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151
p. 2806-2808
NOEL, Pour les Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan.
Début :
Paroissez, jours si salutaires, [...]
Mots clefs :
Cieux, Dieu, Dames religieuses, Chanter, Allégresse, Beaux jours
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texteReconnaissance textuelle : NOEL, Pour les Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan.
NOEL ,
Pour les Dames Religieuses de Notre-
Dame de Perpignan.
P
Aroissez , jours si salutaires ,
Jours , qui devez nous rendre heureux ;
Beaux jours , tant prédits à nos Petes
Secondez l'ardeur de nos voeux ;
Venez , volez , et que sans cesse
Vos douceurs regnent en tous lieux ;
Beaux jours , répandez l'allégresse ,
Et sur la terre et dans les Cieux.
Paroissez , &c.
›
Mais , quel enchantement ! quel éclat ! quelle
Aurore !
Mille et mille rayons dorent tous ces Côteaux;
Ciel ! quels feux apperçois- je encore !
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1733 . 280
Dans la nuit , un Soleil brille dans nos Ha
meaux ,
Quels sons harmonicux ! une Troupe Angeli
que
Des plus aimables chants , fair retentir les Airs
Qu'on est charmé de ses Concers !
Elle annonce par ce Cantique ,
Un Kédempteur à l'Univers.
» Chantez , Mortels , chantez Victoire ;
Un Dieu se fait Homme pour vous ;
» Célébrez sans cesse sa gloire ;
. L'Enfer va ceder à ses coups.
» Non , non , vous n'aurez plus de Guerre,
» Vos maux finissent pour jamais ,
» L'Eternel n'a plus de Tonnerre ,
"3 Quand son cher Fils donne la Paix,
» Chantez , Mortels , & c .
Mais qu'apperçois- je , 6 Ciel le Messie ado
rable
Parmi deux animaux.
Un Roy dans une Etable
A peine couvert de Jambeaux.
Quoi ! la Souveraine Puissance ,
Quoi ? ce Dieu si grand , si parfait ,
Sur le Foin , aujourd'hui , soupire après le Lait .
Dont l'homme a besoin dans l'Enfance !
II.Vol Cij Cieux
2808 MERCURE DE FRANCE
Cieux , Terre , tout s'unit pour loüer ce Sanyeur
,
Et tes Filles a , Sion , par la grace épurées -
Font retentir ces lieux des louanges sacrées ,
Que les coeurs attendris , donnent au Redempteur
,
Hautbois , Clairons , tendre Musette ,
Célébrez un Dieu plein d'amour ,
Trompette, sonnez en ce jour ,
De l'Empire infernal annoncez la défaite.
Du Dieu qui vienr briser nos fers ,
Chantons la gloire , et la tendresse ;
Livrons- nous tous à l'allégresse ,
Enfin les Cieux nous sont ouverts.
a Les Dames Religieuses..
P.. R. F. Controlleur au Bureau Général
du Tabac à Perpignan.
La Musique est celle de la Cantate, les Jardins
e Sceaux , &c.
Pour les Dames Religieuses de Notre-
Dame de Perpignan.
P
Aroissez , jours si salutaires ,
Jours , qui devez nous rendre heureux ;
Beaux jours , tant prédits à nos Petes
Secondez l'ardeur de nos voeux ;
Venez , volez , et que sans cesse
Vos douceurs regnent en tous lieux ;
Beaux jours , répandez l'allégresse ,
Et sur la terre et dans les Cieux.
Paroissez , &c.
›
Mais , quel enchantement ! quel éclat ! quelle
Aurore !
Mille et mille rayons dorent tous ces Côteaux;
Ciel ! quels feux apperçois- je encore !
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1733 . 280
Dans la nuit , un Soleil brille dans nos Ha
meaux ,
Quels sons harmonicux ! une Troupe Angeli
que
Des plus aimables chants , fair retentir les Airs
Qu'on est charmé de ses Concers !
Elle annonce par ce Cantique ,
Un Kédempteur à l'Univers.
» Chantez , Mortels , chantez Victoire ;
Un Dieu se fait Homme pour vous ;
» Célébrez sans cesse sa gloire ;
. L'Enfer va ceder à ses coups.
» Non , non , vous n'aurez plus de Guerre,
» Vos maux finissent pour jamais ,
» L'Eternel n'a plus de Tonnerre ,
"3 Quand son cher Fils donne la Paix,
» Chantez , Mortels , & c .
Mais qu'apperçois- je , 6 Ciel le Messie ado
rable
Parmi deux animaux.
Un Roy dans une Etable
A peine couvert de Jambeaux.
Quoi ! la Souveraine Puissance ,
Quoi ? ce Dieu si grand , si parfait ,
Sur le Foin , aujourd'hui , soupire après le Lait .
Dont l'homme a besoin dans l'Enfance !
II.Vol Cij Cieux
2808 MERCURE DE FRANCE
Cieux , Terre , tout s'unit pour loüer ce Sanyeur
,
Et tes Filles a , Sion , par la grace épurées -
Font retentir ces lieux des louanges sacrées ,
Que les coeurs attendris , donnent au Redempteur
,
Hautbois , Clairons , tendre Musette ,
Célébrez un Dieu plein d'amour ,
Trompette, sonnez en ce jour ,
De l'Empire infernal annoncez la défaite.
Du Dieu qui vienr briser nos fers ,
Chantons la gloire , et la tendresse ;
Livrons- nous tous à l'allégresse ,
Enfin les Cieux nous sont ouverts.
a Les Dames Religieuses..
P.. R. F. Controlleur au Bureau Général
du Tabac à Perpignan.
La Musique est celle de la Cantate, les Jardins
e Sceaux , &c.
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Résumé : NOEL, Pour les Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan.
Le poème célèbre la naissance du Christ, destiné aux Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan. Il commence par une invocation aux jours salutaires et heureux, appelant à l'allégresse sur terre et dans les cieux. Une scène nocturne est décrite, où un soleil brille, accompagné de chants angéliques annonçant la venue d'un rédempteur pour l'univers. Les mortels sont invités à chanter la victoire et la gloire de Dieu, qui se fait homme pour apporter la paix et mettre fin aux guerres. Le texte évoque ensuite la naissance du Messie dans une étable, entouré d'animaux, soulignant la souveraineté et la perfection de Dieu malgré sa naissance humble. Le poème se termine par une célébration de la victoire de Dieu sur l'enfer, avec des instruments de musique et des louanges sacrées, exprimant la joie et l'allégresse de la rédemption. La musique mentionnée est celle de la cantate des Jardins de Sceaux. Le poème est signé par P. R. F., contrôleur au Bureau Général du Tabac à Perpignan.
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152
p. 180-182
Mandement sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Le 12. M. l'Archevêque destina sur ce sujet un Mandement, dont voici la teneur. [...]
Mots clefs :
Paix, Archevêque, Mandement, Paris, Roi, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : Mandement sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le 12. M. l'Archevêque destina sur ce sujet
un Mandement , dont yoici la teneur.
Harles-Gaspard - Guillaume de Vintimille
séricorde Divine , et par la grace du S. Siége
Apostolique , Archevêque de Paris , Duc de Saint
Cloud , Fair de France , Commandeur de l'Ordre
du S. Esprit, &c. Aux Archiprêtres de Sainte
Marie Magdelaine et de Saint Severin , et aux
Doyens Ruraux de notre Diocèse : Salut et Benedition
. Dieų , mes très- chers Freres , par la
prise du Château de Milan , vient encore de se
déclarer en faveur du Roy et de ses Alliez.
-
Quelques louanges qui soient dûes à la valeur
des Troupes , à la capacité des Generaux de Sa
Majesté , au courage et à l'activité de ses Alliez ;
ce n'est point aux moiens humains , mais à la
Providence de celui qui regle à son gré le sort
des
JANVIER 1734. 181
des Armes et des Empires , qui éleve et qui abbaisse
les Thrones , comme il lui plaît , que le
Roy attribue tant de succès inesperez ; et quelques
glorieux que soient ces évenemens, ils n'affoiblissent
point son amour pour la paix.
Entrez donc dans les sentimens de Religion et
dans les vues pacifiques d'un Roy , selon le coeur
de Dieu , qui rend hommage à la Majesté Divine
, de tout ce qui lui arrive d'heureux , et qui
tout occupé du bonheur de ses Peuples, sera toujours
prêt à préferer leur repos à sa propre gloire.
Venez , à son exemple , reconnoître au pied
des Autels , les graces et les bienfaits du Dieu qui
protege la France : * Demandez - lui ardemment
que les succès d'une Guerre juste et necessaire
nous conduisent à une prompte paix , plus dési
rable que les victoires , et pour laquelle Dieu
nous ordonne de recourir à lui , parce que c'est
de la paix de l'Etat que dépendent notre paix et
notre tranquillité.
A ces causes , après en avoir conféré avec nos
venrables Freres les Doyen , Chanoines et Cha
pitre de notre Eglise Metropolitaine : Nous or
donnons qu'après demain Jeudi , 14 du present
mois , le Te Deum sera chanté dans notredite
Eglise Métropolitaine , en actions de graces de la
prise du Château de Milan : Dimanche 17 da
courant dans toutes les Abbayes , Chapitres, Pa
roisses et Couvens , exempts et non exempts , de
la Ville et Fauxbourgs ; et dans toutes les autres
Eglises de notre Diocèse , le Dimanche après la reception
du present Mandement . Si mandons aux
* Quarite pacem civitatis ad quam transmigrare
vos feci , et orate pro ea ad Dominum, quia in pace
illius erit pax vobis. Jerem. 29.7·
I iij
Ar❤
182 MERCURE DE FRANCE
Archiprêtres de sainte Marie- Magdelaine et S.Severin
de notifier notre present Mandement à tous
Abbez Prieurs , Curez , Superieurs et Superieures
de la Ville et desdirs Fauxbourgs ; et aux Doyens
Ruraux de l'envoyer aux Curez de la Campagne ,
Superieurs et Superieures des Communautez ,
exemptes et et non exemptes , à ce qu'ils n'en
ignorent , et qu'ils l'observent et fassent observer
par les personnes qui leur sont soumises.
Donné à Paris , en notre Palais Archiepiscopal
le 12 Janvier 1734. Signé, CHARLES , Archevêque
de Paris , c.
un Mandement , dont yoici la teneur.
Harles-Gaspard - Guillaume de Vintimille
séricorde Divine , et par la grace du S. Siége
Apostolique , Archevêque de Paris , Duc de Saint
Cloud , Fair de France , Commandeur de l'Ordre
du S. Esprit, &c. Aux Archiprêtres de Sainte
Marie Magdelaine et de Saint Severin , et aux
Doyens Ruraux de notre Diocèse : Salut et Benedition
. Dieų , mes très- chers Freres , par la
prise du Château de Milan , vient encore de se
déclarer en faveur du Roy et de ses Alliez.
-
Quelques louanges qui soient dûes à la valeur
des Troupes , à la capacité des Generaux de Sa
Majesté , au courage et à l'activité de ses Alliez ;
ce n'est point aux moiens humains , mais à la
Providence de celui qui regle à son gré le sort
des
JANVIER 1734. 181
des Armes et des Empires , qui éleve et qui abbaisse
les Thrones , comme il lui plaît , que le
Roy attribue tant de succès inesperez ; et quelques
glorieux que soient ces évenemens, ils n'affoiblissent
point son amour pour la paix.
Entrez donc dans les sentimens de Religion et
dans les vues pacifiques d'un Roy , selon le coeur
de Dieu , qui rend hommage à la Majesté Divine
, de tout ce qui lui arrive d'heureux , et qui
tout occupé du bonheur de ses Peuples, sera toujours
prêt à préferer leur repos à sa propre gloire.
Venez , à son exemple , reconnoître au pied
des Autels , les graces et les bienfaits du Dieu qui
protege la France : * Demandez - lui ardemment
que les succès d'une Guerre juste et necessaire
nous conduisent à une prompte paix , plus dési
rable que les victoires , et pour laquelle Dieu
nous ordonne de recourir à lui , parce que c'est
de la paix de l'Etat que dépendent notre paix et
notre tranquillité.
A ces causes , après en avoir conféré avec nos
venrables Freres les Doyen , Chanoines et Cha
pitre de notre Eglise Metropolitaine : Nous or
donnons qu'après demain Jeudi , 14 du present
mois , le Te Deum sera chanté dans notredite
Eglise Métropolitaine , en actions de graces de la
prise du Château de Milan : Dimanche 17 da
courant dans toutes les Abbayes , Chapitres, Pa
roisses et Couvens , exempts et non exempts , de
la Ville et Fauxbourgs ; et dans toutes les autres
Eglises de notre Diocèse , le Dimanche après la reception
du present Mandement . Si mandons aux
* Quarite pacem civitatis ad quam transmigrare
vos feci , et orate pro ea ad Dominum, quia in pace
illius erit pax vobis. Jerem. 29.7·
I iij
Ar❤
182 MERCURE DE FRANCE
Archiprêtres de sainte Marie- Magdelaine et S.Severin
de notifier notre present Mandement à tous
Abbez Prieurs , Curez , Superieurs et Superieures
de la Ville et desdirs Fauxbourgs ; et aux Doyens
Ruraux de l'envoyer aux Curez de la Campagne ,
Superieurs et Superieures des Communautez ,
exemptes et et non exemptes , à ce qu'ils n'en
ignorent , et qu'ils l'observent et fassent observer
par les personnes qui leur sont soumises.
Donné à Paris , en notre Palais Archiepiscopal
le 12 Janvier 1734. Signé, CHARLES , Archevêque
de Paris , c.
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Résumé : Mandement sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le 12 janvier 1734, l'Archevêque de Paris, Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, a publié un mandement célébrant la prise du Château de Milan. Ce succès est attribué à la Providence divine plutôt qu'aux efforts humains. Le Roi exprime sa gratitude envers Dieu et son désir de paix, malgré les victoires militaires. L'Archevêque appelle les fidèles à reconnaître les bienfaits de Dieu et à prier pour une paix rapide. Il ordonne que le Te Deum soit chanté dans l'église métropolitaine le 14 janvier et dans toutes les églises du diocèse le dimanche suivant la réception du mandement. Les archiprêtres et les doyens ruraux doivent notifier ce mandement à tous les ecclésiastiques et communautés religieuses pour assurer son observation.
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153
p. 186-187
REMERCIMENT de Madame la Comtesse du R..... Gouvernante de la Ville du S. Esprit.
Début :
Sensible à votre politesse, [...]
Mots clefs :
Phébus, Madame, Esprit, Dieu, Lyre, Célébrer, Ciel, Bonnefons
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texteReconnaissance textuelle : REMERCIMENT de Madame la Comtesse du R..... Gouvernante de la Ville du S. Esprit.
REMERCIMENTde Madame la
Comtesse du R..... Gouvernante de la
Ville du S. Esprit.
S Ensible à votre politesse ,
Que ne puis-je grimpant au séjour de Phebus ;
Emprunter son secours ; mais aux bords de
Permesse
Les pas que nous faisons sont souvent pas
perdus.
Ah ! si ce Dieu daignoit me confier sa Lyre :
Pour célébrer vos rares qualitez ,
Mes Vers enfans heureux du plus noble délire
Sur les aîles des vents nous seroient apportez ,
Castellane d'abord se présente à ma vûë ,
Et cette Mere aux charmes les plus doux
Ne peut être mieux reconnuë 群
Qu'au digne fruit des feux de son Epour ,
Cazeneuve avec Prat partageront ensemble
Ces Eloges qui leur sont dûs ;
Le Ciel en toutes deux avec éclat rassemble
Ce qu'il a de plus rare , esprit , attraits , vertus ¿
Parmi la troupe respectable
Par le mérite et par le sang ,
La Perdris peut ainsi qu'à table
Occuper noblement son rang.
• Madame de Villeperdrix ,fille de M. le Mar.
quis de Lachaux de Montauban .
Je
JANVIER. 1734. 187
Je chanterois sur même note ,
Mille objets enchanteurs , sources de l'agrément,
Cavaillon et Piolene , Vanel , Bernard , Lamotte ,
Lirac et Lysleroy , Pourcet également ;
Mais Ciel ! je vois Phebus sur un Trône de nues
Les doctes Soeurs parfument sts Autels;
Autour de lui les jeux , les graces ingenuës
Forment des Concerts immortels ;
J'approuve, me dit - il,le zele qui t'inspire ,
Mais donne le Bouquet au galant Bonnefons
Ii est connu dans mon Empire ;
Il te servira ; j'en répons.
C'est ainsi qu'a parlé le Maître du Parnasse :
Bonnefons voudroit-il faire mentir ce Dieu ?
Non , sans doute , il sçait trop que de pareille
audace
On se souvient en temps et lieu ;
Déja sa veine est animée ,
Il nous chante , j'entens les sons harmonieux
De cette Lyre accoutumée
A célébrer les Belles et les Dieux ;
Quoiqu'il fasse pour vous , oui, j'ose ici le dire ,
Ce que vous méritez est encore au- dessus :
Et pour le bien d'écrire
Ce ne seroit pas trop que d'implorer Phébus.
Comtesse du R..... Gouvernante de la
Ville du S. Esprit.
S Ensible à votre politesse ,
Que ne puis-je grimpant au séjour de Phebus ;
Emprunter son secours ; mais aux bords de
Permesse
Les pas que nous faisons sont souvent pas
perdus.
Ah ! si ce Dieu daignoit me confier sa Lyre :
Pour célébrer vos rares qualitez ,
Mes Vers enfans heureux du plus noble délire
Sur les aîles des vents nous seroient apportez ,
Castellane d'abord se présente à ma vûë ,
Et cette Mere aux charmes les plus doux
Ne peut être mieux reconnuë 群
Qu'au digne fruit des feux de son Epour ,
Cazeneuve avec Prat partageront ensemble
Ces Eloges qui leur sont dûs ;
Le Ciel en toutes deux avec éclat rassemble
Ce qu'il a de plus rare , esprit , attraits , vertus ¿
Parmi la troupe respectable
Par le mérite et par le sang ,
La Perdris peut ainsi qu'à table
Occuper noblement son rang.
• Madame de Villeperdrix ,fille de M. le Mar.
quis de Lachaux de Montauban .
Je
JANVIER. 1734. 187
Je chanterois sur même note ,
Mille objets enchanteurs , sources de l'agrément,
Cavaillon et Piolene , Vanel , Bernard , Lamotte ,
Lirac et Lysleroy , Pourcet également ;
Mais Ciel ! je vois Phebus sur un Trône de nues
Les doctes Soeurs parfument sts Autels;
Autour de lui les jeux , les graces ingenuës
Forment des Concerts immortels ;
J'approuve, me dit - il,le zele qui t'inspire ,
Mais donne le Bouquet au galant Bonnefons
Ii est connu dans mon Empire ;
Il te servira ; j'en répons.
C'est ainsi qu'a parlé le Maître du Parnasse :
Bonnefons voudroit-il faire mentir ce Dieu ?
Non , sans doute , il sçait trop que de pareille
audace
On se souvient en temps et lieu ;
Déja sa veine est animée ,
Il nous chante , j'entens les sons harmonieux
De cette Lyre accoutumée
A célébrer les Belles et les Dieux ;
Quoiqu'il fasse pour vous , oui, j'ose ici le dire ,
Ce que vous méritez est encore au- dessus :
Et pour le bien d'écrire
Ce ne seroit pas trop que d'implorer Phébus.
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Résumé : REMERCIMENT de Madame la Comtesse du R..... Gouvernante de la Ville du S. Esprit.
En janvier 1734, la Comtesse du R..... Gouvernante de la Ville du Saint-Esprit, adresse un remerciement. Elle exprime son admiration pour plusieurs personnes, notamment Castellane, Cazeneuve et Prat, qu'elle loue pour leur esprit, leurs attraits et leurs vertus. Elle mentionne également Madame de Villeperdrix, fille du Marquis de Lachaux de Montauban, ainsi que Cavaillon, Piolene, Vanel, Bernard, Lamotte, Lirac, Lysleroy et Pourcet. L'auteur évoque le dieu Phébus, qui lui conseille de remettre un bouquet à Bonnefons, reconnu dans son domaine. Inspiré par Phébus, Bonnefons se prépare à célébrer les belles et les dieux. L'auteur conclut en affirmant que les mérites des personnes citées surpassent ce que Bonnefons pourrait écrire.
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154
p. 413-416
SAMSON. POEME HÉROIQUE.
Début :
Je chante ce Héros, qu'aima la Main céleste, [...]
Mots clefs :
Dieu, Amour, Samson, Force, Bras, Triompher, Peuple, Main
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SAMSON. POEME HÉROIQUE.
SAM SO N.
POEME HEROIQUE.
E chante ce Héros , qu'atma la
Main céleste ,
Pour rendre aux Philistins son pouvoir
manifeste ;
Qui sçut triompher seul , d'un Peuple de Guerriers
;
Mais qui vit par l'amour , flétrir tous ses Lauriers.
A ij
Sévere
414 MERCURE DE FRANCE
Saisi d'un saint remors , ah !dit- il au Seigneur ,
Daigne encore une fois armer mon bras vengeur.
Il dit, et dans l'instant dispersant leurs cohortes ,
A leurs yeux étonnez il enleve leurs Portes ;
Tout tremble devant lui ; tel l'Aquilon bruïant ,
Dépouille les Forêts , et triomphe en fuïant.
Heureux , si désormais rebelle à la tendresse ,
Son coeur n'eut plus senti cette indigne foiblesse .
Mais il voulut envain fuir le funeste écueil ,
Où sa force devoit rencontrer son cercueil ;
L'ingrate Dalila , cette beauté cruelle
Que le secours de l'art rend encore plus belle ,
Se montre , le ravit , et l'enflame soudain`;
L'amour est dans ses yeux , la haine est dans son
sein
Les soupirs , les regards par des langues muettes
,
Sont autant pour l'amour d'éloquents interpretés;
Samson brule , languit , soupire , est généreux ,
Et son Amante alors médite un coup affreux .
Moins cruelles cent fois , les Sirenes perfides ,
Par leurs concerts trompeurs , deviennent homicides.
L'Amour paroît enfin couronner ses ardeurs ;
Mais c'est du crime seul qu'il reçoit des faveurs.
Dans les heureux instans que ce Dieu seul fait
naître ,
Et qu'on ne peut sans lui,ni sentir, ni connoître,
Enyvré du poison dont il est enchanté ,
SouMARS.
1734.
415
Soumis au joug des sens , et de la volupté ,
Il révele à regret à sa perfide Amante
Ce qui donne à son bras cette force étonante ,
Que l'on vit triompher en tout tomps ', en tour
lieu 1
Des ennemis cruels d'Israël et de Dieu.
Pour comble de malheurs le perfide Morphée ,
Acheve de l'Amour le funeste Trophée ,
Et Dalila trahit , et livre à des Bourreaux
Ce trop crédule Amant qu'abusent les Pavots.
Envain il compte encor triompher de leur rage ,
Quand la force n'est plus,à quoi sert le courage ?
Vaincu , désespéré , privé de la clarté ,
Il gémit sous le joug de la captivité.
Mais Dieu, qui de nos coeurs sçait pénétrer l'écorce
,
Connut son repentir , et lui rendit sa force .
Samson sentit dans peu son bras victorieux
En état de venger Israël et les Cieux.
Cependant de Dagon la fête se prépare ;
Ce vil Dieu de Métal , habitant du Ténare ;
Déja l'on méne en pompe aux pieds de ce Démon
L'Encensoir à la main , le malheureux Samson .
Seigneur , dit - il , permets qu'à la fois je t'immole
,
Et le Peuple idolatre , et le Temple , et l'idole.
Dieu l'entend , lui répond , et l'exauce soudain
Rien ne résiste plus à l'effort de sa main.
A iiij
Du
416 MERCURE DE FRANCE
Du Ciel en même- temps part et gronde la Four
dre;
Le Temple de Dagon tombe , réduit en poudre
Et Samson triomphant dans les bras de la mort
Venge son Dieu , son Peuple , et couronne son
sort.
Par M. de S....
POEME HEROIQUE.
E chante ce Héros , qu'atma la
Main céleste ,
Pour rendre aux Philistins son pouvoir
manifeste ;
Qui sçut triompher seul , d'un Peuple de Guerriers
;
Mais qui vit par l'amour , flétrir tous ses Lauriers.
A ij
Sévere
414 MERCURE DE FRANCE
Saisi d'un saint remors , ah !dit- il au Seigneur ,
Daigne encore une fois armer mon bras vengeur.
Il dit, et dans l'instant dispersant leurs cohortes ,
A leurs yeux étonnez il enleve leurs Portes ;
Tout tremble devant lui ; tel l'Aquilon bruïant ,
Dépouille les Forêts , et triomphe en fuïant.
Heureux , si désormais rebelle à la tendresse ,
Son coeur n'eut plus senti cette indigne foiblesse .
Mais il voulut envain fuir le funeste écueil ,
Où sa force devoit rencontrer son cercueil ;
L'ingrate Dalila , cette beauté cruelle
Que le secours de l'art rend encore plus belle ,
Se montre , le ravit , et l'enflame soudain`;
L'amour est dans ses yeux , la haine est dans son
sein
Les soupirs , les regards par des langues muettes
,
Sont autant pour l'amour d'éloquents interpretés;
Samson brule , languit , soupire , est généreux ,
Et son Amante alors médite un coup affreux .
Moins cruelles cent fois , les Sirenes perfides ,
Par leurs concerts trompeurs , deviennent homicides.
L'Amour paroît enfin couronner ses ardeurs ;
Mais c'est du crime seul qu'il reçoit des faveurs.
Dans les heureux instans que ce Dieu seul fait
naître ,
Et qu'on ne peut sans lui,ni sentir, ni connoître,
Enyvré du poison dont il est enchanté ,
SouMARS.
1734.
415
Soumis au joug des sens , et de la volupté ,
Il révele à regret à sa perfide Amante
Ce qui donne à son bras cette force étonante ,
Que l'on vit triompher en tout tomps ', en tour
lieu 1
Des ennemis cruels d'Israël et de Dieu.
Pour comble de malheurs le perfide Morphée ,
Acheve de l'Amour le funeste Trophée ,
Et Dalila trahit , et livre à des Bourreaux
Ce trop crédule Amant qu'abusent les Pavots.
Envain il compte encor triompher de leur rage ,
Quand la force n'est plus,à quoi sert le courage ?
Vaincu , désespéré , privé de la clarté ,
Il gémit sous le joug de la captivité.
Mais Dieu, qui de nos coeurs sçait pénétrer l'écorce
,
Connut son repentir , et lui rendit sa force .
Samson sentit dans peu son bras victorieux
En état de venger Israël et les Cieux.
Cependant de Dagon la fête se prépare ;
Ce vil Dieu de Métal , habitant du Ténare ;
Déja l'on méne en pompe aux pieds de ce Démon
L'Encensoir à la main , le malheureux Samson .
Seigneur , dit - il , permets qu'à la fois je t'immole
,
Et le Peuple idolatre , et le Temple , et l'idole.
Dieu l'entend , lui répond , et l'exauce soudain
Rien ne résiste plus à l'effort de sa main.
A iiij
Du
416 MERCURE DE FRANCE
Du Ciel en même- temps part et gronde la Four
dre;
Le Temple de Dagon tombe , réduit en poudre
Et Samson triomphant dans les bras de la mort
Venge son Dieu , son Peuple , et couronne son
sort.
Par M. de S....
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Résumé : SAMSON. POEME HÉROIQUE.
Le poème héroïque 'Samson' relate l'histoire de Samson, un héros choisi par Dieu pour combattre les Philistins. Doté d'une force surhumaine, Samson parvient à vaincre seul un peuple de guerriers. Cependant, son amour pour Dalila, une femme cruelle, le conduit à sa perte. Dalila, utilisant ses charmes et sa ruse, découvre le secret de la force de Samson et le trahit, le livrant à ses ennemis. Capturé et aveuglé, Samson est soumis à la captivité. Repentant, il prie Dieu qui lui rend sa force. Lors d'une fête en l'honneur du dieu Dagon, Samson demande à Dieu de lui permettre de détruire le temple et les idolâtres. Sa prière exaucée, il abat le temple, se vengeant ainsi de ses ennemis et mourant en martyr.
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155
p. 447-450
VOYAGE DE L'AMOUR ET DE L'HYMEN. A Madame de M.... du Croisic. Par Mlle de Malcrais de la Vigne. IDYLLE.
Début :
Cupidon et l'Hymen, compagnons de voyage, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Iris, Dieu, Coeur, Haine
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texteReconnaissance textuelle : VOYAGE DE L'AMOUR ET DE L'HYMEN. A Madame de M.... du Croisic. Par Mlle de Malcrais de la Vigne. IDYLLE.
VOYAGE
DE L'AMOUR ET DE L'HYMEN
A Madame de M.... du Croisic.
Par Mlle de Malcrais de la Vigne,
IDYLLE.
Cupidon et l'Hymen,compagnons de voyage ,.
Vivoient en bons amis , et n'avoient pour tous
deux
Que la charmante Iris , dont le coeur jeune et
sage
Partageoit ses égards également entre eux.
Plus étroite amitié n'avoit uni deux Freres ;
A l'Hymen volontiers l'Amour prêtoit ses traits .
L'Hymen adoucissoit ses préceptes sévéres ,
Et faisoit de l'Amour réussir les souhaits .
Les Ombres de la nuit par malheur les surprirent
,
Dans un Désert sauvage, éloigné des Hameaux
L'air
448 MERCURE DE FRANCE
L'air étoit calme et pur ; à terre ils s'étendirent
Un Buisson arrondi leur servit de rideaux.
Iris nonchalamment tomba sur la Fougére ;
Ses Amans au hazard se mirent à côté ;
Quelque part qu'on se trouve auprès de sa Ber
gére ,
Le lieu le moins commode est un lit enchanté .
L'aimable et petit Dieu que révére Amathonte,
Trompé par le sommeil le premier s'endormit ;
L'autre entretint Iris , et fit si - bien son compte
Qu'il la persuada par ce qu'il lui promit.
Quitte en Marmot , dit- il ; ses Jeux , sa folle
enfance ,
Ses vains tours en ont dû détacher ta raison ;
Vien , ma Belle , avec moi ; ma durable constance
,
Mes Palais, mes trésors sont toujours de saison.
Iris crut , et s'enfuit ; l'Amour avec l'Aurore
Ouvrit ses tristes yeux,pour répandre des pleurs;
Vainement un Zéphir volant autour de Flore ,
Fit pleuvoir dans son sein des parfums et des
Aeurs.
Le Rossignol plaintif soupira ses allarmes ,
L'Onde sur le Gravier , murmura ses tourmens,
LES
MARS. 1734 449
Les Rochers attendris se fondirent en larmes ;
Et l'Echo bégaya ses longs gémissemens.
L'Hymen fier et pompeux , fit célébrer la fête
Qui devoit enchaîner son destin pour toûjours
Imprudent , qui croyoit jouir de sa conquête ,
Sans que rien traversât le bonheur de ses jours.
Iris ne tarda point à sentir sa tendresse
Languissante et changée en éternels dégouts ,
Le devoir gâta tout , et la délicatesse
Chercha l'Amour en vain dans les bras d'un
Epoux.
L'ennui la dévora ; son ardeur insensée ;
Maudit un importun, et s'en plaignit cent fois
Heureuse en l'enlevant , s'il eut cu la pensée ,
De ravir à l'Amour ses traits et son Carquois !
Le Fils de la Déesse à qui l'Onde enflammée
Fit voir le jour parmi le tumulte des flots ,
Nourrissant en son coeur sa haine envenimée
Défendit à l'Hymen de paroître à Paphos.
Il jura par Vénus de fuir sa compagnie ,
Et depuis que l'Hymen lui fit ce cruel tour ,
Les plus tendres Amans , aussi -tôt qu'il les lie
Voyent voler loin d'eux le Galant Dieu d'A
mour.
Aima
450 MERCURE DE FRANCE
Aimable M... ingénieuse Amie ,
C'est parmi les Jardins verdova is et fleuris ,
Que vainqueur des brouillards de ma mélancolie
Le Dieu des Vers cent fois éclaira mes esprits.
Quand le fidelle Hymen sous la plus douce chaîne,
Entrelassoit vos jours qui couloient sans ennui ,
L'Amour parut alors renoncer à sa haine ,
Et vouloir désormais s'accorder avec lui.
Mais votre Epoux passant dans la Barquefatale,
L'Amour contre l'Hymen ralluma son courroux
Irrité de vous voir , Epouse sans égale ,
L'un et l'autre à jamais les bannir loin de vous.
J'ai tardé trop long temps à parer mes ouvrages
D'un nom cher à mon coeur , pendant queje vi
vrai ;
Ah ! si je quitte un jour ces maritimes Plages
Ce sera vous sur tout que je regretterai.
DE L'AMOUR ET DE L'HYMEN
A Madame de M.... du Croisic.
Par Mlle de Malcrais de la Vigne,
IDYLLE.
Cupidon et l'Hymen,compagnons de voyage ,.
Vivoient en bons amis , et n'avoient pour tous
deux
Que la charmante Iris , dont le coeur jeune et
sage
Partageoit ses égards également entre eux.
Plus étroite amitié n'avoit uni deux Freres ;
A l'Hymen volontiers l'Amour prêtoit ses traits .
L'Hymen adoucissoit ses préceptes sévéres ,
Et faisoit de l'Amour réussir les souhaits .
Les Ombres de la nuit par malheur les surprirent
,
Dans un Désert sauvage, éloigné des Hameaux
L'air
448 MERCURE DE FRANCE
L'air étoit calme et pur ; à terre ils s'étendirent
Un Buisson arrondi leur servit de rideaux.
Iris nonchalamment tomba sur la Fougére ;
Ses Amans au hazard se mirent à côté ;
Quelque part qu'on se trouve auprès de sa Ber
gére ,
Le lieu le moins commode est un lit enchanté .
L'aimable et petit Dieu que révére Amathonte,
Trompé par le sommeil le premier s'endormit ;
L'autre entretint Iris , et fit si - bien son compte
Qu'il la persuada par ce qu'il lui promit.
Quitte en Marmot , dit- il ; ses Jeux , sa folle
enfance ,
Ses vains tours en ont dû détacher ta raison ;
Vien , ma Belle , avec moi ; ma durable constance
,
Mes Palais, mes trésors sont toujours de saison.
Iris crut , et s'enfuit ; l'Amour avec l'Aurore
Ouvrit ses tristes yeux,pour répandre des pleurs;
Vainement un Zéphir volant autour de Flore ,
Fit pleuvoir dans son sein des parfums et des
Aeurs.
Le Rossignol plaintif soupira ses allarmes ,
L'Onde sur le Gravier , murmura ses tourmens,
LES
MARS. 1734 449
Les Rochers attendris se fondirent en larmes ;
Et l'Echo bégaya ses longs gémissemens.
L'Hymen fier et pompeux , fit célébrer la fête
Qui devoit enchaîner son destin pour toûjours
Imprudent , qui croyoit jouir de sa conquête ,
Sans que rien traversât le bonheur de ses jours.
Iris ne tarda point à sentir sa tendresse
Languissante et changée en éternels dégouts ,
Le devoir gâta tout , et la délicatesse
Chercha l'Amour en vain dans les bras d'un
Epoux.
L'ennui la dévora ; son ardeur insensée ;
Maudit un importun, et s'en plaignit cent fois
Heureuse en l'enlevant , s'il eut cu la pensée ,
De ravir à l'Amour ses traits et son Carquois !
Le Fils de la Déesse à qui l'Onde enflammée
Fit voir le jour parmi le tumulte des flots ,
Nourrissant en son coeur sa haine envenimée
Défendit à l'Hymen de paroître à Paphos.
Il jura par Vénus de fuir sa compagnie ,
Et depuis que l'Hymen lui fit ce cruel tour ,
Les plus tendres Amans , aussi -tôt qu'il les lie
Voyent voler loin d'eux le Galant Dieu d'A
mour.
Aima
450 MERCURE DE FRANCE
Aimable M... ingénieuse Amie ,
C'est parmi les Jardins verdova is et fleuris ,
Que vainqueur des brouillards de ma mélancolie
Le Dieu des Vers cent fois éclaira mes esprits.
Quand le fidelle Hymen sous la plus douce chaîne,
Entrelassoit vos jours qui couloient sans ennui ,
L'Amour parut alors renoncer à sa haine ,
Et vouloir désormais s'accorder avec lui.
Mais votre Epoux passant dans la Barquefatale,
L'Amour contre l'Hymen ralluma son courroux
Irrité de vous voir , Epouse sans égale ,
L'un et l'autre à jamais les bannir loin de vous.
J'ai tardé trop long temps à parer mes ouvrages
D'un nom cher à mon coeur , pendant queje vi
vrai ;
Ah ! si je quitte un jour ces maritimes Plages
Ce sera vous sur tout que je regretterai.
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Résumé : VOYAGE DE L'AMOUR ET DE L'HYMEN. A Madame de M.... du Croisic. Par Mlle de Malcrais de la Vigne. IDYLLE.
L'idylle 'Voyage de l'Amour et de l'Hymen' est dédiée à Madame de M.... du Croisic par Mlle de Malcrais de la Vigne. Elle raconte le voyage de Cupidon (l'Amour) et de l'Hymen, accompagnés par Iris, une jeune femme sage. Les deux dieux vivaient en harmonie, partageant leurs traits et préceptes. Une nuit, dans un désert sauvage, Iris, séduite par l'Amour, s'enfuit avec lui, laissant l'Hymen endormi. À l'aube, l'Amour découvre la fuite d'Iris et pleure sa perte. Iris, devenue l'épouse de l'Hymen, ressent bientôt du dégoût et de l'ennui. L'Amour, furieux, interdit à l'Hymen de paraître à Paphos et jure de fuir sa compagnie. Depuis lors, les amants unis par l'Hymen voient l'Amour s'éloigner. L'auteur exprime son admiration pour Madame de M..., soulignant que l'Amour et l'Hymen avaient trouvé une harmonie lors de son mariage, mais que la mort de son époux a ravivé la haine entre les deux dieux, les bannissant tous deux de sa vie. L'auteur conclut en exprimant son attachement profond pour Madame de M....
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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156
p. 451-460
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
Début :
Je sçai, Madame, que vous vous interessez pour tout ce qui regarde la [...]
Mots clefs :
Idylle, Naissance de Jésus-Christ, M. Bouvart, Communauté de l'Enfant Jésus, Anges, Bergers, Dieu, Naissance, Gloire, Choeur d'anges, Démons, Univers, Jésus, Enfant, Vers, Adorer, Musique
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
LETTRE de M... à Madame de ...
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
Fermer
Résumé : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
La lettre de M... à Madame de... décrit une idylle sur la Naissance de Jésus-Christ, composée en trois parties et mise en musique par M. Bouvart. Cette idylle a été interprétée par les demoiselles de la Communauté de l'Enfant Jésus le 14 février 1734 et dédiée à M. le Curé de Saint-Sulpice. L'œuvre a été imprimée à Paris chez Thibout en 1734 sous forme de brochure in-4 de 16 pages. L'idylle se structure en trois sections. La première partie relate la domination du Démon sur les hommes jusqu'à la venue du Sauveur, annoncée par un ange. La seconde partie met en scène les bergers rendant hommage au Sauveur, dont la naissance est proclamée par un chœur d'anges. La troisième partie illustre l'adoration des Rois Mages. L'auteur de l'idylle est M. Morand d'Arles, et la musique a été composée par M. Bouvart, célèbre pour son opéra 'Méduse'. L'œuvre souligne la puissance de la musique lorsqu'elle est utilisée pour louer le Seigneur. La lettre met également en lumière le mérite de M. le Curé de Saint-Sulpice et l'éducation pieuse des demoiselles de la Maison de l'Enfant Jésus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
156
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
157
p. 485-493
LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre, à M.... Chanoine de l'Eglise de C. touchant les traditions populaires, au sujet de l'occurrence de la Fête de Pâques, au 25 Avril.
Début :
Vous êtes, sans doute, informé, Monsieur, des Traditions, qui courent [...]
Mots clefs :
Traditions populaires, Fête de Pâques, Dieu, Saint Jean, Tables, Intervalle, Fête-Dieu, Peuple, Litanies, Origine
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre, à M.... Chanoine de l'Eglise de C. touchant les traditions populaires, au sujet de l'occurrence de la Fête de Pâques, au 25 Avril.
LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre
à M.... Chanoine de l'Eglise de C.
touchant les traditions populaires, au sujet
de Poccurrence de la Fête de Pâques , an
25 Avril.
V
Ous êtes , sans doute , informé ;;
Monsieur , des Traditions , qui
courent parmi le Peuple , touchant les
années où la Fête de Pâques arrive le 25
Avril , telle que sera l'année prochaine
1734. Il résulte de cette occurrence qu'en
ces années là , la Fête- Dieu se trouve le
24 Juin jour de la Nativité de S. Jean-
D iij
Bap486
MERCURE DE FRANCE
Baptiste , et c'est par rapport à cette .
rencontre qu'il est né un certain Proverbe
touchant la fin du Monde. Pour
en faire voir l'illusion , il me semble qu'il
suffit d'en découvrir l'origine ou plutôt
la
nouveauté.Chacun sçait que la Solemnité
de la Fête Dieu n'a commencé qu'au
treizième siècle . A vant ce tems- là , Pâques
arrivoit quelquefois le 25 Avril, et laNativité
de S. Jean se célébroit le 24 Juin en
son véritable jour sans être transferée . Ce
n'est donc que depuis qu'on a prévû
qu'on seroit obligé de déplacer S. Jean
pour y mettre le Messie dont il a été le
Précurseur , qu'on peut avoir imaginé
une pareille opinion ; et probablement
elle ne s'est formée qu'à la fin du treiziéme
siécle ou durant le quatorziéme,; en effet
comme on fut près de deux cent- cinquante
ans sans voir arriver Pâques le 25
Avril , la rareté de l'éyenement aura pû
porter à inventer quelques dictons làdessus
. Et comme les Tables Pascales
n'étoient point entre les mains de tout
le monde , et qu'on se contentoit d'attacher
chaque année au Cierge Pascal la
Table des Fêtes mobiles de l'année seulement,
peu de personnes étoient en état
de prévoir quand Pâques arriveroit le 23
Avril , et le plus grand nombre ignoroit
comMARS
1734. 487
combien de fois cette Fête étoit arrivée
ce jour -là depuis l'établissement duChristianisme.
Pour mettre donc au fait le
Public de cette connoissance , qu'il étoit
difficile d'avoir communément avant l'origine
de l'Impression , il est bon de
jeter la vue sur les Tables Chronologiques
que nous ont données M. Robert
dans sa Gaule Chrétienne, et M.du Cange
dans son Glossaire de la basse Latinité. Je
les ai examinées, et principalement la nouvelle
Edition qui vient d'être publiée
par deux sçavans Benedictins. Quoiqu'il
y soit resté quelques fautes que l'Imprimeur
n'a pû apparemment éviter dans
une si grande multitude de chiffres et
de Lettres initiales , je ne laisserai
tabler dessus et de représenter combien
de fois la Fête de Pâques est arrivée le
25. Avril depuis l'origine de la Religion
que nous professons . Ces Tables nous
apprennent que cette rencontre s'est déja
trouvée treize fois , et les voicy.
L'an 45. de Jesus- Christ.
pas
de
L'an 140.
L'an 1014.
L'an 1109 .
L'an 387.
L'an 482.
L'an 1204.
L'an 1415.
L'an 577
L'an , 672 .
L'an 1546.
L'an 919. L'an 1666.
Dirij Vous
488 MERCURE DE FRANCE
Vous reconnoîtrez par la vérification
que vous en pouvez faire , que j'ai regardé
avec raison comme des fautes d'impression
dans la derniere Edition de ces
Tables , que Pâques ait été marqué pour
les années 137. et 1022. ans au 25. Avril ,
au lieudu 25. Mars ; c'est ce qui est rendu
sensible par la Lettre Dominicale qui
convient à ces mêmes années ; vous avouerez
aussi qu'à l'année 672. ces mêmes
Tables contiennent une faute toute contraire
, mettant cette Fête au 25. Mars
au licu du 25. Avril . Mais ceci soit dit
en passant. Revenons au fait et instruisons
le vulgaire. On fut depuis l'an 1204.
jusqu'à l'an 1451. sans voir celebrer la
Fête de Pâques le 25. Avril , c'est- àdire
à peu près deux siecles et demi. Environ
dans le tiers de cet intervalle la
Fête- Dieu fut établie dans les Eglises
d'Occident. Alors il n'y avoit personne
sur terre qui pût avoir vû l'an 1204. et
l'on ne prévoyoit point que de long-temps
l'occurrence pût arriver que cette nouvelle
Fête fit cesser celle de S. Jean ; le
Peuple en conclut aisément que ce ne
seroit qu'à la fin du Monde , et il fut
facile d'imaginer des mysticitez sur cette
rencontre, toute fortuite qu'elle est . Telle
est , selon ma pensée , l'origine de l'idée
роры-
MAR S. 1734. 489
populaire sur la concurrence des deux
Fêtes. Quoiqu'il ne soit pas tout- à - fait
si rare de voir arriver Pâques le 24 Avril ,
et parconséquent la Fête Dieu le 23 .
Juin , veille de la S. Jean , les Peuples
n'ont laissé d'inventer aussi un proverbe
à ce sujet , et de dire en ces sortes
de rencontres :
pas
·
Quand Jeanfait jeûner Dieu ,
La Paix regne en tout lieu.
Mais la fausseté de cet axiome vul
gaire a été si palpable de nos jours , qu'on
doit conclure que la Tradition n'est pas
mieux fondée d'un côté que d'un autre.
Qui, en effet, peut assurer qu'on jouissoit
d'une paix universelle l'an 1707. auquel
Jean fit jeûner Dieu , c'est à dire, que la
Fête de S. Jean étant arrivée le second
Vendredi d'après la Pentecôte , il fallut
observer le jeûne ( du moins en certains
Pays ) le jour précedent , qui étoit le
Jeudi de la grande Solemnité de la Fête-
Dieu ? Il est également faux de dire que
la paix regnât en tout lieu l'an 1639.
qui étoit dans le même cas. Et si l'on
vouloit prendre la peine de remonter à
toutes les années où se trouvent de telles
concurrences , pour une qu'on remarqueroit
avoir été paisible en France , on ers
D v trou-
*
490 MERCURE DE FRANCE
trouveroit trois autres qui auroient été
tumultueuses dans le Royaume , ou ailleurs.
Il en est de ces traditions comme
de celle qui courut sur la fin du dixiéme
siécle ; on croyoit alors que lorsque la
Fête de l'Annonciation arriveroit le Vendredy
Saint , le monde finiroit. Richard ,
Abbé de Saint- Benoît sur Loire , ordonna
à Abbon l'un de ses Religieux d'écrire
là - dessus , pour désabuser le Peuple qui
croyoit que dès que l'on compteroit l'an
mille , le Jugement viendroit . Ce fut en
992 que l'Annonciation arriva le Ven
dredy- Saint , et elle étoit déja arrivée le
mêmejour onze ans auparavant.
Si le peuple étoit capable d'entrer dans
des examens de Chronologie , il verroit
que tous les changemens annuels de la
solemnité Pascale sont appuyez sur certaines
révolutions reglées , et sont déterminés
par le cours des astres à un certain
intervalle que l'intervalle ordinaire
entre deux Pâques du 25 Avril est
de 95 ans mais qu'après que cet intervalle
a eu lieu trois fois , il en faut admettre
un de 247 ans , après quoi suit
encore à trois reprises d'intervalle de 95
ans , avant que celui de 247 ans revienne.
C'est ce qui paroît dans l'extrait des
Tables que je vous ai representé ci- dessus.
De
MARS 1734. 491
De l'année 45 de Jesus- Christ à l'année
140 , il y a 95 ans. De l'année 145 à
celle de 387 , il y a 247 ans. De 387 à
482 il y a 95 ans. De 482 à 577 il y a
95 ans, De 577 à 672 il y a pareillement
95 ans. Mais de 672 à 919 il y a 247 ans.
Après cela on compte comme on a déja
fait deux fois ; de 919 à 1014 , il y a 95
ans. De 1014 à 1109 aussi 95 ans ; et de
1109 à 1204 pareille quantité de 95 ans.
Suit le grand intervalle de 247 ans depuis
l'an 1204 jusqu'à l'an 1451. Et enfin
de 1451 à 1546 il y a 95 ans. On auroit
continué encore deux fois 95 ans sans
la réforme du Calendrier qui fût faite à
Rome en 1582 , par laquelle on retrancha
tout à coup dix jours du mois
d'Octobre de cette année- là ; c'est ce qui
fit
que la premiere Pâque du 25 Avril au
lieu de revenir l'an 1641 ar bout de 95
ans , n'est arrivée que 25 ns après ,
c'est-à- dire au bout de 120
is après la
précédente ; et la seconde Pâques du
même 25 Avril , au lieu d'être differée
jusqu'en 1736 au bout de 95 ans reïterez ,
a été fixée à l'an 1734. après lequel temis
je ne sçai en quelle année elle reviendra .
Vous avez dû apprendre par le Journal
des Scavans du présent mois de May à
l'article des Nouvelles Litteraires de
#
D vj
Flo-
༥
492 MERCURE DE FRANCE
Florence ; qu'un Curé du Diocèse de
Pistoye en Italie , ptétend démontrer
dans un nouveau Traité sur la Fête de
Pâques , que la Réformation Grégoriene
a besoin d'être reformée elle -même
à cause des erreurs qu'elle contient par
rapport à la Fête de Pâques . Attendons
que cet Ouvrage soit venu jusqu'à nous
pour juger de ces erreurs , et si le calcul
Grégorien des Clefs de la Fête de
Pâques est sujet à des inconvéniens prévus.
>
Il n'est pas à souhaitter pour la tranquillité
des Rubriquaires Ecclesiastiques
que la Fête de Pâques revienne souvent
le 25 Avril . Vous scavez que c'est un
jour qui a été chargé successivement de
deux différentes cérémonies , toutes les
deux incompatibles avec cette Fête : Premierement
on y établit à Rome une Procession
de pénitence qui a été reçûe dans
presque toutes les Eglises de l'Occident ;
et que depuis ce tems - là on y aussi attaché
la Fête de l'Evangeliste S. Marc. A
l'égard de la premiere , je croi que vous
ne doutez point , non plus. que moi ,
ce que je tiens de feu M. l'Abbé Chastelain
, Chanoine de N. D. de Paris , que
le
25 Avril avoit été consacré cbez les
Payens par des Processions pour les biens
de
de
MARS 1734: 497
de la Terre ; ce qu'ils appelloient les Robigales
ou les Ambarvales , ( circonstarce
ignorée par M. Baillet , ) et qu'en
mémoire de cela on éloigne encore à
Rome le moins qu'il est possible du 25.
Avril les Litanies Chrétiennes qui y ont
été substituées. Je ne puis vous entrete
nir cette fois- cy de la raison qui a fait
tourner l'annonce de cette Procession ,
de la maniere dont elle l'est dans les
Brefs d'Auxerre , que l'on a tâché depuis
quinze ans de rendre les plus curieux et
les plus instructifs de tout le Royaume .
En attendant que je m'étende là - dessus
dans un petit Traité sur les Processions
du Paganisme , observez , s'il vous plaît ,
que c'est avec prudence que , si l'on n'a
pas fixé les Litanies Romaines plus avant
dans l'année que le 25. Avril , c'a été
vrai - semblablement de crainte qu'elles ne
concourussent quelquefois avec les Litaniès
Gallicanes , appellées Rogations , qui
peuvent arriver le 27. 28. et 19. Avril
lorsque Pâques a été le 22. Mars ; et parce
que l'Eglise de Rome a été bien aise
que les Litanies fussent toujours célebrées
les premieres.
Ce 28. May 1733 .
à M.... Chanoine de l'Eglise de C.
touchant les traditions populaires, au sujet
de Poccurrence de la Fête de Pâques , an
25 Avril.
V
Ous êtes , sans doute , informé ;;
Monsieur , des Traditions , qui
courent parmi le Peuple , touchant les
années où la Fête de Pâques arrive le 25
Avril , telle que sera l'année prochaine
1734. Il résulte de cette occurrence qu'en
ces années là , la Fête- Dieu se trouve le
24 Juin jour de la Nativité de S. Jean-
D iij
Bap486
MERCURE DE FRANCE
Baptiste , et c'est par rapport à cette .
rencontre qu'il est né un certain Proverbe
touchant la fin du Monde. Pour
en faire voir l'illusion , il me semble qu'il
suffit d'en découvrir l'origine ou plutôt
la
nouveauté.Chacun sçait que la Solemnité
de la Fête Dieu n'a commencé qu'au
treizième siècle . A vant ce tems- là , Pâques
arrivoit quelquefois le 25 Avril, et laNativité
de S. Jean se célébroit le 24 Juin en
son véritable jour sans être transferée . Ce
n'est donc que depuis qu'on a prévû
qu'on seroit obligé de déplacer S. Jean
pour y mettre le Messie dont il a été le
Précurseur , qu'on peut avoir imaginé
une pareille opinion ; et probablement
elle ne s'est formée qu'à la fin du treiziéme
siécle ou durant le quatorziéme,; en effet
comme on fut près de deux cent- cinquante
ans sans voir arriver Pâques le 25
Avril , la rareté de l'éyenement aura pû
porter à inventer quelques dictons làdessus
. Et comme les Tables Pascales
n'étoient point entre les mains de tout
le monde , et qu'on se contentoit d'attacher
chaque année au Cierge Pascal la
Table des Fêtes mobiles de l'année seulement,
peu de personnes étoient en état
de prévoir quand Pâques arriveroit le 23
Avril , et le plus grand nombre ignoroit
comMARS
1734. 487
combien de fois cette Fête étoit arrivée
ce jour -là depuis l'établissement duChristianisme.
Pour mettre donc au fait le
Public de cette connoissance , qu'il étoit
difficile d'avoir communément avant l'origine
de l'Impression , il est bon de
jeter la vue sur les Tables Chronologiques
que nous ont données M. Robert
dans sa Gaule Chrétienne, et M.du Cange
dans son Glossaire de la basse Latinité. Je
les ai examinées, et principalement la nouvelle
Edition qui vient d'être publiée
par deux sçavans Benedictins. Quoiqu'il
y soit resté quelques fautes que l'Imprimeur
n'a pû apparemment éviter dans
une si grande multitude de chiffres et
de Lettres initiales , je ne laisserai
tabler dessus et de représenter combien
de fois la Fête de Pâques est arrivée le
25. Avril depuis l'origine de la Religion
que nous professons . Ces Tables nous
apprennent que cette rencontre s'est déja
trouvée treize fois , et les voicy.
L'an 45. de Jesus- Christ.
pas
de
L'an 140.
L'an 1014.
L'an 1109 .
L'an 387.
L'an 482.
L'an 1204.
L'an 1415.
L'an 577
L'an , 672 .
L'an 1546.
L'an 919. L'an 1666.
