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1
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 920-924
LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
Début :
Puisque vous le voulez, Monsieur, je vous dirai librement ma pensée [...]
Mots clefs :
Légendes, Monnaie, Philippe II Auguste, Mémoires de Trévoux, Saint Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
LETTRE de M. l'Abbé Bellet , à
M. N. fur la Legende d'une Monnoye
de Philippe Augufte & une autre de Saint
Louis.
Puifque vous le voulez , Monfieut
je vous dirai librement ma pensée
fur l'Art. 39. du mois d'Avril 1729. des
Mémoires de Trevoux. On y lit l'Explication
nouvelle qu'a donnée un de nos
plus fçavans Jefuites , de la Legende qui
fe voit fur une Monnoye de Philippe
Augufte. Je fuis perfuadé que ce Reverend
Pere ne defaprouvera pas que l'on
examine fes découvertes , & que l'on foit
un peu fcrupuleux fur celles qu'il nous
donne. Sa prodigieufe érudition nous a
fouvent deroutés , & la fubtilité de fon
efprit nous a fait trop fouvent admirer . Le
R. Pere Hardouin prétend que les vingtquatre
Lettres qui compofent cetteLegende
foient les Lettres initiales d'autant de
mots . Voici la Legende & fon Explication.
BHRICTVSI
THORERI
RONTORI
Benedictus Hominum Redemptor In Calis
Triumphans
MAY. 1730. 921
Triumphans , Vltro Semetipfum In Terris
Humilians , Omnium Rex Eft Hominum ,
Rex Imperans Regibus Omnium Nationum,
Timeat Oriens , Regnat Iefus.
Je ne parle pas d'une femblable Explication
qu'un Sçavant appliqua à la Bataille
que Philippe gagna fur l'Empereur Othon
à Bovines , en l'année 1214.Notre Sçavant
Pere croit qu'il eft ici parlé de la victoire
que ce Prince remporta fur Saladin , &
de la prife de la Ville d'Acre en Orient ,
en l'année 1191. La même Legende eft fur
une Monnoye de S. Louis qui revint
d'Orient en 1254. mais au revers de celleci
on voit le Frontifpice de l'Eglife de
Tours , avec cette Infcription Turonus Civis
, que l'on ne voit pas fur celle de Philippe.
Je fuis furpris que le R. P. Hardouin
qui avoit donné cette Explication en l'an
1707.dans les Memoires de Trevoux , n'ait
pas apperçu depuis ce tems-là , malgré la
difference des caracteres , que c'étoit la
Legende de plufieurs autres Monnoyes ,
fur lefquelles on trouve affez fouvent
l'Eglife de Tours & le Turonus Civis . En
voici quelques - unes dont les caracteres
font un peu Gothiques.
De Philippe IV.
BNDICTV. SIT NOME. DOMINI.
D iij De
922 MERCURE DE FRANCE
De Philippe V.
BNDICTVM SIT NOMEN DNI.
SIT NOME. DNI . NRI. DEI
Ihv. XRI..
De Charles IV.
BNEDICTV. SIT NOME. DNI.
NRI.
De Philippe VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM.
du même.
BNDICTV. SIT NOME. DNI:
NRI. DE I.
du même.
BNDICTV SIT NOM. DNI.
NRI. IRS.
Benedictum fit nomen Domini noftri
Jefu Chrifti.
De Fean.
BNDICTV. SIT NOME. DNI.
DEI IhV XRI.
Dans une autre X I.
pour
XRI. Chrifti.
du même.
BENEDICTVM SIT NOMEN DNI.
De
MAY. 1730. 923
De Charles VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTV.
Par la comparaifon de ces Legendes
avec celle de Philippe Augufte , telle
qu'elle eft dans les Memoires de Trevoux,
paroît qu'il faut lire BNDICTV
dans les 7. premieres Lettres , SIT dans
les trois fuivantes , les deux autres font
NO , les deux enfuite DE , les trois après
NRI , les trois qui fuivent DOM , le
T. doit être un J pour Jefu ,les trois dernieres
CRI pour Chrifti. Ainfi il faut
lire Benedictum fit nomen Dei noftri Domini
Jefu Chrifti.
Et par la comparaiſon des caracteres Romains
avec les caracteres prefque Gothiques
qu'on lit fur ces Monnoyes , on jugera
que la main qui a deffiné & copié la
Legende de la Monnoye du Roi Philippe
n'a pas fait ce difcernement.
Il faut lire prefque de même fur la
Monnoye de Ludovicus Rex , dont la
Legende eft telle dans le même article des
Mémoires de Trevoux . BNDICTV
SIT NNO CDDNIPR III. Le R.
