalem , Grand Pénitencier ,
mourut à Tivoli le 18 , âgé de foixante- quinze
ans cinq mois & vingt-fix jours. Il étoit Milanois ,
A O UST. 1755. 247
& il avoit fait profeffion dans l'Ordre de Cîteaux .
Le Pape l'avoit élevé à la pourpre en 1743. Par
la mort de ce Cardinal il vaque un dixiéme chapeau
dans le facré Collège.
DE RONCIGLIONE , le 18 Juin.
Depuis quelques années , les Peres de la Doctrine
Chrétienne ont établi une Académie de Belles
Lettres dans le Collége qu'ils ont en cette
ville. Les Arcades viennent d'aggréger cette Académie
à leur Corps fous le nom de Colonie Cifminia
, & le Pere François Armorini a été déclaré
Président de cette nouvelle Société . Elle tint le
11 de ce mois fa premiere féance publique , &
les Académiciens réciterent plufieurs ouvrages
d'éloquence & de poëfie.
¿ DE VENISE , le premier Juillet.
Il regne ici une telle féchereffe , que les habitans
font réduits à la cruelle extrêmité de manquer
d'eau douce . On a commencé le 9 Juin des
prieres publiques , pout obtenir la ceffation de
ce fléau.
Selon les nouvelles de Smirne , on y a reçu
avis de Perfe , qu'un détachement des troupes
d'Azad Kan avoit défait dix mille hommes de
l'armée de Mehemet , Chefdes Aghuans. Ce dernier
, malgré cet échec , continue de marcher vers
la capitale de ce Royaume . Azad Kan l'attend
dans les plaines voifines de cette ville avec une
armée de foixante - dix mille hommes , & le fait
harceler fans relâche par plufieurs corps de cavalerie.
Liv
248 MERCURE DE FRANCE
DE MILAN , le 17 Juin.
Une maladie épidémique caufe beaucoup de
ravage parmi les beſtiaux dans le Milanez . Elle
fe manifefte par une veffie qui s'éleve fur la langue.
Si l'on ne fe hâte pas de percer cette efpece
de puftule , l'animal meurt en peu de jours.
L'Impératrice Reine & le Duc de Modéné ont
renouvellé pour cinq ans le cartel , par lequel
ils font convenus de fe rendre réciproquement
les criminels qu'ils réclameroient.
DE GENES , le 3 Juillet.
On procéda le 16 de ce mois au ſcrutin pour
l'élection des nouveaux Sénateurs , & le fort eft
tombé fur le Marquis Spinola , Jean - Jacques
Cattaneo , Baptifte Grimaldi , & fur MM. Nicolas
& Vincent Propello.
Il eft arrivé une galere du Roi de Sardaigne ,
avec trois bâtimens , fur lefquels eft la chiourne ,
deftinée pour la galere que ce Prince à fait conftruire
ici.
Fermer
Résumé : ITALIE.
Le 17 juin, un chébec algérien de dix-huit canons, avec un équipage de quatre-vingts hommes, a cherché refuge à Trapani en raison d'une tempête. Reconnu comme un navire barbare malgré les tentatives du capitaine de se faire passer pour un navire turc, il a été conduit à Palerme. Le roi a ordonné la protection et le convoyage des navires hollandais si nécessaire. Treize prisonniers se sont évadés de Pescara après avoir assassiné un sergent, mais certains ont été arrêtés. Le marquis Fogliani a quitté ses fonctions de Premier ministre le 10 juin pour devenir vice-roi de Sicile. Le roi a créé une troisième charge de Secrétaire d'État pour le marquis Brancaccio, chargé des affaires ecclésiastiques et de l'approvisionnement de la capitale. Le marquis Bracolini a été nommé à la direction des spectacles. À Rome, la tragédie 'Zaïre' de Voltaire a été représentée en italien au château de Mondragone le 9 juin, suivie d'un banquet somptueux. Le père Antoine Bremond, Général des Dominicains, est décédé à l'âge de soixante-trois ans et a été inhumé à Rome. Le cardinal Joachim Befozzi, Grand Pénitencier, est mort à Tivoli à l'âge de soixante-quinze ans. À Ronciglione, les Pères de la Doctrine Chrétienne ont fondé une Académie de Belles Lettres, agréée par les Arcades sous le nom de Colonie Cismontia, avec le père François Armorini comme président. L'académie a tenu sa première séance publique le 11 juin. À Venise, une sécheresse sévère a provoqué une pénurie d'eau douce, entraînant des prières publiques depuis le 9 juin. À Smirne, les troupes d'Azad Kan ont vaincu une partie de l'armée de Mehemet, mais ce dernier continue d'avancer vers la capitale. À Milan, une maladie épidémique affecte les bestiaux, causant des ravages. L'impératrice reine et le duc de Modène ont renouvelé un accord pour l'extradition des criminels. À Gênes, le 16 juillet, le marquis Spinola, Jean-Jacques Cattaneo, Baptiste Grimaldi, et MM. Nicolas et Vincent Propello ont été élus sénateurs. Une galère du roi de Sardaigne est arrivée avec des bâtiments destinés à la construction d'une nouvelle galère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 233
ITALIE.
Début :
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne Herculanum un Groupe [...]
Mots clefs :
Naples, Herculanum, Statues, Satyres, Antiquité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 17 Juillet .
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne
Herculanum un Groupe de trois Statues , qui repréfentent
des Satyres . Elles font d'un Sculpteur
Grec ; & elles égalent tout ce que l'antiquité a produit
de plus beau en ce genre.
DE NAPLES , le 17 Juillet .
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne
Herculanum un Groupe de trois Statues , qui repréfentent
des Satyres . Elles font d'un Sculpteur
Grec ; & elles égalent tout ce que l'antiquité a produit
de plus beau en ce genre.
Fermer
40
p. 225-226
ITALIE.
Début :
Deux barques armées en course ont pris à la hauteur [...]
Mots clefs :
Rome, Gênes, Turin, Naples, Cardinal Alexandre Albani, Rebelles corses, Comte de Noailles, Cérémonies, Navires, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 9 Août. ୨
Deux barques armées en courſe ont pris à la
hauteur de Tremiti un chabec algérien , qui s'é
toit emparé d'une tartane chargée de grains
pour cette capitale . On a recouvré la tartane
avec fa cargaifon , & l'on a fait cinquante efcla
ves à bord du bâtiment ennemi. Le Roi a déclaré
qu'il choififfoit le Prince de San Nicandro , cidevant
fon Ambaſſadeur à la Cour de Madrid , pour
être Gouverneur du Duc de Calabre & du Prince
de Tarente. Le Marquis Ifaftia qui a été Minif
tre de Sa Majesté auprès du Roi de Pologne Electeur
de Saxe , & M. Smet , Brigadier des armées
du Roi , feront fous- Gouverneurs de ces deux
Princes.
DE ROME, le 16 Août.
Le 9 , le Cardinal Alexandre Albani remit dans
fa chapelle aux repréfentans du Cardinal de Cordoue
& de l'Archevêque de Chieti , avec les cérémonies
accoutumées , le Pallium deftiné pour ce
Cardinal & pour cet Archevêque . En vertu du
dernier decret fait par la Faculté de Théologie, M.
Lupi , Modenois , a reçu gratis le bonnet de Docteur
, comme ayant été jugé le plus capable entre
les Licenciés qui fe font préfentés au concours,
On a
DE GENES , le 19 Août.
reçu avis que les rebelles de Corfe avoient
élu pour Capitaine Général M. Pafcal de Paoli de
Roftino , ci - devant Officier dans les troupes Napolitaines
, & qu'ils lui avoient donné pour Lieu
tenans les fieurs Mattra & Venturini .
Kr
226 MERCURE DE FRANCE.
.