Dirij Vous
488 MERCURE DE FRANCE
Vous reconnoîtrez par la vérification
que vous en pouvez faire , que j'ai regardé
avec raison comme des fautes d'impression
dans la derniere Edition de ces
Tables , que Pâques ait été marqué pour
les années 137. et 1022. ans au 25. Avril ,
au lieudu 25. Mars ; c'est ce qui est rendu
sensible par la Lettre Dominicale qui
convient à ces mêmes années ; vous avouerez
aussi qu'à l'année 672. ces mêmes
Tables contiennent une faute toute contraire
, mettant cette Fête au 25. Mars
au licu du 25. Avril . Mais ceci soit dit
en passant. Revenons au fait et instruisons
le vulgaire. On fut depuis l'an 1204.
jusqu'à l'an 1451. sans voir celebrer la
Fête de Pâques le 25. Avril , c'est- àdire
à peu près deux siecles et demi. Environ
dans le tiers de cet intervalle la
Fête- Dieu fut établie dans les Eglises
d'Occident. Alors il n'y avoit personne
sur terre qui pût avoir vû l'an 1204. et
l'on ne prévoyoit point que de long-temps
l'occurrence pût arriver que cette nouvelle
Fête fit cesser celle de S. Jean ; le
Peuple en conclut aisément que ce ne
seroit qu'à la fin du Monde , et il fut
facile d'imaginer des mysticitez sur cette
rencontre, toute fortuite qu'elle est . Telle
est , selon ma pensée , l'origine de l'idée
роры-
MAR S. 1734. 489
populaire sur la concurrence des deux
Fêtes. Quoiqu'il ne soit pas tout- à - fait
si rare de voir arriver Pâques le 24 Avril ,
et parconséquent la Fête Dieu le 23 .
Juin , veille de la S. Jean , les Peuples
n'ont laissé d'inventer aussi un proverbe
à ce sujet , et de dire en ces sortes
de rencontres :
pas
·
Quand Jeanfait jeûner Dieu ,
La Paix regne en tout lieu.
Mais la fausseté de cet axiome vul
gaire a été si palpable de nos jours , qu'on
doit conclure que la Tradition n'est pas
mieux fondée d'un côté que d'un autre.
Qui, en effet, peut assurer qu'on jouissoit
d'une paix universelle l'an 1707. auquel
Jean fit jeûner Dieu , c'est à dire, que la
Fête de S. Jean étant arrivée le second
Vendredi d'après la Pentecôte , il fallut
observer le jeûne ( du moins en certains
Pays ) le jour précedent , qui étoit le
Jeudi de la grande Solemnité de la Fête-
Dieu ? Il est également faux de dire que
la paix regnât en tout lieu l'an 1639.
qui étoit dans le même cas. Et si l'on
vouloit prendre la peine de remonter à
toutes les années où se trouvent de telles
concurrences , pour une qu'on remarqueroit
avoir été paisible en France , on ers
D v trou-
*
490 MERCURE DE FRANCE
trouveroit trois autres qui auroient été
tumultueuses dans le Royaume , ou ailleurs.
Il en est de ces traditions comme
de celle qui courut sur la fin du dixiéme
siécle ; on croyoit alors que lorsque la
Fête de l'Annonciation arriveroit le Vendredy
Saint , le monde finiroit. Richard ,
Abbé de Saint- Benoît sur Loire , ordonna
à Abbon l'un de ses Religieux d'écrire
là - dessus , pour désabuser le Peuple qui
croyoit que dès que l'on compteroit l'an
mille , le Jugement viendroit . Ce fut en
992 que l'Annonciation arriva le Ven
dredy- Saint , et elle étoit déja arrivée le
mêmejour onze ans auparavant.
Si le peuple étoit capable d'entrer dans
des examens de Chronologie , il verroit
que tous les changemens annuels de la
solemnité Pascale sont appuyez sur certaines
révolutions reglées , et sont déterminés
par le cours des astres à un certain
intervalle que l'intervalle ordinaire
entre deux Pâques du 25 Avril est
de 95 ans mais qu'après que cet intervalle
a eu lieu trois fois , il en faut admettre
un de 247 ans , après quoi suit
encore à trois reprises d'intervalle de 95
ans , avant que celui de 247 ans revienne.
C'est ce qui paroît dans l'extrait des
Tables que je vous ai representé ci- dessus.
De
MARS 1734. 491
De l'année 45 de Jesus- Christ à l'année
140 , il y a 95 ans. De l'année 145 à
celle de 387 , il y a 247 ans. De 387 à
482 il y a 95 ans. De 482 à 577 il y a
95 ans, De 577 à 672 il y a pareillement
95 ans. Mais de 672 à 919 il y a 247 ans.
Après cela on compte comme on a déja
fait deux fois ; de 919 à 1014 , il y a 95
ans. De 1014 à 1109 aussi 95 ans ; et de
1109 à 1204 pareille quantité de 95 ans.
Suit le grand intervalle de 247 ans depuis
l'an 1204 jusqu'à l'an 1451. Et enfin
de 1451 à 1546 il y a 95 ans. On auroit
continué encore deux fois 95 ans sans
la réforme du Calendrier qui fût faite à
Rome en 1582 , par laquelle on retrancha
tout à coup dix jours du mois
d'Octobre de cette année- là ; c'est ce qui
fit
que la premiere Pâque du 25 Avril au
lieu de revenir l'an 1641 ar bout de 95
ans , n'est arrivée que 25 ns après ,
c'est-à- dire au bout de 120
is après la
précédente ; et la seconde Pâques du
même 25 Avril , au lieu d'être differée
jusqu'en 1736 au bout de 95 ans reïterez ,
a été fixée à l'an 1734. après lequel temis
je ne sçai en quelle année elle reviendra .
Vous avez dû apprendre par le Journal
des Scavans du présent mois de May à
l'article des Nouvelles Litteraires de
#
D vj
Flo-
༥
492 MERCURE DE FRANCE
Florence ; qu'un Curé du Diocèse de
Pistoye en Italie , ptétend démontrer
dans un nouveau Traité sur la Fête de
Pâques , que la Réformation Grégoriene
a besoin d'être reformée elle -même
à cause des erreurs qu'elle contient par
rapport à la Fête de Pâques . Attendons
que cet Ouvrage soit venu jusqu'à nous
pour juger de ces erreurs , et si le calcul
Grégorien des Clefs de la Fête de
Pâques est sujet à des inconvéniens prévus.
>
Il n'est pas à souhaitter pour la tranquillité
des Rubriquaires Ecclesiastiques
que la Fête de Pâques revienne souvent
le 25 Avril . Vous scavez que c'est un
jour qui a été chargé successivement de
deux différentes cérémonies , toutes les
deux incompatibles avec cette Fête : Premierement
on y établit à Rome une Procession
de pénitence qui a été reçûe dans
presque toutes les Eglises de l'Occident ;
et que depuis ce tems - là on y aussi attaché
la Fête de l'Evangeliste S. Marc. A
l'égard de la premiere , je croi que vous
ne doutez point , non plus. que moi ,
ce que je tiens de feu M. l'Abbé Chastelain
, Chanoine de N. D. de Paris , que
le
25 Avril avoit été consacré cbez les
Payens par des Processions pour les biens
de
de
MARS 1734: 497
de la Terre ; ce qu'ils appelloient les Robigales
ou les Ambarvales , ( circonstarce
ignorée par M. Baillet , ) et qu'en
mémoire de cela on éloigne encore à
Rome le moins qu'il est possible du 25.
Avril les Litanies Chrétiennes qui y ont
été substituées. Je ne puis vous entrete
nir cette fois- cy de la raison qui a fait
tourner l'annonce de cette Procession ,
de la maniere dont elle l'est dans les
Brefs d'Auxerre , que l'on a tâché depuis
quinze ans de rendre les plus curieux et
les plus instructifs de tout le Royaume .
En attendant que je m'étende là - dessus
dans un petit Traité sur les Processions
du Paganisme , observez , s'il vous plaît ,
que c'est avec prudence que , si l'on n'a
pas fixé les Litanies Romaines plus avant
dans l'année que le 25. Avril , c'a été
vrai - semblablement de crainte qu'elles ne
concourussent quelquefois avec les Litaniès
Gallicanes , appellées Rogations , qui
peuvent arriver le 27. 28. et 19. Avril
lorsque Pâques a été le 22. Mars ; et parce
que l'Eglise de Rome a été bien aise
que les Litanies fussent toujours célebrées
les premieres.
Ce 28. May 1733 .
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Résumé : LETTRE du S. de l'Eglise d'Auxerre, à M.... Chanoine de l'Eglise de C. touchant les traditions populaires, au sujet de l'occurrence de la Fête de Pâques, au 25 Avril.
La lettre du Seigneur de l'Église d'Auxerre, adressée à un chanoine de l'Église de C., traite des traditions populaires liées à la fête de Pâques tombant le 25 avril, comme ce sera le cas en 1734. Cette coïncidence fait que la Fête-Dieu se trouve le 24 juin, jour de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, ce qui a donné lieu à un proverbe sur la fin du monde. L'auteur précise que cette croyance est récente, car la Fête-Dieu n'a été instituée qu'au treizième siècle. Avant cette période, Pâques pouvait tomber le 25 avril sans conflit avec la fête de Saint Jean-Baptiste. L'auteur examine les tables chronologiques pour montrer que cette coïncidence s'est produite treize fois depuis l'origine du christianisme. Il mentionne des erreurs dans les tables imprimées et corrige les dates. Il note également que la rareté de cette occurrence a pu encourager la création de dictons populaires. L'auteur souligne que la Fête-Dieu a été établie environ deux siècles et demi après la dernière occurrence de Pâques le 25 avril, ce qui a conduit à des interprétations mystiques. La lettre mentionne également un proverbe lié à la coïncidence entre la Fête-Dieu et la veille de la Saint Jean, mais elle conteste sa validité en citant des exemples de périodes tumultueuses. L'auteur conclut en expliquant les cycles réguliers des dates de Pâques, influencés par les révolutions astrales, et mentionne la réforme du calendrier grégorien qui a modifié ces cycles. Il exprime également son inquiétude concernant les cérémonies incompatibles avec Pâques tombant le 25 avril, comme les processions de pénitence et la fête de Saint Marc.
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158
p. 686-689
LE TRIOMPHE DE LA RAISON, Par M. Claville, à Mlle de Bailleul, pour le jour de sa Naissance. EPITRE
Début :
Trop severe Bailleul, l'Hymenée et l'Amour [...]
Mots clefs :
Amour, Raison, Mlle de Bailleul, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE DE LA RAISON, Par M. Claville, à Mlle de Bailleul, pour le jour de sa Naissance. EPITRE
LE TRIOMPHE DE LA RAISON,
Par M. Claville , à Mlle de Bailleul
pour le jour de sa Naissance.
EPITRE
TRop severe Bailleul , l'Hymenée et l'Amour
Soupant ensemble un certain jour ,
Concerterent votre naissance.
Chacun des trois fit de son mieux ;
Et chacun réussit. Jamais entre ces Dieux ,
On ne vit tant d'intelligence.
La vertu , les dons , les talens ,
Tandis que lesAmours crayonnoient votre image,
Charmez des dehors de l'ouvrage ,
Jurerent à l'envi d'enrichir les dedans.
Ce projet flatte la Nature ,
Au succès le Destin souscrit.
La
AVRIL: 787
1734
La raison prend soin de l'esprit ,
Et les graces de la figure.
Enfin , Dieu merci vous voilà ;
L'attente generale est dignement remplie.
On voit qu'à tous égards vous êtes accomplie ;.
Mais croyez-vous qu'Amour veuille en demenrer
là g
Ce petit usurier fait bien payer ses graces ;
A chaque instant le séducteur ,
Se loge dans vos yeux, par tout il suit vos traces,
Je crois que le fripon en veut à votre coeur.
Helas ! j'en puis parler en Maître ,
Il est bien séduisant , mais il est un peu traître.
Heureux qui peut s'en garantir !
Ne craignez pas de le connoître ,
Ne craignez que de le sentir .
Je sçais tout ce qui vous rassure ;
Vous aimez vos devoirs , le travail , la lecture ,
Vous ne lisez que du meilleur ,
Et le nom de Roman vous fit toujours horreur
Le Latin , la Musique et la Géographie
Font vos plus doux plaisirs , prennent tous vos
momens ,
Ce sont vos seuls amusemens .
Tant de préservatifs et de Philosophie
Ne conviennent pas trop aux tendres sentimens.
Mais
788 MERCURE DE FRANCE
Mais que l'Amour a de finesse !
Lui qui connoît à fond toute votre sagesse ,
Ne viendra pas grossierement
Vous faire un mauvais compliment ;
Vous n'entendrez qu'esprit , respect et politesse,
Il vous prendra par la raison ,
-
Et par ce nouveau tour d'adresse ,
Subtilisera son poison."
Il choisira pour Interprete ,
Quelque Cavalier bien bâti ,
Riche autant que Crésus , et d'un nom assorti ,
Qui sans vouloir foüiller au fond de la cassette j
Se croira trop heureux d'avoir
Le seul le digne objet qui flate son espoir ;
Enfin il contera son amoureux martyre ,
Et Dieu sçait ce qu'Amour inspire ;
Mais votre coeur , Iris , ne sent- il encor rien
Non. Il faut donc tenter un plus puissant moyen;
Hé bien ! on prend la main , on la baise , on la
serre ;
à terre Larmes aux yeux , genoux
On fait les sermens les plus doux
De n'adorer jamais que vous ;
On hazardera quelque Lettre ;
Mais quoi vous ne voulez permettre
Regards , soupirs , discours , billets , ni tendres
soins
Bien
A VRIL. 1734. 689
Bien d'autres se rendroient à moins ;
Mais avant le Contrat rien ne peut vous soumettre.
• L'Amour va donc secher d'ennui ,
De trouver la raison plus puissante que lui.
L'exemple est rare , il en soupire ;
Et Fille qui ne veut voir , entendre , ni lire ,
Est un vrai Phénix aujourd'hui.
l'ai bien deviné , j'entends quelqu'un qui crie.
Tout doux , beau petit Dieu , calmez- vous , je
vous prie ;
Bien- tôt vous aurez du bọn bon.
Voyez cette sotte raison
Qui met notre Enfant en furie.
Voulez-vous , chez Iris, trouver le même accès ,
Consultez , tendre Amour , l'aimable simpathie ,
Qu'elle plaide votre procès ;
Mettez l'Hymen de la partie ,
Et je vous réponds du succès.
Par M. Claville , à Mlle de Bailleul
pour le jour de sa Naissance.
EPITRE
TRop severe Bailleul , l'Hymenée et l'Amour
Soupant ensemble un certain jour ,
Concerterent votre naissance.
Chacun des trois fit de son mieux ;
Et chacun réussit. Jamais entre ces Dieux ,
On ne vit tant d'intelligence.
La vertu , les dons , les talens ,
Tandis que lesAmours crayonnoient votre image,
Charmez des dehors de l'ouvrage ,
Jurerent à l'envi d'enrichir les dedans.
Ce projet flatte la Nature ,
Au succès le Destin souscrit.
La
AVRIL: 787
1734
La raison prend soin de l'esprit ,
Et les graces de la figure.
Enfin , Dieu merci vous voilà ;
L'attente generale est dignement remplie.
On voit qu'à tous égards vous êtes accomplie ;.
Mais croyez-vous qu'Amour veuille en demenrer
là g
Ce petit usurier fait bien payer ses graces ;
A chaque instant le séducteur ,
Se loge dans vos yeux, par tout il suit vos traces,
Je crois que le fripon en veut à votre coeur.
Helas ! j'en puis parler en Maître ,
Il est bien séduisant , mais il est un peu traître.
Heureux qui peut s'en garantir !
Ne craignez pas de le connoître ,
Ne craignez que de le sentir .
Je sçais tout ce qui vous rassure ;
Vous aimez vos devoirs , le travail , la lecture ,
Vous ne lisez que du meilleur ,
Et le nom de Roman vous fit toujours horreur
Le Latin , la Musique et la Géographie
Font vos plus doux plaisirs , prennent tous vos
momens ,
Ce sont vos seuls amusemens .
Tant de préservatifs et de Philosophie
Ne conviennent pas trop aux tendres sentimens.
Mais
788 MERCURE DE FRANCE
Mais que l'Amour a de finesse !
Lui qui connoît à fond toute votre sagesse ,
Ne viendra pas grossierement
Vous faire un mauvais compliment ;
Vous n'entendrez qu'esprit , respect et politesse,
Il vous prendra par la raison ,
-
Et par ce nouveau tour d'adresse ,
Subtilisera son poison."
Il choisira pour Interprete ,
Quelque Cavalier bien bâti ,
Riche autant que Crésus , et d'un nom assorti ,
Qui sans vouloir foüiller au fond de la cassette j
Se croira trop heureux d'avoir
Le seul le digne objet qui flate son espoir ;
Enfin il contera son amoureux martyre ,
Et Dieu sçait ce qu'Amour inspire ;
Mais votre coeur , Iris , ne sent- il encor rien
Non. Il faut donc tenter un plus puissant moyen;
Hé bien ! on prend la main , on la baise , on la
serre ;
à terre Larmes aux yeux , genoux
On fait les sermens les plus doux
De n'adorer jamais que vous ;
On hazardera quelque Lettre ;
Mais quoi vous ne voulez permettre
Regards , soupirs , discours , billets , ni tendres
soins
Bien
A VRIL. 1734. 689
Bien d'autres se rendroient à moins ;
Mais avant le Contrat rien ne peut vous soumettre.
• L'Amour va donc secher d'ennui ,
De trouver la raison plus puissante que lui.
L'exemple est rare , il en soupire ;
Et Fille qui ne veut voir , entendre , ni lire ,
Est un vrai Phénix aujourd'hui.
l'ai bien deviné , j'entends quelqu'un qui crie.
Tout doux , beau petit Dieu , calmez- vous , je
vous prie ;
Bien- tôt vous aurez du bọn bon.
Voyez cette sotte raison
Qui met notre Enfant en furie.
Voulez-vous , chez Iris, trouver le même accès ,
Consultez , tendre Amour , l'aimable simpathie ,
Qu'elle plaide votre procès ;
Mettez l'Hymen de la partie ,
Et je vous réponds du succès.
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Résumé : LE TRIOMPHE DE LA RAISON, Par M. Claville, à Mlle de Bailleul, pour le jour de sa Naissance. EPITRE
M. Claville adresse une épître à Mlle de Bailleul pour son anniversaire, célébrant la conjonction de l'Hyménée, de l'Amour et de la vertu lors de sa naissance. Il loue les qualités intérieures et extérieures de la jeune fille, protégée par la raison et les grâces. L'auteur met en garde contre les séductions de l'Amour, tout en reconnaissant les passions de Mlle de Bailleul pour le travail, la lecture et les arts. Il prédit que l'Amour tentera de la séduire par la raison et la politesse, utilisant des intermédiaires respectables. Cependant, Mlle de Bailleul reste insensible à ces avances, préférant la raison à l'amour. L'Amour, frustré, reconnaît la puissance de la raison chez elle, un cas rare selon lui. L'auteur conseille à l'Amour de recourir à la sympathie et à l'Hyménée pour espérer réussir.
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159
p. 901-903
STANCES.
Début :
Qui peut donc m'inspirer cette horreur pour le Crime ? [...]
Mots clefs :
Crime, Grâce, Bonté, Dieu, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES.
STANCES.
Ui peut donc m'inspirer cette horreu
pour le Crime
Que sens- je ? quels remords viennent m'épou
vanter ?
Et qui m'arrête ainsi sur le bord de l'abîme
Où j'allois me précipiter ?
C'est toi même , ô mon Dieu ! c'est l'effort de
ta grace ,
Qui vient de mettre un terme à mon impieté.
Tout pêcheur que je suis , ta justice fait place
Aux sentimens de ta bonté .
Quand ton juste couroux m'auroit pris pour
victime ,
Je n'aurois point eu lieu de me plaindre de toi ,
Mais plus en m'égarant j'allois de crime em
crime ,'
Et plas tu t'aprochois de moi.
Non, tu ne conçois point une haine implacable
A perdre tes enfans tu ne peux consentir,
Tu
02 MERCURE DE FRANCE
Tu nous aimes toujours, et la mort du coupa
ble ,
Te plaît moins que son repentir.
O Divine tendresse ! ô bonté paternelle !
Qui pouroit résister à tes empressemens !
Je te céde et mon ame à ta grace fidelle
Gémit sur ses égaremens.
Malheureux que j'étois, le monde avec ses char
mes ,
Eblouissoit mes yeux et possedoit mon coeur ;
Et toutefois sans cesse inquiet, plein d'allarmes
Je détestois ce fier vainqueur.
Combien de fois, hélas ! dans ma douleur amére,
Tentai-je vainement de m'élancer vers toi !
D'invisibles liens m'attachoient à la terre ,
Et m'y retenoient malgré moi.
Envain j'en repoussois la dangereuse amorce ;
Je secouois envain un joug si rigoureux ,
Mes efforts redoublez en redoubloient la force ;
Et me rendoient plus malheureux.
Tu parois,ô mon Dieu ! ta grace triomphante
Me dégage du monde et brise mes liens ;
Je ne suis plus qu'à toi , tout ce qui me con
1
tente ,
Est d'être admis parmi les tiens .
D'aujourd'hui seulement je commence de vivre ,
D'aujourd'hui seulement je suis vrayement Chré
tien
Je
MAY
1734 ༡༠༡
Je l'étois , mais hélas ? j'ignorois qu'à
Consiste le souverain bien.
suivre
Mes yeux ne s'ouvrent plus à d'inutiles larmes
Ta bonté pour jamais en à tari le cours ,
Que ta grace a d'attraits ! que ton joug a de
charmes
Heureux qui le porte toujours.
F. J. Procureur au Parlement.
Ui peut donc m'inspirer cette horreu
pour le Crime
Que sens- je ? quels remords viennent m'épou
vanter ?
Et qui m'arrête ainsi sur le bord de l'abîme
Où j'allois me précipiter ?
C'est toi même , ô mon Dieu ! c'est l'effort de
ta grace ,
Qui vient de mettre un terme à mon impieté.
Tout pêcheur que je suis , ta justice fait place
Aux sentimens de ta bonté .
Quand ton juste couroux m'auroit pris pour
victime ,
Je n'aurois point eu lieu de me plaindre de toi ,
Mais plus en m'égarant j'allois de crime em
crime ,'
Et plas tu t'aprochois de moi.
Non, tu ne conçois point une haine implacable
A perdre tes enfans tu ne peux consentir,
Tu
02 MERCURE DE FRANCE
Tu nous aimes toujours, et la mort du coupa
ble ,
Te plaît moins que son repentir.
O Divine tendresse ! ô bonté paternelle !
Qui pouroit résister à tes empressemens !
Je te céde et mon ame à ta grace fidelle
Gémit sur ses égaremens.
Malheureux que j'étois, le monde avec ses char
mes ,
Eblouissoit mes yeux et possedoit mon coeur ;
Et toutefois sans cesse inquiet, plein d'allarmes
Je détestois ce fier vainqueur.
Combien de fois, hélas ! dans ma douleur amére,
Tentai-je vainement de m'élancer vers toi !
D'invisibles liens m'attachoient à la terre ,
Et m'y retenoient malgré moi.
Envain j'en repoussois la dangereuse amorce ;
Je secouois envain un joug si rigoureux ,
Mes efforts redoublez en redoubloient la force ;
Et me rendoient plus malheureux.
Tu parois,ô mon Dieu ! ta grace triomphante
Me dégage du monde et brise mes liens ;
Je ne suis plus qu'à toi , tout ce qui me con
1
tente ,
Est d'être admis parmi les tiens .
D'aujourd'hui seulement je commence de vivre ,
D'aujourd'hui seulement je suis vrayement Chré
tien
Je
MAY
1734 ༡༠༡
Je l'étois , mais hélas ? j'ignorois qu'à
Consiste le souverain bien.
suivre
Mes yeux ne s'ouvrent plus à d'inutiles larmes
Ta bonté pour jamais en à tari le cours ,
Que ta grace a d'attraits ! que ton joug a de
charmes
Heureux qui le porte toujours.
F. J. Procureur au Parlement.
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Résumé : STANCES.
Le texte relate une série de stances exprimant un profond remords et une conversion spirituelle. L'auteur, conscient de ses péchés, reconnaît que la grâce divine l'a empêché de sombrer dans le crime. Il souligne que la bonté de Dieu prévaut sur sa justice et que Dieu préfère le repentir à la mort du coupable. L'auteur admire la tendresse et la bonté paternelle de Dieu, à laquelle il finit par céder. Il avoue avoir été ébloui par le monde et ses charmes, mais toujours inquiet et alarmé. Il tente vainement de se tourner vers Dieu, retenu par des liens invisibles. La grâce divine triomphe finalement, le libérant du monde et brisant ses liens. À partir de ce moment, il se consacre entièrement à Dieu et commence véritablement à vivre en tant que chrétien. Il loue la grâce divine et les charmes de son joug.
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160
p. 926-928
Causes celebres et interessantes, [titre d'après la table]
Début :
CAUSES CELEBRES et interessantes, avec les jugemens qui les ont décidées, recüeillies [...]
Mots clefs :
Causes, Innocent condamné, Mariage, Juges, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Causes celebres et interessantes, [titre d'après la table]
CAUSES CELEBRES et interessantes , avec
les jugemens qui les ont décidées , recueillies
par M .... Avocat au Parlement
tom.
MA Y. 1734
927
tomes III . et IV. in 12. de 480. pages
chacun . A Paris , ruë S. Jacques , chez
la Veuve de Laune et Guill. Cavelier , et
au Palais chez Théodore le Gras et Jean de
Neuilly. M. DCC. XXXIV .
L'Auteur de ce Livre encouragé par le
succès qu'ont eu les deux premiers volumes
, vient d'en donner au Public un
troisième et un quatrième . Il n'a rien oublié
pour exciter la curiosité , soit par le
choix des causes , soit en sacrifiant le fatras
de la Procedure pour préserver de
l'ennui , soit en rappellant d'autres matieres
curieuses à propos des sujets qu'il
traite. On peut dire que c'est par- là qu'il
a réüssi à faire lire par les Dames même
un Livre de Jurisprudence ; car il y a telle
cause dans ce Livre , laquelle , quoique
conforme à la verité, est plus belle qu'e
belle Fable. Ainsi cet Ouvrage instruit et
divertit tout ensemble , l'Auteur ayant
toujours eu soin de joindre l'agréable à
Putile.
L'affaire toute extraordinaire de la Piwardiere
, celle de Beau - Sergent et de
Madelaine Jollivet , de la Belle Epiciere ,
de le Brun ou de l'Innocent Condamné ,
et plusieurs Testamens singuliers, font là
matiere du troiséme tome.
Le quatriéme contient l'Histoire Tragique
$
928 MERCURE DE FRANCE
gique de Madame Tiquet et les Causes "
suivantes ; la Legataire présumée indigne,
les Juges de Mante , ou les Juges Prévaricataires
punis, la Cause de Dieu , ou Societé
contractée avec Dieu , par un Marchand
, executée ; Injures et Voyes de
fait , ou Insulte faite par la Marquise de
T. à la Dame de L. punie ; le Mariage
mal assorti , le Mariage avorté , les Faux
Hermaphrodites , Different entre un Bailly
et le Procureur du Roi du même Siege ,'
et l'Innocent Condamné , autre que le
Brun.
les jugemens qui les ont décidées , recueillies
par M .... Avocat au Parlement
tom.
MA Y. 1734
927
tomes III . et IV. in 12. de 480. pages
chacun . A Paris , ruë S. Jacques , chez
la Veuve de Laune et Guill. Cavelier , et
au Palais chez Théodore le Gras et Jean de
Neuilly. M. DCC. XXXIV .
L'Auteur de ce Livre encouragé par le
succès qu'ont eu les deux premiers volumes
, vient d'en donner au Public un
troisième et un quatrième . Il n'a rien oublié
pour exciter la curiosité , soit par le
choix des causes , soit en sacrifiant le fatras
de la Procedure pour préserver de
l'ennui , soit en rappellant d'autres matieres
curieuses à propos des sujets qu'il
traite. On peut dire que c'est par- là qu'il
a réüssi à faire lire par les Dames même
un Livre de Jurisprudence ; car il y a telle
cause dans ce Livre , laquelle , quoique
conforme à la verité, est plus belle qu'e
belle Fable. Ainsi cet Ouvrage instruit et
divertit tout ensemble , l'Auteur ayant
toujours eu soin de joindre l'agréable à
Putile.
L'affaire toute extraordinaire de la Piwardiere
, celle de Beau - Sergent et de
Madelaine Jollivet , de la Belle Epiciere ,
de le Brun ou de l'Innocent Condamné ,
et plusieurs Testamens singuliers, font là
matiere du troiséme tome.
Le quatriéme contient l'Histoire Tragique
$
928 MERCURE DE FRANCE
gique de Madame Tiquet et les Causes "
suivantes ; la Legataire présumée indigne,
les Juges de Mante , ou les Juges Prévaricataires
punis, la Cause de Dieu , ou Societé
contractée avec Dieu , par un Marchand
, executée ; Injures et Voyes de
fait , ou Insulte faite par la Marquise de
T. à la Dame de L. punie ; le Mariage
mal assorti , le Mariage avorté , les Faux
Hermaphrodites , Different entre un Bailly
et le Procureur du Roi du même Siege ,'
et l'Innocent Condamné , autre que le
Brun.
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Résumé : Causes celebres et interessantes, [titre d'après la table]
Le texte décrit une œuvre intitulée 'CAUSES CELEBRES et intéressantes, avec les jugements qui les ont décidées', rédigée par un avocat au Parlement. Les tomes III et IV, publiés en 1734, comptent chacun 480 pages et sont disponibles à Paris. L'auteur, stimulé par le succès des deux premiers volumes, a choisi des causes remarquables et évité les détails procéduraux pour rendre l'ouvrage accessible et captivant, même pour les dames. Le troisième tome aborde l'affaire de la Piwardiere, de Beau-Sergent et Madeleine Jollivet, de la Belle Épicerie, de Le Brun ou de l'Innocent Condamné, ainsi que plusieurs testaments singuliers. Le quatrième tome inclut l'Histoire Tragique de Madame Tiquet, la Légataire présumée indigne, les Juges de Mante ou les Juges Prévaricateurs punis, la Cause de Dieu, les Injures et Voies de fait, le Mariage mal assorti, le Mariage avorté, les Faux Hermaphrodites, un différend entre un Bailli et le Procureur du Roi, et une autre affaire d'Innocent Condamné. L'ouvrage vise à allier instruction et divertissement, rendant les sujets juridiques agréables et utiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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161
p. 980-987
Nouvelles de Naples et de Sicile.
Début :
L'Infant Don Carlos a fait publier et afficher sur les frontieres du Royaume de Naples le [...]
Mots clefs :
Naples, Infant Don Carlos, Troupes, Sicile, Prince, Guerre, Pardon général, Hommes, Peuples, Royaumes, Empereur, Comte Visconti, Dieu, Armées
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Naples et de Sicile.
Nouvelles de Naples et de Sicile.
'Infant Don Carlos a fait publier et afficher
sur les frontieres du Royaume de Naples le
Decret suivant.
DON CARLOS , Par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , de Plaisance et
de Castro , &c. Grand Prince de Toscane et Generalissime
des Armées de Sa Majesté Catholi
que en Italie.
Le Roi , mon très- cher et honoré Pere , par
sa Lettre du 27. Fevrier dernier , écrite dans le
Palais Royal du Pardo , me mande ce qui suit,
ΜΟΝ
MAY.
981 1734.
MON CHER ET BIEN AIME' FILS.
•
>
Vos interêts inséparables de la dignité de ma
Couronne , et ceux de mes fideles Alliez , m'ont déterminez
à envoyer des Troupes dans la Lombardie
afin d'executer de concert avec leurs Armées
les justes Entreprises ausquelles on les a destinées
; mais dautant qu'à l'occasion de la presente
Guerre , les clameurs des Peuplet de Naples et de Sicile
, excessivement violentés , opprimés et tirannisés
depuis tant d'années par
le gouvernement Allemand
, ont pénetré mon coeur Royal , et que j'ai
toujours eu pour ces Peuples un amour Paternel
me ressouvenant fort bien de leurs démonstration's
de joye et de leurs acclamattons unanimées lorsqu'is
me reçûrent autrefois à Naples , et qu'ils consenti
rent à admettre mes Troupes en Sicile. Excité par
une compassion si naturelle , j'ai préferé à toute autre
expedition celle de délivrer de leurs maux insupportables
ces Peuples opprimés , en employant
avecgenerosité , pour leur prompt soulagement , les
forces qu'il a plu à Dieu de me confier , d'autant
plus que je considere qu'avant que leurs volontés
fussent en quelque façon captivées , leur zele répondoit
parfaitement à mes desirs et que ce n'a été
qu'après avoir été séduits ou par des insinuations
trompeuses , ou par des esperances chimeriques , ou
par la crainie des menaces violentes , qu'ils ont tous
été contraints de dissimuler leur propre inclination
en adoptant des operations très - contraires
leur fidelité. Dans cette persuasion j'ai toujours regardé
avec mépris , et comme des actes involontaires
ou forcés , tout ce qu'ils ont fait , soit en general
, soit en particulier , puisqu'ils y ont été excités
par mes ennemis , et je l'ai mis en oubli comme
s'il ne s'étoitjamais rien passé à ce sujet , ne dou-
Giij tant
>
>
982 MERCURE DE FRANCE
tant point qu'aussi- tôt qu'ils se verront en état Pagir
librement selon leurs desirs , ils ne me donnent
les mêmes preuves de leur parfait devoüement , da
leur loyauté , et de leur zele qu'ils m'ont donné cidevant.
Incité par de si justes motifs , j'ai pris là
resolution de vous y envoyer en personne , et en
qualité de Generalissime de mes Armées , pour recouvrer
ces Royaumes , malgré le risque où pourroit
être votre précieuse santé dans un si long voyage
, afin que par votre Royale et aimable présence,
vous puissiez confirmer en mon nom l'Amnistie et le
Pardon general ou particulier , que mon amour Paternel
m'engage à accorder à un chacun , de quelque
Nation qui soit , et donner à tous en mêmetems
les sûretés les plus authentiques . Vous confirmerez
en outre, vous étendre et augmenterêz , nonseulement
les Privileges dont ces Peuples jouissent a
present , mais encore vous les déchargere de toutes
sortes d'Impôts , et particulierement de ceux qui ne
doivent leur invention et leur établissement qu'à l'avidité
insatialle du Gouvernement Allemand ; et
tout cela afin que le monde soit convaincu que mon
juste et unique but est de rétablir deux Illustres
Royaumes, qui ont si bien merité de la Monarchie,
et de les faire encore jouir de leur ancienne felicité ,
réputation et dignité , et qu'on ne croye pas que ce
soit pas aucun autre interêt que j'ai entrepris de recouvrer
ces Royaumes . Et afin que le contenu de la
Presente soit notoire à tous je vous ordonne de le
rendre Public et Manifeste , dans la forme que vous
jugerez la plus convenable Dieu vous conserve
mon cher et bien aimé Fils , aussi long- tems que je
le desire. Moi le Roi , DON JOSEPH PATINO .
En vertu du pouvoir qu'il a plu à Sa Majesté,
par un effet de son amour Paternel de me donner,
ct
MAY. 1734. 983
et afin que les Sujets ci- dessus mentionnés des
deux Royaumes de Naples et de Sicile ,ces Peuples
si cheris du Roi mon Pere , et dont Sa Majesté
s'est toujours les souvenue avec tant d'estime et
d'affection , en soient dûëment et amplement informés
, je leur déclare ,et je les assûre tous et un
chacun , que l'Indult et le Pardon general et particulier
que Sa Majesté m'a ordonné d'accorder ,
et que j'accorde sur l'assûrance de son sacré et
souverain Nom , comprend toutes sortes de délits
, motifs ou démonstrations sans aucune restriction
, le tout restant enseveli dans un éternel
oubli, que la confirmation de leurs Privileges
comprend et s'étend aux Loix et aux Coutumes
tant Civiles que Criminelles , et même aux
Ecclesiastiques , sans qu'il soit permis d'y établir
aucun nouveau Tribunal , ou Procedures.
Que la louable et juste pratique de conferer les
Benefices et les Pensions sera continuée dans la
forme qui s'y observe ,actuellement ; et que toutes
les impositions et Charges établies par le
Gouvernement tyrannique des Allemands seront
abolis dès à present , lesquelles graces seront
conformes au clement et benin coeur de Sa Majesté
Et afin que ceci soit notoire , j'ai ordonné
qu'on expedie en Langue Espagnole et Italienne
la Présente signée de notre main , scellée
de notre sceau Royal , et contresignée par notre
Secretaire d'Etat , et qu'on l'affiche aux lieux ordinaires.
Fait à Civita Castellana le 14. Mars
1734. CHARLES , Don Joseph-Joachin de Montealegre.
:
Les divers avis du Royaume de Naples portent,
que l'infant Don Carlos , qui est toujours
Aversa , avoit détaché le Marquis de Las - Minas
G iiij
er
1984 MERCURE DE FRANCE
et le Duc de Castro Pignano , avec 34. Compa
gnies de Grenadiers et 2300. hommes de Cavalerie
, du nombre desquels sont les Carabiniers,
pour suivre le Viceroi , lequel accompagné du
Prince Caraffe , Grand Maréchal du Royaume ,
et du Prince de Belmonte Pignatelli , General de
la Cavalerie, s'est retiré dans la Poüille avec près
de sooo . hommes . Ces avis ajoûtent que le Com
te de Charni avoit le Commandement des Troupes
qui assiegent les Châteaux de Naples ; que
le Comte de Marsillac avoit marché pour s'emparer
de celui de Baya , et qu'on formoit en même-
tems le Siege de Gaëtte et de Capouë .
Les quatre Galeres que l'Empereur avoit fait .
équiper dans le Port de Naples , sont sorties de
ce Port, et se sont sauvés à la faveur d'un grand
calme qui a empêché l'Escadre Espagnole des'opposer
à leur fuite.
Les Lettres de la fin d'Avril marquent , que
l'Infant Don Carlos avoit continué le Juge de la
Cour de la Vicairerie à Naples , et l'Elû du Peuple
dans l'exercice de leurs Emplois, et qu'il avoit
laissé aux Habitans le soin de garder la Ville.
Ces mêmes Lettres portent que ce Prince a fait
signifier aux Troupes qui sont dans les Châteaux,
et aux Garnisons de Gaette , et de Capouë, qu'on
ne leur donnoit pour se rendre qu'un petit nom →
bre de jours , après lesquels il ne leur sera accordé
aucune Capitulation.
Ces Lettres ajoutent que le nouveau Vaisseau
de Guerre que le Comte Visconti, ci - devant Vi
ceroi du Royaume , avoit fait construire par or
dre de l'Empereur , étant sorti du Port le 19. du
mois passé pour faire voile vers la Sicile , avoit
été attaqué par quelques vaisseaux de l'Escadre
Espagnole qui l'avoient coulé à fond.
L'Infans
MAY. 1734. 985
et
L'Infant Don Carlos a déclaré le Comte de
Charny , Lieutenant General du Royaume ; il a
nommé en même- tems VicairesGeneraux le Prince
de la Rochella ,pour la Calabre Ulterieure , le
Marquis de Forcardi, pour la Calabre Citerieure;
le Duc d'Andria,pour la Principauté de Bari ,
pour la Capitanate et le Comté de Melfi , le
Marquis Doria , pour la Principauté de Lezze ;
le Duc de Sentiti , pour la Bazilicate ; le Frince
de Monte-Mileto , pour la Principauté Ulterieure
; le Duc Lorenzano , pour la Citerieure , le
Duc de Sora , pour l'Abruzze Ulterieure , et le
Prince d'Isciscane pour l'autre partie de l'Abruze.
Le 24. du mois passé la Garnison du Châreau
S. Elme demanda à capîtuler , mais comme
elle ne s'est point rendue dans le tems qui
lui avoit été prescrit , les Officiers et les Soldats
qui la composoient ont été faits prisonniers de
Guerre ; celle du Château Neuf , qui ne peut tenir
encore long-tems , subira le même sort.
On a reçû avis de Baye que le Comte Marsil
lae , aprés un Siege qui n'avoit duré que quelques
jours s'en étoit emparé , et que la Garnison
et les Habitans s'étoient rendus à discretion
Les Troupes qu'on avoit envoyées pour suivre
le Comte Visconti l'ont joint dans les environs
d'Otrante , et elles n'ont pu encore l'attaquer
parce qu'il s'est retiré dans des bois où il est dif
ficile de le forcer ; mais on croit qu'il ne pourra
pas y demeurer long-tems , et qu'il sera obligé
de sortir du Royaume.
On a appris par des Lettres de Messine , qu'on
voit vû passer à la hauteur de Salerne à les
quatre Galeres Imperiales qui sortirent ily
quelque temps du Port de Naples , dont on viene
Gy
D
986 MERCURE DE FRANCE
de parler , et on conjecture qu'elles sont allées
à Messine.
On écrit de Sicile , que les Habitans ont refusé
de payer un subside de 13c0000. ducats
que le Comte de Sastago , Viceroy de cette Isle ,
leur a demandé de la part de l'Empereur , et que
les menaces qu'il leur a faites de les contraindre à
payer cette somme , y ont excité un soulevement
presque general.
L'ouverture de la breche faite par une batterie
de 8. Canons et de 2. Mortiers , qu'on avoit
dressée contre le Château de l'Euf , se trouva le
premier de ce mois , au matin , assez grande pour
que 30 hommes pussent y passer de front , et
le Commandant de ce Château , voyant qu'on se
disposoit à l'emporter d'assaut , fit battre la chamade
, mais on n'a voulu lui accorder aucune caputulation
, et il a été fait prisonnier de guerre ,
ainsi que la Garnison , qui étoit composée de
300. hommes.
Les Villes de Gaëtte et de Capoüe sont tou
jours bloquées , et l'on n'attend que l'arrivée de
la grosse Artillerie pour ouvrir la Tranchée
devant ces deux Places. Cinq Vaisseaux de
l'Escadre Epagnole , qui croisent sur les Côtes de
Naples , sont allez dans la Mer Adriatique, pour
empêcher le transport des Troupes que l'Empereur
pourroit envoyer ici de Trieste.
Le Comte Visconti ayant été joint par quel
ques Troupes que le Viceroy de Sicile lui a envoyées
, s'est jetté dans Otrante , et le Duc de
Castro Pignano a demandé un renfort d'Infanterie
pour l'y assieger.
5oo . des Soldats Imperiaux , qui ont été faits
prisonniers de guerre , ont pris parti dans les
Troupes de S. M. Catholique , et l'Infant Don
Carl
MAY. 1734. 987
"
Carlos leur a fait distribuer de l'argent.
Les derniers avis de Naples , portent qu'une
partie du Détachement des Troupes Espagnoles
qui avoit suivi le Comte Visconti dans la Pouille,
avoit enveloppé 300. Soldats Imperiaux , qui
n'avoient pu faire assez de diligence pour entrer
avec lui dans Otrante , et qu'ils avoient été faits
prisonniers de guerre.
Selon les mêmes avis , le Prince Della Torella
a fait lever dans ses Terres 800. hommes de Milice
pour le Service de S. M. Catholique .
'Infant Don Carlos a fait publier et afficher
sur les frontieres du Royaume de Naples le
Decret suivant.
DON CARLOS , Par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , de Plaisance et
de Castro , &c. Grand Prince de Toscane et Generalissime
des Armées de Sa Majesté Catholi
que en Italie.
Le Roi , mon très- cher et honoré Pere , par
sa Lettre du 27. Fevrier dernier , écrite dans le
Palais Royal du Pardo , me mande ce qui suit,
ΜΟΝ
MAY.
981 1734.
MON CHER ET BIEN AIME' FILS.
•
>
Vos interêts inséparables de la dignité de ma
Couronne , et ceux de mes fideles Alliez , m'ont déterminez
à envoyer des Troupes dans la Lombardie
afin d'executer de concert avec leurs Armées
les justes Entreprises ausquelles on les a destinées
; mais dautant qu'à l'occasion de la presente
Guerre , les clameurs des Peuplet de Naples et de Sicile
, excessivement violentés , opprimés et tirannisés
depuis tant d'années par
le gouvernement Allemand
, ont pénetré mon coeur Royal , et que j'ai
toujours eu pour ces Peuples un amour Paternel
me ressouvenant fort bien de leurs démonstration's
de joye et de leurs acclamattons unanimées lorsqu'is
me reçûrent autrefois à Naples , et qu'ils consenti
rent à admettre mes Troupes en Sicile. Excité par
une compassion si naturelle , j'ai préferé à toute autre
expedition celle de délivrer de leurs maux insupportables
ces Peuples opprimés , en employant
avecgenerosité , pour leur prompt soulagement , les
forces qu'il a plu à Dieu de me confier , d'autant
plus que je considere qu'avant que leurs volontés
fussent en quelque façon captivées , leur zele répondoit
parfaitement à mes desirs et que ce n'a été
qu'après avoir été séduits ou par des insinuations
trompeuses , ou par des esperances chimeriques , ou
par la crainie des menaces violentes , qu'ils ont tous
été contraints de dissimuler leur propre inclination
en adoptant des operations très - contraires
leur fidelité. Dans cette persuasion j'ai toujours regardé
avec mépris , et comme des actes involontaires
ou forcés , tout ce qu'ils ont fait , soit en general
, soit en particulier , puisqu'ils y ont été excités
par mes ennemis , et je l'ai mis en oubli comme
s'il ne s'étoitjamais rien passé à ce sujet , ne dou-
Giij tant
>
>
982 MERCURE DE FRANCE
tant point qu'aussi- tôt qu'ils se verront en état Pagir
librement selon leurs desirs , ils ne me donnent
les mêmes preuves de leur parfait devoüement , da
leur loyauté , et de leur zele qu'ils m'ont donné cidevant.
Incité par de si justes motifs , j'ai pris là
resolution de vous y envoyer en personne , et en
qualité de Generalissime de mes Armées , pour recouvrer
ces Royaumes , malgré le risque où pourroit
être votre précieuse santé dans un si long voyage
, afin que par votre Royale et aimable présence,
vous puissiez confirmer en mon nom l'Amnistie et le
Pardon general ou particulier , que mon amour Paternel
m'engage à accorder à un chacun , de quelque
Nation qui soit , et donner à tous en mêmetems
les sûretés les plus authentiques . Vous confirmerez
en outre, vous étendre et augmenterêz , nonseulement
les Privileges dont ces Peuples jouissent a
present , mais encore vous les déchargere de toutes
sortes d'Impôts , et particulierement de ceux qui ne
doivent leur invention et leur établissement qu'à l'avidité
insatialle du Gouvernement Allemand ; et
tout cela afin que le monde soit convaincu que mon
juste et unique but est de rétablir deux Illustres
Royaumes, qui ont si bien merité de la Monarchie,
et de les faire encore jouir de leur ancienne felicité ,
réputation et dignité , et qu'on ne croye pas que ce
soit pas aucun autre interêt que j'ai entrepris de recouvrer
ces Royaumes . Et afin que le contenu de la
Presente soit notoire à tous je vous ordonne de le
rendre Public et Manifeste , dans la forme que vous
jugerez la plus convenable Dieu vous conserve
mon cher et bien aimé Fils , aussi long- tems que je
le desire. Moi le Roi , DON JOSEPH PATINO .
En vertu du pouvoir qu'il a plu à Sa Majesté,
par un effet de son amour Paternel de me donner,
ct
MAY. 1734. 983
et afin que les Sujets ci- dessus mentionnés des
deux Royaumes de Naples et de Sicile ,ces Peuples
si cheris du Roi mon Pere , et dont Sa Majesté
s'est toujours les souvenue avec tant d'estime et
d'affection , en soient dûëment et amplement informés
, je leur déclare ,et je les assûre tous et un
chacun , que l'Indult et le Pardon general et particulier
que Sa Majesté m'a ordonné d'accorder ,
et que j'accorde sur l'assûrance de son sacré et
souverain Nom , comprend toutes sortes de délits
, motifs ou démonstrations sans aucune restriction
, le tout restant enseveli dans un éternel
oubli, que la confirmation de leurs Privileges
comprend et s'étend aux Loix et aux Coutumes
tant Civiles que Criminelles , et même aux
Ecclesiastiques , sans qu'il soit permis d'y établir
aucun nouveau Tribunal , ou Procedures.
Que la louable et juste pratique de conferer les
Benefices et les Pensions sera continuée dans la
forme qui s'y observe ,actuellement ; et que toutes
les impositions et Charges établies par le
Gouvernement tyrannique des Allemands seront
abolis dès à present , lesquelles graces seront
conformes au clement et benin coeur de Sa Majesté
Et afin que ceci soit notoire , j'ai ordonné
qu'on expedie en Langue Espagnole et Italienne
la Présente signée de notre main , scellée
de notre sceau Royal , et contresignée par notre
Secretaire d'Etat , et qu'on l'affiche aux lieux ordinaires.
Fait à Civita Castellana le 14. Mars
1734. CHARLES , Don Joseph-Joachin de Montealegre.
:
Les divers avis du Royaume de Naples portent,
que l'infant Don Carlos , qui est toujours
Aversa , avoit détaché le Marquis de Las - Minas
G iiij
er
1984 MERCURE DE FRANCE
et le Duc de Castro Pignano , avec 34. Compa
gnies de Grenadiers et 2300. hommes de Cavalerie
, du nombre desquels sont les Carabiniers,
pour suivre le Viceroi , lequel accompagné du
Prince Caraffe , Grand Maréchal du Royaume ,
et du Prince de Belmonte Pignatelli , General de
la Cavalerie, s'est retiré dans la Poüille avec près
de sooo . hommes . Ces avis ajoûtent que le Com
te de Charni avoit le Commandement des Troupes
qui assiegent les Châteaux de Naples ; que
le Comte de Marsillac avoit marché pour s'emparer
de celui de Baya , et qu'on formoit en même-
tems le Siege de Gaëtte et de Capouë .
Les quatre Galeres que l'Empereur avoit fait .
équiper dans le Port de Naples , sont sorties de
ce Port, et se sont sauvés à la faveur d'un grand
calme qui a empêché l'Escadre Espagnole des'opposer
à leur fuite.
Les Lettres de la fin d'Avril marquent , que
l'Infant Don Carlos avoit continué le Juge de la
Cour de la Vicairerie à Naples , et l'Elû du Peuple
dans l'exercice de leurs Emplois, et qu'il avoit
laissé aux Habitans le soin de garder la Ville.
Ces mêmes Lettres portent que ce Prince a fait
signifier aux Troupes qui sont dans les Châteaux,
et aux Garnisons de Gaette , et de Capouë, qu'on
ne leur donnoit pour se rendre qu'un petit nom →
bre de jours , après lesquels il ne leur sera accordé
aucune Capitulation.
Ces Lettres ajoutent que le nouveau Vaisseau
de Guerre que le Comte Visconti, ci - devant Vi
ceroi du Royaume , avoit fait construire par or
dre de l'Empereur , étant sorti du Port le 19. du
mois passé pour faire voile vers la Sicile , avoit
été attaqué par quelques vaisseaux de l'Escadre
Espagnole qui l'avoient coulé à fond.
L'Infans
MAY. 1734. 985
et
L'Infant Don Carlos a déclaré le Comte de
Charny , Lieutenant General du Royaume ; il a
nommé en même- tems VicairesGeneraux le Prince
de la Rochella ,pour la Calabre Ulterieure , le
Marquis de Forcardi, pour la Calabre Citerieure;
le Duc d'Andria,pour la Principauté de Bari ,
pour la Capitanate et le Comté de Melfi , le
Marquis Doria , pour la Principauté de Lezze ;
le Duc de Sentiti , pour la Bazilicate ; le Frince
de Monte-Mileto , pour la Principauté Ulterieure
; le Duc Lorenzano , pour la Citerieure , le
Duc de Sora , pour l'Abruzze Ulterieure , et le
Prince d'Isciscane pour l'autre partie de l'Abruze.
Le 24. du mois passé la Garnison du Châreau
S. Elme demanda à capîtuler , mais comme
elle ne s'est point rendue dans le tems qui
lui avoit été prescrit , les Officiers et les Soldats
qui la composoient ont été faits prisonniers de
Guerre ; celle du Château Neuf , qui ne peut tenir
encore long-tems , subira le même sort.
On a reçû avis de Baye que le Comte Marsil
lae , aprés un Siege qui n'avoit duré que quelques
jours s'en étoit emparé , et que la Garnison
et les Habitans s'étoient rendus à discretion
Les Troupes qu'on avoit envoyées pour suivre
le Comte Visconti l'ont joint dans les environs
d'Otrante , et elles n'ont pu encore l'attaquer
parce qu'il s'est retiré dans des bois où il est dif
ficile de le forcer ; mais on croit qu'il ne pourra
pas y demeurer long-tems , et qu'il sera obligé
de sortir du Royaume.
On a appris par des Lettres de Messine , qu'on
voit vû passer à la hauteur de Salerne à les
quatre Galeres Imperiales qui sortirent ily
quelque temps du Port de Naples , dont on viene
Gy
D
986 MERCURE DE FRANCE
de parler , et on conjecture qu'elles sont allées
à Messine.
On écrit de Sicile , que les Habitans ont refusé
de payer un subside de 13c0000. ducats
que le Comte de Sastago , Viceroy de cette Isle ,
leur a demandé de la part de l'Empereur , et que
les menaces qu'il leur a faites de les contraindre à
payer cette somme , y ont excité un soulevement
presque general.
L'ouverture de la breche faite par une batterie
de 8. Canons et de 2. Mortiers , qu'on avoit
dressée contre le Château de l'Euf , se trouva le
premier de ce mois , au matin , assez grande pour
que 30 hommes pussent y passer de front , et
le Commandant de ce Château , voyant qu'on se
disposoit à l'emporter d'assaut , fit battre la chamade
, mais on n'a voulu lui accorder aucune caputulation
, et il a été fait prisonnier de guerre ,
ainsi que la Garnison , qui étoit composée de
300. hommes.
Les Villes de Gaëtte et de Capoüe sont tou
jours bloquées , et l'on n'attend que l'arrivée de
la grosse Artillerie pour ouvrir la Tranchée
devant ces deux Places. Cinq Vaisseaux de
l'Escadre Epagnole , qui croisent sur les Côtes de
Naples , sont allez dans la Mer Adriatique, pour
empêcher le transport des Troupes que l'Empereur
pourroit envoyer ici de Trieste.
Le Comte Visconti ayant été joint par quel
ques Troupes que le Viceroy de Sicile lui a envoyées
, s'est jetté dans Otrante , et le Duc de
Castro Pignano a demandé un renfort d'Infanterie
pour l'y assieger.
5oo . des Soldats Imperiaux , qui ont été faits
prisonniers de guerre , ont pris parti dans les
Troupes de S. M. Catholique , et l'Infant Don
Carl
MAY. 1734. 987
"
Carlos leur a fait distribuer de l'argent.
Les derniers avis de Naples , portent qu'une
partie du Détachement des Troupes Espagnoles
qui avoit suivi le Comte Visconti dans la Pouille,
avoit enveloppé 300. Soldats Imperiaux , qui
n'avoient pu faire assez de diligence pour entrer
avec lui dans Otrante , et qu'ils avoient été faits
prisonniers de guerre.
Selon les mêmes avis , le Prince Della Torella
a fait lever dans ses Terres 800. hommes de Milice
pour le Service de S. M. Catholique .
Fermer
Résumé : Nouvelles de Naples et de Sicile.