P. Hardouin l'explique ainfi : Benedictum
fit nomen notiffimum orbi , Crucifixi Domini
Dei noftri Jefu per Rebelles ,
Incredulos
, Ingratofque Judeus. Mais ne fem-
D iiij
ble
924 MERCURE DE FRANCE
ble- t'il pas y avoir Benedictu fit nomen
Dei DNI. NRI IESV. Et c'eft la Legende
que reconnoît le R. P. Hardouin fur
tes Monnoyes de la troifiéme Race de nos
Rois , & qu'il rapporte ainfi Benedictum
fit nomen Domini noftri Dei Jefu Chrifti.
On fçait ce qui arrive par l'ufage & la
rouille dans la forme des caracteres , &
que pour les déchifrer , il faut fuivre le
ftile monétaire & la forme des Abbré,
viations .
Après tout , fi on vouloit forcer ainfi
les noms & les Legendes , comme a fait
le R. P. dans les Notes fur Pline & dans
ces Legendes icy , on trouveroit dans le
nom de LUDOVICUS
la profeffion
de foi du Prince qui l'a le premier porté.
Je lirois donc ainfi Laus Uni Deo Omni-
Potenti , Vero Jefu Chrifto Unigenito Suo.
Mais ne permettons pas à notre eſprit de
faire de telles découvertes , il n'en feroit
ni plus riche , ni plus heureux. Je ſuis , '
Monfieur & c.
A Bordeaux le 3.0. Août 1729
M. N. fur la Legende d'une Monnoye
de Philippe Augufte & une autre de Saint
Louis.
Puifque vous le voulez , Monfieut
je vous dirai librement ma pensée
fur l'Art. 39. du mois d'Avril 1729. des
Mémoires de Trevoux. On y lit l'Explication
nouvelle qu'a donnée un de nos
plus fçavans Jefuites , de la Legende qui
fe voit fur une Monnoye de Philippe
Augufte. Je fuis perfuadé que ce Reverend
Pere ne defaprouvera pas que l'on
examine fes découvertes , & que l'on foit
un peu fcrupuleux fur celles qu'il nous
donne. Sa prodigieufe érudition nous a
fouvent deroutés , & la fubtilité de fon
efprit nous a fait trop fouvent admirer . Le
R. Pere Hardouin prétend que les vingtquatre
Lettres qui compofent cetteLegende
foient les Lettres initiales d'autant de
mots . Voici la Legende & fon Explication.
BHRICTVSI
THORERI
RONTORI
Benedictus Hominum Redemptor In Calis
Triumphans
MAY. 1730. 921
Triumphans , Vltro Semetipfum In Terris
Humilians , Omnium Rex Eft Hominum ,
Rex Imperans Regibus Omnium Nationum,
Timeat Oriens , Regnat Iefus.
Je ne parle pas d'une femblable Explication
qu'un Sçavant appliqua à la Bataille
que Philippe gagna fur l'Empereur Othon
à Bovines , en l'année 1214.Notre Sçavant
Pere croit qu'il eft ici parlé de la victoire
que ce Prince remporta fur Saladin , &
de la prife de la Ville d'Acre en Orient ,
en l'année 1191. La même Legende eft fur
une Monnoye de S. Louis qui revint
d'Orient en 1254. mais au revers de celleci
on voit le Frontifpice de l'Eglife de
Tours , avec cette Infcription Turonus Civis
, que l'on ne voit pas fur celle de Philippe.
Je fuis furpris que le R. P. Hardouin
qui avoit donné cette Explication en l'an
1707.dans les Memoires de Trevoux , n'ait
pas apperçu depuis ce tems-là , malgré la
difference des caracteres , que c'étoit la
Legende de plufieurs autres Monnoyes ,
fur lefquelles on trouve affez fouvent
l'Eglife de Tours & le Turonus Civis . En
voici quelques - unes dont les caracteres
font un peu Gothiques.
De Philippe IV.
BNDICTV. SIT NOME. DOMINI.
D iij De
922 MERCURE DE FRANCE
De Philippe V.
BNDICTVM SIT NOMEN DNI.
SIT NOME. DNI . NRI. DEI
Ihv. XRI..
De Charles IV.
BNEDICTV. SIT NOME. DNI.
NRI.
De Philippe VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM.
du même.
BNDICTV. SIT NOME. DNI:
NRI. DE I.
du même.
BNDICTV SIT NOM. DNI.
NRI. IRS.
Benedictum fit nomen Domini noftri
Jefu Chrifti.
De Fean.
BNDICTV. SIT NOME. DNI.