DE TURIN , le 5 Septembre.
Le Comte de Noailles , Grand d'Efpagne de la
premiere clafle , & Ambaffadeur extraordinaire
du Roi de France , eft arrivé hier au foir en cette
ville. Le Chevalier Chauvelin , Ambaffadeur ordinaire
de Sa Majefté Très- Chrétienne , étoit allé
au-devant de lui à Rivoli.
DE NAPLES , le 9 Août. ୨
Deux barques armées en courſe ont pris à la
hauteur de Tremiti un chabec algérien , qui s'é
toit emparé d'une tartane chargée de grains
pour cette capitale . On a recouvré la tartane
avec fa cargaifon , & l'on a fait cinquante efcla
ves à bord du bâtiment ennemi. Le Roi a déclaré
qu'il choififfoit le Prince de San Nicandro , cidevant
fon Ambaſſadeur à la Cour de Madrid , pour
être Gouverneur du Duc de Calabre & du Prince
de Tarente. Le Marquis Ifaftia qui a été Minif
tre de Sa Majesté auprès du Roi de Pologne Electeur
de Saxe , & M. Smet , Brigadier des armées
du Roi , feront fous- Gouverneurs de ces deux
Princes.
DE ROME, le 16 Août.
Le 9 , le Cardinal Alexandre Albani remit dans
fa chapelle aux repréfentans du Cardinal de Cordoue
& de l'Archevêque de Chieti , avec les cérémonies
accoutumées , le Pallium deftiné pour ce
Cardinal & pour cet Archevêque . En vertu du
dernier decret fait par la Faculté de Théologie, M.
Lupi , Modenois , a reçu gratis le bonnet de Docteur
, comme ayant été jugé le plus capable entre
les Licenciés qui fe font préfentés au concours,
On a
DE GENES , le 19 Août.
reçu avis que les rebelles de Corfe avoient
élu pour Capitaine Général M. Pafcal de Paoli de
Roftino , ci - devant Officier dans les troupes Napolitaines
, & qu'ils lui avoient donné pour Lieu
tenans les fieurs Mattra & Venturini .
Kr
226 MERCURE DE FRANCE.
.
DE TURIN , le 5 Septembre.
Le Comte de Noailles , Grand d'Efpagne de la
premiere clafle , & Ambaffadeur extraordinaire
du Roi de France , eft arrivé hier au foir en cette
ville. Le Chevalier Chauvelin , Ambaffadeur ordinaire
de Sa Majefté Très- Chrétienne , étoit allé
au-devant de lui à Rivoli.
Fermer
Résumé : ITALIE.
Le 9 août, deux barques armées ont capturé un chébec algérien près des îles Tremiti, libérant cinquante esclaves et récupérant une tartane chargée de grains pour Naples. Le Roi a nommé le Prince de San Nicandro gouverneur du Duc de Calabre et du Prince de Tarente, avec le Marquis d'Istria et M. Smet comme sous-gouverneurs. À Rome, le Cardinal Alexandre Albani a remis le Pallium aux représentants du Cardinal de Cordoue et de l'Archevêque de Chieti, et M. Lupi a reçu le bonnet de Docteur pour sa performance exceptionnelle. À Gênes, le 19 août, les rebelles corses ont élu M. Pascal Paoli Capitaine Général, avec les sieurs Mattra et Venturini comme lieutenants. À Turin, le 5 septembre, le Comte de Noailles, ambassadeur extraordinaire du Roi de France, a été accueilli par le Chevalier Chauvelin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 221-224
ITALIE.
Début :
Selon les avis reçus de Sicile, les deux galeres du Roi [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Gênes, La Bastie, Turin, Comte de Noailles, Vaisseaux, Électeur de Cologne, Ouragan, Pascal de Paoli, Rebelles corses, Esclaves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 16 Septembre.
Selon les avis reçus de Sicile , les deux galeres
du Roi la Saint- Antoine & la Saint-Janvier ayant
débarqué le 16 du mois dernier à Trapani le Régiment
qu'elles y ont conduit , la plupart des
Matelots des deux équipages defcendirent à terre.
On avoit ôté les chaînes aux Turcs de la galere
la Saint-Antoine , parce qu'ils devoient charrier
de l'eau. Ils affommerent les foldats qui les gardoient
, & ils fe rendirent maîtres du bâtiment.
L'équipage de la Galere la Saint - Jean accourut
pour les remettre aux fers. Auffi - tôt les Forçats de
cette feconde galere fuivirent l'exemple que leur
avoit donné la chiourme de la galere la Saint-
Antoine. Ces efclaves révoltés ont pris la fuite
fur ces deux bâtimens , & il n'a pas été poffible
de les atteindre
Un navire Maltois a apporté la nouvelle , que
les Forçats qui fe font emparés de ces deux galeres
du Roi , les ont conduites à Porto-Farina dans
le Royaume de Tunis. Sur cet avis , le Commandeur
Martinez a mis à la voile avec deux vaiffeaux
de guerre & quatre chabecs , dans la réfolution
, s'il ne peut reprendre ces deux bâtimens ,
de les bruler , ou de les couler à fond.
Les Baillis de Fleury , de Combreux & d'Uhegnas
, Ambaffadeurs extraordinaires de l'Ordre de
Saint Jean de Jérufalem , curent le 7 de ce mois
leur premiere audience publique du Roi , & enfuite
de la Reine . Ils furent accompagnés à ces
audiences par vingt Chevaliers de l'Ordre , arrivés
avec eux de Malte ; par quarante autres Che-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
valiers établis en cette Capitale , & par les équipages
des deux vaiffaux de guerre & des quatre
galeres de la Religion . Le Roi a fait remettre à
chaque Ambaffadeur une Croix de Malte , enrichie
de diamans . En fortant du palais , ils trouverent
deux cens trente efclaves , dont Sa Majefté
fait préfent au Grand Maître de l'Ordre.
DE ROME, le 27 Septembre .
L'Electeur de Cologne arriva le 24 en cette
capitale avec une nombreufe fuite . Il eft defcen
du au palais Nunez , que le Baron Scarlatti , Miniftre
de Baviere , avoit fait préparer pour le logement
de ce Prince.
Sa Sainteté a approuvé l'Institut & la Regle de
la nouvelle Congrégation de Saint Jean-Baptifte ,
dont les Prêtres fe deftinent à la converfion des
infidéles . La récolte du bled ayant été fort abondante
dans tout l'Etat Eccléfiaftique , le Gouver
nement a permis la fortie des grains .
DE GENES , le 15 Septembre.
Pendant un ouragan violent qui s'éleva ces
jours derniers , on s'apperçut qu'un bâtiment Anglois
couroit quelque rifque dans le milieu de
ce port . On lui envoya les bateaux de fecours
pour le tirer de péril . Le Capinaine refuſa leur
affiftance , & voulut forcer le vent ; mais le navire
alla ſe brifer contre les écueils , qui font
près de l'Arcenal . Heureufement l'équipage fe
fauva. Deux barques Napolitaines ont beaucoup
fouffert du même ouragan.
DE LA BASTIE , le 19 Septembre .