Le texte décrit les actions et déclarations de l'Infant Don Carlos, fils du roi d'Espagne, concernant les royaumes de Naples et de Sicile. Le roi d'Espagne, motivé par les souffrances des peuples napolitains et siciliens sous le gouvernement allemand, a décidé d'envoyer des troupes pour les libérer. Don Carlos, en tant que généralissime des armées, est chargé de récupérer ces royaumes, de confirmer une amnistie générale, de restaurer les privilèges des peuples et d'abolir les impôts imposés par le gouvernement allemand. Les nouvelles de Naples indiquent que Don Carlos a détaché plusieurs officiers et troupes pour suivre le vice-roi, qui s'est retiré en Pouille. Les galères impériales ont pu s'échapper grâce à un calme marin. Don Carlos a maintenu les juges et élus du peuple dans leurs fonctions et a donné un délai limité aux troupes dans les châteaux pour se rendre. Il a également nommé plusieurs lieutenants généraux et vicaires pour différentes régions des royaumes. Les garnisons des châteaux de Naples et de Baïa se sont rendues. Les troupes impériales, dirigées par le Comte Visconti, sont en difficulté et cherchent à quitter le royaume. Les habitants de Sicile ont refusé de payer un subside demandé par le vice-roi, provoquant un soulèvement. Les villes de Gaëtte et de Capoue sont bloquées en attendant l'arrivée de l'artillerie. Les vaisseaux espagnols patrouillent pour empêcher l'arrivée de renforts impériaux. Plusieurs soldats impériaux ont été faits prisonniers et ont rejoint les troupes espagnoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
162
p. 1117-1120
LES URNES, Ou la cause de la diversité des Esprits. Au Reverend Pere d...... Jesuite.
Début :
Quel est ce feu Divin qui m'échauffe et m'éclaire, [...]
Mots clefs :
Liqueurs, Esprits, Mercure, Jupiter, Phébus, Talents, Dieu, Qualités, Sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES URNES, Ou la cause de la diversité des Esprits. Au Reverend Pere d...... Jesuite.
LES
URNE'S ,
Ou la cause de la diversité des Esprits.
Au Reverend Pere d ...... Jefuite.
Q
>
Uel est ce feu Divin qui m'échauffe et m'éclaire
,
Qui dirige mes pas sur ce vaste hemisphere ,
Qui mesure du Ciel l'incroyable grandeur
Et sonde des Enfers l'affreuse profondeur !
Plus vite que éclair qui partage la nuë ,
Sur mille objets divers l'Esprit porte sa vûë >
Rien ne peut l'arrêter et jusque sur les Dieux
Il ose promener ses regards curieux .
Seroit-ce une matiere ou vapeur étherée ?
Est-ce le feu du Ciel surpris par Promethée ›
D'atomes un amas fortuit , ou medité?
Ou quelque écoulement de la Divinité ?
1. Vob D
Ah !
1118 MERCURE DE FRANCE
8
Ah ! c'est une substance en tout spirituelle , a
Toujours indivisible et partant immortelle.
Mais d'où vient trouve- t'on dans ce vaste Univers
Tant d'espris differens ? tant de talens divers a
En est - il des Esprits ainsi que des visages ?
Chaque Esprit a ses traits, ses dons, et ses usages ;
Tous les Esprits enfin que l'on trouve ici bas ,
Faits de la même main , ne se ressemblent pas
L'un éleve son vol vers la plaine azurée , N
L'autre vole plus bas d'une aîle mesurée
Chez Pun regne un bon sens, simple et sans or
nement ;
L'autre dans ses discours répand un sel charg
mant ;
De la naïveté l'un a le caractere
1:2
Et l'autre sçait railler d'une façon legere ;
L'un est grave , profond , savant , misterieux
L'autre toujours badin , aimable , ingenieux :
Je sens que je m'égare ; oui , plus je m'évertuë ,
Moins de ces dons divers la source m'est connuë,
Je raisonnois ainsi , quand je vis Apollon
Laissant les doctes Soeurs et le sacré vallon.
Ce Dieu vint me trouver , pour dissiper mon
doute ; I
Viens vers moi , me dit- il , et suis moi dans ma
route ,
Ecarte de tes yeux le bandeau qui te nuit ,
Et montant dans les Cieux , sois par toi - même
instruit ›
Apollon part alors , il prend un vol rapide;
I. Vel. Mor
JUIN. 1734. TII
Mon corp's devient leger, le Dieu me sert de guide,
Je franchis avec lui les espaces des airs
Et laisse sous mes pieds et la Terre et les Mers ;
Nous arrivons tous deux à la Celeste Sphere ,
Sejour des Immortels que l'Univers revere ;
Là , mille objets charmans frapent mes yeux surpris
,
De les representer que ne m'est- il permis
Sept Dieux s'offrent à moi , chacun d'eux
tient une Urne ,
Mars , Jupiter , Venus , et Mercure et Saturne
Et le brillant Phoebus , et Diane sa Soeur ,
Chaque Urne transparente enferme une liqueur,.
Et toutes ces liqueurs different en essence ;
L'une à l'amour et l'autre à la vengeance , porte
L'une nous rend subtils , l'autre tardifs , pesans
Jupiter nous départ ses nobles sentimens
Les Rayons de Phoebus rendent l'ame brillante
Et Diane produit une humeur inconstante .
Sur un trône est assis l'imperieux Destin ,
Il regle notre sort , et la Parque soudain
Plonge dans ces liqueurs de plus d'une maniere
Chaque ame qui du jour entre dans la carriere ;
Des celestes liqueurs , dotés differemment ,
Nous apportons ici divers temperamens ,
Diverses qualités et diverse nature ;
L'un est Saturnien , l'autre tient de Mercure ,
L'un a de Jupiter le vol ambitieux ,
I.Vol. Dij
Et
120 MERCURE DE FRANCE
Et l'autre de Veuus les talens gracieux ;
Souvent un même Esprit deux qualités rassemble,
On y trouve Mercure et Jupiter ensemble ;
Ici , c'est le Dieu Mars adouci par Venus;
Là,le triste Saturne animé par Phoebus.
Plus des saintes liqueurs nos ames furent teintés
Plus elles ont des Dieux les qualités empreintes ;
Comme de l'alphabet les foibles élemens
Dans leurs nombres bornez et vuiles de tout sens
Par des combinaisons et par des assemblages
Forment differens mots , diferentes images ,
Et peuvent exprimer par mille divers sons
Des Etres d'ici bas la nature et les noms ;
Ainsi de ces liqueurs la diverse teinture
Forme de nos talens l'aimable bigarrure ;
De- là naît des Esprits l'ample diversité ,
Du Destin seul dépend cette varieté ;
Il en donne la trempe ou forte , ou bien legere,
Et choisit des liqueurs pour chaque caractere ;
Ses mélanges enfin nuancés et parfaits ,
Sont toujours variés par cent differens traits ;
Des Esprits differens la source est découverte ,
Un autre dira mieux et la route est ouverte.
D ....... Vous lirez ces vers rimés pour vous
Et des tristes Censeurs vous parerez les coups ;
Aux Urnes accordez un gracieux suffrage
Ami, vous leur devez mille fois davantage,
Pierre Defrasnoy.
URNE'S ,
Ou la cause de la diversité des Esprits.
Au Reverend Pere d ...... Jefuite.
Q
>
Uel est ce feu Divin qui m'échauffe et m'éclaire
,
Qui dirige mes pas sur ce vaste hemisphere ,
Qui mesure du Ciel l'incroyable grandeur
Et sonde des Enfers l'affreuse profondeur !
Plus vite que éclair qui partage la nuë ,
Sur mille objets divers l'Esprit porte sa vûë >
Rien ne peut l'arrêter et jusque sur les Dieux
Il ose promener ses regards curieux .
Seroit-ce une matiere ou vapeur étherée ?
Est-ce le feu du Ciel surpris par Promethée ›
D'atomes un amas fortuit , ou medité?
Ou quelque écoulement de la Divinité ?
1. Vob D
Ah !
1118 MERCURE DE FRANCE
8
Ah ! c'est une substance en tout spirituelle , a
Toujours indivisible et partant immortelle.
Mais d'où vient trouve- t'on dans ce vaste Univers
Tant d'espris differens ? tant de talens divers a
En est - il des Esprits ainsi que des visages ?
Chaque Esprit a ses traits, ses dons, et ses usages ;
Tous les Esprits enfin que l'on trouve ici bas ,
Faits de la même main , ne se ressemblent pas
L'un éleve son vol vers la plaine azurée , N
L'autre vole plus bas d'une aîle mesurée
Chez Pun regne un bon sens, simple et sans or
nement ;
L'autre dans ses discours répand un sel charg
mant ;
De la naïveté l'un a le caractere
1:2
Et l'autre sçait railler d'une façon legere ;
L'un est grave , profond , savant , misterieux
L'autre toujours badin , aimable , ingenieux :
Je sens que je m'égare ; oui , plus je m'évertuë ,
Moins de ces dons divers la source m'est connuë,
Je raisonnois ainsi , quand je vis Apollon
Laissant les doctes Soeurs et le sacré vallon.
Ce Dieu vint me trouver , pour dissiper mon
doute ; I
Viens vers moi , me dit- il , et suis moi dans ma
route ,
Ecarte de tes yeux le bandeau qui te nuit ,
Et montant dans les Cieux , sois par toi - même
instruit ›
Apollon part alors , il prend un vol rapide;
I. Vel. Mor
JUIN. 1734. TII
Mon corp's devient leger, le Dieu me sert de guide,
Je franchis avec lui les espaces des airs
Et laisse sous mes pieds et la Terre et les Mers ;
Nous arrivons tous deux à la Celeste Sphere ,
Sejour des Immortels que l'Univers revere ;
Là , mille objets charmans frapent mes yeux surpris
,
De les representer que ne m'est- il permis
Sept Dieux s'offrent à moi , chacun d'eux
tient une Urne ,
Mars , Jupiter , Venus , et Mercure et Saturne
Et le brillant Phoebus , et Diane sa Soeur ,
Chaque Urne transparente enferme une liqueur,.
Et toutes ces liqueurs different en essence ;
L'une à l'amour et l'autre à la vengeance , porte
L'une nous rend subtils , l'autre tardifs , pesans
Jupiter nous départ ses nobles sentimens
Les Rayons de Phoebus rendent l'ame brillante
Et Diane produit une humeur inconstante .
Sur un trône est assis l'imperieux Destin ,
Il regle notre sort , et la Parque soudain
Plonge dans ces liqueurs de plus d'une maniere
Chaque ame qui du jour entre dans la carriere ;
Des celestes liqueurs , dotés differemment ,
Nous apportons ici divers temperamens ,
Diverses qualités et diverse nature ;
L'un est Saturnien , l'autre tient de Mercure ,
L'un a de Jupiter le vol ambitieux ,
I.Vol. Dij
Et
120 MERCURE DE FRANCE
Et l'autre de Veuus les talens gracieux ;
Souvent un même Esprit deux qualités rassemble,
On y trouve Mercure et Jupiter ensemble ;
Ici , c'est le Dieu Mars adouci par Venus;
Là,le triste Saturne animé par Phoebus.
Plus des saintes liqueurs nos ames furent teintés
Plus elles ont des Dieux les qualités empreintes ;
Comme de l'alphabet les foibles élemens
Dans leurs nombres bornez et vuiles de tout sens
Par des combinaisons et par des assemblages
Forment differens mots , diferentes images ,
Et peuvent exprimer par mille divers sons
Des Etres d'ici bas la nature et les noms ;
Ainsi de ces liqueurs la diverse teinture
Forme de nos talens l'aimable bigarrure ;
De- là naît des Esprits l'ample diversité ,
Du Destin seul dépend cette varieté ;
Il en donne la trempe ou forte , ou bien legere,
Et choisit des liqueurs pour chaque caractere ;
Ses mélanges enfin nuancés et parfaits ,
Sont toujours variés par cent differens traits ;
Des Esprits differens la source est découverte ,
Un autre dira mieux et la route est ouverte.
D ....... Vous lirez ces vers rimés pour vous
Et des tristes Censeurs vous parerez les coups ;
Aux Urnes accordez un gracieux suffrage
Ami, vous leur devez mille fois davantage,
Pierre Defrasnoy.
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Résumé : LES URNES, Ou la cause de la diversité des Esprits. Au Reverend Pere d...... Jesuite.
Le texte 'Les Urnes' examine la diversité des esprits humains. L'auteur compare les esprits à des visages uniques, chacun possédant des traits et des talents distincts. Il observe que certains esprits sont élevés et savants, tandis que d'autres sont badins et ingénieux. Apollon, le dieu, apparaît pour guider l'auteur et dissiper ses doutes. Ensemble, ils se rendent dans la sphère céleste où sept dieux — Mars, Jupiter, Vénus, Mercure, Saturne, Apollon et Diane — présentent chacun une urne contenant une liqueur différente. Ces liqueurs influencent les qualités et les tempéraments des âmes humaines. Le Destin et les Parques déterminent quelle liqueur chaque âme recevra, créant ainsi la diversité des esprits. Les âmes sont teintées par ces liqueurs, acquérant des qualités divines variées. L'auteur compare ce processus à la formation de mots à partir de lettres, soulignant que la diversité des esprits dépend du Destin, qui choisit et mélange les liqueurs pour chaque caractère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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163
p. 1274-1277
PSEAUME XLIX. Disposition qu'on doit apporter à la Priere.
Début :
Le ROI des Cieux et de la terre [...]
Mots clefs :
Psaume, Dieu, Terre, Cieux, Autels, Prière
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texteReconnaissance textuelle : PSEAUME XLIX. Disposition qu'on doit apporter à la Priere.
PSEAUME XLIX.
Dispofition qu'on doit apporter à la Priere,
LE ROI des Cieux et de la terre
Descend au milieu des éclairs ;
Sa voix comme un bruyant tonnerre ,
Se fait entendre dans les airs.
Dieux mortels , c'est vous qu'il appelle ;
11 tient la balance éternelle
Qui doit peser tous les humains
Dans ses yeux la flamme étincelle
Le glave brille entre ses mains.
Ministres de ses Loix augustes ,
Esprits Divins , qui le servez ,
Assemblés la troupe des justes ,
Que les oeuvres ont éprouvés ;
Et de ces serviteurs utiles
Separes les Ames serviles
Dont le zele oisif en sa foi ,
Par des holocaustes steriles
A cru satisfaire à la Loi.
Allez , saintes Intelligences ,
Executer ses volontés ;
;
Tand
JUIN.
1273
1734.
Tandis qu'à servir ses vengeances
Les Cieux et la Terre invités ,
Apprendront à ces miserables ,
Par des Prodiges innombrables ,
Que le jour fatal est venu ,
Qui fera connoître aux coupables
Le Juge qu'ils ont méconnu .
Ecoutez ce Juge severe ,
Hommes charnels , écoutez tous ,
Quand je viendrai dans ma colere
Lancer mes Jugemens sur vous ,
Vous m'alleguerez les Victimes ,
Que sur mes Autels legitimes
Chaque jour vous sacrifiez ;
Mais ne pensez pas que vos crimes
Par-là puissent être expiés.
Que m'inportent vos sacrifices ,
Vos offrandes et vos troupeaux ?
Dieu boit- il le sang des Genisses ?
Mange -t'il la chair des Taureaux ?
Ignorez-vous que son Empire
Embrasse tout ce qui respire
Et sur la Terre et dans les Mers ?
Et que son souffle seul inspire
L'ame à tout ce vaste Univers ?
Offrez , à l'exemple des Anges ,
H. Vol.
*
A
Y176 MERCURE DE FRANCE
A ce Dieu , votre unique appui
Un sacrifice de louanges ,
Le seul qui soit digne de lui.
Chantez d'une voix ferme et sûre
De cet Auteur de la Nature
Les bienfaits toujours renaissans :
Mais sçachez qu'une main impure
Peut souiller le plus pur encens.
Il a dit à l'homme profane :
» Oses-tu , pécheur criminel ,
» D'un Dieu dont la Loi te condamne
» Chanter le pouvoir éternel ?
»Toi , qui courant à ta ruine ,
Fus toujours sourd à ma Doctrine ;
Qui malgré mes secours puissans »
» Rejettant toute discipline ,
» N'as pris conseil que de tes senst
» Si tu voyois un adultere
» C'étoit lui que tu consultois ;
» Tu respirois le caractere
» Du Voleur que tu frequentois ;
» Ta bouche abondoit en malice ,
» Et ton coeur paîtri d'artifice ,
3 Contre ton frere encouragé
» S'applaudissoit du précipice
Où ta fraude l'avoit plongé.
Vol.
Coats
JUIN. 1734 1277
Contre une impieté si noire
Mes foudres furent sans emploi ,
» Et voila ce qui t'a fait croire
Que ton Dieu pensoit comme toi ;
Mais apprens , homme detestable ,
Que ma Justice formidable
Nese laise point prevenir,
Et n'en est pas moins redoutable
» Pour être tardive à punir.
Pensez-y donc , Ames grossieres ,
Commencez par regler vos moeurs ;
Moins de faste dans vos Prieres ;
Plus d'innocence dans vos coeurs,
Sans une ame bien enflamée ,
Sans la pratique confirmée
De mes preceptes immortels ,
Votre encens n'est qu'une fumée
Qui deshonore mes Autels.
Dispofition qu'on doit apporter à la Priere,
LE ROI des Cieux et de la terre
Descend au milieu des éclairs ;
Sa voix comme un bruyant tonnerre ,
Se fait entendre dans les airs.
Dieux mortels , c'est vous qu'il appelle ;
11 tient la balance éternelle
Qui doit peser tous les humains
Dans ses yeux la flamme étincelle
Le glave brille entre ses mains.
Ministres de ses Loix augustes ,
Esprits Divins , qui le servez ,
Assemblés la troupe des justes ,
Que les oeuvres ont éprouvés ;
Et de ces serviteurs utiles
Separes les Ames serviles
Dont le zele oisif en sa foi ,
Par des holocaustes steriles
A cru satisfaire à la Loi.
Allez , saintes Intelligences ,
Executer ses volontés ;
;
Tand
JUIN.
1273
1734.
Tandis qu'à servir ses vengeances
Les Cieux et la Terre invités ,
Apprendront à ces miserables ,
Par des Prodiges innombrables ,
Que le jour fatal est venu ,
Qui fera connoître aux coupables
Le Juge qu'ils ont méconnu .
Ecoutez ce Juge severe ,
Hommes charnels , écoutez tous ,
Quand je viendrai dans ma colere
Lancer mes Jugemens sur vous ,
Vous m'alleguerez les Victimes ,
Que sur mes Autels legitimes
Chaque jour vous sacrifiez ;
Mais ne pensez pas que vos crimes
Par-là puissent être expiés.
Que m'inportent vos sacrifices ,
Vos offrandes et vos troupeaux ?
Dieu boit- il le sang des Genisses ?
Mange -t'il la chair des Taureaux ?
Ignorez-vous que son Empire
Embrasse tout ce qui respire
Et sur la Terre et dans les Mers ?
Et que son souffle seul inspire
L'ame à tout ce vaste Univers ?
Offrez , à l'exemple des Anges ,
H. Vol.
*
A
Y176 MERCURE DE FRANCE
A ce Dieu , votre unique appui
Un sacrifice de louanges ,
Le seul qui soit digne de lui.
Chantez d'une voix ferme et sûre
De cet Auteur de la Nature
Les bienfaits toujours renaissans :
Mais sçachez qu'une main impure
Peut souiller le plus pur encens.
Il a dit à l'homme profane :
» Oses-tu , pécheur criminel ,
» D'un Dieu dont la Loi te condamne
» Chanter le pouvoir éternel ?
»Toi , qui courant à ta ruine ,
Fus toujours sourd à ma Doctrine ;
Qui malgré mes secours puissans »
» Rejettant toute discipline ,
» N'as pris conseil que de tes senst
» Si tu voyois un adultere
» C'étoit lui que tu consultois ;
» Tu respirois le caractere
» Du Voleur que tu frequentois ;
» Ta bouche abondoit en malice ,
» Et ton coeur paîtri d'artifice ,
3 Contre ton frere encouragé
» S'applaudissoit du précipice
Où ta fraude l'avoit plongé.
Vol.
Coats
JUIN. 1734 1277
Contre une impieté si noire
Mes foudres furent sans emploi ,
» Et voila ce qui t'a fait croire
Que ton Dieu pensoit comme toi ;
Mais apprens , homme detestable ,
Que ma Justice formidable
Nese laise point prevenir,
Et n'en est pas moins redoutable
» Pour être tardive à punir.
Pensez-y donc , Ames grossieres ,
Commencez par regler vos moeurs ;
Moins de faste dans vos Prieres ;
Plus d'innocence dans vos coeurs,
Sans une ame bien enflamée ,
Sans la pratique confirmée
De mes preceptes immortels ,
Votre encens n'est qu'une fumée
Qui deshonore mes Autels.
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Résumé : PSEAUME XLIX. Disposition qu'on doit apporter à la Priere.
Le psaume XLIX annonce la venue du Roi des Cieux et de la terre, accompagné d'éclairs et de tonnerre, pour juger les humains. Dieu utilise une balance éternelle pour peser les âmes et rassemble les esprits divins et les justes pour exécuter ses volontés. Les âmes serviles, dont le zèle est stérile, sont séparées. Le psaume met en garde les hommes charnels contre le jour du jugement, où ils connaîtront le juge qu'ils ont méconnu. Dieu rejette les sacrifices et les offrandes, affirmant que son empire embrasse tout ce qui respire. Il exige un sacrifice de louanges, le seul digne de lui. Les impies sont avertis que leurs actions profanes souillent les prières et que la justice divine est inévitable, même si elle semble tardive. Le texte conclut en exhortant les âmes grossières à régler leurs mœurs, à prier avec moins de faste et plus d'innocence, et à pratiquer les préceptes divins pour que leurs prières soient acceptées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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164
p. 1442-1445
Benediction de Drapeaux, et Discours, &c. [titre d'après la table]
Début :
On nous écrit de Valence en Dauphiné, qu'on y benit dans la Cathédrale [...]
Mots clefs :
Valence, Dieu, Drapeaux, Combattre, Religion, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benediction de Drapeaux, et Discours, &c. [titre d'après la table]
On nous a écrit de Valence en Dauphiné
, qu'on y benit dans la Cathédrale
le 15 Juin les Drapeaux du Régiment de
M. d'Antin de Saint- Pée : M. Millon
Evêque de Valence , qui fit la ceremonie
, la termina par le Discours suivant.
C'est une cérémonie aussi ancienne que
la Religion , que les plus braves Guer
riers se sont fait dans tous les tens un
devoit de remplir , d'apporter aux pieds
des Autels les Drapeaux et les Etendarts,
pour reconnoître que c'est là le Tribunal
d'où Dieu préside souverainement à la
Justice redoutable que les Nations et les
Rois de la terre se font à eux -mêmes; que
si ce sont les hommes qui livrent les batailles
, c'est de lui que nous recevons la
victoire ; et qu'à moins qu'il ne purifie
par sa grace les mains de ceux qui combattent
; tous les lauriers qui croissent
sous leurs pas , ne sont que des feuilles
steriles qui ne produisent point de fruits
d'immortalité.
II. Vol. Pénetrez
JUIN. 1734 .
1443
Pénetrez de ces sentimens , avec quelle
joie ne vous voyons -nous pas assemblez
dans ce saint Temple , pour y adorer en
esprit et en verité le Dieu qui se qualific
par excellence le Dieu des Armées le
prendre à témoin , et renouveller en sa
présence de la maniere la plus solemnelle ;
les engagemens que vous avez contractez
de combattre et de mourir , s'il le faut ,
pour la gloire du Roi et l'honneur de la
Patrie ?
Vous êtes tous sortis , MESSIEURS ;
d'une Nation guerriere , dont le propre
est de se présenter avec confiance , et de
combattre encore avec plus de valeur.Nés
du goût et des talens pour la guerre , les
premiers bruits qui s'en sont répandus
vous ont arrachez du repos de vos familles
, dans le sein desquelles la plus longue
paix n'a pu amollir votre courage ; vous
avez accepté des Emplois que vous honorez
, mais qui vous honoreront à leur
tour , par la maniere dont vous les remplirez.
Tout ce que nous voyons en vous ,
cette contenance noble et assurée , cet
air de guerre , cette impatience de pouvoir
faire partie de ces Armées brillantes
et formidables , qui répandent déja la
terreur dans le coeur de ceux qui ont
II. Vol. troublé
F444 MERCURE DE FRANCE
troublé la tranquilité de l'Europe ; cette
exactitude et cette severité de discipline ,
qui fut toujours le caractere des Troupes
victorieuses ; tout nous découvre pour
vous une carriere remplie de succez et de
triomphes.
Pour vous les attirer , faites vous aujourd'hui
une loi de remplir avec exactitude
dans le tumulte des armes , les devoirs
paisibles de la Religion ; supportez
en esprit de pénitence les fatigues et les
travaux militaires ; n'envisagez qu'avec
douleur les maux qu'entraînent toujours
sur les Peuples les Guerres même les plus
justes ? regardez vos soldats comme vos
freres , bien loin d'affoiblir par- là la
subordination , vous l'affermirez davantage
ne prêtez que des mains chrétiennes
au Dieu des Batailles. Dans l'ardeur
qui vous anime pour combattre , n'offenle
Dieu des combats , et ne vous
rendez pas indignes par vos infidelitez de
vaincre les ennemis que vous aurez le
courage d'attaquer : ne vous présentez
jamais à aucune action , sans avoir imploré
le secours d'en haut. L'Ecriture
nous apprend que Judas Machabie n'étoir
jamais plus terrible dans le combat ,
qu'en sortant de la priere ; et malgré les
préjugez de votre Etat , vous éprouvesez
pas
-
II. Vol. rez
JUIN. 1734
1445
rez que le Soldat le plus fidele à Dieu , est
aussi dans l'occasion le plus courageux.
Dans ces dispositions , recevez avec
confiance ces premiers Drapeaux de la
main de l'Eglise ; sous les ordres du
Héros qui vous commande , ils vous
conduiront sûrement à la gloire.
Pour nous , MESSIEURS , nous ne
vous oublierons point dans nos Sacrifi-
⚫ces:en attendant que vous ayez part à nos
Cantiques de joie et à nos actions de graces
, vous en aurez à nos pricres . Vous
combattrez dans la plaine ; les yeux attachez
sur vous,nous leverons les yeux vers
la montagne ; et tandis que nos Armes
victorieuses mettront à contribution les-
Terres des Philistins , et qu'elles renverseront
leurs remparts , nous ne cesserons
de demander à Dieu qu'il répande sur le
Royaume et sur ceux qui le défendent ,
ses plus abondantes benedictions .
, qu'on y benit dans la Cathédrale
le 15 Juin les Drapeaux du Régiment de
M. d'Antin de Saint- Pée : M. Millon
Evêque de Valence , qui fit la ceremonie
, la termina par le Discours suivant.
C'est une cérémonie aussi ancienne que
la Religion , que les plus braves Guer
riers se sont fait dans tous les tens un
devoit de remplir , d'apporter aux pieds
des Autels les Drapeaux et les Etendarts,
pour reconnoître que c'est là le Tribunal
d'où Dieu préside souverainement à la
Justice redoutable que les Nations et les
Rois de la terre se font à eux -mêmes; que
si ce sont les hommes qui livrent les batailles
, c'est de lui que nous recevons la
victoire ; et qu'à moins qu'il ne purifie
par sa grace les mains de ceux qui combattent
; tous les lauriers qui croissent
sous leurs pas , ne sont que des feuilles
steriles qui ne produisent point de fruits
d'immortalité.
II. Vol. Pénetrez
JUIN. 1734 .
1443
Pénetrez de ces sentimens , avec quelle
joie ne vous voyons -nous pas assemblez
dans ce saint Temple , pour y adorer en
esprit et en verité le Dieu qui se qualific
par excellence le Dieu des Armées le
prendre à témoin , et renouveller en sa
présence de la maniere la plus solemnelle ;
les engagemens que vous avez contractez
de combattre et de mourir , s'il le faut ,
pour la gloire du Roi et l'honneur de la
Patrie ?
Vous êtes tous sortis , MESSIEURS ;
d'une Nation guerriere , dont le propre
est de se présenter avec confiance , et de
combattre encore avec plus de valeur.Nés
du goût et des talens pour la guerre , les
premiers bruits qui s'en sont répandus
vous ont arrachez du repos de vos familles
, dans le sein desquelles la plus longue
paix n'a pu amollir votre courage ; vous
avez accepté des Emplois que vous honorez
, mais qui vous honoreront à leur
tour , par la maniere dont vous les remplirez.
Tout ce que nous voyons en vous ,
cette contenance noble et assurée , cet
air de guerre , cette impatience de pouvoir
faire partie de ces Armées brillantes
et formidables , qui répandent déja la
terreur dans le coeur de ceux qui ont
II. Vol. troublé
F444 MERCURE DE FRANCE
troublé la tranquilité de l'Europe ; cette
exactitude et cette severité de discipline ,
qui fut toujours le caractere des Troupes
victorieuses ; tout nous découvre pour
vous une carriere remplie de succez et de
triomphes.
Pour vous les attirer , faites vous aujourd'hui
une loi de remplir avec exactitude
dans le tumulte des armes , les devoirs
paisibles de la Religion ; supportez
en esprit de pénitence les fatigues et les
travaux militaires ; n'envisagez qu'avec
douleur les maux qu'entraînent toujours
sur les Peuples les Guerres même les plus
justes ? regardez vos soldats comme vos
freres , bien loin d'affoiblir par- là la
subordination , vous l'affermirez davantage
ne prêtez que des mains chrétiennes
au Dieu des Batailles. Dans l'ardeur
qui vous anime pour combattre , n'offenle
Dieu des combats , et ne vous
rendez pas indignes par vos infidelitez de
vaincre les ennemis que vous aurez le
courage d'attaquer : ne vous présentez
jamais à aucune action , sans avoir imploré
le secours d'en haut. L'Ecriture
nous apprend que Judas Machabie n'étoir
jamais plus terrible dans le combat ,
qu'en sortant de la priere ; et malgré les
préjugez de votre Etat , vous éprouvesez
pas
-
II. Vol. rez
JUIN. 1734
1445
rez que le Soldat le plus fidele à Dieu , est
aussi dans l'occasion le plus courageux.
Dans ces dispositions , recevez avec
confiance ces premiers Drapeaux de la
main de l'Eglise ; sous les ordres du
Héros qui vous commande , ils vous
conduiront sûrement à la gloire.
Pour nous , MESSIEURS , nous ne
vous oublierons point dans nos Sacrifi-
⚫ces:en attendant que vous ayez part à nos
Cantiques de joie et à nos actions de graces
, vous en aurez à nos pricres . Vous
combattrez dans la plaine ; les yeux attachez
sur vous,nous leverons les yeux vers
la montagne ; et tandis que nos Armes
victorieuses mettront à contribution les-
Terres des Philistins , et qu'elles renverseront
leurs remparts , nous ne cesserons
de demander à Dieu qu'il répande sur le
Royaume et sur ceux qui le défendent ,
ses plus abondantes benedictions .
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Résumé : Benediction de Drapeaux, et Discours, &c. [titre d'après la table]
Le 15 juin 1734, à Valence en Dauphiné, les drapeaux du régiment de M. d'Antin de Saint-Pée ont été bénis dans la cathédrale par M. Millon, l'évêque de Valence. Lors de la cérémonie, l'évêque a souligné l'importance historique et religieuse de bénir les drapeaux, une tradition aussi ancienne que la religion. Cette bénédiction permet aux guerriers de reconnaître la souveraineté de Dieu sur la justice et la victoire. L'évêque a rappelé que, bien que les hommes livrent les batailles, la victoire vient de Dieu, et que sans Sa grâce, leurs succès seront stériles. L'évêque a exhorté les soldats à être pénétrés de ces sentiments et à adorer Dieu avec joie et sincérité. Il a loué leur courage et leur dévouement, notant qu'ils étaient prêts à combattre pour la gloire du roi et l'honneur de la patrie. Il a également souligné leur discipline et leur ardeur au combat, prédisant une carrière remplie de succès et de triomphes. Pour attirer ces succès, l'évêque a conseillé aux soldats de respecter les devoirs religieux même au milieu des combats, de supporter les fatigues militaires avec pénitence, et de considérer leurs camarades comme des frères. Il les a encouragés à prier avant chaque action et à rester fidèles à Dieu, rappelant l'exemple de Judas Maccabée, qui était plus terrible au combat après la prière. Enfin, l'évêque a remis les drapeaux bénis aux soldats, leur assurant que sous les ordres de leur héros, ils seraient conduits à la gloire. Il a promis de les inclure dans ses prières et ses sacrifices, demandant à Dieu de bénir le royaume et ceux qui le défendent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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165
p. 1751-1760
ESSAI d'une Traduction libre des Pastorales de Virgile, à l'usage des Personnes du Monde, par M. le Tort.
Début :
PREMIERE EGLOGUE. Tityre, Melibée. Melibée. Heureux Tityre ! assis à l'ombre [...]
Mots clefs :
Tityre, Mélibée, Dieu, Heureux, Dieux, Berger, Maux, Mers, Chalumeaux, Campagnes, Patrie, Troupeaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI d'une Traduction libre des Pastorales de Virgile, à l'usage des Personnes du Monde, par M. le Tort.
ESSAI d'une Traduction libre des Paftorales
de Virgile , à l'usage des Perfonnes
du Monde , par M. le Tort.
H
PREMIERE EGLOGUE.
Tityre , Melibée.
Melibée
Eureux Tityre ! affis à l'ombre de ce
feuillage , vous effayez un Air champêtre
fur vos tendres Chalumeaux . Pour
nous , malheureux ! nous quittons notre féjour
natal ; nous abandonnons nos cheres
Campagnes nous fuyons notre Patrie ,
& vous , à l'abri de nos malheurs , feul
au frais délicieux de ce Hêtre , vous apprenez
aux Echos d'alentour a répeter le
doux nom de votre chere Amaryllis ..
Tityre.
Un Dieu , Melibée , dont la tendreffe
vient de s'étendre jufqu'à moi , un Dieu
a bien voulu accorder ce précieux loifir
aux jours de ma vieilleffe. Oui , j'honorerai
toujours ce Héros comme un Dieu ,
&
# 752 MERCURE DE FRANCE.
& fur l'Autel que mon coeur & ma main
lui ont dreffé; pour qu'il me foit à jamais
propice , j'ai fait vou de lui immoler fouvent
le plus tendre de mes Agneaux. Si mes
Troupeaux , commme vous voyez , paiffent
librement dans ces Pâturages, fi moi-même,
fimple Berger que je fuis , j'exécute encore
les Airs qui me plaiſent , c'eft un bienfait
de ce Dieu , c'eft à lui feul que je dois un
deltin fi favorable.
Melibée.
Certes, mon cher Tityre , je ne fuis point
jaloux de votre bonheur , mais que je fuis
étonné de trouver un heureux au milieu des
malheurs & des troubles , qui rempliffent
aujourd'hui nos Campagnes ! Se peut- il que
vous foyez le feul que la Fortune épargne ,
lorfqu'elle ravage tout dans notre malheu
reufe Patrie ! Pour moi , trifte & déplorable
victime des caprices du fort , je n'ai pûr fauver
du pillage & de la fureur d'un barbare
Soldat , que quelques Chévres languifſantes
; encore ai - je bien de la peine à les conduire
avec moi. Pour comble de maux , en
voici une qu'il faut que je porte.Elle vient de
mettre bas deux petits , qu'elle a laiffés fans
vie fur un Rocher efcarpé , dans une touffe
de Coudriers. Hélas ! avec ces deux Jumeaux
A O UST. 1744 1753
meaux je perds l'unique eſpoir qui me reftoit
, de voir un jour renaître mon Troupeau.
Déjà dans les tranfports de ma dou
feur j'ai brifé mes Chalumeaux . Pourquoi
te tiens-je encore en main, inutile Houlette?
Hélas ! je m'en fouviens à préfent. Le Ciel ....
infenfé que j'étois , à quoi penfai-je pour
fors ? Le Ciel , irrité contre nous , m'avoit
donné plus d'un préfage de ce malheur.
Tantôt la foudre étoit tombée à mes yeux
fur des Chênes , & les avoit réduits en cendres.
Tantôt une finiftre Corneille m'avoit
fait entendre fes cris funeftes du creux d'un
vieux Arbre. D'autres fignes auffi frappans,
m'auroient inftruit , fi je n'avois pas eu l'efprit
frappé d'aveuglement. Mais puifque
nos maux font fans remede , pourquoi en
rappeller les douloureux préfages ? Tityre, de
grace , apprenez-moi , quel eft le Dieu propice
pour qui vous fignalez votre reconnoiffance.
Tityre.
Simple Berger que j'étois ! il faut que j'a
voue mon ignorance ; il n'y a pas encore
long-tems que je me repréfentois Rome
comme une Ville , femblable à notre Mantouë,
où nous autres Bergers avons coûtume
de mener vendre les tendres Petits de nos
Trou1754
MERCURE DE FRANCE.
Troupeaux
. C'eft ainfi que confondant
les
petites chofes avec les grandes , je comparois
les pétits Chiens à leurs Peres & lesChevreaux
à leurs Meres . Mais quelle étoit mon
erreur ! Rome l'emporte autant fur les autres
Villes de l'Univers , que le plus fuperbe
Cyprès fur le plus humble Arbriſſeau de ces
Contrées .
Melibée.
Mais , qui vous infpira le défir d'aller
voir cette grande Ville ?
Tityre.
Celui d'y recouvrer la Liberté. Après un
long Efclavage, * au tems d'une languiffante
vieilleffe ,lorfque le Rafoir dans ma main
tremblante ne me faifoit plus tomber du
menton que de la barbe blanche , cette Divinité,
fenfible à mes maux , a daigné jetter
fur moi des regards propices. C'eft bien
tard , à la vérité , mais enfin j'ai éprouvé fes
faveurs , après que j'ai eu quitté l'ingrate
Galatée , pour me donner tout entier à la
belle Amaryllis. J'ofe le dire à ma confufion
, tant que j'ai été l'Amant de Galatée ,
* J'ai copié cet endroit du P. Catrou ; fije n'en
avertiffois pas de bonne foi , je ferois trahi par la beauté
& l'elegance du fiyle.
affervi
A OUST. 1744. 1753
affervi fans nul efpoir dans fes honteux liens,
je n'ai pris aucun foin de mes affaires ; cependant
pour
fournir des victimes aux Sacrifices
de l'ingrate , je dépeuplois mon Bercail
d'Agneaux , qui auroient pû être offerts
aux Dieux. Je lui portois affidûment des
fromages délicats, & pour prix de mon hommage
& de mes foins , je ne retournois jamais
plus riche en nos Hameaux.
Mélibée.
Voilà donc , trifte Galatée , voilà le ſujet
de vos douleurs & de votre abattement. Tityre
, votre Amante , au défefpoir de votre
départ , pouffoit vers le Ciel de continuels
foupirs ; négligente , elle laiffoit périr fes
fruits fur les Arbres. Je ne pénétrois point
la caufe de fes chagrins ; c'étoit , je le vois
bien, que vous n'étiez plus auprès d'elle, &
qu'elle n'avoit plus d'efpérance de vous revoir
, ni d'entendre vos tendres Chanſons.
Cependant ces Eaux , dont le crifſtal rece--
voit fi fouvent votre image , dont les bords
enchantés préfentoient le fommeil à vos
fens, ces Echos tant de fois ravis de vos Airs
tendres , ces Prés , ces Pins , ces Vergers, qui
partageoient fes mortels ennuis , vous rappelloient
auprès d'elle .
Tityre
$ 796 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Qu'aurois - pû faire de mieux ? Comment
fortir autrement d'Efclavage ? Où
trouver ailleurs des Dieux auffi puiffans ?
Rome feule étoit mon unique recours , &
fes Dieux pouvoient feuls rompre mes fers ,
me rendre à moi- même , & me faire d'heureux
jours. Là j'ai vû , comme je vous vois,
ce jeune Dieu qu'adore mon coeur , & que
chante ma tendreffe , Oui , j'ai fait vou
d'offrir toutes les années , à douze jours differens
, des Victimes fur fes Autels ; là ce
Dieu , fi digne de nos fleurs & de notre
Encens , prévenant mon humble demande
par un foûrire gracieux , m'a fait entendre
cette réponſe favorable : » Berger , joiſſez
» en paix de l'héritage de vos Peres ; faites
> paître vos Troupeaux ; chantez , & culti-
» vez vos terres , comme auparavant .
Melibée
Heureux Vieillard ! vous voilà donc pour
toujours paifible poffeffeur de vos Champs ;
il font fuffifans pour votre ufage & celui
de votre chere famille , quoique environnés
d'un côté par des Rochers ftériles ; & de
l'autre par des Marais hériffés de Joncs ; vos
Brebis
A O UST. 1744. 1757
pas
Brebis qui feront pleines , ne fe fentiront
point du changement de pâturages , & le
voifinage d'un Troupeau mal fain ne mettra
pas la maladie parmi celles qui auront mis
bas . Encore une fois , heureux Vieillard
vous prendrez le frais fous ces Arbres qui
ombragent ces Rivieres , & le long de ces
Fontaines facrées. La haye qui fépare votre
Champ de celui de votre voifin , cette
haye , où des Abeilles , animées au travail
viennent au retour du matin fucer la fleur
de vos Saules , par leur murmure égal au
gazouillement d'un petit Ruiffeau , qui fe
joue à travers nos Prairies , vous invitera
fouvent à vous livrer aux douceurs du fommeil.
Vous continuerez auffi d'être agréablement
réjoui par la voix des Bucherons , qui quí
en émondant les Arbres de la Colline
prochaine
, feront retentir les Airs de leurs
naïves Chanfons , & les Ramiers , vos délices
, mêleront leurs tendres gémiſſemens
à ceux de la plaintive Tourterelle,
Tityre.
Puifque vous fentez le prix de mon bon
heur , jugez , mon cher Melibée , de la vivacité
de ma reconnoiffance. Oiii , l'on yerxa
les Cerfs paître dans les Mers , & les
Mers
1758 MERCURE DE FRANCE.
Mers deffechées , laiffer les Poiffons à fec
fur le fable ; on verra encore les Fleuves
abandonner leurs anciens rivages, & fertilifer
de nouveaux Climats ; la Saone dormante
éteindre la foif des Parthes , & le Tygre
rapide défaltérer les Germains , avant que
mon coeur , ingrat de tant de bienfaits, efface
de ma mémoire les moindres traits de ce
jeune Dieu , qui en eft l'Auteur.
Melibée.
Hélas ! Tityre , que notre fort eft different
du vôtre !Infortunés Citoyens que nous
fommes , toûjours livrés à des deftins contraires
, nous abandonnons notre chere Patrie
, & nous fuyons difperfés. Les uns vont
périr de langueur dans les fables brulans de
l'Afrique , les autres dans les glaces de la
Scythie, ou en Créte fur les bords de l'Oaxe,
ou dans ces Iſles féparées par les Mers du
refte du Monde. Hélas ! faut-il perdre l'efperance
de voir un jour finir nos maux
N'aurai-je point , après quelques années
paffées dans le plus rude efclavage,n'aurai-je
point l'heureux plaifir de revoir le féjour
de mes Ayeux? Ne pourrai-je point recréer
ma vûë
par le fpectacle agréable de mon petit
Patrimoine , où exempt d'ambition , je
>
vivois
A O UST. 1744
17595
ne ,
vivois fi content ? Quoi ! Dieux Puiffans
dont j'éprouve la colere , ma petite Cabancouverte
par mes mains de chaume &
de mouffe , mes Champs fi bien cultivés , &
couverts des plus belles gerbes , vont deve
nir la proye d'un Soldat inhumain ! Avide,
il recueillera ces belles moiffons , mon efpoir
& ma joye ! O cruelle Difcorde , voilà
à quelles fatales extrémités tu as réduit nos
malheureux Citoyens ! voilà ceux pour qui
nous avons enfemencé nos Terres ! Ah !
malheureufes Campagnes , que l'habitude
nous avoit rendu fi précieufes ; ah ! infortuné
Berger , prends plaifir , après tous ces défaftres
, à enter les Poiriers , à planter tes
Vignes , & les façonner avec foin ; mais
que dis-je ? pourquoi me confumer en d'inutiles
regrets ? Pourquoi faire des voeux fuperflus
? Partez , mes Chévres , partez , éloignez-
vous de ces Lieux ; vous fûtes autrefois
un Troupeau heureux , aujourd'hui votre
bonheur n'eft plus. Non , du fond de
ces Vallons , couchés fur l'herbe tendre , au
frais délicieux d'une Grotte tapiffée de verdure
, vous n'entendrez plus le doux fon
de mes Chalumeaux , je ne vous verrai plus,
comme fufpenduës fur ces Collines, tantôt
bondir dans la Prairie , tantôt broûter la
feuille du Cythife , ni la feüille du Saule.
Tityre
760 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Cependant , Melibée , rien ne vous oblige
de tant précipiter votre départ. On ne
vous défend pas , du moins pour cette nuit,
de goûter avec moi les faveurs dont me
comblent les Dieux , ni d'attendre entre les
bras du repos le retour de la nouvelle Aurore.
Si vous penfez trouver auprès de moi
ces momens heureux , qui coulent ſi douce,
ment entre deux amis , regagnons le Ha- :
meau. Un tendre feüillage vous fervira de
lit dans mon humble Chaumiere . Vous
prendrez auparavant un repas frugal & fans
apprêts. Je vous fervirai du lait frais , des
Raifins vermeils , des Pommes douces , &
du Miel délicieux , que mes Abeilles ont
cueilli fur les fleurs de mon Verger . Il eft
trop tard pour aller plus loin. Déja la fumée
qui fort des toîts de nos Cabannes ,
déja l'ombre des Côteaux , qui s'étend dans
les Plaines , nous avertiffent que Phébus, au
bout de fa carriere , va fe repofer dans
l'Onde , & qu'il eft tems que nous rega
gnions la maiſon.
de Virgile , à l'usage des Perfonnes
du Monde , par M. le Tort.
H
PREMIERE EGLOGUE.
Tityre , Melibée.
Melibée
Eureux Tityre ! affis à l'ombre de ce
feuillage , vous effayez un Air champêtre
fur vos tendres Chalumeaux . Pour
nous , malheureux ! nous quittons notre féjour
natal ; nous abandonnons nos cheres
Campagnes nous fuyons notre Patrie ,
& vous , à l'abri de nos malheurs , feul
au frais délicieux de ce Hêtre , vous apprenez
aux Echos d'alentour a répeter le
doux nom de votre chere Amaryllis ..
Tityre.
Un Dieu , Melibée , dont la tendreffe
vient de s'étendre jufqu'à moi , un Dieu
a bien voulu accorder ce précieux loifir
aux jours de ma vieilleffe. Oui , j'honorerai
toujours ce Héros comme un Dieu ,
&
# 752 MERCURE DE FRANCE.
& fur l'Autel que mon coeur & ma main
lui ont dreffé; pour qu'il me foit à jamais
propice , j'ai fait vou de lui immoler fouvent
le plus tendre de mes Agneaux. Si mes
Troupeaux , commme vous voyez , paiffent
librement dans ces Pâturages, fi moi-même,
fimple Berger que je fuis , j'exécute encore
les Airs qui me plaiſent , c'eft un bienfait
de ce Dieu , c'eft à lui feul que je dois un
deltin fi favorable.
Melibée.
Certes, mon cher Tityre , je ne fuis point
jaloux de votre bonheur , mais que je fuis
étonné de trouver un heureux au milieu des
malheurs & des troubles , qui rempliffent
aujourd'hui nos Campagnes ! Se peut- il que
vous foyez le feul que la Fortune épargne ,
lorfqu'elle ravage tout dans notre malheu
reufe Patrie ! Pour moi , trifte & déplorable
victime des caprices du fort , je n'ai pûr fauver
du pillage & de la fureur d'un barbare
Soldat , que quelques Chévres languifſantes
; encore ai - je bien de la peine à les conduire
avec moi. Pour comble de maux , en
voici une qu'il faut que je porte.Elle vient de
mettre bas deux petits , qu'elle a laiffés fans
vie fur un Rocher efcarpé , dans une touffe
de Coudriers. Hélas ! avec ces deux Jumeaux
A O UST. 1744 1753
meaux je perds l'unique eſpoir qui me reftoit
, de voir un jour renaître mon Troupeau.
Déjà dans les tranfports de ma dou
feur j'ai brifé mes Chalumeaux . Pourquoi
te tiens-je encore en main, inutile Houlette?
Hélas ! je m'en fouviens à préfent. Le Ciel ....
infenfé que j'étois , à quoi penfai-je pour
fors ? Le Ciel , irrité contre nous , m'avoit
donné plus d'un préfage de ce malheur.
Tantôt la foudre étoit tombée à mes yeux
fur des Chênes , & les avoit réduits en cendres.
Tantôt une finiftre Corneille m'avoit
fait entendre fes cris funeftes du creux d'un
vieux Arbre. D'autres fignes auffi frappans,
m'auroient inftruit , fi je n'avois pas eu l'efprit
frappé d'aveuglement. Mais puifque
nos maux font fans remede , pourquoi en
rappeller les douloureux préfages ? Tityre, de
grace , apprenez-moi , quel eft le Dieu propice
pour qui vous fignalez votre reconnoiffance.
Tityre.
Simple Berger que j'étois ! il faut que j'a
voue mon ignorance ; il n'y a pas encore
long-tems que je me repréfentois Rome
comme une Ville , femblable à notre Mantouë,
où nous autres Bergers avons coûtume
de mener vendre les tendres Petits de nos
Trou1754
MERCURE DE FRANCE.
Troupeaux
. C'eft ainfi que confondant
les
petites chofes avec les grandes , je comparois
les pétits Chiens à leurs Peres & lesChevreaux
à leurs Meres . Mais quelle étoit mon
erreur ! Rome l'emporte autant fur les autres
Villes de l'Univers , que le plus fuperbe
Cyprès fur le plus humble Arbriſſeau de ces
Contrées .
Melibée.
Mais , qui vous infpira le défir d'aller
voir cette grande Ville ?
Tityre.
Celui d'y recouvrer la Liberté. Après un
long Efclavage, * au tems d'une languiffante
vieilleffe ,lorfque le Rafoir dans ma main
tremblante ne me faifoit plus tomber du
menton que de la barbe blanche , cette Divinité,
fenfible à mes maux , a daigné jetter
fur moi des regards propices. C'eft bien
tard , à la vérité , mais enfin j'ai éprouvé fes
faveurs , après que j'ai eu quitté l'ingrate
Galatée , pour me donner tout entier à la
belle Amaryllis. J'ofe le dire à ma confufion
, tant que j'ai été l'Amant de Galatée ,
* J'ai copié cet endroit du P. Catrou ; fije n'en
avertiffois pas de bonne foi , je ferois trahi par la beauté
& l'elegance du fiyle.
affervi
A OUST. 1744. 1753
affervi fans nul efpoir dans fes honteux liens,
je n'ai pris aucun foin de mes affaires ; cependant
pour
fournir des victimes aux Sacrifices
de l'ingrate , je dépeuplois mon Bercail
d'Agneaux , qui auroient pû être offerts
aux Dieux. Je lui portois affidûment des
fromages délicats, & pour prix de mon hommage
& de mes foins , je ne retournois jamais
plus riche en nos Hameaux.
Mélibée.
Voilà donc , trifte Galatée , voilà le ſujet
de vos douleurs & de votre abattement. Tityre
, votre Amante , au défefpoir de votre
départ , pouffoit vers le Ciel de continuels
foupirs ; négligente , elle laiffoit périr fes
fruits fur les Arbres. Je ne pénétrois point
la caufe de fes chagrins ; c'étoit , je le vois
bien, que vous n'étiez plus auprès d'elle, &
qu'elle n'avoit plus d'efpérance de vous revoir
, ni d'entendre vos tendres Chanſons.
Cependant ces Eaux , dont le crifſtal rece--
voit fi fouvent votre image , dont les bords
enchantés préfentoient le fommeil à vos
fens, ces Echos tant de fois ravis de vos Airs
tendres , ces Prés , ces Pins , ces Vergers, qui
partageoient fes mortels ennuis , vous rappelloient
auprès d'elle .
Tityre
$ 796 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Qu'aurois - pû faire de mieux ? Comment
fortir autrement d'Efclavage ? Où
trouver ailleurs des Dieux auffi puiffans ?
Rome feule étoit mon unique recours , &
fes Dieux pouvoient feuls rompre mes fers ,
me rendre à moi- même , & me faire d'heureux
jours. Là j'ai vû , comme je vous vois,
ce jeune Dieu qu'adore mon coeur , & que
chante ma tendreffe , Oui , j'ai fait vou
d'offrir toutes les années , à douze jours differens
, des Victimes fur fes Autels ; là ce
Dieu , fi digne de nos fleurs & de notre
Encens , prévenant mon humble demande
par un foûrire gracieux , m'a fait entendre
cette réponſe favorable : » Berger , joiſſez
» en paix de l'héritage de vos Peres ; faites
> paître vos Troupeaux ; chantez , & culti-
» vez vos terres , comme auparavant .
Melibée
Heureux Vieillard ! vous voilà donc pour
toujours paifible poffeffeur de vos Champs ;
il font fuffifans pour votre ufage & celui
de votre chere famille , quoique environnés
d'un côté par des Rochers ftériles ; & de
l'autre par des Marais hériffés de Joncs ; vos
Brebis
A O UST. 1744. 1757
pas
Brebis qui feront pleines , ne fe fentiront
point du changement de pâturages , & le
voifinage d'un Troupeau mal fain ne mettra
pas la maladie parmi celles qui auront mis
bas . Encore une fois , heureux Vieillard
vous prendrez le frais fous ces Arbres qui
ombragent ces Rivieres , & le long de ces
Fontaines facrées. La haye qui fépare votre
Champ de celui de votre voifin , cette
haye , où des Abeilles , animées au travail
viennent au retour du matin fucer la fleur
de vos Saules , par leur murmure égal au
gazouillement d'un petit Ruiffeau , qui fe
joue à travers nos Prairies , vous invitera
fouvent à vous livrer aux douceurs du fommeil.
Vous continuerez auffi d'être agréablement
réjoui par la voix des Bucherons , qui quí
en émondant les Arbres de la Colline
prochaine
, feront retentir les Airs de leurs
naïves Chanfons , & les Ramiers , vos délices
, mêleront leurs tendres gémiſſemens
à ceux de la plaintive Tourterelle,
Tityre.
Puifque vous fentez le prix de mon bon
heur , jugez , mon cher Melibée , de la vivacité
de ma reconnoiffance. Oiii , l'on yerxa
les Cerfs paître dans les Mers , & les
Mers
1758 MERCURE DE FRANCE.
Mers deffechées , laiffer les Poiffons à fec
fur le fable ; on verra encore les Fleuves
abandonner leurs anciens rivages, & fertilifer
de nouveaux Climats ; la Saone dormante
éteindre la foif des Parthes , & le Tygre
rapide défaltérer les Germains , avant que
mon coeur , ingrat de tant de bienfaits, efface
de ma mémoire les moindres traits de ce
jeune Dieu , qui en eft l'Auteur.
Melibée.