DEI IhV XRI.
Dans une autre X I.
pour
XRI. Chrifti.
du même.
BENEDICTVM SIT NOMEN DNI.
De
MAY. 1730. 923
De Charles VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTV.
Par la comparaifon de ces Legendes
avec celle de Philippe Augufte , telle
qu'elle eft dans les Memoires de Trevoux,
paroît qu'il faut lire BNDICTV
dans les 7. premieres Lettres , SIT dans
les trois fuivantes , les deux autres font
NO , les deux enfuite DE , les trois après
NRI , les trois qui fuivent DOM , le
T. doit être un J pour Jefu ,les trois dernieres
CRI pour Chrifti. Ainfi il faut
lire Benedictum fit nomen Dei noftri Domini
Jefu Chrifti.
Et par la comparaiſon des caracteres Romains
avec les caracteres prefque Gothiques
qu'on lit fur ces Monnoyes , on jugera
que la main qui a deffiné & copié la
Legende de la Monnoye du Roi Philippe
n'a pas fait ce difcernement.
Il faut lire prefque de même fur la
Monnoye de Ludovicus Rex , dont la
Legende eft telle dans le même article des
Mémoires de Trevoux . BNDICTV
SIT NNO CDDNIPR III. Le R.
P. Hardouin l'explique ainfi : Benedictum
fit nomen notiffimum orbi , Crucifixi Domini
Dei noftri Jefu per Rebelles ,
Incredulos
, Ingratofque Judeus. Mais ne fem-
D iiij
ble
924 MERCURE DE FRANCE
ble- t'il pas y avoir Benedictu fit nomen
Dei DNI. NRI IESV. Et c'eft la Legende
que reconnoît le R. P. Hardouin fur
tes Monnoyes de la troifiéme Race de nos
Rois , & qu'il rapporte ainfi Benedictum
fit nomen Domini noftri Dei Jefu Chrifti.
On fçait ce qui arrive par l'ufage & la
rouille dans la forme des caracteres , &
que pour les déchifrer , il faut fuivre le
ftile monétaire & la forme des Abbré,
viations .
Après tout , fi on vouloit forcer ainfi
les noms & les Legendes , comme a fait
le R. P. dans les Notes fur Pline & dans
ces Legendes icy , on trouveroit dans le
nom de LUDOVICUS
la profeffion
de foi du Prince qui l'a le premier porté.
Je lirois donc ainfi Laus Uni Deo Omni-
Potenti , Vero Jefu Chrifto Unigenito Suo.
Mais ne permettons pas à notre eſprit de
faire de telles découvertes , il n'en feroit
ni plus riche , ni plus heureux. Je ſuis , '
Monfieur & c.
A Bordeaux le 3.0. Août 1729
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Résumé : LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
L'abbé Bellet écrit à M. N. pour discuter de l'explication d'une légende monétaire attribuée à Philippe Auguste et à Saint Louis. Il commente l'article 39 des Mémoires de Trevoux d'avril 1729, où un jésuite érudit propose une interprétation des lettres initiales de la légende. L'abbé Bellet admire l'érudition du jésuite mais suggère une analyse plus scrupuleuse. Le père Hardouin interprète les lettres comme des initiales de mots, par exemple, 'BHRICTVSI THORERI RONTORI' pour 'Benedictus Hominum Redemptor In Calis Triumphans, Ultro Semetipsum In Terris Humilians, Omnium Rex Est Hominum, Rex Imperans Regibus Omnium Nationum, Timeat Oriens, Regnat Iesus.' L'abbé Bellet mentionne une autre explication concernant la bataille de Bouvines en 1214 et suggère que la légende pourrait se référer à la victoire de Philippe Auguste sur Saladin en 1191. Il note que la même légende apparaît sur une monnaie de Saint Louis, revenue d'Orient en 1254, avec des différences dans les caractères et les inscriptions. Il compare cette légende avec celles d'autres monnaies de rois français, comme Philippe IV, Philippe V, Charles IV, Philippe VI, Jean et Charles VI, et propose une lecture différente des lettres initiales. Selon lui, la légende devrait se lire 'Benedictum fit nomen Domini nostri Domini Jesu Christi.' Il conclut en mettant en garde contre les interprétations forcées et en soulignant l'importance de suivre le style monétaire et les abréviations pour déchiffrer les légendes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 2006-2010
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Début :
Il prit pour texte ce Passage de la Sagesse, Chapitre 9. Envoyez-moi, Seigneur, [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Seigneur, Dieu, Sagesse, Ciel, Trône, Armée, Monarque, Tranquillité, Royaume, Royauté, Académie des belles-lettres, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