Mattra n'a point vu fans jaloufie l'élévation
NOVEMBRE. 1755. 223
de Pafcal de Paoli au pofte de Général en chef
des Rebelles. Il s'étoit flatté de partager du moins
avec lui la principale autorité . Déchu de fes efpérances
, il a réfolu la perte de ce rival . Cotoni
, Paganelli & les deux Santucci , font entrés
dans les vues de Mattra , & plufieurs Pieves fe
font déclarées pour lui . Avec leur fecours il s'eft
mis en campagne , faifant entendre à la plupart
de fes adhérens , qu'il n'agiffoit que pour s'oppofer
à certains projets dangereux de la faction
de Paoli. Ce dernier qui avoit des forces fupérieures
à celles de fon adverfaire , l'a défait près
d'Aleria , & l'a contraint de s'y réfugier avec les
débris de fes troupes. Mattra a reclamé la protection
du Marquis Jofeph Doria , offrant de rentrer
lui & fes partifans dans l'obéiffance , & de
défendre Aleria pour la République . Afin d'ôter
toute défiance , il a fait conduire ici dans une barque
fa femme & fes enfans pour gages de fa foumiflion
& de fa fidélité . On lui a envoyé des munitions
de guerre & de bouche. Selon les dernieres
nouvelles , Paoli marche avec un fort détachement
pour l'attaquer. Les Rebelles , voulant
intimider ceux que l'exemple de Mattra pourroit
entraîner , l'ont déclaré traître à la patrie , ainfi
que Cotoni , Paganelli & les Santucci. Les Maifons
de ces cinq chefs viennent d'être brulées ,
leurs biens ont été abandonnés au pillage , &
leurs têtes font miſes à prix. Paoli a fait en même
tems publier une amniftie pour tous les autres
Corfes qui ont pris les armes contre lui , & qui
iront le rejoindre dans un tems marqué.
DE TURIN , le 20 Septembre.
Le Comte de Noailles , Ambaffadeur extraor
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
dinaire du Roi de France , eut le 6 de ce mois
fon audience du Roi. Il y fut conduit dans un des
carroffes de Sa Majefté par le Comte de la Roque
, Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade . Le
carroffe du Roi fut précédé d'uncarroffe du Comte
de la Roque , où le Grand Maître des cérémonies
étoit avec deux Gentilshommes , & fuivi d'un carroffe
du Chevalier Chauvelin , Ambaſſadeur ordinaire
de Sa Majesté Très - Chrétienne , où étoient
deux Gentilshommes du Comte de Noailles. En
arrivant au palais , le Comte de Noailles trouva
la garde fous les armes , qui rappella. Les Gardes
de la porte , les Cent Suiffes , & dans les appartemens
les Gardes du Corps , étoient pareillement
fous les armes. A la defcente du carroffe on conduifit
le Comte de Noailles à la Salle des Ambaffadeurs.
Quelques minutes après on vint l'y prendre
pour le faire monter chez le Roi . Il y fut
introduit par le Comte de la Roque & par le
Grand Maître des cérémonies , qui fe retirerent
auffi-tôt après qu'il fut entré. Le Roi étoit feul
avec le Chevalier Offorio , Miniftre chargé du
département des affaires étrangeres . Après cette
audience , le Comte de Noailles fut conduit à
celles du Duc de Savoye & de toute la Famille
royale. Il fut enfuite reconduit chez lui avec les
mêmes cérémonies .
Aujourd'hui le Comte de Noailles a eu les audiences
de congé du Roi & de la Famille royale.
Ce Seigneur emporte avec lui l'eftime générale.
Il part après-demain pour fe rendre à Parme . En
repaffant ici , il fera encore fa cour à Sa Majesté,
DE NAPLES , le 16 Septembre.
Selon les avis reçus de Sicile , les deux galeres
du Roi la Saint- Antoine & la Saint-Janvier ayant
débarqué le 16 du mois dernier à Trapani le Régiment
qu'elles y ont conduit , la plupart des
Matelots des deux équipages defcendirent à terre.
On avoit ôté les chaînes aux Turcs de la galere
la Saint-Antoine , parce qu'ils devoient charrier
de l'eau. Ils affommerent les foldats qui les gardoient
, & ils fe rendirent maîtres du bâtiment.
L'équipage de la Galere la Saint - Jean accourut
pour les remettre aux fers. Auffi - tôt les Forçats de
cette feconde galere fuivirent l'exemple que leur
avoit donné la chiourme de la galere la Saint-
Antoine. Ces efclaves révoltés ont pris la fuite
fur ces deux bâtimens , & il n'a pas été poffible
de les atteindre
Un navire Maltois a apporté la nouvelle , que
les Forçats qui fe font emparés de ces deux galeres
du Roi , les ont conduites à Porto-Farina dans
le Royaume de Tunis. Sur cet avis , le Commandeur
Martinez a mis à la voile avec deux vaiffeaux
de guerre & quatre chabecs , dans la réfolution
, s'il ne peut reprendre ces deux bâtimens ,
de les bruler , ou de les couler à fond.
Les Baillis de Fleury , de Combreux & d'Uhegnas
, Ambaffadeurs extraordinaires de l'Ordre de
Saint Jean de Jérufalem , curent le 7 de ce mois
leur premiere audience publique du Roi , & enfuite
de la Reine . Ils furent accompagnés à ces
audiences par vingt Chevaliers de l'Ordre , arrivés
avec eux de Malte ; par quarante autres Che-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
valiers établis en cette Capitale , & par les équipages
des deux vaiffaux de guerre & des quatre
galeres de la Religion . Le Roi a fait remettre à
chaque Ambaffadeur une Croix de Malte , enrichie
de diamans . En fortant du palais , ils trouverent
deux cens trente efclaves , dont Sa Majefté
fait préfent au Grand Maître de l'Ordre.
DE ROME, le 27 Septembre .
L'Electeur de Cologne arriva le 24 en cette
capitale avec une nombreufe fuite . Il eft defcen
du au palais Nunez , que le Baron Scarlatti , Miniftre
de Baviere , avoit fait préparer pour le logement
de ce Prince.
Sa Sainteté a approuvé l'Institut & la Regle de
la nouvelle Congrégation de Saint Jean-Baptifte ,
dont les Prêtres fe deftinent à la converfion des
infidéles . La récolte du bled ayant été fort abondante
dans tout l'Etat Eccléfiaftique , le Gouver
nement a permis la fortie des grains .
DE GENES , le 15 Septembre.
Pendant un ouragan violent qui s'éleva ces
jours derniers , on s'apperçut qu'un bâtiment Anglois
couroit quelque rifque dans le milieu de
ce port . On lui envoya les bateaux de fecours
pour le tirer de péril . Le Capinaine refuſa leur
affiftance , & voulut forcer le vent ; mais le navire
alla ſe brifer contre les écueils , qui font
près de l'Arcenal . Heureufement l'équipage fe
fauva. Deux barques Napolitaines ont beaucoup
fouffert du même ouragan.
DE LA BASTIE , le 19 Septembre .
Mattra n'a point vu fans jaloufie l'élévation
NOVEMBRE. 1755. 223
de Pafcal de Paoli au pofte de Général en chef
des Rebelles. Il s'étoit flatté de partager du moins
avec lui la principale autorité . Déchu de fes efpérances
, il a réfolu la perte de ce rival . Cotoni
, Paganelli & les deux Santucci , font entrés
dans les vues de Mattra , & plufieurs Pieves fe
font déclarées pour lui . Avec leur fecours il s'eft
mis en campagne , faifant entendre à la plupart
de fes adhérens , qu'il n'agiffoit que pour s'oppofer
à certains projets dangereux de la faction
de Paoli. Ce dernier qui avoit des forces fupérieures
à celles de fon adverfaire , l'a défait près
d'Aleria , & l'a contraint de s'y réfugier avec les
débris de fes troupes. Mattra a reclamé la protection
du Marquis Jofeph Doria , offrant de rentrer
lui & fes partifans dans l'obéiffance , & de
défendre Aleria pour la République . Afin d'ôter
toute défiance , il a fait conduire ici dans une barque
fa femme & fes enfans pour gages de fa foumiflion
& de fa fidélité . On lui a envoyé des munitions
de guerre & de bouche. Selon les dernieres
nouvelles , Paoli marche avec un fort détachement
pour l'attaquer. Les Rebelles , voulant
intimider ceux que l'exemple de Mattra pourroit
entraîner , l'ont déclaré traître à la patrie , ainfi
que Cotoni , Paganelli & les Santucci. Les Maifons
de ces cinq chefs viennent d'être brulées ,
leurs biens ont été abandonnés au pillage , &
leurs têtes font miſes à prix. Paoli a fait en même
tems publier une amniftie pour tous les autres
Corfes qui ont pris les armes contre lui , & qui
iront le rejoindre dans un tems marqué.