Hélas ! Tityre , que notre fort eft different
du vôtre !Infortunés Citoyens que nous
fommes , toûjours livrés à des deftins contraires
, nous abandonnons notre chere Patrie
, & nous fuyons difperfés. Les uns vont
périr de langueur dans les fables brulans de
l'Afrique , les autres dans les glaces de la
Scythie, ou en Créte fur les bords de l'Oaxe,
ou dans ces Iſles féparées par les Mers du
refte du Monde. Hélas ! faut-il perdre l'efperance
de voir un jour finir nos maux
N'aurai-je point , après quelques années
paffées dans le plus rude efclavage,n'aurai-je
point l'heureux plaifir de revoir le féjour
de mes Ayeux? Ne pourrai-je point recréer
ma vûë
par le fpectacle agréable de mon petit
Patrimoine , où exempt d'ambition , je
>
vivois
A O UST. 1744
17595
ne ,
vivois fi content ? Quoi ! Dieux Puiffans
dont j'éprouve la colere , ma petite Cabancouverte
par mes mains de chaume &
de mouffe , mes Champs fi bien cultivés , &
couverts des plus belles gerbes , vont deve
nir la proye d'un Soldat inhumain ! Avide,
il recueillera ces belles moiffons , mon efpoir
& ma joye ! O cruelle Difcorde , voilà
à quelles fatales extrémités tu as réduit nos
malheureux Citoyens ! voilà ceux pour qui
nous avons enfemencé nos Terres ! Ah !
malheureufes Campagnes , que l'habitude
nous avoit rendu fi précieufes ; ah ! infortuné
Berger , prends plaifir , après tous ces défaftres
, à enter les Poiriers , à planter tes
Vignes , & les façonner avec foin ; mais
que dis-je ? pourquoi me confumer en d'inutiles
regrets ? Pourquoi faire des voeux fuperflus
? Partez , mes Chévres , partez , éloignez-
vous de ces Lieux ; vous fûtes autrefois
un Troupeau heureux , aujourd'hui votre
bonheur n'eft plus. Non , du fond de
ces Vallons , couchés fur l'herbe tendre , au
frais délicieux d'une Grotte tapiffée de verdure
, vous n'entendrez plus le doux fon
de mes Chalumeaux , je ne vous verrai plus,
comme fufpenduës fur ces Collines, tantôt
bondir dans la Prairie , tantôt broûter la
feuille du Cythife , ni la feüille du Saule.
Tityre
760 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Cependant , Melibée , rien ne vous oblige
de tant précipiter votre départ. On ne
vous défend pas , du moins pour cette nuit,
de goûter avec moi les faveurs dont me
comblent les Dieux , ni d'attendre entre les
bras du repos le retour de la nouvelle Aurore.
Si vous penfez trouver auprès de moi
ces momens heureux , qui coulent ſi douce,
ment entre deux amis , regagnons le Ha- :
meau. Un tendre feüillage vous fervira de
lit dans mon humble Chaumiere . Vous
prendrez auparavant un repas frugal & fans
apprêts. Je vous fervirai du lait frais , des
Raifins vermeils , des Pommes douces , &
du Miel délicieux , que mes Abeilles ont
cueilli fur les fleurs de mon Verger . Il eft
trop tard pour aller plus loin. Déja la fumée
qui fort des toîts de nos Cabannes ,
déja l'ombre des Côteaux , qui s'étend dans
les Plaines , nous avertiffent que Phébus, au
bout de fa carriere , va fe repofer dans
l'Onde , & qu'il eft tems que nous rega
gnions la maiſon.
Fermer
166
p. 1886-1889
Mandement en conséquence, [titre d'après la table]
Début :
En conséquence l'Archevêque de Paris donna un Mandement, dont voici la teneur. / CHARLES-GASPARD-GUILLAUME DE Vintimille des Comtes de Marseille du Luc, [...]
Mots clefs :
Dieu, Roi, Armées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement en conséquence, [titre d'après la table]
En conféquence l'Archevêque de Paris
donna un Mandement , dont voici la teneur.
CHARLES - GASPARD-GUILLAUME DE
Vintimille des Comtes de Marfeille du Luc ,
par la Miféricorde Divine , & par la grace
du S. Siége Apoftolique , Archevêque de
Paris , &c.
Les
A O UST. 1744. 1987
Les Armées de France & d'Efpagne , après
la Conquête du Comté de Nice , viennent
de s'ouvrir l'entrée du Piedmont , & par
des prodiges de valeur , elles ont triomphé
de tous les obftacles , que l'Art & la Nature
fembloient oppofer de concert à leurs projets.
S'il eft jufte d'applaudir & à la fageffe des
Chefs qui ont conduit l'entrepriſe , & à la
valeur des Soldats qui l'ont exécutée , il
l'eft encore plus de benir & de louer celui ,
qui a donné aux uns cette fuperiorité de
génie propre à tout entreprendre avec ſuccès
, & aux autres cette intrépidité & cette
ardeur , qui ont fait l'étonnement & la furpriſe
de l'ennemi vaincu & mis en fuite.
C'eft en Dieu , que résident La fageffe & la
force :l'une & l'autre ne font dans l'hommet
que des biens émanés de cette fource iné
puifable , & tous les avantages qui en font
les fuites & les effets , doivent être regardés
comme autant de faveurs du Ciel , qui exigent
de notre part un tribut de louanges &
d'actions de
graces.
Convaincu de ces vérités, David fe voyant
délivré des mains de tous fes ennemis , s'écrioit
dans un faint tranfport : Le Seigneur
eft mon appui , mon réfuge & mon libérateur
mon aide , mon protecteur & mon afyle . Vous
m'avez donné , ajoûtoit ce faint Roi , parlant
Hiiij
à
1888 MERCURE DE FRANCE.
à Dieu , la force pour combattre , & vous avez
abattu fous moi ceux qui s'élevoient contre moi ,
c'est pourquoije publierai vos louanges , & je
chanterai des Cantiques à la gloire de votre
Saint Nom.
Entrons dans ces fentimens & imitons
cet exemple. Redevables à Dieu de l'évenement
qui fait aujourd'hui le füjet de l'allegreffe
publique , faifons retentir nos faints
Temples des témoignages de notre reconnoillance
envers lui.
Mais au milieu de notre joye , fouvenonsnous
, que notre augufte Monarque eft actuellement
occupé à repouffer les efforts de
fes ennemis , & qu'il ne fut jamais plus convenable
de redoubler nos voeux & nos prieres
pour la profpérité de fès armes , & pour
la confervation de fa Perfonne facrée. Puiffe
le fuccès répondre à fes défirs ! que le Nom
du Dieu de Jacob foit fa protection & la défenfe
; que du San&iuaire de fa gloire & du
haut de la céleste Sion , le Seigneur lui envoye
un puiffant fecours ; qu'il lui accorde
toutes chofes felon fon coeur , & qu'il ne lui refufe
aucune de fes demandes ; qu'enfin il fauve
de tout accident fâcheux un Roi , qui fupporte
les fatigues de la guerre & s'expofe
aux plus grands périls , pour procurer &
faire goûter à fes Peuples les fruits de la
Paix !
A
AOUST. 1744. 1889
A CES CAUSES , & pour nous conformer
aux intentions de Sa Majefté , après en avoir
conféré avec nos vénérables Freres les
Doyen , Chanoines & Chapitre de notre
Eglife Métropolitaine : Nous ordonnons ,
qu'en actions de graces des avantages remportés
par les armées de France & d'Efpagne
fur les Troupes du Roi de Sardaigne ,
Mercredi prochain douze du préſent mois
d'Août , on chantera le Te Deum dans notredite
Eglife, après lequel on dira l'Antienne ,
Domine falvum fac Regem , & c. avec le Verfet
, Fiat manus tua , & c . & l'Oraiſon Pro
Rege & ejus Exercitu . Que Dimanche ſeize
du même mois , il fera pareillement chanté ,
avec ladite Antienne , dans toutes les Abbayes
, Chapitres , Paroiffes , Communautés
Séculiéres & Régulieres de la Ville & des
Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche qui
fuivra la reception de notre préfent Mande
ment , dans toutes les autres Eglifes de notre
Diocèfe. SI VOUS MANDONS , que ces
Préfentes vous ayez à notifier à tous Abbés,
Prieurs , Curés , Superieurs & Superieures
des Communautés exemptes & non exemp
tes , à ce qu'ils n'en ignorent . DONNE ' à
Paris en notre Palais Archiépiſcopal le 10
Août 1744. Signé , CHARLES , Archevêque
de Paris , &c.
donna un Mandement , dont voici la teneur.
CHARLES - GASPARD-GUILLAUME DE
Vintimille des Comtes de Marfeille du Luc ,
par la Miféricorde Divine , & par la grace
du S. Siége Apoftolique , Archevêque de
Paris , &c.
Les
A O UST. 1744. 1987
Les Armées de France & d'Efpagne , après
la Conquête du Comté de Nice , viennent
de s'ouvrir l'entrée du Piedmont , & par
des prodiges de valeur , elles ont triomphé
de tous les obftacles , que l'Art & la Nature
fembloient oppofer de concert à leurs projets.
S'il eft jufte d'applaudir & à la fageffe des
Chefs qui ont conduit l'entrepriſe , & à la
valeur des Soldats qui l'ont exécutée , il
l'eft encore plus de benir & de louer celui ,
qui a donné aux uns cette fuperiorité de
génie propre à tout entreprendre avec ſuccès
, & aux autres cette intrépidité & cette
ardeur , qui ont fait l'étonnement & la furpriſe
de l'ennemi vaincu & mis en fuite.
C'eft en Dieu , que résident La fageffe & la
force :l'une & l'autre ne font dans l'hommet
que des biens émanés de cette fource iné
puifable , & tous les avantages qui en font
les fuites & les effets , doivent être regardés
comme autant de faveurs du Ciel , qui exigent
de notre part un tribut de louanges &
d'actions de
graces.
Convaincu de ces vérités, David fe voyant
délivré des mains de tous fes ennemis , s'écrioit
dans un faint tranfport : Le Seigneur
eft mon appui , mon réfuge & mon libérateur
mon aide , mon protecteur & mon afyle . Vous
m'avez donné , ajoûtoit ce faint Roi , parlant
Hiiij
à
1888 MERCURE DE FRANCE.
à Dieu , la force pour combattre , & vous avez
abattu fous moi ceux qui s'élevoient contre moi ,
c'est pourquoije publierai vos louanges , & je
chanterai des Cantiques à la gloire de votre
Saint Nom.
Entrons dans ces fentimens & imitons
cet exemple. Redevables à Dieu de l'évenement
qui fait aujourd'hui le füjet de l'allegreffe
publique , faifons retentir nos faints
Temples des témoignages de notre reconnoillance
envers lui.
Mais au milieu de notre joye , fouvenonsnous
, que notre augufte Monarque eft actuellement
occupé à repouffer les efforts de
fes ennemis , & qu'il ne fut jamais plus convenable
de redoubler nos voeux & nos prieres
pour la profpérité de fès armes , & pour
la confervation de fa Perfonne facrée. Puiffe
le fuccès répondre à fes défirs ! que le Nom
du Dieu de Jacob foit fa protection & la défenfe
; que du San&iuaire de fa gloire & du
haut de la céleste Sion , le Seigneur lui envoye
un puiffant fecours ; qu'il lui accorde
toutes chofes felon fon coeur , & qu'il ne lui refufe
aucune de fes demandes ; qu'enfin il fauve
de tout accident fâcheux un Roi , qui fupporte
les fatigues de la guerre & s'expofe
aux plus grands périls , pour procurer &
faire goûter à fes Peuples les fruits de la
Paix !
A
AOUST. 1744. 1889
A CES CAUSES , & pour nous conformer
aux intentions de Sa Majefté , après en avoir
conféré avec nos vénérables Freres les
Doyen , Chanoines & Chapitre de notre
Eglife Métropolitaine : Nous ordonnons ,
qu'en actions de graces des avantages remportés
par les armées de France & d'Efpagne
fur les Troupes du Roi de Sardaigne ,
Mercredi prochain douze du préſent mois
d'Août , on chantera le Te Deum dans notredite
Eglife, après lequel on dira l'Antienne ,
Domine falvum fac Regem , & c. avec le Verfet
, Fiat manus tua , & c . & l'Oraiſon Pro
Rege & ejus Exercitu . Que Dimanche ſeize
du même mois , il fera pareillement chanté ,
avec ladite Antienne , dans toutes les Abbayes
, Chapitres , Paroiffes , Communautés
Séculiéres & Régulieres de la Ville & des
Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche qui
fuivra la reception de notre préfent Mande
ment , dans toutes les autres Eglifes de notre
Diocèfe. SI VOUS MANDONS , que ces
Préfentes vous ayez à notifier à tous Abbés,
Prieurs , Curés , Superieurs & Superieures
des Communautés exemptes & non exemp
tes , à ce qu'ils n'en ignorent . DONNE ' à
Paris en notre Palais Archiépiſcopal le 10
Août 1744. Signé , CHARLES , Archevêque
de Paris , &c.
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167
p. 1949-1956
EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
Début :
Qu'exiges-tu de ma veine assoupie ? [...]
Mots clefs :
Esprit, Zèle, Impie, Dieu, Chrétien, Orgueil, Vérité, Pierre Bayle, Ridicule, Incrédule
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
EPITRE ,
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
Fermer
168
p. 2116-2117
AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
Début :
PIERRE GUERIN DE TENCIN, &c. La maladie du Roi, mes très-chers Freres, a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Dieu, Prince, Sujets, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
AUTRE du même , au ſujet du rétabliſſement
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
Fermer
169
p. 2117-2118
MANDEMENT de M. l'Evêque de Bayeux.
Début :
PAUL D'ALBERT DE LUYNES, &c. Ce n'est plus, mes chers Freres, une simple [...]
Mots clefs :
Dieu, Église, Te Deum, Actions de grâce, Rochers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANDEMENT de M. l'Evêque de Bayeux.
MANDEMENT de. M, P'Evêque
de Bayeux,
P
AUL D'ALBERT DE LUYN ES , &C.
Ce n'eft plus , mes chers Freres , uné fimple
protection que Dieu accorde aux troupes de France
& d'Efpagne ; il paroît que ce font des miracles
qu'il opére en leur faveur ; on arrive au fommet des
rochers qu'on regardoit comme inacceffibles , on
franchit des barrieres redoutables ; des Fortere fles
que la Nature & l'Art fembloient avoir rendues
imprenables , font emportées d'affaut , malgré la
multitude & le courage des Soldats qui les défendent
; tout cède à la valeur & l'impétuofité des
troupes Françoifes & Efpagnoles ; chaque Soldat
eft un Heros , dont les actions prodigieufes méritent
qu'on les tranfmette à la poftérité , les corps
morts fervent d'échelle aux François pour escalader
les Remparts & pour arriver à la Victoire .
? Les Philiftins étant campés à Machmas , infultoient
au Peuple d'Ifraël , fe confiant dans les 10-
chers efcarpés qui les couvroient , erant autem inter
afcenfus ... eminentes petra ex utraque parte &
quafi in modum dentium fcopuli hinc inde prarurpti.
Jonathas , plein de confiance dans la protection
du Seigneur , entreprend d'aller les attaquer
par des chemins qui paroiffoient impraticables ; il
arrive au haut des rochers , grimpant avec les pieds
Philiftins;
les mains ; la terreur fe met dans le camp des
2118 MERCURE DE FRANCE.
Philiftios ; leur armée eft taillée en piéces ; tout le
Pays fut faifi d'effroi , dit l'Ecriture , & il parut
que c'étoit Dieu qui avoit fait un miracle : Conturbata
eft terra & accidit quafi miraculum à Deo.
Ne femble-t'il pas , mes chers Freres , que ce foit là
l'hiftoire des prodiges dont nous allors rendre à
Dieu nos actions de grace ? le Seigneur Dieu des
Armées a fufcité dans le Prince de Conty un autre
Jonathas pour la gloire de fon Peuple , & a livré
nos ennemis entre nos mains : Tradidit enim eos Dominus
in manus Ifraël . Marquons lui avec effufion de
coeur notre vive reconnoiffance.
A ces caufes , après en avoir conferé avec nos vénérables
Freres les Chanoines & Chapitre de notre
Eglife Cathédrale , nous chanterons Dimanche 23
Août , folemnellement le Te Deum dans notre dite
Eglife , après les Vêpres , avec les cérémonies accoûtumées,
en actions de grace de la profperité des
armes du Roi , & le Dimanche ſuivant 30 du même
mois , dans l'Eglife de S. Pierre de Caen, às heures
du foir , où tout le Clergé Séculier & Régulier fe
rendra , felon l'ufage.
Ordonnons que le premier Dimanche après la réception
de notre préfent Mandement , on chantera
dans toutes les autres Eglifes de notre Diocèfe le
Te Deum, avec l'Orailon pro gratiarum actioné , & le
-Pleaume Exaudiat , avec l'Oraifon pro Rege & ejus
exercitu. Si mandons , &c . Donné à Bayeux dan's
notre Palais Epifcopal , le 22 Août 1744. Signé,
PAUL , Evêque de Bayeux.
de Bayeux,
P
AUL D'ALBERT DE LUYN ES , &C.
Ce n'eft plus , mes chers Freres , uné fimple
protection que Dieu accorde aux troupes de France
& d'Efpagne ; il paroît que ce font des miracles
qu'il opére en leur faveur ; on arrive au fommet des
rochers qu'on regardoit comme inacceffibles , on
franchit des barrieres redoutables ; des Fortere fles
que la Nature & l'Art fembloient avoir rendues
imprenables , font emportées d'affaut , malgré la
multitude & le courage des Soldats qui les défendent
; tout cède à la valeur & l'impétuofité des
troupes Françoifes & Efpagnoles ; chaque Soldat
eft un Heros , dont les actions prodigieufes méritent
qu'on les tranfmette à la poftérité , les corps
morts fervent d'échelle aux François pour escalader
les Remparts & pour arriver à la Victoire .
? Les Philiftins étant campés à Machmas , infultoient
au Peuple d'Ifraël , fe confiant dans les 10-
chers efcarpés qui les couvroient , erant autem inter
afcenfus ... eminentes petra ex utraque parte &
quafi in modum dentium fcopuli hinc inde prarurpti.
Jonathas , plein de confiance dans la protection
du Seigneur , entreprend d'aller les attaquer
par des chemins qui paroiffoient impraticables ; il
arrive au haut des rochers , grimpant avec les pieds
Philiftins;
les mains ; la terreur fe met dans le camp des
2118 MERCURE DE FRANCE.
Philiftios ; leur armée eft taillée en piéces ; tout le
Pays fut faifi d'effroi , dit l'Ecriture , & il parut
que c'étoit Dieu qui avoit fait un miracle : Conturbata
eft terra & accidit quafi miraculum à Deo.
Ne femble-t'il pas , mes chers Freres , que ce foit là
l'hiftoire des prodiges dont nous allors rendre à
Dieu nos actions de grace ? le Seigneur Dieu des
Armées a fufcité dans le Prince de Conty un autre
Jonathas pour la gloire de fon Peuple , & a livré
nos ennemis entre nos mains : Tradidit enim eos Dominus
in manus Ifraël . Marquons lui avec effufion de
coeur notre vive reconnoiffance.
A ces caufes , après en avoir conferé avec nos vénérables
Freres les Chanoines & Chapitre de notre
Eglife Cathédrale , nous chanterons Dimanche 23
Août , folemnellement le Te Deum dans notre dite
Eglife , après les Vêpres , avec les cérémonies accoûtumées,
en actions de grace de la profperité des
armes du Roi , & le Dimanche ſuivant 30 du même
mois , dans l'Eglife de S. Pierre de Caen, às heures
du foir , où tout le Clergé Séculier & Régulier fe
rendra , felon l'ufage.
Ordonnons que le premier Dimanche après la réception
de notre préfent Mandement , on chantera
dans toutes les autres Eglifes de notre Diocèfe le
Te Deum, avec l'Orailon pro gratiarum actioné , & le
-Pleaume Exaudiat , avec l'Oraifon pro Rege & ejus
exercitu. Si mandons , &c . Donné à Bayeux dan's
notre Palais Epifcopal , le 22 Août 1744. Signé,
PAUL , Evêque de Bayeux.
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170
p. 2125-2127
Mandement en conséquence, [titre d'après la table]
Début :
En conséquence l'Archevêque de Paris donna un Mandement, dont voici la teneur. / CHARLES-GASPARD-GUILLAUME DE VINTIMILLE, &c. Au Clergé Séculier & Régulier, & aux [...]
Mots clefs :
Seigneur, Roi, Monarque, Dieu, Vie, Aux portes de la mort, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement en conséquence, [titre d'après la table]
En conféquence l'Archevêque de Paris donna un
Mandement , dont voici la teneur.
CHARLES GASPARD- GUILLAUME DE VINTI .
MILLE , & c. Au Clergé Séculier & Régulier , & aux
Fidéles de notre Diocèfe : Salut & Bénédiction.
Dans un tems , mes très- Chers Freres , où nous
attendions de jour en jour , que le Roi , à la tête de
fon armée , attaqueroit fes ennemis , & les forceroit
d'abandonner cette riche Province, de laquelle
ils s'étoient flatés de faire le théatre de leurs triomphes
, quelle fût notre affliction d'apprendre , que
S. M. réduite fur un lit de douleur, par une maladie
violente , étoit dans l'impuiflance d'exécuter la généreuse
réfolution qu'elle avoit prife !.
I ij Mais
2124 MERCURE DE FRANCE.
Mais quel furcroît de déſolation & d'accablement
pour nous , lorfque nous ne pûmes ignorer , que
malgré la vigueur de l'âge & tous les fecours humains
, ce Frince fe trouvoit dans une extrêmité ,
femblable à celle qui fit dire autrefois au Roi Ezechias
: N'étant encore qu'à la moitié de mes jours , je
me vois aux portes de la mort . . Je ne verrai plus le
-Seigneur dans la terre des vivans ; les hommes qui l'kabitent
vont difparoître à mes yeux , & ma vie n'eft plus
que comme la tente d'un Berger , qu'on plie, pour l'emporter
ailleurs.
·
Au bruit du péril auquel le trouvoit exposée une
vie dont dépendent le bonheur & le falut de la
France , la confternation fut générale ; les Grands
comme les Petits , les Riches comme les Pauvres ,
tous firent éclater leur douleur, & donnerent à l'envi
des marques de leur attachement pour la Perfon-
' ne facrée de leur Roi .On accouroit en foule dans nos
Eglifes , & furtout dans ce célebre Temple dédié
fous l'invocation de la Mere de Dieu , où les Miniftres
du Seigneur , profternés jour & nuit au pied
de l'Autel , s'efforçoient de fléchir la colere du Ĉiel,
& de détourner le coup terrible dont nous étions
menacés.
S'il en coûte à notre coeur de rouvrir dans le vôtre
, par le fouvenir de ces triftes objets , une
playe douloureufe , il est bien confolant de pouvoir
vous affûrer , que le fujer de nos allarmes eft entierement
diffipé, & que l'Augufte Monarque , que
nous avons pleuré comme mort , aujourd'hui plein
de vie & de fanté, eft en état d'accomplir les glorieux
projets que lui dicteront fon amour pour fesPeuples,
& fon zèle pour le rétabliſſement de la tranquillité
de l'Europe.
Beni foit , mille & mille fois le Seigneur , qui n'a
pas rejetté notre priere , ni éloigné fa miféricorde do
defus
SEPTEMBRE. 1744. 2125
deffus nous ! C'est lui , c'eft le Tout - Puiffant qui
conduit ce Prince jufqu'aux portes de la mort , & qui
l'en a retiré : la même main qui nous avoit bleffés ,
nous a guéris . Le Dieu de toute confolation a fait
fucceder à la tempête , aux larmes aux soupirs le
calme la joye : touché de tant de voeux , de tant
de prieres , de tant d'oeuvres de mortification & de
pénitence , il nous rend ce Monarque , plus digne
que jamais & de notre reſpect & de notre amour.
Dans ces circonftances , S. M. perfuadée comme
nous , que fa vie renouvellée , eft un bienfait de
celui qui a fur les Souverains comme fur les Sujets ,
un pouvoir abfolu de vie de mort , veut que nous
lui en rendions de très-humbles actions de graces ,
& par une fuite des fentimens qu'elle a fait paroître ,
dans le tems de la tribulation , elle nous ordonne de
demander les fecours dont elle a befoin , pour n'être
déformais occupée que de la gloire du Seigneur & du
bonheur defes Peuples.
לג
Obéiffons à des ordres fi refpectables . Remercions
Dieu de nous avoir épargné le plus redoutable trait
de la colere , que nous n'avions peut- être que trop
mérité. Demandons lui qu'il comble ce Monarque
de fes faveurs céleftes & des dons inestimables de fa
grace ; qu'il lui faffe goûter de plus en plus cette
belle Maxime de S. Auguftin , que la condition
des Souverains n'eft véritablement heureuſe , que
quand ils commandent avec juſtice ; qu'ils ne s'élevent
point avec orgueil , ni des éloges flateurs , ni
» des hommages féduifans de ceux qui les environ-
>>nent ; qu'ils fe fervent de leur autorité pour éten-
» dre le culte Divin ; qu'ils craignent Dieu , l'ai-
» ment & le fervent avec fidelité , qu'ils font plus
» de cas du Royaume qu'ils efperent dans le Ciel ,
» que de celui qu'ils poffedent fur la Terre ; qu'ils
répriment leurs paffions avec d'autant plus de loin .
I iij » qu'il
37
2126 MERCURE DE FRANCE.
» qu'il leur eft plus facile de les fatisfaire , & qu'ils
préferent l'avantage de les foûmettre & de les
dompter , à celui de commander au monde entier.
Enfin conjurons le Seigneur de nous conferver
long-tems le Tréfor qu'il nous a rendu , & de nous
faire jouir avec tranquillité , pendant une longue
fuite d'années , du fruit de nos voeux , en ajoûtant de
nouveaux jours à ceux d'un Roi , qui par un des plus
nobles fentimens que la Religion & l'Héroïfie
Chrétien peuvent infpirer , ne veut vivre que pour
faire honorer Dieu & pour nous rendre heureux-
A ces caufes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapitre
de notre Eglife Métropolitaine,Nous ordonnons
que le Te Deum avec le Verfet Benedicamus Patrem
Filium , &c. & l'Oraifon Pro reftituta Regis fani.
tate ; l'Antienne , Domine falvum fac Regem , &c. le
Verfet Fiat manus tua , &c . & l'Orailon Pro Ree
& ejus Exercitu , fera chanté Jeudi 10 Septembre ,
dans notredite Eglife; Dimanche 13 du même mois,
dans toutes les Abbayes , Chapitres , Patoiffes &
Communautés Séculieres & Régulieres de la Ville
& des Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche qui fuivra
la réception de notre préfent Mandement , dans
toutes les autres Eglifes de notre Diocèfe . Nous ordonnons
en outre , que depuis le jour que le Te
Deum aura été chanté dans notredite Eglife Métropolitaine
, jufqu'au premier du mois d'Octobre exclufivement
, on récitera à toutes les Meffes la fufdite
Oraiſon avec la Secrete & la Poftcommunion
qui la fuivent. Nous recommandons aux Curés &
Vicaires de notre Diocèle , d'exhorter les Fidéles
dans leurs Prônes & autres Inftructions , de demander
au Ciel , ainfi que S. M. le défire , l'aſſiſtance
dont elle a befoin , pour faire de la fanté qu'elle a
recouvrée , un ufage agréable à Dieu & utile à fes
Peuples.
Si
SEPTEMBRE. 1744. 2127
Si mandons aux Archiprêtres , &c . Donné à Patis
en notre Palais Archiepifcopal le 6 Septembte
1744. Signé, CHARLES, Archevêque de Paris , & c.
Mandement , dont voici la teneur.
CHARLES GASPARD- GUILLAUME DE VINTI .
MILLE , & c. Au Clergé Séculier & Régulier , & aux
Fidéles de notre Diocèfe : Salut & Bénédiction.
Dans un tems , mes très- Chers Freres , où nous
attendions de jour en jour , que le Roi , à la tête de
fon armée , attaqueroit fes ennemis , & les forceroit
d'abandonner cette riche Province, de laquelle
ils s'étoient flatés de faire le théatre de leurs triomphes
, quelle fût notre affliction d'apprendre , que
S. M. réduite fur un lit de douleur, par une maladie
violente , étoit dans l'impuiflance d'exécuter la généreuse
réfolution qu'elle avoit prife !.
I ij Mais
2124 MERCURE DE FRANCE.
Mais quel furcroît de déſolation & d'accablement
pour nous , lorfque nous ne pûmes ignorer , que
malgré la vigueur de l'âge & tous les fecours humains
, ce Frince fe trouvoit dans une extrêmité ,
femblable à celle qui fit dire autrefois au Roi Ezechias
: N'étant encore qu'à la moitié de mes jours , je
me vois aux portes de la mort . . Je ne verrai plus le
-Seigneur dans la terre des vivans ; les hommes qui l'kabitent
vont difparoître à mes yeux , & ma vie n'eft plus
que comme la tente d'un Berger , qu'on plie, pour l'emporter
ailleurs.
·
Au bruit du péril auquel le trouvoit exposée une
vie dont dépendent le bonheur & le falut de la
France , la confternation fut générale ; les Grands
comme les Petits , les Riches comme les Pauvres ,
tous firent éclater leur douleur, & donnerent à l'envi
des marques de leur attachement pour la Perfon-
' ne facrée de leur Roi .On accouroit en foule dans nos
Eglifes , & furtout dans ce célebre Temple dédié
fous l'invocation de la Mere de Dieu , où les Miniftres
du Seigneur , profternés jour & nuit au pied
de l'Autel , s'efforçoient de fléchir la colere du Ĉiel,
& de détourner le coup terrible dont nous étions
menacés.
S'il en coûte à notre coeur de rouvrir dans le vôtre
, par le fouvenir de ces triftes objets , une
playe douloureufe , il est bien confolant de pouvoir
vous affûrer , que le fujer de nos allarmes eft entierement
diffipé, & que l'Augufte Monarque , que
nous avons pleuré comme mort , aujourd'hui plein
de vie & de fanté, eft en état d'accomplir les glorieux
projets que lui dicteront fon amour pour fesPeuples,
& fon zèle pour le rétabliſſement de la tranquillité
de l'Europe.
Beni foit , mille & mille fois le Seigneur , qui n'a
pas rejetté notre priere , ni éloigné fa miféricorde do
defus
SEPTEMBRE. 1744. 2125
deffus nous ! C'est lui , c'eft le Tout - Puiffant qui
conduit ce Prince jufqu'aux portes de la mort , & qui
l'en a retiré : la même main qui nous avoit bleffés ,
nous a guéris . Le Dieu de toute confolation a fait
fucceder à la tempête , aux larmes aux soupirs le
calme la joye : touché de tant de voeux , de tant
de prieres , de tant d'oeuvres de mortification & de
pénitence , il nous rend ce Monarque , plus digne
que jamais & de notre reſpect & de notre amour.
Dans ces circonftances , S. M. perfuadée comme
nous , que fa vie renouvellée , eft un bienfait de
celui qui a fur les Souverains comme fur les Sujets ,
un pouvoir abfolu de vie de mort , veut que nous
lui en rendions de très-humbles actions de graces ,
& par une fuite des fentimens qu'elle a fait paroître ,
dans le tems de la tribulation , elle nous ordonne de
demander les fecours dont elle a befoin , pour n'être
déformais occupée que de la gloire du Seigneur & du
bonheur defes Peuples.
לג
Obéiffons à des ordres fi refpectables . Remercions
Dieu de nous avoir épargné le plus redoutable trait
de la colere , que nous n'avions peut- être que trop
mérité. Demandons lui qu'il comble ce Monarque
de fes faveurs céleftes & des dons inestimables de fa
grace ; qu'il lui faffe goûter de plus en plus cette
belle Maxime de S. Auguftin , que la condition
des Souverains n'eft véritablement heureuſe , que
quand ils commandent avec juſtice ; qu'ils ne s'élevent
point avec orgueil , ni des éloges flateurs , ni
» des hommages féduifans de ceux qui les environ-
>>nent ; qu'ils fe fervent de leur autorité pour éten-
» dre le culte Divin ; qu'ils craignent Dieu , l'ai-
» ment & le fervent avec fidelité , qu'ils font plus
» de cas du Royaume qu'ils efperent dans le Ciel ,
» que de celui qu'ils poffedent fur la Terre ; qu'ils
répriment leurs paffions avec d'autant plus de loin .
I iij » qu'il
37
2126 MERCURE DE FRANCE.
» qu'il leur eft plus facile de les fatisfaire , & qu'ils
préferent l'avantage de les foûmettre & de les
dompter , à celui de commander au monde entier.
Enfin conjurons le Seigneur de nous conferver
long-tems le Tréfor qu'il nous a rendu , & de nous
faire jouir avec tranquillité , pendant une longue
fuite d'années , du fruit de nos voeux , en ajoûtant de
nouveaux jours à ceux d'un Roi , qui par un des plus
nobles fentimens que la Religion & l'Héroïfie
Chrétien peuvent infpirer , ne veut vivre que pour
faire honorer Dieu & pour nous rendre heureux-
A ces caufes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapitre
de notre Eglife Métropolitaine,Nous ordonnons
que le Te Deum avec le Verfet Benedicamus Patrem
Filium , &c. & l'Oraifon Pro reftituta Regis fani.
tate ; l'Antienne , Domine falvum fac Regem , &c. le
Verfet Fiat manus tua , &c . & l'Orailon Pro Ree
& ejus Exercitu , fera chanté Jeudi 10 Septembre ,
dans notredite Eglife; Dimanche 13 du même mois,
dans toutes les Abbayes , Chapitres , Patoiffes &
Communautés Séculieres & Régulieres de la Ville
& des Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche qui fuivra
la réception de notre préfent Mandement , dans
toutes les autres Eglifes de notre Diocèfe . Nous ordonnons
en outre , que depuis le jour que le Te
Deum aura été chanté dans notredite Eglife Métropolitaine
, jufqu'au premier du mois d'Octobre exclufivement
, on récitera à toutes les Meffes la fufdite
Oraiſon avec la Secrete & la Poftcommunion
qui la fuivent. Nous recommandons aux Curés &
Vicaires de notre Diocèle , d'exhorter les Fidéles
dans leurs Prônes & autres Inftructions , de demander
au Ciel , ainfi que S. M. le défire , l'aſſiſtance
dont elle a befoin , pour faire de la fanté qu'elle a
recouvrée , un ufage agréable à Dieu & utile à fes
Peuples.
Si
SEPTEMBRE. 1744. 2127
Si mandons aux Archiprêtres , &c . Donné à Patis
en notre Palais Archiepifcopal le 6 Septembte
1744. Signé, CHARLES, Archevêque de Paris , & c.
Fermer
171
p. 2131-2132
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
Début :
AU milieu des transports du plus tendre & du plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai passé successivement [...]
Mots clefs :
Roi, Médaillon, Dieu, Voeux, Prince, Convalescence, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
Fermer
172
p. 2133-2135
LA Convalescence du ROI.
Début :
ILS sont passés ces jours de douleur & d'effroi, [...]
Mots clefs :
Temps, Dieu, Coeurs, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA Convalescence du ROI.
LA Convalescence du Ro1.
ILs font paffés ces jours de douleur & d'effroi ,
Et l'empire François renaît avec fon Roi.
Avions- nous mérité que le courroux Céleste
Fit fubir à nos coeurs cette épreuve funeſte ?
Nous perdions pour jamais ce tréfor précieux ,
Au moment qu'il étoit le plus cher à nos yeux.
Nos coeurs tournés vers lui dès fa plus tendre enfance
,
S'étoient liés encor par la reconnoiffance ;
Nos befoins en tout tems remplis , ou prevenus ;
Le Commerce affermi , nos voifins foutenus ;
Nos Champs fertilifés par une paix profonde ;
Tout immortalifoit le bienfaiteur du monde .
Mais enfin l'Univers s'eſt laffé d'être heureux ;
La Diſcorde s'éveille ; elle exhale fes feux ;
La grandeur du Héros bien- tôt fe développe ;
Le danger l'encourage , il fait trembler l'Europe :
Des rives de l'Escaut , il vole aux bords du Rhin.
A la fureur impie il va donner un frein......
Ciel ! Quelle affreuſe ſcéne à nos regards offerte !
Là , le Char de Triomphe , ici , la Tombe ouverte
De funébres clameurs s'élèvent jufqu'aux Cieux.
Ceffez bruyans Concerts d'an camp victorieux ;
La foudre va tomber ; l'inftant fatal s'avance ','
Et le coup retentit aux deux bouts de la France .
Lévi2134
MERCURE DE FRANCE.
Lévites , Magiftrats , Citoyens confternés ,
Et tout fexe , & tout âge aux Autels profternés ,
Attendent le ſecours que leur ferveur implore :
Le jour meurt , & renaît ; ils gémiffent encore.
La vieilleffe s'épuiſe en foûpirs languiffans ;
L'enfance étouffe & perd ſes timides accens.
Un peuple qu'adopta la Sageffe éternelle ,
Heureux , favorisé , tant qu'il reſta fidéle ,
Dans fes Temples profcrits reclame les bontés
D'un Dieu , qui dès long-tems les a deshérités :
Il femble qu'à Louis ils s'empreffent de rendre
L'hommage , qu'autrefois reçut d'eux Alexandre
Des Mortels féparés , & de culte & de loix ,
Un intérêt fi cher a réuni les voix.
Des Remparts de Paris & Vierge tutélaire ,
De tes concitoyens n'es- tu donc plus la Mere ?
Et ce Roi dans les Cieux couronné de nos Lys ,
Ne reconnoît- il plus fes fujets & fon Fils ?
Quelle nouvelle horreur nous frape , & nous ac
cable !
L'objet le plus augufte & le plus déplorable
Une Epouſe ... Elle part... Quel ſpectacle l'attend ?
Et toi , digne foutien de ce Trône flotant ,
Tu la fuis... Faudra t'il craindre auffi pour ta vie
Ton défeſpoir , tes pleurs te l'ont presque ravie.
Volez , volez tous deux à fes embraffemens ;
Recevez-les... Hélas ! Peut- être il n'eſt plus tems.
La
SEPTEMBRE . 1744: 2135
La Nature s'éteint ; l'Art n'a plus de reffource ;
Nouvel Ezéchias , au milieu de fa courſe ,
Il tombe ; courageux fans fafte & ſans effort ,
Il nous plaint , & ne craint , ni ne brave la mort.
Grand Dieu , qui nous êtois toute ombre d'eſpé
rance ,
Tu voulois au miracle affûrer l'évidence ;
Tu te voiles fouvent fous les fecours humains ;
Ici tu fais briller l'Ouvrage de tes mains.
LOUIS refpire enfin , objet de tant d'allarmes ,
Une feconde fois racheté pat nos larmes.
Que fes premiers périls nous en firent verſer ,
Quand cer Aftre naiffant fut près de s'éclipfer !
Les plus ardens tranfports, les Fêtes les plus belles;
Signalerent la fin de nos frayeurs mortelles .
Plus fortunés encor , & plus reconnoiſſans ,
Allons offrir au Ciel nos voeux & notre encens :
Le Sénat a donné le fignal d'allegreffe ;
L'organe de nos Loix , l'eft de notre tendreffe.
France , adore la main , qui rend en ce grand
jour ,
Un Héros à ta gloire , un Pere à ton amour.
Par M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel.
ILs font paffés ces jours de douleur & d'effroi ,
Et l'empire François renaît avec fon Roi.
Avions- nous mérité que le courroux Céleste
Fit fubir à nos coeurs cette épreuve funeſte ?
Nous perdions pour jamais ce tréfor précieux ,
Au moment qu'il étoit le plus cher à nos yeux.
Nos coeurs tournés vers lui dès fa plus tendre enfance
,
S'étoient liés encor par la reconnoiffance ;
Nos befoins en tout tems remplis , ou prevenus ;
Le Commerce affermi , nos voifins foutenus ;
Nos Champs fertilifés par une paix profonde ;
Tout immortalifoit le bienfaiteur du monde .
Mais enfin l'Univers s'eſt laffé d'être heureux ;
La Diſcorde s'éveille ; elle exhale fes feux ;
La grandeur du Héros bien- tôt fe développe ;
Le danger l'encourage , il fait trembler l'Europe :
Des rives de l'Escaut , il vole aux bords du Rhin.
A la fureur impie il va donner un frein......
Ciel ! Quelle affreuſe ſcéne à nos regards offerte !
Là , le Char de Triomphe , ici , la Tombe ouverte
De funébres clameurs s'élèvent jufqu'aux Cieux.
Ceffez bruyans Concerts d'an camp victorieux ;
La foudre va tomber ; l'inftant fatal s'avance ','
Et le coup retentit aux deux bouts de la France .
Lévi2134
MERCURE DE FRANCE.
Lévites , Magiftrats , Citoyens confternés ,
Et tout fexe , & tout âge aux Autels profternés ,
Attendent le ſecours que leur ferveur implore :
Le jour meurt , & renaît ; ils gémiffent encore.
La vieilleffe s'épuiſe en foûpirs languiffans ;
L'enfance étouffe & perd ſes timides accens.
Un peuple qu'adopta la Sageffe éternelle ,
Heureux , favorisé , tant qu'il reſta fidéle ,
Dans fes Temples profcrits reclame les bontés
D'un Dieu , qui dès long-tems les a deshérités :
Il femble qu'à Louis ils s'empreffent de rendre
L'hommage , qu'autrefois reçut d'eux Alexandre
Des Mortels féparés , & de culte & de loix ,
Un intérêt fi cher a réuni les voix.
Des Remparts de Paris & Vierge tutélaire ,
De tes concitoyens n'es- tu donc plus la Mere ?
Et ce Roi dans les Cieux couronné de nos Lys ,
Ne reconnoît- il plus fes fujets & fon Fils ?
Quelle nouvelle horreur nous frape , & nous ac
cable !
L'objet le plus augufte & le plus déplorable
Une Epouſe ... Elle part... Quel ſpectacle l'attend ?
Et toi , digne foutien de ce Trône flotant ,
Tu la fuis... Faudra t'il craindre auffi pour ta vie
Ton défeſpoir , tes pleurs te l'ont presque ravie.
Volez , volez tous deux à fes embraffemens ;
Recevez-les... Hélas ! Peut- être il n'eſt plus tems.
La
SEPTEMBRE . 1744: 2135
La Nature s'éteint ; l'Art n'a plus de reffource ;
Nouvel Ezéchias , au milieu de fa courſe ,
Il tombe ; courageux fans fafte & ſans effort ,
Il nous plaint , & ne craint , ni ne brave la mort.
Grand Dieu , qui nous êtois toute ombre d'eſpé
rance ,
Tu voulois au miracle affûrer l'évidence ;
Tu te voiles fouvent fous les fecours humains ;
Ici tu fais briller l'Ouvrage de tes mains.
LOUIS refpire enfin , objet de tant d'allarmes ,
Une feconde fois racheté pat nos larmes.
Que fes premiers périls nous en firent verſer ,
Quand cer Aftre naiffant fut près de s'éclipfer !
Les plus ardens tranfports, les Fêtes les plus belles;
Signalerent la fin de nos frayeurs mortelles .
Plus fortunés encor , & plus reconnoiſſans ,
Allons offrir au Ciel nos voeux & notre encens :
Le Sénat a donné le fignal d'allegreffe ;
L'organe de nos Loix , l'eft de notre tendreffe.
France , adore la main , qui rend en ce grand
jour ,
Un Héros à ta gloire , un Pere à ton amour.
Par M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel.
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173
p. 2352-2353
ALLEGORIE.
Début :
UN jour la Reine de Cithére [...]
Mots clefs :
Dieu, Figure, Mars, Beau, Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEGORIE.
ALLEGORIE.
U
N jour la Reine de Cithére
Se plaignantdu Dieu de la Guerre ,
Applaudiffoit d'autant à ſes appas :
Il fuit , dit elle; il me néglige ;
Trop de bonté fait des ingrats ;
Ellayons par quelque preſtige
OCTOBRE. 1744. 2353
Achâtier ſes mépris ſcélérats ;
Je veux auprès de moi que ſans ceſſe il voltige ,
Et ne me reconnoiffe pas :
Transformons-nous ; je vais être vengée ,
Elle dit , & déja ſa figure eft changée.
Ce n'eſt plus ce majestueux ,
:
Ce beau complet , fait pour les yeux ;
Ce beau , qui n'offre rien à dire ,
Qu'après un tems, en baillant , on admire ,
C'eſt du piquant, de l'agaçant, du fin ,
Du gracieux , du fripon , du lutin ;
:
1
১
}
Pour l'exprimer il n'eſt point de langage,
C'eſt l'amour, en un mot& tout ſon appanage ;
Ce Dieu ſoûrit ; Mars vient enfin :
Quel Amant'a jamais méconnu ſon Amante ?
Ah ! vous n'étiez que belle,& vous voila charmante,
S'écria- t'il , tombant à ſes genoux ;
De graces quel amas fertile !
Vous n'en aviez que trois , & vous en avez mille ,
Qui vont éternifer mes tranſports les plus doux.
Mars eft abfent , aimable Dangeville ;
Cet amas d'agrémens devenoit inutile
A la Déeffe des Amours ;
Contente de n'être que belle
Elle vous a cedé ſa figure nouvelle;
Poſſedez la ; plaiſez toujours ;
On la reſpecte , on l'admire ſous l'autre ,
Mais on l'adore , on l'aime ſous la vôtre.
U
N jour la Reine de Cithére
Se plaignantdu Dieu de la Guerre ,
Applaudiffoit d'autant à ſes appas :
Il fuit , dit elle; il me néglige ;
Trop de bonté fait des ingrats ;
Ellayons par quelque preſtige
OCTOBRE. 1744. 2353
Achâtier ſes mépris ſcélérats ;
Je veux auprès de moi que ſans ceſſe il voltige ,
Et ne me reconnoiffe pas :
Transformons-nous ; je vais être vengée ,
Elle dit , & déja ſa figure eft changée.
Ce n'eſt plus ce majestueux ,
:
Ce beau complet , fait pour les yeux ;
Ce beau , qui n'offre rien à dire ,
Qu'après un tems, en baillant , on admire ,
C'eſt du piquant, de l'agaçant, du fin ,
Du gracieux , du fripon , du lutin ;
:
1
১
}
Pour l'exprimer il n'eſt point de langage,
C'eſt l'amour, en un mot& tout ſon appanage ;
Ce Dieu ſoûrit ; Mars vient enfin :
Quel Amant'a jamais méconnu ſon Amante ?
Ah ! vous n'étiez que belle,& vous voila charmante,
S'écria- t'il , tombant à ſes genoux ;
De graces quel amas fertile !
Vous n'en aviez que trois , & vous en avez mille ,
Qui vont éternifer mes tranſports les plus doux.
Mars eft abfent , aimable Dangeville ;
Cet amas d'agrémens devenoit inutile
A la Déeffe des Amours ;
Contente de n'être que belle
Elle vous a cedé ſa figure nouvelle;
Poſſedez la ; plaiſez toujours ;
On la reſpecte , on l'admire ſous l'autre ,
Mais on l'adore , on l'aime ſous la vôtre.
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174
p. 45-49
LES ROIS, ODE.
Début :
TOI qui vis tomber les colonnes [...]
Mots clefs :
Rois, Trône, Dieu, Terre, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ROIS, ODE.
LES ROIS ,
:
ODE.
Oi qui vis tomber les colonnes
Des Etats les plus floriſſans ;
Toi qui vis brifer les Couronnes
Des Souverains les plus puiſſants ;
OTerre ! ô féconde Cybelle !
Tu caches dans ton ſein fidelle
Les faſtes des ſiècles divers :
Ouvre à ma Muſe , qui t'appelle ,
Les Archives de l'Univers .
: 1.
Montre- moi fous leurs Pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés ,
Ces Rois faſtueux & timides ,
Jadis ſur le Trône adorés :
Leur nom n'a duré qu'une Aurore ;
Envain le Marbre couvre encore
Les vains debris de leur cercueil :
LeTems à chaque inſtant dévore
Les Monumens de leur Orgueil.
1
**
Tu vis fortir de tes entrailles.
Cv
46 MERCURE DE FRANCE.
CesHéros , Tyrans des Humains ,
Dont le Dieu fanglant des batailles
Armoit les facrileges mains :
Que les Emules d'Alexandre
Bravent fur des Palais en cendre
Et la Fortune & ſes revers ;
Bien- tôt tu les verras deſcendre :
Dans les Tombeaux qu'ils ont ouverts..
Je' fçais qu'Achille , que Therſite
Etoient ſoumis au même ſort ;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténebres de la mort ;.
Mais l'Iſſe infâme de Caprée
Vit tomber l'Idole abhorrée
Du cruel Maître de Séjan ,
Et la Terre , encore éplorée ,
Encenſe l'Urne de Trajan.
Princes dont la cendre repoſe
Au pied des plus riches Autels ,
Souvent malgré l'Apothéoſe ,
Vous êtes l'horreur des Mortels;
Envain dans vos Palais nourrie ,
La folle & baſſe Flaterie
Chante vos Hyinnes en tout licu:
NOVEMBRE.. 1744. 47
Le tems détruit l'Idolatrie ,
Et briſe l'Autel & le Dieu..
Rois , laiffez aux Peuples fauvages
Le droit injuſte du plus fort ;
La crainte arrache nos hommages ,
L'amour les obtient fans effort:
Serrez moins le noeud qui nous lie ;
Notre orgueil à regret ſe plie
'Au joug rigoureux du pouvoir :
L'amour, plus noble, multiplie
Nos foins que borne le Devoir.
Dans vos Serrails impénétrables ,
Sultans , eſclaves couronnés ,
Vous traînez des jours déplorables ,
Des jours de trouble environnés :
Pour rendre la Terre féconde ,
Le Soleil fort du ſein de l'Onde ,
Et s'ouvre un chemin vers les Cieux:
O Rois , rendez heureux le Monde,.
En vous offrant à tous les yeux .
Voyez ſur les bords de la Seine
Ce Prince , l'amour des Français";
La Victoire qui le ramene ,
Annonce à grands cris nos ſuccès :
Cvjs
48 MERCURE DE FRANCE.
Son Peuple l'entoure & le preffe ;
Le zéle ſe change en yvreffe ;
On aime , on adore ſes loix :
Excès d'une juſte tendreſſe ,
Qui fait le bonheur des grands Rois !
Ne craignons pas que la mémoire
Se perde dans l'ombre du Tems ,
Ni que le grand jour de l'Hiſtoire
Terniſſe ſes faits éclatans :
Minerve le ſuit à la guerre ,
Thémis gouverne ſon tonnerre ;
Il n'eſt armé que pour la paix ,
Et ne veut enchaîner la Terre
Que par le lien des bienfaits.
On dira : Quel Dieu favorable
Accorda Louis aux Humains ?
Son amitié ferme & durable
Soutint le Trône des Romains ;
Dans ſon Tribunal deſporique ,
Jamais la Liberté publique
N'expira ſous l'autorité ;
Les refforts de ſa politique
Furent les loix de l'équité.
楽
Né ſur le Trone , il fut ſenſible ;
NOVEMBRE. 1744 . 49
Juge , il reffentit la pitié ;
Souverain , il fut acceſſible ;
Monarque , il connut l'amitié :
Que ſa justice & fon courage ,
Que ſon nom , beni d'âge en âge,
Des fiécles percent le cahos :
Qu'il foit le modéle du Sage :
Qu'il foit l'exemple des Héros.
Sans avoir le pinceau d'Appelle ,
Diſciple de la vérité ,
J'ébauche le Portrait fidelle
Que peindra la Poſtérité.
Grand Roi , que la France applaudiſſe
Aux Vers de ma Muſe novice ,
Il eſt pour eux un prix plus doux ;
Vous pouvez d'un regard propice
Les rendre immortels comme vous.
Par M. L. D. B. de l'Académie Françoife.
:
ODE.
Oi qui vis tomber les colonnes
Des Etats les plus floriſſans ;
Toi qui vis brifer les Couronnes
Des Souverains les plus puiſſants ;
OTerre ! ô féconde Cybelle !
Tu caches dans ton ſein fidelle
Les faſtes des ſiècles divers :
Ouvre à ma Muſe , qui t'appelle ,
Les Archives de l'Univers .
: 1.
Montre- moi fous leurs Pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés ,
Ces Rois faſtueux & timides ,
Jadis ſur le Trône adorés :
Leur nom n'a duré qu'une Aurore ;
Envain le Marbre couvre encore
Les vains debris de leur cercueil :
LeTems à chaque inſtant dévore
Les Monumens de leur Orgueil.
1
**
Tu vis fortir de tes entrailles.
Cv
46 MERCURE DE FRANCE.
CesHéros , Tyrans des Humains ,
Dont le Dieu fanglant des batailles
Armoit les facrileges mains :
Que les Emules d'Alexandre
Bravent fur des Palais en cendre
Et la Fortune & ſes revers ;
Bien- tôt tu les verras deſcendre :
Dans les Tombeaux qu'ils ont ouverts..
Je' fçais qu'Achille , que Therſite
Etoient ſoumis au même ſort ;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténebres de la mort ;.
Mais l'Iſſe infâme de Caprée
Vit tomber l'Idole abhorrée
Du cruel Maître de Séjan ,
Et la Terre , encore éplorée ,
Encenſe l'Urne de Trajan.
Princes dont la cendre repoſe
Au pied des plus riches Autels ,
Souvent malgré l'Apothéoſe ,
Vous êtes l'horreur des Mortels;
Envain dans vos Palais nourrie ,
La folle & baſſe Flaterie
Chante vos Hyinnes en tout licu:
NOVEMBRE.. 1744. 47
Le tems détruit l'Idolatrie ,
Et briſe l'Autel & le Dieu..
Rois , laiffez aux Peuples fauvages
Le droit injuſte du plus fort ;
La crainte arrache nos hommages ,
L'amour les obtient fans effort:
Serrez moins le noeud qui nous lie ;
Notre orgueil à regret ſe plie
'Au joug rigoureux du pouvoir :
L'amour, plus noble, multiplie
Nos foins que borne le Devoir.
Dans vos Serrails impénétrables ,
Sultans , eſclaves couronnés ,
Vous traînez des jours déplorables ,
Des jours de trouble environnés :
Pour rendre la Terre féconde ,
Le Soleil fort du ſein de l'Onde ,
Et s'ouvre un chemin vers les Cieux:
O Rois , rendez heureux le Monde,.
En vous offrant à tous les yeux .
Voyez ſur les bords de la Seine
Ce Prince , l'amour des Français";
La Victoire qui le ramene ,
Annonce à grands cris nos ſuccès :
Cvjs
48 MERCURE DE FRANCE.
Son Peuple l'entoure & le preffe ;
Le zéle ſe change en yvreffe ;
On aime , on adore ſes loix :
Excès d'une juſte tendreſſe ,
Qui fait le bonheur des grands Rois !
Ne craignons pas que la mémoire
Se perde dans l'ombre du Tems ,
Ni que le grand jour de l'Hiſtoire
Terniſſe ſes faits éclatans :
Minerve le ſuit à la guerre ,
Thémis gouverne ſon tonnerre ;
Il n'eſt armé que pour la paix ,
Et ne veut enchaîner la Terre
Que par le lien des bienfaits.
On dira : Quel Dieu favorable
Accorda Louis aux Humains ?
Son amitié ferme & durable
Soutint le Trône des Romains ;
Dans ſon Tribunal deſporique ,
Jamais la Liberté publique
N'expira ſous l'autorité ;
Les refforts de ſa politique
Furent les loix de l'équité.
楽
Né ſur le Trone , il fut ſenſible ;
NOVEMBRE. 1744 . 49
Juge , il reffentit la pitié ;
Souverain , il fut acceſſible ;
Monarque , il connut l'amitié :
Que ſa justice & fon courage ,
Que ſon nom , beni d'âge en âge,
Des fiécles percent le cahos :
Qu'il foit le modéle du Sage :
Qu'il foit l'exemple des Héros.
Sans avoir le pinceau d'Appelle ,
Diſciple de la vérité ,
J'ébauche le Portrait fidelle
Que peindra la Poſtérité.
Grand Roi , que la France applaudiſſe
Aux Vers de ma Muſe novice ,
Il eſt pour eux un prix plus doux ;
Vous pouvez d'un regard propice
Les rendre immortels comme vous.
Par M. L. D. B. de l'Académie Françoife.