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Résumé : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Le Panégyrique de Saint Louis, prononcé par le Révérend Père Dom Leandre Petuzet, met en lumière les vertus et les actions du roi Saint Louis. L'orateur utilise un passage de la Sagesse pour démontrer que Saint Louis était doté du don de sagesse. Il distingue deux aspects essentiels de la royauté : les dangers à éviter et les charges à remplir. Saint Louis est loué pour son humilité, une vertu chrétienne qu'il cultivait malgré son rang. Il était à la fois doux et courageux, humble devant Dieu et ferme devant les hommes. Il refusait d'étendre son royaume par la violence et renonça à des opportunités de pouvoir, comme le trône de Castille et l'Empire offert par Grégoire IX. La charité de Saint Louis est également mise en avant. Il avait un profond sens de la miséricorde envers les pauvres. Les deux charges principales de la royauté, selon le texte, sont d'être équitable envers le peuple et fidèle à Dieu. Saint Louis est décrit comme un roi juste et zélé pour les bonnes œuvres. Le texte détaille ses actions en Terre Sainte, son courage lors des batailles, et sa captivité, où il resta fidèle à Dieu. Il mentionne également sa seconde expédition en Afrique pour secourir les chrétiens. Saint Louis est présenté comme un modèle de piété et de sagesse, mourant en paix et recommandant à son fils de ne pas faire la paix avec les infidèles. Le panégyrique se termine par des vœux pour que le roi actuel, héritier des vertus de Saint Louis, gouverne avec la même sagesse et charité.
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4
p. 2206-2211
Panégirique de S. Loüis, &c. [titre d'après la table]
Début :
PANEGYRIQUE de S. Loüis, prononcé à l'Académie Françoise le 25 Aoust 1733. [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Monde, Religion, Rois, Discours, Paroles, Éloge, Héros, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panégirique de S. Loüis, &c. [titre d'après la table]
PANEGYRIQUE de S. Loüis , prononcé
à l'Académie Françoise le 25 Aoust 1733.
par le R. P. Tournemine , de la Compagnie
de Jesus , brochure in 4. de 20
pag. A Paris , de l'Imprimerie de J. B.
Coignard.
Ce Discours, dont la lecture ne peut
que confirmer l'applaudissement general
avec lequel il a été écouté , a pour texte
ces
OCTOBRE. 1733. 2207
7
ces grandes paroles de S. Paul , dans son
Epître aux Galates , ch. 6. Mihi autem
absitgloriari nisi in Cruce Domini nostri
Fesu Christi , per quem mihi mundus crucifixus
est , et ego mundo . Paroles qui n'ont
peut être jamais été plus heureusement
appliquées que
dans le sujet auguste dont
il s'agit icy , dans un éloge de S. Louis
que les plus grandes prosperitez n'ont pú
corrompre , que l'adversité la plus accablante
n'a pû abbatre. Deux traits dontle
Panégiriste forme le caractere de notre
saint Roy , et qui le distinguent des autres
Saints , dont notre Religion a consacré
la mémoire. Par une sagesse divinement
éclairée S. Loüis a rebuté le monde
flateur , et s'est élevé au dessus des Héros
mondains. Par une fermeté héroïque
ce S. Monarque surmontant les rebuts
mystérieux de Dieu , qui n'étoient que
des épreuves ,a été trouvé digne de Dieu .
Heureux , lorsque le Monde le croyoit le
plus malheureux. Deux Propositions qui
enferment la division et toute l'oeconomie
d'unDiscours, dont lebut principal est
de montrer combien le Christianisme est
propre à former des Héros , et quelle est
la supériorité des Héros qu'il forme.L'Illustre
Orateur a inséré dans son Exorde
san Eloge de l'Académie Françoise , qui
mé.
2208 MERCURE DE FRANCE
mérite d'être lû, le sujet le fournit, et rien
n'est plus délicatement touché . 63
La premiere Partie offre d'abord une
peinture aussi vrayc que vive, du Monde
prophane , de ce monde que l'Evangile
ordonne de fuir , de haïr¸ au moins s'il
ne nous est pas libre de le fuït , aversion
et violence qui coutent cher , principalement
aux Grands de la Terre .C'est
cependant ce Monde que le S. Roi a vaincu
en tant de manieres . Le détail de ces
Victoires fait la matiere de cette Partie
du Discours , où l'on voit par tout que
le plus Saint de nos Rois , a été le meilleur
de nos Rois ; ainsi s'exprime l'Orateur
Chrétien .