DE TURIN , le 20 Septembre.
Le Comte de Noailles , Ambaffadeur extraor
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
dinaire du Roi de France , eut le 6 de ce mois
fon audience du Roi. Il y fut conduit dans un des
carroffes de Sa Majefté par le Comte de la Roque
, Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade . Le
carroffe du Roi fut précédé d'uncarroffe du Comte
de la Roque , où le Grand Maître des cérémonies
étoit avec deux Gentilshommes , & fuivi d'un carroffe
du Chevalier Chauvelin , Ambaſſadeur ordinaire
de Sa Majesté Très - Chrétienne , où étoient
deux Gentilshommes du Comte de Noailles. En
arrivant au palais , le Comte de Noailles trouva
la garde fous les armes , qui rappella. Les Gardes
de la porte , les Cent Suiffes , & dans les appartemens
les Gardes du Corps , étoient pareillement
fous les armes. A la defcente du carroffe on conduifit
le Comte de Noailles à la Salle des Ambaffadeurs.
Quelques minutes après on vint l'y prendre
pour le faire monter chez le Roi . Il y fut
introduit par le Comte de la Roque & par le
Grand Maître des cérémonies , qui fe retirerent
auffi-tôt après qu'il fut entré. Le Roi étoit feul
avec le Chevalier Offorio , Miniftre chargé du
département des affaires étrangeres . Après cette
audience , le Comte de Noailles fut conduit à
celles du Duc de Savoye & de toute la Famille
royale. Il fut enfuite reconduit chez lui avec les
mêmes cérémonies .
Aujourd'hui le Comte de Noailles a eu les audiences
de congé du Roi & de la Famille royale.
Ce Seigneur emporte avec lui l'eftime générale.
Il part après-demain pour fe rendre à Parme . En
repaffant ici , il fera encore fa cour à Sa Majesté,
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Résumé : ITALIE.
Le 16 septembre à Naples, deux galères royales, la Saint-Antoine et la Saint-Janvier, ont débarqué un régiment à Trapani. Les matelots ayant quitté les navires, les Turcs enchaînés sur la Saint-Antoine se sont révoltés et ont pris le contrôle du bâtiment. Les forçats de la Saint-Janvier ont imité cet exemple, permettant aux esclaves révoltés de s'échapper avec les deux galères. Un navire maltais a signalé que les forçats avaient conduit les galères à Porto-Farina, dans le Royaume de Tunis. En réponse, le Commandeur Martinez a navigué avec deux vaisseaux de guerre et quatre chabecs pour récupérer ou détruire les galères. À Rome, l'Électeur de Cologne est arrivé le 24 septembre et a été logé au palais Nunez. Le pape a approuvé la création de la Congrégation de Saint Jean-Baptiste, dédiée à la conversion des infidèles, et a autorisé l'exportation de grains en raison d'une récolte abondante. À Gênes, un ouragan a endommagé un bâtiment anglais et deux barques napolitaines. En Corse, Pascal Paoli a été nommé général en chef des rebelles, suscitant la jalousie de Mattra. Ce dernier, soutenu par Cotoni, Paganelli et les Santucci, a été défait par Paoli près d'Aleria. Mattra a demandé la protection du Marquis Joseph Doria et a envoyé sa famille en gage de fidélité. Paoli a publié une amnistie pour les rebelles qui se rendraient. À Turin, le Comte de Noailles, ambassadeur extraordinaire du roi de France, a eu son audience avec le roi de Sardaigne le 6 septembre. Il a été reconduit avec les mêmes cérémonies lors de son audience de congé et partira pour Parme.
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42
p. 227-228
ITALIE.
Début :
Il paroît une Ordonnance, portant augmentation de trois hommes dans [...]
Mots clefs :
Naples, Berne, Ordonnance, Nonce du Pape, Bailli de Fleury, Bailli de Combreux, Galères du Roi, Députés de la Diete, Fravensfeld, Baden, Débordement des rivières, Dégâts
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le premier Octobre.
Il paroît une Ordonnance , portant augmentation
de trois hommes dans chaque Compagnie
de Cavalerie. Le Nonce du Pape eut le 19 Septembre
fa premiere audience publique du Roi. Il
fut admis enfuite à l'audience de la Reine. Le 17
le Bailli de Fleury , qui eft à la tête de l'Ambaſſa -
de extraordinaire de la Religion de Malte , donna
à la principale Nobleffe une fête de la plus grande
magnificence. Il s'eft rembarqué cette femaine
, ainfi que le Bailli de Combreux pour
retourner à Malte. Le fieur Jamineau , Conful de
la nation Angloife , a reçu de Londres quelques
ordres relatifs à la fituation actuelle des affaires
entre la Cour de France & celle de la Grande Bretagae.
On a reçu avis que les deux galeres du Roi ,
qui d'abord avoient été conduites à Porto- Farina
par leurs Chiourmes , étoient actuellement à
Tunis. La plupart des Forçats qu'elles avoient à
bord , font paffes à Alger . Don Sereno & Don
Borgia , Commandans de ces galeres , n'ont
point été maffacrés , ainfi que l'ont publié diverfes
Gazettes.
DE BERNE , le 22 Octobre.
On affure que les fieurs Tillier & Ougspour-
K vj
228
MERCURE
DE FRANCE
.
guer , Députés
de l'Etat
aux Dietes
de Fravenffeld
& de Baden
, ont trouvé
les moyens
de terminer
les différends
qui fubfiftoient
entre
l'Abbé
Prince
de Saint Gal , & fes fujets de Toggenbourg
.
Un vent du fud ayant fondu
les neiges
dans les
montagnes
du Valais , les torrens
ont entraîné
une
grande
quantité
de ponts, de chauffées
& d'habitations
. La ville de Domo
d'Offola
a été ruinée
en
partie. Peu s'en eft fallu que celle de Brigue
n'ait
été entierement
fubmergée
. Plusieurs
perfonnes
ont péri dans l'inondation
. La perte des beftiaux eft auffi très-conſidérable
.
DE NAPLES , le premier Octobre.
Il paroît une Ordonnance , portant augmentation
de trois hommes dans chaque Compagnie
de Cavalerie. Le Nonce du Pape eut le 19 Septembre
fa premiere audience publique du Roi. Il
fut admis enfuite à l'audience de la Reine. Le 17
le Bailli de Fleury , qui eft à la tête de l'Ambaſſa -
de extraordinaire de la Religion de Malte , donna
à la principale Nobleffe une fête de la plus grande
magnificence. Il s'eft rembarqué cette femaine
, ainfi que le Bailli de Combreux pour
retourner à Malte. Le fieur Jamineau , Conful de
la nation Angloife , a reçu de Londres quelques
ordres relatifs à la fituation actuelle des affaires
entre la Cour de France & celle de la Grande Bretagae.
On a reçu avis que les deux galeres du Roi ,
qui d'abord avoient été conduites à Porto- Farina
par leurs Chiourmes , étoient actuellement à
Tunis. La plupart des Forçats qu'elles avoient à
bord , font paffes à Alger . Don Sereno & Don
Borgia , Commandans de ces galeres , n'ont
point été maffacrés , ainfi que l'ont publié diverfes
Gazettes.
DE BERNE , le 22 Octobre.