Fermer
175
p. 199-203
COPIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneur l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le TE DEUM en Actions de graces des heureux succès de la Campagne du Roi, & en particulier de la Prise de la Ville de Fribourg.
Début :
MON Cousin, le moment que j'attendois avec tant d'impatience est arrivé, où je puis [...]
Mots clefs :
Dieu, Paris, Roi, Fribourg-en-Brisgau, Sujets, Gloire, Bonté, Actions de grâces, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneur l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le TE DEUM en Actions de graces des heureux succès de la Campagne du Roi, & en particulier de la Prise de la Ville de Fribourg.
COPIE de la Lettre du Roi écrite à Mon
Seigneur l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le TE DEUM en Actions de
graces des heureux ſuccès de la Campagne
du Roi , & en particulier de la Priſedé la
Villede Fribourg.
MOnOn Cousin , le moment que j'attendois
avec tant d'impatience eſt arrivé , où je puis
rendre à Dieu , au milieu de tout mon Peuple ,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont il nous a comblé . Il lui a plú de ſeconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mes Armées : il a daigné récompenfer l'amour
que je porte à mes Sujets , & couronner , par
des ſuccès , le déſir que j'avois de contribuer moimême
à leur ſureté & à leur gloire. Mes Conquêzes
en Flandres ont été auſſi rapides qu'elles
étoient importantes ; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés , reconnoiſſant leur foibleſſe
, n'oſant pas ſe préſenter à force ouverte , &
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas , ont ſurpris des paſſages pour pénétrer
dans mes Etats , mais la valeur de mes Troupes
m'a donné le tems de voler à leur ſecours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes , ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu , & Dieu
qui m'en donnoit la force &la volonté , paroiſſoit
approuver mes deſſeins. Si alors ſa grace toute-puiffante
a paru m'abandonner un moment ; fi après
m'avoir protegé dans des entrepriſes difficiles , il a
voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
ま
dangers , ce moment d'allarme n'a ſervi qu'à me
faire ſentir plus vivement l'excès de fa bonté , &
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve ,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puiſſe être pour un Roi. Sa Providence a voulu
que je jouiffe de tout l'amour de mes Sujets ,
ſans que les marques en fuſſent ſuſpectes , & que
me ſurvivant àmoi -même , je viſſe les regrets que
je laiſſfois après moi : voilà de tous ſes dons , unde
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
moncoeur , ſçait combien le prix d'être aimé , y
prévaut ſur un vain défir de gloire , qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que fa bonté daigne achever
fon ouvrage , que ce ne ſoit pas vainement que
monPeuple me ſoit cher ; que ſa protection me
fourniſſe les moyens de rendre ce Peuple heureux
par la Paix , & que mes Victoires ne me ſervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis , la
moindre eſpérance de pouvoir me nuire. La priſe
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere , les places de l'Autriche
'Antérieure que je lui ai ſoumiſes , tout acheve de
les convaincre , que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protége
viſiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut ; qu'ils ſe laſſent des maux de leurs
Pays , s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils ſe ſouviennent que la France , en poffeffion
de défendre les Souverains opprimés , n'a jamais
foutenu que des cauſes juſtes , & qu'ils soient
enfin convaincus , qu'une Nation guerriere , qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur , qui aime fon
Maître autant qu'elle en eſt aimée , & qui combat
pour l'équité, doit tôt ou tard ,par la Miféricorde de
Dieu, triompher de tous ſes ennemis. Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à ſa divine bonté,je
NOVEMBRE. 1744. 201
,
ne puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire
que mon intention eſt , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans votre Egliſe Métropolitaine & autres
de votre Diocèſe , avec les ſolemnités requiſes , au
jour & à l'heure que leGrand Maître , ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part , & que
vousy invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y affifter
: ſur ee , je prie Dieu , qu'il vous ait , mon
Couſin, en ſa fainte & digne garde. Ecrit à Verſailles
le vingt- un Novembre mil ſept cent quarantequatre.
Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHILYPEAUX.
Et au dos est écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit.
:
M. l'Archevêque de Paris , donna ſon Mandement
en conféquence , dont la teneur fuit.
CHARLES - GASPARD - GUILLAUM
DE VINTIMILLE , & C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
fenſible de la protection du Ciel , cette ſuite d'événemens
avantageux , qui , depuis que le Roi s'eſt
rendu à la tête de ſes Troupes , ont relevé la gloire
de ſes. Armes , & entre lesquels l'un des plus importans
eſt la priſe de la Villede Fribourg , & des
Forts quila comunandent.
Le premier ſoin de Sa Majesté au retour de ſes
expéditions , a été de remercier le Dieu des Armées
des lecours qu'il en a reçus , & de lui rendre ſes
voeux devant tout son Peuple , dans ce Temple Augufte
, où l'on a offert tant de Sacrifices pour le
ſuccèsde ſes entrepriſes , au milien de cette Capitale
,comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les ſentimensde Religion & de gratitude .
dont fon coeur étoit pénétré.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui ce même Monarque , par laLettre
que nous vous communiquons , & qui ſera à jamais
un monument précieux de ſa piété envers
Dieu & de ſa tendreſſe pour ſes Sujets , nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de ſolemnelles
Actions de graces pour les différentes faveurs
dont il l'a comblé , & en particulier pour l'innportante
conquête que ce Prince , revenu à peine
des portes de la mort , a entrepriſe avec tant de
courage , & qui a ſignalé glorieuſementla fin de fa
campagne.
Animés par un exemple fi édifiant , ſoumis àdes
ordres ſi reſpectables , faiſons retentir le lieu Saint
duchantde ces Cantiques conſacrés par l'Eglife à
la reconnoiſſance des bienfais que Dieu répand fur
nous : allons aux pieds des Autels faire à celui que
nous y adorons , l'hommagé de nos proſpérités &
denos triomphes : reconnoffons que nous en fommes
redevables à ſa main bienfaiſante , & loin de
les attribuer uniquement à l'induſtrie & au courage
de l'homme , écrions- nous avec cette multitude
d'Eſprits Célestes , qui environnent le Trône de
l'Agneau : A notre Dieu , Bénédiction , Gloire , Sageffe,
Actions de graces , honneur , Puissance& force
dans les fiécles des fiécles.
,
Après l'avoir remercié de ce que ſa divine bonté
a fait pour nous , prions-le de nous donner de nouvelles
preuves de ſa protection en calmant les
troubles dont l'Europe eſt agitée , & en nous rendant
un bien que nous avons long-tems poſſédé ,
fans en connoître affés le prix : demandons lui qu'il
diffſipe les jaloufies & les défiances qui ont enfanté
les cruelles diviſions d'où naiſſent chaque jour
nant de malheurs & de défordres : conjurons- le
d'éloigner de nos Frontiéres l'un des plus redoutables
fléaux de ſa colere ; de briſer dan de mettre exz
NOVEMBRE. 1744. 203
pièces , ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres , que les hommes ont inventées pour
leur mutuelle deſtruction .
Puiffions-nous , par une heureuſe réunion des
Puiſſances diviſées , jouir dans peu du fruit de nos
Prieres , voir bien-tôt ſuccéder aux horreurs d'une
Guerre ſanglante , les douceurs de la Paix , & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux ,
contrequi nous implorons avec ardeur l'aſſiſtance
duCiel!
A ces cauſes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapi--
tre de notre Egliſe Métropolitaine , Nous ordonnons
: que le Te Deum , avec le Verſet , Benedica
mus Patrem & Filium , &c . & l'Oraiſon Pro gratiarum
actione ; l'Antienne Domine ſalvum fac Regem
, &c. le Verſet Fiat manus tua , &c. & l'Oraifon
Pro Rege or ejus Exercitu , ſera chanté Mercredi
prochain deux du préſent mois de Décembre , dans
notredite Eglife , en actions de graces des heureux
ſuccès de la Campagne du Roi , & en particulier de
la priſe de la Ville & des Forts de Fribourg. Que
Dimanche fix du même mois , il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroif
fes & Communautés Séculieres& Régulieres de la
Ville& des Fauxbourgs de Paris ; & le Dimanche
qui ſuivra la réception de notre préſent Mandement
, dans toutes les autres Egliſes de notre Dio
cèſe. Si vous mandons , que ces Préſentes vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Curés , Su
perieurs & Superieures des Communautés exemp
res& non exemptes , à ce qu'ils n'en ignorent
Donné à Paris en notre Palais Archiepifcopal , le
premier Décembre mil ſept cent quarante- quatre..
Signé CHARLES , Archevêque de Paris,
Seigneur l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le TE DEUM en Actions de
graces des heureux ſuccès de la Campagne
du Roi , & en particulier de la Priſedé la
Villede Fribourg.
MOnOn Cousin , le moment que j'attendois
avec tant d'impatience eſt arrivé , où je puis
rendre à Dieu , au milieu de tout mon Peuple ,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont il nous a comblé . Il lui a plú de ſeconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mes Armées : il a daigné récompenfer l'amour
que je porte à mes Sujets , & couronner , par
des ſuccès , le déſir que j'avois de contribuer moimême
à leur ſureté & à leur gloire. Mes Conquêzes
en Flandres ont été auſſi rapides qu'elles
étoient importantes ; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés , reconnoiſſant leur foibleſſe
, n'oſant pas ſe préſenter à force ouverte , &
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas , ont ſurpris des paſſages pour pénétrer
dans mes Etats , mais la valeur de mes Troupes
m'a donné le tems de voler à leur ſecours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes , ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu , & Dieu
qui m'en donnoit la force &la volonté , paroiſſoit
approuver mes deſſeins. Si alors ſa grace toute-puiffante
a paru m'abandonner un moment ; fi après
m'avoir protegé dans des entrepriſes difficiles , il a
voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
ま
dangers , ce moment d'allarme n'a ſervi qu'à me
faire ſentir plus vivement l'excès de fa bonté , &
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve ,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puiſſe être pour un Roi. Sa Providence a voulu
que je jouiffe de tout l'amour de mes Sujets ,
ſans que les marques en fuſſent ſuſpectes , & que
me ſurvivant àmoi -même , je viſſe les regrets que
je laiſſfois après moi : voilà de tous ſes dons , unde
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
moncoeur , ſçait combien le prix d'être aimé , y
prévaut ſur un vain défir de gloire , qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que fa bonté daigne achever
fon ouvrage , que ce ne ſoit pas vainement que
monPeuple me ſoit cher ; que ſa protection me
fourniſſe les moyens de rendre ce Peuple heureux
par la Paix , & que mes Victoires ne me ſervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis , la
moindre eſpérance de pouvoir me nuire. La priſe
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere , les places de l'Autriche
'Antérieure que je lui ai ſoumiſes , tout acheve de
les convaincre , que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protége
viſiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut ; qu'ils ſe laſſent des maux de leurs
Pays , s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils ſe ſouviennent que la France , en poffeffion
de défendre les Souverains opprimés , n'a jamais
foutenu que des cauſes juſtes , & qu'ils soient
enfin convaincus , qu'une Nation guerriere , qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur , qui aime fon
Maître autant qu'elle en eſt aimée , & qui combat
pour l'équité, doit tôt ou tard ,par la Miféricorde de
Dieu, triompher de tous ſes ennemis. Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à ſa divine bonté,je
NOVEMBRE. 1744. 201
,
ne puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire
que mon intention eſt , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans votre Egliſe Métropolitaine & autres
de votre Diocèſe , avec les ſolemnités requiſes , au
jour & à l'heure que leGrand Maître , ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part , & que
vousy invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y affifter
: ſur ee , je prie Dieu , qu'il vous ait , mon
Couſin, en ſa fainte & digne garde. Ecrit à Verſailles
le vingt- un Novembre mil ſept cent quarantequatre.
Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHILYPEAUX.
Et au dos est écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit.
:
M. l'Archevêque de Paris , donna ſon Mandement
en conféquence , dont la teneur fuit.
CHARLES - GASPARD - GUILLAUM
DE VINTIMILLE , & C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
fenſible de la protection du Ciel , cette ſuite d'événemens
avantageux , qui , depuis que le Roi s'eſt
rendu à la tête de ſes Troupes , ont relevé la gloire
de ſes. Armes , & entre lesquels l'un des plus importans
eſt la priſe de la Villede Fribourg , & des
Forts quila comunandent.
Le premier ſoin de Sa Majesté au retour de ſes
expéditions , a été de remercier le Dieu des Armées
des lecours qu'il en a reçus , & de lui rendre ſes
voeux devant tout son Peuple , dans ce Temple Augufte
, où l'on a offert tant de Sacrifices pour le
ſuccèsde ſes entrepriſes , au milien de cette Capitale
,comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les ſentimensde Religion & de gratitude .
dont fon coeur étoit pénétré.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui ce même Monarque , par laLettre
que nous vous communiquons , & qui ſera à jamais
un monument précieux de ſa piété envers
Dieu & de ſa tendreſſe pour ſes Sujets , nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de ſolemnelles
Actions de graces pour les différentes faveurs
dont il l'a comblé , & en particulier pour l'innportante
conquête que ce Prince , revenu à peine
des portes de la mort , a entrepriſe avec tant de
courage , & qui a ſignalé glorieuſementla fin de fa
campagne.
Animés par un exemple fi édifiant , ſoumis àdes
ordres ſi reſpectables , faiſons retentir le lieu Saint
duchantde ces Cantiques conſacrés par l'Eglife à
la reconnoiſſance des bienfais que Dieu répand fur
nous : allons aux pieds des Autels faire à celui que
nous y adorons , l'hommagé de nos proſpérités &
denos triomphes : reconnoffons que nous en fommes
redevables à ſa main bienfaiſante , & loin de
les attribuer uniquement à l'induſtrie & au courage
de l'homme , écrions- nous avec cette multitude
d'Eſprits Célestes , qui environnent le Trône de
l'Agneau : A notre Dieu , Bénédiction , Gloire , Sageffe,
Actions de graces , honneur , Puissance& force
dans les fiécles des fiécles.
,
Après l'avoir remercié de ce que ſa divine bonté
a fait pour nous , prions-le de nous donner de nouvelles
preuves de ſa protection en calmant les
troubles dont l'Europe eſt agitée , & en nous rendant
un bien que nous avons long-tems poſſédé ,
fans en connoître affés le prix : demandons lui qu'il
diffſipe les jaloufies & les défiances qui ont enfanté
les cruelles diviſions d'où naiſſent chaque jour
nant de malheurs & de défordres : conjurons- le
d'éloigner de nos Frontiéres l'un des plus redoutables
fléaux de ſa colere ; de briſer dan de mettre exz
NOVEMBRE. 1744. 203
pièces , ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres , que les hommes ont inventées pour
leur mutuelle deſtruction .
Puiffions-nous , par une heureuſe réunion des
Puiſſances diviſées , jouir dans peu du fruit de nos
Prieres , voir bien-tôt ſuccéder aux horreurs d'une
Guerre ſanglante , les douceurs de la Paix , & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux ,
contrequi nous implorons avec ardeur l'aſſiſtance
duCiel!
A ces cauſes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapi--
tre de notre Egliſe Métropolitaine , Nous ordonnons
: que le Te Deum , avec le Verſet , Benedica
mus Patrem & Filium , &c . & l'Oraiſon Pro gratiarum
actione ; l'Antienne Domine ſalvum fac Regem
, &c. le Verſet Fiat manus tua , &c. & l'Oraifon
Pro Rege or ejus Exercitu , ſera chanté Mercredi
prochain deux du préſent mois de Décembre , dans
notredite Eglife , en actions de graces des heureux
ſuccès de la Campagne du Roi , & en particulier de
la priſe de la Ville & des Forts de Fribourg. Que
Dimanche fix du même mois , il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroif
fes & Communautés Séculieres& Régulieres de la
Ville& des Fauxbourgs de Paris ; & le Dimanche
qui ſuivra la réception de notre préſent Mandement
, dans toutes les autres Egliſes de notre Dio
cèſe. Si vous mandons , que ces Préſentes vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Curés , Su
perieurs & Superieures des Communautés exemp
res& non exemptes , à ce qu'ils n'en ignorent
Donné à Paris en notre Palais Archiepifcopal , le
premier Décembre mil ſept cent quarante- quatre..
Signé CHARLES , Archevêque de Paris,
Fermer
175
176
p. 23-29
ODE Tirée du Pseaume 67 Exurgat Deus, & dissipentur inimici ejus, & fugiant qui oderunt eum à facie ejus.
Début :
C'est de tous les Psaumes celui dont le sens littéral a le plus embarrassé les [...]
Mots clefs :
Dieu, Seigneur, Roi, Rois, Gloire, Voix, Lieux, Terre
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 67 Exurgat Deus, & dissipentur inimici ejus, & fugiant qui oderunt eum à facie ejus.
ODE
Tirée du Pſeaume 67 Exurgat Deus ,
diſſipentur inimici ejus , & fugiant qui
oderunt eum à facie ejus.
جرم
'Eſt de tous les Pſeaumes celui dont le
le plus embarraflé les
Interprêtes, Pluſieurs ont cru qu'il fut compoſé
par David pour être chantéependant
la cérémonie de la tranſlation de l'Arche
dans la ville de Jérusalem. Leur ſentiment
eſt fondé ſur ce qu'il paroît par le dixiéme
Chapitre des Nombres, que lorſqu'on élevoit
l'Arche pour la transferer d'un lieu dans un
autre , on chantoit les premiers mots de ce
Pſeaume. Cumque elevaretur Arca , dicebat
Moyses,SurgeDomine , & diſſipentur inimici
tui , &fugiant qui oderunt te àfacie tuâ. Mais
le ſens ſpirituel de çe Cantique regarde inconteſtablement
la Réſurrection & l'Afcenfion
du Fils de Dieu , la deſtruction de l'idolâtrie
, & le triomphe de l'Eglife. Le Cardinal
Bellarmin trouvoit ce Preaume admirable
par les figures , les métaphores , &les
deſcriptions Poëtiques dont il eſt rempli.
On peut dire en effet après leP. Hardouin,
24 MERCURE DE FRANCE.
1
qui l'a traduit un peu fingulierement , que
c'eſt un chef-d'oeuvre de la PoëſieHébraïque,
&l'undesplus beaux Pſeaumes de David.
Dieu ſe leve : tombez , Roi , Temple , Autel
Idolę.
Au feude ſes regards , au ſon de ſa parole
Les Philiftins ont fui,
Tel le vent dans les airs chaſſe au loin la fumée
Telunbrafier ardent voit la cire enflamée
Bouillonner devant lui.
Chantez vos faintes conquêtes ,
Iſraël , dans vos feftins ,
Offrez d'innocentes fêtes
A l'Auteur de vos deſtins ,
Jonchez de fleurs ſon paſſage ,
Votre gloire eſt ſon ouvrage ,
Et le Seigneur eſt ſon nom.
Son bras venge vos allarmes
Dans le ſang & dans les larmes
Des familles d'Aſcalon .
Ils n'ont på ſoutenir ſa face étincelante.
Du timide orphelin , de la veuve tremblante
Il protege les droits.
Dufond du Sanctuaire il nous parleà touteheure :
Il aime à raffembler dans la même demeure
Ceux qui ſuivent ſes loix.
1
وا
* 11
1
DECEMBRE. 1744.
Il brife , il met en pouſſiere
Lejoug terrible & les fers
Qu'il forgea dans ſa colere
Pour ſes enfans les plus chers.
Il délivre ces rebelles
Qui chez des Rois infidéles
Mouroient noyés dans les pleurs a
Ou traînoient leur vie affreuſe
Dans la priſon tenebreuſe
De leurs barbares vainqueurs.
お楽
Souverain d'Iſraël , Dieu vengeur , Dieu ſuprême
Loin des rives du Nil tu conduiſois toi- même
Nos ayeux effrayés :
Parmi les eaux du Ciel , les éclairs & la foudre ,
Le Mont de Sinaï prêt à tomber en poudre
Chancela ſous tes pieds.
De l'humide ſein des nuës
Le painque tu fis pleuvoir
Anos tribus éperduës
Rendit la vie & l'eſpoir ;
Tu veilles ſur ma Patrie
Comme ſur ſa bergerie
Veille un Pasteur diligent ,
Et ta Divine Puiſſance
Répand avec abondance
Ses bienfaits ſur l'indigent,
B
26 MERCURE DE FRANCE,
Sur l'abîme desflots , ſur l'aîle des tempêtes
Le Seigneur fait voler la voix de ſes Prophetes
Aux lieux les plus lointains ;
Son peuple bien-aimé vaincra toute la terre ,
Et les Sceptres conquis par le droit de la guerre
Pafferont dans ſes mains,
Ses moindres efforts terraſffent
Ses ennemis furieux ;
Des périls qui le menacent
Il fort toujours glorieux.
Roi de la terre & de l'onde
Il éblouira le monde
De ſa nouvelle ſplendeur.
Ainſi du haut des montagnes
La neige dans les campagnes
Répand fa vive blancheur.
O monts délicieux ! ô fertile heritage !
Lieux cheris du Seigneur , vous êtes l'heureux gage
De ſon fidéle amour.
Demeure des faux Dieux , montagnes étrangeres ,
Vous n'êtes point l'azile où le Dieu de nos Peres
A fixé ſon ſéjour.
Sion , quelle auguſte fête !
Quels tranſports vont éclater !
Juiqu'à ton fuperte faite
:
1
1
DECEMBRE. 1744. 27
Le char de Dieu va monter.
Pour célébrer ſes louanges
Je vois accourir les Anges ,
Pénétrés d'un faint effroi.hdt
Sa gloire fut moins brillante
Sur la montagne brulante
Où ſa main grava ſa loi
Seigneur , tu vas régner au ſeinde nos Provinces:
Tu reviens entouré de Peuples&de Princes,
Chargés de fers peſans .
L'Idolâtre a fremi quand il tavû paroître ,
Et quoiqu'il n'oſe encore t'avouer pour ſonMaître,
Il t'offre des préfens .
Ce Dieu , fi grand , fi terrible ,
Anos voixdaigne accourir ;
Sabonté toujours viſible
Se plaît à nous fecourir.
Prodigue de récompenſes ,
Malgré toutes nos offenfes
Il eſt lent dans ſa fureur , وک
Mais les carreaux qu'il apprête ,
Tôt ou tard briſent la tête
Del'impie&du pécheur".
Dieu m'a dit : De Bazan pourquoi crains-tu le
pieges?
Bij
28 MER CURE DE FRANCE.
La mer engloutira ces mortels facrileges
Dans fon horrible flanc:
Tu fouleras aux pieds leurs veines déchirées ,
Et les chiens tremperont leurs langues altérées
Dans les flots de leur fang.
Les ennemis de ſa gloire
Sont vaincus de toutes parts :
La pompe de ſa victoire
Frappe leurs derniers regards.
Nos Chefs enflamés de zèle
Chantent la force immortelle
Du Dieu qui ſauva leurs jours ,
Et nos filles triomphantes
Mêlent leurs voix éclatantes
Au fonbruyantdes tambours.
Béniſſez le Seigneur , béniſſez votre Maître.
Defcendans de Jacob , ruiſſeaux que firent naître
Les ſources d'Ifraël .
Vous , jeune Benjamin,& vous Tribus guerrieres,
Nepthali , Zabulon , Juda , Roi de vos freres ,
Adorez l'Eternel .
Rempli , Seigneur , lapromeſſe
Que tu fis à nos Ayeux ;
Que les Rois viennent ſans ceffe
Te rendre hommage en ces lieux ,
DECEMBRE 1744 29
Dompte l'animal ſauvage
Qui contre nous plein de rage
S'élance de ſes Marais.
Pour éviter ta pourſuite
Qu'il cherche envain dans ſa fuite
Les roſeaux les plus épais .
Diſſipe des méchans la fureur conjurée ;
Nous verrons accourir dans ta Ville facrée
Les Envoyés des Rois .
Chantez le Dieu vivant , Royaumes de la terre.
Vous entendez ces bruits , ces éclats de tonnerre ;
:
C'eſt le cri de ſa voix.
O Ciel !
慈溪
vaſte étendue !
Les attributs de ton Dieu
Sur les Aftres , dans la nuë
Sont écrits en traits de feu.
Les Saints que fon ordre employe
Sont les heros qu'il envoye
Pour conquérir l'Univers .
Sa clémence vons appelle ,
• Nations ; que votre zêle
Serve le Dieu que je fers.
Tirée du Pſeaume 67 Exurgat Deus ,
diſſipentur inimici ejus , & fugiant qui
oderunt eum à facie ejus.
جرم
'Eſt de tous les Pſeaumes celui dont le
le plus embarraflé les
Interprêtes, Pluſieurs ont cru qu'il fut compoſé
par David pour être chantéependant
la cérémonie de la tranſlation de l'Arche
dans la ville de Jérusalem. Leur ſentiment
eſt fondé ſur ce qu'il paroît par le dixiéme
Chapitre des Nombres, que lorſqu'on élevoit
l'Arche pour la transferer d'un lieu dans un
autre , on chantoit les premiers mots de ce
Pſeaume. Cumque elevaretur Arca , dicebat
Moyses,SurgeDomine , & diſſipentur inimici
tui , &fugiant qui oderunt te àfacie tuâ. Mais
le ſens ſpirituel de çe Cantique regarde inconteſtablement
la Réſurrection & l'Afcenfion
du Fils de Dieu , la deſtruction de l'idolâtrie
, & le triomphe de l'Eglife. Le Cardinal
Bellarmin trouvoit ce Preaume admirable
par les figures , les métaphores , &les
deſcriptions Poëtiques dont il eſt rempli.
On peut dire en effet après leP. Hardouin,
24 MERCURE DE FRANCE.
1
qui l'a traduit un peu fingulierement , que
c'eſt un chef-d'oeuvre de la PoëſieHébraïque,
&l'undesplus beaux Pſeaumes de David.
Dieu ſe leve : tombez , Roi , Temple , Autel
Idolę.
Au feude ſes regards , au ſon de ſa parole
Les Philiftins ont fui,
Tel le vent dans les airs chaſſe au loin la fumée
Telunbrafier ardent voit la cire enflamée
Bouillonner devant lui.
Chantez vos faintes conquêtes ,
Iſraël , dans vos feftins ,
Offrez d'innocentes fêtes
A l'Auteur de vos deſtins ,
Jonchez de fleurs ſon paſſage ,
Votre gloire eſt ſon ouvrage ,
Et le Seigneur eſt ſon nom.
Son bras venge vos allarmes
Dans le ſang & dans les larmes
Des familles d'Aſcalon .
Ils n'ont på ſoutenir ſa face étincelante.
Du timide orphelin , de la veuve tremblante
Il protege les droits.
Dufond du Sanctuaire il nous parleà touteheure :
Il aime à raffembler dans la même demeure
Ceux qui ſuivent ſes loix.
1
وا
* 11
1
DECEMBRE. 1744.
Il brife , il met en pouſſiere
Lejoug terrible & les fers
Qu'il forgea dans ſa colere
Pour ſes enfans les plus chers.
Il délivre ces rebelles
Qui chez des Rois infidéles
Mouroient noyés dans les pleurs a
Ou traînoient leur vie affreuſe
Dans la priſon tenebreuſe
De leurs barbares vainqueurs.
お楽
Souverain d'Iſraël , Dieu vengeur , Dieu ſuprême
Loin des rives du Nil tu conduiſois toi- même
Nos ayeux effrayés :
Parmi les eaux du Ciel , les éclairs & la foudre ,
Le Mont de Sinaï prêt à tomber en poudre
Chancela ſous tes pieds.
De l'humide ſein des nuës
Le painque tu fis pleuvoir
Anos tribus éperduës
Rendit la vie & l'eſpoir ;
Tu veilles ſur ma Patrie
Comme ſur ſa bergerie
Veille un Pasteur diligent ,
Et ta Divine Puiſſance
Répand avec abondance
Ses bienfaits ſur l'indigent,
B
26 MERCURE DE FRANCE,
Sur l'abîme desflots , ſur l'aîle des tempêtes
Le Seigneur fait voler la voix de ſes Prophetes
Aux lieux les plus lointains ;
Son peuple bien-aimé vaincra toute la terre ,
Et les Sceptres conquis par le droit de la guerre
Pafferont dans ſes mains,
Ses moindres efforts terraſffent
Ses ennemis furieux ;
Des périls qui le menacent
Il fort toujours glorieux.
Roi de la terre & de l'onde
Il éblouira le monde
De ſa nouvelle ſplendeur.
Ainſi du haut des montagnes
La neige dans les campagnes
Répand fa vive blancheur.
O monts délicieux ! ô fertile heritage !
Lieux cheris du Seigneur , vous êtes l'heureux gage
De ſon fidéle amour.
Demeure des faux Dieux , montagnes étrangeres ,
Vous n'êtes point l'azile où le Dieu de nos Peres
A fixé ſon ſéjour.
Sion , quelle auguſte fête !
Quels tranſports vont éclater !
Juiqu'à ton fuperte faite
:
1
1
DECEMBRE. 1744. 27
Le char de Dieu va monter.
Pour célébrer ſes louanges
Je vois accourir les Anges ,
Pénétrés d'un faint effroi.hdt
Sa gloire fut moins brillante
Sur la montagne brulante
Où ſa main grava ſa loi
Seigneur , tu vas régner au ſeinde nos Provinces:
Tu reviens entouré de Peuples&de Princes,
Chargés de fers peſans .
L'Idolâtre a fremi quand il tavû paroître ,
Et quoiqu'il n'oſe encore t'avouer pour ſonMaître,
Il t'offre des préfens .
Ce Dieu , fi grand , fi terrible ,
Anos voixdaigne accourir ;
Sabonté toujours viſible
Se plaît à nous fecourir.
Prodigue de récompenſes ,
Malgré toutes nos offenfes
Il eſt lent dans ſa fureur , وک
Mais les carreaux qu'il apprête ,
Tôt ou tard briſent la tête
Del'impie&du pécheur".
Dieu m'a dit : De Bazan pourquoi crains-tu le
pieges?
Bij
28 MER CURE DE FRANCE.
La mer engloutira ces mortels facrileges
Dans fon horrible flanc:
Tu fouleras aux pieds leurs veines déchirées ,
Et les chiens tremperont leurs langues altérées
Dans les flots de leur fang.
Les ennemis de ſa gloire
Sont vaincus de toutes parts :
La pompe de ſa victoire
Frappe leurs derniers regards.
Nos Chefs enflamés de zèle
Chantent la force immortelle
Du Dieu qui ſauva leurs jours ,
Et nos filles triomphantes
Mêlent leurs voix éclatantes
Au fonbruyantdes tambours.
Béniſſez le Seigneur , béniſſez votre Maître.
Defcendans de Jacob , ruiſſeaux que firent naître
Les ſources d'Ifraël .
Vous , jeune Benjamin,& vous Tribus guerrieres,
Nepthali , Zabulon , Juda , Roi de vos freres ,
Adorez l'Eternel .
Rempli , Seigneur , lapromeſſe
Que tu fis à nos Ayeux ;
Que les Rois viennent ſans ceffe
Te rendre hommage en ces lieux ,
DECEMBRE 1744 29
Dompte l'animal ſauvage
Qui contre nous plein de rage
S'élance de ſes Marais.
Pour éviter ta pourſuite
Qu'il cherche envain dans ſa fuite
Les roſeaux les plus épais .
Diſſipe des méchans la fureur conjurée ;
Nous verrons accourir dans ta Ville facrée
Les Envoyés des Rois .
Chantez le Dieu vivant , Royaumes de la terre.
Vous entendez ces bruits , ces éclats de tonnerre ;
:
C'eſt le cri de ſa voix.
O Ciel !
慈溪
vaſte étendue !
Les attributs de ton Dieu
Sur les Aftres , dans la nuë
Sont écrits en traits de feu.
Les Saints que fon ordre employe
Sont les heros qu'il envoye
Pour conquérir l'Univers .
Sa clémence vons appelle ,
• Nations ; que votre zêle
Serve le Dieu que je fers.
Fermer
177
p. 38-47
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Début :
C'est peine perdue, Monsieur, c'est par préjugé de vouloir retrouver l'origine [...]
Mots clefs :
Arts, Grecs, Temps, Dieu, Histoire, Adam, Villes, Paradis, Déluge, Histoire des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
JANVIER: 1752
391
dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
17
JANVIER.
41
52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
:e
1
i..
.
32
1
72
3.
3
JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
Digistered voL0O
46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
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dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
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JANVIER.
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52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
:e
1
i..
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32
1
72
3.
3
JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
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46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
Fermer
178
p. 79-81
ODE, Tirée du Pseaume 23.
Début :
Depuis le rivage vermeil, [...]
Mots clefs :
Dieu, Mortel, Terre, Vainqueur, Psaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Tirée du Pseaume 23.
ODE,
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
Fermer
179
p. 89-93
ODE Tirée du Pseaume 93.
Début :
Le Seigneur, le Dieu des vengeances [...]
Mots clefs :
Dieu, Lâche, Esprit, Raison, Seigneur
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 93.
ODE
Tirée du Pseaume 93.
Le Seigneur, le Dieu des vengeances
N'a d'autres Loi que l'Equité;
Notre sang lave ses offenses.
Lom de moi lâche impiété !
J'entens retentir son Tonnerre.
O Dieu !venez jugez la terre.
Montrez vous, en sier Conquérant.
aO
90 MERCURE DE FRANCE.
Plus de pitié pour le superbe
Consumez-le comme un brin d'herbe.
Quand vous lancez la foudre, on vous trouve plus
grand.
Jusqu'à quand verrai- je l'impie
Frauchir devant vous tout écuoil i
Est- ce en médisant qu'il expio
Son injustice & son orgueil:
Ce lache est épris de lui- mê me,
La fortune est le Dien qu'il aime:
Innemi de la vérité,,
L'étranger, l'orphelin, la veuve
Font par leur mort la triste epi euvo-
De son hypocrisie & de sa cruauté.
Sa main se louo à l'avarico
Son coeur avengle sa raison.
Son ame onfante l'injustice,
Et son esprit la trahison.,
Sa soi dépend de ses idoles
Son bonheur des songes frivoles;.
Il craint l'oeil qui le voit de p:ès:
C'est des monstres le plus énormo,
La vertu Iui paroit differme,
Et le vice odieux a pour lui mille auraits.
M3.
FANVIER,
1752.
Dans les accès de sa folie
»Il dit: Dien sçauroit- il me voir?
vA-t'il fait ce qu'on en publie?
»Ai-je à redouter son pouvoir:
» L'effroi réalize un phantôme.
Uu pur esprit n'est qu'un atôme.
Lacrainte lache a falt les Dieux-
Et le Dieu d'Israel lui-même
Est le vain fruit d'un beau système:
Doise eut le secret d'enchantar nos Ayeux.
naen
Antce, quel démon t'apimo-
Haux sage, mortel insensé?
Invain l'esclave est magnanime.
Et brave son mastra offensé.
Cent peodiges to sont contraires,
ka raison détruit tes chimeres,
L'esprit n'oseroit t'approuver.
La fureur t'offre un vain refuge,
Et veut anéantir le juge
Qui devra te proscrire en vonlant to sanver.
N
Le peuple t'érige en otacle,
Et l'on te surnomme esprit fort.
Tu te crois toi-même un miracle
Des nobles caprices du sort.
Ion solide intét et me touclae-
92
92 MERCURE DEFRANCE.
La raison parle par ma bouche,
» Quoi ! l'artisan ingénieux
„ Qui par une double merveille
„ Eclaitoit l'œil, ouvroit l'oreille,
»Est il lui-même aveugle, est il sourd à tes
seux?
Dieu voit de nos folles penséeo
La ridicule vanité.
La voix. de nos fureurs passées
Se plaint à lui de sa bonté.
Heureux les cours en qui Dieu regne !
Heureux ceux que ce maître enseigne.
Ils souftrent les maux dévorans
Saus verser une seule larme,
Jusqu'au jour où sa main les charme
En faisant à leur yeux expiter leurs Tirasa.
N
* *. *
Ce Pasteur visite ses ouaillos:
Loin de lui les loups triomphans
L'amour attendrit ses entrailles.
Tous les agneaux sont ses enfans,
Je le vois ce vainqueur terrible
L'oeil sanglant, le cour infléxible,
Poursuivre ces loups fastueux,
a
JANVIER. 1752.
At dans leurs geules enflammées
J'entens les soudtes t'allumées
Vanger, en éclattant, le Troupeau vertueux.
e.
Quel mortel rempli d'héroisme
Viendra combattre à mon côté
LLe hétos du lache Athéisme.
Monstre paitri de vanité?
Sur les lévres de l'imposture
Vangeons l'honneur de la Nature,
Le Seigneur a pris mon parti
Nous allons le réduire en cendre:
Justes, vous le voyez descendre
Dans le sein du néant dont-il étoit sorti.
Trobat de l'Anglade.
Tirée du Pseaume 93.
Le Seigneur, le Dieu des vengeances
N'a d'autres Loi que l'Equité;
Notre sang lave ses offenses.
Lom de moi lâche impiété !
J'entens retentir son Tonnerre.
O Dieu !venez jugez la terre.
Montrez vous, en sier Conquérant.
aO
90 MERCURE DE FRANCE.
Plus de pitié pour le superbe
Consumez-le comme un brin d'herbe.
Quand vous lancez la foudre, on vous trouve plus
grand.
Jusqu'à quand verrai- je l'impie
Frauchir devant vous tout écuoil i
Est- ce en médisant qu'il expio
Son injustice & son orgueil:
Ce lache est épris de lui- mê me,
La fortune est le Dien qu'il aime:
Innemi de la vérité,,
L'étranger, l'orphelin, la veuve
Font par leur mort la triste epi euvo-
De son hypocrisie & de sa cruauté.
Sa main se louo à l'avarico
Son coeur avengle sa raison.
Son ame onfante l'injustice,
Et son esprit la trahison.,
Sa soi dépend de ses idoles
Son bonheur des songes frivoles;.
Il craint l'oeil qui le voit de p:ès:
C'est des monstres le plus énormo,
La vertu Iui paroit differme,
Et le vice odieux a pour lui mille auraits.
M3.
FANVIER,
1752.
Dans les accès de sa folie
»Il dit: Dien sçauroit- il me voir?
vA-t'il fait ce qu'on en publie?
»Ai-je à redouter son pouvoir:
» L'effroi réalize un phantôme.
Uu pur esprit n'est qu'un atôme.
Lacrainte lache a falt les Dieux-
Et le Dieu d'Israel lui-même
Est le vain fruit d'un beau système:
Doise eut le secret d'enchantar nos Ayeux.
naen
Antce, quel démon t'apimo-
Haux sage, mortel insensé?
Invain l'esclave est magnanime.
Et brave son mastra offensé.
Cent peodiges to sont contraires,
ka raison détruit tes chimeres,
L'esprit n'oseroit t'approuver.
La fureur t'offre un vain refuge,
Et veut anéantir le juge
Qui devra te proscrire en vonlant to sanver.
N
Le peuple t'érige en otacle,
Et l'on te surnomme esprit fort.
Tu te crois toi-même un miracle
Des nobles caprices du sort.
Ion solide intét et me touclae-
92
92 MERCURE DEFRANCE.
La raison parle par ma bouche,
» Quoi ! l'artisan ingénieux
„ Qui par une double merveille
„ Eclaitoit l'œil, ouvroit l'oreille,
»Est il lui-même aveugle, est il sourd à tes
seux?
Dieu voit de nos folles penséeo
La ridicule vanité.
La voix. de nos fureurs passées
Se plaint à lui de sa bonté.
Heureux les cours en qui Dieu regne !
Heureux ceux que ce maître enseigne.
Ils souftrent les maux dévorans
Saus verser une seule larme,
Jusqu'au jour où sa main les charme
En faisant à leur yeux expiter leurs Tirasa.
N
* *. *
Ce Pasteur visite ses ouaillos:
Loin de lui les loups triomphans
L'amour attendrit ses entrailles.
Tous les agneaux sont ses enfans,
Je le vois ce vainqueur terrible
L'oeil sanglant, le cour infléxible,
Poursuivre ces loups fastueux,
a
JANVIER. 1752.
At dans leurs geules enflammées
J'entens les soudtes t'allumées
Vanger, en éclattant, le Troupeau vertueux.
e.
Quel mortel rempli d'héroisme
Viendra combattre à mon côté
LLe hétos du lache Athéisme.
Monstre paitri de vanité?
Sur les lévres de l'imposture
Vangeons l'honneur de la Nature,
Le Seigneur a pris mon parti
Nous allons le réduire en cendre:
Justes, vous le voyez descendre
Dans le sein du néant dont-il étoit sorti.
Trobat de l'Anglade.
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180
p. 111-121
« REFLEXIONS décisives sur le Judaisme. A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande, [...] »
Début :
REFLEXIONS décisives sur le Judaisme. A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande, [...]
Mots clefs :
Dieu, Vérité, Religion, Juifs, Nations, Condamner, Mort, Abraham, Homme, Siècles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REFLEXIONS décisives sur le Judaisme. A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande, [...] »
REFLEXIONS décisives sur le Judaisme.
A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande,
1751. Brochure de 44 pages.
Les Juifs ont été pendant long. tems le
leul peuple de l'univers qui ait connu le
Dgsiras ye0
II2MERCUREDE FRANCE.
vrai Dieu, aujourd'hui presque toutes les
Nations le connoissent. Comment fut
opéré ce grand changement? par la pré-
dication & le culte d'un homme qu'ils
ont condamné, & mis à mort comme
séducteur; de manière qu'au nom d'un
homme condamné, & mis à mort par les
Juifs, les Nations ont été converties, &
amenées à la connoissance du Dieu des
Juifs. Ce qu'il y a encore d'étrange dans
cet évenement, c'est que l'a conversion
opérée au nom de l'homme condamné
& mis à mort, est précisement l'époque
des disgraces du peuple qui la condamné.
Ces disgraces durent encore après dix-
sept siécles, & avec ce caractére singu-
lier, que ce peuple disgracié & opprimé sur-
vit tonjours à ses oppresseurs, & patoît com
me indestructible. Cet état est trop éloigné
du cours ordinaire pour qu'on puisse y
méconnoitre la main toure-puissante du
Dieu d'Abraham; cela est clair pour les
moins clairvoyans: ce même état, qui
fait l'humiliation des. Juifs, fait par op-
position le triomphe des Chrétiens. D'où.
il résulte que ce triomphe des Chrétiens
& l'humiliation des Juifs, sont deux ef-
fets de l'ordre de Dieu sur les deux socié-
tés Chrétienne & Judaique. Quelles sont
les suites de cet ordre? C'est de faire par
JANVIER. 1752.
113
provision succomber la société Judaique,
& de faire an contraire prévaloir la so-
ciété Chrétienne. Sur quoi l'Aureur des
Réflexions propose les deux problêmes
suivans. Premiet problême: Si le parti
Judaique est celui de la véritè, Dieu a i'il
permis qu'il ait succombé? Second problê-
me : Si le parti du Christianisme ast celui de
l'erreur; Dicu a-i'il pu permeitre qu'il ait
prévalu? Après une discussion nette, for-
te, élegante même des deux problêmes
& un résultat conforme à la Religion &
à la raison, l'Auteur dit aux Juifs
Il y a dix-sept siécles que vous attendez
le Messie qui vous délivrera du joug des
Nations, & que vous combattez celui
que les Nations adorent, sans avoit en-
core pû obtenit ce que vous attendez, ni
vaincre ce que vous combattez.
Inutilement représentez- vous à Dieu
que votre cause est la fienne propre, &
que vos disgraces, en fournissant des ar-
mes à vos adversaires, tiennent la vérité
captive, & font prévaloir le mensonge &
l'impiété ? Le Ciel autresois propice à vos
voeux, jusqu'à les prévenir, est devenu
d'airain pour vons, & autrefois jaloux de
sa gloire, jusqu'à en venger les droits par
les prodiges les plus éclatans, l'a aban-
donné depuis dix-sept siécles, jusqu'à lui
tized by C
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vôtre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous etes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent soutenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisuue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loir détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihié,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premietement plus d'intérêt
dans cette cause, ou plus de zéle & de
pouvoir pour la défendre que Dien même?
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
sance même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez- vous
pour réclamer contre ce que Dieu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revêre, malgré
votre condamnation?
Oovrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
Gn'entendent point.
Voyex, comme lu pierre qui a étè rejetteo
par les Architectes, est devenue la pirrre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n'est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vontre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous êtes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent sourenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loit détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihé,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premierement plus d'intérêt
dans cetre cause, ou plus de zéle & de
pouvoit pour la défendre que Dien même?
e
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
since même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez-vous
pour réclamer contre ce que Dicu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revére, malgré
votre condamnation ?
Ouvrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
n'entendent point.
Voyez, comme lu pierre qui a étè rejettéo
par les Architectes, est devenue la piorre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
Digires vOO
116 MERCUREDE FRANCE.
envoyé pout eux, que pour la Malson
d'Israël; & encore en parlant à la Cana-
néenne, qu'il ne falloit pas oter le pain aux
enfans pour le donner aux chiens, sont néan-
moins entrés dans les droits & les privi-
leges de la filiation, en renonçant aux Ido-
les, & en adorant comme vous un Etre
spirituel, infini, Créateur de toutes cho-
ses, en un mot, le Dieu d'Abraham,
d'Isaac & de Jacob.
Voyez encore comme ces Gentils ont
mis la main sur le dêpôt sacré de vos Li-
vres, & comment, sans recourit à vous
ils ont développé le sens, expliqué les
difficultés, dévoilé les mystéres, jusqu'à
se croire en état d'en faire leçon à vos
plus grands Maîtres.
Voyez d'un autre côté, combien le
Christianisme a formé d'illustres person-
nages! combien de Martyrs qui ont con-
fessé comme vos Machabées; combien
de grands Pontifes, comme votre Osias,
que l'impiété même a été forcée de res-
pecter! combien enfin de personnes de
tout âge, de tout sexe, de toute condi-
tion, qui ont honoré la Religion du vrai
Dieu par des vertus les moins equivoques,
probité exacte, désintéressement, patien-
ce dans les afflictions, amour des ennemis,
mépris des honneurs, des richesses, des
plaisirs & de la vie même.
JANVIER.
1712.
117
Enfin, voyez comme l'Eglise des Gen-
uls s'avance avec majesté vers son terme
qui est l'éternité, & comment sans d'au-
ues armes que son humilité & sa patience,
elle a combattu & terrassé l'Idolâtrie,
triomphé des persécutions, foudroyé les
hérésies, élevé des Temples au vrai Dieu,
afert un meme sacrifice de l'Orieni à l'Occi-
ant; en un mot, honoré le Dieu d'Abra-
lum par un culte uniforme, dont la ma-
jestueuse simplicité a effacé la pompe des
Rois, & donné la plus haute idée du sou-
verain Etre.
Jusqu'à quand serez-vous donc simples
spectateurs de tant de merveilles, & sous-
frrez- vous que les étrangers fassent les
honneurs d'une Religion, dont vous êtes
les dépositaires primitifs ? Quand on est
tombé, disoit autrefois le Seigneur à vos
peres pat la bouche de Jeremie, ne se re-
leve t'on pas ? Et si les Gentils, qui ne
sont entrés, pour ainsi dire, qu'accessoi-
rement dans les desseins de miséricorde
du Dien d'Abraham, ont néanmoins trou-
rè grace devant lui; combien plus trouve-
ront grace les enfans d'Abraham eux-
menmes?
Elevez plus haut vos regards, si ces
rrêmes Gentils, aggregés seulement par
adoption à la famille d'Abraham, ont fait
aed by Goc
1:8 MERCUREDEFRANCE.
de si grandes choses, que ne doit-on pas
attendre des propres enfans naturels,
quand une fois ils seront rentrés dans l'or-
dre de la filiation.
Il est certain, que si on en juge par les
écrits de Saint Paul, on ne peut s'attendre
qu'à des choses admirables, cat voici
comme s'en explique cet Apôtre dans son
Epitre aux Romains: Si la chute des Juifs a
été le salut des Gentils, quelles graces ne ver-
rons-nous pas reluire au tems de leur retour?
Ce serae une resurrection de mort à vie.
Ot prenez garde que quoique cette au-
torité n'ait pas droit de vous affecter com
me Juifs, elle vous presente cependant le
motif le plus pressant d'embrasser le Chri
stianisme.
Car, ou la prédiction renfermée dan
ces paroles s'accomplira, ou elle ne s'ac
complira pas. Si la prédiction s'accomplit
& que votre conversion ait cet éclat, &
procure cette abondance de graces &
benedictions qu'on puisse regarder comm
une résurection de mort à vie, vous êtes fos
cés par avance de reconnoître F'œeuvre d
Dieu dans votre conversion au Christianis
me, & par conséquent l'œeuvre de Did
dans le Christianisme. Si au contraire
prédiction ne s'accomplit pas, & que vo
tre conversion ne marque point dans
ieres hOO
JANVIER. 1752.
119
Chrétienneté cette grande révolution
qui doit la faire changer de face aux termes
de la Prophétie, dès-lors quittes & déga-
gés envers une Religion que vous n'aurez
embrassée que sur la foi de ses Oracles, &
dont l'Oracle le plus important, désavoué
pat l'esprit de Dicu, se trouvera par l'é-
venement faux aux yeux de tout l'Univers,
non-seulement vous retournerez avec gloi-
re au Judaisme, mais vous l'annoncerez
avec gloire à toute la Terre, comme la
Religion qui aura finalement triomphé
de toutes les autres Religions, ce qui la
rendra infailliblement dominante.
Ce n est pas tout encore. Comme par
votre conversion au Christianisme, la
Gentilité aura perdu le seul titre, en vertu
duquel elle prétend pouvoit vous tenir
dans la sujetion, en même tems que vous
serez victorieux dans l'ordre de la Reli-
gion, vous vous trouverez aussi affranchis
dans l'ordre politique du joug qui vous
fait gémir depuis tant de siécles.
Ainsi il est par avance démontré que
votre accession au Christianisme, que
d'ailleurs toutes les régles du bon sens jus-
tifient après une attente si vaine & si mal-
heureuse, ne peut être que le triomphe de
la vérité & de l'époque du rétablissement
de votre nation dans les droits de sa glo-
rieuse primogéniture.
iluss h
120 MERCURE DEFRANCE.
Mais indépendament de tous ces mo-
tifs, si vous voulez réfléchir de bonne-foi
sur le tems, les causes, & les caractéres
de votre dispersion, vous comprendrez
aisément que comme la croix a été le prin-
cipe supérieur & invincible qui vous a
bani de la terre de vos Peres; il n'est aussi
que la croix qui puisse vous y rétablir: &
que comme il ny eut de salut pour vos
peres, mordus par le Serpent dans le desert
qu'en regardant la sigure des mêmes Ser-
pens élevés au milieu d'Israel; il n'y a de
même de salut pour vous, après l'anathê-
me terrible que votre Dieu lança contre
vous lorsqu'il vit son Christ attaché par
vous à la Croix, qu'en regardant avec
douleur, & en esprit de réparation la figu-
re du même Christ élevée au milieu de
l'Eglise Chrétienne, ce qui est peut-être
le regard dont a entendu parler Zacharie,
quand il dit, Que vous avez. regardè celui
que vous avet, transperee.
Enfin quand vous pourriez résister à
tous les motifs sans nombre que vous
fournit la Théologie Historique & Dog-
matique des livres Saints, vous êtes obli-
gez de vous rendre à ce principe invaria-
ble de la Théologie naturelle, que comme
la Justice, la bonté & la vérité souveraine
ne peuvent jamais se démentir, ce que
Dicu
JANVIER. 1752.
121
Dieu ne paroit point condamner, lotsque
sa justice, sa souveraine vérité seroient in-
teressées à le condamnern est point en effet
condamnable, & ce que Dieu ne paroît
pas justifier, lorsque sa bonté & sa souve-
raine vérité seroient inéressées à le justi-
fier, & sans esperance de l'être, principo
dont tout homme sensé & de bonne foi
tirera la consequence, que le Christianis-
me est sanc erreur, & le Judaisme sans ef-
pérance.
A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande,
1751. Brochure de 44 pages.
Les Juifs ont été pendant long. tems le
leul peuple de l'univers qui ait connu le
Dgsiras ye0
II2MERCUREDE FRANCE.
vrai Dieu, aujourd'hui presque toutes les
Nations le connoissent. Comment fut
opéré ce grand changement? par la pré-
dication & le culte d'un homme qu'ils
ont condamné, & mis à mort comme
séducteur; de manière qu'au nom d'un
homme condamné, & mis à mort par les
Juifs, les Nations ont été converties, &
amenées à la connoissance du Dieu des
Juifs. Ce qu'il y a encore d'étrange dans
cet évenement, c'est que l'a conversion
opérée au nom de l'homme condamné
& mis à mort, est précisement l'époque
des disgraces du peuple qui la condamné.
Ces disgraces durent encore après dix-
sept siécles, & avec ce caractére singu-
lier, que ce peuple disgracié & opprimé sur-
vit tonjours à ses oppresseurs, & patoît com
me indestructible. Cet état est trop éloigné
du cours ordinaire pour qu'on puisse y
méconnoitre la main toure-puissante du
Dieu d'Abraham; cela est clair pour les
moins clairvoyans: ce même état, qui
fait l'humiliation des. Juifs, fait par op-
position le triomphe des Chrétiens. D'où.
il résulte que ce triomphe des Chrétiens
& l'humiliation des Juifs, sont deux ef-
fets de l'ordre de Dieu sur les deux socié-
tés Chrétienne & Judaique. Quelles sont
les suites de cet ordre? C'est de faire par
JANVIER. 1752.
113
provision succomber la société Judaique,
& de faire an contraire prévaloir la so-
ciété Chrétienne. Sur quoi l'Aureur des
Réflexions propose les deux problêmes
suivans. Premiet problême: Si le parti
Judaique est celui de la véritè, Dieu a i'il
permis qu'il ait succombé? Second problê-
me : Si le parti du Christianisme ast celui de
l'erreur; Dicu a-i'il pu permeitre qu'il ait
prévalu? Après une discussion nette, for-
te, élegante même des deux problêmes
& un résultat conforme à la Religion &
à la raison, l'Auteur dit aux Juifs
Il y a dix-sept siécles que vous attendez
le Messie qui vous délivrera du joug des
Nations, & que vous combattez celui
que les Nations adorent, sans avoit en-
core pû obtenit ce que vous attendez, ni
vaincre ce que vous combattez.
Inutilement représentez- vous à Dieu
que votre cause est la fienne propre, &
que vos disgraces, en fournissant des ar-
mes à vos adversaires, tiennent la vérité
captive, & font prévaloir le mensonge &
l'impiété ? Le Ciel autresois propice à vos
voeux, jusqu'à les prévenir, est devenu
d'airain pour vons, & autrefois jaloux de
sa gloire, jusqu'à en venger les droits par
les prodiges les plus éclatans, l'a aban-
donné depuis dix-sept siécles, jusqu'à lui
tized by C
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vôtre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous etes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent soutenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisuue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loir détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihié,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premietement plus d'intérêt
dans cette cause, ou plus de zéle & de
pouvoir pour la défendre que Dien même?
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
sance même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez- vous
pour réclamer contre ce que Dieu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revêre, malgré
votre condamnation?
Oovrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
Gn'entendent point.
Voyex, comme lu pierre qui a étè rejetteo
par les Architectes, est devenue la pirrre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n'est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vontre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous êtes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent sourenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loit détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihé,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premierement plus d'intérêt
dans cetre cause, ou plus de zéle & de
pouvoit pour la défendre que Dien même?
e
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
since même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez-vous
pour réclamer contre ce que Dicu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revére, malgré
votre condamnation ?
Ouvrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
n'entendent point.
Voyez, comme lu pierre qui a étè rejettéo
par les Architectes, est devenue la piorre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
Digires vOO
116 MERCUREDE FRANCE.
envoyé pout eux, que pour la Malson
d'Israël; & encore en parlant à la Cana-
néenne, qu'il ne falloit pas oter le pain aux
enfans pour le donner aux chiens, sont néan-
moins entrés dans les droits & les privi-
leges de la filiation, en renonçant aux Ido-
les, & en adorant comme vous un Etre
spirituel, infini, Créateur de toutes cho-
ses, en un mot, le Dieu d'Abraham,
d'Isaac & de Jacob.
Voyez encore comme ces Gentils ont
mis la main sur le dêpôt sacré de vos Li-
vres, & comment, sans recourit à vous
ils ont développé le sens, expliqué les
difficultés, dévoilé les mystéres, jusqu'à
se croire en état d'en faire leçon à vos
plus grands Maîtres.
Voyez d'un autre côté, combien le
Christianisme a formé d'illustres person-
nages! combien de Martyrs qui ont con-
fessé comme vos Machabées; combien
de grands Pontifes, comme votre Osias,
que l'impiété même a été forcée de res-
pecter! combien enfin de personnes de
tout âge, de tout sexe, de toute condi-
tion, qui ont honoré la Religion du vrai
Dieu par des vertus les moins equivoques,
probité exacte, désintéressement, patien-
ce dans les afflictions, amour des ennemis,
mépris des honneurs, des richesses, des
plaisirs & de la vie même.
JANVIER.
1712.
117
Enfin, voyez comme l'Eglise des Gen-
uls s'avance avec majesté vers son terme
qui est l'éternité, & comment sans d'au-
ues armes que son humilité & sa patience,
elle a combattu & terrassé l'Idolâtrie,
triomphé des persécutions, foudroyé les
hérésies, élevé des Temples au vrai Dieu,
afert un meme sacrifice de l'Orieni à l'Occi-
ant; en un mot, honoré le Dieu d'Abra-
lum par un culte uniforme, dont la ma-
jestueuse simplicité a effacé la pompe des
Rois, & donné la plus haute idée du sou-
verain Etre.
Jusqu'à quand serez-vous donc simples
spectateurs de tant de merveilles, & sous-
frrez- vous que les étrangers fassent les
honneurs d'une Religion, dont vous êtes
les dépositaires primitifs ? Quand on est
tombé, disoit autrefois le Seigneur à vos
peres pat la bouche de Jeremie, ne se re-
leve t'on pas ? Et si les Gentils, qui ne
sont entrés, pour ainsi dire, qu'accessoi-
rement dans les desseins de miséricorde
du Dien d'Abraham, ont néanmoins trou-
rè grace devant lui; combien plus trouve-
ront grace les enfans d'Abraham eux-
menmes?
Elevez plus haut vos regards, si ces
rrêmes Gentils, aggregés seulement par
adoption à la famille d'Abraham, ont fait
aed by Goc
1:8 MERCUREDEFRANCE.
de si grandes choses, que ne doit-on pas
attendre des propres enfans naturels,
quand une fois ils seront rentrés dans l'or-
dre de la filiation.
Il est certain, que si on en juge par les
écrits de Saint Paul, on ne peut s'attendre
qu'à des choses admirables, cat voici
comme s'en explique cet Apôtre dans son
Epitre aux Romains: Si la chute des Juifs a
été le salut des Gentils, quelles graces ne ver-
rons-nous pas reluire au tems de leur retour?
Ce serae une resurrection de mort à vie.
Ot prenez garde que quoique cette au-
torité n'ait pas droit de vous affecter com
me Juifs, elle vous presente cependant le
motif le plus pressant d'embrasser le Chri
stianisme.
Car, ou la prédiction renfermée dan
ces paroles s'accomplira, ou elle ne s'ac
complira pas. Si la prédiction s'accomplit
& que votre conversion ait cet éclat, &
procure cette abondance de graces &
benedictions qu'on puisse regarder comm
une résurection de mort à vie, vous êtes fos
cés par avance de reconnoître F'œeuvre d
Dieu dans votre conversion au Christianis
me, & par conséquent l'œeuvre de Did
dans le Christianisme. Si au contraire
prédiction ne s'accomplit pas, & que vo
tre conversion ne marque point dans
ieres hOO
JANVIER. 1752.
119
Chrétienneté cette grande révolution
qui doit la faire changer de face aux termes
de la Prophétie, dès-lors quittes & déga-
gés envers une Religion que vous n'aurez
embrassée que sur la foi de ses Oracles, &
dont l'Oracle le plus important, désavoué
pat l'esprit de Dicu, se trouvera par l'é-
venement faux aux yeux de tout l'Univers,
non-seulement vous retournerez avec gloi-
re au Judaisme, mais vous l'annoncerez
avec gloire à toute la Terre, comme la
Religion qui aura finalement triomphé
de toutes les autres Religions, ce qui la
rendra infailliblement dominante.
Ce n est pas tout encore. Comme par
votre conversion au Christianisme, la
Gentilité aura perdu le seul titre, en vertu
duquel elle prétend pouvoit vous tenir
dans la sujetion, en même tems que vous
serez victorieux dans l'ordre de la Reli-
gion, vous vous trouverez aussi affranchis
dans l'ordre politique du joug qui vous
fait gémir depuis tant de siécles.
Ainsi il est par avance démontré que
votre accession au Christianisme, que
d'ailleurs toutes les régles du bon sens jus-
tifient après une attente si vaine & si mal-
heureuse, ne peut être que le triomphe de
la vérité & de l'époque du rétablissement
de votre nation dans les droits de sa glo-
rieuse primogéniture.
iluss h
120 MERCURE DEFRANCE.
Mais indépendament de tous ces mo-
tifs, si vous voulez réfléchir de bonne-foi
sur le tems, les causes, & les caractéres
de votre dispersion, vous comprendrez
aisément que comme la croix a été le prin-
cipe supérieur & invincible qui vous a
bani de la terre de vos Peres; il n'est aussi
que la croix qui puisse vous y rétablir: &
que comme il ny eut de salut pour vos
peres, mordus par le Serpent dans le desert
qu'en regardant la sigure des mêmes Ser-
pens élevés au milieu d'Israel; il n'y a de
même de salut pour vous, après l'anathê-
me terrible que votre Dieu lança contre
vous lorsqu'il vit son Christ attaché par
vous à la Croix, qu'en regardant avec
douleur, & en esprit de réparation la figu-
re du même Christ élevée au milieu de
l'Eglise Chrétienne, ce qui est peut-être
le regard dont a entendu parler Zacharie,
quand il dit, Que vous avez. regardè celui
que vous avet, transperee.
Enfin quand vous pourriez résister à
tous les motifs sans nombre que vous
fournit la Théologie Historique & Dog-
matique des livres Saints, vous êtes obli-
gez de vous rendre à ce principe invaria-
ble de la Théologie naturelle, que comme
la Justice, la bonté & la vérité souveraine
ne peuvent jamais se démentir, ce que
Dicu
JANVIER. 1752.
121
Dieu ne paroit point condamner, lotsque
sa justice, sa souveraine vérité seroient in-
teressées à le condamnern est point en effet
condamnable, & ce que Dieu ne paroît
pas justifier, lorsque sa bonté & sa souve-
raine vérité seroient inéressées à le justi-
fier, & sans esperance de l'être, principo
dont tout homme sensé & de bonne foi
tirera la consequence, que le Christianis-
me est sanc erreur, & le Judaisme sans ef-
pérance.
Fermer
181
p. 130-143
« ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
Début :
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...]
Mots clefs :
Abrégé chronologique, Paris, Dieu, Roi, Édit, Pape, Père, Assemblée, Clergé, Ecclésiastique, Innocent XII, M. Arnaud, Thèses, Évêque, Décret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
Fermer
182
p. 9-14
LES HOMMAGES DU PARNASSE, Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. Gautier, Ancien Valet-de-Chambre de Sa Majesté.
Début :
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne, [...]
Mots clefs :
Apollon, Roi, Cour, Gloire, Héros, Temple, Dieu, Arts, Yeux, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES HOMMAGES DU PARNASSE, Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. Gautier, Ancien Valet-de-Chambre de Sa Majesté.
LES HOMMAGES
DU PARNASSE,
Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Par M. Gaubier, Ancien Valet-de-Chambre
de Sa Majesté.
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne,
J'osai porter mes pas dans le sacré valon;
l'échapai pat mes soins aux regurds d'Apollon,
Et côto yant saus bruit los bords de l'Hypocrene,,
J'atrive ensin au céleste séjour,
Od le Dieu des Arts tient sa cour.
La Nature toujours si féconde en miracles,
N'offrit jamais aux regards curieux
De plus magnisiques spectacles
Que ceux qui frapperent mes yeux.
Au sein du remple de Mémoire,
Apollon sur un Tronde élevé par la Gloire,
AV
10 MERCURE DE FRANCE
Entouré des Plaisirs, soutenu par les Arts,
Sur sa brillante Cour, promenoit ses regards.
Autour de lui les neuf Muses rangées,
Portoient les attributs divers
Des Sciences toujours par elles protégées
Et dont la connoissance enrichit l'univers.
De tous côtés accouroient sur leurs traces,
Les Poëtes fameux leurs plus chers favoris;
Autour d'eux voltigeoient les Graces
Qui leur avoient inspiré leuts écrits.
On voyoit le Chantre d'Achille
Couduire ce Héros à l'immottalité.
Près de lui paroissoit Virgile,
Dont la plume toujours fertile,
Sçut peindre à l'esprit enchanté
Mille sujets divers avec même beauté.
Le Maître de l'Art Poëtique
Chantre divin & famoux satyrique,
Horace y paroissoit avec ces traits mordans,
Dont il sçut foudroyer les vices de son tems.
Mais sur un lit de fleurs formé par la mollesse,
Sans cesse raffraîchi par l'aîle du Zéphir
l'apperçois dans les bras du Dieu de la tendresse
Le Légissaetur du plaisir.
C'est Ovile, le tendie Ovide
Ce Maître de la liberté.
Que la délicatesse guide
Daus ses leçons de volupte,
JANVIER.
1752.
11
L'Amour reçoit de lui son carquois & ses armes.
De lui l'Amour emprunte tous ses charmes,
Mortel divin fait pout tout animer,
Toi, par qui le plaisit respire sur la terre,
L'Amour t'inspira l'Art d'aimer,
Il apprend de toi l'Art de plaire.
Tandis qu'Ovide artête, & mon cour & met
yeux,
Apollon s'adressant à tous ces demi-Dieur
Leur dit avec un doux sourire:
Ornemens de ma Gloire, appui de mon Empire,
Je vous ai tous rassemblés dans ce jour-
Pour célébrer aux accords de ma lyre,
Le bonheur des Etats od LovIS tient ma Cour.
L'Hymen toujours heureux sous les loix de l'A-
mour
Donne un Prince aux François; cette illustre
naissance
Assure enfin le destin de la France.
Tous les Dieux à l'envi, répandent tour à tour
Sur cer Auguste Enfant une heureuse influence:
Et ce Prince, en un mot, est l'obiet précieur
Des vœux de l'nivers, & des faveurs des Dieuni-
Sur lui Jupiter lance un rayon de sa gloire,
Mars lui promet des jours tissus par la Victoite;:
Pallas de ses conseils, éclairant ses projets,
Guidera son jeune courage.
Craint de ses Ennemis, aimé de ses Sujets,,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Il aura les vertus du Héros & du Sage.
Tout lui promet le destin le plus beau,
Et si la slamme éclaire son berceau*,
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage,
De son éclat futur, cet époque est le gage:
De l'Inde le Vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles,
Alexandre naquit à la clatté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les murail.
les.
Rappellex-vous son pere au milieu des hazards,
D'un Roi victorieux suivant les étendarts.
Petit Fils de LOUIS, il suivra son exemple:
La Race des BOURBONS est celle des Heros;
Illustre enfin jusques dans le repos,
Adoré des mortels, leur cœeur sera son Temple.
Chanten les vertus, la beauté
D'une Auguste & jeune Princesse,
Qui paye à son époux le prix de sa tendresse,
En donnant un Héros à l'immortalité.
La cohorte celeste à l'instant réunie
Secondant les vœux d'Apolion,
Consacre de ses chants le divine harmonie,
A celebrer la Race de BOURBON.
*Le jour de la Naissance de Manseieneur le Das
de Bengogne. la sen o tris à la grana E curie du
Rei, à V'erfailles.
Er Alexanire naquis le nne jorr que le Terpie-
de Diaus ju: crie a Epiisc.
nes uO
JANVIER.
1752.
13.
Si j'eusse été prudent, si j'eusse pu me taire,
J'aurois vu jusqu'au bout cet auguste mystére;
Mais d'un zele indiscret me laissant emportet,
Voyant louer mes Rois, je me mis à chanter,
On s'apperçut bientôt que quelque téméraire
Jusqu'au Temple des Arts avoit osé monter.
Aux accens de ma voix, la douce melodie.
Au même instant avoit cessé,
Et de Chaptres divins. un essain amassé
Menaçoit de changer la Fête en Tragédie,
Quand Apollon surptis de ma témérité,
M'appelle, & me lançant, un regard irrité:
Mortel audacieux, me dit- il en colere:
Quel dessein t'amene en ces lieux?
L'Amout, le zele & le desir de plaire,
Repondis je, en baissant. les yeux;
A qui : reprit ce Dicu d'un ton moins furieux;
Au Monarque immortel, dont vous aimes la
gloire,
A mon Roi respecté de tous ces demi-Dieur,
Et dont je vois la place au Temple de Mémoire.
Alois faisaut briller sur son front la douceur,
Vas, me dit Apolion, j'excuse ton andace,
Suis les mouremens de ton cœur.
Tu venx plaire à LOUIS, va, parts, je te fais.
grace,
Porte Iui le récit de nos divius Concerts,
Les voeux, les hommages divers
Des Habitans & da Dien de Parnasst.
14 MERCUF
CE.
AU ROI.
SIRE, par des accens trop peu dignes de vous.
Je sens que d'Apollon je remplis mal l'attente
Mais si tous protégez une Muse tretublante,
Je ne craindrai point son courroux,
La vanité n'a point monté ma lyre,
Le respect, seul encens, dont le Ciel soit jaloux,
Est, SIRE, dans ce jour le seul Diou qui m'inspire
DU PARNASSE,
Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Par M. Gaubier, Ancien Valet-de-Chambre
de Sa Majesté.
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne,
J'osai porter mes pas dans le sacré valon;
l'échapai pat mes soins aux regurds d'Apollon,
Et côto yant saus bruit los bords de l'Hypocrene,,
J'atrive ensin au céleste séjour,
Od le Dieu des Arts tient sa cour.
La Nature toujours si féconde en miracles,
N'offrit jamais aux regards curieux
De plus magnisiques spectacles
Que ceux qui frapperent mes yeux.
Au sein du remple de Mémoire,
Apollon sur un Tronde élevé par la Gloire,
AV
10 MERCURE DE FRANCE
Entouré des Plaisirs, soutenu par les Arts,
Sur sa brillante Cour, promenoit ses regards.
Autour de lui les neuf Muses rangées,
Portoient les attributs divers
Des Sciences toujours par elles protégées
Et dont la connoissance enrichit l'univers.
De tous côtés accouroient sur leurs traces,
Les Poëtes fameux leurs plus chers favoris;
Autour d'eux voltigeoient les Graces
Qui leur avoient inspiré leuts écrits.
On voyoit le Chantre d'Achille
Couduire ce Héros à l'immottalité.
Près de lui paroissoit Virgile,
Dont la plume toujours fertile,
Sçut peindre à l'esprit enchanté
Mille sujets divers avec même beauté.
Le Maître de l'Art Poëtique
Chantre divin & famoux satyrique,
Horace y paroissoit avec ces traits mordans,
Dont il sçut foudroyer les vices de son tems.
Mais sur un lit de fleurs formé par la mollesse,
Sans cesse raffraîchi par l'aîle du Zéphir
l'apperçois dans les bras du Dieu de la tendresse
Le Légissaetur du plaisir.
C'est Ovile, le tendie Ovide
Ce Maître de la liberté.
Que la délicatesse guide
Daus ses leçons de volupte,
JANVIER.
1752.
11
L'Amour reçoit de lui son carquois & ses armes.
De lui l'Amour emprunte tous ses charmes,
Mortel divin fait pout tout animer,
Toi, par qui le plaisit respire sur la terre,
L'Amour t'inspira l'Art d'aimer,
Il apprend de toi l'Art de plaire.
Tandis qu'Ovide artête, & mon cour & met
yeux,
Apollon s'adressant à tous ces demi-Dieur
Leur dit avec un doux sourire:
Ornemens de ma Gloire, appui de mon Empire,
Je vous ai tous rassemblés dans ce jour-
Pour célébrer aux accords de ma lyre,
Le bonheur des Etats od LovIS tient ma Cour.
L'Hymen toujours heureux sous les loix de l'A-
mour
Donne un Prince aux François; cette illustre
naissance
Assure enfin le destin de la France.
Tous les Dieux à l'envi, répandent tour à tour
Sur cer Auguste Enfant une heureuse influence:
Et ce Prince, en un mot, est l'obiet précieur
Des vœux de l'nivers, & des faveurs des Dieuni-
Sur lui Jupiter lance un rayon de sa gloire,
Mars lui promet des jours tissus par la Victoite;:
Pallas de ses conseils, éclairant ses projets,
Guidera son jeune courage.
Craint de ses Ennemis, aimé de ses Sujets,,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Il aura les vertus du Héros & du Sage.
Tout lui promet le destin le plus beau,
Et si la slamme éclaire son berceau*,
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage,
De son éclat futur, cet époque est le gage:
De l'Inde le Vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles,
Alexandre naquit à la clatté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les murail.
les.
Rappellex-vous son pere au milieu des hazards,
D'un Roi victorieux suivant les étendarts.
Petit Fils de LOUIS, il suivra son exemple:
La Race des BOURBONS est celle des Heros;
Illustre enfin jusques dans le repos,
Adoré des mortels, leur cœeur sera son Temple.
Chanten les vertus, la beauté
D'une Auguste & jeune Princesse,
Qui paye à son époux le prix de sa tendresse,
En donnant un Héros à l'immortalité.
La cohorte celeste à l'instant réunie
Secondant les vœux d'Apolion,
Consacre de ses chants le divine harmonie,
A celebrer la Race de BOURBON.
*Le jour de la Naissance de Manseieneur le Das
de Bengogne. la sen o tris à la grana E curie du
Rei, à V'erfailles.
Er Alexanire naquis le nne jorr que le Terpie-
de Diaus ju: crie a Epiisc.
nes uO
JANVIER.
1752.
13.
Si j'eusse été prudent, si j'eusse pu me taire,
J'aurois vu jusqu'au bout cet auguste mystére;
Mais d'un zele indiscret me laissant emportet,
Voyant louer mes Rois, je me mis à chanter,
On s'apperçut bientôt que quelque téméraire
Jusqu'au Temple des Arts avoit osé monter.
Aux accens de ma voix, la douce melodie.
Au même instant avoit cessé,
Et de Chaptres divins. un essain amassé
Menaçoit de changer la Fête en Tragédie,
Quand Apollon surptis de ma témérité,
M'appelle, & me lançant, un regard irrité:
Mortel audacieux, me dit- il en colere:
Quel dessein t'amene en ces lieux?
L'Amout, le zele & le desir de plaire,
Repondis je, en baissant. les yeux;
A qui : reprit ce Dicu d'un ton moins furieux;
Au Monarque immortel, dont vous aimes la
gloire,
A mon Roi respecté de tous ces demi-Dieur,
Et dont je vois la place au Temple de Mémoire.
Alois faisaut briller sur son front la douceur,
Vas, me dit Apolion, j'excuse ton andace,
Suis les mouremens de ton cœur.
Tu venx plaire à LOUIS, va, parts, je te fais.
grace,
Porte Iui le récit de nos divius Concerts,
Les voeux, les hommages divers
Des Habitans & da Dien de Parnasst.
14 MERCUF
CE.
AU ROI.
SIRE, par des accens trop peu dignes de vous.
Je sens que d'Apollon je remplis mal l'attente
Mais si tous protégez une Muse tretublante,
Je ne craindrai point son courroux,
La vanité n'a point monté ma lyre,
Le respect, seul encens, dont le Ciel soit jaloux,
Est, SIRE, dans ce jour le seul Diou qui m'inspire
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183
p. 23-25
TRANSPORT BACHIQUE Au sujet de la Naissance du nouveau Duc de Bourgogne.
Début :
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Jus, Prince, Dieux, Amis, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : TRANSPORT BACHIQUE Au sujet de la Naissance du nouveau Duc de Bourgogne.
TRANSPORT BACHIQUE
Au sujet de la Naissance du nouveau Duc
de Bourgogne.
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne,
O Bachus, hâte- toi de lui donner du vin
Prépate ses pressoirs, fais murit son taisin;
Enyvre tour à tour la France & la Pologne:
Déja le fier Borée assiège nos climats
Déja des Aquilons la fougueuse insolence,
De tes dons renaissans menace l'abondance;
Viens; fils de Jupiter, dissipe ces frimats
Des airs, en un instant, fais cosset l'inclémence.
Un Prince nous est né; digne sang. de nos Dieux:
Mais sans ton jus victorieux
Que nous sont les transpoits, dont la France est
ravie?
Ton jus seul, ce jus précieux,
Sous d'aimables liens tient notre ame asservie,
24 MERCURE DE FRANCE.
Qui, saus ce jus délicieux,
C'est un suplice que la vie.
Protège la Bourgogne & ses riches coteaux:
Les voeux que pour hâter cette illustre naissance,
Ont faits les Habitans de ton Empire immense
De son divin nectar ont vuidé nos caveaux.
Ces vœux sont accomplis: le Prince vient de
naître
Pour célébrer un nouveau Maître,
Il nous faut des présens nouveaux.
Mais quel feu tout à coup me pénêtre & m'é-
claite ?
Où suis je ? Quel pouvoir s'empare de mes sens?
Silence, mes amis, c'est notre auguste Pere,
C'est Bachus, c'est lui que je sens....
Victoire, amis, chantons victoire,
Le Dieu rappelle à mon esprit
Ce que par un prodige incroyable, subit,
Le tems avoit enfin chassé de ma mémoire;
Venoz, courex, suivez mes pas,
Pénétrons hardiment dans tes demeures sombres
Que d'Autels renversés! que d'antiques décom-
bres !
Que de tristes témoins de nos joyeux combats !
A travers ces débris ouvrons- nous une route:
Voyex ces muids cachés sous une triple voûte,
Par quel charme inoui nous sont- ils échapés !
Un Dieu, n'en doutons point, un Dieu nous a
trompés
Bachus pour ce beau jour les réservoit sans doute.
Amis
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JANVIER.
1752.
25
Amis, couronno ns nous de pampres, de festops,
Rangez-vous, prellez-vous autour de cette table,
Défonçons ces tonneaux: que leur jus délectable
Daus nos verre, fumans s'écoule à gros bouillons, a
Livtons nous l'un à l'autre une guerre agréable:
Rougissez, ò vainqueurs! triomphez, 8 vaincus:
Les Dieux même, les Dieux le cédent à Bacchus;
Osez-vous tésister à ce Dieu redoutable:
Mais parmi les festins & les bruyans plaisirs,
N'allons point oublier d'où viennent ces richesses-
Le Prince que le Ciel accorde à nos desirs,
Nous a seul de Bacchus attité les la gesses.
Puisse-t'il être aux Dieux un objet de caresses !
Que la Parque sensible à nos justes transports
N'interrompe jamais ses nobles destinées:
Puisse, puisse sans cesse au gré de nos esforts,
Le nombre de nos rougebords
Marquer celui de ses années !
Jette sur lui, Bacclius, un regard protecteur,
Conserve des François l'amour & l'e perance,
Telle la vigne en sa naissance
De l'ormeau qui l'éleve emprunte sa vigueur,
Ranime en son berceau cet Enfant adorable:
Qu'il croisse, pour sentir le prix de tes faveurs,
Qu'un jour, comme le tien, son Regne soit ai-
mable,
Qu'il dure aussi long. tems que la soif des buveurt-
Pavaut de Jaussal.
Au sujet de la Naissance du nouveau Duc
de Bourgogne.
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne,
O Bachus, hâte- toi de lui donner du vin
Prépate ses pressoirs, fais murit son taisin;
Enyvre tour à tour la France & la Pologne:
Déja le fier Borée assiège nos climats
Déja des Aquilons la fougueuse insolence,
De tes dons renaissans menace l'abondance;
Viens; fils de Jupiter, dissipe ces frimats
Des airs, en un instant, fais cosset l'inclémence.
Un Prince nous est né; digne sang. de nos Dieux:
Mais sans ton jus victorieux
Que nous sont les transpoits, dont la France est
ravie?
Ton jus seul, ce jus précieux,
Sous d'aimables liens tient notre ame asservie,
24 MERCURE DE FRANCE.
Qui, saus ce jus délicieux,
C'est un suplice que la vie.
Protège la Bourgogne & ses riches coteaux:
Les voeux que pour hâter cette illustre naissance,
Ont faits les Habitans de ton Empire immense
De son divin nectar ont vuidé nos caveaux.
Ces vœux sont accomplis: le Prince vient de
naître
Pour célébrer un nouveau Maître,
Il nous faut des présens nouveaux.
Mais quel feu tout à coup me pénêtre & m'é-
claite ?
Où suis je ? Quel pouvoir s'empare de mes sens?
Silence, mes amis, c'est notre auguste Pere,
C'est Bachus, c'est lui que je sens....
Victoire, amis, chantons victoire,
Le Dieu rappelle à mon esprit
Ce que par un prodige incroyable, subit,
Le tems avoit enfin chassé de ma mémoire;
Venoz, courex, suivez mes pas,
Pénétrons hardiment dans tes demeures sombres
Que d'Autels renversés! que d'antiques décom-
bres !
Que de tristes témoins de nos joyeux combats !
A travers ces débris ouvrons- nous une route:
Voyex ces muids cachés sous une triple voûte,
Par quel charme inoui nous sont- ils échapés !
Un Dieu, n'en doutons point, un Dieu nous a
trompés
Bachus pour ce beau jour les réservoit sans doute.
Amis
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JANVIER.
1752.
25
Amis, couronno ns nous de pampres, de festops,
Rangez-vous, prellez-vous autour de cette table,
Défonçons ces tonneaux: que leur jus délectable
Daus nos verre, fumans s'écoule à gros bouillons, a
Livtons nous l'un à l'autre une guerre agréable:
Rougissez, ò vainqueurs! triomphez, 8 vaincus:
Les Dieux même, les Dieux le cédent à Bacchus;
Osez-vous tésister à ce Dieu redoutable:
Mais parmi les festins & les bruyans plaisirs,
N'allons point oublier d'où viennent ces richesses-
Le Prince que le Ciel accorde à nos desirs,
Nous a seul de Bacchus attité les la gesses.
Puisse-t'il être aux Dieux un objet de caresses !
Que la Parque sensible à nos justes transports
N'interrompe jamais ses nobles destinées:
Puisse, puisse sans cesse au gré de nos esforts,
Le nombre de nos rougebords
Marquer celui de ses années !
Jette sur lui, Bacclius, un regard protecteur,
Conserve des François l'amour & l'e perance,
Telle la vigne en sa naissance
De l'ormeau qui l'éleve emprunte sa vigueur,
Ranime en son berceau cet Enfant adorable:
Qu'il croisse, pour sentir le prix de tes faveurs,
Qu'un jour, comme le tien, son Regne soit ai-
mable,
Qu'il dure aussi long. tems que la soif des buveurt-
Pavaut de Jaussal.
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184
p. 40-50
LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. ODE A Sa Majesté, le Roi de Pologne, Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld, Conseiller de Légation de Sa Majesté, & Membre de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse. ......... Tu Lodoicus eris.
Début :
Grand Roi, qui permettez qu'une Muse timide [...]
Mots clefs :
Rois, Dieux, Dieu, Naissance du duc de Bourgogne, Terre, Enfant, Trône, Ange, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. ODE A Sa Majesté, le Roi de Pologne, Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld, Conseiller de Légation de Sa Majesté, & Membre de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse. ......... Tu Lodoicus eris.
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
ODE
A Sa Majesté, le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld,
Conseiller de Légation de Sa Majeste, &
Membre de l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Prusse.
......... Tu Lodoicus eris.
Grand Roi, qui permettez qu'une Muse timide
Dépoje a o pies jes écrits
Daignez favoriser l'audace qui me guide,
Digires b.0O
JANVIER. 1752.
41
Et qu' un de vos regards de mes vers soit le prix!
Quand l'Ange des Francois plein d'une ardeur tro
juste
Pour le Fils des Bourbous un former wus les voela,
Un seal les réunit, qu'il soit un autre Auguste!
Et nous n' aurons plus rien à demander aux Dicur.
en.
Cet astre radieux qu'une clatté (*) premiere
Annonçoit par ses feux naissans
Tel qu'un Dieu qui domine en sa vaste carriere
Se leve & darde ensin ses rayons tout puissans;
La Terre à son aspect tressaille d'allégresse,
Le Démon de la nuit rentre dans les enfers:
Et des jeux caressans la troupe enchanteresse
Revient de sa présence embellir l'Univers.
Franco, ainsi cet Enfant, le présent du Ciel même
Qu'il accorde à tes longs désirs
Vient remplir tes climats de sa splendeur suprême,
Et fixer dans ton sein la paix & les plaisira
Sur son divin berceau la flateuse espérance
Déja laisse tomber ses regards amoureux
Le Destin lui sourit, & l'Ange de la France
Comblé des dons du Ciel, lui porte encor ses
vœux.
(*) Madame, sour de Monseigneur le Duc de
Bourgogne.
Disirad hi0
CE MERCURE DE FRANCE.
Ane du grand Rousseau, du sublime Empirée
Où te couronnent les Talens
Abandonnie pour moi la demeure sacrée,
Viens me préter ta flamme & tes nobles élans,
Dans des vers immortels que je puisse redire
Ces vœux qu'un Dieu lui-même a sçu me révéler
Peuples, Rois, écoutez, c'est ce Dieu qui m'ins-
pire,
L'Ange même des lis par ma voix va patler.
»Grands Dieux (*) que jusqu'à vous l'humble &
„sainte priere
»Monte dans les flots de l'encens !
» Qe d'un Peuple enchanté, que de la France
„entiere
»S'élevent à vos pieds les cris reconnoissans !
»L'Héritier des Bourbons est votre auguste ou-
„vrage,
»Déja ses traits naissans décélent sa grandeur
»Mais ce n'est point asses, Dieux! qu'il soit votre
»image
(*) Personne ne doit ignorer que dans la hau-
te Poësie, Minerve ne veut signifier que la sagesse
qu'en un mot on entend par les Dieux & les im-
mortels, les anges & les esprits célestes. L'écriture
même en parlant de Dieu se sert de l'expression
de Dieu des Dieux.
JANVIER.
1752.
45
nSi vous ne l'échauffez d'une céleste ardeur.
wVenez, descendez tous dans l'azur d'un nuage,
»Sur ce berceau si glorieux,
»Qu'autour de cet Enfant votre cœur se partage,
»Qu'il confonde sur lui tous les rayons des Dieux!
» Quand vous voulez donner des Maîtres à la
terre
»Pout former cet ouvrage est-ce trop de vous
»tous?
»Suffit- il que leur bras soit armé du tonnerre,
»C'est la seule vertu qui les met près de vous
»Minerve, hâte toi; de ta divine Egide
» Viens couvrir cet auguste Enfant,
„ Que son premier regard s'attache sur le guide
»Qui doit le soutenir de son bras triomphant!
„ Ne t'écarte jamais de ses traces brillantes
Dans l'hotreur des combats cours, vole à son
»côté;
»Mais par d'autres chemins que les routes san-
„ glantes
» Qu'il s'éleve au sejour de l'immortalité !-
DEsprits même des Dieux, Enfans de la Déesse,
*Beaux arts, entourez son Berceau !
nA ses yeux que le jour offense encore & blesse,
44 MERCUREDEFRANCE.
»Faites déja briller votre immortel flambeau.
„Des vertus dans son sein r épandez les semences,
„ Vous êtes des vertus & l'oracle & l'appui,
»Réunissez vos dons, que vos trésois immenses
»Comme autant de torrens aillent se perdre en
» lui !
» Par vous il apprendra que ces Mastres du monde
»Ne sout dignes de leur éclat
» Que lorsque leur grandeur est la fource féconde
» D'où jaillisse la vie & le bien de l'Etat;
» Que ces Rois qui de sang & de combats avides,
»Font gémir & pleurer la tendre humanité,
»Verront leurs noms pareils à des vapeurs hu-
» mides
» Se dissiper au jour dunt luit la vérité.
Il sçaura pour le pauvre & l'orphelin timide,
» Pour les malheureux éplorés,
»Que les marches d'un trône où l'équité réside
»D'un salutaire autel sont autant de degrés;
„Il sçaura que sa main doit essuyer leurs larmes,
* Qu'un Roi n'est vraiment grand qu'autant qu'il
» est aimé;
„ Que de noms envolés avec le bruit des armes!
»Et du nom de Titus l'univers est charmé.
N
JANVIER.
1752.
45
„Il sçaura que la terre & lui-même ont un mai-
»tre,
„ Devant qui les Rois ne sont rien,
»Qu'il est un Dieu vengeur que tout doit recon,
»noitre,
„De cent mondes divers & l'ame & le soutien;
»Qu'à ce juge éternel tous les Rois sont comp-
ntables
»Des maux comme des biens de leur Trône
»émanés
»Qu'ensin si tous ses pas ne sont point équitables,
„Dans la nuit de la mort il seront entrainés.
» Sous vos ailes ainsi son Enfance chérie
»Comme un beau lys s'élevera,
»Et cette tendre fleur bien loin d'être flétrie
»En un fruit nourrissant par vous se changera.
„Tel un jeune Tilleul l'amour de la nature
„ Qu'un ruisseau bienfaisant abbreuve de ses eaux,
„ Voit tous les jours son front s'enrichir de ver-
„dure
nEt son tronc se répandre en d'utiles rameaux.
N
»Que de sa propre main, Beaux-Arts, il vous
»couronne
„ Près de lui qu'il vous fasse asseoir
»Comie les ornemens & la gloire du Trone,
46 MERCURE DE FRANCE.
» Le germe des vertus & le sceau du pouvoit !
„Louis du monde entier a mérité l'hommage
„En répandant sur vous ses généreux bienfaits,
»Et les vers de Corneille ont illustré son age
„Autant que la splendeur qu'il dut à ses hauts
» faits.
Ne viens point à ses piés, perside calomnie,
„ Soufflet tes feux & tes poisons
„ Dans sa naifsante aurore obscurcit le génie
„ Qui perce tôt ou tard, & darde ses rayons;
»Qu'assis au même rang de Virgile & d'Horace
»Ovide chante Auguste, & son régne immortel;
»La terre au Triumvir sans doute auroit fait
» grace,
„Si le Maître d'Ovide eut été moins cruel.
»Et vous, lâches flatteurs, vous corrupteurs in-
„fâmes
»La honte & l'opprobre des Rois,
»Vous qui portez l'orgueil & la mort dans leurs
»ames,
u Créateurs des Tytans, & destructeurs des loix,
„Fuyez, que le mensonge & la vile imposture
»N'exhalent point ici leur souffle empoisonneur
»Fuyez, n'infectez point une source aussi pure;
ed by G
1752.
JANVIER.
47
„Que l'univers entier y puise son bo iheus
Toi, sainte Vérité, ne crains point sa présence,
„ Et n'écarte pas ton flambeau,
» Toujours, pour qu'il mérite & régle sa puis-
»lance
» Des foiblesses des Rois offre lui le tableau;
»Quand il sçaura porter le sacré Diadême
»Pat un éloge libre ose l'encourager;
»S'il en pouvoit jamais ternir l'éclat suprême,
»Sans adoucir tes traits ose le corriger.
„ En lui faisant aimer cette fille céleste,
»L'immortelle Religion,
»Que sa raison démasque, & que son cœur dé-
po teste
»Le premier des Tyrans, la superstition;
„ Qu'il contemple les maux dont sa trace est
»suivie,
„ Les femmes, les vieillards, les enfaus immolés,
„Les Rois mêmes tombant sous son audace impie,
»Tous les crimes divers de son sein exhalés.
„Qu'il se souvienne enfin qu'étant ce que nous
» sommes,
„Comme nous soumis aux malheurs,
Mes
48 MERCURE DEFRANCE.
„ Autant humiliés que le dernier des hommes-
»Les Rois peuvent du sort épuiser les rigueurs
nMais le Monarque alors déployant sa grande
»ame
» Se met par sa constance au-dessus de l'humain
„ C'est alors qu'il, est Roi, que sa vertu s'enslam-
»me
n Maîttise la fortune & confond le destin.
25
nAinsi le Grand Louis trahi par la victoire,
»A vu le destin irrité
» Disputer à sou front le siège de la Gloire,
„ Ce laurier immortel qu'il avoit mérité.
nEn vain le sort jaloux vieut jusques sur le Trone,
wVient jusques dans ses bras lui ravir ses enfans,
„Aux fléaux conjurés dont l'horreur l'environne,
»Louis oppose encot les regards triomphans.
nOdivine amitié, flamme pure & sacrée
»Que ressentent si peu les Rois
»Transport de la belle ame aux vertus consa-
»crée
»Doux alimens des cours qui chérissent tes loix,
nAu nouveau Marcellus fais gouter tous tes
»charmes,
nA se remplir le cœeur de ses cheres allarmes
Qu'il
by Goo
JANVIER. 1752.
49
Qu'il connoisse en un mot la douceur de pleurer !
„Pour épuiser vos dons, sous les traits de sa
»mere,
„O! Dieux, puisse-t- il receler,
„La solide grandeur & l'ame de son pere;
»Petit fils de Lovis puisse- t- il l'égaler !
„ Mais conservez l'Ayeul votre image fidéle,
„Qu'il vive, s'il se peut, autant que ses bienfaits!
uQue cet enfant des Rois ait toujours un mo-
dele
»Digne du trône, ensin qu'il n'y monte jamais !
L'Ange dit, & soudain un sillon de lumiere
Entr'ouvre l'Olimpe éclairé
La Gloire qui des cieux traverse la carriere,
Couronne le berceau de son laurier sacté;
Sur ce front qui déja sourit à la déesse,
L'enfant reçoit l'éclat d'un immortel rayon.
Le Français s'applaudit transporté d'allégresse
Et plein d'un doux espoir, il attend un Bour-
bon.
N8
Digne fils de * Louis, à qui ta race antique
Doit ce rejetton, son appui,
Monseigneur le Dauphin.
C
II. Vol
Digistrss yL0
50 MERCURE DE FRANCE.
Lis ces vers ajoutés à l'offrande publique
Que la France à tes piés va porter aujourd'hui;:
Comme Français. ma voix a du se faire en-
tendre
Quand du sang des Bourbons le cours est aug.
menté
Comme sage encor plus, il ne peut trop s'éten,
dre
Pour le bien de la terre, & de l'humanité.
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
ODE
A Sa Majesté, le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld,
Conseiller de Légation de Sa Majeste, &
Membre de l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Prusse.
......... Tu Lodoicus eris.
Grand Roi, qui permettez qu'une Muse timide
Dépoje a o pies jes écrits
Daignez favoriser l'audace qui me guide,
Digires b.0O
JANVIER. 1752.
41
Et qu' un de vos regards de mes vers soit le prix!
Quand l'Ange des Francois plein d'une ardeur tro
juste
Pour le Fils des Bourbous un former wus les voela,
Un seal les réunit, qu'il soit un autre Auguste!
Et nous n' aurons plus rien à demander aux Dicur.
en.
Cet astre radieux qu'une clatté (*) premiere
Annonçoit par ses feux naissans
Tel qu'un Dieu qui domine en sa vaste carriere
Se leve & darde ensin ses rayons tout puissans;
La Terre à son aspect tressaille d'allégresse,
Le Démon de la nuit rentre dans les enfers:
Et des jeux caressans la troupe enchanteresse
Revient de sa présence embellir l'Univers.
Franco, ainsi cet Enfant, le présent du Ciel même
Qu'il accorde à tes longs désirs
Vient remplir tes climats de sa splendeur suprême,
Et fixer dans ton sein la paix & les plaisira
Sur son divin berceau la flateuse espérance
Déja laisse tomber ses regards amoureux
Le Destin lui sourit, & l'Ange de la France
Comblé des dons du Ciel, lui porte encor ses
vœux.
(*) Madame, sour de Monseigneur le Duc de
Bourgogne.
Disirad hi0
CE MERCURE DE FRANCE.
Ane du grand Rousseau, du sublime Empirée
Où te couronnent les Talens
Abandonnie pour moi la demeure sacrée,
Viens me préter ta flamme & tes nobles élans,
Dans des vers immortels que je puisse redire
Ces vœux qu'un Dieu lui-même a sçu me révéler
Peuples, Rois, écoutez, c'est ce Dieu qui m'ins-
pire,
L'Ange même des lis par ma voix va patler.
»Grands Dieux (*) que jusqu'à vous l'humble &
„sainte priere
»Monte dans les flots de l'encens !
» Qe d'un Peuple enchanté, que de la France
„entiere
»S'élevent à vos pieds les cris reconnoissans !
»L'Héritier des Bourbons est votre auguste ou-
„vrage,
»Déja ses traits naissans décélent sa grandeur
»Mais ce n'est point asses, Dieux! qu'il soit votre
»image
(*) Personne ne doit ignorer que dans la hau-
te Poësie, Minerve ne veut signifier que la sagesse
qu'en un mot on entend par les Dieux & les im-
mortels, les anges & les esprits célestes. L'écriture
même en parlant de Dieu se sert de l'expression
de Dieu des Dieux.
JANVIER.
1752.
45
nSi vous ne l'échauffez d'une céleste ardeur.
wVenez, descendez tous dans l'azur d'un nuage,
»Sur ce berceau si glorieux,
»Qu'autour de cet Enfant votre cœur se partage,
»Qu'il confonde sur lui tous les rayons des Dieux!
» Quand vous voulez donner des Maîtres à la
terre
»Pout former cet ouvrage est-ce trop de vous
»tous?
»Suffit- il que leur bras soit armé du tonnerre,
»C'est la seule vertu qui les met près de vous
»Minerve, hâte toi; de ta divine Egide
» Viens couvrir cet auguste Enfant,
„ Que son premier regard s'attache sur le guide
»Qui doit le soutenir de son bras triomphant!
„ Ne t'écarte jamais de ses traces brillantes
Dans l'hotreur des combats cours, vole à son
»côté;
»Mais par d'autres chemins que les routes san-
„ glantes
» Qu'il s'éleve au sejour de l'immortalité !-
DEsprits même des Dieux, Enfans de la Déesse,
*Beaux arts, entourez son Berceau !
nA ses yeux que le jour offense encore & blesse,
44 MERCUREDEFRANCE.
»Faites déja briller votre immortel flambeau.
„Des vertus dans son sein r épandez les semences,
„ Vous êtes des vertus & l'oracle & l'appui,
»Réunissez vos dons, que vos trésois immenses
»Comme autant de torrens aillent se perdre en
» lui !
» Par vous il apprendra que ces Mastres du monde
»Ne sout dignes de leur éclat
» Que lorsque leur grandeur est la fource féconde
» D'où jaillisse la vie & le bien de l'Etat;
» Que ces Rois qui de sang & de combats avides,
»Font gémir & pleurer la tendre humanité,
»Verront leurs noms pareils à des vapeurs hu-
» mides
» Se dissiper au jour dunt luit la vérité.
Il sçaura pour le pauvre & l'orphelin timide,
» Pour les malheureux éplorés,
»Que les marches d'un trône où l'équité réside
»D'un salutaire autel sont autant de degrés;
„Il sçaura que sa main doit essuyer leurs larmes,
* Qu'un Roi n'est vraiment grand qu'autant qu'il
» est aimé;
„ Que de noms envolés avec le bruit des armes!
»Et du nom de Titus l'univers est charmé.
N
JANVIER.
1752.
45
„Il sçaura que la terre & lui-même ont un mai-
»tre,
„ Devant qui les Rois ne sont rien,
»Qu'il est un Dieu vengeur que tout doit recon,
»noitre,
„De cent mondes divers & l'ame & le soutien;
»Qu'à ce juge éternel tous les Rois sont comp-
ntables
»Des maux comme des biens de leur Trône
»émanés
»Qu'ensin si tous ses pas ne sont point équitables,
„Dans la nuit de la mort il seront entrainés.
» Sous vos ailes ainsi son Enfance chérie
»Comme un beau lys s'élevera,
»Et cette tendre fleur bien loin d'être flétrie
»En un fruit nourrissant par vous se changera.
„Tel un jeune Tilleul l'amour de la nature
„ Qu'un ruisseau bienfaisant abbreuve de ses eaux,
„ Voit tous les jours son front s'enrichir de ver-
„dure
nEt son tronc se répandre en d'utiles rameaux.
N
»Que de sa propre main, Beaux-Arts, il vous
»couronne
„ Près de lui qu'il vous fasse asseoir
»Comie les ornemens & la gloire du Trone,
46 MERCURE DE FRANCE.
» Le germe des vertus & le sceau du pouvoit !
„Louis du monde entier a mérité l'hommage
„En répandant sur vous ses généreux bienfaits,
»Et les vers de Corneille ont illustré son age
„Autant que la splendeur qu'il dut à ses hauts
» faits.
Ne viens point à ses piés, perside calomnie,
„ Soufflet tes feux & tes poisons
„ Dans sa naifsante aurore obscurcit le génie
„ Qui perce tôt ou tard, & darde ses rayons;
»Qu'assis au même rang de Virgile & d'Horace
»Ovide chante Auguste, & son régne immortel;
»La terre au Triumvir sans doute auroit fait
» grace,
„Si le Maître d'Ovide eut été moins cruel.
»Et vous, lâches flatteurs, vous corrupteurs in-
„fâmes
»La honte & l'opprobre des Rois,
»Vous qui portez l'orgueil & la mort dans leurs
»ames,
u Créateurs des Tytans, & destructeurs des loix,
„Fuyez, que le mensonge & la vile imposture
»N'exhalent point ici leur souffle empoisonneur
»Fuyez, n'infectez point une source aussi pure;
ed by G
1752.
JANVIER.
47
„Que l'univers entier y puise son bo iheus
Toi, sainte Vérité, ne crains point sa présence,
„ Et n'écarte pas ton flambeau,
» Toujours, pour qu'il mérite & régle sa puis-
»lance
» Des foiblesses des Rois offre lui le tableau;
»Quand il sçaura porter le sacré Diadême
»Pat un éloge libre ose l'encourager;
»S'il en pouvoit jamais ternir l'éclat suprême,
»Sans adoucir tes traits ose le corriger.
„ En lui faisant aimer cette fille céleste,
»L'immortelle Religion,
»Que sa raison démasque, & que son cœur dé-
po teste
»Le premier des Tyrans, la superstition;
„ Qu'il contemple les maux dont sa trace est
»suivie,
„ Les femmes, les vieillards, les enfaus immolés,
„Les Rois mêmes tombant sous son audace impie,
»Tous les crimes divers de son sein exhalés.
„Qu'il se souvienne enfin qu'étant ce que nous
» sommes,
„Comme nous soumis aux malheurs,
Mes
48 MERCURE DEFRANCE.
„ Autant humiliés que le dernier des hommes-
»Les Rois peuvent du sort épuiser les rigueurs
nMais le Monarque alors déployant sa grande
»ame
» Se met par sa constance au-dessus de l'humain
„ C'est alors qu'il, est Roi, que sa vertu s'enslam-
»me
n Maîttise la fortune & confond le destin.
25
nAinsi le Grand Louis trahi par la victoire,
»A vu le destin irrité
» Disputer à sou front le siège de la Gloire,
„ Ce laurier immortel qu'il avoit mérité.
nEn vain le sort jaloux vieut jusques sur le Trone,
wVient jusques dans ses bras lui ravir ses enfans,
„Aux fléaux conjurés dont l'horreur l'environne,
»Louis oppose encot les regards triomphans.
nOdivine amitié, flamme pure & sacrée
»Que ressentent si peu les Rois
»Transport de la belle ame aux vertus consa-
»crée
»Doux alimens des cours qui chérissent tes loix,
nAu nouveau Marcellus fais gouter tous tes
»charmes,
nA se remplir le cœeur de ses cheres allarmes
Qu'il
by Goo
JANVIER. 1752.
49
Qu'il connoisse en un mot la douceur de pleurer !
„Pour épuiser vos dons, sous les traits de sa
»mere,
„O! Dieux, puisse-t- il receler,
„La solide grandeur & l'ame de son pere;
»Petit fils de Lovis puisse- t- il l'égaler !
„ Mais conservez l'Ayeul votre image fidéle,
„Qu'il vive, s'il se peut, autant que ses bienfaits!
uQue cet enfant des Rois ait toujours un mo-
dele
»Digne du trône, ensin qu'il n'y monte jamais !
L'Ange dit, & soudain un sillon de lumiere
Entr'ouvre l'Olimpe éclairé
La Gloire qui des cieux traverse la carriere,
Couronne le berceau de son laurier sacté;
Sur ce front qui déja sourit à la déesse,
L'enfant reçoit l'éclat d'un immortel rayon.
Le Français s'applaudit transporté d'allégresse
Et plein d'un doux espoir, il attend un Bour-
bon.
N8
Digne fils de * Louis, à qui ta race antique
Doit ce rejetton, son appui,
Monseigneur le Dauphin.
C
II. Vol
Digistrss yL0
50 MERCURE DE FRANCE.
Lis ces vers ajoutés à l'offrande publique
Que la France à tes piés va porter aujourd'hui;:
Comme Français. ma voix a du se faire en-
tendre
Quand du sang des Bourbons le cours est aug.
menté
Comme sage encor plus, il ne peut trop s'éten,
dre
Pour le bien de la terre, & de l'humanité.
Fermer
184
185
p. 3-9
HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
Début :
Vous qui faites, gloire [...]
Mots clefs :
Iphis, Jour, Anaxarète, Amour, Dieu, Belle, Gloire, Vengeance
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
HISTOIRE
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
F
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—
Vous qui faites, gloire De fuir les
.
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Amanta & l'Amour: Lisez cette His-
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
N. K.
Na
.
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2
toire, Et prosi- tez-en quelque jour.
.
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P.
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——
Crai- gnez la vengeance D'un Dieu qu'on
-K.
N.
Tp
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..L.
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ne peur é-vi-ter, L'a- mour qu'on
.—
-t-x
S
P.
of- fense Helas! est trop à te-
Du
S
M.-
—-
dou- ter.
Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
5
6
MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
Aiiij
009
2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
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Vous qui faites, gloire De fuir les
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Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
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MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
Aiiij
009
2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
Fermer
186
p. 10-64
HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
Début :
AVERTISSEMENT. Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit qui a / Qui de vous veut bon vers ouir [...]
Mots clefs :
Aucassin, Nicolette, Romance, Dieu, Père, Ami, Douce amie, Belle, Terre, Fils, Beau, Cheval, Roi, Conte, Sire, Chanter, Pays, Homme, Château, Vers, Amour, Doux, Chambre, Forêt, Mal, Fille, Yeux, Garins de Beaucaire, Mots, Vicomte
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
HISTOIRE
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
Fermer
187
p. 3-6
EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
Début :
Heritier d'un nom Héroïque [...]
Mots clefs :
Dieu, Paix
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
EPITRE
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
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188
p. 36-44
FLORENCE ET BLANCHEFLEUR, OU LA COUR D'AMOUR. Conte tiré d'un manuscrit du treizième siécle, conservé dans l'Abbaye Saint Germain des Prés, cotté No 1830.
Début :
Vous m'avez paru contente, Madame, des différens morceaux que je [...]
Mots clefs :
Amour, Église, Chevaliers, Dieu, Cour
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texteReconnaissance textuelle : FLORENCE ET BLANCHEFLEUR, OU LA COUR D'AMOUR. Conte tiré d'un manuscrit du treizième siécle, conservé dans l'Abbaye Saint Germain des Prés, cotté No 1830.
FLORENCE ET BLANCHEFLEUR ,
OU LA COUR D'AMOUR.
Conte tiré d'un manuſcrit du treizièmeſiècle ,
confervé dans l'Abbaye Saint Germain des
Prés , cotté N° 1830 .
Vo
Ous m'avez paru contente , Madame
, des différens morceaux que je
vous ai fait lire ; & vous y avez trouvé ,
dites - vous , la preuve que je vous avois
produite de la naïveté de nos peres . Je me
fuis encore engagé à vous convaincre qu'ils
avoient de l'imagination dans leurs ouvrages.
Je crois que le petit extrait de la
Cour d'Amour qui contient environ trois
cens cinquante vers , vous donnera une
idée de celle qu'ils employoient quelquefois
; car il ne me feroit pas facile, malgré
toute ma bonne volonté , de repéter fouvent
ces fortes d'exemples : les traits d'efprit
& d'imagination fe trouvent , il eft
vrai , dans leurs ouvrages , mais ils font
épars & noyés dans des longueurs infupportables
; leur objet même eft rarement
agréable , ce font le plus ordinairement
des moralités qui ne font qu'ennuyeufes ,
ou des contes à la vérité fort jolis , mais fi
DECEMBRE. 1754
37
S
libres que je n'oferois vous les préfenter.
Au refte vous ne ferez point étonnée de
la conclufion de ce petit ouvrage , fi vous
vous rappellez que les Chevaliers fçavoient
à peine lire dans les fiécles qui piquent
aujourd'hui votre curiofité , & que les Pretres
& les Moines étoient les feuls qui
fçuffent écrire. Il faut cependant convenir
que ces Auteurs étoient peu conféquens &
peu fixes dans leurs idées. Ils promettent
des chofes qu'ils ne tiennent pas , ils né
s'embarraffent point de remplir celles qu'ils
ont avancées. L'auteur que vous allez lire
abandonne , par exemple , l'image de l'Amour
comme Dieu , par laquelle il débute ,
pour en parler enfuite comme d'un Roi ,
par la feule raifon que l'imitation d'une
Cour lui étoit plus facile , & fe trouvoit
plus à fa portée. Il y auroit bien d'autres
obfervations à faire fur les inconféquences
de fond & de détail que ces Auteurs
préfentent à chaque pas . Mais ce n'eft point.
une critique que j'ai l'honneur de vous
envoyer ; c'eſt un exemple : heureux s'il
peut vous amufer encore !
Ce qui eft en italique eft traduit litté
salement .
L'Auteur commence par dire qu'il ne
faut point entretenir lespokrons , les pay- :
38 MERCURE DE FRANCE.
fans & ceux quife donnent des airs , de tout
ce qui peut regarder l'amour ; mais il ajoute
que ces propos conviennent aux gens
d'Eglife & aux Chevaliers , & fur- toùt aux
filles douces & aimables aufquelles ils font
fort néceffaires.
Florence & Blanchefleur , jeunes filles ,
de grande naiffance & douées de tous les
agrémens poffibles , entrerent un jour d'été
dans un verger des plus agréables pour fe
divertir enfemble , & jouir des beautés de
la nature & de la faifon ; elles avoient des
manteaux chamarrés de fleurs , & principalement
de rofes les plus fraîches ; l'étoffe étoit
d'amour , les attaches de chants d'oiseaux.