Il n'auroit pas été le meilleur de nos
Rois , continue til , s'il n'avoit pas cultivé
l'esprit de ses peuples pour former
leur coeur ; s'il n'avoit adouci par les
sciences la barbarie des François belliqueux
et ignorans ; fiers même de leur
ignorance. Il se plaisoit , sçavant lui - même,
à rassembler dans son Palais S. Thomas
d'Aquin , S. Bonaventure , Sorbon
Colonne , Vincent de Beauvais , Pierre
de Fontaines , la lumiere de leur siécle ,
les Oracles de la Religion ,de la Jurisprudence
et de l'Erudition ; il leur. donnoit
le dessein des Ouvrages dont ils ont enrichi
1
OCTOBRE. 1733 . 2209
chi le Public . Sa liberalité soutenoit l'entrepЯse,
son goût la conduisoit. Le Grand
Cardinal de Richelieu n'a exécuté que
ce que S. Louis avoit commencé. On
voyoit dans les Assemblées où il se délassoit
des fatigues du Gouvernement, ce
qu'on voit dans les vôtres, Messieurs , les
grands Génies , et les grands Seigneurs ,
le Roy de Navarre , le Comte de Bretagne
, le Sire de Joinville , cet Historien
inimitable ; aussi naturel , plus sincere
que César , deux Cardinaux confidens
du Prince , et chargez par lui des plus
importantes négociations , dont l'un fût
élevé sur le S. Siége , mêlez sans distinction
avec les autres Sçavans , reconnoître
que la naissance et le rang doivent un
légitime hommage à la supériorité de l'esprit.
Roy véritablement tres chrétien ;
S..Louis , dans les soins qu'il prit pour
faire fleurir les Sciences , avoit en vûë le
bien de l'Etat , la gloire de la Nation
et plus encore la défense de la Religion .
Dans la seconde Partie , le`Saint Roy
est representé d'autant plus éprouvé par
une longue suite de tribulations , qu'il
étoit agréable à Dieu , suivant cet Óracle
de l'Ecriture , quia acceptus eras Deo ,
necesse fuit ut tentatio probaret te. Tob . 12.
L'Affliction des Justes étant nécessaire
E pour
2280 MERCURE DE FRANCE
pour leur interêt , pour l'inrerêt de Dieu .
Les plus beaux traits de l'Histoire de
S. Louis , appliquez à ces grandes maximes
, fournissent une Carriere dans la
quelle la Religion triomphe toujours
une Eloquence chrétienne et pathétique
Y brille par tout. On en jugera par le
traits suivans , nos bornes ne nous per
mettant pas de nous étendre davantage.
›
Le Ciel et le Nil viennent au secours
des Sarrazins vaincus ; la terre et l'air infectez
font périr l'Armée victorieuse , et
livrent sans combat le Saint Roy , languissant
à la barbarie des vaincus ... Ne
lui échapera- t- il point au moins quelques
plaintes ? Non sa douleur sera
muette , son amour pour Dieu sera maître
de sa bouche comme de son coeur :
Vous seul , dit- il , vous seul, mon Dieu ,
méritez d'être aimé , lorsque vous traitez si
rigoureusement ceux qui vous aiment... Il
fût dans les prisons de Memphis aussi
Roy que dans son Palais , plus conquerant
qu'à la tête de son Armée : Sapientia
descendit cum illo in foveam , et in
vinculis non dereliquit eum , donec afferret
illi Sceptrum regni .
Et de quelle multitude de benedictions
Dieu n'a- t-il pas continué de recompenser
la fidelité de S.Louis ? Quelle longue
suite
OCTOBRE. 1733. 221F
suite de Rois le reconnoissent pour Peret
Sa postérité regne dans les deux Mondes.
France , rendez graces à la patience de
S. Louis ; vous lui devez , Charles le Sage
, les miraculeuses victoires de Charles
VII . Louis , le Pere du Peuple , François
I. restaurateur des Sciences , la clémence
d'Henri le Grand , Louis le Juste,
* dompteur de l'Hérésie. Vous lui devez ,
LOUIS LE GRAND , qui a réuni toutès
leurs vertus avec la patience héroïque ·
de S. Louis , vous lui devez le Regne de
S. Lours qui se renouvelle.
Il faudroit tout copier ; plutôt qu'extraire
, si on vouloit ne rien omettre dans
un Discours si rempli de beautez et de
grandes véritez. Disons en finissant, que
l'Auteur du Panégyrique , dont nous rendons
compte , a solidement démontré
dans un Ouvrage , digne de passer à la
Postérité , ce qu'un * Historien n'a , pour
ainsi dire, fait qu'ébaucher ,lorsqu'en parlant
de notre S. Roy , il a fait son Eloge
dans ce peu de paroles : Il a été tres grand
Roy , mais en Saint ; il a été tres--grand
Saint , mais en Roy.