On affure que les fieurs Tillier & Ougspour-
K vj
228
MERCURE
DE FRANCE
.
guer , Députés
de l'Etat
aux Dietes
de Fravenffeld
& de Baden
, ont trouvé
les moyens
de terminer
les différends
qui fubfiftoient
entre
l'Abbé
Prince
de Saint Gal , & fes fujets de Toggenbourg
.
Un vent du fud ayant fondu
les neiges
dans les
montagnes
du Valais , les torrens
ont entraîné
une
grande
quantité
de ponts, de chauffées
& d'habitations
. La ville de Domo
d'Offola
a été ruinée
en
partie. Peu s'en eft fallu que celle de Brigue
n'ait
été entierement
fubmergée
. Plusieurs
perfonnes
ont péri dans l'inondation
. La perte des beftiaux eft auffi très-conſidérable
.
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Résumé : ITALIE.
Le 1er octobre à Naples, une ordonnance a été publiée pour augmenter de trois hommes chaque compagnie de cavalerie. Le 19 septembre, le Nonce du Pape a eu sa première audience publique avec le Roi et la Reine. Le 17 septembre, le Bailli de Fleury, à la tête de l'ambassade extraordinaire de la Religion de Malte, a organisé une fête somptueuse pour la principale noblesse. Les Baillis de Fleury et de Combreux ont quitté Naples pour retourner à Malte. Le consul anglais Jamineau a reçu des ordres de Londres concernant les relations entre la Cour de France et celle de la Grande-Bretagne. Les deux galères du Roi, initialement à Porto Farina, sont actuellement à Tunis. La plupart des forçats ont été transférés à Alger. Contrairement à certaines gazettes, les commandants des galères, Don Sereno et Don Borgia, n'ont pas été massacrés. À Berne, les députés Tillier et Ougspourg ont résolu les différends entre l'Abbé Prince de Saint-Gall et ses sujets de Toggenbourg. Un vent du sud a causé des inondations dans le Valais, détruisant ponts, chaussées et habitations. Les villes de Domodossola et Brigue ont été partiellement ruinées, entraînant plusieurs morts et des pertes de bétail considérables.
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43
p. 177-179
ITALIE.
Début :
On essuya ici la nuit du 7 au 8 un orage [...]
Mots clefs :
Rome, Naples, Milan, Schaffhouse, Orage, Congrégation de missionnaires, Chevalier de Polastron, Bataille navale, Débordement du Pô, Dégâts, Fonte des neiges, Crue
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE ROME , le 15 Novembre.
On effuya ici la nuit du au un orage furrieux.
Le tonnerre tomba fur le Monaftere de Ste
Anne de Catenari, & y fit beaucoup de ravage. II
tomba auffi dans la Galerie du Palais Colonna
di Sciarra ; mais le dommage qu'il y a caufé , eft
peu confidérable. Deux Eccléfiaftiques font venus
de la province de la Capitanate pour faire ap
prouver par le Pape le deffein qu'ils ont d'établir
une nouvelle Congrégation de Miffionnaires.
Le Corfaire Algérien , dont le Chevalier de Polaftron
s'eft emparé , étoit monté de quatorze
canons & de vingt pierriers . Son équipage étoit
composé de cent dix Turcs ou Mores. Trente-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
quatre ont été tués . Les autres , parmi lesquels il
ya trente-fix bleffés , ont été faits efclaves. Le
Chevalier de Polaftron n'a eu fur fon bord que
deux hommes tués , & quatre bleffés.
DE NAPLES , le 15 Novembre.
On effuya ici ces jours derniers un orage fi térrible
, qu'on ne fe fouvient point d'en avoir vu de
femblable. La grêle étoit d'une groffeur extraordinaire
, & il s'eft trouvé des grains qui peſoient
jufqu'à dix onces.
DE MILAN , le 18 Novembre.
On reçoit journellement les triftes détails du
ravage , que le débordement du Po a caufé dans la
Lombardie Autrichienne & dans les pays voifins.
La ville de Cazal- Major a couru rifque d'une fubmerſion
totale. Il a fallu que la Garnifon , pendant
plufieurs jours , luttât contre l'impétuofité
des eaux ; foit en leur oppofant des digues , foit
en faifant des coupures , pour leur procurer des
écoulemens. Il en a été prefque de même à Ferrare.
Dans le Parmeſan & le Plaiſantin tout le
plat pays a été inondé. Plufieurs perfonnes ont
été noyées , & dans une feule maiſon il en a péri
quatorze. Les villages de Montecelli , de Pancegiano
, de San Lazaro , de San Pedretto , de Caf
telrettro & de San Giuliano , font fous les eaux,
DE SCHAFFOUSE , le 20 Novembre.
Les vents du Sud & d'Oueft ont fait fondre fi
fubitement les neiges , qu'il eft tombé des montagnes
une infinité de torrens , qui ont emporté
dix-neuf moulins & plus de trente ponts. Cet ac
JANVIER. 179 1756 .
cident a couté la vie à un grand nombre d'habi
tans de la campagne.
DE ROME , le 15 Novembre.
On effuya ici la nuit du au un orage furrieux.
Le tonnerre tomba fur le Monaftere de Ste
Anne de Catenari, & y fit beaucoup de ravage. II
tomba auffi dans la Galerie du Palais Colonna
di Sciarra ; mais le dommage qu'il y a caufé , eft
peu confidérable. Deux Eccléfiaftiques font venus
de la province de la Capitanate pour faire ap
prouver par le Pape le deffein qu'ils ont d'établir
une nouvelle Congrégation de Miffionnaires.
Le Corfaire Algérien , dont le Chevalier de Polaftron
s'eft emparé , étoit monté de quatorze
canons & de vingt pierriers . Son équipage étoit
composé de cent dix Turcs ou Mores. Trente-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
quatre ont été tués . Les autres , parmi lesquels il
ya trente-fix bleffés , ont été faits efclaves. Le
Chevalier de Polaftron n'a eu fur fon bord que
deux hommes tués , & quatre bleffés.
DE NAPLES , le 15 Novembre.
On effuya ici ces jours derniers un orage fi térrible
, qu'on ne fe fouvient point d'en avoir vu de
femblable. La grêle étoit d'une groffeur extraordinaire
, & il s'eft trouvé des grains qui peſoient
jufqu'à dix onces.
DE MILAN , le 18 Novembre.
On reçoit journellement les triftes détails du
ravage , que le débordement du Po a caufé dans la
Lombardie Autrichienne & dans les pays voifins.
La ville de Cazal- Major a couru rifque d'une fubmerſion
totale. Il a fallu que la Garnifon , pendant
plufieurs jours , luttât contre l'impétuofité
des eaux ; foit en leur oppofant des digues , foit
en faifant des coupures , pour leur procurer des
écoulemens. Il en a été prefque de même à Ferrare.
Dans le Parmeſan & le Plaiſantin tout le
plat pays a été inondé. Plufieurs perfonnes ont
été noyées , & dans une feule maiſon il en a péri
quatorze. Les villages de Montecelli , de Pancegiano
, de San Lazaro , de San Pedretto , de Caf
telrettro & de San Giuliano , font fous les eaux,
DE SCHAFFOUSE , le 20 Novembre.
Les vents du Sud & d'Oueft ont fait fondre fi
fubitement les neiges , qu'il eft tombé des montagnes
une infinité de torrens , qui ont emporté
dix-neuf moulins & plus de trente ponts. Cet ac
JANVIER. 179 1756 .
cident a couté la vie à un grand nombre d'habi
tans de la campagne.
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Résumé : ITALIE.