Elles trouverent , après avoir fait quelque
pas dans le verger , un ruiffeau , dans lequel
elles regarderent leurs visages dont l'amour
alteroit fouvent les couleurs ; elles fe repoferent
enfuite au pied des oliviers dont le
bord étoit planté. Florence prit la parole &
dit : Qui feroit feule ici avec fen amant fans
que perfonne en put être inftruit ! Si les
nôtres arrivoient dans le moment , nous ne
pourrions les empêcher de nous embraffer , de
nous careffer & de jouir du plaifir d'être avec
nous , pourvû que la chofe n'allât pas plus ·
loin , car nous ne le voudrions pas autrement :
nous ne devons jamais donner la moindre
prife furnous , & quand un arbre a perdu
DECEMBRE. 1754. 39
fes feuilles il a bien perdu de fa beauté.
Blanchefleur lui répondit qu'elle avoit raifon
, & que l'honneur étoit préférable à toutes
les richeffes. Elles s'amuferent tout le jour ,
elles s'entretinrent , mais en général , des
Sentimens dont leur coeur étoit occupé. Cette
bonne intelligence ne dura que jufques au
foir ; elles fe brouillerent & devinrent furieufes
l'une contre l'autre par la raiſon
fuivante.
Florence demanda doucement à Blanchefleur
: à qui avez - vous donné ce coeur qui me
paroît fi bon &fi fincere Blanchefleur rougit
& pâlit , & lui répondit : je veux bien
vous avouer que j'ai donné mon coeur &
tout ce qui dépend de moi à un jeune homme
d'Eglife , charmant de fa figure , mais dont le
caractere eft encore préférable à la beauté.
Il me feroit impoffible , ajoûta- t- elle , de
louer la bonté de fon coeur & la politeffe
de fon efprit autant qu'elles le méritent.
Florence lui répondit avec furprife , comment
avez - vous pû vous déterminer à
prendre un homme d'Eglife pour ami ?
Quand le mien va dans un tournoi & qu'il
abbat un Chevalier , il vient me préfenter
fon cheval. Les Chevaliers font eftimés de
tout le monde , les gens d'Eglife font méprifés
; il faut affurément que votre eſprit
foit dérangé d'avoir fait choix d'une telle
efpece,
40 MERCURE DE FRANCE.
Blanchefleur ne put foutenir ces propos
infultans , & lui dit avec une colere mêlée
d'impatience , qu'elle avoit tort de dire du
mal de fon ami , qu'elle ne le fouffriroit point ,
& qu'il étoit plus fot à elle d'aimer un Chevalier
; & dans fa colere elle fit la critique
& le portrait de la pauvreté & des befoins
ordinaires des Chevaliers. Elle finit par
dire qu'elle prouveroit devant toute la
terre que les
gens d'Eglife étoient les feuls
que l'on dût aimer , qu'ils étoient plus polis
&plus remplis deprobité que les Chevaliers.
Florence lui répliqua que tout ce qu'elle
difoit étoit faux , & lui propofa d'aller
faire juger leur différend à la cour du Dieu
d'Amour. D'accord fur ce point , elles fortirent
du verger fans fe dire un mot & fans
fe regarder.
Elles furent exactes à fe mettre en marche
le jour dont elles étoient convenues.
Elles partirent en même-tems , & fe rencontrerent
non fans être piquées de fe
trouver toutes deux fi belles & fi bien parées.
En effet jamais parures n'eurent autant
d'éclat & de véritables agrémens .
Leurs robes étoient faites des rofes les plus
fraiches , leurs ceintures de violettes que les
amours avoient arrangées pour leur plaiſir ,
leurs fouliers étoient couverts de fleurs jaunes,
leurs coeffures étoient d'églantier 2
DECEMBRE. 1754 41
auffi l'odeur en étoit parfaite . Elles montoient
deux chevaux plus blancs que la
neige , & auffi beaux que magnifiquement
parés ; car l'yvoire & l'ambre étoient employés
avec profufion fur leurs harnois.
Ces beaux chevaux avoient le poitrail orné
de fonnettes d'or & d'argent , & par un
enchantement de l'amour elles fonnoient des
airs nouveaux , plus doux que ne le fut jamais
le chant d'aucun oiseau. Quelque malade
qu'un homme eût été , cette mélodie l'auroit
auffi-tôt guéri.
Florence & Blanchefleur firent le voyage
enfemble , & découvrirent fur le midi
la tour & le palais que le Dieu d'Amour
habitoit s il étoit fur un lit tout couvert de
rofes , & dont les rideaux étoient galamment
attachés avec des clous de girofle
parfaitement arrangés.
Les deux Demoifelles mirent pied à ter
re fous un pin , dans une prairie charmante
qui formoit l'ayant- cour du château. Deux
oifeaux volerent à elles , & les conduisirent
au château , d'autres eurent foin de pren
dre leurs chevaux .
Quand le Dieu d'Amour les apperçut
il fe leva de fon lit avec empreffement ,
les falua avec toutes les graces dont il eft
capable , les prit l'une & l'autre par la
main , les fit affeoir auprès de lui , & leur
42 MERCURE DE FRANCE.
ger
demanda le fujet de leur voyage . Blanche-
Aeur lui en rendit compte , & le pria de juleur
différend . Auffi -tôt le Roi donna
ordre qu'on fit affembler les oiſeaux , fes
barons , pour décider la queftion . Il leur
conta la difpuie des deux Belles , & leur dit
de lui donner franchement leur avis.
L'Epervier parla le premier , & dit que
les Chevaliers étoient plus polis & plus
honnêtes que les gens d'Eglife.
La Huppe dit que cela n'étoit pas vrai ,
& que jamais on ne pouvoit comparer un
Chevalier avec un Clerc , par rapport
mattreſſe.
Le Faucon fe leva en pied , & donna le
démenti à la Huppe , en l'affurant qu'il
n'y avoit ni Clerc ni Prêtre qui pût en îça
voir autant en amour qu'un Chevalièr .
L'Alouette contredit l'avis du Faucon ,
affurant que l'homme d'Eglife devoit mieux
aimer.
Le Geai laiffa à peine le tems à l'Alouette
de donner fon avis , tant il étoit preſſé
de parler en faveur des Chevaliers , affurant
qu'ils étoient les plus aimables , ajoutant
que les gens d'Eglife ne devoient point aimer,
que leur état les engageoit à fonner les cloches
& à prier pour les ames , & que les Chevaliers
devoient au contraire aimer les Da
mes. fut
DECEMBRE. 1754. 43
Le Roffignol fe leva & demanda audience
: Les amours , dit - il , m'ont fait leur
confeiller , j'ofe donc déclarer , ſelon ma
penfée , que perfonne ne peut fi bien aimer
qu'un homme d'Eglife , & je m'offre à le
prouver par les armes.
Le Perroquet fe leva , & après avoir dit
deux fois , écoutez , écoutez ; il ajoûta , le
Roffignol ment , j'accepte le combat : en difant
ces mots , il jetta fon gant : le Roile prit;
le Reffignol vint a lui & lui donna lefien ,
pour prouver qu'il acceptoit la bataille.
Auffi - tôt ils allerent prendre leurs armes
; & quoiqu'elles ne fuffent que de
fleurs , le combat fut très - vif & fort difputé.
Cependant aucun des combattans
n'y périt ; mais le Perroquet fut terraffé ,
obligé de rendre fon épée , & de convenir
que les gens
gens d'Eglife foni braves & honnêtes ,
& plus dignes d'avoir des maîtreffes que les
hommes de tout autre état , & par confequent
que les Chevaliers.
Florence au defefpoir de fe voir 'condamnée
, s'arracha les cheveux , tordit fes
poings , & ne demanda à Dieu que le bonbeur
de mourir ; elle s'évanouit trois fois , &
la quatriéme elle mourut.
Tous les oifeaux furent convoqués pour
lui faire des obfeques magnifiques ; ils
répandirent une prodigieufe quantité de
44 MERCURE DE FRANCE.
fleurs fur fon tombeau , fur lequel ils placerent
cette épitaphe : Ci git Florence qui
préféra le Chevalier.
L'Auteur , après avoir fait parler la Kalande
, qui eft une efpece d'Alouette huppée
, fait auffi- tôt après paroître une autre
Alouette. J'ai pris la licence de faire intervenir
un autre oifeau dans le Confeil.
Sans prétendre faire aucune comparaiſon ,
la Fontaine m'a autorifé fur le fait de Maiwe
Alaciel , & j'ai crû pouvoir ſuivre ſon
exemple fur le compte d'une Alouette.
J'ai l'honneur d'être , Madame.
OU LA COUR D'AMOUR.
Conte tiré d'un manuſcrit du treizièmeſiècle ,
confervé dans l'Abbaye Saint Germain des
Prés , cotté N° 1830 .
Vo
Ous m'avez paru contente , Madame
, des différens morceaux que je
vous ai fait lire ; & vous y avez trouvé ,
dites - vous , la preuve que je vous avois
produite de la naïveté de nos peres . Je me
fuis encore engagé à vous convaincre qu'ils
avoient de l'imagination dans leurs ouvrages.
Je crois que le petit extrait de la
Cour d'Amour qui contient environ trois
cens cinquante vers , vous donnera une
idée de celle qu'ils employoient quelquefois
; car il ne me feroit pas facile, malgré
toute ma bonne volonté , de repéter fouvent
ces fortes d'exemples : les traits d'efprit
& d'imagination fe trouvent , il eft
vrai , dans leurs ouvrages , mais ils font
épars & noyés dans des longueurs infupportables
; leur objet même eft rarement
agréable , ce font le plus ordinairement
des moralités qui ne font qu'ennuyeufes ,
ou des contes à la vérité fort jolis , mais fi
DECEMBRE. 1754
37
S
libres que je n'oferois vous les préfenter.
Au refte vous ne ferez point étonnée de
la conclufion de ce petit ouvrage , fi vous
vous rappellez que les Chevaliers fçavoient
à peine lire dans les fiécles qui piquent
aujourd'hui votre curiofité , & que les Pretres
& les Moines étoient les feuls qui
fçuffent écrire. Il faut cependant convenir
que ces Auteurs étoient peu conféquens &
peu fixes dans leurs idées. Ils promettent
des chofes qu'ils ne tiennent pas , ils né
s'embarraffent point de remplir celles qu'ils
ont avancées. L'auteur que vous allez lire
abandonne , par exemple , l'image de l'Amour
comme Dieu , par laquelle il débute ,
pour en parler enfuite comme d'un Roi ,
par la feule raifon que l'imitation d'une
Cour lui étoit plus facile , & fe trouvoit
plus à fa portée. Il y auroit bien d'autres
obfervations à faire fur les inconféquences
de fond & de détail que ces Auteurs
préfentent à chaque pas . Mais ce n'eft point.
une critique que j'ai l'honneur de vous
envoyer ; c'eſt un exemple : heureux s'il
peut vous amufer encore !
Ce qui eft en italique eft traduit litté
salement .
L'Auteur commence par dire qu'il ne
faut point entretenir lespokrons , les pay- :
38 MERCURE DE FRANCE.
fans & ceux quife donnent des airs , de tout
ce qui peut regarder l'amour ; mais il ajoute
que ces propos conviennent aux gens
d'Eglife & aux Chevaliers , & fur- toùt aux
filles douces & aimables aufquelles ils font
fort néceffaires.
Florence & Blanchefleur , jeunes filles ,
de grande naiffance & douées de tous les
agrémens poffibles , entrerent un jour d'été
dans un verger des plus agréables pour fe
divertir enfemble , & jouir des beautés de
la nature & de la faifon ; elles avoient des
manteaux chamarrés de fleurs , & principalement
de rofes les plus fraîches ; l'étoffe étoit
d'amour , les attaches de chants d'oiseaux.
Elles trouverent , après avoir fait quelque
pas dans le verger , un ruiffeau , dans lequel
elles regarderent leurs visages dont l'amour
alteroit fouvent les couleurs ; elles fe repoferent
enfuite au pied des oliviers dont le
bord étoit planté. Florence prit la parole &
dit : Qui feroit feule ici avec fen amant fans
que perfonne en put être inftruit ! Si les
nôtres arrivoient dans le moment , nous ne
pourrions les empêcher de nous embraffer , de
nous careffer & de jouir du plaifir d'être avec
nous , pourvû que la chofe n'allât pas plus ·
loin , car nous ne le voudrions pas autrement :
nous ne devons jamais donner la moindre
prife furnous , & quand un arbre a perdu
DECEMBRE. 1754. 39
fes feuilles il a bien perdu de fa beauté.
Blanchefleur lui répondit qu'elle avoit raifon
, & que l'honneur étoit préférable à toutes
les richeffes. Elles s'amuferent tout le jour ,
elles s'entretinrent , mais en général , des
Sentimens dont leur coeur étoit occupé. Cette
bonne intelligence ne dura que jufques au
foir ; elles fe brouillerent & devinrent furieufes
l'une contre l'autre par la raiſon
fuivante.
Florence demanda doucement à Blanchefleur
: à qui avez - vous donné ce coeur qui me
paroît fi bon &fi fincere Blanchefleur rougit
& pâlit , & lui répondit : je veux bien
vous avouer que j'ai donné mon coeur &
tout ce qui dépend de moi à un jeune homme
d'Eglife , charmant de fa figure , mais dont le
caractere eft encore préférable à la beauté.
Il me feroit impoffible , ajoûta- t- elle , de
louer la bonté de fon coeur & la politeffe
de fon efprit autant qu'elles le méritent.
Florence lui répondit avec furprife , comment
avez - vous pû vous déterminer à
prendre un homme d'Eglife pour ami ?
Quand le mien va dans un tournoi & qu'il
abbat un Chevalier , il vient me préfenter
fon cheval. Les Chevaliers font eftimés de
tout le monde , les gens d'Eglife font méprifés
; il faut affurément que votre eſprit
foit dérangé d'avoir fait choix d'une telle
efpece,
40 MERCURE DE FRANCE.
Blanchefleur ne put foutenir ces propos
infultans , & lui dit avec une colere mêlée
d'impatience , qu'elle avoit tort de dire du
mal de fon ami , qu'elle ne le fouffriroit point ,
& qu'il étoit plus fot à elle d'aimer un Chevalier
; & dans fa colere elle fit la critique
& le portrait de la pauvreté & des befoins
ordinaires des Chevaliers. Elle finit par
dire qu'elle prouveroit devant toute la
terre que les
gens d'Eglife étoient les feuls
que l'on dût aimer , qu'ils étoient plus polis
&plus remplis deprobité que les Chevaliers.
Florence lui répliqua que tout ce qu'elle
difoit étoit faux , & lui propofa d'aller
faire juger leur différend à la cour du Dieu
d'Amour. D'accord fur ce point , elles fortirent
du verger fans fe dire un mot & fans
fe regarder.
Elles furent exactes à fe mettre en marche
le jour dont elles étoient convenues.
Elles partirent en même-tems , & fe rencontrerent
non fans être piquées de fe
trouver toutes deux fi belles & fi bien parées.
En effet jamais parures n'eurent autant
d'éclat & de véritables agrémens .
Leurs robes étoient faites des rofes les plus
fraiches , leurs ceintures de violettes que les
amours avoient arrangées pour leur plaiſir ,
leurs fouliers étoient couverts de fleurs jaunes,
leurs coeffures étoient d'églantier 2
DECEMBRE. 1754 41
auffi l'odeur en étoit parfaite . Elles montoient
deux chevaux plus blancs que la
neige , & auffi beaux que magnifiquement
parés ; car l'yvoire & l'ambre étoient employés
avec profufion fur leurs harnois.
Ces beaux chevaux avoient le poitrail orné
de fonnettes d'or & d'argent , & par un
enchantement de l'amour elles fonnoient des
airs nouveaux , plus doux que ne le fut jamais
le chant d'aucun oiseau. Quelque malade
qu'un homme eût été , cette mélodie l'auroit
auffi-tôt guéri.
Florence & Blanchefleur firent le voyage
enfemble , & découvrirent fur le midi
la tour & le palais que le Dieu d'Amour
habitoit s il étoit fur un lit tout couvert de
rofes , & dont les rideaux étoient galamment
attachés avec des clous de girofle
parfaitement arrangés.
Les deux Demoifelles mirent pied à ter
re fous un pin , dans une prairie charmante
qui formoit l'ayant- cour du château. Deux
oifeaux volerent à elles , & les conduisirent
au château , d'autres eurent foin de pren
dre leurs chevaux .
Quand le Dieu d'Amour les apperçut
il fe leva de fon lit avec empreffement ,
les falua avec toutes les graces dont il eft
capable , les prit l'une & l'autre par la
main , les fit affeoir auprès de lui , & leur
42 MERCURE DE FRANCE.
ger
demanda le fujet de leur voyage . Blanche-
Aeur lui en rendit compte , & le pria de juleur
différend . Auffi -tôt le Roi donna
ordre qu'on fit affembler les oiſeaux , fes
barons , pour décider la queftion . Il leur
conta la difpuie des deux Belles , & leur dit
de lui donner franchement leur avis.
L'Epervier parla le premier , & dit que
les Chevaliers étoient plus polis & plus
honnêtes que les gens d'Eglife.
La Huppe dit que cela n'étoit pas vrai ,
& que jamais on ne pouvoit comparer un
Chevalier avec un Clerc , par rapport
mattreſſe.
Le Faucon fe leva en pied , & donna le
démenti à la Huppe , en l'affurant qu'il
n'y avoit ni Clerc ni Prêtre qui pût en îça
voir autant en amour qu'un Chevalièr .
L'Alouette contredit l'avis du Faucon ,
affurant que l'homme d'Eglife devoit mieux
aimer.
Le Geai laiffa à peine le tems à l'Alouette
de donner fon avis , tant il étoit preſſé
de parler en faveur des Chevaliers , affurant
qu'ils étoient les plus aimables , ajoutant
que les gens d'Eglife ne devoient point aimer,
que leur état les engageoit à fonner les cloches
& à prier pour les ames , & que les Chevaliers
devoient au contraire aimer les Da
mes. fut
DECEMBRE. 1754. 43
Le Roffignol fe leva & demanda audience
: Les amours , dit - il , m'ont fait leur
confeiller , j'ofe donc déclarer , ſelon ma
penfée , que perfonne ne peut fi bien aimer
qu'un homme d'Eglife , & je m'offre à le
prouver par les armes.
Le Perroquet fe leva , & après avoir dit
deux fois , écoutez , écoutez ; il ajoûta , le
Roffignol ment , j'accepte le combat : en difant
ces mots , il jetta fon gant : le Roile prit;
le Reffignol vint a lui & lui donna lefien ,
pour prouver qu'il acceptoit la bataille.
Auffi - tôt ils allerent prendre leurs armes
; & quoiqu'elles ne fuffent que de
fleurs , le combat fut très - vif & fort difputé.
Cependant aucun des combattans
n'y périt ; mais le Perroquet fut terraffé ,
obligé de rendre fon épée , & de convenir
que les gens
gens d'Eglife foni braves & honnêtes ,
& plus dignes d'avoir des maîtreffes que les
hommes de tout autre état , & par confequent
que les Chevaliers.
Florence au defefpoir de fe voir 'condamnée
, s'arracha les cheveux , tordit fes
poings , & ne demanda à Dieu que le bonbeur
de mourir ; elle s'évanouit trois fois , &
la quatriéme elle mourut.
Tous les oifeaux furent convoqués pour
lui faire des obfeques magnifiques ; ils
répandirent une prodigieufe quantité de
44 MERCURE DE FRANCE.
fleurs fur fon tombeau , fur lequel ils placerent
cette épitaphe : Ci git Florence qui
préféra le Chevalier.
L'Auteur , après avoir fait parler la Kalande
, qui eft une efpece d'Alouette huppée
, fait auffi- tôt après paroître une autre
Alouette. J'ai pris la licence de faire intervenir
un autre oifeau dans le Confeil.
Sans prétendre faire aucune comparaiſon ,
la Fontaine m'a autorifé fur le fait de Maiwe
Alaciel , & j'ai crû pouvoir ſuivre ſon
exemple fur le compte d'une Alouette.
J'ai l'honneur d'être , Madame.
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Résumé : FLORENCE ET BLANCHEFLEUR, OU LA COUR D'AMOUR. Conte tiré d'un manuscrit du treizième siécle, conservé dans l'Abbaye Saint Germain des Prés, cotté No 1830.
Le texte présente un conte médiéval intitulé 'Florence et Blanchefleur, ou La Cour d'Amour', extrait d'un manuscrit du XIIIe siècle conservé à l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés. L'auteur vise à montrer que les écrivains du Moyen Âge possédaient une imagination fertile, malgré les longueurs et les moralités souvent ennuyeuses de leurs œuvres. Le conte raconte l'histoire de deux jeunes filles, Florence et Blanchefleur, qui se disputent sur la supériorité des Chevaliers ou des gens d'Église en matière d'amour. Un jour d'été, dans un verger, Blanchefleur révèle à Florence avoir donné son cœur à un jeune homme d'Église. Florence, choquée, préfère les Chevaliers et propose de soumettre leur différend à la cour du Dieu d'Amour. Les deux jeunes filles se rendent au palais du Dieu d'Amour, où un débat est organisé entre divers oiseaux représentant les deux camps. Après un combat symbolique, le Perroquet, représentant les Chevaliers, est vaincu et reconnaît la supériorité des gens d'Église en amour. Florence, désespérée par cette défaite, meurt de chagrin. Les oiseaux lui rendent des honneurs funèbres et placent une épitaphe sur sa tombe. L'auteur mentionne également l'intervention d'une autre alouette dans le conte, s'inspirant de La Fontaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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189
p. 81-82
VAUDEVILLE PASTORAL.
Début :
Sur un thrône de fougere, [...]
Mots clefs :
Coeur, Dieu, Pouvoir, Aimer
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texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE PASTORAL.
VAUDEVILLE PASTORAL.
U R un throne de fougere , UR
Chez nous regne le plaifir ,
Et de fleurs , fa main légere
Y couronne le defir..
Le pouvoir & le bien fuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime
On eft Dieu , quand on eft aimé.
J'égale , en aimant Colette
Les Rois & les immortels ;
Un gazon , une houlette ,
Sont mon fceptre & mes autels.
Le pouvoir , & c.
Je lui plais , elle m'enflamme ;
Quel fort eft plus glorieux !
Mes tréfors font dans fon ame ,
Et ma gloire eft dans fes
Le pouvoir , & c .
yeux .
;
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Eft-il un plus doux empire
Que celui d'un tendre coeur !
On regne , quand on reſpire
Pour un aimable vainqueur.
Le pouvoir , & c.
D'une fi douce victoire ,
Que l'amour ait tout l'honneur :
Le chanter , c'eft une gloire ;
Le fentir , c'eft un bonheur.
Le pouvoir & le bien ſuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime ;
On eft Dieu , quand on eft aimé.
U R un throne de fougere , UR
Chez nous regne le plaifir ,
Et de fleurs , fa main légere
Y couronne le defir..
Le pouvoir & le bien fuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime
On eft Dieu , quand on eft aimé.
J'égale , en aimant Colette
Les Rois & les immortels ;
Un gazon , une houlette ,
Sont mon fceptre & mes autels.
Le pouvoir , & c.
Je lui plais , elle m'enflamme ;
Quel fort eft plus glorieux !
Mes tréfors font dans fon ame ,
Et ma gloire eft dans fes
Le pouvoir , & c .
yeux .
;
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Eft-il un plus doux empire
Que celui d'un tendre coeur !
On regne , quand on reſpire
Pour un aimable vainqueur.
Le pouvoir , & c.
D'une fi douce victoire ,
Que l'amour ait tout l'honneur :
Le chanter , c'eft une gloire ;
Le fentir , c'eft un bonheur.
Le pouvoir & le bien ſuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime ;
On eft Dieu , quand on eft aimé.
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Résumé : VAUDEVILLE PASTORAL.
Le texte 'Vaudeville Pastoral' célèbre l'amour et ses effets sur le cœur humain. Être aimé confère une divinité, aimer fait de quelqu'un un roi. Le poète, en aimant Colette, trouve bonheur et pouvoir dans l'amour. L'empire le plus doux est celui d'un cœur tendre, où l'on règne en respirant pour un vainqueur aimable. L'amour est une douce victoire et un bonheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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190
p. 27-29
A MADEMOISELLE D. L. R.
Début :
Le tendre Dieu qu'on adore à Cythere, [...]
Mots clefs :
Traits, Yeux, Dieu, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE D. L. R.
A MADEMOISELLE D. L. R.
LE tendte Dieu qu'on adore à Cythere ,
Des foins du trône un jour ſe trouva las :
Car fur le trône , en dépit du vulgaire ,
Le vrai bonheur ne fe rencontre pas.
L'Amour voyoit de fon heureux empire ,
De jour en jour les bornes s'élargir :
Le pauvre Dieu n'y pouvoit plus fuffire ,
Et ne fçavoit fur quel pied fe tenir.
On dit qu'enfin il fut trouver la mere ,
Qui repofoit , non pas entre deux draps ,
Mais fur un lit de naiffante fougere ;
En larmoyant il lui conte le cas .
Dans les beaux yeux la trifteffe étoit peinte ,
Il ne pouvoit en fupporter le poids.
Il termina fa touchante complainte
En dépofant & fleches & carquois.
Il eſpéroit , dans un rang plus modefte ,
Trouver enfin la fource du bonheur.
Vénus fourit , & fon fouris céleſte
De Cupidon allégea la douleur.
Allez , mon fils , retournez à Cythere ,
Dit la Déeffe , & dans peu mes bienfaits_
Vous apprendront que je fuis votre mere.
En d'autres mains je remettrai vos traits ;
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces traits vainqueurs , dont la trifte puiffance
A de foucis empoisonné vos jours .
2
2
Le Dieu content applaudit en filence ;
Puis embraffant la Reine des amours
Les yeux baiffés , s'envole à tire d'aîle ,
Rempli d'efpoir & de férénité ,
Se repofant fur bonté maternelle,
Vénus alors , avec tranquillité ,
Fit l'examen de l'affaire nouvelle ;
Et tôt après convoqua fon confeil..
Les ris , lesjeux , fon cortege fidele ,
Vinrent en foule en fuperbe appareil .
Enfuite on vit les trois Graces paroître ;
Sur leurs appas on les complimenta :
De la fleurette on eût paflé peut - être
A d'autres faits , quand Vénus arrêta
Les complimens . On fait un grand filence ;
Et la Déeffe expofe en abrégé
Le cas fufdit à toute l'affiftance .
Le fentiment ſe trouve partagé.
1
Nul n'eft d'accord ; on raifonne , on opine ;
Et le defordre alloit toujours croiffant :
Quand tout-à- coup , la fçavante Euphrofine
deux mots ceffer le différend .
Fit
par
Tel on nous peint le Mentor pacifique ,
Qui defarma la rage des foldats ,
Et fit enfin , par un trait politique ,
Naître la paix au milieu des combats.
Donnez , dit- elle , à la jeune Thémire ,
MARS . 29 1755.
De Cup idon les redoutables traits .
De fes beaux yeux , de fon tendre fourire ,
Ja plus d'un coeur a fenti les effets ;
Mais quand ces traits feront en ſa puiſſance ,
L'Amour fera de foins débarraffé .
Sur ce fujet ( foit dit fans conféquence )
C'eſt le parti , je crois , le plus fenfé.
Ainfi finit fon difcours laconique ,
Et de bon coeur tout le monde applaudit ;
Car en ce tems la jaloufe critique
Chez les Amours n'avoit aucun crédit.
On donna donc à l'aimable Thémire
Les traits d'Amour , & bientôt les mortels ,
Soumis aux loix de fon nouvel empire ,
Vinrent en foule encenfer fes autels.
LE tendte Dieu qu'on adore à Cythere ,
Des foins du trône un jour ſe trouva las :
Car fur le trône , en dépit du vulgaire ,
Le vrai bonheur ne fe rencontre pas.
L'Amour voyoit de fon heureux empire ,
De jour en jour les bornes s'élargir :
Le pauvre Dieu n'y pouvoit plus fuffire ,
Et ne fçavoit fur quel pied fe tenir.
On dit qu'enfin il fut trouver la mere ,
Qui repofoit , non pas entre deux draps ,
Mais fur un lit de naiffante fougere ;
En larmoyant il lui conte le cas .
Dans les beaux yeux la trifteffe étoit peinte ,
Il ne pouvoit en fupporter le poids.
Il termina fa touchante complainte
En dépofant & fleches & carquois.
Il eſpéroit , dans un rang plus modefte ,
Trouver enfin la fource du bonheur.
Vénus fourit , & fon fouris céleſte
De Cupidon allégea la douleur.
Allez , mon fils , retournez à Cythere ,
Dit la Déeffe , & dans peu mes bienfaits_
Vous apprendront que je fuis votre mere.
En d'autres mains je remettrai vos traits ;
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces traits vainqueurs , dont la trifte puiffance
A de foucis empoisonné vos jours .
2
2
Le Dieu content applaudit en filence ;
Puis embraffant la Reine des amours
Les yeux baiffés , s'envole à tire d'aîle ,
Rempli d'efpoir & de férénité ,
Se repofant fur bonté maternelle,
Vénus alors , avec tranquillité ,
Fit l'examen de l'affaire nouvelle ;
Et tôt après convoqua fon confeil..
Les ris , lesjeux , fon cortege fidele ,
Vinrent en foule en fuperbe appareil .
Enfuite on vit les trois Graces paroître ;
Sur leurs appas on les complimenta :
De la fleurette on eût paflé peut - être
A d'autres faits , quand Vénus arrêta
Les complimens . On fait un grand filence ;
Et la Déeffe expofe en abrégé
Le cas fufdit à toute l'affiftance .
Le fentiment ſe trouve partagé.
1
Nul n'eft d'accord ; on raifonne , on opine ;
Et le defordre alloit toujours croiffant :
Quand tout-à- coup , la fçavante Euphrofine
deux mots ceffer le différend .
Fit
par
Tel on nous peint le Mentor pacifique ,
Qui defarma la rage des foldats ,
Et fit enfin , par un trait politique ,
Naître la paix au milieu des combats.
Donnez , dit- elle , à la jeune Thémire ,
MARS . 29 1755.
De Cup idon les redoutables traits .
De fes beaux yeux , de fon tendre fourire ,
Ja plus d'un coeur a fenti les effets ;
Mais quand ces traits feront en ſa puiſſance ,
L'Amour fera de foins débarraffé .
Sur ce fujet ( foit dit fans conféquence )
C'eſt le parti , je crois , le plus fenfé.
Ainfi finit fon difcours laconique ,
Et de bon coeur tout le monde applaudit ;
Car en ce tems la jaloufe critique
Chez les Amours n'avoit aucun crédit.
On donna donc à l'aimable Thémire
Les traits d'Amour , & bientôt les mortels ,
Soumis aux loix de fon nouvel empire ,
Vinrent en foule encenfer fes autels.
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Résumé : A MADEMOISELLE D. L. R.
Le texte décrit une conversation entre Cupidon et Vénus. Cupidon, las de son rôle sur le trône de Cythère, exprime son désir de trouver le bonheur et remet ses flèches et son carquois à sa mère. Vénus, compréhensive, lui conseille de retourner à Cythère et lui promet des bienfaits. Elle décide de confier les traits de Cupidon à une jeune femme nommée Thémire, reconnue pour son influence sur les cœurs. Après un débat au sein du conseil de Vénus, la sage Euphrosine propose cette solution, qui est approuvée par tous. Thémire reçoit donc les traits de Cupidon, et les mortels se soumettent à son nouvel empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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191
p. 77-86
SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
Début :
Une maladie longue & opiniâtre, une convalescence des plus lentes & des [...]
Mots clefs :
Poème, Christiade, Dieu, Sauveur, Paradis, Académicien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
SECONDE LETTRE
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
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Résumé : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
La seconde lettre est une correspondance entre deux académiciens discutant de la 'Christiade', un poème épique. L'auteur de la lettre approuve le jugement de son interlocuteur et de leurs confrères sur l'œuvre. Il commence son analyse à partir du huitième chant, mettant en avant la tendresse et l'onction du discours du Sauveur lors de l'institution de l'Eucharistie. Il admire également la profondeur théologique du combat de l'agonie du Christ, bien que ce traitement ne soit pas conforme à leur ressource, il est approuvé par des théologiens. L'épître met en lumière plusieurs épisodes marquants du poème, tels que la trahison de Judas, le combat au jardin des Oliviers et l'intervention de la femme de Pilate. Elle loue également les descriptions poétiques, comme l'antre des génies infernaux et la politique de Satan. Le supplice du Sauveur et les réactions des anges sont décrits avec un sublime qui impressionne. Le poème est salué pour sa fidélité aux Écritures et aux autorités ecclésiastiques, justifiant ainsi les fictions poétiques par leur enracinement dans les mystères chrétiens. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour les illustrations du poème, qui sont aussi poétiques et sublimes que le texte lui-même. Il espère cependant que la 'Christiade' pourrait être réécrite en vers français pour en améliorer la fluidité.
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192
p. 35-38
EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
Début :
En vérité, je suis ravie [...]
Mots clefs :
Comédie, Dieu, Sentiments, Effet
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
EPITRE
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
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Résumé : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
L'épître est une lettre adressée à l'auteur d'une comédie intitulée 'L'Effet du Sentiment', jouée à Toulouse en mars. L'auteur de l'épître admire la pièce mais reconnaît que son propre compliment ne peut rivaliser avec l'œuvre originale. Il mentionne Apollon, se demandant si le dieu inspire les traits de la comédie contre les 'petits-maîtres coquets' qui affichent des sentiments artificiels. L'auteur regrette la rareté des sentiments authentiques dans leur époque, marquée par la superficialité et la mode, contrairement aux héros du passé comme Astrée et Céladon. Il espère que les œuvres de l'auteur de la comédie pourront restaurer le bon goût, mais craint que l'amour véritable ne suive pas les lois authentiques. Il conclut en notant que les manières aimables de l'auteur de la comédie semblent appartenir au système inconstant des modernes.
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193
p. 42-43
STANCES IRRÉGULIERES, A Miss L'été C....
Début :
Je vis Lété, mon coeur en fut épris ; [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Dieu, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES IRRÉGULIERES, A Miss L'été C....
STANCES IRRÉGULIERES ,
J
A Mifs Lété C ....
E vis Lété , mon coeur en fut épris ;
Elle parla , je l'aimai davantage ;
Du Dieu des arts elle avoit le langage
Et les traits ingénus de l'enfant de Cypris.
J'approche ; fon front fe colore ,
Son embarras augmente fa beauté ;
Je lui peins les tranfports de mon coeur agité ;
Je l'offenfai , Lété parut plus belle encore.
L'amour lui -même avec des fleurs
Entrelaçoit fa blonde chevelure ;
Charmes touchans , innocente parure ,
Qui flatte les regards & captive les coeurs !
T
JUI N. 17556 43
Un fard coupable enfant du crime ,
Ne ternit point la blancheur de fon teint ;
Si, fes yeux embrafent mon fein ,
C'est la pudeur qui les anime.
Amour des plus lointains climats ,
Tu l'amenas aux rives de la France ;
Minerve parmi nous a formé fon enfance :
Regne aujourd'hui fur fes appas.
Dieu de Paphos , Iphis t'implore ,
Peins à Lété les maux que je reffens
Sa beauté captive mes ſens ,
Et c'eft fon ame que j'adore .
Iphis , me répondit l'Amour ,
Lété craint les amans qui peuplent ces rivages ;
Préfomptueux , faux & yolages ,
Méritent-ils un doux retour ?
Dans les climats qu'illuftra fa naiffance ,
L'aftre brûlant des cieux tempere fes ardeurs :
Mais mon flambeau divin que foutient la conftance
Plus ardent qu'à Cythere y confume les coeurs,
Heureux Iphis , de ta patrie
Tu n'a point pris le goût pervers ;
Lété connoit les maux que ton coeur a ſoufferts ;
Tu peux tout efpérer , Lété s'eft attendrie.
* L'Irlande , pays froid,
J
A Mifs Lété C ....
E vis Lété , mon coeur en fut épris ;
Elle parla , je l'aimai davantage ;
Du Dieu des arts elle avoit le langage
Et les traits ingénus de l'enfant de Cypris.
J'approche ; fon front fe colore ,
Son embarras augmente fa beauté ;
Je lui peins les tranfports de mon coeur agité ;
Je l'offenfai , Lété parut plus belle encore.
L'amour lui -même avec des fleurs
Entrelaçoit fa blonde chevelure ;
Charmes touchans , innocente parure ,
Qui flatte les regards & captive les coeurs !
T
JUI N. 17556 43
Un fard coupable enfant du crime ,
Ne ternit point la blancheur de fon teint ;
Si, fes yeux embrafent mon fein ,
C'est la pudeur qui les anime.
Amour des plus lointains climats ,
Tu l'amenas aux rives de la France ;
Minerve parmi nous a formé fon enfance :
Regne aujourd'hui fur fes appas.
Dieu de Paphos , Iphis t'implore ,
Peins à Lété les maux que je reffens
Sa beauté captive mes ſens ,
Et c'eft fon ame que j'adore .
Iphis , me répondit l'Amour ,
Lété craint les amans qui peuplent ces rivages ;
Préfomptueux , faux & yolages ,
Méritent-ils un doux retour ?
Dans les climats qu'illuftra fa naiffance ,
L'aftre brûlant des cieux tempere fes ardeurs :
Mais mon flambeau divin que foutient la conftance
Plus ardent qu'à Cythere y confume les coeurs,
Heureux Iphis , de ta patrie
Tu n'a point pris le goût pervers ;
Lété connoit les maux que ton coeur a ſoufferts ;
Tu peux tout efpérer , Lété s'eft attendrie.
* L'Irlande , pays froid,
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Résumé : STANCES IRRÉGULIERES, A Miss L'été C....
Le poème 'Stances irrégulières' est dédié à Lété, une personne que le narrateur, Iphis, rencontre durant l'été. Iphis est captivé par la beauté de Lété, son langage divin et son innocence. Lors de leur rencontre, il observe que Lété rougit et semble embarrassée, ce qui ne fait que renforcer son attrait. Il décrit ses charmes naturels, comparant sa chevelure à des fleurs et soulignant sa pureté. Iphis admire Lété pour sa pudeur et son absence de maquillage artificiel. Il remercie l'Amour d'avoir amené Lété en France et implore le dieu de Paphos de peindre à Lété les maux qu'il ressent. Cependant, Lété craint les amants locaux, jugés présomptueux et volages. L'Amour rassure Iphis en lui disant que Lété connaît ses souffrances et qu'elle s'est attendrie. Le poème se termine par une référence à l'Irlande, pays froid.
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194
p. 63
VERS Aux Habitans de Lyon*.
Début :
Il est vrai que Plutus est au rang de vos Dieux, [...]
Mots clefs :
Dieu, Dieux, Lyon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Aux Habitans de Lyon*.
VERS
Aux Habitans de Lyon *.
IL eft vrai que Plutus eft au rang de vos Dieux ,
Et c'eſt un riché appui pour votre aimable ville ;
Il n'a point de plus bel afyle :
Ailleurs il eſt aveugle , il a chez vous des yeux.
Il n'étoit autrefois que Dieu de la richeſſe ,
Vous en faites le Dieu des arts :
J'ai vu couler dans vos remparts
Les ondes du Pactole & les eaux du Permeffe.
* On les attribue à M. de V....
Aux Habitans de Lyon *.
IL eft vrai que Plutus eft au rang de vos Dieux ,
Et c'eſt un riché appui pour votre aimable ville ;
Il n'a point de plus bel afyle :
Ailleurs il eſt aveugle , il a chez vous des yeux.
Il n'étoit autrefois que Dieu de la richeſſe ,
Vous en faites le Dieu des arts :
J'ai vu couler dans vos remparts
Les ondes du Pactole & les eaux du Permeffe.
* On les attribue à M. de V....
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195
p. 21
VERS A Mademoiselle de Lussan, à l'occasion de sa pension sur le Mercure ; par un de ses amis.
Début :
Quand de l'amour vous chantiez les effets, [...]
Mots clefs :
Mercure, Amour, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Mademoiselle de Lussan, à l'occasion de sa pension sur le Mercure ; par un de ses amis.
VERS
A Mademoiselle de Luffan , à l'occafion defa
penfion fur le Mercure ; par un de ses amis.
Q
Uand de l'amour vous chantiez les effets ,
Et de fon doux poilon les dangereux progrès ;
De ce Dieu , fectateur fidele ,
Mercure alors eût dû couronner votre zele ;
C'est lui qui de l'amour enrichit les fuppôts.
Mais lorsque vos écrits célébrant les héros ,
Vous quittez pour Clio les Romans , la fêrie ;
Le don qu'il vient vous préfenter ,
A Charles , à Louis paroît fe rapporter.
<
Ce n'eft pourtant qu'une fupercherie ;
Il attendoit l'inftant , où fans effronterie
Il offriroit à vos talens
De fes tréfors les fecours bienfaifans .
Qui l'eût dit qu'une mufe , & fi noble & fi pure ,
Auroit un jour grace à rendre à Mercure ?
On ne peut de ce Dieu trop admirer les tours ;
Au nom de la vertu , dans plus d'une aventure
Il a fatisfait les amours.
A Mademoiselle de Luffan , à l'occafion defa
penfion fur le Mercure ; par un de ses amis.
Q
Uand de l'amour vous chantiez les effets ,
Et de fon doux poilon les dangereux progrès ;
De ce Dieu , fectateur fidele ,
Mercure alors eût dû couronner votre zele ;
C'est lui qui de l'amour enrichit les fuppôts.
Mais lorsque vos écrits célébrant les héros ,
Vous quittez pour Clio les Romans , la fêrie ;
Le don qu'il vient vous préfenter ,
A Charles , à Louis paroît fe rapporter.
<
Ce n'eft pourtant qu'une fupercherie ;
Il attendoit l'inftant , où fans effronterie
Il offriroit à vos talens
De fes tréfors les fecours bienfaifans .
Qui l'eût dit qu'une mufe , & fi noble & fi pure ,
Auroit un jour grace à rendre à Mercure ?
On ne peut de ce Dieu trop admirer les tours ;
Au nom de la vertu , dans plus d'une aventure
Il a fatisfait les amours.
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Résumé : VERS A Mademoiselle de Lussan, à l'occasion de sa pension sur le Mercure ; par un de ses amis.
Le poème célèbre Mademoiselle de Luffan, auteur sur l'amour et ses dangers. Mercure aurait dû la couronner pour son zèle. Elle passe des romans à l'histoire, évoquant Charles et Louis. Mercure, feignant l'attente, admire ses talents. Le poème admire les ruses de Mercure au nom de la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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196
p. 25-45
Voyage de Dijon à Paris, fait en 1746.
Début :
Amis, vous attendez sans doute [...]
Mots clefs :
Voyage, Paris, Dijon, Amour, Coeur, Feuillage, Plaisir, Flots, Prairie, Ruisseau, Larmes, Vin, Dieu, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyage de Dijon à Paris, fait en 1746.
Voyage de Dijon à Paris , fait en 1746.
A Mis , vous attendez fans doute
Que je vous faffe le récit
Bien détaillé , de ce qu'en route
J'ai vu , j'ai fçu , j'ai fait , j'ai dit :
Oui , je m'en vais fur mon hiftoire
De mon mieux vous entretenir ;
Sans peine vous pouvez me croire ,
Vous le fçavez , il eſt notoire
Qu'un Bourguignon ne peut mentir.
D'être par- tout bien véritable ,
Je ne le
promets pourtant pas :
Car bien fouvent il eft des cas ,
Où pour rendre plus agréable
La fatigante vérité ,
Il faut du manteau de la Fable
Couvrir fa trifte nudité.
Vous l'avouerez ; mais que ma Muſe
Et vous inftruiſe & vous amuſe ,
Hélas ! je n'ofe m'en flater ;
N'importe , plein de confiance ,
Pour répondre à votre eſpérance ,
J'oſe tout faire & tout tenter.
Attention , faites filence ;
Je prends la plume , je commence :
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE .
Or , vous plaît-il de m'écouter.
Je vous quittai avec tous les fentimens
d'une parfaite reconnoiffance & d'une
amitié fincere. MM ...... me reconduifirent
jufqu'au bas de Talent ; là je reçus
leurs adieux , & je les embraffai le regret
dans le coeur :
Mais nous voilà dans l'équipage ,
Des fouets l'air a retenti :
Santé conftante & bon voyage ;
Allons , cocher ; on eft parti.
Nous nous trouvâmes fept dans la voiture
; mais plaignez-moi avec ce nombre .
Pas un minois qu'on pût baiſer ;
Pas une femme un peu jolie ,
Vers qui tout bas l'on pût jafer ,
Dont je puffe pour m'amufer
Faire en chemin ma bonne amie.
C'étoit d'un côté un homme fort ennuyeux
, qui fe nommoit M. Chufer , avec
le Sr Taillard , dont tout Paris fans doute
connoîtra bientôt les talens fupérieurs qu'il
a pour la flûte. Une femme âgée occupoit
le fond .
A côté de cette vieille ama
JUIN.
27 1755 .
Etoit affis un Provençal ;
Du Provençal & de la Dame
Je ne dirai ni bien ni mal.
Mais fi j'ai mérité l'Enfer ,
Seigneur , modere ta juftice ,
Et ne mets pas pour mon fupplice ,
A mes côtés M. Chufer.
Sur ce qui refte il faut fe taire ;
Car nous ne sommes plus que trois ,
Qui font B ....moi , mon frere ,
Que bien vous connoiffez , je crois .
Arrivés au Val- de- Suzon , on nous fervit
à déjeûner.
Des écreviffes & des truites :
En ce pays , quoique petites ,
Cela fait un mets excellent ,
Quand dans du vin rouge ou du blanc
Au petit lard elles font cuites :
Nous allâmes dîner à Saint- Seine .
C'eſt-là que coule cette fource
Qui , répandant au loin fes flots,
Porte fes ondes aux Badauts ,
Et dans la mer finit la courfe.
Le foir nous arrivâmes à Chanceaux, ou
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
nous foupâmes de bon appétit : nous fumes
un peu furpris de voir notre hôte malade
d'une fievre maligne , chercher à la guérir
avec du vin qu'il buvoit avec une confiance
dont il devoit tout appréhender . Comme
nous lui en marquions notre étonnement ,
il nous répondit avec naïveté que ce qui
* faifor du bé ne pòvor fare du man ; & en
effet
Un Bourguignon peut-il penfer
Qu'un demi- Dieu , comme Efculape ;
En pouvoir puiffe ſurpaſſer
Le Dieu qui fait naître la grappe ?
Non , non ,
dans vos heureux climats
Le vin , cette liqueur divine
Préferve un homme du trépas ,
Lorfqu'en ceux-ci la Médecine
Les jette tous entre les bras
De la cruelle Libitine.
Je cheminois paifiblement , laiffant errer
avec volupté mes yeux fur les objets qui ,
à mesure que nous avancions , fe découvroient
à ma vûe : vous fçavez comme j'aime
la campagne , & combien je fuis touché
de fes agrémens . Qu'avec bien du
plaifir je promenai mes regards fur cette
* Patois Bourguignon , que ce qui faiſoit dų
bien ne pouvoit faire du mal,
JUIN. 1755 29
belle vallée qui s'offre fur la gauche en arrivant
à Montbard ! la variété des objets
en fait un très -beau lieu : on voit une chaî
ne de montagnes qui bornent l'horizon
mais qui s'étendant au loin & fe perdant
dans l'éloignement , font douter à l'azur
qui colore leur cîme n'eft point celui dont
s'embellit le firmament , tant les plus lointaines
extrêmités femblent fe confondre
avec le ciel. En revenant de fi loin , la vûe
fe ramene fur les collines , que les regards
avoient d'abord faifies . Sur leur penchant
on voit plufieurs maifons de Laboureurs
qui dominent une prairie riche de tout ce
qui rend une campagne belle & fertile.
Tout cela mériteroit fans doute les honneurs
de la Poëfie ; mais je n'ofe me croire
capable de peindre ces beautés d'une maniere
neuve & originale.
La Peinture , la Poëfie
Dans leurs payſages rians ,
Les miracles de la fêrie
N'ont pas des lieux auffi charmans,
O beaux vallons , où le Penée
Paifiblement roule fes eaux !
M'offririez -vous tous les tableaux
De cette rive fortunée ?
Quelle aimable diverfité !
Fontaines , bois , côteaux , montagnes ,
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qu'ont d'attraits les campagnes
S'offroit à mon cel enchanté.
Une fi douce rêverie
Vint furprendre tous mes efprits :
Je fus fi tendrement épris
Des charmes de la bergerie ,
Qu'en vérité dans ma folie
J'eufle donné tout ce Paris
Pour un hameau dans la prairie
Qu'en Peintre vrai je vous décris .
Au milieu de ces idées j'eus la fantaiſie ,
malgré l'extrême chaleur , de voir de plus
près cette belle vallée : je deſcendis du car-
∙roffe , & après avoir adoré les Divinités du
pays , je m'avançai fous leurs aufpices vers
un petit bois , d'où pouvant confiderer tout
le champêtre des environs , je goûtai encore
la fraîcheur d'unefontaine qui y couloit
: ah ! dis- je , en me couchant fur l'herbe
qui tapiffoit fes bords ,
Ici Phoebus ne porte point ſes traits ;
Que je chéris cette humide fontaine ,
Où le tilleul fous un feuillage épais ,
Contre les feux m'offre une ombre certaine !
Ces bois , ces eaux ont pour moi mille attraits ;
Mais des vallons il s'éleve un vent frais
Qui fur les fleurs le joue & fe promene ;
Venez , Zéphir , je vous ouvre mon fein ,
JUIN. 1755. 31
.
Pénétrez-moi de vos fraiches haleines ,
Calmez l'ardeur qu'allume dans mes veines
De Syrius l'aftre aride & mal fain.
*
Si je chéris les bois & les prairies ,
Léger Zéphir , je n'y cherche que vous ;
Vous réparez mes forces affoiblies ,
1
Et je vous dois un repos qui m'eſt doux ;
En ce moment vous feul me rendez chere
Cette retraite obfcure & folitaire :
Loin des cités , dans le calme & la paix ,
Parmi les fleurs , la mouffe & la fougere ,
Pour refpirer votre vapeur légere ,
Toujours puiffai -je errer dans ces bofquets .
J'eus à peine achevé cette priere qu'un
air plus vif s'éleva autour de moi en frémiffant
légerement ; mais je fus bien furpris
, quand après quelques momens de repos
voulant m'éloigner & reprendre ma
route , je me fentis enveloppé par un tourbillon
& emporté dans les airs ,
d'où je
defcendis doucement près de la voiture ,
qui déja s'étoit fort éloignée ; je ne doupas
que Zéphyr par une faveur particuliere
, ne m'eût enlevé fur fes aîles , afin
de m'éviter un trajet que rendoit pénible
l'extrême chaleur.
tai
Je repris ma place dans la voiture en
* Etoile qui eft à la tête de la canicule.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
regrettant un fi beau lieu , & j'arrivai à
Montbard. Si vous prenez garde aux deux
mots qui compofent le nom de cette ville ,
vous préfumerez comme moi qu'elle étoit
jadis une retraite des anciens Bardes . Les
Bardes étoient tous Poëtes , & ils étoient
appellés Sages parmi les Gaulois : il y a
aujourd'hui bien du déchet ; mais avançons.
>
Pendant qu'on nous apprêtoit à dîner
nous allâmes voir la maifon de M. de B...
Gouverneur de Montbard . Tout y paroît
appartenir à un Philoſophe aimable ; des
appartemens nous montâmes à la terraffe ,
où nous vîmes à l'extrêmité d'un petit jardin
un joli fallon tout en coquilles de diverfes
couleurs ; il eft tout fimple d'imaginer
que c'eft la grotte de quelques Nymphes
du voisinage.
Oui , par ce tiffu de coquilles
Qui forme ce fallon charmant ,
On croit que c'est l'appartement
De quelques Nayades gentilles ,
Qui laffes de refter dans l'eau
Et de courir dans la prairie ,
Viennent par fois dans ce château
Egayer leur mélancolie .
Le lendemain nous arrivâmes à Auxerre
JUIN. 7755
33
où nous couchâmes , & qui me parut une
ville peu agréable ; Villeneuve- le - Roi où l'on
ne compte qu'une belle rue , me plairoit
mieux nous y foupâmes le lendemain ;
il faifoit extrêmement chaud . Dès que je
fus arrivé , je me fentis une envie preffante
de m'aller baigner ; je me rendis fur
les bords de l'Yonne , je vis le Dieu du
Aleuve qui fe promenoit avec une pompe
& un appareil qui m'en impoferent : je
craignis de trouver du danger où je
voyois tant de majeſté ; je me retirai &
je fus m'affeoir vers un petit ruiffeau ombragé
de faules qui venoit s'y rendre . Je
m'affis ; bientôt j'éprouvai ce calme & ce
filence intérieur où nous livre la folitude ;
mais comme l'idée de la galanterie vient
naturellement s'unir aux impreffions que
laiffe un lieu agréable , je me mis à rêver
à une volage , & de la fouhaiter à mes côtés
: je difois ,
Je viens m'affeoir fur le rivage
De ce ruiffeau lympide & frais ;
Recevez-moi , faules épais ,
Sous votre agréable feuillage :
Dans ce beau lieu je veux en paix
Goûter le charme de l'ombrage
Que ce lit de mouffe à d'attraits
Pour mon coeur né fenfible & tendre !
~
BV
34 MERCURE DE FRANCE.
Pour le plaifir qu'il eft bien fait !
D'un doux tranfport , à cet objet ,
Mes fens ne peuvent fe défendre.
Je rêve ! .... &pouffe des foupirs ! ....
Et pourquoi cette inquiétude ? .
Délicieufe folitude ,
Manque-t - il rien à vos plaifirs ? ....
Foulant tous deux cette herbe épaiffe ,
Je voudrois lire mon bonheur ,
Dans les beaux yeux de ma maîtreffe.
Amour !... fixe pour moi fon coeur.
Mais enfin , continuai - je , pourquoi
nourrir plus long- tems une paffion inutile
qui me caufe du trouble ? profitons plutôt
& fans diftraction des plaifirs fimples &
tranquilles que la nature me préfente.
Je m'entretenois ainfi ,
Quand j'apperçus à mes côtés
Une Nymphe , dont le corfage
Offroit aux yeux plus de beautés
Que n'en avoit fon beau vifage :
Avec de grands cheveux nattés ,
Des fleurs diverfes qu'on moiffonne
Sur ces rivages enchantés ,
Elle portoit une couronne.
Je regrettois une friponne ;
Une Nymphe offroit à mes fens
Ces appas qu'amour abandonne
JUIN.
35 1755.
Aux feux libertins des amans :
Pouvois- je donc pleurer long- tems ?
Cédant aux erreurs de mon âge ,
J'oubliai tout en les voyant ,
Et je goûtai cet avantage
D'aimer enfin moins triftement.
Pardonnez ce libertinage :
Mais au récit où je m'engage
De conter tout ingénument ,
Vous m'avouerez qu'il eft plus fage ,
Plus doux auffi , plus confolant ,
Quand une ingrate nous outrage
D'échapper à l'amour conſtant
Pour courir à l'amour volage .
Je vous connois ; oui , je le gage ,
Vous en auriez fait tout autant .
Mais néanmoins à cette vûe ,
Saifi de trouble & l'ame émue ,
Je me cachai dans les rofeaux :
Ne craignez rien , s'écria -t -elle ,
Berger , je fuis une immortelle ,
Fille du fouverain des flots ;
C'est moi qui dans cette prairie
Fais couler ce petit ruiſſeau ;
Venez , la fraîcheur de fon eau
A vous y baigner vous convie.