à l'Académie Françoise le 25 Aoust 1733.
par le R. P. Tournemine , de la Compagnie
de Jesus , brochure in 4. de 20
pag. A Paris , de l'Imprimerie de J. B.
Coignard.
Ce Discours, dont la lecture ne peut
que confirmer l'applaudissement general
avec lequel il a été écouté , a pour texte
ces
OCTOBRE. 1733. 2207
7
ces grandes paroles de S. Paul , dans son
Epître aux Galates , ch. 6. Mihi autem
absitgloriari nisi in Cruce Domini nostri
Fesu Christi , per quem mihi mundus crucifixus
est , et ego mundo . Paroles qui n'ont
peut être jamais été plus heureusement
appliquées que
dans le sujet auguste dont
il s'agit icy , dans un éloge de S. Louis
que les plus grandes prosperitez n'ont pú
corrompre , que l'adversité la plus accablante
n'a pû abbatre. Deux traits dontle
Panégiriste forme le caractere de notre
saint Roy , et qui le distinguent des autres
Saints , dont notre Religion a consacré
la mémoire. Par une sagesse divinement
éclairée S. Loüis a rebuté le monde
flateur , et s'est élevé au dessus des Héros
mondains. Par une fermeté héroïque
ce S. Monarque surmontant les rebuts
mystérieux de Dieu , qui n'étoient que
des épreuves ,a été trouvé digne de Dieu .
Heureux , lorsque le Monde le croyoit le
plus malheureux. Deux Propositions qui
enferment la division et toute l'oeconomie
d'unDiscours, dont lebut principal est
de montrer combien le Christianisme est
propre à former des Héros , et quelle est
la supériorité des Héros qu'il forme.L'Illustre
Orateur a inséré dans son Exorde
san Eloge de l'Académie Françoise , qui
mé.
2208 MERCURE DE FRANCE
mérite d'être lû, le sujet le fournit, et rien
n'est plus délicatement touché . 63
La premiere Partie offre d'abord une
peinture aussi vrayc que vive, du Monde
prophane , de ce monde que l'Evangile
ordonne de fuir , de haïr¸ au moins s'il
ne nous est pas libre de le fuït , aversion
et violence qui coutent cher , principalement
aux Grands de la Terre .C'est
cependant ce Monde que le S. Roi a vaincu
en tant de manieres . Le détail de ces
Victoires fait la matiere de cette Partie
du Discours , où l'on voit par tout que
le plus Saint de nos Rois , a été le meilleur
de nos Rois ; ainsi s'exprime l'Orateur
Chrétien .
Il n'auroit pas été le meilleur de nos
Rois , continue til , s'il n'avoit pas cultivé
l'esprit de ses peuples pour former
leur coeur ; s'il n'avoit adouci par les
sciences la barbarie des François belliqueux
et ignorans ; fiers même de leur
ignorance. Il se plaisoit , sçavant lui - même,
à rassembler dans son Palais S. Thomas
d'Aquin , S. Bonaventure , Sorbon
Colonne , Vincent de Beauvais , Pierre
de Fontaines , la lumiere de leur siécle ,
les Oracles de la Religion ,de la Jurisprudence
et de l'Erudition ; il leur. donnoit
le dessein des Ouvrages dont ils ont enrichi
1
OCTOBRE. 1733 . 2209
chi le Public . Sa liberalité soutenoit l'entrepЯse,
son goût la conduisoit. Le Grand
Cardinal de Richelieu n'a exécuté que
ce que S. Louis avoit commencé. On
voyoit dans les Assemblées où il se délassoit
des fatigues du Gouvernement, ce
qu'on voit dans les vôtres, Messieurs , les
grands Génies , et les grands Seigneurs ,
le Roy de Navarre , le Comte de Bretagne
, le Sire de Joinville , cet Historien
inimitable ; aussi naturel , plus sincere
que César , deux Cardinaux confidens
du Prince , et chargez par lui des plus
importantes négociations , dont l'un fût
élevé sur le S. Siége , mêlez sans distinction
avec les autres Sçavans , reconnoître
que la naissance et le rang doivent un
légitime hommage à la supériorité de l'esprit.
Roy véritablement tres chrétien ;
S..Louis , dans les soins qu'il prit pour
faire fleurir les Sciences , avoit en vûë le
bien de l'Etat , la gloire de la Nation
et plus encore la défense de la Religion .