Le 15 novembre, Rome a subi un violent orage endommageant le monastère de Sainte-Anne de Catenari et la Galerie du Palais Colonna di Sciarra. Deux ecclésiastiques de la province de la Capitanate sont arrivés à Rome pour obtenir l'approbation papale afin de créer une nouvelle congrégation de missionnaires. Le Chevalier de Polastron a capturé un corsaire algérien armé de quatorze canons et vingt pierriers, avec un équipage de cent dix Turcs ou Maures. Trente-quatre d'entre eux ont été tués, et les autres, dont trente-six blessés, ont été réduits en esclavage. Le Chevalier de Polastron a perdu deux hommes et en a eu quatre blessés. À Naples, un violent orage avec des grêlons pesant jusqu'à dix onces a été signalé. À Milan, le débordement du fleuve Po a causé des ravages en Lombardie autrichienne et dans les régions voisines, menaçant notamment la ville de Casal-Maggiore. À Ferrare, la situation était similaire. Dans les régions de Parmesan et Plaisantin, plusieurs personnes ont été noyées, et quatorze personnes ont péri dans une seule maison. Les villages de Montecelli, Pancegiano, San Lazaro, San Pedretto, Castelletto et San Giuliano étaient submergés. À Schaffhouse, le 20 novembre, des vents du sud et de l'ouest ont fait fondre rapidement les neiges, provoquant des torrents qui ont emporté dix-neuf moulins et plus de trente ponts, causant la mort de nombreux habitants de la campagne.
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44
p. 216-217
ITALIE.
Début :
Depuis trois semaines on a essuyé dans toute la partie méridionale de [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Milan, Orages violents, Découverte archéologique, Tremblement de terre, Dégâts, Incendie, Guerre Tunis - Alger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
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Résumé : ITALIE.
En décembre 1755, l'Italie méridionale a subi des orages violents, provoquant des dommages dans les campagnes et les villes, ainsi que des naufrages sur les côtes. À Rome, une découverte archéologique a été réalisée près d'Orte, incluant un chandelier et un piédestal en métal. Le pape a ordonné des fouilles supplémentaires. À Milan, un tremblement de terre le 26 décembre a endommagé la bibliothèque Ambrosienne et le Collège de Brève, tandis qu'un incendie a ravagé le quartier de la porte du Tessin. Par ailleurs, un incendie au Grand Caire a détruit plus de six mille maisons, causant une perte estimée à vingt millions. Des combats intenses se poursuivaient entre les régences de Tunis, Alger et Tripoli sur les côtes de Barbarie.
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45
p. 225
ITALIE.
Début :
Des bruits souterreins semblables à celui du tonnerre, ont causé ici [...]
Mots clefs :
Naples, Éruption du Vésuve, Frayeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , les Février.
Des bruits fouterreins femblables à celui du
tonnerre , ont caufé ici beaucoup d'allarmes . On
a craint qu'ils ne fuffent les avant - coureurs de
quelque catastrophe. Mais après une légere éruption
du Mont Véfuve ils ont ceffé , & les habitans
de cette Capitale font remis de leur frayeur.
DE NAPLES , les Février.
Des bruits fouterreins femblables à celui du
tonnerre , ont caufé ici beaucoup d'allarmes . On
a craint qu'ils ne fuffent les avant - coureurs de
quelque catastrophe. Mais après une légere éruption
du Mont Véfuve ils ont ceffé , & les habitans
de cette Capitale font remis de leur frayeur.
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46
p. 197-198
ITALIE.
Début :
Plusieurs habitants de cette Capitale prétendent que la nuit du 13 au 14 [...]
Mots clefs :
Naples, Palerme, Chevalier Gray, Audience du roi, Galères de Malte, Opium, Complot des Chiourmes, Empoisonnement, Mesures punitives
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
འ
DE NAPLES , le 26 Février.
Plufieurs habitans de cette Capitale prétendent
que la nuit du 13 au 14 la terre a tremblé ici
pendant quelques fecondes . Ces jours derniers le
Chevalier Gray , Envoyé Extraordinaire de Sa
Majefté Britannique , eut une audience du Roi . Il
a paffé ici un Vaiffeau Anglois , à bord duquel
étoit un Officier , qui eft defcendu à terre . Cet
Officier , après avoir conféré avec le Chevalier
Gray, & avec le fieur Jamiñeau , Conful de la
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Nation Angloife , s'eft rembarqué , & fon Batiment
a remis fur le champ à la voile. 1
DE PALERME , les Mars.
un
Deux Galeres de Malte ayant relâché ici ,
Forçat qui avoit eu la liberté de deſcendre à terre
demanda chez un Droguifte une certaine quantité
d'opium , & d'autres drogues fufpectes . Le Marchand
fous quelque prétexte , s'excufa de le fatisfaire
fur le champ , lui dit de repaffer dans une
heure , & pendant cet intervalle avertit les Commandans
des Galeres . L'Efclave fut arrêté ; il
avoua qu'une partie des Chiourmes avoit formé
le complot d'empoifonner tous les Chevaliers qui
étoient à bord des deux Bâtimens. On a pendu
ce miférable , & fes complices ont été jettés à la
mer.
འ
DE NAPLES , le 26 Février.
Plufieurs habitans de cette Capitale prétendent
que la nuit du 13 au 14 la terre a tremblé ici
pendant quelques fecondes . Ces jours derniers le
Chevalier Gray , Envoyé Extraordinaire de Sa
Majefté Britannique , eut une audience du Roi . Il
a paffé ici un Vaiffeau Anglois , à bord duquel
étoit un Officier , qui eft defcendu à terre . Cet
Officier , après avoir conféré avec le Chevalier
Gray, & avec le fieur Jamiñeau , Conful de la
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Nation Angloife , s'eft rembarqué , & fon Batiment
a remis fur le champ à la voile. 1
DE PALERME , les Mars.
un
Deux Galeres de Malte ayant relâché ici ,
Forçat qui avoit eu la liberté de deſcendre à terre
demanda chez un Droguifte une certaine quantité
d'opium , & d'autres drogues fufpectes . Le Marchand
fous quelque prétexte , s'excufa de le fatisfaire
fur le champ , lui dit de repaffer dans une
heure , & pendant cet intervalle avertit les Commandans
des Galeres . L'Efclave fut arrêté ; il
avoua qu'une partie des Chiourmes avoit formé
le complot d'empoifonner tous les Chevaliers qui
étoient à bord des deux Bâtimens. On a pendu
ce miférable , & fes complices ont été jettés à la
mer.
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Résumé : ITALIE.
Le 26 février à Naples, des habitants signalent un tremblement de terre nocturne. Le Chevalier Gray, représentant britannique, a récemment rencontré le Roi. Un vaisseau anglais a accosté, transportant un officier qui a rencontré Gray et Jamiñeau, consul anglais, avant de repartir. À Palerme, le 1er mars, deux galères de Malte ont fait escale. Un forçat a acheté des drogues suspectes, alertant les commandants. Il a avoué un complot pour empoisonner les Chevaliers à bord. Le forçat a été pendu, et ses complices jetés à la mer.
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47
p. 209-211
ITALIE.
Début :
Sur la nouvelle que cinq Corsaires de Barbarie ont paru sur la côte, [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Venise, Civitavecchia, Corsaires, Lutte, Éruption du Vésuve, Herculanum, Statues de marbre, M. de la Condamine, Tempête, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI EN.
*
DE NAPLES , le 12 Avril.
Sur la nouvelle que cinq Corfaires de Barbarie
ont paru fur la côte , les quatre chabecs qu'on
210 MERCURE DE FRANCE .
armoit dans ce port en font fortis pour leur don
ner la chaffe. Trois vaiffeaux de guerre Anglois ,
qui croifoient depuis près de deux mois dans ces
parages , font allés joindre d'autres vaiffeaux de
leur nation dans le Golfe de Lyon.