Rien ne peut-il calmer vos feux ,
Ajoûta-t-elle avec tendreffe ?
B vj
36 MERCURE DE FRANCE
Ah ! queje hais cette maîtreffe
Qui fe refuſe à tous vos voeux.
Ne formez que d'aimables noeuds ;
Comme l'amour ayez des aîles ;
Jeune & difcret , loin des cruelles
Vous méritez d'être un heureux .
Vous le ferez , féchez vos larmes ,
Regnez fur mon coeur , fur ces lieux ;
Je n'ai peut-être pas fes charmes ,
Mais je fçaurai vous aimer mieux.
Qu'une Déeffe eft féduiſante !
Ah ! m'écriai -je , tout m'enchante ,
Tout me captive en ce féjour ;
Tout eft ici , Nymphe charmante ,
Digne de vous & de l'amour .
Vous voyez qu'à fon compliment
Où j'entrevis de la tendreffe ,
Je répondis à la Déeſſe
Par un propos affez galant .
Après ces mots , plein d'affurance
Avec yvreffe je m'élance ,
Et me laiffe aller dans les bras
De mon aimable Néreïde ,
Qui vers la demeure liquide
Elle-même guida mes pas.
Les peupliers fur mon paffage
Sembloient doucement agiter
Et leurs rameaux & leur feuillage ,
JUIN. 37. 1755
Ils paroiffoient nous inviter
Arepofer fous leur ombrage.
D'un mouvement vif & léger
Les cignes avançoient fur l'onde ,
Et fans mourir ils frappoient l'air
Du chant le plus tendre du monde .
Parmi leurs fons mélodieux ,
Mais cependant moins gracieux
Que les accens de Jéliotte ,
Nous arrivâmes à la grotte
Où j'allois voir combler mes voeux.
Je pourrois en dire davantage ; mais ne
feroit ce pas manquer aux Dieux que de
revéler leurs myfteres à des profanes : j'a
joûte pourtant
Que cette jeune Déïté ,
Par fon doux & tendre langage ,
Tint long-tems mon coeur enchanté
Et fçut , quoique je fois né fage ,
Me faire aimer la volupté.
Le moment vint de nous féparer : que
ne fit- elle pas pour me retenir ! Calipfo ne !
mit pas enen ufage plus de charmes pour ar
rêter le fils du vieux Laërte : mais comme
ce héros , je fçus y réfifter ; je lui fis enfin
mes derniers adieux . Ses bras s'ouvrirent
pour m'embraffer : ah , dit - elle en verfant
les plus tendres larmes , je méritois
38 MERCURE DE FRANCE.
que vous euffiez voulu couler avec moi le
refte de vos jours ; fi vous m'avez chérie ,
continua - t- elle , ne me refufez pas ce baifer
; laiffez - moi ravir au fort qui vous
éloigne de moi , cette joie qui pour moi
fera la derniere. Adieu.
Chere Nymphe , m'écriai - je , je la regardois
dans ce moment :
Mais quelles furent mes alarmes
D'appercevoir ce corps fi beau ,
De mes mains s'écouler en larmes ,
Et ne plus être qu'un ruiffeau ;
Dont l'onde tranſparente & pure
Se ramaffant contre mon fein ,
Avec le plus trifte murmure
Autour de moi forme un baffin.
1
Je m'y plongeai avec tranſport , & après
m'y être baigné une heure j'en fortis avec
trifteffe . Que n'étions-nous au fiécle des
métamorphofes !
C Ainfi que
bien des malheureux
Qu'en fes écrits célebre Ovide ,
J'aurois pû demander aux Dieux
De devenir un corps fluide ,
Et j'euffe été fans doute heureux
En mêlant mes flots amoureux
Aux ondes que la Neréide
Epanchoit de fon fein humide ;
JUIN. 39 1755 .
Comme un fleuve majestueux ,
Qui voit croître en fon cours fa gloire & fa fortune
De mes deftins trop glorieux ,
On ne m'eût jamais vû dans le fein de Neptune ,
Porter des flots ambitieux ;
Mais , ruiffeau toujours grácieux ,
D'un cours égal , jamais rapide ,
Avec elle d'une eau lympide
J'euffe arrofé toujours ces lieux.
Mais , comme vous voyez , l'immortalité
me devenoit impoffible.
De maniere qu'en un moment
Je m'éloignai de la fontaine ,
Comme j'étois auparavant ,
Revêtu de ma forme humaine ;
Et P ..... tout uniment.
-
Je retournai à mon auberge , où je mangeai
de très - bonne grace : le fouper étoit
bon ; nous eûmes la précaution de mettre
une couple de poulets entre deux croûtes
pour en déjeûner le lendemain . Effectivement
, après avoir marché quelque tems ,
nous nous écartâmes de la voiture.
Puis fur la molle & tendre herbette ,
Sans nappe mife , fans affiette ,
A l'ombre d'un vieux chêne affis ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Des deux croûtes d'un pain raffis
N'ayant que mes doigts pour fourchette ;
Je tirai nos poulets rôtis .
En même tems de ma pochette
Je fis fortir un doux flacon
D'où j'aillit un vin bourguignon ,
Qui nous rafraîchit la luette .
Après avoir bû amplement à votre fanté
, nous regagnâmes le coche. Nous arrivâmes
le foir à Joigny pour en repartir le
lendemain avant le jour : on nous éveilla
à deux heures ; le ciel étoit pur & clair , &
promettoit une belle matinée. Je me propofai
d'examiner fi les defcriptions qu'en
font les Poëtes étoient exactes , d'en étudier
tous les momens & d'en fuivre les accidens
& les circonftances : une heure après
notre départ je me fis ouvrir la portiere ,
& laiffant mes compagnons de voyage
dormir profondément, je continuai la route
à pied.
Un crépuscule encor peu für
Ne laiffoit voir loin du village ,
Que le chaume & le faîte obfcur
Des cabanes du voifinage ,
Que quelques pins , dont le feuillage
S'étoit découpé fur l'azur
D'un ciel ſerein & fans nuage,
JUIN. 41 17558
Je difois , heureux laboureurs ,
Maintenant un fommeil paisible
Sur vous prodigue fes faveurs ;
Et fi l'amour eft dans vos coeurs ,
A l'amour feul il eft poffible
D'en interrompre les douceurs .
En s'éloignant des coeurs profanes
Cet enfant ne dédaigne pas
D'habiter vos humbles cabanes ;
Il aime à voler fur les pas ,
A folâtrer entre les bras
De ces gentilles payſannes ,
Dont lui-même orne les appas.
C'eft aux champs qu'amour prit naiffance ,
Il y lança fes premiers traits ;
Sur les habitans des forêts
Venus exerça fon enfance.
Eh ! qu'il acquit d'expérience !
Bientôt les hommes & les Dieux
Contre lui furent fans défenſe ;
Des bois il vola dans les cieux ;
Mais il chérit toujours les lieux ,
Premiers témoins de fa puiffance.
De l'Hefperus l'aftre brillant
Ne regne plus fur les étoiles ,
L'ombre s'éloigne , & dans fes voiles
Se précipite à l'occident .
Mais un rayon vif de lumiere
42 MERCURE DE FRANCE.
S'eft élancé de l'horizon ;
Voici l'époufe de Titon , •
Qui du jour ouvre la barriere.
Sur un char peint de cent couleurs
Viens , Aurore , avec tous tes charmes ,
Viens & répands de tendres larmes
Sur les gazons & fur les fleurs.
Que ces momens font enchanteurs !
Un verd plus frais , de ce feuillage
A ranimé le doux éclat ;
En reprenant ſon incarnat ,
La jeune fleur , au badinage
Du papillon vif & volage
Ouvre fon vafe délicat ;
Il fuit , & je vois cet ingrat
Porter à toutes fon hommage.
Que l'air eft pur ; quelle fraîcheur !
Du fein humide dés fougeres
S'exhale une fuave odeur ,
Qu'en frémiffant avec douceur ,
Au loin fur fes aîles légeres
Porte & difperfe un vent flateur.
Une langueur délicieuſe
Coule en mes fens .... ah ! quel plaifir !
Je ne fçais quoi vient me faifir
Qui rend mon ame plus heureuſe .
Mais la fauvette à fon reveil
Des bois a rompu le filence :
J'entends fa voix , & du ſoleil
JUIN.
43
1755-
Ses chants m'annoncent la préfence.
Déja brille fur les guerêts
Le fer aigu de la charrue ;
L'adroit chaffeur dans les forêts
Attend qu'épris des doux attraits
De l'herbette fraîche & menue
Le levreau vienne dans ſes rêts
Chercher une mort imprévûe.
Bientôt au fon des chalumeaux
Que les Bergeres font entendre
Les bercails s'ouvrent , les
agneaux
Sous la houlette vont ſe rendre ;
Je les vois fortir des hameaux ,
Et fous les yeux d'un chien fidele .
Couvrir les rives des ruiffeaux ,
Se répandre fur les côteaux
Où croit le thyn qui les appelle ,
Jufqu'au moment où la chaleur
En deffechant les pâturages ,
Les fera fuir dans les bocages
Pour goûter l'ombre & la fraîcheur ,
Cette belle matinée me caufa le plaifir le
plus pur que j'aie reffenti de ma vie . Ce
charme eft inexprimable : qu'avec admiration
mes yeux fe tournerent vers l'orient !
Flambeau du jour , aftre éclatant ,
D'un Dieu caché , viſible image ,
Vous m'avez vû dans ce moment
44 MERCURE DE FRANCE.
>
Par mes tranfports vous rendre hommage.
A ce fpectacle encor nouveau
O foleil ! je te fis entendre
Cet hymne digne de Rameau ,
Où fur leurs temples mis en cendre ,
Les Incas chantent leurs regrets ,
Et rendent grace à tes bienfaits
Toujours fur eux prêts à defcendre.
Bientôt je remontai dans le coche mieux
inftruit par la nature elle- même que par
tout ce que j'avois vû , & chez les anciens
& chez les modernes , & dans les Poëtes
& chez les Peintres.
Jufqu'à Melun il ne nous arriva rien
de particulier , finon qu'à Villeneuve - la-
Guyard nous vîmes arriver une chaife de
pofte , d'où fortirent un jeune homme de
fort bonne mine , & un autre qui paroiffoit
plus jeune ; mais le tein délicat de celui-
ci & le ton de fa voix nous firent deviner
que l'un étoit une jeune fille déguifée
, & l'autre fon amant.
C'étoit fans doute un féducteur ,
Qui loin du toît trifte & grondeur
D'une maman toujours mauvaiſe ,
De fa maîtreffe amant vainqueur ,
Avec elle fuyoit en chaife ,
Afin qu'il pût tout à fon aiſe
JUIN.
45 1755.
En poffeder le petit coeur.
Le lendemain nous dînâmes à Moret
d'où nous partîmes pour aller coucher ,
Melun. Nous traverfâmes la forêt de Fontainebleau
: qu'elle est belle ! Nous arrivâmes
de bonne heure à Melun , où ne fçachant
que faire nous allâmes voir les marionettes.
Polichinelle & Gigogne fa mie
Avoient l'heur de nous divertir :
Je l'avouerai , je pris quelque plaifir
A voir dans fa bouffonnerie
Un automate amufer mon loifir
Mieux qu'un trifte mortel dont le bon fens m'en
nuie.
Le lendemain nous arrivâmes fains &
gais à Paris.
Et c'eft de ce même Paris
Qu'imitant le gentil Chapelle ,
En profe , en vers je vous écris.
Adieu , je gagne ma ruelle ;
Bon foir , adieu , mes chers amis.
Je me fens flaté de ce titre ;
Et fuis , ma foi , par fentiment ,
Meffieurs , ce qu'au bout d'une épitre
On dit être par compliment.
P .....
A Mis , vous attendez fans doute
Que je vous faffe le récit
Bien détaillé , de ce qu'en route
J'ai vu , j'ai fçu , j'ai fait , j'ai dit :
Oui , je m'en vais fur mon hiftoire
De mon mieux vous entretenir ;
Sans peine vous pouvez me croire ,
Vous le fçavez , il eſt notoire
Qu'un Bourguignon ne peut mentir.
D'être par- tout bien véritable ,
Je ne le
promets pourtant pas :
Car bien fouvent il eft des cas ,
Où pour rendre plus agréable
La fatigante vérité ,
Il faut du manteau de la Fable
Couvrir fa trifte nudité.
Vous l'avouerez ; mais que ma Muſe
Et vous inftruiſe & vous amuſe ,
Hélas ! je n'ofe m'en flater ;
N'importe , plein de confiance ,
Pour répondre à votre eſpérance ,
J'oſe tout faire & tout tenter.
Attention , faites filence ;
Je prends la plume , je commence :
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE .
Or , vous plaît-il de m'écouter.
Je vous quittai avec tous les fentimens
d'une parfaite reconnoiffance & d'une
amitié fincere. MM ...... me reconduifirent
jufqu'au bas de Talent ; là je reçus
leurs adieux , & je les embraffai le regret
dans le coeur :
Mais nous voilà dans l'équipage ,
Des fouets l'air a retenti :
Santé conftante & bon voyage ;
Allons , cocher ; on eft parti.
Nous nous trouvâmes fept dans la voiture
; mais plaignez-moi avec ce nombre .
Pas un minois qu'on pût baiſer ;
Pas une femme un peu jolie ,
Vers qui tout bas l'on pût jafer ,
Dont je puffe pour m'amufer
Faire en chemin ma bonne amie.
C'étoit d'un côté un homme fort ennuyeux
, qui fe nommoit M. Chufer , avec
le Sr Taillard , dont tout Paris fans doute
connoîtra bientôt les talens fupérieurs qu'il
a pour la flûte. Une femme âgée occupoit
le fond .
A côté de cette vieille ama
JUIN.
27 1755 .
Etoit affis un Provençal ;
Du Provençal & de la Dame
Je ne dirai ni bien ni mal.
Mais fi j'ai mérité l'Enfer ,
Seigneur , modere ta juftice ,
Et ne mets pas pour mon fupplice ,
A mes côtés M. Chufer.
Sur ce qui refte il faut fe taire ;
Car nous ne sommes plus que trois ,
Qui font B ....moi , mon frere ,
Que bien vous connoiffez , je crois .
Arrivés au Val- de- Suzon , on nous fervit
à déjeûner.
Des écreviffes & des truites :
En ce pays , quoique petites ,
Cela fait un mets excellent ,
Quand dans du vin rouge ou du blanc
Au petit lard elles font cuites :
Nous allâmes dîner à Saint- Seine .
C'eſt-là que coule cette fource
Qui , répandant au loin fes flots,
Porte fes ondes aux Badauts ,
Et dans la mer finit la courfe.
Le foir nous arrivâmes à Chanceaux, ou
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
nous foupâmes de bon appétit : nous fumes
un peu furpris de voir notre hôte malade
d'une fievre maligne , chercher à la guérir
avec du vin qu'il buvoit avec une confiance
dont il devoit tout appréhender . Comme
nous lui en marquions notre étonnement ,
il nous répondit avec naïveté que ce qui
* faifor du bé ne pòvor fare du man ; & en
effet
Un Bourguignon peut-il penfer
Qu'un demi- Dieu , comme Efculape ;
En pouvoir puiffe ſurpaſſer
Le Dieu qui fait naître la grappe ?
Non , non ,
dans vos heureux climats
Le vin , cette liqueur divine
Préferve un homme du trépas ,
Lorfqu'en ceux-ci la Médecine
Les jette tous entre les bras
De la cruelle Libitine.
Je cheminois paifiblement , laiffant errer
avec volupté mes yeux fur les objets qui ,
à mesure que nous avancions , fe découvroient
à ma vûe : vous fçavez comme j'aime
la campagne , & combien je fuis touché
de fes agrémens . Qu'avec bien du
plaifir je promenai mes regards fur cette
* Patois Bourguignon , que ce qui faiſoit dų
bien ne pouvoit faire du mal,
JUIN. 1755 29
belle vallée qui s'offre fur la gauche en arrivant
à Montbard ! la variété des objets
en fait un très -beau lieu : on voit une chaî
ne de montagnes qui bornent l'horizon
mais qui s'étendant au loin & fe perdant
dans l'éloignement , font douter à l'azur
qui colore leur cîme n'eft point celui dont
s'embellit le firmament , tant les plus lointaines
extrêmités femblent fe confondre
avec le ciel. En revenant de fi loin , la vûe
fe ramene fur les collines , que les regards
avoient d'abord faifies . Sur leur penchant
on voit plufieurs maifons de Laboureurs
qui dominent une prairie riche de tout ce
qui rend une campagne belle & fertile.
Tout cela mériteroit fans doute les honneurs
de la Poëfie ; mais je n'ofe me croire
capable de peindre ces beautés d'une maniere
neuve & originale.
La Peinture , la Poëfie
Dans leurs payſages rians ,
Les miracles de la fêrie
N'ont pas des lieux auffi charmans,
O beaux vallons , où le Penée
Paifiblement roule fes eaux !
M'offririez -vous tous les tableaux
De cette rive fortunée ?
Quelle aimable diverfité !
Fontaines , bois , côteaux , montagnes ,
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qu'ont d'attraits les campagnes
S'offroit à mon cel enchanté.
Une fi douce rêverie
Vint furprendre tous mes efprits :
Je fus fi tendrement épris
Des charmes de la bergerie ,
Qu'en vérité dans ma folie
J'eufle donné tout ce Paris
Pour un hameau dans la prairie
Qu'en Peintre vrai je vous décris .
Au milieu de ces idées j'eus la fantaiſie ,
malgré l'extrême chaleur , de voir de plus
près cette belle vallée : je deſcendis du car-
∙roffe , & après avoir adoré les Divinités du
pays , je m'avançai fous leurs aufpices vers
un petit bois , d'où pouvant confiderer tout
le champêtre des environs , je goûtai encore
la fraîcheur d'unefontaine qui y couloit
: ah ! dis- je , en me couchant fur l'herbe
qui tapiffoit fes bords ,
Ici Phoebus ne porte point ſes traits ;
Que je chéris cette humide fontaine ,
Où le tilleul fous un feuillage épais ,
Contre les feux m'offre une ombre certaine !
Ces bois , ces eaux ont pour moi mille attraits ;
Mais des vallons il s'éleve un vent frais
Qui fur les fleurs le joue & fe promene ;
Venez , Zéphir , je vous ouvre mon fein ,
JUIN. 1755. 31
.
Pénétrez-moi de vos fraiches haleines ,
Calmez l'ardeur qu'allume dans mes veines
De Syrius l'aftre aride & mal fain.
*
Si je chéris les bois & les prairies ,
Léger Zéphir , je n'y cherche que vous ;
Vous réparez mes forces affoiblies ,
1
Et je vous dois un repos qui m'eſt doux ;
En ce moment vous feul me rendez chere
Cette retraite obfcure & folitaire :
Loin des cités , dans le calme & la paix ,
Parmi les fleurs , la mouffe & la fougere ,
Pour refpirer votre vapeur légere ,
Toujours puiffai -je errer dans ces bofquets .
J'eus à peine achevé cette priere qu'un
air plus vif s'éleva autour de moi en frémiffant
légerement ; mais je fus bien furpris
, quand après quelques momens de repos
voulant m'éloigner & reprendre ma
route , je me fentis enveloppé par un tourbillon
& emporté dans les airs ,
d'où je
defcendis doucement près de la voiture ,
qui déja s'étoit fort éloignée ; je ne doupas
que Zéphyr par une faveur particuliere
, ne m'eût enlevé fur fes aîles , afin
de m'éviter un trajet que rendoit pénible
l'extrême chaleur.
tai
Je repris ma place dans la voiture en
* Etoile qui eft à la tête de la canicule.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
regrettant un fi beau lieu , & j'arrivai à
Montbard. Si vous prenez garde aux deux
mots qui compofent le nom de cette ville ,
vous préfumerez comme moi qu'elle étoit
jadis une retraite des anciens Bardes . Les
Bardes étoient tous Poëtes , & ils étoient
appellés Sages parmi les Gaulois : il y a
aujourd'hui bien du déchet ; mais avançons.
>
Pendant qu'on nous apprêtoit à dîner
nous allâmes voir la maifon de M. de B...
Gouverneur de Montbard . Tout y paroît
appartenir à un Philoſophe aimable ; des
appartemens nous montâmes à la terraffe ,
où nous vîmes à l'extrêmité d'un petit jardin
un joli fallon tout en coquilles de diverfes
couleurs ; il eft tout fimple d'imaginer
que c'eft la grotte de quelques Nymphes
du voisinage.
Oui , par ce tiffu de coquilles
Qui forme ce fallon charmant ,
On croit que c'est l'appartement
De quelques Nayades gentilles ,
Qui laffes de refter dans l'eau
Et de courir dans la prairie ,
Viennent par fois dans ce château
Egayer leur mélancolie .
Le lendemain nous arrivâmes à Auxerre
JUIN. 7755
33
où nous couchâmes , & qui me parut une
ville peu agréable ; Villeneuve- le - Roi où l'on
ne compte qu'une belle rue , me plairoit
mieux nous y foupâmes le lendemain ;
il faifoit extrêmement chaud . Dès que je
fus arrivé , je me fentis une envie preffante
de m'aller baigner ; je me rendis fur
les bords de l'Yonne , je vis le Dieu du
Aleuve qui fe promenoit avec une pompe
& un appareil qui m'en impoferent : je
craignis de trouver du danger où je
voyois tant de majeſté ; je me retirai &
je fus m'affeoir vers un petit ruiffeau ombragé
de faules qui venoit s'y rendre . Je
m'affis ; bientôt j'éprouvai ce calme & ce
filence intérieur où nous livre la folitude ;
mais comme l'idée de la galanterie vient
naturellement s'unir aux impreffions que
laiffe un lieu agréable , je me mis à rêver
à une volage , & de la fouhaiter à mes côtés
: je difois ,
Je viens m'affeoir fur le rivage
De ce ruiffeau lympide & frais ;
Recevez-moi , faules épais ,
Sous votre agréable feuillage :
Dans ce beau lieu je veux en paix
Goûter le charme de l'ombrage
Que ce lit de mouffe à d'attraits
Pour mon coeur né fenfible & tendre !
~
BV
34 MERCURE DE FRANCE.
Pour le plaifir qu'il eft bien fait !
D'un doux tranfport , à cet objet ,
Mes fens ne peuvent fe défendre.
Je rêve ! .... &pouffe des foupirs ! ....
Et pourquoi cette inquiétude ? .
Délicieufe folitude ,
Manque-t - il rien à vos plaifirs ? ....
Foulant tous deux cette herbe épaiffe ,
Je voudrois lire mon bonheur ,
Dans les beaux yeux de ma maîtreffe.
Amour !... fixe pour moi fon coeur.
Mais enfin , continuai - je , pourquoi
nourrir plus long- tems une paffion inutile
qui me caufe du trouble ? profitons plutôt
& fans diftraction des plaifirs fimples &
tranquilles que la nature me préfente.
Je m'entretenois ainfi ,
Quand j'apperçus à mes côtés
Une Nymphe , dont le corfage
Offroit aux yeux plus de beautés
Que n'en avoit fon beau vifage :
Avec de grands cheveux nattés ,
Des fleurs diverfes qu'on moiffonne
Sur ces rivages enchantés ,
Elle portoit une couronne.
Je regrettois une friponne ;
Une Nymphe offroit à mes fens
Ces appas qu'amour abandonne
JUIN.
35 1755.
Aux feux libertins des amans :
Pouvois- je donc pleurer long- tems ?
Cédant aux erreurs de mon âge ,
J'oubliai tout en les voyant ,
Et je goûtai cet avantage
D'aimer enfin moins triftement.
Pardonnez ce libertinage :
Mais au récit où je m'engage
De conter tout ingénument ,
Vous m'avouerez qu'il eft plus fage ,
Plus doux auffi , plus confolant ,
Quand une ingrate nous outrage
D'échapper à l'amour conſtant
Pour courir à l'amour volage .
Je vous connois ; oui , je le gage ,
Vous en auriez fait tout autant .
Mais néanmoins à cette vûe ,
Saifi de trouble & l'ame émue ,
Je me cachai dans les rofeaux :
Ne craignez rien , s'écria -t -elle ,
Berger , je fuis une immortelle ,
Fille du fouverain des flots ;
C'est moi qui dans cette prairie
Fais couler ce petit ruiſſeau ;
Venez , la fraîcheur de fon eau
A vous y baigner vous convie.
Rien ne peut-il calmer vos feux ,
Ajoûta-t-elle avec tendreffe ?
B vj
36 MERCURE DE FRANCE
Ah ! queje hais cette maîtreffe
Qui fe refuſe à tous vos voeux.
Ne formez que d'aimables noeuds ;
Comme l'amour ayez des aîles ;
Jeune & difcret , loin des cruelles
Vous méritez d'être un heureux .
Vous le ferez , féchez vos larmes ,
Regnez fur mon coeur , fur ces lieux ;
Je n'ai peut-être pas fes charmes ,
Mais je fçaurai vous aimer mieux.
Qu'une Déeffe eft féduiſante !
Ah ! m'écriai -je , tout m'enchante ,
Tout me captive en ce féjour ;
Tout eft ici , Nymphe charmante ,
Digne de vous & de l'amour .
Vous voyez qu'à fon compliment
Où j'entrevis de la tendreffe ,
Je répondis à la Déeſſe
Par un propos affez galant .
Après ces mots , plein d'affurance
Avec yvreffe je m'élance ,
Et me laiffe aller dans les bras
De mon aimable Néreïde ,
Qui vers la demeure liquide
Elle-même guida mes pas.
Les peupliers fur mon paffage
Sembloient doucement agiter
Et leurs rameaux & leur feuillage ,
JUIN. 37. 1755
Ils paroiffoient nous inviter
Arepofer fous leur ombrage.
D'un mouvement vif & léger
Les cignes avançoient fur l'onde ,
Et fans mourir ils frappoient l'air
Du chant le plus tendre du monde .
Parmi leurs fons mélodieux ,
Mais cependant moins gracieux
Que les accens de Jéliotte ,
Nous arrivâmes à la grotte
Où j'allois voir combler mes voeux.
Je pourrois en dire davantage ; mais ne
feroit ce pas manquer aux Dieux que de
revéler leurs myfteres à des profanes : j'a
joûte pourtant
Que cette jeune Déïté ,
Par fon doux & tendre langage ,
Tint long-tems mon coeur enchanté
Et fçut , quoique je fois né fage ,
Me faire aimer la volupté.
Le moment vint de nous féparer : que
ne fit- elle pas pour me retenir ! Calipfo ne !
mit pas enen ufage plus de charmes pour ar
rêter le fils du vieux Laërte : mais comme
ce héros , je fçus y réfifter ; je lui fis enfin
mes derniers adieux . Ses bras s'ouvrirent
pour m'embraffer : ah , dit - elle en verfant
les plus tendres larmes , je méritois
38 MERCURE DE FRANCE.
que vous euffiez voulu couler avec moi le
refte de vos jours ; fi vous m'avez chérie ,
continua - t- elle , ne me refufez pas ce baifer
; laiffez - moi ravir au fort qui vous
éloigne de moi , cette joie qui pour moi
fera la derniere. Adieu.
Chere Nymphe , m'écriai - je , je la regardois
dans ce moment :
Mais quelles furent mes alarmes
D'appercevoir ce corps fi beau ,
De mes mains s'écouler en larmes ,
Et ne plus être qu'un ruiffeau ;
Dont l'onde tranſparente & pure
Se ramaffant contre mon fein ,
Avec le plus trifte murmure
Autour de moi forme un baffin.
1
Je m'y plongeai avec tranſport , & après
m'y être baigné une heure j'en fortis avec
trifteffe . Que n'étions-nous au fiécle des
métamorphofes !
C Ainfi que
bien des malheureux
Qu'en fes écrits célebre Ovide ,
J'aurois pû demander aux Dieux
De devenir un corps fluide ,
Et j'euffe été fans doute heureux
En mêlant mes flots amoureux
Aux ondes que la Neréide
Epanchoit de fon fein humide ;
JUIN. 39 1755 .
Comme un fleuve majestueux ,
Qui voit croître en fon cours fa gloire & fa fortune
De mes deftins trop glorieux ,
On ne m'eût jamais vû dans le fein de Neptune ,
Porter des flots ambitieux ;
Mais , ruiffeau toujours grácieux ,
D'un cours égal , jamais rapide ,
Avec elle d'une eau lympide
J'euffe arrofé toujours ces lieux.
Mais , comme vous voyez , l'immortalité
me devenoit impoffible.
De maniere qu'en un moment
Je m'éloignai de la fontaine ,
Comme j'étois auparavant ,
Revêtu de ma forme humaine ;
Et P ..... tout uniment.
-
Je retournai à mon auberge , où je mangeai
de très - bonne grace : le fouper étoit
bon ; nous eûmes la précaution de mettre
une couple de poulets entre deux croûtes
pour en déjeûner le lendemain . Effectivement
, après avoir marché quelque tems ,
nous nous écartâmes de la voiture.
Puis fur la molle & tendre herbette ,
Sans nappe mife , fans affiette ,
A l'ombre d'un vieux chêne affis ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Des deux croûtes d'un pain raffis
N'ayant que mes doigts pour fourchette ;
Je tirai nos poulets rôtis .
En même tems de ma pochette
Je fis fortir un doux flacon
D'où j'aillit un vin bourguignon ,
Qui nous rafraîchit la luette .
Après avoir bû amplement à votre fanté
, nous regagnâmes le coche. Nous arrivâmes
le foir à Joigny pour en repartir le
lendemain avant le jour : on nous éveilla
à deux heures ; le ciel étoit pur & clair , &
promettoit une belle matinée. Je me propofai
d'examiner fi les defcriptions qu'en
font les Poëtes étoient exactes , d'en étudier
tous les momens & d'en fuivre les accidens
& les circonftances : une heure après
notre départ je me fis ouvrir la portiere ,
& laiffant mes compagnons de voyage
dormir profondément, je continuai la route
à pied.
Un crépuscule encor peu für
Ne laiffoit voir loin du village ,
Que le chaume & le faîte obfcur
Des cabanes du voifinage ,
Que quelques pins , dont le feuillage
S'étoit découpé fur l'azur
D'un ciel ſerein & fans nuage,
JUIN. 41 17558
Je difois , heureux laboureurs ,
Maintenant un fommeil paisible
Sur vous prodigue fes faveurs ;
Et fi l'amour eft dans vos coeurs ,
A l'amour feul il eft poffible
D'en interrompre les douceurs .
En s'éloignant des coeurs profanes
Cet enfant ne dédaigne pas
D'habiter vos humbles cabanes ;
Il aime à voler fur les pas ,
A folâtrer entre les bras
De ces gentilles payſannes ,
Dont lui-même orne les appas.
C'eft aux champs qu'amour prit naiffance ,
Il y lança fes premiers traits ;
Sur les habitans des forêts
Venus exerça fon enfance.
Eh ! qu'il acquit d'expérience !
Bientôt les hommes & les Dieux
Contre lui furent fans défenſe ;
Des bois il vola dans les cieux ;
Mais il chérit toujours les lieux ,
Premiers témoins de fa puiffance.
De l'Hefperus l'aftre brillant
Ne regne plus fur les étoiles ,
L'ombre s'éloigne , & dans fes voiles
Se précipite à l'occident .
Mais un rayon vif de lumiere
42 MERCURE DE FRANCE.
S'eft élancé de l'horizon ;
Voici l'époufe de Titon , •
Qui du jour ouvre la barriere.
Sur un char peint de cent couleurs
Viens , Aurore , avec tous tes charmes ,
Viens & répands de tendres larmes
Sur les gazons & fur les fleurs.
Que ces momens font enchanteurs !
Un verd plus frais , de ce feuillage
A ranimé le doux éclat ;
En reprenant ſon incarnat ,
La jeune fleur , au badinage
Du papillon vif & volage
Ouvre fon vafe délicat ;
Il fuit , & je vois cet ingrat
Porter à toutes fon hommage.
Que l'air eft pur ; quelle fraîcheur !
Du fein humide dés fougeres
S'exhale une fuave odeur ,
Qu'en frémiffant avec douceur ,
Au loin fur fes aîles légeres
Porte & difperfe un vent flateur.
Une langueur délicieuſe
Coule en mes fens .... ah ! quel plaifir !
Je ne fçais quoi vient me faifir
Qui rend mon ame plus heureuſe .
Mais la fauvette à fon reveil
Des bois a rompu le filence :
J'entends fa voix , & du ſoleil
JUIN.
43
1755-
Ses chants m'annoncent la préfence.
Déja brille fur les guerêts
Le fer aigu de la charrue ;
L'adroit chaffeur dans les forêts
Attend qu'épris des doux attraits
De l'herbette fraîche & menue
Le levreau vienne dans ſes rêts
Chercher une mort imprévûe.
Bientôt au fon des chalumeaux
Que les Bergeres font entendre
Les bercails s'ouvrent , les
agneaux
Sous la houlette vont ſe rendre ;
Je les vois fortir des hameaux ,
Et fous les yeux d'un chien fidele .
Couvrir les rives des ruiffeaux ,
Se répandre fur les côteaux
Où croit le thyn qui les appelle ,
Jufqu'au moment où la chaleur
En deffechant les pâturages ,
Les fera fuir dans les bocages
Pour goûter l'ombre & la fraîcheur ,
Cette belle matinée me caufa le plaifir le
plus pur que j'aie reffenti de ma vie . Ce
charme eft inexprimable : qu'avec admiration
mes yeux fe tournerent vers l'orient !
Flambeau du jour , aftre éclatant ,
D'un Dieu caché , viſible image ,
Vous m'avez vû dans ce moment
44 MERCURE DE FRANCE.
>
Par mes tranfports vous rendre hommage.
A ce fpectacle encor nouveau
O foleil ! je te fis entendre
Cet hymne digne de Rameau ,
Où fur leurs temples mis en cendre ,
Les Incas chantent leurs regrets ,
Et rendent grace à tes bienfaits
Toujours fur eux prêts à defcendre.
Bientôt je remontai dans le coche mieux
inftruit par la nature elle- même que par
tout ce que j'avois vû , & chez les anciens
& chez les modernes , & dans les Poëtes
& chez les Peintres.
Jufqu'à Melun il ne nous arriva rien
de particulier , finon qu'à Villeneuve - la-
Guyard nous vîmes arriver une chaife de
pofte , d'où fortirent un jeune homme de
fort bonne mine , & un autre qui paroiffoit
plus jeune ; mais le tein délicat de celui-
ci & le ton de fa voix nous firent deviner
que l'un étoit une jeune fille déguifée
, & l'autre fon amant.
C'étoit fans doute un féducteur ,
Qui loin du toît trifte & grondeur
D'une maman toujours mauvaiſe ,
De fa maîtreffe amant vainqueur ,
Avec elle fuyoit en chaife ,
Afin qu'il pût tout à fon aiſe
JUIN.
45 1755.
En poffeder le petit coeur.
Le lendemain nous dînâmes à Moret
d'où nous partîmes pour aller coucher ,
Melun. Nous traverfâmes la forêt de Fontainebleau
: qu'elle est belle ! Nous arrivâmes
de bonne heure à Melun , où ne fçachant
que faire nous allâmes voir les marionettes.
Polichinelle & Gigogne fa mie
Avoient l'heur de nous divertir :
Je l'avouerai , je pris quelque plaifir
A voir dans fa bouffonnerie
Un automate amufer mon loifir
Mieux qu'un trifte mortel dont le bon fens m'en
nuie.
Le lendemain nous arrivâmes fains &
gais à Paris.
Et c'eft de ce même Paris
Qu'imitant le gentil Chapelle ,
En profe , en vers je vous écris.
Adieu , je gagne ma ruelle ;
Bon foir , adieu , mes chers amis.
Je me fens flaté de ce titre ;
Et fuis , ma foi , par fentiment ,
Meffieurs , ce qu'au bout d'une épitre
On dit être par compliment.
P .....
Fermer
Résumé : Voyage de Dijon à Paris, fait en 1746.
En 1746, un Bourguignon entreprend un voyage de Dijon à Paris. L'auteur s'engage à narrer ses aventures avec sincérité, tout en reconnaissant que la vérité peut être embellie par la fable. Il quitte Dijon avec gratitude et amitié, accompagné de sept personnes, dont un homme ennuyeux nommé M. Chufer et un musicien talentueux, le Sr Taillard. Le groupe fait plusieurs arrêts, notamment au Val-de-Suzon où ils déjeunent d'écrevisses et de truites, et à Saint-Seine où ils dînent près d'une source célèbre. L'auteur admire la beauté des paysages, notamment la vallée de Montbard, et exprime son amour pour la campagne. Il décrit une expérience mystique où il est emporté par le vent et retrouve la voiture plus loin. À Montbard, il visite la maison du gouverneur et admire une grotte artificielle. Le voyage se poursuit à Auxerre, une ville qu'il trouve peu agréable, et à Villeneuve-le-Roi. À Villeneuve-le-Roi, l'auteur se baigne dans l'Yonne et rencontre une nymphe qui l'invite à se baigner dans son ruisseau. La nymphe se révèle être une déesse des flots, qui l'emmène dans sa grotte aquatique. L'auteur passe un moment enchanteur avec elle avant de devoir se séparer. La déesse tente de le retenir, mais il résiste et lui fait ses adieux. Le texte relate également une profonde tristesse face à une séparation imminente, imaginant une métamorphose en fluide pour rester près de la personne aimée. L'auteur décrit un repas champêtre et une promenade matinale, admirant la beauté de la nature et les activités des paysans. Il observe les préparatifs agricoles et les premiers rayons du soleil, ressentant une langueur délicieuse. Il compose un hymne au soleil, inspiré par les Incas. Plus tard, il remarque un jeune couple fuyant ensemble dans une chaise de poste. Le voyage se poursuit jusqu'à Paris, où l'auteur assiste à un spectacle de marionnettes avant de regagner la ville. Le texte se conclut par des adieux amicaux et des compliments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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197
p. 5-6
A M. L'ABBÉ DE *** Par Madame de ***.
Début :
Vous en répondrez devant Dieu [...]
Mots clefs :
Abbé, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. L'ABBÉ DE *** Par Madame de ***.
A M. L'ABBÉ DE ***
Par Madame de ***
Vous en répondrez devant Dies
De m'avoir trop ennorgueillie ;
Entre la Balourdife & l'efprit de faillie,
Javois pris un jufte milien :
Sans ofer me coëffer du poëtique liere ;
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
>
Contente de fçavoir , & penfer & fentir,
Abbé , je fourniffois ma modefte carriere
Et vous m'en avez fait fortir.
A de la profe mal rimée ,
Qui m'échappe à tort à travers
Je n'étois point accoutumée
A prodiguer le nom de vers :
Mais vaine de votre fuffrage •
J'ai dit: verfifions ....Il fe peut après tout ,
Que d'un talent en moi le germe fe dégage ,
J'en dois croire le Dieu du goût.
J'invoque vainement les Mufes & les graces ,
Vous feul donnez au bon le coloris du beau ;
Des Térences & des Horaces A
J'apperçois bien en vous l'affemblage nouveau ,
Mais tel modele à fuivre eft un pefant fardeau
Si vous m'appellez fur vos traces ,
Au moins de l'ignorance ôtez moi le bandeau."
Chaque habitant de la voûte azurée
Vient vous feconder à fon tour :
Moi par aucun je ne fuis infpirée.
Le Dieu qui difpenfe le jour ,
Momus , Minerve , Cithérée ,
Dans votre cabinet ont fixé leur fejour ,
Et votre plume fut tirée
D'une des aîles de l'amour.
Par Madame de ***
Vous en répondrez devant Dies
De m'avoir trop ennorgueillie ;
Entre la Balourdife & l'efprit de faillie,
Javois pris un jufte milien :
Sans ofer me coëffer du poëtique liere ;
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
>
Contente de fçavoir , & penfer & fentir,
Abbé , je fourniffois ma modefte carriere
Et vous m'en avez fait fortir.
A de la profe mal rimée ,
Qui m'échappe à tort à travers
Je n'étois point accoutumée
A prodiguer le nom de vers :
Mais vaine de votre fuffrage •
J'ai dit: verfifions ....Il fe peut après tout ,
Que d'un talent en moi le germe fe dégage ,
J'en dois croire le Dieu du goût.
J'invoque vainement les Mufes & les graces ,
Vous feul donnez au bon le coloris du beau ;
Des Térences & des Horaces A
J'apperçois bien en vous l'affemblage nouveau ,
Mais tel modele à fuivre eft un pefant fardeau
Si vous m'appellez fur vos traces ,
Au moins de l'ignorance ôtez moi le bandeau."
Chaque habitant de la voûte azurée
Vient vous feconder à fon tour :
Moi par aucun je ne fuis infpirée.
Le Dieu qui difpenfe le jour ,
Momus , Minerve , Cithérée ,
Dans votre cabinet ont fixé leur fejour ,
Et votre plume fut tirée
D'une des aîles de l'amour.
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Résumé : A M. L'ABBÉ DE *** Par Madame de ***.
Madame de *** adresse une lettre à un abbé, exprimant son regret d'avoir été trop orgueilleuse et reconnaissant avoir trouvé un juste milieu entre la balourdise et l'esprit de faiblesse. Elle avoue ne pas être habituée à écrire des vers, mais se sent encouragée par l'approbation de l'abbé. Elle invoque les Muses et les Grâces, tout en reconnaissant que seul l'abbé peut donner le coloris du beau. Elle admire en lui un mélange des talents de Térence et d'Horace, mais trouve ce modèle difficile à suivre. Elle demande à l'abbé de lui ôter le bandeau de l'ignorance. Elle constate que chaque divinité vient inspirer l'abbé, mais qu'elle-même ne reçoit aucune inspiration. Elle mentionne que l'abbé est inspiré par l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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198
p. 52-55
La naissance de l'ennui, conte traduit de l'Anglois, par Miss Rebecca.
Début :
Au siécle d'or où l'on ne croit plus guères, [...]
Mots clefs :
Dieu, Ennui, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La naissance de l'ennui, conte traduit de l'Anglois, par Miss Rebecca.
La naifance de l'ennui , conte traduit de
l'Anglois , par Miss Rebecca.
Au fiècle d'or où l'on ne croit plus guères ,
Pandore n'avoit point reçu le don fatal ,
Qui recéloit notre miſere ,
Et le bonheur n'étoit mêlangé d'aucun mal.
Point de ces noms affreux d'homicide & de guerre
Qu'enfanta le tien & le mien ;
L'innocence regnoit , on s'en trouvoit fort bien :
Source des vrais plaifirs elle en peuploit la terre ,
Chaque mortel avoit le fien.
Dans ces jours fortunés Aliſbeth prit naiffance.
Son pere étoit pafteur , devot envers les Dieux ,
Autant qu'Enée étoit pieux ,
Bon , généreux ; mais que fert qu'on l'encenſe ?
Les hommes l'étoient tous , & pour le peindre
mieux
Il avoit avec eux parfaite reffemblance ,
Et rien ne le diftinguoit d'eux .
Il cheriffoit fon fils , & de fa deſtinée
Voulant pénétrer le fecret ,
Que fon ame fut étonnée
Lorfqu'on lui prononça ce funefte decret ;
JUILLET. 1755. 53 .
( » De l'ennui dévorant ton fils fera la proye. ) .
Ce monftre encor n'exiftoit pas :
Mais l'Oracle annonçoit qu'il viendroit à grands
Le
pas ,
Et qu'il feroit l'ennemi de la joie.
On fe peint aifément ce que dût reffentir
pere d'Alifbeth ; fa douleur fut amere.
Mais plus le fort menace une tête fi chere ,
Plus il cherche à la garentir.
Plaifir , ce fut à vous qu'il remit fon enfance ;
Par mille jeux nouveanx vous filiez fes loisirs ,
Et du vent de votre aîle , écartant la licence ,
Vous allumiez fes innocens defirs .
Alifbeth cependant formoit fouvent des plaintes ,
Inftruit du fort qui l'attendoit.
Toujours tremblant il fe perfuadoit
L'ennui moins cruel que fes craintes.
Quand le plaifir s'éloignoit un inftant ,
Il fentoit augmenter fon trouble.
Refléchiffons , dit- il : fi ma frayeur redouble
Quand je vois échapper ce Dieu trop inconftant ;
Fixons-le pour toujours , c'eft me rendre content ,
Et detourner les malheurs de l'Oracle.
Ce projet n'avoit pas peu de difficulté ;
Mais de tout tems fut cette vérité
Que le defir s'accroit par un obftacle.
Un jour que le plaifir dormoit ,
Ravi d'avoir trouvé ce moyen falutaire
De diffiper tout ce qui l'allarmoit ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Alifbeth s'enfonça dans un bois folitaire.
Là , par quelques mots enchanteurs ,
Dont il connoiffoit l'énergie ,
Il invoqua les noires Soeurs ;
( Heureux , s'il eût toujours ignoré la magie ! )
Trop favorables à ſes voeux
Les Parques près de lui bientôt fe raffemblerent ;
On dit qu'à leur afpect hideux
Tous les fens d'effroi ſe glacerent ,
Et que du trio ténébreux
Pour la premiere fois les fronts fe dériderent.
Filles du Stix , puiffantes Déités ,
Dit Alifbeth , voyez un miférable ,
Qui pour finir fon deftin déplorable ,
N'efpere plus qu'en vos bontés .
Fiere Atropos , c'est toi que je réclame ;
Prêtes moi tes cifeaux , qu'ils m'ôtent du danger ;
Si d'un inſtant de trop ce fil va s'alonger :
Ah ! que toi ni Cloto n'en craigne point de blâme
;
Celui dont elle ourdit la trâme ,
Te bénira de ne point l'abréger.
Lachefis à ces mots fourit avec malice ,
Et les trois Soeurs qu'amufent nos revers ,
Voulurent fervir un caprice ,
Qu'elles jugeoient funefte à l'univers .
Aliſbeth en obtient le dépôt qu'il demande ,
Au Dieu qu'il veut fixer il vole promptement ;
Il fommeilloit encor , il faifit ce moment.
JUILLET. 1755 .
Les aîles du plaifir font la premiere offrande ,
Que l'ennemi qu'il appréhende
Reçoit de fon égarement :
Mais déja le plaifir qu'une flateufe image
Dans les bras du repos avoit trop arrêté ,
Pour éprouver la trifte vérité
Voit diffiper cet aimable nuage.
Il s'éveille , & cédant à fa pente volage
Veut fuir avec légereté.
Ses efforts pour la liberté
L'inftruifent de fon esclavage.
Des inutiles foins qu'il mettoit en uſage
Alifbeth fe faifoit un jeu ;
Mais que fon bonheur dura peu.
Chaque inftant fon captiflui femble moins aima
ble ;
Il lui
devient
bientôt
indifférent
,
Au bâillement qui le furprend
Succéde un dégoût véritable :
II foupire , & le Dieu justement irrité !
Lançant un regard effroyable ,
Lui montre ainfi le fruit de ſa témérité.
Malheureux ! qu'as - tu fait des chaînes éternelles
Ponr caufer tes regrets me fixent aujourd'hui ;
» Ton horoscope eft accompli ;
» Le plaifir privé de fes aîles
>> N'eft autre chose que l'ennui.
l'Anglois , par Miss Rebecca.
Au fiècle d'or où l'on ne croit plus guères ,
Pandore n'avoit point reçu le don fatal ,
Qui recéloit notre miſere ,
Et le bonheur n'étoit mêlangé d'aucun mal.
Point de ces noms affreux d'homicide & de guerre
Qu'enfanta le tien & le mien ;
L'innocence regnoit , on s'en trouvoit fort bien :
Source des vrais plaifirs elle en peuploit la terre ,
Chaque mortel avoit le fien.
Dans ces jours fortunés Aliſbeth prit naiffance.
Son pere étoit pafteur , devot envers les Dieux ,
Autant qu'Enée étoit pieux ,
Bon , généreux ; mais que fert qu'on l'encenſe ?
Les hommes l'étoient tous , & pour le peindre
mieux
Il avoit avec eux parfaite reffemblance ,
Et rien ne le diftinguoit d'eux .
Il cheriffoit fon fils , & de fa deſtinée
Voulant pénétrer le fecret ,
Que fon ame fut étonnée
Lorfqu'on lui prononça ce funefte decret ;
JUILLET. 1755. 53 .
( » De l'ennui dévorant ton fils fera la proye. ) .
Ce monftre encor n'exiftoit pas :
Mais l'Oracle annonçoit qu'il viendroit à grands
Le
pas ,
Et qu'il feroit l'ennemi de la joie.
On fe peint aifément ce que dût reffentir
pere d'Alifbeth ; fa douleur fut amere.
Mais plus le fort menace une tête fi chere ,
Plus il cherche à la garentir.
Plaifir , ce fut à vous qu'il remit fon enfance ;
Par mille jeux nouveanx vous filiez fes loisirs ,
Et du vent de votre aîle , écartant la licence ,
Vous allumiez fes innocens defirs .
Alifbeth cependant formoit fouvent des plaintes ,
Inftruit du fort qui l'attendoit.
Toujours tremblant il fe perfuadoit
L'ennui moins cruel que fes craintes.
Quand le plaifir s'éloignoit un inftant ,
Il fentoit augmenter fon trouble.
Refléchiffons , dit- il : fi ma frayeur redouble
Quand je vois échapper ce Dieu trop inconftant ;
Fixons-le pour toujours , c'eft me rendre content ,
Et detourner les malheurs de l'Oracle.
Ce projet n'avoit pas peu de difficulté ;
Mais de tout tems fut cette vérité
Que le defir s'accroit par un obftacle.
Un jour que le plaifir dormoit ,
Ravi d'avoir trouvé ce moyen falutaire
De diffiper tout ce qui l'allarmoit ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Alifbeth s'enfonça dans un bois folitaire.
Là , par quelques mots enchanteurs ,
Dont il connoiffoit l'énergie ,
Il invoqua les noires Soeurs ;
( Heureux , s'il eût toujours ignoré la magie ! )
Trop favorables à ſes voeux
Les Parques près de lui bientôt fe raffemblerent ;
On dit qu'à leur afpect hideux
Tous les fens d'effroi ſe glacerent ,
Et que du trio ténébreux
Pour la premiere fois les fronts fe dériderent.
Filles du Stix , puiffantes Déités ,
Dit Alifbeth , voyez un miférable ,
Qui pour finir fon deftin déplorable ,
N'efpere plus qu'en vos bontés .
Fiere Atropos , c'est toi que je réclame ;
Prêtes moi tes cifeaux , qu'ils m'ôtent du danger ;
Si d'un inſtant de trop ce fil va s'alonger :
Ah ! que toi ni Cloto n'en craigne point de blâme
;
Celui dont elle ourdit la trâme ,
Te bénira de ne point l'abréger.
Lachefis à ces mots fourit avec malice ,
Et les trois Soeurs qu'amufent nos revers ,
Voulurent fervir un caprice ,
Qu'elles jugeoient funefte à l'univers .
Aliſbeth en obtient le dépôt qu'il demande ,
Au Dieu qu'il veut fixer il vole promptement ;
Il fommeilloit encor , il faifit ce moment.
JUILLET. 1755 .
Les aîles du plaifir font la premiere offrande ,
Que l'ennemi qu'il appréhende
Reçoit de fon égarement :
Mais déja le plaifir qu'une flateufe image
Dans les bras du repos avoit trop arrêté ,
Pour éprouver la trifte vérité
Voit diffiper cet aimable nuage.
Il s'éveille , & cédant à fa pente volage
Veut fuir avec légereté.
Ses efforts pour la liberté
L'inftruifent de fon esclavage.
Des inutiles foins qu'il mettoit en uſage
Alifbeth fe faifoit un jeu ;
Mais que fon bonheur dura peu.
Chaque inftant fon captiflui femble moins aima
ble ;
Il lui
devient
bientôt
indifférent
,
Au bâillement qui le furprend
Succéde un dégoût véritable :
II foupire , & le Dieu justement irrité !
Lançant un regard effroyable ,
Lui montre ainfi le fruit de ſa témérité.
Malheureux ! qu'as - tu fait des chaînes éternelles
Ponr caufer tes regrets me fixent aujourd'hui ;
» Ton horoscope eft accompli ;
» Le plaifir privé de fes aîles
>> N'eft autre chose que l'ennui.
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Résumé : La naissance de l'ennui, conte traduit de l'Anglois, par Miss Rebecca.
Le conte 'La naifance de l'ennui', traduit de l'anglais par Miss Rebecca, se déroule dans une époque dorée où l'innocence et le bonheur régnaient sans mélange de malheur. À cette époque, Pandore n'avait pas encore reçu le don fatal qui recélait la misère humaine, et les noms d'homicide et de guerre n'existaient pas. L'innocence peuplait la terre de vrais plaisirs. Alisbeth, fille d'un pasteur pieux et généreux, naquit dans ces jours fortunés. Un oracle annonça que l'ennui ferait la proie de son fils, prédisant ainsi l'arrivée de ce monstre ennemi de la joie. Pour protéger Alisbeth, son père lui offrit une enfance remplie de plaisirs et de jeux innocents. Cependant, Alisbeth, consciente du sort qui l'attendait, chercha à fixer le plaisir pour toujours afin d'éviter les malheurs annoncés. Elle invoqua les noires Sœurs, les Parques, qui acceptèrent de l'aider. Alisbeth obtint ainsi de fixer le plaisir, mais ce dernier, volatil, finit par disparaître, laissant place à l'ennui. Alisbeth comprit alors que le plaisir privé de ses ailes n'était autre que l'ennui, scellant ainsi son destin tragique.
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199
p. 49-51
LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Début :
Lorsque le maître du tonnerre [...]
Mots clefs :
Yeux, Coeur, Éclairs, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
LA NAISSANCE DE BACCHUS.
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
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Résumé : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Le texte raconte la naissance de Bacchus, fils de Jupiter et de Sémele. Jupiter, sous une forme humaine, séduit Sémele. Curieuse, Sémele demande à voir Jupiter dans toute sa majesté divine. Malgré les avertissements, Jupiter accède à sa demande et se révèle dans sa splendeur, entouré de tonnerres, de feux et de foudres. Éblouie et terrifiée, Sémele ne survit pas à cette vision. Avant sa mort, Jupiter recueille un souffle de vie sur les lèvres de Sémele pour donner naissance à Bacchus. Ce dernier hérite des pouvoirs de son père, notamment les foudres et les éclairs, et devient le dieu du vin, à la fois charmant et dangereux. La mort de Sémele symbolise le trouble de la raison humaine face à la divinité.
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200
p. 55-57
ODE A la Vérité.
Début :
Du sein de la voûte azurée [...]
Mots clefs :
Âme, Faiblesse, Coeurs, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : ODE A la Vérité.
ODE
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
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Résumé : ODE A la Vérité.
Dans l''ODE À LA VÉRITÉ', l'auteur célèbre la vérité comme une lumière éblouissante et sacrée qui dissipe l'ignorance et la crédulité, offrant une vision claire et sereine. Il compare cette révélation à la fonte des glaces en Ingérie, symbolisant la libération des contraintes. Le poète dénonce ensuite ceux qui ont exploité sa faiblesse et conspiré contre lui, révélant leur nature cruelle et parricide cachée derrière des apparences trompeuses. Il décide de les dénoncer et de les punir, invoquant l'aide divine pour venger l'innocence opprimée. Le poète se transforme en un aigle vengeur, prêt à poursuivre ses ennemis même dans les abîmes pour les accabler de remords et les réduire à néant. Il conclut en demandant à Dieu de les anéantir complètement.
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