Dans la seconde Partie , le`Saint Roy
est representé d'autant plus éprouvé par
une longue suite de tribulations , qu'il
étoit agréable à Dieu , suivant cet Óracle
de l'Ecriture , quia acceptus eras Deo ,
necesse fuit ut tentatio probaret te. Tob . 12.
L'Affliction des Justes étant nécessaire
E pour
2280 MERCURE DE FRANCE
pour leur interêt , pour l'inrerêt de Dieu .
Les plus beaux traits de l'Histoire de
S. Louis , appliquez à ces grandes maximes
, fournissent une Carriere dans la
quelle la Religion triomphe toujours
une Eloquence chrétienne et pathétique
Y brille par tout. On en jugera par le
traits suivans , nos bornes ne nous per
mettant pas de nous étendre davantage.
›
Le Ciel et le Nil viennent au secours
des Sarrazins vaincus ; la terre et l'air infectez
font périr l'Armée victorieuse , et
livrent sans combat le Saint Roy , languissant
à la barbarie des vaincus ... Ne
lui échapera- t- il point au moins quelques
plaintes ? Non sa douleur sera
muette , son amour pour Dieu sera maître
de sa bouche comme de son coeur :
Vous seul , dit- il , vous seul, mon Dieu ,
méritez d'être aimé , lorsque vous traitez si
rigoureusement ceux qui vous aiment... Il
fût dans les prisons de Memphis aussi
Roy que dans son Palais , plus conquerant
qu'à la tête de son Armée : Sapientia
descendit cum illo in foveam , et in
vinculis non dereliquit eum , donec afferret
illi Sceptrum regni .
Et de quelle multitude de benedictions
Dieu n'a- t-il pas continué de recompenser
la fidelité de S.Louis ? Quelle longue
suite
OCTOBRE. 1733. 221F
suite de Rois le reconnoissent pour Peret
Sa postérité regne dans les deux Mondes.
France , rendez graces à la patience de
S. Louis ; vous lui devez , Charles le Sage
, les miraculeuses victoires de Charles
VII . Louis , le Pere du Peuple , François
I. restaurateur des Sciences , la clémence
d'Henri le Grand , Louis le Juste,
* dompteur de l'Hérésie. Vous lui devez ,
LOUIS LE GRAND , qui a réuni toutès
leurs vertus avec la patience héroïque ·
de S. Louis , vous lui devez le Regne de
S. Lours qui se renouvelle.
Il faudroit tout copier ; plutôt qu'extraire
, si on vouloit ne rien omettre dans
un Discours si rempli de beautez et de
grandes véritez. Disons en finissant, que
l'Auteur du Panégyrique , dont nous rendons
compte , a solidement démontré
dans un Ouvrage , digne de passer à la
Postérité , ce qu'un * Historien n'a , pour
ainsi dire, fait qu'ébaucher ,lorsqu'en parlant
de notre S. Roy , il a fait son Eloge
dans ce peu de paroles : Il a été tres grand
Roy , mais en Saint ; il a été tres--grand
Saint , mais en Roy.
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Résumé : Panégirique de S. Loüis, &c. [titre d'après la table]
Le 25 août 1733, le Père Tournemine a prononcé un panégyrique de Saint Louis à l'Académie Française, s'inspirant des paroles de Saint Paul dans l'Épître aux Galates. Ce discours met en avant Saint Louis comme un roi dont les prospérités n'ont pas corrompu et les adversités n'ont pas abattu. Deux traits distinctifs de Saint Louis sont soulignés : sa sagesse divine et sa fermeté héroïque face aux épreuves. Le panégyrique est structuré en deux parties. La première partie décrit le monde profane que Saint Louis a su vaincre, le présentant comme le meilleur des rois en raison de son soutien aux sciences et à l'éducation. Saint Louis est loué pour avoir rassemblé des érudits et des savants dans son palais, favorisant ainsi le développement intellectuel et spirituel de son peuple. La seconde partie relate les tribulations de Saint Louis, soulignant que ses épreuves étaient nécessaires pour son intérêt et celui de Dieu. Le discours se termine par une série de bénédictions et de reconnaissances de la postérité de Saint Louis, soulignant son héritage durable et son influence sur les rois suivants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2085-2086
« LE 24 du mois dernier, le Parlement de Metz rendit ses respects à la Reine, & [...] »
Début :
LE 24 du mois dernier, le Parlement de Metz rendit ses respects à la Reine, & [...]