Le Mont Vésuve continue de jetter beaucoup
de flammes , & de temps en temps on entend des
bruits fouterreins femblables à celui d'un violent
tonnerre.
On a tiré encore depuis peu des fouterreins
d'Herculanum trois Statues de marbre , qui paroiffent
être de l'école Grecque. La nouvelle galerie
que Sa Majefté a fait conftruire , eft actuellement
ornée de plufieurs des plus beaux ouvrages
du Titien , de Michel -Ange , de Raphaël , du
Guide & d'Aunibal Carache.
DE ROME , le 10 Avril.
M. de la Condamine , de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , de celle de Berlin & de la
Société Royale de Londres , après avoir fait ici
un long féjour , fe difpofe à retourner en France .
Sa Sainteté l'admit le 6 à fon audience , & lui fit
un préfent d'une valeur confidérable .
DE CIVITAVECCHIA , le 26 Avril.
Il y a eu ces jours- ci une violente tempête.
Quelques Vaiffeaux ont échoué fur la côte , &
l'on affure que deux Bâtimens Barbareſques ont
péri avec leurs équipages.
DE VENISE , le 20 Avril.
On fentit ici le 13 de ce mois une fecouffe de
tremblement de terre , qui dura une demi-minute.
JUIN. 1756.
211
A trois heures après-midi , il y eut une feconde
fecouffe : l'une & l'autre n'ont caufé aucun dommage.
*
DE NAPLES , le 12 Avril.
Sur la nouvelle que cinq Corfaires de Barbarie
ont paru fur la côte , les quatre chabecs qu'on
210 MERCURE DE FRANCE .
armoit dans ce port en font fortis pour leur don
ner la chaffe. Trois vaiffeaux de guerre Anglois ,
qui croifoient depuis près de deux mois dans ces
parages , font allés joindre d'autres vaiffeaux de
leur nation dans le Golfe de Lyon.
Le Mont Vésuve continue de jetter beaucoup
de flammes , & de temps en temps on entend des
bruits fouterreins femblables à celui d'un violent
tonnerre.
On a tiré encore depuis peu des fouterreins
d'Herculanum trois Statues de marbre , qui paroiffent
être de l'école Grecque. La nouvelle galerie
que Sa Majefté a fait conftruire , eft actuellement
ornée de plufieurs des plus beaux ouvrages
du Titien , de Michel -Ange , de Raphaël , du
Guide & d'Aunibal Carache.
DE ROME , le 10 Avril.
M. de la Condamine , de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , de celle de Berlin & de la
Société Royale de Londres , après avoir fait ici
un long féjour , fe difpofe à retourner en France .
Sa Sainteté l'admit le 6 à fon audience , & lui fit
un préfent d'une valeur confidérable .
DE CIVITAVECCHIA , le 26 Avril.
Il y a eu ces jours- ci une violente tempête.
Quelques Vaiffeaux ont échoué fur la côte , &
l'on affure que deux Bâtimens Barbareſques ont
péri avec leurs équipages.
DE VENISE , le 20 Avril.
On fentit ici le 13 de ce mois une fecouffe de
tremblement de terre , qui dura une demi-minute.
JUIN. 1756.
211
A trois heures après-midi , il y eut une feconde
fecouffe : l'une & l'autre n'ont caufé aucun dommage.
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Résumé : ITALIE.
Le 12 avril, Naples a armé quatre navires pour contrer cinq corsaires barbaresques apparus sur la côte. Trois vaisseaux de guerre anglais, présents depuis deux mois, ont rejoint d'autres navires dans le Golfe de Lyon. Le Mont Vésuve reste actif, projetant des flammes et des bruits souterrains. À Herculanum, trois statues de marbre de l'école grecque ont été découvertes. La nouvelle galerie du roi est décorée d'œuvres majeures du Titien, de Michel-Ange, de Raphaël, du Guide et d'Annibal Carrache. Le 10 avril, à Rome, M. de la Condamine, membre de plusieurs académies scientifiques, s'apprête à retourner en France après un long séjour. Le pape l'a reçu en audience le 6 avril et lui a offert un présent de valeur. Le 26 avril, à Civitavecchia, une tempête a causé l'échouage de plusieurs vaisseaux et la perte de deux bâtiments barbaresques avec leurs équipages. Le 20 avril, à Venise, deux secousses sismiques ont été ressenties le 13 avril sans causer de dommages.
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48
p. 201-202
ITALIE.
Début :
Le Mont Vesuve, après avoir fait longtemps entendre un grand bruit, a jetté [...]
Mots clefs :
Naples, Venise, Mont Vésuve, Nuages de cendres, Fumée, Attaque, Chabec de Tripoli, Combat
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E
DE NAPLES , le 24 Avril.
Le Mont Vefuv
E Mont Vefuve , après avoir fait longtemps
entendre un grand bruit , a jetté pendant quatre
jours beaucoup de matiere bitumineule. Lorfque
cette éruption a ceffé , trois Seigneurs Angloisont
voulu monter au haut du Mont , pour examiner
les bouches du Volcan. Ils ont été prefque
fuffoqués par des nuages de cendres & de fumée
peu s'en eft fallu que leur curiofité ne leur air
fait éprouver le fort de Pline le Naturalifte .
&
DE VENISE , le 14 Mai.
Une Tartane , que commande le Comte Eva
nowitz , Dalmatien , fut attaquée le 19 du mois
dernier près des Bouches de Cattaro par un Chabec
de Tripoli , de quarante-deux canons , & de
cinq cens hommes d'équipage. Quoiqu'elle ne fût
montée que de quarante-fix Efclavons , elle s'eft
emparée du Bâtiment ennemi , après quatre heu
res de combat. Les Efclavons n'ont voulu accor--
der aucun quartier aux Tripolitains . La perte des.
premiers auroit été peu confidérable , fi le Chevalier
Evanowitz n'avoit pas été tué. Le Chabeç
I..
202 MERCURE DE FRANCE.
*
ayant été fi maltraité qu'il n'étoit plus en état de
fervir , on y a mis le feu.
DE NAPLES , le 24 Avril.
Le Mont Vefuv
E Mont Vefuve , après avoir fait longtemps
entendre un grand bruit , a jetté pendant quatre
jours beaucoup de matiere bitumineule. Lorfque
cette éruption a ceffé , trois Seigneurs Angloisont
voulu monter au haut du Mont , pour examiner
les bouches du Volcan. Ils ont été prefque
fuffoqués par des nuages de cendres & de fumée
peu s'en eft fallu que leur curiofité ne leur air
fait éprouver le fort de Pline le Naturalifte .
&
DE VENISE , le 14 Mai.
Une Tartane , que commande le Comte Eva
nowitz , Dalmatien , fut attaquée le 19 du mois
dernier près des Bouches de Cattaro par un Chabec
de Tripoli , de quarante-deux canons , & de
cinq cens hommes d'équipage. Quoiqu'elle ne fût
montée que de quarante-fix Efclavons , elle s'eft
emparée du Bâtiment ennemi , après quatre heu
res de combat. Les Efclavons n'ont voulu accor--
der aucun quartier aux Tripolitains . La perte des.
premiers auroit été peu confidérable , fi le Chevalier
Evanowitz n'avoit pas été tué. Le Chabeç
I..
202 MERCURE DE FRANCE.
*
ayant été fi maltraité qu'il n'étoit plus en état de
fervir , on y a mis le feu.
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Résumé : ITALIE.