Mots clefs :
Metz, Reine, Monseigneur le Dauphin, Église collégiale, Saint Louis, Panégyrique, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE 24 du mois dernier, le Parlement de Metz rendit ses respects à la Reine, & [...] »
LE 24 du mois dernier
,
le Parlement de
Metz rendit ses respects à la Reine , &
ensuite à Monseigneur le Dauphin,M. de
Montholon,Premier Président,portant la
parole. Ce Parlement fut présenté & conduit
chés la Reine & chés Monseigneur le
Dauphin avec les, mêmes cérémonies
,
observées,
lorsqu'il eut audience du Roi, le
lendemain de l'arrivée de S. M. à Metz, Le.
même jour, les Députés de ce Parlement eurent
l'honneur de rendre leurs respects à
Mesdames de France.
La nouvelleEgliseCollégialdeS.Louis du
LouvreJaquelle a été rebâtie par les libéralités
du Roi, étant entièrement achevée, M.
Robinet,Vicaire Général de l'Archevêque
de Paris,fit le 24 du mois dernier la cérémonie
de bénir cette Eglise.
Le lendemain, jour de la Fête de Saint
Louis,lePanégyrique de ce Saint y fut prononcé
par l'AbbéAtaud,Chanoinedumême
ChaChapitre,
qui fit une vive peinture de la:
désolation dans laquelle la maladie du Roi
avoir jette tous ses peuples. On chanta enfuite
le Te Durn en Musique, pour remercier
Dieu d'avoir conservé S. M. & l'Archevêque
de Bordeaux y officia pontificalement.
,
le Parlement de
Metz rendit ses respects à la Reine , &
ensuite à Monseigneur le Dauphin,M. de
Montholon,Premier Président,portant la
parole. Ce Parlement fut présenté & conduit
chés la Reine & chés Monseigneur le
Dauphin avec les, mêmes cérémonies
,
observées,
lorsqu'il eut audience du Roi, le
lendemain de l'arrivée de S. M. à Metz, Le.
même jour, les Députés de ce Parlement eurent
l'honneur de rendre leurs respects à
Mesdames de France.
La nouvelleEgliseCollégialdeS.Louis du
LouvreJaquelle a été rebâtie par les libéralités
du Roi, étant entièrement achevée, M.
Robinet,Vicaire Général de l'Archevêque
de Paris,fit le 24 du mois dernier la cérémonie
de bénir cette Eglise.
Le lendemain, jour de la Fête de Saint
Louis,lePanégyrique de ce Saint y fut prononcé
par l'AbbéAtaud,Chanoinedumême
ChaChapitre,
qui fit une vive peinture de la:
désolation dans laquelle la maladie du Roi
avoir jette tous ses peuples. On chanta enfuite
le Te Durn en Musique, pour remercier
Dieu d'avoir conservé S. M. & l'Archevêque
de Bordeaux y officia pontificalement.
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6
p. 145-156
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Début :
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de Littérature, par M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Jean-Sifrein Maury, Grands hommes, Henri-François d'Aguesseau, Religion, Saint Louis, Gloire, Orateur, Fénelon, Amour, Illustre, Public, Discours, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Difcours choifis fur divers fujets de Religion
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
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Résumé : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de discours religieux et littéraires de l'Abbé Mauri, incluant un panégyrique de Saint Louis, acclamé par l'Académie Française. Ce discours met en lumière Saint Louis comme un créateur de siècle et un bienfaiteur, respectueux de la religion et promoteur de la liberté et de la dignité humaine. Le christianisme est loué pour son rôle dans la civilisation des peuples et l'adoucissement des mœurs. L'orateur cite des philosophes comme Montesquieu et Rousseau pour appuyer son argumentation. Le recueil inclut également des panégyriques de Saint Augustin et de Fénélon, soulignant leur transformation spirituelle et leur rôle de prédicateurs. L'abbé Mauri développe des préceptes pour maintenir le bon goût de l'éloquence et évalue des écrivains célèbres, attribuant la première place au barreau français à Arnaud pour son 'Apologie des Catholiques d'Angleterre'. L'auteur distingue le zèle contre les opinions dangereuses de la haine, citant Bossuet et Fénelon comme exemples de prélats combinant zèle et charité. Il apprécie les talents des orateurs comme Bridaine et critique les éloges excessifs envers le chancelier d'Aguesseau, tout en reconnaissant sa gloire ministérielle. Le texte discute de la réputation du chancelier, suggérant que l'Abbé Mauri devrait lire ses plaidoyers célèbres pour mieux apprécier ses qualités littéraires. Le texte défend la mémoire du chancelier d'Aguesseau, dont les mérites sont reconnus, et met en garde contre les tentatives de dénigrement. Il souligne que les préceptes et les morceaux éloquents de l'œuvre contribuent à préserver la qualité littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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