Le 24 avril, le mont Vésuve a émis un grand bruit et expulsé une grande quantité de matière bitumineuse pendant quatre jours. À la fin de l'éruption, trois seigneurs anglais ont tenté de monter au sommet du volcan mais ont failli être asphyxiés par des nuages de cendres et de fumée. Le 14 mai, une tartane commandée par le Comte Evanowitz a été attaquée près des Bouches de Cattaro par un chébec de Tripoli équipé de quarante-deux canons et cinq cents hommes d'équipage. Malgré les quarante-six esclaves à bord de la tartane, ils ont capturé le navire ennemi après quatre heures de combat. Les esclaves n'ont accordé aucun quartier aux Tripolitains. La perte des esclaves aurait été minime si le Chevalier Evanowitz n'avait pas été tué. Le chébec, gravement endommagé, a été incendié.
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49
p. 198
ITALIE.
Début :
Deux Galiotes du Roi ont amenées dans ce port deux prises Algériennes, [...]
Mots clefs :
Naples, Galiotes, Combats sur mer, Mers de Sardaigne, Victoire
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 22 Juin.
Deux Galiotes du Roi ont amenées dans ce port
deux prifes Algériennes , dont elles fe font emparées
après un long combat dans les mers de
Sardaigne. On a fait fur ces Bâtimens deux cens
vingt efclaves . Les Barbarefques ont eu cent hommes
tués dans cette action. Il n'y a eu du côté des
Napolitains que onze hommes tués , & trente
bleffés.
DE NAPLES , le 22 Juin.
Deux Galiotes du Roi ont amenées dans ce port
deux prifes Algériennes , dont elles fe font emparées
après un long combat dans les mers de
Sardaigne. On a fait fur ces Bâtimens deux cens
vingt efclaves . Les Barbarefques ont eu cent hommes
tués dans cette action. Il n'y a eu du côté des
Napolitains que onze hommes tués , & trente
bleffés.
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50
p. 219-220
ITALIE.
Début :
Il y eut ici le 22 du mois dernier, à trois heures & demie [...]
Mots clefs :
Naples, Tremblement de terre, Dégâts, Places maritimes, La Bastie, Expédition, Antibes, Bataillons, Maréchal, Marquis, Convois, Rebelles corses
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 16 Novembre.
Il y eut ici le 22 du mois dernier , à trois heures
& demie de l'après - midi , une violente fecoufle
de tremblement de terre , qui dura près de quatre
minutes. Plufieurs maifons ont été endommagées ,
& un grand nombre de cheminées ont été abattues.
Les voûtes de quelques Eglifes ont confidérablement
fouffert.
Le 20 on effuya aufli un tremblement de terre
des plus violens dans une partie de la Sicile . Les
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
mêmes fecouffes fe font fait fentir dans la Morée ,
ainfi que dans les Golfes de Lépante & de Corinthe ,
& elles ont caufé en plufieurs endroits des dommages
confidérables . Il eft forti de la mer quelqués
nouvelles Ifles. Le Roi a donné ordre de mettre
toutes les Places maritimes en état d'être reſpectées
par les forces navales des Puiſſances étrangeres .
DE LA BASTIE , le 14 Novembre.
La premiere divifion du convoi , qui a fait
voile d'Antibes pour tranfporter un corps de troupes
Françoiles dans cette Ifle , arriva le premier de
ce mois à Calvi , fous l'escorte de la Frégate la
Gracieuſe. Les Bâtimens de cette diviſion avoient
à bord les deux Bataillons du Régiment de Montmorin
, le fecond Bataillon du Régiment de Flandre,
& le premier du Régiment Suiffe de Boccard.
Le Marquis de Caftries , Maréchal de Camp ,
& Commandant en chef des troupes Françoifes
débarqua le lendemain au matin. Le même jour
les Grenadiers releverent les principaux poftes ,
qu'occupoient les Gênois . Les quatre Bataillons
furent diftribués le 3 dans la Place & dans le fauxbourg.
Les , le Marquis de Caftries conduifit
deux compagnies de Suiffes à l'Algaiola & à l'Ile
Roffa. On ne rencontra aucun obftacle de la part
des Corfes rebelles. La feconde divifion du convoi ,
efcortée par la Frégate la Topafe , fit le 3 fon
débarquement à San -Fiorenzo . La navigation de
la troifieme divifion , qu'efcortoit la Frégate la
Junon , a été traversée les vents contraires .
Cette divifion n'a pu arriver que le 6 à Ajaccio.
Le Comte de Balbi , Brigadier d'Infanterie au
fervice de Sa Majefté Très-Chrétienne , commande
à San- Fiorenzo , & le Marquis de Ségur à
Ajaccio.
DE NAPLES , le 16 Novembre.
Il y eut ici le 22 du mois dernier , à trois heures
& demie de l'après - midi , une violente fecoufle
de tremblement de terre , qui dura près de quatre
minutes. Plufieurs maifons ont été endommagées ,
& un grand nombre de cheminées ont été abattues.
Les voûtes de quelques Eglifes ont confidérablement
fouffert.
Le 20 on effuya aufli un tremblement de terre
des plus violens dans une partie de la Sicile . Les
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
mêmes fecouffes fe font fait fentir dans la Morée ,
ainfi que dans les Golfes de Lépante & de Corinthe ,
& elles ont caufé en plufieurs endroits des dommages
confidérables . Il eft forti de la mer quelqués
nouvelles Ifles. Le Roi a donné ordre de mettre
toutes les Places maritimes en état d'être reſpectées
par les forces navales des Puiſſances étrangeres .
DE LA BASTIE , le 14 Novembre.
La premiere divifion du convoi , qui a fait
voile d'Antibes pour tranfporter un corps de troupes
Françoiles dans cette Ifle , arriva le premier de
ce mois à Calvi , fous l'escorte de la Frégate la
Gracieuſe. Les Bâtimens de cette diviſion avoient
à bord les deux Bataillons du Régiment de Montmorin
, le fecond Bataillon du Régiment de Flandre,
& le premier du Régiment Suiffe de Boccard.
Le Marquis de Caftries , Maréchal de Camp ,
& Commandant en chef des troupes Françoifes
débarqua le lendemain au matin. Le même jour
les Grenadiers releverent les principaux poftes ,
qu'occupoient les Gênois . Les quatre Bataillons
furent diftribués le 3 dans la Place & dans le fauxbourg.
Les , le Marquis de Caftries conduifit
deux compagnies de Suiffes à l'Algaiola & à l'Ile
Roffa. On ne rencontra aucun obftacle de la part
des Corfes rebelles. La feconde divifion du convoi ,
efcortée par la Frégate la Topafe , fit le 3 fon
débarquement à San -Fiorenzo . La navigation de
la troifieme divifion , qu'efcortoit la Frégate la
Junon , a été traversée les vents contraires .
Cette divifion n'a pu arriver que le 6 à Ajaccio.
Le Comte de Balbi , Brigadier d'Infanterie au
fervice de Sa Majefté Très-Chrétienne , commande
à San- Fiorenzo , & le Marquis de Ségur à
Ajaccio.
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Résumé : ITALIE.
Le 22 octobre, Naples a subi un tremblement de terre de quatre minutes endommageant des maisons et des églises. Le 20 octobre, un séisme en Sicile a causé des dommages et fait émerger de nouvelles îles. Le roi a ordonné de renforcer les places maritimes. À La Bastie, le 14 novembre, la première division d'un convoi français est arrivée à Calvi le 1er novembre, escortée par la frégate La Gracieuse. Elle transportait des bataillons des régiments de Montmorin, de Flandre et du Régiment Suisse de Boccard. Le Marquis de Castries, commandant en chef, a débarqué le lendemain et a déployé les troupes. La seconde division a débarqué à San-Fiorenzo le 3 novembre, escortée par La Topaze. La troisième division, escortée par La Junon, est arrivée à Ajaccio le 6 novembre en raison de vents contraires. Le Comte de Balbi commande à San-Fiorenzo et le Marquis de Ségur à Ajaccio.
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